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Bouquin Airline, vous souhaite un agréable voyage #Jace

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Message posté : Dim 6 Avr 2014 - 10:57 Message
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Ouais ! Elle était décidée !

Inspirant un grand coup, elle releva la tête et se dirigea droit vers la porte d’entrée… Avant de bifurquer juste devant cette dernière pour, dans un arc de cercle, revenir à sa position initiale, 10 mètres plus loin, devant la porte d’entrée. C’était qu’une librairie, c’est bon, un livre n’avait jamais bouffé personne. Sauf si on suivait des cours à Poudlard. Mais ça lui grattait les nez et, ce n’était jamais bon quand ça lui grattait le nez. Tient, d’ailleurs, faudrait qu’elle demande à Adrian si c’était normal d’avoir cette sensation à chaque fois qu’elle sentait quelque chose de magique. Non parce que bon, elle avait l’impression de refaire un remake de ma sorcière bien-aimée à remuer le nez pour éviter cette sensation pas très agréable.

Ouais, donc, on disait quoi ? Ah, la libraire « L’histoire sans Fin », rien que de l’extérieur, elle sentait le vieux. Puis il était un peu flippant ce chat noir, là, posté devant l’entrée à ne pas décrocher son regard de l’irlandaise. Il allait lui filer la poisse, elle en était certaine ! Il lui manquait plus que son croissant de lune sur la tête et la parole, et là, il serait définitivement inquiétant. Avec tout son grand courage, elle le désigna du doigt.

« Non mais, m’regarde pas comm’ça hein. T’sais, j’vais rentrer. Ouais, ouais… Genre t’crois tu m’fais peur ? Ah. Très drôle. C’la dit, s’tu pouvais t’barrer ou r’garder ailleurs, ça s’rait cool. » Pas de réaction. « S’teu plait ? » Toujours pas de réaction, sauf le soupir d’Aishlinn. « ‘Tain, z’en faites toujours qu’à vot’e tête, vous les chats. »

Et donc, évidemment, ils n’avaient aucun trait de caractère en commun avec les jumeaux Mac Aoidh ! Bon, cette fois, c’était la bonne, parce qu’elle avait vraiment décidé. Pas à défier le chat mais à prouver à Adrian qu’elle était tout à fait capable et apte à faire des choses bien. La visite en Irlande, sur un plan magique, n’avait pas été une franche réussite et Aishlinn avait tellement peur qu’il l’abandonne – comme son père, sa mère, son frère, et tous les gens qui avaient un peu compté – qu’elle se sentait obligée de prouver qu’elle pouvait servir. L’adolescente faisait un peu n’importe quoi depuis le retour d’Irlande. Elle avait accepté la demande d’aide d’un de ses anciens contacts au Cartel pour prouver à Abban qu’elle pouvait servir à quelque chose et, maintenant, voilà qu’elle se lançait sur la piste de rumeurs. Bravo !

La difficile étape du chat était passée : un succès. La porte actionna une cloche, accrochée au-dessus de la porte, sur son passage. Mouais… Il était peut-être temps de se mettre à la page, hein ? Vidéo-surveillance, toussa toussa. Ça sentait la poussière et les vieux livres qui, d’ailleurs, étaient bien trop nombreux en plus de ne pas être spécialement rangés. Ils étaient trop nombreux pour les étagères servant de bibliothèque, si bien qu’ils étaient posés comme on pouvait partout. Genre, partout. Ajouté à ça les bocaux contenant des choses plus qu’étranges et ça avait de quoi faire flipper tous les gamins du coin, à coup sûr.

« Vous êtes en retard. »

Le ton était au reproche et Aishlinn dû faire un pas sur le côté et se pencher pour voir un petit vieux, perché sur une échelle, en train de trier des livres sur le haut d’un meuble. Petit, cheveux blancs, lunettes trois fois trop grandes, courbé en avant. Comment il arrivait à tenir sur ses deux pieds ? Surtout avec des charentaises, ça ne devait pas être très stable. Mais, la vraie question c’était : qu’est ce qu’il foutait avec un peignoir par-dessus ses vêtements ?

« j’crois pas non. » Il baissa la tête pour regarder par-dessus ses lunettes.
« Bien sûr que si. Vous auriez dû être là, il y a un quart d’heure. »
« Hey j’préviens si vous avez un espèce d’Alzheimer chelou là, j’vous l’dit direct, j’suis pas votre p’tite fille. »
« Je n’ai jamais aimé les gens en retard. » Il descendit de son échelle.
« J’ai jamais aimé les barges, chacun son truc . »
« En retard et désagréable. »

Vas-y lui ! Il l’agressait direct et c’était elle qui était désagréable ? Foutu chat à l’entrée, elle serait à l’heure s’il n’avait pas été aussi flippant. Non mais, n’importe quoi, elle n’aurait pas été à l’heure ou en retard : elle n’avait aucun rendez-vous.

« C’était pas prévu qu’j’vienne, j’peux pas être en r’tard. » Logique imparable. Mange-ça dans tes dents.
« Je vous imaginais plus grande. » En face d’elle, à la détailler, elle commença à le trouver un peu inquiétant.
« Faut s’plaindre à ma mère. Bon écoutez, bien gentil toussa mais là, j’viens pour… »
« Dans l’arrière pièce. »
« Hein ? »
« Sourde en plus ? »
« Trop pas, vas-y, t’sais même pas pourquoi j’suis là. »
« Dans l’arrière pièce, lui, il est arrivé à l’heure ! »
« Lui qui ? »

Le vieux s’était déjà enfui dans les années étroites de sa petite libraire. Super ! Les vieux, tous bons à être enfermés. Secouant la tête, Aishlinn s’avança pour aller dans l’arrière pièce qu’il avait désignée. En réalité, elle ne s’attendait pas réellement à y trouver quelqu’un, le plus compliqué était surtout d’éviter tous les chats qui étaient présents. Une fois sur place, elle se stoppa net en voyant une tête blonde. Restaurant… Potes relous… Chocolat ou vanille… Légion des Étoiles… Jace.

« ‘Tain qu’est-ce tu fous là ? » Traduction : t ient Jace, c’est marrant de tomber sur toi, qu’est-ce que tu deviens ? « Laisses-moi d’viner, tu t’interroges, maint’mant, sur : vieux livres pour l’expérience, ou jeunes ? »
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Message posté : Dim 6 Avr 2014 - 15:03 Message
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— Vous êtes en retard.
— Sérieux ?

Jace eut l’air dépité. La bibliothécaire secoua la tête et, d’un air grave, répéta, telle la justice aveugle abattant son glaive :

— Vous êtes en retard. En retard de cinq jours.
— Mais c’est que j’avais plein de choses à faire !
— Les règles sont les mêmes pour tout le monde, Mr. Roberts.

Impitoyable, la femme inscrit les cinq jours de suspension sur son ordinateur, au compte de Jace Roberts, à l’une des nombreuses bibliothèques municipales de Star City, avant de ranger les deux volumes empruntés par le jeune homme sur le charriot des stocks. Avec un soupir, Jace se détourna et regagna la rue, dans les premières chaleurs du mois d’avril. Cinq jours de suspension, c’était rude. Surtout qu’il pouvait en lire, lui, des livres, pendant cinq jours !

Cela dit, les bibliothèques municipales ne lui avaient pas vraiment apporté ce qu’il cherchait. Depuis sa conversation avec Qaletaqa à propos du chamanisme, à l’automne dernier, l’adolescent avait tenté de compléter ses conversations avec le nouvel Alpha par des lectures annexes. Avec l’apparition de son nouveau pouvoir et la nécessité de lui trouver une application immédiate sur le champ de bataille, l’étude poussée de l’informatique et de l’électronique que cette nécessité avait impliqué à son tour, le temps lui avait certes manqué pour se pencher aussi sérieusement qu’il l’eût souhaité sur cette importante question.

Et depuis qu’il s’y était remis, il n’apprenait pas grand-chose. Ses premières recherches en ligne l’avaient surtout conduit sur des sites New Age un peu tordu où des éditorialistes probablement drogués jusqu’aux yeux recommandaient à toute force de planter une tête dans quelque village perdu de l’Aude, en France. Mais comme Jace n’avait aucune envie de survivre à une fin du monde encore très hypothétique, ces informations ne lui avaient été d’aucune utilité et il s’était reporté sur les fonds que les bibliothèques municipales consacraient inexplicablement à l’ésotérisme.

Là, il avait avalé des pages sur les signes du zodiaque, la géomancie ou l’influence des esprits animaux dans la vie quotidienne, mais n’avait pas été beaucoup plus informé des pratiques chamaniques et des mœurs de l’Oiseau-Tonnerre. Ce dimanche-là, il fut donc bien contraint de se rendre à l’évidence : il allait avoir besoin d’une documentation plus spécialisée et, à en croire les bruits de couloir à Star High et à la Tour de la Paix, une petite librairie des quais était le meilleur endroit pour ce genre de situations.

— Vous êtes parfaitement à l’heure.
— Ah ! On est d’accord.

Jace força un sourire, mais il devait bien avouer que l’ambiance des lieux n’était pas des plus rassurantes. Passé le chat hiératique de la porte d’entrée, l’amoncellement poussiéreux de livres reliés en cuir et probablement édités des décennies si ce n’était des siècles auparavant donnait l’impression fâcheuse de se perdre dans le repère d’un dangereux alchimiste. En peignoir.

— J’ai ce qu’il vous faut dans l’arrière-boutique.
— Vraiment…

Le regard que Jace promenait tout autour de lui mêlait suspicion et curiosité.

— Vraiment.
— OK.

Après un coup d’œil incertain au vieux dérangé, Jace prit à pas lents le chemin de l’arrière-pièce. Derrière lui, le maître des lieux lança :

— Je vous imaginais moins musclé.
— Euh… Merci.
— Ce n’était pas un compliment.

Sans rien répondre, Jace passa derrière un rideau après avoir évité quelques chats et se retrouva dans une petite pièce, envahie comme les autres par les livres, où deux fauteuils se faisaient face. Sur un guéridon, une pile de livres était posée. L’adolescent se pencha pour en déchiffrer les tranches et finit par en extirper Volatiles fabuleux par J. S. D. Willymore. Il s’installa dans un fauteuil et commença à feuilleter l’ouvrage, dans l’espoir d’y trouver des conseils pour rencontrer un Oiseau-Tonnerre.


(Vidéo non contractuelle.)

Jace était plongé depuis un bon quart d’heure dans une description troublante des vertus magiques du dodo quand une voix presque familière le tira de sa lecture. L’adolescent releva les yeux, reconnut sans peine l’accorte serveuse de la pizzéria où il avait dîné, l’année précédente, rosit très légèrement et se leva d’un bond, parce que c’était poli.

— Salut !

Il lui fallut cinq bonnes secondes pour comprendre la question de son interlocutrice.

— Quoi ? Non. Ça va pas. Juste, je cherchais…

Un livre pour progresser dans les enseignements de son ami le chaman qui lui proposait de se lier à un oiseau électrique qui existait ou peut-être n’existait pas.

— … des infos pour un exposé.

Pas très glorieux, comme excuse.

— J’veux dire, pour une mission, bien sûr !

Ça, tout de suite, c’était plus héroïque !

— Je savais pas que tu t’intéressais à euh…

Aux dodos ? Aux chats ? Aux libraires douteux ? Aux livres mal rangés ? Jace attrapa un livre au hasard de la pile et lut à haute voix le titre :

— Histoire des successions des temps, avec gravures.


— Ça a l’air… Long.
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Message posté : Mar 8 Avr 2014 - 23:55 Message
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Dire que le temps de latence de Jace ne l’avait pas fait sourire aurait été un mensonge, comme cette tronche presque offusquée qu’elle puisse demander s’il cherchait à faire son choix entre les vieux et les jeunes. Ou, sa façon de revoir son argumentaire pour passer du mec studieux, au mec cool qui bosse pour la légion des étoiles – ce qui, dans les deux cas, n’était pas vraiment un argument de vente pour l’Irlandaise. Un sourcil relevé, une mine presque indignée sur le visage, à l’entente du nom du livre qu’il avait pris au hasard, Aish se retrouva à secouer la tête.

« Ça va pas, j’m’en tape. » Est-ce qu’elle avait une tronche à faire des recherches sur ce genre de truc ? Elle n’avait même pas lunettes donc, par définition, elle n’était pas si studieuse que ça. « J’suis là pour… »

Parce que ça pue la magie à plein nez – qui la chatouillait toujours – qu’elle voulait prouver à Adrian qu’elle pouvait être utile, à Abban qu’elle pouvait faire des trucs cool, à elle qu’elle pouvait encore trouver sa place. Mouais, elle ne se voyait pas tellement expliquer un truc comme ça à un mec qui était le fils du commander de la Légion.

« Pour… » Euh… Ok, bon, pas cinquantes solutions quand on ne savait pas quoi répondre. « T’essaye de t’foutre à l’étude des oiseaux. T’sais pas savoir choisir entre la vanille et chocolat, j’dis pas. Mais les oiseaux, ‘fin là, ça d’vient carrément zarbe. »

Elle voulait bien avoir l’esprit ouvert mais, quand même, donner dans une autre espèce elle trouvait ça pas très moral et, franchement dégueulasse. Et là, avant qu’elle ne puisse poursuivre son super-raisonnement complètement infondé – les gens pouvaient aussi étudier un sujet, truc de fou ! – des feulements se firent entendre dans l’autre pièce. Dans la leur, les quelques chats présents se mettaient à courir dans tous les sens pour se planquer sous les étagères ou les autres meubles pendant que la voix du propriétaire se faisait entendre.

« Ah non, non ! J’étais en train de ranger. »

Pourtant, au bruit qu’il était possible d’entendre, Aishlinn pariait qu’il était en train de descendre de son perchoir. Probablement pour se mettre à l’abri à son tour. Une moue interrogative sur le visage, elle se demanda ce qui était en train de se passer et, la seconde d’après, elle éternua. Une fois… Une deuxième fois et, tous les bouquins de la pièce se mirent à voler dans tous les sens, même celui que Jace avait dans les mains. Des livres qui, peu soucieux de la présence de personnes, ne se gênèrent pas pour venir se cogner contre les deux jeunes. L’Irlandaise se prit un livre sur le coin de la figure pour se dématérialiser par la suite. Un mais, pas deux, il ne faut pas déconner. Dans son action, parce qu’elle n’était pas totalement égoïste, elle avait tendu la main vers Jace pour lui permettre de se dématérialiser aussi, s’il le voulait.

Moins d’une minute après, tous les livres avaient trouvé une nouvelle place, de manière complètement anarchique. Bon, finalement, ça expliquait peut-être le manque de rangement de l’endroit. Le propriétaire pestait de l’autre côté mais, Aishlinn, qui avait retrouvé sa consistance fut plus attiré par trois livres. Un se trouvait sur la petite table entre les deux fauteuils qui, eux, avaient également hérité d’un livre. Regardant les titres sur chacun des fauteuils, elle haussa un sourcil.

« Doit-on craindre la foudre ? ... Les bases de la sorcellerie . Hmmm. » Elle releva les yeux vers Jace, pour désigner le fauteuil qui avait accueilli le livre sur la foudre. « J’crois qu’les livres essayent de nous imposer des places assises. »

Non mais genre, des livres qui imposent l’endroit où elle devait s’asseoir. N’importe quoi. Et comme c’était Aishlinn, elle prit le livre Doit-on craindre la foudre ? pour s’asseoir là où il était posé. Déjà qu’elle n’aimait pas qu’on lui dise ce qu’elle devait faire, hors de question de suivre l’avis des bouquins volatiles. A noter, qu’hormis le fait que ça l’avait un peu saoulé de se prendre un livre, elle ne trouva pas plus étonnant que ça de voir les choses se mettre à voler dans tous les sens.

« En vrai, t’es vraiment là pour faire des recherches sur les piafs ? » Se foutant en tailleur sur le fauteuil, elle continua. « Parce que l’autre taré, là, il avait d’t’attendre. » Et plus, Jace était arrivé à l’heure. C’était forcément le chouchou des profs ! « Puis maint’nant ça. »

Elle désigna le livre posé sur la table entre les deux fauteuils. La magie, des fois, c’était un peu chiant quand même. Ça ne prévenait pas. Ça faisait des trucs bizarres. Ça ressemblait des gens qui ne devaient pas avoir grand-chose en commun. Puis ça créait des malédictions… Les pierres, c’est dangereux, oui oui. Et comme Aishlinn était une grande volontaire, prête à se sacrifier pour la bonne cause sans la moindre hésitation, elle présenta le livre d’un mouvement de main.

« J’t’en prie, à toi l’honneur. »
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Message posté : Mer 9 Avr 2014 - 15:09 Message
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— Non mais sérieux, mes intérêts tournent pas autour de mon… de ma… de…

Comment dire ça élégamment ? Rougissant à nouveau, Jace marmonna :

— De ça.

Avant de marmonner, en feuilletant évasivement le livre qu’il tenait en main et qu’Aishlinn avait refusé de consulter :

— Non mais les oiseaux, j’te jure.

Elle était jolie, cette Irlandaise, il n’y avait pas à dire, et sa personnalité avait le mérite de détonner dans l’existence un peu trop bien réglée du jeune super, mais elle avait quand même des idées un peu bizarres. Jace n’eut cependant pas le loisir de s’étendre sur la question, car les méandres de la psychologie aishlinnéenne furent éclipsées par une tempête d’ouvrage. Après s’être pris un livre dans les côtes, le jeune homme se souvint de la démonstration faite, l’année précédente, des pouvoirs de la jeune fille et attrapa la main qu’elle lui tendit, pour survivre à ce déluge bibliographique — et ceci n’est pas du tout une allégorie de ma vie professionnelle.

Le calme revint et Jace, qui ne fréquentait pas des sorciers tous les jours, était somme toute un peu surprenant — ce qui se traduisait chez lui par la dignité suspicieuse du héros viril face à l’inconnu. Il saisit le livre à la place qu’Aishlinn avait laissé libre, parcourut le titre et haussa un sourcil.

— J’savais pas que tu étais… Tu préfères quoi ? Mage ? Sorcière ?

En fréquentant Qaletaqa et en écoutant certains de ses camarades parler des cours de M. Pennington, il avait appris que les pouvoirs magiques étaient vastes et qu’il existait bien des noms pour qualifier celles et ceux qui en étaient les détenteurs. Il releva les yeux vers son interlocutrice et sourit. Mutante et magicienne, donc ? Elle était donc la preuve que ce que lui proposait Qaletaqa n’était pas impossible. À moins, évidemment, qu’Aishlinn ne fût pas une mutante, comme il l’avait d’abord supposé.

L’adolescent s’assit en face d’elle et reporta son attention sur le livre central. Il reposa les Les Bases de la sorcellerie pour attraper le volumineux ouvrage.

— Y a pas de titre…

La reliure était sans doute artisanale et le titre initial avait disparu au fil des entreprises de restauration — la vie d’un bibliographe est parfois pleine de frustrations. Jace ouvrit le livre et plissa les yeux. Les caractères imprimés n’étaient pas tout récent et la police quelque peu fantaisiste, et minuscule, en rendait le déchiffrement difficile.

— Euh… On dirait un conte. C’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais.

Il se cala dans le fauteuil et commença à lire à haute voix :

— « Il était une fois, dans un royaume très lointain, par-delà les forêts et par-delà les monts, par-delà la mer chargée de navires, un roi très vieux qui n’avait que trois filles. »

Jace s’interrompit, releva les yeux vers Aishlinn et interrogea :

— Tu crois que c’est une version du Roi Lear ?

Avant de reprendre sa lecture :

— « Le roi décida de diviser son royaume en trois duchés et d’offrir un duché à chacune de ses filles, quand elle se marierait. Ainsi l’aînée obtint le Duché de la Côte, la puinée le Duché des Blés, mais comme la cadette refusait tous ses prétendants, le Duché de la Montagne demeurait sans duc ni duchesse et le peuple commençait à s’impatienter. Sur les routes des cols et dans les vallées, les brigands étaient de plus en plus nombreux et les chemins de moins en moins sûrs, les marchands ne pouvaient plus transporter leurs marchandises et les moines ne pouvaient plus prêcher. »

C’était à vrai dire la première fois que Jace lisait pour quelqu’un d’autre, en dehors des exercices en classe, mais l’habitude qu’il avait de prendre la parole en public et de raconter les exploits de la Team Alpha le mettait tout à fait à la hauteur de la tâche et ses talents de conteur étaient véritables.

— « Mais un jour, dans un petit village au pied de la montagne, un jeune garçon apprit que sa mère avait été attaquée par les brigands. »

Pour être parfaitement juste, il faut reconnaître que ces talents étaient soutenus par un sort puissant, qui conférait au récit de l’apprenti conteur une force toute hypnotique. Jace lui-même ne détachait plus son regard du livre et il n’en voyait que le texte : les étagères, Aishlinn, les fauteuils, la table basse, tout avait disparu. Ce ne fut qu’en ressentant une brise légère qu’il releva les yeux…

… et se rendit compte qu’il était assis sur une souche et qu’il tenait entre les mains un grimoire aux pages entièrement blanches. À l’orée d’une forêt, assis côte à côte, Aishlinn et lui fixaient un village dont les toits encore de chaume se dessinaient non loin de là, au bout d’un sentier. Au-dessus d’eux, un ciel de printemps, presque d’été même, les surplombait d’une clarté d’après-midi.
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Message posté : Jeu 10 Avr 2014 - 10:23 Message
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« Aucun des deux, j’fais juste une thèse sur l’sujet. »

Avec un peu de chance, ça serait crédible parce qu’elle n’allait pas balancer son CV, avec explication de ses capacités à un gars de la Légion. Mignon ou pas, il restait dans le camp adverse – même si la notion de camp avait perdu un peu de son charme ces derniers temps. Et comme elle était devenue, soudainement, une étudiante très studieuse, elle appuya son bras sur l’accoudoir pour y poser sa tête alors que Jace commença à lire l’histoire. Ça partait bien mais il avait fallu qu’il se coupe pour parler du Roi Lear.

« Vas-y, t’as cru j’avais une tête à lire l’trucs d’un anglais ? »

Elle soupira en secouant la tête, avant de retrouver sa position pour l’écouter. Étrangement, elle aurait pu rester là pendant des heures, sous les paroles de Jace qui lisait bien. Très bien. Elle ferma les yeux et, elle avait presque l’impression de s’y croire, une sensation qui se fit tellement présente qu’elle se décida, quand même, à vérifier.

« Euh… » Se redressant mais restant sur le sol – pas normal – elle jeta un regard au village face à eux. « On n’a pas passé d’portail dimensionnel pourtant ? »

Ce qui, apparemment, était la seule chose qui la perturbait réellement dans le fait d’être apparu dans un autre décor. Elle se releva et passa ses mains sur son jean pour virer les traces d’herbes – pas eut la chance d’atterrir sur une souche, elle ! Un geste qui lui rappela quelque chose. Une pensée qui la fit rouler des yeux en soupirant.

« Et merde ! Va encore falloir changer d’fringues et foutre des trucs qui puent la mort. » Déprimant. « J’espère juste, qu’ici, sont pas aussi con qu’à Daisy Town, parc’qu’les abrutis qui pensent qu’tu peux parler just’parce qu’t’es une fille, ça m’saoule. » Elle leva son regard vers Jace, comme si il était supposé comprendre de quoi elle parlait. « J’te jure, l’époque western-spaghetti c’tout pourri. » Et avec une évidence même. « Bon, on y va. »

Aller dans le village, chercher le grand-méchant aux yeux rouges, et un portail bizarre dans les couleurs bleues avec des piliers autour. C’était ça la dernière fois, du coup, ça devait être ça aussi pour cette fois-là. Elle allait vraiment finir par chopper le tétanos avec ce genre de connerie puis, merde quoi, ses bottes à talons étaient toutes neuves et trop belles. Enfin… Étaient… parce qu’elles avaient déjà moins de tronches après quelques pas dans la terre d’un chemin non bitumé. Ah ben ouais mais, en même temps, si elle ne marchait pas sur le sentier ! Elle rectifia sa trajectoire et fit quelques pas avant d’entendre le pas des chevaux et cinq cavaliers se mettre en rond autour d’eux.

« Halte là. »
« Ben t’sais gars, c’pas comme si t’étais d’vant l’passage. Pas trop l’choix d’m’stopper. »
« Vous venez de la côte ? »
« J’ai toujours dit qu’ils parlaient étrangement là-bas. »
« j’viens d’une île. » Blaireau. Les cinq hommes se mirent à rire en même temps.
« Personne ne s’aventure dans les eaux ici. »
« Genre vous bouffer pas d’poissons ? ‘Tain mais vous savez tout c’qu’on peut faire comme plat avec du poisson ? »

Non mais à eux aussi fallait leur apprendre comment bouffer, toute une éducation à faire ! L’homme qui parlait le plus depuis le début finit par secouer la tête, désireux de ne plus essayer de comprendre ce qu’Aishlinn essayait de dire.

« On vous arrête. »
« Ben on est d’jà arrêté, en vrai. »
« Non. Mais non. On vous arrête. On vous emprisonne. »
« Aaaah. Ouais très drôle. Bon écoutes, gars, j’te la fais rapide. »
« Non mais… »
« … Des gamins qui disparaissent en c’moment, genre en d’ssous de 20 ans ? »
« Hey, je suis un homme. Pas un gamin. » Ah ouais, problème de notions d’âge dans ce pays.
« Des nuages bizarres, un type aux yeux rouges ? »

Les quatre types regardèrent le premier homme l’air de ne pas comprendre et, surtout, l’air de ne plus trop savoir ce qu’ils devaient faire. Les arrêter ou pas ?

« Ils n’ont pas l’air de criminels, on fait quoi Caedwalla ? » Paye ton nom, s’teu plait !
« L’attaque a été signalé dans les environs, tu vois quelqu’un d’autre ? »
« Non. »
« Voilà, c’est ça. » Devant l’air d’incompréhension de l’homme de 17 ans, il reprit. « On les arrête ! »
« ‘Tain, vous connaissez pas les experts vous… ‘Jour la justice d’chez vous. »

Deux des hommes restés silencieux jusqu’à présent quittèrent leurs chevaux armé d’espèces de menottes en ferraille, rempli de tétanos. Hors de question qu’elle mette ses poignets là-dedans. Sont fous, ou quoi ! Très courageuse, elle fit un pas en arrière. Un deuxième et puis, un sur le côté. Et voilà, hop, elle était derrière Jace.

« Vas-y parlemente, j’veux pas mourir du tétanos. »
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Message posté : Jeu 10 Avr 2014 - 16:12 Message
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— Euh…

Ce que Jace appréciait indubitablement chez Aishlinn, c’était son tempérament imprévisible, mais il devait bien avouer que les quelques minutes qui avaient suivi leur arrivée en forêt avaient frôlé l’excès d’imprévisibilité à son goût. Entre ses tentatives pour donner du sens aux explications nébuleuses de l’Irlandaise et l’arrivée des cavaliers, Jace n’avait pas vraiment eu le temps de considérer calmement la situation, mais lorsque deux hommes s’avancèrent vers eux avec leurs menottes d’un autre temps, le jeune homme dut retenir un sourire : c’était l’aventure et l’aventure, en toute circonstance, Jace aimait cela.

— Une seconde, soldats.

Jace fit un pas en effet, avec l’assurance ordinaire qui était la sienne quand il s’adressait… à qui que ce fût.

— Je suis Jace d’Aigle-Tonnerre, fils du Commandeur de la Tour et voici Aishlinn Mac Aoidh. Nous ne nous laisserons pas emprisonnés sans réagir. Votre comportement est un outrage et nous exigeons de vous les plus plates excuses.

Jace avait toujours eu un goût prononcé pour l’histoire et, à en juger par les questions, l’attitude et l’accoutrement de leurs nouveaux amis, ils avaient affaire à une civilisation plus ou moins médiévale. Difficile de savoir si son organisation politique serait semblable à celle de l’Europe de leur monde, même si les ressemblances étaient frappantes. Dans le doute, Jace avait tout de même choisi de jouer la carte de l’autorité incarnée et de la noblesse. Non sans succès : les deux troupiers se retournèrent vers Caedwalla.

Ce dernier, suspicieux, répéta :

— Comment ça, la Tour ?

Jace haussa un sourcil théâtralement méprisant.

— C’est une plaisanterie ?

Évidemment, ce coup de poker ne leur laissait, en cas d’échec, d’autres solutions que l’affrontement direct, mais entre l’intangibilité de sa comparse et les armures métalliques propres à l’électrocution de leurs adversaires potentiels, l’adolescent ne s’en inquiétait pas outre mesure. Le plus jeune des soldats se pencha à l’oreille de Caedwalla et mumura quelque chose, mais pas assez bas pour qu’Aishlinn et Jace ne pussent entendre :

— Vous avez vu leur tenue ? Si ça se trouve, ils viennent du Nord. Si ça se trouve, c’est une Sœur de la Nocturne Visitation.

Les cinq mois échangèrent des regards soudainement soucieux, avant de fixer Aishlinn avec une circonspection nouvelle, tandis que la géographie de cet univers commençait à doucement se compliquer.


— Hmmm… Pardonnez-moi, euh… Monseigneur ? Et euh… Votre Sainteté, mais est-ce qu’on pourrait savoir un peu ce que des visiteurs du Nord viennent faire dans notre modeste village ? À Ras-le-Bourg, nous n’avons pas grand-chose à offrir…
— Notre voyage ne s’arrête pas à Ras-le-Bourg. Nous descendons plus au sud.
— Vers le Duché des Blés ?
— Vers la capitale.

Il y avait toujours une capitale.

— Et où est le reste de votre, euh… convoi ?
— Nous avons fait une halte à l’intérieur de la forêt, que nous comptions traverser. Sœur Aishlinn et moi-même nous sommes éloignés un moment et à notre retour, le convoi avait été attaqué.

Puisqu’ils avaient parlé d’une attaque eux-mêmes et que les ennemis de leurs ennemis étaient leurs amis, Jace avait décidé de jouer sur le même tableau.

— Les brigands sont très nombreux dans la région.
— Apparemment. Sans vivre et sans monture, je crains que nous ne puissions continuer notre périple.
— Peut-être aimeriez-vous vous reposer à Ras-le-Bourg ? Ce n’est qu’un modeste village, mais nous pouvons vous offrir un toit pour la nuit.
— Votre offre est très généreuse.

L’assurance de Jace avait fini par payer. Caedwalla fit un signe aux deux hommes qui avaient mis pied à terre et ces derniers remontèrent sur l’un des chevaux, laissant le second libre pour la Sœur de la Nocturne Visitation et l’héritier de la maison d’Aigle-Tonnerre. Sauf que Jace, dans sa fameuse Tour, au Nord, n’avait jamais exactement appris à monter à cheval. Il jeta un regard interrogatif à Aishlinn, et puisque celle-ci avait manifestement une expérience des westerns, il jugea plus prudent de la laisser prendre les rênes.

Aucun des soldats ne parut s’étonner qu’une femme prît ainsi le contrôle des opérations. Aucun des soldats, d’ailleurs, ne parut avoir envie d’étudier la question de plus près : sur le passage d’Aishlinn, tous écartaient prudemment leur monture, et il était aisé de juger à leur regard que si l’héritier d’une contrée lointaine et inconnue leur imposait un vague respect, c’était bien plutôt la présence d’une Sœur de la Nocturne Visitation qui leur imposait un silence terrifié. Même le chef de l’escadre n’avait pas l’air très à son aise.

En croupe, Jace, après une hésitation qui faillit le faire rouler dans la boue, passa les bras autour de la taille d’Aishlinn. L’escadron partit au petit trot. Quelques mètres devant eux, la conversation murmurée reprenait :

— On ne peut pas les faire entrer dans le village.
— Vous préférez les laisser rôder dans la forêt ?
— Mais vous savez les histoires !
— Les histoires sont des histoires. Et s’ils viennent vraiment du nord, peut-être qu’ils auront quelque chose à emporter contre les brigands.
— Vous ne pensez tout de même pas que…
— Je pense au peuple, Jodel, et le peuple est fatigué. Il crie famine. Et aucun des trois duchés ne parait pouvoir nous aider…

Jodel baissa les yeux, songeur. Tout de même, une Sœur de la Nocturne Visitation…
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Message posté : Ven 11 Avr 2014 - 15:53 Message
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A Jace, on ne pouvait pas enlever sa façon de s’adapter à une situation. Il lui avait évité les fers et, en ça, elle lui était reconnaissante même si elle n’était pas certaine que sa position actuelle était mieux. Aishlinn était en train de déprimer en voyant son reflet dans une glace, crade, d’une pièce située à l’étage de la taverne de la ville. Une jeune femme, dont elle ne connaissait pas le prénom, s’affairait autour de l’adolescente pour attacher un nombre incalculable de ficelles qui composait une robe qui, apparemment, faisait mieux dans le paysage. Mouais, Aishlinn avait surtout l’air d’une paysanne qui revenait de sa récolte de blés. La loose.

« C’est vrai ce que l’on dit sur les Sœurs de… »
« Elsa ! »
« Pardon. »

Baissant la tête, la jeune acheva d’attacher tout ce qu’elle pouvait, sous le regard désapprobateur d’une femme plus âgé et qui, apparemment, avait une autorité dans ces lieux. Cette dernière restait pourtant à bonne distance de l’Irlandaise qui ne comprenait pas trop ce qui se passait. Déjà sur le sentier, un peu plus tôt, les hommes avaient été étranges. Bon, sur le moment, elle n’avait pas vu l’intérêt de poser des questions, pour une fois qu’on l’écoutait – qu’on la craignait, surtout – elle n’allait pas s’en plaindre. Puis, il avait fallu monter sur le cheval alors, sa concentration avait été ailleurs. D’étudiante studieuse, elle était passée à une Sœur… Bonjour l’évolution et la crédibilité.

« Z’arrivez vraiment à respirer avec c’te truc ? » Bien que simple, c’était surtout l’espèce d’énorme ceinture qui lui posait problème, Elsa était réellement obligée de la serrer autant ?
« C’est trop serré ? Pardon. Attendez. »

Et elle s’exécuta dans le desserrage. Ok. Bon… Note pour l’avenir : faire attention à ce qu’elle disait. De toute façon, tout le monde semblait être, étrangement, aux petits soins avec eux. Depuis qu’ils étaient entrés dans ce petit village Caedwalla s’était excusé en expliquant que l’établissement le plus adéquat n’était que cette modeste taverne/auberge/et autre mais, qu’il espérait que ça leur conviendrait. L’endroit avait été vidé des gens, les propriétaires interpellés pour aider les deux nouveaux arrivants à s’installer dans des chambres séparées, et des vêtements leur avaient été trouvés. Soi-disant que les brigands qui les avaient attaqués leur avaient laissé un accoutrement bien étrange.

« Voilà. »

Avant même qu’Aishlinn ait le temps de remercier – pour la forme – Elsa, cette dernière s’était déjà éclipsée de la pièce, ne laissant que l’autre femme dans la pièce. L’Irlandaise se tourna vers elle et sentit comme une crainte contenue. L’envie de faire un mouvement brusque et hurlant un « bouh » se fit sentir chez l’adolescente mais, par miracle, elle arriva à se contenir.

« Où est Jace ? »
« Qui ça ? »
« Ja… Monseigneur Jace d’Aigle-Tonnerre. » ‘Tain il ne pouvait pas choisir un nom plus simple.
« La chambre à côté mais… »

La fin de sa phrase ne trouva aucune oreille pour l’entendre puisque Aishlinn était déjà sorti de sa propre chambre. Elle ouvrit celle de Jace, sans même se soucier de frapper avant d’entrer. Déjà, elle prenait la peine d’ouvrir la porte normalement ce qui, chez elle, était déjà un gros effort. A peine la porte ouverte, elle ne vit qu’un homme pousser Jace derrière un paravent. Apparemment, elle n’était pas la seule à avoir bénéficié d’une aide à domicile pour s’habiller.

« Vous ne devriez pas être là. »
« Ah et pourquoi ? »

L’homme sembla percuter à qui il parlait et, instinctivement, baissa la tête avant de s’excuser. Ça en devenait vraiment très perturbant. Bon, en même temps, il semblait être sur le point de finir puisque, quelques minutes plus tard, il s’éclipsa de la chambre avant de laisser entendre que les deux nouveaux arrivants seraient attendus, un peu plus tard, pour le repas fait pour eux. Repas qui, de ce qu’elle avait compris, se ferait avec une partie des hommes qui les avaient emmenés ici.

Aishlinn alla s’asseoir sur le bord du lit, absolument pas confortable, en marmonnant contre ses vêtements qui n’avaient rien de pratiques. Si elle s’était, un jour, demandée pourquoi elle ne passait pas son temps en robe et en jupe, elle venait de trouver la réponse. Bref. Ces histoires de fringues mises de côté, elle releva les yeux vers Jace.

« ‘Sont zarbes quand même. » Non, juste d’un autre temps. « Puis ça craint, parc’qu’c’est pas comme la dernière fois. Du coup, j’sais pas trop. » Une moue sur le visage, elle continua. « T’vois, logiqu’ment on est censé cherché un portail qui nous ramen’rait à Star City mais, j’crois pas qu’il en cache un dans une grange. Puis c’quoi leur problème avec moi ? J’te jure, dès qu’j’dis un truc, on dirait qu’ils pensent qu’j’vais les bouffer. » Elle secoua la tête. « J’ai pas faim à c’point. » Elle se gratta le flanc. « Puis ça gratte leur fringue. C’te gratte pas, toi ? »
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Message posté : Ven 11 Avr 2014 - 20:06 Message
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Le valet de Jace, un jeune homme d’une quinzaine d’années, intarissable, s’était finalement arrêté de parler, après avoir raconté combien les moissons étaient difficiles, comment Caedwalla protégeait les journaliers et pourquoi le Conseil de Ras-le-Bourg voyait d’un mauvais œil le retour des percepteurs d’Alynssia. Jace n’avait rien fait pour dissuader l’adolescent de déverser ses soucis et ses réflexions dans une oreille aussi attentive qu’étrangère, bien au contraire : il était ravi de tomber sur un habitant un peu plus causant que les soldats finalement très courtois mais assez laconiques qui les avait accompagnés, Aishlinn et lui, jusqu’à l’auberge.

Mais depuis cinq secondes, Jace attendait patiemment que le valet sortît de sa stupeur. Cinq secondes plus tard, Lonin était toujours en train de fixer le biceps gauche du primo-Terrien, autour duquel un tatouage tribal avait été exécuté avec beaucoup d’art, quoique pas très légalement et à la plus grande insatisfaction des parents de son heureux propriétaire.

— C’est un signe des dieux ?
— Sérieusement ?

Il n’avait jamais vu de tatouage ? Mais les tatouages existaient depuis… En fait, Jace ne savait pas très bien, mais il supposait qu’ils n’étaient pas une chose nouvelle et, à tout le moins, les gens de ce pays-là devaient bien avoir des peintures corporelles, comme dans la plupart des cultures. Craignant d’avoir offensé l’invité du jour, Lonin baissa les yeux et murmura d’une voix craintive :

— Pardonnez-moi, Monseigneur, c’est la première fois que je vois quelqu’un du Royaume du Nord.

Et, en se souvenant que le Royaume du Nord n’était le Royaume du Nord que pour ceux qui vivaient au sud du Royaume du Nord, Lonin tenta de se rattraper en corrigeant :

— Je veux dire, des Terres de Sang.

Jace retint un haussement de sourcil interrogatif, en découvrant ce qui était apparemment le nom originel du royaume dont il était le prétendu héritier. Entre la réaction des hommes devant la Sœur de la Nocturne Visitation et l’expression peu engageante qui définissait sa nouvelle terre natale, le jeune homme commençait à s’interroger sur le caractère du personnage qu’il était censé jouer. En tout cas, il jugea qu’il eût été imprudent de repousser la terreur religieuse que les spéculations de Lonin faisaient naître, aussi confirma-t-il sobrement :

— C’est une marque, oui.

Et cette information en tête, Lonin le poussa dans un paravent, tandis qu’Aishlinn débarquait — ce dont Jace lui fut du reste très reconnaissant, parce que, sans être particulièrement pudique, il n’avait pas vocation à s’exposer à des jeunes filles charmantes qu’il ne connaissait guère. Les curiosités culturelles du valet avaient retardé l’habillage de l’étranger et, après s’être excusé auprès d’Aishlinn, Lonin rejoignit Jace derrière le paravent et l’aida à enfiler une sorte de pantalon de peaux, une tunique d’un vert presque smaragdin et des bottes en cuir (de loin l’opération la plus difficile), pour former un ensemble, qui, à bien y songer, n’étaient pas sans rappeler quelque chose à jeune super.


— Ouais, le bonnet, je vais m’en passer, hein…
— Il fait froid dehors, Monseigneur.

Jace était de toute évidence sceptique quant aux propriétés thermiques (et esthétiques) du fameux bonnet et Lonin n’argumenta de toute façon pas plus que cela, trop pressé de quitter une pièce où se trouvait une Sœur de la Nocturne Visitation. Jace sortit donc de serrière son paravent et put enfin découvrir la tenue d’Aishlinn. À en juger par le regard dont il ne put s’empêcher de parcourir brièvement sa compagne d’infortune, les charmes des robes de paysanne n’étaient pas entièrement perdus sur lui.

— C’est pas super confortable, mais t’es jolie.

Jace rougit.

— ‘Fin, j’veux dire, c’est joli, toi t’es le tout temps joli, nonmaislaissetomberenfait.

Quel tombeur.

Plus à l’aise avec les caméras des journaux télévisées qu’avec les Irlandaises tempétueuses, Jace resserra un peu sa ceinture et battit en retraite près des carreaux grossiers qui faisaient office de fenêtre, pour regarder dans les rues, ou plutôt la rue boueuse et unique, du village. L’animation n’était pas à son comble, mais c’était sans doute rarement le cas. En attendant le dîner, il entreprit de faire à Aishlinn un résumé de sa conversation avec Lonin — ou plus exactement du monologue de ce dernier, dans la mesure où il s’était pour sa part contenté de « hmm hmm », « c’est-à-dire ? » et « comment cela ? ».

— Donc, Lonin — c’est le garçon que t’as terrifié, là. Enfin, je veux dire, le dernier en date.

Jace adressa un sourire aimablement moqueur à Aishlinn, avant de venir s’asseoir à côté d’elle sur le lit.

— Lonin, donc, il causait pas mal. Alors, je pense qu’on est au Duché de la Montagne, comme dans le conte, et que l’administration centrale a abandonné les marges, faute de pouvoir faire régner efficacement la justice, en absence d’un exécutif fort.

Comment ça, ça se voyait, qu’il s’était récemment lancé dans l’étude des sciences politiques ?

— Les villages du bord de la montagne elle-même sont plus ou moins livrés à eux-mêmes et sont victimes de ce qu’ils appellent les brigands, mais ce qui doit être, à mon avis, des seigneurs de guerre locaux qui tentent d’étendre leur pouvoir et de s’approprier autant de terres que possible, en profitant de l’effondrement du pouvoir central. Les deux autres duchés ne sont pas pressés de venir à leur secours, parce que la région n’a pas l’air de faire autre chose que de l’agriculture, et encore, sur des terres moins fertiles que celles du sud. En plus, comme tu as pu t’en rendre compte, les rapports avec les royaumes du nord ne sont pas très étroits, au point qu’ils ne paraissent pas savoir ce qui se passe au-delà des monts, et du coup, le commerce transfrontalier est à exclure.

Il n’empêche que la capitale du Duché de la Montagne, à l’intérieur des terres, c’est Alynssia, et qu’Alynssia va bientôt envoyer des percepteurs, comme c’est la fin de la saison des récoltes, pour mesurer la quantité de céréales produites et taxer en fonction. Certains des villages, et Ras-le-Bourg avec eux, envisagent de refuser de payer l’impôt, parce qu’ils n’ont aucun des bénéfices matériels et tous les désavantages d’une dépendance fiscale. Apparemment, d’autres villages se sont déjà ralliés aux seigneurs de guerre, mais comme Ras-le-Bourg est pour l’instant loin des plus grosses zones de conflit, ni le conseil du village, je crois une sorte de réunion de notables, ni Caedwalla, qui est une sorte de shérif ou de préfet de police, n’ont vraiment décidé ce qu’ils allaient faire.


Il ne fallait pas avoir beaucoup parlé à Lonin pour se rendre compte que jamais le valet n’eût été capable d’offrir un Jace un résumé aussi analytique et politique de la situation à Ras-le-Bourg : non seulement Thunder avait mémorisé exactement toutes les explications de son valet, mais il les avait analysées à l’aune de ses propres connaissances historiques, systématisées et interprétées. Ce ne fut qu’en se taisant qu’il se rendit compte de ce que son résumé avait eu d’un peu étrange et c’était la première fois que ses facultés intellectuelles hors norme s’exprimaient aussi clairement dans un champ qui ne relevait pas du pur calcul, de la technique électronique ou de l’informatique.

Il ressentit aussitôt le besoin de tempérer sa démonstration socio-politique.

— Oui, enfin, je crois, hein.

S’il était toujours ravi d’assumer la posture du super-héros viril, défenseur de la veuve et de l’orphelin, le rôle d’intellectuel de génie lui était beaucoup moins familier et beaucoup moins confortable.

— Je pense qu’on est dans le livre. C’est possible, non ? Enfin, je veux dire, tout est possible, et puis… Et puis il y a des films comme ça, ou Jumanji, même si dans Jumanji, ils sont dans un jeu, pas dans un livre. Ou y a un Final Fantasy, tu sais, celui sur GBA, où ils sont absorbés par un livre. Ça parait pas… complètement improbable.

D’un autre côté, pour un bon Légionnaire, habitué à l’étrange en toutes les occasions, rien n’était jamais complètement improbable. Mais c’était Aishlinn la sorcière et, si les hypothèses de Jace étaient exactes, alors ils se trouvaient en plein dans son domaine : ce fut donc dans le regard d’Aishlinn que le jeune homme chercha la confirmation à ses hypothèses.
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Message posté : Sam 12 Avr 2014 - 17:05 Message
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« pffff »

Et, dans cette réponse des plus explicites, elle se laissa tomber en arrière pour se retrouver dos au matelas. Jace avait remué les lèvres, il avait même fait des sons qui, apparemment, étaient des mots pour former des phrases et… Ben, c’est un peu près tout ce qu’elle avait suivi en fait. Les problèmes de territoires, la politique du temps des dinosaures, tout ça, elle s’en foutait presque autant que de son premier trousseau de clés. Elle n’avait pas été très assidue en cours, ce n’était pas pour s’en taper maintenant que plus rien ne l’obligeait à le faire.

«T’sais ? J’ai Jamais aimé Final Fantasy. » Bonjour la révélation alors qu’un autre problème était sûrement plus urgent. Peut-être il s’entendrait bien avec Adrian à faire des références de trucs qui sont sortis alors qu’il n’était même pas né. « Leurs lits n’sont franch’ment pas confortables, c’tte plaie. On va vraiment d’voir dormir là-d’ssus ? » Elle plissa les yeux alors que son regard était toujours sur le plafond et se redressa d’un coup. « Ouais non, c’mort, faut qu’on r’tourne d’où on vient. »

Si Jace voulait s’occuper de la politique environnante, c’était son problème. Elle, de son côté, elle pensait à une douche chaude, un repas digne de ce nom et une literie dans lequel il était possible de dormir. Chacun ses priorités. Peu concernée par ce qui se passait, elle reporta son regard sur le jeune légionnaire, déjà adulé par un tas de fille prêtent à l’attendre à l’entrée d’un studio télé où il donnait des interviews. Trop dur sa vie.

« Ouais donc, en gros : on est chez les paysans et ils vont s’faire taxer. Mouais, t’sais, c’la vie. » Il y a des choses qui ne changeaient pas. « Tu lui as d’mandé s’ils avaient un portail à la Stargate au moins ? » Plutôt que de s’interroger sur la qualité de la terre. Non, bien sûr que non. « Quoique, si on est dans le livre, y a p’t-être pas b’ssoin d’portail pour rentrer. » Théorie qui n’était pas si idiote que ça. « Tu l’as mis où ? » Elle se releva, regarda autour d’elle et en arriva à se dire qu’elle devait peut-être préciser quelque chose. « Le livre, tu l’avais dans les mains quand on est arrivé, il est où ? »

Allez, hop, en action Thunder de la Légion d’Aigle Tonnerre. Un court instant plus tard, les deux étaient à nouveau assis sur le bord du livre, les yeux rivés sur un livre dont les pages restaient blanches… Sauf les premières. Aishlinn parcourru quelques lignes retraçant les faits qu’ils avaient vécus et qui se retrouvaient être rapportés dans les premières pages. De l’index, elle pointa un passage du livre.

« Sérieux, t’as un tatouage ? Et genre, l’type il a calé d’ssus ? » Elle releva la tête pour poser son regard sur Jace. « Mouais, t’sais, en vrai, c’était juste une excuse pour mater. »

Finalement, il lui plaisait bien ce livre, c’était un peu comme des caméras de sécurité qui retraçaient des évènements passés. Et puis, c’était pratique : quand ils seraient séparés, ils leur suffiraient de lire ce qui s’était passé sans que l’autre n’entre dans un long monologue.

« Du coup, j’me dis qu’il suffit d’finir l’histoire pour r’tourner d’là où on vient. » Histoire d’appuyer ce qu’il avait dit un peu plus tôt. « Comme dans Jumanji. »

Facile, Jace, qui se faisait passer pour l’héritier des Terre de sang n’avait qu’à épouser Elsa. Ensemble, ils allaient régner sur le duché des montagnes, feraient tous plein d’enfants et comme ça, de son côté, Aishlinn pourrait rentrer chez elle parce que l’histoire se terminait bien. Elle alla exposer son plan à Jace mais se stoppa en se disant que, peut-être, l’idée de rester ici ne lui plairait pas. Hmm.

« Hey Link, dis, quand tu as commencé à lire l’histoire, il était pas question d’une princesse qui voulait pas s’marié et récupérer c’duché ? Non parc’que, genre, si on lui trouve un mari, elle vient ici, fait ses trucs d’princesse, tout l’monde est heureux et, voilà, histoire bouclée. » Restait le problème – entre autres – du fait qu’elle semblait compliquée. « T’vois, on organise un speed dating, avec plein d’types bien, elle va forcément en trouvé un qui lui convient. »

Évidemment, trouvé un profil sur un site de rencontres aurait été plus simple mais, pas la peine d’espérer d’avoir du réseau et un ordinateur. D’ailleurs, comment on se protégeait d’une attaque de T-rex ? Si Aishlinn pouvait éviter de finir bouffer, ça serait cool. Elle hocha la tête.

« Ouais, ça va être bien. »

En réalité ce n’était pas une bonne idée du tout. Trouver une princesse – même si l’un d’eux ressemblait à Link – n’était pas si facile. Puis si elle était ailleurs, ça allait sûrement impliquer six mois à dos de cheval – où sont les téléporteurs quand on a besoin d’eux – ou vingt ans de marche à pied. Aishlinn avait de grandes facilités à prendre en compte les pouvoirs de son frère mais que Jace puisse voler, non, ça ne lui traversa pas l’esprit.

« Dis, tu crois qu’si on dit des insultes ou qu’on couche ensemble, ça va être censuré dans le livre ? »

Autant se renseigner avant le moment où ils allaient devoir descendre pour manger une cuisse de mammouth.
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Message posté : Dim 13 Avr 2014 - 11:55 Message
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Le Légionnaire fixa Aishlinn d’un air franchement déçu. Si son statut de super-héros ne l’impressionnait pas, si l’étendue de son savoir et la précision de ses analyses ne l’impressionnaient pas, que lui restait-il pour briller ? Habitué à être le chef d’équipe que l’on écoutait religieusement et le super-héros populaire, Jace ne savait plus vraiment comment réagir. Dommage : il n’y avait pas de terrain de basket pour qu’il pût jouer sa dernière carte en faisant une démonstration de ses talents dans le domaine, sans quoi il s’y fût sans doute précipité, parce que… Parce qu’il n’y avait évidemment rien de plus urgent que d’attirer l’attention d’Aishlinn, dans la situation qui était la leur.

Heureusement, la jeune femme avait des préoccupations plus terre-à-terre et moins adolescentes : Jace récupéra donc leur livre, s’assit à côté d’elle et ils purent suivre leur propre histoire. L’Américain ne put s’empêcher de sourire à la remarque de son acolyte sur le tatouage et l’intérêt qu’y avait porté le page.

— Non mais contrairement à toi, tu vois, les gens pensent pas qu’à ça

En tout cas, Jace, lui, ne pensait pas qu’à ça, et même pas souvent à ça, parce que ça, c’était compliqué, et un peu intimidant, et qu’il était beaucoup plus facile de jouer à la console/sauver le monde/faire ses devoirs de mathématiques que de se lancer dans d’acrobatiques et sportives interactions personnelles. Sa remarque faite, Jace se mit à méditer la solution proposée par l’Irlandaise. Trouver un mari à une princesse était un processus long et complexe, s’il en jugeait par ses parties de Medieval Total War et les derniers épisodes de flame of Thrones, et l’idée de passer plusieurs mois, si ce n’était plusieurs années, enfermé dans un livre à concevoir des projets matrimoniaux n’avait rien de très séduisante, même en compagnie d’Aishlinn.


Définitivement trop compliqué. Il devait y avoir une autre solution — il fallait qu’il y eût une autre solution. Mais les pensées de Jace furent bientôt orientées vers un tout autre domaine.

— Qu-quoi ?

Le blond fixa Aishlinn d’un air à la fois charmé et paniqué (une spécialité).

— Mais on va pas, je veux dire, tu veux pas, on va pas, je vais pas, on va pas, on… Ça risque pas d’arriver.

Mais presque aussitôt, il se lança dans des précisions :

— Enfin, j’veux dire, tu es forte, et drôle, et décidée, et pleine de surprises, et puis aussi t’es vraiment très, très… Euh, ben tu sais, quoi, belle. Enfn, charismatique. Enfin belle et charismatique. Mais euh, du coup…

Du coup, elle jouait dans une autre catégorie. Ah, oui, accessoirement, il avait un petit ami. Jace afficha un sourire de façade, purement nerveux.

— Non mais tu plaisantais. Ouais, évidemment, tu plaisantais. Désolé. Donc, le livre…

Jace prit le livre des mains d’Aishlinn et se mit à feuilleter les pages, pour se donner une contenance.

— Peut-être que y a des mages, dans le coin, ou peut-être… Je sais pas, si le bouquin nous a choisi, si on nous attendait, tous les deux, c’était que y avait une raison, sans doute, tu crois pas ?

Surtout, ne pas s’arrêter de parler.

— Alors peut-être qu’il faut une combinaison de nos deux capacités, ou de nos deux personnalités, un truc dans le genre, donc quelque chose qui demande de la foudre, de l’intangibilité, du vol, du combat, de la magie, de la stratégie, alors, je sais pas, ça ressemble quand même moins à un mariage qu’une quête, et là tout le monde nous parle des brigands, peut-être qu’il faut juste poutrer les brigands, tu sais, les retrouver, leur mettre leur pâtée, et voilà, c’est un peu primitif, mais ça me parait pas mal comme début, on peut faire ça et voir ce qui s’écrit, et peut-être que le temps passe pas au-dehors, peut-être que même si on reste ici longtemps, le temps se sera pas écoulé dans notre monde, alors c’est pas bien grave, enfin c’est moins grave, je sais pas, mais en tout cas, ouais, c’est sûr, en tout cas, faut qu’on se penche sur le cas des brigands, et on peut essayer de trouver un mage, ou un sage, ou un truc dans le genre, parce que y a peut-être des…
— Monseigneur ?

Lonin venait de se glisser dans la chambre et son interruption offrit l’occasion inespérée à Jace de prendre une profonde inspiration. Le blond releva les yeux vers leur visiteur.

— Oui ?
— Le repas est prêt, si vous le désirez.
— Ah, super, génial, tant mieux, merci !

Aussi sec, Jace referma le livre et quitta la chambre en emboîtant le pas à Lonin, dans l’espoir qu’Aishlinn avait oublié le petit écart de leur conversation, si habilement noyé dans des considérations sur la chasse aux brigands.
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Message posté : Lun 14 Avr 2014 - 11:36 Message
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Intéressant. Il aurait pu sortir toutes les grossièretés qu’il connaissait pour voir si elles étaient censurées dans la livre mais non, il bloqua sur la deuxième hypothèse – car hypothèse c’était et non pas une proposition – et la réaction qui s’ensuivit fut intéressante. C’était un peu nouveau pour Aishlinn, le sujet semblait être tabou chez les gens du « bon côté », elle l’avait vu sur Adrian – non, elle ne lui avait aucune proposition indécente –, chez Dana aussi. Ça ne comptait pas trop, c’était une princesse Atlante, forcément, elle était coincée. Et puis il y avait Jace. Jace et ses doutes sur une orientation à suivre. Jace et son regard un peu paniqué. Jace et sa capacité à parler sans respirer pour se concentrer sur autre chose. Est-ce qu’il se rendait compte que, en agissant de cette manière, il donnait à Aishlinn encore plus de raisons de faire des allusions de ce genre dès qu’elle le pourrait ?

Il y avait quelques mots dans le discours de Jace sur lesquels elle aurait pu rebondir : combinaison, primitif, … Ou même sur le fait que le temps ne passait pas en dehors de cette pièce ce qui, par définition, laissait le temps de tester un tas de choses. Mais, elle n’avait rien dit en bloquant dès le début quand Jace avait énuméré leur capacité. Est-ce qu’elle avait semblé si peu crédible que ça en disant qu’elle faisait juste une thèse sur la magie, sans avoir à la pratiquer ? L’Irlandaise était, soudainement, devenue un peu plus distante dans sa façon de s’asseoir sur le lit, perdant toutes traces de sourire amusé sur le coin des lèvres. C’était un peu con comme réaction parce qu’elle n’avait aucune raison valable de lui cacher ce qu’elle pouvait faire. Adrian lui avait demandé de ne pas l’ébruiter pour ne pas qu’on s’intéresse à ses possibilités, ce n’était sûrement pas Jace qui s’amuserait à faire pression à ce niveau-là. Sans réussir à mettre le doigt sur ce qui la dérangeait, Lonin débarqua pour les inviter à manger.

Quelques minutes plus tard elle était installée autour d’une grande table en bois, Jace à côté d’elle, et beaucoup trop de nourriture devant eux. Caedwalla, qui était présent, c’était pourtant excusé pour ce piètre repas qui ne ressemblait, soi-disant, en rien à ce qu’on pouvait trouver dans un festin de château. Vas-y, il avait cru qu’elle avait un double estomac ou quoi ? Jamais ils ne boufferaient tout ça.

« C’quoi ça ? » Elle désigna un truc du bout des doigts.
« De l’écureuil. »
« D’l’écureuil, genre, comme l’écureuil. » Et voilà qu’elle se mettait à mimer l’animal en question. « Cet écureuil-là ? »
« Pardon, je pensais que ça vous irait. »

Un certain malaise s’installa autour de la table et Caedwalla s’empressa de faire un signe à une femme, restée debout près de la table, qui s’empressa de retirer le plat en question. Non mais… Ok. Ne plus rien dire. Surtout qu’elle n’était pas plus inspirée que ça sur le reste du repas présent sur la table et que, si, dès qu’elle l’ouvrait, on enlevait quelque chose, il n’allait pas rester beaucoup de nourriture. Et comme tout le monde semblait guetter les réactions des deux invités, Aishlinn se sentit un peu obligée de prendre une fourchette pour piocher un truc dans un plat et le déposer dans ce qui lui servait d’assiette. Pas très hygiénique tout ça. Il fallut quelques instants avant qu’une sorte de tension redescente et qu’une discussion s’intalle timidement de la part de l’homme.

« Vous comptez descendre vers la capitale alors ? »
« C’était l’plan, oui. »
« C’était ? »
« Ouais parc’qu’entre temps y a des crétins qu’ont cru bon d’me voler, dans notre propre convoi. » Décidemment, les gens du nord parlaient d’une étrange façon. « Et j’compte bien récupérer c’qui m’appartient. »

On ne lui avait rien volé mais c’était l’histoire qu’avait donnée Jace et, sur le coup, elle avait estimé que c’était un bon tremplin pour parler des brigands de la région. Sa fourchette jouant avec la nourriture dans son assiette, peut-être que ça donnerait l’impression qu’elle mangeait ? Elle continua.

« Ces attaques sont régulières ? »
« De plus en plus, s’éloigner de la ville devient dangereux. »
« Vous avez des pistes, quelqu’chose pour savoir d’où ça vient ? »
« Jodel. » Il désigna l’homme déjà rencontré sur le sentier plus tôt dans la journée. « A réussi à remonter jusqu’à un campement, au nord-est dans la forêt. » Il posa son regard sur l’homme en question qui n’avait pas l’air plus rassuré que ça. « Raconte ce que tu as vu. »

Mais lui il ne voulait pas parler, ces étrangers l’inquiétait un peu, il ne trouvait même que c’était une bonne idée de les avoir emmenés en ville alors, leur parler de ce qui se passa. Mais Caedwalla insista avec un hochement de tête.

« Il faisait noir, je n’ai pas bien vu mais, ils étaient nombreux et un groupe se tenait en rond, psalmodiant des chants étranges. Puis, une tempête a éclaté, un orage comme on n’en avait jamais vu. Pas dans cette région en tout cas. »
« Un désastre pour nos récoltes. Maugis, tu devrais leur parler des marques. » Mais, avant il précisa aux étrangers. « Maugis est notre soigneur. »
« Jodel à rapporter que certains des hommes, là-bas, avaient des marques sur le corps. Je cherche encore leur signification mais je n’en trouve, hélas, aucune trace dans mes vieux livres. »

Et là, Lonin, debout, en retrait, commençait à se sentir un peu mal. Des marques, sur le corps des gens ? Et si l’héritier présumé ne l’était pas réellement, s’il était un envoyé de ce camp pour infiltrer le village ?

« Mais peut-être qu’avec votre expertise, et vos connaissances, vous pourriez m’aider ? Je sais bien que votre temps est précieux et je ne veux pas vous imposer un acte aussi ingrat pour quelqu’un de votre range qui… »
« Ouais, ouais, c’bon, j’veux bien. »
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Message posté : Lun 14 Avr 2014 - 13:43 Message
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Jace manqua de s’étouffer quand il apprit que ce rôti un peu trop cuit et un peu trop petit était en réalité l’un des charmants petits écureuils qu’il essayait parfois de nourrir au Star Park, quand il était sûr que personne ne le regardait. Alors que la nausée commençait à monter, la réaction de leurs hôtes l’incita, comme Aishlinn, à faire preuve d’un peu plus de jovialité dans son repas, mais il se rabattit quasi exclusivement sur les rares légumes qui parsemaient ça et là des plats de viande, de peur de se retrouver à dévorer du chaton ou une girafe.

La discussion avait été habilement dirigée par l’Irlandaise, qui avait tous les talents d’une parfaite maîtresse de soirée (à peu de choses près), vers le sujet qui les intéressait le plus. La conversation permit de mettre des noms sur des visages et de comprendre à peu près comment fonctionnait la patrouille exploratoire dirigée par Caedwalla. La tension entre les hommes était palpable — non, Aishlinn, ce n’est pas un sous-entendu — et lorsque le soigneur évoqua les marques sur les corps, Jace jeta aussitôt un regard à Lonin, qui essaya de ne pas paniquer. Il était facile d’imaginer les suppositions que faisaient l’adolescent en ce moment.

Mieux valait prévenir toute difficulté. Jace n’avait aucune envie de se faire égorger dans son sommeil par des éclaireurs trop soupçonneux.

— Dans le Nord aussi, nous avons des marques. Elles sont un signe d’élection. J’en porte une, il est possible qu’un seigneur de guerre se soit associé à un culte.

Les hommes de la patrouille se mirent à regarder leurs assiettes avec insistance. Comme Maugis voyait sans peine que les Nordistes ne mangeaient pas d’un très grand appétit, il se sentit autorisé à suggérer :

— Il vaudrait peut-être mieux que nous en discutions dans la bibliothèque.

Jace hocha la tête. Maugis se leva et les deux primo-Terriens lui emboîtèrent le pas, pour sortir de la taverne, laissant derrière eux les murmures de plus en plus animés de la fine équipe de Caedwalla. Après avoir traversé l’unique rue boueuse du village, ils pénétrèrent dans une petite masure, qui servait à Maugis tout à la fois de bibliothèque, de cabinet de consultation et de foyer. L’intérieur était encombré par des instruments divers, des pierres curieuses trouvées ça et là, des bocaux où flottaient des rongeurs difformes et quelques livres manuscrits qui n’étaient pas de première jeunesse.

Après avoir allumé deux ou trois lampes à huile, le soigneur expliqua :

— Il faut pardonner les hommes de la patrouille. Certains sont des soldats, la plupart ne sont que des paysans avec des armes, et leurs superstitions ne sont pas très éclairées, je le crains. Ils prient les Trois Nourrices, parce que c’est ce que l’on a toujours fait ici, mais en dehors des fêtes de la Moisson, tout le reste est pour eux un peu vague. Je peux voir votre marque ?
— Quoi ?

Maugis avait chaussé des lunettes grossières et il fixait Jace.

— Vous avez dit porter une marque, je n’ai vu que les dessins de Jodel, je serais curieux d’en voir une en vrai.
— Euh… C’est que…

Il était sans doute peu sage de contrarier le soigneur, qui paraissait le seul décider à leur expliquer ce qui se passait à Ras-le-Bourg avec un peu de clarté. Jace soupira et retira la tunique, pour se retrouver torse nu au milieu de l’antre d’alchimiste qui servait de repaire à leur hôte. Lequel collait presque son nez sur son biceps. L’adolescent était cependant préoccupé par tout autre chose : il essayait de décrypter à l’expression d’Aishlinn les impressions de l’Irlandaise à l’égard d’un physique qu’il savait objectivement avantageux, mais qu’il rêvait toujours plus musclé, plus grand, plus héroïque.

— Et qu’est-ce que ça veut dire ?

Rien du tout. C’était un tatouage comme en avait des millions de jeunes gens de son âge.

— Hmm ?
— Le signe, qu’est-ce qu’il veut dire ?

L’adolescent consentit à sortir de ses méditations hormonales en détachant le regard d’Aishlinn. Il renfila sa tunique et expliqua :

— Rien. Le détail du signe n’a pas de sens, c’est sa présence qui compte.
— Et c’est tout le temps comme ça ?
— Non. Certains portent des sens précis.
— Je vois, je vois…

Maugis avait commencé à fouiller dans ses papiers. Il en tira trois tablettes de cire qu’il tendit à Jace.

— Voici les dessins de Jodel.

Voilà qui ne disait rien à Thunder, mais peut-être qu’une sorcière, pardon, une thésarde, serait plus éclairée que lui. Le blond passa les tablettes à Aishlinn.

— C’est vrai ce qu’on dit, sur les Sœurs de la Nocturne Visitation ?

En voilà un qui n’avait pas peur, au moins, de poser ses questions.

— Et qu’est-ce qu’on dit ?
— Qu’elles s’entrainent aux Arts de la Mort depuis leur plus tendre enfance et qu’elles vivent entre notre monde et le Royaume de la Pénombre.

Voilà qui n’était en effet pas très engageant.

— Et vous ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
— Oh, moi, je n’ai pas d’avis sur ces choses-là…

Autant dire qu’il n’était pas entièrement convaincu par cette présentation à son goût trop folklorique. Il n’était peut-être pas un scientifique pur et dur selon les critères du vingt-et-unième siècle, pour Jace et Aishlinn, mais il était très loin d’être aussi réceptif aux croyances traditionnelles que ses camarades.

— Pardonnez-moi cette question, Maugis, mais qu’est-ce qu’un homme comme vous fait à Ras-le-Bourg ? Il n’y a pas l’air d’avoir beaucoup de livres, dans les parages.
— Ah, j’étais venu depuis Alynssia étudier les roches de la montagne, mais le brigandage s’est développé pendant mon séjour, et depuis, je ne pourrais plus regagner la capitale sans escorte. Et Caedwalla trouve mes talents trop utiles et ses hommes trop précieux pour risquer une expédition qui me mènerait jusqu’à la capitale du duché.
— Mais si le chemin entre Ras-le-Bourg et Alynssia est si dangereux, comment se fait-il que la capitale continue à envoyer des percepteurs ici ?

Maugis afficha un sourire amer.

— Il est trop dangereux quand il s’agit d’escorter un savant, Monseigneur, pas quand l’État a besoin de blé. Mes connaissances ont finalement moins de valeur qu’une cargaison de graines. Ce n’est pas ici que les choses se passent, dans le nord ?

Jace hocha lentement la tête.

— Si. Souvent, hélas…
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Message posté : Lun 14 Avr 2014 - 19:29 Message
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Sur la pointe des pieds pour voir par-dessus le soigneur au visage penché sur le torse de Jace : visibilité pas terrible. Penchée sur le côté pour avoir un autre angle de vision : toujours pas. Trois pas sur le côté, sur la pointe des pieds : mais bordel, le soigneur n’était pas transparent ! Ce qui était certain c’est qu’Aishlinn avait beaucoup bougé, enchainant mine vexée et air de réflexion en essayant de recoller les bouts vus à droite et à gauche, pour se faire une idée d’ensemble. Le tout, s’il vous plait, en restant derrière Maugis qui aurait probablement trouvé indécent qu’une Sœur chercher à se renseigner sur l’anatomie d’un jeune héritier. Puisqu’il n’était plus possible d’imaginer des sous-entendus dans chaque bout de phrase, autant essayer de voir les choses sans grande discrétion.

Donc, qu’est-ce que l’on pouvait dire de la situation : Jace devait faire beaucoup de sport, parce que sauver le monde, c’est bien connu, ce n’est pas de tout repos. Jace était tatoué avant l’âge, waouh mais quel rebelle celui-là ! Jace était dans un pays, actuellement, où on était un homme à 15 ans et qu’on pouvait donc le considérer comme majeur. Jace… Ah, pardon, la situation… Celle de Jace n’était peut-être pas si importante que cela dans cette histoire, notons quand même qu’Aishlinn se trouvait être d’un avis bien différent. Comme il était important de s’occuper de l’histoire qu’il était en train de créer, Aishlinn récupéra les tablettes que lui passa Jace.

« Je comprends mieux pour Lonin a fait une telle fixette. »

Voix basse, sourire en coin, regard presque entendu même si elle ne disait si elle parlait du tatouage ou du support. Et voilà, celle qui connaissait les arts de la Mort se retrouva dans un coin à passer de tablettes en tablettes, les retournant parfois, réfléchissant, faisant appel à ses souvenirs. Thésarde, elle n’était pas, ses réflexions étaient donc assez anarchiques mais, au moins elle faisait quelque chose contrairement aux deux hommes qui discutaient graines. J’vous jure, bientôt ils s’en seront à s’échanger leurs adresses de barbier.

« Z’étaient où les marques. »
« Comment ? »

Aishlinn releva la tête vers Maugis, peut-être qu’il voulait qu’elle lui fasse un dessin, avec des graines, pour que le sujet lui semble intéressant ? Elle prit sur elle, releva une plaque pour la désigner, histoire de lui faire comprendre de quoi elle parlait.

« Les marques qu’Lodal… »
« Jodel. »
« Ouais, Jodel. » C’est ce qu’elle avait dit ! « Les marques qu’Jodel a vues, z’étaient où sur les personnes ? »
« Sur les mains. »
« Il doit avoir une p’tain d’vision pour sniper des marques sur la main des gens, en pleine nuit. »

Maugis n’était pas certain de comprendre tous les mots, même pas sûr que certains étaient employés dans le bon contexte mais, a priori, il arrivait à comprendre le sens général de la phrase. La réflexion ne le surprit pas réellement, il se retrouva même à hocher la tête.

« La meilleure de toute la région, Jodel est un archer redoutable. »
« Il disait pourtant n’avoir pas bien vu. »
« Il n’aime pas parler de cette grande capacité. »

Jodel devait surtout avoir quelques gènes redoutables sauf que, ici, personne ne devait savoir ce qu’était un Super. Et comme elle était incapable de faire un cours sur la génétique et l’évolution de l’espèce humaine, elle laissa de côté les talents de l’archer pour en revenir aux tablettes.

« C’des runes. Poussez-vous, tous les deux. »

Elle avait déjà commencé à la pousser avant de finir sa phrase, en réalité. Dégageant un cercle sans personne dedans, elle déposa les tablettes en cercle, laissant tout de même un espace respectable au centre de celui-ci.

« Bon s’ils étaient en rond, c’qu’ils ont dû dessiner un cercle au sol, pour servir à une incantation. » Mimant ce qu’elle disait, son index dessina un rond dans le vide, dans l’espace libre entre les tablettes. « Après, genre comme ils doivent pas savoir c’que c’est qu’un feutre, z’ont dû directement se tatouer… Graver, les runes sur les mains. Donc, v’là comment j’vois les choses. Les gars, z’ont tous une rune différente et après ça fonctionne, j’sais pas moi, euh… » Elle leva la tête pour poser son regard sur Jace. « Comme la porte des étoiles. »
« Il y a une porte qui mène aux étoiles ? »
« Les runes font office de coordonnées pour lancer l’sort voulu. J’les connais pas toutes mais, t’vois, celle-là, ben elle indique une invocation. Puis elle, là, ben… C’un peu ton élément, t’vois. »
« Donc avec une porte des étoiles et des dessins, on peut contrôler une tempête, c’est cela que vous dites ? Insensé. »

Bon, lui, il ne pouvait pas croire à la théorie des Sœurs de Nocturne Visitation, au moins il ne serait pas en train de remettre ses paroles en doute, par peur qu’elle le bouffe à son petit déjeuné. L’ignorant, elle resta sur Jace.

« Mais j’vois pas trop l’intérêt d’faire ça, surtout qu’ils ont dû invoquer d’autres trucs. »

Le côté stratégie, après tout, ce n’était pas elle. Là où elle avait vu une discussion sur les graines, eux y avait vu un fond politique alors, ce n’était pas la mieux placer pour comprendre les enjeux d’une telle manœuvre.
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Message posté : Mar 15 Avr 2014 - 18:48 Message
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Jace afficha pendant plusieurs secondes un sourire ravi alors qu’Aishlinn expliquait à quoi servaient les marques et comment elles fonctionnaient. Elle comprenait pourquoi Lonin avait fait une fixette, c’était donc qu’elle l’avait trouvé digne de la fixette en question, parce que le tatouage en lui-même n’était pas fascinant — des tribaux dans ce genre-là, on en trouvait dix par plage, pendant les beaux jours. Il fallut un moment à l’adolescent pour songer qu’il n’était peut-être pas censé être aussi flatté que cela de l’attention que pouvait hypothétiquement lui porter Aishlinn, dans la mesure où il avait déjà un petit ami (dans un autre monde, certes), et qu’il y avait des problèmes plus urgents.

Il se concentra donc tant bien que mal sur les explications de l’Irlandaise, qui avaient le mérite d’être fort claires  — en tout cas pour lui, qui pouvait se servir sans difficulté de l’analogie avec la porte des étoiles. Maugis était sceptique, Aishlinn trouvait cela inutile et Thunder était ainsi bien le seul à apprécier l’intérêt de l’opération.

— S’il y a des tempêtes fréquentes, les récoltes seront très mauvaises. Si les récoltes seront très mauvaises, les percepteurs seront mécontents et la tension entre les villages de la périphérie et Alynssia va augmenter. Les villages seront beaucoup plus susceptibles de rejoindre les seigneurs de guerre des marges.
— Les brigands.
— Pardon ?
— Ce ne sont pas des seigneurs de guerre, ce sont des brigands.

Maugis avait été un peu plus éclairé que ses camarades, si bien que Jace en avait oublié que le soigneur, originaire d’Alynssia, avait peut-être des intérêts dans la petite propagande ducale, qui ne voyait dans les troubles politiques des frontières qu’une affaire de police intérieure. Le blond haussa un sourcil dubitatif — et même un peu réprobateur — avant de souligner :

— Vos brigands sont très bien organisés, Maugis, et ils m’ont l’air un peu plus menaçants que des voleurs de grand chemin. Et je crois que vous êtes restés à Ras-le-Bourg assez longtemps pour comprendre que la situation n’est pas aussi simple que ce qu’on a l’air de bien vouloir dire à Alynssia.

Le soigneur poussa un soupir et haussa les épaules.

— Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne suis qu’un savant. J’étais venu étudier les pierres de la Montagne, moi, c’est tout…
— Monseigneur ! Monseigneur ! Réveillez-vous !

Jace ouvrit péniblement un œil, puis l’autre. À l’extérieur de l’auberge, les oiseaux gazouillaient fort, beaucoup plus fort qu’au cœur de la ville. Le jeune homme se redressa finalement, laissant les couvertures glisser. Lonin se mit aussitôt à fixer son tatouage.

— Quoi ?
— La patrouille part dans deux heures, Monseigneur.
— Mais j’étais en train de parler à…

Pris d’un doute, Jace quitta son lit, fit abstraction du fait qu’il ne portait pas de vêtements et que Lonin le suivait toujours des yeux, et fouilla la pièce jusqu’à retrouver le livre, dont il feuilleta les pages.

— Ah.
— Un problème, Monseigneur.
— Non, apparemment, c’est une ellipse narrative.
— Une… ?
— Rien. Laisse tomber. Où est-ce que je peux prendre une douche ?
— Une… ?
— Un bain, alors.

Les yeux de Lonin s’arrondirent.

— Vous ne préférez pas attendre le mois prochain ?

Il y avait tout de même plus urgent !

— Eeeuh… Alors non. Carrément pas. Je sors pas de cette chambre sans m’être lavé, moi, hein.

Lonin réprima un soupir. Il n’avait pas l’habitude de fréquenter les nobles, mais il avait déjà entendu parler de leurs exigences farfelues. Quelques minutes plus tard, Jace se retrouva immergé dans une bassine en cuivre pleine d’eau glacée.

— Ça vous convient, Monseigneur ?

Jace essayait de ne pas grelotter.

— C’est… Parfait.
— Désirez-vous que je vous lave ?
— Je crois que je vais m’en sortir.
— Bien, Monseigneur.

Et Lonin resta debout, les mains croisées dans le dos, les yeux posés sur Jace — qui allait finir par croire qu’Aishlinn avait raison.

— Tu euh… T’es pas obligé de rester.
— Ça ne me dérange pas.
— Tu veux pas aller voir ailleurs ? Je veux dire, en bas. Vérifier les chevaux. Je sais pas, moi…
— Oui, Monseigneur, tout de suite Monseigneur.

Et après un dernier regard, Lonin s’éclipsa. Jace se leva aussi vite qu’il pût, autant pour quitter au plus tôt l’eau réfrigérante que par crainte qu’Aishlinn ne débarquât à l’improviste et, une fois vêtu de sa belle tunique du héros, il descendit dans la salle principale de l’auberge où les hommes de Caedwalla mangeaient déjà en silence. De la viande. Comme d’habitude. Au moins la chasse n’était pas trop mauvaise, dans la contrée. À peine Jace assis, le chef de la troupe débuta :

— Bon, alors, nous sommes d’accord. On vous conduit jusqu’au milieu de la forêt, et c’est tout. Hors de question qu’on aille jusqu’au campement des brigands.

Ah bon, ils étaient d’accord ? Jace commençait à se demander ce qu’il avait bien pu accorder d’autres, pendant cette fameuse ellipse. Le plus sage lui parut encore d’opiner du chef.

— Nous vous sommes déjà très reconnaissants de votre aide.
— Hmm hmm.
— Vous avez vu ma, euh… Aishlinn, ce matin ?

Caedwalla ne put retenir un sourire et, d’un air entendu, il déclara :

— Pas depuis que vous êtes montés ensemble, hier soir, après être revenus de chez Maugis.
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Message posté : Mer 16 Avr 2014 - 18:43 Message
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« C’quoi c’délire ? »
« C’est trop serré, c’est ça ? »

L’irlandaise ferma les yeux et les ouvrit à nouveau devant son reflet avec Elsa desserrant sa tenue. Il y a deux secondes, elle était bien avec Jace, chez l’autre Maugal, Magis, enfin un truc dans le genre, non ? En premier lieu elle songea au fait d’être droguée mais, la théorie se tenait s’il elle s’était réveillée dans un lit. Là, non, elle était debout, les cheveux mouillés, en train de se faire habiller. Et oui, dans ce livre, on ne décrit une personne de sexe féminin se faire laver par une autre femme.

« Pourquoi j’ai les ch’veux mouillés ? »
« Vous avez insisté pour prendre un bain. »
« Quand ? »
« Une quinzaine de minutes. Tout va bien ? Vous voulez que je fasse venir un… »

Plus d’Elsa, Aishlinn était dans la chambre de Jace qui n’était pas présent, le livre dans les mains. Comprendre l’ellipse ne fut pas très compliqué mais un sourire se dessina sur ces lèvres en lisant le réveil de Jace. Son reflet dans le miroir lui apprit qu’elle avait fini d’être habillée et qu’elle avait même été coiffée d’une tresse, sans en avoir le souvenir. C’était quoi ce bouquin à la noix qui ne prenait même pas le temps de décrire, avec exactitude, la manière de faire une coiffure de l’époque ? C’était pourtant vital comme information.

Laissant le livre, elle quitta la chambre de Jace pour descendre au niveau principal où elle vit tout le monde assis autour d’une table. Link était présent et elle se retrouva à sourire, à croire qu’elle était rassurée de ne pas être toute seule dans cette aventure. S’installa à côté de lui, elle ne put s’empêcher de le saluer à voix basse.

« Salut Champion. » Et comme elle n’avait aucune envie de se tester à la viande dès le matin, elle reporta son regard sur les autres. « On part quand alors ? »

Ce n’est pas qu’elle en savait plus que Jace mais elle avait l’avantage d’avoir lu ce qui s’était passé pour le légionnaire, ça lui donnait une longueur d’avance. Et, à bien y réfléchir, elle trouva assez amusant d’essayer de faire croire que, de son côté, elle se souvenait de tout depuis leur discussion de la vieille, jusqu’au moment présent.

« Juste le temps de finir de préparer les chevaux. »
« Bien. »

La préparation des chevaux, le petit déjeuné et, apparemment les conseils prodigués, ne semblant pas important, nos deux jeunes se retrouvaient au beau milieu d’une forêt. Seuls. Leur laisser des chevaux, forcément, ça devait être une perte, autant les laisser à pied. Aishlinn, percutant ce qui venait de se passer, se tourna vers Jace pour claquer de doigts devant lui.

« Hey, hey, ça va ? J’sais pas c’qu’t’as bouffé t’a’l’heure mais t’as pas l’air de te sentir bien depuis qu’on s’est mis en route. »

Elle aurait dû compatir à ce nouveau changement de décor soudain mais, non. Elle avait 19 ans, et trouvait toujours plus intéressant d’essayer de faire croire à Jace qu’il avait des absences. Les jeunes, un rien les amusent. Elle secoua la tête d’un air réprobateur avant de regarder autour d’elle.

« Ça craint, t’vois, parcqu’j’pensais qu’t’écoutais quand ils ont dit dans quelle direction on d’vait aller. »

Par-là, par là-bas, ou vers ici. Elle n’en savait strictement rien mais, dans le doute, autant marcher tout droit. S’ils étaient dans une direction précise, ça ne devait pas être sans raison. Elle alla pour reprendre la marche quand, elle tourna à nouveau la tête vers Jace.

« En fait, plutôt qu’marcher, tu peux pas nous… ‘Fin t’sais. Voler quoi. Non parcequ’ces abrutis, j’crois z’ont pas encore inventé les chaussures d’marches féminines, t’vois. » Elle souleva le bas de sa robe pour mettre en évidence une chaussure pas du tout adaptée à la marche en forêt. « Genre c’est vraiment pas pratique pour moi, et j’te parle même pas d’cette robe. »

Qui en plus d’être crade en bas, à force de piétiner dans une forêt, n’était pas très pratique s’ils devaient se retrouver devant une horde de brigands-seigneurs-de-guerre-mages. Et, histoire que la situation soit bien pourrie, elle ponctua sa phrase par un éternuement.

« Ça, ça craint vraiment. » Non, elle n’était pas enrhumée, ce qu’elle s’empressa d’expliquer. « J’crois j’fais une sorte d’allergie à la con quand… »

Il y avait une manifestation magique à proximité mais, elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que les deux se retrouvèrent entourés de cinq types qui étaient apparus dans un léger nuage de fumée noire.

« Ok. J’suppose c’pas des randonneurs paumés. »
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Bouquin Airline, vous souhaite un agréable voyage #Jace

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