AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Le Retour du Jedi. Mais en méchant.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Sam 5 Avr 2014 - 23:54 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil


***

Quelque part dans le Multivers

— Oh là, Cassiopée, oh là !

Le canard géant s’arrêta de dandiner lentement, puis inclina la tête sur le côté, pour observer avec une évidente perplexité les petites étincelles bleutées qui parcouraient les Marais, ce jour-là. Alyssa de la Garde Royale, première des Canarvalières de la Reine, descendit de son fier destrier et, après avoir gratté la bête sous le bec pour la calmer un peu, se pencha et effleura l’herbe de ses gants en cuir. Elle ne put que sursauter en arrière quand un éclair partit du sol, suivi d’un second, et d’une nuée d’autres, qui pendant une fraction de seconde, elle l’aurait juré, avait dessiné un corps humain.

***

Quelque part dans le Multivers, mais ailleurs

— Mon Führer, Washington est tombé !
— Lukaz…

Le commandant de la SS, tel un canard, inclina la tête sur le côté, pour observer avec une évidente perplexité son guide incontesté. Devant son drapeau monumental, Adolf Hitler paraissait en effet un peu perdu.

— Mon Führer ?
— Je vais rater… le prochain épisode… de Game of Thrones…

***

— Charlie…



Charlie.



Charlie…


***

5 avril 2014

Cela faisait plusieurs semaines que Chase Neutron-Grey était décédé, mais par Elwyn Roast, cela n’avait strictement rien changé. Comme tous les samedi matins depuis trente-sept ans, Elwyn Roast se rendait sur le terrain vague derrière sa maison, perdue au milieu d’une zone industrielle jamais construite et toujours projetée du district est, elle y posait une grosse gamelle de lait et une grosse gamelle de croquettes, pour les chats du quartier, et elle attendait de les voir venir manger. Ce qui se passait à la une des journaux, les Neutron-Grey, les paniques, Argos, l’UNISON, tout cela, elle ne s’en souciait pas.

Ce matin-là, cependant, ce ne fut pas un chat errant qui vint renverser les soucoupes de lait d’Elwyn Roast.


— Canard géant.
— AAAAAAAH !

Chase fixa un instant Elwyn Roast, avant de regarder tout autour de lui.

— Canard géant, canard géant, canard géant.
— Quoi ?
— NON !

La vieille dame sursauta. Chase porta une main à sa gorge, la massa généralement, toussa, racla sa gorge.

— Aaaaaa-eeeee-iiiiii-oooooo-uuuuu.
— Vous allez bien ?
— Nouvelle voix. Ah. Hm. Pas canard géant. Chat, c’est ça. Des chats.

Cinq chats de gouttière sortirent de leurs abris pour venir s’asseoir tout autour du nouvel arrivant. Chase inspira à pleins poumons.

— Où est-on ?
— Star City…
— Évidemment ! Excellent, excellent. Je le savais. Quelle année ?
— 2014.
— Quel mois ?
— Avril.
— Hmmm…

Chase leva les mains devant lui et écarta les doigts. Avant de hausser un sourcil.

— Oh.
— Quoi ?
— Ça change.
— Vos doigts changent ?
— Le cycle de la vie.
— Je vais appeler le 911.

Les cinq chats feulèrent de concert.

— Bougez pas.

Elwyn jugea plus sage de ne pas bouger.

— Mars, avril, euh… Mai. Non, mars, avril, c’est ça ?

Devant le regard interrogatif de son unique interlocutrice humaine, Chase précisa aimablement :

— L’ordre des mois.
— Oui.
— Non parce que c’était différent à Washington nazie.

Pour faire bonne figure, Elwyn hocha la tête. Elle priait tout de même intérieurement pour qu’un Légionnaire passât dans le coin. Pendant ce temps, Chase avait porté une main à sa tempe.

— Vous avez mal ?
— Silence. Je cherche quelqu’un.
— Dans votre tête ?
— Évidemment, dans ma tête ! Tout est dans ma tête.

Un schizophrène, c’était bien sa chance !

À quelques kilomètres de là, Charlie Lane, qui n’avait rien demandé à personne, Charlie Lane, officiellement la personne la plus malchanceuse de Star City, Charlie Lane, quasi recordwoman du monde des enlèvements, Charlie Lane avait brusquement l’intuition impérieuse que son assistance était requise dans un terrain vague du district est, celui près de la zone industrielle où vivait la vieille aux chats, là où tous les projets immobiliers avaient échoué depuis des années. Un endroit parfait pour une avocate sans défense, à n’en pas douter.

Chase reporta enfin son attention sur Elwyn, après avoir joyeusement imposé sa volonté à l’esprit de Charlie. Du reste, ce n’était pas la première fois : pendant les semaines qui s’étaient écoulées après son décès officiel, les rêves de l’avocate n’avaient pas été rares. Elle avait vu des canards géants, une Amérique nazie et bien d’autres choses encore. Et une voix, à la fois étrangère et familière, qui l’appelait dans son sommeil. Mais Chase n’avait pas tout à fait conscience que son esprit s’était montré quelque peu envahissant, tout au long de sa pénible résurrection.

— Vous, euh… Vous ne voulez pas, euh… Pour…

Elwyn l’engloba d’un geste de la main. Chase baissa les yeux.

— Ah.

C’était donc pour ça qu’il avait si froid aux jambes.

— Je vais vous prêter des vêtements.
— Volontiers.

Et ce fut ainsi que ce matin-là, à défaut de pouvoir nourrir les chats rassemblés sur son perron, Elwyn Roast se retrouva à servir le thé à un jeune homme inconnu et un peu dérangé, habillé des vieux habits de son défunt mari, beaucoup trop grand pour lui. Par la fenêtre du salon, Chase regardait Star City.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 6 Avr 2014 - 11:02 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
7 mars 2014.

Chez elle parce que, soi-disant, un week-end de trois jours ne faisait pas de mal, Charlie planchait sur un dossier. En tailleur, sur son canapé, le dossier sur ses jambes, une tasse de café à la main, un stylo dans l’autre. Rien de très compliqué dans cette affaire mais, assez soudainement, sans raison apparente – mais au gré des humeurs d’un mentaliste, deux étages plus haut –, tout l’énerva très vite. Son dossier vola, son stylo ainsi que sa tasse de café avant qu’elle ne se décide à sortir pour prendre l’air : donc, aller au bureau. Il faut croire que c’était ce qui lui fallait parce que ça allait beaucoup mieux.

8 mars 2014.

Un samedi, quelle drôle d’idée d’être sur le chemin du cabinet ! Sensation étrange. De la peur, une grande première chez l’avocate qui, réellement, eut un vrai sentiment de panique mais, elle eut à peine le temps de l’identifier que tout avait aussitôt disparu. Perdue pendant un temps qu’elle ne sut pas réellement estimer, elle percuta que plus tard ce qui se passait. Enfin non, elle ne percuta pas grand-chose en réalité. Un peu le chaos dehors. Un dehors tout proche de l’immeuble de NG. Charlie n’eut pas de mal à identifier l’inquiétude cette fois mais, comme souvent, le déni prenait le dessus sur tout : non, il ne pouvait rien arriver à Chase, qu’est-ce qu’il ferait là-bas un samedi matin au lieu d’être tranquillement sous sa couette – ou ailleurs – avec Lukaz ?

9 mars 2014.

Les journaux des menteurs. Tous des menteurs. Encore un petit malin qui avait voulu donner une explication à l’incident de la veille. Chase, mort ? N’importe quoi ! On parlait tout de même d’un NG, on parlait du meilleur mentaliste connu de cette génération, des autres même, puis de tous les mondes – ouais, soyons fous. Sérieux, ils ne savaient plus quoi inventer pour se faire de la pub et, tant pis, si ça devait avoir un fond de vérité parque tous les journaux en avait fait sa une.

Pourquoi est-ce qu’il ne répondait toujours pas aux inquiétudes qu’elle avait laissées sur sa messagerie la veille ?

10, 11, 12 mars 2014.

Elle allait bien. Elle passait son temps à travailler, parce que ça occupait l’esprit. Elle avait appris à sourire en remerciant les gens face à leurs condoléances. Elle savait comment dire « non », avec un sourire poli quand des journalistes ou des personnes trop curieuses avaient envie de lui poser des questions. Ouais, elle allait bien. Parce que c’était Chase et, Chase, d’abord, il faisait des miracles. Toujours. Il le fallait.

Après tout, on n’a pas toujours de réseau quand on décide de voyager d’un monde à un autre.

Les jours suivants.

Puis elle avait compris. Ce n’était pas une question de réseau mais d’indisponibilité. Elle lui en voulait, au début, parce que si Chase était si puissant que ça, pourquoi est-ce qu’il ne faisait pas un effort pour revenir d’une façon ou d’une autre ? Ah, il était beau le meilleur mentaliste, même pas foutu de survivre à un accident ! Puis, c’était à elle qu’elle en avait voulue par la suite, en se souvenant de Chase qui lui disait qu’elle ne parlait pas beaucoup d’elle, que du coup il doutait de ce qu’elle pouvait penser de lui. Parce qu’elle n’était pas fichue de parler convenablement, il devait être resté sur des doutes. Stupide. Trop fière. Handicapée. Maintenant, elle le regrettait. Puis, elle ne devait pas faire semblant de mal le vivre : Charlie avait passé un certain nombre de nuits à faire des rêves étranges. Le genre d’histoires que Chase, lui, il aurait trouvé tout à fait normales, peut-être un peu ennuyeuses aussi.

Comme à chaque fois que quelque chose ne tournait pas rond, Charlie s’enfuyait de la meilleure façon qu’il soit : en allant bosser la journée, le soir, les week-end, le matin. Ses nuits, trop courtes, étaient ce qu’elle évitait. Voix trop familière, pourtant inconnue aux oreilles de l’avocate. Consulter, peut-être c’était une bonne idée en fait. Finalement, elle s’était arrêtée, quelques jours, marre de répondre aux questions, pas efficaces dans son boulot, besoin de dormir. L’avocate évitait les journalistes, sans avoir pu éviter Jonas Cooper et ses condoléances. Puis… Elle avait repris sa vie, mais pas possession de ses rêves.

5 Avril 2014.

« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Quoi ? »

Sarah posa un regard interrogateur sur Charlie, toutes les deux dans l’appartement de l’avocate. L’assistante avait décidé de prendre les choses en main ce week-end : pas de dossier, pas de journalistes, pas de NG. D’un mouvement de tête, Sarah lui désigna les clés de voiture que Charlie avait prises.

« On avait dit pas de sorties aujourd’hui, juste des plateaux télé, des séries débiles et… ça va ? »
« Je… Euh… » Pourquoi elle avait ses clés en fait ? « J’ai un truc à faire. »
« Quoi ? » Aucune idée, elle devait le faire, c’est tout.
« Rentre chez toi Sarah. Ça va. Je dois y aller. »

Et avant la moindre protestation, Charlie quitta son appartement, Sarah ferait probablement de même un peu plus tard en ne voyant pas revenir l’avocate au bout d’une heure ou deux. Elle comprendrait assez vite que Charlie n’avait pas eu une envie soudaine de se rendre la boulangerie la plus proche pour acheter un pain au chocolat. Sa voiture se gara près d’un terrain vague sans qu’elle ne sache réellement ce qu’elle faisait là. Elle devait le faire, c’est tout. Une maison, pas grand-chose d’autre, et une femme qui s’avança déjà vers elle.

« Vous voulez un thé. »
« Pardon ? »
« Un thé, vous savez ? De l’eau chaude, un thé. »
« Non, ça va. Je… »
« Ce n’était pas une question. »

Charlie plissa légèrement les yeux, regarda autour d’elle avant de revenir sur cette femme. Vraiment trop bizarre mais, en même temps, qu’est-ce qu’elle risquait ? Elle devait bien être là pour quelque chose, non ? Après un dernier regard à sa voiture qui aurait pu constituer une fuite intéressante, Charlie se décida à suivre Elwyn pour arriver dans la cuisine où une autre personne se trouva déjà présente. Toujours un peu paumée, l’avocate salua celui qui lui était, en apparence, totalement inconnu avant que la femme ne se tourne vers elle.

« Vous êtes là pour lui ? »

Charlie posa son regard sur le jeune homme qu’elle n’avait jamais vu, et elle possédait une bonne mémoire des visages en général. Devant l’absence de réponse, la femme pencha un peu la tête sur le côté.

« C’était une question. »
« Ah, pardon. » Faudrait savoir aussi ! « Euh… »

Ok, elle était tombée chez des fous, ce qui expliquait pourquoi elle avait eu une soudaine envie de venir ici : elle attirait les situations merdiques ou bizarres. Ca faisait longtemps que ce n’était pas arrivé alors, son subconscient l’avait trainé ici. Avec un peu de chance, on lui laisserait un rein sur les deux qu’elle possède encore, et on la retrouverait encore en vie dans une baignoire pleine de glace alors que son rein manquant serait déjà revendu au marché noir. Et comme elle allait vers une presque mort certaine, elle fit ce que toute personne logique ne ferait absolument pas, elle s’avança vers l’inconnu et tendit la main.

« Charlie Lane. »

Toujours se présenter, restée polie c’était cool – comme les nœuds papillon ou les fez !
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 6 Avr 2014 - 14:18 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
— Alors, comment tu t’appelles, mon garçon ?
— Hmmm…

Chase détacha les yeux des immeubles du District Est qui se dessinaient, au-delà du terrain vague.

— Jordy ? Ah non. Quelle horreur. Non. Euh… Hm, hm, hm. Alex ! C’est bien, Alex, non ? Alex, donc.
— D’accord…

Il n’allait tout de même pas lui donner son vrai nom ! C’était courant, Chase, sans aucun doute, mais mieux valait éviter de réveiller les souvenirs d’un événement médiatique encore tout récent. Chase n’avait aucune envie de retrouver l’intégralité de son ancienne vie, de répondre aux questions, d’être soumis à l’examen de sa chère famille, aux reproches de Jack, à l’attention des médias. Il n’était pas revenu pour cela.

— Je vais appeler des secours, quand même, hm.
— Mais non.

Elwyn cligna des paupières.

— Mais non.
— Encore un peu de thé ?
— Encore un peu de thé ?
— Volontiers.

Chase tendit sa tasse de porcelaine décorée de petites danseuses vaguement inspirées des dessins de Degas.

— Tiens, je ne savais pas que j’étais astigmate.
— Tu es astigmate ?
— Plus maintenant.

Dans sa petite maison, Elwyn aurait sans doute commencé à trouver le temps long, en attendant elle ne savait trop quoi avec elle ne savait trop qui, si son invité n’avait pas régulièrement effacé de sa mémoire les secondes vides de l’attente. Elwyn se sentait flottée dans une demi-réalité, tandis que les chats, sur le perron, conservaient leur immobilité marmoréenne, les yeux fixés sur la rue, comme des statues égyptiennes gardant un tombeau.

— Tu, euh… Tu as de la famille, ici ? À Star City ?

Elle avait précisé le nom de la ville, parce que son invité quelque peu indésirable semblait tout de même légèrement désorienté. Chase laissa échapper un petit rire.

— Pas vraiment, non.
— Ah. Et tu as quel âge ?
— Hmm…

Le jeune homme haussa les épaules.

— Sais pas. Le temps s’écoulait très différemment. Je ne pensais pas que ce serait encore 2014 ici. Je pensais… Que ça avait tourné plus vite.
— Pardon ?
— Oubliez ça.
— Ah. Et tu as quel âge ?
— Vingt ans.

Est-ce qu’il était encore là ? Avril 2014, cela ne faisait que… Quatre semaines, oui, quatre semaines depuis son départ. Est-ce que Lukaz était encore à Star City ? Est-ce qu’il l’avait cherché ? Est-ce qu’il l’avait pleuré ? Est-ce qu’il le reverrait ? Chase sentit son tout nouveau cœur s’accélérer. Il aurait suffi de fermer les yeux, de se concentrer, pour le retrouver et pour savoir. Mais pas tout de suite. Il avait beaucoup trop peur de le retrouver chez quelqu’un d’autre. Avec quelqu’un d’autre. La page déjà tournée.

— Elle arrive.

De son propre chef ou de celui de Chase, Elwyn se leva pour accueillir Charlie et ce ne fut que lorsque l’avocate pénétra dans le petit salon surchargé de la vieille dame que Chase détourna les yeux de Star City, pour se lever et les poser sur sa meilleure amie.

— Tu ressembles à Marilyn Monroe. Quand elle a épousé Kennedy.

Chase jeta un coup d’œil à Elwyn et secoua la tête.

— Mauvais monde. Désolé.

Chase serra la main de Charlie et se laissa retomber dans son fauteuil dont les accoudoirs étaient soigneusement recouverts de napperons en dentelle. Le mentaliste glissa un regard vers Elwyn et la vieille dame tourna les talons, prise d’une subite envie d’aller récurer l’évier de sa cuisine. Dans le salon, face à face, les retrouvailles silencieuses de Charlie et Chase étaient scandées par les battements imperturbables de la pendule. Un coucou finit par en sortir, pour faire coucou, plusieurs fois, avant de disparaître à nouveau.


— Tu as l’air… Fatigué.

Chase venait de repérer une faille dans son plan : il n’avait pas prévu la bonne formule. « Salut, je suis vivant. » « Tiens, c’est moi, j’ai juste changé de tête. » « J’étais en vacances, mais je me suis perdu en chemin. » « J’ai joué avec un caillou, je me suis éparpillé dans le Multivers, mais maintenant ça va mieux et mes yeux sont en meilleur santé. » Autant d’introductions qui manquaient un petit peu de délicatesse.

— Sarah a raison, tu travailles trop. Tu vas finir par te tuer à la tâche. Et sache-le, la mort est une activité finalement beaucoup plus fastidieuse qu’elle n’en a l’air.

Un sourire passa sur le nouveau visage du mentaliste.

— Si on excepte les canards géants, bien sûr.

Bon, il se serait bien jeté dans ses bras, à ce moment-là, mais il craignait un peu que, prise d’une crise de nerf, Charlie tenta de l’assassiner, et il voulait un peu éprouver son nouveau corps avant de le troquer contre un autre. Alors depuis son fauteuil de grand-père, dans ses vêtements de grand-père, Chase glissa simplement :

— J’aurais dû appeler, j’suis désolé, mais j’avais égaré mon téléphone.



Entre autres.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 6 Avr 2014 - 23:41 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Problème. Beaucoup trop de mots commençant par un « m » : Marilyn Monroe – dont la ressemblance devait s’arrêter à une couleur de cheveux – et Mauvais Monde. Mauvais monde ? Charlie détourna le regard, passant sa main – nouvelle récupérée – sur son visage. Faut dire que l’éventualité d’autres mondes, elle ne l’avait découvert qu’avec Chase, parce qu’il en avait parlé alors… Alors ça la saoulait parce que tout ramenait à lui. Elle voulait bien passer à autre chose, hein, mais si tout ce qu’elle faisait/voyait/disait/entendait se rapportait au mentaliste, Charlie allait avoir du mal.

Silence… Coucou… Fatigué ?

« Je sais. »

Réponse instinctive, qui servait finalement à expliquer pourquoi elle devait voir des signes partout, pourquoi elle était plus ou moins perturbée par ses rêves et une voix inconnue qui… Elle releva les yeux vers cet inconnu, sourcils froncés comme si elle cherchait à y comprendre quelque chose. Sarah. La mort. Les canards géants… Voilà, elle se mise à rire, légèrement, un peu nerveusement. Oui c’est ça, quelques nerfs venaient de lâcher soudainement alors qu’il s’excusait de ne pas avoir pu téléphoner.

« Finalement… c’est logique. »

Elle ne savait même pas comment elle avait fait pour ne pas y penser avant tellement c’était évident. Se laissant tomber sur le fauteuil faisant face au jeune homme, Charlie en perdait un peu son sourire pour afficher un air plus fatigué, plus lasse aussi. Et après quelques nouvelles secondes de silence, à se masser les tempes, elle releva les yeux sur Chase… Ouais, parce que c’était bien de lui dont il était question.

« C’est quoi qui ne tourne pas rond avec moi ? »

La question était des plus sérieuses, alors qu’elle balançait légèrement la main. Sa logique à elle restait toujours trop logique comparée au monde de Chase. Là, par exemple, il n’était absolument pas en face d’elle sous des traits qu’elle ne connaissait pas. En fait, elle n’était même pas là elle-même. Un rêve, c’était juste un rêve. Ça expliquait pourquoi elle était venue ici sans connaitre l’endroit et sans la moindre raison apparente. Oui, oui, c’était dans les rêves qu’on sautait des étapes pour en arriver à une situation. Et puis c’était forcément ça parce que, sinon, il n’aurait jamais pu parler de canards géants qui étaient, très justement, un autre de ses rêves.

« Je veux dire, j’ai tout essayé : travailler trop, ne pas travailler du tout, chercher une explication au fait que ta mort n’était jamais arrivée puis, me faire à cette idée. » A noter qu’elle se permettait d’expliquer clairement ce qu’elle avait vécu parce que, pour elle, ce n’était pas réel. Sinon, comme à son habitude, elle y aurait mis plus de réserves. « Et, après il y a l’hypothèse qui dit qu’il faut avancer et passer à autre chose. Que ça fait un mois et qu’il faut que je me fasse à cette idée. Alors, ok. » Elle secoua la tête. « Mais c’est là où j’ai forcément un problème parce que, apparemment, il y a une partie de mon cerveau qui refuse d’avancer dans ce sens. Il y a tous ces rêves bizarres : Hitler, les canards géants, … Enfin je ne te t’apprends rien. »

Puisque, après tout, elle était en train de parler avec elle-même. D’une certaine manière. Un rêve qui venait de se transformer en une discussion entre elle et son subconscient. Même si les choses qui lui semblaient impossibles le devenaient avec Chase, parler de transfert d’esprit, de résurrection, ça restait encore bien au-delà de ce qu’elle était capable d’admettre naturelle. Du coup, elle s’était imaginée qu’une discussion franche, sans avoir à se voiler la face, l’aiderait probablement à identifier le foutu truc qui ne tournait pas rond dans son cerveau.

« Je ne sais pas trop d’où ça vient. Probablement à cause de la discussion qu’on avait eue dans mon bureau. Je ne peux pas m’empêcher de me sentir coupable, tu sais ? A cause de Cooper, du fait que je ne parlais pas assez et puis… » Elle inspira l’air navré. « Et puis, parce que je me dis que j’aurais pu faire quelque chose, que j’ai mal réagi à un moment. Ou, du moins, pas comme il faudrait. »

Peut-être que c’était normal de culpabiliser de cette manière. Ça lui avait fait la même chose avec Randall, après tout. Sauf que lui, au moins, il avait fait l’effort de revenir à la vie. Alors si un type comme Randall revenait à la vie, alors qu’il n’était pas le meilleur mentaliste désigné, comment Chase ne pouvait pas le faire ?

« De toute façon, je ne comprends pas. » Elle haussa les épaules. « Tu ne pouvais pas mourir, ce n’est pas logique. Je connais quelqu’un qui a su revenir à la vie avec même pas un centième de tes capacités. Tu n’avais pas le droit. »

Réflexion typiquement égoïste, elle voulait bien l’accorder mais, elle s’en foutait, elle se parlait à elle-même.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 7 Avr 2014 - 13:41 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
— Tu as vu les canards ?

En voilà une surprise. Durant les semaines qui avaient précédé sa réincarnation, Chase n’avait pas eu une conscience très précise de ce qu’il faisait. Son esprit avait erré dans le Multivers, de dimension en dimension, s’était infiltré dans d’autres esprits, et il lui avait fallu plusieurs jours pour ressembler un semblant d’identité et de nombreux jours encore, après cela, pour comprendre les nouvelles capacités que la Pierre de Lune lui offrait. Le processus avait été long et particulièrement complexe. Maintenant qu’il y songeait cependant, apprendre qu’il avait été connecté à d’autres esprits, familiers, pendant cette période n’était pas dénué de logique.

Y en avait-il eu d’autres ? Lukaz ? Maxime ? Ou bien Qaletaqa ? Charlie et Qaletaqa, en visitant une fois son esprit, lors de la fameuse promenade en forêt, avaient-ils acquis avec lui un lien particulier ? Lukaz avait-il conscience de sa survie ? Le cherchait-il ? La question revenait, inlassablement et inlassablement, ses pensées se tournaient vers le Français. Le jeune homme sentit son estomac tout neuf se nouer et il repoussa l’idée séduisante d’un Lukaz désespéré après sa disparition et qui aurait remué ciel et terre pour le retrouver. Le Breton était passé à autre chose. Certainement. Et lui-même était tout aussi capable d’en faire autant !

Restait le tout petit problème technique de faire admettre à Charlie la réalité de sa présence. La pincer fort ne suffirait sans doute pas. Chase resta silencieux pendant plusieurs secondes, les yeux perdus dans la vague. Comment prouvait-on à une personne qui rêvait qu’elle ne rêvait pas, quand le principe même de ses rêves étaient de paraître réels ? Il fallait quelque chose de suffisamment impersonnel, quelque chose d’assez nouveau et d’assez précis…

— Viens, on va se promener.

Chase se releva brusquement et rajusta la ceinture qui serrait son énorme pantalon. Se trouver des nouveaux vêtements allait se trouver en bonne place sur la liste de ses priorités. Le jeune homme ouvrit la voie jusqu’au perron de la maison d’Elwyn, toujours en train de laver son évier. Les chats s’écartèrent pour les laisser passer et les yeux du mentaliste se posèrent sur la voiture. Puis sur Charlie. Dans l’état où se trouvait l’avocate, le jeune homme était encore moins rassuré qu’à l’ordinaire à l’idée de s’enfermer dans une boîte en métal roulante.

— Hmoui. On passera récupérer la voiture plus tard, hein. On va emprunter un moyen de transport plus sûr. Bouge pas.

Chase posa deux doigts contre sa tempe, à la recherche d’une autre présence familière. Après quelques secondes de concentration silencieuse, un Irlandais apparut juste en face d’eux. Une fraction de seconde plus tard, Charlie et Chase se retrouvaient nez-à-nez avec le canon d’un Glock.

— OK, j’sais pas ce qu’c’est ton trip, mec, et comment tu m’as amené ici, mais tu laisses Charlie tranquille ou tu vas plus avoir assez de doigts pour compter tes orbites oculaires.

Abban adressa un sourire à l’avocate.

— Salut. Z’avez l’air fatiguée, faut dormir.

Après cet excellent conseil néanmoins, le regard de l’Irlandais se fit un peu vide. Abban baissa son arme et les trois acolytes disparurent pour se matérialiser quelques kilomètres plus loin, dans le bureau de l’avocate, à son cabinet. À peine débarqués, Abban se volatilisa, rendu à ses esprits et à ses occupations, apparemment peu légales, par Chase, qui comptait bien s’expliquer auprès de l’Irlandais, mais un autre jour. Pour l’instant, Charlie demeurait sa priorité.

Comme si tous ces incidents étaient somme toute parfaitement normaux et communs — et après tout, c’était presque le cas —, Chase reprit le fil de leur conversation.

— T’as pas à t’en vouloir. C’était pas ta faute, et tout ça, c’est… Loin. Disons. Pour moi. Enfin moi, si on veut. Ces dernières semaines ont mis les choses un peu en perspective. C’est une expérience très enrichissante, la dissolution, en fait. Hmm…

Chase venait de s’asseoir sur la chaise de bureau de Charlie, en face de l’ordinateur. Il recula sur les roulettes, avança, se cala contre le dossier, se pencha en avant, monta l’assise, la descendit et conclut :

— J’suis quand même vachement plus grand. Non ? Je me rends pas compte. J’espère que je vais trouver des fringues à ma taille. Enfin bref…

L’ancien informaticien posa les mains sur le clavier et entreprit de pirater le mot de passe de son hôtesse involontaire.

— Je sais pas si techniquement, on peut dire que j’étais mort. Vous avez trouvé mon corps ? Je crois pas avoir laissé mon corps. Je sais pas trop ce qu’il est devenu. Tu vas me dire, c’est pas une grosse perte. Oui, donc. Tu peux voir ça comme une sorte de transfert de données, sauf que j’ai dû refabriquer un serveur au passage. ‘Tain, c’est fou, jamais tu fais tes mises à jour ? Et ton firewall, c’est du gruyère. Heureusement que je suis là…

Et tel était le plan de Chase : confronter la supposée rêveuse à un domaine dans lequel elle n’avait a priori aucune expertise technique. Il doutait qu’en son absence, Charlie eût avalé des manuels d’informatique et s’estimât capable d’inventer toutes les manipulations propres à une remise en état de son ordinateur. Avec son débit de mitraillette, Chase poursuivit ses explications :

— Mais ton cerveau marche très bien. Enfin, apparemment, j’ai un peu dérangé des trucs, mais c’était pas fait exprès. T’as vu Hitler ? Bizarre, hein. Puis dans sa tête, je te raconte pas, flippant. Enfin bref, je crois qu’on a une connexion transdimensionnelle, probablement à cause du truc aux Lénapes, ou alors c’est que je te fais confiance. J’ai plus grand-monde à part toi, tu sais. Ma famille, je t’en parle pas, et Lukaz…

Les mains de Chase se figèrent sur le clavier. Le mentaliste haussa les épaules et reprit, en prenant l’air aussi dégagé que possible :

— … Lukaz, il a fait ses choix, et ses choix, c’est pas moi, qu’est-ce que tu veux que j’te dise, c’est comme ça, c’est la vie. Franchement, repartir à zéro, ça me tente bien. T’imagines ? Plus personne va me reconnaître dans la rue, c’est le rêve. Mais pas totalement à zéro, tu vois : je pourrais pas me passer de toi. Et puis sérieusement, vu l’état de ton OS et les trojans que je suis en train d’enlever à la chaîne, là, de toute évidence, tu peux pas te passer de moi. Vous avez pas embauché d’informaticien, dans votre cabinet ? C’est fou ça. Je comprends pourquoi tu préfères garder tes dossiers en papier sous clé.

À croire qu’il n’avait pas besoin de respirer. Mais il devait le reconnaître : cela faisait du bien de parler, pour de vrai, après des semaines à se répandre dans toutes les dimensions. Chase finit par se caler contre le dossier du fauteuil et par rouler en arrière, avant de désigner l’écran.

— Et voilà ! Tout beau, tout propre.

Il jeta tout de même un coup d’œil au moniteur.

— Oui, enfin, faudra attendre quand même que la défragmentation soit finie, mais ce sera pas du luxe. Après, tu pourrais faire tourner des jeux et tout sur ton ordi.

Le jeune homme fixa Charlie avant de proposer une solution sans doute plus crédible :

— Ou faire des parties de démineur ultra-rapides, oui…

Un temps.

— J’ai faim.

De leur propre chef apparemment, les tiroirs du bureau de l’avocate s’ouvrirent les uns après les autres, alors que Chase cherchait la réserve potentielle de bonbons, gâteaux ou croutons de pain que son amie y gardait peut-être, pour les longues soirées de travail.

— Bon, et sinon, vu que je peux pas rentrer chez moi, que mes comptes sont sans doute bloqués, ou je sais pas, que j’suis plus avec Lukaz…

Une nouvelle fois, il avait tenté d’adopter un ton dégagé, même s’il ne faisait pas tout à fait illusion.

— … et que je vais quand même pas faire le mouvement pendulaire depuis une autre dimension, tu crois que je pourrais squatter chez toi, genre quelques jours, le temps de trouver un endroit où vivre à Star City ? Je te ferai ton ménage. Et la cuisine. J’ai appris à cuisiner, tu sais ça ? Enfin, techniquement, j’ai envahi l’esprit du double dimensionnel de Gordon Ramsay, mais je crois qu’en passant, j’ai récupéré quelques trucs.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 10 Avr 2014 - 7:14 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Tout était normal dans cette histoire qui ne l’était pas tant que ça. Évidemment ils avaient vu les canards. Lui, elle, c’était elle en fait. La seule chose qui la perturbait un peu c’était l’aspect physique de Chase qui n’avait strictement rien à voir avec l’image qu’elle avait de lui. Peut-être son subconscient qui, quelque part, travaillait à lui faire comprendre qu’il était mort et qu’elle ne le reverrait plus. Le cerveau, c’était trop compliqué. Donc, tout était logique. Même l’arrivée d’Abban – que Charlie salua – ne la perturba pas réellement. Il fallait un moyen de transport pour éviter que, dans son rêve, elle ne perde du temps en voiture et, forcément, elle avait dû songer à Abban. Tout était logique, même dans la répétition des choses : Abban aussi la trouvait fatiguée, un message de son cerveau pour lui dire qu’elle devait dormir. Merci. Elle voudrait bien. Un sourire en direction de l’Irlandais.

« J’y travaille. Merci. »

Elle ne bloqua pas plus sur l’arme qu’il avait. Pas grave, ce n’était pas réel. Tout était logique mais un peu perturbant alors, hop, la voilà qui se retrouvait dans son bureau au cabinet. Quel autre endroit aurait plus être plus rassurant et plus familier que celui-là où elle y passait un temps fou – quand elle n’était pas enlevée ou à la recherche de son assistante juridique. Et voilà, suivant cette logique, son cerveau se mettait à lui faire comprendre qu’elle ne devait pas s’en vouloir, que ce n’était pas de sa faute. Facile à dire mais, plus difficile à prendre en compte.

D’un hochement de tête, elle confirma le côté plus grand de subconscient-Chase… Voilà, en plus, elle faisait inconscient un complexe d’infériorité : peut-être une métaphore en rapport avec le milieu d’où elle venait ? Stop. Un problème à la fois. Charlie se laissa tomber sur la chaise qui servait, habituellement, aux clients qu’elle recevait. Ça aussi ça prêtait à analyse mais, pour le coup, elle préféra se concentrer sur l’affaire Neutron-Grey et l’absence de corps. Oh non, non, non. Si son cerveau jouait sur ce registre, lui laissant une brèche pour imaginer qu’il était vivant quelque part, elle ne s’en sortirait jamais. Elle ouvrit la bouche pour rétorquer mais se stoppa dans son élan.

Transfert de données… Serveur… Firewall… Les mots, elle le connaissait mais, elle en était certaine, Charlie n’aurait jamais su faire une phrase complète – qui est un sens, même si elle ne le comprenait pas – avec eux. Figée, elle laissa son regard sur Chase employer des mots qu’elle ne comprenait pas spécialement et qui, doucement, la mettait devant une interrogation : comment son subconscient pourrait faire des phrases de cette manière ? Si ce fait était impossible, ça impliquait de prendre en compte, une autre impossibilité : celle d’un Chase non-mort.

Il ne lui laissa même pas le temps de trouver une relation logique avec ce qui venait de se passer qu’il enchaina sur des sujets qu’elle n’aurait pas pris en compte. C’était peut-être con mais, jamais elle n’aurait songé au fait que lui et Lukaz… Enfin, dans son esprit les choses étaient bien, non ? Il repartit sur l’informatique et là, son réel subconscient semblait avoir compris ce qui se passait, sans lui filer l’information. Instinctivement, elle s’était mise plus droite sur sa chaise, pour ne pas apparaitre comme quelqu’un d’avachi face à une autre personne.

« Euh… Non. »

A défaut de saisir pleinement les choses, elle se retrouva à répondre sans trop savoir pourquoi aux questions de Chase. Qu’est-ce qu’on s’en foutait de savoir si elle avait un informaticien ou pas ? Le gars, il était mort, puis il n’était plus mort et il trouvait encore le moyen de lui reprocher de ne pas être à jour sur un plan informatique ? Charlie ferma les yeux en se massant les tempes. Une faille, il y avait une faille dans son raisonnement parce que ce n’était pas possible.

Quand il parla de démineur, elle se prit une autre vérité dans la figure : Chase n’était pas le seul à revenir d’entre les morts – façon de parler – à croire que les gens à qui elle tenait ne mouraient jamais réellement, qu’ils finissaient par revenir. Peut-être qu’elle aussi elle avait un super-pouvoir : Allez-y les gens, vous pouvez vous foutre en l’air, on ne retrouvera pas votre corps et vous allez continuer à vivre ! Elle secoua la tête à cette idée ridicule et Chase envisageait déjà une collocation temporaire, après avoir ouvert tous les tiroirs de son bureau. Les deux mains de l’avocate se posèrent sur les accoudoirs de son siège.

« Faut que je sorte. »

Magnifique et très courageuse réponse à laquelle elle n’attendait aucune approbation puisqu’elle était déjà sortie de son bureau. Direction le bureau de Sarah qui était présente. Charlie la désigna de l’index, l’air victorieux.

« Je savais que ce n’était pas possible. »
« De quoi tu parles ? »
« Tu ne peux pas être là, puisqu’on était censée être chez moi. »
« D’où tu es partie alors, je suis venue ici pour faire du tri dans les dossiers. »
« Ah… » Ça se tenait.
« Tu vas bien ? Tu sais Charlie, il faudrait peut-être envisager… »
« … j’ai un truc à faire. »

Sarah n’eut pas le temps de finir sa phrase que Charlie avait refermé la porte pour aller dans la salle de repos avec une seule idée en tête : noix de coco. Elle avait envie de noix de coco alors, du coup, son esprit allait bien lui en faire apparaitre dans les placards où se trouvaient les paquets de gâteaux. Logique. Sans minutes à ouvrir tous les placards, à tout pousser à la recherche de cette envie sans la trouver. Bravo, maintenant, il y avait un sentiment de frustration. Pire, en fait, elle n’était peut-être pas si folle que ça. Charlie aurait préféré que ce soit le cas, au moins, ça aurait été plus logique. Rien n’était normal… Jamais… Pas avec un Chase Neutron-Grey dans les parages.

Trois minutes plus tard, elle était à nouveau dans son bureau, un paquet de gâteaux à la main qu’elle lançait à Chase, ou qu’il fit venir à lui. Elle n’en savait rien. Elle ne savait plus. Fermant la porte, elle se retourna vers Chase et ouvrit la bouche. Euh… Ben, elle la referma. Deuxième tentative. Puis, une troisième… La quatrième fut la bonne.

« Bon, admettons que je ne suis pas en train d’halluciner et que tu sois vraiment vivant. Remarque que ça ne serait pas la première fois que ça arrive. Qu’est-ce que… Euh… » Elle secoua la tête avant de poser son regard sur Chase. « Il s’est passé quoi avec ton corps, c’est une sorte de transfert ? »

Ce qu’elle n’avait pas imaginé jusqu’à présent lui sembla soudainement très logique. L’esprit de Chase c’était un truc qu’elle ne comprenait pas mais qui, en puissance était quelque chose qui dépassait l’entendement alors, oui, peut-être qu’il était envisageable qu’il ait transféré son esprit ailleurs. Qu’est-ce qu’était devenu la personne occupant ce corps initialement ? Elle chassa cette pensée, chaque chose en son temps. La possibilité d’être vraiment face à lui venait de faire son chemin jusqu’au cerveau de l’avocate puisque, assez soudainement, elle en vint à sourire. A vraiment sourire. Les démonstrations affectives n’avaient jamais été le fort des Lane, elle ne savait même pas comment elle devait s’y prendre, sinon, on se doute bien, elle aurait déjà fait les quelques pas qui la séparaient de lui pour le serrer dans ses bras. Au lieu de ça.

« Tu essayes de m’envoyer dans un hôpital psy, c’est ça ? Parce que, sérieux, à faire des trucs de ce genre, je pense que tu vas y arriver très vite. » Le ton n’était pas sérieux, ni même au reproche, c’était juste sa façon très « Lane » de dire qu’elle était vraiment contente qu’il soit là. « Et évidemment que tu peux venir à l’appartement, autant de temps que tu veux, même. »

Pas sûre qu’elle sache réellement ce qu’impliquait d’avoir un Chase chez elle. Mais il pouvait lui refaire tout son appartement, du frigo-robotisé à la cafetière qui s’enclenche toute seule, elle s’en fichait. La seule chose importante c’était qu’il ne soit pas mort.

« Attends, ça veut dire que tous mes rêves, c’était toi, en fait ? » En plus, elle était plus saine d’esprit qu’elle ne le pensait, après avoir admis qu’une personne morte ne l’était pas. « Mais comment tu as pu ? Enfin... Euh… Il s’est passé quoi en fait ? On n’a pas eu tellement d’informations en réalité. Ils ont parlé d’un accident. Et, qui est au courant ? »

Parce que, forcément, elle ne pouvait pas être la première à le savoir. Elle resongea à Lukaz, et afficha un air navré. D’ailleurs, elle ouvrit la bouche pour lui dire qu’elle était désolée pour lui mais, elle ne savait pas ce qui s’était passé et, elle n’était pas certaine que le sujet soit le bienvenue. Puis bon, y a un mois, il parlait mariage, tout devait être plus ou moins amplifié. Dans un mois, les deux seraient peut-être à nouveau ensemble.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 10 Avr 2014 - 14:51 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Merci Sigmund.

***

— Ah zut. Bizarre, peut-être trop bizarre…

Le mentaliste réincarné pivota sur la chaise alors que Charlie avait déserté le bureau et marcha jusqu’à la baie vitrée, pour observer Star City. Il n’était pas surpris de sa propre aventure, mais il sentait bien, au fond de lui, que ses émotions n’étaient peut-être plus exactement en harmonie avec la réalité. Trois semaines passées à errer simultanément dans plusieurs dimensions du Multivers avaient considérablement altéré sa perception des choses et le monde, les mondes entiers, lui étaient apparus dans toute leur complexité. L’agitation grouillante et trop logique de Star City ne lui inspirait plus, dans le meilleur des cas, qu’un sourire supérieur et un peu méprisant — dans le pire, un mépris pour l’humaine condition, dont il sentait encore la faiblesse et la souillure au fond de son âme.

Il n’empêchait. Quelque distance que Chase se sentît à l’égard des passants qui s’agitaient, en bas, sans en avoir conscience des mœurs nuptiales des canards géants ou des exactions sordides du Conglomérat Agentis, bien des dimensions plus loin, l’amitié qu’il ressentait pour Charlie n’était pas diminuée par la conscience de l’humanité de l’avocate. Du haut de sa suprématie psychique, Chase se réservait le droit de distinguer les humains les uns des autres, de décréter les uns méritants et les autres purement accessoires. Pourquoi se fût-il abstrait des règles, jusqu’à celle de la matière, si c’était pour se soumettre lui-même à des principes trop rigides ?

Charlie revint dans le bureau, Chase se retourna et il rattrapa au vol le paquet de gâteaux.

— Merci.

Les questions tombaient en avalanche et, devant l’incompréhension de Charlie, pour la première fois depuis qu’il avait senti l’air remplir à nouveau ses poumons, sur le terrain vague, Chase prit conscience que tout cela lui avait semblé terriblement naturel — comme à chaque fois qu’il avait utilisé la Pierre de Lune, dans le passé. Et la Pierre de Lune, où était-elle ? Avec un sourire victorieux, Chase étira ses doigts. La Pierre de Lune, Chase Neutron-Grey, c’était du pareil au même.

Le jeune homme ouvrit le paquet de gâteaux, puis l’emballage à l’intérieur du paquet de gâteaux, et commença à enchaîner les Pépito.

— Pas un transfert. Une réincarnation. La matière, l’esprit, c’est pas toujours aussi différent que vous le pensez.

C’était intuitif, désormais : il y avait vous, le reste de l’humanité, et il y avait lui, ailleurs. Au-dessus.

— Dans le Multivers spécialement, je veux dire entre les dimensions, c’est souvent un peu pareil. J’ai reconstruit un corps. Enfin pas volontairement. Ça s’est reconstruit tout seul. Un peu comme quand tu penses à un truc, sans le vouloir. Sauf que là je le voulais. Avoir un corps, je veux dire. Enfin, je crois. C’est, hmm…

Plus contraignant, à vrai dire. Il avait faim, il avait un peu mal à la nuque, et les vêtements lui grattaient — autant de sensations qu’il éprouvait pour la première fois depuis un mois.

— Ouais, bref, le résultat est un peu aléatoire, je m’attendais pas à ça, et je sais pas à quel point ce corps est euh… Humain ? Pour les gènes, tout ça, je sais pas. Enfin, c’est sûr, j’ai un estomac.

Sans blague : le paquet de gâteaux était déjà à moitié fini.

— Mais depuis le… L’incident. J’avais juste l’esprit, tu vois. Je voyageais, on va dire ça, je voyageais entre les dimensions du Multivers. Tu vois le Multivers ? C’est simple, hein, c’est juste une question de variation quantique qui produit un univers pour chaque changement de données, avec des intersections aux variables convergentes.

Puisqu’il le dit.

— Mais du coup c’était difficile, tu sais, de savoir où j’étais, parce que j’étais nulle part. Les rêves, c’était pas fait exprès. J’dois bien aimer t’faire tourner en bourrique, je sais pas. Enfin, tu vois, c’est parfois difficile, quand tu as tous les autres esprits en toi, de penser à ton esprit à toi, d’avoir envie d’être à toi, de revenir, c’est parfois…

Le jeune homme haussa les épaules en compactant mentalement le paquet de biscuits vide pour l’envoyer voler jusqu’à la poubelle. En vérité, il ne savait pas pourquoi, précisément, il était revenu. Pour Charlie ? Pour Lukaz ? Parce qu’il allait mourir s’il n’avait pas de corps ? Est-ce que mourir, c’était ça : ne plus penser à soi ? Est-ce que le Royaume des Rêves avait été un jour une personne, l’esprit d’un mentaliste, qui peu à peu, à force de trop se répandre dans l’esprit de tous les autres êtres de l’univers, s’était transformé en dimension ?

Les mains dans les poches, le mentaliste s’était mis à fixer le sol. Une seconde, deux secondes, cinq secondes s’étaient écoulés. Habitué désormais à réfléchir sans se soucier de ce qui l’entourait, tant les règles de civilité étaient superflues pour un pur esprit, le jeune homme mit un moment pour se souvenir que Charlie était là et se tirer de ses pensées.

— Oui, euh. Ah, oui. Personne au courant, à part toi. Je viens d’arriver, et je savais pas vraiment vers qui… Tu sais, j’ai un peu foutu le bordel, chez moi, je veux dire, j’ai démoli le labo de Tesla, c’était bête, c’était une impulsion, je regrette et tout…

Il ne regrettait pas du tout.

— … mais en vrai, j’ai pas envie de les revoir. T’es un peu ma seule amie. Enfin, y a Abban, enfin, plus ou moins, mais je le verrai après. Lukaz…

Il était temps d’en finir avec cette histoire. Il n’y pensait plus du tout, à Lukaz ! Ce n’était pas du tout pour cela qu’il était revenu. Lui, le grand, le splendide Noctis — c’était un peu comme Oniris, mais en plus sombre — lui, Chase Neutron-Grey, était bien trop au-dessus des préoccupations humaines pour se soucier de ses histoires de cœur. Il espérait juste que Lukaz n’avait pas changé de coiffure.

— Il est parti avec une autre.

Et aussitôt, après avoir un peu reniflé et détourné les yeux, Chase enchaîna :

— Oui, donc, voilà, je préfère, tu vois, je préfère tout reprendre à la base. Je vais pas non plus vivre à ton crochet, hein. J’ai encore des ressources, je crois, quelque part, il faut que je vois mes comptes.

Toutes ses possessions officielles avaient dû être reversées en héritage à son frère et ses sœurs, mais elles étaient loin de représenter la totalité de ses biens ; il devait simplement trouver le moyen d’accéder en toute discrétion à ce qui restait. La première étape était bien entendu de mettre la main sur du matériel informatique stable pour se reconnecter à Médée. Il comptait bien sur le Passeur pour l’aiguiller dans ses recherches logistiques.

— Mais tu vois, je préfère que les gens me croient mort dans un accident. La vie que j’avais, au bout d’un moment, elle était devenue affreuse. La famille, les journalistes, Argos… Tout ce que je voulais, c’était découvrir le monde, tout ce que j’avais, c’était des négociations, et des médias, et des diplomates, et… Toi, t’es la seule à jamais m’avoir dit quoi faire, à jamais m’avoir fait de reproche, et…

Manifestement, Chase n’avait plus l’habitude de finir ses phrases, si toutefois il l’avait jamais eue.

— Char…

Sarah était entrée en coup de vent dans le cabinet.

— … lie ? Désolée ! Je ne savais pas que tu avais un client.

Chase se mit à chercher à toute vitesse un bon alibi. C’était bien joli, l’anonymat, mais encore fallait-il avoir une histoire toute prête quand on se présentait.

— Désolée, Monsieur. Je suis Sarah Jenkins, l’assistante de Maître Lane.
— Enchanté. Hmm… Alex. Alex…

Skywalker ? Non. Euh… Riddle ? Non plus. Moseley ? Trop laid. Le Guen ? Très drôle. Alex, Alex, Alex…

— … Kirk.
— Ah, Kirk, comme dans Star Trek ?
— Oui, comme dans Star Trek. Vous savez, le hasard, parfois…

Sarah esquissa un sourire poli et se retira, réservant sa question sur le dossier Riddle pour plus tard. Chase se retourna vers son amie une fois l’assistante sortie et soupira.

— N’empêche, Skywalker, ça aurait été beaucoup plus classe…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 11 Avr 2014 - 14:24 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Que vous le pensez ? Peu de chances que Chase se mette soudainement à la vouvoyer, Charlie se retrouva donc à plisser légèrement les yeux. Elle avait soudainement l’impression d’appartenir à la classe humaine inférieure qui, de toute façon, ne pouvait rien comprendre. En fait, Charlie n’envisageait pas que Chase était en train de mettre tout le monde sur un plan différent du sien mais, seulement les gens comme elle qui n’avaient aucun pouvoir. Qui ne pouvait pas comprendre. Vexée, serait probablement le terme qui conviendrait le mieux à ce qu’elle pouvait ressentir à ce moment-là mais, d’un autre côté, il venait seulement de revenir à la vie alors, ce qu’elle pensait ou ressentait n’avait pas d’importance. Elle garda ça pour elle, autant qu’elle pouvait le faire en tant que pauvre petite humaine face à un mentaliste qui se fichait pas mal de la mort !

Charlie, depuis le temps – pas si long que ça à l’échelle d’une vie – avait appris à trier les informations fournies par Chase. Il y avait les trop compliquées – après tout, il était sur un autre plan – qui demandait trop de spécificités : Ok, Chase avait transféré son esprit dans un autre corps, le côté technique était à mettre de côté. Et puis, il y avait les autres informations, plus humaines, plus faciles à comprendre pour elle – qui était sur le plan inférieur. Oh, et il y avait aussi ces moments où, elle ne savait pas trop ce qui se passait, il était là mais, en fait, il ne l’était pas vraiment. Pas sûre qu’elle aimerait être une télépathe pour savoir ce qui se passait dans la tête du Neutron-Grey dans ces moments-là. Bref, une fois qu’elle avait toutes ces informations, qu’elles étaient triées, Charlie se sentait plus apte à répondre quelque chose.

Tentative avortée par l’intervention de Sarah qui s’interrogea bien vite sur la présence dans le bureau de l’avocate. Dans un réflexe, Charlie manqua de dire que ce n’était pas un client mais, elle aurait donné quoi comme justification ? Pas de soucis, Sarah, c’est Chase, il a juste changé de corps mais c’est normal . Elle tenait à son assistante et préférait éviter de lui faire faire une crise cardiaque. Sarah de nouveau absente, Charlie reporta son regard sur Chase.

« Skywalker, c’est pas celui qui est devenu complètement barge ? »

En vrai, elle n’en savait rien. Disons que le nom était assez connu pour savoir, un peu près, de quoi il était question mais, en vrai, elle n’avait jamais vu un seul film. Oui, enfin, ce n’était pas important. Elle n’allait pas se mettre à disserter sur un nom alors qu’il y avait des choses qui semblaient bien plus importantes.

« Je ne sais pas trop quoi te dire pour ta famille, pour Lukaz, je… » Commençait à être habituée de savoir que quelqu’un était en vie, sans pouvoir en parler à la famille de la personne concernée. « La situation est peu habituelle. » Et non pas nouvelle. « Et je ne suis pas assez au courant de comment ça pouvait se passer avec toutes ces personnes pour te conseiller de faire savoir que tu es en vie ou non. »

Après tout, il avait le temps de se décider, non ? Enfin, pour le moment, tout le monde le croyait mort alors, ça pouvait durer encore un peu le temps qu’il prenne une décision. Décision qui semblait déjà prise mais, peut-être qu’il verrait les choses autrement dans quelques jours, quelques semaines ?

« C’était vraiment un accident, ce qui s’est passé là-bas ? » le laboratoire, sa mort, tout ça. La question était sortie toute seule et, maintenant, elle se sentit obligée de s’expliquer. « Je ne suis pas en train de t’accuser d’avoir mis tout ça en place mais, tu avais envie d’anonymat alors, je me demande seulement si ça peut avoir un rapport. »

Même inconsciemment parce que, honnêtement, le calendrier imposait de se poser la question. Chase vivait de moins en moins bien la médiatisation et tout ce qui pouvait y avoir autour alors, ben, les choses arrivaient au bon moment, non ? Voulu ou non, ça ne changeait pas le fait qu’elle était contente qu’il soit en vie… dans le fond, elle était aussi contente et flattée d’être au courant de ce qui se passait. Elle inspira, un sourire sur les lèvres.

« Je suis contente, enfin, tu sais que tu ne sois pas… Euh… Mort ? » C’était un peu bizarre comme phrase quand même. « En fait, je trouve même que ce n’est pas une mauvaise chose. Enfin, c’est quand même très bizarre mais, je ne sais pas, tu as la possibilité de repartir à zéro, sans avoir un nom à porter et tout ce que ça pouvait impliquer alors… » Elle secoua légèrement la tête. « Je me dis que ce n’est pas si mal. »

Il allait pouvoir faire ce qu’il voulait et, dans le fond, c’était ce qu’elle lui souhaitait. Ce n’était pas un secret, elle avait toujours trouvé que porter le nom de Neutron-Grey était plus un handicap qu’autre chose. Il fallait répondre à des attentes, il y avait le fait que tous les gestes étaient passés au peigne fin, que sa vie était étalée. Là, il avait la possibilité de recommencer, comme il voulait, est-ce qu’elle était réellement supposée lui souhaiter autre chose ?

« Du coup, Alex, hein ? » Elle afficha un air un peu navré. « Je crois que je vais avoir du mal à m’y faire mais, promis, je ferais des efforts. Et t’inquiètes pas pour les finances, prends le temps nécessaire, je crois qu’on devrait pouvoir survivre à deux. » Un sourire amusé. « Sauf si tu décides de vouloir acheter tout un atelier dans les 24h, là, je crois que je vais avoir du mal à suivre. » Elle avait des moyens mais, pas non plus de quoi se croire le maitre du monde. « Mais, en attendant, si tu as besoin de quelque chose, hésite pas. D’ailleurs, on devrait peut-être commencer par des vêtements qui te conviennent mieux, non ? »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 11 Avr 2014 - 19:02 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
— Il est pas devenu barge, c’est juste que…

Ses parents étaient morts, qu’il était le plus puissant dans son genre et que sa femme l’avait trahi. L’ironie du parallèle n’échappa pas à Chase, qui préféra ne pas s’aventurer trop sur ce terrain. Il finit par hausser les épaules.

— C’est compliqué à raconter, on regardera les films.

Il ne savait pas lui-même si c’était une vraie proposition — pour parfaire la culture apparemment trouée de cruelles lacunes qui était celle de l’avocate, mais au risque de lui faire prendre conscience de la valeur métaphorique de cette histoire de Jedi pour son ami le mentaliste — ou de la poudre aux yeux jetée en sachant très bien qu’avec l’emploi du temps de ministre de la plus célèbre des avocates de Star City, les soirées vidéo ne devaient pas être légion.

En attendant, les pudiques paroles d’affection de Charlie furent accueillies par un sourire non moins pudiques et Chase mesura à quel point il était heureux de la retrouver. C’était un peu curieux, d’ailleurs, parce que c’était la première fois depuis des semaines qu’il ressentait quelque chose qui lui appartînt en propre et qui ne tenait pas pour partie aux esprits du Multivers qu’il visitait involontairement. Il en avait presque oublié la sensation physique, dans l’estomac, dans le muscle du cœur, et puis les poumons, aussi. Curieux, vraiment très curieux. Le sourire du jeune homme s’agrandit quand Charlie évoqua le pseudonyme qu’il venait de donner à Sarah, en se proposant de l’adopter.

Le jeune homme secoua la tête.

— Chase, ce sera très bien. C’est quand même mon prénom, et c’est pas spécialement unique. C’est pas comme si je m’appelais, je sais pas, Hope Wintermore, ou un truc dans le genre, tu sais, comme les gens, sur les forums RP.

Devant le regard de son amie, il ressentit le besoin de préciser :

— C’est des forums où… Non, en fait, laisse tomber, c’est un truc de geeks, en plus, j’ai oublié mes identifiants. On va chercher des vêtements, ça sera plus utile. J’te rembourserai.

Quant à l’atelier, il en avait d’immenses encore dans la Forteresse Onirique. L’accès au Bigsby Building lui était fermé, évidemment, tout autant que celui au Q.G. de l’équipe Argos, dans le siège de la Danger Diamond Society, si toutefois l’équipe existait encore. Mais Chase se désintéressait du sort de ses anciens acolytes : le Multivers lui avait révélé des paysages bien plus captivants que ne pourraient lui en promettre les lointains rebuts de technologies aliens qui parvenaient, après une lente désagrégation, sur la Terre Prime.

Ainsi donc, le voyageur dimensionnel qui venait de se réincarner après avoir absorbé une puissance phénoménale partit se livrer à une activité à la hauteur de ses vastes pouvoirs : le shopping. Si Chase avait prêté une attention plus soutenue à son style vestimentaire depuis qu’il avait rencontré Lukaz, ses efforts n’avaient jamais atteint des sommets et il se contentait le plus souvent d’ensembles urbains qui ne le distinguaient guère du reste des jeunes ; ce fut donc vers une boutique généraliste qui vendait jeans, tee-shirts et blousons qu’il s’orienta.

Sur le chemin, il ne put empêcher une légère crispation. Dans la rue, les gens le regardaient. Puis il comprit que la moitié d’entre eux regardait en réalité Charlie, qui l’accompagnait. Et que l’autre moitié le fixait parce que ses vêtements de grand-père le rendaient difficile à rater. En dehors de cela, il n’était dans leur esprit qu’un client commis d’office à l’avocate, qu’elle trainait dans une boutique afin de le rendre plus présentable avant son procès. Chase était ravi.

Une fois dans le magasin, ils débutèrent une partie de cache-cache avec les vendeurs et vendeuses, pour éviter d’avoir à répondre à la question : « quelle taille vous faites ? », dont il ignorait la réponse. Si bien qu’il se retrouva dans la cabine d’essayage avec une quantité considérable de vêtements, non par passion de fashion victim, mais bien parce qu’il n’avait aucune idée de ses mensurations.

— OK, maintenant, tu t’expliques !

Chase sursauta et manqua de trébucher contre le miroir.

— ‘Tain, Abban, sérieux, tu pourrais prévenir !
— J’suis pas un taxi, mec, et tu… hm…

Les yeux de l’Irlandais avaient trainé un peu trop bas sur un Chase dévêtu qui claqua des doigts pour attirer son attention.

— Hé, regarde en haut ! T’étais en train de me menacer.
— Eeeuh… Ouais. Donc. J’sais pas pour qui tu t’prends ni d’où tu sors, mais au prochain coup comme ça…
— Détends toi.

Chase n’avait pas vraiment envie de perdre du temps en de fastidieuses explications et Abban était un maillon trop essentiel à sa réintégration à Star City pour s’offrir le luxe d’une confusion qui serait peut-être au moins aussi difficile à lever que celle qui avait frappé Charlie. Le mentaliste plaça donc les mains sur les tempes d’Abban…


— Oh putain…
— Oui.
— J’le savais ! ‘Fin non, j’le savais pas, mais t’sais, j’le savais.
— Je peux me changer, ou bien… ?

Abban disparut pour apparaître à côté de Charlie, sur le banc, à l’extérieur des cabines d’essayage. Comme s’il avait toujours été là, il glissa :

— N’empêche, il a gagné au change, hein, j’veux dire, en terme de…

Abban fit un vague geste de la main avant de se rendre compte d’un détail crucial, d’une catastrophe en devenir qui planait sur le destin tout neuf de Chase et que lui seul, héroïque comme il était, pouvait empêcher. L’adolescent se retourna vers Charlie et, gravement, d’une voix urgente, interrogea :

— Les trucs là-d’dans, c’est vraiment les fringues qu’v’z’avez choisies ?

Et quand il eut la confirmation de ses terribles soupçons, Abban disparut, pour faire le tour des boutiques avoisinantes, les vraies, celles qui proposaient autre chose que des reliquats de rideaux mal taillés et dessinés par des designers bornes dénués de sens esthétique. Il revint avec son premier chargement alors que Chase sortait de sa cabine d’essayage, satisfait du jean classique et du tee-shirt noir qu’il avait trouvé.

— Affreux.
— Ben non, c’est bien…
— Ouais, s’tu veux qu’les gens t’crachent dessus dans la rue. Tiens, prends ça.

L’Irlandais fourra les nouveaux vêtements dans les mains de Chase, le repoussa dans la cabine, ferma le rideau et revint s’asseoir à côté de Charlie.

— Non mais genre, j’peux pas v’laisser tout seul cinq secondes, toujours vous faites des conneries…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 13 Avr 2014 - 18:38 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Il n’était pas mort alors, elle voulait bien lui accorder tout ce qu’il voulait même si ça devait passer par le visionnage d’une série de films. Un semblant de lucidité l’avait empêché de répondre autrement que par un léger hochement de tête parce que si, là, tout de suite, elle était prête à dire oui à tout, il fallait se rendre à l’évidence : où est-ce qu’elle allait trouver le temps de regarder six films qui n’étaient même pas sortis dans le bon ordre ? Cette histoire lui était déjà sortie de la tête quand Chase s’était mis à sourire, laissant un regard étonné sur le visage de Charlie qui avait ouvert la bouche pour faire part de sa découverte concernant les deux dents de devant de ce nouveau corps face à elle. Finalement, elle resta silencieuse, il le découvrirait bien par lui-même, c’était mignon.

Rester à Chase, ça lui allait bien, Charlie devrait juste trouver une explication pour Sarah, si jamais elle s’interrogeait sur le fait qu’il s’était présenté en tant qu’Alex – panique du moment, envie de rester anonyme, après tout il pouvait passer pour un client. Et les forums RP ne nécessitant pas d’explications, qu’elle n’aurait probablement pas comprises, Charlie se retrouva, un peu plus tard, assise près des cabines d’essayage. Bon, maintenant qu’elle le savait en vie, Charlie retrouva bien vite ses habitudes. Histoire de ne pas perdre trop de temps, elle avait sorti son téléphone pour vérifier ses e-mails qui s’étaient un peu entassés ces derniers temps. Pas besoin d’être une pro de l’informatique pour ça, tout le monde savait regarder ses messages sur un téléphone, à moins de s’appeler Adrian Pennington.

« Chase ? Ça va ? »

Plusieurs bruits l’interpellèrent dans la cabine mais, prudente, elle préféra se renseigner d’où elle était. La réponse ne tarda pas à arriver sous la forme d’un Irlandais se retrouvant soudainement à côté d’elle. Un sursaut plus tard, Charlie secoua la tête – plus à cause de la surprise de l’action qu’autre chose – et reporta son regard sur Abban.

« Tu devrais prévenir quand tu fais ce genre de choses, c’est quand même un peu perturbant. » Mais que Chase soit en vie dans une cabine, dans un nouveau corps, tout allait bien. « Et oui, pourquoi c’est quoi le problème avec ces vêtements ? »

Ils habillaient, ce n’était pas le but premier des fringues ? Tient d’ailleurs, si elle n’était pas en train de rêver, ça voulait dire qu’Abban était vraiment venu les téléporter, un peu plus tôt, en menaçant directement avec une arme ? Abban avait bien changé depuis la première fois où elle l’avait croisé dans son bureau, un gamin, pas si paumé que ça, qui trouvait qu’il évoluait dans un monde qui n’avait rien de joyeux. Faut croire qu’il avait fini par s’y adapter, ce qui n’était pas spécialement fait pour la réjouir et, avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, l’Irlandais était déjà parti à la recherche de vêtements.

Le monde allait beaucoup trop vite pour elle. Pas le temps de dire un truc que les gens disparaissaient sans prévenir ! Pas le temps de donner le moindre avis sur un Chase qui s’était changé, qu’il était à nouveau repoussé dans la cabine par un Irlandais de retour. Qu’est-ce qu’on pouvait contre, ou pour, des gens comme ça ? Le temps qu’elle se lève ou qu’elle commence une action, les deux autres avaient le temps de faire cinquante trucs. Abban utilisait tellement ses pouvoirs comme une seconde – voire une première – nature que ça rappelait aux autres, comme Charlie, à quel point ils étaient humains. Le monde n’allait pas seulement très vite, il était bizarre aussi, avec la sensation que tout lui échappait constamment parce qu’elle était incapable de suivre le mouvement. Le retour de Chase n’était peut-être pas aussi bien digéré que ce qu’elle pensait.

« Hein ? » Elle percuta, reporta son regard sur Abban pendant que son cerveau entreprit de lui mettre à l’esprit ce que l’Irlandais avait dit. « Euh, ce ne sont que des vêtements. » Comment on pouvait faire des conneries avec des affaires ? « Qui avaient, au moins, l’avantage de venir du magasin où on se trouve. »

Le tour des rayons, avec Chase, elle les avait faits. Alors, elle pouvait affirmer que ceux qu’avait ramené Abban ne venaient pas d’ici. Sans le savoir, elle se retrouva avec une pensée commune à un mage, quelque part, enfermé dans son manoir : est-ce que les jumeaux étaient capables de songer à faire les choses en toute légalité avant de s’activer ?

« Abban, tu devrais… »

Songer à faire les choses de manière plus discrète. Sur un point de vue personnel, elle se fichait pas mal de savoir qu’un magasin aux alentours allait être déficitaire de quelques vêtements, la structure allait s’en remettre facilement mais, juste pour rappel, elle était avocate ! Justice, tout ça, les trucs probablement barbant pour une personne comme Abban mais, les trucs auxquels elle tenait quand même. Elle soupira en secouant la tête.

« Laisse tomber, ce n’est pas important. »

Ça l’était mais, pas aujourd’hui, pas maintenant. Pas envie de se lancer dans un débat, dans une explication visant à tenter de lui faire comprendre qu’il y avait des choses qui pouvaient la déranger. Elle en était à ce dire que l’irlandais vivait dans un tout autre monde que le sien quand Chase sortit à nouveau de la cabine d’essayage, laissant Charlie bloquée, bouche légèrement ouverte en le regardant. En fait, rien à voir avec la tenue qu’il pouvait porter mais là, en fait, elle était en train de se dire que Chase et Abban devaient être plus ou moins proches pour que l’irlandais soit dans la confidence. Ce qui découla sur une interrogation : quels intérêts en commun les deux pouvaient avoir ?

« Mais, en fait, comment vous vous connaissez tous les deux ? »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 13 Avr 2014 - 19:12 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
— « Que des vêtements »… ?

L’Irlandais fixa Charlie comme si elle venait de lui dire qu’elle tuait régulièrement des bébés phoques. Il avait toujours trouvé que l’avocate s’habillait raisonnablement moins mal que les autres — toutes proportions gardées — mais la réaction de son aînée le laissait tout de même perplexe. Dans quelle monde vivait-elle pour être ainsi déconnectée des réalités les plus élémentaires de l’existence ? Abban secoua la tête, avec l’air d’un professeur qui renonçait à inculquer les rudiments d’un sujet capital à un cas désespéré, et il se contenta de murmurer :

— J’vous jure…

Pendant que Chase se changeait, il se pencha donc sur le banc, puis un peu plus, et encore un peu plus, pour jeter un coup d’œil aux semelles de Charlie et en se redressant, il demanda, avec une diplomatie, euh… implicite :

— Jamais t’changes tes chaussures ? T’imagines si on voit dessous ?

Parce qu’être élégant des semelles, c’était important. Peu de temps après cette importante suggestion, pleine de tact, Chase émergea de sa cabine d’essayage, dans un ensemble, il fallait bien le reconnaître, choisi avec un goût sûr et étudié, mais qui ne correspondait pas vraiment avec ce qu’il avait l’habitude de porter. D’ailleurs, il tirait un peu sur son tee-shirt. Abban admirait son œuvre et, avec l’habitude du mensonge permanent qui était la sienne, il répondit sans y réfléchir à la question de Charlie :

— On s’est rencontrés dans un bar, puis on aime bien les voitures, t’les deux. Puis on t’a sauvé la vie une fois, ensemble, aussi, ça crée des liens, forcément…

Même si Abban ne s’était pas attardé, dans les ruines de la maison de Graham, après l’intervention efficace mais quelque peu dévastatrice qui avait conduit à la libération de Charlie, il y avait bien participé. En somme, il ne mentait en rien sur les circonstances qui avaient conduit à son rapprochement avec l’ancien NG, même s’il laissait de côté tout un pan de leurs activités. Du reste, jamais Abban et Chase n’avaient mené une opération criminelle conjointe et, tout bien considéré, l’essentiel de leurs activités avait été parfaitement innocentes, puisqu’il s’était agi d’entretenir une voiture. Volée, certes.

— Mais arrête !
— Il est trop court.
— Il est pas trop court, c’est fait pour qu’on voit la ceinture.
— Et puis le col est trop large !
— Il est pas trop large, c’est fait pour qu’on voit ton torse.
— Ouais, bah autant pas porter de vêtements…
— Vous êtes désespérants.

Il y eut un tout petit bip et Abban jeta un coup d’œil à une montre qui n’avait pas l’air de sortir de l’échoppe du premier horloger venu.

— J’dois y aller, mon gigot est cuit.

L’Irlandais regarda tour à tour Charlie et Chase, puis précisa :

— Non mais je suis vraiment en train de cuire un gigot, vous savez… J’teste des recettes.

L’ouverture du restaurant Mac Aoidh approchait.

— J’vous racont…

Mais il avait disparu avant de finir sa phrase. Même pour quelqu’un d’aussi habitué à une existence mouvementée que l’était Chase, l’intense activité d’Abban était parfois un peu déboussolante. Le mentaliste vint s’asseoir sur le banc près de Charlie, après avoir récupéré les articles choisis par son ami.

— J’enverrai un chèque à la boutique, il a laissé les étiquettes sur les vêtements. Il est sympa, il est juste un peu, euh… Disons qu’il vit dans un autre monde.

Chase ne songeait même pas à désamorcer les éventuelles suspicions de Charlie, tant il lui paraissait peu probable que l’avocate lui prêtât la moindre activité illégale.

— T’étais encore sur ton téléphone ?

Le mentaliste avait désigné l’appareil d’un geste de tête.

— Tu sais un jour, je vais t’emmener dans une autre dimension, t’auras plus de réseau et tu seras bien obligé de te reposer. Y en a des vraiment pas mal.

Le voyage dimensionnel : un projet de vacances comme un autre. Après un moment de silence, Chase reprit la parole, pas tout à fait sûr de son coup.

— Dis, tout à l’heure… Tu as parlé de quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu connaissais et qui est, euh, revenu. Aussi. C’était… Quelqu’un de proche ? Je veux dire, des fois, je vois bien que tu es, je sais pas, peut-être triste, mais je sais pas trop si j’ai le droit de… M’immiscer ? Mais tu sais, si jamais tu voulais en parler, ou si t’avais besoin, je sais pas, d’aide… Un jour, j’aimerais bien pouvoir te renvoyer l’ascenseur. Être un ami pour toi comme t’es une amie pour moi.

Chase esquissa un sourire.

— Apparemment, selon certains, j’devrais commencer par t’emmener faire du shopping pour trouver des nouvelles chaussures, à ton tour, mais je suis pas persuadé que tu ne voies pas ça plutôt comme une torture que comme un geste d’amitié. Enfin, bref… Sérieusement. Si jamais je peux, pour une fois, pas être le type bizarre qui t’embarque dans des histoires impossibles, mais quelqu’un sur qui tu puisses compter, faut pas hésiter…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 14 Avr 2014 - 18:43 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
« Tu sais ? Les gens se baissent rarement autant pour voir la semelle des chaussures des autres. »

Et, bien sûr, elle s’était penchée en avant pour aller croiser le regard d’Abban histoire de prouver – autant qu’elle le pouvait – qu’il était un peu exagéré de se baisser autant, juste pour apercevoir une semelle. Semelle qui lui convenait très bien. Ce n’était que des chaussures. Charlie ne s’était pourtant pas séparé de son sourire, pas plus que pendant l’explication d’Abban sur la rencontre entre les deux jeunes hommes et, évidemment, elle resta sans le moindre avis sur la tenue de Chase. C’était vraiment le genre de chose dont elle se fichait pas mal dans la mesure où elle était capable de côtoyer des collègues en costumes pour, ensuite, passer une soirée avec son frère qui donnait l’impression de garder la même garde de robe depuis 10 ans. Pas qu’une impression, cela dit.

Pas certaine de croire à l’excuse d’Abban concernant le gigot, elle laissa couler puisque, de toute façon, il s’était déjà éclipsé. Les jumeaux devaient filer des maux de tête à toutes les personnes qui les côtoyaient d’un peu trop près. Finalement, une petite pause, sur un banc, avec Chase, ce n’était pas un mal. Hochement de tête pour dire qu’elle approuvait le fait qu’il décide d’envoyer un chèque à la boutique d’où provenaient les vêtements, même si chéquier, il ne devait pas avoir. Les détails techniques seraient vus plus tard. Posant son regard sur son téléphone, elle hocha à nouveau la tête.

« J’ai eu quelques jours d’absence ces derniers temps alors, un peu de retard qui s’est accumulé. » Ses absences et la mort de Chase n’étaient pas un hasard dans le calendrier bien défini de l’avocate. « Du coup, faudra attendre pour une autre dimension. »

Genre, quelques années. Quelques dizaines d’années, quand elle se déciderait à prendre sa retraite. Enfin, ça, c’était dans l’hypothèse où elle ne serait pas morte avant parce qu’elle avait trouvé qu’il n’y avait aucun danger à marcher sur une mine. Puis bon, les mondes parallèles, elle n’était pas encore bien certaine de se faire à cette idée. Et elle n’aurait pas le temps de se faire une idée maintenant parce que le sujet de Chase la laissa, un court, instant, sans la moindre réponse à apporter. Charlie n’était pas supposé parler de ça, un moment d’égarement. Logiquement on devait pouvoir comprendre qu’elle s’était laissée aller à ce genre de confidence, elle s’était d’abord cru dans un rêve avant de prendre conscience que Chase n’était pas réellement mort. La trentenaire n’avait peut-être pas une notion du danger très prononcé mais, il restait possible de la perturber et Chase, semblait mettre un point d’honneur à la confronter à un tas de choses impossibles.

« Oublie le shopping, tu as raison, ça ne serait pas une bonne idée. Et… »

Et quoi ? Elle avait la possibilité de faire comme d’habitude, lui dire que ce n’était rien, juste une phrase lâchée et qu’il n’y avait pas à s’en faire. Ou donner un semblant d’explication. La première option était plus qu’envisageable mais, elle avait aussi passé assez de temps à se sentir coupable et regretter de ne pas avoir répondu plus aux attentes de Chase en le laissant à l’écart de sa vie personnelle. Peut-être que c’était réellement le moment de tout remettre à zéro pour lui, comme pour eux deux. Elle prit quelques secondes, hésitante, avant de se lancer après une inspiration.

« C’est une vieille histoire, en fait. » pas très importante donc, parce que les habitudes avaient la vie dure. « J’étais avec une personne, mais ça date de mes études et, en fait, ça se passait bien. Vraiment bien. » Un sourire, alors qu’elle s’adossa au mur derrière elle. « Il était militaire et, un jour, il n’est pas revenu de mission. Le blabla habituel, mort pour son pays et ainsi de suite. » Si les paroles se voulaient détachées, le ton ne l’était absolument pas. « Enfin, bref, je me suis faite à l’idée. » Tellement qu’elle n’avait pas vraiment refait sa vie. « Puis, il n’y a pas si longtemps il est réapparu. » Son regard se porta sur son téléphone qu’elle tournait dans tous les sens. « Apparemment sa mort était une mise en scène pour lui faire intégrer une unité plus secrète mais, on en a pas tellement parlé en fait. » C’était le but de quelque chose de secret, non ? « C’est juste un peu compliqué, des fois, de se dire qu’il est quelque part mais que, de toute façon, le voir n’est pas possible. Et puis, je connais une autre personne de sa famille et, je ne peux rien dire, alors ça complique un peu les choses. »

En tout cas c’était la version qu’elle avait, puisque les machinations chez Veidt étaient un peu plus complexes que ça. L’ignorance devait être une seconde nature chez elle, trop blonde peut-être ? Elle secoua la tête, avant de reporter son regard sur Chase dans un sourire rassurant, récupérant sa contenance.

« Quoiqu’il en soit, il n’y a rien à faire. Mais c’est gentil. Son boulot lui convient, il aime ce qu’il fait alors, à partir de là, c’est bien. Et, tu sais Chase ? Je n’ai jamais rien eu à te reprocher sur ta façon d’agir avec moi. Ce n’est pas parce que je ne parle pas de ce genre de chose et que tu en es moins présent. Peut-être que je ne t’appelle à chaque fois qu’il y a un truc de travers dans ma vie mais, dès que c’est important, tu as toujours été là. » Elle cala un mouvement d’épaule contre celle de Chase dans un sourire. « Tu reviens même d’entre les morts, si ça ce n’est pas impressionnant ! »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 15 Avr 2014 - 18:00 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Parfois, les différences qui le séparaient de Charlie ne lui apparaissaient que trop clairement. Il était difficile pour Chase de comprendre exactement la manière dont son amie fonctionnait. Un moment, il avait cru que c’était une question de maturité, que si Charlie lui semblait si détachée du monde extérieure, c’était parce qu’elle était simplement plus posée et pondérée que lui. Un enlèvement ? Pas grave. Un amant revenu de la mort ? Pas grave. Mais c’était différent. Chase, lui, eût remué ciel et terre pour arracher Lukaz à quelque unité secrète de mauvais aloi.

Le jeune homme esquissa un sourire un peu triste. Il ne savait pas si son tempérament toujours trop extrême était préférable à la pondération parfois un peu troublante de son amie. Ce qu’il savait, c’était qu’il ne parvenait pas à trouver les mots pour la consoler — à vrai dire, il ne parvenait même pas à déterminer si Charlie avait besoin ou non, envie ou non, d’être consolée. Un peu maladroitement, il passa un bras autour des épaules de l’avocate, tourna le visage et déposa un baiser sur sa joue, avant de murmurer :

— Moi, j’t’aime.

C’était un peu timide, mais ils savaient très bien, tous les deux, ce que ça voulait dire. Depuis qu’il avait franchi, perdu, la porte de son bureau pour qu’elle l’aidât à sauver l’un de ses amis d’une affaire délicate, ils ne s’étaient plus quittés, eux dont les mondes n’avaient pas grand-chose en commun et, si elle le lui avait demandé, il serait allé chercher cet amour d’université, lui aurait recomposé l’esprit et l’aurait planté dans l’appartement pour qu’ils pussent se parler. Charlie avait remplacé au fil des mois la place dont Chase avait chassé, non sans une certaine injustice, ses deux sœurs.

— Allez, viens, j’te ramène à la maison. Avec un peu d’chance, maintenant que je suis plus à foutre le bordel dans tes rêves, tu vas pouvoir dormir un peu, et moi, en attendant, j’vais faire des courses et faire manger. Parce que bon, la dernière fois que t’as cuisiné, c’était…

Un sourire étira ses lèvres.

— … audacieux. Disons.

Et peu comestible. Chase retira son bras des épaules de Charlie et se releva. Après avoir suspendu les vêtements classiques essayés mais remplacés par ceux choisis par Abban et subtilisé discrètement quelques sacs à la caisse, tandis que la caissière avait soudain eu l’air bien pensive, le jeune homme prit avec son amie le chemin de la 40th Avenue. Il y avait tout de même un petit détail qu’il avait négligé : les souvenirs. Ils passèrent d’abord devant le Bigsby Building et Chase leva les yeux vers l’immeuble. Pendant un instant, il se demanda si Tesla ou Maxime avaient réellement cru à sa mort. Habitués aux étrangetés, et surtout à celles de leur frère, les deux NG étaient les mieux placés pour soupçonner, au moins en partie, la vérité.

Cette pensée ne l’enchanta guère et il allongea la foulée. Arrivés dans l’immeuble qu’il connaissait bien, son regard s’arrêta sur le nom « Le Guen », sur la boîte aux lettres. Il n’avait jamais ajouté le sien, par souci de discrétion : son courrier continuait à arriver au Bigsby Building. Cette fois-ci, Chase ne put pas résister et il tourna les yeux vers Charlie :

— Tu sais s’il vit toujours là ? Est-ce qu’il est venu à… Tu sais. L’enterrement.

Mais presque aussitôt, il secoua la tête et murmura :

— Non, en fait, je veux pas savoir. C’est pas important.

Très convaincant. Pour éviter de sombrer dans la dépression en fixant une boite aux lettres, Chase s’engouffra dans l’ascenseur et bientôt, il put retrouver l’appartement de Charlie — et temporairement, le sien. Les souvenirs dont il était chargé étaient au moins tous agréables. Même l’infiltration d’eau au plafond avait quelque chose de réconfortant. Chase posa ses paquets et promena le regard autour de lui.

— En fait, une femme occupée comme toi, ça devrait avoir un robot ménager.

C’était reparti.

— Je vois bien une sorte de sphère avec un système antigravité et des bras rétractiles, pour les différentes fonctions : le rangement, la poussière, le bricolage. Tu pourrais la programmer et comme ça, elle ferait le ménage en ton absence. Ou même, avec une intelligence artificielle, tu n’aurais pas besoin de la programmer. Enfin, faut faire gaffe, avec les intelligences artificielles, parce qui si c’est pour se retrouver avec Clank…

L’enthousiasme de l’ancien NG retomba brutalement. Il finit par hausser les épaules.

— Enfin, je dis ça, passer l’aspirateur, je peux faire aussi.

D’accord, il n’avait jamais passé l’aspirateur de toute sa vie, tout comme il n’avait jamais mis les pieds dans un supermarché avant de rencontrer Lukaz, mais son lent apprentissage de la vie quotidienne était une affaire de tous les instants. Abandonnant donc pour un temps ses projets d’aide-ménagère robotisé, le mentaliste se tourna vers Charlie et interrogea :

— Qu’est-ce que tu voudrais manger ? Je sais faire… euh… Des trucs simples, déjà. Enfin tu sais, couper des trucs, les mettre dans une poêle, et puis voilà, en gros. Mais y a des recettes sur Internet. T’as Internet, hein ? Au pire, j’ai encore quelques codes d’accès des satellites militaires, si on veut aller sur Marmiton.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 16 Avr 2014 - 17:52 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Adorable Chase qui laissa un sourire maladroit sur le visage de l’avocate peu habituée – pas du tout habituée – à ce genre d’attention. Si encore elle était venue d’une famille où les débordements de sentiments étaient fréquents, peut-être qu’elle en aurait été plus apte à réagir plus, euh, normalement ? Mais quand on savait que son cadet, pour son anniversaire, allait voler des fleurs dans un cimetière et qu’elle trouvait l’attitude extrêmement démonstrative, on devait bien se douter que ce n’était pas les marques d’affection qui l’étouffaient. Il fallait juste lire entre les lignes chez l’avocate : le fait qu’elle ne rétorque rien à la proposition de rentrer, rappelant qu’elle avait besoin de sommeil, était une preuve en soi de l’attachement qu’elle avait pour le jeune Neutron-Grey… Kirk… Elle ne savait plus trop. Avec d’autres, elle aurait déjà sorti un sourire poli en expliquant, poliment – toujours –, qu’elle était capable de savoir ce qui était mieux pour elle. Ce qu’elle ne savait pourtant pas.

Même pas le courage de demander comment ils avaient pu sortir aussi facilement, elle ne savait pas non plus ce qu’il convenait de dire au moment de passer devant l’endroit où il avait grandi. Des choses bien réelles devenaient soudainement bien compliquées, rappelant ce qui s’était produit. Chase était mort. Que ce ne soit pas vrai n’enlevait pas le fait que tout le monde – ou presque – le croyait. Chase s’était, apparemment, bien disputé avec Lukaz sauf que, oui, elle habitait toujours dans le même immeuble. La « mort » devait faire relativiser certaines notions, non ? Est-ce que Chase avait envie de s’expliquer avec le français ? Est-ce qu’il avait envie de lui dire qu’il était en vie ? Est-ce qu’il avait seulement envie d’entendre parler du voisin deux étages au-dessus ? Il n’y avait pas de manuel qui expliquait comment réagir face aux personnes qui revenaient d’entre les morts.

Elle releva les yeux vers Chase, indécise, désolée, ne sachant pas trop ce qu’elle devait répondre à ses questions mais, il les balaya très vite et, quelques instants plus tard, Charlie déposa les clés de son appartement sur le petit meuble à l’entrée. En l’absence d’un agent de l’UNISON, en train de boire tranquillement un thé, elle pouvait bien se séparer de son porte-clés. Puis, Abban avait été bien assez sollicité pour la journée, elle s’en voudrait de lui faire foirer son gigot. La trentenaire en était encore à se demander ce qu’elle devait lui dire quand elle s’arrêta dans l’entrée, prit appui sur un des murs et se retrouva bêtement à sourire en regardant Chase. Elle l’écouta, sans vraiment l’écouter, attendrie parce que, dans ce genre de moment, même avec une apparence différente, il était tellement Chase avec ses idées de rénovation robotique. Le nom du robot qu’il avait en commun avec Lukaz acheva de la décida sur la marche à suivre et, toujours un fond de sourire sur le visage, elle quitta l’entrée pour retrouver son appartement.

« Laisse tomber pour le repas, aujourd’hui on va se contenter de commander et on verra demain pour faire des courses. » Pas sûre qu’elle soit la seule à avoir besoin de sommeil. Est-ce que se reconstruire un corps était épuisant ? Sûrement, oui. « Et oui, bien sûr que j’ai internet, qu’est-ce que tu crois ? Il y a même un ordinateur portable rangé dans le meuble télé que tu peux utiliser si tu veux. »

Qu’elle désigna vaguement d’un mouvement de main. Bon, ce qu’elle pensait être un ordinateur portable et une connexion internet suffisante n’allait probablement pas être perçue de la même manière par Chase. D’un autre côté, elle n’avait pas prévu son retour et encore moins le fait qu’il puisse vivre ici pour le temps qu’il voulait, sinon, croyez bien, qu’elle aurait fait des efforts.

« Et tu sais ? En fait, j’aime bien faire mon ménage moi-même alors, te prends pas la tête avec un truc qui ferait tout. » Même en étant occupée son appartement restait nickel – un peu maniaque sur les bords – ce qui était probablement le cas parce qu’elle était occupée. Son logement était loin d’être l’endroit où elle passait le plus de temps. « Je n’ai besoin de rien et, à mon avis, tu as sûrement d’autres à faire que de t’occuper de passer l’aspirateur. »

Comme trouver une vie passée à donner à ceux qui ne devaient pas savoir qui il était. Trouver une explication et une façon de l’annoncer à ceux qui devaient le savoir. Faire le tri entre les personnes qui ne devaient pas le savoir et les autres. Il devait y avoir un tas de choses administratives à faire aussi parce que, forcément, il allait faire les choses légalement autant que possible. Et…

« Oui. » Ok, ça ne venait de nulle part, elle en avait bien conscience. Elle inspira et reprit. « Oui, il était présent ce jour-là. » Elle n’avait pas parlé au français, l’avait juste aperçu restant en retrait de l’enterrement. « Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé entre vous mais, il était là alors, peut-être que je m’avance et que je me plante complètement mais, on ne va pas dans ce genre d’endroit quand on ne porte aucun intérêt à la personne qu’on enterre. »

Et qui n’était pas morte. Tu parles d’un bordel. Elle ne savait pas trop pourquoi mais, ça lui avait semblé être une information importante à donner à Chase. Elle hésita un instant avant de se décider à poser la question qui lui passait par l’esprit.

« Tu comptes lui dire ? »
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 17 Avr 2014 - 9:05 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
À quelques kilomètres de là, à Nalebo Hall…

— Ce gigot est parfait.

Nous voilà rassurés. Donc, Chase avait filé vers le meuble télévisé et en avait extirpé un truc qui tenait à son avis le milieu entre un parpaing de construction et une planche à repasser. Après un regard mi-perplexe mi-navré pour son amie, comme si elle venait de lui annoncer une maladie grave sur un ton léger, parce qu’elle en interprétait mal les symptômes, il embarqua sa trouvaille jusqu’à la table basse du salon, se laissa tomber sur le canapé et commença à dévisser sans les toucher les vis qui tenaient la coque en plastique.

— J’sais pas, j’ai jamais passé l’aspirateur, ça s’trouve c’est amusant.

Ah, pauvre Chase : il avait encore tant à apprendre ! Ceci étant dit, il n’insista pas, parce qu’effectivement l’activité qui le séduisait le plus, à son retour d’entre les limbes, ce n’était pas d’astiquer un appartement à son humble avis déjà assez propre. La moitié inférieure de la coque en plastique se détacha et le jeune homme put se pencher sur le patient, en bien mauvais état. Il allait avoir besoin de matériel. En commençant par changer tous les composants, c’est-à-dire, en somme, par fabriquer un autre ordinateur, il comptait bien obtenir un résultat acceptable. Heureusement que ses fidèles robots-araignées l’attendaient patiemment dans la forteresse volante qu’il avait bâti dans une dimension onirique. Comme tout informaticien scrupuleux qui se respectait.

Son examen fini, il entreprit de revisser la coque en plastique, et ce fut une excellente excuse pour fixer l’ordinateur alors que Charlie évoquait la présence de Lukaz à l’enterrement. Il s’y était rendu. Il n’était pas dans l’appartement. Chase ne pouvait s’empêcher, malgré toutes ses affirmations de nouvelle indépendance, de contempler la séduisante possibilité d’un retour de l’être aimé. Une nouvelle fois, il fut tenté de jouer les supérieurs. Mais il n’était pas si bon acteur. Pas dans ce domaine-là. Et puis Charlie lui avait parlé — avait fait l’effort de se révéler — et si vraiment sa vie à lui devait changer, peut-être était-il temps de la regarder avec plus de lucidité.

Il releva les yeux vers l’avocate et murmura :

— Il m’a trompé.

Le jeune homme s’éclaircit la gorge et, en tentant de prendre un ton malgré tout un peu dégagé, reprit plus haut :

— Je veux dire, tu sais, il a couché avec quelqu’un d’autre. Quelqu’une, même.

Et donc, il était mort. C’était ce qui s’appelait avoir le sens des proportions. Pour la première fois depuis le petit incident qui avait conduit à sa mise en bière, Chase prenait conscience qu’entre l’effet et la cause, il y avait peut-être eu une distance trop considérable. Certes, il n’était pas fâché de sa nouvelle citation — son anonymat, ses pouvoirs décuplés, l’impression que le monde s’offrait à lui sans aucune restriction — mais il se sentait un peu ridicule de s’être emporté pour une erreur de parcours qui devait agiter la vie de bien des couples.

— Quelqu’un a envoyé des photos truqués de moi avec un autre type, et puis il a commencé à soupçonner n’importe quoi, genre avec Abban, et on s’est disputé, et je suis parti, et il est allé voir ailleurs.

Cette fois-ci, il était possible que les disputes de couple traditionnelles ne fussent pas susciter par l’envoi anonyme de clichés trafiqués par un criminel notoire afin de se venger du vol d’une clé USB pour le compte d’un puissant Chinois quasi immortel. À ce détail près, rien que de très banal.

— J’pensais, tu sais, que si je devenais plus… Impressionnant. Plus classe. Il n’aurait pas envie de voir ailleurs, justement. Alors voilà…

Chase avait depuis longtemps détourné le regard, pour fixer l’ordinateur portable. Son raisonnement défiait toute logique : Lukaz lui avait exposé la crainte d’être remplacé par un Abban censément bien plus talentueux et bien plus efficace criminel, et la manière que Chase avait trouvé pour le ramener à lui avait été de creuser un peu plus la distance de puissance qui existait entre eux. Mais surtout, si le jeune homme prétendait depuis son retour ne plus se soucier de la destinée de son ancien petit ami, il avouait à présent que son geste, il l’avait accompli non pour affirmer une séparation, pour tenter de reconquérir Lukaz.

En somme, son histoire était un savant mélange des incohérences anxieuses d’un adolescent embourbé dans sa première relation sentimentale et des moyens dont disposaient le mentaliste le plus puissant du monde. Il y eut un silence puis Chase glissa d’un ton embarrassé :

[color=brown]— Mais là, du coup, tu sais, je sais plus si je suis vraiment en colère, et euh… J’ai pas envie de m’excuser. Et puis je voudrais bien qu’il s’excuse. Et puis… Et puis, si je lui en veux, j’ai peur d’avoir l’air trop faible en lui disant que je m’en fous, mais d’un autre côté, je m’en fous, mais d’un autre côté, si y a un truc dont je m’en fous, c’est d’avoir l’air trop faible, enfin je sais pas. Tu vois ce que je veux dire ?[/brown]

Hein, Docteure Love ?

Revenir en haut Aller en bas



Le Retour du Jedi. Mais en méchant.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» Le Retour du Jedi. Mais en méchant.
» Le Retour du Jedi [résolu]
» Gabriel Lawliet - Gentil & méchant ? Mais ce n'est qu'un enfant ... (100%)
» LE RETOUR DE L'ARMÉE HAITIENNE EN HAITI N'EST PAS UNE OPTION MAIS UNE OBLIGATION
» Veut voir Abdel mais tomber sur Nirina (Pv elle)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-