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Étoile du Matin, chagrin

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Message posté : Sam 29 Mar - 15:18 Message
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18 mars 2014, 02:39am

C’était quoi, ça ? Pourquoi il était pas là, le diamant, hein ? Pourquoi !?

Il était rare de voir Jake dans un tel état. Mais la situation était tellement exceptionnelle qu’il pouvait se permettre d’être hors de lui. Il faisait les cent pas dans le parking de l’As de Pique, attendant avec une impatience grandissante l’arrivée d’Abban. Alors que Clochette s’était perchée au-dessus d’une des camionnettes stationnées là, Shrek, Maléfique et Prof, un peu gênés, se tenaient sur le côté, osant à peine regarder leur leader. Ils avaient raté quelque chose, et leur opération avait foiré, ils étaient conscients de leur erreur. Mais il y avait quelque chose qui clochait. Et c’était pour cette raison que le conteur avait fait appel à son petit ami. Pour son soutien, bien sûr, mais aussi parce qu’il était un enquêteur du Cartel, et que ses talents allaient être nécessaires. Avec rage, Wildcard asséna un coup de poing sur le flanc du van qu’ils avaient « réquisitionné ».

Pourquoi !? Je voulais un beau cadeau, et je me retrouve avec… rien !

En effet, ce 18 mars marquait une date importante pour Jake Walker : c’était son vingt-sixième anniversaire. Et un peu capricieux, il avait exigé un beau cadeau. Son choix s’était porté sur « l’Étoile du Matin », un diamant de belle taille, qui devait ce jour être présenté, dans la soirée, lors d’un événement mondain à Star City. Maléfique avait tout étudié, avec l’aide de Prof, du parcours du joyau, censé atterrir peu avant minuit à l’aéroport, avant d’être transporté vers le centre-ville. La stratégie des services de sécurité était simple mais pouvait s’avérer efficace : utiliser plusieurs véhicules d’apparence banale et dissimuler le diamant dans l’un d’eux, pour un trajet incognito. Mais il en fallait plus pour duper Maléfique, qui avait réussi à découvrir que la pierre serait transportée dans un van.

Et ce van, il était là, près de Jake, vide. Ou presque. Toute la structure permettant de protéger le diamant était encore présente, mais le Gang des Fables l’avait découvert dépourvu de toute pierre précieuse. Soit quelqu’un était passé avant, soit le diamant n’y avait jamais été placé. Maléfique avait rapidement mené sa petite enquête et découvert qu’elle ne s’était pas trompée, tout s’était déroulé comme prévu. Cependant, elle avait dû rater quelque chose entre l’aéroport et l’endroit de l’embuscade. Le chauffeur, grassement payé par Prof, avait neutralisé son copilote et aurait dû permettre à Shrek de monter dans le véhicule. Sauf qu’apparemment, il avait été drogué. Ce qui l’avait rendu incapable de se rappeler quoi que ce soit du trajet.

Et qu’est-ce que vous faites encore là !? Au boulot !
Jake, calme-toi, il…
Putain ! Au boulot !

Jake retint un gémissement de douleur quand il frappe, du poing, le van pour la seconde fois. Il se laissa tomber au sol et s’adossa au véhicule, avant de se prendre le visage entre les mains. Subir un tel échec, cuisant, c’était intolérable. Il avait été grillé sur le fil dans une opération bien ficelée, bien préparée, par quelqu’un qui n’avait apparemment laissé aucune trace. Et c’était ce « apparemment » qui le rendait encore plus impatient de voir Abban arriver. Parce que pour l’Irlandais, les apparences pouvaient s’avérer beaucoup plus révélatrices que pour l’œil nu « normal ». Il se redressa et se mit à faire les cent pas. Son maquillage s’était un peu étalé, un peu effacé, mais il s’en foutait. Son anniversaire était gâché. Il avait beau savoir que son équipe ferait quand même en sorte de lui faire un beau cadeau, sans le diamant qu’il convoitait, ça n’était pas pareil.

Il y a bien longtemps que je ne l’avais pas vu comme ça…
Ça passera. Compte sur Abban pour lui remonter le moral.
Tu crois que ça suffira ? Il n’a pas l’habitude de perdre le contrôle…
Oui, je crois que ça suffira. Abban n’est pas seulement l’homme de sa vie, c’est aussi un excellent investigateur. Il va l’aider sur au moins deux plans à la fois…
Espérons que tu as raison.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent au dernier étage, et les trois membres du Gang des Fables en descendirent, pour entrer chez Maléfique, qui alla sans attendre s’installer devant ses écrans. Prof et Shrek se glissèrent à ses côtés, ajoutant deux paires d’yeux qui ne seraient sans doute pas de trop pour repérer certains détails sur les images de vidéosurveillance. S’il y avait quelque chose à découvrir là, ils le découvriraient. Quitte à ensuite retourner sur les « lieux du crime » et remonter le parcours du van jusqu’à l’aéroport. Au sous-sol, Jake avait repris ses cent pas. Au téléphone, il avait juste dit à Abban qu’il voulait le voir parce qu’un de ses coups avait foiré, parce que le diamant qu’il voulait voler avait disparu. Les doubles-portes arrières du van étaient ouvertes. Il passa plusieurs fois devant, évitant soigneusement de regarder à l’intérieur. Voir l’emplacement vide lui aurait donné des nausées…
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Message posté : Lun 31 Mar - 15:32 Message
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Quelques jours auparavant, ou plutôt une nuit, près d’un lac, je m’étais endor…

Ah non, pardon.

Un jour auparavant, ou plutôt une nuit, dans un parking souterrain, quelqu’un part en Californie, un Irlandais tenait une enveloppe marron. Il la retenait, plutôt, pour empêcher son interlocutrice de s’en emparer trop promptement, avant de lui avoir assuré, les yeux dans les yeux, que le travail avait été entièrement accompli, et de manière satisfaisante. Gravement, Abban interrogea :

— C’est fait ?

La femme hocha la tête. Abban lâcha l’enveloppe et attrapa le DVD qu’elle lui tendait, en guise de preuve. D’un doigt menaçant, le jeune homme avertit :

— Si vous m’avez menti, je vous retrouverai…
— Euh… Oui, d’accord.

La femme se détourna, pressée de quitter ce parking et ce client des plus étranges. La requête d’Abban l’avait surprise, tout comme le montant que l’Irlandais avait été prêt à payer et le folklore de conspiration qui avait entouré chaque rendez-vous. Le jeune homme s’installa au volant de sa voiture, inséra le DVD dans le lecteur et, sur le pare-brise de Macha, les images commencèrent à défiler en avance rapide.

— ‘Ttends, arrête, c’est là.

L’image se figea. Abban sourit.

— C’est parfait.

Le mercredi suivant, dans la nouvelle édition DVD du Roi Lion, tous les yeux avertis pourraient lire, composé par les étoiles dans le ciel d’une scène nocturne, le mot « Jake ». Il restait encore beaucoup à faire.

***

Abban était en train d’étudier les reçus du matériel de peinture et l’acte de priorité du hangar quand il reçut l’appel de Jake. L’Irlandais avait décidé d’offrir à son artiste de compagnon un espace urbain digne de ce nom pour exercer ses talents créateurs et il avait trouvé sur les docks un vaste hangar, qu’une société d’emballages remettait en vente, après sa délocalisation en Chine. Ce cadeau-là venait ainsi de s’ajouter à une liste déjà longue, où les petits objets anodins rencontraient les projets titanesques, comme celui de la réédition collective du Roi Lion. Aucun diamant, certes, dans ses plans à lui, mais Abban avait tout de même vu les choses en grand.

La disparition de l’Étoile du Matin mit un terme à ses joyeux préparatifs.

***

— Alors, beau gosse, on a égaré un caillou ?

Abban venait d’apparaître dans le garage de l’As de Pique, derrière Jake, et aussitôt ses mains s’étaient posées sur les hanches de son déambulant et nerveux petit ami, pour l’attirer à lui.

— Vas-y, détends-toi, on dirait moi. Ça va bien se passer. T’sais, respire par le ventre, et tout. Ou embrasse moi.

Et parce qu’il était nettement plus doué pour les baisers que pour la sophrologie, Abban se hissa sur la pointe des pieds et tenta d’apaiser un peu les tourments de son compagnon en lui agitant vigoureusement la langue. Après quoi ses talons retrouvèrent le sol et il lui adressa son sourire le plus rassurant. Assurément, depuis qu’il avait été accueilli comme membre à part entière du Cartel par César, l’Irlandais se sentait bien plus à l’aise à Star City — et bien plus à même, par conséquent, de gérer de semblables crises.

— On va l’retrouver ton cadeau, OK ? C’mon métier, t’sais, retrouver les trucs. Bousille pas ton maquillage pour ça. Ça va s’arranger.

Et sur ces bonnes paroles, Abban se détacha de son compagnon pour grimper dans le van et examiner de près le socle théoriquement inamovible qui renfermait le réceptacle théoriquement impossible à forcer où l’Étoile du Matin aurait dû se trouver. Même après l’expérience désastreuse de la bijouterie de Dublin, Abban n’avait pas cessé de s’intéresser aux pierres précieuses et à leur transport — la Pierre Orphique qui coulait toujours dans ses veines en était du reste un rappel parfois brillant — et le système de sécurité auquel il avait affaire n’était pas entièrement inconnu, quoiqu’il ne fût pas des plus courants.

Une première constatation s’imposait : ils n’avaient pas été doublé par des amateurs. Aucune marque sur le dispositif, aucun signe d’effraction et, sauf l’absence de la pierre, on eût dit que rien ne s’était passé. Abban plissa les yeux en faisant à pas lents le tour de l’écrin vide. Depuis l’intérieur du van, il appela :

— Ça, vous savez c’que c’est ?

Ils auraient du mal, au Gang des Fables, à savoir ce que ça, c’était. Abban désignait du doigt un trou véritable microscopique qu’il était le seul à être en mesure d’apercevoir à l’œil nu. Depuis quelques semaines, sans s’en rendre compte, l’Irlandais avait développé une acuité visuelle fort peu humaine. Mais jusqu’à présent, il n’avait jamais été en situation de comparer ses observations quotidiennes avec quelqu’un d’autre et ne s’était pas rendu compte du nouveau sursaut de ses pouvoirs. Imperturbable, persuadé que Jake pourrait à son tour examiner un orifice invisible, il poursuivit :

— On dirait un forage. La coque de ce truc protège normalement le dispositif électronique qui ouvre l’ensemble, mais si tu fores et que tu insères, je sais pas, un de ces machins magnétiques, comme a Macha, j’suppose qu’tu peux déclencher d’l’intérieur. Mais du matos comme ça, putain, ça court pas les rues.

Ce qui, du reste, était plutôt une bonne nouvelle.

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Message posté : Mar 1 Avr - 15:27 Message
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Les mains d’Abban stoppèrent Jake dans son incessant ballet, et sa langue parvint à apaiser son bouillonnement intérieur. Le leader du Gang des Fables se laissa flotter un moment dans le souvenir vif du baiser à peine échangé alors que l’Irlandais montait dans le van pour faire ses premières observations. Pendant ce temps-là, Shrek avait quitté sa place aux côtés de Maléfique pour redescendre, au cas où son boss aurait besoin de lui. Puis du véhicule s’éleva la voix d’Abban, qui avait apparemment découvert quelque chose. Wildcard s’approcha et jeta un œil à l’intérieur, avant d’y entrer à son tour. S’il y avait quelque chose à voir, ça n’était pas visible par tout le monde. Un forage ? Il y avait donc, quelque part sur cette surface parfaitement lisse, un trou. Un trou par lequel un dispositif miniature avait peut-être été inséré pour ouvrir la structure contenant le diamant.

Donc faut trouver qui fabrique des trucs miniatures pour faire ça, et voir qui c’est qui les a achetés ? ‘tain, heureusement que t’es là, jamais j’aurais trouvé le truc… Déjà, on va vérifier si c’est pas un coup de quelqu’un du Cartel, on sait jamais…

En descendant du van, Jake tomba nez à nez avec Shrek, qui lança un tonitruant :

Abban ! Ça faisait un moment ! Comment vas-tu ?

Et tout cela agrémenté d’une étreinte à briser des côtes. Une fois les effusions passées, le conteur s’adressa à son colosse :

Abbban a trouvé un orifice miniature, un truc de super-pros. Faut voir avec Mal’ si on trouve quelque chose là-dessus… On monte.

Peu après, l’ensemble du noyau dur du Gang des Fables était réuni devant les ordinateurs d’Aurora, y compris Clochette, qui avait superbement ignoré l’Irlandais. Après un salut chaleureux de la part de Prof et un vague bonjour de Maléfique, concentrée sur ses écrans, Jake exposa la situation, et aussitôt la pro de l’informatique se mit au travail. Il fallut seulement quelques minutes pour obtenir le nom de deux sociétés basées à Star City et ses environs capables de produire du matériel miniature. Elle envoya aussitôt les informations à Wildcard, avant de tenter de s’introduire dans les réseaux internes de chacune des sociétés. Pour la première, ce fut un échec. Pour la seconde, elle parvint à faire tomber plusieurs barrières avant que la sécurité ne réagisse, et ce de façon efficace.

Ils sont bien protégés, les enfoirés… Si vous voulez une piste, je pencherais pour la première solution. Les autres ont réagi un peu trop tard. Quand on a des données sensibles, à cause de clients… particuliers, on a tout intérêt à posséder des défenses infranchissables.

Ça se tenait. La fameuse société avait son siège à Hamelin. Et s’il était impossible de s’introduire informatiquement dans son réseau, par l’extérieur, peut-être y avait-il moyen d’y entrer de manière un peu plus physique. Maléfique accéda aux caméras du quartier et en trouva une qui filmait l’entrée de l’entreprise.

Désert en apparence. Il doit y avoir des vigiles à l’intérieur. Vous avez l’intention d’y aller ?

Jake jeta un coup d’œil à Abban. Maintenant qu’ils avaient une possibilité de commencer l’enquête sur la disparition de l’Étoile du Matin, ça n’était pas pour déjà s’arrêter.

Ouais, on y va. Mal’, tu restes là pour superviser le tout. Prof, tu restes avec elle. Il se tourna vers son petit ami. On y va comment, bébé ? Avec Macha, ou en téléportation ? Puis vers le Russe. Vas-y avec notre van, stationne pas trop loin, on sait jamais.

Shrek acquiesça et partit sans attendre. Jake prit la main d’Abban et lui glissa à l’oreille :

Emmène-nous dans ma chambre.

Et hop, une fois à destination, il se lança dans un baiser passionné, ses mains agrippées aux fesses de l’Irlandais. C’était un moyen de se redonner de l’énergie avant de partir en mission, après l’échec cuisant subi un peu plus tôt. Quand les lèvres se séparèrent, il se sentait vraiment mieux, d’attaque.

J’me change et on y va, fit-il, se retrouvant en boxer, avant de filer vers la pièce qui servait désormais de dressing géant.

Il opta pour une autre tenue noire, plutôt moulante, avant de revenir dans la chambre pour faire un tour du côté de la salle de bain. Là, il essuya le maquillage qui avait coulé, puis il entreprit de le refaire aux endroits où il s’était effacé. Quand la tête de mort fut à nouveau complète, Wildcard était fin prêt pour la suite des opérations. Il retourna auprès d’Abban et le prit par la taille.

Merci d’être venu. C’est un peu… j’sais pas, ça fait un peu caprice, mais ça m’a mis les nerfs, le diamant… J’pensais pas que j’bosserais aujourd’hui, j’voulais juste rien faire, ou profiter de toi… Mais bon, au moins, j’suis quand même avec toi.

La suite, c’était une téléportation. Directement à Hamelin ? Ou avec Macha ?
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Message posté : Mer 2 Avr - 15:01 Message
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Comment ça, il ne l’aurait jamais trouvé ? Abban jeta un nouveau coup d’œil vers le forage miniature, quelque peu inquiet pour la vue de son compagnon, mais il n’eut pas le temps de se pencher plus amplement sur la question qu’il se faisait essorer par un Slave géant. Une fois libéré de cette puissante étreinte, l’Irlandais put reprendre son souffle et en revenir au cœur du sujet.

— Ouais, donc, le Cartel, pt’être, mais c’est pas vraiment l’principe de l’orga d’empiéter comme ça sur l’territoire des autres, et à moins de vouloir se prendre César dans la gueule…

Et pour ça, il faudrait être un peu cinglé. L’Irlandais n’en sortit pas moins son téléphone en emboîtant le pas aux deux membres du Gang, pour envoyer quelques messages et activer ses réseaux : il n’avait pas passé des mois en tant que transporteur sans avoir noué des contacts susceptibles de l’informer de l’éventuelle apparition, sur le marché, d’un diamant particulièrement rare — ou des questions un peu trop insistantes posées sur le sujet.

Après avoir salué le reste du Gang, Abban détacha le nez de son téléphone et reprit :

— Ouais, donc, super-pro. Un truc que t’achètes juste pour un coup comme ça, qui va pas servir tous les jours. Pas artisanal, c’est sûr, produit par une société d’pointe, avec surtout des clients industriels, côté micro et nanotech.

Spécialisé peu après son arrivée à Star City dans l’espionnage industriel, Abban avait une idée assez précise des différentes entreprises qui composaient le bassin industriel de la région, même si les détails techniques de telle ou telle production lui échappaient complètement. Nombreux étaient les brevets et les plans à avoir passé entre ses mains, ces derniers mois, avant de changer de propriétaire. Avec les indications du Passeur, Maléfique ne tarda pas à faire émerger quelques possibilités et, en un rien de temps, Abban se retrouvait tripoté par Jake dans une chambre, avec une solide piste.

L’adolescent observa les fesses de Jake s’éloigner d’un air rêveur, avant d’appuyer sur un bouton de la Machmontre.

— On y va avec Macha, j’préfère, on sait jamais sur quoi on va tomber.

Les capacités de la voiture étaient un solide appui et elles permettaient à Abban de conserver un élément de surprise, en matière de téléportation. Tandis que la voiture s’acheminait d’elle-même jusqu’à l’As de Pique depuis Nalebo Hall, l’Irlandais admirait le dessin de Wildcard.

— C’pas un caprice. ‘Fin si, un peu, mais déjà, tu t’en fous, c’toi l’chef, ensuite, tu peux pas laisser les gens t’marcher d’ssus comme ça. Un gang, ça doit s’faire respecter.

Le Gang des Fables était certes une institution à Star City, mais une erreur suffisait pour perdre sa réputation et se faire rapidement écarté du Cartel. Sans l’appui de l’organisation, alors que le Trident Noir, les Purple Hats et une infinité d’autres prétendants attendaient le moindre signe de faiblesse pour se tailler une part de lion, les chances de survie d’un gang étaient brutalement diminuées — tout comme celles de ses membres.

— T’as qu’à voir ça comme l’occasion d’imposer ton autorité, t’vois.

Jake, Abban le savait, se souciait beaucoup de la vie de famille que constituait à ses yeux le Gang des Fables et l’Irlandais craignait parfois que son ami en oubliât les appétits prédateurs du reste du Cartel en particulier et du milieu en général, en dehors du gang lui-même — ainsi avait-il à cœur de surveiller ses arrières (et pas que littéralement).

Après un dernier baiser, les deux criminels descendirent et embarquèrent à bord de Macha. Depuis un moment déjà, la voiture avait l’habitude de travailler de concert avec Maléfique, même si les accès de la collaboratrice de Jake étaient soigneusement contrôlés — la confiance d’Abban n’était pas aisément acquise. Alors que le véhicule filait silencieusement dans les rues de Star City, en respectant pour une fois le code de la route, les informations progressivement dénichées par l’informaticienne s’affichaient à l’écran.

— Vanloo Electronics, logiciels de guidage, équipements satellites, chaînes de montage haute technologie.

Voilà qui était prometteur. Et en se rangeant non loin des bâtiments de la société, à Hamelin, le couple put découvrir un complexe architectural de dernier cri qui confirmait la prospérité de l’entreprise.

— Bon, l’Intranet doit fonctionner en circuit clos, c’pour ça qu’on peut s’connecter d’l’extérieur, mais avec la Machmontre, j’peux établir un pont, ou un truc comme ça. Faut juste arriver au serveur. T’as un plan, Macha ?
— Sommaire.

De fait, le tracé du bâtiment n’indiquait pas l’utilisation de chaque pièce.

— Hmmm. Voilà c’qu’on pourrait faire. J’vais à l’intérieur, j’cherche l’service informatique et là-bas, j’devrais trouver l’endroit où sont les serveurs. J’vous envoie les coordonnées, à Shrek et toi. Avec Macha, vous entrez, en coupant la sécurité ou l’alimentation à un endroit. Moi, j’fais diversion, puis on s’retrouve à la salle des serveurs, on pirate, et ensuite on décolle. Ça s’ra bruyant et pas super discret, mais ça s’ra l’plus rapide.

Et de rapidité, ils en avaient besoin : l’Étoile du Matin n’allait probablement pas s’éterniser à Star City.
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Message posté : Jeu 3 Avr - 13:18 Message
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Alors qu’Abban s’installait à ses côtés au volant de Macha, Jake prit place à ses côtés, rassuré sur l’impression qu’il donnait : ça n’était pas un caprice, c’était juste l’occasion de montrer pour lui qui était le patron et quelle influence il pouvait avoir. Si le Gang des Fables arrachait l’Étoile du Matin à quiconque l’avait dérobée en premier, ça ne pouvait que jouer en sa faveur en terme de réputation. Et en plus, il serait en possession d’un gros diamant. Peu après, la Voiture-Fantôme se garait à proximité du siège de Vanloo Electronics, un bâtiment sans doute conçu par l’un des meilleurs architectes sur le marché, au vu du design moderne. Comme souvent, Maléfique coopérait avec Macha, échangeant les données avec le véhicule intelligent. Wildcard acquiesça au plan proposé et s’extirpa de la voiture pour s’éloigner un peu. Au coin de la rue, il aperçut le van du Gang, et Clochette le rejoignit bientôt.

Pendant ce temps-là, Abban avait disparu, certainement à l’intérieur pour chercher le fameux service informatique, qui permettrait, à partir de là, de trouver les serveurs, et donc, les données qu’ils voulaient retrouver. Le Russe, sorti du van, arriva d’un pas tranquille, en prenant soin, comme Jake, de rester hors du champ des caméras de l’entreprise. Les quelques-unes dans les rues n’avaient pas été désactivées, mais Maléfique avait simplement pris soin de « figer » l’image, laissant apparaître un quartier tranquille. Wildcard, en attendant le signal de l’Irlandais, s’intéressa à une porte de service, en restant à cinq ou six mètres. Ce serait sûrement le meilleur accès pour eux. Il alla donc demander à Macha si elle pouvait désactiver la caméra et déverrouiller la porte en même temps, recevant une réponse attendue, sur un ton qui aurait pu être vexé si la voiture avait vraiment été susceptible.

On y va ! fit Jake, quand le top fut donné.

Macha se chargea d’envoyer suffisamment de jus pour faire griller les circuits au niveau de la porte, et Shrek se chargea de l’ouvrir d’une poussée assez facile. Pour atteindre la salle des serveurs, il fallait descendre, l’objectif était donc de repérer rapidement un escalier. Le colosse prit les devants, bien plus protégé contre n’importe quel assaut que Wildcard, qui lui-même flottait derrière. Peu après, ils débouchaient sur une cage d’escaliers.

Descends, je reste là pour… commença le Russe, avant d’apercevoir un homme chargé de la sécurité, qui le repéra en retour. Fonce !

Et à une vitesse assez impressionnante pour un homme de sa carrure, Shrek s’élança. Les balles rebondirent sur son torse, et celui qui avait eu la malchance de ne pas le tuer perdit l’ensemble de ses dents, et connaissance, par un coup de poing magistral. Jake, lui, avait, en volant, rejoint en un rien de temps le niveau inférieur. Il ne rencontra aucune surveillance jusqu’à se retrouver dans la salle des serveurs, où l’attendait Abban.

C’est bizarre, c’est pas si sécurisé que ça, j’ai l’impression… commenta-t-il, avant de contacter Maléfique qui lui indiqua comment brancher son téléphone sur le réseau interne.

Au rez-de-chaussée, Shrek avait remisé l’homme inconscient dans un placard avant, muni de l’arme ramassée, de revenir vers l’escalier.

Il y a tellement de termes techniques, là-dedans… C’est une compagnie qui cartonne sur le marché. La dernière transaction est énorme… Une boite nommée « Poséidon », qui a acheté pour une fortune tout un tas de microcomposants.

La voix s’élevait du téléphone, alors qu’Aurora commentait ses recherches.

On dirait que ça s’agite, là-haut, fit-elle remarquer.

Désormais branchée sur le réseau interne, elle devait aussi avoir accès au système de caméras de surveillance. Après quelques secondes, elle ajouta :

On dirait bien que le patron termine seulement sa « journée », je le vois dans un couloir du dernier étage.

Au milieu de la nuit, le patron d’une grosse boite d’électronique de pointe était encore en train de travailler ?

Tu peux savoir ce qu’il faisait ?
Non, il n’a pas utilisé, l’ordinateur de son bureau. Il doit avoir un portable. J’ai ce qu’il faut, je crois, vous pouvez débrancher et y aller.

Débrancher, c’est ce que fit Jake. Y aller… Il avait eu une idée.

Je trouve ça trop louche pour qu’on se pose pas la question, quand même. Au pire… tant pis. Il était peut-être en contact avec des gens bizarres, le patron. On va l’enlever et lui poser directement la question.

Wildcard activa son oreillette et contacta Shrek, pour lui dire de retourner au van et de les y attendre, qu’ils allaient arriver avec un colis.

Vu que tu maîtrises vachement mieux tes pouvoirs, on devrait pouvoir faire ça à trois, non ? On apparaît dans le couloir, tu choppes le mec, et hop, on arrive au van, on le fout dedans, et on file. Pendant ce temps, Maléfique fait les recherches sur « Poséidon ».

C’était un plan qui n’était pas parfait, qui pouvait ne mener nulle part, mais Jake avait envie de secouer quelqu’un pour se défouler un peu. Manque de bol, ça allait tomber sur un « honnête » chef d’entreprise.
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Message posté : Jeu 3 Avr - 16:04 Message
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— Hé là ! Qu’est-ce que tu viens faire ici, toi ?

Abban fit volte-face. Il venait tout juste d’apparaître dans un couloir un peu au hasard et n’avait pas encore eu le temps de trouver un plan des lieux qu’une femme avait ouvert la porte d’un bureau, bien certaine d’être la seule du service à vouloir assez une promotion pour rédiger des dossiers jusqu’à tard dans la soirée.

— Moi ? Je travaille à la comptabilité.
— C’est moi la comptable en cheffe, mon grand. Il va falloir trouver mieux que ça. Je vais appeler la sécurité.

À peine la phrase de la consciencieuse compteuse de sous achevée qu’un rayon laser de faible intensité fendit l’air pour s’écraser contre son front et la plonger dans un sommeil dont elle ne risquait pas de se réveiller de sitôt. Abban rengaina l’arme qu’il avait durement acquise en démantelant une partie des opérations narcotiques pour le moins suspectes des Purple Hats, téléporta sa victime un mètre dans son bureau, ferma la porte et se mit en quête des ascenseurs.

Là, à côté des boutons d’appel, il trouva la liste des étages et des services concernés. La seconde suivante, l’Irlandais farfouilla, trois étages plus haut, dans les dossiers du service informatique, à la recherche de l’emplacement des serveurs, dans les sous-sols techniques. Une fois la salle localisée, il s’y transporta aussi promptement et pressa un bouton de sa montre, pour appeler Wildcard. Qui ne tarda pas à arriver à son tour. L’opération fonctionnait jusque là comme sur des roulettes, si l’on omettait évidemment la comptable inconsciente et l’agent de sécurité édenté qu’ils avaient semé sur leur passage. Pour la discrétion complète, on repassera.

L’Irlandais colla le cadran de la Machmontre à l’un des serveurs et attendit que Maléfique et sa voiture fissent leur office. Alors que la première évoquait les allées et venues un peu suspectes du directeur des lieux, le regard d’Abban se perdit vers le plafond pour suivre les mouvements, au sommet de l’immeuble, de l’employé en question.

— Il est pas armé, en tout cas.

Le jeune homme reporta son regard sur Wildcard et, un peu hésitant, murmura :

— C’est sûr qu’on pourrait l’embarquer.

Il sépara la Machmontre du serveur en baissant le poignet. Le kidnapping, c’était une vraie première pour lui. Quelques mois plus tôt, il eût repoussé l’idée sans une seconde pensée, mais sa situation au sein du Cartel avait changé. Et puis, il ne voulait pas passer pour un faible aux yeux de Wildcard et de son Gang, évidemment. Ce fut donc en suivant le même raisonnement génial que celui de l’adolescent qui s’apprête à allumer sa première cigarette qu’Abban hocha la tête.

— Ouais, on a qu’à faire ça.
— Qu’est-ce que v…
— Démarre !

Le van partit en trombe. En moins de deux secondes, Wildcard et le Passeur avaient disparu du sous-sol, étaient apparus dans les étages devant le directeur, avaient disparu avec le directeur et étaient apparus dans le van. Le véhicule avait démarré, Shrek au volant, Macha un peu derrière.

— … ous faites là ?

Le directeur devait avoir un sacré sang-froid, songea Abban, parce que lorsqu’il regarda successivement Wildcard, le van, la fée Clochette et l’androgyne irlandais qui l’entouraient, loin du décor habituel du couloir qui l’avait emmené, à l’instant, vers les ascenseurs, au lieu de paniquer, son visage se ferma et il déclara calmement :

— Vous n’obtiendrez rien de moi. Mon service de sécurité est probablement déjà à vos trousses.

En un sens, ce n’était pas faux. Bien sûr, derrière eux, Macha venait de faire un demi-tour à cent-quatre-vingt degrés pour faire face aux deux voitures lancées à leur poursuite. La super-voiture fonça vers elles et, en passant à leurs côtés, déclencha son absorption électrique. Les batteries à plat des deux véhicules les conduisirent à un arrêt brutal, tandis que la voiture du Passeur disparaissait silencieusement dans une rue latérale.

— Vous faites une grossière erreur.

Abban ne savait trop quoi répondre. Il supposait qu’il était plus ou moins censé menacer leur invité, mais en toute objectivité, Wildcard avait bien plus la tête de l’emploi. L’Irlandais, un peu nerveux, se réfugia donc de l’autre côté du van, son pistolet laser pointé sur l’homme d’affaires, pour la forme, prêt à l’envoyer rejoindre sa comptable au pays des songes, s’il le fallait. Dire qu’il venait d’enlever quelqu’un… Il avait du mal à y croire.

Pendant ce temps-là, au siège de la société de sécurité employée par Vanloo Electronics, des rapports alarmants étaient finalement parvenus. La responsable de l’équipe de nuit maugréa.

— Ville de cinglés, j’te jure. Activez le traqueur.
— Bien Madame.

Dans une molaire du directeur kidnappé, dont la confiance n’était peut-être pas purement illusoire, un petit système de repérage se déclencha, tandis que l’on s’activait pour le retrouver.
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Message posté : Sam 5 Avr - 15:37 Message
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Ce qui était indéniable, là, c’était que le patron semblait sûr de l’issue de son kidnapping : il allait s’en sortir. Sur l’un des écrans du van s’afficha une rapide biographie du bonhomme. Andrew Jackson Cassidy, quatre-trois ans, directeur-général de Vanloo Electronics depuis 2009. Il semblait avoir grandement contribué à la réputation et la fortune actuelle de l’entreprise. Wildcard observa Cassidy un moment, avant de se rendre compte qu’étant à la tête d’une compagnie spécialisée dans l’électronique miniature, il était très fort probable qu’il ait sur lui une puce, un traqueur, quelque chose qui permette de le retrouver. Et au vu des moyens qu’il devait posséder, il y avait des chances pour que le van du Gang des Fables soit bientôt poursuivi par toute une flotte de 4x4 noirs. Finalement, l’enlèvement n’était pas une si bonne idée que ça…

Vous avez l’air bien sûr de vous, rétorqua Jake, qui cherchait à présent un moyen de s’en débarrasser le plus rapidement possible.

Cassidy pouvait toujours servir d’alibi : si la sécurité et l’enquête menée se concentraient sur sa disparition, le véritable objectif du Gang pouvait rester un moment dans l’ombre. L’inconvénient, si jamais ils lui posaient des questions avant de le relâcher, il y avait des chances pour qu’il les répète et oriente ainsi l’investigation. Mais le garder trop longtemps augmentait le risque de se faire tomber dessus par une armée d’agents. Shrek, du volant, cria quelque chose :

On est déjà repéré !

Wildcard se précipita vers l’avant et vit, loin devant, trois véhicules qui faisaient barrage. Réfléchir vite…

Laisse-moi le volant. Avec ma chance, on devrait s’en sortir. Pendant ce temps, essaie de voir si tu dégotes par le mouchard, l’autre doit l’avoir quelque part sur lui.

Le van s’immobilisa brièvement, le temps du changement de chauffeur. Et pendant que Jake prenait à droite, à contresens, Shrek commençait sa mission. Il se posa juste devant Cassidy, qui perdit un peu de son assurance, mais parvint quand même à dire :

Vous ne me faîtes pas peur.
Que voulez-vous que ça me fasse ? Déshabillez-vous.
Pardon ?
Déshabillez-vous. Ne m’obligez pas à le faire moi-même, vous avez un très beau costume, je regretterais de vous l’abîmer.

Cassidy croisa les bras, se prit une claque, et entreprit, lentement, de défaire sa cravate.

Plus vite que ça ! tonna le colosse, qui ouvrit une caisse et en tira un détecteur, une sorte de sonde à l’aspect peu encourageant.

Cassidy, maugréant, défit donc sa cravate, ôta sa veste, qu’il plia avant de la poser à côté de lui, fit de même avec son pantalon, après avoir retiré ses chaussures, et sa chemise, avant de rester là, en slip, chaussettes et maillot de corps. Jake, lui, tâchait d’éviter les trop gros coups de volant : il allait le plus possible tout droit, profitant de l’heure nocturne et de l’absence d’autres véhicules. Derrière, à l’aide de la sonde, Vlad cherchait. Il commença par les pieds, remonta, puis arriva au niveau du visage. Le détecteur vibra et émit un petit bip sonore.

Ouvrez la bouche.
C’est ma dent en or.
Ouvre ta putain de bouche !

En effet, il y avait une dent en or. Cassidy ne vit rien venir. Le poing du Russe lui atteignit la gencive, au point qu’il se mordit l’intérieur de la joue. Et se rendit compte… qu’il lui manquait une dent. Qu’il cracha dans sa main.

Ma dent en or ! C’est ma…
Ferme-là.

Un passage du détecteur plus tard… nouveau bip. Là, Cassidy paniquait.

Bien. Maintenant, soit vous me dîtes quelle est la dent à incriminer, soit je vous les fais toutes avaler.
Alors, t’en es où ? lança la voix de Wildcard, de devant, alors qu’il surveillait les deux quatre-quatre qui le poursuivaient.
On y arrive, on y arrive.

Soudain éteint, le patron de Vanloo Electronics désigna la molaire contenant le microtraqueur. Shrek remit alors le détecteur dans la boite et en sortit une pince. Il y eut des cris, des bras qui s’agitaient, du sang, mais finalement, le Russe se redressa avec une molaire au creux de la main. Il alla sans attendre la porter à Jake. Ce dernier avait atteint les limites de Star City. Il prit un virage extrêmement serré, puis un autre, pour repartir dans l’autre sens, et profita d’un bref moment hors de la vue des services de sécurité pour s’engouffrer dans une ruelle. Là, il s’arrêta juste le temps de jeter la dent dans une bouche d’égout, et il repartit, prenant soin de garder cette fois une allure modérée. Peu après, avec quelques détours, il entrait dans le parking de l’As de Pique.

L’excitation de la course-poursuite lui avait fourni une dose d’adrénaline qui n’était pas près de s’estomper. Il sauta du van et alla ouvrir à l’arrière. Cassidy, qui s’appuyait contre les portes, bascula et s’écrasa au sol. Il avait de la bave et du sang partout sur son maillot de corps. Shrek descendit à son tour et le redressa. Le tableau était… spécial. Un colosse maintenant debout un quarantenaire presque nu, ce n’était pas courant. Wildcard le regarda de la tête aux pieds, tout en se demandant comment on pouvait encore, à cette époque, porter des slips… Puis il fit signe à tout le monde de monter, direction l’appartement de Maléfique. Là, elle pourrait leur fournir les renseignements trouvés sur Poséidon, et Cassidy pouvait confirmer ou compléter.
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Message posté : Sam 5 Avr - 19:29 Message
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— J’vais voir Macha. Pour euh… Gérer la poursuite.

Abban ne savait même pas si sa toute petite voix avait été audible, au fond du van, mais il ne s’en soucia pas vraiment : la seconde suivante, il avait disparu pour apparaître au volant de sa voiture. Il n’en reprit pas tout de suite le contrôle : les images de Shrek arrachant sans anesthésie une dent à un autre être humain hurlant, le sang, la bave, les convulsions de douleur du directeur de Vanloo Electronics, tout était encore beaucoup trop frais dans son esprit pour qu’il songeât à se mettre à conduire.

Ce n’était pas pour rien qu’il détournait systématiquement les yeux du ring, au Circus Maximus, pas pour rien que son pistolet laser était constamment réglé à l’intensité la plus faible et qu’il fuyait plutôt qu’il ne combattait, alors même que ses réflexes et sa téléportation eussent fait de lui, sans doute, avec un peu d’entraînement, un adversaire redoutable : Abban n’aimait pas la violence. Il s’y était habitué, un peu, par la force des choses, depuis son arrivée à Star City, à plus forte raison depuis qu’il fréquentait Jake, mais il en fallait encore beaucoup pour qu’il pût l’accepter sans avoir été provoqué, et la froide assurance de ses deux acolytes était encore très loin de ses méthodes.

Dans le silence de sa super-voiture, Abban renifla bruyamment, avant de poser les mains sur le volant et de murmurer :

— J’reprends l’contrôle.

Et bientôt, Macha exécutait un nouveau virage spectaculaire avant de se séparer du van — attirant à sa suite deux des 4x4, attirés jusqu’à eux par des GPS calibrés sur le traceur dont Shrek venait de se débarrasser. Il fallait avouer que la Voiture Fantôme paraissait une cible beaucoup plus crédible, particulièrement dans sa nouvelle fuite précipitée, que le van, et Abban s’assura de laisser assez de marge à ses poursuivants pour les garder avec lui un moment. Ce ne fut que lorsqu’il fut certain de les avoir attiré loin de l’As de Pique où Wildcard et Shrek se rendaient qu’il accéléra brutalement pour les semer.

Sur le chemin du retour, il eut du mal à résister à l’envie de laisser le Gang des Fables à ses sinistres méthodes et retourner pour sa part à Nalebo Hall, où la philosophie criminelle impliquait des moyens tout différents. À nouveau, il sentait l’irréductible distance qui le séparait de Jake-Wildcard, et cette impression faisait monter la nausée en lui. Mais il ravala ses sentiments, ralentit et conduisit calmement Macha jusqu’au repère du gang. Une fois dans le garage, il prit une profonde inspiration et tenta de se recomposer un air neutre avant d’émerger de sa voiture pour regagner les appartements de Maléfique.

Prof et Maléfique fixaient de concert l’écran où défilaient les données, tandis que Shrek gardait un œil sur Cassidy. Le patron avait certes beaucoup moins de raisons qu’à l’ordinaire de conserver son assurance : on avait de toute évidence semé l’équipe venu le secourir et son traceur avait été arraché par des criminels qui, leurs méthodes et leur base d’opérations le prouvaient, n’avaient rien d’amateurs. Mais le choc de la douleur passé, et malgré une tenue qui ne le mettait guère à son avantage, l’homme avait retrouvé un silence hermétique et un regard glacial, peu décidé à offrir à ses ravisseurs la satisfaction d’un tempérament brisé.

Abban ne put s’empêcher de laisser son regard s’attarder sur leur victime et un sentiment de culpabilité irrépressible l’envahit aussitôt. Il détourna rapidement les yeux, mais pas assez pour que Cassidy ne l’eût remarqué. L’adolescent partit s’asseoir dans un coin, jetant de loin un coup d’œil aux données moissonnées.

— Ça, ça correspondrait ?

Maléfique afficha la fiche technique d’une microforeuse ordinairement utilisée par les manufactures électroniques. C’était à Abban qu’elle posait la question, mais l’Irlandais était trop absorbé dans ses pensées. La jeune femme pivota sur son siège et répéta plus fort :

— Hé ! Ce truc, ça va avec ce que t’as vu ?

Abban releva les yeux et hocha la tête. Sans se soucier de l’état d’esprit de son interlocuteur, Maléfique revint à ses écrans et expliqua :

— Bon, y a pas mal de sociétés qui commandent en gros, une douzaine de machines, on peut supposer que c’est des usines. Après, ça a peut-être été volé là-bas, mais on peut quand même commencer par regarder les clients uniques. Y a deux noms à n’avoir jamais commandé qu’une seule machine : une certaine Miranda Fox, mais apparemment, c’est une sorte d’inventeuse un peu timbrée du Massachusetts, à en croire Internet, et la société Poséidon.

Il y eut un petit silence, dans l’attente d’une éventuelle réaction de Cassidy, mais ce dernier conservait son silence. Maléfique poursuivit donc :

— C’est d’ailleurs pas la seule chose que ces mecs-là achètent. Ils ont des commandes régulières et plutôt éclectiques, jamais en gros, jamais deux fois les mêmes composants, on dirait qu’ils essayent de construire un seul gros truc compliqué plutôt que d’assembler à la chaîne un modèle précis. Mais avec la liste, là comme ça, j’ai un peu de mal à voir ce dont il pourrait s’agir. Probablement qu’ils ont d’autres fournisseurs pour d’autres parties de la machine. En tout cas, ils ont les moyens, ça c’est sûr. Et ils ne laissent pas tellement leur marque en ligne. C’est pas la publicité qu’ils recherchent.
— Mais je suis sûr que M. Cassidy connait bien ces bons clients…
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Message posté : Lun 7 Avr - 12:56 Message
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Si Shrek et Maléfique faisaient preuve de froideur, il y en avait un qui avait bien remarqué le silence d’Abban. Prof tapota le dos de Jake, dont le regard était rivé sur les écrans, avant d’indiquer l’Irlandais d’un petit mouvement de la tête. Et là, le chef du Gang se rendit compte qu’ils allaient peut-être un peu loin… En même temps, ils étaient des criminels, ils avaient une mission à accomplir et une réputation à entretenir. Il baissa la tête, partagé quant à la réaction qu’il devait avoir. Mais dans tous les cas, il ne pouvait pas montrer, maintenant, de faiblesse devant Cassidy. Après quelques secondes de silence, il se plaça devant le patron en petite tenue.

Vous avez une femme, des enfants, j’imagine ?
Vous… vous n’oseriez pas… fit Cassidy, déstabilisé pour la première fois.

Évidemment, que Wildcard n’oserait pas. Les enfants étaient son meilleur public. Mais au moins, il venait de mettre le doigt sur une faiblesse de l’homme en face de lui.

Rassurez-vous, Monsieur Cassidy, je ne touche pas aux enfants, c’est contre mes principes. En revanche, pensez à eux. Vous avez beau être richissime, l’argent ne remplace pas un père. Je n’ai pas l’intention de vous tuer, mais je ne peux vous garantir une condition physique et une santé optimales quand vous sortirez d’ici.

Le regard du directeur passa sur Shrek, qui lui avait donné un bref aperçu de ce qu’il pouvait faire avec une seule baffe. La menace était assez claire : il pouvait ne jamais retourner auprès de sa famille ou, s’il en avait la possibilité, il serait sans doute amoché ou handicapé. Était-ce un risque qu’il était prêt à prendre pour l’anonymat de ses clients ? Pour le peu qu’il en savait, la menace était aussi bien présente de ce côté. Il sembla cependant opter pour celle bien plus matérielle que représentaient les mains du colosse russe, préférant éviter de perdre le reste de ses dents plutôt que de craindre un éventuel retour de bâton, plus tard.

Vous voulez savoir quoi ?
Poséidon. Où, quand, comment, pourquoi ?
De ce que je sais, ils n’ont pas de siège. Juste un compte bien garni aux Îles Caïmans et un entrepôt au sud-ouest de la ville, où on leur a livré ce qu’ils avaient commandé…

Il donna l’adresse à Maléfique qui localisa le bâtiment et trouva quelques informations supplémentaires. Le hangar, vaste de plusieurs centaines de mètres carrés, avait été acquis fin 2011 par un certain… John Doe.

Vous y êtes allé vous-même ? Vous avez rencontré quelqu’un ?
Bien sûr que non. J’ai été contacté par courrier et mes hommes ont simplement déposé les colis au point de rendez-vous, sans rencontrer personne. Le jour-même, nous avons été payés.

Il n’en savait visiblement pas plus. Wildcard soupira, jeta un œil à Abban, puis sortit un petit aspergeant de sa poche.

Merci de votre coopération, Monsieur Cassidy.

Une giclée de gaz soporifique plus tard, l’homme se retrouvait dans les bras de Shrek. Le Russe allait descendre et le déposer, avec ses affaires, quelque part dans un coin désert. Jake, lui, se tourna vers son petit ami.

Qu’est-ce qui va pas ? Tu disais qu’il fallait que je montre qui je suis, tout ça, et là, t’as l’air de pas trop aimer comment je le fais…

C’était assez contrariant. Abban avait fui l’interrogatoire dans le van en retrouvant Macha, et il n’avait pas décroché un mot depuis qu’ils étaient réunis dans l’appartement de Maléfique. Cette dernière continuait à fixer ses écrans, et Prof faisait mine de s’intéresser à la collection de vinyles de sa collègue.

J’suis désolé si ça te plaît pas… Si c’est pas tes méthodes… Mais faut bien obtenir les infos, non ? Là, ça a l’air d’être gros. Y a une boite qu’on connaît pas qui achète des trucs miniatures pour réaliser des vols sans laisser de trace, et ils empiètent sur notre territoire. On peut pas laisser faire ça… Et puis, Cassidy, je l’ai pas tué. Shrek lui a juste pété une dent pour virer le mouchard. Il va bien.

Jake prit les mains de son petit ami et le regarda droit dans les yeux.

On a des infos, on a un endroit à visiter. Si tu veux pas venir, si tu veux rentrer, te reposer, ou, je sais pas, te poser un peu chez moi, tu peux. Ptêt qu’avec un peu de sommeil, on y verra plus clair. Mais je veux pas que tu m’en veuilles, on fait partie du Cartel, on est des criminels. Y a des moments où on est obligé d’agir comme ça…

Ça lui faisait bizarre d’avoir à se justifier, en fait. D’autant plus avec Abban, qu’il connaissait depuis quelques mois et qu’il avait vu grimper sur l’échelle de la hiérarchie au sein de l’organisation. Mais en même temps, il sentait que c’était nécessaire, ne serait-ce que pour ne pas passer pour un connard qui n’en avait rien à faire. N’était-il pas le roi du bluff ? Il l’avait prouvé en faisant croire à Cassidy qu’il pourrait s’en prendre à sa famille…
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Message posté : Mar 8 Avr - 23:11 Message
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Abban avait sorti son téléphone et jouait à Candy Crush en attendant que l’interrogatoire prit fin. Mais il avait déjà pris sa décision : au moindre signe qui indiquerait chez Wildcard ou Shrek une véritable volonté de faire un peu plus de mal à Cassidy, lui et le patron de la société disparaitraient. Hors de question d’amocher un type pour récupérer un diamant, quand ils avaient déjà piraté les serveurs de sa société et que de nombreuses autres options, certes plus lentes et moins expéditives, mais beaucoup moins sanglantes, s’offraient encore à eux. Fort heureusement, Cassidy, sans doute parce qu’il n’en savait pas beaucoup, s’en sortit sans encombre.

Quand Wildcard s’assit à côté de lui, Abban ne détacha pas le regard de son jeu. Très bas, il murmura :

— Ouais, bah désolé, j’fais pas dans la torture. C’mon côté catho coincé, faut croire.

Le charme du Cartel, à ses yeux, avait toujours été son organisation souple et somme toute assez peu directive : conglomérat de criminels et de gangs plutôt que de véritables familles, le Cartel offrait à chacun de ses membres ou affiliés la possibilité d’explorer ses opportunités par ses propres moyens. Les Mac Aoidh et leur habitude d’une relative non violence représentaient certes une minorité très anecdotique dans la masse des membres du Cartel, mais l’Irlandais ne s’en souciait guère. Ce n’était pas les propositions de reconversion dans l’assassinat qui avaient manqué, depuis son arrivée à Star City, mais malgré ses talents uniques en la matière, il les avait toutes repoussées.

Après les quelques secondes de silence qui lui furent nécessaire pour terminer son niveau, Abban poussa un soupir et rangea son téléphone.

— T’es gentil, t’essayes pas d’m’apprendre ce qu’c’est qu’d’être un vrai criminel ou pas, hein. T’es ptêt chef de gang, mais j’étais dans c’milieu avant toi. Maintenant, t’fais les choses à ta manière, t’es pas l’seul, OK. C’est comme ça, et j’sais avec qui j’collabore, j’suis pas naïf. Là, j’suis sur l’coup, j’vais pas m’casser en plein milieu d’l’enquête parc’ j’aime pas vos méthodes. Moi aussi, j’ai une réputation à conserver.

Il était peut-être impulsif et ses opinions morales étaient peut-être atypiques, mais le Passeur avait des états de service quasi irréprochables, sur lesquels était fondée son ascension au sein du Cartel de Star City, et il comptait bien les conserver. Aucune envie que Prof, Maléfique ou Shrek allât commenter, au détour d’une pinte, dans un bar du milieu, la soudaine défection de l’Irlandais en plein milieu d’une enquête.

— L’entrepôt, là, il est désert. J’vois personne autour. À l’intérieur, fait trop sombre, j’y vois rien, va falloir se rendre sur place. J’prends Macha, j’vous retrouve là-bas.

Et l’Irlandais disparut. Au moins, le message était clair : Jake n’était pas invité à l’accompagner et devrait se déplacer par ses propres moyens. Quelques secondes plus tard, la Voiture Fantôme quittait les garages de l’As de Pique. Abban avait croisé Shrek dans les sous-sols, mais ne lui avait pas dit un mot et la silhouette de Macha s’éloigna bien vite dans les rues des Marais, pour rejoindre les docks et leurs innombrables entrepôts. Ils abritaient pour la plupart des marchandises parfaitement légales, mais certaines zones restaient des plaques tournantes du crime : l’anonymat immobilier des blocs de béton offrait un repaire idéal à bien des criminels.

Abban gara Macha non loin de la cible du jour et sortit de la voiture, pour s’adosser à la carrosserie, en attendant d’être rejoint par le Gang. Quand Wildcard débarqua, il désigna d’un geste de tête l’entrepôt acquis par Poséidon.

— On peut pas vraiment appeler ça une forteresse. Y a pas de caméra de sécurité et la porte est assez classique. D’un autre côté, bardé son entrepôt d’mesures d’protection, c’t’encore le meilleur moyen d’attirer l’attention.

Ils n’eurent ainsi pas de difficulté à forcer le verrou qui maintenait la porte de service fermée, à côté des grandes portes faites pour laisser passer les camions et leurs chargements. Abban tâtonna sur le mur jusqu’à trouver l’interrupteur général et bientôt l’entrepôt s’éclaira, par des rangées de néons. La lumière électrique tombait sur des caisses, bien alignées. Étant donné la superficie considérable des lieux, le contenu était plutôt décevant.

— Z’ont vu grand. Ou alors ils ont déjà bougé une partie du matos.

Abban disparut et se mit à apparaître successivement à côté des différentes caisses. Après son petit tour du propriétaire, il revint près de Wildcard et désigna les différents contenants.

— Ça, ça vient de Vanloo. Les deux autres, là, l’nom m’dit quelque chose, j’crois qu’c’t’une usine de revêtements spéciaux, t’sais, genre plastique thermorésistant, ce genre de conneries. Les machins, là, aucune idée : c’t’écrit en chinois et y a plein d’autocollants des douanes, une importation, quoi. On va ouvrir.

Abban se retrouva bientôt devant le blanc contenu des caisses chinoises.

— Hmm…

Le jeune homme sortit une rame de papier vierge.

— J’m’attendais pas à ça. C’est euh… Un peu épais. ‘Tends, la texture m’rappelle un truc.

Et après une brève réflexion, un sourire se dessina sur ses lèvres.

— C’est du papier monnaie.

Sans doute pas capable de tromper la vigilance des meilleurs experts, parce que le dollar était encore entouré de nombreuses protections, mais assez convaincant pour emporter la confiance de n’importe quel commerçant et probablement de quelques banquiers point trop méfiants. Ainsi donc, Poséidon diversifiait ses activités.
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Message posté : Mer 9 Avr - 12:30 Message
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La réaction et la fuite d’Abban furent prises comme une gifle par Jake, qui resta un moment pensif après la départ de son petit ami. Si Maléfique fit semblant de ne pas avoir entendu, concentrée sur son travail, Prof s’approcha de lui et lui posa une main sur l’épaule. Sur l’aspect criminel, les deux jeunes hommes avait une différence fondamentale : l’un était entouré d’un gang qu’il considérait comme sa famille, et qui avait ses méthodes et compétences, l’autre était plus solitaire et avait d’autres méthodes. Mais Wildcard ne pouvait pas le juger pour ça. Ils n’en avaient pas parlé, et l’Irlandais s’était retrouvé malgré lui confronté à un moment de violence de la part de Shrek. Lui, le nounours, savait aussi cogner quand il le fallait. Comme Jake, il avait un personnage. Comme tous les membres du Gang des Fables.

Te fais pas de mouron pour ça. Va le rejoindre et trouvez ces enfoirés, vous aurez l’occasion d’en parler après.
Ouais… Restez ici. Quand Shrek revient, dites-lui de pas nous retrouver, il va rester là aussi.

Et sur ces mots, Jake alla ouvrir la fenêtre la plus proche, et jeta un regard dehors. Il émit un petit sifflement, et Clochette vint se poser sur son épaule.

C’est parti, ma princesse, lui dit-elle.
Gling gling gling.

Elle l’aspergea un peu de poussière de fée, et il put prendre son envol. Avec le temps, il avait appris à être plus à l’aise, plus rapide, et il lui fallut quelques minutes pour arriver à destination. Il se posa en douceur auprès de Macha. Peu après, le Passeur et Wildcard étaient à l’intérieur de l’entrepôt, un bâtiment tout ce qu’il y avait de plus classique, après une ouverture de porte qui n’avait pas demandé trop d’efforts. La lumière crue des néons éclaira des rangées parfaitement alignées de caisses, qu’Abban analysa rapidement avant de revenir faire son topo. Il y avait bien du Vanloo Electronics, mais tout ne faisait pas de la société de Cassidy.

Ensuite, dans une des caisses en provenance de Chine, du moins, ça ressemblait à du chinois, Abban découvrit du papier… destiné à la fabrication de billets. Ainsi Poséidon faisait-elle dans la fausse monnaie. Un diamant, des faux billets, c’était louche. Wildcard croisa les bras et fit le point sur la situation. Une société sortie de nulle part, du nom de Poséidon, s’était équipée en matériel miniature pour réaliser le casse presque parfait et possédait un entrepôt dans lequel elle gardait du papier pour faire des billets. Il leva les yeux vers le bureau, suspendu en mezzanine au niveau de l’entrée.

J’ai l’impression que c’est trop facile…

Il prit son envol et atterrit devant la porte. Muni de fins gants noirs, il ne laissa aucune empreinte sur la poignée. Le battant… pivota. Ce n’était pas verrouillé. Quand il alluma la lumière, il découvrit une pièce tout ce qu’il y avait de plus banal. Des meubles en métal placés avec une commune logique. Un bureau sur lequel était posé un écran d’ordinateur d’un autre âge, une pile de dossiers et un pot à crayons plein de stylos-billes. Des meubles à tiroir faisaient quasiment tout le tour de la pièce. Les fenêtres donnaient sur l’intérieur de l’entrepôt.

Tout est parfaitement normal… C’est à s’demander si les mecs qui bossent ici savent ce qu’ils stockent… Ou alors, Poséidon fait tout pour nous faire croire que tout est parfaitement normal. Mais est-ce qu’y a encore des boites où on trouve vraiment ça ?

L’écran de l’ordinateur était un modèle exemplaire de ce qui avait cours dans les années 90. Contournant le bureau, Jake découvrit l’unité centrale qui allait avec. Cette machine avait une petit vingtaine d’années. En revanche, les câbles qui partaient des deux éléments avaient un air un peu plus moderne. Les tiroirs du bureau étaient verrouillés. Mais tout comme pour la porte de l’entrepôt, c’était facile à forcer. Des dossiers, des dossiers et… un disque dur externe. Le genre d’appareil pouvant contenir plus d’un Téraoctet de données. Et pour le coup, ça, ça faisait déplacé dans l’environnement.

C’est bizarre, si y a des trucs sensibles, qu’y ait aucune sécurité… Si ça s’trouve, y a une alarme silencieuse et on va voir débarquer un commando.

Wildcard empocha le disque-dur et referma les tiroirs. Puis il s’arrêta, près de la porte, devant le plan des lieux. Le niveau principal, l’entrepôt. Le premier niveau, avec juste un bureau. Et un sous-sol.

Tiens, y a un sous-sol. L’accès a l’air de s’faire juste avec un ascenseur, y a même pas d’escalier… On descend voir ?

Passant par-dessus la barrière, Jake atterrit en douceur sur le sol du hangar, avant de se diriger, sur un côté, vers une double-porte. Peut-être n’y avait-il rien en bas, mais ils pouvaient tout aussi bien découvrir des machines pour imprimer les billets, ou d’autres trucs sophistiqués. Derrière la double-porte, l’ascenseur était en fait un monte-charge. Qui fit un bruit du tonnerre au démarrage. Et en descendant. Lentement.

Tu parles d’une discrétion… marmonna Jake, qui espérait à présent que sa chance soit efficace si ça devait mal tourner.
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Message posté : Jeu 10 Avr - 11:07 Message
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— Clair.

Trop facile.

— Puis pas super cohérent.

Pour le coup, la découverte un peu étonnante du papier de fausse monnaie avait effacé un temps dans l’esprit d’Abban la déconvenue du van et l’altercation silencieuse et larvée qui l’avait suivie. L’adolescent se téléporta à la suite de Wildcard dans le bureau de la galerie supérieure et, tandis que son compagnon inspectait le matériel informatique des lieux, qui oscillait entre l’obsolète et le dernier cri, l’Irlandais réfléchit à haute voix :

— Sérieux, pour écouler des diamants, les retailler, tout ça, faut un réseau précis. Pareil pour la fausse monnaie. Faut le papier, l’encre, les presses, les bons endroits, ‘fin des tas de trucs. Des gens qui font tout à la fois, j’en connais quand même pas des masses.

Dans le Cartel, bien entendu, on trouvait des faux monnayeurs et des voleurs de pierres précieuses, des espions industriels et des voleurs d’art, des assassins et des monteurs financiers, mais le Cartel était un conglomérat très vaste où cohabitaient des tendances fort diverses, tandis que Poséidon avait toutes les apparences d’une société relativement organisée. Abban suivit du doigt les câbles de l’ordinateur, en regrettant de n’avoir pas été plus attentif aux explications de Chase. S’il pouvait certes démonter la machine, il eût été incapable de tirer quoi que ce fût de la nature des composants.

— Après, c’possible qu’i’ emploient des dockers qui savent pas ce qu’ils transportent. Franchement, entre le papier et les machins qu’i z’ont acheté à Vanloo, faut quand même être du métier, même en ouvrant les caisses, pour savoir à quoi ça sert.

Et si Poséidon n’était que la façade, leur enquête risquait de tourner court. L’urgent était donc de tirer autant d’informations que possible que l’entrepôt et Abban hocha la tête, en disparaissant, pour se matérialiser devant la monte-charge. Si d’aventure leur présence n’avait pas été repérée par les éventuelles occupants de l’endroit, cette heureuse époque était révolue. L’Irlandais se mit à tapoter nerveusement du pied en tendant le cou. Incapable d’attendre, il avait porté son regard un peu loin et il murmura :

— J’vois pas grand-chose.

Les portes du monte-charge s’ouvrirent et, prudemment, les deux criminels en sortirent pour déboucher dans un sous-sol humide et mal éclairé : des soupiraux depuis la rue laissaient tomber un peu de lumière du jour sur un sol de béton couvert par la poussière et la moisissure. Si le monte-charge manquait d’huile, c’était apparemment que personne n’était descendu là depuis longtemps.

— Putain…

Abban balança un coup de pied dans une boîte de conserve qui trainait là.

— Viens, on s’arrache, z’ont nettoyé la place, ça sert à rien.

Et aussitôt, le couple disparut pour apparaître à côté de Macha.

— Tiens, file le disque dur à Macha, on sait jamais. Hé, Macha, t’sais comment ils l’ont acheté, leur entrepôt, là ?
— C’est-à-dire ?
— J’sais pas, à un type comme ça, à une boîte.
— La vente a été assurée par Nahmias Immobilier.

Abban se retourna vers Jake :

— Pas sûr qu’ça vaille la peine d’aller voir, en même temps. Z’ont sans doute une compagnie écran, des trucs dans l’genre. Mais on sait jamais… C’la dit, vu la taille d’l’entrepôt, s’ils ont vidé des trucs, ils ont dû avoir besoin d’camions, et les camions, ils ont pas disparu comme ça. On devrait pouvoir les chopper sur les caméras d’sécurité des autres entrepôts, autour de c’lui-ci. Tu peux faire ça, Macha ? Récupérer les images ? Tu transmets à Maléfique, elle voit les plaques et on r’trouve les camions. À défaut du reste…
— Bien sûr.

Adossé à sa voiture, les bras croisés, Abban avait l’air aussi soucieux que contrarié. Après quelques secondes silence pensif, il reprit la parole.

— Y a un truc qui m’chiffonne. Les mecs, ils ont un gros entrepôt, ils font des commandes régulières, et tout. I’ sont installés pour durer, quand même, quoi. Et là, hop, disparus. Et vu c’qu’ils laissent derrière eux, c’était pas non plus complet prévu. Du coup… Soit ça chauffe pour eux que’que part, soit c’t’à cause du diamant. Mais alors, déjà, pourquoi ils l’ont volé, s’ils voulaient pas d’emmerdes après ? Et puis…
— Le disque dur est presque vide.
— Sérieux ? Non mais la journée parfaite, quoi…
— Il y a quand même une liste de mots.

Abban se détacha de la voiture pour se retourner vers elle.

— Fais voir.

La liste apparut sur la vitre passager.

— Pseudonymes.

Abban pointa un nom, puis un autre, puis encore un autre.

— C’t’un escroc freelance, ça, là, c’t’une voleuse du Cartel, dans les tableaux, et là, c’t’un type je sais pas trop c’qu’il fait, mais genre savant jeté, tu vois.

L’Irlandais se redressa.

— Peut-être que Poséidon fait la logistique. Ils fournissent le matériel à des clients, comme ça. Et peut-être qu’ils s’attendaient pas à c’qu’un client se retourne contre un gang du Cartel…
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Message posté : Sam 12 Avr - 2:29 Message
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Jake, près de Macha, était pensif. Il répondait par des signes de tête aux paroles d’Abban, mais était surtout concentré sur l’analyse de l’ensemble des informations qu’ils obtenaient au fur et à mesure. Il se rendit compte après quelques minutes que le Passeur était dans le même état d’esprit que lui, sauf que l’Irlandais ressentait le besoin de tout exprimer à haute voix. Une société du nom de Poséidon, et sur laquelle aucune information n’existait, avait acquis du matériel de haute-technologie et possédait un entrepôt vide. Dans cet entrepôt, il y avait des traces de la compagnie Vanloo Electronics, mais aussi du papier pour fabriquer de la fausse monnaie. Et pas grand-chose d’autre. Même le disque-dur s’avéra bien peu fourni, contenant seulement, d’après Macha, une liste de pseudonymes. Wildcard observa la liste.

Y a au moins deux pirates informatiques, aussi… tiens, lui il bosse dans les Marais…

Ce qui offrait une variété de clients assez impressionnante, au final. Cette société-là avait des contacts, mais il était difficile d’en apprendre plus sur elle.

T’envoies ça aussi à Maléfique, Macha ? J’vais voir si y a pas moyen de chopper le gars de mon secteur…

Inscrit dans la liste sous le pseudonyme « Mad Marcus », il était connu du Gang des Fables sous un autre nom, Mark « Swing » Morrow. Propriétaire d’une boite de nuit plutôt mal fréquentée, il laissait dans son établissement se développer toute sorte de petits commerces illégaux, de la vente de drogue à la prostitution, en passant par le trafic d’armes. Il versait régulièrement un petit pécule à Wildcard pour ne pas être dérangé, et il était en effet tranquille. De nature assez joviale, il avait cependant la fâcheuse tendance à s’énerver de façon soudaine et violente.

Mal’, t’as reçu les infos ? demanda Jake, au téléphone.
Je vois défiler des camions. Et je viens de recevoir une liste, résonna la voix d’Aurora, sur haut-parleur.
Y a des noms qui vont te dire quelque chose… Envoie Shrek mettre la main sur Swing. Dis-lui que s’il veut pas coopérer… Non, dis rien, l’autre comprendra. Mets Prof sur la liste, et toi essaie d’me localiser les camions.
Je fais ça. Rien d’autre ?
Nan, rien, l’entrepôt est désert…

Et il raccrocha. Cette « mission » ne lui plaisait pas. Non seulement parce qu’elle n’avançait pas, mais surtout parce qu’il sentait qu’il y avait quelque chose de plus gros derrière tous leurs déboires. L’entrepôt avait-il été vidé récemment ? En prévention de quelque chose ? Ou tout était-il planifié à l’avance ?

Tu crois que Poséidon fait juste dans la distribution ? Ils achètent du matériel, ils transmettent, et voilà ? S’ils ont autant de clients, c’est bizarre qu’on en ait jamais entendu parler avant. Et même si c’est super-récent…

Sur la vitre de Macha s’afficha une adresse, sûrement envoyée par Maléfique. Juste une adresse, rien de plus. Jake fronça les sourcils. Un message pareil ne pouvait signifier qu’une chose : elle avait découvert quelque chose qui ne méritait pas d’être dit ou écrit. Il fallait que ça soit découvert de visu.

Je sais pas ce qu’elle a trouvé, mais on en saura pas plus tant qu’on y sera pas allé… C’est pas loin de la décharge, du côté de Lincoln…

Le lieu lui rappelait un vague souvenir d’enquête sur les Purple Hats. Là, a priori, l’organisation aux chapeaux violets n’était pas impliquée. Ou alors, c’était quand même pas de bol de tomber encore sur eux. Jake baissa la tête. Il repensa au moment un peu tendu entre Abban et lui, à l’As de Pique. L’Irlandais avait semblé ne plus y penser, mais lui ne pouvait s’empêcher de réentendre les mots de l’Irlandais. Qui avait disparu aussi sec et l’avait laissé venir où ils étaient par ses propres moyens.

On y va ? Tu m’emmènes ? demanda-t-il, en se rendant compte qu’il devait avoir l’air tout penaud et que ça ne collait pas du tout à son image extérieure.

Mais malgré tout, quand il était avec Abban, Jake était toujours présent, même sous le masque de Wildcard. L’Irlandais avait été le premier à se glisser sous la carapace et il y était, depuis, resté. Et malgré la gravité de la situation, l’Américain avait à l’esprit le petit séjour à New York qui l’avait porté loin de ses activités criminelles. Quelque part dans les Marais, un colosse russe pénétrait dans un nightclub et se dirigeait d’un pas décidé vers le bureau du propriétaire, sans que quiconque ne fasse un geste pour l’arrêter. De toute manière, faire un geste ne l’aurait pas arrêté. Swing, qui ne s’attendait pas à de la visite, avait vu Shrek sur un écran de surveillance et tâchait d’adopter une attitude détachée pour quand la porte s’ouvrirait. Le Gang des Fables ne le contrôlait pas, mais il s’en fallait de peu.
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Message posté : Sam 12 Avr - 16:02 Message
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Le problème pour la crédibilité des colères d’Abban, c’était qu’elles ne duraient jamais très longtemps. Les mouvements d’humeur de l’Irlandais étaient aussi prompts qu’éphémères — ce qui rendait, du reste, les disputes-réconciliations éclairs entre les jumeaux difficilement compréhensibles pour les observateurs extérieurs. Les bras croisés, le jeune homme regardait la tête de mort qui lui demandait s’il avait le droit de monter dans sa voiture et, finalement, avec une feinte gravité, il hocha la tête.

— Mets pas d’maquillage partout sur les sièges, sinon, Macha va t’électrocuter.

La voiture était très tatillonne. Abban s’approcha de Jake, posa les mains sur son ventre et leva les yeux vers lui (ce que ça pouvait être un grand, un Américain, quand même).

[color=darkred]— T’inquiètes, j’suis pas vraiment en colère. Enfin, plus. Fais pas attention, grimpe, on va voir c’qu’elle a trouvé.

À défaut de pouvoir embrasser le maquillage sans risquer de le modifier — ce qui eût été du plus mauvais effet — Abban posa quelques secondes la tête contre l’épaule de Jake, avant de se séparer de lui avec un sourire pour reprendre sa place au volant de Macha. La Voiture Fantôme ne tarda pas à quitter les docks pour prendre la direction de Lincoln. Sur le chemin, Abban continuait à réfléchir aux questions de Wildcard.

— Bon. Peut-être que la société fait que de la distribution, ouais, mais qu’ils sont rattachés à un autre groupe. J’pense pas aux Purple Hats, parce que leur style à eux, c’est quand même vachement plus communautaire. Mais y a des organisations qu’ont plein de façades, comme ça.

C’était la mafia du vingt-et-unième siècle, avec ses holdings, ses cabinets d’avocats, ses consortiums, ses spéculations immobilières et ses jeux en bourse — rien à voir avec la petite entreprise aussi familiale et illégale qui prospérait dans une communauté précise. Abban découvrait de plus en plus, à mesure que les contrats affluaient depuis son intégration officielle au Cartel, la zone grise qui séparait le monde des affaires et le monde du crime — ou plutôt, souvent, ne les séparait pas. Il n’eût pas été étonné d’apprendre que seules une ou deux personnes de Poséidon comprissent l’identité des clients et que la société fût par ailleurs par ailleurs parfaitement légale.

— Puis récents, en fait, on sait pas. Suffit que ce soit un groupe qu’ait un peu changé d’nom, tu vois, histoire de s’mettre au vert. Puis regarde, en fait, il leur faut pas non plus des masses de monde pour gérer ça. Deux ou trois types au sommet qui ont vraiment les contacts dans le milieu, une dizaine de dockers pour bouger des trucs, que tu trouves n’importe où. La vraie question, c’est le pognon, mais suffit qu’les Russes, les Italiens ou je sais pas qui décident qu’ils ont quelques millions à placer dans un truc de ce genre, une dizaine de contacts et c’est monter en trois s’maines. Les gens sur la liste de clients, ils z’ont peut-être aucun contact avec Poséidon. Ils ont des intermédiaires, ils achètent à des types qu’ils connaissent déjà et suffit de deux ou trois fournisseurs à se lier avec Poséidon, et voilà.

Abban avait longtemps été transporteur et il avait vu, dans le domaine de l’approvisionnement criminel, toute sorte de configurations : celle-ci par conséquent ne l’étonnait pas beaucoup plus qu’une autre. Déplacer des marchandises et les revendre n’étaient les difficultés principales de l’entreprise criminelle : c’était véritablement le financement en amont qui posait problème et c’était par là, sans aucun doute, que Poséidon devait être rattaché à l’un des joueurs de l’échiquier.

— Bon, en même temps, faut voir un truc. S’tu veux récupérer ton diamant et mettre la main sur l’gars qui l’a chourré, on peut pas non plus passer la journée sur Poséidon, tu vois. J’veux dire, ça va nous prendre un temps fou, et c’t’autant perdu sur le recel d’la pierre. Y a un moment, va falloir que tu choisisses entre les deux enquêtes, sinon, on risque d’perdre sur les deux tableaux.

Abban jeta un coup d’œil à son compagnon.

— C’est juste un avis, hein, ça dépend d’tes priorités. Moi j’m’en fous, on peut faire les deux.

Et quelques secondes plus tard, le bâtiment sis à l’adresse indiquée par Maléfique se dessina à l’horizon, non loin de la décharge. Et effectivement, il fallait le voir pour le croire.

— Sérieusement ?

Macha suivit le fléchage au sol pour se garer à l’un des emplacements du parking, tandis qu’une enseigne géante se découpait au-dessus d’un grand magasin :

Poséidon Literie
Laissez les vagues bercer vos nuits

— C’est une blague ?

Abban doutait quand même de la capacité de Maléfique à faire des blagues. Elle ne donnait pas l’impression spontanée d’une inépuisable jovialité.

— C’est l’endroit où sont arrivés les camions, on les a suivis sur les caméras de circulation.

L’Irlandais se retourna vers son compagnon.

— Bon, euh… On va essayer des matelas, du coup, j’suppose…

D'accord, cette fois-ci, il devait bien l'avouer, le milieu criminel avait encore réussi à le surprendre.
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Message posté : Dim 13 Avr - 13:01 Message
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Abban avait raison : il y avait là deux objectifs bien définis. Liés, certes, mais qui ne pouvaient être atteints en même temps et très rapidement. Il fallait donc prioriser : retrouver le diamant ou découvrir de quoi il retournait vraiment avec Poséidon. Jake haussa les épaules avant de poser les yeux sur l’enseigne du bâtiment indiqué par Maléfique. Les premières lueurs du jour ne tarderaient sans doute pas à poindre, mais les lettres illuminées se détachaient bien. Un magasin de literie… Un magasin de literie ? Quelque part, Aurora avait bien fait de leur laisser la surprise, au moins avaient-ils pu se rendre compte par eux-mêmes de ce qu’ils allaient trouver. Un magasin de literie ? Macha se gara sur le parking désert. L’avantage, là, c’était que tout était fermé et qu’ils pourraient donc mener leur enquête sans être dérangés.

Mmmmh ? fit Wildcard, sortant de ses pensées. Essayer des… ? Même si j’en ai très envie, ce n’est pas vraiment le moment.

Il avait parlé très sérieusement, en réaction à la proposition d’Abban, mais d’un sérieux tout à fait ironique. Macha afficha un message de Maléfique : « caméras gérées ». Mais le leader du Gang des Fables décida de quand même l’appeler.

À l’intérieur, ça ressemble à n’importe quel magasin de literie. Dans l’entrepôt, où ils font les livraisons, il y a des tas de caisses et de piles emballées. Et un des fameux camions. Je n’ai rien trouvé qui indiquerait l’existence d’une pièce secrète, d’un sous-sol, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.
Des indices, sur les trucs dans l’entrepôt ?
À part le logo de Poséidon, rien.

Après un soupir, Wildcard reprit :

Des nouvelles de Swing ?
Il a d’abord nié en bloc. Puis il a reconnu avoir été contacté par un homme qu’il n’avait encore jamais vu, un type de près de deux mètres, mais il n’a pas son nom. Ils communiquent par mail, mais impossible de loger l’adresse.
Humpf… Nous faudrait au moins un portrait-robot. Et les autres de la liste ?
Que des petites frappes ou des petits criminels, rien d’envergure ! s’éleva alors la voix de Prof. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que si tu cherches quelqu’un pour faire ton sale boulot, même fabriquer un cercueil ou nettoyer le sang sur la moquette, tu trouveras forcément dans la liste !

Wildcard jeta un œil à Abban. Aucune trace du diamant, et même aucun indice viable pour mettre la main dessus. S’il fallait faire un choix, en fait, autant continuer à avancer sur la piste de l’organisation. Peut-être que le hasard les ferait tomber sur l’Étoile du Matin.

Vu comme c’est gros, on manquera peut-être de ressources à un moment, mais… on continue ? On va visiter un peu le magasin ?

En toute logique, Maléfique avait pris le contrôle de tout le système électronique, alarmes, caméras. Aucun risque, a priori, de voir débarquer une escouade d’hommes habillés en noir. À moins que les propriétaires du magasin n’ait les mêmes systèmes de sécurité que Vanloo Electronics, et là, alors, il faudrait partir rapidement. Une fois à l’intérieur de l’entrepôt, Jake s’approcha sans attendre d’une caisse, muni d’une petite lampe-torche. Il chercha un moyen de l’ouvrir et put voir ce qu’il y avait dedans…

Des oreillers.

Il en prit un, le tâta, le secoua, avant de commencer à tout vider, non sans s’assurer qu’il ne laissait rien passer. Quand il atteignit le fond, il n’avait rien trouvé.

C’est une blague ? On va quand même pas tout ouvrir !

Agacé, il sortit de nouveau son téléphone pour appeler Maléfique.

Les autres camions, ils sont où ?
Ils ont quitté la ville. Beaucoup plus légers qu’en arrivant.
Comment tu le sais ?
Il suffit d’observer.

Jake prit mal la remarque, mais il ravala sa réplique.

Et le matos, il est où ?
Sûrement quelque part autour de vous. Il y a peut-être un endroit, quelque part, hors champ des caméras.
Tu veux pas nous bricoler un truc pour qu’on s’en rende compte ?

Silence au bout du fil. Puis le bruit caractéristique d’un clavier. Wildcard raccrocha.

Elles sont où, les caméras ? demanda-t-il, en pointant son faisceau sur les murs et les piliers, mais en évitant bien sûr les fenêtres hautes.

Il en trouva deux, avant de sentir son téléphone vibrer. À l’écran, Maléfique avait envoyé un plan de l’entrepôt, et avait mis en rouge les zones couvertes par les caméras de surveillance. Et de ce qui ressortait, il n’y avait aucun angle mort. À moins que les plans en eux-mêmes ne soient pas complets. Il tendit l’appareil à Abban.

Tu veux pas vérifier que ça correspond ?

Son petit ami avait cet avantage de n’avoir pas besoin de bouger pour voir tout ce qu’il y avait autour de lui. Ainsi, il pouvait éventuellement découvrir un couloir, un escalier, une porte, n’importe quoi qui n’apparaissait en effet pas sur le plan et n’était pas filmé par une caméra de surveillance.
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Étoile du Matin, chagrin

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