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Il était une fois dans l'est [Argos]

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Message posté : Jeu 13 Mar 2014 - 12:36 Message
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Dans le bureau du doyen de l’Université de Kharkov, des éclats de voix se faisaient entendre. Cela faisait plusieurs minutes que les couloirs résonnaient de la dispute qui avait lieu entre le père et le fils. La situation de l’Ukraine face aux assauts de la Russie, l’indépendance imminente de la Crimée et la position géographique de la ville rendaient les choses très compliquées pour Vassili Terechtchenko.

Tu ne peux pas me demander de partir comme ça !
Tu ne te rends pas compte de ce que tu risques ! Tu es pro-Union européenne, tu as de l’influence ici, jamais ils ne te laisseront en place ! Et je ne parle pas seulement de te démettre de tes fonctions…
Kostya, ne dis pas de bêtises, tu crois quoi ? Qu’ils vont m’arrêter et m’envoyer au goulag ? Réveille-toi, un peu, cette époque-là n’existe plus !
Tu crois que les chiens de Poutine vont simplement te laisser partir, comme ça ? Je te connais, tu ne vas pas rester discret.
J’ai une liberté d’express…
Tu me fais peur, Papa. Je ne te laisserai pas te leurrer à ce point. Je vais arranger un vol pour l’ouest. Il faut que tu rejoignes Kiev. Et encore, je ne suis pas sûr que même là-bas, ce soit sans risque.
Et pourquoi ça ?
Parce que tu es capable de revenir ici.

Le silence s’installa dans le bureau. Vassili semblait partagé entre son envie de rester à Kharkov, avec sa situation confortable, et la raison qui lui criait que son fils disait la vérité.

Dans tous les cas, je ne vais pas laisser Maman à Kharkov. L’idéal, ce serait que vous me rejoigniez à Star City.
Pas question ! J’aurais l’impression de trahir mon pays !
Pas définitivement ! Juste le temps que les choses se tassent, que la situation se clarifie. Après, tu pourras revenir t’installer en Ukraine, mais plutôt à Kiev. Je pense qu’il faut que tu tires un trait sur ta vie ici…

Nouveau silence. Konstantin était arrivé dans son pays natal le matin-même, et avait foncé directement à l’Université pour s’entretenir avec son père. Sa priorité était de mettre sa famille à l’abri, d’autant que son père avait fait une sortie remarquée dans la presse, contre « l’oppresseur soviétique ». Le temps était compté pour lui… Ensuite, il se rendrait directement sur le terrain politique pour apporter toute son expérience diplomatique, pour empêcher que les choses ne s’enveniment…

Je te laisse jusqu’à seize heures pour prendre une décision. Je vais voir Maman, et lui dire de préparer ses bagages. Que tu le veuilles ou non, elle ne restera pas au milieu de ce bordel.

Vassili n’eut pas le temps de répliquer, que son fils avait déjà quitté le bureau. Vingt minutes plus tard, il débarquait dans la maison familiale, qui l’avait vu grandir, lui le fils unique, fierté de ses parents. Irina Techtchenko l'accueillit avec effusions. Elle s’arrangea avec Konstantin pour partir dès le lendemain vers Londres, où elle serait hébergée chez de vieux amis de son fils. Le temps de convaincre son époux, peut-être rejoindraient-ils un jour Star City. Satisfait, le diplomate embrassa sa mère pour se rendre à l’hôtel de ville…

Trois jours plus tard, Konstantin attendait à l’Aéroport de Kolsovo, à Iekaterinbourg, l’arrivée de l’avion de l’équipe Argos. Car pendant trois jours, en plus de travailler à la résolution de la crise, il avait aussi activé ses réseaux locaux sur tout ce qui pouvait, de près ou de loin, toucher à l’extraterrestre au surnaturel. La veille, dans l’après-midi, il avait reçu un coup de téléphone d’un homme un peu barré, très versé dans les OVNIs, qui disait avoir détecté quelque chose d’étrange dans les sous-sols de la ville, sans parvenir à détecter exactement ni la source, ni l’origine. Le professeur s’y était donc rendu lui-même et avait constaté sur les radars la haute probabilité de la présence d’un artefact extraterrestre. Aussitôt, il avait contacté Chase Neutron-Grey à Star City.

Et pendant que les Argonautes se préparaient et embarquaient, il avait sondé un peu la cité tout en passant des coups de fil pour continuer à gérer la situation en Ukraine. Sa mère avait pris l’avion pour Londres, mais son père refusait encore de quitter Kharkov. Ce qui n’était pas pour le rassurer. Mais il avait du travail à faire avant de gérer cette petite crise personnelle.

L’avion atterrit dans dix minutes, l’informa son contact sur place, Evgueni Korolev, après avoir jeté un coup d’œil à sa montre.
Neuf minutes quarante-deux secondes, rétorqua Konstantin, dont l’esprit avait bien imprimé l’heure et lui permettait de ne pas avoir besoin de montre.

Korolev lui jeta un regard en coin, avant de hausser les épaules. Il était le directeur de l’annexe de l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des sciences de Russie, situé justement à Iekaterinbourg. Et si au début il s’était montré particulièrement réticent aux demandes de Konstantin, pour des raisons évidentes vis-à-vis du pouvoir, la curiosité concernant « l’objet » l’avait emporté. D’autant que la communication avec la maison-mère était compliquée. Le temps que toutes les informations parviennent à Moscou, l’équipe Argos pouvait faire son travail. Peu après, l’appareil se posait sur la piste.

Bonjour, Chase. Bon voyage ? commença le diplomate.

Il salua de la même manière les autres Argonautes, y compris Aaron, mieux valait ne pas attirer l’attention sur son homosexualité, d’autant que Chase était publiquement gay, avant de désigner son camarade.

Le professeur Korolev, dont je vous ai parlé. Nous allons rejoindre sans attendre le… « professeur » Korskine, celui qui a détecté l’activité inhabituelle dans les sous-sols.

Et le petit convoi , à bord d’une camionnette, partit, non pas pour l’institut, mais pour le petit laboratoire du fameux professeur barré…
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Message posté : Jeu 13 Mar 2014 - 16:12 Message
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Vautré sur son fauteuil, une jambe repliée, Chase murmurait en russe depuis une bonne heure. Enfin, « murmurait en russe », c’était peut-être beaucoup dire : il essayait avec un succès très relatif de reproduire les mots qui défilaient en boucle dans ses écouteurs, depuis le décollage. Sa mémoire était certes excellente, mais c’était à peu près le seul avantage qu’il possédât pour apprendre les langues vivantes, ainsi qu’il l’avait découvert, en tentant de se familiariser avec le français. Certes, depuis qu’il avait rencontré Lukaz, il avait fait quelques progrès en la matière, mais rien de très fulgurant — et le russe était impossible à prononcer.

Pourtant, Chase avait bien compris que l’une des principales limites à son pouvoir de lecture de pensées n’était pas une limite du pouvoir lui-même mais bien de ses capacités annexes et, en l’occurrence, son peu de talent pour les langues vivantes. Des Asiatiques de Chinatown, à Star City, croisés pendant l’enquête avec le Corbeau aux révolutionnaires sud-américains, lors de la dernière expédition d’Argos à l’étranger, Chase s’était heurté de nombreuses fois à des pensées parfaitement lisibles mais qui demeuraient pour lui presque entièrement obscures, faute de comprendre les mots qui les composaient. Certes, il lui restait tout le reste, la gamme complexe des émotions et des intentions qu’il percevait finement, mais le handicap était à ses yeux considérables.

Et il n’était pas prêt d’être levé. Avec un soupir, le jeune homme se débarrassa de ses écouteurs et, après avoir un instant contemplé l’amoncellement des nuages au-dessus duquel l’avion volait, il détourna les yeux vers Aaron.

— Inquiet ?
— Pas du tout.

L’ancien espion mentait sans doute plus par réflexe que par espoir réel de tromper Chase.

— Je suis sûr qu’il se débrouillera très bien tout seul.

L’homme hocha la tête, pas vraiment convaincu, sans doute. Chase n’avait aucun mal à comprendre ses inquiétudes : il lui suffisait d’imaginer Lukaz perdu dans n’importe quelle zone de guerre pour comprendre qu’Aaron devait se faire un sang d’encre. Sans aucun doute, Konstantin serait sur ce terrain plus que jamais dans son élément, mais il y serait également plus qu’ailleurs connu et reconnu. Chase n’avait pas exactement cerné toutes les implications diplomatiques et politiques de la famille de l’Argonaute dans la crise ukrainienne, ni à vrai dire la crise ukrainienne elle-même, mais il supposait que la situation serait pour Konstantin plus délicate qu’une autre.

Alors que l’avion entamait sa descente, le regard du mentaliste passa à la troisième personne qui occupait avec eux le petit appareil affrété par la DDS. Andy Garner avait rejoint récemment l’équipe. Ses références étaient irréprochables : elle avait travaillé dans l’urgence sur la plupart des grandes catastrophes naturelles, avec Médecins du Monde, avec la Croix Rouge, puis avait rejoint la FEMA. Là, l’urgentiste de choc avait affronté les déconvenues d’une organisation trop politique et c’était un peu désabusée, un peu perdue dans sa vocation, qu’elle avait postulé pour l’équipe Argos, dans l’espoir, à cinquante ans passés, de revoir du terrain.

Dans le cockpit, Oliver Ford, le transporteur, commençait la phase d’atterrissage. Argos voyageait en comité réduit — pour ne pas trop attirer l’attention et parce que la présence des archéologues et des géographes était rendue superflue par la familiarité de Konstantin avec les lieux et le caractère essentiellement urbain dans leur environnement. Ce furent donc quatre Argonautes qui débarquèrent pour serrer la main du cinquième et celle du professeur Korolev, avant de monter à bord de la camionnette.

Un quart d’heure plus tard, le véhicule se rangeait devant le laboratoire. Ou plutôt, une maison dans une banlieue résidentielle.

— Ça n’a pas l’air très… scientifique.

Chase adressa un sourire amusé au Dr. Garner.

— Vous ne connaissez pas Korskine ?

La femme secoua la tête.

— C’est hm… Un monsieur haut en couleurs. Je l’ai vu une fois, de loin, dans une convention de science-fiction, à San Francisco. Disons que sa scientificité est autoproclamée. Mais il remue beaucoup de documents.


Sur ce portrait très engageant, Chase descendit de voiture et franchit sans hésiter le portillon qui séparait la rue du premier jardin, avant de gagner le perron et de frapper vigoureusement à la porte. Derrière ne tarda pas à apparaître le fameux Korskine, un petit homme dans un vieux costume mal coupé. En reconnaissant le célèbre Neutron-Grey, son visage s’épanouit. Avec un net accent russe, il s’exclama en anglais :

— Parfait ! Enfin. Parfait ! Parfait, parfait !

Avant de disparaître, sans se soucier d’inviter formellement ses visiteurs à pénétrer chez lui. Il s’était de toute façon déjà embarqué dans des explications à propos des radars, des schémas récurrents de présence inconnue, des documents historiques depuis l’incident de Tunguska, du gouvernement qui refusait d’écouter, et en particulier de l’Institut de Recherche Spatiale, qu’il payait pourtant avec ses impôts. Les mains dans les poches, Chase lui avait emboîté le pas, suivi de son équipe, tandis qu’ils entraient dans une maison pleine d’étagères, et des étagères pleines de livres. L’espace libre était occupé par des piles de documents et de journaux.

Sans cesser de parler, Korskine avait descendu les marches d’un petit escalier en bois assez raide, qui menait à la cave. Là était son Q.G. : des tableaux de liège sur tous les murs supportaient des cartes, des photographies satellites et des clichés flous de ce qui devait être sans aucun doute des ballons météorologiques mais demeurerait à jamais, dans son esprit, les vaisseaux des visiteurs d’un autre monde. Étrangement, il n’y avait nulle part de documents concernants les véritables manifestations extraterrestres. Pour Korskine, le Phare, Terminus ou les Grues n’étaient que de vastes opérations médiatiques organisées par les institutions secrètes de l’ONU et destinées à cacher la vérité secrète que les gouvernements ne voulaient pas admettre : l’existence des extraterrestres, mais pas ceux que l’on vendait aux citoyens, d’autres, différents, plus mystérieux, plus…

Chase désigna un tableau blanc couvert d’équations.

— C’est quoi, ça ?
— Ça ? Oh. Mon travail sur l’énergie du vide. Mais évidemment, aucune revue scientifique n’accepte de le publier…
— Évidemment.
— … parce qu’elles sont toutes contrôlées par de grandes maisons d’éditions, elles-mêmes aux mains de groupes internationaux dont les conseils d’administration sont…

Et c’était reparti pour un tour.
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Message posté : Sam 15 Mar 2014 - 1:32 Message
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Korskine était vraiment dans son monde. Il n’invita pas l’équipe Argos à pénétrer chez lui, trop absorbé qu’il était par ses explications nébuleuses, mais cela n’empêcha pas Chase, Aaron, Andy et Konstantin de descendre. Korolev les avait laissés, considérant qu’il valait mieux ne pas être vu en compagnie d’un énergumène pareil. À la cave, chacun put découvrir l’univers dans lequel évoluait Korskine. Toutes ses recherches concernaient des extraterrestres fictifs, bien au-delà des véritables êtres vivant sur d’autres planètes, dans d’autres mondes. Chase eut la drôle d’idée de lui poser une question, et le scientifique fou se lança alors immédiatement dans un discours sur le contrôle de la presse… ce qui n’était pas un secret en Russie, mais il considérait que tout était de toute manière l’objet d’un grand complot international

Et donc, professeur, l’interrompit Konstantin, en russe, j’aimerais que vous montriez à M. Neutron-Grey les images radars que vous avez rassemblées.

Korskine, hélé dans sa langue natale, s’était brusquement interrompu, et resta un moment hébété, avant que son visage s’éclaire, comme s’il avait, après quelques secondes de blocage, enfin compris la requête.

Et en anglais, je vous prie, ajouta l’Ukrainien, revenant à la langue de Shakespeare.
Évidemment, oui, oui, les images, oui, les voice, regardez. Aha ! s’exclama Korskine en se jetant presque sur une pile de feuilles imprimées en noir et blanc. Regardez ! Les fluctuations, là !

Sur le fond noir, un trait blanc ondulait d’un bout à l’autre. Sur les suivantes, les vagues étaient de plus en plus resserrées, de plus en plus hautes. L’oscillation débordait presque sur la dernière feuille.

J’ai détecté ça avec mon super radar, quand je suis allé me promener dans le parc, il y a une semaine ! C’est fou ! Ça s’agitait dans tous les sens !

Absorbé par ce qu’il disait, Korskine ne prêta aucune attention à Aaron, qui s’était glissé derrière son compagnon et le tenait par la taille. Le Britannique avait bien remarqué qu’il pouvait sans risque se rapprocher de Konstantin, leur hôte étant trop déconnecté de la réalité pour ne serait-ce que remarquer qu’ils étaient quatre chez lui. L’Ukrainien se sentit immédiatement réconforté par ce contact, son homme lui avait manqué… Le scientifique russe, lui, avait donné presque de force les feuilles à Chase pour se libérer les mains et aller chercher dans un coin son fameux radar, qui ressemblait à s’y méprendre aux détecteurs de métaux qu’on voyait dans les films.

J’ai bricolé ce truc, ça marche du tonnerre ! Enfin, ça ne marche pas souvent, mais quand ça marche, c’est d’une efficacité redoutable !

En le brandissant, il manqua d’éborgner la pauvre Andy Garner, qui évita de justesse de se le prendre en pleine tête. Korskine le manipula dans tous les sens, excité comme une puce, et l’appareil se mit à émettre des « bip bip » quand il fut très proche de l’un des murs.

Aha ! Ça sonne parce que derrière, j’ai ma collection d’artefacts rares ! Je vous la montrerai si vous êtes sages ! Vous voulez voir l’endroit dans le parc ? Vous voulez ? Je vous emmène !

Sans attendre la réponse, et sans lâcher son radar, Korskine retourna vers l’escalier. Il manqua plusieurs fois de tomber, chargé comme il était, et prit donc cinq bonnes minutes pour arriver enfin devant la porte. Entretemps, Konstantin et Aaron avaient presque rattrapé en baisers passionnés leur retard… Mais ils durent s’interrompre quand le professeur un peu dingue les appela de son garage, où était garée sa camionnette. Le véhicule était à l’image de son propriétaire. Des petites antennes et paraboles tapissaient le toit, et l’intérieur semblait avoir été décoré par plusieurs personnes sans aucun goût pour quoi que ce soit.

Montez, montez ! On y va ! Accrochez-vous !

À peine la porte du garage ouverte, le van fonça et atteignit bientôt les quatre-vingts kilomètre-heure. Dix minutes plus tard, qui furent meublées par un discours presque passionnant sur ses dernières observations des étoiles, Korskine arrêtait violemment son véhicule, pilant au point de projeter tout le monde vers l’avant.

Vous pourriez quand même f… commença Konstantin, qui ne put terminer, puisque le chauffeur avait déjà sauté de la camionnette, récupéré son radar et fonçait vers le parc.

D’ailleurs, lancé, il les sema, mais ils purent le retrouver trois-cents mètres plus loin, au milieu d’un parc… enneigé. Heureusement qu’ils avaient chacun prévu en conséquence pour les températures locales… Korskine sautait sur place en les attendant, désignant le sol à ses pieds.

Là, c’est juste là ! Là ! Venez, écoutez, écoutez !

Des bips très rapprochés résonnaient. Signe qu’il y avait bien quelque chose. Konstantin prit Chase par le bras et l’entraîna légèrement à l’écart.

Korolev a fait des repérages supplémentaires, il a confirmé qu’il y avait bien quelque chose qui va nous intéresser. Il était surpris que Korskine réussisse à le détecter, par contre… Il va falloir la jouer fine avec lui, qu’il ne nous fasse pas d’histoire.

Il désigna le scientifique du pouce.

D’après Korolev, on devrait pouvoir trouver un accès pour aller vers les égouts… Là-bas.

Il montra, cinquante mètres plus loin, une bouche d’égout, qui tranchait sur le sol blanc.

Allez-y, j’occupe notre… « ami ».

Konstantin retourna vers Korskine, qui avait arrêté de sauter, et qui creusait du bout du pied pour découvrir l’herbe.

Professeur ? Je suis désolé, j’ai oublié de vous dire… J’ai vu chez vous un ouvrage, De la vie extraterrestre sur Terre, j’aurais dû le prendre. Nous allons sûrement en avoir besoin pour les recherches…
Oh ! Je vois, oui, bien sûr. Vous voulez aller le chercher ?
Je ne sais pas… Pourriez-vous y aller, vous ? Nous vous attendons ici, le temps d’observer un peu les environs.
Oui, oui, évidemment ! Vous voulez que je vous laisse le radar ?
Non, vous pouvez le remporter, j’aurai juste besoin du livre.

Trente secondes plus tard, le scientifique avait disparu. Le diplomate pu rejoindre la plaque d’égout et y descendit, par une échelle, pour retrouver en bas toute son équipe. Bon débarras. Argos serait plus efficace sans parasite.
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Message posté : Sam 15 Mar 2014 - 17:31 Message
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— Un radar ? C’est euh…

Chase toussota légèrement et acheva son commentaire :

— …vintage.

Et voilà : il fréquentait trop Abban et le vocabulaire de fashion victim de l’Irlandais était en train de déteindre sur lui. Le jeune homme parcourut les relevés les uns après les autres. Il y avait des oscillations. Soit. Les oscillations se rapprochaient. Re-soit. Le technologue jeta un coup d’œil à Konstantin, un peu dubitatif. Il avait certes toute confiance dans les capacités intellectuelles de son diplomate (difficile du reste de faire autrement), mais cette fois-ci, il ne pouvait s’empêcher de demeurer perplexe. Korskine lui agita certes son fameux radar sous les yeux, mais faute de pouvoir véritablement désosser la machine, Chase n’était pas tout à fait sûr de son efficacité — et ce n’était pas la prétendue collection d’artefacts rares du Russe qui allait le convaincre.

L’illuminé ne parut pas se rendre compte de son scepticisme : armé de son détecteur magique, il partit dans les escaliers, tandis que Konstantin et Aaron en profitaient pour se rouler des patins. Andy fixa Chase. C’était sa première véritable mission sur le terrain, avec les Argonautes, et l’initiation était pour le moins… inattendue.

— Vous procédez toujours ainsi ?
— Ah, docteur, vous découvrirez que la vérité prend bien des formes.

Espérait-il. Sincèrement. Parce que pour le coup, il manquait lui-même quelque peu de foi. Toute l’équipe ne s’en embarqua pas moins dans le van de leur ami le professeur et le véhicule, tout aussi douteux que le détecteur, démarra en trombe. Chase, toujours assez peu ravi quand il s’agissait d’emprunter le moindre engin automobile, se cramponnait à la poignée du plafond, tandis qu’Aaron et Konstantin devaient probablement se tripoter à l’arrière et qu’Andy, pour sa part, se demandait ce qu’elle était venue faire là.

Heureusement le voyage ne fut pas très long et le mentaliste put reprendre son souffle dans l’air frais du parc. Très frais. Un peu trop frais. Après son petit voyage de décembre, avec Lukaz, au soleil, Chase avait pris goût à la chaleur. Il releva le col de son manteau et progressa à grands pas dans la neige, pour éviter d’ajouter à cette histoire farfelue l’humiliation d’une glissade malencontreuse. Pendant ce temps, le radar s’affolait comme mon rythme cardiaque à la salle de sport. L’Américain lança un coup d’œil à l’écran.

— Et qu’est-ce que ça détecte, au juste ?
— Les rayonnements !
— Quel genre de rayonnements ?
— Le genre extraterrestre ! Vous voyez ? Hein, vous voyez ?

Jubilait la scientifique fou tandis que Konstantin, à l’oreille de Chase, apporta une caution beaucoup plus sérieuse à toute cette histoire. Le jeune homme hocha lentement la tête. Korolev était une source beaucoup plus fiable que Korskine. Le hochement de tête fut un signe de départ et, pendant que Konstantin s’occupait d’écarter leur guide fort aimable mais un peu trop enthousiasme, Aaron conduisait les deux autres Argonautes vers la plaque d’égout. Un geste presque distrait de la main de Chase et le lourd disque de métal se souleva pour coulisser. Andy jeta un regard à son supérieur. Elle avait entendu parler de ses pouvoirs, mais elle n’avait jamais vu de démonstration et ne savait encore ce qui tenait du mythe ou de la réalité.

Chase se pencha pour sonder du regard l’échelle et les tunnels qui lui succédaient.

— Vous savez qu’à force, cinquante pour cent du temps où je voyage, je me retrouve soit dans des égouts, soit dans des grottes glauques. Sérieusement, je vais finir par mal le prendre.

Après avoir esquissé un sourire, Aaron ouvrit la marche, pour s’assurer que les égouts en question ne présentaient aucun danger, suivi par Chase et par Andy. Quelques minutes plus tard, alors que les trois Argonautes inspectaient à la lumière de leurs lampes torches sorties des sacs à dos leur environnement immédiat, Konstantin les rejoignait et Chase, en relevant les yeux vers le sommet de l’échelle, fit coulisser de nouveau la plaque pour dissimuler les traces de leurs passages.

— OK. Bon, sérieusement, quoi que ce soit que son machin détecte, ça détecte un truc et a priori, dans les égouts, y a rien à détecter. Korskine ne s’intéresse qu’aux histoires d’alien, on peut raisonnablement supposer qu’il y a quelque chose. On a pas le plan des égouts et on ne sait pas l’impact que l’artefact éventuel aura sur les télécommunications, alors dans l’immédiat, on ne se sépare pas. Si toutefois on devait être séparés, tout le monde revient aussi vite que possible à la surface, on se retrouve et on refait une expédition avec des plans. Pas de risque inutile. Aaron ?

L’ancien espion désigna un tunnel parmi les trois qui s’offraient à eux, parce qu’il se dirigeait à première vue en direction du parc et qu’il fallait bien commencer quelque part. Chase hocha la tête et la troupe se mit en marche, suivant en file indienne l’une des corniches qui longeaient un canal d’eaux usées. Diluée par les précipitations et la neige fondue, l’odeur était sans aucun doute moins insupportable que pendant les mois d’été.

— Et comment un objet extraterrestre se retrouverait dans les égouts, au juste ?
— Beaucoup de possibilités. Soit il est là depuis très longtemps et la ville a été construite par dessus. Soit l’objet est assez petit, il est tombé dans un point d’eau urbain et il a été charrié jusqu’aux égouts. Soit il a été déposé là par quelqu’un.
— Déposé ?
— Korskine est pas le seul allumé. Ma sœur et moi, une fois, on a dû affronter une sorte de secte qui vénérait une prophétie autour d’un objet extraterrestre. Qu’on a récupéré, évidemment.
— Évidemment…
— Et puis sinon, c’est une excellente cachette. En dehors des égoutiers, personne ne passe par ici, et il suffit que l’objet ne soit pas très imposant…
— On est sous le parc, approximativement à l’endroit de tout à l’heure.

Les Argonautes s’arrêtèrent à l’indication d’Aaron et les lampes torches se mirent à balayer tout autour. Le tunnel présentait toujours le même aspect de béton monotone. Chase lâcha donc sa lampe torche, qui resta immobile dans les airs et entreprit de fouiller dans son sac, pour en sortir une tablette numérique, qui n’avait sans doute jamais été mise sur le marché. Le jeune homme pianota sur l’écran pendant quelques secondes avant de délivrer son diagnostic :

— OK. Il y a bien quelque chose. Ce sont des ondes radio, ou un truc voisin, un signal assez simple, avec des fluctuations d’amplitude importantes. Je dirais que c’est… hmm… là.

Le technologue pointa du doigt le canal d’eaux usées.

— Ça doit être fixé au fond, alors, si ça n’a pas bougé depuis la première fois que Korskine l’a détecté.
— C’est peut-être très lourd.
— Ou alors il y a un dispositif d’attache.
— En tout cas, il va falloir draguer.

Chase fit un signe de tête à Aaron et l’ancien espion ouvrit son propre sac, pour dévoiler un contenu pas du tout militaire, mais qui avait été collectivement jugé essentiel par les Argonautes, lorsqu’ils avaient appris de Konstantin l’emplacement supposé de l’artefact : une sorte de grande pelle à piscine, que le Britannique entreprit de monter.
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Message posté : Dim 16 Mar 2014 - 17:30 Message
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Toute l’équipe, réunie autour du canal d’écoulement des eaux usées, s’apprêtait à découvrir ce qui se trouvait là, au fond. Aaron, après avoir monté son matériel pour draguer les eaux usées, entreprit de commencer les recherches. Il fallait espérer qu’ils trouvent quelque chose avant le retour de Korskine, qui risquait de venir les embêter et, sans doute, de les faire repérer. Konstantin ne doutait pas de ses propres capacités à négocier avec les autorités, mais avec un individu tel que le scientifique un peu dérangé, il ne serait pas aisé de mener une conversation sans dérapage. D’autant que Korskine devait être connu dans les environs. Le Britannique sembla buter sur quelque chose.

Ah ! On dirait que j’ai trouvé.

Se plaçant un peu mieux au bord du canal, il tâcha de détecter si l’objet au fond de l’eau pouvait facilement être sorti sans avoir besoin de se mouiller. Après une poignée de secondes, il sortit quelque chose qui faisait à peu près la taille d’un ballon de handball, visiblement assez léger, et métallique. Après l’avoir déposé au sol près d’eux, il s’agenouilla devant et désigna un côté.

C’est cassé. Ici. C’est un morceau de quelque chose de plus gros.

Un morceau. Ce qui signifiait que le reste devait se situer quelque part, il fallait espérer dans le coin. Muni de gants, Aaron le prit dans ses mains pour le soupeser, et n’eut pas l’air de souffrir du poids. Il le fit tourner, de façon à ce que le rayon des lampes éclaire chaque côté, et pointa des inscriptions.

Il y a des marques ici. Comme des chiffres, mais… ce ne sont pas des chiffres.

Konstantin s’approcha pour y jeter un œil.

Ce n’est pas une inscription humaine, ça ne correspond à rien de ce que je connais. Et si c’est bien extraterrestre, je n’ai pas encore eu l’occasion de voir cette écriture.

Dans les galeries souterraines, un bruit métallique résonna et leur parvint. Comme si… on avait bougé une plaque d’égout. Juste après, on entendit les échos d’une voix :

Vous êtes là ? Professeur Terendt ? Monsieur Neutron-Grey ?
Mais quel imbécile ! Il va attirer l’attention…

D’ailleurs, d’autres voix s’y joignirent, en russe, de personnes qui semblaient plutôt énervées. Le diplomate tendit l’oreille pour tâcher de capter quelques mots.

On dirait la police… Il lui ont demandé ce qu’il faisait là, j’espère qu’il ne va pas parler de nous, je n’ai aucune envie de passer par le commissariat…

Tout était arrangé pour que leur séjour se fasse en toute discrétion, a priori dans la légalité, mais la loi russe était aisément manipulable, selon les besoins des hommes de pouvoir. Là, si les autorités découvraient qu’une équipe internationale avait trouvé un artefact probablement extraterrestre, il y avait des chances pour que ça ait des répercussions fâcheuses.

Le mieux est d’attendre un peu, le temps qu’ils… commença Konstantin, avant d’être interrompu par une voix plus forte, venant de la même direction.

Un policier qui criait « il y a quelqu’un ? » depuis la surface. Il appela plusieurs fois.

Il faut espérer qu’ils ne vont pas descendre. Ils connaissent sans doute mieux que nous le réseau des égouts, ils sont capables de nous retrouver…
Si on fait vite, on devrait pouvoir trouver une autre issue, proposa Aaron, qui entretemps avait de nouveau dragué un peu, sans succès, avant de replier son matériel.

Le groupe poursuivit dans la galerie, s’éloignant de leur point d’accès, et l’ancien espion finit par désigner une autre plaque, cinq minutes plus tard. Il y monta le premier et put jeter un regard à l’extérieur. Puis il leur fit signe de monter. Ils débouchèrent dans une ruelle un peu sombre, voisine du parc. Konstantin sortit son téléphone et appela Evgueni Korolev. La conversation dura une minute, juste le temps d’échanger le principal. Après avoir raccroché, l’Ukrainien transmit aux Argonautes.

Korolev a des contacts dans la police. Il dit qu’on est surveillé depuis mon arrivée, et qu’ils nous ont perdus. Du coup, ils viennent d’arrêter Korskine, ils vont l’interroger. Lui-même n’est pas sûr de garder longtemps sa liberté de mouvements.
Et pourtant, il faudrait découvrir le reste de ce qu’on a trouvé, dit Aaron, en désignant le sac dans lequel avait été emballé le morceau d’artefact.
Oui, il nous faut un pied-à-terre pour nous poser.

Et comme si la météo russe avait décidé de ne pas les aider, il se mit à neiger. Une sirène de police se fit entendre non loin. Aaron consulta une carte de la ville sur son smartphone suréquipé et désigna le grand axe qu’ils apercevaient au bout de la ruelle.

Il y a un petit hôtel par-là, aucune étoile, ça devrait suffire, en payant bien le gérant, pour l’instant, dit-il, avant de se tourner vers son compagnon. Au fait, tu es où, toi ?
Au Novotel. Ce n’est pas si loin d’ici. J’ai d’ailleurs réservé plusieurs chambres.
Qu’est-ce qu’il vaut mieux faire ? Aller aux devants des autorités et s’expliquer avec eux ? Ou continuer discrètement, en allant au petit hôtel ?

Konstantin avait les capacités pour qu’ils puissent négocier, mais il n’était pas sûr de l’ouverture d’esprit des policiers et de leurs patrons. La décision revenait donc au chef de l’équipe.
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Message posté : Lun 17 Mar 2014 - 11:31 Message
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À peine le ballon de handball radiophonique extraterrestre sorti de l’eau des égouts que Chase se pencha dessus. En même temps qu’Aaron le tournait dans tous les sens, les lampes torches s’agitaient autour de l’objet, tandis que le chef de l’équipe l’examinait sous toutes les coutures. Difficile d’en déterminer la fonction sans autre appareil de mesure et environnement technologique approprié, à plus forte raison quand il en manquait une partie. Le jeune homme voulait au moins s’assurer que l’appareil ne ressemblait à aucun objet technologique connu — l’écriture était un peu indice, mais elle pouvait toujours être un code élaboré pour l’occasion. Il finit par hocher la tête et décréter :

— On l’embarque.

Ils n’eurent de toute façon guère le choix : la police ayant retrouvé leurs traces, les Argonautes furent contraints à une petite course, aussi discrètes que possible, dans les tunnels des égouts, jusqu’à trouver une seconde plaque, remonter promptement et la remettre en place, en espérant que les échos et l’humidité eussent couvert, quelques mètres plus bas, les signes de leur passage. Alors qu’Aaron exposait les différents choix qui s’offraient à eux, Chase opta pour la seconde solution.

— Autant Konstantn et, en dernier recours, moi-même pouvons nous assurer de la collaboration des policiers qu’on aura devant nous, autant nous manquons de moyens pour savoir jusqu’à où les directives pour notre surveillance remonte dans la hiérarchie. Mieux jouer l’évitement et nous replier en dehors de nos bases.

L’équipe se mit en route pour l’hôtel repéré. On y payait à l’heure et, de toute évidence, on y dormait pas que l’on ne s’y divertissait. Alors qu’ils pénétraient dans le petit vestibule, une femme assez peu vêtue embarquait à l’étage un homme ventripotent. Le gérant de cette maison de passe, avachi derrière un petit guichet et devant une télévision vétuste, regardait d’un œil morne défiler les bandeaux d’une chaîne d’informations en continu, marmonnant de temps à autre des commentaires plein de patriotisme sur la situation en Crimée.

Chase jeta un coup d’œil à Konstantin. Ce n’était pas avec les quelques mots de russe appris dans l’avion qu’il allait pouvoir réserver l’espace nécessaire ; il laissa donc l’Ukrainien gérer la situation et, quelques minutes plus tard, les Argonautes observaient collectivement deux lits simples un peu crasseux, séparés par une table de chevet, dans une chambre dont les tons uniformément grisâtres n’inspiraient guère confiance. Ce que trois hommes venaient faire avec une seule femme dans une chambre pareille, le gérant n’avait pas eu l’air de beaucoup s’en soucier.

— C’est… Coquet.
— Bon, alors, qu’est-ce que c’est, ce truc ?

Le globe découvert avait été déballé et posé sur un lit. Chase avait sorti sa tablette et une sonde, pour commencer à piquer l’objet en différents endroits. Après quelques minutes de silence absorbé, il murmura :

— Je pense que c’est une balise.
— Une balise ?
— De position. Comme pour un bateau ou un avion. Vous voyez, la coque de l’objet est lisse et faite d’un alliage thermorésistant, vraisemblablement pour supporter le contact du vide interstellaire. De toute évidence, comme l’a signalé Aaron, l’objet est ordinairement relié à quelque chose d’autre, et sa seule réaction semble être d’envoyer un signal. Le signal est assez faible pour une balise spatiale et ce truc est soit très vieux, soit dépendant d’un système d’alimentation qui augmente la puissance du signal. Et là, il fonctionne sur ses restes.
— Ça n’a pas l’air très ancien.
— Ça ne veut rien dire. La coque protectrice est peut-être très stable et le passage dans l’eau aura éloigné les poussières et les saletés. C’est dommage, d’ailleurs : en analysant des résidus géologiques, on aurait pu situer peut-être son point de départ.
— Et du coup, qu’est-ce qu’on fait ?

Chase s’éloigna finalement du globe.

— Notre meilleure chance de déterminer sa provenance sans matériel d’analyse lourd, c’est de retracer sa circulation dans le réseau des égouts. Avec une carte précise des canaux et du circuit de déversement, plus un relevé météorologique des précipitations pour les derniers jours, on devrait pouvoir calculer quelques endroits possibles. La météo, on peut la télécharger en ligne, mais la carte des égouts n’a pas été numérisé : il va falloir qu’on s’introduise dans le service des eaux pour les scanner.
— Ah bah ça va pas être suspect, ça…

Le mentaliste hocha la tête. Si la police les recherchait, mieux valait éviter de trop attirer l’attention. Il tapota machinalement l’angle de la tablette pendant quelques secondes, avant de suggérer :

— Voilà ce qu’on pourrait faire. Professeur Terendt et Dr. Garner, vous vous présenteriez à l’accueil du service des eaux, en prétextant une recherche quelconque, afin de faire diversion. Je vais coder un petit virus rapide sur la tablette et il faudra que vous l’approchiez d’un ordinateur relié à l’intranet. Quand le virus aura fait son effet, le courant devrait être coupé pour quelques minutes au moins, sans doute plus. Aaron et moi aurons pénétré dans le bâtiment par une entrée de service. On ira chercher les plans, on les scannera et nous nous retrouvons à la sortie.

Chase se retourna vers Konstantin.

— Évidemment, il nous faudrait au moins un véhicule. Vous croyez pouvoir arranger ça ?
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Message posté : Lun 17 Mar 2014 - 23:27 Message
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Chase décida de ne pas pousser la chance de l’équipe en optant pour le petit hôtel repéré par Aaron. Il s’avéra que le lieu n’était pas un simple petit établissement pour visiteurs peu munis financièrement, mais plutôt un carrefour de rencontres… particulières. Konstantin, une fois à l’intérieur, se demanda si c’était une bonne idée. Et finalement, il déduisit que la discrétion était sûrement l’un des maîtres-mots des propriétaires. Il s’approcha du gérant, occupé à marmonner des commentaires sur l’actualité mouvementée qu’il voyait sur son petit écran. Sans même regarder qui était là, il donna un prix et tendit une clé. Le diplomate glissa quelques billets sur le comptoir et prit la clé. Peu après, la femme et les trois hommes découvraient une chambre miteuse dotée de deux lits.

Le leader exposa ensuite le programme, qui souleva quelques interrogations, mais il les balaya par un plan qu’il semblait avoir improvisé, mais qui s’avérerait sans doute payant. Konstantin acquiesça à la requête concernant un véhicule, et sortit sans attendre son téléphone. En moins de dix minutes, il avait fait joué plusieurs contacts, dont un élu du coin, qui lui garantirait en plus de la discrétion, une éventuelle immunité si le besoin s’en faisait ressentir. Charge à lui de renvoyer un jour l’ascenseur. Quand il raccrocha, il se tourna vers les trois autres :

Un chauffeur arrive dans dix minutes, maximum. Il se met à notre service avec son véhicule aussi longtemps qu’il le faudra.

Aaron, qui s’était étendu sur le lit resté libre, se redressa pour rejoindre son compagnon.

Mikhaïl Roborylev, hein ? T’es sûr qu’il va pas cafter en haut-lieu ?
Je lui ai dit que je lui en devais une, il sait ce que ça vaut. Au pire, j’en sais quelques-unes sur lui qui pourraient le faire revoir ses envies de parler.
Ah ! Tu saurais être retors, s’il le fallait ? demanda malicieusement le Britannique, en prenant l’Ukrainien par la taille.
La diplomatie, c’est aussi pouvoir obtenir ce que l’on veut de l’autre par n’importe quel moyen.
Tu viens de l’inventer, celle-là !
Que veux-tu, il faut bien que…

Konstantin fut interrompu dans sa réplique par un baiser. Aaron semblait décidé à profiter des minutes restantes avant de repartir. Et si lui ignora totalement Chase et Andy, son homme se montra un peu plus réticent à la présence des deux autres membres de l’équipe. Heureusement, il fut sauvé par le gong, son téléphone vibrant à la réception d’un message. Il se détacha donc de son compagnon et s’approcha de la fenêtre.

Il est là. On y va !

Le gérant ne prêta aucune attention au groupe qui repassa dans l’autre sens et s’engouffra dans la voiture, une Mercedes noires aux vitres teintées. L’avantage d’un tel véhicule, c’était que ça faisait officiel, voire « secret », du coup, il y avait peu de chances pour qu’ils soient arrêtés ou même inquiétés. Konstantin prit place aux côtés du chauffeur, qui se présenta : Andreï. Puis il lui donna la destination, et le trajet se fit dans le silence. Moins de dix minutes après, la Mercedes s’arrêtait devant le siège local de la compagnie national des eaux. Konstantin et Andy descendirent, et le chauffeur redémarra pour contourner le bâtiment.

Prête ?
Il le faut bien.

Tous deux entrèrent donc. Tout respirait encore l’empire soviétique. Avec une touche de modernité en plus, mais pas excessive. Au bout du grand hall, une femme d’un certain âge, avec des petites lunettes sur le bout du nez, tapait à l’ordinateur, devant un écran antique. Qui tranchait avec les caméras sophistiquées aux quatre coins. Elle leva à peine la tête quand ils se présentèrent devant elle. L’air de rien, il posa la tablette près de l’ordinateur, espérant qu’il allait se passer quelque chose.

Madame, bonjour ! la salua-t-il, en russe, évidemment.
Monsieur, répliqua-t-elle, d’un ton morne, sans le regarder.
J’aurais besoin, s’il vous plaît, de rencontrer un de vos supérieurs.
Je ne fais pas l’affaire ? demanda-t-elle, en levant pour la première fois les yeux.
Je ne prétends pas que vous n’êtes pas compétente dans votre domaine, madame, mais j’accompagne ici le professeur Goodison, qui travaille sur la qualité de l’eau dans la région.
Goodison ?

L’employée sexagénaire, par-dessus ses lunettes, scruta le visage de la femme noire devant elle.

Oui, le professeur Ashley Goodison, grande spécialiste britannique de l’eau.
Elle parle russe ?
Non, je suis son interprète.
Ah… Qu’est-ce qu’elle veut savoir, exactement ?
Elle souhaite visiter vos installations et comprendre comment fonctionne votre système.
Oui, je vois… que se passe-t-il ?

Soudain, le courant avait sauté. La lumière du jour, qui perçait par l’entrée trente mètres derrière, était désormais la seule source d’éclairage. La femme ne sembla aucunement paniquée. Elle prit le téléphone et vérifia s’il y avait une tonalité : rien.

Pas de panique, madame, monsieur, tout est sous contrôle, fit-il, sur le même ton morne, avant de se lever, de prendre une lampe-torche dans un tiroir, et de disparaître par une porte derrière elle.

Konstantin récupéra la tablette et se tourna vers la pauvre Andy, qui n’avait pas compris un seul mot depuis le début.

Désolé pour tout ça, ça ne doit pas être évident pour vous… Espérons que la panne va durer suffisamment longtemps pour qu’ils arrivent à récupérer les documents.

Dix minutes, au moins, passèrent avant que la lumière revienne. La sexagénaire fit son retour et reprit sa place. Elle resta silencieux quelques instants, comme si elle cherchait la manière de dire les choses.

Je suis désolée, mais nous n’allons pas pouvoir vous faire visiter les installations aujourd’hui. Revenez demain.
Malheureusement, le professeur Goodison repart ce soir. Ce n’est vraiment pas possible ?
N’insistez pas, non, ce n’est pas possible.
Konstantin afficha une mine contrariée, mais se résigna.

Très bien… Au revoir, madame.

Et il entraîna Andy à l’extérieur. Là, ils s’éloignèrent un peu, et attendirent le véhicule qui, ils l’espéraient, reviendrait avec Chase et Aaron, munis des plans.
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Message posté : Mar 18 Mar 2014 - 18:07 Message
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Aaron avait commencé à remuer Konstantin à pleine langue, une habitude pour le couple, qui laissait toujours Chase quelque peu perplexe — et intéressé. Le regard du jeune homme consentit finalement à se détacher de l’entreprenant Britannique. À chaque fois, il se demandait si dans dix, vingt ou trente ans, Lukaz et lui seraient comme ça. Toujours aussi motivés. Sans doute. Il en était convaincu. Après tout, n’étaient-ils pas ensemble depuis, pffiou, au moins cinq mois ? Autant dire une éternité, dans la vie de Chase !

L’ancien informaticien de l’UNISON finit tout de même par se détourner de ce spectacle pour s’asseoir au bord d’un des deux lits et commencer à coder, sur la fameuse tablette, le petit virus élémentaire qui devait s’infiltrer dans le système de sécurité du service des eaux, accéder aux contrôles de la coupure d’urgence, nécessairement présente dans une installation de ce genre, et forcer un arrêt complet des systèmes mais, surtout, reproduire l’opération en boucle. Quelque chose d’assez efficace pour ne pas mettre Konstantin et Andy dans une situation délicate et d’assez simple pour être finalement balayé par les antivirus des ordinateurs et ne pas éveiller outre mesure la suspicion de la sécurité.

Lorsque la voiture arriva, le virus était fin prêt et les Argonautes purent prendre place à bord du véhicule. Alors que les rues de plus en plus enneigées défilaient, Chase ne put s’empêcher de repenser à ce que Konstantin avait souligné, avant d’être interrompu par Aaron : la diplomatie, c’était aussi avoir de quoi faire pression. Le Neutron-Grey songeait aux données qu’il avait volées au Planificateur, bien des mois plus tôt, des données propices au chantage, l’activité principale de leur ancien adversaire. Il les avait enregistrées sur un disque et n’y avait plus retouché, incapable de savoir précisément quoi en faire, mais convaincu qu’elles serviraient un jour. Peut-être devait-il procéder comme Konstantin ? Être plus systématique ? Toutes les lire, les classer, savoir à qui il pouvait faire appel et qui il pouvait menacer ?

L’apprenti criminel laissa là ses sinistres projets quand la voiture se rangea non loin du service des eaux et quitta le véhicule en compagnie d’Aaron, pour contourner le bâtiment. Une constatation s’imposait : ce n’était pas Fort Knox et même l’aquarium de Star City était mieux protégé que ce centre de retraitement doublé d’un service administratif, dont l’entretien depuis des décennies laissait quelque peu à désirer. Il y avait tout de même des alarmes rudimentaires aux portes et quelques caméras : c’était tout ce qui le séparait d’une véritable promenade de santé. Chase, les yeux rivés à sa montre, murmura :

— Ça devrait pas tarder.

Et bientôt, les voyants rouges des caméras s’éteignirent lentement. Sans attendre, Aaron prit la direction des opérations. Au regard de ses années au MI6 et des précédentes missions de l’équipe Argos, l’infiltration n’avait rien de très palpitant : les couloirs se succédaient aux couloirs et, lorsqu’ils atteignirent les archives, l’archiviste qui y attendait patiemment le retour de l’électricité fut étrangement pris d’une soudaine envie de se rendre aux toilettes. Tandis que l’homme s’éloignait pour satisfaire un illusoire besoin naturel, Chase et Aaron commençaient déjà à parcourir les rangées de dossiers : tel était bien le principal obstacle que de retrouver dans ce fatras les plans qu’ils recherchaient.

Mais ce fut bel et bien avec les plans dument photographiés, dans le téléphone de Chase, que les deux Argonautes rejoignirent quelques minutes plus tard leurs coéquipiers.

— Alors ?
— Quoi ?
— Ça s’est bien passé ?

Chase haussa un sourcil.

— Bah évidemment. C’est un service des eaux russes. La dernière fois, on a été kidnappés par des paramilitaires sud-américains. Je crois qu’on peut gérer les administrations post-soviétiques, quand même.

Andy haussa les épaules et marmonna :

— Oui, enfin, c’est nouveau pour moi, tout ça.

Elle était certes habituée aux zones de conflit, mais c’était bien la première fois qu’elle se faisait passer pour une spécialiste d’hydrologie britannique dans un service des eaux russe accompagnée d’un diplomate ukrainien pour permettre à mentaliste américain et un ancien espion anglais de photographier le tracé des égouts. On était un peu loin de son expertise en traumatologie.

— Vous verrez, on s’habitue.

Restait à savoir si c’était une bonne chose. En tout cas, les Argonautes avaient réintégré la spacieuse voiture, partie se ranger dans un parking souterrain, le temps pour l’ordinateur de Chase, une fois toutes les données téléchargées et compilées, de les comparer et de produire des estimations. Le jeune homme, comme souvent, était absorbé par ses écrans et ne prêtait guère attention aux conversations. Lorsqu’il releva les yeux, il eut même l’air un peu étonné de ne plus voir les rues autour d’eux : il n’avait pas senti la voiture bouger, descendre dans le parking et s’y garer.

— OK. Donc, les estimations de provenance dessinent une zone géographie assez large, tout un quartier en fait, dans le secteur assez pauvre, si j’ai bien compris. J’ai téléchargé des images satellites, de toute évidence, il y a des habitants en barre, mais aussi des usines abandonnées, d’autres fonctionnels : une zone industrielle avec des logements. Presque une cité ouvrière. En l’état, impossible de réduire véritablement le périmètre. On cherche quand même des points d’accès aux égouts vraisemblablement abandonnés, donc je parierai sur l’une des trois usines désaffectées. En revanche, je sais pas trop ce qu’elles fabriquaient, tout est en russe…

Et c’est pourquoi Chase tendit la tablette à Konstantin.
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Message posté : Jeu 20 Mar 2014 - 15:00 Message
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Dans le parking, le véhicule était bien plus discret que s’il avait stationné dans la rue. Konstantin récupéra la tablette que lui tendait Chase et consulta les informations sur les usines. Comme il le pressentait, tout avait trait à la métallurgie. Après tout, Ekaterinbourg était une grande ville industrielle, la principale de l’Oural.

Deux appartenaient au même groupe, fabrication de chars d’assaut, majoritairement. L’autre fabriquait des armes plus légères. Apparemment, elle a été relocalisée non loin. Ça fait une dizaine d’années que ces usines sont désaffectées, il y a donc assez peu de risques à s’y aventurer, même s’il vaut mieux passer par derrière.

L’Ukrainien rendit la tablette à Chase et donna l’adresse au chauffeur, qui démarra sans attendre. Le trajet devait durer une petite dizaine de minutes.

Espérons qu’il n’y aura pas de contrôle, ça serait une perte de temps… commenta-t-il, sans douter évidemment qu’ils s’en sortiraient.

La voiture se gara finalement dans une rue déserte, juste derrière l’un des trois usines repérées par Chase. Aaron descendit le premier, seul, pour s’approcher l’air de rien d’une porte, seule ouverture dans les parages dans la grille entourant le site abandonné. Il revint juste après pour indiquer qu’il avait réussi à l’ouvrir. Sans être inquiétés par qui que ce soit, les membres de l’équipe purent s’introduire dans l’enceinte. Pas de patrouille, pas de caméra. Le chauffeur alla se garer un peu plus loin, pour éviter tout de même d’attirer l’attention, alors que les Argonautes se regroupaient dans un coin.

Dans cette usine étaient fabriqués des chars d’assaut, elle a fermé en 2002 et personne n’a touché à rien depuis. Apparemment, ils ont essayé de la transformer, de la détruire, mais aucun accord n’a jamais été trouvé, ça s’est embourbé dans de l’administratif, et tout le monde a fini par oublier son existence.

Aaron posa une main gantée sur la poignée d’une porte, qui… s’ouvrit. Visiblement, ceux qui s’étaient chargés de fermer les lieux avaient dû imaginer que le portail suffisait. À l’intérieur, une odeur de renfermé et de rouille attaqua les narines des visiteurs. La faible lumière qui perçait des fenêtres hautes éclairait la poussière qui flottait dans les airs. Par endroits, des gouttes d’eau tombaient du plafond jusque dans des flaques immenses.

Je me demande si je ne préférais pas la neige, dehors… fit Aaron, en sortant une lampe-torche.

Un bruit, cinquante mètres plus loin, se fit entendre, et résonna dans l’immense espace. Immédiatement, l’ancien espion sortit son arme et se précipita vers la source du vacarme. Peu après, il revenait, suivant un clochard apeuré, les mains sur la tête, qui répétait « Ne me faites pas de mal, ne me faites pas de mal ! » en boucle.

Il a voulu me sauter dessus, mais il s’est raté. Il a l’air d’avoir vidé la moitié d’une bouteille de vodka…
Nous n’allons pas vous faire du mal, ne vous inquiétez pas. Nous n’allons pas vous déranger longtemps, dit Konstantin, en russe, pour rassurer l’homme, qui arborait une grosse barbe et un bonnet rouge miteux, avant de reprendre en anglais, à l’adresse de son compagnon : Baisse ton arme, tu vois bien que tu lui fais peur.

Aaron sembla vouloir dire quelque chose, mais il se retint et rangea son pistolet. L’homme se détendit légèrement et se mit à se frotter les mains.

Ça fait longtemps que vous squattez ici ?

Aucune réponse. Apparemment, il n’était pas prêt à répondre. Le diplomate choisit l’option la plus simple dans ce genre de situation : il sortit son portefeuille et en tira quelques roubles. Aussitôt l’attention du clochard fut bien plus palpable.

Combien de temps ? répéta Konstantin, en tendant les billets.
Cinq mois, répondit l’homme en attrapant sa récompense.
Vous êtes seul ici ?
Deux autres. Pas là.
Vous avez de la visite, parfois ?
Police, une fois. Deux mois. Garde à vue, relâché.

L’Ukrainien se tourna vers son équipe, pour transmettre l’information.

La police a fait une descente ici il y a deux mois, ils les ont arrêtés, lui et ses deux copains. Il demanda à l’homme : Ils sont venus pour quoi ?
Sais pas. Histoire objet bizarre.
Objet bizarre ?
Oui, détecté, pas trouvé.

Konstantin remit quelques billets supplémentaires à l’informateur, puis s’adressa de nouveau aux Argonautes :

Il y a eu des recherches sur un objet bizarre, qu’ils n’ont pas trouvé. Alors, est-ce qu’ils ont mal cherché, ou est-ce que c’est ailleurs ?

Sur le sujet, la question restait entière, il fallait compter sur les outils de Chase. Konstantin attendit de voir si le leader de l’équipe avait d’autres questions à poser à l’homme, avant de lui demander sa discrétions pour quelques roubles de plus, et de le renvoyer vers sa cachette. La suite des opérations devenait technique, et nécessiterait peut-être un déménagement vers une autre usine.
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Message posté : Sam 22 Mar 2014 - 13:50 Message
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Chase avait l’impression d’être devant sa GameCube et de pénétrer dans l’enceinte d’un cartel néo-soviétique, dans Goldeneye : l’usine devant laquelle leur véhicule s’était arrêtée venait achever, après les descriptions de Konstantin, le tableau imaginaire d’une Russie post-URSS où les géants de la métallurgie s’étaient habilement maintenus dans des villes modernes ou avaient sombré, comme celui qui leur faisait face, dans une rapide décadence de rouille et d’éboulis. Malgré le voyage avec Maxime dans ce qu’il avait baptisé Terre URSS, Chase n’avait toujours pas étendu ses connaissances historiques, lacunaires comme très souvent, sur cette période, qui demeurait pour lui l’imagine d’Épinal qu’en offrait la culture populaire américaine.

Il marchait à pas lents dans l’usine et, en regardant les coursives qui, en hauteur, accrochées au béton, faisaient le tour de la salle d’assemblage centrale et avaient jadis permis aux contre-maîtres de surveiller l’efficacité du travail des ouvriers, le jeune homme ne put s’empêcher de se souvenir de sa rencontre avec le clan Usagi, quelques mois plus tôt, aux côtés du Corbeau, à la périphérie de Chinatown, dans une usine désaffectée somme toute assez semblable. Un frisson parcourut son échine. En bon citadin, il était bien plus sensible à l’aspect fantomatique de ces structures de métal abandonnées qu’à celui de la forêt de Star City, même après son expérience malheureuse aux côtés de son frère.

L’irruption d’un sans abri ne l’étonna guère : Aaron n’avait pas eu de grandes difficultés à leur frayer un chemin et il était fort possible que le grillage qui entourait l’usine eût été en maint autres endroits cisaillés avec insistance ou même simplement rongé par la rouille. Plus de dix ans, aux dires de Konstantin, que le bâtiment était abandonné. Alors que le diplomate interrogeait le seul habitant des lieux, Chase sortit de sa contemplation un peu rêveuse pour rallumer sa tablette et scanner superficiellement les environs. La machine détectait bien une activité électrique et radio, faible, presque insignifiante, et qui eût été impossible à relever si tout le bâtiment n’avait été plongé par ailleurs dans un profond sommeil technologique.

Le clochard disparut après avoir empoché ses roubles et Chase hocha la tête.

— Disons qu’à moins d’être persuadé qu’il y a quelque chose, chercher serait sans doute une perte de temps. On pourrait tout aussi bien supposer qu’on détecte une sorte de bruit de fond de la ville. Si on avait pas trouvé une partie de l’objet dans les égouts, je ne suis même pas sûr que je me serais arrêté ici avec ces relevés-là.

Ce n’était certes pas très encourageant : le bâtiment était immense.

— Mais ce sont bien les mêmes signaux, on est au bon endroit.

Chase éteignit la tablette, la rangea et sortit une lampe torche, bientôt imité par Andy.

— On va supposer qu’ils ont un peu fouillé quand même, dans les endroits les plus visibles. Les coursives, les pièces principales, ce genre de choses. Et qu’ils n’ont pas poussé plus loin, en estimant que ça n’en valait pas la peine. Je propose donc de commencer par les endroits moins aisément accessibles.
— Hmpf.

Aaron et tous les Argonautes savaient fort bien ce que cela voulait dire.

— On va dans les sous-sols.
— On va toujours dans des sous-sols.

Poussiéreux, malodorants, à moitié effondrés. Mais il n’y avait rien de surprenant à cela : les objets tombés en évidence avaient déjà été collectées depuis longtemps. Chase esquissa un sourire amusé et se tourna vers Konstantin.

— Professeur, si vous trouvez le panneau qui indique la cave…

Parce que les caractères cyrilliques ne se ressemblaient certes pas tous pour le mentaliste, mais ils étaient tous dépourvus de sens. Ce fut donc sous l’égide de l’Ukrainien que les Argonautes cherchèrent l’accès le plus proche aux sous-sols et ils purent bientôt descendre prudemment des escaliers. Heureusement, construits dans le dur, en béton, ils n’avaient pas souffert du temps. Le sous-sol de l’usine était au moins aussi vaste que le bâtiment lui-même : des aires de stockage, des générateurs électriques, des tuyaux de chauffage, d’eau, d’électricité. Les recherches allaient être longues.

— On active les communicateurs et on se sépare en deux groupes. Professeur, avec moi, docteur, avec Aaron.

De la sorte, Konstantin et Andy pouvaient chacun compter sur une protection et la nouvelle venue pourrait se familiariser un peu plus avec un autre membre de l’équipe. Et puis Chase supposait qu’Aaron et Andy, à eux d’eux, avaient un russe au moins assez élémentaire pour décrypter un ou deux panneaux d’indications — tandis que lui avait absolument besoin d’un traducteur.

— On fait le point toutes les dix minutes et on avise à chaque fois. À en juger par l’état de ce qui était dans les égouts, on cherche un objet d’apparence métallique beaucoup moins usé que ce qui nous entoure. Dans la mesure du possible, si vous trouvez, ne le touchez pas : on ne sait jamais. C’est parti.

Alors qu’Aaron et Andy prenaient le côté gauche du tunnel qui desservait, dans un long cercle, les différentes salles des sous-sols, Konstantin et Chase partirent vers la droite. À chaque nouvelle porte, le mentaliste éclairait le panneau, posait un regard interrogateur sur Konstantin, attendait la traduction puis ouvrait la porte. Et comme l’usine, pour l’heure, n’offrait rien de palpitant, Chase prit le parti de faire un peu de conversation.

— Alors, comment ça se passe, pour votre famille ? Je suppose que vous avez les ressources nécessaires, mais si les NG ou la DDS peuvent faire quoi que ce soit pour vous, Professeur…

Et la proposition était parfaitement sincère : Konstantin et lui n’allaient certes pas boire des canons ensemble le soir après le travail, mais Chase entendait bien prendre soin de ses coéquipiers et de leurs proches.
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Message posté : Lun 24 Mar 2014 - 0:11 Message
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Comme c’était à prévoir, la prochaine destination de l’équipe était… les sous-sols. La logique était implacable mais, comme le fit remarquer Aaron, ça devenait répétitif. Comme si tout ce qui pouvait avoir trait aux extraterrestres avait pour habitude de disparaître dans les entrailles de la Terre, que ça soit en plein forêt vierge, sous des pans de montagne, ou en pleine ville, dans les souterrains d’une usine désaffectée. Le groupe se déplaça donc dans le bâtiment, jusqu’à ce que Konstantin localise la petite pancarte indiquant l’escalier menant aux étages inférieurs. Une fois en bas, ils se séparèrent, Andy allant avec Aaron, et Konstantin avec Chase. Le Britannique avait des notions de russe, il s’en sortirait donc sans trop de souci. À mesure que les portes défilaient, l’Ukrainien secouait la tête : ce n’étaient là que des réserves pour du matériel sans intérêt.

Au bout d’un moment de marche, le leader de l’équipe décida d’engager la conversation sur un sujet qui n’avait rien à voir avec la mission qu’ils menaient : la situation dans le pays natal du diplomate. La proposition de Chase semblait sincère, et elle était appréciée, mais mélanger à ce point le professionnel et le personnel, Konstantin le faisait déjà avec Aaron, et il ne voyait pas la DDS ou même les Neutron-Grey s’impliquer dans la sécurité de sa famille. Après quelques secondes de silence, il finit par prendre la parole, non sans continuer à observer les alentours et déchiffrer les inscriptions.

C’est assez compliqué. Mes parents vivent à Kharkov, qui est dans la partie pro-russe, et mon père a cette particularité d’être plutôt ouvert à l’Europe, ce qui risque de faire rapidement désordre… Si j’ai réussi à convaincre ma mère de quitter la ville, et même le pays, lui a l’air de ne pas voir encore les risques… C’est gentil de proposer votre aide, mais je pense que je finirai par le convaincre. D’autant que si son épouse est partie, il va se sentir un peu seul. J’ai eu la chance, quelque part, d’être fils unique, et je n’ai pas de famille nombreuse, oncles, tantes…

Il s’arrêta soudain devant une porte. Qu’importait le signal capté par Chase, c’était surtout ce qui devait se trouver derrière qui était intéressant.

C’est un accès au niveau inférieur, dit-il, en appuyant sur la poignée rouillée, mais rien ne se produisit. Impossible de l’ouvrir comme ça. Un peu de télékinésie ?

Une fois la porte ouverte, elle révéla un escalier étroit, mais la poussière qui flottait dans l’air empêchait de voir à plus de trois mètres.

En plus de la poussière, ça sent l’humidité. On descend, ou on finit d’abord le tour ? Quoique j’ai l’impression qu’on risque d’étouffer rapidement si on va par-là…

Le professeur orienta le faisceau de sa lampe-torche vers le couloir qu’il n’avait pas encore parcouru, et discerna quelque chose un peu plus loin, au sol. Il s’approcha et vit que c’était un trou, un trou assez conséquent.

On dirait que quelque chose est tombé là… dit-il en désignant un autre trou, au-dessus. Quelque chose qui aurait traversé le toit… On voit le ciel… et qui serait tombé jusqu’en bas.

Ce qui était étonnant, c’est que les policiers venus deux mois auparavant n’aient rien remarqué. Sans doute n’avaient-ils pas eu vraiment envie de trouver. Konstantin s’agenouilla et éclaira aussi loin qu’il put dans la crevasse. En plus d’y faire plus que noir, on y voyait une sorte de brouillard, formé là encore par la poussière qui devait flotter dans les airs.

J’ai bien l’impression qu’il va falloir descendre, en fin de compte… Mais pas par ici.

Se redressant, il contacta Aaron.

On a trouvé quelque chose, l’endroit où l’objet qu’on recherche aurait pu tomber.
Rien de notre côté, à part des rats et une chauve-souris. On vous rejoint.

L’Ukrainien resta pensif un moment, avant de se tourner vers Chase.

Des rats et des chauves-souris. Alors que nous, nous n’en avons pas vu un seul. Vous pensez que l’objet qu’on recherche pourrait avoir une incidence sur cette absence d’animaux dans cette partie du couloir ?

Une forme de radioactivité, ou d’ondes, quelque chose qui empêchait la vie de se développer par-là, ou même, l’empêchait de s’approcher. Si c’était le cas, ça ne présageait rien de vraiment bon pour l’équipe, à moins qu’ils n’aient des organismes trop développés, trop gros pour subir les mêmes effets que les petits animaux.

Mieux vaut les attendre près de la porte, là-bas… reprit-il, en rebroussant chemin.

Une fois arrivé devant le battant ouvert, il s’adossa contre le mur.

Concernant la proposition, j’apprécie vraiment et, si je n’étais pas sûr que mon père finisse par craquer, j’aurais accepté. Mais il saura être raisonnable et ne pas tenter le diable. Perdre sa place à l’université n’est pas dramatique, il pourra trouver du travail ailleurs. Surtout si je le recommande…

Restait à attendre Andy et Aaron, qui ne manquerait sans doute pas de faire remarquer qu’ils allaient encore descendre.
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Message posté : Lun 24 Mar 2014 - 12:04 Message
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— Vraiment ? Encore un trou ?

Chase, qui venait de hocher la tête aux remerciements de Konstantin, sans insister pour apporter une aide dont il ne doutait pas que l’Ukrainnien et ses vastes relations pouvaient fort bien se passer, s’était retourné vers les deux Argonautes qui les avaient rejoints et avait expliqué leurs récentes découvertes. Aaron ne manqua pas de souligner l’immuable logique de leur exploration. Chase haussa les épaules et commenta :

— Ça tombe du ciel, ça va vite, ça creuse des trous, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?
— Et les policiers ne l’ont pas trouvé ?
— Mettez vous à leur place. Vous êtes censé arrêter des criminels et on vous envoie dans une usine où il ne se passe rien, où tout tombe en ruine, pour enquêter sur on ne sait trop quoi, franchement, je suppose qu’ils avaient mieux à faire. Ce n’est sans doute pas la seule crevasse du coin. Nous, on sait ce qu’on cherche, c’est plus facile, évidemment.

Accessoirement, ils étaient beaucoup plus motivés. Restait la délicate question de l’absence d’activité animale autour de la zone. Une fois le problème exposé, les trois hommes se retournèrent vers Andy, qui commença par préciser :

— Je ne suis pas vétérinaire.
— Vous avez bien une idée…

La femme soupira.

— Eh bien, ça pourrait être un certain nombre de choses. Les animaux fuient ce qu’ils perçoivent comme la présence d’un prédateur, généralement à cause de bruits ou d’odeurs bien connues d’eux. Ils pourraient avoir assimilé l’objet à cela. L’objet pourrait émettre des ondes radios seulement audibles pour eux, et pour des animaux habitués à vivre dans l’obscurité, l’effet serait dévastateur. Les radiations… Je ne sais pas. S’il y a un trou dans le toit, l’impact est relativement récent et vous auriez dû croiser, ou nous, des animaux victimes, sur plusieurs générations, des effets des radiations. Ils ne se seraient pas contentés de libérer la zone.

Chase jeta un regard interrogateur à Aaron et Konstantin. L’explication lui paraissait satisfaisante.

— Accessoirement, on a rien détecté de particuliers, à ce niveau, sur la partie retrouvée dans les égouts. Il faudrait que les éléments radioactifs aient une demi-vie particulièrement courte pour arriver à une désintégration totale sur un objet séparé en si peu de temps.
— C’est aussi mon avis. C’est vraisemblablement sans danger. Du moment que l’on reste vigilants et qu’on se prépare à remonter vite au premier signe d’inconfort…

Chase hocha la tête. Puisque les deux scientifiques de l’équipe étaient tombés d’accord, le reste n’avait plus qu’à suivre et les Argonautes remontèrent le chemin déjà parcouru par Konstantin et le mentaliste, pour atteindre la petite porte que, quelques minutes plus tôt, Chase avait fait céder par la force de sa télékinésie. En humant l’air humide, Andy fit remarquer :

— On doit définitivement approcher du but : une conduite d’eau a dû céder, vers les égouts. Ce qui explique l’humidité. Et le trajet du morceau qu’on a trouvé.

Chase ne put s’empêcher d’esquisser un sourire : la nouvelle recrue d’abord un peu sceptique commençait de toute évidence à se prendre au jeu. En attendant, comme il était fréquent, le mentaliste ouvrait la marche tandis qu’Aaron la fermait, pour que l’équipe fût en permanence encadrée par ces deux gages de sécurité. Les escaliers un peu glissants s’enfonçaient jusqu’aux fondations à proprement parler du bâtiment, en-dessous des sous-sols, là où l’on n’avait dû jadis se rendre que pour les grosses opérations de maintenances. Tout n’y était plus que couloirs sans inscription, à la succession de tuyaux rouillés et de boitiers électriques depuis longtemps désossés.

Le chef de l’équipe prit la direction suggérée par la droite que formaient l’impact dans le toit et celui dans le sol. Ils ne tardèrent pas à rencontrer une flaque, puis une autre et une autre encore, jusqu’à patauger dans l’eau. Le trajet ne fut pas très long cependant et il devint rapidement évident qu’ils n’avaient plus besoin de chercher : quelques mètres plus loin, les faisceaux de leurs lampes se croisaient sur l’objet de leur recherche. Il était formé par un agglomérat de globes tous à peu près semblables à celui qu’ils avaient retrouvé dans les égouts et qui semblaient souder les uns aux autres. L’ensemble formait une structure de deux bons mètres de haut, sur un de large.

— Hmmm…

Chase éclaira le trou par lequel l’objet était tombé, au-dessus d’eux.

— On a un problème.
— Oui.
— Quoi ?
— Le trou.
— Eh bien ?
— Il est beaucoup trop petit pour avoir laissé passer un truc aussi gros que ça.

Les lampes torches rejoignirent l’objet extraterrestre.

— Et si un machin comme ça était tombé du ciel, l’usine ne serait plus debout pour en témoigner.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Probablement que ça se multiplie.
— Et celui qu’on a laissé dans le coffre de la voiture, il se multiplie aussi ?
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Message posté : Dim 30 Mar 2014 - 23:43 Message
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Si au début, Andy Garner ne s’était pas montrée particulièrement enthousiaste, il vint un moment où son excitation était presque palpable. Elle avait exposé sa théorie sur l’absence de tout animal dans les parages, et à présent, elle semblait impatiente de découvrir le fameux objet recherché par l’équipe. Et après avoir atteint une zone plus humide, et finalement commencé à patauger, le groupe trouva enfin ce qu’il convoitait. Une structure composée de sphères semblables à celle découverte dans les égouts. Konstantin remarqua tout de suite que quelque chose clochait. Lui qui avait pu mentalement mesurer le trou dans le couloir au-dessus voyait bien que ce qu’il avait sous les yeux n’avait pu y passer. Aaron et Chase en firent la remarque, pour porter le problème à l’attention du docteur Garner. L’Ukrainien, après la question de cette dernière, sortit son téléphone. Le réseau était trop faible, aussi repartit-il en arrière et remonta-t-il les escaliers.

Quand il fut certain de pouvoir appeler, il contacta le chauffeur. Ce dernier, stationné à deux-cents mètres du point où il avait laissé les Argonautes, décrocha sans attendre. Dix secondes après, il sortait du véhicule et allait ouvrir le coffre. Pour informer Konstantin qu’il y avait deux sphères, collées l’une à l’autre, posées sur ce qui ressemblait aux restes d’un sac. Seulement deux, au moins, ça ne se multipliait pas trop vite, même si ça ne faisait pas si longtemps qu’ils avaient récupéré la première sphère. D’ailleurs, pourquoi ne s’était-elle pas multipliée avant ? Tout en redescendant, il établit une théorie logique. Immergé, un tel objet devait sûrement manquer d’un élément pour se développer. Élément probablement présent dans l’air. Ce qui expliquait que ça ait pu se multiplier malgré l’humidité ambiante.

La sphère dans le coffre s’est dédoublée, informa-t-il les autres, avant de laisser son esprit classer les informations pour exposer ce qu’il avait imaginé. Quand elle était dans les égouts, totalement immergée, elle n’a pas bougé, quelle que soit la durée qu’elle a passée là. Mais là… il doit y avoir quelque chose dans l’air qui a favorisé la multiplication. Peut-être bêtement l’azote, à moins qu’il y ait autre chose.

L’azote, ou plutôt le diazote, qui n’était pas présent dans l’eau.

J’ai dit au chauffeur de trouver un moyen de mettre les deux sphères dans l’eau, pour éviter que ça ne continue à se multiplier. Quant à déplacer ça…
… ça s’annonce compliqué, vu que ça ne passera par aucune ouverture. Si on veut le sortir de l’usine, il va falloir casser des murs. Ou des plafonds.

Le Britannique leva les yeux vers le trou au-dessus d’eux. La solution était peut-être d’agrandir ce qui était déjà fait, mais ça ne résolvait en rien le problème du transport. Tendant sa lampe à son compagnon, Aaron s’approcha de la structure et, non sans avoir mis des gants, il s’essayait à jauger du poids de toutes ces sphères réunies. L’ensemble se souleva à peine.

Impossible. Il faudrait être toute une équipe de rugbymen, ou alors, avoir une grue.

Deux options qui ne s’offraient malheureusement pas à eux.

Attendez… qu’est-ce que c’est ? fit l’ancien espion, en levant une main pour demander le silence.

Un léger grésillement se faisait à présent entendre. Doucement, il approcha son oreille de la structure.

On dirait que ça vient… de l’intérieur. Il en fit le tour, tout en écoutant au plus près. Et même carrément, du cœur… comme s’il y avait quelque chose de… peut-être pas de vivant, mais quelque chose… de différent au milieu.
On ne l’entendait pas avant. Fais attention, ça émet peut-être des ondes nocives…

Imaginer que son homme soit contaminé par de quelconques radiations extraterrestres ne l’enchantait guère. D’ailleurs, il se tourna vers Chase, qui pourrait s’assurer grâce à ses appareils qu’il n’y avait en effet aucun danger. Parce qu’il n’y avait aucune raison qu’un risque soit pris rien qu’en écoutant un grésillement. Il n’y avait que dans les films que les scénarios catastrophes avaient court. Et puis, si toutefois ça devait mal tourner, ils s’en sortiraient tous, comme dans la jungle sud-américaine. Il n’y avait pas de raison qu’il leur arrive malheur.

Ça n’émet aucune onde nocive, n’est-ce pas ? demanda-t-il tout de même à tout hasard, assez peu rassuré par la situation.

À l’extérieur, et avec sang-froid, le chauffeur avait réussi à trouver une vieille bassine en métal, rouillée, et l’avait remplie de neige, avant d’y plonger les sphères. De ce côté-là, donc, il n’y aurait sans doute pas de problème. En revanche, ce qui pouvait poser problème, c’était le véhicule de police qui remontait une rue à quelques centaines de mètres de là, et qui pouvait bien arriver dans cette direction. Malgré les contacts du chauffeur, et même s’il s’en sortait, sa présence ne manquerait pas d’attirer l’attention de quelqu’un en haut lieu, et ça pourrait compliquer la suite des opérations…
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Message posté : Lun 31 Mar 2014 - 16:18 Message
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— C’est génial !

Oui, enfin, il était peut-être bien le seul de cet avis. Garner observait la structure avec une méfiance sensible : soigner des populations déplacées dans des zones de conflit dénuées de tout ne l’avait pas tout à fait préparée à transporter des matériaux extraterrestres doués de pouvoirs multiplicateurs, Konstantin s’interrogeait sur la nocivité des ondes potentiellement émises par l’appareil et Aaron y voyait un problème très gros, très lourd et très difficile à manipuler. Chase, lui, trouvait cela parfait — comme d’habitude, le chef de l’équipe avait une appréciation toute personnelle du danger de la situation.

Les yeux rivés sur sa tablette, il haussa d’ailleurs évasivement les épaules, quand son diplomate l’interrogea, cette fois-ci directement, sur le danger des ondes, comme si à ses yeux la question était accessoire.

— Ce n’est pas radioactif, déjà. Ce sont des ondes électro-magnétiques.

Ce qui n’était pas à proprement parler rassurant.

— Mais comment ce machin peut-il créer de la matière ?

En bonne scientifique, la Dr. Garner gardait les pieds sur terre et s’appuyait sur des principes aussi fermes, à ses yeux, que celui de la conservation de la matière.

— Excellente question !
— Y a peut-être plus urgent…

Sans se soucier de l’intervention d’Aaron, Chase se lança dans l’une de ses enthousiastes spéculations :

— On pourrait imaginer un processus inverse à la désintégration atomique où un matériau constituerait de nouveaux atomes en absorbant les éléments autour de lui.
— Il faudrait un apport extérieur d’énergie.
— Avec des éléments chimiques, peut-être ? Le professeur Terendt vient de suggérer l’azote, c’est un bon candidat.
— Il faudrait une réaction chimique azotée capable de fournir au moins autant d’énergie qu’une désintégration atomique n’émet de radiations.
— Je croyais qu’il n’y avait pas de radiations.
— C’est génial !

Le téléphone de Konstantin se remit à sonner : le chauffeur venait de discuter avec la police qui avait passé son chemin, mais il n’était pas persuadé que les agents eussent cru sa petite histoire et il y avait fort à parier que la cavalerie débarquerait bientôt. Autant dire que les Argonautes pouvaient s’attendre à une vitesse. Pendant que l’Ukrainien s’entretenait avec leur contact à l’extérieur, Chase tournait autour de la structure en la détaillant d’un regard émerveillé.

— Et pourquoi ça se mettrait à grésiller soudainement ?
— Tous les processus physico-chimiques ne sont pas continus. Peut-être qu’il accumule de l’énergie et se déclenche à partir d’un certain point.

Garner secoua la tête.

— Ça me parait aller bien trop vite pour un semblable effet.
— Ça dépend de ce qu’il y a à l’intérieur. Peut-être que le diazote n’est qu’un catalyseur pour une réaction impliquant des matériaux internes.
— Et le but ?
— Je ne sais pas. Créer un bouclier pour une entrée dans l’atmosphère, sans occuper un espace trop considérable pendant le reste du voyage spatial ?

Garner fixait Chase en ne sachant trop si elle avait affaire à un scientifique complètement cinglé ou à un génie visionnaire.

— Votre version de la science est beaucoup trop… spéculative pour moi.

Chase haussa les épaules.

— Je ne suis pas scientifique, je suis technologue. J’imagine l’avenir : c’est mon métier.
— On va peut-être laisser là les slogans et revenir au cœur du problème, non ?
— Hmoui.
— Alors, 1. pourquoi ça grésille ? et 2. comment est-ce qu’on le déplace discrètement ? Vous pouvez soulever ça, vous ?
— Soulever, peut-être, le transporter tranquillement jusqu’à l’aéroport sans me faire remarquer, je crois pas, non. Et puis, ça ne résoudra pas notre problème de multiplication.
— Qu’est-ce qu’on fait, alors ?
— On le laisse là ?

Chase regarda alternativement les deux autres Argonautes.

— Professeur Terendt nous a dit que la sphère récupérée dans les égouts s’est multipliée aussi, ça veut dire qu’on peut étudier le processus à partir d’elle, c’est suffisant.
— Mais si ça, ici, ça continue à se répliquer, le quartier ou même la ville seront en danger !
— Ah.

Chase fixa de nouveau la structure, l’air assez peu préoccupé par le sort hypothétiquement funeste des locaux. Il finit cependant par hocher la tête.

— On passera des informations aux autorités. S’il suffit d’immerger tout ça dans l’eau, ce ne sont pas les cimetières à navires qui manquent dans la région, si j’ai bien compris. L’UNISON pourra peut-être s’en occuper. Après tout, nous avons de bonnes relations avec elle, alors il est peut-être temps de jouer au donnant-donnant. N’est-ce pas, professeur ?

Chase chercha l’approbation de ce geste de bonne politique en Konstantin, sans se douter de ce que l’Ukrainien venait d’apprendre de la visite des autorités.
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Message posté : Mer 2 Avr 2014 - 12:50 Message
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Chase rassura le groupe en précisant qu’il n’y avait aucune radioactivité, mais que les ondes étaient électromagnétiques. La conversation qui suivit fut très scientifique et suscitait un enthousiasme certain chez le leader du groupe. Le téléphone de Konstantin se mit alors à sonner, et l’Ukrainien dut s’éloigner pour s’assurer d’avoir, encore, une bonne communication. Si le chauffeur rappelait déjà, c’était sûrement parce qu’il se passait quelque chose.

Qu’est-ce qui se passe ? demanda sans ambages le professeur.
Je viens de discuter avec une patrouille de police. Ma position m’a permis de m’en sortir, je leur ai dit que je faisais partie d’un groupe d’enquête pour le gouvernement. Je ne suis pas certain qu’ils m’ont cru, mais ils sont partis.
Ils ont demandé quel type d’enquête ?
Ouais, j’ai répondu que c’était classé secret défense. J’imagine qu’ils vont aller vérifier l’information et probablement revenir.
Vous avez donné des noms, montré une carte ?
J’ai simplement montré ma carte, ce qui les a sûrement dissuadés de m’embarquer…
Bien, déplacez-vous en restant discrets et tenez-nous au courant. Au fait, tout va bien, avec la sphère ?
Oui, elle a cessé de se multiplier. Heureusement, ils n’ont pas demandé à ce que j’ouvre le coffre.
Bien. On se tient au courant, donc.

Le diplomate retourna vers son groupe, au moment où Chase semblait chercher une solution au danger que posait la potentielle multiplication de la structure qu’ils avaient sous les yeux : il faudrait sans doute encore quelques mois, mais les sphères finiraient par déborder de l’usine et s’attaqueraient sans doute à la ville. Le NG se tourna vers Konstantin et proposa de contacter l’UNISON pour déplacer l’objet vers un cimetière pour navires, le genre d’endroit où il serait immergé et cesserait de grossir.

C’est une idée, mais il va sûrement falloir composer avec les autorités. Notre chauffeur a reçu la visite de policiers, et il pense que ce sont d’autres « forces » qui vont bientôt arriver. L’OMON, peut-être, ou le FSB. Je préférerais le FSB, même si j’ai déjà eu l’occasion de négocier avec des militaires… Il faisait bien sûr référence à ceux rencontrés en Amérique du Sud. Mais dans les deux cas, ça risque d’être âpre, surtout que l’UNISON n’est pas aussi bien vue ici qu’aux États-Unis.

À ce moment-là, le grésillement émis par la structure s’interrompit, et il y eut comme un choc métallique, mais rien ne sembla s’être produit. Aaron fronça les sourcils et en fit le tour.

[color=red]Il y a une sphère supplémentaire derrière. Et rien qu’en regardant, même bien, il n’y a aucun indice de ce qui a pu se passer… Elle a le même aspect que les autres, comme si elle était là depuis longtemps.(/color]

Alors que la logique aurait voulu, sûrement, qu’elle ait l’air plus « neuve ».

Sauf si elle a été poussée vers l’extérieur par une autre qui est apparu à l’intérieur, avança-t-il, en refaisant un tour. En tout cas, ça a vraiment l’air de se faire un par un. Peut-être pas assez de… composants nécessaires à la réaction.

Revenant devant le groupe, il demanda :

Alors, on sort et on avise après avec le FSB et l’UNISON ? Je dois dire que je commence à me lasser des profondeurs de la Terre.
C’est vrai qu’on passe du temps dans le noir… La prochaine fois, on pourrait aller à la montagne… Ou la mer, peut-être.

Ça sonnait presque comme des destinations de vacances, mais il n’était pas déplacé non plus de penser à joindre l’utile à l’agréable. Il y avait sûrement des artefacts extraterrestres que l’on pouvait découvrir ailleurs que dans les entrailles de la planète que ça soit sous des montagnes ou sous des villes. La sonnerie du téléphone de Konstantin retentit de nouveau.

Je remonte et je vous attends en haut, déclara-t-il aux Argonautes, avant de reprendre l’escalier et de décrocher.
Il y a un hélicoptère qui tourne au-dessus la zone, il s’est arrêté un moment du côté de ma première position.
Vous êtes caché ?
Je me suis mis à couvert à deux-cents mètres de l’autre côté.
Il y a quelque chose d’écrit, sur l’hélicoptère ?
Non, il est noir, uni. Sûrement le FSB.
Je m’en doutais… Ne bougez pas, on ne va pas tarder à sortir.

Quand il raccrocha, Aaron arrivait près de lui.

Si j’avais su que je signais pour passer le reste de ma carrière dans l’obscurité, j’aurais réfléchi un peu plus longtemps, dit-il, avant de voir la mine soucieuse de son homme.

Qui attendit que tout le monde soit là pour annoncer la nouvelle :

Un hélicoptère du FSB est déjà sur place. Le Federalnaïa sloujba bezopasnosti est le successeur du KGB, dont on se rappelle la réputation. En apparence, c’est moins oppressif, mais en réalité, mieux vaut ne pas se retrouver en salle d’interrogatoire avec ses officiers. Donc, si jamais on tombe sur eux, j’espère trouver les arguments pour qu’ils ne nous embarquent pas… Et si jamais certains parlent anglais, mieux vaut quand même que ça soit moi qui parle.

Pas qu’il ne faisait pas confiance aux trois autres, mais il était bien plus au fait du fonctionnement des organismes russes qu’eux. Pour la suite, il laissait Chase décider. Partir, rester ? Peut-être le FSB attendrait-il un peu avant de les intercepter pour les interroger…
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