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Auditions

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Message posté : Mar 25 Fév - 13:10 Message
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***

25 février 2014

— Hmmmmm…

Ah non. Pas de distraction. Jace attrapa le visage de Christopher, qu’un gémissement un peu trop prononcé du blond avait inquiété, et le tourna vers lui.

— …mes parents sont pas là, j’te dis…

Et pour ôter à son petit ami tout scrupule, le jeune homme repartit dans un baiser endiablé, tentant toujours de débarrasser son invité de sa ceinture. Personnellement, il avait semé son manteau dans l’entrée, ses chaussures et ses chaussettes dans le couloir, son tee-shirt à la porte de la chambre et il entendait bien se défaire du reste en moins de cinq minutes. Il venait de passer tout un cours d’économie des organisations criminelles à penser à cela, il n’allait pas attendre une seule seconde de plus.

D’un autre côté, Jace pensait à cela en se levant, en se brossant les dents, en se douchant, en soulevant des poids, en volant au-dessus de la ville… Tout le temps. La légende selon laquelle les adolescents mâles pensaient au sexe toutes les sept ou cinq secondes lui paraissait désormais tout à fait fondée. Heureusement, son esprit était assez puissant pour penser à autre chose en même temps, sans quoi l’essentiel de ses journées se fussent écoulées à rêver de Megastar nu, en bavant. La plupart du temps, Jace essayait de se contenir pour ne pas poursuivre perpétuellement son compagnon de ses ardeurs viriles, mais il y avait des fois où les besoins étaient urgents.

Ce fut donc avec cette conscience de l’urgence, trouble existentiel de l’homme moderne, qu’il plongea la main dans le sous-vêtement de son petit ami. Avant de relever brusquement la tête.

— Y a un problème.

Se rendant compte presque aussitôt que sa remarque pouvait passer pour légèrement désobligeante, il retira sa main et caressa au passage le ventre de Megastar.

— Pas avec toi, hein. Toi, t’es… Parfait. Comme toujours.

L’ordinateur de Jace sortit de sa veille. Les rideaux avaient tiré. Dehors, la lumière de l’après-midi perçait à travers le tissu et éclairait la pénombre où les deux adolescents s’étaient jetés l’un sur l’autre. La lumière de l’écran, plus artificielle, la rejoignit bientôt. Jace déposa un baiser au coin des lèvres de Christopher et tourna les yeux vers l’appareil, où une fenêtre de navigateur internet s’ouvrait toute seule. À force d’entraînement, la technopathie et la cyberpathie du jeune Roberts s’étaient considérablement développées — ce qui offrait au jeune homme des intuitions parfois un peu étranges. Si l’on ajoutait à cela une faculté certaine à penser à plusieurs choses à la fois, il lui arrivait d’interrompre des activités à cause d’une subite inspiration.

Le navigateur ouvert chargea la page de streaming d’une chaîne d’informations locale. Des images défilaient où l’on voyait des vitrines brisées et une voiture en flammes, tandis qu’une journaliste commentait gravement :

— …plusieurs milliers de dollars de dégâts. Cet événement pose une nouvelle fois la question de l’encadrement des jeunes supers, dans une ville comme Star City.

La journaliste se tourna vers un commissaire de police moustachu (puisqu’il est commissaire de police). L’homme secoua la tête :

— Les intentions de ces supers sont louables. Vouloir arrêter les criminels est tout à leur honneur. Mais on ne s’improvise pas Thunder et Megastar : avoir des pouvoirs ne suffit pas à être un super-héros et il est encore préférable de laisser la police et la Légion faire leur travail. Les dangers que de pareilles actions de vigilance font courir aux citoyens sont trop considérables pour être négligés. Nous ne tolérons pas de semblables comportements.

Après un commentaire de circonstance, la journaliste rendit l’antenne et la chaîne passa à l’actualité culturelle. Le son de l’ordinateur était déjà coupé. Jace avait l’air songeur. Ses mains continuaient à caresser, mais doucement cette fois-ci, les pectoraux de Christopher. Ces derniers temps, les incidents de ce genre se multipliaient. Si les médias y prêtaient d’avantage d’attention ou s’il y avait une recrudescence de jeunes supers mal encadrés, il était impossible de le dire. Un peu des deux, sans doute. En tout cas, Jace était d’accord avec le commissaire : la situation était critique. Et c’était précisément le rôle de la Légion en général, de la Team Alpha et de Star High en particulier, que de tenter de juguler ces énergies un peu chaotiques.

L’adolescent finit par pousser un soupir et il tourna le regard vers son petit ami.

— T’as entendu, super Megastar ? Le devoir nous appelle. On va essayer de tirer ça au clair et de voir si on peut pas fournir une structure à toutes ces bonnes volontés.

Un peu comme il l’avait fait, lui-même, pour Christopher, quand il était arrivé avec son artefact extraterrestre. À contrecœur, Jace remonta la braguette de son ami et referma la ceinture.

— Partie remise, mais crois pas que je t’oublie. Y a un truc que je veux essayer.

Oui parce qu’il s’était studieusement documenté sur Internet. Jace vint chercher un dernier baiser, tout aussi passionné que les autres, avant de murmurer :

— Bon, j’avais des vêtements, en arrivant, moi…

L’heure des auditions avait sonné.
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Message posté : Mar 25 Fév - 18:30 Message
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Chris s’était attendu à un accueil spécial, mais peut-être pas à ce point-là. En sortant des cours, il s’était envolé, était passé par chez lui pour déposer son sac, et avait repris son envol pour rejoindre la Tour de la Paix. Il avait sonné à l’appartement des Roberts et, la porte à peine ouverte, il avait presque été happé à l’intérieur, et plaqué contre le battant à peine fermé. Ce qui aurait presque pu être une agression s’il n’avait pas mis lui aussi une sorte de hargne au baiser. Avant de s’arrêter, parce qu’il craignait que les parents de Jace fussent là… Mais le blond le rassura en entreprenant de lui déboucler la ceinture, avant de retirer un à un ses vêtements. Christopher ôta son t-shirt et ils se retrouvèrent à demi-nu dans la chambre. Le brun frissonna quand une main baladeuse se glissa, sans ambiguïté, dans son boxer, puis… plus rien.

Sur le coup, Chris se demanda ce qui se passait. Il n’avait pas fallu beaucoup de temps pour qu’il sente son corps réagir à l’excitation ambiante, d’autant qu’il ne pouvait s’empêcher, souvent, de penser à ce que Jace et lui avaient fait, et pouvaient encore faire… Souvent ? Quasiment tout le temps. Les hormones étaient particulièrement actives et s’agitaient à la moindre petite pensée orientée vers Jace, que ça soit ses cheveux, sa peau, ou encore ses muscles, ses fesses, son… Mais là, le blond retira sa main, non parce que Chris avait fait quelque chose de mal, ou parce qu’il y avait un problème, là, en bas, mais parce qu’il semblait qu’il avait perçu quelque chose.

L’attention des deux adolescents se tourna alors vers l’écran de l’ordinateur, qui s’était allumé, et qui affichait à présent un flash info. Christopher, face à Jace, avaient les mains posées sur ses hanches, alors que les images de vitrines de magasins brisées et d’une voiture en train de brûler défilaient. La cause ? Les jeunes supers sans encadrement. Le brun soupira, il sentait qu’ils allaient devoir faire quelque chose. Un commissaire moustachu fut ensuite interviewé, et Megastar se sentit rougir en entendant son nom. Qu’on cite Thunder, c’était normal, mais lui… Mais il tâcha de respirer un peu pour prendre une couleur normale, histoire de ne pas se prendre une remarque.

Il acquiesça aux paroles de Jace. Ils avaient en effet du boulot. Les jeunes supers, c’était à la Team Alpha de s’en occuper. Chris se remémora le jour de son arrivée à Star City, quand il avait rencontré pour la première fois celui qui était aujourd’hui son petit ami. Sans lui, il n’aurait jamais trouvé l’envie de devenir maître du MEGAS, et il serait sans doute en train de faire ce que le commissaire venait de reprocher aux jeunes dotés de pouvoirs : tenter de faire la justice par ses propres moyens. Chris regretta un peu que son pantalon soit de nouveau fermé, et il rougit de nouveau quand Jace parla d’essayer « un truc »… Ça serait pour une autre fois.

Après un nouveau baiser, tous deux entreprirent de se rhabiller, ce qui serait bien plus correct pour sortir. Christopher retrouva aisément son t-shirt, alors que Jace dut remonter le couloir pour ramasser tout ce qu’il avait semé jusqu’à sa chambre. Finalement, quand ils furent présentables pour sortir, ils rejoignirent la plateforme de décollage. Direction : les lieux du crime. Quelques minutes après, ils atterrissaient à proximité de la voiture en flammes. Megastar reprit son apparence humaine, il n’avait pas vraiment envie d’attirer l’attention, et observa les alentours. La police avait tiré des bandes jaunes autour de la zone.

Tu crois que celui qu’a fait ça est encore dans l’coin ? Les flics l’ont ptêt embarqué…

Il repéra, un peu plus loin, en conversation avec ce qui devait être un témoin, le commissaire qui venait de passer à la télévision. Il devait bien faire deux mètres et avait un peu d’embonpoint, mais il avait cette sorte de force tranquille, de sérénité qui faisait les bons professionnels. S’avançant un peu, Chris regarda un peu l’ampleur des dégâts. La voiture terminait tranquillement de se consumer, alors qu’un camion de pompiers arrivait à peine. Pas moins de quatre magasins n’avaient plus de vitrine, le verre étant répandu sur le trottoir et à l’intérieur. Et ce qui devait être exposé là était à moitié brûlé ou renversé.

Un super qui maîtrise le feu ? Qui le crée ? Qui fait des explosions ?

Pour avoir la réponse, ils allaient devoir le rencontrer. Ils franchirent finalement la bande jaune, un flic les laissant passer après les avoir reconnus, pour s’approcher du commissaire. Là, on entrait dans le domaine d’expertise de Jace : la communication. Chris, lui, préféra continuer d’observer un peu autour. Le commerce du milieu était une bijouterie. Apparemment, c’était la cible de départ. Les murs étaient un peu noircis. Un peu loin, deux ambulances étaient stationnées, et on semblait s’affairer autour. Il y avait dû y avoir des blessés. Un holdup arrêté par un vigilant, mais pas sans dégâts ? C’était l’hypothèse la plus plausible, d’après Christopher.
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Message posté : Mar 25 Fév - 19:28 Message
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— Hmm…

Jace ferma les yeux en entendant la question de son coéquipier. La voiture brûlait, l’intérieur de la bijouterie était quelque peu brûlé. Mais impossible de savoir si le vigilant (ou la vigilante ?) était responsable du feu ou des explosions, plutôt que le, la, les criminels. À vrai dire, les informations ne leur en avaient pas donné beaucoup, justement, des informations : des anlyses, oui, sur l’insécurité croissante dans les rues de Star City, sur les moyens qui manquaient aux pédagogiques particulières. C’était peut-être mieux, finalement : passer le fait divers pour arriver aux causes du problèmes.

— Y a une caméra dans la bijouterie. Une là. Et là. Et là.

Jace avait désigné différents endroits ; il rouvrit les yeux pour constater ce à quoi ils correspondaient : la bijouterie, un immeuble d’habitations huppé, une banque et une agence immobilière. Nul doute que ce quartier aisé était ordinairement des plus paisibles. Les deux jeunes gens passèrent la bande jaune et, d’un pas décidé, un sourire déjà aux lèvres, Jace conduisit Christopher jusqu’au commissaire. Alors que l’homme se retournait vers eux, Thunder s’exclama :

— Harry ! Comment ça va ?

Il lui serra vigoureusement la main.

— Alors, ta femme, son tournoi ?

Le blond se retourna vers Christopher et expliqua :

— La femme de Harry est golfeuse professionnelle.
— Ça va, ça va. Troisième. La saison est quand même un peu difficile.
— C’est son tendon, c’est ça ?
— C’est ça.
— J’espère que ça ira mieux très vite. Transmets lui mes vœux de rétablissement.

La communication, pour Jace, était un exercice comme un autre, dans lequel il fallait méthode et entraînement. C’était bien simple : si le jeune homme avait de si bonnes relations, contrairement à nombre de super-héros, avec les forces de l’ordre de Star City, c’était qu’il avait établi des fiches sur les différents protagonistes, avec les circonstances de la rencontre et des anecdotes remarquables, pour pouvoir facilement briser la glace par une introduction toute personnelle. Évidemment, le développement phénoménal de son intelligence facilitait grandement l’exercice de mémorisation.

— Je te présente Megastar, mais vous vous êtes déjà vus, peut-être.

Il savait pertinemment que non.

— Non. C’est un honneur. Vous faites de l’excellent travail.

Après avoir serré la main de Christopher, Harry étendit les bras autour de lui, pour englober la scène.

— Dommage que tout le monde suive pas votre exemple.
— Vous avez attrapé quelqu’un, sur ce coup-là ?
— Le braqueur de la bijouterie, oui. Sacrément secoué, d’ailleurs. On parvient pas à en tirer grand-chose.
— Et il y a eu des blessés ?

Le commissaire secoua la tête.

— Alors… Enfin, je sais qu’il y a pas mal de dégâts matériels, que les assurances vont chercher des responsables, tout ça, mais peut-être que si Megastar et moi, on se mettait sur la trace de la personne qui a arrêté le braqueur, peut-être que ça se passerait plus en douceur, non ? C’est sans doute un type paumé, tu sais, quelqu’un qu’a un peu de mal…
— La Légion cherche à recruter… ?

Le commissaire avait adopté un temps mi-amusé, mi-suspicieux. Jace se contenta de la vérité et hocha la tête.

— C’est aussi à ça qu’on sert, non ? Remettre les bonnes volontés dans le droit chemin.
— C’est vrai, c’est vrai. Mais je peux pas non plus retirer la SCPD de l’affaire.
— J’dis pas ça, mais enfin, une petite longueur d’avance.
— Hmmm…

Jace et Harry restèrent les yeux dans les yeux pendant plusieurs secondes, sans que l’adolescent ne détournât le regard. L’assurance de super-héros de Thunder n’était plus à prouver et il avait amplement les épaules pour supporter de semblables situations.

— Je vous laisse jusqu’à demain matin.
— Super, Harry, merci beaucoup ! On te revaudra ça, promis.
— Y a intérêt.

Jace adressa un grand sourire à l’officier de police avant de se détourner. Alors qu’ils allaient s’engouffrer dans la bijouterie sinistrée, le commissaire appela :

— Hé, Thunder !
— Oui ?
— Ça l’exonère pas de venir témoigner, votre futur collègue.

Jace leva les pouces en l’air avant de disparaître dans le commerce. Il était désert : le couple de bijoutiers avait été évacué vers l’hôpital le plus proche et les deux jeunes gens purent librement atteindre l’arrière-boutique, puis le bureau, où se trouvaient les enregistrements de la caméra de sécurité.

— Le truc, c’est que les pyromanciens, c’est pas non plus ce qui manque…

Certains pouvoirs étaient de fait plus courants que les autres. Le système de surveillance de la bijouterie, des plus modernes, répondit aux volontés de Jace sans qu’il eût à esquisser un geste et bientôt, dans un enregistrement du qualité qui les changeait des vieilles caméras utilisées dans Chinatown, les deux jeunes gens purent observer distinctement la scène du braquage raté.
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Message posté : Mer 26 Fév - 0:46 Message
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Christopher jeta un coup d’œil aux caméras dans la bijouterie, avant de suivre Jace, qui aborda sans attendre, et avec verve, le commissaire, qu’il… connaissait. Le flic s’appelait Harry et avait une femme golfeuse professionnelle. Chris était assez impressionné, parce que son petit ami, en plus d’être aussi à l’aise que d’ordinaire, avait des informations exactes : comment faisait-il ? Est-ce qu’il avait des fiches qu’il révisait régulièrement ? En même temps, avec ses nouveaux pouvoirs, il ne devait plus avoir besoin de réviser, la mémoire suffisait. Le commissaire Harry serra la main de Christopher, qui, lui, serra un peu les dents, quelle poigne ! Tout en secouant discrètement ses doigts endoloris, le brun haussa les épaules avec une moue un peu dépitée, pour répondre au commentaire du policier sur l’exemple que ne suivaient pas les jeunes…

Ainsi, ils avaient attrapé le braqueur. Celui qui avait l’air d’avoir foutu le feu autour de lui avait disparu. Heureusement, il n’y avait pas eu de blessés. À côté, les pompiers s’étaient approchés de la voiture pour éteindre les dernières flammes, il n’y avait de toute façon plus grand-chose à faire pour le pauvre véhicule. En effet, les assurances allaient avoir du boulot, pour ça ou pour les établissements. Jace, lui, avançait ses pions sur l’échiquier, pour faire reculer un peu le commissaire, gagner du temps, faire en sorte que la Team Alpha puisse s’occuper de l’affaire avant de la laisser entièrement à la police. Et il y parvint, obtenant un délai jusqu’au lendemain matin ! Très, très fort. Les deux ados, désormais investis de la mission, pénétrèrent à l’intérieur de la bijouterie.

Quel bazar… commenta Chris, en regardant les vitres brisées et les bijoux au sol, avant de suivre le blond vers l’arrière de la boutique.

Là, ils se mirent devant les enregistrements des caméras de surveillance. D’abord, ils assistèrent à l’entrée du braqueur, un mec avec une cagoule, mais qui ne devait pas avoir trente ans. Il avait une arme, qu’il pointait alternativement sur le bijoutier et sa femme. Mais après seulement une poignée de secondes, il fut interrompu par quelqu’un qui rentrait. Un garçon aux cheveux roux. Il n’y avait pas de son, ce qui était dommage, mais visiblement, l’importun avait crié. Ils virent le braqueur se retourner, et puis… une sorte de cercle de feu envahit l’image, qui trembla. Un peu comme s’il y avait eu une détonation.

Ah, quand même… T’as vu, il a fait un geste, et hop, c’est parti… On dirait qu’il visait le braqueur, mais que… qu’il a un peu perdu le contrôle de son attaque. À moins qu’il ait jamais rien contrôlé… Ça a dû secouer dans les parages.

L’auteur du holdup avorté était à terre, apparemment touché. Et autour de lui, la boutique était dans l’état dans lequel il était toujours. Le lanceur de feu, lui, avait disparu. Christopher indiqua à Jace de changer de caméra, et ils purent avoir un meilleur aperçu de leur jeune mutant. Un garçon qui n’avait sûrement pas plus de quinze ans. Ses vêtements avaient l’air très simple, un peu brûlés par endroits. Il avait déguerpit à peine son attaque lancée, et tourné à gauche en sortant de la bijouterie.

L’avantage, c’est qu’il est roux… Y en a pas tant que ça, si on demande aux gens, ça va être plus simple pour eux de s’rappeler…

Il n’y avait pas grand-chose de plus à tirer des images. Au moins avaient-ils une bonne résolution du portrait du petit mutant pyromane. Chris retourna vers le magasin et s’arrêta au niveau du comptoir. Il remarqua alors un détail qui avait certainement échappé à tout le monde. S’approchant de la porte, il effleura du bout du doigt une trace sur le mur. Comme un petit sillon creusé dans la pierre.

On dirait… une balle…

D’après la trajectoire, le projectile avait dû finir sa course quelque part à l’extérieur. Il revint sur ses pas et chercha autour du comptoir, se baissa, se mit même à genoux pour regarder dessous et…

J’ai trouvé une douille… dit-il en se redressant, la petite coquille métallique dans le creux de la main. Le braqueur a dû tirer au moment où l’autre l’a attaqué, c’est pour ça qu’on voit rien…

Il laissa sa trouvaille à Jace et sortit, tout en tâchant de calculer la trajectoire de la fameuse balle. Mais avec tout le verre au sol, et le passage qu’il y avait dû y avoir depuis plusieurs minutes… difficile de la repérer. Il soupira et se tourna vers la direction où ils avaient vu disparaître l’auteur de « l’attentat ».

Tant pis, on est pas là pour ça, t’façon. Et donc, il est parti par-là…

Cela faisait quand même presque une demi-heure que le roux s’était enfui, mais peut-être n’était-il pas si loin. Tout en cherchant de sa position, un endroit qui pouvait paraître une bonne cachette, Chris demanda tout haut :

Tu crois qu’il attendait que quelqu’un braque la bijouterie ? Il pouvait pas passer par hasard, c’pas possible… Il est arrivé trop vite… Il habite peut-être dans le coin… En tout cas, c’est un sacré coup de bol pour lui.

C’était quelque chose qu’il fallait lui reconnaître. Mais à présent, les deux apprentis légionnaires avaient la charge de l’empêcher de recommencer. Du moins, pas sans un cadre officiel.
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Message posté : Mer 26 Fév - 18:11 Message
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— C’est clair.

Ça avait dû secouer, ce n’était rien de le dire. Jace n’était pas sûr que les bijoutiers eussent été plus traumatisés par leur agresseur que par leur sauveteur. Ni que le premier eût fait plus de dégâts que le second.

— C’t’à se demander comment personne a été blessé, quand même. T’as vu ça…

Évidemment, que Christopher avait vu : le cercle de feu, il avait été difficile de le manquer. Après avoir mieux examiné leur justicier un peu trop zélé, les deux jeunes gens quittèrent leur écran pour rejoindre la boutique. Jace ne tarda pas à se pencher sur la trace repérée par Christopher, puis la douille promptement récupérée. Le blond posa les yeux dans ceux de son coéquipier, lui adressa un sourire et commenta :

— Excellent travail. Comme toujours.

Thunder n’avait jamais été avare en matière de compliments, auprès des membres de la Team Alpha : il était convaincu que les encouragements étaient absolument nécessaires à la progression, particulièrement quand les jeunes supers, comme Christopher, manquaient souvent de confiance en eux. Mais il était vrai que depuis quelque temps, quand il soulignait les mérites de Megastar, alors qu’ils n’étaient que tous les deux, son regard en disait un peu plus que le pur professionnalisme de ses encouragements.

Les deux jeunes gens sortirent de la boutique et Jace examina les façades des immeubles, de l’autre côté de la rue.

— S’il est pas passé par hasard et qu’il habite dans le coin, il a plutôt vu qu’entendu qu’il se passait quelque chose. On va commencer par poser des questions aux commerçants, là.

Et là, c’était son domaine. Le duo rentra successivement dans une demi-douzaine d’échoppes et à chaque fois, Jace fit son petit numéro de charme. Après un sourire et un salut, il s’intéressait au quartier, à tel ou tel article d’artisanat, il faisait un peu la conversation, et ensuite seulement il évoquait la bijouterie, la Légion, la nécessité d’aider les jeunes supers et posait enfin ses questions. Le vendeur de stèles mortuaires et la librairie religieuse n’avaient jamais aperçu d’adolescent roux, mais l’épicier fin, lui, paraissait beaucoup plus familier de la question. Après de nombreuses hésitations et des commentaires de plus en plus enthousiastes de Jace sur la finesse de l’huile d’olive proposée par le magasin, l’homme derrière son comptoir finit par reconnaître :

— C’est le petit Mac Fairn. Enfin, il n’est plus petit, maintenant, bien sûr, mais ils vivent dans le quartier depuis un moment. Des banquiers, je crois, les parents.
— Ah, ça, je suppose qu’il faut une bonne situation pour s’offrir un appartement dans le coin…
— C’est certain, d’autant qu’ils sont au 33, un immeuble de copropriété très sélectif, avec portier et tout ce genre de choses.
— Cette farine vient directement d’Italie ?

Et après quelques menus propos supplémentaires, les deux Légionnaires regagnèrent la rue pour se diriger vers le numéro 33.

— Pas sûr qu’il soit chez lui, mais s’il a de la famille, ils seront sans doute contents de nous aider à le retrouver. Même si à cette heure-là, ils sont sans doute au travail.

Jace s’arrêta un peu avant l’immeuble. Il était peu probable que le portier les laissât passer sans mot dire : on le payait précisément pour préserver la vie privée de ses locataires. Le plus sûr était encore de passer par le garage. Les deux jeunes contournèrent donc l’immeuble pour arriver par l’arrière et la porte automatique du garage s’ouvrit, même sans pass. Jace adressa un clin d’œil à Christopher avant de s’y faufiler et ils purent bientôt pénétrer dans l’ascenseur.

— Bon, s’ils sont vraiment réticents, on peut parler d’la balle qu’t’as trouvé et suggérer qu’il est peut-être blessé. D’ailleurs, il est peut-être blessé. On va essayer de pas les brusquer trop, trop vite quand même. J’te laisse faire.

Il fallait bien que Christopher apprît. Ce fut quand même Jace qui, une fois devant l’appartement, appuya sur la sonnette, avant d’adresser un sourire confiant à son petit ami. La porte ne tarda pas à s’ouvrir et, bien malgré lui, Thunder marqua un temps d’arrêt. Devant eux, un jeune homme d’une vingtaine d’années, tout aussi roux que celui qui devait être son frère cadet, se dressait avec une bouteille d’eau. Il en avait sans doute bien besoin : en débarquer et en jogging, en sueur, il sortait d’une séance de sport qui ne devait pas être la première, à en juger par sa musculature plus qu’avenante.

— Eeeuh…

Voilà que l’héroïque et volubile Thunder en perdait ses mots. Le Mac Fairn posa directement les yeux dans ceux de Jace, avant de se fendre d’un large sourire.

— T’es pas Thunder, toi ?
— S-si…
— Trop cool. J’adore. J’te vois souvent à la télé.
— Ah ?

Jace avait l’air ravi. Et d’avoir complètement oublié ce qu’ils étaient venus faire là.

— Tu passes sacrément bien à l’écran, d’ailleurs. Mais c’est mieux en vrai.

Il y en avait qui ne perdaient pas de temps, dites donc.
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Message posté : Mer 26 Fév - 23:40 Message
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Chris haussa les épaules aux félicitations de Jace, avec un air de dire « ce n’est rien », mais il était reconnaissant envers son petit ami de ne jamais oublier, que ça soit pour lui ou pour les autres membres de la Team Alpha, de glisser un petit mot sur le travail bien fait. Les encouragements, c’était important, et le leader de l’équipe l’avait bien compris. Tous deux commencèrent alors leur tournée des commerces alentours, ou plutôt, Christopher suivit Jace qui fut le seul à parler et poser les questions, développant son habituel sens de la conversation, qui permettait d’obtenir, après quelques échanges en toute sympathie, les informations. Ce fut à l’épicerie qu’ils trouvèrent quelqu’un à qui la description disait quelque chose. Mac Fairn, ça faisait bien irlandais, et ça collait avec la chevelure de feu. Ainsi, la petite famille vivait au 33.

Chris garda pour lui ses réflexions sur la tenue du garçon. Il verrait bien sur place. Si les Mac Fairn avaient les moyens de vivre dans une copropriété surveillée, il était étrange que le fils se balade dans des vêtements aussi peu « riches », à moins qu’il n’ait justement prévu lesdits vêtements pour ses « interventions ». Ce qui se tenait aussi. De toute façon, les deux jeunes légionnaires n’avaient pas encore la preuve que c’était bien lui l’auteur de la soudaine augmentation de la température dans la bijouterie. Après un tour de passe-passe de Jace avec l’électricité, ils purent accéder à l’ascenseur et arriver devant la porte des Irlandais.

Ouais, pas les brusquer, ok.

Chris se tenait un peu en retrait quand la porte s’ouvrit. Et comme son petit ami, il resta bouche bée devant l’apparition. Un garçon d’une vingtaine d’années, en tenue de sport, aux bras nus et particulièrement musclés, visiblement interrompu pendant une séance. Heureusement que c’était à Jace de parler… D’ailleurs, le brun avait détourné le regard et s’était même retourné pour cacher son soudain rougissement. Il faisait chaud, dans le couloir, non ? Le contact fut rapidement établi, alors que le rouquin reconnaissait Thunder. Et forcément, l’attention finit par se porter aussi sur Christopher…

Et toi, t’es Megastar, non ?

Le susnommé pivota en priant pour avoir retrouvé une couleur de peau à peu près normale, et se contenta d’acquiescer et d’adresser un sourire crispé au jeune homme. Il devait absolument se reprendre, ils étaient en mission, en train d’enquêter, il ne fallait pas se dégonfler ou perdre ses moyens quand on s’adressait directement à lui.

J’peux faire quelque chose pour vous ?
Euh… on cherche… ton frère. T’as un frère ?
Presque, j’en ai trois ! On est quatre garçons.
Ah… petit frère ?
Oui, plus simple, là : j’ai un petit frère. Les deux autres sont plus vieux que moi. Vous cherchez Ryann ? Qu’est-c’qu’il a fait ?

Chris, qui s’était un peu surpassé pour arriver à aligner plusieurs mots, hésita. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir donner comme explication ? Apparemment, le gaillard était tout seul chez lui, pas de parents, pas de frères. Et s’il était occupé à se muscler davantage, ce qui n’était pas vraiment nécessaire, mais c’était l’avis de Christopher, qui d’ailleurs ne le regardait que très peu, il n’avait sans doute pas vu le flash info sur la bijouterie, même si l’événement s’était passé un peu plus loin.

Y a… euh, on peut rentrer, en fait ?
Bien sûr, avec plaisir ! C’est pas tous les jours qu’on a des super-héros chez soi ! Et au fait, moi, c’est Seán.

Le sportif referma derrière eux et les précéda dans un beau salon, dont les fenêtres offraient une vue sur un jardin aménagé à l’arrière de l’immeuble.

Y a des… euh… des gens avec des pouvoirs, dans ta famille ?
Pas qu’je sache… On a pas tous la chance d’avoir des super capacités comme vous, les gars ! Du coup, moi, j’compense, fit Sean, en gonflant ses biceps.

Il attrapa alors le bas de son débardeur pour s’essuyer le front et, dans le processus, il révéla des abdominaux impeccablement dessinés. Christopher piqua un fard si violent qu’il alla se coller contre la vitre. Le verre était un peu frais, et ainsi Sean n’allait-il pas voir l’effet qu’il faisait au brun. Le rouquin sembla ne pas se rendre compte de la situation, puisqu’il alla vers la cuisine, en parlant un peu plus fort pour être entendu.

Mon père pense que son père avait des pouvoirs, mais il l’a à peine connu, on a jamais eu aucune preuve, il a juste de vagues souvenirs… En tout cas, aucun d’nous en a hérité.

Il refit son apparition, une bouteille d’eau à la main. Il en but bien la moitié.

Ouais, et donc, vous cherchez Ryann pour quoi ?

Christopher avait à peine récupéré de ses émotions, mais il se tourna quand même vers l’intérieur. Il espérait que le contrejour masquerait au maximum son état.

On pense qu’il a des pouvoirs… En fait, on a des images d’un jeune, aux cheveux roux, qui projette du feu. Mais il a disparu… on veut l’retrouver pour être sûr qu’il se blessera pas, ou qu’il blessera pas quelqu’un, il maîtrise pas son pouvoir… Apparemment, ce s’rait ton frère.

Sean resta un moment pensif. Mais il ne se montra aucunement surpris par les paroles de Megastar. Après quelques secondes, il parla, mais à moitié pour lui-même.

Il est devenu bizarre, ces derniers temps… en fait, c’est presque logique… il a dû aller se planquer chez un copain. Matt, qu’habite dans l’appart’ juste en face, à l’autre bout du couloir.

Ah, ainsi Ryann aurait pu venir ici, mais ne pas oser rentrer directement chez lui ? Ce n’était qu’une supposition, il pouvait aussi très bien avoir fui et s’être trouvé une cachette ailleurs. Chris se tourna vers Jace. Et en évitant soigneusement de regarder Sean, au cas où ce dernier déciderait soudain de se mettre torse nu, en annonçant qu’il allait se doucher. Le meilleur moyen de perdre presque définitivement Christopher.
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Message posté : Jeu 27 Fév - 12:02 Message
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Le ravissement de Jace s’estompa quelque peu quand il comprit que son petit ami était en train de se rincer l’œil. Quel manque de professionnalisme ! Ce n’était pas parce que lui-même avait adressé un sourire involontairement enjôleur à leur témoin des plus charmants et des mieux bâtis que Christopher devait l’imiter ! Lui, c’était différent : il était sociable et sa bonne humeur n’avait rien à voir avec le fait que Seán put casser des noix en serrant les abdominaux. Le blond jeta un bref regard à son compagnon avant de le suivre dans l’appartement, partagé entre des envies meurtres, des envies de strip-tease et des idées à trois géométriquement difficiles à mettre en œuvre, sans aucun doute, mais pour le moins intéressante.

Jace prit discrètement une inspiration aussi profonde que possible et se cala dans un coin de la pièce, laissant à Christopher le soin de mener la conversation. Son ventre avait beau se nouer devant la constatation que son compagnon était décidément bien volubile en face d’un beau garçon, Thunder était assez pétri de professionnalisme pour faire abstraction des inquiétudes galopantes que la jalousie faisait monter en lui. C’était un mal pour un bien : tandis que Christopher accaparait leur hôte, l’esprit de Jace vagabondait de pièce en pièce jusqu’à se raccrocher à l’ordinateur du petit Ryann.

Tandis que les deux autres échangeaient sur le patrimoine génétique de la famille, Jace parcourait rapidement les dossiers. Pas de doute, il tenait leur coupable : un dossier était plein de photographies des super-héros les plus en vue, y compris Thunder et Megastar, puis de dessins de costume conçus pour un pyromancien. Dans le navigateur internet, un dossier recensait en favoris des articles de presse en ligne sur les dernières interventions de la Légion. Il y avait des forums de discussion, des listes de pseudonymes — en somme, Ryann avait bien réfléchi à son affaire. Un peu trop, sans doute : il avait pêché par excès de confiance.

— Y a un problème ?

Jace avait perdu son regard dans le vide ; il le releva alors que Seán s’adressait à lui. Depuis que l’intelligence surhumaine de l’adolescent s’était développée, ses yeux bleus avaient gagné un air perçant parfois intimidant et Seán se sentit de toute évidence mal à l’aise, parce qu’il détourna le regard. Pour lui, c’était déjà beaucoup de recevoir deux super-héros dans son appartement. Thunder, Megastar, le Commander, les NG : tous ces gens, il les regardait de loin, un peu frustré, comme il l’avait suggéré en les accueillant, en réponse aux questions de Christopher, de ne pas être comme eux.

— Bizarre comment ?
— Je sais pas, bizarre. Il s’enferme dans sa chambre, il parle moins. Il préfère regarder les infos que des films. Il disparait souvent et il est pas chez ses copains. Je sais pas trop ce qu’il fabrique.
— Et qu’est-ce que vous avez fait ?

Seán haussa ses épaules (musclées).

— J’pensais que c’était l’adolescence. J’veux dire, ça arrive, faut bien que jeunesse se passe.
— Hmmm…

Le roux releva les yeux vers Jace et glissa :

— Désolé.

Sentir la désapprobation d’un Légionnaire, ce n’était pas très facile à vivre.

— De… ?
— Bah, s’il a des problèmes, c’est de ma faute.

Jace secoua la tête. Il n’avait pas tardé à retrouver ses réflexes de leader :

— Peu importe. On distribuera les éloges et les blâmes plus tard. Le plus important, pour l’instant, c’est de le retrouver et pour ça, on a besoin de toi. C’est toi qui le connait le mieux, c’est toi qui pourra anticiper. Ta participation est essentielle.

Valoriser les gens pour leur donner du cœur à l’ouvrage était une méthode éprouvée. Seán se releva, bien décidé à se rattraper d’une faute réelle ou supposée.

— Alors on fait quoi ?
— On va aller chez Matt. Tu nous accompagnes. Après, on avise.
— OK. J’vais juste me changer.

Seán partit vers sa chambre mais retira son débardeur avant d’avoir disparu du champ de vision des deux super-héros, révélant un dos à l’avenant du reste de sa musculature. Jace fixa Christopher. L’adolescent traversa le salon pour atteindre son petit ami et murmura d’un ton plein de reproches :

— Ça va, tu vas pouvoir te concentrer, ou t’as besoin de faire un tour par les toilettes pour te soulager… ?

Ce n’était pas la première fois que la jalousie de Jace pointait le bout de son nez : déjà, quand Christopher avait dû visiter un club de strip-tease pour les besoins de l’enquête, le blond n’avait pas été compréhensif. Il fallait dire que Jace était loin d’être aussi sûr de ses mérites de compagnon et de jeune homme séduisant que de ses capacités de super-héros. Déjà, il s’imaginait Christopher cavaler avec le premier body-builder roux venu. Et quand il avait peur, en la matière, l’adolescent devenait un peu agressif.

Fort heureusement, Seán refit son apparition dans un tee-shirt qui soulignait ses muscles et un jean qui soulignait ses fesses. En voilà un qui n’y mettait pas beaucoup du sien pour aider nos deux héros à conserver la tête froide. D’autant plus qu’il se planta devant Thunder et, plein d’assurance, suggéra :

— J’peux peut-être prendre ton numéro de téléphone ?
— Pardon ?
— Au cas où on soit séparés, pour se retrouver. Si jamais j’ai des nouvelles de mon frère. Ou, tu sais…

Non, il ne savait pas.

— …pour plus tard.
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Message posté : Jeu 27 Fév - 14:29 Message
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Jace prit les choses en main, alors que Seán s’apitoyait un peu, convaincu d’être responsable de ce que son frère avait pu devenir. Chris, lui, regardait de nouveau dehors. Ce petit coin de verdure était bien sympathique, ça devait être agréable d’en profiter de temps en temps, de sortir sans avoir besoin d’aller au parc voisin. Mais c’était sûrement très cher, une telle résidence n’était pas accessible à tout le monde, et certainement pas à un jeune homme à peine indépendant qui se faisait payer son deux-pièces par son père… Il tourna la tête juste pour apercevoir le dos musclé de l’Irlandais, et c’est à ce moment-là que son petit ami s’approcha pour… lui faire des reproches qu’il trouva injustes. Est-ce que c’était sa faute s’il réagissait comme ça ?

Christopher reporta son attention sur l’extérieur sans rien répondre, et Seán revint bientôt, un peu plus vêtu. Du moins, le brun ne le découvrit pas avant que son oreille ne capte… ce qui ressemblait à une technique de drague assez peu subtile. Son numéro de téléphone pour plus tard ? Pour le coup, quand il pivota, il trouva ce t-shirt moulant et ce jean qui ne l’était pas moins plutôt vulgaires. Lui qui aurait très bien pu se laisser séduire par le beau corps musclé de Seán avait très rapidement changé d’avis sur son propriétaire. Si Jace s’était montré un peu rude, sûrement par jalousie, c’était au tour de Chris d’être atteint de ce doux mal… Pas touche, propriété privée.

On verra après, d’abord, on va voir Matt, lâcha-t-il, assez sèchement, en passant entre les deux.

Au passage, il adressa un regard lourd de sous-entendus à son petit ami, avant d’aller ouvrir la porte et, sans se retourner, traverser le couloir pour se planter devant l’appartement d’en face. Il appuya résolument sur la sonnette, et on vint rapidement ouvrir. Un jeune de quinze ans, ou à peu près, certainement le fameux Matt. Qui fit un pas en arrière et sembla lutter pour ne pas claquer la porte au nez de Megastar. Qui de toute façon s’était légèrement avancé pour prévenir une fermeture intempestive du battant.

C’est toi Matt ?
Euh… oui… oui c’est moi…
Il est là, Ryann ?
Nan, nan il est… pas là…
Je peux entrer pour vérifier ?

Jamais Christopher n’avait été aussi ferme dans un interrogatoire. Il fallait croire que Seán avait réussi, en draguant Jace, à l’énerver suffisamment pour qu’il oublie qu’il était, en fait, timide. Matt, hésitant, finit par craquer.

Il… il est pas là, j’le jure, mais… mais il est v’nu, il est parti… il est parti pendant qu’vous étiez en face…

Seán avait vu juste : son frère était passé par l’immeuble et s’était réfugié chez son copain. Et il avait dû voir arriver les deux légionnaires. Et pendant que Thunder et Megastar étaient chez les Mac Fairn, il avait quitté les lieux. Chris soupira.

C’est bien, t’es honnête. Tu sais où il est allé ?
Nan, il m’a pas dit…
T’es au courant, pour ses pouvoirs ?
Ouais… bien sûr… répondit Matt, en relevant la manche de son sweat-shirt : il avait une brûlure sur le bras.
Il t’a attaqué ?
Non ! Bien sûr que non ! Il… il s’est juste énervé…
Tu devrais mettre un truc là-dessus, une pommade. Chris se retourna pour faire face à Jace et Seán. Il maîtrise rien. Si quand il s’énerve, ça fait ça, imaginez un peu les dégâts qu’il pourrait causer…

Seán avait l’air particulièrement inquiet et embarrassé. Et Christopher n’avait aucune envie de le rassurer. Il pivota de nouveau et posa une main sur l’épaule de Matt.

Tu sais pas où il est, mais tu peux ptêt deviner, non ?

Il s’était fait beaucoup plus doux, cette fois-ci. D’une main, il souleva le bras du garçon pour examina la brûlure.

Viens avec moi. La salle de bain, c’est par là ?

Il demanda à Matt de s’asseoir sur le rebord de la baignoire et, après avoir brièvement observé les placards, ouvrit celui où se trouvait la pommade pour les brûlures. Et tout en commençant à en appliquer sur le bras de Matt, il répéta sa question, toujours avec douceur.

On veut juste l’aider, tu sais. Là, il est juste dangereux, pour les autres, mais surtout pour lui-même. Il a besoin de nous. Et nous, on a besoin de toi pour savoir où il est. Tu dois bien avoir une idée ?
La cave… Au 37… On a trouvé un moyen d’ouvrir la porte derrière… Et on va souvent là-bas, c’est pas surveillé… Il aime bien, là-bas, y a pas de trucs à brûler, y a pas de risques…

Christopher se redressa pour se passer les mains sous l’eau.

Merci Matt, ton aide est précieuse.

Après s’être essuyé à la serviette prévue à cet effet, Chris sortit et passa devant Seán sans lui accorder le moindre regard. Arrivé dans le couloir, il lança :

Bon, on y va ? Faudrait s’dépêcher un peu, avant qu’il file encore. J’ai pas envie de passer ma journée à lui courir après.

Que Jace ne croit pas qu’il allait aussi facilement oublier ce beau sourire qu’il avait adressé à l’Irlandais, ce sourire enjôleur qui avait encouragé le tas de muscles à se montrer entreprenant.
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Message posté : Sam 1 Mar - 18:37 Message
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À mais parce qu’en plus, il faisait la tête ? Jace était outré. Outré et quelque peu désarçonné. Jusqu’à lors, il n’avait jamais rencontré la moindre difficulté avec Christopher : ils avaient été les meilleurs amis du monde, parfaitement complémentaires et d’accord sur tout. C’était en tout cas ainsi qu’il avait vécu leur relation, avant qu’elle ne changeât. Depuis qu’ils s’étaient embrassés, depuis qu’ils s’étaient avoués leurs sentiments, le blond se sentait incapable de conserver le sang-froid et l’élégance héroïque qui auraient dû le caractériser. La crainte de perdre une relation pour laquelle il estimait avoir pris bien des risques ne jouait pas un médiocre rôle dans la vivacité de ses inquiétudes — et de leurs expressions.

Mais surtout, Jace s’engageait dans un monde qu’il n’avait jamais beaucoup exploré. Avant Christopher, Loïs avait été sa seule relation sérieuse et il l’avait rapidement conduite à la catastrophe. Généralement beaucoup plus intéressé par ses missions, ses responsabilités et ses entraînements, le jeune Roberts ne s’était jamais sérieusement penché sur la question du couple, de ses enjeux et de ses difficultés ; plus le temps passait, plus il voyait autour de lui ses amis s’unir et se désunir et plus il lui semblait qu’il y avait là quelque chose d’insurmontable. Tout se passait pour lui comme s’il avait perdu beaucoup de temps et qu’il était désormais bien trop tard pour le rattraper.

Alors il réagissait spontanément, sans vraiment réfléchir, avec toute la maladresse et l’injustice d’un adolescent de dix-sept ans. Il s’était attendu à voir Christopher baisser piteusement les yeux, comme il le faisait si souvent sans raison légitime, devant d’autres, mais voilà que son petit ami se détournait froidement et Jace avait tout à la fois l’impression de ne pas le reconnaître et d’avoir commis une terrible erreur. La confusion acheva de s’emparer de lui quand Seán lui fit des avances qu’avec toute la mauvaise volonté du monde, il était impossible d’ignorer.

Ce n’était pas la première fois qu’un garçon tentait de faire comprendre à Jace qu’il lui plaisait — jusque là cependant, Jace s’était arrangé pour ne pas comprendre. Et là, brusquement, tout un monde de perspectives s’offrait à lui. Il sentit son estomac se nouer alors que son regard dérivait malgré lui sur le tee-shirt bien serré. Il avait cet autre garçon, là, il y avait tous les autres garçons, un monde entier à découvrir, un monde qui avait fait secrètement pulsé son désir pendant des années. Comme souvent, ce ne fut pas l’excitation que la promesse de plaisirs futurs éveillait en geste, mais une angoisse dont il surmonta les larmes qu’à cause de la présence d’un public.

Jace laissa Christopher trancher la question et le trio se mit en marche vers l’appartement voisin. Megastar avait pris la tête des opérations et, quelques pas en arrière, Jace marchait en silence à côté de Seán. Tout bas, l’Irlando-Américain souffla :

— Il a l’air un peu lunatique, ton coéquipier.
— Quoi ?

Jace releva les yeux, regarda successivement son interlocuteur et son petit ami, secoua la tête et défendit mollement le second.

— C’est l’enquête, c’est tout. Il cherche à être efficace.

D’ailleurs, il l’était. En quelques secondes, une fois dans l’autre appartement, Christopher s’attira la sympathie ou tout du moins la confiance de Matt. Pendant que son compagnon allait tirer de l’adolescent brûlé de plus amples explications, dans la salle de bain, Jace restait seul à seul avec Seán. Pour se donner bonne conscience, Jace fit le tour du propriétaire.

— Et si ton frère est pas là, vers qui d’autre il pourrait se tourner ?

Seán haussa les épaules.

— Je sais pas. Il est vachement secret, ces temps-ci.

Le Légionnaire esquissa une moue dubitative. Possible que Ryann se fût débrouillé entièrement par ses propres moyens, mais à en juger par le contenu de son ordinateur, il avait fait un petit bout de chemin dans ses projets et il le voyait mal procéder entièrement sans appui. Les forums de discussion avaient peut-être des rencontres réelles ? De jeunes justiciers en herbe qui se retrouvaient pour partager leurs projets démesurés ?

— Tu aimes les garçons ?

Jace en était venu à relire dans ses souvenirs les données rassemblées en fouillant dans l’ordinateur de Ryann. Il fut tiré brusquement de ses réflexions par cette question incongrue et posa un regard sidéré sur Seán.

— Bah quoi ? On pose une question chacun à son tour, ça me semble correct, comme marché. Moi, je vous aide à retrouver mon frère, et en échange, toi, tu m’aides à trouver l’âme sœur.
— Tu y vas pas par quatre chemins…
— La vie est courte, faut en profiter !

Voilà une philosophie fort étrangère à Thunder.

— Ton frère a un téléphone ?
— T-t-t. Ma question d’abord.

Jace sentit son cœur s’accélérer. Le silence s’installa. S’éternisa. Il pouvait faire ce qu’il avait toujours fait. Ou il pouvait être un véritable héros, pour une fois.

— Oui.

Un large sourire s’installa sur le visage de Seán.

— Oui, il a un iPhone. Avec un forfait et tout, il y passe son temps, parfois, c’est trop chiant.
— Avec le nom de l’opérateur je pourrais peut-être le localiser. Ou alors, tu pourrais l’appeler, dire qu’on est venu te voir, que tu t’inquiètes pour lui, que tu veux l’aider à s’en sortir, éviter la police, ce genre de choses. Et lui donner un rendez-vous.
— Tu veux que je trahisse mon frère ?
— C’est pour l’aider. On lui veut pas de mal.
— Hmmoui…

Seán s’approcha de Jace et murmura :

— Pour que je fasse ça, il faudra faire plus que répondre à une question.
— Ah…
— Un ciné.
— J’ai déjà quelqu’un.
— Invite-le. Plus on est de fous, plus on rit.
— Sérieux ?

Jace se reprit et tenta d’adopter un ton un peu plus conventionnellement réprobateur :

— J’veux dire, ça va pas la tête ?

Seán haussa les épaules.

— Du moment que tout le monde est d’accord, je vois pas le mal. Et puis si il… ou elle… n’est pas d’accord. C’est peut-être qu’il ou elle te mérite pas. T’es trop mignon pour que les autres soient privés de toi.

Jace en était sans voix. Il avait beau réfléchir activement aux questions de politique et de morale, s’il y avait bien un domaine qu’il avait involontairement mais systématiquement écarté de ses méditations progressistes, c’était celui de la sexualité. Il ne savait absolument pas ce qu’il pensait en général de la proposition de Seán et du mode de vie qu’elle suggérait, ni ce qu’il en pensait en particulier quand elle s’appliquait à lui. Fort heureusement, Christopher émergea de la salle de bain et, sur les indications de Matt, ils purent se remettre en route en direction du 37 et de sa cave mal surveillée.

Entre les trois protagonistes, un silence pesant et embarrassé s’était installé. Jace était plongé dans ses réflexions. Seán l’observait avec un sourire en coin, tout à fait conscience de la machine infernale qu’il avait mise en marche dans l’esprit de l’adolescent. Ce fut sans un mot échangé qu’ils parvinrent au 37 et à sa cave, dont la porte arrière avait manifestement cédé récemment aux instances d’un adolescent énervé. À l’intérieur, cependant, dans le dédale des couloirs qui desservait les caves individuelles, le silence le plus complet régnait. Après avoir fouillé les couloirs pendant quelques minutes, les trois acolytes durent se rendre à l’évidence : Ryann avait filé.

— J’crois avoir une idée d’où il peut bien être.

Oui, parce qu’en marchant, Jace n’avait pas uniquement pensé à la révolution sexuelle, à la liberté, aux abdominaux de Seán et à l’obsolescence du couple bourgeois. Son esprit avait continué à éplucher les discussions virtuelles récupérées quelques minutes plus tôt, dans l’appartement des Mac Fairn, et il avait finalement parcouru le sujet IRL d’un forum de fan de mutants.

— Il y a un café où des aspirants justiciers se rencontrent régulièrement, apparemment. Possible qu’il soit allé là-bas chercher le soutien de quelqu’un de plus expérimenté, mais tout de même en marge du système.
— Alors on y va ?

Jace secoua la tête.

Nous, on y va. On sera plus rapide et c’est dangereux. Toi, tu rentres chez toi et tu te tiens prêt à téléphoner à ton frère, pour négocier, si besoin est, quand je t’enverrai un message.

Cette fois-ci, Jace n’avait rien de l’adolescent incertain auquel on faisait des propositions inattendues : il gérait la situation, prenait les décisions qui s’imposaient au leader et son autorité ne permettait aucune discussion. Seán se contenta donc de hocher la tête, avant de demander, presque timidement, tant le contraste entre le Jace perdu et Thunder était saisissant :

— Tu euh… Tu as besoin de mon numéro, du coup… ?

Aucune proposition ni arrière-pensée, cette fois-ci. Jace plissa les yeux, se concentra une seconde puis secoua la tête.

— C’est bon.
— OK. Bon, ben… Bonne chance.

Seán regarda encore une fois Jace avant de se détourner et de sortir. Thunder se mit à son tour en marche, pour regagner l’air libre, tout en exposant son plan :

— On va au café et tu rentres. Moi, il pourrait me reconnaître tout de suite, toi, sans le MEGAS, ce sera plus difficile. Tu me confirmes qu’il est bien là et si c’est le cas, on demande à son frère de l’appeler, pour sonder un peu son état d’esprit.

Jace ne parla pas de la condition que Seán avait mise à une intervention de sa part.

— À partir de là, on avise, avec les nouvelles informations, sur la marche à suivre. Ça te convient ?
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Message posté : Dim 2 Mar - 0:20 Message
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Christopher était bien décidé à continuer de faire la gueule à Jace. Ou plutôt, il ne pouvait pas s’empêcher de le blâmer pour la présence de ce troisième larron dans l’histoire. S’il voyait en Seán une menace claire pour son couple, il en voulait à son petit ami de ne pas l’avoir repoussé immédiatement. D’autant qu’il le soupçonnait d’avoir profité, alors que lui s’occupait de Matt et de sa brûlure, d’être tout seul avec le bel Irlandais tout plein de muscles. Les recherches aux 37 se firent dans le même silence qui celui qui avait meublé le trajet pour y arriver. Résultat : pas de Ryann, mais des traces évidentes de son passage. La suite ? Ce fut Jace qui proposa leur prochaine destination, après avoir certainement trouvé l’information grâce à ses pouvoirs cybernétiques.

Chris, malgré lui, fut agréablement surpris par la réaction de Jace quand Seán voulut les accompagner au café. Mais ça n’était pas aussi facile que ça de s’amender… Il regarda s’éloigner, un peu penaud, l’Américano-Irlandais, avant de suivre le blond à l’extérieur. Sans un mot, il écouta le plan, qui fut exposé par Thunder, chef de la Team Alpha, bien loin du Jace mal à l’aise face aux biceps et aux pectoraux de l’autre mec. Et il s’en voulut, finalement, de réagir comme ça. Alors, c’était ça, la jalousie ? Il avait bien perçu ce sentiment chez Jace quand il avait lui-même posé les yeux sur le bellâtre rouquin, mais la situation s’était retournée quand Seán avait entrepris de passer à l’attaque… sans vraiment rencontrer de résistance.

Ça me convient. En route.

Le fameux café n’était pas très loin à pied. La devanture ne payait pas de mine, mais elle avait un certain attrait pour quiconque aimait bien les super-héros. D’anciennes gloires étaient peintes, mais les œuvres étaient un peu décrépies. Les gens passaient devant avec indifférence. Un café aussi mal entretenue, à l’extérieur, ne devait pas être bien mieux à l’intérieur. Chris leva les yeux vers le nom, qu’il trouva assez peu original… « Heroes’ Café ». Au moins, celui-là, on ne devait avoir aucun problème à s’en rappeler. Après un regard à Jace, il poussa la porte. La salle était lumineuse, et le long des murs s’alignaient des comics.

Bonjour, jeune homme ! En quoi puis-je vous être utile ? l’accueillit un homme de petite taille, la trentaine, au physique… particulier. Le cliché du geek. Voulez-vous une consommation tout en lisant une bonne BD ?

Pas étonnant que les aspirants super-héros se retrouvaient ici : ils avaient toute l’inspiration nécessaire, cette librairie était une sorte de caverne d’Ali Baba pour eux…

Je cherche quelqu’un, en fait. Mais il a pas l’air d’être là…

Une demi-douzaine de gamins seulement étaient présents, et aucune tête rousse à l’horizon. À moins qu’il soit derrière le rideau, qu’on voyait au bout de la salle.

Ah, s’il n’est pas là…
J’vais vous prendre un coca, quand même, pour la route… j’peux m’asseoir là-bas ? fit Chris en désignant une table à proximité du rideau.
Bien sûr, bien sûr, je vais vous chercher ça !

Et alors que le geek disparaissait derrière une porte, derrière le comptoir, Christopher ouvrit le rideau. La porte des toilettes. Une porte avec l’inscription « privé ». Et une troisième porte. Il s’assit rapidement, avant qu’on le remarque, et remercia le type qui lui apportait son coca. Sauf que le type s’installait en face de lui. Avec un air de conspirateur, par-dessus ses lunettes, l’autre lui demanda :

Vous avez l’air d’être incognito ici, mais… vous êtes Megastar, non ?

Chris se retint de jurer. Si Thunder était bien plus repérable que lui, il est vrai qu’il avait fait quelques apparitions sans le MEGAS activé, et donc que plusieurs personnes pouvaient le reconnaître. Et dans ce genre d’établissement, les chances pour ne pas être reconnu étaient particulièrement minces. Mais alors qu’il s’apprêtait à approuver et demander la discrétion du geek, ce dernier enchaîna :

Les gamins vont être ravis ! Un vrai super-héros qui vient les voir ! J’ai hâte d’aller leur dire ! Mais buvez votre coca d’abord. Je reviens.

Et hop, il disparut derrière le rideau. Merde ! Christopher sortit son téléphone et composa, aussi vite qu’il le put, un SMS à l’intention de Jace. « Ai été reconnu. Réu de gamins en ce moment. Rentre. » Le message n’avait pas encore été envoyé qu’il ouvrait le rideau, puis la porte « privée ». Aucune autre issue. Celle du milieu lui révéla un escalier. Et des voix venaient d’en bas. Des voix animées, et pas forcément que de la joie. Christopher referma le tout et revint dans la salle. Jace arrivait vers lui. Forcément, les gamins présents le reconnurent, mais avant qu’ils n’aient pu s’approcher, Chris les avaient devancés. Il porta un doigt devant sa bouche et leur souffla :

Chut, on est en mission.

Ce qui eut l’effet escompté : les gamins prirent des airs entendus et firent semblant de vaquer à leurs occupations, incapables de masquer leur excitation et avides de voir ce qui allait se passer.

Ils sont au sous-sol, et apparemment, ils ont pas l’air d’être ravis qu’on soit là, dit-il en désignant le rideau du pouce.

Et Ryann était sans doute parmi eux : qui d’autre paniquerait en se sachant incapable d’échapper à la Légion des Étoiles ?
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Message posté : Dim 2 Mar - 21:23 Message
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Le silence qui pesait décidément entre Christopher et lui mettait Jace affreusement mal à l’aise, parce qu’il n’arrivait pas à se sentir entièrement coupable de ce qui s’était passé, parce qu’il ne parvenait pas à détacher son esprit des avances déconcertantes de l’Irlandais, parce que… Il ne savait même plus pourquoi. Des sentiments contradictoires se heurtaient en lui les uns aux autres. Il en voulait à Christopher de sa réaction devant Seán, la première, quand son petit ami s’était montré trop intéressé par l’Irlandais, puis la seconde, quand son petit ami s’était montré trop contrarié par l’Irlandais. Et il s’en voulait à lui d’en vouloir à Christopher, de vouloir Seán, de s’en vouloir de vouloir Seán, de…

Arrivé devant le café, Jace se massa la tempe. Il découvrait un effet secondaire de son dernier pouvoir en doute, un effet quelque peu inattendu : ses angoisses et ses inquiétudes connaissaient des ramifications infinies. Grâce à une intelligence hors norme, son esprit était devenu capable de trésors de subtilité quand il s’agissait de ressentir la complexité d’une situation et il se sentait pris d’une sorte de vertige, devant les sentiments qui se creusaient et se creusaient encore en lui. Le répit que lui imposait l’anonymat nécessaire à l’étape suivante de leur mission n’en fut que plus salvateur.

Le blond regarda son compagnon disparaître dans le café un peu miteux et poussa un soupir de soulagement. C’était bien la première fois qu’il était content d’être séparé de Christopher. Évidemment, ce soulagement-là n’était pas sans lui rappeler celui qu’il avait souvent éprouvé en quittant la chambre de Loïs, après une énième dispute. Était-il en train de s’engager sur la même pente savonneuse que celle qu’il avait connue pendant des mois avec la jeune femme ? Pourtant, son attitude avec Christopher était fondamentalement différente. Et ses sentiments fondamentalement différents.

Adossé à un mur, Jace était en train de peser ses émotions avec une balance d’apothicaire, un peu déconnecté de la mission, quand son téléphone vibra. Il parcourut le message de son coéquipier et se força à mettre de côté ses tourments d’adolescent pour endosser à nouveau son rôle de super-héros. Il n’avait qu’à imaginer Christopher entouré par une bande de gamins fanatiques pour savoir que le devoir l’appelait. Sans hésiter, Thunder traversa la rue et pénétra dans le café, aussitôt accueilli par les regards ébahis des mioches. Enfin, des mioches : il y en avait certains qui ne devaient pas être beaucoup plus jeunes que lui.

Il avait eu tort de s’inquiéter cependant : Christopher captiva son auditoire en prenant un air important et les deux Légionnaires purent conférer.

— Si on descend comme ça, qu’il s’énerve, qu’il perd les pédales et qu’il fout le feu, on sera mal.

Notamment parce qu’il y en avait d’autres, avec lui.

— J’vais d’mander à Seán de l’appeler. Au pire, ça le tiendra occupé. En attendant, on va s’approcher un peu, juste pour essayer de distinguer les voix, et voir combien ils sont, en bas. Puis pour voir à quoi ça ressemble. Si tout est en bois et susceptible de cramer, va falloir trouver une solution soft.

Jace n’avait même pas pris la peine de sortir son téléphone pour envoyer un message au frère de Ryann : dans sa poche, l’appareil avait composé comme de lui-même un texte bref et un peu autoritaire, aussitôt envoyé. À quelques pâtés de maison de là, l’entreprenant Irlandais esquissait un sourire satisfait en voyant le message et, surtout, le numéro de Jace s’afficher. Il l’avait finalement obtenu. Ce fut cependant celui de son frère qu’il composa.

Pendant ce temps-là, Christopher et Jace s’étaient glissés derrière le rideau et, après avoir descendu aussi silencieusement que possible quelques marches, tendaient l’oreille. Jace leva deux doigts pour indiquer le nombre de voix qu’il comptait, puis trois, avant de poser un regard interrogateur sur Christopher, au cas où son ami en distinguât une de plus. En même temps, ils avaient pu constater que la structure en béton de l’immeuble pouvait sans doute résister à un petit incendie, pourvu qu’il ne fût pas trop alimenté. Depuis le sous-sol, les voix se turent quand un téléphone sonna et bientôt, celle de Ryann se détacha, livrant la moitié de sa conversation avec Seán : le pyromancien entreprenait de fournir les explications les plus évasives du monde sur son absence.

De fil en aiguille, avec les bribes qu’ils parvenaient à entendre, Jace comprit que Seán avait conduit son frère à admettre la part qu’il avait prise dans les événements de la bijouterie et tentait à présent de le raisonner. Le succès de l’entreprise était apparemment mitigé, parce que Ryann éleva brusquement la voix en criant :

— Je veux pas les voir ! Je veux pas aller en prison !

Ça, ça devait s’adresser à eux. Et à en juger par le silence consterné qui suivit cette soudaine déclaration, l’adolescent avait fini par raccrocher au nez de son frère. Jace fit signe à Christopher de remonter et, une fois en haut des escaliers, il murmura à son coéquipier :

— OK, voilà ce qu’on va faire. Toi, tu remontes, tu évacues le café, tu appelles les pompiers. Moi, je descends, j’essaye de faire sortir les autres. Ensuite, tu me rejoins et on négocie. S’il s’énerve avant, je te fais confiance pour aviser.

« S’il s’énerve avant » était une manière pudique de dire « s’il me carbonise à mort ». Jace posa une main sur l’épaule de Megastar, le regarda droit dans les yeux et déclara :

— J’ai confiance en tes capacités de leader.
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Message posté : Lun 3 Mar - 0:06 Message
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Jace avait raison, bien sûr, il y avait le risque de provoquer un incendie si Ryann réagissait violemment à l’arrivée soudaine de deux Légionnaires. Qui se glissèrent d’ailleurs derrière le rideau, puis passèrent la porte pour descendre le plus silencieusement possible au sous-sol. Au moins les lieux n’étaient-ils pas en bois, la probabilité pour que tout parte rapidement en fumée était faible. Mais mieux valait ne pas tenter le diable, surtout un diable roux qui créait du feu. Dans la salle souterraine, Jace identifia trois personnes. Chris écouta et confirma d’un signe de tête. Ryann, bien sûr, le mec du bar qui l’avait servi, et un troisième. Le téléphone sonna. Seán qui appelait son frère. Ryann s’énerva et sembla raccrocher, non désireux de coopérer avec la Légion des Étoiles. Les deux apprentis -super-héros remontèrent et Jace exposa la suite du plan, tout en… affirmant quelque chose qui désarçonna Christopher. « Capacités de leader » ?

Je… Je vais faire ça. Un des types, en bas, il bosse ici. L’autre, je sais pas qui c’est. Et…

Il baissa la tête. Ce n’était pas le moment, mais alors, pas du tout, d’avoir des états d’âme ou des remords. Il fallait donc être très bref. Vrillant son regard dans celui de Jace, il lui prit le visage à deux mains et l’embrassa. Quand il rompit le baiser, son ton était ferme.

Toi et moi. Personne d’autre.

Puis il ouvrit le rideau d’un grand geste pour se diriger directement vers le groupe de gamins toujours présents, et toujours attentifs à ce qui allait se passer. Entendre Megastar leur demander de sortir fut une déception pour eux, et il accepta de leur signer des autographes sur leurs cahiers, ce qui eut au moins pour effet de les contenter tout en les mettant dehors. Lui-même sortit son téléphone pour contacter les pompiers et, après s’être présenté, il donna l’adresse et expliqua brièvement la situation. La caserne la plus proche était à quelques minutes. Il retourna à l’intérieur et tomba nez-à-nez avec le geek rencontré un peu plus tôt. Apparemment, ce dernier était sorti sans encombre et Jace l’avait laissé remonter.

Wow, c’est dingue ! Une bijouterie ! Je savais même pas !
Oui, oui, peu importe. Les pompiers vont arriver, au cas où. Vous pouvez surveiller que personne ne rentre et leur indiquer, quand ils arrivent, où on est ?
Euh… oui, bien sûr, tout ce que vous voulez.
Parfait. Je descends.

Chris passa de nouveau le rideau et arriva en bas des marches. Jace n’était pas là, il devait donc être un peu plus loin, sûrement avec Ryann et le mystérieux troisième larron du sous-sol. Quand il les découvrit, il vit que Ryann était bien là, dans un coin, aux côtés d’un autre jeune, qui devait avoir à peu près son âge. Si l’employé du café-librairie était remonté, le copain n’avait pas l’air de vouloir abandonner le pyrurgiste à son sort. Il y avait d’ailleurs des chances pour qu’il ait lui-même des pouvoirs. Cependant, on pouvait lire sur son visage qu’il était tout de même impressionné, parce qu’il avait devant lui deux super-héros pour le prix d’un, et qu’il rêvait sans doute, comme Ryann, de devenir comme eux.

Christopher était prêt à activer le MEGAS, au cas où. Sa « carapace » métallique devait être assez solide pour le protéger d’une soudaine attaque par le feu. Il protégerait d’ailleurs, par la même occasion, Jace. Il y eut un bref échange de regard entre Ryann et son pote, qui… disparut. Un téléporteur ? La réponse arriva tout de suite, alors que le garçon se rematérialisait juste derrière Jace, avec l’intention évidente de le frapper. Ce qui était complètement débile, puisque Chris était là… D’ailleurs, ce dernier attrapa le bras du gamin et le tira en arrière. Le garçon perdit l’équilibre et s’écroula, sans que Chris l’ait lâché.

Tu croyais faire quoi, là ?
Je sais pas ! J’voulais essayer ! Lâchez-moi !
Pour que tu files ? Crois pas que ça va être aussi facile. On est pas là pour vous faire du mal ni pour vous arrêter. Mais si tu t’enfuis ou si tu nous attaques encore, tu risques d’avoir des problèmes.

Christopher aida l’ado à se relever, mais il ne lâcha pas prise. Apparemment, téléporter quelqu’un avec lui n’était pas encore dans ses capacités, à ce petit. Ryann, lui, avait suivi la scène en silence. Il avait entendu les mots de Megastar sur leurs intentions. Mais il n’avait pas l’air plus convaincu que ça.

Vous dîtes ça, mais vous allez m’arrêter ! Sinon, pourquoi vous seriez là, hein ?
On veut t’aider, Ryann. On veut t’aider pour t’empêcher de faire des conneries comme tout à l’heure à la bijouterie.
Si j’avais pas été là, à la bijouterie, ben le mec il serait parti avec plein de trucs ! Vous étiez pas là, vous ! J’ai fait votre boulot !
Oui, tu as empêché le braqueur de partir avec les bijoux, mais tu as causé beaucoup de dégâts. Et ça, ça n’aide personne. Ça coûte de l’argent.

Silence. L’autre jeune avait cessé de se débattre. Chris porta son attention sur lui.

Comment tu t’appelles ?
David.
Qu’est-ce que tu en penses, David ? Tu crois qu’on est là pour vous arrêter ?
Je… je sais pas… vous… vous êtes pas comme les flics, vous… êtes des super-héros…

Ryann sembla le fusiller du regard. Il avait l’air de bouillonner intérieurement. Un bruit se fit entendre derrière eux, dans l’escalier : les pompiers descendaient.
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Message posté : Mar 4 Mar - 9:46 Message
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Christopher disparut de l’autre côté du rideau et Jace se mordit la lèvre, encore chaude du baiser de son petit ami. Évidemment, lui et Christopher, personne d’autre. À quoi avait-il bien pu penser ? Après tout, du reste, il ne désirait pas les garçons en général, juste Christopher. Et s’il lui arrivait de regarder la lutte gréco-romaine à la télévision, alors qu’il ne connaissait rien aux règles, ce n’était pas du tout pour contempler de musculeux jeunes hommes adopter des positions pour le moins ambiguës dans des costumes moulants, mais pour la beauté du sport. L’image de Seán lui traversa brièvement l’esprit et l’adolescent l’en chassa, pour se concentrer sur sa tâche. Pas facile d’être un super-héros quand on était shooté aux hormones.

Thunder descendit donc les escaliers pour déboucher dans la petite pièce et son apparition inopinée, couplée à sa célébrité, laissa assez de silence pour lui permettre d’imposer brièvement son autorité. D’un geste de la tête, il indiqua au patron de l’établissement, tout du moins à l’employé qui avait servi Christopher, de s’éclipser. À côté de Ryann de se tenait un autre adolescent, probablement un ami — un ami que le pyromancien serait moins prompt à blesser. Peut-être même pourrait-il être un soutien quand il s’agirait de raisonner l’impétueux Irlandais. Jace jugea préférable de le laisser rester.

Dans le sous-sol, une petite table en bois trônait entre les quatre murs recouverts d’affiches de super-héros et d’articles de journaux vantant les exploits de tel ou tel NG, du Commander, du Corbeau et, plus rarement, des agents de l’UNISON. C’était ici, dans une cave humide, que bouillonnaient les rêves de grandeur. Comme souvent, Jace prit conscience de la chance qui avait été la sienne de grandir au sommet de la Tour de la Paix, dans le bastion de la Légion. Dans un autre environnement, il n’eût jamais pu pleinement développer ses capacités de leader.

— Vous savez qui je suis ?

Les gamins hochèrent la tête et l’acolyte de Ryann désigna d’un mouvement de menton l’un des articles collés au mur. « Thunder en campagne contre les armes à feu » — un article du Daily Star qui relatait le spot de prévention tourné par le jeune et si photogénique super-héros, quelques mois plus tôt.

— Vous savez pourquoi je suis là ?
— Pour m’arrêter.
— Pourquoi je t’arrêterai ?
— Parce que t’es méchant.
— Si je suis méchant, pourquoi vous avez ma photo au mur ?
— Parce que, euh…

Excellente question, sur laquelle débarqua Christopher. Après un petit tour de passe-passe avorté de l’apprenti-téléporteur, pas encore assez expérimenté pour tromper la vigilance d’un Légionnaire comme Megastar, les quatre jeunes gens purent se regarder en silence. Et quand Ryann entendit les pas dans l’escalier, il s’exclama :

— Ah, vous voyez que vous venez m’arrêter ! C’est les flics !
— Les pompiers. Au cas où.
— Au cas où quoi ?
— Au cas où tu brûles quelqu’un. Comme David.

L’argument des dégâts matériels n’avait pas eu l’air de beaucoup toucher Ryann, alors Jace avait décidé de faire monter un peu la culpabilité.

— On s’assoit ?

David et Ryann échangèrent un regard, tandis que Thunder s’installait à leur petite table. Pour eux, c’était proprement surréaliste. Il y eut un nouveau silence puis, après quelques secondes, le blond murmura d’un air songeur :

— Quand j’avais ton âge, enfin un peu plus jeune, j’ai failli tuer ma mère.

Ryann et David ouvrirent des yeux ronds. Ils s’étaient attendus à une leçon de morale, pas vraiment à une histoire humiliante.

— J’avais toute cette énergie en moi, que je contrôlais absolument pas, et une fois, elle a explosé. Heureusement que personne n’était vraiment dans le coin. J’avais envie d’être un super-héros, c’est tout ce que j’ai toujours connu, mais tu vois, la question était pas là. C’était juste… Compliqué. Difficile. Heureusement, j’avais mon père. Mais plus que ça, une école, et puis après des amis, une équipe, tout ça. L’entraînement.

Pour Ryann et David, Thunder, Megastar, le Corbeau ou les NG étaient sortis tout armés du crâne de Jupiter. L’idée que Jace pût être jadis aussi perdu et même plus maladroit qu’eux ouvrait de nouvelles perspectives.

— Mais c’était difficile, c’est sûr. Pas seulement de contrôler les pouvoirs, mais d’apprendre qu’être un super-héros, c’est travailler en équipe. C’est pas que poursuivre les criminels ou vivre les aventures palpitantes qui sont sur les journaux. C’est aussi protéger les gens. Les aider. Des fois, on arrête un type, mais on fait plus de dégâts que lui. On détruit des trucs. Et ça, c’est un peu un échec. Faut apprendre à faire mieux. Megastar et moi, on continue à apprendre.

Il y eut un nouveau silence et David risqua.

— Et… T’as peur, des fois ?

Jace hocha la tête sans hésiter.

— Souvent. Et pas que dans les missions. Tu sais, être un super-héros, ça change aussi la vie quotidienne. Les amis, les amours, tout ça. Et là aussi, t’as besoin de gens autour de toi qui puissent comprendre. Des gens auxquels parler. C’est pas forcément des gens avec des pouvoirs, d’ailleurs. Mais des gens qui s’y connaissent. C’est d’ailleurs un peu ce que vous faites, ici, avec vos amis, non ? Mais c’est juste mieux organisé. Vous savez, la bijouterie, c’est pas bien grave. On a eu de la chance. Y aura des assurances. La Légion a des moyens pour ce genre de trucs. Mais ce serait dommage, quand même, si ça se reproduisait, vous trouvez pas ?
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Message posté : Jeu 6 Mar - 1:22 Message
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Thunder, décidément, était plein de ressources. L’angle d’attaque qu’il choisit surprit même Megastar, qui ne l’aurait pas imaginé parler de ses propres faiblesses à un gamin qui souffrait d’un évident manque de confiance en soi. Les paroles du leader de la Team Alpha plongèrent les deux adolescents dans une profonde réflexion, qui fit régner un instant le silence sur la petite salle souterraine. Deux pompiers attendaient derrière, prêts à intervenir si soudain la situation échappait aux super-héros. David risqua une question, et il obtint une réponse très complète, qui dériva sur le sujet de la bijouterie. Évidemment, personne ne voulait que ça se reproduise. Le téléporteur avait tout de même l’air bien plus captivé que son camarade.

Je… moi, la bijouterie, j’y étais pas…
On sait, on a vu les images, dit Chris, qui s’était tout du long tenu debout aux côtés de son leader.
Lâcheur.
Quoi ? J’te lâche pas, ils ont vu les…
Ouais, mais tu pourrais m’soutenir.
On peut pas faire ça rien que nous, Ryann…
Et notre pacte ?
Notre pacte, il est plus valable. Avec tes conneries, maintenant, on est découvert.
Avec mes conneries ? T’es sérieux ?

Une lueur passa dans le regard de l’Irlandais, et il sembla que sa chevelure étincelait, comme au soleil.

Du calme, Ryann. On est là pour vous aider, pour vous offrir un encadrement. Moi, ça fait pas longtemps que je suis à la Légion des Étoiles. Si j’avais pas eu la Team Alpha, j’aurais sûrement essayé de faire comme vous. Mais c’est pas la solution. Le risque de blesser des civils est trop important. Vous ne maîtrisez pas encore vos pouvoirs.

Les deux ados se regardèrent, et David fit un pas vers les Légionnaires. Puis un autre. Avant de finalement venir se mettre derrière eux, sous le regard noir de Ryann.

J’suis désolé pour tout à l’heure, par derrière, tout ça… J’veux qu’on m’apprenne à me servir de mes pouvoirs.
C’est ça, casse-toi. J’ai pas besoin de toi, de toute façon.
Tu crois ça ?

Le garçon aux cheveux de feu voulut rétorquer, mais rien ne vint. Chris jeta un œil à David, qui fixait le sol, dépité.

On a toujours besoin d’un ami, d’un partenaire. Surtout dans notre cas. Savoir qu’on a quelqu’un sur qui on peut compter, c’est rassurant. Si jamais on perd le contrôle, l’autre est là. Moi, j’ai rencontré Jace, c’est un chef d’équipe super, on est vite devenu amis, et j’imagine pas un instant qu’on pourra plus se voir et bosser ensemble. C’est pas possible. On est un binôme d’enfer. Tous les deux, vous pourriez être un vrai atout pour l’autre. Faut juste l’accepter, et ça se fera tout seul.

Ryann semblait bouillonner intérieurement, comme s’il accumulait de la colère, de la frustration. Les larmes lui montèrent aux yeux, il les essuya d’un revers de manche.

Vous m’faîtes tous chier ! Les super-héros, tout ça, j’en ai marre ! Moi aussi j’suis un super-héros ! J’ai besoin de personne !

L’affiche la plus proche, sur le mur, s’embrasa. Le moment de perte de contrôle était arrivé. Chris enclencha le MEGAS et revêtit sa carapace métallique, avant de contourner la table.

Ryann, regarde-moi. Regarde-moi !

L’Irlandais leva les yeux sur l’imposant colosse, dont le sommet de la tête touchait le plafond, et il ne put masquer une certaine admiration. Mais il parvint tout de même à se raccrocher aux raisons qui motivaient d’après lui les Légionnaires.

Vous allez m’arrêter ! Je veux pas !
Non, on ne va pas t’arrêter. On va parler avec tes parents, et on va voir comment trouver la meilleure solution pour toi. Tu n’iras pas en prison.

Chris sentit venir le même processus que celui auquel ils avaient assisté sur les images de vidéosurveillance. Ryann paraissait prêt à exploser.

Baissez-vous ! cria-t-il, à l’instant où le cercle de feu était expulsé.

En Megastar, il fit barrière de son corps. Une partie de ses vêtements ne résista pas à l’assaut des flammes, mais il fut protégé par sa seconde peau. Ryann perdit connaissance, certainement à bout de forces après une telle débauche d’énergie, la seconde en peu de temps. Christopher se tourna vers les pompiers.

On vous laisse faire votre travail, dit-il, avant de se tourner vers David. Toi, tu montes avec nous.

Il se baissa pour prendre Ryann, inanimé, dans ses bras, et qui ne pesait presque rien. Chris dut se baisser dans les escaliers, mais il déboucha finalement dans le café, et alla étendre son fardeau sur une banquette. Le geek, apparemment largué sur tout le reste, resta bouche bée devant Megastar. Après l’avoir vu « en humain », il le voyait sous sa forme de colosse de l’espace.

Putain mec, c’est génial ! C’est… il lui arrive quoi ? fit-il, alors que son regard s’arrêtait sur Ryann.
Il est juste mort de fatigue. On gère.

Christopher se tourna vers Jace, alors que David s’accroupissait aux côtés de l’Irlandais.

On le ramène chez lui ?

C’était sans doute la solution la plus simple pour commencer, le remettre dans un environnement familier. Et peut-être qu’entretemps les parents allaient être revenus.
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Message posté : Jeu 6 Mar - 12:19 Message
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Jace avait essayé de se présenter sous un jour plus humain et de réduire la distance qui les séparait des deux adolescents. Avec un peu de chance, ils allaient comprendre que son chemin était leur chemin, mais lorsque les réticences de Ryann parurent encore trop évidents, le jeune homme jugea préférable de laisser Christopher prendre les choses en main : Megastar n’avait pas grandi à la Tour de la Paix, il n’avait pas toujours rêvé de devenir un super-héros, il avait dû composer seul avec ses propres pouvoirs avant de rejoindre la Légion. En somme, son expérience était à la fois plus récente et plus proche de celle de l’Irlandais.

La suite ne se déroula pas comme prévu. En toute objectivité, Jace avait trouvé son petit ami très convaincant et très pédagogue. Mais Ryann n’était sans doute pas en état d’écouter deux super-héros venus lui faire la morale, après avoir dû fuir les lieux d’un crime où il avait été le justicier plutôt que le coupable. Trop difficile, la situation échappait à l’adolescent. À l’avertissement de Megastar, Jace attrapa David par le col et le tira avec lui à terre, alors qu’une vague embrasée les survola brusquement. Presque aussitôt, Thunder se releva, jeta un coup d’œil à son coéquipier, dans un moment de panique. Et si le MEGAS n’était pas assez puissant pour protéger du feu ? Et si Christopher était blessé ? Et si…

Jamais le jeune homme n’avait ressenti une telle inquiétude sur le terrain et même lorsqu’il constata que son compagnon maîtrisait parfaitement la situation, il ne put se débarrasser complètement de son angoisse. Il inspira profondément pour se recomposer un visage plus impassible et emboîta le pas au colosse, dans les escaliers. Rentrer au bercail était sans aucun doute une excellente idée : Ryann avait besoin de se sortir de la spirale infernale de l’inconnu pour retrouver ses marques. De sorte que lorsque David demanda timidement :

— J’peux venir ?

Jace hocha la tête sans hésiter.

Dans la rue, quelques passants s’étaient groupés autour du camion de pompiers et la silhouette colossale de Megastar acheva d’attirer l’attention. Conscient que son petit ami n’appréciait guère de fondre la foule, Jace le précéda et se mit à distribuer les curieux de part et d’autre de la chaussée, avec quelques sourires et quelques paroles autoritaires. David le collait de près, bien décidé à commencer sans attendre son apprentissage, et le petit cortège put rejoindre enfin l’immeuble où résidaient les Mac Fairn. Lorsque Seán ouvrit la porte et découvrit son frère inanimé dans les bras d’un volumineux Christopher, il pâlit aussitôt. Jace s’empressa donc de préciser :

— Il va bien. Mais il va avoir besoin de repos.

Seán hocha gravement la tête et les conduisit jusqu’à la chambre de Ryan. Là, à côté des figurines à l’effigie des héros de la Légion, dont Thunder et Megastar eux-mêmes, il y avait des collections de bandes-dessinées et des affiches pour des films d’action. Tout un imaginaire qui avait sans aucun doute nourri la motivation de l’adolescent mais l’avait rendu peu sensible aux réalités bassement matérielles de l’existence d’un super-héros.

— Je vais… Je vais faire chauffer de l’eau. Les gens font toujours chauffer de l’eau. Est-ce qu’il faut que je fasse chauffer de l’eau ?

Thunder se retourna vers Seán qui frôlait la crise de panique, posa une main sur son épaule, le regarda droit dans les yeux et, de son ton le plus protecteur, déclara :

— Tout va bien se passer.

Difficile, quand il sortait le grand jeu, de ne pas prêter foi au leader de la Team Alpha.

— Va t’asseoir dans le salon avec David. On va laisser Ryann tranquille, pour qu’il soit pas entouré à son réveil.

L’Irlandais hocha la tête et embarqua l’acolyte de son frère, laissant Jace et Christopher seul à seul. Le blond se retourna vers son compagnon qui, après avoir déposé le gamin sur le lit, pouvait reprendre forme humaine.

— T’as ruiné tes vêtements.

Ce n’était pas la première fois. Avec un pouvoir comme celui de Christopher, c’était presque inévitable.

— Chris…

Jace posa la main sur la joue de son ami pour la caresser du pouce.

— J’suis désolé. Pour tout à l’heure. J’aurais pas dû m’énerver. Et j’aurais pas dû… En fait, je sais pas. Que tu regardes, que je regarde, Seán, tout ça, c’est un peu… Nouveau. Pour moi. Très. Et on en a jamais vraiment parlé. Du coup, euh, j’suis perdu. Mais c’est pas une excuse, j’aurais pas dû.

Jace était parfois un peu sanguin, mais ses rancunes n’étaient pas tenaces. Le jeune homme déposa un baiser au coin des lèvres de son compagnon avant de se détacher de lui pour ouvrir l’ordinateur de Ryann et l’orienter vers le lit. Quelques secondes plus tard, le logiciel de la caméra s’afficha. Jace comptait certes laisser le pyromancien seul, mais il voulait quand même le surveiller. Après un dernier sourire à Christopher, le jeune homme quitta la chambre pour rejoindre Seán, plongé dans un océan de culpabilité, et David, qui n’en menait pas non plus très large.
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