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I wanna wake up in a city that doesn't sleep !

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Message posté : Jeu 13 Fév 2014 - 19:05 Message
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Avec l’aide de Maléfique, Jake avait tout préparé jusqu’au moindre détail. Ce petit séjour en amoureux à New York allait être parfait. Il avait réservé une suite au New York Palace, à durée illimité, selon le temps qu’ils décideraient d’y passer, savait-on jamais, sous un nom fictif. L’arrivée se ferait en train aux alentours de midi, ce qui laisserait tout l’après-midi, après l’installation à l’hôtel et le déjeuner, de s’aventurer dans les rues animées de la Grosse Pomme. New York, c’était une ville aux mille opportunités, avec ses théâtres, ses boutiques de luxe, ses buildings tous plus hauts les uns que les autres… En cette matinée, le temps était clair, malgré le froid, et aucune pluie, aucune neige ne devait tomber. Le soleil avait même prévu de faire une apparition un peu plus tard.

On va prendre un taxi, ça sera plus simple ! lança Jake quand il posa le pied sur le quai de la Penn Station.

L’hôtel n’était peut-être pas très loin, mais ça risquait, à pied, d’être un peu long. Durant tout le trajet, l’Américain avait été plutôt silencieux, parce que l’effervescence des préparatifs s’était essoufflée. Il avait fait son maximum pour ne pas penser à ce qui pouvait l’attendre à New York. Qui était sa ville natale. La ville qui l’avait vu grandir. Et qu’il avait quittée. En laissant derrière lui… non, il ne voulait pas y penser. Et pourtant, chaque fois qu’il repoussait l’idée que le hasard pour le faire croiser ses parents, il repensait à la conversation avec Abban, qui lui avait promis d’être là. Mais ils n’étaient pas là pour ça, ils allaient visiter un peu, faire les magasins, ou il ne savait quoi. Faire les magasins, c’était sans doute bien mieux que d’avoir à se retrouver en face d’un visage pas vu depuis dix ans.

Bonjour messieurs, bienvenue au New York Palace, les accueillit un homme d’une trentaine d’années, derrière son comptoir, avec un sourire digne d’une publicité pour du dentifrice et des yeux très bleus.
Bonjour ! On a une réservation, au nom de Spencer !
En effet, pas de date de départ. Une suite avec vue sur la cathédrale.
Super !
Tout est déjà en règle, je vais demander à un collègue de vous accompagner.
Ok, merci !

Le collègue en question fut un jeune homme d’à peine vingt ans, plutôt pas mal, et surtout désireux de bien faire, et un peu trop poli, finalement. Il prit les valises, les posa sur un chariot et suivit Abban et Jake dans l’ascenseur, dans lequel attendait un liftier. Bien moins sexy que les précédents, ce qui était presque décevant. Mais heureusement, le conteur avait son petit ami avec lui. Il ne devait avoir d’yeux que pour lui. Le groom les laissa découvrir la chambre. Salon, salle à manger, lit immense et salle de bain en marbre. Ça irait très bien ! Jake revint vers la porte d’entrée et donna un beau billet au beau garçon, qui les quitta avec un sourire ravi.

Alors, qu’est-c’que t’en penses ? Je savais pas trop, et puis c’est Maléfique qu’a choisi, elle s’est pas plantée, et puis y a la vue…

Il s’approcha de la fenêtre et regarda en contrebas. La cathédrale Saint-Patrick, pourtant si imposante quand on était à ses pieds semblait presque ridicule vue du dessus. Les monuments pourtant si impressionnants dans d’autres circonstances étaient écrasés par la taille des gratte-ciel qui les entouraient.

Y a Central Park, là-bas, mais l’voit pas… ajouta-t-il, en pointant le doigt vers sa droite. Times Square est pas loin, on pourrait aller par-là, trouver un truc manger sur la route, rapide, et on fait un tour.

Il pivota pour présenter son dos à la vitre.

Mais d’abord, on s’installe ! J’ai pas grand-chose, moi, comme d’hab’, mais j’compte sur toi pour repartir un peu plus chargé !

Dans le programme, il y avait « shopping pour Jake par Abban ». Ce qui promettait d’être un moment particulièrement cocasse, mais l’Américain était sûr qu’il en ressortirait plus à la mode et qu’il ne ferait ainsi plus vestimentairement parlant honte à son petit ami. Dans la chambre, il déballa le peu de fringues qu’il avait prises. Avant de s’asseoir sur le lit, alors que l’Irlandais lui s’occupait de ses tenues, bien plus nombreuses.

Le bref épisode dans l’avion, au retour de LA, n’avait pas été oublié, mais Jake avait préféré le remiser dans un coin de son esprit. Il savait qu’il finirait pas totalement l’occulter, c’était même ce qu’il voulait, parce qu’il savait qu’il pouvait faire confiance à Abban. L’histoire de l’attaque était une première, et une dernière. Ça ne se reproduirait pas. Ils étaient là, tous les deux, à New York, ils étaient loin du travail et, même si Star City n’était pas si loin, ils allaient pouvoir penser à autre chose, ne plus sentir menacés. Clochette lui avait fait une petite crise avant son départ, mais elle avait fini par comprendre. Même s’il savait qu’elle lui ferait sans doute payer plus tard cet abandon.

Alors, prêt à sortir ?

Jake commençait à avoir un peu faim. Et en tâchant de mener le bateau, peut-être éviterait-il le moment où Abban suggérerait qu’ils aillent dans un quartier où les passants risquaient d’être moins anonymes. Parce qu’il ne savait pas comment il réagirait, ce qu’il ferait si vraiment il tombait nez-à-nez avec un de ses parents. Il ne voulait pas provoquer la chance. Parce que la chance pouvait être une vraie salope.
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Message posté : Jeu 13 Fév 2014 - 20:55 Message
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Quelques jours plus tôt


— Sérieux ?

Abban se tortilla sur son siège.

— J’veux dire, vraiment ?

Un temps.

— Euh… M’dame.

La femme hocha lentement la tête, un sourire en coin. Abban ne savait pas trop s’il devait partir en courant ou sauter de joie. Alors, à la place, il essayait de ne pas avoir l’air complètement terrorisé.

— Bienvenue, Abban Mac Aoidh. Bienvenue au Quartier Général du Cartel Rouge.

L’Irlandais déglutit péniblement et se força à sourire à Atia Cesar.

***


Durant le trajet, Abban n’avait pas beaucoup fourni à la conversation ; comme Jake, il était resté silencieux. Il avait pensé aux parents de son petit ami, qu’ils allaient rencontrés, dût-il tirer Jake par l’oreille pour l’y forcer. Il avait surtout pensé à son entrevue avec la leader du Cartel, qui lui avait proposé, ou ordonné, il ne savait plus très bien, de devenir membre de plein droit de l’organisation. Voir son nom à côté de ceux du Maestro, du Docteur Stratos ou de la Pie, Abban ne trouvait pas cela particulièrement enthousiasmant. Il avait souvent rêvé du jour où il jouerait dans la cour des grands. Où les criminels les plus célèbres et les plus dangereux le considéreraient comme un égal. Désormais, il se demandait simplement comment diable il avait fait pour se retrouver dans un pareil pétrin.

Depuis cette entrevue, il réfléchissait à la manière de présenter les choses. Il cherchait à les tourner assez habilement pour que Jake, qui s’inquiétait déjà de sa sécurité, ne fît pas une attaque cardiaque. Certes, Wildcard occupait lui-même, depuis quelque temps déjà, un statut semblable au sein de la ligue criminelle. Mais les chefs de gangs vivaient dans un monde un peu différent : la Triade et le Gang des Fables étaient des organisations en soi, avec leur propre poids, leurs protections et leurs rituels. Mais les membres indépendants, eux, étaient les électrons libres que les ambitieux cherchaient à abattre et que les grandes initiatives judiciaires, de la Légion, de l’UNISON ou du FBI, prenaient plus facilement pour cibles, parce qu’ils étaient un peu plus visibles — ou médiatiques, dans leur invisibilité.

Ainsi, si Jake s’inquiétait déjà des ennemis un peu trop insistants de l’Irlandais, nul doute qu’il ne verrait pas d’un très bon œil cette promotion qui frôlait de près la sentence capitale. Abban essayait donc, dans ses pensées, de la parer de tous les charmes : il aurait de plus gros contrats (donc de plus gros ennemis…), plus de pouvoirs (donc plus d’ennemis…), plus de responsabilités (donc plus d’ennemis…), bref, c’était parfait, merveilleux, génial. C’était horrible. Le séjour à New York arrivait à point nommé : ils allaient pouvoir s’y détendre et entre deux photographies sur Park Avenue, le jeune homme allait pouvoir incidemment glisser « je suis devenu membre de l’alliance ». Parfait, vraiment parfait.

Ces importantes préoccupations ne l’empêchèrent pas de décocher un petit coup de coude à Jake quand il lui sembla que l’Américain prêtait un peu trop d’attention à ce groom franchement hideux (en toute objectivité). Un petit regard noir plus tard et la tension était passée : Abban découvrait sa suite. Il avait beau être habitué désormais à un certain luxe, entre Nalebo Hall et les endroits où il descendait, quand il partait en mission dans d’autres villes, il avait toujours devant les beaux hôtels la réaction du gamin des quartiers pauvres de Dublin. Les yeux écarquillés, il apparut et disparut une petite dizaine de fois, le temps d’inspecter le propriétaire, ponctuant sa visite de quelques exclamations ravies, composées pour la plupart de « waaah » et autres « trop cool ».

Bientôt collé à la fenêtre et à son petit ami, Abban suivit la direction pointée par Jake. Lui, Central Park, il le voyait très bien — mais c’était un peu de la triche. Il observa les « alentours » pendant encore quelques dizaines de secondes puis son regard se reporta enfin sur Jake et ses tenues. L’Irlandais secoua la tête d’un air réprobateur.

— Ça va être enfin l’occasion de dépenser ton argent, va falloir refaire ta garde-robe, mon gars. Comment tu vas draguer les grooms si tu t’habilles comme un sac, hein ?

Avec un air faussement vexé, Abban leva un sourcil interrogatif, avant de se fendre aussitôt d’un sourire, tandis que deux de ses quatre valises apparaissaient à côté de lui. Depuis que l’Irlandais avait développé l’aptitude de téléporter les objets d’un point à un autre de son environnement immédiat, il était devenu encore plus difficile à suivre : non seulement il ne tenait pas en place, mais le monde ne tenait plus en place tout autour de lui. La scène qui suivit avait donc quelque chose de parfaitement banale et de tout à fait déconcertant : un coup, Abban se téléportait de la valise à la penderie ou inversement pour ranger un vêtement, un autre, c’était le vêtement lui-même qui disparaissait de la valise pour intégrer la penderie. Le plus souvent, tout se passait en même temps — les réflexes surdéveloppés de l’Irlandais lui permettant de gérer son rangement avec une efficacité irréprochable et absolument inhumaine.

Malgré l’étendue de sa garde-robe à lui, l’affaire fut ainsi pliée en moins de cinq minutes et Abban apparut devant Jake pour lui tendre les mains et le relever, tandis qu’au même moment, les quatre valises vides disparaissaient, sans doute pour se matérialiser juste à côté d’eux, dans le dressing. Abban attira Jake à lui.

— T’es mignon quand t’es stressé, t’sais ça ?

Un sourire attendri s’était peint sur les lèvres du jeune homme : Jake ne pouvait pas croire qu’il eût oublié le motif principal de leur venue à New York.

— T’es mignon tout le temps, en fait. Ça doit être ton super pouvoir. On pourrait t’appeler Super Mignon.

Ce qui lui faisait passer qu’il devait, selon Cesar, trouvait un surnom un peu plus approprié à ses nouvelles fonctions que « le Passeur ».

— Ça, ça t’pose un homme. Super-Mignon. Mets tes super mains sur mes supers fesses, Super Mignon.

Et pour récompenser Jake d’avoir enduré patiemment cet exercice en onomastique, le ci-devant Passeur embrassa Super Mignon, avant de se téléporter à côté de la porte d’entrée. Les deux jeunes hommes furent bientôt dans la rue et ils se mirent à remonter lentement l’avenue, en quête de nourriture. À bien y regarder, New York ne présentait pas un aspect très différent de Star City, au centre ville : les mêmes boulevards immenses, les mêmes flots de voiture, les mêmes passants pressés au milieu de la journée. Mais pour l’Irlandais, New York restait la ville la plus célèbre de la télévision, celle qu’il avait longtemps connu le mieux juste après Dublin, parce qu’elle était dans les séries et dans les films, dans les jeux vidéos parfois.

Alors des grattes-ciels avaient une silhouette familière, sans qu’il fût tout à fait capable de savoir s’il les avait déjà vus en vérité, sur un écran, ou s’il croyait simplement les reconnaître. Il y avait quelque chose, une ambiance particulière — et nul doute qu’il eût ressenti une pareille impression dans une autre ville, célèbre pour d’autres raisons, à Paris, Moscou ou Tokyo. À Tokyo, tout lui aurait semblé technologique ; à New York, tout lui semblait… Américain.

— On pourra aller voir la Statue d’la Liberté ? Ouais, et… Ground Zero ! Et… Un commissariat ! On aura qu’à prétendre qu’on s’est fait voler un truc dans l’métro, ça doit arriver tout le temps. J’veux voir si c’est comme dans Law & Order !

Il n’y avait pas vraiment de raison pour que les commissariats new-yorkais fussent très différents de ceux de Star City, mais Abban avait en la matière une curiosité toute télévisuelle. Washington était d’ailleurs la prochaine ville à visiter, sur sa liste.

— Ptêt on va croiser des gens vachement connus !

Pour quelqu’un qui côtoyait assez régulièrement Chase Neutron-Grey et avait offert un cadeau de Noël à Charlie Lane, la remarque était un peu incongrue.

— ‘Tain, c’la première fois qu’j’viens ici pas pour l’travail, j’ai l’impression que tout est différent et… Ooooh…

Abban venait d’agripper la main de son petit ami pour fendre la foule et s’arrêter, frappé d’admiration, devant ce qui n’avait pas grand-chose d’un monument new-yorkais. Mais dans un magasin qui ne daignait pas afficher le prix de ses articles (généralement mauvais signe), dans la vitrine, trônait une paire de baskets de collection, que l’on ne pouvait pas acheter (enfin, voler), même à Star City. Difficile évidemment pour le néophyte de distinguer ces baskets noires et rouges de n’importe quelle autre paire de baskets noires et rouges, mais à en juger aux yeux émerveillés d’Abban, le couple devait tout son respect à ce Graal des pieds.

— Comment cette ville est trop géniale…

Vraisemblablement, les mérites de New York comparés à Star City résidaient en partie sur le fait qu’ici, a priori, personne n’allait essayer de le tuer. Abban jeta un regard à Jake et se fendit d’un nouveau sourire.

— Ouais, je sais, t’as faim. Mais on r’viendra les acheter plus tard, hein.

L’Irlandais pivota et, sans lâcher la main de son homme, reprit la marche, l’œil plus attentif aux vitrines qu’aux bâtiments.
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Message posté : Ven 14 Fév 2014 - 13:10 Message
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« Super-Mignon » resta totalement silencieux durant les quelques minutes qu’Abban employa à répéter ce surnom qu’il espérait ne plus jamais entendre. S’entendre dire qu’il était mignon, ça allait, mais pas à ce point-là. Le couple quitta finalement l’hôtel pour se retrouver dans la rue, au milieu de la foule. Quel que soit le jour, quelle que soit l’heure, quel que soit le quartier, les trottoirs de New York étaient encombrés. Du moins, les quartiers les plus actifs et populaires. Le chemin à pied jusqu’à Times Square risquait de prendre un peu plus de temps que prévu, s’il fallait se faufiler entre tous les passants.

Abban s’emballa sur ce qu’ils pouvaient voir. La Statue de la Liberté semblait être un incontournable, évidemment. Ground Zero aussi, certainement. L’Empire State Building devait avoir sa place quelque part dans la liste, tout comme Central Park. Jake en revanche n’aurait pas pensé à y inscrire « un commissariat ». C’était le genre de lieux qu’il ne fréquentait typiquement pas, du coup, il ne voyait pas pourquoi est-ce que cela vaudrait la peine d’aller voir comment c’était chez les autres… La comparaison, en fait, devait se faire en fonction de ce qui se passait dans les séries. C’était original, et si vraiment Abban voulait voir si la fiction et la réalité se rejoignaient, pourquoi pas. Quant aux gens connus… Il fallait avoir l’œil pour repérer quelqu’un de connu dans la masse de gens. Si des gens connus s’aventuraient comme ça dans les rues…

Jake se tourna vers la source de l’admiration d’Abban, avant d’y être entraîné sans rien pouvoir faire. Arrivé devant la vitrine, il posa les yeux sur la paire de chaussures, avant de regarder autour, au-dessus, derrière. Qu’est-ce qui pouvait bien avoir à ce point attiré l’attention de son petit ami ? Il le regarda, et comprit que ce qui l’avait irrésistiblement conduit jusqu’ici était bien ce qui était là : les baskets rouges et noires. Il les observa un moment, tâchant de définir ce qui les rendait exceptionnelles. Mais rien ne vint. C’était tout bêtement une paire de baskets. Elles étaient jolies, bien sûr, mais de là les trouver plus belles qu’une autre paire… Il garda cependant ses commentaires pour lui, au risque de se faire incendier. Il n’était pas un spécialiste de la mode et des tendances du moment, alors il préférait se taire. C’était sûrement un motif de divorce, ce genre de choses…

Ouais, on va manger, on verra après.

Trop heureux d’avoir une excuse pour ne pas faire du lèche-vitrines, il se mit en quête d’un endroit où ils pourraient déjeuner. Par moments, Abban, qui lui tenait toujours la main, le faisait dévier de sa trajectoire pour s’approcher de la devanture d’une boutique de fringues ou de chaussures, mais il réussit à trouver un endroit sympa, où ils pourraient se poser. P.J. Moran’s, un restaurant qui faisait des spécialités américaines et… irlandaises.

T’en dis quoi ? Ça a l’air sympa, pi ils font des trucs de chez toi. Allez, on rentre !

Un serveur les accueillit. L’endroit était bondé et animé, mais c’était surtout la partie pub qui était occupée. L’homme, un Irlandais rouquin assez moche, les conduisit vers le fond, à une table pour deux, et leur laissa les menus. Au moins avait-il compris qu’il valait mieux être moche pour ne pas éveiller en Abban des envies de meurtres. Jake l’avait à peine regardé…

Y a moyen de s’faire péter le bide, ici ! Après, ça dépend de si on veut prendre du temps pour manger ou si on fait ça vite pour mieux enchaîner. Y a des burgers… han, y en a un français ! Avec de la baguette et tout ! J’vais prendre ça, j’ai toujours voulu goûter. Sauf si tu m’conseilles autre chose… J’peux prendre un truc irlandais en dessert, après.

Il s’intéressa ensuite aux boissons, et repéra le grand classique de la bière irlandaise, brassée au cœur de Dublin.

Han, j’vais prendre une pinte de Guinness, tiens. ‘fin, j’espère qu’y a des toilettes faciles d’accès, j’vais avoir envie d’pisser à un moment, moi.

C’était très fin, mais c’était surtout vrai. Le garçon revint prendre leur commande et s’éclipsa. Jake regarda un peu autour d’eux.

C’est sympa, la déco, hein ? C’est à la fois moderne et euh… rustique, un truc comme ça.

Quelques instants après, on leur apporta leurs assiettes. Et ce sandwich au faux-filet préparé avec de la baguette française était particulièrement appétissant. Jake but une longue gorgée de Guinness avant d’attaquer le plat.

Putain, c’est super bon ! Tu veux goûter ? La viande est tender, et le pain, là, c’est l’meilleur ! Rien à avoir avec le pain d’mie, tout ça.

Il n’apprenait certainement rien à son petit ami, le cuisinier, lui qui s’y connaissait particulièrement en qualité des produits, mais il fallait qu’il lui dise. Pour bien montrer qu’il s’y intéressait aussi. D’ailleurs, ça lui rappela quelque chose.

Au fait, on a toujours pas fait le cours de cuisine ! J’ai envie d’apprendre des trucs avoir toi, moi ! Tu cuisines avec Shrek, mais pas avec moi. C’pas le même niveau, c’est sûr, vous êtes des pros, mais moi j’ai envie d’apprendre ! J’t’ai bien montré la peinture, c’est à toi de me montrer des techniques et tout !

D’autant que les récents travaux à l’As de Pique, en plus d’avoir rénové la plupart des pièces et installé un atelier, avaient permis de refaire la cuisine, qui s’était agrandie et était devenue plus fonctionnelle, plus adaptée à la présence d’un cuisinier. Calquée sur celle de Shrek, en réalité. C’était d’ailleurs le Russe qui avait choisi le matériel et décidé de la configuration.

J’ai toujours pas essayé les trucs dans la cuisine. Sauf s’tu veux faire ça chez toi… J’ai toujours pas mis les pieds chez toi… C’était une petite tentative, comme ça. Y a plein de couteaux qui coupent bien et des casseroles qui accrochent pas, maintenant. La grande classe ! Y a même des poches à douilles et des ustensiles que j’ai encore jamais vus. Faudra que tu me dises à quoi ça sert !

Son enthousiasme à propos de la cuisine n’était pas feint. C’était bien une chose qui avait changé chez lui depuis qu’il avait rencontré Abban.
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Message posté : Ven 14 Fév 2014 - 17:53 Message
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Les baskets ? Échec. Les blousons, quelques mètres plus loin ? Échec. Les jeans, à la boutique suivante ? Échec. Abban esquissa une moue amusée quand Jake parvint enfin à le traîner jusqu’à un restaurant, pas dupe pour un sou : l’Américain était coriace, mais il finirait bien par avoir raison de sa réticence vestimentaire. Après tout, c’était lui ici qui téléportait et traquait les gens : Jake n’avait aucune chance de lui échapper et il finirait avec des chaussures dignes de ce nom aux pieds avant la fin du séjour. Peut-être pourraient-ils même faire un petit détour chez un coiffeur visagiste, pour écouter les conseils avisés d’un professionnel qui saurait tirer tout le parti d’un visage aussi exceptionnellement séduisant que celui de Jake.

Bientôt assis à une table, Abban parcourut rapidement le menu. S’il y avait bien une chose qu’il n’avait guère méditée avant de venir ici, ç’avait été les restaurants. Visiter les grands établissements était pour lui une activité typiquement gémellaire et, s’il avait à cœur de faire découvrir à son compagnon les arts de la table, il préférait réserver à Aishlinn l’examen détaillé de la gastronomie new-yorkaise. Le choix du jour lui allait donc très bien et il secoua la tête quand Jake évoqua la possibilité de se rabattre sur un autre plat.

— Ça, ça a l’air cool, t’as raison. T’sais quoi, j’vais prendre la même chose.

Les menus rendus et les plats commandés, le chef du Gang des Fables se lança dans un vibrant éloge de son matériel culinaire et des enseignements mémorables qu’il ne tarderait pas à en tirer sous la douce quoiqu’inflexible férule de son petit ami. Le sourire d’Abban s’agrandit de seconde en seconde et, alors que ses yeux pétillaient, l’Irlandais murmura d’une voix émerveillée, quand Jake eut fini :

— J’t’aime. C’fou c’qu’t’es beau.

Ah, ça, dès qu’on lui parlait de casseroles anti-adhésives et de douilles à pâtisserie, Abban se sentait tout chose. Sur le moment, ce n’était pas l’envie qui lui manqua de se téléporter avec Jake dans la chambre d’hôtel pour lui vanter plus en détail et plus en profondeur les charmes d’une cuisine entièrement équipée et la chaleur torride des vitrocéramiques, mais, sage comme une image, il se contenta de lui faire un peu du pied sous la table, sortant le sien de sa basket trendy pour le remonter le long de la jambe de l’Américain.

Ce qui ne l’empêchait pas de s’attaquer à son propre burger à la française.

— T’inquiètes pas, j’te les donnerai, tes cours. J’suis pas mal occupé, là, c’vrai. Entre le resto avec Aishlinn, ‘fin les trucs administratifs, là. C’est Thabo qui s’en occupe, surtout, mais faut faire les papiers.

Et les papiers, c’était non seulement tous les formulaires ordinairement nécessaires à l’ouverture d’un pareil établissement mais toute une nouvelle existence pour le Sud-Africain, qui servirait de prête-nom aux jumeaux, pour que les Mac Aoidh pussent continuer à voler sous les radars de l’administration étasunienne. Puisqu’il en était par ailleurs à évoquer les dernières évolutions de ses entreprises professionnelles, Abban choisit de saisir l’instant et glissa, l’air de rien, comme une lettre à la poste :

— Puis la patronne m’a fait membre à part entière d’l’organisation, alors voilà, ça aussi, c’est du boulot.

Ni vu ni connu ! Même s’il avait employé des termes passe-partout pour éviter d’éveiller les éventuelles suspicions de leurs voisins de table, il était difficile de ne pas comprendre clairement ce qu’il venait de dire, pour un chef de gang. Abban avait définitivement rejoint la cour des grands, celle où l’on côtoyait quotidiennement de parfaits psychopathes et des agents de l’UNISON surentraînés. La médaille de la promotion avait un sacré revers et pour tenter de le faire oublier à Jake, l’Irlandais déploya une double stratégie : d’abord, son pied continuait à caresser le mollet de Jake, à défaut de pouvoir remonter beaucoup plus haut (c’est ça d’être petit) et ensuite, il vanta les mérites de la restauration locale.

— Fin bref, ouais, c’est super bon, puis c’est pas forcément difficile à r’faire, on pourra essayer un truc comme ça, pour commencer. Le pain, c’t’un peu chiant, quoi, faut pétrir et tout, sauf à utiliser une machine spéciale, mais bon, tu t’retrouves systématiquement avec des pains cubiques, merci la variété. Puis la viande, c’t’un coup à prendre, mais en fait, avec l’matos que t’as, comme tu peux vraiment gérer la cuisson très précis, en fait, c’est beaucoup plus simple, tu vois.

Maintenant, il s’agissait de ne pas lâcher la parole et peut-être qu’après quelques minutes de discours ininterrompu, Jake oublierait l’information glissée dans le tas : qu’il avait rencontré Cesar, que Cesar l’avait accueilli dans la Ligue et qu’il avait déjà un pied dans la tombe et/ou le pénitencier.

— Pour l’dessert, on aura qu’à voir en ch’min, histoire d’visiter un peu, y a sans doute des vendeurs de gaufres, ou de crêpes, de marrons chauds, c’est bon les marrons chauds, aussi, puis ça a que’que chose de typique, tu vois. Elle est bonne ta bière ? Elle a l’air bonne ta bière. J’aime bien le décor, sinon, ouais, c’est vrai. Linn et moi, on s’est pas encore vraiment décidés pour l’ambiance, mais faudra qu’on y pense, c’est sûr, puis si y a un local, faudra faire des travaux. Thabo, i’ s’y connait, mais j’réfléchirai, quand même. Rustique et classieux, c’t’un bon compromis, y en a pour tous les goûts, puis c’est pas trop chargé, ouais, va falloir que j’y réfléchisse, c’est sûr, j’y réfléchirai.
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Message posté : Ven 14 Fév 2014 - 23:43 Message
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Parler cuisine était un moyen tout trouvé de récolter encore plus de compliments, même si ça n’était pas ce que Jake recherchait. Mais il était satisfait d’avoir obtenu le renouvellement de la promesse qu’il aurait ses cours, une fois que toutes les affaires d’Abban seraient réglées. L’Américain avait la bouche pleine quand vint l’annonce de la promotion. Le temps qu’il avale sa bouchée de sandwich, son petit ami avait remis une pièce dans la machine et parlait, parlait, parlait. Le sandwich, le dessert, la bière, la déco du restau, ou plutôt des restaus, celui-ci et celui qu’il allait ouvrir avec sa sœur… Ça n’arrêtait pas. Et finalement, il y eut un silence. Sauf que Jake s’était presque noyé dans le flot de paroles, et il dut prendre quelques secondes supplémentaires pour se rappeler de quoi il voulait parler.

Et quelques autres pour rassembler ses pensées sur la question. Abban avait rencontré Atia César, et cette dernière lui avait offert d’être un vrai membre du Cartel, avec des responsabilités. C’était une très bonne nouvelle. Mais le fait que Jake ne l’ait pas appris plus tôt le fit s’interroger sur les raisons… les risques. L’Irlandais prenait déjà des risques, et il s’en était jusqu’à présent sorti. Pourquoi est-ce que la situation changerait ? Parce qu’il allait être plus exposé. Était-ce vraiment une mauvaise chose ? Le conteur prit le temps de boire une gorgée de sa bière avant de parler.

J’suis fier de toi. C’est super. Tu l’mérites. Vraiment.

Il tâcha de rester concentré sur ce qu’il disait, alors qu’un pied sous la table lui remontait le long du mollet.

J’peux pas t’empêcher de faire quoi qu’ce soit, c’est ta carrière, mais j’vais m’sentir mieux en le disant… Fais attention. C’est plus dangereux… j’veux pas qu’il t’arrive un truc. Mais je s’rai là, de toute façon. Oublie pas que j’suis là. Si t’es blessé, ou je sais pas… même si t’es arrêté, je volerai à ton secours. L’organisation, c’est important, j’en sais quelque chose, mais faut rien faire d’inconsidéré. Moi j’peux, j’ai un pouvoir qui m’permet de prendre des risques, mais pas toi. J’veux pas te perdre.

Voilà, c’était dit. Malgré les efforts d’Abban pour noyer le poisson, ça s’était plutôt bien passé pour lui, non ? Le poisson n’était pas un requin, finalement. Jake termina son sandwich et le regretta un peu, c’était tellement bon.

Dès que t’as fini, on y va ! T’as raison, on va trouver un truc sur la route, histoire de pas perdre trop de temps. Tu veux goûter la bière ? C’est assez particulier, ça a un petit goût de café. Vous pourriez en servir dans votre restau, si vous faîtes, je sais pas, des trucs un peu irlandais… sauf si tu préfères prendre le contre-pied. Je connais pas trop les spécialités irlandaises, c’est ptêt pas trop gastronomique, comme les plats français…

Quand le serveur vint leur demander s’ils prenaient un dessert, ils refusèrent et, peu après, ils étaient de retour dans la rue. Jake avait payé avec la carte de crédit de « Clark Spencer », l’un de ses autres lui. De temps en temps, il aimait bien agir normalement, en payant, par exemple, plutôt que d’arnaquer les gens. Surtout qu’ils avaient bien mangé, il aurait été dommage de ne pas récompenser ça… Un peu plus loin, ils tombèrent sur un petit établissement qui faisait exactement ce dont Abban avait parlé, des marrons. Un homme les préparait directement sur le trottoir, à la vue des passants. Ils en prirent et commencèrent à les déguster tout en poursuivant vers Times Square.

C’est vrai que c’est bon, ça ! Je connaissais pas du tout, dis donc !

C’était bon, mais c’était chaud. Après s’être légèrement brûlé sur le premier, Jake décida d’attendre un peu que ses marrons refroidissent. Et puis, ils tournèrent à gauche sur la 7th Avenue et Times Square s’ouvrit devant eux. Avec ses écrans, sa foule, ses boutiques, ses restaurants, ses cinémas, ses salles de spectacle… Jake s’arrêta pour regarder un moment les gratte-ciel. Il avait fini, après tout ce temps, par oublier ce qui faisait la spécificité de New York. Mais il lutta contre la nostalgie et reprit sa marche, tout en terminant son dessert.

Y a un centre commercial, là. Tu veux qu’on rentre maintenant pour aller acheter des trucs, sachant qu’il faudrait retourner à l’hôtel pour tout poser là-bas, ou tu préfères qu’on aille voir des monuments ? Faudrait prendre le métro, ça serait plus simple… Y a vraiment du monde, c’est vachement plus peuplé que Star City, quand même…

Entre la circulation des piétons et des véhicules, le subway était sûrement l’une de leurs meilleures options pour se déplacer. À moins qu’Abban ne propose d’employer sa propre méthode, mais ça risquait d’être compliqué, ils pouvaient tomber n’importe où sur n’importe qui, même en repérant par avance des zones d’atterrissage sûrs.

J’te laisse choisir. New York, moi, j’connais déjà bien. À toi de voir c’que tu veux faire en premier.

À lui, tout lui irait, sauf si l’Irlandais glissait « parents » dans les propositions. Là, Jake partirait sûrement dans la direction opposée.
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Message posté : Sam 15 Fév 2014 - 8:52 Message
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Mince, il avait repris sa respiration ! Erreur stratégique bête. Pourquoi avait-il fait cela ? Un peu en apnée, Abban était tout de même à repartir dans une tirade sur la vie des langoustes dans les eaux les plus polluées ou sur la sidérurgie soviétique sous l’ère Brejnev, n’importe quoi pour éviter à Jake de s’appesantir sur l’annonce. Trop tard. L’Irlandais essaya — sans succès — de ne pas ouvrir des yeux trop ronds en entendant son compagnon le féliciter. Il avait toujours en mémoire les réactions un peu vives du jeune homme lorsqu’il lui avait incidemment appris qu’on avait (encore) cherché à le tuer et son sens de la psychologie légèrement atrophié ne le rendait toujours pas capable de comprendre exactement ce qui faisait tourner Jake et d’identifier nettement les raisons à ses comportements.

Il referma la bouche pour ne pas avoir l’air d’un idiot fini et esquissa un sourire modeste — ça lui arrivait de temps en temps. Modeste surtout parce qu’il savait que Jake avait raison et que ce jeu-là dans lequel Cesar l’avait jeté était difficile et aléatoire, particulièrement lorsqu’on le jouait sans gang, loin des Centurions, de la Triade ou des Fables. Monter un gang, ça lui avait bien traversé l’esprit pendant cinq minutes, quand Cesar lui avait parlé des possibilités, mais il fallait regarder les choses en face : aussi efficace fût-il, il n’avait pas la carrure d’un leader. Personne n’allait lui faire confiance.

L’Irlandais hocha donc sagement la tête et le sujet fut écarté au profit du restaurant. Il évoqua un peu plus en long ses projets avec Aishlinn , des projets qui, pour l’heure, de son côté du moins, comme souvent, étaient parfaitement désordonnés. Les formalités administratives, il s’en désintéressait complètement. Alors il avait des idées, mais aucune décision : envisager un avenir solide et fait pour durer, ce n’était quand même pas sa spécialité. Ses envies très différentes se heurtaient les unes aux autres et, à l’attendre, son futur établissement pouvait tout aussi bien servir de la cuisine des Caraïbes que des spécialités libanaises. Il fallait espérer qu’Aishlinn eût la tête un peu mieux vissée sur les épaules.

Ces descriptions temporairement achevées, le pied d’Abban réintégra sa basket et les baskets, avec Abban dedans, quittèrent le restaurant pour permettre à Jake de découvrir que les marrons chauds, non contents d’être marrons, étaient chauds, en plus. Cette révélation sidérante ne détournait pas Abban du triple objectif de la journée : le shopping, les monuments et les parents, dans cet ordre-là ou un autre. Le nez levé vers les écrans gigantesques sur les gratte-ciels, l’adolescent en avait d’ailleurs un peu oublié les merveilles vestimentaires que les boutiques cachaient tout autour de lui. Ce n’était pas Dublin, ça, c’était sûr, et s’il y avait des quartiers semblables à Star City peut-être, ce n’était pas ceux qu’il fréquentait le plus, ou alors pas de jour.

— La vache, t’m’étonnes qu’les mecs ici soient pas capables de connecter avec la réalité. Sérieux, comment t’veux penser aux pauvres quand t’vis ici ?

Les sentiments que les géants d’acier éveillaient en lui étaient ambivalents : tout à la fois il admirait la prouesse architecturale qui, en les écrasant de toute sa hauteur, imposait le respect et il était un peu dubitatif devant cette débauche de luxe technologique si éloignée de l’environnement dans lequel il avait passé toute son enfance. Le jeune homme baissa les yeux et quand Jake proposa de se perdre dans un centre commercial, un sourire amusé éclaira le visage du Passeur.

— T’es gentil, mais j’veux pas t’saouler, on f’ra ça plus tard, p’têtre. On prend l’métro puis l’ferry et on va à Liberty Island.

Après quoi il se laissa guider jusqu’à la bouche de métro la plus proche et, une fois dans la rame, profita de la foule pour se coller à son petit ami. Les mains sur le torse de Jake, Abban ne se souciait pas trop de la réaction des autres voyageurs — dont la moitié devait de toute façon sans doute le prendre pour une fille. Après quelques secondes de trajet, le jeune homme fit un petit signe de tête à son ami en direction d’une demoiselle de seize ou dix-sept ans, qui s’échinait à délester de leurs portefeuilles quelques passagers trop peu vigilants.

Tout bas, Abban murmura :

— Ça m’rappelle mon enfance.

Puis, un peu moins attendrie, il observa :

— ‘L’a une technique de merde. ‘Tends, on va pas la laisser comme ça, on a une responsabilité pédagogique, quoi.

Au même moment, un portefeuille apparaissait dans la main d’Abban, contre le torse de l’Américain. Bon, certes, l’Irlandais trichait un petit peu, désormais, en téléportant jusqu’à lui les objets. À la station suivante, délaissant pour un temps l’idée de visiter Liberty Island, le jeune homme entraina son ami à sa suite et, en allongeant le pas, il vint s’interposer sur le chemin de l’impétrante. Qui après avoir essayé en vain de passer outre une ou deux fois lui jeta un regard noir.

— Qu’est-ce tu veux, connard ?
— T’as pas perdu ça ?

Il agita le portefeuille devant le nez de la demoiselle qui partit en courant. Enfin, elle essaya, mais les réflexes d’Abban étaient difficiles à tromper et elle n’avait pas fini son premier mouvement que le jeune homme l’avait déjà attrapée par la manche et tirée vers le mur.

— Hey, zen, petite.
— Sérieusement, petite ? T’as vu ta gueule dans un miroir, récemment, ou bien ?
— Non mais juste… Regarde moi ta main, là. T’as des bracelets, t’as des bagues, t’pèses trois fois plus lourd qu’à la base. C’est con. C’t’une affaire de délicatesse. OK, dans le métro, fastoche, ça bouge, les gens sont habitués à être palpés, mais dehors, si t’as quinze kilos d’métal sur toi, on va forcément t’repérer.
— Euh…

Abban se retourna vers Jake.

— T’veux pas lui montrer, toi ?

Jake serait sans doute plus pédagogue que lui.
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Message posté : Dim 16 Fév 2014 - 23:02 Message
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Abban et Jake prirent le métro, direction le sud de Manhattan, et la station South Ferry, où ils pourraient prendre le bateau pour se rendre sur Liberty Island. Mais dans le train, serré l’un contre l’autre, ils trouvèrent une autre activité. Observer les techniques approximatives d’une jeune pickpocket, qui profitait à la fois des cahots de leur wagon et du manque de vigilance des passagers, pour la plupart occupés à faire la gueule. Si la demoiselle se débrouillait plutôt pas mal, pour une amatrice, elle avait de sérieux désavantages. Abban fit la démonstration d’un vol sans contact, juste en faisait apparaître un portefeuille, mais c’était trop facile. Tous deux suivirent ensuite la fille sur le quai, et l’Irlandais s’interposa pour l’empêcher de passer. Pour lui dire qu’il l’avait prise la main dans le sac. Et la sermonner.

Au début, elle ne se laissa pas faire. Puis elle comprit que celui qui était en train de lui faire la leçon n’allait pas l’arrêter ou la dénoncer. Au contraire, il lui faisait remarquer qu’avoir de trop nombreux accessoires aux mains et aux poignets réduisait à la fois son efficacité et sa discrétion. Et puis Abban se tourna vers Jake. Ce dernier, un peu pris au dépourvu, dut se rendre à l’évidence : il ne pouvait décemment pas laisser une pickpocket aussi prometteuse ruiner sa carrière pour des conneries. Il prit donc le relai.

Il a raison, t’es super agile de tes doigts, mais t’es obligée de faire gaffe parc’que t’es chargée comme une mule. Imagine un jour, un bracelet s’accroche dans une veste. Hop, le mec réagit, et c’est fini pour toi. Faut non seulement porter le moins de choses possibles qui dépassent, mais en plus, faut pas que ça soit de la valeur, ça attire l’attention. Alors, là, bonjour la discrétion, hein.

Il leva les deux mains, pour montrer qu’il n’avait ni bague ni bracelet. Puis il avisa un homme d’une cinquantaine d’années, au physique particulièrement banal, qui arrivait. En un coup d’œil, il repéra ce qui pouvait l’intéresser.

Tu peux trouver une autre technique, sinon. Des trucs différents, en détournant l’attention, ça marche bien.

Quand l’homme passa derrière lui, il pivota et lui rentra dedans, assez violemment, de façon assez convaincante : on pouvait vraiment croire qu’il ne l’avait pas vu. L’homme se retrouva au sol.

Oh ! Je suis désolé, je vous avais pas vu ! Laissez-moi vous aider, désolé, vraiment…

L’homme présenta lui aussi ses excuses, surpris par tant de manières de la part d’un jeune, et après quelques « ce n’est rien » supplémentaires, courut pour monter dans son train. Jake, qui avait repéré les caméras, fit en sorte de n’être filmé que de dos quand il sortit un portefeuille et une montre de ses poches.

Tada. Tu vois, ça marche bien, ça aussi, fit-il, en tendant les deux à la fille, qui affichait un air ahuri.

Mais elle se reprit, saisit les deux objets, et partit en courant, sans un mot, rien. L’Américain attrapa la main d’Abban, histoire qu’il ne se lance pas à sa poursuite, ça ne servait à rien.

J’ai trouvé ça, aussi, dit-il, en sortant un très beau stylo plume.

Le pauvre homme n’avait rien vu venir et rien senti passer. Enflé, entubé. Déconcerter les gens en étant poli était une technique qui marchait très bien, surtout dans les grosses villes surpeuplées, où ignorer son voisin était un mode de vie.

On y retourne ? Ça m’a presque envie de faire une petite moisson, dis donc… Chacun à un bout du train, et on se rejoint au milieu. Chiche ?

Le métro new yorkais offrait l’avantage à ses passagers de pouvoir circuler d’un wagon à l’autre sans avoir besoin d’en sortir. Il monta en tête et repéra rapidement ses cibles potentielles. Les gens râlèrent un peu quand il s’excusa pour passer, se collant littéralement à beaucoup de monde. Quand il atteignit la porte permettant d’accéder à la petite plate-forme pour passer dans le wagon suivant, il avait dans les poches quatre portefeuilles, cinq stylos et trois téléphones. Par endroits, il en avait laissé tomber sur le sol, jugeant au toucher qu’ils ne méritaient pas d’être conservés. Entre les wagons, profitant de l’absence de caméras, il récupéra dans les portefeuilles tout ce qui était le plus intéressant : liquide, cartes de crédit. Avant de laisser là ce qui restait.

Le manège se répéta jusqu’à ce qu’il rencontre Abban. Ils étaient presque arrivés. Jake ignora son petit ami, pour ne pas attirer l’attention, et ils furent emportés par la foule qui se déversa sur le quai à la station où ils devaient descendre. Ils se retrouvèrent le long d’un mur.

J’ai sept mille quatre cents dollars en billets et seize American express. C’est pas mal. Et trois Montblanc, aussi. Les autres trucs étaient pourris.

C’était plutôt un bon bilan. Peu après, ils sortirent et allèrent se présenter au guichet qui permettait de prendre des tickets pour le ferry. Sauf que la file n’avançait pas, parce qu’un homme criait qu’on lui avait volé son portefeuille. Derrière lui, des Russes se mirent à crier aussi, sans doute pour la même raison.

Putain, j’avais pas pensé à ça… marmonna-t-il, avant de décider de la jouer au culot.

Il regarda combien coûtait la traversée aller-retour, prépara la somme exacte, avant de contourner la file d’attente et se placer près de l’homme qui se plaignait.

’jour madame, deux tickets aller-retour, s’il vous plaît, j’ai le compte juste, regardez.

Si ça se trouve, il payait avec l’argent volé à celui qu’il était en train de gruger. La guichetière, d’abord surprise, eut l’air de vouloir se révolter, mais finalement, elle effectua la transaction, tout simplement parce que ça la détournait un moment du type qui se plaignait toujours.

Et voilà ! À nous la statue de la Liberté ! s’exclama-t-il, en désignant ladite statue, qu’on apercevait plus loin.

Tout faire de façon plutôt normale, si l’on exceptait la petite entorse dans le métro, c’était sympa aussi, ça permettait d’oublier un peu les tracas de la vie de criminel.
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 10:58 Message
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— T’expliques bien !

Observa Abban tandis que leur apprentie d’un instant détalait dans les couloirs du métro avec son butin augmenté des fruits de la démonstration.

— Ça s’ra cool, du coup, qu’on aura des gosses.

Et sur cette remarque parfaitement anodine, lancée en passant, Abban tout sourire accepta la proposition de son compagnon et les deux jeunes gens se séparèrent pour se poster chacun à un bout de la rame. Montant avec les autres passagers, Abban profita rapidement de sa petite taille et de sa carrure menue pour se faufiler entre les uns et les autres. Bien sûr, il n’utilisait pas son pouvoir — sinon, où aurait été le plaisir ? — pour soulager les New Yorkais et un bon nombre de touristes de leurs possessions terrestres. Épingles de cravate, broches, boucles d’oreilles, portefeuilles et téléphones commencèrent à remplir ses propres poches ; comme Jake, il prenait le temps de l’examiner une fois à l’abri des regards (et des objectifs), afin de n’en conserver que l’essentiel.

Les deux amants se retrouvèrent près de la sortie du métro.

— Attends, j’ai pas mal d’caillasse, j’vais mettre ça au coffre, bouge pas.

L’Irlandais disparut et reparut deux secondes plus tard, beaucoup plus léger : il n’avait conservé que l’argent liquide.

— Ouais, voilà. J’ai trois milles dollars en liquide et douze cartes de crédit. Puis y a les téléphones et les bijoux, dans l’coffre d’notre chambre, à l’hôtel. C’était fun, ça f’sait longtemps qu’j’avais pas fait un truc pareil.

Il n’avait rien perdu de ses talents de pickpocket, mais il les employait désormais à des vols beaucoup, beaucoup plus précis, qui concernaient généralement des clés de sécurité, cartes magnétiques et autres objets qu’il importait de subtiliser en toute discrétion à une personne bien précise et auxquels il fallait souvent substituer des doubles, pour éviter de trop attirer l’attention. Pour Abban, écumer le métro revenait à un exercice sportif gratuit, simplement pour dépenser son énergie — avec le saveur nostalgique de ses débuts. À peine un crime.

Les touristes de la file d’attente, victimes du jeu, n’étaient pas exactement de cet avis, mais Abban ne s’en souciait guère. Bientôt, Jake et lui furent installés sur le pont du ferry, malgré la fraîcheur de l’hiver et de l’air marin : l’Irlandais tenait à profiter de l’embouchure de l’océan et de la vue sur Manhattan, derrière eux, et Liberty Island, devant. Penché au-dessus du bastingage, il se laissait exceptionnellement décoiffer par le vent, pour pouvoir regarder les vagues qui heurtaient la coque du petit bateau, l’île célèbre qui se dessinait devant eux, l’île non moins célèbre dont ils s’éloignaient petit à petit.

Lorsqu’ils descendirent de leur embarcation, l’Irlandais était plus radieux encore. Lui, il avait complètement oublié les parents de Jake à retrouver, le Cartel et toutes les inquiétudes des derniers mois : tout à l’immense terrain de jeu et de découverte qu’était devenue New York, il agrippait sans cesse la main de Jake pour lui montrer des éléments qui allaient de la mouette des plus communes au profil d’un bâtiment célèbre, de l’autre côté de la traversée. Bientôt, ils purent s’arrêter devant la plaque qui ornait le monument. En parcourant rapidement le poème des yeux — et sans le comprendre entièrement il est vrai — Abban haussa un sourcil dubitatif.

— Ouais, tu parles. Les politiques américains, ‘doivent pas venir souvent ici lire ça. T’sais, des fois, j’me dis, ça pourrait être un bon endroit où placer d’l’argent. Chez des politiques, pour qu’ils prennent les bonnes décisions, tu vois.

Certes, étant données ses opinions qui frôlaient l’anarchisme, Abban n’était pas prêt de trouver dans le paysage politique étasunien de parti de gouvernement véritablement susceptible de porter ses idées. D’ailleurs, il finit par secouer la tête.

— Mais c’trop compliqué.

Les deux jeunes gens pénétrèrent dans le musée et l’Irlandais refusait toujours d’abandonner la main de son petit ami ; inévitablement, ils s’attiraient quelques regards, comme si la Statue de la Liberté devait être moins intéressante elle-même qu’un couple de garçons. Indifférent à la curiosité des touristes, Abban se penchait sur les différentes explications. Ironiquement, pour lui aussi, les États-Unis avaient été une terre d’accueil — qui se fût sans doute passé de sa présence.

— On peut monter tout en haut, t’crois, dans la tête ?

Question un peu rhétorique, dans la mesure où lui pouvait les emmener sans trop de difficulté sur la tête de la Statue, si cela lui chantait.

— C’est quand même d’mmage qu’y ait pas d’trucs comme ça, à Star City. ‘Fin, j’veux dire, y a les statues des mecs, là, je sais plus, Prétorien, ou machin-chose, voilà. Puis la Tour de la Paix, ouais. J’ai jamais visité, en fait. J’irai peut-être.

Entre les commissariats et le quartier général de la Légion, Abban était un criminel dont les goûts touristiques étaient pour le moins dangereux.

— T’aimes ça, toi, les monuments ? Parce que bon, j’sais qu’c’est un peu bateau, puis la statue, là, t’as dû la voir des tonnes de fois. Mais pour moi, c’t’un peu comme voir un film mais en vrai, tu vois. Pour vous, les Américains, j’suppose qu’c’est différent : vous vivez toujours dedans. T’aimerais voir quoi, toi, dans le monde ? J’sais pas, genre… Le machin en Inde, là, le gros palais, enfin la tombe, ou je sais plus trop.

Il fallait espérer que Jake reconnût le Taj Mahal dans cette description pour le moins approximative.
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 16:49 Message
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La remarque « anodine » d’Abban fut entendue par Jake, qui choisit de l’ignorer. Ou plutôt, de la ranger dans un coin de son esprit pour la ressortir plus tard, si l’occasion se présentait. L’idée des gosses, il n’était pas encore du tout prêt à l’envisager, il préférait vivre au jour le jour, et il soupçonnait que c’était même peut-être une blague. Après leur petite razzia dans le métro, ils se retrouvèrent donc sur le ferry. L’Irlandais autorisa le vent à le décoiffer alors qu’il profita de la vue sur Manhattan derrière, et sur Liberty Island devant. Ils s’arrêtèrent pour lire la plaque sur laquelle était inscrit un poème. Jake haussa les épaules. Les politiques, ça lui passait largement au-dessus de la tête.

Puis ils entrèrent dans le musée. L’Américain y avait mis les pieds une fois, des années auparavant, et n’en gardait pas un souvenir mémorable. Sans doute parce que ses parents l’y avaient traîné. Il secoua la tête pour ne pas penser à eux, et ne répondit pas à la question d’Abban, qui de toute façon devait se douter qu’il était possible de monter. Et tout comme lui, il ignora totalement l’attention des touristes, qui se détournaient des vitrines et des maquettes pour s’intéresser à ce couple de garçons qui se tenaient la main. La bêtise humaine, déjà bien présente aux États-Unis, s’importait même…

La Tour de la Paix, sérieux ? Ça doit être sympa à voir, mais fais gaffe, suffit qu’y en ait un qui t’repère, et tu pourras plus sortir… C’est un défi à relever, n’empêche.

Oui, finalement, l’idée avait quelque chose de séduisant. S’aventurer en « terrain ennemi » en se demandant si c’était vraiment risqué… Jake ne l’avait pas encore fait, et il se demanda d’ailleurs comment il n’y avait pas pensé avant. Abban enchaîna avec un discours sur les monuments, pour finalement donner un exemple assez peu clair, mais qui fut cependant reconnu malgré la description approximative.

Le Taj Mahal ? Ouais, ça doit être à voir. Y a les trucs classiques comme la Tour Eiffel, ou Big Ben, ou la Tour de Pise, les trucs comme ça, mais j’pense que faut les voir au moins une fois dans sa vie… La P’tite Sirène à Copenhague, aussi… Ou Dubaï, avec la tour de huit-cents mètres, là.

Ça annonçait presque un tour du monde, tout ça. Y ajouter l’opéra de Sydney pouvait compléter le parcours. Mais l’inconvénient de ce genre de périple, c’est que c’était long, que ça éloignait trop longtemps de ses activités, et le Gang des Fables ne pourrait survivre si son chef décidait de partir en voyage plusieurs mois avec son petit ami.

La Statue, j’l’ai vue souvent pendant des années, et j’l’ai visitée qu’une fois… Mais ça fait longtemps, et là, j’la redécouvre un peu, en fait. Ça a une histoire, New York c’est une ville assez vieille, aux États-Unis, Star City c’est plus récent… il s’y est passé plein de trucs, on a construits des machins pour commémorer, mais c’est pas pareil…

Il se tourna vers la queue un peu plus loin, des gens qui attendaient pour aller voir ce qui se passait un peu plus haut.

On monte ? Y a une vue sympa, on voit toute la baie, avec les gratte-ciel au fond d’un côté, l’océan de l’autre.

Sans lâcher la main d’Abban, il l’entraîna vers la file d’attente, non sans attraper au passage une brochure sur l’histoire du monument.

Tu savais que c’est les Français qu’ont offert la statue aux Américains ? Et le mec qu’a créé la Tour Eiffel, il a participé à la construction. C’était pour le centenaire de l’Indépendance.

Jake aimait beaucoup l’histoire, mais il préférait quand elle lui était racontée par Prof. Lui était plus doué pour narrer les contes. Quand ça concernait des faits avérés, historiques, c’était beaucoup moins bien, plus maladroit, parce que ça ne faisait pas appel à l’imagination. Ou alors, à une imagination rationnelle. Peu après, ils étaient dans l’escalier pour atteindre la tête.

C’est dommage qu’y ait du monde, ça aurait été vachement mieux de pas trop se fatiguer… Après on pourra ptêt aller à la torche, non ?

L’air de rien, il venait de suggérer, si les circonstances permettaient la discrétion, une petite utilisation d’une capacité particulière qui leur permettrait de contourner beaucoup de difficultés.

Ça fait que quatre-vingt-dix mètres, mais la vue doit être mieux que dans la tête…

D’autant que, dans la tête, ils ne purent pas immédiatement accéder aux fenêtres, devant lesquelles se bousculaient les touristes, prêts à tout pour prendre des photos qui se ressembleraient toutes, mais qui auraient au moins le mérite d’avoir été prises par eux-mêmes.

Faudrait aller à Paris, un jour. Y a les monuments, tout ça, mais y a aussi la mode, la gastronomie… Ça devrait t’plaire, j’pense. Moi en tout cas, j’ai bien envie d’y aller.

Il y aurait bien le double inconvénient du français, la langue, et des Français, les habitants, mais ça n’empêchait pas les étrangers d’en faire le premier pays touristique. Enfin, ils purent s’approcher d’une ouverture.

On pourrait aussi monter à l’Empire State Building. C’est vachement plus haut, et c’est au cœur de la ville.

Se trouver là, dans la tête, ça lui faisait penser au combat épique entre les X-Men et la Confrérie des Mutants. Et à Wolverine qui avait coupé l’un des piques de la couronne de la pauvre dame de fer.
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 19:41 Message
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— Ouais, c’ça, le Taj Mamal !

Pas loin. Abban n’avait en fait pas une idée très précise de ce à quoi ça pouvait bien ressembler, ce truc, mais il en avait entendu parler une ou deux fois, et puis c’était un monument à l’amour, ou quelque chose dans le genre, alors aller le visiter avec son petit ami, ça pouvait sans doute porter chance. Évidemment, il n’était pas superstitieux — la superstition, ce n’était pas catholique — mais savait-on jamais. Le jeune homme préférait mettre toutes les chances de son côté. Et puis, le romantisme des lieux ne jouait pas un médiocre rôle dans son désir de voyages — même s’il n’allait certainement pas le reconnaître.

Il sentit tout de même le stress monter rapidement en lui quand Jake se mit en tête d’énumérer des monuments. La Tour Eiffel, ça allait. Big Ben, aussi, évidemment. Un truc de Britanniques. La Tour de Pise, c’était un peu plus compliqué, mais après avoir hoché la tête pour faire bonne mesure, il se souvint en retard qu’il s’agissait du machin penché, qui se situait… Quelque part en Europe, dans le sud, peut-être en Italie. Ou en Espagne. En revanche, la Petite Sirène de Copenhague en particulier et Copenhague en général, c’était le blanc complet. Dubaï, pas mieux.

Une nouvelle fois — et ce n’était pas la première en compagnie de Jake — Abban sentit le rouge lui monter aux joues alors qu’il prenait conscience de sa profonde inculture. D’une voix un peu lointaine, il murmura :

— Ah bah ouais, on pourra faire ça, ça a l’air cool.

Il ne s’avançait pas trop : Jake venait de lui dire qu’il s’agissait de grands classiques. Il ne lui restait plus qu’à mémoriser approximativement les noms et à demander à Macha de lui en montrer et l’orthographie, et les photographies, histoire de pouvoir donner le change. Avec un peu de chance, Jake ne se rendrait pas compte qu’il l’avait floué en l’approuvant sans même savoir de quoi il parlait. Heureusement, son petit ami enchaîna sur une comparaison entre New York et Star City dans laquelle Abban se sentait un peu plus expert.

— Bah ouais, trop. T’vois, quand j’suis arrivé d’Dublin, ça m’a fait genre, super bizarre. À Star City, ou même ici, quand même, en fait, tout est super neuf. ‘Fin pas neuf genre y a trente ans, mais quand même, à Dublin, puis ailleurs en Irlande, mais si j’connais surtout Dublin, ben y a des trucs super vieux, qui remontent à des siècles en arrière, genre au Moyen Âge ou euh… à la Renaissance ! Ouais. Même avant, l’Antiquité.

La Renaissance, déjà, ça venait avant ou après le Moyen Âge ? Peu désireux de s’aventurer sur cette pente un peu glissante, Abban résuma son exploration chronologique en une formule générique :

— Des siècles, quoi. Les châteaux, c’genre de trucs. Puis les Irlandais, ils te parlent toujours d’un passé super lointain, et ici, quand t’écoutes les gens, ben c’est pas du tout pareil. C’est comme si votre pays était, je sais pas trop… Pas amnésique, mais tout jeune. Et un peu…

Il haussa les épaules, incapable d’exprimer assez subtilement sa pensée. Un peu déçu par sa propre incompétence, il conclut :

— J’sais pas.

En attendant, ils avaient rejoint la file d’attente, et en se collant à Jake, histoire de donner du grain à moudre aux touristes, Abban se pencha sur son prospectus. C’était quoi au juste, cette histoire de fous ?

— Sérieux ? Mais pourquoi ils fabriquent une statue en France pour l’indépendance des États-Unis ? Je croyais que les Français aimaient pas les Américains !

Et qu’en retour, c’était bien normal, personne n’aimait les Français. Abban se hissa sur la pointe des pieds pour lire la brochure. Les explications demeuraient un peu vagues pour lui : elliptiques, elles ne lui en apprenaient pas beaucoup sur les liens entre le Royaume de France, puis la République, puis l’Empire et les États-Unis, ni sur l’inimitié séculaire entre le même royaume et celui de Grande-Bretagne. On lui avait peut-être expliqué tout cela, un jour, un cours d’histoire, mais en dehors de l’Antiquité, Abban ne les avait jamais suivis avec un grand intérêt.

— C’est trop fou. Comment ça devait être impressionnant, sur le bateau, pour l’amener !

Et ce fut en s’imaginant une sorte d’immense péniche en train de traverser l’Atlantique avec une statue géante couchée dessus qu’Abban monta dans la coupole. La proposition de Jake de gagner la torche n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Abban attira Jake dans un coin de la coupole et lui lâcha la main, pour se concentrer sur les touristes. Il fallait simplement une petite diversion. Un appareil photographique disparut des mains de l’un d’entre eux pour apparaître sur le sol, juste sur le passage d’une Allemande qui trébucha sur l’objet et tomba contre une troisième touriste. Évidemment, l’homme à l’appareil sans appareil dont l’appareil venait d’être cassé était furieux et la confusion monta. La dispute attirant les gardiens de la coupole, Abban attrapa la main de Jake et les deux criminels apparurent au même moment sur le balcon qui entourait la torche.

Là, évidemment, le vent soufflait encore plus fort que sur le pont du ferry. Abban était obligé de garder les yeux plissés pour apercevoir Manhattan sans avoir l’impression d’y perdre sa cornée. Machinalement, il essayait d’imaginer les Twin Towers dressées au milieu de l’île, à la place du nouvel immeuble. Impossible à ce spectacle de ne pas se sentir en train de contempler l’histoire elle-même — là, sur la torche de la statue la plus célèbre du monde, devant le paysage urbain le plus célèbre du monde, il comprenait un peu de l’étrange obstination patriotique de nombre d’Américains.

Comme il était difficile de parler tout de même en de pareilles conditions, le jeune homme serra un peu la main de son ami et lui jeta un regard interrogateur. Quand il lui parut que Jake estimait avoir profité assez du spectacle, ils disparurent de nouveau et réintégrèrent leur suite, beaucoup moins venteuse. Abban partit coller les mains au radiateur le plus proche.

— C’était génial !

Et il comptait bien profiter des dispositions favorables de tout le monde, enfin les siennes surtout, pour tenter d’approcher le sujet principal de la visite.

— Tu crois qu’on pourrait voir aussi ton quartier ? Ça m’f’rait plaisir, t’sais, d’découvrir un peu d’où t’es parti, et tout…

« Et tout », ça voulait dire « les parents », évidemment : mais Abban y allait pas à pas.
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 22:50 Message
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Jake se rendit compte qu’Abban ne se montrait pas aussi enthousiaste que lui sur les différents monuments du monde, et il en devina la cause, mais il ne dit rien. La solution, c’était peut-être de trouver un moment pour lui envoyer Prof, histoire que ce dernier lui fasse quelques cours de rattrapage sur certains sujets. Après, aller directement sur place et laisser la surprise de la découverte, ça pouvait marcher aussi. La Burj Dubaï, les temples d’Angkor, la Grande muraille, tout ça en disait suffisamment long quand on les regardait pour ne pas avoir besoin d’ajouter quoi que ce soit. Ou peut-être juste le nom. En tout cas, ces monuments étaient impressionnants et pouvaient être vus sans être connus au préalable. Bref.

Les lacunes de l’Irlandais s’étalant autant sur l’Histoire que sur la géographie, Jake avait embrayé sur la Statue de la Liberté, et là au moins Abban put-il souligner l’incohérence : les Français n’aimaient pas les Américains. Mais comme c’était bien plus compliqué que ça, le conteur laissa son petit ami mener une petite diversion pour leur permettre de se retrouver, sous le vent, au sommet de la Statue, sur l’espèce de balcon autour de la torche. Ils profitèrent un moment de la vue, les yeux plissés, avant de finalement se résigner à quitter les lieux. Ils se retrouvèrent instantanément directement dans la chambre de leur hôtel, où le radiateur le plus proche fut immédiatement squatté par Abban. Et là, son Irlandais mit directement le doigt sur le point qui faisait mal.

Mmmh ? J’sais pas…

Il commença par poser sur la table la plus proche ce qu’il avait piqué dans le métro, ne gardant qu’une partie du liquide. Il hésitait. Il n’avait pas vraiment envie de croiser qui que ce soit dans son ancien quartier. En même temps, qui se rappellerait de lui ? Il avait quand même quelques bons souvenirs, ne fussent que les mauvais coups qu’il avait pu faire à l’époque. Il se remémora le renvoi de sa nourrice, qu’il avait sadiquement provoqué en la faisant accuser d’avoir cassé une collection de sept superbes vases hors de prix. Lui-même les trouvait particulièrement moches, et ils n’avaient donc pas été une grande perte pour quiconque ayant un minimum le sens de l’esthétique, et il avait pu ainsi faire d’une pierre deux coups, en se débarrassant donc de sa « nounou », une femme d’une cinquantaine d’années un peu coincée.

J’aimerais bien qu’tu vois le quartier, mais bon… C’est pas évident, quoi…

Il se glissa derrière Abban, pour le prendre par la taille, et lui déposer un baiser dans le cou.

Y a bien que pour toi que j’peux faire ça… C’est pas tout à côté, par contre… Le taxi ça va être long, le bus aussi, et le métro est assez loin…

Il se décolla de son petit ami et sortit son téléphone de sa poche. Il alla s’étendre sur le canapé pour effectuer sa recherche. Il finit par trouver une image correcte de Riverdale, le coin le plus chic du Bronx, bien plus au nord. Au moins seraient-ils au bon endroit pour visiter un peu. Le bâtiment sur la photo était la Horace Mann school, avec sa tour et son horloge, une école privée du quartier.

Tu peux nous emmener là ? Y a un terrain de baseball au milieu…

Un endroit suffisamment vaste pour atterrir, donc. Et à cette heure, il y avait assez peu de chance pour que quelqu’un se trouve dans le coin. Au pire, ils se téléporteraient de nouveau, et les gens croiraient avoir halluciné. De toute manière, il n’y aurait pas d’enquête, ils ne craignaient donc rien. Jake serra Abban et…

Le sentiment qui l’envahit en redécouvrant ces bâtiments rouges était assez indescriptible. Il tourna sur lui-même, percevant tous ces souvenirs qui se bousculaient et tentaient de se faire une place dans la partie la plus active de son esprit… Mais il les repoussait. Il ne voulait pas être submergé. Il prit la main d’Abban et marcha d’un pas tranquille vers la sortie, pour aller dans la rue. Il ne disait rien, il ne voulait rien dire. Les mots ne seraient sans doute pas arrivés de toute façon. Sur le trottoir, il se retourna pour contempler un peu l’école qui l’avait accueilli jusqu’à ses environ dix ans. Il n’avait pas repensé à son enfance depuis si longtemps…

C’est… ça fait bizarre…

Sans lâcher la main de son petit copain, il se détourna et remonta la rue, pour aller vers les zones plus résidentielles. Ils longèrent un moment un parc, alors que s’alignaient de l’autre côté de la rue de belles maisons. Il ne prêtait aucune attention aux voitures qui passaient, aux gens qu’ils croisaient. Il était dans son monde, un monde dans lequel il s’interdisait de penser. Mais en fait, ses pas le guidaient machinalement sur le chemin qu’il avait emprunté pendant des années. À un moment, il s’arrêta. Avant de se tourner vers la maison devant laquelle il se trouvait.

Ça… ça a pas changé…

Le toit gris, les murs en pierre et en crépis, la double cheminée… Une voiture qu’il ne connaissait pas était garée juste devant le garage. Il contempla sans un mot la maison de sa jeunesse, la maison qui l’avait vu grandir jusqu’à ce qu’il s’enfuie, à l’âge de seize ans. À quelques détails près, rien n’avait changé. Il imagina sa mère, telle qu’il l’avait laissée, en train de préparer son chocolat chaud, qu’il buvait en rentrant de l’école. Elle n’avait pas dû faire ça depuis longtemps… Sentant vaguement son regard s’humidifier, il entreprit de continuer sa route. Tout en espérant quand même qu’Abban le retiendrait.
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Message posté : Jeu 20 Fév 2014 - 20:01 Message
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Un sourcil dubitatif haussé et Abban, en écoutant les inextricables difficultés de trajet que Jake paraissait vouloir opposer à son projet de visite nostalgique, était prêt à souligner qu’avec une adresse, il devrait être capable de passer outre. Il savait fort bien que son compagnon était partagé entre la réticence dont il lui avait fait souvent part et le désir de se confronter à ce passé fui plutôt que résolu, pour tourner la page une fois pour toute. Même si Abban n’était pas absolument certain qu’il eût été capable, à la place de l’Américain, de s’asseoir devant sa propre mort pour parler de son enfance, il était déterminé à ne pas laisser Jake esquiver indéfiniment la question.

Le jeune homme était donc en train de méditer des argument susceptibles de convaincre son petit ami quand ce dernier prit lui-même l’initiative de chercher une photographie des lieux de sa jeunesse. Abban attrapa le téléphone en inclinant la tête, pour dégager son cou et l’offrir au baiser de l’Américain. L’initiative de Jake lui paraissait être un signe assez clair que son ami avait envie d’être un peu poussé sur ce chemin difficile et même si l’Irlandais n’avait aucune confiance, ordinairement, en sa propre perspicacité psychologique, il lui semblait qu’il avait acquis assez d’expertise ès Jake Walker pour se fier à cette intuition.

— Hmm. OK. Attends, on va juste chercher un plan, ce s’ra un peu plus facile pour moi.

Blotti dans les bras de Jake, Abban pianota quelques secondes sur le téléphone pour afficher une représentation beaucoup plus abstraite et schématique de leur destination, prise dans l’écheveau des rues new-yorkaises, mais beaucoup plus claire à ses yeux. Paupières closes, le Passeur laissa son esprit se faufiler dans les rues, les avenues, de kilomètre en kilomètre. Repérer les lieux. Ceux de la photographie. Le point sur la carte, le point dans sa tête, comme un sixième sens. C’était un peu plus compliqué que de rejoindre un endroit connu, mais il était tout aussi capable de le faire et, après quelques secondes de concentration, le couple apparut au milieu du terrain de baseball déserté et Abban rouvrit les yeux, un sourire satisfait sur les lèvres.

Puis la visite commença. Elle était silencieuse. Si l’Irlandais ne jetait pas de coups d’œil inquisiteurs à son homme, il mettait à contribution ses pouvoirs pour observer discrètement Jake sous un autre angle et juger des effets des souvenirs. De temps en temps, il lui semblait que le jeune homme serrait un peu plus fort sa main, et alors du pouce il en caressait le dos, sans rien dire, sans poser de question. Il regrettait de ne pas avoir Chase sous la main pour s’offrir un aperçu de ce qui se tramait dans la mémoire de Jake. Il se trouvait incapable d’imaginer le petit Walker courant dans les rues. Avait-il été calme ou turbulent ? À quels jeux avait-il joué ?

Abban était finalement aussi peu doué avec le passé qu’avec le futur. Pour lui, le temps était un éternel recommencement et Jake avait toujours été semblable à cet homme qui lui tenait la main et ne commentait qu’en quelques mots laconiques les immeubles, les commerces, les bâtiments publiques. Même lorsque Shrek lui affirmait que Jake avait changé à son contact, Abban n’était pas certain de le comprendre. Jake avait toujours été prévenant avec lui, un peu violent avec les autres, ponctuellement cruel, rêveur, secrètement timide, ouvertement entreprenant, enthousiasmé par la scène et les grands effets, ennuyé par les petits détails, calme comme l’avant-tempête.

Ils s’arrêtèrent devant la maison. Une seconde, deux secondes. Abban comprit que c’était là qu’il avait grandi. Est-ce que les Walker avaient déménagé ? Est-ce que c’était leur voiture ? L’Irlandais regrettait de n’avoir pas de photographies d’eux pour jeter un œil à l’intérieur de la maison. Jake le tira par la main et Abban suivit. Petit à petit, l’Irlandais, insensiblement, se mit à guider la marche. Il ne les avait parcourues qu’une fois, et pas toutes, mais le plan du quartier se dessinait déjà fidèlement dans son esprit. Une bifurcation, une autre, comme s’il avait vécu là toute sa vie — ainsi marchèrent-ils un quart d’heure pour revenir exactement au même point : devant la maison aux murs de pierre et au toit gris, avec sa double cheminée. Un quart d’heure de répit.

Abban se retourna vers son petit ami, l’attrapa par le col pour le forcer à se pencher un peu vers lui et, sur la pointe des pieds, il murmura à son oreille :

— J’t’aime. J’aime Wildcard. C’vous les plus forts. J’suis fier de toi. Fier de ton gang. Et ton gang aussi est fier de toi. T’es un super chef de gang, t’es un super joueur, t’es un super acteur, t’es un super copain. Ptêt qu’i’ verront pas tout ça, ptêt qu’i’ s’en foutront, mais c’pas grave. Moi j’suis là, et quand j’suis avec toi, on peut disparaître quand on veut, et aller sur l’toit d’l’Empire State Building si on veut, parce que toi et moi, ensemble, on est les rois du monde.

Les talons d’Abban se reposèrent au sol et son doigt se posa sur la sonnette.
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Message posté : Jeu 20 Fév 2014 - 22:31 Message
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Jake était tellement perturbé par la situation qu’il ne fit même pas attention à la direction qu’il prenait. Et il ne réalisa qu’il était revenu au point de départ que lorsqu’il vit la maison. Ils étaient juste devant la porte d’entrée. Il se crispa un peu et regarda Abban, qui l’avait piégé. Il était partagé entre la panique, le ressentiment et la reconnaissance. Et ce mélange assez étrange à l’intérieur de lui avait plus de chances de le faire exploser qu’autre chose. La bombe à retardement qu’il était devenue fut désamorcée par l’Irlandais, qui l’attira par le col pour lui servir la plus belle des déclarations d’amour et de confiance. Et c’est un regard particulièrement humide qui se posa sur le doigt qui lui-même se posait sur la sonnette. Il déglutit et réalisa ce qui pouvait peut-être se passer, là, dans quelques secondes. Il réprima une envie de partir en courant. Il entendit le verrou. La porte pivota. Et apparut… une fille d’une vingtaine d’années.

Ouais, c’est pour quoi ?

Ses yeux s’arrêtèrent sur les mains jointes des deux garçons, Jake n’ayant pas lâché. Il avait besoin de ce contact rassurant pour ne pas prendre la fuite. La fille, il ne la connaissait pas. Mais elle fut rapidement rejointe par une gamine, qui devait avoir sept ou huit ans. Blonde, avec un visage un peu rond, un visage presque familier. Jake sentit son cœur tomber dans sa poitrine.

C’est qui, les messieurs, Jessica ?
Je sais pas, ma puce. Vous voulez quoi ?

L’ancien habitant de la maison jeta un coup d’œil à son compagnon avant de se forcer à répondre. D’une voix un peu timide, un peu coincée au fond de sa gorge.

Euh… Mr et Mrs Walker… euh… ils sont là ? Ils habitent toujours là ?

C’est dit, c’était posé. Il espéra que la demoiselle lui répondrait « non », mais il n’y croyait pas beaucoup, tout simplement parce que la petite fille à côté était bien trop familière pour que ça soit une coïncidence.

Pas vraiment. Ma belle-mère s’appelait Mrs Walker, avant son divorce. Maintenant, c’est Mrs Willows.

Un divorce ? Un scénario un peu fou mais plausible se monta dans sa tête, impliquant une violente dispute entre ses parents, qui s’étaient finalement séparés après son départ, s’accusant mutuellement d’en être la cause. Sa mère avait gardé la maison, s’était remariée, avait eu une petite fille avec son nouveau mari… et la grande, devant lui, d’où est-ce qu’elle venait ? Elle était sans doute la fille d’un premier mariage de l’homme de la maison. Conscient que son silence allait finir par devenir étrange, et sachant très bien que ça n’était pas à Abban de parler, il demanda :

Et… euh… elle… est là ?
Ouais, elle est là. À l’étage. Je l’appelle. La jeune disparut et on l’entendit appeler : Miranda, quelqu’un pour toi !

Et pendant ce temps-là, Jake ne pouvait détacher son regard de la petite fille qui n’avait pas bougé d’un pouce. Et qui aurait très bien pu être sa petite sœur. Et qui, en fait, selon toute vraisemblance, était sa demi-sœur. La fillette, elle, avait remarqué les mains qui ne se lâchaient pas. Jake ne voulait pas lâcher. Peu importait si ça choquait. La porte s’ouvrit en un peu plus grand, et son cœur déjà bas tomba encore plus. Les neuf années qui étaient passées l’avait à peine changée. Les cheveux étaient plus courts, mais toujours aussi blonds. Et elle affichait cette expression un peu sérieuse, un peu trop peut-être.

Elle ne dit rien. Elle porta la main à sa bouche. Après quelques secondes, ce fut la gamine qui brisa le silence.

Qu’est-ce qui se passe, maman ?

Elle ne répondit pas, et fit un pas en avant, avant de tendre le bras, pour effleurer du bout des doigts la joue de Jake, comme si elle voulait s’assurer qu’il était bien réel. Lui ne bougea pas. Il frissonna légèrement et sa prise sur la main d’Abban se resserra un peu. Elle se recula et se fit plus sévère.

Pourquoi ? demanda-t-elle. Pourquoi ?

Il haussa les épaules. Il avait encore les larmes aux yeux, et il vit qu’elle aussi. C’était tellement bizarre, tellement incongru, jamais il n’aurait imaginé revoir sa mère un jour, et jamais, s’il l’avait imaginé, il n’aurait pensé que ça se passerait comme ça. Finalement, il baissa la tête et fixa ses pieds. Avait-il honte ? Il n’en savait rien. Il ne s’était jamais accusé d’être responsable de tout ce qui avait provoqué son départ. Il avait tout fait pour attirer l’attention de ses parents, et quand enfin ils s’étaient intéressés à lui, c’était trop tard, il avait déjà pris goût à la malhonnêteté. Peut-être ne leur avait-il pas laissé assez de temps…

Miranda ? Ça va ? C’est qui ? C’est bizarre, y a comme… une ressemblance, nota Jessica, revenue près de sa belle-mère.
C’est euh… Jessica, voici mon fils. Jake. Et euh… fit-elle, tâchant d’apparaître maîtresse de ses émotions, alors que Jake relevait la tête. Son copain, j’imagine. Entrez.

Elle s’écarta pour ouvrir le passage aux deux garçons. La panique reprit le dessus chez Jake. Mais une espèce de force l’entraîna à l’intérieur. L’entrée avait à peine changé… La porte refermée, il se sentit piégé. Il se tourna avec le vague espoir, en trouvant une excuse bidon, de pouvoir repartir, mais sa mère le prit dans ses bras. Ce qui le décontenança tellement qu’il lâcha la main d’Abban. Finalement, il envoya promener tous ses états d’âme et rendit son étreinte à la femme qui lui avait donné la vie.

Han, c’est mon grand frère ! s’exclama la petite, qui leva les yeux vers Abban. Et toi, comment tu t’appelles ?
Je vais préparer du thé, déclara Jessica, qui disparut dans la cuisine.

Miranda finit par relâcher son étreinte. Sans un mot, elle entraîna son fils dans le salon, et lui-même put attraper la main d’Abban à temps pour qu’il suive le mouvement. Elle leur indiqua le canapé. S’il y avait bien une chose pour laquelle il pouvait lui être reconnaissant, c’est qu’elle avait accepté sans broncher que son fils puisse sortir avec un garçon. Elle s’installa dans un fauteuil face à eux, dans un salon décoré de façon à la fois sobre et moderne. Et avant que le silence ne s’installe, elle demanda :

Alors… euh… tu fais quoi, maintenant ? Avec ton… copain. Abban, c’est ça ?

Jake acquiesça. Mais rien ne venait. Rien. Il aurait pu improviser, raconter n’importe quoi, éviter au maximum de dire ce qu’il était devenu, mais ça ne venait pas. Il était juste muet. Il avait posé sa main sur la cuisse d’Abban. Il serra un peu. Histoire de lui dire, « vas-y, toi, dis quelque chose ». Il n’y arrivait pas. C’était trop d’un coup.
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Message posté : Ven 21 Fév 2014 - 8:14 Message
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Heureusement qu’il était ambidextre, parce que Jake était en train de lui broyer si fort la main qu’Abban doutait pouvoir jamais l’utiliser à nouveau. Les yeux de l’Irlandais passaient de la petite fille, avec laquelle il trouvait à Jake une ressemblance évidente, et la grande fille, avec laquelle il ne trouvait aucune ressemblance du tout, et la vérité peu catholique de la situation lui apparut petit à petit : le divorce, le remariage, le second enfant. Supposition bien vite confirmée par la réponse de Jessica. En attendant, Abban baissa les yeux vers la petite fille et lui adressa son plus beau sourire, puisqu’elle le fixait. Après tout, ce n’était pas tous les jours que deux criminels endurcis mutants venaient sonner à votre porte en se faisant des mamours pour vous pleurer dans les bras.

L’Irlandais tentait de dissimuler autant que possible sa nervosité, pour ne rien ajouter à celle de son compagnon, qui semblait s’approcher à grands pas de la crise cardiaque. Pourtant, Miranda, il l’entendit venir de loin, de tout en haut, il entendit ses pas dans l’escalier et il ne put résister à la tentation de la voir avant qu’elle n’apparût. Ses sens s’étaient concentrées autour de la mère de son petit ami. Il ne l’avait jamais imaginée — il s’en rendait compte à présent — en tentant de se peindre l’enfance de Jake, jamais il n’avait donné un visage à ses parents, jamais il n’avait évoqué dans son esprit la scène d’un dîner de famille, d’une dispute ou d’une soirée devant la télévision.

À son tour, il serra un peu plus fort la main. Impossible pour lui de ne pas conjurer l’image de sa propre mère, telle qu’il l’avait vue la dernière fois, dans un hôpital psychiatrique de seconde zone, à Dublin, le regard perdu dans le vide et à peine consciente qu’il était en train de lui adresser la parole. Il savait que s’il revenait, que si demain il se transportait jusqu’en Irlande et posait les yeux bleus qu’elle lui avait donnés dans les siens, elle ne lui caresserait pas la joue, elle ne lui demanderait pas pourquoi — peut-être, au mieux, l’interrogerait-il sur son nom.

Cette douloureuse constatation le confortait encore dans sa décision : Jake avait quelque chose à récupérer, ici. Peut-être pas une famille idyllique, un pardon complet, une reconstruction intégrale, mais ce geste-là — la caresse sur la joue — et cette question-là, et tout le reste, c’était un bon, un excellent début même, et la force qui attira l’Américain à l’intérieur de la maison, ce fut bien un petit Irlandais parfaitement coiffé et, pour une fois, parfaitement silencieux. Pendant un bref instant, celui d’une étreinte, leurs mains se séparèrent, puis ils prirent le chemin du salon et Abban, enquêteur-téléporteur-cambrioleur-arnaqueur pour une ligue de criminels internationale se retrouva assis sur le canapé d’un intérieur bourgeois, à côté de Jake-Wildcard, chef du Gang des Fables, ami de la Fée Clochette et expert ès potions incongrues.

Ce qu’ils faisaient de leur vie, donc, la question s’annonçait compliquée. Ce fut pourtant avant un aplomb infaillible et un sourire d’une parfaite cordialité qu’après avoir confirmé son prénom, Abban se lança dans une tirade enthousiaste :

— Moi, j’suis chef cuisinier. Avec ma sœur — j’ai une sœur — on est en train de monter notre propre restaurant, d’ailleurs. Là, on compose les menus, c’est une question de création et d’équilibre, particulièrement dans les grandes villes, il faut savoir gérer les influences. Et s’adapter un peu aux goûts des Américains tout en sachant les bousculer, vous comprenez.

Avait-elle imaginé Jake revenir après neuf ans au bras d’un petit prodige de la cuisine qui semblait certes un peu populaire mais tout ce qu’il y avait de plus respectable ?

— En fait, Jake et moi, on est un peu pareil, niveau boulot. Lui, c’t’un artiste, maintenant. Il fait de la peinture, il crée des spectacles, du théâtre, des happenings.

Ah ça, les happenings du Gang des Fables, l’ancien possesseur de la conque de la sirène s’en souviendrait longtemps.

— C’t’un peu un meneur de troupe, v’voyez. T’jours d’nouvelles idées pour créer, t’jours à faire rêver les gens. C’est doux et poétique, c’est juste super.

Rien de mensonger dans la description qu’Abban offrait de leurs existences respectives : simplement une description enthousiaste de faits soigneusement sélectionnés. Sachant l’intérêt que les Américains portaient à la réussite professionnelle et sociale, l’Irlandais précisa d’ailleurs :

— Puis en plus, la cuisine et le théâtre, tout ça, en fait, ça marche plutôt bien. On a un chouette appart, une chouette voiture. ‘Fin, j’pensais qu’ce s’rait plus compliqué, en débarquant, quoi, mais la chance nous a sourit.

Le sourire squelettique de Wildcard, en somme, dont Abban avait su ne pas avoir peur. Devant ce pétulant flot de paroles, la sœur de son petit ami remarqua avec une diplomatie toute enfantine :

— T’as vraiment une drôle de façon de parler.

Et une drôle de tête, aussi.

— Dis pas ça, toi…

Avait soufflé Jessica en levant les yeux au ciel. La grande n’avait aucune envie qu’on vexât Abban, parce qu’Abban était très… Tellement… Mais l’Irlandais se fendit d’un nouveau sourire — sa spécialité — et répondit à la gamine :

— T’as vu ça, hein ? C’parce que j’suis Irlandais. De Dublin. Tu vois où c’est, l’Irlande ? T’as vu ça à l’école ? Une île et tout, en Europe ?

La gamine hocha la tête. Abban n’avait pas souvent l’occasion de fréquenter des enfants, mais quand il le faisait, ça se passait plutôt bien.

— Bah tu vois, les gens là-bas, i’ parlent comme ça. C’t’un accent, quoi. ‘Fin, de notre point d’vue, c’est vous, l’accent. Bref, à Dublin, y a des gens qui parlent pire que moi. Puis y a des gens qui parlent irlandais. Comme ça : A bhuí le Dia na bhfeart go bhfeiceam.
— Waaa ! Mais ça veut rien dire…

Abban éclata de rire.
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Message posté : Ven 21 Fév 2014 - 12:40 Message
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Jake était vraiment, vraiment reconnaissant envers Abban pour son aplomb et sa capacité à enjoliver leur petite vie à deux, en ne faisant ressortir que les activités qui pouvaient apparaître comme innocentes au milieu de toutes les autres qui l’étaient beaucoup moins. Il parla de cuisine, ce qui était tout à fait vrai, avec sa sœur, puisqu’il en avait bien une, et de tout le boulot que demandait l’ouverture d’un restaurant. Puis il décrivit son compagnon comme un artiste, un peintre, un créateur, un metteur en scène, ce qui était vrai également. L’Américain se sentit presque rougir en entendant cette description particulièrement flatteuse de sa vie. Quand l’Irlandais eut terminé, ce fut pour être la cible d’une remarque assez étrange de la part de la petite, qui avait bien noté l’accent venu d’ailleurs. Jessica lui souffla de ne pas dire des choses pareilles, mais ça eut pour effet de relancer la machine Abban. Qui acheva sa démonstration par un peu d’irlandais, du gaélique, ou quelque chose comme ça.

Lily, s’il te plaît… la reprit sa mère, et la petite prit un air de chien battu. C’est… très bien, tout ça… mais on a jamais entendu parler de tout ça… pourtant…
Ouais, j’sais… j’ai un nom d’artiste.
Ah, oui. C’est logique… Enfin, c’est… oui, très bien, que tu… que tu aies réussi, comme ça.

Alors qu’un silence gêné allait s’installer, Jessica proposa de servir le thé, ce qui occupa tout ce petit monde pendant une poignée de minutes. Et puis, Jake finit par prendre son courage à deux mains pour poser une question, la question qu’il avait voulu poser depuis qu’il avait constaté que ses parents avaient divorcé.

Et sinon, il est où ? Il s’est passé quoi ?

Il avait parlé un peu sèchement, un peu trop à son goût, et sa mère le perçut, mais elle ne s’en formalisa pas. Il remarqua dans son expression qu’elle était consciente de sa responsabilité dans l’histoire, que c’étaient bien eux qui étaient fautifs, et pas leur fils.

Quand… quand tu as disparu, nous nous sommes disputés. Longtemps. Fort. Et quand nous avons compris que nous ne te retrouverions pas… il s’est mis à boire. Il est devenu violent… Je savais que c’était… notre faute, que… nous ne t’avons jamais accordé assez d’attention… J’ai demandé le divorce, et la situation a empiré.

Miranda but une gorgée de thé, puis elle s’adressa à Jessica.

Tu veux emmener Lily à l’étage, s’il te plaît ?

La jeune femme acquiesça et emmena la petite fille, qui ne quitta pas Abban du regard avant d’avoir disparu dans l’entrée. Quand elle fut sûre que sa benjamine n’entendrait pas, elle reprit :

Il est en prison. J’ai porté plainte contre lui, il y a eu un procès, et il a pris cinq ans…
Alors, il est plus en prison, là…
Si. Quand il est sorti, il est revenu ici, il voulait se racheter, mais quand il a vu que je l’avais oublié, que j’avais refait ma vie… il m’a agressée.

Et contre toute attente, elle souleva le bas de son chemisier, pour révéler une cicatrice en travers du ventre.

J’étais enceinte.

Jake sentit une vague d’affection l’envahir. Et les larmes lui monter aux yeux. Après sa fugue, la vie avait été loin d’être un fleuve tranquille pour sa mère. Il lâcha Abban, se leva, et alla s’accroupir près d’elle, les mains sur ses genoux. Mais incapable de la regarder dans les yeux. Qu’est-ce qu’il allait dire ? Il n’en savait rien. Sa mère, il l’avait aimée, bien sûr, mais cet amour avait été surpassé par le ressentiment. Parce qu’en tant qu’enfant, puis adolescent, il était devenu secondaire vis-à-vis de leur travail.

J’suis désolé…
Non… non… fit-elle, en se penchant pour lui prendre le menton, qu’il la regarde. Tu as tout fait pour attirer notre attention, et nous avons été aveugles… Si nous avions vu tout ça, nous serions une famille… La suite, c’est… ce sont les conséquences de nos actes, des décisions que nous n’avons jamais prises.

Les larmes coulèrent. Wildcard, leader du Gang des Fables, un groupe de criminels de Star City, membre du Cartel Rouge, était en train de pleurer sur les genoux de sa mère, qu’il n’avait pas vue depuis presque dix ans, et qui venait de lui dire qu’elle était responsable de tout.

C’est moi qui suis désolée, Jake. Mais au moins… je vois que tu as réussi. Tu… travailles, tu as un charmant compagnon, tu as l’air heureux avec lui… J’ai toujours pensé qu’après tout ça, tu aurais pu mal tourner…

Jake n’eut aucune réaction à cette assertion tout à fait juste. Il avait au moins l’avantage d’avoir beaucoup changé au contact d’Abban, même s’ils étaient tous les deux des criminels bien intégrés dans le système mafieux de Star City. Il se releva et, après quelques secondes, il finit par déclarer, quand il fut capable de parler :

On… euh… merci pour le thé… et… enfin…
Tu veux déjà partir ? Tu viens à peine d’arriver…
Ouais… euh… je sais pas… c’est… beaucoup en une fois, tu vois… c’est…

Miranda se leva à son tour et le prit dans ses bras. L’étreinte maternelle, c’était un peu le rêve inaccessible pour Jake. Il avait le vague souvenir de l’affection de sa mère quand il était petit, mais avec les années, elle avait montré de moins en moins de signes de son amour. Et il avait l’impression, là, qu’elle voulait se rattraper, qu’elle avait vraiment compris la situation. Parce que Lily, sa demi-sœur, avait l’air heureuse.

Avant de partir, tu… veux peut-être voir comment… comment est la maison, maintenant ?

Il haussa les épaules, alors qu’elle lui prenait la main pour l’entraîner à l’étage. Au passage, Jake tendit l’autre vers Abban, histoire qu’il l’accompagne aussi. En haut, ils commencèrent par la pièce qui avait été la chambre de Jake. L’endroit était méconnaissable, puisque c’était à présent le royaume de Lily, la petite princesse. Mais les souvenirs étaient bien présents.

Je me suis remariée deux ans après le divorce, et j’ai tout de suite voulu avoir un enfant. Pour… me rattraper. Me rassurer sur mes capacités de mère… Mais pendant plus de deux ans, j’ai été incapable de toucher à ta chambre…

Lily, assise au milieu de la chambre, était lancée dans un dialogue entre deux de ses Barbie. D’après les calculs de Jake, elle devait donc avoir environ sept ans. Qu’est-ce qu’elle lui ressemblait.

Je voulais un autre enfant, après elle, mais…

Mais son ex-mari avait fait en sorte de la priver de ce bonheur. Jake se tourna vers Abban. Il avait envie de partir. D’aller ailleurs, loin. Parce qu’il commençait à étouffer. Ça faisait vraiment beaucoup. Et tout ça, il lui transmit rien que par le regard.
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I wanna wake up in a city that doesn't sleep !

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