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Papa, Maman, je...

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Message posté : Mar 11 Fév - 19:17 Message
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***

9 février 2014

— Jace… ?
— Hmm…

Un petit coup de ciseau à bois plus tard et Jace releva les yeux de la petite figurine qu’il était en train de sculpter soigneusement. Dans l’atelier de menuiserie du jeune homme, qui prenait de l’ampleur de jour en jour, les automates avaient remplacé les sculptures plus simples qu’il avait eu l’habitude de produire, quelques mois plus tôt. Certains s’animaient parfois de leur propre chef — semblait-il, mais c’était en général que les pensées de Jace se tournaient vers l’un de leurs mécanismes.

— Ta mère et moi, on voudrait te parler.

Jace pâlit. Depuis l’incident avec Christopher, quand sa mère les avait surpris en train de s’embrasser, l’adolescent avait louvoyé entre les discussions sérieuses. Toujours une bonne excuse.

— C’est que… Je dois finir ça.
— C’est important.
— J’ai un peu mal à la tête, aussi, tu sais. À cause des pouvoirs.
— Fils.

La voix du Commander s’était faite un peu plus sévère et, instinctivement, Jace s’était redressé, presque au garde-à-vous.

— Ta mère a fait du thé.

***

10 février 2014


— Non mais tu vas voir, ça va super bien se passer. En plus, ce sera les lasagnes. Tu sais, t’aimes bien ses lasagnes. T’es souvent venu manger des lasagnes à la maison. Y a pas de raison que ça se passe bien.

Jace eût sans doute eu l’air un peu plus convaincant auprès de son petit ami s’il n’avait pas été en train de démonter nerveusement son stylo bille, depuis qu’il avait glissé comme en passant, alors qu’ils étaient penchés depuis une demi-heure sur leur cahier de mathématiques respectif, que le Commander et son épouse souhaitaient inviter Christopher à dîner, pour parler un peu plus sérieusement de leur relation. Jace tenta une subtile diversion :

— T’as fait une erreur dans ton équa diff.

***

9 février 2014

— Et donc tu n’aimes pas les filles ?
— Si si.
— Alors pourquoi tu n’irais pas plutôt avec une fille ? Je croyais que la petite Russe te plaisait.
— C’est pas la question.
— Vous vous protégez ?

Jace rougit jusqu’aux oreilles.

— Papa !

Le Commander tenait dans ses grosses mains un biscuit sec dont il n’avait pas détaché les yeux.

— J’ai regardé sur Internet et j’ai vu que la so… que… que ce que vous faites, c’est dangereux, pour la transmission des maladies.
— Mais on ne fait rien du tout !
— Ah, tu vois, c’est parce que tu n’as pas vraiment envie, c’est une passade, ça te passera.
— Mais si, j’ai envie !
— Il faut utiliser du lubrifiant.

Il avait fallu tout son courage de super-héros au Commander pour utiliser le mot « lubrifiant ».

— Richard !
— Papa !

Silence.

— Et puis d’abord ça vous concerne pas…

***

11 février 2013

— Vous lui posez pas plein de questions, hein !

Assis en tailleur sur le canapé, dans le bureau où son père tentait tant bien que mal de se concentrer sur les rapports de certains Légionnaires et les interrogations les plus récentes de l’UNISON, Jace fixait avec insistance le Commander.

— Genre, tu lui parles pas de lubrifiant.
— Ah, tu ne vas pas revenir sur ça ! C’était… c’était un conseil. Un conseil avisé.
— Non mais sérieux, quoi…

Richard ne put s’empêcher de sourire en coin devant l’indignation de son fils.

— Et dis à Maman de pas lui poser de questions.
— Dis-le lui toi-même.

La mine de Jace s’assombrit. Contre toutes ses attentes, son père n’avait pas été le plus difficile à apprivoiser. Richard était surtout vexé que son fils n’eût pas jugé opportun de se confier à lui. Il avait accusé Jace de ne pas lui faire confiance. Mais la mère du jeune super-héros, elle, avait beaucoup plus de mal à admettre la situation. Entre la femme et son enfant, la discussion était à peu près rompue. Mais elle ferait tout de même des lasagnes. Jace ne répondit rien.

— Il va bien falloir que vous parliez. Qu’on parle tous.
— On a qu’à parler baseball.
— Ne fais pas l’enfant.

Jace poussa un soupir et haussa les épaules.

— J’vais au rez-de-chaussée, il va bientôt arriver.
— Depuis quand tu vas le chercher au rez-de-chaussée ?
— Depuis qu’il doit se jeter dans la gueule du loup.

Le jeune homme se leva souplement du canapé pour rejoindre l’entrée de l’appartement, enfiler ses baskets et rejoindre l’ascenseur. Quelques secondes plus tard, il atteignait le rez-de-chaussée de la Tour de la Paix, où un groupe était en train d’écouter attentivement les explications d’une guide spécialisée. Quelques-uns particulièrement bien informés en profitèrent pour prendre une photographie de Thunder. Jace ne prêta guère attention aux touristes. Il était bien trop préoccupé par l’état psychologique dans lequel se trouverait Christopher, en arrivant à cette terrible soirée.
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Message posté : Mer 12 Fév - 1:23 Message
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La méthode Coué consistant à se concentrer sur les lasagnes de Mrs Roberts avait été un échec cuisant. Tellement cuisant que Christopher avait envisagé un moment de ne pas aller au dîner organisé par Jace et ses parents. Tant pis pour les principes. Affronter de nouveau le regard de la mère de son petit ami était une pensée insupportable, et il se refusait à imaginer ce que le Commander lui ferait quand il le verrait entrer dans l’appartement. Malgré les paroles du blond pour le rassurer, ça tournait dans sa tête comme un manège infernal duquel il ne pouvait pas descendre, à moins de vouloir mourir dans d’atroces souffrances. En sachant que rester sur le manège promettait aussi d’atroces souffrances. Avec peut-être une mort horrible à la fin. Double perspective réjouissante.

Depuis que Jace lui en avait parlé, Chris n’était plus vraiment lui-même. Ses professeurs lui avaient fait quelques remarques sur certains devoirs, beaucoup moins bons que d’habitude, et cela avait eu pour effet très simple de l’enfoncer un peu plus dans la panique. Panique qu’il ne montrait pas, il se sentait simplement bouillir de l’intérieur, parfois geler, il passait par tous les états tant le dîner le terrifiait. Il n’avait même pas réellement accepté, mais il ne se voyait pas non plus refuser, parce qu’il imaginait les conséquences que cela pouvait avoir pour son ami. Pour la première fois, il avait téléphoné à sa sœur pour qu’elle lui donne du courage, tout en étant aussi évasif que possible sur sa situation. Mais finalement, elle l’avait fait craquer, et il lui avait tout avoué. Et Jade s’était montrée au-delà de compréhensive.

Mais malgré ça, la peur était encore très présente. Il était arrivé en avance au pied de la Tour de la Paix et fixait alternativement les portes du building et le dernier étage, où l’attendaient les Roberts. Plusieurs fois, il tourna les talons, avant de se raviser. Plusieurs fois il fit un pas vers l’entrée, avant de s’arrêter. Quand il regardait sa montre, il oubliait immédiatement l’heure. Il regardait de nouveau et avait l’impression que les aiguilles le narguaient en avançant trop vite. Et être dans un tel état le désespérait. Il aurait voulu être fort, pouvoir assumer, mais il était un lâche. Un faible. L’heure fatidique arriva. Et il resta là. Immobile. Avant de sentir une vibration dans sa poche. Son téléphone. Sa sœur.

Oui ? Qu’est-ce que… … Non, je… … Oui, devant le… … Jade, attends, tu… … Je sais. … Oui, t’a raison… Ouais, merci… Je… … Ouais.

L’appareil en main, il se sentit tout con après qu’elle eut raccroché, après l’avoir encouragé à se lancer, puis engueulé parce qu’il hésitait. Enfin, avec un grand soupir, il passa les portes de la Tour de la Paix. Il avait une poignée de minutes de retard. Et il repéra la tête blonde de Jace immédiatement. Tout penaud, il se dirigea vers lui, avant de s’arrêter et de fixer ses pieds.

Désolé, je… en retard… Je… Voilà.

L’explication avait le mérite de n’être pas claire du tout, et de toute façon, il se sentit la bouche soudain très sèche. C’est un peu automatiquement qu’il suivit son ami à l’ascenseur. Il n’osait même pas le regarder. Plusieurs fois, il s’était dit que ça ne pouvait pas être pire que… et il ne trouvait aucune comparaison qui le ferait autant souffrir. Et il s’en voulait d’être effrayé, parce qu’il avait l’impression de totalement laisser tomber Jace, alors qu’il n’avait pas envie, il voulait être là… et il se demandait comment est-ce qu’il avait trouvé le courage, quand Mrs Roberts les avait surpris, d’envisager d’aller lui parler…

Embrasse-moi, dit-il, quand les portes de l’ascenseur se furent refermées.

Il y avait peut-être des caméras, il ne s’en rappelait plus, peut-être ne l’avait-il jamais su, mais il avait besoin d’être remis à bloc, et rien de tel qu’un baiser de Jace, avec ses mains sur son corps, ses bras autour de lui. L’ascension était assez rapide, il mit donc tout ce qu’il avait dans ce bref échange, et il allait donc un peu mieux quand ils arrivèrent devant les portes de l’Enfer. Ou de chez les Roberts, plutôt. Dans l’entrée, Chris se débarrassa de son manteau, mais n’osa pas aller plus loin. Même quand Jace l’encouragea. Finalement, il se laissa entraîner par le blond quand ce dernier le tira par le bras. Le brun s’étonna lui-même quand il se retrouva face aux parents de Jace : il aurait cru qu’il allait fondre immédiatement, ou exploser, se désintégrer, quelque chose de moche. Mais non, il resta bien entier, bien conscient de ces regards posés sur lui. Regards qu’il ne croisait évidemment pas.

’soir Mr Roberts. ‘soir Mrs Roberts, articula-t-il difficilement.

Sa bouche, sa langue, même les plaines arides de l’Arizona ne devaient pas être aussi sèches. Il risqua un petit coup d’œil vers ses « beaux-parents ». Le Commander, étrangement, n’avait pas l’air aussi furieux qu’il l’aurait imaginé. Elle, en revanche, c’était différent. Ses yeux se posèrent sur un bout de tapis particulièrement intéressant. Les couleurs, les motifs, il n’aurait jamais cru qu’un tapis pouvait être aussi beau et détaillé. Il y avait du rouge, des arabesques. Et même une forme qui faisait penser à des feuilles. C’était très joli, du bel ouvrage. Chris se promit de regarder les autres tapis, histoire de voir s’ils étaient tous aussi beaux que celui-ci. On ne s’intéresse jamais assez aux tapis des autres.
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Message posté : Mer 12 Fév - 15:57 Message
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Tant bien que mal, et surtout sans grand succès, Jace tenta de trouver le regard de son petit ami, qui présentait des excuses elliptiques à ses pieds. D’un ton aussi confiant qu’il en était capable, le jeune homme assura :

— Pas grave. L’repas est pas prêt de toute façon et mon père travaille sur des dossiers, alors tu vois, on s’en fiche.

Il n’était même pas sûr qu’à la place de Christopher, il n’eût pas trouvé toutes les excuses du monde pour échapper à ce dîner. L’expérience était sans doute plus éprouvante encore pour son ami qu’elle ne l’était pour lui-même. Lui pouvait toujours partir en claquant la porte, s’énerver ou protester : c’était ses parents et il n’était pas tenu envers eux à la même politesse que Christopher. Et puis, il pouvait compter sur leur inconditionnelle affection. Plus ou moins. Elle avait certes toujours semblé acquise à son coéquipier de la même manière, parce qu’après tout Christopher faisait un peu partie de la famille, mais enfin, les Roberts n’avaient pas pensé qu’il pût en faire partie à ce point-là.

Les deux adolescents se dirigèrent vers l’ascenseur et, une fois à l’intérieur de la cabine, Thunder était bien obligé de répondre en preux chevalier à la demande de son damoiseau en détresse. Il posa donc une main au creux de ses reins et l’attira virilement contre lui, comme tout chevalier digne de ce nom, pour poser une autre main sur sa joue et l’embrasser avec tendresse. Ce petit numéro d’assurance lui offrait un personnage à jouer et lui permettait d’oublier qu’il était lui-même terrorisé à l’idée de passer un dîner qui s’annonçait interminable, dans le pesant silence, ou bien dans les conversations anodines qui tourneraient autour du pot, ou bien dans les conversations sérieuses qu’il devinait pleines de reproches larvés.

Leurs lèvres se séparèrent, les portes de l’ascenseur se rouvrirent et, mettant entre eux une distance diplomatique de sécurité. Le quatuor fut enfin réuni.

— Bonsoir.

Silence.

— Christopher.

Silence.

Silence.

Silence.

Un minuteur dans la cuisine se mit à sonner et Mrs. Roberts tourna les talons — dans la vie domestique des Roberts, l’égale répartition des tâches au foyer manquait un peu de précision. Jace, qui venait de faire sonner le minuteur en question en dépit du bon sens culinaire, pour meubler l’absence de conversation, commença d’une voix faussement enjouée :

— Bon, on va dans ma cham…
— Dans mon bureau.
— Ah mais non, tu travailles, on va pas te déranger, quand même.

Ce serait trop bête !

— Venez.

Le massif Commander guida les deux adolescents au bord de l’apoplexie jusqu’au bureau en question et fouilla dans son minibar pour sortir trois bouteilles de coca et en tendre une à chacun de ses deux invités. Jace et Christopher purent donc s’asseoir sur le sofa, en conservant toujours leur fameuse distance de sécurité. Aucun des deux n’avait peut-être conscience que le Commander lui-même était terrorisé. Puisque son fils n’avait pas jugé bon de se confier à lui plus tôt, c’était nécessairement qu’il avait manqué le coche quelque part : il n’avait pas été assez compréhensif, dévoué ou patient, assez attentif ou ouvert d’esprit, peut-être même s’était-il laissé aller, sans y penser, devant un quelconque match sportif, à une remarque involontairement homophobe. Qu’allait-il bien pouvoir dire ?

Son regard se posa sur Christopher. Évidemment, il avait été un peu idiot. Celui-là, ça se voyait tout de suite, à bien y penser, qu’il était gay. Ou bien était-ce homophobe de penser cela ? Ou homophobe au contraire de partir du principe qu’il fût hétéro ? Ou bien… Richard commençait à sentir pointer un début de migraine. Il faisait tourner la bouteille entre ses mains. Jace, qui avait fini par soupçonner une petite partie de l’émoi paternel, tenta :

— Alors c’est bon, les rapports, c’est tout lu ?
— Oui oui.
— Tu voudras que je t’aide pour le résumé ?
— Si tu veux bien corriger les formulations, les fautes, ce genre de trucs.
— Bien sûr.

Silence.

Pendant ce temps-là, dans la cuisine, Carol, puisqu’il faut bien lui trouver un nom, à cette brave Mrs. Roberts, Carol, donc, découvrait le minuteur, l’état des lasagnes et la sinistre supercherie de son fils. Et voilà ! Christopher était en train de le retourner contre elle. Quelle mère indigne elle avait été pour que son fils fût à ce point découragé par les femmes qu’il se retournât vers les hommes ! Il avait toujours été le fils de son père, mais enfin, tout de même, si elle s’était attendu à ça, ah non mais vraiment, ma bonne dame, si elle s’était attendue à ça… Elle se reprochait de ne pas l’avoir deviné plus tôt.

— Christopher.

Gloups.

— Je veux que tu saches que… Malgré tout, tu seras toujours le bienvenue ici.
— Sérieux, malgré tout… ?
— Non, c’est pas ce que je voulais dire.

Richard se tassa un peu sur son fauteuil. De plus en plus, il se sentait dépassé par l’intelligence de son fils et les positions progressistes de celui-ci. Il avait l’impression que la moindre de ses paroles risquait d’être interprétée en sa défaveur.

— Ce que je voulais dire, c’est que c’est un peu compliqué…

Coup d’œil à Jace.

— …ou plutôt, inattendu. Voilà, c’est un peu inattendu. Et du coup, on a l’air de donner l’impression de trouver que c’est compliqué, mais malgré notre attitude, tu es toujours le bienvenue. Voilà. C’est ça que je voulais dire. Tu es même encore plus le bienvenue, parce que, euh, si Jace est…

Amoureux ? Le Commander jeta un regard interrogatif à son fils.

— …content, eh ben, c’est très bien. Surtout qu’on se faisait du souci pour lui, et maintenant, il a l’air d’aller mieux.

Pour détendre l’atmosphère, le porte-parole de la Légion lança gravement :

— Évidemment, si tu lui brises le cœur, je t’électrocute.
— Papa !
— Oh, c’est bon, si on peut plus plaisanter…
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Message posté : Mer 12 Fév - 21:28 Message
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Quand le Commander dit, on fait. Christopher cru entendre « tu peux partir en courant » et s’imagina brièvement s’enfuir lâchement, pour courir il ne savait trop où, mais qui serait loin de l’appartement des Roberts. Puis son cerveau se remit en marche et lui fit comprendre que le père de Jace voulait les voir tous les deux dans son bureau. Mrs Roberts, elle, après un salut glacial, s’était éclipsée vers la cuisine. Chris, au-delà de tendu, ce qui devait lui donner une drôle de démarche emboita docilement le pas de son grand patron, le chef de la Légion des Étoiles. Qu’allait-il dire, qu’allait-il faire ? Une fois dans la pièce, le jeune brun se maudit de ne pas s’être habillé de la même couleur que le sofa. Il aurait ainsi pu se faire discret et, peut-être, avec un peu de chance, se fondre dans le siège, disparaître.

Il ne regardait même pas Jace. Une fois assis, il lui sembla qu’il marmonna un merci en prenant la bouteille de Coca, et il se mit à fixer un pied du bureau. Boire lui aurait permis de se donner un peu de contenance, mais il était tellement crispé qu’il aurait juste été capable de reverser sa boisson sur lui. Il se contenta donc de serrer la bouteille, sans se rendre compte qu’il pouvait la casser. C’était solide, mais ses émotions pouvaient aussi lui faire perdre le contrôle de ses capacités. Il était dans le brouillard, et l’échange entre le père et le fils lui parvint comme à travers une vitre blindée. Après un silence, il gagna un niveau de tension quand son nom fut prononcé.

Oh non, mon dieu, oh non, il va me dire quoi, il va me faire quoi, mon dieu, il veut quoi ?

Pour la première fois depuis qu’il était arrivé, Christopher perçut quelque chose. Quelque chose qui l’étonna particulièrement. Et qui lui parut soudain tellement évident qu’il se détendit malgré lui, un petit peu. Le Commander n’était pas à l’aise. Et s’il n’était pas à l’aise, c’était tout simplement parce qu’il était incapable de clairement exprimer ce qu’il voulait dire. Et ce qu’il voulait dire, comprit Chris, c’était que la situation, même si elle le déconcertait et le confrontait à quelque chose qu’il ne connaissait pas, pouvait être acceptable. Le Commander était prêt à accepter les choix de son fils, si c’était ce qui le rendait heureux. Quand le père de Jace le menaça d’électrocution, Christopher regagna la même tension que quelques instants plus tôt, de façon assez soudaine, et manqua vraiment de s’asperger lui-même de Coca.

Que devait-il dire, que devait-il faire ? Il se força à laisser son esprit reprendre le dessus sur le corps. Il devait se repasser la conversation et se détendre. Le Commander venait officiellement d’accepter l’orientation sexuelle de son fils et, de plus, semblait même approuver le choix du partenaire. C’était fou. C’était inattendu. Déconcertant. À tel point que Chris se demanda s’il n’avait pas imaginé tout ça. Si le Commander n’allait pas soudain se lever et faire tomber la foudre sur sa tête, après lui avoir fait miroiter sa tolérance. Mais non. Rien ne se passait. Il était encore vivant. Jace était à côté de lui. Conscient qu’il était temps qu’il dise quelque chose, Christopher porta sa bouteille à ses lèvres. Et avala de travers.

Quel con ! Les larmes aux yeux, il toussa jusqu’à ce qu’enfin ses poumons cessent de protester sous les assauts du Coca-Cola. Puis il posa la bouteille à terre, près de lui, histoire d’éviter de recommencer, pour ne pas se ridiculiser à nouveau, pour ne pas être au panthéon des héros morts de la plus stupide des manières. Quand il se redressa, il voulut prendre la main de Jace. Mais il se retint. Parce qu’il savait qu’il ne valait mieux pas pousser sa chance. Le Commander acceptait les faits, peut-être ne serait-il pas aussi tolérant sur les actes, surtout s’ils étaient commis sous ses yeux.

Je… commença-t-il, d’une voix faible, un peu enrouée. Il s’éclaircit la gorge. Je sais pas quoi dire… je…

Il s’entendit crier sur lui-même « quand on ne sait pas quoi dire, on se tait », mais il en resta à la théorie. Il fallait qu’il dise quelque chose. « Merci ». C’était peut-être le mieux. Mais même ça, ça ne sortait pas. Et finalement, il décida juste d’ouvrir les vannes et de laisser sortir, tout en priant pour ne dire aucune énormité.

Merci, Mr Roberts. Vous êtes un homme super… Jace a de la chance de vous avoir comme père. La famille, c’est super important… Et… je voulais pas… briser votre famille… vos liens, tout ça…

Il baissa la tête, les yeux sur ses mains, jointes entre ses cuisses. Est-ce qu’il avait bien parlé ? Est-ce qu’il avait bien fait ? Il n’en avait aucune idée. Le beau parleur, ça n’était pas lui. C’était Jace. Lui, il était une catastrophe quand il fallait parler à quelqu’un. Ce qui l’avait encouragé à parler, étrangement, c’était ce malaise, cette attitude assez inattendue de la part du Commander. Ce qui n’empêchait pas qu’il restait le Commander et qu’il avait le pouvoir de le démolir sur place. Rien que son charisme l’éclaboussait. Même quand il était mal à l’aise. Christopher jeta un regard en biais à Jace, comme pour chercher son approbation. Peut-être était-il temps d’aller manger ?

Puis il réalisa que Mrs Roberts ne serait peut-être pas aussi compréhensive. Mr Roberts avait parlé au nom du couple. Et pourtant, Christopher ne s’était pas particulièrement senti bienvenu quand il avait posé les yeux sur la mère de Jace. Le repas n’allait peut-être pas se passer aussi bien que chacun l’espérait. Peut-être devait-il se contenter de ça et partir. Manger McDo, ça serait bien aussi.
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Message posté : Jeu 13 Fév - 11:24 Message
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Son papa, décidément, quel héros ! Jace avait posé un regard émerveillé sur le Commander. Il lui semblait qu’en cet instant, son père était plus héroïque que lorsqu’il combattait Stratos. Pour un ancien militaire comme lui, peu à l’aise avec des questions si intimes, cette petite déclaration ne constituait pas un mince exploit et Jace se sentait empli d’une reconnaissance authentique. Il se rendait compte à présent combien il avait craint la réprobation de son père, à la fois parce qu’un regard courroucé eût été une douloureuse condamnation et parce qu’il eût alors été déçu lui-même de son étroitesse d’esprit. Mais le Commander restait toujours le héros au-dessus de tous les héros.

Alors que Jace nageait dans son bonheur en essayant de ne pas trop penser à sa mère, Christopher, de son côté, avait décidé de s’étouffer. Ce n’était peut-être pas la meilleure manière de faire forte impression sur le père de son nouveau petit ami, mais d’un autre côté, les Roberts connaissaient Christopher depuis assez longtemps pour savoir qu’en certaines circonstances, l’aisance et l’habileté n’étaient pas exactement les principales qualités de son caractère. Jace, lui, trouvait cela terriblement attendrissant — ce qu’il prouva en tapant maladroitement et aussi virilement que possible dans le dos du jeune homme, sans être certain que ça servît véritablement à quelque chose.

La crise passée, Christopher put remercier le Commander et ce dernier décréta :

— Venez, on va prendre l’apéritif avec Carol.

Il n’avait pas l’air lui-même tout à fait enthousiasmé par la perspective. L’annonce de Jace avait jeté un froid dans le couple. Richard avait tenté de discuter avec son épouse et plus les conversations avaient continué, plus il avait été perdu devant la réaction de sa femme. Il regrettait à présent de n’avoir jamais exploré théoriquement la question, avec elle, par le passé. Mais ni l’un ni l’autre n’avait envisagé cette éventualité toute simple « et si notre fils aimait les garçons ? » — Jace avait posé bien d’autres problèmes beaucoup plus graves, puis il avait eu des petites amies.

Maintenant, c’était Christopher qui s’asseyait sur le canapé du salon, autour de la table basse où les chips, les cacahuètes et les crudités attendaient l’appétit des convives. Et Christopher n’était peut-être pas barbu et il n’avait peut-être pas un physique de bodybuilder sous stéroïdes, mais c’était indubitablement un garçon.

— Les lasagnes sont bientôt prêtes. Le minuteur n’a pas sonné au bon moment, tout à l’heure…

Mrs. Roberts posa un regard suspicieux sur Jace, qui se contenta de hausser les épaules avec un air faussement innocent, avant de plonger la main dans le saladier de chips.

— Alors, vous avez pu discuter entre hommes ?

Jace aurait pu jurer que sa mère avait légèrement insisté sur le « entre hommes ».

— C’est bien, c’est important.

Mais qu’est-ce qu’elle voulait dire ? L’adolescent jeta un coup d’œil interrogatif à son père, à peu près aussi perdu que lui en la matière. Le silence commença à s’installer et il ne fallut pas longtemps à Jace pour craquer et entreprendre de meubler la conversation.

— Bon, sinon, j’ai presque fini un nouvel automate. En fait, je suis en train de faire une sorte de cirque, vous savez, comme les cirques de puces. Mais j’ai pas pensé à mettre des batteries. Enfin, moi, j’ai pas besoin, mais vous voyez, si jamais je vendais ça, il faudrait que le client…
— Hé là.
— Une seconde.
— Le client ?
— Comment ça, le client ?

Oups. La bouche pleine de chips, Jace regarda alternativement son père et sa mère et se souvint, mais un peu tard, qu’il n’avait pas encore préparé le terrain pour ses projets professionnels. Quelques scronch scronch plus tard, le jeune homme avala sa bouche et se para de son plus beau sourire.

— Eh bien, je me disais, peut-être, si les automates fonctionnaient, que je pourrais en fabriquer pour de vrai, artisanalement, et devenir, par exemple, marchand de jouets ! En bois.

Christopher avait de la chance : il venait de passer ennemi public numéro 2, juste après l’idée de Jace, saugrenue apparemment à en croire les Roberts qui l’observaient avec perplexité. Carol lança l’offensive.

— Tu veux dire, après l’université, c’est ça… ?
— Euh… Ben non. Quand je serai majeur, quoi.
— Mais hm… On a économisé, tu sais, pour payer tes frais d’université.
— Ah mais oui, justement ! Comme ça, je pourrais avoir un fonds de commerce !

N’avait-il pas pensé à tout ? Jace avait la curieuse impression de s’enfoncer dans des sables mouvants, tant chacune de ses réponses miraculeuses semblait produire un effet désastreux. Il regrettait amèrement la distance de sécurité qui le séparait de Christopher. Mrs. Roberts, devant la catastrophe, était quant à elle décidée à former une alliance de circonstance.

— Et tu en as parlé à Christopher ?

Pas vraiment, non. Les idées de Jace sur son futur, il y en avait une nouvelle toutes les semaines et elles entraient toutes dans le sujet tabou par excellence pour Thunder : l’après Star High. Carol, elle, savait que Christopher était un élève sérieux, studieux et raisonnable, et puisqu’il exerçait une influence sur son charmant mais turbulent rejeton, peut-être pouvait-on espérer en tirer parti.

— Qu’est-ce que tu en penses Christopher ? Tu vas bien aller à l’université, toi, non ? Avec tes résultats, tu pourras être admis n’importe où, j’en suis certaine. Puisque Jace, de toute évidence, t’écoute plus que nous…

Et toc !

— …peut-être que tu pourrais lui expliquer l’importance d’une éducation supérieure dans le marché de l’emploi actuel ?

Difficile de ne pas voir dans la suggestion de Mrs. Roberts une sorte d’ultimatum : « allie-toi à moi ou tu ne remettras jamais les pieds ici ».
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Message posté : Jeu 13 Fév - 23:01 Message
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Christopher était moins crispé, mais il l’était encore beaucoup. Il avait passé la première épreuve : le papa. Mais il était conscient qu’il y avait derrière une seconde épreuve bien plus compliquée : la maman. Maman qui fit remarquer que son minuteur avait sonné en avance. Chris retint un petit sourire, il ne voulait pas paraître amusé des déboires de Mrs Roberts, même s’il trouvait que c’était un coup plutôt drôle de la part de Jace. Son regard balaya la table sur laquelle les habituels petits bols de l’apéritif avaient été posés. Il avait récupéré sa bouteille de Coca et la tenait donc, ce qui était très bien pour boire avec les chips et les cacahuètes. Même s’il hésitait encore à tendre le bras pour se servir. Et quand le silence revint, le moment fut encore moins opportun, du coup, il se contenta de boire une gorgée.

Jace, finalement, prit la parole, avec enthousiasme, abordant ses activités qu’il pratiquait dans son atelier. Il était sur un cirque, avec ses automates, mais sans batteries, parce qu’il était lui-même la source d’énergie. Mais il y eut un dérapage, quand le mot « client » tomba dans les oreilles des trois personnes présentes autour de lui. Chris ne se montra pas plus surpris que ça, même s’il n’était pas au courant. En revanche, les parents interrompirent leur rejeton pour mettre le doigt directement sur ce qu’ils considéraient comme un problème. « Client » induisait « commerce ». Et donc, avenir loin de ce qu’on pouvait attendre d’un garçon aussi brillant. Aïe.

Christopher attrapa quelques cacahuètes qu’il mâcha distraitement, alors que Jace s’emballait sur sa future carrière : fabricant et marchand de jouets en bois. La révélation fut un choc pour Mr et Mrs Roberts, et pour le coup, l’histoire de l’homosexualité se retrouva reléguée au second plan. Le pire pour eux, c’était que leur fils avait pensé à tout. Ils allaient donc se retrouver coincés. Christopher, n’ayant plus de cacahuètes dans la main, se rabattit sur son Coca-Cola. Et pour la seconde fois de la soirée, il manqua de s’étouffer. Carol venait de le prendre directement à partie. Non, elle venait de dire son nom, mais pour un grand timide comme Chris, ça revenait au même. Il avait l’impression qu’on allait le prendre en otage. Ce qui ne manqua pas d’arriver.

Elle requérait son avis sur la question. Qu’est-ce que lui, Christopher Peck, meilleur ami devenu petit ami de Jace Roberts, pensait des choix de ce dernier en matière d’avenir ? Valait-il mieux aller à l’université, profiter des économies réalisées par les parents, si généreux, pour s’ouvrir plein de portes vers de brillantes carrières, ou bien ouvrir une boutique de jouets en bois ? Puisque lui-même avait prévu… quoi ? Le brun se rendit compte qu’il n’avait à aucun moment vraiment pensé à ce qu’il ferait après le lycée. Il avait beaucoup de possibilités, il n’aurait sans doute pas de mal à choisir, et ça serait peut-être l’université, en effet, mais…

Je… euh…

Il avait chaud. Il devait être tout rouge. Pourquoi fallait-il qu’il se retrouve dans cette situation ? Il avait bien compris qu’il était en plein dans le fameux test qu’il redoutait. La seconde épreuve. L’ultimatum de Mrs Roberts. S’il répondait à côté, elle allait le tuer. Elle irait chercher un couteau dans la cuisine et reviendrait pour lui arracher les entrailles. Il jeta un regard à Jace, à ses côtés, et ce fut une excellente inspiration, parce que ça lui permit de savoir exactement ce qu’il fallait dire. Mais avant d’aborder la partie « qui fâche », il commença doucement.

Je vais sûrement aller à l’université, ouais… mais je sais pas… encore ce que je vais faire… j’ai le temps, j’peux réfléchir… c’est la meilleure voix pour moi, j’crois… je sais pas c’que je pourrais faire d’autre…

Il avait aligné plus de deux mots, c’était un exploit. Mais ce n’était pas la partie la plus difficile. Pour affronter cette partie-là, il aurait voulu attraper la main de Jace, mais ça ne jouerait sûrement pas en sa faveur. Du coup, c’est avec les deux mains crispées sur sa bouteille qu’il reprit :

Il a les capacités d’aller à l’université, c’est sûr… Il est super intelligent, il est bon dans tout… et ce s’rait bête de passer à côté de ça…

Il sentit que Mrs Roberts s’apprêtait à l’interrompre pour dire à son fils « ah, tu vois, même Christopher le dit ! » mais il anticipa avant qu’elle parle.

… mais s’il pense qu’il a trouvé sa voie avec… les automates, les jouets… Il est vachement doué aussi, et ça peut marcher, alors… Il déglutit. J’pense que si c’est c’qu’il veut… faut l’encourager… si vous l’forcez à faire un truc qu’il veut pas… il va s’ennuyer… et l’ennui, c’est mortel…

Voilà. Il avait terminé. Il se trouva incapable de porter son Coca à sa bouche, la crispation ayant monté d’un cran. Mais il avait parlé. Il attendait le verdict, la sentence. La mort, la prison, l’exil. Il ne serait sûrement pas gracié, amnistié, pardonné, c’était trop facile. Mrs Roberts avait cherché un allié, elle s’était retrouvée face à un ennemi. Un ennemi qui avait en plus le défaut d’être le petit copain de son fils. Ça faisait beaucoup, elle allait le passer par la fenêtre. Une chance qu’il puisse voler, mais le choc quand il traverserait la vitre risquait de faire très mal.
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Message posté : Ven 14 Fév - 16:42 Message
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Christopher allait le soutenir, c’était certain ! Après tout, n’était-ce pas le plus raisonnable projet qui fût ? Quel autre emploi pouvait exercer un génie surhumain avec une compréhension unique des machines que fabricants de jouer ? Travailler pour la NASA ou l’UNISON, c’était surfait. Tout le monde travaillait pour la NASA ou l’UNISON. Ou jouait aux échecs. Ou gagnait la médaille Fields. Mais un super-héros fabricant de jouets, ça, c’était unique ! Il pourrait même faire — c’était l’un de ses futurs arguments — des automates à l’effigie des Légionnaires, pour contribuer à l’image de marque de l’organisation. Il n’y avait donc aucune raison de refuser d’investir quelques milliers de dollars dans cette affaire si bien pensée.

D’ailleurs, l’avantage, c’était qu’un magasin de jouets, ça pouvait s’ouvrir vraiment partout. Dans n’importe quelle ville universitaire, en tout cas, qui serait nécessairement une grande ville, et Jace, comme cela, pourrait suivre Christopher dans ses pérégrinations scolaires, si pérégrinations scolaires il y avait ! Ça aussi, il y avait pensé, même s’il s’abstenait de le dire à ses parents, pour ne pas donner l’impression qu’il était prêt à tout plaquer pour suivre son petit ami. Il avait déjà eu du mal à l’admettre lui-même — lui qui était si attaché à ses devoirs à Star City. Mais pourquoi pas, pour une fois, se montrer un tout petit peu égoïste ? Et puis, des gens à sauver, il y en avait aussi dans les autres villes.

Jace était donc aux anges quand son petit ami approuva son projet. Il l’aurait bien renversé, là tout de suite sur le divan, pour le récompenser de quelques coups de langue frénétiques, mais comme sa mère était déjà en train de ruminer cette réponse, il jugea préférable de ne pas jeter de l’huile sur le feu. Pour empêcher un silence embarrassant de s’installer, le très tacticien Thunder se décida à temporiser un peu :

— Enfin bref, voilà, ce sera sympa, mais j’peux toujours faire autre chose, hein, on sait jamais.

Carol en profita pour hocher la tête et insister :

— Oui, à ton âge, on revient souvent sur ses décisions. Particulièrement quand elles sont inconsidérées.

Et elle posa un regard entendu sur la décision inconsidérée du jour, qui s’appelait Christopher et qui buvait tranquillement (ou presque) son soda sur le canapé.

— Je vais regarder où en sont les lasagnes.

Mrs. Roberts se releva et à peine fût-elle partie que Jace posa un regard accusateur sur son père.

— Ça va être comme ça toute la soirée ?

Murmura-t-il d’une voix pleine de reproches. Pris entre deux feux, Richard ne savait trop quel ennemi choisir, entre son épouse et son fils.

— Écoute…
— J’ai pas invité Chris pour qu’on lui fasse des reproches en permanence. Si c’est l’but du dîner, j’préfère encore aller manger à McDo.
— T’énerve pas.
— Et aller dormir chez lui.

Jace avait asséné sa dernière phrase avec beaucoup de conviction, comme une menace. Le Commander haussa un sourcil.

— Qu’est-ce que tu essayes de dire, au juste ?

Conscient qu’il était peut-être allé un peu loin, Jace haussa les épaules et marmonna :

— Rien.
— Je préfère ça. Oublie pas que tu es encore mineur, jeune homme.

Le jeune homme en question serra la mâchoire sans rien répondre. De la cuisine, la voix de Mrs. Roberts monta :

— C’est prêt. Installez vous à table.

Une dernière poignée de chips plus tard, un sourire navré adressé à Christopher et les trois hommes s’assirent à la table du dîner en attendant qu’on les servît, comme les parfaits machistes qu’ils étaient (parfois). D’ordinaire, Jace mettait un point d’honneur à aider sa mère, mais cette fois-ci, pas de petite vengeance, il la laissait remplir les assiettes des portions de lasagnes soigneusement découpées. Les couverts heurtaient les assiettes depuis une longue et silencieuse minute, lorsque Mrs. Roberts glissa incidemment :

— J’ai croisé la petite Loïs au supermarché, d’ailleurs. Elle a bien grandi, dis donc, c’est une vraie femme, maintenant.
— Non mais je rêve.

Carol posa un regard faussement interrogateur sur son fils, qui venait de poser ses couverts.

— C’est quoi la prochaine étape ? Tu m’offres un abonnement à Playboy ?
— Je ne vois pas de quoi tu parles. Et tu t’adresses à moi sur un autre ton. Je suis encore ta mère.
— Faut l’dire vite !
— JACE RAY ROBERTS.

Le Commander s’était relevé, les poings sur la table, et instinctivement Jace s’était calé au fond de sa chaise.

— Tu t’excuses tout de suite auprès de ta mère.
— C’est elle qui…
— Je ne veux pas le savoir : tu t’excuses auprès de ta mère.
— Elle d’abord !
— Jace…
— C’est mon copain. Je suis heureux. Je vois pas où est le problème.

Depuis le début de la conversation, toutes les lumières de la salle à manger variaient en permanence d’intensité. Pendant ce temps-là, la main de Jace était partie chercher celle de Chris pour la serrer, ostensiblement — et tant pis si Megastar avait envie de manger ses lasagnes.

— Le problème est que tu dois le respect à ta mère.
— Et moi et mes choix, personne les respecte ?

Touché — mais si la remarque avait déstabilisé le Commander, il n’en fit rien paraître. Jace serra un peu plus la main de son petit ami et, après un duel de regards avec son père, finit par marmonner à contrecœur :

— Désolé, m’man.

Bien conscient qu’il n’en obtiendrait pas plus de son fils et que Jace n’avait d’ailleurs pas tout à fait tort, le Commander se rassit. Pour écarter l’incident, il prit sur lui de relancer la conversation. D’un ton aussi convivial que possible, il interrogea :

— Alors, Christopher, ça a l’air de bien se passer, l’intégration à la Team Alpha. Qu’est-ce qui te plait le plus, dans les missions ? Les enquêtes ? Les sauvetages ? L’assistance aux civils ?

Jace, lui, n’avait pas lâché la main de son petit ami et fixait ses lasagnes en ruminant.
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Message posté : Sam 15 Fév - 1:43 Message
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Christopher se demanda si, en se concentrant suffisamment fort, il pouvait réussir à faire naître dans ses gènes un nouveau pouvoir, celui de se fondre dans le canapé. Il essaya un moment, sans succès évidemment, mais ça lui permit au moins d’avoir l’esprit sur autre chose que ce qui se passait autour de lui. C’était d’une lâcheté sans nom, mais le conflit entre Jace et ses parents était assez insupportable à vivre. Il fut tiré de ses envies de disparition par Mrs Roberts, qui annonça qu’il était temps de passer à table. Les lasagnes furent servies, et chacun commença à manger, dans le silence. Ce fut Carol qui le rompit, en abordant un sujet… plus que maladroit. Loïs, l’ex-petite amie de Jace. Chris baissa les yeux sur son assiette, avant de sursauter quand le Commander haussa la voix tout en se levant, poings sur la table.

Christopher, qui ne désirait rien d’autre que rester en dehors de tout ça, vit l’une de ses mains prise en otage par Jace. Puis il remarqua que la lumière était changeante. Et soudain il eut honte, honte d’être comme ça, alors que tout ce que son petit ami voulait, c’était du soutien. Il pouvait bien faire ça, au lieu de détourner le regard et de faire la sourde oreille. Après avoir bien remarqué que leurs mains jointes étaient visibles, il serra un peu son étreinte. Mais sans adresser un seul regard à qui que ce soit. Déjà qu’il faisait un gros effort en communiquant son soutien par ce contact, lui demander autre chose était impossible, c’était au-dessus de ses forces.

Quand le calme revint, Chris fixait ses lasagnes, qu’il ne pouvait pas manger, sa main droite étant toujours prisonnière. Mr Roberts empêcha le silence de devenir gênant en relançant la conversation, trouvant un sujet qui n’avait absolument rien à voir avec l’avenir de Jace ou sa sexualité. L’inconvénient, c’est qu’il concernait directement Megastar. Qui allait, du coup, devoir parler de lui en public. Un public de seulement trois personnes, certes, dont Jace, en plus, mais un public quand même. Du pouce, il caressa le dos de la main de son petit ami, en tirant un peu, histoire de lui faire comprendre que ça serait bien qu’il le lâche, ne serait-ce que pour permettre au sang de circuler. Après s’être éclairci la voix, Chris finit par répondre, tout en s’admonestant intérieurement. Il fallait qu’il regarde le Commander dans les yeux.

Ça se passe très bien… Il releva un peu la tête, parvenant à poser le regard sur le menton du grand patron. Grâce à Jace, l’intégration a été facile… Enfin, il se détendit juste ce qu’il fallait pour regarder Mr Robert dans les yeux. Il a été super, il m’a présenté les autres, les installations, et on a fait rapidement des missions, tout ça…

Il risqua un coup d’œil vers Mrs Roberts, très bref. S’il n’était même plus sûr d’avoir très faim, il voulait quand même terminer son assiette. Il coupa un petit morceau de pâtes et le porta à sa bouche. Il attendit d’avoir bien avalé avant de reprendre.

J’aime bien les enquêtes… Repérer les détails, les trucs qui clochent, tout ça… comme avec Kimmel, c’était cool… Y a eu de l’action, aussi, j’aime bien l’action… mais c’est plus facile, en fait… Enfin, j’ai pas de mérite, quoi…

Megastar n’était rien sans le MEGAS, et avec le MEGAS, il pouvait devenir presque indestructible. Quoiqu’il n’avait pas encore testé son artefact jusque-là, et il n’était pas vraiment pressé d’y arriver. Mettons que jusqu’à ce jour, il était indesctructible.

Les trucs avec les civils, c’est… c’est un devoir. Sur le moment, c’est juste le truc à faire, les sauver, tout ça… mais j’aime pas ce qui vient après… les… Le volume de sa voix baissa. Les interviews, les journalistes… Et baissa encore. Les conférences de presse…

Là, peut-être qu’il n’avait pas été entendu. Il tâcha de retrouver un niveau sonore audible quand il opta pour un choix stratégique : recentrer la conversation sur les qualités de Jace. Ainsi faisait-il d’une pierre deux coups.

Je suis pas aussi doué que votre fils quand il faut parler… Pour lui c’est naturel, il est en confiance, les gens l’aiment bien, il trouve les mots justes, il fait des blagues, et tout le monde rit…

Avec Chris, les journalistes aussi pouvaient rire, mais de lui plutôt qu’avec lui…

Et puis avec sa super-intelligence, maintenant, il gère bien dans les enquêtes, il trouve plein d’infos facilement, ça fait gagner du temps… C’est un super leader, et en plus, il est vraiment doué là-dedans.

Christopher évita de mentionner les régulières baisses de régime dues à de trop fortes utilisations de ses capacités, électriques ou intellectuelles. Il savait que Mrs Roberts s’inquiétait suffisamment comme ça pour le bien-être de sa famille, mieux valait ne pas en rajouter. Même s’il pouvait la rassurer en disant qu’il était présent pour le soutenir. Il n’était cependant pas sûr que ça la rassurerait vraiment, pour la simple raison que ça lui rappellerait encore la proximité entre eux. Même si elle devait bien l’accepter à un moment. Tout comme son époux.

Les lasagnes sont excellentes, Mrs Roberts, glissa-t-il, après sa dernière bouchée, et en la regardant directement dans les yeux, avec le sourire.

Là, il s’étonnait lui-même. Mais c’était nécessaire. Il fallait qu’il se rachète une image auprès de la mère de Jace. Et en général, la politesse et les compliments, ça fonctionnait.
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Message posté : Sam 15 Fév - 9:14 Message
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Peut-être que pour une fois, Jace eût aimé que Christopher s’imposât un peu plus. L’espace d’un instant, il avait imaginé quelque chose de bêtement romantique, où son petit ami prendrait héroïquement sa défense en vantant la force de l’amour qui les unissait et qui triompherait des inimitiés familiales, quelque chose de digne de Roméo et Juliette, mais le double suicide par empoisonnement en moins. Tout ce que Christopher faisait, cependant, c’était de serrer la main. Le blond jeta un regard bref à son acolyte avant de relâcher sa propre étreinte et de se remettre à manger, un peu perturbé. À quel point Christopher serait-il capable de s’effacer, pour éviter de répondre aux attaques dont ils seraient inévitablement les cibles, quand leur relation deviendrait un peu plus publique ?

Cette question tournait dans l’esprit du jeune homme tandis que Megastar faisait l’éloge de Thunder en particulier et de la Team Alpha en général. Pour une fois, les considérations héroïques n’intéressaient pas beaucoup le jeune Roberts. Il savait Christopher mal à l’aise devant un public, ou même une assemblée restreinte, il savait que leur situation n’était pas facile à accepter, il savait encore que le dîner devant avoir l’air pour lui d’une épreuve, mais la réaction ou l’absence de réaction du jeune homme l’avait quelque peu heurté, maintenant qu’il y réfléchissait. Est-ce qu’un jour, Christopher le renierait publiquement, devant leurs amis, devant sa famille à lui, parce que ce serait simplement plus simple et moins conflictuel ?

Mr. Roberts, lui, retrouvait en Megastar ce qu’il avait toujours apprécié : l’image de quelqu’un qui comprenait ses propres craintes. Le Commander avait beau être le porte-parole de la Légion, il n’éprouvait pas un grand plaisir à se produire devant les médias et il était loin d’y avoir l’aisance de son fils. Comme Christopher, il préférait les enquêtes et les missions, à la rigueur la diplomatie loin des caméras, mais il craignait les journalistes. Au fil du temps, il avait acquis bien entendu une expérience certaine qui lui permettait de gérer les conférences de presse quand elles étaient inévitables, mais cela ne les rendait pas plus agréables.

— Oui, je vois. J’étais comme toi, à ton âge. Enfin, je n’avais pas de pouvoir, mais j’aurais été comme toi, je pense. C’est difficile de parler aux médias. C’est pas vraiment ce qu’on a l’habitude de faire, et puis c’est une sorte de combat où les pouvoirs ne servent à rien. Quand en plus beaucoup de héros cherchent à avoir des identités secrètes, eh bien les rares qui sont, comment dire ? transparents. Eh bien, ils héritent du problème.

Mrs. Roberts ne put réprimer un sourire. Le problème, elle le connaissait bien : c’était elle qui devait rassurer Richard à chaque fois qu’une conférence de presse se profilait et que le Commander passait des heures à choisir entre deux cravates à peu près identiques. Elle s’imagina son fils en train de calmer Christopher de la même manière et ne sut pas trop si cette idée éveillait en elle plus de réticence que de tendresse. Ce premier pas franchi, les compliments que Christopher répandait sur sa progéniture, beaucoup plus que ceux qui concernaient sa cuisine, contribuèrent à détendre quelque peu l’atmosphère, et Carol répondit d’une voix beaucoup moins froide :

— Merci. Je te donnerai la recette. Enfin, si tu cuisines, un peu. Lui, là…

Elle pointa Jace de la fourchette.

— Il essaye, mais il laisse la cuisine en désordre après.
— Hm ?

Ah, on parlait de lui ? Jace releva les yeux.

— Je dis que quand tu cuisines, la pièce a l’air d’être ravagée par un ouragan.
— Même pas vrai. Et puis après, je range tout.
— Pas au bon endroit.
— Mais si ! Enfin presque.

Mrs. Roberts leva les yeux au ciel.

— Et d’autres missions en perspective, les jeunes ?

Jace hocha la tête.

— Quelques-unes. J’aimerais bien partir sur une enquête un peu plus sur le long terme, enfin qui dure au moins quelques jours. Je voudrais que Qaletaqa puisse mettre la main à la pâte, vraiment tester ses pouvoirs.

L’Amérindien, nouvelle recrue de l’équipe depuis la fin de l’automne, n’était pas tout à fait un homme de terrain, mais Jace lui avait promis de l’intégrer pleinement.

— C’t’une nouvelle recrue, vous savez, je vous en ai un peu parlé. Je voudrais qu’on puisse réfléchir tous ensemble. Que certains prennent conscience que c’est pas uniquement leurs pouvoirs qui font d’eux des super-héros…

Jace jeta un regard à Christopher. Avec ou sans MEGAS, le jeune homme était un allié de choix, qui avait plusieurs fois prouvé la valeur de ses raisonnements, lors de la traque de Kimmel.

— … et puis maintenant qu’on a vaguement une bonne relation avec les marshalls, ça peut être l’occasion de creuser l’affaire.

Richard hocha la tête d’un air approbateur et il était aisé de voir que les réflexions de son fils le remplissaient de fierté : Jace avait pour ses troupes toute la pédagogie attentive d’un bon leader. Le Commander reporta son attention sur l’autre apprenti-Légionnaire.

— Et niveau pouvoirs, Chris, ça se passe comment ? Tu dirais que c’est stabilisé ? Tu penses que ça peut encore évoluer ?

Avec un mutant comme Jace, une évolution potentielle et constante tout au long de l’existence, ou tout du moins jusqu’à la trentaine, faisait quasiment partie du programme, mais avec l’artefact dont Christopher avait hérité un peu malgré lui, les choses étaient beaucoup plus incertaines.
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Message posté : Lun 17 Fév - 1:32 Message
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L’attention, de nouveau, passa ailleurs que sur Christopher. Il n’eut même pas besoin de répondre à la proposition de Mrs Roberts concernant les lasagnes, puisqu’elle embraya d’elle-même sur les capacités culinaires de son fils, ou plutôt, sa propension à laisser la cuisine en désordre après son passage. Et Mr Roberts enchaîna en parlant de missions. Là, Jace put parler d’un sujet qu’il connaissait bien, évoquant la dernière recrue, ce qu’il voulait que la Team Alpha devienne, les relations avec les marshalls… Mais comme les bons moments ne pouvaient pas durer, forcément, la question suivante fut adressée directement à Chris. Ses pouvoirs ? Il n’avait pas vraiment réfléchi à la question, d’autant qu’il ne connaissait pas encore ses propres limites… Il répondit, tâchant d’être le plus détendu possible. Après tout, il n’était pas vraiment en terrain hostile. Tout dépendant du sujet, en fait.

Je sais pas vraiment… J’imagine que ça peut évoluer, encore, que je finirai par pouvoir être plus fort, plus grand, aller plus loin, plus vite… Mais je saurais même pas dire aujourd’hui ce que je suis capable de faire…

Peut-être était-ce l’occasion d’évoquer le doute qu’il avait eu lors de la dernière mission, avec la prise d’otages dans l’affaire Kimmel ? Il jeta un coup d’œil à Jace. Ce dernier avait vaguement eut l’air de lui en vouloir… sûrement parce qu’il s’était comporté en lâche, au moment de la dispute… Il se recentra sur ses propres limites.

L’autre jour, à l’aérodrome, je…

Et puis il réalisa que raconter ça devant Mrs Roberts n’était pas une bonne idée. Elle qui s’inquiétait pour sa famille de super-héros n’apprécierait sans doute pas qu’on lui raconte une histoire qui parlait d’armes pointées en direction de son fils. Il bifurqua donc habilement pour ne faire ressortir que le côté héroïque de l’affaire.

… je me suis demandé si je pouvais être capable d’arrêter Kimmel avant qu’il comprenne que j’étais là, et puis je me suis dit que je pourrais pas le savoir si j’essayais pas. Alors je me suis lancé, et j’ai réussi… Bon, je lui ai cassé le bras, mais c’est pas si grave…

Fracture nette des os de l’avant-bras avec quelques éclats, elle n’avait pas été ouverte, même si la violence du choc aurait pu lui arracher le bras… La suite était un peu moins glorieuse pour Chris, qui du coup en profita pour mettre de nouveau en valeur Jace, en prenant bien d’éviter les parties « danger » et « risques ».

Après, les otages qu’étaient pas des otages ont essayé de m’arrêter, mais heureusement, Jace était là, il les a tous assommés en leur balançant des éclairs dans la tête, c’est super.

Là, il aurait bien voulu tendre la main pour prendre celle de son petit ami, mais il n’était pas encore prêt à franchir cette étape. Il voulait le faire, il en mourait d’envie, mais une force encore supérieure la lui clouait sur la table. Il savait qu’un jour il le ferait, mais c’était encore trop tôt. Le faire devant les parents serait sans doute la première étape, avant un public plus large, mais il fallait attendre encore un peu avant de se lancer dans cette grande aventure. Les lasagnes étant terminées, Chris eut alors une idée qui lui permettrait d’approcher son petit ami sans que les parents soient là.

Je vais débarrasser. Tu viens ? demanda-t-il à Jace, en se levant pour rassembler les assiettes et les couverts.

Il courut presque jusqu’à la cuisine, déposa ce qu’il portait, se tourna vers le blond qui arrivait, lui prit le plat qu’il avait dans les mains, le mit sur le plan de travail, puis prit son petit ami par la taille avant d’enfouir son visage dans son cou, juste au-dessus de son épaule.

J’suis désolé, pour t’t’à l’heure, j’pouvais pas, c’était trop… j’sais pas trop vite, trop… j’suis désolé, t’aurais voulu que j’sois plus avec toi…

Il se redressa, affichant l’air sincère qui allait avec ses paroles. Puis il baissa un peu la tête et joua, du bout des doigts, avec les boutons de la chemise de Jace. Il en défit un, au milieu, et glissa la main à l’intérieur, avant de le regarder dans les yeux.

J’vais faire des efforts, j’veux plus être comme ça, c’est chiant pour toi, pour moi, pour tout l’monde. J’veux être digne de toi, et pas… pas me fermer, me cacher quand ça chauffe… Mais… après, j’veux pas non plus être au milieu… vous êtes une famille, vous avez des trucs à régler, et ça me concerne pas forcément… j’peux donner mon avis, mais faut pas que j’décide.

La principale décision qu’il avait eu à prendre un peu plus tôt avait été « choisis un camp ». Chose qu’il avait été incapable de faire de manière nette, même s’il avait penché du côté de Jace. Sur la fin, il avait surtout tâché de rééquilibrer la balance afin de ne pas risquer d’être abattu avant la fin de la soirée par un regard mortel de Carol Roberts. Il changea de conversation.

Faut s’occuper du dessert, nan ? Ta mère a prévu un truc ? Ou faut prendre des trucs dans le frigo ?

Il rougit légèrement. Qu’est-ce qu’il se sentait bête ! C’était presque une malédiction, de se retrouver gêné, n’importe où, n’importe quand, pour n’importe quelle raison.

En tout cas, faut pas rester là tous les deux trop longtemps, ils vont se poser des questions…

Et malgré lui, il afficha un petit sourire sur cette dernière réplique…
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Message posté : Mar 18 Fév - 13:47 Message
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Le Commander hocha la tête d’un air approbateur en écoutant les explications de Christopher. Il ne lui était pas difficile de se reconnaître dans le récit du jeune homme. Pour lui aussi, contrairement à Jace, la découverte de ses pouvoirs avait été brutale. Certes, du jour au lendemain, Thunder s’était appris mutant plutôt que malade. Mais à partir de cette époque, les pouvoirs s’étaient développés petit à petit. Pour le Commander, le moment où la foudre avait frappé son avion avait été une rupture radicale et, comme Christopher, il avait longtemps eu du mal à cerner ses propres limites. Si l’on ajoutait à cela qu’entre la force et le super-vol, leurs capacités présentaient bien des similarités, il était tout naturel que Richard se sentît particulièrement bien disposé, en discutant de ces sujets, envers son beau-fils.

— Le plus important, tu sais, c’est exactement cela : savoir doser sa force. En fait, c’est pas tout le jour que tu as besoin de soulever une voiture. C’est plus facile, en un sens, de déployer d’un coup toutes ses capacités. Suffit de se laisser aller. Le travail de précision, c’est tout autre chose. Mais avec les entraînements adaptés, je suis sûr que de fil en aiguille, tu parviendras à mieux comprendre.

Et en matière d’entraînement, le Commander avait tout confiance en son fils. Jace était en la matière un exemple : l’adolescent se consacrait corps et âme à sa mission de super-héros et au développement de ses capacités, à la fois pour en augmenter la puissance et pour mieux en comprendre les applications. Certes, certains jours, quand Jace rentrait véritablement épuisé, quand les courbatures étaient trop impressionnantes ou que le jeune homme ruminait à cause d’une courbe de progression trop lente, les Roberts s’inquiétaient de la dévotion de leur enfant unique. Ils auraient aimer qu’il apprît à se ménager un peu plus.

En entendant Christopher et son époux en discuter, Carol ne pouvait s’empêcher de retrouver ces réflexions. Elle observa alternativement Jace et son petit ami, puisque c’était bien ainsi qu’il fallait qualifier, en se demandant si Christopher ne pourrait pas exercer sur le blond une influence favorable, finalement. Loïs avait été étrangère à la Team Alpha et au monde héroïque qui était celui de Jace. Aussi Jace n’avait-il pas pu se confier à elle. Sans doute. Elle-même avait dû apprendre à accompagner Richard. C’était un équilibre difficile à trouver. Mais Christopher alliait à la fois, à l’égard des missions, une indécision qui lui semblait hautement salutaire et une expérience de première main qui l’aiderait à savoir quand Jace allait trop loin ou se montrait trop exigeant avec lui-même.

Jace hocha la tête quand Christopher proposa de débarrasser et, une fois la vaisselle rassemblée et les adolescents disparus, Carol se pencha vers son mari.

— Tu ne penses pas qu’on pourrait parler d’autre chose ?

Sous le regard interrogatif de Richard, elle expliqua :

— Je sais que c’est important, mais peut-être qu’on pourrait en profiter de les avoir sous la main pour sortir à Jace la tête du guidon. Peut-être qu’avec Christopher, il accepterait de partir en week-end. Ou, je ne sais pas, de faire autre chose de ses journées. De prendre son temps. Tu vois ?
— Je croyais que tu ne l’aimais pas.

Carol haussa les épaules.

— Je m’adapte, que veux-tu.

Dans la cuisine, Jace avait passé les bras autour de son compagnon pour le serrer finalement contre lui. Difficile d’en vouloir longtemps à Christopher, particulièrement quand il lui faisait un regard de chien battu. Alors que le jeune homme glissait une main dans sa chemise, Jace remonta l’une des siennes sur sa nuque pour le guider dans un baiser chaste, puis un moins chaste, avant de murmurer :

— C’pas grave. J’suppose que c’tait pas facile à gérer, puis tu vois, c’est passé. J’aurais pas dû faire la tête, désolé.

Et avant de se préoccuper du dessert, au risque de paraître suspect aux yeux de ses parents en se montrant trop long, Jace vint chercher un second baiser qu’il fit un peu durer, avant de détacher ses lèvres et de soupirer.

— Ouais, donc, y a un gâteau, au chocolat, avec de la glace à la vanille, dans le congélateur. Prends la glace et les couverts, je prends le gâteau et les assiettes à dessert.

Mais avant toute chose, il reboutonna sa chemise. Puis les adolescents se rassirent à la table tandis que Carol servait le gâteau. Pendant ce temps, Richard déployait le plan d’attaque mis au point par le couple. D’un air de conversation, il débuta :

— Tu es déjà allé à Miami, Christopher ? C’est une belle ville. En cette saison, surtout, c’est très agréable, ça change de Star City.

Faussement concentrée sur l’équilibre des parts de gâteau, Carol ajouta :

— C’est vrai. J’ai une sœur qui vit à Miami, d’ailleurs. Elle est médecin là-bas.
— Elle s’appelle Georgia.
— Ça doit faire longtemps que tu n’as pas vu ta tante Georgy, non, Jace ?

L’adolescent qui ne soupçonnait rien répondit, en arrondissant les boules de glace :

— Un peu, oui. Deux ou trois ans, la dernière fois qu’elle est venue, quoi.
— Ah bah vous pourriez peut-être lui rendre visite !
— Tiens, c’est vrai, ça lui ferait plaisir !
— Et puis comme ça, Christopher pourrait visiter.

Ce que ça peut être sournois, un Roberts.
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Message posté : Mar 18 Fév - 17:48 Message
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Christopher était reconnaissant envers le Commander, qui le comprenait, parce que, selon ce que lui avait dit Jace, il avait été dans sa jeunesse un peu comme lui aujourd’hui. Dans la cuisine, après deux échanges de baiser, la chasteté allant decrescendo, les deux ados purent revenir à table avec le dessert prévu par Mrs Roberts. Heureusement, le blond avait pensé à refermer le bouton de sa chemise, ce qui aurait fait désordre s’il avait oublié… Quand ils furent installés, prêts à terminer le repas, Mr Roberts prit la parole, et le ton qu’il employa était bien trop « lisse » pour que ça ne cache pas quelque chose. Miami ? Pourquoi parlait-il de Miami ?

Euh… non, j’y suis jamais allé… glissa Chris avant que Carol n’embraye en parlant de sa sœur, Georgia, médecin là-bas.

Christopher tourna la tête vers Jace, et constata que ce dernier ne voyait rien venir. Si lui-même commençait à imaginer quelle pouvait être la finalité de cette soudaine conversation sur le climat agréable de la Floride, le blond répondit innocemment à la question. Et hop, ses parents en profitèrent pour arriver à leur but : offrir aux deux amoureux la possibilité d’aller à Miami pour rendre visite à la tante et faire un peu de tourisme là-bas. Même si le tourisme se limitait sûrement à la plage et aux bayous. Sur le coup, il ne sut pas quoi dire. Tout simplement parce que ça surgissait un peu de nulle part…

Ouais, ça pourrait être sympa…

Cette soirée était sûrement l’une des plus étranges qu’il ait eu à vivre. En arrivant, il avait cru qu’il se ferait trucider par les parents de Jace. Puis il avait compris que le Commander était mal à l’aise à l’évocation du sujet, mais qu’il était ouvert à l’homosexualité de son fils, tant qu’il était heureux comme ça. C’était plus difficile avec Mrs Roberts, qui s’était tout de même détendue sur la question, et voilà que les deux s’unissaient pour encourager Jace et Chris à partir ensemble. Pourquoi est-ce qu’ils faisaient ça ?

Chris fit appel à ses capacités de déduction. Pourquoi ? Pour éloigner Jace de Star City ? Qu’il pense à autre chose ? Il allait quand même bien mieux depuis que la relation entre les deux garçons s’était clarifiée. Pour lui permettre, dans un environnement plus calme et plus sain, d’appréhender l’évolution de ses pouvoirs, sans risquer le surmenage ? Il y avait sûrement un peu de tout ça…

Vous voulez dire, en fait, ce serait des vacances ? On partirait euh… le weekend ? Ou un long weekend, une semaine ?

Les weekends, pas vraiment besoin de planifier, ça pouvait se faire du vendredi soir au dimanche soir. La semaine, c’était possible, les vacances de février arrivaient à grands pas. L’idée était assez séduisante. Il fallait qu’il en parle avec Jace, seul à seul, mais il avait envie de faire ça. Passer du temps avec lui loin de Star City. D’ailleurs, histoire de ne pas s’appesantir sur le sujet alors que Jace n’avait rien dit, il préféra botter en touche.

On va en parler entre nous, moi ça me brancherait bien.

Il jeta un coup d’œil à son petit ami. Pour le coup, il s’attirait vraiment les faveurs des parents, en réagissant de manière aussi positive. Mais il avait hâte de pouvoir en parler en tête à tête avec le blond. Les desserts terminés, ils débarrassèrent la table, et Chris entraîna Jace jusque dans sa chambre. Après avoir refermé la porte, il resta appuyé contre le battant.

J’espère que tu m’en veux pas… Sur le coup, j’ai senti venir le truc, et en fait, j’aime vraiment bien l’idée. J’ai envie de faire ça avec toi. Après, tu peux décider de… du temps, si tu veux un weekend, quelques jours, ou plus… La Team Alpha et la Légion peuvent bien se passer un peu de nous, nan ?

Il s’approcha de Jace et l’entraîna avec lui, pour qu’ils s’assoient sur le lit. Une main sur la cuisse de Thunder, il se trouva soudain un peu plus timide.

C’est assez bizarre, un truc tous les deux, comme ça… tu crois que faut l’dire à ta tante ? Ou si c’est ta mère qu’appelle, elle risque pas de le dire ? Pour nous ? J’sais pas quoi penser d’ça, en fait… Ptêt que vaut mieux ça qu’elle le découvre elle-même, mais bon…

Il lui mit une main sur le torse pour l’amener à s’étendre, et il s’étendit contre lui, la tête dans le creux de l’épaule.

Ça s’est bien passé, nan ? C’était pas facile au début, mais… en fait, ils ont été super, là… J’ai vraiment cru, en venant ici, que j’allais me faire buter… Mais en fait, même ton père, il était super gêné…

Ce qui était quelque chose d’assez cocasse à voir. Mrs Roberts ne faisait pas dans la gêne, mais elle n’avait pas traîné pour rapidement mettre la situation à profit. Puis Jace avait un petit ami qui avait une bonne influence sur lui, il aurait été dommage de ne pas miser dessus pour que son fils ne continue pas sur la bonne voie.
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Message posté : Mar 18 Fév - 20:05 Message
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Et vlan ! Tata Georgy ! Il ne l’avait pas vue venir, celle-là. Jace regarda tour à tour son père, qui esquissait un sourire discret, sa mère, qui vantait les mérites de la Floride, et Christopher, qui tombait pieds joints dans le piège. Évidemment, tous les membres de la Team Alpha ne partageaient pas, et heureusement, l’obsession de Thunder pour Star City, les missions, les entraînements, les réunions, les préparatifs. Jace avait constamment besoin de se prouver qu’il était à la hauteur de la tâche, ce qui ne manquait pas devenir compliqué quand la barre était fixée de plus en plus haut. Le jeune homme ne prenait pas l’excellence à la légère.

D’ailleurs, il ouvrit la bouche pour suggérer :

— Mais il y a la Team Alph…
— Encore un peu de gâteau, Richard ?
— Avec plaisir, ma chérie.

Jace referma la bouche, un peu contrarié. Christopher n’avait finalement pas tardé pour se mettre de mèche avec ses parents. C’était à peine s’ils ne venaient pas de se cotiser pour lui offrir des tongs et des lunettes de soleil. À quoi pouvait bien lui servir une intelligence phénoménale s’il ne sentait pas venir des coups comme celui-ci ? Le jeune homme fut bien contraint de ravaler sa réplique en avalant son gâteau — un mal pour un bien. De toute façon, Carol avait décidé d’égayer la fin du repas en racontant quelques anecdotes cocasses sur les missions de son mari, le tout avec un sens de l’humour certain — il n’était pas difficile de deviner d’où Jace tenait son côté humoriste.

Ces histoires, Jace les avait entendues cent fois mais il les écoutait toujours avec plaisir. Pendant quelques secondes, il se prit à imaginer qu’il en raconterait de semblables, vingt ans plus tard, à ses enfants : comment Megastar avait sauvé un poulpe mutant de la noyade, comment Megastar avait terrifié un fleuriste. Cette idée somme toute un peu perturbante fut rapidement chassée de son esprit et il se retrouva bientôt à débarrasser la table puis à rejoindre sa chambre, après avoir obtenu l’autorisation des Roberts de déserter.

Pendant que Richard essayait de convaincre son épouse de ne pas songer à ce que les adolescents pouvaient bien fabriquer dans la chambre en question, même s’il se demandait lui-même ce que les deux adolescents pouvaient bien fabriquer dans la chambre en question, Jace s’allongeait sur le lit et refermait un bras autour des épaules de son compagnon, avant de poser sa main libre sur la sienne.

— Ouais, ça s’est bien passé. J’suis pas certain de… J’sais pas, de bien comprendre leurs réactions, tu vois. J’veux dire, ça leur a fait un choc, ça ouais, je suppose que je vois. Mais j’ai du mal à les prévoir, tu sais. Ma mère, surtout, elle est difficile à suivre. Un coup elle ramène Loïs sur le tapis, l’autre elle t’invite chez sa sœur en Floride, franchement…

Jace avait tendance à oublier que Carol n’avait pas besoin d’être une Légionnaire super-héroïque pour avoir un sens développé de la tactique et se montrer capable d’exploiter une situation à première vue déplaisante pour en tirer un peu de profit. Il ne comprenait pas non plus combien l’inquiétude de ses parents à l’égard de son éventuel surmenage était vive — et partagée par ceux qui l’entouraient, particulièrement depuis quelques mois. Le jeune homme poussa un soupir.

— Ça te plairait, alors, la Floride… ?

L’adolescent était tout songeur.

— C’est vrai qu’elle est gentille, Georgy…

Les Roberts avaient soigneusement exploité deux faiblesses de Jace : son sens des responsabilités, qui le forçait à rendre visite à une tante qu’ils prétendaient délaissée (même si Georgia ne s’était jamais plaint à personne) et son affection pour Christopher, qu’ils avaient deviné plus accessible à l’idée de vacances que le logement local rendrait des plus économiques.

— On pourrait y aller un week-end.

Jace jeta un regard un peu incertain à son compagnon.

— Ou… euh… une semaine. Tu voudrais une semaine ? Une semaine, c’est bien aussi.

À ce rythme, il allait se convaincre lui-même de prendre une retraite anticipée. Peu à peu, il comprenait la diabolique logique de ses parents.

— Dis…

Jace fit rouler Christopher sur le dos, afin de pouvoir se redresser sur un coude et le regarder.

— Tu trouves que je suis trop… Je sais pas comment dire. Mais, genre, sérieux ?

« Sérieux », ce n’était peut-être pas ce qui définissait le mieux le comique en herbe.

— Ou, je sais pas, strict. Avec vous, à la Team. Avec, euh… Moi ? Ou toi. Des fois, comment dire ? J’ai l’impression de ramener trop le travail à la maison, tu vois. Mon père, il fait jamais ça. Je veux dire, je crois que mes parents ils parlent des missions, des fois, de la Légion, mais ils parlent du reste, aussi. De leurs boulots, de leurs amis, du ciné, des trucs comme ça. Et moi, je t’ai pas parlé des métiers que je voudrais faire. Je t’ai même pas demandé les études que tu voulais faire. Et euh… Je veux pas que tu me trouves trop distant, ou quoi, par rapport à ça.

C’était un peu — beaucoup, même — les excuses que Loïs avait longtemps attendues et qui n’étaient jamais venues.

— J’suis vraiment désolé, si ça fait c’t’effet. Ton avis, il compte. Et ce que tu veux faire, aussi. Et… Et je pense pas seulement à toi en Megastar, tu sais ça ? T’es doué, tu fais un super-héros génial, y a pas de problèmes. Mais c’est Christopher que je… tu sais, que je… ‘fin…

Jace rougit et marmonna pudiquement :

— Qu’j’aime bien, quoi.
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Message posté : Mer 19 Fév - 23:37 Message
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Tout contre Jace, Christopher l’écoutait parler de la réaction de ses parents, et notamment de l’attitude de sa mère, qui avait fait passer le petit ami de son fils du statut « d’ennemi public numéro un » à celui de « garçon digne d’être invité chez sa sœur ». C’était assez surprenant, comme changement, mais il n’allait pas s’en plaindre, d’autant qu’il voyait se profiler des vacances en Floride, où il n’avait encore jamais mis les pieds. En fait, hormis Chicago et Star City, il n’avait pas eu l’occasion d’aller dans d’autres grandes villes. Le blond, en définitive, avait l’air de s’être laissé convaincre par les différents arguments développés par Richard et Carol Roberts, mais aussi par Chris lui-même.

J’sais pas, une semaine, c’est ptêt long, faut voir… mais ouais, j’ai envie d’aller là-bas avec toi.

Une fois sur le dos, le brun écouta son petit ami parler de son côté « sérieux », tout en le regardant avec une certaine tendresse. Voilà qu’il se mettait à douter de sa manière de gérer la Team Alpha, à se demander s’il n’en faisait pas trop question boulot en ce qui concernait la Légion, et même à déplorer qu’ils n’aient tous les deux jamais eu l’occasion de parler de leurs avenirs respectifs. Et la conclusion fut un Jace rougissant, alors qu’il exprimait très maladroitement ce qu’il ressentait. Toujours étendu sur le dos, Chris tendit la main pour lui caresser la joue.

T’es trop mignon quand tu rougis, le taquina-t-il, avant de se redresser à son tour sur son coude.

Puisqu’ils en étaient à parler sérieusement, autant jouer le jeu. Il fallait en passer par là pour clarifier un peu la situation, et notamment cette remise en question dans laquelle Jace semblait vouloir se plonger.

C’est vrai que tout c’que tu fais, ça tourne beaucoup autour de nous, la Team, les missions. J’te trouve pas trop strict, ou trop sérieux, t’es vraiment un super leader, t’as ça dans la peau, t’es fait pour être à la tête d’un groupe de super héros. Et tu l’fais vraiment bien. Après, t’arrives pas à déconnecter, à faire d’autres trucs à côté… Faut qu’tu penses à autre chose, des fois.

Il lui caressa encore la joue, avant de pencher pour lui déposer un léger baiser sur les lèvres.

T’sais, j’pense que les moments où t’as été crevé, là, après avoir trop utilisé tes pouvoirs, c’est pas étranger à ça, tu te surmènes, en fait, t’en fais trop. Faut qu’tu lèves le pied. J’sais bien que ça sera difficile, mais crois-moi, y a personne qui se plaindra si t’oublies un peu la Team pendant quelques jours. Faut penser à ta santé. J’ai pas envie qu’tu perdes les pédales ou qu’tu tombes malade, ou qu’tu t’blesses un jour parc’que t’étais trop fatigué, ou j’sais pas…

Il avait un peu l’impression d’exprimer une idée qui avait flotté un moment au-dessus de la table au dîner. Son esprit logique lui avait permis d’en arriver à cette conclusion : une semaine de vacances en Floride, loin de Star City, c’était exactement ce qu’il fallait à Jace, qui finirait sinon par trop tirer sur la corde et n’être rapidement plus bon à grand-chose.

Thunder, il est super, j’te l’ai dit, le chef, tout ça. Mais moi, j’ai aussi envie de… d’profiter de Jace. Sans les pouvoirs, sans les missions, les enquêtes. Juste toi. Si y a juste moi, Chris, faut qu’y ait juste toi, Jace. Le boulot, ça reste dehors. Quand j’suis chez toi, ou quand t’es chez moi, et qu’y a rien d’urgent, on peut oublier la Team. Ou même, faut l’oublier.

Il se rallongea sur le dos et tendit les mains pour attraper Jace par le cou, pour l’amener à s’étendre à demi sur lui. Juste ce qu’il fallait pour pouvoir l’embrasser à pleine bouche. Son corps réagit au contact, mais il ne s’en préoccupa aucunement. Quand il rompit le baiser, il se sentait léger. Tout le poids qui s’était accumulé sur ses épaules depuis le jour où il avait appris qu’il était invité chez les Roberts, jusqu’au moment où Carol avait retourné sa veste durant le repas, tout ce poids venait de s’envoler.

J’préfère quand c’est Jace qui m’embrasse. Jace avec sa douceur, sa maladresse, sa fougue… quand rien est calculé… quand ça se fait quoi.

D’une main, il lui caressa la joue. L’autre était logée au creux de ses reins. Et ce moment, avec son petit ami tout contre lui, sur lui, même, il l’avait attendu pendant longtemps. Tout en craignant de ne plus jamais pouvoir profiter d’un tel contact. Il en profitait donc d’autant plus, il en savourait chaque seconde. La main au bas du dos se glissa sous la chemise et remonta lentement le long de la colonne vertébrale. Il ne réfléchissait absolument pas à ce qu’il faisait.

J’imagine que ça va être compliqué si j’dors ici ? Faut ptêt pas pousser… Ils doivent être en train de s’demander c’qu’on est en train d’faire, j’suis sûr…

Cette pensée le fit rire, mais il étouffa rapidement son rire, histoire de ne pas être trop entendu par les oreilles indiscrètes.

Ou alors, on s’en fout ? Tu crois qu’en Floride ta tante va prévoir deux chambres ?

Cette histoire de tante restait quand même une vraie interrogation pour Chris. Il ne la connaissait pas, elle était peut-être homophobe, ou du moins ne tolérait-elle pas que des personnes du même sexe dorment dans le même lit sous son toit, dans la mesure où ces personnes pouvaient avoir d’autres intention que simplement dormir.

Enfin, j’dis ça, on a pas décidé… si ? Une semaine en Floride ? Franchement, ça te f’rait du bien. Et puis, tu m’aurais pendant une semaine. La plage, tout ça…

« La plage », c’était un concept assez vague pour Christopher, qui n’avait pas dû y aller suffisamment de fois pour utiliser tous les doigts d’une seule main. Alors, la plage sous les tropiques…
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Message posté : Jeu 20 Fév - 20:31 Message
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Lever le pied, il en avait envie, ce n’était pas le problème. Ces derniers temps, au fil de ses rencontres, Jace prenait de plus en plus nettement conscience de ses désirs d’ailleurs, ses envies d’autre chose. Rien n’avait entamé sa détermination à diriger une équipe de héros pour servir la population, mais il sentait naître en lui d’autres projets. C’était sérieusement qu’il avait considérée la proposition de Qaletaqa de lui faire découvrir en situation la culture hopi. C’était sérieusement qu’il envisageait désormais d’écouter Christopher et de s’offrir à moindre frais quelques jours de vacances en Floride, sous le soleil, au bord de l’océan.

Le projet en fut encore plus alléchant quand Christopher l’attira pour un baiser. La main sur le torse de son petit ami, le jeune homme y répondit de bon cœur : c’était pour lui aussi toutes les angoisses du dîner, et l’impression passagère que Christopher ne le soutenait pas entièrement, que ce contact dissipait. Lorsque leurs lèvres se détachèrent, il se sentit frémir alors que la main de son coéquipier se glissa sous son vêtement. Jace ne se redressa donc pas beaucoup, pour rester aussi pressé que possible contre Christopher.

Et puis, pourquoi pas ? Deux mois auparavant, et pendant des mois avant cela, un pareil baiser n’avait été qu’un rêve à peine avoué. Il avait fini par se concrétiser. Le ciel ne lui était pas tombé sur la tête. Alors, pourquoi ses autres rêves devraient-ils entamer son succès de super-héros ? Visiter les États-Unis, pourquoi pas l’Europe. Découvrir le monde. Fabriquer des jouets. Son père n’avait pas eu besoin d’un doctorat pour s’ériger porte-parole de la Légion. Nombreux étaient les Légionnaires qui disparaissaient parfois des mois entiers. Pourquoi pas lui ?

En réfléchissant, Jace traçait des arabesques sur la chemise de son compagnon. Les questions pour le moins intéressées de Megastar le firent sourire.

— J’crois qu’dormir ici, ça risque de faire beaucoup, ouais. Dommage, j’aurais bien aimé. Par contre, chez ma tante, j’sais pas… Sérieux, je pense qu’elle s’en fiche, mais je me rends pas bien compte. On a jamais vraiment parler de ça, puis elle est pas super posée. D’ailleurs, faudra que j’en parle à Sydney.

Cette perspective fit remonter en lui un peu d’angoisse. Pour les élèves de Star High, Sydney était la directrice. Pour Jace, elle était avant tout Tata Syd — celle qu’il connaissait depuis l’enfance et qu’il considérait comme un membre à part entière de sa plus proche famille. Il avait parfaitement conscience d’avoir été quelque peu distant avec elle au cours des derniers mois et il lui semblait de plus en plus impératif de lui en expliquer les raisons. Elle l’avait toujours aidé. Toujours soutenu. Elle en ferait probablement autant.

Jace s’efforça malgré tout de chasser cette pensée de son esprit.

— Enfin bref. Si, on est décidés. T’as raison, le monde va pas s’arrêter de tourner si je vais à la plage. Une semaine, en Floride, ça fera plaisir à Georgy, ça fera plaisir à mes parents, ça te fera plaisir.

Et après un temps de réflexion, il ajouta :

— Ça me fera plaisir à moi aussi, hein. Puis ce sera salvateur.

Et pour sceller cette promesse, il se pencha à nouveau et pressa ses lèvres contre celles de Christopher. Il ne les en détacha qu’un long moment plus tard, un peu essoufflé et plein d’idées assez peu catholiques. Sans trop réfléchir, il murmura, les yeux braqués dans ceux de son compagnon :

— C’est naze que mes parents soient là, on aurait pu…

Il s’interrompit. Quoi ? Ils n’étaient jamais allés plus loin que des baisers certes des plus fougueux, mais des baisers seulement. Les mains s’étaient aventurées sous les vêtements, mais pas toujours, et jamais en bas. Jace rougit.

— On aurait pu…

Timide et terrorisé, il l’était certes — mais comme bien des jeunes hommes de dix-sept ans, aussi inquiet fût-il, ses pensées n’en laissaient pas de se tourner souvent, très souvent, très, très souvent vers un sujet unique. D’ailleurs, en ce moment, son intelligence phénoménale tournait à toute vitesse pour résoudre le délicat problème de la présence des Roberts. Un peu brusquement, il souffla :

— Suis moi.

Le blond se releva, se recoiffa machinalement, rajusta sa chemise et sortit de la chambre pour faire une incursion dans le salon, où ses parents regardaient une série à la télévision.

— Vous voulez du thé ?
— Euh… Non, c’est cool, merci. Vous regardez quoi ?
Game of Thrones.

Jace jeta machinalement un coup d’œil à l’écran.

— On peut aller voir la salle de sport ? J’voudrais montrer à Chris les nouveaux équipements.
— Hmm hmm.
— Cool !

Jace tourna les talons et s’apprêtait à sortir du salon quand la voix de sa mère appela :

— Jace !

Damned ! Il avait été découvert. Le cœur tambourinant dans la poitrine, le jeune homme se composa une voix aussi dégagée que possible :

— Oui… ?
— Tu peux mettre la bouilloire avant de partir ?
— D’accord.

Réprimant un soupir de soulagement, Jace récupéra son petit ami dans le couloir et, après avoir mis de l’eau à chauffer, sortit de l’appartement pour emprunter les escaliers. Quelques étages plus bas, les équipements de la Tour de la Paix offraient aux Légionnaires un environnement optimal pour s’entraîner et se préparer à toutes les situations. Contrairement à son alibi, le jeune homme délaissa la salle de sport idyllique qui s’étendait à sa gauche pour pénétrer dans la salle de gymnastique — un faible mot pour décrire le palais de la corde, des poutres, des barres, de tout le matériel nécessaire à un entraînement rigoureux de l’équilibre et de l’agilité, qui s’y étendait.

Jace referma la porte derrière lui et le bip caractéristique de la serrure électronique se fit entendre. Puis il se retourna vers Christopher. Un peu nerveusement, il débuta :

— J’sais qu’on a dit qu’on prenait l’temps, mais euh… J’commence à, comment dire… T’sais, j’ai l’impression d’plus penser qu’à ça. Tu crois que… J’sais pas, euh…

Le blond passa une main dans ses cheveux avant de s’approcher de Christopher. Assez peu subtilement, il glissa les index sous la ceinture de son petit ami pour l’attirer vers lui.

— Tu l’sens comment, ça, toi ? T’as envie de… d’essayer des euh… trucs ? Ou tu voudrais attendre, encore… ?
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