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Anonymat forestier

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Message posté : Lun 10 Fév 2014 - 19:37 Message
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15 février 2014

— J’peux pas faire ce qui se passe sur Twitter, ça me stresse, tu peux pas savoir…

En désespoir de cause, Chase appuya encore pendant une ou deux secondes sur l’écran de son merveilleux téléphone avant de se résigner et de le glisser dans sa poche. Il n’y avait pas de réseau. Quelle idée, aussi, de partir au milieu de nulle part ! Voilà plusieurs heures qu’ils marchaient, Maxime devant le plus souvent, son frère cadet un peu derrière, avec leurs sacs à dos, leur équipement, et tout autour d’eux, les bruits des animaux, les oiseaux, les arbres, les feuilles dans le vent, les mille et une rumeurs de la forêt, que Chase connaissait beaucoup moins bien que les mille et une rumeurs de la ville.

Sa dernière expérience forestière n’avait certes pas été très heureuse. Accompagné de Charlie et Qaletaqa, il avait laissé bien malgré lui libre cours à l’une de ses titanesques migraines et ses deux amis en avaient fait les frais, en se retrouvant plongés à leur corps défendant dans les méandres de son psychisme. Il n’y avait heureusement pas eu de victime, à part un oiseau victime d’une expérience malheureuse, mais le souvenir était encore cuisant. Il était tout de même probable que le bilan heureux de l’épisode fût en partie venu de son isolement à l’époque et c’était cet isolement à nouveau que Maxime recherchait pour lui, pour des raisons légèrement différentes.

Le lundi précédent, l’article était paru. Chase ne l’avait pas vu venir. Les quelques contacts qu’il conservait dans le monde des médias, dans la presse en particulier, au Daily Star, n’avaient servi de rien. Aucun signe avant-coureur. Du jour au lendemain, en arrivant à la DDS, il avait vu les regards posés sur lui. Différemment. Après quelques heures, il s’était résolu à sonder un esprit et ce qu’il y avait découvert l’avait précipité jusqu’au kiosque à journaux le plus proche. Là, à la une du Daily Herald, l’article était paru. L’article. On y trouvait l’évocation de sa vie en des termes flatteurs. On y dressait le portrait d’un débauché masochiste, amateur d’humiliations en tout genre, à la psychologie pervertie et instable, incapable de fonctionner en société, bref, une bombe à retardement.

Dans les jours suivants, l’affaire avait été relayée par les autres médias. Sa célébrité mondiale en faisait une actualité brûlante. On noircissait le tableau. On trouvait des témoignages. Certains de ses anciens partenaires venaient sur le devant de la scène, dans l’espoir de s’acquérir une petite célébrité ou, à défaut, un peu d’argent, et contaient combien Chase Neutron-Grey, le célèbre et auparavant si respectable mentaliste, avait pris jadis plaisir à s’offrir à bien des hommes, plusieurs par soir, devant tout le monde. Les détails les plus croustillants étaient réservés aux chaînes câblées.

Sur la télévision grande publique, on se lançait dans des discussions apparemment plus sérieuses. Ne fallait-il pas lui imposer un suivi psychologique ? Pouvait-il être traité comme un citoyen de plein droit alors qu’il était dans le même ton une arme de destruction massive ? Les Cooper et tous les anti-supers avec eux devaient être ravis du scandale. Chase, lui, ne savait plus que faire. Les quelques conseils de gestion médiatique qu’il avait tirés, par le passé, de ses discussions avec Keiko ne lui étaient plus désormais d’aucun usage. L’ampleur de la situation le dépassait.

À la honte et la culpabilité se mêlaient une colère croissante. À mesure que l’on formait sur lui les jugements les plus moralisateurs ou les plus compatissants, toujours les plus supérieurs, parce que chacun aimait à avoir enfin un peu d’ascendant sur un être aussi puissant, Chase sentait croître en lui le ressentiment et l’impression d’étrangeté qu’il avait éprouvés de plus en plus vivement, au fil des années, des mois et des semaines, pour l’espèce humaine. L’envie de s’affranchir définitivement de ce monde qui se permettait de le ravaler à ses principes communs et médiocres, lui qui traversait les dimensions, lui qui lisait dans les esprits, lui qui manipulait la matière, cette envie-là était de plus en plus intense.

Il ne savait pas à quel point Maxime avait démêlé les sentiments contradictoires et chaque jour plus violents qui agitaient son âme. En tout cas, son frère avait donné la preuve irréprochable de leurs récents rapprochements en prenant l’initiative de le tirer de Star City pour l’emmener loin des médias, loin des antennes de télévision, des objectifs de photographes et des connexions à Internet. Dans la forêt, personne n’allait le reconnaître. Dans la forêt, personne n’allait l’interroger sur son éducation, sur ses pratiques sexuelles violentes ou sur ses supposées maladies mentales.

Mais malgré la coupure radicale avec l’univers urbain de Star City, Chase avait évidemment bien du mal à détacher ses pensées de cet ouragan dans lequel il était pris. Parfois, en marchant, au fil de ses réflexions, le sentiment du désastre le reprenait, il sentait les larmes lui remonter aux yeux. Alors il reniflait un peu bruyamment et si Maxime, soupçonneux, se retournait, il tentait de ravaler ses pleurs et d’observer quelque particularité végétale, l’air de rien. Ce petit manège prit fin lorsque les deux hommes s’arrêtèrent pour déjeuner.

Assis sur un rocher, près d’un ruisseau, Chase observait ses sandwichs sans conviction.

— Tu veux ? J’ai pas très faim…

Cela faisait plusieurs jours qu’il ne mangeait pas beaucoup.
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Message posté : Mar 11 Fév 2014 - 18:58 Message
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La parution de l’article avait secoué le petit monde relativement tranquille des NG. La célébrité de Chase ne pouvait pas indéfiniment rester au beau fixe. Maxime avait entendu parler de l’article à sa sortie, s’était demandé s’il fallait le lire, mais il s’en était abstenu : le déferlement médiatique qui avait suivi, les réactions de tout le monde, tout ça lui donna l’indication claire qu’il valait mieux ne pas poser les yeux dessus, au risque de souffrir lui-même. Les rumeurs suffisaient. On parlait de danger, de débauche… Toute la semaine, l’aîné de la fratrie avait fait son travail sans se soucier de ce qui se passait autour, parce que lui-même était devenu un centre de l’attention. Il ne répondait pas aux questions, évitait les journalistes. Il aurait presque pu considérer son sort comme un calvaire s’il n’avait pas su que Chase devait être au trente-sixième dessous.

Maxime l’avait appelé, pour lui proposer une sortie, à deux, loin de tout. Chase avait hésité, s’était montré réticent, il avait beaucoup à faire, à gérer, mieux valait ne pas s’éloigner. Mais il souffrait. Alors Max s’était arrangé pour le croiser, et lui refaire sa proposition, les yeux dans les yeux. Proposition qui était presque devenue un ordre. Et après quelques préparatifs à la hâte, il avait réussi à l’entraîner en forêt. La forêt, c’était le calme, la tranquillité, le bruit du vent et des animaux, et surtout, personne pour juger, critiquer ou poser des questions embarrassantes. Star City était devenue une jungle où primait la loi du plus fort, et le plus fort, c’était l’opinion publique. Alors, fuir était un moyen de se recentrer. Pour revenir plus détendu, mieux armé.

Chase n’avait pas trop de mal à suivre le rythme imposé par son frère, mais il restait tout de même en arrière. Plusieurs fois, Maxime avait hésité à se retourner pour lui demander de lui remettre son téléphone, qu’il consultait régulièrement, au cas où une once de réseau serait miraculeusement apparue pour lui permettre de savoir dans quelle mesure on l’enfonçait depuis son départ. Plusieurs heures après leurs premiers pas dans cette belle zone boisée, ils s’arrêtèrent pour la pause déjeuner. Max dénicha un coin assez joli près d’un ruisseau, qui leur offrirait de quoi se désaltérer. Les sandwichs avaient été préparés le matin par lui-même, avec des produits frais. Mais Chase n’y touchait pas.

Tu devrais manger. Même si tu ne veux pas, force-toi, tu vas avoir besoin d’énergie cet après-midi. Je ne me sens pas vraiment de te porter si tu fais une crise de je-ne-sais quoi.

Il mordit à pleines dents dans un de ses sandwichs avant de regarder autour de lui. Le ruisseau était peu profond, et donc facile à traverser, et il semblait couper la forêt à peu près en ligne droite. Il consulta la carte qu’il avait prise et mesura à peu près leur position. Le cours d’eau n’apparaissait pas, ce qui était bizarre. Il verrait en rentrant s’il y avait des plans plus récents… Tout en continuant à manger, il se tourna vers Chase, qui lui ne mangeait toujours pas. Il se leva pour s’asseoir sur le même rocher que lui.

Arrête de penser à tout ça. T’es là pour te vider la tête. Oublie-les, ignore-les, tous. Moi, je m’en fous de tout ce qu’ils disent, que ça soit vrai ou non. C’est ta vie. C’est vrai qu’à un certain stade de célébrité, les gens ont tendance à considérer que le privé l’est moins, mais… si t’es déstabilisé par tout ça, ça va juste en rajouter une couche. Faut que tu sois fort.

Il lui posa une main sur l’épaule et serra un peu. Son frère n’avait pas eu une vie facile, il avait compensé ses années de « captivité » par un déferlement d’activités en tous genres, ses pouvoirs s’étaient développés vite, trop vite, et aujourd’hui on se saisissait de cette histoire peu banale pour en faire les gros titres, en en faisant des caisses. Et comme la population était friande de scandales, elle s’était emparée de l’affaire pour la crier un peu partout. Évidemment, on était en droit de se demander comment est-ce que toutes les informations avaient pu fuiter et tomber entre les mains de ces vautours de journalistes, mais pour le découvrir, il faudrait mener une enquête, et l’histoire durerait des mois, voire des années… sans que tout ça ne puisse du coup s’essouffler.

T’as toujours été exceptionnel, et t’as eu… le malheur, en fait, de naître Neutron-Grey. Ça fait beaucoup à porter. Mais t’as réussi jusque-là, t’es fort, t’es plus fort que ça, Chase. Et t’es pas tout seul, là-dedans. Nous on est là, et ton copain, je suis sûr. Faut pas te renfermer, te laisser aller à la déprime. Ça, c’est la solution qui t’arrange le plus… Je suis pas un spécialiste, et c’est peut-être un peu facile de dire ça, mais tu t’en sortiras pas comme ça.

Il mordit de nouveau dans son sandwich, puis désigna ceux de son frère.

Tu devrais vraiment manger quelque chose. Même si t’as pas faim.

Lui en tout cas avait bon appétit, et il attaqua bientôt son second sandwich.
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Message posté : Mar 11 Fév 2014 - 19:43 Message
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Soupir. Ce sandwich n’était-il pas lui aussi le signe de l’infâme oppression médiatique dont il était devenu la victime ? En lui vendant ce sandwich, la boulangère ne l’avait-elle pas reconnue ? Ne s’était-elle pas retournée, à son départ, pour murmurer à son mari : « tu sais, c’est celui qui se fait prendre par des motards dans des caves » ? Chase se rendait compte de sa naïveté. Il avait honte de cela, surtout, plutôt que de ses activités. Comment avait-il pu croire que ses motards resteraient dans les caves et qu’ils garderaient toujours, pour ses beaux yeux (entre autres), les secrets de leurs nuits collectives, alors que l’histoire était si croustillante et si propice à l’intérêt des journalistes ?

Il s’était comporté comme un idiot et il ne savait plus même où il avait eu raison et où il avait eu tort. Maxime s’assit à ses côtés, alors qu’il n’avait pas détaché les yeux de son sandwich. Le malheur de naître Neutron-Grey, oui, il le pensait de plus en plus. Cette famille avec laquelle il partageait si peu et à laquelle, jour après jour, il se sentait un peu plus étranger, il n’était pas certain qu’elle eût jamais rien fait de véritablement constructif pour lui. Plus il y pensait, moins il voyait combien Jack l’avait sauvé d’une existence chaotique et douloureuse en le gardant enfermé à l’intérieur du Bigsby Building. Il n’était plus capable de prendre du recul. D’envisager froidement les décisions des autres, qui avaient guidé son existence à lui, et qu’il percevait désormais à peu près comme les phrases des journalistes : des jugements infondés qui tentaient de le réduire à sa supposée monstruosité.

Et Lukaz était-il là pour lui ? Certainement. Si Chase avait été moins préoccupé par son image médiatique et la tourmente dans laquelle il était pris, il eût sans doute été le mieux placé pour percevoir un doute sournois et grandissant chez son compagnon. Mais il était partagé entre sa conception idyllique et parfaitement inexpérimentée d’une relation qu’il croyait pure et à l’abri de tous les assauts, parce qu’ils se l’étaient promis, tout simplement, et ses propres problèmes. Il avait cessé de douter de son couple pour se raccrocher à lui comme à un rocher inébranlable, sans plus s’inquiéter de ce qui pouvait peut-être véritablement l’ébranler. Mais pouvait-il réellement compter sur Lukaz, c’était une autre histoire. Il n’avait pas envie de s’humilier à ses yeux comme à ceux des autres. Alors il ne parlait pas, ou le moins possible, de l’article. Il n’en parlait pas à Charlie. Il n’en parlait pas à Keiko. Il ruminait seul, dans son coin.

Le jeune homme poussa un soupir, finit par déballer son sandwich, devant l’insistance de son frère, et mordit dedans. Il le mâchonna sans conviction, en songeant à l’agriculteur qui avait fait pousser ces tomates et qui, au même moment, en Espagne, était probablement en train de secouer la tête de dégoût en lisant les récits de plus en plus colorés qui paraissaient sur ses frasques. Chase n’attendait plus que le moment où on lui prêterait des relations zoophiles avec des kangourous fortement membrés. Une bouchée plus tard, le jeune homme murmura :

— Tu sais, c’est drôle, quand j’étais jeune, quand j’étais au Bigsby Building, je râlais contre certains de mes jeux vidéos, parce qu’il y avait pas de points de réputation. Tu sais, t’avançais dans le jeu, tu devenais un super-héros, tu faisais plein de trucs super héroïques, tout le monde aurait dû te connaître, mais l’interface de dialogues était tellement pourri, qu’au début ou à la fin, on te proposait les mêmes options et les gens réagissaient de la même manière, comme si t’avais pas été connu. Je trouvais ça naze, pas réaliste du tout, quoi.

Le mentaliste secoua la tête.

— En fait, c’était la belle vie. Maintenant, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Y a la moitié de vrai, la moitié de faux, et même si je démentais des trucs, ce sera… inutile.


— J’voudrais tellement pouvoir tout effacer.

Mais évidemment, une pareille prouesse était impossible. Avec un nouveau soupir, Chase recommença à manger son sandwich, parce que même si son esprit n’avait pas le cœur à la mastication, après une longue marche, son corps, lui, était d’un tout autre avis. Une pensée inédite traversa son esprit.

— Tu crois que ton fils, il en entend parler à l’école ou au, euh, jardin d’enfants ?

Chase avait toujours d’immenses difficultés à replacer son neveu, selon son âge, dans un cursus scolaire traditionnel.

— Tu crois que les autres gamins lui disent : « hé, ton oncle, c’est un gros pédé dégueulasse » ? Ou un truc dans le genre… Il doit avoir honte de moi. Vous devez tous avoir honte de…

Chase releva brusquement la tête et plissa les paupières, pour observer un point indéterminé dans la forêt. Pendant une fraction de seconde, il avait senti une nuée de présences, quelques kilomètres au nord, au-delà de la rivière. Puis plus rien. Il secoua la tête après un temps. Sans doute que ses sens lui jouaient des tours. C’était la fatigue et l’énervement.

— Qu’est-ce que je disais ? Ah, oui. Je suis désolé. J’aurais dû être plus… Normal.

Cette phrase sonnait faux. Au fond de lui, il le savait bien, il n’avait aucune envie d’être normal. Il avait honte, même, d’exprimer ce souhait à haute voix. Il avait l’impression de capituler devant la charge des journalistes.

— J’ai jamais pensé que ça prendrait cette ampleur. J’ai jamais pensé que ça intéresserait qui que ce soit. J’aurais dû avoir un hobby plus normal. J’aurais dû faire du macramé. Ou des dominos. C’est peut-être pas trop tard. Peut-être que si je deviens champion de macramé, les gens oublieront tout ça.

Le fait qu’il fût déjà grand maître international d’échecs et que les gens avaient oublié ce titre à ses yeux des plus glorieux pour se concentrer sur l’usage qu’il avait pu faire de ses orifices et protubérances contredisait certes quelque peu cette séduisante théorie.
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Message posté : Mer 12 Fév 2014 - 19:34 Message
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Tout en mangeant, Maxime écouta son frère rêver d’une vie simple, anonyme. Lui-même s’était souvent demandé s’il n’était pas mieux de pouvoir marcher dans la rue sans que personne ne le reconnaisse, sans qu’on l’aborde pour lui demander un autographe. Il faisait tout son possible pour être comme tout le monde, mener un quotidien banal, mais il avait tout de même un poids sur ses épaules, un poids hérité dès sa naissance : le nom de ses parents. Neutron-Grey. Chase avait lui aussi ce poids, mais en plus, il avait eu une existence mouvementée, que ce soit de son fait, de sa volonté, ou non. Et aujourd’hui, il se prenait tout ça dans la figure, sans rien pouvoir faire.

La question suivante laissa Max interloqué. Que Gregory ait des remarques de ses petits camarades, il y avait assez peu de chances pour que ça arrive, les autres enfants de trois ans n’étaient pas aussi dégourdis et ne devaient pas vraiment s’intéresser aux tabloïds, même si leurs parents leur en parlait. Si c’était le cas, lesdits parents étaient des connards, de toute manière. Mais de là à imaginer que le dernier de la famille NG ait honte de son oncle, et que même eux, tous aient honte de lui… Max n’eut pas l’occasion de répliquer, Chase se concentrant soudain sur quelque chose. Avait-il senti la présence de quelqu’un ? Maxime n’eut pas la réponse, son frère enchaînant sur les hobbies qu’il aurait dû pratiquer.

Tu crois qu’on a tous honte de toi ? Tu crois que ta propre famille a honte de toi ? On sait tous ce que tu as vécu, au Bigsby Building. Tout le reste, après, c’est ta vie, on s’en fout. J’aurais préféré ne jamais l’apprendre. Mais je n’ai pas eu le choix. Alors je fais avec. Mais je n’ai pas honte. Tu es brillant, tu as subi une forte pression trop tôt, et tu as eu besoin de… je sais pas, extérioriser. Mais on fait tous des erreurs. T’as juste pas eu la chance de faire ces erreurs-là en étant anonyme.

Ça n’aidait peut-être pas, c’était peut-être un peu cru, mais il fallait que ça sorte. Maxime voulait que son frère se bouge un peu et cesse de se morfondre, quitte à le provoquer un peu.

Et je t’interdis de croire que Gregory peut avoir honte de toi. Il est plus intelligent que tous les gamins qu’il croise, il a du bon sens, il sait ce que tu représentes. Il t’admire, même. Et il est quand même un peu trop jeune pour comprendre toutes les implications.

L’aîné attrapa une bouteille d’eau et but longuement au goulot.

Les gens oublieront, de toute façon. Tu feras autre chose, un gros coup, une découverte, peu importe, et ils finiront par oublier tout ça. L’opinion publique est toujours changeante. Il suffit qu’une autre célébrité fasse une connerie ce soir pour que dès demain on ne parle plus que de ça et qu’on oublie tes déboires. Ça va se tasser. Si tu déprimes, si tu te caches, ça va juste leur donner raison. Continue à vivre normalement.

Il se leva et écarta les bras, en posant son regard sur la forêt.

Et profite de l’environnement ! Franchement, la nature sauvage, comme ça, rien de tel, hein ? Arrête de regarder ton téléphone, ça sert à rien, on est au milieu de nulle part, y a personne à des kilomètres à la ronde. Juste des arbres et des animaux.

Puis il fit quelque pas vers le ruisseau et s’accroupit pour y plonger une main.

Elle est un peu fraîche. En été ça doit être super de venir ici, pour se baigner et profiter du soleil, sans être dérangé, au calme…

Il se promit de retenir l’endroit pour y revenir au retour des beaux jours. Une petite virée en famille ici serait le pied. S’éloigner de la pression constante imposée par Star City pouvait faire du bien à tout le monde. Max se redressa et pivota pour faire face à Chase.

Chasse tous tes problèmes de ta tête et concentre-toi sur ce qu’il y a autour. Si je t’entends encore te plaindre, je te fous la tête dans l’eau. Ça te rafraîchira les idées. Et je te promets que je le ferai.

Il avait dit ça avec un petit sourire, mais il était très sérieux. Il se foutait de la réaction que Chase pourrait avoir par la suite, parce qu’il était convaincu que ça ferait son petit effet. Le but de cette sortie était de lui permettre de s’évader totalement, pas juste de lui offrir un autre environnement pour se morfondre. Une cave aurait suffi pour ça. Il respira à pleins poumons avant de retourner vers son sac.

Alors, t’as fini de manger ? Prêt pour une marche digestive, ou tu veux rester encore un peu ici ?
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Message posté : Jeu 13 Fév 2014 - 10:54 Message
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Ds erreurs. Tout le monde faisait des erreurs. Le regard que Chase posa sur son frère fut un peu lointain. Avait-il réellement commis des erreurs ? Était-ce cela ? Il n’y avait jamais songé, sur le moment. Jamais il n’était rentré de l’une de ses soirées avec le besoin urgent de prendre une douche — pas psychologiquement, tout du moins. Jamais il n’avait pleuré parce qu’il avait senti sa fierté blessée. Jamais il n’avait pensé commettre des erreurs. À chaque fois qu’il y avait pensé par la suite, singulièrement depuis le jour où il avait découvert les véritables activités de Lukaz, il avait toujours considéré que l’erreur eût été d’en rougir, de se laisser influencer par le public — que son erreur, sa plus grande erreur, avait toujours été d’incarner trop consciencieusement le rôle de Chase Neutron-Grey, qui ne lui convenait guère.

Et pourtant, même devant Lukaz, il avait essayé de temporiser son passé. De l’écarter. D’évoquer d’autres pratiques, prétendument plus saines. Il lui avait fallu des semaines pour en parler, des semaines encore pour tenter quelque chose de très vaguement approchant. En vérité, c’était peut-être de cela dont il avait profondément honte : ne pas avoir le courage de ses opinions. Se préoccuper de ce qui se disait de lui sur Twitter, sur Facebook, dans le Daily Herald, sur NBC, en ce moment même. Se préoccuper de l’avis de Tesla, Maxime, Victoria et même Jack. Des camarades de Gregory. Des passants dans la rue. S’inquiéter de ne plus pouvoir continuer à jouer le rôle.

Le jeune homme détourna le regard pour fixer l’eau qui s’écoulait. Tout passerait. Maxime avait sans doute raison. Chase n’était pas très vieux, mais il avait déjà vu les scandales des autres surgir, gonfler puis passer. Même les affaires politiques les plus sordides étaient finalement, sinon oubliées, du moins à demi-pardonnées dans le silence. On pouvait fabriquer de faux documents pour envahir un pays et recommencer vingt ans plus tard, de père en fils. Ça s’agitait un peu dans les médias, et puis ça passait. Ainsi en serait-il pour lui et ses frasques, afin qu’il pût retrouver son rôle — et cette certitude apaisante lui laissait un goût amer dans la bouche.

Le jeune homme recommença à manger son sandwich, rapidement, sans plaisir, par nécessité. Il secoua la tête quand son frère lui proposa de lui rafraîchir très littéralement les idées.

— Non, c’est bon. Je finis et on y va.

Le sandwich englouti, Chase se releva et endossa de nouveau son sac. Rester à profiter du calme et du soleil, ce n’était pas vraiment son genre et Argos comme la vie avec Lukaz avaient achevé de cultiver en lui le tempérament de l’homme d’action auquel l’inépuisable énergie de ses pouvoirs l’avait depuis longtemps prédisposé. À défaut de pouvoir sereinement travailler, il préférait donc marcher et s’épuiser dans l’excursion, jusqu’à trouver un endroit où planter la tente, quand la nuit commencerait à tomber. Les deux frères se remirent donc en marche et, après avoir traversé les eaux peu profondes du petit ruisseau, ils continuèrent à s’enfoncer dans la forêt.

Pour Chase, aussi agréable que fût le paysage, il conservait une certaine monotonie : le technologue était bien incapable de distinguer nettement un arbre d’un autre, de reconnaître les oiseaux à leurs cris ou de lire dans les brindilles brisées, les troncs éraflés ou le petit monticule de terre, la vie forestière des animaux. Argos avait certes développé sa curiosité dans bien des domaines, et notamment en histoire et en géographie, mais son goût pour la nature n’était toujours pas très prononçant. Souvent, la forêt, ou la jungle, ou la savane, étaient pour lui l’écorce qui enveloppait quelque artefact reculé, tombé sur Terre depuis des siècles, et qu’il s’agissait de retrouver : jamais des lieux en eux-mêmes, avec leur charme à goûter.

Il tentait néanmoins, cette fois-ci, d’y prêter attention. Justement pour se changer les idées. Pour ne pas trop s’appesantir sur ce délicat paradoxe : avoir honte de ce qu’il avait fait et honte d’avoir honte, être soulagé que la tempête pût bientôt passer, à en croire Maxime, et déçu de ne pas être capable d’en profiter pour frapper du poing sur la table. Les propos de son frère l’avaient calmé, certes, mais ils ne l’avaient pas rassuré : le problème avait été un peu déplacé. Alors les feuilles, les champignons survivants, les insectes et les oiseaux offraient une heureuse distraction à des ruminations dont Chase ne trouvait pas encore l’issue.

Après une bonne heure de marche tout de même, le jeune homme reprit la parole.

— Tu sais qu’à chaque fois que je viens en forêt…

Il sourit.

— Bon, à chaque fois, ça veut dire là maintenant, en fait. Mais là maintenant, ça me fait penser à la Terre Vaticane. Je m’attends à moitié à ce qu’on tombe sur une ville, des porte-avions volants et des cardinaux entrepreneurs.

Il n’avait pas repris les pieds sur la Terre Vaticane depuis leur première mission de reconnaissance. Le monde était trop complexe et trop différent du leur pour qu’il songeât à l’exploiter : la Terre Gemini était un terrain de jeu bien plus aisé à parcourir. La Terre URSS était aussi parfois le lieu de quelques-unes de ses déambulations interdimensionnelles — sur lesquelles il conservait le secret le plus absolu, pour tous sauf pour Lukaz.

— J’comprends même pas pourquoi il y a encore une forêt, ici, en fait. Je veux dire, ça a pas l’air d’être exploité, c’est surprenant que les promoteurs immobiliers aient pas cherché à construire. Je dis pas que c’est un mal, hein. Il y a peut-être une loi qui…

Une nouvelle fois, comme un peu plus tôt, au bord de la rivière, Chase s’interrompit brusquement. Cette fois-ci, des mots se formèrent dans l’esprit de son frère.

* Il y a quelque chose dans la forêt. *


Et il voulait bien dire quelque chose : il était incapable de refermer son esprit sur d’autres pensées que les siennes ou celles de son frère. Il sentait confusément une présence, comme il arrivait parfois lorsqu’il était au contact d’une énergie psychique trop diffuse ou trop inhumaine pour lui. Oh, il avait bien sondé une fois l’esprit d’un dragon, mais les êtres pensants étaient différents. Ce n’était pas la race qui comptait, c’était le degré d’élaboration des pensées. Et là, tout autour de lui, il ne sentait que le vague murmure d’une à-peine conscience. Et puis plus rien.

* C’est fini. *

Le jeune homme franchit rapidement les mètres qui le séparaient de son frère. Pour être capable, au cas où, de le protéger.
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Message posté : Jeu 13 Fév 2014 - 21:56 Message
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Maxime était assez conscient du paradoxe qu’être pilote pouvait causer : il adorait voler, il adorait s’évader, mais il ne pouvait le faire qu’à bord d’un appareil qui polluait… Aussi aimait-il abandonner ses avions pour s’aventurer dans la nature, sans artifice, sans rien. La nature, c’était le retour aux sources, c’était fuir tout ce que la ville avait de travers. La faune et la flore ne jugeaient pas, s’offraient simplement à la vue, à l’ouïe, au toucher. Les sens étaient décuplés pour capter chaque son, chaque instant, sans être agressés par les mille bruits urbains. Et Chase le découvrait sur Terre, après l’étrange visite interdimensionnelle qui les avait conduits dans la forêt de la Terre vaticane.

Maxime eut un petit sourire à la remarque de son frère. Il y avait peu de chances pour qu’ils voient surgir une ville, un porte-avions volant ou un cardinal, mais il était vrai que pour ceux qui n’en avaient pas l’habitude, toutes les forêts pouvaient se ressembler. Max avait le sens de l’orientation et savait repérer les moindres détails qui faisaient la particularité de tels lieux. Il ne pensait donc pas au voyage sur la planète des cardinaux, il profitait simplement de l’environnement dans lequel il était. Chase exprima ensuite sa surprise concernant le fait que rien n’avait encore été construit ici… Mais il ne termina pas sa phrase, se concentrant soudain sur quelque chose… Max capta le message télépathique.

Aussitôt, l’aîné des NG porta sa main à l’arrière de sa ceinture. Caché par le sac à dos, il y avait son SIG-Sauer. Il posa la main sur la crosse et scruta l’horizon. Il ne percevait rien, ne voyait rien, mais restait aux aguets. Si quelque chose se pointait, il tirerait son arme. Parce qu’il avait bien saisi le « quelque chose ». Pas « quelqu’un ». Si cela avait été une personne, Chase l’aurait senti et l’aurait dit. Après quelques instants, le plus jeune annonça qu’il ne sentait plus rien, avant de s’approcher de son frère. Ils restèrent un moment immobile et silencieux, au cas où quelque chose d’autre surgirait ou se manifesterait, mais la forêt était parfaitement calme.

C’était quoi ? demanda Maxime en lâchant la crosse de son flingue.

Puis il reprit lentement sa marche, en gardant cependant une distance moins grande avec Chase. Histoire que, si jamais ils étaient pris pour cible, ils puissent l’un et l’autre se protéger, selon la nature de la menace. Après quelques minutes supplémentaires, Max se détendit, en apparence. Intérieurement, il était toujours vigilant. Mais il reprit la conversation là où ils l’avaient laissée.

Y a des lois, oui, qui empêchent qu’on s’attaque trop aux forêts. C’est un patrimoine aussi, tout ça, les parcs nationaux. Et puis les villes sont assez grandes comme ça… On a besoin des villes, mais pas aux dépens de la nature.

Il se remémora la conversation avec Søren Johansen, l’avariel, qui avait pointé tous les défauts de l’homme vis-à-vis de son environnement et l’imagina en train de rire devant ce discours. Et il aurait peut-être eu raison, parce que là, l’aîné des NG se transformait en militant d’un parti écologique. Il s’en rendait compte… Aussi décida-t-il de ne rien ajouter sur le sujet. S’engager politiquement ou pour une grande cause, pourquoi pas, mais ça n’était pas vraiment le moment.

Leurs pas les menèrent bientôt vers une zone que Maxime repéra une bonne centaine de mètres avant qu’ils y arrivent. Le sol devenait soudain plus rocheux et descendait légèrement, et une fissure le déchirait un peu plus loin, jusqu’à devenir, à une trentaine de mètres sur leur gauche, une crevasse. Sur leur droite, rien, juste la forêt. Après un regard vers Chase, il décida de s’avancer vers le creux dans la roche, pour voir qu’on pouvait aisément s’y glisser, que cela formait comme un chemin. Mais il hésita. S’il y avait une menace quelconque, mieux valait peut-être ne pas risquer de tomber dans une embuscade.

Tu perçois toujours rien ? J’ai envie d’aller jeter un œil là-dedans, mais si y a des trucs bizarres qui me tombent dessus…

Et en fait, dans tous les cas, il avait quand même envie d’y aller. Après quelques secondes d’attente, il s’engouffra dans le passage qui descendait. Un peu plus loin, les parois étaient bien plus hautes, et la route bifurquait vers la gauche. De temps en temps, il levait les yeux, pour voir si au-dessus de sa tête n’apparaissait pas quelqu’un ou quelque chose. Il y avait cinq à six mètres environ, ce qui quelque part pouvait aussi être une contrainte pour quiconque aurait envie de leur sauter dessus. Et puis ils arrivèrent à une fourche. Le chemin de droite remontait légèrement. Celui de gauche, en revanche, s’enfonçait jusqu’à devenir un tunnel. Et il était, pour un explorateur, bien plus tentant que le premier…

C’est pas forcément prudent, mais j’ai bien envie d’aller voir ce qu’il peut y avoir là-dedans, fit Max en tirant une lampe-torche de son sac.

Et si ce qu’il trouvait était dangereux, et bien, ils se débrouilleraient.
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Message posté : Jeu 13 Fév 2014 - 22:37 Message
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Chase secoua la tête d’un air impuissant.

— Aucune idée.

Il avait parlé à voix très basse, surtout parce que son frère avait lui aussi utilisé la parole. Même si ses pouvoirs évoluaient constamment, le jeune homme était encore capable de régler sa communication sur les moyens qu’utilisaient ses interlocuteurs — la télépathie ne lui apparaissait pas encore comme la seule ou la plus intuitive des méthodes. Ce n’était cependant pas une raison pour alerter d’éventuels… bidules chouettes. Quelque part.

— Pas humain. Ou alors bien cachés. Mais aléatoirement. Allez, on bouge.

Cette fois-ci, c’était lui qui remettait l’expédition en marche. Il espérait à moitié que leurs mouvements fussent suivis à la trace et pussent forcer la mystérieuse présence par deux fois ressentie à se faire un peu plus précise. Un sentiment de malaise l’avait gagné à chaque fois et il était rare que le Neutron-Grey se sentît en danger — mais un ennemi impossible à identifier était plus impressionnant à ses yeux qu’une troupe de paramilitaires sud-américains, un gang de ninjas japonais ou des terroristes d’une autre dimension.

En marchant, écoutant d’une oreille distraite les explications de Maxime à propos du patrimoine naturel, Chase ne pouvait s’empêcher de se remémorer les propos de son ami Qaletaqa, à l’automne précédent, lorsque Charlie et lui l’avaient croisé à l’orée de la forêt, vers la Colline aux Lénapes. L’Amérindien avait évoqué la présence de nombreux esprits en pleine nature, des fantômes, si Chase avait bien compris, attirés là pour une raison qui demeurait mystérieuse au mentaliste. Or, si après avoir triomphé, aux côtés de Liam Archer, d’un possédé du Valet de Sang, Chase savait n’être pas impuissant, loin de là, dans le monde des entités purement psychiques, il ne s’y sentait pas non plus tout à fait à son aise.

Les deux frères parvinrent jusqu’à un terrain plus rocheux et Chase haussa les épaules à la question de Maxime.

— Toujours rien, non. Allons-y. Entre ça et rester à découvert, de toute façon…

Il était même possible que si quelque chose vivait là, dans la forêt, tout autour d’eux, l’entité ou les entités ne fussent pas hostiles. Qaletaqa avait bien souligné que tous les esprits n’étaient pas portés à agresser les vivants et que le caractère du reste pouvait encore être très variable. Mais avec son téléphone éteint dans la poche, son sac à dos de plastique et de métal, son regret de ne pas avoir de réseau 4G, Chase avait du mal à ne pas se sentir intrus dans un territoire ennemi, au milieu de la forêt de Watson.

Les tunnels avaient au moins ceci de plus familiers qu’il y passait, depuis la fondation d’Argos, beaucoup de temps. Évidemment, les derniers qu’il avait explorés, en compagnie d’Anna-Maria, Aaron et Konstantin, avaient été un peu plus ouvragés que ceux qui s’éclairaient désormais, sous le faisceau de leurs deux lampes torches, une fois le défilé rocheux passé. Ici, pas d’inscriptions précolombiennes ni de schémas extraterrestres et probablement pas, au bout de la course, de sphère solaire hyper-spatiale. Il n’empêchait que Chase, dépourvu de toute connaissance géologique, se demandait ce qui avait bien pu creuser un pareil tunnel en un pareil endroit.

Il était en tout cas assez large pour qu’ils pussent s’y tenir debout. Les parois, rocheuses, guère friables, offraient parfois, mais très rarement, et sans doute pas assez pour susciter la moindre prospection minière, un faible éclat métallique. Comme les alentours de Star City n’étaient pas réputés pour leur vertu aurifère, Chase supposait qu’il s’agissait d’un minerai quelconque sans grand intérêt. Un peu de mousse complétait le tableau de ce couloir naturel qui avait continué à s’enfoncer un peu avant de reprendre une course plus horizontale, à peine un mètre sous la surface du sol.

— Max.

Chase s’était arrêté ; son faisceau revint sur un morceau de paroi qu’il avait déjà éclairé.

— T’as vu ça ?

Ça, ce n’était pas facile à expliquer. Sur l’un des rochers, quelques traits verticaux et horizontaux presque rectilignes et très superficiels avaient un peu entaillés la roche. Sans doute un pur effet du hasard, du passage d’un animal, de la chute successive, au fil des années, de quelques pierres. Mais Chase avait une autre théorie.

— Tu crois que c’est une sorte d’écriture ?

Machinalement, le jeune homme éclaira la suite du tunnel, plongé dans l’obscurité. Déjà, il s’imaginait une sorte d’homme des bois, d’homme des cavernes, même, et s’il savait pertinemment que les hommes des cavernes n’avaient jamais véritablement exister, qu’aucune créature anthropoïde n’aurait été capable de vivre dans l’obscurité et la froideur d’un pareil habitat, trop de films peuplaient malgré lui son imaginaire pour qu’il pût s’en tenir entièrement à son seul bon sens de scientifique. Quant à sa fameuse trace d’écriture, elle eût été plus rudimentaire que le plus rudimentaire des cunéiformes.

Fort de toutes ces solides raisons, Chase inspira profondément.

— Non, mais laisse tomber, je raconte n’importe quoi. Viens, on continue.

Et pour prouver son rationalisme fraîchement retrouvé, Chase décida d’ouvrir la marche. Ils n’avaient pas parcouru une dizaine de mètres quand le mentaliste disparut. Assez peu discrètement, du reste : une partie du sol venait de se dérober à grands fracas, dans un nuage de poussière rocheuse, et avec un cri de surprise le jeune homme était tombé. Il lui avait fallu tous ses réflexes d’Argonautes pour entrer en lévitation ou tout du moins ralentir considérablement sa chute, grâce à sa télékinésie.

Ce fut tout de même avec un peu de lourdeur et de brutalité qu’il atterrit, quelques mètres plus bas. La température était encore descendue et Chase commençait à avoir la désagréable impression de vivre une expédition argonautique inversée : forêt trop calme contre jungle trop animée, cavernes sommaires contre édifices souterrains ingénieusement conçus, froideur progressive contre atmosphère de plus en plus tropicale. Avec un soupir, le jeune homme leva le faisceau de sa lampe torche, mais la lumière n’était pas assez puissante pour éclairer jusqu’au trou qu’il venait de pratiquer, là-haut.

Son esprit, en revanche, n’avait aucun mal à joindre celui de son frère.

* Ça va, j’ai rien de cassé. Je suis dans une sorte de… *

Une sorte de quoi, d’ailleurs ? Chase rabaissa sa torche pour éclairer son environnement plus immédiat.

* OK. Rectification : ça va pas du tout. Je suis dans un charnier. *

Il s’agissait pour ainsi dire d’une petite pièce, grossièrement circulaire, où s’entassaient des ossements de toutes sortes et des dépouilles un peu plus fraîches. Un sanglier et trois écureuils, apparemment. Chase se mit à fouiller télékinésiquement pour dégager quelques os plus anciens.

* Y a des animaux morts, essentiellement. Mais je crois que ce que je viens de trouver, là, c’est un tibia humain. *

L’os flotta juste devant ses yeux. Chase le fit pivoter en tout sens.

* Y a pas vraiment de traces dessus. Ni de dents, ni de griffes. Pareil sur les cadavres plus récents. Le sanglier, là, il est juste… Mort. *
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Message posté : Ven 14 Fév 2014 - 21:51 Message
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Aucune menace immédiate, les deux frères pouvaient donc s’aventurer dans le tunnel sans crainte de se faire tomber dessus par des « individus » hostiles. Du moins, pour le moment. Chase suivit donc Maxime et localisa bientôt, sur une des parois, des symboles étranges, qui n’avaient pas vraiment l’air naturel, à moins que la nature ait le sens de l’humour, ou un certain sens artistique. Ce qui ne devait pas être le cas. Mais de là à affirmer que c’était une écriture… Max n’avait pas de réelle connaissance anthropologique, il préférait donc ne pas s’avancer à faire des suggestions. D’ailleurs, son frère finit par repousser lui-même cette hypothèse, avant de reprendre la route, prenant les devants. Mais il disparut soudain, comme happer par le sol.

Chase ! s’écria son aîné, en s’agenouillant rapidement au bord du trou.

Après quelques secondes à scruter le fond à l’aide de sa lampe, mais sans appeler, parce qu’il n’était en fait pas plus utile que ça d’attirer l’attention d’éventuels « êtres », il reçut finalement un message télépathique de son frère. D’abord rassuré, il ne put s’empêcher de frémir entendant le mot « charnier ». Il éclaira autour de lui, les parois, les bords du trou, alors qu’il recevait d’autres indications sur ce qu’il se passait en bas. Des cadavres d’animaux, surtout. Mais aussi des ossements humains… Son examen apprit à Maxime que le trou devait avoir été au départ naturel, mais qu’il avait été artificiellement agrandi, et qu’« on » avait fait en sorte d’en piéger l’ouverture. Il discernait des petits éclats, comme des coups de pioche.

** D’ici, ça ressemble vraiment à un piège. Et même si l’ouverture est plutôt large, c’est difficile de la voir avant d’arriver au-dessus… **

Il éclaira un peu plus l’intérieur, en longeant une des parois, un passage de quelques centimètres lui permettant de contourner le trou.

** Y a rien qui indique quelqu’un descendrait là-dedans. Pourtant, ça doit servir à quelque chose… À moins que ça soit juste pour… protéger. Peut-être qu’il y a un truc là-bas que personne ne doit voir, même les animaux… **

Il dirigea la lampe vers le fond du tunnel. Le couloir formait un coude, impossible donc de voir au-delà d’une vingtaine de mètres. Avant de l’orienter vers le bas. C’était si sombre et si profond qu’il était difficile de distinguer quoi que ce soit. Il s’agenouilla.

** Regarde si par hasard y aurait pas un autre accès, un porte dérobée, je sais pas. Parce que ça paraît vraiment bizarre… Si tu trouves rien, essaie de remonter. **

Maxime regretta de ne pas avoir prévu de corde. Mais les capacités de Chase devaient sûrement lui permettre d’escalader. Sinon, il ressortirait et irait chercher de quoi fabriquer une corde. Il n’y avait pas de liane, mais il trouverait bien. En attendant, il sortit son arme et s’avança vers l’obscurité. Arrivé au coude, il jeta un œil. Rien. Le tunnel continuait tout droit, aussi loin qu’il pouvait voir. Puis son regard fut attiré par le même symbole qu’un peu plus tôt. Était-ce un moyen d’indiquer les pièges ? Préférant ne pas le découvrir seul, il revint sur ses pas.

En arrivant dans l’autre sens, la crevasse était bien plus visible. Et il put voir un détail qui lui avait échappé. Dans un renfoncement, juste en face de lui, il y avait comme une sorte de crochet. Quelque chose destiné à accueillir une corde, ou un mousqueton, ou n’importe quelle accroche qui aurait permis à quelqu’un de monter ou descendre. Le crochet était rouillé. Il retourna de l’autre côté et tendit le bras pour le toucher. Il était vraiment très rouillé. Trop pour avoir été utilisé récemment.

** T’as trouvé quelque chose, tu t’en sors ? Moi j’ai découvert un crochet. Assez vieux. Si quelqu’un l’a mis là, il s’en est pas servi depuis un bail. **

Il s’assit sur le rebord, les jambes dans le vide, et sortit une bouteille d’eau. Tout en en buvant la moitié, il se mit à réfléchir à ce qui avait pu se passer ici. Chase n’avait rien détecté d’humain. Il y avait eu des présences, mais pas des humains. Ou alors, des humains dotés de moyens leur permettant de ne pas être détectés en tant qu’humains.

** Les animaux, ils sont morts de leur chute, à ton avis ? ** demanda-t-il, comme si la question l’avait soudain frappé.

La chute était le plus logique. Et ça devait se voir. Multiples fractures, parties du corps écrasées… Mais il pouvait aussi y avoir d’autres traces. Peut-être les créatures présentes au fond du trou avaient-elles été tuées avant d’être jetées là-dedans. Ce qui pouvait s’avérer assez inquiétant. Mais il ne fallait rien conclure, Chase n’avait pas répondu. Les théories, de toute façon, ça n’était pas son fort. Lui, il était les muscles. Il pouvait casser la figure à quelqu’un, sans forcément s’interroger sur les motivations dudit quelqu’un…
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Message posté : Ven 14 Fév 2014 - 22:27 Message
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Pourquoi diable lui arrivait-il des tuiles à chaque fois qu’il mettait les pieds dans les forêts ? Cette fois-ci, c’était promis, mais alors promis pour de vrai : jamais il ne s’éloignerait de plus d’un kilomètre de la moindre antenne relais. Ah, ça, les joies de la nature, on ne l’y reprendrait plus. Certes, pour se changer les idées, être (presque) prisonnier dans un charnier, c’était l’idéal : avec son cadavre de sanglier, ses écureuils morts et ses tibias humains, Chase ne pensait plus à Twitter ni CNN. Sous sa lampe torche, de plus pressantes préoccupations s’offraient à ses méditations. Le jeune homme huma un peu l’air et constata, à voix basse, pour lui-même :

— Ça ne sent pas tellement mauvais…

Pour une chambre à cadavres qui n’était pas si froide qu’elle empêchât toute décomposition, c’était plutôt surprenant. Il devait y avoir une circulation d’air et, par conséquent, des ouvertures, et sans doute assez larges, quelque part autour de lui. Son sens télékinésique n’était pas assez finement développé pour qu’il pût sentir sans l’examiner de ses yeux la matière et en comprendre la structure ; le mentaliste s’approcha donc de quelques ossements pour étudier les murs, à la recherche d’un conduit d’aération naturel ou artificiel, ou bien mieux encore : d’un passage qui aurait amené le ou les prédateurs jusqu’à leur garde-manger.

Pendant ce temps, Maxime poussait en haut un peu plus loin sa propre exploration, jusqu’à tomber, mais comment en être certain ? sur un autre piège. De temps à autre, Chase, qui regrettait de ne pas avoir sa géologue à portée de main, tapait avec le manche de sa lampe torche contre la roche, pour essayer de deviner si les parois, ici ou là, n’étaient pas moins épaisses qu’ailleurs ; pour l’instant, sans succès. Il fallait dire que sa progression était quelque peu entravée par les ossements et les cadavres, qu’il poussait par télékinésie aussi délicatement que possible, comme par souci de ne pas déranger les preuves.

D’ailleurs, de preuves, il en eut bientôt besoin. Il n’avait pas fini son tour des lieux qu’il capta les pensées de son frère. Le faisceau de sa lampe passa des murs aux cadavres les plus proches.

* Je sais pas trop. *

Il n’était pas exactement médecin ni vétérinaire. Quelques ossements vinrent flotter autour de lui, à hauteur de ses yeux.

* Les os sont brisés, ça c’est sûr, mais je saurais pas te dire c’est post mortem ou bien la cause du décès. Je suppose que… Il faudrait voir si pour certains, ils ont commencé à se ressouder, un peu. Mais même ça, ça prendrait du temps. Non, vraiment, je sais pas. *

Il balaya à nouveau la salle de sa lampe.

* En tout cas, y a pas beaucoup de sang. C’est juste, je sais pas comment dire. Relativement propre. Bon, attends, je continue à faire le tour des murs. *

Reprenant son examen géologique, Chase se maudissait intérieurement d’avoir toujours été un peu trop technophile pour s’être jamais penché un peu sérieusement sur les sciences de la nature : les animaux, les roches, tout cela lui échappait beaucoup trop, il s’en rendait compte à présent. Malgré ses réticences, il allait devoir se remettre sérieusement à la page, si les expéditions argonautiques dans ce genre d’environnements étaient appelées à se multiplier. En tout cas, quelques dizaines de secondes supplémentaires ne le laissèrent finalement pas bredouille.

* J’ai trouvé un passage. *

Enfin, pour l’instant, un très, très gros rocher, surtout, mais il sentait nettement les filets d’air tout autour.

* Vas-y, saute, je te rattrape. *

Au regard de ses pouvoirs, Maxime n’était jamais qu’un poids plume, et puisque le tunnel d’en haut était potentiellement piégé, autant se concentrer sur le tunnel d’en bas, qui servait a priori à leurs hôtes de voie d’accès — moins dangereux, donc, si l’on omettait la probabilité plus élevée de croiser les fameux hôtes, justement. D’un autre côté, les hypothétiques maîtres des lieux n’avaient pas l’air de briller par leur sens de la violence ou du carnage : le charnier était bien alimenté, certes, mais il était peut-être aussi très ancien, auquel cas il ne portait pas le témoignage d’une chasse particulièrement intensive, et tout semblait indiquer que les pièges plutôt que les armes et les assauts avaient eu raison du gibier.

Enveloppant son frère d’énergie télékinésique, Chase guida sa chute plus doucement encore que celle d’Alice dans le terrier du lapin blanc. Maxime put bientôt se réceptionner dans la caverne, tandis que le mentaliste concentrait cette fois-ci son attention sur la pierre qui leur barrait encore le chemin. Elle était certes bien plus lourd qu’un caporal de l’UNISON, même solidement bâti ; elle n’en était pas pour autant un obstacle très considérable pour Mentalis. Le roulement de la pierre se fit bientôt entendre et une bouffée d’air frais emplit la caverne. Chase haussa un sourcil.

— On doit vraiment être très près d’une sortie, ou bien il y a des sortes de cheminées.

Le meilleur moyen d’en avoir le cœur net était encore d’aller voir par soi-même ; une nouvelle fois, Chase ouvrit la marche, mais cette fois-ci, sa lampe était soigneusement dirigée vers le sol : pas question de continuer à chuter de galerie en galerie. Comme il l’avait soupçonné en tout cas, celle-ci remontait, dans une boucle assez longue qui les éloignaient un peu plus à chaque pas de leur point d’entrée. Dix minutes plus tard, les Neutron-Grey émergeaient à la surface, en plein milieu de fourrés assez épais et fort opportunément placés pour dissimuler l’entrée du terrier magique.

Chase éteignit sa lampe et promena les yeux autour de lui. Toujours la même forêt. À un détail près…

— C’est très silencieux. C’est normal ? Parce que dans les films, en général, c’est quand même assez mauvais signe…
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Message posté : Dim 16 Fév 2014 - 21:54 Message
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Les observations de Chase lui permirent bientôt de repérer un passage, en bas, dans sa fosse aux ossements. Après une très brève hésitation, Max se prépara à sauter, et se jeta dans le trou, avant d’être rattrapé, à mi-parcours environ, par une sorte de coussin d’air, ou du moins, c’était l’impression que lui donnait la télékinésie de son frère. Ainsi put-il atterrir en douceur au milieu des cadavres d’animaux et tibias humains. Chase usa de nouveau de ses pouvoirs pour déplacer un énorme rocher qui bouchait un tunnel, chemin d’accès sans doute pratiqué là par ceux qui avaient conçu les lieux. C’était vraiment étrange. Le plus jeune prit les devants, encore, tout en prenant cette fois soin de ne pas mettre les pieds où il ne fallait pas, et ils débouchèrent, une dizaine de minutes plus tard, à l’extérieur.

Maxime remarqua tout de suite ce qui n’allait pas. Ils venaient d’émerger dans ce qui était toujours une forêt, la même, mais sûrement bien plus au cœur, par un passage dissimulé à la vue de quiconque passerait à proximité. Et la forêt, contrairement à un peu plus tôt, était baignée d’un silence inquiétant. Chase le fit remarquer, mais il ne répondit pas avant quelques secondes. D’ordinaire, on entendait les oiseaux. On entendait le vent dans les feuilles. Une forêt était un lieu de vie. Mais là, il n’y avait absolument rien. Hormis les bruits, la respiration, la voix, qu’eux-mêmes produisaient, il n’y avait aucun son.

Dans les films, en général, ce n’est pas bon, en effet. Là, c’est… particulier à vivre. Il balaya les alentours du regard. En tout cas, si ça annonce une catastrophe imminente, on devrait la voir arriver.

Il n’y avait aucun dénivelé. Le sol de la forêt semblait être parfaitement plat, ce qui permettait de voir à des centaines de mètres à la ronde. Et il n’y avait rien qui sortait, visuellement, de l’ordinaire. La lumière était parfaitement normale, comme avant qu’ils entrent dans les tunnels. Max se baissa pour toucher la terre, quelques feuilles. Même ça semblait parfaitement normal. Seul l’environnement sonore était intriguant, voire inquiétant.

On va continuer vers le nord… indiqua Maxime, en désignant une direction.

Son sens de l’orientation le trompait rarement, mais il avait la vague impression que même ce sens-là avait été légèrement chamboulé. Il sortit, par précaution, sa boussole. L’aiguille indiquait la bonne direction. Mais elle décida soudain de pointer ailleurs. Puis de se mettre à tourner.

Soit il y a des trucs magnétiques dans le sous-sol de cette forêt, soit il se passe vraiment des trucs bizarres… fit-il, en montrant l’engin à son frère.

Mais il suivit sa première intuition en allant vers le nord. Après quelques secondes de marche, il s’arrêta. Il manquait quelque chose… Même ses pas étaient silencieux. Pourtant, il posait les pieds sur des feuilles, des brindilles… Mais il avait bien entendu Chase. Ce n’était donc pas sa propre ouïe qui était le problème. Il n’était pas subitement devenu sourd. C’était bien la forêt elle-même qui était devenue muette.

À part le silence, je perçois rien de pas normal… Pourrait y avoir des ondes, ou je sais pas quoi, des trucs magique, mais je sens rien… Tu sens quelque chose, toi ?

Était-il possible que certains être dotés de pouvoir puissent jouer avec les sens de personnes un peu à leur guise ? Ça devait bien exister. Mais c’était une solution assez peu plausible, il devait être impossible de permettre d’entendre seulement la voix et pas les bruits environnants…

J’espère qu’on a pas traversé un portail pour se retrouver dans une autre dimension, une dimension où tout serait silencieux…

De ses deux théories, ça pouvait être la plus vraisemblable. Il ne pouvait entendre que « ce » qui venait de son monde à lui. Le reste, rien. Mais ça restait tout de même particulièrement farfelu. Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent dans une espace un peu dégagé au milieu des arbres, un cercle parfait d’une dizaine de mètres de diamètre. Cette « anomalie » était la seule. Pas de signe, pas de table de sacrifice, rien. Maxime soupira et se tourna vers Chase.

Au fait, tu t’es pas blessé, quand t’es tombé, tout à l’heure ? Je t’ai pas demandé, t’as peut-être besoin de soins.

Même une simple égratignure avait besoin d’être désinfectée. Dans son sac, au fond, il avait une petite trousse de premiers secours. Il n’avait pas géré tout de suite l’urgence, et n’avait en fait rien remarqué chez son frère, du sang, un boitement, rien, mais peut-être avait-il quand même un petit bobo quelque part qui méritait qu’on prenne un peu soin de lui.

Tu sens encore les trucs pas humains ? Tu crois que c’est ça qui serait à l’origine de cet environnement bizarre ? Ils jouent avec nos esprits ?

Les questions avaient été posées simplement, sans panique. Si panique il devait y avoir, ce ne serait pas Max qui serait le premier. Lui savait garder son calme, même sous l’assaut d’une dizaine d’aversaires.
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 10:20 Message
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D’ordinaire, Chase trouvait déjà la forêt extraordinairement silencieuse, au regard de la ville : pas de bruits de circulation, pas de sirènes, pas de conversations, pas d’explosions annonçant dans le lointain le combat d’un super-héros contre un vilain. Alors une fois la forêt elle-même débarrassée de ses rumeurs ordinaires, le jeune homme se sentait extraordinairement mal à l’aise. L’angoisse de ne plus rien sentir, de ne s’entendre que lui-même, montait rapidement — heureusement, il avait connu des situations plus difficiles. Mais il y avait un paradoxe dans le fait de se sentir en danger précisément parce que tout était beaucoup trop calme.


Docilement, il emboîta le pas à son frère. Le nord, le sud, l’est ou l’ouest : tout lui convenait, tant qu’ils sortaient au plus vite de cette forêt maléfique. Il ne se sentait pas plus ravi que Gimli en pleine Fangorn et les inquiétudes croissantes de Maxime, même exposées avec tout le flegme militaire qui caractérisait ordinairement le Neutron-Grey, ne contribuaient certes pas à le rassurer. Chase secoua la tête quand son acolyte suggéra qu’ils étaient peut-être passés dans une autre dimension.

— Je crois pas, non. J’aurais senti ça. Ça fait un effet très particulier.

Il ne précisa pas qu’il l’eût d’autant mieux senti qu’il était capable de traverser les dimensions par ses propres moyens : cette capacité, parmi quelques autres, il la conservait secrète pour sa famille. En tout cas, il était absolument certain d’être bien dans son monde — en revanche, il partageait les conclusions provisoires de son frère : son monde avait subi quelques petites transformations. Il était difficile en de pareilles circonstances de ne pas songer à l’absorption sonore de Macha. Une créature quelconque pouvait-elle avoir acquis au fil des générations ce que la technologie elle-même avait pu développer ?

— Cela dit, je sens rien. C’est possible que la présence soit permanente et qu’il y ait une sorte de bouclier psychique, dans la forêt. Une illusion qui s’appliquerait moins à nos esprits qu’aux objets. Quelque chose d’environnemental, en fait, si tu préfères. C’est…

Le jeune homme haussa les épaules : il avait la nette impression de ne pas briller par sa clarté.

— C’est difficile à expliquer.

Il était en réalité bien plus doué pour parler des robots ou de questions purement scientifiques que pour décrire ses pouvoirs et les différentes sensations psychiques qu’ils entraînaient ; ses capacités lui étaient devenues beaucoup trop intuitives et l’exercice eût été aussi aisé que de décrire la couleur à qui ne l’aurait jamais vue. Les deux hommes continuèrent à progresser et, une nouvelle fois, le cadet secoua la tête.

— Non, ça va. J’ai amorti ma chute, t’inquiètes.

À son tour, le jeune homme contempla le cercle. Il n’avait pas de réponses à apporter aux questions de son frère. Parfois, il songeait que la cryptozoologie devenait une discipline essentielle dans sa vie quotidienne : toutes les semaines, une nouvelle créature étrange était susceptible de croiser son chemin, avec des aptitudes particulières.

— Bon, tu sais quoi, on va commencer par vérifier s’il y a ou non des oiseaux. Qu’on sache si c’est que tous les animaux ont été tués avant nous ou juste qu’on les entend pas.

Chase fit un geste vif de la main en direction de la cime des arbres. Un onde de choc télékinésique de faible puissance agita les feuillages et quelques volatiles s’en élevèrent aussitôt, craignant l’attaque d’un prédateur. Une réaction rapide et surtout absolument silencieuse. Le mentaliste hocha lentement la tête.

— OK. C’est donc bien nous. On va faire un test de distance.

Un nouveau geste de la main et dans la clairière, sur toute la surface du disque, des feuilles mortes s’élevèrent. Chase se mit à plisser des yeux. Peu à peu, en partant des plus lointaines, des dizaines de feuilles mortes s’effritèrent dans le silence le plus absolu et les deux Neutron-Grey n’entendirent que celles situées tout à fait entre eux, à moins de quelques centimètres de leurs oreilles.

— Ça fonctionne en gros comme une sphère qui empêche notre audition. Et qui bouge en même temps qu’on bouge. Du coup… Soit on nous suit, soit… On va voir si on nous suit vraiment.

Le jeune homme leva les yeux au ciel et se mit bientôt à léviter. Un peu plus haut. Et encore un peu plus haut. Rapidement, il était au-dessus des arbres, au-dessus de tout abri végétal pour d’éventuels poursuivants. Une nouvelle onde de choc dirigée vers l’arbre le plus proche fit naître une nouvelle volée d’oiseaux, tout aussi silencieuse que la première. Chase revint vers le sol et partagea les conclusions de son expérience :

— C’est pas mieux en haut qu’ici. Donc on transporte la source de la perturbation avec nous.

Après avoir procédé strictement par élimination, Chase n’était certes pas ravi de son point d’arrivée. Comme on ne leur avait certainement pas glissé dans les poches un objet hautement technologique, il ne voyait qu’une seule solution à cette source transportée.

— Je crois que l’heure est venue de nous épouiller. On doit avoir un parasite dans le corps.
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 1:27 Message
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Chase allait bien, ils n’étaient pas dans une autre dimension, il y avait sans doute une sorte de bouclier psychique… En définitive, ça faisait beaucoup d’interrogations qui demeuraient sans réponse. La suite, ce fut une série de tests que Max aurait été incapable de réaliser lui-même. Ou alors, il aurait utilisé une autre méthode, mais qui l’aurait fait utilisé des cartouches, ce qui n’était pas forcément une bonne idée, surtout s’il devait s’en servir un peu plus tard. Son frère usa donc de sa télékinésie pour confirmer qu’ils étaient « prisonniers » dans une sorte de bulle, ce qui les coupait des sons de l’extérieur, que ce soit les feuilles ou les oiseaux. Quand il atterrit, il en déduisit que la source de cette perturbation de leurs sens devait être… sur eux. Voire en eux.

Quoi ? Quelque chose qu’on aurait ingéré ? Ou un truc collé quelque part ? Si c’est une puce, ou un machin électronique, on devrait le trouver, mais si c’est naturel, genre une bactérie, un truc microscopique, on est pas près de s’en débarrasser…

Maxime posa son sac au sol, les feuilles crissant au contact. Puis il se passa les mains dans les cheveux, au cas où quelque chose lui serait tombé sur la tête et se serait accroché, mais il n’y avait rien. Rien de perceptible, en tout cas, par le toucher. Puis il vida ses poches, les retourna, retira son blouson, le secoua. Rien. Rien d’anormal, rien de visible.

C’est bizarre quand même… Moi qui voulais une promenade tranquille, fallait qu’il se passe des choses pas normales…

Il y avait cependant une légère pointe d’excitation dans la voix. Tout simplement parce que rien ne valait un imprévu dans ce genre de sortie. Il en fallait peu pour que ça devienne une sorte d’aventure. Et même si là, ça avait un côté un peu flippant, c’était une expérience inédite. Il espérait quand même découvrir la source de ce qui l’empêchait d’entendre à plus de quelques centimètres. Il s’assit ensuite par terre et retira ses chaussures, avant de les examiner dans le moindre détail, retirant à l’aide de son couteau la terre et les cailloux dans les crans de la semelle.

On aurait pas respiré un gaz bizarre, dans ces cavernes, par hasard ? Un truc qui désoriente, qui aurait poussé les animaux vers le trou… Nan… on s’entendait même à bonne distance, là-dedans… Je crois.

Ils avaient surtout communiqué télépathiquement et, à la réflexion, Maxime n’était pas sûr d’avoir entendu du bruit, même après la chute de Chase. L’examen des chaussures terminées, il ôta ses chaussettes, les retourna, regarda entre ses orteils, mais là encore, il n’y avait absolument rien qui sortait de l’ordinaire. Avec un soupir, il se remit debout, et se mit torse nu. Au moins n’avait-il pas à rougir de sa musculature. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il constata une autre bizarrerie.

Hey, il fait pas froid, en fait. Tout à l’heure, il devait faire quoi, dans les dix degrés, avant qu’on rentre dans le tunnel. Là, on doit être autour de vingt.

Le « parasite » jouait-il aussi sur la perception de la température ? Ou bien faisait-il réellement plus chaud dans cette partie de la forêt ? Max passa la main sur chaque centimètre de peau qu’il put, sous les bras, dans son dos. Loin au-dessus d’eux, le temps sembla légèrement se couvrir, comme si un nuage léger passait devant le soleil, atténuant seulement un peu sa luminosité. Il jeta un regard à sa montre. Qui… s’était arrêtée. Il fronça les sourcils et la retira, pour la porter à son oreille. Pas de tic-tac.

Elle s’est juste arrêtée. Y a pas de dégâts, rien… fit-il, avant de ramasser son téléphone, posé sur ses affaires pliées au sol. Il s’allume pas. Pourtant il était chargé presque à fond quand je l’ai éteint tout à l’heure… Le truc qu’on transporte doit être vachement puissant, quand même.

Il déboucla alors sa ceinture et déboutonna son pantalon. Encore une fois pour constater qu’il n’y avait rien là-dedans. Désormais en boxer noir au milieu de la forêt, il était moins enthousiaste, non pas parce qu’il était presque nu, ce n’était pas réellement un problème pour lui, mais parce qu’il se demandait si simplement de déshabiller et s’examiner chaque parcelle du corps allait suffire. Après tout, le parasite pouvait bien être à l’intérieur, sous la peau, dans le sang, dans les poumons, et être donc impossible à localiser sans matériel spécial. Il n’y avait personne autour. Le boxer glissa à terre.

Franchement, si on m’avait dit que ma prochaine promenade avec mon frangin se passerait comme ça, je l’aurais pas cru, commenta-t-il, en retournant son dernier vêtement avant de le jeter sur la pile.

Puis il effectua rapidement les dernières vérifications sur les parties de son anatomie jusque-là inaccessibles.

Rien. J’ai rien trouvé.

Il leva puis abaissa les bras dans un geste d’impuissance. Il n’était pas particulièrement pudique, mais il se demanda ce que son frère pouvait penser de la situation. Ce devait être assez étrange pour Chase, qui aimait les garçons, d’avoir devant lui son aîné en tenue d’Adam, et absolument pas désireux de cacher quoi que ce soit.

C’est quoi la prochaine étape ? Si c’est… « à l’intérieur », on fait quoi ? Ou alors, j’ai vraiment raté quelque chose.
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 15:14 Message
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Dans l’esprit de Chase, les mêmes hypothèses se succédaient les unes après les autres : microbe, virus, petit animal, bactérie, gaz, produit injecté, comment savoir ? Il avait repéré des présences flottantes dès avant leur traversée de la rivière : à supposer que le parasite hypothétique fût la source de ses troubles de la perception, cela impliquait à la fois une injection précoce et un fonctionnement assez lent. D’abord, il l’avait privé de ses sens psychiques, puis de beaucoup de son ouïe, et puis… Quoi ? Bientôt, ils ne verraient plus à cinq mètres devant eux ? Voilà qui n’avait rien de rassurant.

Le jeune homme suivait du coin de l’œil, presque distraitement, l’effeuillage de son frère, occuper à tâter plus matériellement la solidité de ses conjonctures. Il n’avait pas senti de piqûre. Rien de désagréable, le temps de joindre le parking et la rivière. Mais après tout, il n’y avait pas prêté garde outre mesure et, entre les feuillages qu’il avait fallu écarter, le mal de pied, l’action des muscles, les préoccupations psychologiques, une douleur pouvait fort bien passer inaperçu — quand à l’hypothèse de spores, elle avait le mérite d’exclure complètement la possibilité de trouver une trace physique de leur état.

Comme Chase avait mieux à faire que de s’extasier sur le pénis de son propre frère, il le regarda droit dans les yeux et murmura :

— C’est mauvais signe. C’est très mauvais signe. Rhabille toi, il faut qu’on retrouve la voiture.

Le problème, c’était qu’en s’élevant au-dessus des arbres, il n’avait pas trouvé la trace du parking. Ils n’avaient pourtant pas marché des centaines de kilomètres. Mais entre la montre, la batterie, la température et les bruits, Chase était bien décidé à ne plus faire confiance à ses propres perceptions. Il y avait bien une solution qui eût permis la complète désintoxication : se déphaser avec Maxime dans la Forteresse Onirique, au Royaume des Rêves, et profiter de l’équipement qu’il entreposait là-bas pour tirer l’affaire au clair. Mais Chase préférait n’y avoir recours qu’en dernière extrémité : pour éviter d’avoir à expliquer à son frère pourquoi il gardait des repères et des pouvoirs secrets à sa propre famille, il aurait dû se livrer à une complète recomposition des souvenirs de Maxime et cette solution le rebutait quelque peu.

— On va aller au plus sûr : retourner dans la grotte, remonter par le trou, prendre le tunnel en sens inverse et revenir entièrement sur nos pas. De toute évidence, y a un truc qui influence nos perceptions et un truc qui influence nos machines. Ça fait un moment que mes sensations psychiques sont vacillantes. Mais la boussole, le téléphone, c’est plus récent, sans doute. Ça marchait bien jusqu’à la rivière, en gros. Alors on va supposer que le premier, c’est quelque chose comme un spore ou un gaz, à effet lent. Que le second, c’est du magnétisme, plus localisé, dans cette partie-là de la forêt. Si on arrive à récupérer un peu d’énergie, on pourra toujours localiser la voiture par GPS. Si on arrive à la voiture, on pourra toujours envoyer message de détresse.

Chase ne le disait, mais son discours le laissait entendre : il n’était pas très optimisme sur l’évolution de leurs perceptions. Ça, c’était le plan A. Une fois Maxime habillé, Chase, par habitude, en reprenant la marche vers l’endroit d’où ils avaient émergé du tunnel, se mit à réfléchir au plan B. La suite lui en donna raison : une fois devant les fourrés, ils purent se rendre compte que l’entrée avait disparue. Ou, plutôt, que les fourrés devant lesquels ils étaient arrivés ne ressemblaient à rien à ceux dont ils étaient partis.

— Hmm… Je veux bien ne pas briller d’habitude par mon sens de l’orientation, mais là, c’est un peu fort, quand même. Pire que la boussole.

Il avait l’impression d’être coincée dans l’une des forêts magiques de Zelda, où les écrans tous identiques se suivaient à l’infini. Le jeune homme poussa un soupir et se retourna vers son frère.

— Bon, plan B. Dis moi, ça marche comment, exactement, ton pouvoir ? Tu penses que si tu grandis assez, les substances chimiques dans ton sang seront trop diluées pour faire effet ? Si tu as, je ne sais pas, mettons un vers à l’intérieur du corps. Si tu grandis, le vers garde bien la même taille et du coup, il cesse de faire son effet ? O bien il grandit à mesure ?

Chase ne cernait pas à la perfection le pouvoir de son aîné : Maxime n’en faisait pas un usage intensif — il faut dire qu’il y avait plus pratique dans la vie quotidienne — et les deux NG n’avaient de toute façon pas multiplié les missions côte à côte. Mais ce jour-là, dans la forêt, l’idée de franchir en quelques pas de géant (littéralement) les distances qu’ils n’auraient pas le temps de parcourir à pied, et de se soustraire à l’influence de leur parasite supposée, était assez séduisante pour que le mentaliste voulût pousser son frère à expérimenter les effets de ses capacités.
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Message posté : Jeu 20 Fév 2014 - 16:56 Message
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Max commença à se rhabiller, tout en se demandant s’ils arriveraient à retrouver la voiture. La solution était sans doute de retourner vers le tunnel qu’ils avaient emprunté, même s’il leur faudrait trouver une solution pour remonter dans l’espèce de puits dans lequel ils étaient tombés. Chase proposa ce plan et émit deux suppositions quant à ce qui avait pu se passer. La première, un gaz, ou des spores, quelque chose d’imperceptible qui brouillait leurs sens et qu’ils avaient sans doute absorbé après avoir traversé la rivière. La seconde, une sorte de magnétisme dans cette partie de la forêt. L’histoire du gaz semblait plus logique à Maxime, surtout parce qu’il ne voyait pas exactement en quoi pouvait consister l’autre…

Ouais, on retourne vers l’entrée du tunnel, fit-il, en remettant son sac sur son dos.

Quand ils arrivèrent près des fourrés derrière lesquelles devait se trouver l’entrée, ou la sortie, du fameux passage qu’ils avaient emprunté pour arriver jusqu’ici, Max sentit venir la blague. Et en effet, il n’y avait rien. Juste de la terre et des feuilles mortes. Pas la moindre trace d’une ouverture, rien. Comme si le tunnel n’avait jamais existé. Il secoua la tête, mais garda son calme. Tout comme Chase qui, après avoir fait remarquer que c’était « fort », exposa son plan B. L’utilisation du pouvoir de Maxime. Ce dernier l’écouta tout en se demandant si ça ne serait en effet pas la solution. Pas forcément pour se sortir de ce pétrin, mais au moins pour réduire les possibilités.

Ce qui grandit avec moi, c’est ce qui est en contact direct, plutôt léger, et qui n’est pas vivant. Les fringues, par exemple, c’est comme connecté à moi. Si j’ai un truc vivant dans le corps, je pense que ça restera à la même taille… Je vais essayer.

Il déposa son sac et son blouson à terre et, en t-shirt, prit une inspiration avant de lentement prendre de l’ampleur. Les arbres étaient suffisamment espacés pour qu’il puisse occuper un certain espace, sans les abimer. Après quelques secondes, il dépassa les premiers arbres et, finalement, s’arrêta quand les cimes lui arrivèrent au niveau de la poitrine. Il effleura les feuilles près de lui, les entendit, et étendit le bras pour tenter d’atteindre les arbres un peu plus loin. Une volée d’oiseaux s’éleva, et il entendit distinctement leurs cris alors qu’ils s’envolaient, affolé par cette soudaine arrivée d’une main géante.

J’ai l’impression que ça marche… dit-il, de sa hauteur, sachant que, si Chase était toujours en bas, il l’entendrait.

Puis il sentit quelque chose d’étrange, comme… comme s’il saignait du nez. Il porta la main au-dessus de sa bouche et vit que c’était le cas. Mais il y avait quelque chose d’étrange. Le sang, très sombre, avait l’air très épais. Il le frotta entre ses doigts et eut l’impression de sentir comme des tout petits gravillons, comme si le sang n’était pas seulement liquide. Intrigué, il entreprit sa décroissance et, bientôt, retrouva sa taille normale. Il tendit sa main ensanglantée vers Chase.

Regarde, on dirait qu’il y a des trucs dans mon sang.

Sur le bout de ses doigts, on voyait, collés au sang déjà sec, comme des petits caillots. Il fouilla dans son sac pour en sortir un mouchoir en papier et essuya le sang sur sa main et sur son visage. Avant d’attraper un caillou près de lui et de le lancer au loin, tâchant de viser un arbre. Il entendit, à une vingtaine de mètres, un « poc ». Ce qui était rassurant.

J’ai entendu le bruit. Si j’avais un truc dans le corps qui brouillait mes sens, c’est bon, c’est fini. Il jeta de nouveau un coup d’œil dans l’espèce de bosquet qui masquait l’entrée du tunnel. Par contre, là, toujours rien…

Après avoir secoué la tête, il croisa les bras et observa son frère. Il fallait trouver un moyen de se débarrasser du parasite.

Le truc a dû être perturbé quand tout a grandi autour, il a soit été évacué par mon système immunitaire, soit il s’est évacué tout seul… Pour toi, par contre, je vois pas trop ce qu’on peut faire…

Il leva les yeux vers le ciel.

Là-haut, y avait que de la forêt, à perte de vue… Faudrait que j’essaie de grandir un peu plus pour voir plus loin, mais j’ai jamais été vraiment plus haut que ça…

Jusqu’à présent, Maxime n’avait pas eu besoin de dépasser la cinquantaine de mètres de haut. Il était sûrement capable de grandir un peu plus, mais il n’était pas certain que son corps, sans y être habitué, supporterait longtemps l’effort. Mais ça valait la peine d’essayer.

Je vais voir si je repère le parking… dit-il finalement, avant de grandir de nouveau.

Il s’arrêta à environ soixante-dix mètres. Chaque muscle de son corps était tendu et protestait sous l’effort. Au loin, il distingua l’orée de la forêt. Le parking devait sûrement être de ce côté. Et au pire, il avait une direction pour sortir de là. Revenu à sa taille normale, il tomba à genoux.

Putain, je vais le regretter, je sens…

Il était sûrement bon pour avoir des courbatures pendant au moins une semaine… Mais la priorité, c’était de débarrasser Chase de son parasite. Il pouvait servir de guide et, au pire, en grandissant un peu plus, il porterait son frère et avancerait plus vite.
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Message posté : Jeu 20 Fév 2014 - 20:55 Message
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Le mentaliste recula tout de même prudemment de quelques mètres, histoire de ne pas se faire écraser par le gros orteil de son frère aîné — ce qui eût assurément été une conclusion originale mais un peu décevante à une existence héroïque (et machiavélique) bien remplie. Pendant un moment, le jeune homme suivit des yeux la croissance de son frère. Comme tous les supers, Chase était persuadé que les pouvoirs des autres étaient décidément bien plus bizarres que les siens et s’il trouvait parfaitement normal de naviguer entre les dimensions et de manier plusieurs tonnes par la pensée, en revanche, faire dix mètres ou vingt mètres de haut, c’était complètement fou.

Au moins, s’il y avait un jour besoin de refaire la toiture du Bigsby Building, ils avaient l’ouvrier-couvreur tout désigné pour la situation. En proie à un début de torticolis, le jeune homme baissa la tête. Bientôt, Maxime, après avoir émis un jugement optimiste d’une voix tonitruante, retrouva un aspect plus conventionnel et Chase put se pencher sur les caillots de sang.

— Hmm… Dommage qu’on ait pas Tesla sous la main.

La microbiologie n’était pas vraiment son domaine, pas plus que la médecine — c’était précisément pour cela qu’il avait à sa disposition des experts au sein d’Argos. Est-ce que les caillots étaient ce qui avaient causé les troubles de Maxime ou bien étaient-ils le résultat de l’action d’un autre agent ? En attendant, alors que le jeune homme n’entendait, pour sa part, pas le caillou heurter le tronc, son aîné, lui, diagnostiqua une nette amélioration. Chase sentit son rythme cardiaque s’accélérer. La solution de devenir gigantesque n’était pas exactement à la portée de tous.

Mais si Maxime avait raison et si les changements physiques radicaux constituaient une solution efficace, alors le moindre voyage dimensionnel suffirait à l’affaire. Mais si la cause était plus complexe que cela et que les effets se développaient alors qu’il était en plein Royaume des Rêves, alors il se retrouverait à la merci des chimères et loin de tout secours. Chase préférait ne pas tenter le diable et compter sur la capacité de son frère à le sortir d’un pareil pétrin par ses propres moyens, pour le conduire jusqu’à leur sœur, qui trouverait nécessairement les solutions.

Cette solution n’avait tout de même rien de particulièrement confortable. Chase n’avait pas l’habitude d’être impuissant devant un problème quelconque. Il se contenta de hocher nerveusement la tête, en ruminant ses pensées, pour inciter Maxime à reprendre sa croissance phénoménale et à porter le regard au-delà de la forêt. Ce ne fut que lorsque Maxime revint de son expérience de vigie et tomba au sol que Chase se ressaisit. Une enveloppe télékinésique entoura le caporal pour l’aider à se redresser et le mentaliste s’approcha de lui.

— Tu dis si t’as trop mal. Je peux arranger ça. Au moins le temps de traverser les bois.

En attendant, ils se remirent en route. Maxime avait raison : il faisait définitivement plus chaud ici qu’à l’entrée du tunnel. En tout cas, Chase, lui, avait de plus en plus chaud — et la chaleur n’avait rien de confortable : le jeune homme ne tarda pas à reconnaître les signes classiques de la fièvre. Au moins était-il fixé sur l’origine toxique de ses troubles. Gardant ses impressions pour lui, afin de ne pas alarmer son frère, il s’escrima à suivre la cadence, mais de plus en plus souvent, il trébuchait sur des cailloux, de grosses racines et, au bout d’un moment, il finit par marmonner :

— Avec la nuit qui tombe, c’est quand même pas facile…

Sauf que la nuit ne tombait pas du tout. Le soleil avait progressé mais, en plein après-midi, malgré la végétation, il éclairait toujours assez le chemin. Il fallut quelques minutes à Chase pour réfléchir à l’enchaînement des événements et calculer le peu de probabilité que la nuit fût déjà tombée. Cédant à une brève panique, il appela :

— Maxime ?

Le son de sa propre voix lui parut comme étouffé. Plissant les yeux, il repéra la silhouette de son frère et lui agrippa la main.

— Je vois plus rien.

Avait-il parlé ou non ? Dans le doute, il répéta :

— Je vois plus rien.

Une constatation supplémentaire s’imposait. D’une voix inutilement forte, Chase ajouta :

— Et j’entends plus rien.

Le noir. Le silence. L’expérience eût été plus traumatisante encore s’il n’avait senti toujours avec une singulière clarté, comme à son habitude, l’esprit de son frère tout près du sien et sa main qu’il tenait toujours.

* Max. Ça empire. Et la fièvre augmente. Surtout, surtout, il faut pas que je délire. S’il commence à se passer un truc bizarre, ou si tu commences à penser des trucs bizarres, hésite pas, assomme moi. Je préfère avoir une bosse que de te nettoyer l’esprit. Et après ça, si on est encore trop loin de la voiture, je crois que y a pas tellement le choix. *

Il fallait se débarrasser de la substance, non ?

* Il faudra faire une saignée. Autant que possible. *
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