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Nos premières impressions sont les seules ineffaçables. (ft. Leyland Harper)

 
Message posté : Mer 5 Fév 2014 - 2:33 Message
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Quartier général du Mossad, Tel Aviv-Jaffa (Israël), 09:13

Dans son uniforme réglementaire vert olive, Hillel se tenait là, dans les locaux du Mossad à Tel Aviv, aussi rigide qu’une barre de métal. Le regard rivé vers le mur d’en face, les mains croisées dans le dos, il ne bougeait pas d’un pouce. Face à lui et à plusieurs de ses camarades, l’un de ses supérieurs remettait les ordres de mission. Premiers mois au Mossad. Première formation musclée. Première mission plus ou moins seul. Pour son baptême du feu, il avait été convenu de placer Hillel sur une affaire aux risques moindres mais à l’importance toute particulière : une mission cogérée simultanément par la CIA, le MI6 et le Mossad. Quand chacun reçut son ordre et les instructions, tous quittèrent les lieux après un salut militaire en bonne et due forme. Hillel quant à lui avait été invité à suivre son supérieur vers la salle de briefing.

Cette dernière était spacieuse, sans fenêtre mais toutefois très lumineuse grâce aux nombreux halogènes. Les meubles anthracite se mariaient parfaitement avec l’aspect métallisé des murs et du sol. On referma la porte derrière le jeune recru et on le pria de prendre place sur un des sièges autour de l’immense table de conférence. Après que la pièce ait été plongée dans l’obscurité, des photos apparurent sur l’immense toile blanche en face.

— Abu Suhayl Ali, magnat de la finance et homme d’affaires afghan de soixante-huit ans. Il a servi dans l’armée pendant près de quarante ans. Trafic d’armes, réseau de blanchiment d’argent, kidnapping… Ce type a versé dans à peu près tous les domaines du crime. Les États-Unis étaient sur le coup jusqu’à ce qu’ils découvrent des liens entre Abu Suhayl Ali et Muhammad Miraj, terroriste présumé ayant habité un temps sur le sol britannique. Nos soupçons quant à un lien avec une organisation terroriste se sont confirmés hier après-midi. C’est une complexe affaire qui nous amène à travailler de concert avec la CIA et le MI6 puisque ces derniers ne souhaitent pas lâcher le morceau. Les ordres sont clairs : Abu Suhayl Ali et Muhammad Miraj doivent être au mieux capturés, au pire éliminés. Leur capture intéresse fortement nos partenaires : la CIA se charge d’Ali tandis que le MI6 veut Miraj.
— Quel intérêt a le Mossad de participer à cette mission ?
— Le Mossad a tout intérêt à stopper les financements d’Ali dans les réseaux terroristes pour le bien de l’Israël. Le démantèlement d’une organisation menaçante serait bénéfique pour l’ensemble du Moyen-Orient. Cela me paraît évident.
— Pourquoi m’avoir choisi pour cette mission ?
— Vous êtes le seul expert en armement dangereux que nous ayons sous la main pour le moment. Alors même si ça ne m’enchante absolument pas de coltiner une recrue dans les pattes des yankees et des britanniques, vos connaissances en haute technologie et votre expérience dans le corps de Génie Militaire de l’armée israélienne sont des atouts non négligeables. Tâchez de suivre les instructions à la lettre sans prendre d’initiative insensée et tout ira bien. Vous avez des questions ? Parfait, votre avion pour Kaboul décolle dans trente minutes.

Les lumières de la salle se rallumèrent alors qu’on abandonnait Hillel à son sort. Le jeune israélien se leva à son tour de son siège pour rejoindre la sortie.

— Ah, et agent Shafir…
— Oui monsieur ?
— Si vous plantez la mission, n’espérez pas revenir en vie ici.

Au moins, c’était clair. Aussi vif qu’un coup de cutter dans le bras. Hillel effectua son salut militaire sans broncher. Vingt minutes plus tard, il était à bord de l’avion spécialement affrété pour lui. Seul, il prit place dans un des quelques sièges. Sur la tablette devant lui était posée une enveloppe marron dans laquelle se trouvaient ses faux papiers d’identité afghans, du liquide et un téléphone portable intraçable. Un petit mot écrit en hébreu l’invitait également à se changer pour laisser son uniforme au placard. C’était plus ou moins évident, pour une mission secrète…


Nos premières impressions sont les seules ineffaçables. (ft. Leyland Harper) 214892Arabesque

Hôtel Serena, Kaboul (Afghanistan), 20:51

Vêtu d’un costume trois pièces anthracite, mallette noire à la main, Hillel fit son entrée dans le somptueux hôtel cinq étoiles de la capitale afghane. L’ambiance du hall était chaude et particulièrement colorée. En fait, l’hôtel en lui-même jurait dans cette ville aux allures dangereuses. L’israélien n’avait pas imaginé un seul instant pouvoir trouver un tel endroit dans Kaboul. Ça paraissait irréel, sorti d’un autre monde. Mais Hillel n’avait pas le temps de rêver. Ce soir, il devait faire la rencontre de son homologue britannique. L’américain devait arriver dans deux bonnes heures. Ça laissait le temps aux deux agents de faire plus ample connaissance.

Traversant le hall de manière assurée, Hillel décrocha son plus beau sourire à la réceptionniste et présenta ses papiers d’identité.

— Bienvenue à l’hôtel Serena, monsieur Ziyad. Nous sommes honorés de vous accueillir dans l’une de nos plus belles suites. Si vous voulez bien vous donner la peine de suivre mon collègue, il va vous y conduire. Passez un agréable séjour parmi nous.

Après avoir emprunté l’énorme ascenseur, on conduisit Hillel jusqu’à la fameuse suite. L’employé de l’hôtel s’éclipsa presque aussitôt après avoir fait visiter la chambre au jeune israélien. Quand ce dernier entendit la porte se refermer, il retira sa veste de costume qu’il jeta sur le lit et déboutonna les deux premiers boutons de sa chemise. Il passa à la salle de bains se rafraichir quelque peu le visage avant de ranger soigneusement sa mallette sous le lit. Il prit soin également de vérifier que le pistolet dissimulé à son mollet était toujours bien accroché et retira celui de sa ceinture pour le poser sur la table de nuit. Finalement, il se dirigea vers le mini bar où il se servit un verre de scotch. Le dos tourné à l’entrée de la chambre, Hillel esquissa un fin sourire en sentant une présence dans la pièce.

— Ça boit du scotch, un britannique ? demanda ironiquement l’israélien avec un accent particulièrement prononcé avant de se retourner pour faire face à l’agent Harper. Juste arrivé ou déjà là depuis le début ? Dans tous les cas, il devait être sacrément doué.
 
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Message posté : Mer 5 Fév 2014 - 11:03 Message
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— Je ne fais pas du babysitting.
— On ne vous demande pas vraiment votre avis.
— Comment suis-je supposé mener à bien la mission si je dois surveiller un bleu du Mossad dans tout Kaboul comme une mère son môme au supermarché ?
— Au-delà des objectifs premiers de cette mission, les enjeux de coopération internationale dans la communauté du renseignement sont…
— Je ne fais pas de politique.
— Vous faites de la politique que vous le vouliez ou non, colonel.

Silence. Les yeux de Leyland s’étaient plissés très légèrement.

— Êtes-vous prêt à servir votre pays ou devons-nous encore ergoter pendant quelques minutes ?
— Je vous écoute.


La femme poussa une tablette numérique en travers du bureau. Récupérant l’objet, l’Asiatique se mit à parcourir les pièces du dossier. Il en connaissait déjà la plupart ; comme à son habitude, il avait consciencieusement préparé une mission qu’il se savait accepté avant même de faire valoir ses réticences. S’il pensait de plus en plus sérieusement à demander son transfert à l’UNISON, il n’en demeurait pas moins un agent à l’efficacité irréprochable et aux états de service sans tache. Abu Suhayl Ali, Muhammed Miraj : ces noms, il les avait croisés dans ses enquêtes sur les mouvements d’armes à l’est du Moyen Orient, en provenance des anciens États soviétiques et de la Chine. Un commerce particulièrement lucratif dans lequel on craignait toujours que se perdît l’une des têtes nucléaires si mal protégées des silos de l’Armée Rouge.

Le Moyen Orient était tout à la fois un marché en soi et une plaque tournante : les armes qui y parvenaient en provenance du sud de l’ancienne Union, par la filière afghane entre autres, trouvaient souvent acheteurs chez les différents mouvements djihadistes et le surplus était écoulé en Afrique, par voie de terre ou par voie de mer, afin d’alimenter les ambitions des seigneurs de guerre, présidents perpétuellement réélus et autres potentats. Si Leyland connaissait à la perfection l’amont de ces flux de marchandise, avec ses intermédiaires chinois qui s’appuyaient sur les puissantes organisations criminelles et le soutien passif ou actif de hauts gradés corrompus, l’aval lui était un peu plus nébuleux et, au fond de lui, il devait bien avouer qu’il serait heureux d’avoir à ses côtés un agent du Mossad pour débrouiller l’écheveau du monde arabe.

Mais les intérêts solides et parfois obscurs d’Israël et des États-Unis dans la région le rendaient quelque peu circonspect. Plus que jamais, il soupçonnait l’implication du MI6 de n’être pas uniquement motivée par la noblesse patriotique. Combien d’industries du pétrole et de la reconstruction voyaient leurs entreprises sérieusement perturbée par l’interminable après-coup de la guerre afghane ? À quel point les intérêts stratégiques bien compris d’Israël étaient-ils influencés par l’insistant esprit de lucre de ses alliés américains ?

— Je n’ai pas besoin d’un agent avec des doutes.
— Je n’ai pas de doutes.
— Alors votre avion part dans trois heures.

***

Lee Jintao était de ces intermédiaires réputés sans être véritablement connus ; son nom était toujours nouveau, mais il suffisait de quelques coups de fil pour s’assurer de sa probité, tout du moins dans le domaine très particulier qui était le sien. Soutenu par les ressources des divisions orientales du MI6 et, ponctuellement, par l’aimable intercession de la CIA et de la Naicho, l’alias de Leyland était régulièrement entretenu pour favoriser son implantation rapide dans des contextes nouveaux. Représentant de commerce en armements divers, Jintao parcourait le continent asiatique depuis quelques années.

— Bienvenue à l’hôtel Serena, monsieur Jintao. Nous sommes honorés de vous accueillir dans l’une de nos plus belles suites. Si vous voulez bien vous donner la peine de suivre mon collègue, il va vous y conduire. Passez un agréable séjour parmi nous.

Le discours bien rôdé de la réceptionniste fut accueillie par l’expression froidement impassible d’un Asiatique qui, de toute évidence, n’avait ni temps ni dignité à perdre dans de menues interactions sociales avec les petits employés. Leyland avait négligemment glissé son passeport chinois, l’avait récupéré aussi vite et emboîté le pas au groom qui le conduisit à sa chambre. Ni ce dernier ni la réceptionniste ne parurent du reste surpris de la politesse toute relative de ce client semblable à bien d’autres ; les éventuelles récriminations intérieures du groom furent d’ailleurs calmées quand Leyland lui glissa un pourboire monumentale. Dans un anglais soigné essentiellement parce qu’il était appris par cœur et souvent répété, le jeune homme s’informa :

— La suite vous convient-elle ?
— Parfait. Allez vous en.

À peine le groom disparu, son client se livra à un bien étrange manège : les doigts de Leyland coururent sur tous les meubles, sous tous les meubles. Les ampoules dévissées et revissées, les câbles débranchés et rebranchés, le miroir soigneusement inspecté. En quelques minutes, la suite avait été passée au peigne fin et, satisfait de son inspection, l’Asiatique tournait les talons pour se mettre en quête de son contact, le fameux agent du Mossad, dont il avait pu comprendre que son expérience du terrain n’était pas exactement à la hauteur de la sienne.

Quelques minutes plus tard, la porte de la suite de Shafir s’ouvrait silencieusement, se refermait de même, et le regard noir de Leyland passa de la mallette à la veste de costume et de la veste de costume au jeune homme, dans le cadre de la porte. Quel âge pouvait-il avoir ? Vingt ans, à peine. Leyland n’avait pas été plus âgé pour ses premières opérations sur le terrain, à l’armée, mais l’inexpérience supposée ou réelle de l’Israëlien continuait à le chiffonner. Abandonnant pour un temps son accent chinois factice mais plus vrai que nature, il reprit les accents londoniens qui lui étaient ordinaires.

— Parce que vous avez l’âge de boire de l’alcool ?

La question ne se posait plus : il était bien militaire et pas vraiment diplomate. Cette sorte de plaisanterie faite, il s’approcha des fenêtres de la suite et contempla Kaboul illuminée, comme une ironie d’après-guerre, au pied de l’hôtel dont le luxe lui semblait, en un pareil pays, particulièrement indécent.

— Jolie vue.

Elle devait le contrarier, parce que les rideaux furent rapidement tirés.

— Je suppose que vous avez nettoyé la chambre. Vous ne m’en voudrez pas si je vérifie encore.

Et Leyland se lança dans le même manège-ménage que quelques minutes plus tôt, dans sa propre suite, à la recherche d’éventuels microphones. Cette précaution frôlait la pure paranoïa, mais il avait été très ou peut-être trop bien formé. Ce ne fut qu’une fois satisfait qu’il consentit à se tenir enfin tranquille et à s’asseoir dans l’un des confortables fauteuils qui formaient le petit salon.

— En attendant notre ami d’Amérique, prenons le temps de nous découvrir.

En d’autres termes, c’était l’heure de l’interrogatoire. Le regard perçant et impassible de Leyland se posa droit dans celui d’Hillel.

— On ne m’a pas vraiment briefé sur vos domaines de compétence. Dites m’en plus. Que je sache à quoi m’attendre.

Difficile de ne pas comprendre qu’il exigeait surtout d’avoir de bonnes raisons de faire confiance à ce si jeune agent. Que ses propres traits asiatiques pussent lui donner l’air peut-être plus jeune encore que l’Israëlien ne l’inquiétait guère : l’assurance froide et méthodique qu’il dégageait suffisait d’ordinaire à convaincre ses collègues de son efficacité. Du reste, les doutes de son coéquipier d’une mission ne le préoccupaient pas outre mesure : Shafir aurait amplement le temps de se rendre compte qu’il était tombé entre de très bonnes mains. Ainsi donc, Leyland comptait prendre la direction des opérations : c’était précisément pour cela que le MI6 l’avait envoyé à Kaboul et l’avait envoyé assez tôt pour couper l’herbe sous le pied des Américains, toujours si prompts à étendre leur contrôle sur les missions.

Pour la coopération internationale, il y avait des agents bien plus coopératifs que Harper. Mais pour s’assurer que les alliés ne joueraient pas avec les ressources de la Couronne, il n’y avait certes pas meilleur chaperon.
 
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Message posté : Lun 17 Fév 2014 - 22:31 Message
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Verre de scotch à la main, l’autre dans la poche de son pantalon de costume anthracite, Hillel observait avec attention le moindre des mouvements du nouveau venu. À en croire son accent anglais plutôt prononcé, l’énergumène était l’agent de la Couronne, l’envoyé du MI6. Rares avaient été les fois où Hillel avait pu côtoyer des asiatiques, mais de ce qu’il avait entendu dire dans son pays, mieux valait souvent se méfier d’eux. L’israélien aurait voulu réagir différemment, se montrer aussi froid qu’à l’accoutumé, mais son instinct lui disait qu’il était préférable de ne pas se mettre à dos l’agent Harper. Force était de constater qu’il émanait de lui une assurance indéniable et une classe commune aux rosbifs. Toutefois, Hillel tâcha de ne pas se montrer déstabilisé par le regard noir que Leyland posait sur lui. Sa petite vanne faite, l’anglo-asiatique se dirigea vers la fenêtre pour contempler Kaboul illuminée de nuit.

— Boire un verre vous déridera sûrement un peu, vous semblez tendu. Déclara simplement l’israélien avant de porter le scotch à ses lèvres.

En plus d’être froid, Harper semblait agacé par la vue de la suite sur le centre-ville. C’était une réaction que l’israélien comprenait parfaitement; il lui était lui-même difficile de venir dans cette ville décharnée et menaçante. Cependant, il était partagé entre un sentiment d’inconfort persistant et l’envie de profiter un peu de ce petit plaisir d’hôtel offert par la maison — comprenez ici le Mossad.

— Nettoyé ? Je suppose que la femme de chambre a dû s’en charger.

Aussi pathétique que prévisible. Soit Leyland le prendrait pour un véritable abruti après cette vanne pourrie, soit il comprendrait qu’Hillel avait tout simplement omis de s’en tenir aux protocoles de base. Pour une première mission, voilà qu’elle était foutrement mal commencée. Comment avait-il pu passer à côté d’un contrôle aussi évident ?

— Navré. Rajouta-t-il presque aussitôt en buvant une nouvelle gorgée d’alcool.

Mais ça, l’anglais l’avait sûrement compris. Même un sourd et aveugle aurait capté. Harper était assis là, dans le fauteuil du salon de la suite. Il avait posé son regard insistant dans les yeux de l’israélien. Un mélange de gêne et d’agacement s’empara du jeune agent. Il était tiraillé entre l’envie de se montrer aussi désinvolte que d’habitude et l’intimidation que lui faisait ressentir son homologue plus expérimenté. C’était assez irritant de voir à quel point l’anglais semblait le prendre de haut. Mais Hillel préféra renfrogner son sale caractère et mettre cette horripilante sensation sur le compte de l’excitation de la première mission.

— Hillel Shafir, agent du Mossad. J’ai servi dans l’Armée de défense israélienne pendant quatre ans, dont deux années passées au sein du Corps de Génie Militaire. Expert en technologie, en informatique, en électronique et en robotique. J’ai été approché par le Mossad pour mes connaissances tactiques, mon expérience sur le terrain et mon expertise en armement dangereux.

L’israélien but une gorgée de son scotch sans quitter l’anglais des yeux. Le regard du jeune homme ne cillait pas.

— Donnez-moi une bombe et je vous la désactive en deux temps trois mouvements. Donnez-moi un ordinateur et je débite le compte en banque de vos parents en un claquement de doigt.

Un infime sourire se dessina sur le coin de ses lèvres.

— Alors oui, j’ai l’apparence d’un gosse mais vous vous rendrez compte sous peu que mon aide vous sera indispensable. Que vous le vouliez ou non. Peu importe si ça blesse votre cher et tendre ego.

Hillel fit volte-face pour retourner vers le buffet sur lequel il reposa son verre après l’avoir vidé. Faisant de nouveau face à Harper, l’israélien croisa les bras et s’appuya sur le meuble. Les traits de son visage étaient certes jeunes, mais son attitude, sa barbe d’un noir de jais et son regard perçant témoignaient d’une assurance et d’une maturité peu communes pour son âge. Et là, la désinvolture dans toute sa splendeur, l’israélien invita Leyland à faire son petit briefing personnel d’un geste du menton.

— Qu’est-ce qui se cache derrière cette gueule d’ange ?

Pour sûr, ces deux-là allaient s’amuser. D’une façon ou d’une autre.
 
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 19:03 Message
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En réalité, Leyland ne s’était pas attendu à une réponse aussi sincère, consciencieuse et exhaustive de la part de son homologue israélien. L’agent du MI6 n’était pas habitué à faire preuve d’autorité avec des confrères : la collaboration n’était pas sa grande spécialité, d’une part, et il ne se sentait pas investi du même poids hiérarchique que les responsables des opérations, les chefs de cellules ou les directeurs de secteur. Ce que son comportement avait de directif naissait bien plutôt qu’une pente naturelle à la domination et d’une habitude du travail en solo que d’une expérience de chef de troupe ; il allait devoir attendre plusieurs années, après la mission de Kaboul et son intégration à l’UNISON, pour que ses qualités fussent véritablement exploitées par ses propres supérieurs hiérarchiques.

Un sourire fugace et peut-être sincère passa sur ses lèvres quand l’agent Shafir souligna qu’ils allaient devoir, bon gré mal gré, collaborer — et qu’il allait pour sa part devoir reconnaître en lui des compétences certaines.

— Ne vous inquiétez pas. Je ne me préoccupe pas de mon ego. Seulement de la mission.

Dans le genre monomaniaque, d’ailleurs, on faisait difficilement mieux. Leyland eût été capable de supplier quelqu’un à genoux si cela lui avait permis d’obtenir une information — il ne l’aurait pas apprécié, mais quelle valeur pouvaient bien avoir ses propres sentiments au regard de l’intérêt supérieur de sa patrie, des alliés de la patrie et, en somme, du monde entier ? De la même manière que le jeune homme était prompt à négliger les vies des autres quand un bien commun guidait ses actions, il ne se souciait guère de ses propres préférences en la matière.

— Je ne suis pas sûr que nous croisions beaucoup de robots sur notre route, cela dit. Si Abu Suhayl Ali s’abreuve à la source de l’ancienne filière soviétique, les armes seront assez classiques, à moins que les Russes, en amont, ou les Chinois, fassent passer du matériel anti-char et anti-aérien venus des stocks de leurs armées respectives. Ou que quelqu’un chez les G.I. alimente le réseau local.

Une ultime hypothèse qui relevait de la paranoïa, sans aucun doute : il était peu probable que l’Agence, qui surveillait si scrupuleusement l’opération afghane, laissa le moindre missile s’égarer entre les mains de ceux qu’il s’agissait de combattre. Mais Leyland préférait parer à toutes les possibilités ; même si, selon toute probabilité, il ne s’attendait pas à découvrir dans un coin d’un entrepôt de Kaboul une tête nucléaire prête à l’emploi, mieux valait être prudent, fût-ce à l’excès.

En attendant, il avait esquivé la question de Hillel, à la fois parce qu’il ne souhaitait pas outre mesure décliner ses états de service et parce qu’il estimait que rien ne se cachait, justement, derrière la gueule d’ange — et qu’il n’avait pas une gueule d’ange, enfin, il aimait à le croire, mais c’était là un tout autre débat. Il était un espion, un ancien militaire, et c’était ce que voyait en lui tous les autres espions anciens militaires. Il n’avait aucune spécialité particulière en robotique ou électronique. Il n’était jamais qu’un soldat. Particulièrement résistant, certes, mais un simple soldat.

— Vous avez déjà travaillé avec l’Agence ? Ici, les Américains s’estiment en territoire conquis. Dans certains endroits de Kaboul, l’opération de libération a tourné au plan d’occupation. En tout cas, c’est certainement ainsi que le perçoivent les habitants. Mais je suppose que vous êtes déjà au courant : vous voyez ça de plus près que moi. Quoi qu’il en soit, les Américains sont arrivés ici avec leurs soldats, leurs ingénieurs en forage, leurs grosses entreprises de bâtiment, leurs conseillers financiers et diplomatiques. Il est presque plus facile d’acheter un aller direct pour New York à Kaboul que dans une agence de voyage de Londres. Même si ça parait contre-intuitif, il est possible que Miraj ait déserté Londres pour se refaire une beauté et se faire une place. Abu Suhayl Ali pourrait lui vendre beaucoup plus que des armes : des papiers, une identité et une place dans un corps diplomatique en partant pour le siège de l’ONU, par exemple.

C’était une hypothèse parmi d’autres. Mais Leyland ne s’intéressait pas particulièrement à la filière de l’armement. Elle était là depuis des années, elle durerait des années encore : il y avait dans cette opération, à son sens, quelque chose de plus fluide, de plus insaisissable et de plus temporaire.

— L’Agence va sûrement tenter de ménager Suhayl Ali. Ils ont besoin de l’aide des seigneurs de guerre pour assurer la sécurité de certaines zones, pour le forage et la reconstruction. Un seigneur qui tombe et c’est une petite guerre civile. Mais je ne crois pas qu’Israël ait les mêmes intérêts. Et de notre côté, nous nous intéressons à Miraj et seulement à Miraj. Les effets secondaires ne sont pas de notre ressort.

L’analyse stratégique avançait lentement mais sûrement vers la proposition d’une alliance tactique d’une importance primordiale.

— L’Agence pourrait très bien enquêter de son côté. La collaboration n’est ordinairement par leur fort. Je crois qu’ils viennent moins nous prêter assistance que nous surveiller et empêcher qu’on ne s’en prenne trop directement à leurs précieux alliés. Ceux-là mêmes qui inondent votre région de leurs armes. En d’autres termes, et si je puis me permettre une modeste suggestion, je ne me ferais pas trop d’illusions sur les intentions de vos grands amis d’Amérique.

Pour une entrée dans le monde de l’espionnage, Hillel avait fait fort : Leyland lui proposait d’ores et déjà de se méfier des plus proches alliés de son pays et de jouer jeu double avec leur futur coéquipier.
 
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Message posté : Mar 18 Fév 2014 - 21:06 Message
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Pour une première mission, Hillel se coltinait certainement l’agent le plus stoïque et asocial de toute la Couronne. L’israélien n’avait jamais collaboré seul sur une mission du Mossad. C’était en fait sa toute première mission hors de son pays. Et pour un début, c’était assez déconcertant. Il fallait d’un côté s’assurer que les ordres soient respectés, et de l’autre que l’intérêt d’Israël soit garanti. Il fallait également conjuguer avec le caractère pour le moins spécial de l’anglo-asiatique. Hillel ne savait comment réagir mais il n’avait surtout pas envie de s’embrouiller l’esprit avec quinze mille questions. Tout ce qu’il avait en tête pour le moment, c’était la réussite de sa mission. L’un de ses supérieurs l’avait prévenu : s’il échouait, on s’arrangerait pour ne pas le faire revenir. C’était on ne peut plus clair comme avertissement. Et à cette pensée, un frisson parcourut l’échine du jeune homme. La mission était visiblement extrêmement importante pour Israël et un échec signifierait pour le Mossad d’être blâmé et par les anglais, et par les américains. C’était une chose que l’État-major israélien ne laisserait pas impuni si l’impensable devait arriver.

Les remarques de l’agent Harper arrachèrent un petit rictus à Hillel.

— Vous seriez surpris de voir à quel point les seigneurs de guerre apprécient de plus en plus la haute technologie. Mais j’ose espérer en effet qu’ils ne s’en soient tenus qu’à de l’armement classique. Si tel est le cas, soyez rassuré quant à mes compétences : je ne suis pas expert en armement dangereux pour rien, et mon expérience au sein du Corps de Génie Militaire sera plus qu’utile pour ce volet de la mission.

L’israélien toisa les moindres réactions de l’anglo-asiatique. Il était suspicieux. Ce trait de caractère révélait d’une expérience significative sur le terrain et le jeune juif ne pouvait que s’abreuver de ses conseils. Même s’il lui était difficile d’avouer son immaturité professionnelle face à ce brillant agent, Hillel devait bien reconnaître qu’il ne faisait pas le poids dans la mission. Pendant un quart de seconde, il se demanda même si ses supérieurs ne voulaient pas se débarrasser de lui ou faire délibérément capoter la mission.

— Je vois que vous ne portez pas les yankees dans votre cœur. Ceci dit si quelqu’un de chez eux est impliqué dans l’affaire, ça risque d’être intéressant…

Hillel n’avait pas envisagé cette possibilité. En fait, Hillel était certainement bien trop naïf encore et n’imaginait pas un seul instant qu’un «allié» puisse être un traitre. Au sein de l’Armée de défense israélienne, et sûrement au sein de toutes les autres armées du monde, la traitrise n’était pas monnaie courante. On considérait comme traitres les déserteurs, mais jamais un coéquipier ne se retournerait contre les siens. C’était certainement la chose qui avait le plus marqué Hillel lors de son intégration au Mossad. Le Mossad n’était en rien comparable à l’armée. Certes les entraînements y étaient parfois similaires, bien que beaucoup plus poussés, mais les relations qu’entretenaient les membres de l’agence étaient bien plus mouvementées. Harper lui rappelait le conseil qu’on lui avait donné lors de son premier jour : la méfiance était la clé de la survie. Et elle s’imposait également parmi les siens. Là, dans cette suite, l’agent de la Couronne lui montrait à quel point la méfiance était primordiale pour cette mission.

Quand Leyland évoqua l’Agence, Hillel supposa qu’il s’agissait de la CIA. Pour sa part, le jeune israélien n’avait jamais quitté Israël de toute sa carrière militaire. Il avait été cantonné sur ses terres pour y démanteler des réseaux criminels et prévenir d’éventuelles menaces terroristes. Il s’agissait aujourd’hui de sa toute première mission hors de chez lui et n’avait donc jamais collaboré avec les yankees. De ce qu’il en savait, Israël et les États-Unis entretenaient des relations étroites, notamment sur le plan militaire. Mettant en commun leurs services de renseignements, il était normal que le Mossad collabore avec la CIA sur cette mission. Toutefois, Hillel ne savait pas vraiment quoi en penser. Jusqu’alors, il n’avait fait que suivre les ordres, et voilà qu’un agent de la Couronne propageait le doute dans son esprit en évoquant les possibles intentions américaines. Certes, Hillel n’était plus un enfant et la naïveté devait avoir fait son temps. Il était cependant difficile pour le jeune homme de penser par lui-même après avoir servi durant quatre ans dans l’armée, où la ligne de conduite directrice était d’obéir sans broncher. Aujourd’hui, il s’était libéré de ces chaines et pouvait avoir sa propre opinion, même si le Mossad ne faisait pas exception à la règle et tentait d’amoindrir ces effets de conscience. Pour autant, allait-il poursuivre sur le même chemin que ses dernières années en se laissant influencer ? Il était clair que si les États-Unis aidaient autant Israël, c’était parce qu’ils y trouvaient un intérêt particulier. La région du Moyen-Orient était une véritable mine d’or pour les américains. Entretenir de bonnes relations avec les pays influents était dès lors une priorité.

— M’est avis qu’il est assez difficile de prévoir ce que les yankees ont derrière la tête. Mais je vous l’accorde, ils ne sont pas là par bonté de cœur. Ça me semble évident.

L’israélien n’osait pas en dire plus. À vrai dire, il devenait paranoïaque. Et si on avait placé un mouchard sur lui ? Et si ses supérieurs l’espionnaient en ce moment-même pour savoir ce qui trottait dans sa tête ? Se taire avait été la réaction immédiate après cette pensée. Et là, sans un mot, il attrapa sa mallette et l’ouvrit pour renverser son contenu sur le lit. Des billets, quelques cartes, une arme à feu, des munitions et quelques gadgets. Avec minutie, Hillel observa les moindres recoins de la mallette, tant l’extérieur que l’intérieur. Il en fit de même sur son costume en passant méthodiquement ses mains sur ses vêtements, jusqu’à ses chaussures. Quand la vérification fut terminée, soulagé de n’avoir rien trouvé, l’israélien pensa qu’il pouvait discuter sans problème avec l’agent anglais. Étrangement, Harper ne lui fit pas éprouver de la méfiance. Au contraire, malgré son air abrupt, il semblait bienveillant. Cette impression n’était qu’une supposition mais le jeune homme se plaisait à le penser.

— Je n’ai jamais travaillé avec l’Agence. Il s’agit pour moi d’une toute première collaboration, tant avec les américains qu’avec vous, les anglais. Mes ordres ont été clairs : je dois assister la CIA et le MI6 sur cette affaire et laisser les agents repartir avec leurs dus… Ali pour les yankees et Miraj pour vous. Et si jamais tout cela se compliquait, l’assassinat des deux cibles serait l’option de dernier recours. M’est avis qu’Israël espère secrètement que la situation tourne mal pour en finir une bonne fois pour toutes avec ces deux ordures.

Hillel se gratta la barbe et le menton et revint s’appuyer contre le buffet.

— Je suis mal placé pour deviner quels sont réellement les intérêts d’Israël. Mais si j’étais à la place de mes supérieurs, je prendrai une longueur d’avance sur les yankees. Ça permettrait d’une part de sécuriser un peu plus le Moyen-Orient et d’autre part d’éviter que les américains ne prennent encore trop leurs aises dans cette région. Car oui, les réseaux que nous traquons et qui sont alimentés par Ali menacent la sécurité de nos terres. Malheureusement, je ne sais pas si c’est vraiment une bonne idée de passer outre les ordres pour ma première fois sur le terrain.

Le jeune israélien marqua une pause, repensant aux paroles de son supérieur. Un rictus lui échappa.

— Je dis passer outre les ordres parce qu’on m’a clairement demandé de ne pas prendre d’initiative et de m’en tenir aux suggestions de mes coéquipiers d’un temps, notamment de l’américain. Sauf que je n’ai aucune envie de faire de la figuration. Et si j’en crois les ordres, je suis autorisé à écouter vos propres conseils.

C’était une manière on ne peut plus dissimulée pour signifier à l’anglo-asiatique que le jeune israélien marchait dans son sens, ou du moins lui faisait confiance sur ce point. Les yeux couleur noisette d’Hillel se posèrent dans ceux de Leyland.

— Vous voulez vous la jouer mystérieux ou j’ai le droit d’en connaître un peu plus sur vous ?
 
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 15:19 Message
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Depuis quelques temps déjà, les ordres que Leyland recevaient étaient elliptiques. Comme de nombreux agents haut gradés des renseignements, dont les missions étaient de plus en plus confidentielles et de moins en moins traditionnelles, loin des protocoles, même secrets, contre les alliés parfois, l’homme jouissait d’une grande latitude. Liberté à double tranchant pour ses employeurs : Leyland se montrait certes particulièrement efficace, mais il en venait à se poser ses propres questions. Jadis, comme Hillel, il s’était contenté de suivre les ordres, en parfait militaire, mais le MI6 avait réveillé son esprit frondeur et le cultivait de plus en plus — à ses risques et périls.

Lorsque l’Israélien expliqua qu’il en était à sa première véritable mission d’opérations extérieures, le Britannique n’eut aucun mal à imaginer, après le curriculum vitae elliptique que son coéquipier lui avait fourni, les questions qui se bousculaient dans son esprit. Il avait connues les mêmes, des années plus tôt. Qui croire ? Avec qui s’allier ? Que faire ? Plus le temps passait, plus la communauté du renseignement lui faisait l’effet d’un oignon : couche après couche, mensonge après mensonge, et puis, plus rien, à la fin, que des larmes pleurées sans raison.

Une pareille proximité l’invitait tout naturellement à offrir à Hillel l’assistance et les conseils dont il était capable. Il avait de toute façon tout intérêt à ce que le jeune Israélien fût aussi efficace que possible. Aussi Leyland ne gardait-il pour lui que certaines de ses analyses. Il n’était pas persuadé, de son côté, que le Mossad vît d’un œil très favorable la disparition d’un seigneur de guerre sur lequel l’organisation était de toute évidence capable d’obtenir des informations, puisque elle avait envoyé Hillel sur le terrain. Avec la confusion qui suivrait une éventuelle lutte pour le pouvoir, les canaux d’information du Mossad et de l’Agence seraient rompus. Peut-être était-il préférable pour tous ceux qui avaient des intérêts directs dans la région de préserver le statu quothe devil you know beats the devil you get.

Le MI6 avait une toute autre idée en la matière. Ce qui préoccupait surtout la Couronne, c’était l’éventualité d’attentats sur le sol britannique. Désorganiser, même temporairement, le Moyen Orient, laisser les alliés gérer les conséquences : telle était la solution préférable. Les ordres, bien sûr, n’avaient pas été explicites, mais on avait fait comprendre à Leyland qu’il avait toute latitude pour prendre les décisions qui lui semblaient nécessaires — et l’on n’insistait jamais sur ce point que pour l’inviter à prendre celles de ces décisions qui seraient les plus radicales.

Le Britannique se releva pour observer le contenu de la valise. Il haussa les sourcils en apercevant les gadgets. Le genre de choses qui rassurait — et qui se tarissait à mesure que les missions devenaient plus compliquées. Les remarques de Hillel sur ses supérieurs furent accueillies par un coup d’œil oblique.

— Vous avez peur ?

Leyland ne se moquait pas le moins du monde.

— Si c’était le cas, vous auriez raison. C’est bien d’avoir peur au début. Après… Après c’est différent. Plus automatique. Vous savez, faire de la figuration, ce n’est pas si mal. Souvent, c’est tout le principe du métier. Moins on en fait, moins on nous remarque. Comme une araignée au centre de la toile, immobile, attendant que les fils bougent, prête à bondir juste pour quelques secondes d’action. Mais toujours prête. Les réunions d’espions sont un peu comme les parties de poker. Silencieuses et incroyablement monotones pour ceux qui les observent de l’extérieur.

Il n’y avait qu’à en juger par l’expression d’un calme perpétuellement indéchiffrable qu’il arborait lui-même et sa manière d’éviter de répondre aux questions directes. Une réunion qui convierait douze versions de Leyland ne devait assurément pas être des plus palpitantes pour l’observateur néophyte.

— Quant à moi, il n’y a rien à connaître. Je suis comme vous : un militaire un peu reconverti. Et puis, vous le savez comme moi, les bons espions sont des gens histoires.

Leyland se pencha pour récupérer un gadget, qui ressemblait à peu près à un stylo. Il l’examina une seconde, le fit tourner machinalement entre ses doigts puis le reposa sur le lit.

— Je serais vous, mais vous faites comme vous voulez, hein, je serais vous, je me passerai autant que possible de ce genre de choses. Imaginez un peu. Vous rentrez dans un entrepôt de contrebande, on vous fouille. On trouve un flingue. Normal. On trouve un brouilleur d’ondes/enregistreur/lanceur de fléchettes tranquillisantes, c’est tout de suite beaucoup plus… marqué. Comme jouet. Ça dépend où, bien sûr. À Beijing, Londres ou Paris, vous pourriez être n’importe qui. À Kaboul, autant se promener avec un tee-shirt C.I.A. ou Mossad. Faites voir.

Leyland attrapa le revolver et se plaça en face de Hillel. Il glissa l’arme dans le holster de son coéquipier et reboutonna le veston de l’Israélien, rajusta le col, la cravate et épousseta les épaules. Puis son regard noir se planta dans celui de son interlocuteur.

— Comme ça, c’est bien. Comme ça, ça suffit. Faites confiance en votre entraînement. Ne vous inquiétez pas des intentions de vos supérieurs. Ils vous ont envoyé ici pour réussir. Pas parce qu’ils vous aiment bien. Parce que votre entraînement et votre implantation à Kaboul ont coûté beaucoup d’argent et personne n’aime perdre de l’argent. Quand vous vous sentez paniquer, agissez, ne réfléchissez plus. Les missions sont comme des échiquiers : c’est un monde à l’intérieur d’un autre monde.

Pour la première fois, Leyland offrit un véritable sourire à Hellil. Même s’il fut fugace.

— Tout va bien se passer.

Un sourire et une demi-vérité.
 
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 19:01 Message
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Se plier à la volonté d’autrui, c’était ce que le jeune israélien avait su faire jusqu’à présent. Servir son pays, obéir aux ordres, venir en aide à la veuve et l’orphelin. Des clichés propres à l’armée qui n’avaient pas échappé à Hillel. Des clichés qui l’avaient parfois poussé à faire des choses dont il ne se serait pas cru capable. Lorsque l’on était poussé par un groupe, il était assez difficile de se dérober. Certes Hillel avait eu une enfance assez mouvementée, bercé par le bruit incessant des ruelles de Tel Aviv, plongé dans la délinquance juvénile sans réellement se rendre compte des conséquences. Pour autant, il n’avait pas un mauvais fond, et parfois le fait de repenser à ce qu’il avait osé faire sous les ordres de ses supérieurs suffisait à lui soulever le cœur. Ce n’était qu’en quittant les rangs de l’armée que le jeune homme avait pu ouvrir les yeux, capable de retirer seul les œillères qu’on lui avait collé durant quatre ans.

Face à Harper, Hillel se sentait encore plus inexpérimenté qu’il ne l’était déjà. Il avait l’impression que ses années à l’armée n’avaient strictement servi à rien. Elles lui avaient certes permis de prendre conscience de ses incroyables capacités. Elles avaient également forgé son caractère, le rendant plus imperméable aux émotions, développant sa résistance mentale. En revanche, elles avaient anesthésié sa capacité de conscience. Elles l’avaient empêché de penser par lui-même, d’agir selon son propre chef, de respecter ses propres valeurs. Harper, lui, semblait avoir dépassé ce stade depuis bien longtemps. Le jeune israélien venait de faire son entrée au Mossad depuis quelques mois seulement et il n’avait pas encore été confronté à une telle situation où réfléchir n’était plus un luxe mais une nécessité. Il devait saisir cette opportunité, cette (semi-)liberté qui lui tendait les bras.

Vous avez peur ? La question de l’agent anglo-asiatique restait suspendue dans l’air. Elle trottait dans l’esprit du jeune israélien. Bien évidemment qu’il avait peur. Il était même littéralement mort de trouille au fond de lui. Mais encore une fois ses années passées au sein de l’armée lui avaient appris à cacher ses émotions. Les émotions, pour les militaires, n’étaient que contreproductives. Il les dissimulait derrière une façade, une désinvolture apparente qui ne trahissait pas ce qu’il pensait réellement. Il était effrayé et par la situation, et par l’idée de devoir montrer ce qu’il y avait au fond de lui. Se dévoiler, ça n’était pas quelque chose qu’il avait l’habitude de faire. Même s’il n’avait pas été réticent à l’idée d’exposer son curriculum à un parfait inconnu, il avait toutefois plus de mal à lui avouer ses peurs. Parce que ces dernières étaient bien réelles : on comptait sur lui, la mission revêtait une importance toute particulière et un échec pourrait littéralement fragiliser la stabilité diplomatique des régions de l’Orient. Et malgré ses années de service, la peur de la mort n’avait jamais disparu. Il avait conscience des dangers mais il les craignait toujours autant. Harper confirma ses pensées quelques secondes plus tard : il était tout à fait normal d’avoir peur. Ne pas avoir peur, ce serait se montrer trop confiant. Et être trop confiant, ce serait écraser du pied la méfiance. Un juste retour aux premières leçons de Leyland sur la méfiance. Tout ceci n’était qu’un enchaînement logique, un cercle vertueux qui devait être constamment alimenté.

— Il y a une différence entre faire de la figuration pour rester discret et se faire mener à la baguette pour des intérêts qui nous dépassent… J’ai encore tout à apprendre de ce métier, et je devrais commencer par me la boucler quand il le faut.

Hillel laissa échapper un soupir d’entre ses lèvres en observant le sol. Il s’exaspérait lui-même. Sa façon de réagir n’était pas digne d’un agent du Mossad. Ou de toute autre organisation militaire d’ailleurs.

Quand l’anglo-asiatique fit une très brève allusion à son passé de militaire, l’israélien comprit qu’il n’en tirerait pas plus de son homologue britannique. Hillel avait cela de dérangeant, de constamment poser des questions, parfois indiscrètes. Sa curiosité était un réel défaut qu’il se devait de corriger. Pour le moment, ça ne lui avait pas vraiment porté préjudice, mais ça ne lui avait pas rendu service non plus.

Le regard noisette du jeune juif suivit les mouvements de Leyland qui s’était levé pour examiner le contenu de la mallette étalé sur le lit. Il scruta un stylo dont l’intérêt échappa totalement à Hillel pour être honnête. L’exposé de son interlocuteur le fit quelque peu sourire. Visiblement, rien ne valait les méthodes classiques. Pour autant, il resta silencieux, ne faisant qu’acquiescer doucement aux conseils de l’agent du MI6. Il préféra rester en retrait, observant ses gestes, détaillant les moindres courbes de son corps. Il était un poil plus grand que lui, très élancé, la silhouette athlétique, le costume seyant. Ses mains fines aux ongles impeccables témoignaient d’une hygiène certaine et d’un certain sens de l’esthétisme. Les traits inexpressifs de son visage et ses yeux d’un noir de jais ne faisaient que renforcer ce halo de mystère qui semblait l’entourer. Pour sûr, cet homme devait être un excellent agent de terrain et Hillel avait réellement hâte de le voir à l’œuvre. Pour le moment, ce qu’il avait sous les yeux l’impressionnait et attisait sa curiosité malgré ses efforts à renfrogner ses questions inappropriées.

L’israélien fut quelque peu surpris lorsque Leyland attrapa son révolver sur la table de nuit et qu’il se plaça face à lui. Après avoir glissé l’arme du jeune homme dans son holster et avoir remis sa veste de costume en la boutonnant, l’anglo-asiatique prit un moment pour parfaire l’allure d’Hillel en réajustant son col, sa cravate, et en époussetant rapidement ses épaules. Là, face à son homologue, le jeune homme se sentait plus confiant que quelques secondes auparavant. Harper était réellement bienveillant à son égard et la façon qu’il avait eue de le remettre d’aplomb lui arracha un léger sourire gêné. Sans un mot, ne laissant parler que ses yeux, l’israélien plongea ses prunelles couleur noisette dans ceux de son coéquipier d’un temps. Il était reconnaissant, même s’ils ne se connaissaient que depuis quelques dizaines de minutes. Il était reconnaissant d’avoir rencontré quelqu’un comme lui. Quelqu’un de confiant, d’expérimenté, de séduisant. Grâce à Harper, Hillel se sentait poussé des ailes. Pour la première fois depuis son arrivée à Kaboul, il sentait que la petite boule qui lui écrasait l’estomac jusqu’alors s’était quelque peu estompée.

Le jeune israélien resta planté là quelques secondes qui lui parurent une éternité. Il ne détachait pas son regard de celui de Leyland.

— Merci.

Ce fut la seule chose que le jeune homme put sortir durant ce moment. Quand il remarqua que son attitude pouvait trahir quelque chose, Hillel secoua légèrement la tête pour se remettre les idées en place. Il contourna l’anglo-asiatique pour rejoindre le centre du salon. Il fit mine d’observer la suite dans laquelle il se trouvait. Ça lui évitait de devoir regarder Harper dans les yeux et de trahir sa gêne apparente.

— Vous avez un plan ? Je suppose qu’on doit absolument attendre notre ami d’Amérique. Finit-il par demander, en regardant brièvement sa montre qui affichait vingt-et-une heures tapantes.
 
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Message posté : Mer 19 Fév 2014 - 19:53 Message
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La gêne de son coéquipier d’une mission, Leyland l’attribua à la conversation quelque peu personnelle — de son point de vue — qu’ils venaient d’avoir. Le sourire de l’Asiatique finit par s’effacer et il se détourna, les mains dans les poches. Il hocha la tête.

— Il ne devrait plus tarder. C’est principalement sur son réseau qu’on compte, à vrai dire. Alors le plan, sans lui…

Oh, si l’Américain ne se montrait pas, ils sauraient certes se débrouiller, mais Leyland préférait ne pas anticiper sur les décisions de leur homologue de l’Agence. À Kaboul, les Américains avaient tout à la fois leurs services de renseignement, leurs industries et leur armée. La présence militaire britannique en Afghanistan n’était certes pas négligeable, mais Washington avait quadrillé le pays, autant que possible, sauf peut-être les régions montagneuses : de ces ressources logistiques, il y avait beaucoup à tirer et l’Asiatique préférait de toute façon que l’attention fût attirée ailleurs que sur les soldats de la Couronne.

Ils n’eurent pas à attendre longtemps de toute façon : quatre coups résonnèrent à la porte, alors que l’agent dernier venu frappait. Leyland tendit la main vers l’entrée.

— Votre suite.

Lorsque Hillel eut ouvert la porte et que la silhouette du dernier membre du trio se dessina dans la lumière de la chambre, Leyland haussa un sourcil.

— Sérieusement ?
— Bonjour, Lee.

Leyland parcourut les quelques mètres qui le séparaient de la femme d’une cinquantaine d’années qui venait de faire son apparition. D’amples cheveux blonds encadraient un visage fin qui n’avait pas, en vieillissant, perdu de sa beauté, et le tailleur-pantalon dessinait une silhouette que l’on pouvait deviner athlétique, quand même elle n’avait rien de la carrure de l’agent Harper. Ce n’était pas exactement le portrait que l’on se faisait de l’agent de la CIA ancien Béret Vert, ni véritablement ce que le Britannique avait eu en tête, en patientant.

— Tu n’as pas l’air content de me revoir. C’est à cause de Prague ?
— Pas à cause de Prague. À cause de Kaboul.

La femme haussa un sourcil interrogatif.

— Pas contre toi, mais quand on est une femme, pour traiter d’égale à égal avec les Talibans, ça risque d’être difficile.

La femme leva les yeux au ciel d’un air faussement exaspéré et, avec un sourire, commenta :

— Ah, le sexisme des militaires ! Et parce que tu crois que les Chinois, ils préfèrent ça ?

Avec un clin d’œil à Leyland, elle se tourna vers Hillel et lui tendit la main.

— Irina Ivanovna Sorine. CIA.

Prénom typiquement russe, accent typiquement américain — elle faisait décidément la paire avec le Britannique au visage de Coréen. En dehors de cela, les deux agents n’avaient pas grand-chose en commun : Irina était aussi expressive — mais sans doute pas plus authentique pour autant — que Leyland était réservé. En tout cas, en dehors du genre de leur coéquipière, et pour la seule raison qu’ils se trouvaient à Kaboul, Leyland ne paraissait pas avoir d’objection à sa présence ; elle, il ne la soumettait pas à un interrogatoire. Pas besoin de retracer sa carrière. Mais ils se connaissaient déjà.

Irina fit le tour du propriétaire, se pencha un instant au-dessus du lit pour observer les différents objets, jeta un coup d’œil à Leyland, un coup d’œil à Hillel et souligna elliptiquement :

— Hmm…
— Quoi ?
— Rien. Personne ne me propose un scotch ?

Quelques minutes plus tard, les trois agents étaient installés dans le salon attenant à la chambre elle-même et Irina s’était enfin décidée à parler.

— Suhayl Ali devrait recevoir dans trois jours une livraison d’armes. Petite cargaison, un test surtout, pour une nouveau filière, en provenance du nord, via l’Extrême-Orient et les pays du sud de l’ex-URSS.

Ce qui expliquait la présence d’un Britannique aux origines coréennes et d’une Américaine aux origines russes, sans aucun doute.

— Le chargement est pour l’instant stocké dans le nord de Kaboul. Demain, les lieutenants de Suhayl Ali doivent rencontrer les livreurs pour discuter des derniers détails de la vente et le lendemain, les armes sont livrées dans la propriété. Le MI6 a dit que Miraj était avec lui ?
— Probablement dans la propriété. Le cas échéant, il devrait y avoir des documents sur sa nouvelle identité.
— Alors je propose de nous emparer de la cargaison, de l’examiner et de l’expertiser, de la livrer nous-mêmes et d’en profiter pour pénétrer chez Suhayl Ali. Une fois à l’intérieur, on se scinde, on trouve Miraj, on l’extraie ou on l’élimine et on quitte Kaboul.
— Et Suhayl Ali ?

L’Américaine haussa évasivement les épaules.

— C’est Miraj, la cible, non ?
— Hmm hmm.

Elle ne perdait pas de temps pour distribuer les cartes.

— Tu as la localisation précise de l’entrepôt ?
— Oui.
— Et un satellite au-dessus ?
— Oui.
— C’est ce qui s’appelle venir préparée…
— Mon côté scout !

Avec un sourire, Irina buvait une nouvelle gorgée d’alcool, tandis que Leyland songeait qu’une fois de plus, le scénario des Américains avait curieusement l’air d’être écrit à l’avance.
 
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