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Il court, il court, le furet

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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 0:30 Message
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26 janvier 2014

— Écoutez, les jeunes, c’est bien de vouloir aider, mais je crois qu’on va se débrouiller tout seul, hein.

La marshall avait retenu un ton un peu narquois, qu’elle eût sans doute adopté pour tout autre que le fils du Commander, mais la Légion avait suffisamment d’autorité, particulièrement à Star City, pour qu’elle tempérât quelque peu sa brusquerie ordinaire afin de ménager Thunder. Sa diplomatie n’allait cependant pas jusqu’à accueillir dans son équipe les deux adolescents qui s’étaient présentés en tenue de la Légion, pour apporter leur aide dans la chasse à l’homme dont elle avait la responsabilité. Un peu à l’ancienne, peut-être, elle préférait faire les choses à sa manière, avec ceux et celles qu’elle considérait être de véritables professionnels, formés pour la situation. Les organisations de super-héros en général, les équipes de jeunes gens en particulier, ne lui inspiraient guère confiance.

Arabella Hartz, que tout le monde appelait Agent Hartz, jouissait parmi les marshalls d’une solide réputation. Elle s’était spécialisée dans la poursuite des criminels en cavale et avait à son actif un tableau de chasse impressionnant. À quarante-trois, c’était une femme toute entière de carrière : pas de famille, pas d’amis véritables et certainement pas d’enfants. De carrière et de terrain. Elle avait refusé de nombreuses promotions, qui l’eussent inévitablement installée derrière un bureau, pour continuer à arpenter les États-Unis, des équipes sous ses ordres, une arme à la main. Jamais excessive, toujours méthodique, elle ne suscitait pas la sympathie mais inspirait toujours le respect.

Jace s’était un peu renseigné sur son compte, avant de se présenter à elle, lorsque Christopher avait suggéré qu’ils se joignissent aux opérations et, en parcourant les rapports des quelques Légionnaires qui avaient eu affaire à elle par le passé, dans la base de données de l’organisation, il avait rapidement compris que la collaboration ne serait pas aisée. Pourtant, il en était convaincu, les marshalls auraient besoin de leur aide. Le détenu, Kurt Kimmel, s’était enfui une fois. Avait été rattrapé. Et s’était enfui à nouveau. De toute évidence, il avait développé une résistance, au moins légère, aux calmants qu’on lui administrait pour éviter qu’il utilisât ses pouvoirs de passe-muraille. Il n’arrêtait donc pas de fausser compagnie à ses gardiens.

Kurt Kimmel n’était pas, à exactement parler, une menace. Il n’avait pas découpé une cinquantaine de victimes en morceaux, ni transporté des dizaines de kilos de drogues, ni prostitué des chimpanzés vénézuliens dans des bordels zoophiles du district est. Kurt comptait. Il comptait les sous, les sous de tout le monde, des politiciens respectables et de ceux qui l’étaient un peu moins, des grandes entreprises qui se lançaient dans des investissements un peu risqués, des organisations criminelles. Il était de ces personnes qui transforment l’argent sale en argent propre et inversement. Ses excellents résultats lors de ses études de compatibilité lui avaient ouvert de plus en plus de portes et il avait su tirer parti de son bon succès.

D’ordinaire, les marshalls ne se mobilisaient pas nécessairement, et surtout pas en nombre, pour poursuivre les comptables véreux. Mais le carnet d’adresses de Kimmel était des mieux fournis et son obsession à ne pas quitter Star City laissait croire qu’il y avait encore plus de contacts qu’on ne le soupçonnait. Ni la police ni le bureau du procureur n’étaient parvenus, malgré une peine de prison assez longue, à lui faire négocier un allégement contre les informations précieuses que son activité lui avait inévitablement fournies. Ce petit homme replet, avec ses lunettes et son air distrait, s’était montré beaucoup plus coriace que certains solides malfrats.

Avec sa peine de quinze ans, trente depuis qu’il s’était enfui une fois, Kimmel était demeuré absolument placide. Au pénitencier, personne ne l’inquiétait. Les protections dont il avait joui à l’extérieur semblaient s’être étendues à l’intérieur. Il avait attendu, simplement, son heure. Ses pouvoirs de passe-muraille étaient bien connus, mais rarement utilisés, dans une carrière qui ne leur avait jamais accordé une grande place, ils avaient été largement sous-estimés par les autorités. La première évasion avait pris tout le monde par surprise. Personne ne s’était attendu à ce que la seconde fût possible. Comment soupçonner que la physiologie d’un homme aussi peu impressionnant de prime abord pût être aussi solide ?

Pour les marshalls, la seconde chasse à l’homme s’annonçait compliquée. Kimmel ne fuyait pas vraiment. Il ne se sentait pas traqué. On ne pouvait pas compter sur ses erreurs. Hartz ne doutait pas cependant de ses chances de succès. Elle l’avait cueilli une fois, dans un bar du centre-ville, elle pourrait le faire encore. Elle ne s’expliquait certes pas très bien cette première arrestation, ni la seconde fuite, si rapprochée. Quelque chose dans cette histoire la chiffonnait. Quelque chose dans la vie de Kimmel, au pénitencier, ne tournait pas rond. Mais elle n’avait pas le temps de mener une enquête de fond.

Et elle n’avait certainement pas le temps de se consacrer à deux justiciers de seconde zone. Megastar et Thunder avaient été reconduits aux portes de l’annexe du commissariat qui servait, le temps de la chasse, de QG à la marshall et son équipe. C’était une déconvenue. Mais Thunder souriait. Il croisa le regard de Megastar et tapota sa tempe de l’index.

— J’ai retenu les cartes. Et, hm… Jeté quelques coups d’œil indiscrets.

Il ne comptait pas abandonner l’affaire si facilement. Hartz était simplement trop fière pour reconnaître leur mérite. Le sourire de Jace s’agrandit.

— Oui, puis j’ai un peu regardé dans leurs fichiers, aussi…

Depuis que Jace avait développé un remarquable talent pour naviguer dans les systèmes informatiques, il avait du mal à s’empêcher de fouiner à droite et à gauche : pour une fois, il trouvait à son intelligence surdéveloppée une application pour le moins ludique. Et pratique.

— Viens, on va télécharger ça, pour que tu puisses voir, et regarder un peu ce qu’il y a. Avec leurs gros sabots, ils arriveront à rien. Ce type, il a des liens partout. C’est pas en cherchant au centre de son réseau qu’ils vont l’trouver, il est plus intelligent que ça. À mon avis, faut fouiller aux marges.

Mener l’enquête dans un vaste réseau criminel, voilà une mission digne de la Team Alpha !
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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 12:29 Message
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Christopher était à la fois extrêmement déçu et particulièrement désireux de s’investir quand même dans cette mission. Un comptable véreux, ça n’était pas vraiment intéressant, mais si on se penchait sur le dossier de Kurt Kimmel, il passait le stade « intéressant » pour devenir « indispensable ». Il fallait avoir ce mec-là derrière les barreaux et trouver son point faible pour le faire parler. Parce qu’il avait certainement l’un des carnets d’adresses les plus fournis de la ville. La Team Alpha ne pouvait pas laisser passer l’opportunité, d’autant qu’elle faisait partie de leur liste, simplement parce qu’une marshall les avaient rembarrés. Et Jace avait de toute manière tout ce qu’il fallait pour commencer l’enquête de leur côté. Chris regarda autour d’eux, quand ils se retrouvèrent jetés dans la rue.

Y a un cybercafé, là-bas… Y a l’air d’y avoir du monde, mais on passera inaperçu dans la foule. Enfin, j’espère…

Ceux qui se pressaient dans le petit établissement étaient de toute manière des travailleurs du coin qui profitaient de leurs pauses pour se détendre un peu en accédant à des sites internet bloqués à leur bureau ou en jouant un peu. Et l’avantage, surtout si Jace pouvait manipuler un peu les paramètres de connexion, c’est que leur passage demeurerait anonyme, personne ne remonterait jusqu’à eux, à moins de pousser l’enquête et de demander à chacun s’ils avaient reconnu celui qui s’était installé spécifiquement à tel ordinateur… Les vingt premières minutes coûtaient deux dollars. Deux dollars pour obtenir de nombreuses informations sur un criminel, c’était cadeau. De quoi faire s’arracher les cheveux aux informateurs.

Je te laisse faire ça, dit Chris, quand ils eurent trouvé un poste libre, à l’écran peu visible des autres.

Et personne n’avait fait attention à eux. Thunder avait une image dans les médias, on pouvait le reconnaître, mais chacun avait l’esprit sur des activités plus ou moins futiles, plus ou moins sérieuses, mais surtout, des pensées plutôt égoïstes. Christopher, de toute manière, savait qu’il était moins reconnaissable quand Megastar, et c’était un avantage qu’il ne négligeait jamais. Une occasion d’être incognito, c’était du pain béni. Il laissa Jace s’affairer sur l’ordinateur, et les premières informations sur Kurt Kimmel apparurent à l’écran. Une liste de « known associates ». Des dizaines de noms.

Ce mec a bossé avec tout le monde… Il a même des contacts en dehors de Star City… Y en a beaucoup qui sont en prison, quand même. Tu crois qu’il serait allé voir un type de la liste ? Ou l’ami d’un ami ?

L’avantage qu’avait Kimmel, c’était qu’il disposait désormais d’une petite notoriété, et ceux qui ne le connaissaient que de nom dans le monde criminel devaient certainement se demander si ce ne serait pas une bonne idée de l’engager. Et si Kimmel était si intelligent qu’on le disait, et qu’il avait tout de même choisi de rester à Star City, il n’allait sûrement pas aller là où tout le monde pouvait imaginer qu’il irait.

Faut espérer, en fait, qu’il soit utile à beaucoup de monde, parce qu’y en a qui pourraient décider qu’il vaut mieux le tuer…

Après un moment à naviguer entre les pages, Chris montra du doigt une adresse. Celle d’un petit café très respectable installé à seulement deux-cents mètres d’où ils étaient. C’était si proche du commissariat que c’était plus que risqué de s’y aventurer quand on était un criminel recherché. Mais justement, personne ne pouvait croire qu’il serait assez fou pour faire ça. Et même s’il n’y était sans doute déjà plus, peut-être était-il passé par-là.

C’est à côté, on perd rien à aller voir. Si ça s’trouve, il est passé là y a pas longtemps… Après, faut être subtil et discret au max, sinon, ça risque d’alerter les mecs du café et les flics… Manquerait plus que Hartz nous tombe dessus dès le début… Mais bon, si ça arrive, on dira que c’est un ordre de mission de la Team… Ouais, ça va nous retarder… Y a autre chose que tu veux me montrer ?

Les deux ados étaient assis l’un à côté de l’autre, et en se penchant un peu, Chris effleura la cuisse de Jace. Ils étaient en public, mais leur position était discrète… Depuis la révélation de leur attraction mutuelle, ils avaient réussi à reprendre une relation « normale », à moins penser à l’autre pendant les cours, mais ça restait assez difficile pour Christopher de regarder Jace sans avoir envie de l’embrasser. S’embrasser, c’était tout ce qu’ils avaient fait pour l’instant, et ça convenait très bien, parce qu’ils ne voulaient ni l’un ni l’autre aller trop vite. Ils entretenaient le « meilleur ami » en public, et personne ne se doutait de rien. Au contraire, beaucoup s’étaient réjouis de voir que Jace et Chris s’étaient de nouveau rapprochés après quelques mois de disette.
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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 15:51 Message
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Les deux adolescents avaient pénétré dans le cybercafé et, après un rapide détour aux toilettes qui leur avait permis d’enfiler une tenue civile plus appropriée à leur nouvelle mission d’enquêteurs que les costumes de la Team endossés au QG des marshalls, quand ils avaient encore eu l’espoir de pouvoir prêter leur assistance de manière plus officielle, ils s’installèrent devant un écran. Pour donner le change, Jace avait posé les mains sur le clavier, mais l’ordinateur avait répondu beaucoup plus aux impulsions de sa volonté qu’à celle de ses doigts : il avait recrée rapidement dans la machine les dossiers mémorisés dans le disque dur de Hartz.

Un sourire s’était dessiné sur ses lèvres : c’était un monde immense à explorer et comme un jeu. Il fallait de minuscules impulsions électriques pour obtenir un 1 à côté des 0, puis transformer cette succession de chiffres en un code machine, et le code en un code plus élaboré, pour remonter petit à petit jusqu’au programme. Dans un pareil exercice qui aboutissait aux résultats graphiques, sur l’écran, Jace employait toute la finesse de son électrokinésie et toute la force de sa super-intelligence. C’était un peu le même plaisir que celui qu’il éprouvait en travaillant soigneusement, en des heures de concentration, de petits détails sur des figurines en bois, dans son atelier.

Tous les dossiers furent reconstitués et le jeune homme poussa un soupir de satisfaction. Des frissons avaient couru sur ses avant-bras et il tourna les yeux vers Christopher avec un sourire victorieux, espérant bien qu’il avait réussi à l’impressionner, avec ce petit tour de passe-passe. Depuis le développement de cette cyberpathie, qu’il avait tenue secrète pour pouvoir en faire la surprise à Sydney, à son père et à son ami, et leur montrer qu’il n’était pas doué que pour créer des éclairs et se battre, il craignait que son entourage n’appréciât pas assez le degré de maîtrise, de finesse et d’expertise que de semblables opérations exigeant. Mais Christopher, lui, le regardait toujours comme s’il était la première merveille du monde.

Les yeux de Jace se reposèrent sur l’écran, pour regarder les données qui naviguaient toujours dans son esprit. Sa mémoire n’était pas parfaite et, souvent, il effaçait, après une mission, des informations inutiles, un peu comme il l’eût fait avec un véritable ordinateur. Elle restait cependant immensément supérieur à celle d’un humain normal et il naviguait mieux dans ses pensées que sur l’écran. Il avait donc passé les commandes à Christopher, qui parcourait à son tour les dossiers. Jace devait bien s’avouer beaucoup plus fasciné par des criminels comme Kimmel, dont l’engagement au sein du Milieu était des plus fastidieux de prime abord et des plus nécessaires après examen, que par les carrières spectaculaires des psychopathes de premier ordre. Les grands déments criminels avaient tous plus ou moins la tête de l’emploi ; Kimmel, lui, avait tout simplement ce visage anodin et fade dont on ne se souvenait pas, le visage du quotidien derrière lequel se cachait l’ampleur du crime.

La liste que déroulait Christopher était impressionnante et ce n’était là que les associés que les marshalls, la SCPD et le FBI lui connaissaient. Combien d’autres étaient demeurés dans l’obscurité, par l’habileté de Kimmel ? Et combien de ces noms n’étaient que poudre aux yeux, pour jeter d’éventuels enquêteurs sur une fausse piste ? Tout intelligent qu’il fût, Jace se sentait un peu perdu devant l’immensité de la tâche qu’ils avaient devant eux ; heureusement, Christopher, comme souvent, se montra plus analytique et stratège que lui, en pointant une adresse qui sortait de l’ordinaire précisément parce qu’elle était ordinaire — à l’image de Kimmel, en somme. Jace hocha la tête.

— On va aller là, t’as raison. Pour le reste, c’est des documents d’enquête, des trucs par rapport à sa famille. Je pense pas que ça serve beaucoup. Mais attends, j’vais faire le tri et mettre l’essentiel sur son téléphone, ça va pas prendre longtemps.

Lui avait toujours ces téléphones archaïques qu’il avait adopté, en constant qu’il les grillait beaucoup plus souvent que de coutume. Maintenant que sa cyberpathie était développée, il était un peu frustré de ne pas avoir constamment à sa disposition un ordinateur dans la poche, mais enfin : il se reposait sur Christopher. Il se concentra sur le téléphone de son ami et, après quelques minutes de silence et d’immobilité rêveuse, il finit par reprendre la parole.

— OK, c’est bon, on y va.

Les deux adolescents sortirent du cybercafé et, une fois à l’abri des oreilles trop indiscrètes, Jace exposa son plan.

— Voilà c’que j’propose. Toi, à un moment, tu fais mine d’aller aux toilettes, pour t’introduire dans l’arrière-boutique et voir si y a des trucs secrets. Moi, j’déglingue un peu l’électricité, enfin on verra les appareils qu’on trouve, pour faire diversion, histoire que tu sois tranquille. On reste en communication avec les oreillettes. Puis je te rejoins par l’extérieur.

S’il volait moins vite que son ami, à la différence de Megastar, Jace n’avait pas besoin de se transformer en colosse pour décoller et ses infiltrations aériennes étaient par conséquent beaucoup, beaucoup plus discrètes que celles de son ami. Forts de ce plan, ils pénétrèrent bientôt dans le café voisin, tout à fait à la hauteur de sa réputation : rien de remarquable. Quelques habitués regardaient les courses hippiques en sirotant leurs consommations, deux jeunes banquiers s’offraient une pause bien méritée autour du billard après une réunion trop longue et le barman profitait du calme ambiant pour laver consciencieusement les verres.

Avec son aisance naturelle, Jace s’avança pour commander deux cocas et ils s’installèrent bientôt à une table, sur la banquette, l’un contre l’autre, pour faire mine de regarder les courses. Jace avala une gorgée de sa boisson et murmura :

— N’empêche, c’est à se demander ce qu’il serait venu faire ici. Mais peut-être que l’extrême normalité, pour un type comme lui, c’est un peu comme le grand frisson pour quelqu’un de normal, tu sais.

Et de fait, Jace lui-même n’était pas sans éprouvé un plaisir certain quand il pouvait s’asseoir devant un jeu quelconque, une émission, et oublier quelques heures qu’il était le leader de la Team Alpha.
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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 22:18 Message
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Christopher était fasciné de voir avec quelle facilité son ami, désormais, arrivait à enregistrer les informations et naviguer à travers les outils informatiques, matériels et immatériels. Quand il prit le relai à la souris, il avait énormément de matière pour repérer la petite bête. Petite bête qui prit donc la forme d’une adresse. Jace emprunta ensuite le téléphone de Chris pour y mettre les informations essentielles, qu’ils n’aient qu’à consulter l’appareil pour les trouver. Et puis, ils se retrouvèrent dans la rue et le blond exposa le plan, qui fut approuvé sans réserve par le brun. Quelques minutes plus tard, ils entraient incognito dans le café, et personne ne leur prêta attention, hormis le barman, qui leva les yeux vers eux, avant de les reposer sur le verre qu’il essuyait consciencieusement. Jace commanda deux cocas, et les deux jeunes commencèrent à les siroter, installés à une table.

T’as vu sa photo, je suis pas sûr que le type moyen serait capable de le reconnaître parmi d’autres petits gros à lunettes… Il a un physique tellement banal, il doit savoir qu’il peut passer inaperçu. Et au pire, s’il se refait prendre, il peut très bien s’évader encore… D’ailleurs, faudra qu’on fasse en sorte, si on le chope, qu’il recommence pas…

Chris but une longue gorgée de coca et observa les lieux. On ne faisait pas plus commun. Les sièges, les tables, le bar, les bouteilles, le billard, les clients. Un café comme il devait en exister des milliers à travers le pays. Un homme banal pouvait donc bien venir ici et en repartir comme s’il n’était jamais venu, sans marquer un seul instant les esprits. Or, d’après les informations récupérées dans son dossier, Kurt Kimmel venait régulièrement ici pour boire son café en lisant son journal. L’intuition de Christopher lui soufflait qu’il devait y avoir autre chose. Tout simplement parce que les autres pistes, explorées par la police, le FBI, n’avaient rien donné.

J’vais pisser, annonça-t-il, après une nouvelle gorgée de coca, et en se levant.

Le barman leva à nouveau les yeux et le regarda passer pour se diriger vers l’arrière de l’établissement, avant se reporter son entière attention sur sa tâche en cours. Chris, lui, passa une première porte, et arriva dans un petit couloir. Sur sa droite, « toilettes ». Sur sa gauche, un accès vers la petite cuisine. En face, « privé ». Il s’assura qu’il n’y avait aucune caméra et appuya sur la poignée. Ce n’était pas verrouillé. Derrière, une remise, avec des chaises et des tables en rab, de la vaisselle, des caisses de bouteilles… Il fit rapidement le tour, avant de remarquer un petit meuble à étagères… Il s’en approcha et s’intéressa à l’arrière : il avait l’air d’avoir été déplacé. Après un regard vers la porte pour s’assurer que personne n’entrait, il décolla le meuble du mur. Derrière, il y avait une petite porte.

J’ai trouvé une sorte de passage secret… Surveille bien le barman, il va finir par se demander c’que j’fous… J’vais voir, transmit-il grâce à l’oreillette.

La trappe n’était pas verrouillée non plus. Il se retrouva dans un vestibule, avec un escalier métallique en colimaçon. Il sortit son téléphone et s’en servit pour s’éclairer. Arrivé en bas, il trouva une nouvelle porte. Celle-ci, en revanche, était scellée. Et aucun verrou. Mais un digicode. Là, impossible pour lui d’ouvrir, à moins de se transformer et de défoncer la porte. Et mieux valait un minimum de discrétion…

J’ai trouvé une porte, avec un clavier et un code… Là, c’est plus ton truc… Je remonte.

Après s’être assuré qu’il n’y avait personne dans le couloir, il finit par revenir dans la salle, avait l’air soulagé de celui qui revient des toilettes. Il retourna s’asseoir et se pencha vers Jace.

Dans l’arrière-salle, y a une trappe derrière le meuble, et un escalier… La porte est en bas. J’aurais pu la défoncer, mais c’est pas vraiment discret… Si ça se trouve, y a pas grand-chose derrière, mais bon, c’est pas commun dans un café comme ça.

Le barman avait terminé ses verres et décida, devant l’afflux nul de clients, de s’octroyer une petite pause en allant se mettre pépère devant la télé, avec une bouteille de bière.

Tiens, il regarde une redif du match d’hier… Si jamais je vois qu’il s’intéresse trop à ton absence, j’irai… euh… lui parler, quoi.

Chris s’était senti rougir. Rien que l’idée d’aller aborder quelqu’un le mettait mal à l’aise. Mais pour que Jace puisse avoir le temps qu’il fallait, pour qu’il n’ait pas d’ennui, il lui faudrait bien se surpasser un peu. Il but une nouvelle gorgée de son coca pour reprendre un peu contenance.

Je… j’te couvre, quoi.

Il baissa les yeux, avant de les planter tout droit dans ceux de son ami. Il aurait voulu l’embrasser, en signe d’encouragement, alors il mettait dans cet échange visuel tout ce qu’il aurait voulu transmettre avec ses lèvres, sa langue… Et quand Jace fut parti à son tour, il concentra son attention sur le barman, qu’il voyait de trois-quarts dos.
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Message posté : Mar 28 Jan 2014 - 14:47 Message
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Jace imaginait certes sans mal les difficultés que devaient rencontrer les enquêteurs quand ils tentaient d’interroger des témoins à propos de Kimmel. Lors de son stage estival à la SCPD, le jeune super-héros avait eu un aperçu des contradictions flagrantes que la confrontation de témoignages faisait presque toujours émerger : le suspect était blond ou brun, grand ou petit, caucasien ou asiatique. Rien de très stable, même lorsqu’une particularité semblait devoir le signaler à l’attention des passants. Alors un homme comme Kimmel, dans un bar comme celui-ci, même habitué, pouvait fort bien passer entièrement inaperçu.

Sauf, bien sûr, si le café lui servait de façade pour les activités criminelles du si fuyant comptable. L’adolescent hocha la tête quand son ami s’éclipsa finalement et, peu après la disparition de Christopher dans le couloir qui menait indifféremment aux toilettes ou à l’arrière-boutique, l’écran de la télévision se mit à grésiller, d’abord sans alerter les quelques spectateurs, puis bientôt avec assez de régularité pour susciter une rumeur de mécontentement. Le barman posa son verre et grimpa sur un tabouret pour en vérifier les branchements, tandis que le poste continuait à faire des siennes : le temps qu’il revissât chaque câble et s’assurât que la prise ne fumait pas, le temps de donner encore une tape sur le plastique et de constater que, finalement, l’image se stabilisait, Megastar avait amplement eu le loisir de revenir à sa place en se secouant ostensiblement les mains.

Thunder écouta le rapport de son petit ami et sourit en écoutant sa proposition de diversion. Les yeux dans ceux du jeune homme, il murmura :

— J’suis sûr que tu te débrouilleras comme un chef.

Son sourire s’agrandit et il ajouta, mi-sérieux, mi-plaisant :

— Puis au pire tu peux toujours renverser ton verre sur un type à l’air pas commode, ça devrait faire une assez bonne diversion.

Il avala à son tour le reste de son verre de coca et se leva, se retournant en chemin vers Christopher, comme s’il lui demandait du regard la direction des toilettes, avant de disparaître dans le couloir. Dans ces locaux encore assez exigus, il eut tôt fait de repérer la petite pièce que son ami avait évoquée, puis la trappe derrière l’étagère et l’escalier qui menait à la porte au clavier numérique. Ce n’était pas exactement le dernier cri des systèmes de sécurité mais, malgré tout, Christopher avait eu raison : on ne s’attendait pas à ce qu’un bistrot aussi banal eût de pareils secrets.

Jace fixa quelques secondes le clavier et, bientôt, l’appareil émit un petit bip et le jeune homme put ouvrir la porte. En pénétrant dans ce qui n’était rien d’autre qu’un petit bureau, le Légionnaire commença par vérifier aussi rapidement que possible s’il n’y avait pas d’alarme. Mais en dehors du digicode et d’une lampe de bureau, la pièce n’offrait aucun site de technologie : ce n’était pas Kimmel qui se ferait pirater son système. En revanche, il était exposé aux incendies. La petite pièce était envahie par les dossiers, qui s’élevaient en piles jusqu’aux plafonds, posés les uns sur les autres, sans étiquette, sans aucune indication : tous de la même couleur, tous à peu près de la même épaisseur.

C’était peut-être le système de sécurité le plus efficace : impossible de savoir où commencer. Jace soupçonnait même une bonne partie de ces documents d’être parfaitement inutiles, simple botte de foin dans laquelle se cachait l’aiguille. Sans la toucher, il régla un chronomètre d’une minute à son montre, le temps qu’il s’accordait pour fouiller, avant de remonter. Il prit un dossier, se mit à passer en revue les feuilles aussi vite que possible, sans chercher à comprendre ce qu’il lisait, persuadé que son cerveau les enregistrait. Quelques semaines plus tôt, il n’eût pas osé se reposer sur cette intelligence qu’il ne sentait guère que bourgeonnante. Ce jour-là, c’était encore la première fois qu’il faisait le pari de ses capacités.

Un dossier, puis un suivant, puis encore un autre. Seul un cerveau fonctionnant, comme le sien, à plein régime, bien au-delà des capacités humain, était capable d’engranger sans se poser de questions une pareille quantité de données. La montre vibra discrètement et, avec des gestes un peu automatiques, Jace referma le dossier, le rangea et rebroussa chemin. Un détour par les toilettes et il revint près de Christopher, un peu pâle.

— On y va ? J’me sens pas bien.

C’était à la fois parfaitement crédible — il était allé aux toilettes parce qu’il était malade — et parfaitement vrai : il avait mis son cerveau à rude épreuve et il suffisait d’un coup d’œil pour constater qu’il n’était pas au mieux de sa forme. Les informations trop rapidement engrangées semaient la pagaille dans ses pensées et n’avaient rien de très digestes, comme un repas avalé à un rythme effréné. D’ailleurs, à peine furent-ils sortis du café que Jace s’agrippa au bras de Christopher et porta une main à sa tempe.

— …ça tourne… je les ai, passé le clavier, y avait plein, après la porte, un bureau, j’ai trouvé, de dossiers, rapidement, tous lus. Non. Non c’est pas ça.

La main de Jace se crispa sur l’avant-bras de son ami, tandis que le jeune homme fermait les yeux, pour tenter de remettre de l’ordre dans les pensées que son cerveau traitait trop vite, en même temps. Un peu comme lorsque ses étincelles lui échappaient, il avait l’impression qu’une tempête s’agitait sous son crâne. D’une voix laborieuse, il articula :

— J’ai lu plein d’dossiers, j’ai besoin de…

Il sursauta quand une voiture klaxonna, à deux pas de là. Les bruits du centre montaient, montaient, montaient en lui, jusqu’à le submerger. Son sang battait dans ses veines.

— …calme. Tour de la Paix.

Le trajet jusqu’au siège de la Légion et au logement du Commander et de sa famille, s’il fut court, n’en fut pas moins laborieux. Plus les secondes passaient, moins Jace semblait capable d’accomplir les tâches les plus élémentaires de son orientation urbaine : il avait failli traverser une artère envahie par les voitures au feu rouge, s’était trompé deux fois de direction jusqu’à ce que Christopher le rattrapât pour le remettre dans le droit chemin, murmurait des fragments de phrase sans queue ni tête et était pris, semblait-il, de bien fréquents vertiges. Comme nombre de mutants adolescents, malgré son entraînement, il avait toujours eu quelques difficultés à contrôler en permanence ses pouvoirs, mais c’était la première fois qu’il perdait le contrôle de sa super-intelligence ; si les éclairs étaient un danger pour les autres, il devenait bien vite évident que ses pensées étaient un danger pour lui-même.

— Ah, tu es de retour. Bonjour Chris. Ça s’est bien p…

Mrs. Roberts s’interrompit en voyant son fils appuyé sur Christopher et le regard dans le vide. Elle les avait salués distraitement, penchée sur des dossiers du travail. Elle releva les yeux. Que son mari ou son fils rentrât blessé, c’était sa hantise quotidienne. Jace leva une main rassurante pour prévenir ses questions et murmura en guise d’explication :

— Migraine.

Elles étaient assez nombreuses, encore, et assez violentes, ses migraines, pour que l’excuse fût crédible. Mrs. Roberts hocha la tête tandis que Jace se laissait conduire jusqu’à sa chambre par Christopher. Il s’effondra sur le lit et, sans avoir le courage d’être poli, murmura :

— Les rideaux. Ferme les rideaux.

Il avait déjà enfoui sa tête sous l’oreiller, pour se préserver de la lumière et du son. Il n’avait pas même pris le temps d’enlever ses chaussures. Se calmer. Trier les informations. Dans la cuisine, Mrs. Roberts avait enlevé ses lunettes et se massait l’arrête du nez. C’était peut-être l’âge, c’était peut-être le fait que la carrière héroïque de son fils continuât à se développer, mais elle se sentait de moins en moins apte à faire face aux incertitudes d’une pareille existence. Ce qu’elle espérait, c’était de convaincre Jace d’aller à l’université, ailleurs qu’à Star City, pour se consacrer à ses études et à lui-même, plutôt qu’à la Légion et aux criminels.
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Message posté : Mar 28 Jan 2014 - 19:54 Message
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Ce qui devait arriver arriva : l’homme se demanda où était passé le jeune blond. Il ne cessa, pendant une minute ou deux, de regarder vers le couloir. Chris prit son courage à deux mains et, muni de son verre de coca quasiment vide, alla se poster derrière la chaise, légèrement en décalé. Il respira, déglutit, respira encore un peu, déglutit de nouveau, se retint de retourner s’asseoir, puis croisa le regard d’un des types qui jouaient au billard. Ce qui suffit au barman pour sentir que quelque chose se tramait. Il regarda en arrière et vit cet ado qui se tenait là.

Qu’est-c’tu fous là, toi ? T’veux m’assommer ?
Hein ? Nan nan, pas du tout, je… j’venais voir l’match de plus près, c’est tout… Comme j’ai pas pu l’voir hier…
Oh… Tu penses quoi d’la saison qu’y font ? Pas terrib’, hein ?
Ouais, c’est pas parti comme il faut, mais ils vont s’reprendre. Pi là, vu qu’y mènent, ils remontent un peu au classement…
Oh, ça va ptêt pas durer, ça, crois-moi !

Le silence revint entre eux. Au moins, la diversion avait totalement détourné l’attention de l’homme, qui ne s’intéressait plus à l’absence de Jace. Qui ne tarda pas à reparaître, pâle comme un linge. Aussitôt, inquiet, Chris récupéra leurs affaires et ils sortirent. Dehors, son petit ami s’accrocha à son bras : l’utilisation excessive de son pouvoir l’avait vidé d’une partie de son énergie et, pire, il était confus et déstabilisé. Le brun passa le trajet du retour à le guider, l’empêcher de se faire écraser, le retenir quand il prenait la mauvaise direction, et c’était en le soutenant qu’il poussa la porte de l’appartement des Roberts. Où les attendait Mrs Roberts, qui commença à s’affoler, avant d’être arrêtée dans son élan par son fils.

Bonjour, Mrs Roberts. Ne vous inquiétez pas, ça va lui passer…

Chris conduisit Jace dans sa chambre, et ce dernier s’écroula sur le lit, avant de s’enfouir sa tête sous l’oreiller. Christopher alla fermer les rideaux, plongeant la chambre dans une semi-obscurité, avant de retirer les chaussures de son ami, puis les siennes, et de s’asseoir en tailleur juste à côté de lui. Il allait falloir un peu de temps avant que Jace ne puisse faire le tri et le classement de toutes les données qu’il avait engrangées… Après une courte hésitation, le brun tendit la main pour caresser le haut du dos du blond.

Ça va aller ? Tu veux un truc, un médicament ?

Là, il se sentait clairement impuissant. Il se releva et alla s’installer au bureau, où il alluma la lampe avant de sortir une feuille de papier et de prendre un stylo. Il nota « 52, 47th Avenue : Gilian’s Café ». Et en dessous, il écrivit ce que lui avait pu observer. « Café banal, calme. Ressemble à n’importe quel café. Clientèle d’affaires. Couloir menant à une réserve. Trappe derrière un meuble. Escalier en colimaçon. Porte blindée munie d’un clavier à digicode. » Ce n’était pas grand-chose, mais il allait pouvoir en obtenir un peu plus avec l’aide de Jace, qui s’était introduit dans le bureau qu’il y avait derrière. Faire ça à la main, c’était un moyen de s’occuper utilement, et au moins, il pourrait les remettre à Jace sans risque qu’il grille un quelconque appareil. Il n’écrivait pas trop mal, de toute manière. On frappa à la porte. Chris se leva pour aller voir, et tomba sur Mrs Roberts, qui lui tendit un verre d’eau et un comprimé. Il la remercia avant de retourner s’asseoir sur le lit.

Tiens, ta mère est venue t’apporter ça. J’imagine que ça peut pas te faire de mal.

Devant le manque de réaction, il posa le tout sur la table de chevet avant de s’étendre près de son petit ami, et de soulever l’oreiller, légèrement.

Dis, tu devrais vraiment prendre ce truc. Je comprends que t’aies mal, mais j’ai fermé les rideaux, et ptêt qu’en me parlant, en me donnant les infos, même dans le désordre, ça va t’aider, ça va faire un peu le vide, ou le tri, naturellement… Si tu restes comme ça, ton mal de crâne va empirer.

Puis il glissa le visage sous l’oreiller pour déposer un baiser sur le front de Jace. Et hop, il se redressa pour retourner s’asseoir au bureau, de façon à être paré pour quand le blond se déciderait à parler. Ce n’était pas gagné, et ils avaient leur temps, mais ça cassait un peu le rythme de la mission. Kimmel n’allait sans doute pas s’envoler comme ça, bien sûr, mais Chris avait vraiment envie de lui mettre la main dessus, ne serait-ce que pour prouver à Hartz qu’elle avait eu tort de les exclure de l’enquête. Elle lui faisait un peu peur, parce que c’était une dure à cuire qui ne craignait pas de dire ce qu’elle pensait, alors il voulait pouvoir gagner son respect pour atténuer un peu ce drôle de sentiment. Il voulait être plus fort. Se laisser moins facilement impressionner. Mais pour ça, il fallait que Jace se sorte de son mal de tête, et qu’il livre les informations découvertes dans le bureau.
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Message posté : Mer 29 Jan 2014 - 11:11 Message
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Ah, ça, il n’était pas fier de lui, Thunder. Terrassés par des dossiers de comptabilité, de plus héroïques que lui l’eussent été aussi. Mais il avait cru que son intelligence fonctionnerait comme l’arme ultime dans ce genre de situations. Après tout, il avait vu, pendant toute sa scolarité, les premiers de la classe répondre à toutes les questions en cours, avoir toujours des bonnes notes, et il avait toujours cru qu’à partir d’un certain niveau, le monde devenait simplement clair, les informations s’organisaient d’elles-mêmes et il suffisait d’une demi-seconde pour trouver celle qu’on cherchait.

Eh bien, devinez quoi ? Ça ne se passait pas du tout comme ça. Son esprit était en train de faire des rapports entre des choses tout à fait inutiles. Il comptait bien malgré lui le nombre de voyelles sur chaque page et tentait d’y découvrir un code secret qui n’existait pas. Il les classait en fonction de l’encre plus ou moins épuisé du stylo plume qui les avait écrites. Des schémas de moins en moins probables et de plus en plus abstraits se mettaient en place dans sa petite tête blonde trop bien faite, à partir des récurrences les plus hasardeuses et les plus anecdotiques.

La chambre fut bientôt plongée dans l’obscurité et Jace n’entendit pas grand-chose de remue-ménage, jusqu’à ce que Christopher vînt s’allonger près de lui, l’inciter à prendre les choses en main et l’embrasser. Le super-héros ouvrit un œil toujours un peu absent pour fixer son petit ami qui se relevait et finit par se débarrasser de son coussin, pour rouler sur le dos, un bras sur les yeux. Il poussa un long soupir et grogna :

— …j’ai mal…

Pour que Jace se plaignît, il en fallait en beaucoup. Ce n’était pas vraiment la douleur qui le dérangeait, en réalité. Il avait eu des migraines plus coriaces. Ou bien, plus exactement, la douleur n’était pas physique : c’était une sorte de confusion grandissante, semblable à ces rêves où le monde était à la fois clair et impossible à saisir et où chaque geste, chaque pensée, n’émergeait qu’après un laborieux travail de maturation. Quelques secondes plus tard, le jeune homme finit tout de même par se redresser en se calant contre son oreiller et par attraper le verre d’eau et le comprimé.

Après les avoir avalés avec une légère grimace, il jeta un coup d’œil à Christopher et constata :

— T’es trop mignon, j’ai envie de toi.

Avant de se demander si cette pensée-là ne faisait pas partie, par hasard, de celles qu’un tri préalable était censé l’empêcher d’exprimer. Tout lui venait en désordre. L’adolescent rougit violemment en comprenant ce qu’il venait de dire.

— Oh la non, oublie ça, enfin si, enfin non, enfin… aaaah, j’ai maaal…

Excellente diversion s’il en était. Plus remarquable encore celle de son ordinateur portable qui venait brusquement de s’allumer et dans lequel le code d’accès sembla bientôt se rentrer tout seul. Se connecter à une autre mémoire pour vider une partie de la sienne semblait le geste le plus naturel à Jace.

— Tiens, prends l’PC, viens là. Les stylos, c’est has been.

Quand Christopher l’eut rejoint sur le lit, Jace s’y laissa un peu glisser, se faufila entre les bras de son ami et posa la tête sur son coude, pour regarder du coin de l’œil l’écran, plus par habitude que par nécessité, tant les données de l’ordinateur lui semblaient plus clairement représentées dans son esprit que sur l’interface graphique. Une fois la session ouverte, des tableurs et des pages de traitement de texte s’ouvrirent les unes après les autres et commencèrent, simultanément, à se remplir : il y avait des colonnes de comptes, sans surprise, fruits de l’activité de Kimmel, des rapports laconiques et efficaces, mais également des dizaines de pages absolument sans intérêt, la fameuse botte de foin, faites des journaux recopiés consciencieusement par le comptable, lorsqu’il buvait son café au Gilian’s.

Jace avait fini par fermer les yeux. Lové contre Christopher, une jambe par dessus les siennes, les bras serrer autour de son petit ami, il se contentait de déverser ses trouvailles dans son ordinateur et son esprit, petit à petit, devenait plus clair. Cinq ou six lignes se terminèrent dans plusieurs documents différents et le jeune homme finit par pousser un soupir de soulagement.

— Là. Comme ça, c’est bien. C’est mieux.

Il ne se sentait pas vraiment fatigué mais un peu désœuvré, un peu vide : il fallait que les pensées ordinaires, les siennes, pas celles que Kimmel avait couchées sur le papier, revinssent prendre leur place dans son esprit. Rouvrant les yeux, il tendit le cou pour poser les lèvres sur le menton de Christopher, puis venir chercher les siennes. Sa langue venait chercher chez sa voisine une récompense bien méritée pour un si parfait travail d’investigation quand Mrs. Roberts ouvrit la porte de la chambre en interrogeant :

— Mon chéri, alors, ça va…

La mère de Jace ouvrit deux yeux ronds comme des soucoupes.

— …mieux…

Jace avait manqué de réflexes et puis, calé comme il l’était contre son petit ami, se dégager pour prendre une attitude innocente n’était pas facile.

— Apparemment oui. Euh… J’aurais dû frapper, hein. Euh… Je vais… Je vais… J’ai, j’ai les, je dois, je vais, finir un powerpoint, pour le bureau, si vous avez, euh, besoin de… Voilà.

Mrs. Roberts tourna les talons et partit se servir un verre de vin dans la cuisine, tandis que, dans la chambre, son fils adoré regardait ses pieds et murmurait :

— Oh mon dieu, oh mon dieu…

Le criminel en cavale ? Rien à faire.
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Message posté : Mer 29 Jan 2014 - 19:49 Message
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Christopher se laissa aisément convaincre par la diversion de Jace, qui se réfugia dans la douleur. Tout simplement parce que les mots l’avaient frappé, et qu’il ne voulait pas en réaliser le sens. Ce genre de pensées, il pouvait lui arriver de l’avoir aussi, mais pas de là à l’exprimer à voix haute. C’était déstabilisant. Il se sentit lui-même rougir avant de porter son attention sur l’ordinateur portable qui s’allumait. Un ordinateur, quelle bonne idée. Parfait pour concentrer son esprit sur autre chose. Il prit donc l’appareil et alla s’installer sur le lit, alors que l’écran se couvrait de données, à travers des tableaux, des listes, des pages et des pages. Jace se mit tout contre lui, et Chris le vit se détendre à mesure que son esprit triait les informations et s’en délestait. Finalement, le blond poussa un soupir de soulagement quand il eut terminé.

T’as un peu meilleure mine, quand même, commenta le brun, juste avant que son petit ami ne vienne chercher ses lèvres.

L’ordinateur fut un moment délaissé, les données oubliées… Ce baiser était comme la récompense aux efforts fournis, et Chris s’employa à la rendre plus belle, parce que Jace avait souffert, parce qu’il avait surestimé ses capacités, et qu’il méritait bien qu’on s’occupe de lui. Et alors que les langues jouaient l’une avec l’autre, un bruit vint tout interrompre. Une porte qui s’ouvre. Et Mrs Roberts vit tout. Son fils, entre les bras de son meilleur ami, en train de l’embrasser. Ils ne se séparèrent pas assez vite pour sauver un peu les apparences. Trop tard. La mère de Jace tourna les talons. Alors que son unique rejeton commençait à paniquer. Chris posa l’ordinateur à ses côtés. Il ne savait pas quoi faire…

Je… Je suis désolé… C’était… Tu… t’as qu’à dire que c’est ma faute… Que… que c’est moi qui ai voulu, et t’étais fatigué, tu t’es pas rendu compte. Elle pourra pas… euh…

C’était une improvisation particulièrement confuse, qui ne mènerait sûrement nulle part. Parce qu’elle avait vu que ce n’était pas Chris qui était au-dessus de Jace. Et il était complètement à court d’excuses. La vérité, de toute manière, était particulièrement évidente… La solution la meilleure restait peut-être de l’atténuer, de dire que c’était venu comme ça… Mais non, même pour un remerciement, ou il ne savait quoi, c’était trop.

J’me sens tellement con… ajouta-t-il, dans le dos de Jace, en passant ses bras autour de son torse, posant la tête sur son épaule. J’suis désolé… Quoi qu’il arrive, j’suis là… Je sais pas c’que tu veux faire, c’que tu veux dire, mais j’suis là… J’peux être à côté de toi, j’peux rester dans la chambre… on peut continuer à bosser… à s’occuper de… euh… ah oui, Kimmel… et euh… ou sinon, j’peux partir…

Tout se mélangeait. Leur secret, bâti depuis peu, était déjà éventé, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas été assez discrets. Leurs esprits préoccupés avait omis de gérer tous les paramètres. Et voilà que Jace se retrouvait confronté à une situation peu enviable : avoir une mère qui venait de le surprendre en train d’embrasser un autre garçon, garçon qu’elle connaissait bien, qui plus est… Chris se décolla de son petit ami, et se dirigea vers ses chaussures. Il lutta pour les enfiler.

Ouais, j’vais partir, ça vaut mieux… Je… Tu m’appelles, tu me dis… Tu…

Il se redressa, et contempla Jace quelques secondes.

Et euh… Tu…

Il secoua la tête et plaqua Jace sur le lit, pour lui rouler un patin monumental. Il se redressa de nouveau, et fit les cent pas dans la chambre.

J’ai pas envie de te laisser… Je sais pas c’qu’est mieux… Je sais pas, c’est… c’est dur… c’est nouveau… on fait quoi dans ces cas-là ?

Il s’arrêta brusquement, affichant un air déterminé.

J’vais lui parler, annonça-t-il, en se précipitant vers la porte.

Mais une fois qu’il eut la main sur la poignée, il se figea. Pour lui dire quoi ? « Ce n’est pas ce que vous croyez, il a glissé, on s’est retrouvé comme ça » ? « J’aime votre fils, je veux faire ma vie avec lui, quoi que vous en pensiez » ? « Que pensez-vous avoir vu ? Vous avez dû vous tromper, on travaillait » ? « On est jeune, c’est les hormones, ça va passer » ? « J’ai envie de toucher son corps, son torse, son… » … non pas ça. Rien de tout ça. Sa main retomba mollement, et il pivota sur lui-même.

Ou alors, on y va tous les deux. J’te tiens la main, tu lui dis. J’la connais moins qu’toi, c’est sûr, mais… j’ai toujours eu l’impression qu’elle était… euh… ouverte d’esprit ? Enfin… les parents disent ça, mais quand c’est leurs propres enfants, c’est… enfin, ta mère doit pas être comme ça, elle est… euh… moi j’pense qu’elle va comprendre… C’est… euh… c’est la nature qui fait ça. Il s’passe un truc, et pan, la flèche, tu sais…

Il se sentait un peu ridicule, à parler comme ça, mais c’était tellement inédit pour lui, qui par-dessus le marché n’avait pas confiance en lui, que la situation lui faisait dire ce qui lui passait par la tête. Mais il était résolu à respecter ce que Jace voudrait qu’il fasse.
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Message posté : Jeu 30 Jan 2014 - 17:39 Message
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— Oh mon dieu, oh mon dieu…

Il avait beau fouiller dans sa mémoire, qui n’était pas aussi parfaite pour toutes les autres années de son existence que pour les dernières semaines, il ne parvenait pas à trouver, dans les conversations qu’il avait eues avec sa mère, le moindre indice qui pût l’aider à anticiper sa réaction. Jamais elle ne lui avait dit quelque chose comme « si mon fils était homosexuel, je l’enverrais se soigner chez le pasteur » ou, au contraire, « si mon fils me présentait un homme, je lui tricoterais une écharpe », mais c’était peut-être parce que, de toute façon, elle ne savait pas tricoter.

Comment était-ce possible ? Comment en dix-sept ans avaient-ils pu éviter d’en parler ne fût-ce qu’une fois, au détour d’amis d’amis d’amis de la famille, d’un reportage ou d’un quelconque article de journal ? Il y avait bien Johnny West à la Légion. Ils n’avaient jamais parlé de Johnny ? Ils n’avaient pas lu les articles sur Chase Neutron-Grey ? Ils n’avaient pas évoqué les débats politiques sur le mariage, l’adoption, la procréation ? Ou alors il avait tout évité, soigneusement, pour éviter de savoir, de mesurer le degré de compréhension ou d’incompréhension de sa mère qu’il aimait tant, de son père qu’il respectait tant, de Sydney, de… Peu à peu, Jace voyait défiler tous les membres de sa famille, de la Légion, que sa mère était peut-être déjà en train d’appeler pour demander des conseils.

Son esprit parcourait les mêmes solutions pas du tout solutionnantes qu’évoquait Christopher : dire la vérité, mentir, mentir, mentir, s’enfuir en Laponie pour ne plus jamais croiser le regard de sa mère. Il se souvenait déjà avec honte du jour où, alors qu’il était avec Loïs, sa mère avait posé le fenouil qu’elle était en train de découper pour le regarder et dire très sérieusement « j’espère que vous vous protégez ». Il n’osait imaginer le genre de conseils ou de remontrances auxquels il aurait bientôt le droit. Allait-il retrouver demain sous la porte de sa chambre une brochure sur les dangers du fist fucking ?

Sans trop savoir comment ni pourquoi, Jace se retrouva soudainement plaqué sur le lit par un Christopher probablement tout aussi stressé que lui, mais plus volubile dans son émoi. Le baiser permit à Jace de penser à autre chose, pendant quelques secondes, mais quand son ami se détacha, le joyeux et mâle enthousiasme que ce bref échange avait suscité en lui ne fit qu’augmenter son trouble et les angoisses quant au genre de questions que sa mère — puis son père (oh mon dieu, oh mon dieu) — allait inévitablement lui poser. Et si elle lui demandait qui faisait la femme ? Et au fait, qui faisait la femme ? Est-ce que ce n’était pas une question homophobe ? Pouvait-il être homophobe ? Est-ce que la vie ? Pourquoi le monde ?

Jace finit par sortir de son hébétude catastrophée quand Christopher en vint à proposer une explication à base de flèches qui font pan, de la nature et peut-être du cinquième de béliers homosexuels, avec une dose d’ouverture d’esprit chez les bonobos.

— Non attends…

Jace se releva et passa une main dans ses cheveux, qui retombèrent en mèches blondes désordonnées — enfin, plus désordonnées que d’habitude encore. L’incident avait eu au moins le mérite de remplir son esprit vide de toute sorte de nouvelles préoccupations et il était pleinement remis de son expérience avec les dossiers du comptable.

— J’ai pas envie de faire ça maintenant.

Un peu d’honnêteté ne ferait sans doute pas de mal, alors il reconnut :

— Bon, OK, j’ai pas l’courage. J’suis désolé. D’façon, elle a compris l’message, je suppose, et on aura l’temps d’en discuter… À un autre moment. Là, on a une mission. Et ma p’tite vie, ta p’tite vie, même, tout ça, c’est pas important, tant qu’on a une mission. C’est ça la Team Alpha. C’est nous.

C’était à la fois une excellent excuse pour éviter la confrontation maternelle et une réaction typiquement jacienne : l’héroïsme avant tout, le quotidien après. Le jeune homme se pencha pour attraper l’ordinateur et le poser sur le bureau, avant d’aller ouvrir les rideaux. Il fit signe à Christopher de s’asseoir sur la chaise et se tint debout derrière lui, les mains sur ses épaules. Kimmel avait l’obligeance de leur fournir une masse considérable de documents. L’écran fut bientôt séparé en deux séries de fenêtres et Jace décréta :

— J’prends celles de gauche, j’te laisse la droite. On survole, on élimine les documents qui servent à rien et on voit si on trouve quelque chose.

De nouveau concentré sur l’écran, Jace plissait les yeux, faisant défiler les fenêtres d’un geste de l’esprit. Il y avait certains tableaux qui seraient sans doute particulièrement instructifs pour les analystes et le bureau du procureur, parce qu’ils offraient une image claire des mouvements d’argent entre différents pôles criminels, mais dont l’intérêt immédiat n’était pas brûlant. Sauvegardés, fermés. Il y avait des documents de pur remplissage, copiés d’articles de journaux sur n’importe quel sujet. Fermés, supprimés. Puis il y avait des listes de noms avec des sommes et des dates, et Jace comprit rapidement qu’il s’agissait d’un cahier d’honoraires.

Il descendit aux dates les plus récentes. À côté des derniers noms, il n’y avait pas la petite croix dont il supposait qu’elle indiquait que les règlements avaient été effectués. Certains devaient donc encore de l’argent à Kimmel, parfois des sommes considérables, et peut-être que le comptable comptait percevoir ces dettes en aides plus substantielles et concrètes, pour fuir le pays depuis Star City, solution radicale mais certes plus efficace, quand on cherchait à échapper aux marshalls, que de courir la campagne ou les villes voisines.

Après une bonne demi-heure, Jace se pencha pour déposer un baiser dans les cheveux de Christopher et lui expliqua en peu de mots ses découvertes. Croiser les noms qu’il avait obtenus avec les archives du bureau du procureur et de la police pourrait donner une première idée des endroits où chercher Kimmel. Peut-être Megastar avait-il trouvé d’autres détails susceptibles de resserrer un peu plus le champ des recherches.
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Message posté : Jeu 30 Jan 2014 - 22:48 Message
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Christopher retrouvait Jace, le Jace qu’il avait rencontré la première fois, le Jace qu’il avait fréquenté ensuite et qu’il fréquentait toujours au sein de la Team Alpha : le Jace qui était Thunder, le super-héros, celui qui enquêtait, poursuivait, combattait. Son héros. L’interruption de Mrs Roberts dans la chambre fut remisée dans un coin de leurs esprits avides de se remettre à l’affaire Kimmel. L’occasion d’en reparler viendrait. Mais le meilleur moyen de penser à autre chose, c’était de reprendre le travail. Ainsi Chris se retrouva-t-il assis devant l’écran de l’ordinateur, revenu sur le bureau, et Jace, derrière lui, mains sur ses épaules, organisa les choses. Chacun se mit alors au boulot sur sa moitié. Une demi-heure plus tard, c’est un Christopher un peu pensif qui écouta le bilan de son petit ami. Puis ce fut son tour de parler.

Y a beaucoup, beaucoup de factures. Au début, j’me suis dit que c’était un peu con, parce qu’y a pas mieux comme preuves matérielles… mais en fait, son nom apparaît nulle part.

Il donna au blond, par-dessus son épaule, une liste manuscrite.

Il utilise neuf identités différentes pour sa paperasse… Lester Linch, Warren Winston, Albert Angus, Jonathan Johnson, Roland Rock… C’est pas bête, l’idée des initiales… Bref, du coup, j’ai fait des recherches, y a aucune adresse, sur aucun des noms…

Un clic à l’écran, apparition d’une carte, avec un point rouge au milieu.

Sauf une, Zack Zembry. Zack Zembry, c’est le gérant d’une boite de striptease qui a fermé trois fois, le « Z »… mais qui a rouvert à chaque fois, parce qu’on a jamais réussi à mettre la main sur les preuves de malversations financières… Soi-disant. Alors qu’en fait…

Le brun ouvrit une autre fenêtre, utilisa la roulette, et pointa une série de lignes dans le tableur, avec seulement des initiales. BN. AR. HT…

J’me suis demandé c’que c’était… Y a des initiales partout, mais celles-là, y a la même date, sur huit lignes, 17 juin 2011… Et en fait…

Son cerveau marchait à pleins tubes. Il n’avait pas les mêmes capacités que Jace, évidemment, mais il avait pris l’habitude de les utiliser, et il avait sûrement une plus grande logique, et une meilleure organisation. Il savait aller à l’essentiel. Et quand il sentait que quelque chose pouvait être intéressant, il allait jusqu’au bout, il déroulait le fil jusqu’à terminer la pelote… Là, il déroulait encore. Hop, apparition d’un article de journal, daté du 19 juin 2011, avec un encart sur la page 4, intitulé « Le Z encore sauvé ».

Regarde… le lendemain du procès… J’ai encore creusé, et… Il ouvrit, enfin, une fenêtre issue des données privées de la Légion des Étoiles. Bruce Nixon, Antony Romero, Henry Travers… ces mecs étaient là le jour du procès. Magistrats, jurés… Ils ont été payés pour faire capoter le truc !

Savoir tout ça n’étant en fin de compte pas très utile, cela ajoutait simplement une ligne au casier judiciaire de Kimmel, aussi en vint-il au but.

Doit pas y avoir grand-chose au Z, les flics ont dû fouiller l’truc des dizaines de fois de fond en comble, mais c’est quand même une couverture. Si ça vaut l’coup de corrompre les mecs du procès, j’suis sûr qu’on peut découvrir des trucs là-bas…

Mais il avait pensé à tout. Du moins, il avait souligné tous les petits problèmes que le duo pouvait rencontrer, sans pour autant pouvoir apporter des solutions à tout…

Ouais, et du coup, toi… euh… Ben tu peux pas rentrer… Vu que t’as pas encore dix-huit ans… Mais… Enfin, j’sais que tout seul, moi, ça va être chaud, mais euh… ptêt que j’peux l’faire. Faudra bien… Alors, toi, j’ai trouvé un autre truc…

Il s’éclaircit un peu la voix et abandonna le clavier et la souris pour se lever et faire face à Jace.

Zack Zembry a une boite postale pas très loin, et… ben, y a pas de limite d’âge, et t’es sûrement plus capable que moi de voir c’qu’y a dedans, t’sais, avec ton assurance et tout, et ton pouvoir, et… Ouais, chacun de son côté, et on se retrouve après ? Ptêt que j’vais rien trouver… Nan, en fait, faudrait que j’aille avec toi…

Le peu d’assurance que Chris avait réussi à emmagasiner à l’idée d’aller affronter seul un club de striptease venait de faire « pschitt ». Il allait sûrement tomber sur des femmes à moitié nues, voire complètement nues, et il allait perdre ses moyens, et il allait se faire encore plus remarquer, et on le jetterait dehors… Et l’enquête capoterait par sa faute, et tout le plan qu’il venait de monter s’écroulait. Il baissa la tête.

Ouais… J’sais pas…

Christopher Peck dans toute sa splendeur. Incapable d’affronter une épreuve qui impliquerait le contact avec d’autres gens. Qu’ils soient vêtus ou non.
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Message posté : Ven 31 Jan 2014 - 11:59 Message
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Difficile pour Jace de ne pas être admiratif devant le travail accompli par Christopher en une demi-heure. Il avait craint un instant, quand il avait compris que son intelligence se développait au-delà des capacités humaines, quelques semaines en lui, de sentir fondre en lui l’effet que produisait toujours les analyses méthodiques et exhaustives de son coéquipier, mais il se rendait compte à présent qu’il n’en était rien : Christopher avait une façon de raisonner qui n’avait rien à voir avec sa propre habitude d’amasser les données et de se fier à son intuition. Jace pensait vite, très vite, mais il était doué à la fois pour la tactique sur le terrain et les grandes directions : entre les deux, il y avait tout un domaine d’analyse qui lui échappait encore.

Son sourire ravi commença un peu à se dissiper quand Christopher parla de s’offrir une virée, pour les besoins de l’enquête naturellement, dans un club où de tentatrices sirènes fourraient son visage dans leurs opulentes poitrines. Jace n’avait aucune idée précise sur l’orientation sexuelle de Megastar, devenue bien floue depuis qu’ils s’étaient embrassées, alors il en jugeait à l’aune de la sienne. Si son ami avait des goûts aussi variés que lui, il reluquerait peut-être sans vergogne ces créatures infernales. Bon, d’accord, il était beaucoup plus probable que le jeune homme passât son temps à regarder ses pieds pour éviter d’apercevoir un bout de cuisse, mais quand même, l’idée ne l’enchantait pas.

Il tentait de ravaler cette jalousie futile et peu constructive quand Christopher se releva pour lui faire face et hocha la tête mécaniquement. Donc, Christopher allait glisser de faux billets dans les strings de plantureuses strip-teaseuses pendant qu’il forcerait une boite aux lettres. En voilà un partage des tâches. La tentation était grande pour Jace de profiter de l’incertitude de son ami pour changer le plan somme toute parfaitement logique mais, dans un bel effort de maturité, il déclara sans enthousiasme :

— Non mais c’est bon, on fait comme ça.

Les deux garçons émergèrent finalement de la chambre pour rejoindre le salon, où Mrs. Roberts les fixa. Jace se demanda si sa mère supposait qu’ils venaient de faire grincer le sommier pendant une demi-heure. Il eut presque envie de se justifier, mais il se contenta de résumer laconiquement :

— On a une mission, dehors.
— Hm. Oui. D’accord. Soyez prudents. Protégez vous. Je veux dire, pour la mission.

Jace hocha la tête et cet échange bref mais embarrassé prit heureusement fin. Les deux jeunes gens gagnèrent le métro qui, quelques arrêts plus tard, les déposaient dans les rues qu’ils avaient autant l’habitude de fréquenter lorsqu’ils jouaient leur rôle de super-héros qu’ils s’en tenaient éloignés dans leur vie quotidienne. Le club de strip-tease était encadré par un hôtel miteux et un sex shop peu engageant. Sur le trottoir en face, des filles discutaient. La nuit était loin de tomber et pourtant, même en plein jour, ce mélange d’activités légales, illégales et grises suivait son cours sans être perturbé.

Thunder fixa le club de strip-tease.

— Bon, voilà. Tu vas bien t’en sortir. Mais euh…

Un peu gêné, en chassant une poussière imaginaire de son blouson, Jace glissa :

— Tu touches pas, hein.

Mais Christopher devait bien faire illusion !

— Enfin non, si, je sais pas. Tu fais ce qui faut. J’te fais confiance. Aller, vas-y…

L’adolescent resta sur le pavé le temps pour son ami de disparaître par l’entrée du club de strip-tease. L’estomac un peu noué, l’esprit plein des images de Christopher déshabillé par une foule de femmes en furie, le jeune homme secoua la tête et prit le chemin du magasin de photocopies qui louait, non loin de là, une cinquantaine de boites postales. En rentrant, Jace glissa un billet sur le comptoir pour acheter une carte de cent impressions, tira son devoir de mathématiques de son sac et se mit à le photocopier, aussi maladroitement que possible.

Il gagnait du temps pour laisser son esprit s’immiscer dans l’ordinateur, à côté de la caisse enregistreuse. Le fichier client des boites postales. Trouvé. Zack Zembry. Trouvé. Boîte 77. Jace effaça le nom de Zack Zembry pour le remplacer par le sien. Puis son regard, un temps perdu dans le vide, se reposa sur la photocopieuse. Il récupéra ses impressions et se présenta à la caisse.

— Salut, c’est re-moi. J’voudrais jeter un œil à ma boite postale, mais j’ai paumé la clé.

Le tenancier poussa un soupir et d’une voix lasse interrogea :

— Quel numéro ?
— 77.
— C’est quoi vot’ nom ?
— Jace Roberts.
— V’z’avez une pièce d’identité ?
— Euh, ouais, sans doute.

Jace fit mine de fouiller dans son sac et sortit finalement le passeport qu’il avait tout prêt. Le tenancier y jeta un œil avant de le lui tendre.

— Ça f’ra quinze dollars.
— Quoi ?
— Pour r’faire la clé.
— Eh bah putain, c’est pas donné !
— Vous voulez votre courrier ou pas ?

Jace poussa un soupir et tendit les billets supplémentaires, en bon client récalcitrant mais tout de même forcé. L’employé empocha les billets, lui rendit une clé de rechange et le jeune homme put bientôt vider la boîte postale de son contenu. Quelques publicités, des documents légaux relatifs aux procès et une impressionnante collection de cartes de vœux. Plutôt que de tout trier sur place, il empocha ses trouvailles et sortit du magasin, pour trouver un café dans les alentours où attendre que Christopher eût fini de se faire enduire le corps d’huile par des corruptrices dévêtues.
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Message posté : Ven 31 Jan 2014 - 16:51 Message
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Après un « au revoir, Mrs Roberts » un peu crispé, Chris ne pensa plus qu’à une seule chose : l’épreuve qu’il allait devoir affronter, qu’il avait lui-même choisi, et que Jace le poussait à faire malgré la réticence qu’il avait fini par montrer. C’est complètement terrorisé qu’il regardait l’enseigne, « Z », qui luisait de rose, entre les bâtiments un peu miteux. Il ne voulait pas y aller. Mais son ami le regardait. L’encourageait. Et était même capable de le pousser jusqu’à la porte. Qu’allait-il trouver à l’intérieur ? Il espérait qu’on n’allait pas le laisser rentrer, en fin de compte. Qu’il devait avoir falsifié sa carte d’identité. Oui, c’est exactement ce qui allait se passer. Après une grande inspiration, il s’avança et entra. Il tendit sa carte avant même qu’elle lui soit demandée. Le colosse qui faisait office de videur la prit sans un mot, y jeta un rapide regard, et la lui rendit.

Christopher déglutit, eut un sourire tendu, et passa un rideau qui donnait sur la salle principale. Il faisait chaud. Une petite dizaine d’hommes étaient présents, dont quatre ou cinq tout contre le podium, qui s’avançait jusqu’au milieu de la pièce. Dessus, contre une barre de pole dance, une femme qui ne portait plus qu’un string à peine visible se déhanchait de façon beaucoup trop sensuelle. Danser comme ça devrait être interdit. Chris déglutit à nouveau et détacha son regard des courbes qui appelaient toutes ses hormones à s’exprimer. La mission. Se concentrer sur la mission. Il pivota sur lui-même et rentra dans un grand costaud.

Hey, doucement, gamin, lança le type, d’une voix étonnamment douce, avant de le détailler de la tête aux pieds. Toi, c’est la première fois que tu viens dans un truc comme ça, j’me trompe ?
Euh… C’est… euh… en fait… Je…
Ouais, c’est bien c’qui m’semblait. Viens donc par-là, j’te paie un verre.

Peu désireux de contrarier l’homme et de se faire trop remarquer, Chris le suivit jusqu’au bar, sans oublier de regarder autour de lui en quête d’un indice.

Tu prends quoi ? Bière ?
Euh… un co… coca, euh… siouplé…
Ah ! Coca ! Vous les jeunes ! Un coca et une pinte, Tim.
Tout de suite mon chou !

Christopher n’avait jusque-là pas fait attention à l’allure du barman. Une folle. Le cliché de la grande folle homosexuelle. Torse nu, vêtu d’une sorte de slip en cuir, maquillé… Le jeune homme chercha quelque chose sur quoi poser le regard. Mais il n’eut pas le temps de trouver, « mon chou » l’embarquant en lui prenant doucement le bras jusqu’à une petite table près du podium. Il s’installa et désigna la chaise devant lui.

À la tienne, gamin !

Une grosse, grosse rasade de bière plus tard, le type appela :

Nadia !

Cinq secondes plus tard, un rideau au bout de la scène s’ouvrit, laissant apparaître une femme. Une femme vêtue. De cuir. Moulant. Et rouge. Avec une fermeture éclair. Qui si elle descendait jusqu’en bas ne laissait aucune place à l’imagination. Le temps qu’il se rende compte de ce qui se passait, Nadia s’était assise sur ses genoux, face à lui.

Salut, beau brun.

La côte d’alerte atteignit son maximum. Avant même qu’elle n’ait fait quoi que ce soit. Il était même trop tétanisé pour que son corps réagisse correctement à ce genre d’avance.

Il est coincé, ton pote, Pete.
C’est la première fois, Nadia. Il…
Si tu veux mon avis, les femmes, c’est pas son truc…

Et Nadia se leva pour s’en retourner à ses occupations, laissant un Chris rouge comme une pivoine, incapable de respirer. C’était la première fois qu’il était en contact aussi rapproché avec une femme. Et ça ne lui avait fait aucun effet. Parce qu’il était sur le point de céder à la panique.

Hey, décompresse, gamin. Bois un coup.

Christopher souffla lentement, prit sa bouteille de coca, la porta à ses lèvres, et manqua de s’étouffer à la première gorgée. Pete dut se lever pour lui taper dans le dos.

Ben dis donc, c’est à s’demander c’que tu fous là, si c’pas pour les filles !

Ah, il mettait le doigt sur quelque chose. C’était sans doute le moment d’en profiter. D’abord, retrouver la pleine possession de ses moyens. Ensuite, surfer sur la vague : Pete se montrait très gentil avec lui, ça aurait été dommage de laisser passer l’occasion.

Je… euh… En fait… C’est… mon patron, un… qui bosse… Allez, Chris, tu peux le faire ! Paul Mikaelson, le proprio des boutiques « Azur », qui m’envoie. Il… il m’a demandé de rencontrer… Zack Zembry.

Pete fronça les sourcils. On allait voir s’il mordait à l’hameçon ou bien s’il le faisait foutre à la porte.

On a pas vu Zack depuis des mois, gamin. Demande à Tim.
Ouais… euh… j’vais demander maintenant… euh… j’suis un peu pressé… je… merci pour le coca.

Christopher fonça presque jusqu’au comptoir. La grande folle s’accouda devant lui et sembla vouloir lui faire un numéro de charme. Ne pas regarder son torse. Ne pas le regarder.

Je peux faire quelque chose pour toi, chéri ?
Euh… Je… cherche Zack… Ou quelqu’un qui… euh… l’aurait vu…
Oh. Pas depuis des mois, tu sais. Mais tu peux aller voir Erik. Tiens, je te file son adresse. Erik Southman. Dis-lui que tu viens de ma part, chéri.
Merci. Euh… au revoir.

Chris quitta les lieux si vite qu’il se demanda s’il ne s’était pas téléporté. Il courut jusqu’au café où l’attendait déjà Jace. En entrant, il s’affala sur son siège et se contenta de poser la petite carte sur la table. Il aurait adoré pouvoir se lover dans les bras du blond, le temps que tout ce qu’il avait accumulé comme stress retomber, mais ils étaient en public… De toute manière, il n’avait rien à dire, l’essentiel était noté sur le petit bout de carton.
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Message posté : Sam 1 Fév 2014 - 11:20 Message
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Jace tordait sa paille avec une vigueur frénétique. En ce moment précis, une jeune femme à l’opulente poitrine caressait de ses fesses le visage de Christopher. En cet instant maudit, le jeune homme se rendait compte que, finalement, les pectoraux et les abdominaux d’un très sportif Thunder ne valait pas les jolies poitrines d’une strip-teaseuse. En cette minute terrible, Megastar comprenait qu’il était bien plus agréable de manger de la glace à la vanille que de la glace au chocolat. Et il n’avait qu’une paille, lui, pour passer ses nerfs.

Une paille et les flippers du café, qui affichaient des scores délirants et refusaient de fonctionner correctement depuis que l’adolescent avait pénétré dans l’établissement. Thunder avait bien du mal à se concentrer sur les papiers récupérés dans la boîte postale de Zembry. Il n’y avait à première vue rien d’intéressant et c’était précisément le plus suspect. Kimmel faisait certes un certain effort pour se fondre dans le paysage, mais très franchement, il était peu probable qu’un patron de bar à strip-tease ou un comptable véreux reçût pour la bonne année autant de cartes de vœux. Il y avait là un petit mystère que Jace comptait bien élucider. Que Christopher eût élucidé sans doute, avec son esprit méthodique, s’il n’était pas occupé à arracher avec les dents les cache-tétons de danseuses exotiques.

En somme, le jeune super-héros avec ses problèmes tout adolescents n’avait pas beaucoup avancé quand son petit-meilleur-ami vint s’affaler en face de lui. Jace aurait eu envie que Christopher fût un ordinateur, pour pouvoir lire clairement dans son esprit. Au bout de quelques secondes, il interrogea d’un ton dégagé :

— Alors ? C’était bien ? Elles étaient jolies ?

Et presque aussitôt, décréta :

— Non en fait, laisse tomber, je veux pas savoir.

Il y avait presque un zeste de reproche dans sa voix, comme si Christopher s’était précipité sur cette mission dans le seul but de profiter en toute bonne conscience des danseuses du Z. Jace n’était pas très doué pour gérer sa vie personnelle et la jalousie ; les choses ne s’arrangeaient pas avec Christopher, parce que leur relation n’était toujours pas des plus claires. Il poussa les papiers trouvés dans la boîte aux lettres et jeta un coup d’œil à l’adresse.

— C’est pas la porte à côté. On a qu’à prendre un taxi, comme ça, ça nous laissera le temps de regarder les documents.

Ils sortirent donc de l’établissement et Jace jetait incessamment des regards en coin à Christopher, comme pour évaluer l’enthousiasme résiduel de son petit ami après la visite chez les succubes. Il héla néanmoins un taxi et, une fois sur la banquette arrière, reprit une partie des cartes de vœux. Toutes représentaient des vues de Star City, prises de différents gratte-ciels et, au dos, des commentaires indifférents sur la nouvelle année.

— C’est peut-être des lieux de rendez-vous. Et doit y avoir, je sais pas, une heure et une date codée. Peut-être là.

Jace pointa les adresses d’expéditeur. Le code postal, le numéro de rue, avec un code, pouvaient tout aussi bien indiquer la date et l’heure. Après quoi, il suffisait de se rendre à l’endroit d’où la photographie avait été prise. Pour vérifier son hypothèse, le jeune homme entra différentes adresses d’expéditeurs dans un moteur de recherches et ne tarda pas à confirmer :

— Elles existent pas. Enfin, certaines, si. Mais la plupart, soit le numéro est pas dans la rue, soit la rue existe pas, soit le code postal est pas le bon. Fais voir celles où le cachet de la poste est le plus récent.

Jace se mit à fixer l’adresse des cartes qui avaient été envoyées quelques jours plus tôt. Difficile de décoder ces successions de chiffres sans aucun point de départ, sans aucune idée de la clé, sans rien pour comparer. La formule qui transformait le code postal en date pouvait prendre bien des formes. Peut-être auraient-ils plus tôt fait d’identifier les lieux de rendez-vous et de consulter, dans les buildings en question, les caméras de sécurité ? En attendant, le taxi s’arrêta à l’adresse indiquée. Jace tendit des billets, récupéra la facture pour la Légion — parce qu’il n’allait pas laisser la mission grever son budget voiture — et sortit du véhicule.

Il était inutile de chercher l’immeuble où vivait Erik, puisque juste devant eux s’étendait une boutique dont le store annonçait sobrement : « chez Erik — Fleurs pour toute occasion ». Kimmel avait décidément des contacts variés dans des milieux pour le moins étonnant. Les deux adolescents pénétrèrent dans la boutique. À côté des compositions pour les mariages et la Saint Valentin qui approchait, bien en évidence, dans des coins plus reculés, pour ne pas briser l’ambiance, d’élégantes couronnes mortuaires venaient confirmer que chez Erik, on en trouvait pour toutes les occasions.

Erik apparut. Erik devait faire au bas mot deux mètres et sans doute un peu plus. Musculeux, velu, barbu, il portait un tablier et des mains gantées. Il ne correspondait en rien à l’idée un peu stéréotypée que Jace pouvait se faire d’un fleuriste.

— Ah ! On s’y prend tôt pour la Saint-Valentin ? Vous faites bien. Vous pouvez commander des compositions personnelles pour vos petites amies. Les roses rouges font toujours plaisir, mais il y a un moyen de faire plus original.
— En fait…
— Ou alors c’est pour vos mères.
— On ne cherche pas des fleurs.
— Vous ne risquez pas de trouver grand-chose d’autres ici.

Et le géant partit dans un rire franc et réjouissant, un peu déstabilisant de la part d’un supposé criminel. Jace tenta de garder toute son assurance et glissa :

— Notre patronne cherche quelqu’un.
— Et c’est qui votre patronne ?

Jace haussa évasivement les épaules.

— On cherche Zembry. Zack Zembry.
— Et qu’est-ce que vous lui voulez à Zack Zembry ?
— Pas votre problème.

Le géant s’avança de quelques pas vers Jace, qui ne bougea pas d’un millimètre. Le super-héros leva ses yeux bleus vers son interlocuteur, imperturbable.

— Ça fait un moment que j’ai pas vu Zack.
— Notre patronne est prête à récompenser les intermédiaires.
— Y a des choses dont j’ai pas envie d’être l’intermédiaire.
— Peut-être qu’on peut laisser Zembry en juger ?
— Je sais pas où il est.
— La rumeur dit le contraire.
— Ben la rumeur se trompe.

Une ampoule au-dessus du comptoir, puis une deuxième, puis une troisième, explosèrent.

— Sûr ?
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Message posté : Sam 1 Fév 2014 - 13:08 Message
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Christopher se surprit à se vexer quand il perçut le ton de reproche de Jace. Apparemment, le blond s’était imaginé qu’il avait particulièrement apprécié la visite à la boite de striptease… Le brun décida de ne pas le contrarier. S’il voulait jouer à ça, il allait faire planer le doute encore un peu. Il fallait de toute façon penser d’abord à la mission. Durant le trajet en taxi pour aller chez Erik, Jace parcourut les cartes de vœux qu’il avait trouvées dans la boite postale. Et son hypothèse se vérifia, quand il entra les adresses dans le téléphone de Chris : il y avait des codes. Ils s’occuperaient de tout ça après, puisqu’ils étaient arrivés à destination. Un fleuriste. Et le fameux Erik avait une apparence qui ne correspondait pas vraiment à sa personnalité. Une montagne de poils toute en délicatesse.

Pendant que Jace s’occupait de poser les questions, en y ajoutant, à un moment, un peu d’effets spéciaux, Chris s’était aventuré un peu plus dans la boutique. Des caméras de surveillance. Une porte d’arrière-boutique avec un digicode. Il profita même des ampoules éclatées, qui déstabilisèrent Erik, pour jeter un œil derrière le comptoir. Un fusil à pompes et un flingue. Ça faisait beaucoup pour un simple fleuriste. Il revint vers le colosse et lui tapota sur l’épaule. En gardant une petite distance de sécurité, au cas où dans sa nervosité, l’autre lui en aurait collé une.

Vous savez, quand il s’énerve, c’est pas joli à voir. Vous avez l’air d’avoir beaucoup de poils, et de tenir à cette très belle barbe… Si ça chauffe, ça va sentir mauvais. Je serais vous, je parlerais, parce que vous risquez de vous retrouver à poil, sans poils…

L’homme resta un moment immobile, alors qu’une sorte de peur naissait au fond de ses yeux. Mais il reprit consistance et tonna :

C’est une menace ?
Pas du tout. C’est une promesse.
Une p… c’est…

Christopher se baissa à temps pour ne pas encaisser l’immense gifle. Dans le même mouvement, il avait activé le MEGAS. Parce qu’il risquait de faire moins de dégâts que Jace. Et autant ne pas se faire encore plus remarquer. En se redressant, il attrapa le bras d’Erik et le tordit, pour le forcer à se mettre à genoux.

Va fermer la porte, histoire qu’on soit pas dérangés… dit-il à Thunder.

Puis, derrière l’homme, il lui plaqua les deux mains sur les épaules, pour le maintenir au sol. Malgré sa masse, Erik ne pouvait plus bouger.

Vous auriez parlé tout de suite, on en s’rait pas arrivé là, hein.
J’ai pas vu Zack depuis des mois.
Mais vous savez où il est ?
Non, je… Aïe !

L’un des petits os de l’épaule venait de craquer légèrement.

Attends ! Attends ! Je sais pas s’il y est encore, mais je sais où il était ce matin !
Ah, tu vois, on fait des progrès. Alors, où ?
Ils vont me buter… Je peux pas parler…
C’est lui qui va te buter, si tu parles pas.
Vous êtes qui, d’abord ?

Chris pensait bien qu’Erik ne les avait pas reconnus. Il en avait la confirmation. Mieux valait donc jouer le jeu, au moins ne pourrait-il pas vendre « Thunder et Megastar ! » quand on l’interrogerait.

Disons que Zack a magouillé un peu trop, et il doit des grosses quantités d’argent à notre patronne.
[color:07ac= darkolivegreen]Zack est pas comme ça. Il est réglo.
Tu veux lui demander ? Ou voir direct avec la patronne ?
Zack… Il… Il a un studio. À Chinatown. Au-dessus du restau « les délices du dragon »…

À la grande surprise de Megastar, Erik fondit en larmes. Il lui lâcha les épaules, avant de lui asséner un coup, pas trop violent, à l’arrière du crâne.

Faudrait l’attacher… dit Chris, en reprenant apparence humaine. Tu crois qu’on devrait prévenir la police, qu’ils l’arrêtent ?

Il se tourna vers la porte, derrière le comptoir.

Y a ptêt des trucs là-dedans… Vaut mieux aller voir si Zack est toujours là-bas avant, ou tant pis ? Il doit pu y être de toute façon…

Parler en regardant autour de lui permettait de ne pas croiser le regard de Jace. Ce qu’il finit par faire. Il lui attrapa la main.

Écoute… Dans le club… Je… Y a une fille qu’est venue… Elle… elle s’est assise sur moi… Il se resserra sa prise, pour que Jace l’écoute jusqu’au bout et ne se sauve pas. C’était… horrible. Je sais pas si ça m’ferait ça avec toutes les femmes, hein, mais là, c’était insupportable… J’aurais juste voulu disparaître et… et te retrouver…

Et il le prit dans ses bras. Ce contact, qu’il aurait voulu avoir dès sa sortie de la boite, il l’avait enfin, et il put enfin se détendre. Plus jamais il ne voulait avoir à subir ce genre d’épreuve, du moins, pas sans Jace à ses côtés.
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Message posté : Mar 4 Fév 2014 - 22:18 Message
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Thunder n’était pas forcément un très grand spécialiste des numéros de menaces, mais il fallait bien avouer qu’elles étaient parfois des plus efficaces : il valait mieux remuer un peu un suspect ou un témoin que d’en venir véritablement aux mains ou de repartir bredouille. Il ne sentait pas particulièrement coupable de griller quelques ampoules dans le magasin d’Erik et même le musculeux enthousiasme de Christopher ne lui parut pas problématique. Il savait son ami toujours pondéré en de semblables situations et le fleuriste l’avait attaqué en premier. Entre les menaces et le colosse qui avait soudain empli le magasin, manquant de renverser quelques vases tout autant que de déboîter l’épaule de leur témoin, Erik se laissa aller à de plus amples confessions, avant d’être invité par un coup bien mesuré à se reposer de cette éprouvante entrevue.

Le terrible Megastar redevint aussitôt le bien moins terrible Christopher, qui se décida à la confession. Une fois dans les bras de son petit ami, Jace passa les siens autour de lui et le serra. Un peu égoïstement, Jace était ravi d’apprendre que l’interlude du club de strip-tease avait été une torture pour le jeune homme. Il n’avait finalement aucun mal à se représenter un Christopher tout à fait paniqué avec une strip-teaseuse sur les genoux et toutes les images bien moins enthousiasmantes et beaucoup plus sexuelles qui l’avaient hanté depuis une bonne demi-heure furent aisément évacuées.

Une main sur la joue de Christopher, Jace lui releva le visage et déposa un baiser sur ses lèvres, tandis qu’à leurs pieds, Erik le fleuriste surarmé continuait à dormir — contraint et forcé. De longues, très longues secondes plus tard, ses hormones adolescentes le laissèrent en paix et ses lèvres abandonnèrent le baiser. Un peu rougissant, il se détacha et, bien décidé à ne pas faire de commentaires sur Christopher et les filles, pour éviter d’avoir à revenir sur sa petite crise de jalousie, certes contenue, mais somme toute assez évidente, il se concentra sur un problème à la fois plus héroïque et plus urgent.

— T’as raison, j’pense pas que Kimmel soit toujours dans son studio. Mais on va aller jeter un œil, des fois qu’il reste des documents. Juste, ça nous laisse quand même un peu de temps pour voir c’qui s’passe ici. On va appeler la police, pour lui.

En parlant, Jace s’était détaché du jeune homme pour faire le tour du comptoir et constater, après son ami, qu’Erik vendait des fleurs à coups de tromblon. Il désigna les armes d’un geste de la tête :

— Genre, juste pour ça. J’doute qu’il ait tous les permis nécessaires.

Après avoir inspecté brièvement le comptoir, Jace s’approcha de la porte munie d’un digicode et, quelques secondes plus tard, un voyant vert s’y alluma — il commençait à devenir très doué à ce petit jeu-là. Pressant la poignée, tout en composant de l’autre main le numéro spécial de la ligne directe entre la Légion et la SCPD, qui permettait de transformer plus efficacement les arrestations héroïques en processus judiciaires plus traditionnels, Jace pénétra dans l’arrière-boutique.

Donc, Erik n’était pas que fleuriste. Une belle presse trônait au centre d’une pièce qui devait bien égaler en superficie l’ensemble du magasin. À côté, des rames de papier, des bidons d’encre et de produits chimiques, une cuve de retraitement, bref, tout le matériel du faussaire. Distraitement, Jace donnait les coordonnées du fleuriste au standardiste de la police, à l’autre bout du fil, tout en se penchant au-dessus d’un établi. Fouillant dans la poche de son blouson pour en sortir un stylo, il retourna quelques documents. Des papiers d’identité auxquels il ne manquait plus que la photographie. Quelques billets d’Amérique du Sud. Erik n’avait pas l’air de se risquer à l’impression des dollars et des euros, mais en dehors de cela, son activité était diversifiée.

Cette rapide inspection de surface effectuée, Jace, qui ne s’était pas attendu à découvrir un plan avec toutes les adresses de Kimmel, sortit de l’arrière-boutique pour trouver Erik attaché. L’adolescent rangea son téléphone après que le standardiste l’eut assuré de l’arrivée imminente des forces de l’ordre et se rapprocha de son ami.

— Ils arrivent dans cinq minutes. Pour récupérer le faussaire, on dirait. Bon.

Ils avaient ainsi un peu de temps pour faire le point, décider de la suite des opérations, mettre sur pied une stratégie, réfléchir aux différentions options possibles. Quand les policiers arrivèrent, quelques minutes plus tard, Jace, fort de ces bonnes résolutions, se détachait tout juste de Christopher, après l’avoir fort consciencieusement galoché, en glissant hardiment les mains dans les poches arrières du jean de son ami. Machinalement, le jeune super-héros se recoiffa, sans succès comme d’habitude, et détacha Erik pour que les policiers pussent le menotter.

Non sans fixer un peu lubriquement Christopher, Jace se força à un peu de concentration. La présence des policiers restés en arrière pour poser les scellés sur l’imprimerie clandestine n’était pas une médiocre incitation à la sagesse.

— Donc. Délices du Dragon. On a qu’à voler jusqu’à Chinatown, histoire de pas perdre trop de temps.

Ils passèrent par l’arrière-boutique pour atteindre la ruelle où s’alignaient les bennes à ordures des bâtiments environnants et, en moins de dix secondes, ils furent dans les airs. En volant assez en altitude, la silhouette colossale de Megastar n’était pas aisément repérable et, de toute façon, les habitants de Star City avaient l’habitude de voir leur ciel sillonné constamment par les créatures les plus étranges. Après un vol de brève durée, les deux jeunes gens se posèrent dans une ruelle assez semblable à celle qu’ils venaient de quitter et en sortir à pieds, pour se repérer dans les rues toujours populeuses de Chinatown.

— OK, je vois où c’est. Suis moi.

Ils se mirent en marche. Jace avait grandi à Star City, il y avait passé toute sa vie, il l’avait sillonnée dans tous les sens et, si la ville évoluait toujours, il avait malgré tout le sentiment de la connaître comme sa poche. Les Délices n’étaient pas très loin et le restaurant, d’ailleurs assez grand, ne pouvait pas se manquer. En marchant dans la rue sans se presser, pour ne pas se faire trop repérer, Thunder en profita pour reprendre leur conversation.

— Si Kimmel est passé voir Erik récemment, en tout cas c’est c’qu’il avait l’air de dire, c’est peut-être qu’il s’est fait faire de faux papiers. Ça veut dire qu’il est plus ou moins sur le départ. Et s’il a des contacts avec le milieu de Chinatown, il risque de pas avoir de problèmes à s’extraire. Ça s’trouve, il est déjà loin, mais au moins, on a une meilleure idée de son réseau et on aura des documents pour le bureau du procureur : c’est déjà ça.

Plus ils avançaient, moins Jace en effet se faisait d’illusions sur la présence de Kimmel au bout de la piste. Entre les différentes identités de l’homme, ses repaires qui se multipliaient constamment, ses affaires qui s’étendaient dans toutes les directions, il lui paraissait de plus en plus probable que le comptable demeurerait introuvable. Pour eux comme pour Hartz. N’était-il pas tout à fait possible qu’il fût déjà, en cette heure, en plein Beijing en train de reconstituer un autre réseau, très à l’abri des autorités étasuniennes ? Mais il y avait tous ses contacts à Star City, Erik parmi d’autres, qui pouvaient encore rendre des comptes à la justice et Jace ne comptait pas les laisser s’en tirer.

— Je me demande quand même s’il a une vie aussi développée sous chacun de ses alias. Ou est-ce que Zembry est le plus prospère ?

Question purement rhétorique : ni Christopher ni lui n’avaient d’éléments de réponse. Ils étaient arrivés au pied des Délices, fermées en attendant le service du soir. Les deux jeunes gens empruntèrent la porte qui menait à l’immeuble résidentiel et, arrivés au première étage, observèrent systématiquement les trois portes. À défaut de pouvoir magiquement deviner dans quel appartement Zembry vivait, Jace entreprit de sonner à chacune des portes. Une grand-mère chinoise ouvrit la première.

— Bonjour Madame ! Nous sommes des Témoins de Jéhovah et nous voudrions vous parler du Christ.

La porte claqua avant qu’il n’eût pas achever sa phrase. Avec un clin d’œil à Christopher, Jace sonna à la seconde porte et reprit le même discours devant un homme réveillé apparemment en plein milieu de sa sieste. À la troisième porte, pas de réponse. C’était sans doute le studio de Zembry. Jace se retourna vers Christopher.

— Tu pourrais pas, genre, trébucher un peu fort sur la porte ?
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Il court, il court, le furet

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