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Nouveau départ #Abban

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Message posté : Sam 25 Jan - 20:27 Message
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Elle le cherchait dans le lit qui était devenu le sien, rien qu’à elle, toute seule. Se surprenait à lui demander de lui passer un ingrédient quand elle faisait la cuisine, avant de comprendre qu’il n’était pas là. N’avait réussi aucun plat digne de ce nom, d’ailleurs. Ne trouvait plus aucun intérêt aux émissions culinaires en étant seule. Elle détestait ce manoir qui offrait trop de pièce, Thabo par extension, puis cette ville qui n’avait fait que les éloigner. Et puis, elle pleurait sans vraiment que ce soit contrôlé, dans son lit, dans la cuisine, dans sa pièce spécialement magie, devant la télé, dans la salle de bain, partout à l’intérieur du manoir. Mais là, tout de suite, ce qu’elle détestait le plus c’était ce foutu instinct de survie qui la faisait toujours remonter au-dessus de la surface de l’eau de son bain pour reprendre de l’air. Même pas fichue de se noyer correctement. Vraiment, elle n’était pas douée.

« Aishlinn ? »

Des coups à la porte de la salle de bain, la voix d’un Thabo qui, mine de rien, était quand même inquiet de ce qui se déroulait dans le manoir. Ou, justement, de ce qui ne se déroulait plus – L’irlandaise s’enfonça à nouveau sous l’eau en se disant qu’elle ne l’entendrait plus de cette manière – plus de cris, plus de jumeaux soudés, plus personnes pour rentrer tous les soirs même si c’était à des heures impossibles. Lui, il ne savait pas tellement ce qu’il devait faire, ou ce qu’il devait dire. Jamais il n’avait eu à gérer une situation de ce genre. Pourtant, avec Aish, il en avait essayé des méthodes : faisant mine de lui demander des conseils culinaires, la mettant devant le plan d’un lieu à cambrioler, il avait même bousillé une moto pour lui demander ensuite de voir ce qu’elle pouvait faire. Et là, il commençait à en avoir marre de le ne pas l’entendre répondre, ou alors il était inquiet.

« Je vais rentrer. »

Il n’était pas sans ressource, qu’elle ait verrouillée la porte ne l’empêcherait pas d’entrer dans la salle de bain et, c’est ce qu’il fit. Enjamber les quelques pas qui le séparaient de la baignoire ne fut pas très compliqué, pour y trouver une Irlandaise, toujours vêtue de ses vêtements, complètement sous l’eau. Il n’avait pas pris le temps de remonter ses manches quand il plongea le bras dans l’eau pour la faire remonter à la surface, sans qu’elle ne s’y oppose. Le regard inquiet de Thabo se posa sur elle.

« Qu’est-ce que tu fais ? »
« C’qu’ça m’semblait être assez clair, non ? »
« Allez, sort de là. »

Aucune idée de s’il le faisait exprès – parce que c’était comme ça qu’il fallait lui parler – ou si c’était naturel chez lui mais, il était difficile de nier un ton presque paternel dans le timbre de sa voix. Il se releva pour lui laisser la place de faire la même chose.

« D’accord. »

Même si c’était inutile, par-dessus- ses vêtements, elle se retrouva avec une serviette de bain droit fois trop grande pour elle sur les épaules. Puis voilà, ça c’était fini sur devant le comptoir de la cuisine, elle trempée, muette et une tasse de thé entre les doigts. Lui, parlant encore et encore sur le fait que ce qui se passait était normal, qu’ils devaient apprendre à avoir leur vie. Deux vies, différentes, l’un sans l’autre mais ensemble quand même. Trop bizarre.

Mais elle avait eu le temps d’y réfléchir ces derniers temps. L’irlandaise avait même fini par se trouver particulièrement injuste avec son frère, à lui en vouloir pour son éloignement alors que, de manière raisonnée – un grand effort pour elle – elle faisait la même chose. Elle se faisait ses contacts de son côté, avait ses propres activités alors, Abban devait pouvoir avoir la même chose. Ce qu’elle ne comprenait pas en revanche, c’était comment il arrivait à « aimer » quelqu’un. Ça la dépassait complètement parce qu’elle s’estimait en être incapable, lui prenait bien trop de place pour qu’elle puisse ressentir ce genre de chose pour quelqu’un d’autre.

« J’ai une course à faire, interdiction de t’approcher d’une source d’eau. »
« D’tout’façon, ça n’fonctionnait pas. »

Ou elle n’était pas tellement motivée. Thabo s’éclipsa de la pièce et du manoir. Il était peut-être bon de débloquer la situation, de trouver une solution à défaut de trouver une bonne manière de se foutre en l’air. Du coup, elle attrapa son téléphone portable, ça lui faisait bizarre de le prendre pour demander à voir son frère, avant elle n’aurait jamais eu besoin de faire ça. Haussement d’épaules et écriture d’un texto demandant à son frère s’il voulait bien venir, qu’il y avait du thé de préparé et qu’elle voulait discuter. Une hésitation puis un « tu me manques » avait ponctué son message avant de l’envoyer.
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Message posté : Dim 26 Jan - 13:01 Message
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— Ça va ?

Abban haussa les épaules.

— De colline en colline portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

— Euh…
— Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,
Je ne demande rien à l’immense univers.

Spoiler:
 
— En fait, je vous demandais surtout pour la température de l’eau…
— Ah. Ouais, c’bon, c’est cool.

Décidément, se dit Cynthia la coiffeuse, ce client était agréable à l’œil mais un peu étrange à l’oreille.

***

— Hmm.
— Ça sert à rien d’éplucher le rouleau à pâtisserie, tu sais.
— Hmm.

***

— Parle à ta sœur.
— J’ai rien à dire.
— Je croyais que ton, euh…
— Mon mec.
— Hm, enfin, ton ami, là, t’avait dit de lui parler.
— Nan mais genre, vous pensez tous ce que c’est facile. Z’avez qu’à lui parler, vous, si vous êtes si malins.
— C’est ce que je fais.

Silence.

— Ouais, bon, peut-être, mais n’empêche, voilà, quoi !
— Ah.
— Puis bon, l’truc, c’est qu’voilà, à partir du moment où tu vois, ben franchement…
— Ah.
— Ouais, hein ? On est d’accord.

***

— T’ouvres la porte ou j’te fore un Alzheimer précoce dans ton cerveau.

D’une main un peu tremblante, le grand type qui assurait la sécurité d’un entrepôt surprotégé qui appartenait à un gang qui avait des liens avec une société qui avait des contacts avec une femme qui était peut-être du Trident Noir, d’une main un peu tremblante, ce type-là composa le code. Abban n’eût connu aucune difficulté à pénétrer seul dans l’entrepôt. Oui mais voilà : il n’était pas venu seul. Derrière lui, trois vans noirs du Cartel attendaient que la voie fût libre pour nettoyer les lieux, tout embarquer et, ailleurs, dans un autre entrepôt, déballer, étiqueter, étudier.

L’Irlandais découvrait depuis peu une autre facette de l’organisation criminelle. Loin des troquets douteux, des combats du Circus Maximus et des petits dealers de la Lincoln Street, le Cartel avait toutes les apparences d’une multinationale prospère, avec ses laboratoires dernier cri, ses étages d’experts-comptables en costume cravate, ses attachés de presse, ses responsables des relations médiatiques. Il y avait les sociétés écrans, les centres de recherches officieux, les placeurs financiers : c’était ce que devenait l’argent qui remontait de la rue. C’était la partie « organisée » du crime organisé. Là où le Cartel luttait non plus avec la SCPD, mais avec le FBI, les agences de renseignement et la Mafia. C’était la cour des grands.

Abban n’était pas encore certain de son rôle. Mais il s’y était investi pleinement. Pour briller aux yeux de Jake. Aux yeux d’Aishlinn. Pour s’occuper l’esprit. L’anxiété, la peur et l’adrénaline des missions inextricables que lui confiait la hiérarchie du Cartel remplaçaient la sensation de vide impossible à combler. Mal. Ça remplaçait mal. Ça remplaçait pas du tout. Mais il n’y avait rien d’autre. Il y avait Jake. Jake comblait ce que Jake pouvait combler. Jake était à la hauteur de la région d’espérances qu’Abban lui avait laissé investir. Mais Jake n’était pas une jumelle.

L’Irlandais se sentait changé. Le canon de son arme contre la nuque d’un homme, il songeait qu’il eût été facile de presser la gâchette. Quelle différence ? C’était la guerre. La guerre pour le Cartel, avec le Trident, avec les Purple Hats, avec l’UNISON, avec le monde entier, plus encore qu’il ne l’avait imaginé. La guerre à l’intérieur du Cartel, entre la Triade et les aspirants, entre les Césaristes et les séditieux, les piliers de comptoir et les nouveaux venus. C’était la guerre partout, et il devait bien apprendre à être autre chose qu’un gentil petit voleur de Dublin. Comme ça, Aishlinn ne le remplacerait pas par un Miura, si bien placé, si influent. Comme ça, il pourrait regarder droit dans les yeux la face convulsive que la ville lui présentait nuit après nuit.


Un rayon d’énergie partit du pistolet laser pour atteindre la nuque de l’homme, en une fraction de seconde, et le corps du gardien s’effondra. Il était conscient. Le pistolet d’Abban était toujours réglé sur l’énergie la plus basse. Pour l’instant. Les vans du Cartel pénétrèrent dans l’entrepôt. Leurs portes n’étaient pas ouvertes que déjà tout le service de sécurité avait rejoint le pays des rêves. Un téléporteur doublé d’un tireur d’élite faisait un nettoyeur redoutable. Comme lui avaient souligné, incidemment, une fois, certains proches de César. Puis deux. Puis trois.

Mais il n’y aurait pas de morts, ce jour-là. Abban rangea son pistolet s’adossa à un mur. La Machmontre vibra légèrement. Il jeta un coup d’œil à son poignet, parcourut le texte. Son cœur se mit à battre beaucoup plus vite, lui qui était resté indifférent quand les corps, les uns après les autres, s’étaient effondrés sur son passage. L’Irlandais releva les yeux vers la vingtaine d’employés du Cartel qui empaquetaient le matériel du Trident Noir et le chargeaient dans les vans. L’opération était soigneusement minutée. Cinq minutes plus tard, les portes étaient refermées, les véhicules disparaissaient sur les docks. Cinq minutes cinq secondes plus tard, Abban apparaissait dans la cuisine de Nalebo Hall.

Le jeune homme fixa sa sœur un moment, avant de déposer son arme sur le plan de travail, l’alimentation coupée. Il ne la serrait pas dans ses bras. Sa sœur. Pas l’arme. D’une voix douce, un peu timide, un peu hésitante, il murmura :

— T’sais, l’principe d’la douche, c’est qu’d’abord, faut enlever ses fringues, t’vois.

Il suivit le regard de sa jumelle jusqu’à sa propre manche, teintée de sang. Il haussa les épaules.

— C’pas à moi. J’étais en train d’travailler.
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Message posté : Lun 27 Jan - 0:00 Message
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Peut-être qu’il n’y avait plus de réseau. Qu’il était dans les bras de Jake. Qu’il ne pouvait plus se téléporter… Qu’il ne l’aimait plus. Une minute. Si, comme à l’aquarium, elle se dématérialisait dans son bain juste avant de remonter à la surface : est-ce que ça augmenterait ses chances de réussite ? Deux minutes. L’horloge murale ne devait plus avoir de piles parce que, c’était impossible que la trotteuse soit aussi longue pour écouler les secondes. Trois minutes. Sa tasse était à moitié enfoncée dans le plan de travail, que ses doigts tapotaient dans une anxiété non dissimulée. Quatre minutes. … Cinq minutes. Il ne l’aimait plus.

Cinq minutes et cinq secondes, son soupir rencontra l’écho d’une arme posée sur le plan de travail. Waouh, jamais elle n’aurait imaginé que ce bruit d’arme soit aussi agréable à l’oreille. Il pouvait avoir tué l’ensemble de la population mondiale, qu’elle s’en foutait. En fait, le seul truc qu’elle trouvait dommage c’était de ne pas avoir prévu un feu d’artifice, une troupe de musiciens, n’importe quoi de grand, de bien, juste pour coller à son état d’esprit de le voir apparaitre. Cinq minutes et cinq secondes, il ne l’aimait plus autant mais, il l’aimait encore un peu quand même, non ? Puis peut-être qu’il n’avait pas besoin de l’aimer, elle pouvait bien le faire pour deux, ça serait toujours mieux que rien.

Le sourire qu’elle avait commencé à faire – bien loin de représenter le festival qui se jouait dans sa tête – s’estompa avant de se finir quand ses yeux glissèrent jusqu’à la manche de son jumeau. Inquiétude rapidement balayée, ce n’était pas le sien. Ok. Le reste, elle s’en foutait pour le moment. Au moins, ils arrivaient toujours à se comprendre. Il arrivait à la comprendre. Un soupir soulagé plus tard, elle haussa les épaules.

« J’sais pour la douche. La flemme. Pas envie. »

De rien. Si elle s’était écoutée, elle aurait même dématérialisé ses aliments pour les placer directement dans son estomac et s’épargner le fait de manger. Ce qu’elle n’avait pas beaucoup fait, sauf quand Thabo la menaçait de la mettre sous perfusion quand elle sautait trop de repas. Désignant la manche d’un mouvement de tête, elle se lança dans… Bah, elle ne savait pas trop quoi.

« Ça c’est bien passé ? Oui, sûr’ment, puisqu’t’as rien. Puis c’toi alors, forc’ment, ça c’est bien passé. » Parce qu’il était doué d’abord son jumeau, elle casserait les dents à celui qui disait le contraire. « ‘Fin, t’sais, t’as toujours assuré dans un boulot alors, ouep, là aussi, j’crois. J’suppose. J’suis sûre. » Mais qu’est-ce qu’elle racontait ? « Tu m’manques. »

Tête baissée, son index dessinant des spirales invisibles sur le plan de travail. Oui, elle avait appris à se forcer à dessiner des spirales, le jour où elle avait compris qu’elle dessinait parfois des runes qui lui passaient par la tête, de manière inconsciente, et autant dire que ce n’était pas une bonne idée. Trois heures pour se débarrasser d’une mini pluie de grenouilles. Les spirales… Ouais c’est cool, sans danger. C’était la vie, les spirales !

« Ça n’me va pas trop comme situation. Pas du tout. T’sais Thabo, il dit qu’c’est normal, qu’on pouvait pas être toujours, toujours ensembles. Qu’forc’ment, un jour on allait rencontré des gens et qu’tu vois on s’éloignerait, j’sais pas trop quoi. C’trop zarbe comme discours. »

Enfin, Abban c’était elle. Enfin non, il n’était pas elle, il était ce qui la complétait. Alors elle ne voyait pas ce qu’il y avait de logique dans une séparation. Est-ce que Thabo il pouvait vivre sans son système sanguin ? Non, bah, voilà, c’était la même chose pour elle !

« Puis t’vois, j’ai réfléchi. » Ce n’était pas facile. toute seule. « Au début, j’m’en voulais d’être passé d’vant l’manoir d’Adrian, parc’que t’vois, ces connerie d’magie, j’me suis dit qu’c’était ça l’problème. On était plus pareil. Puis j’voulais détester c’type, parce qu’c’était d’sa faute mais… En fait, j’l’aime bien… J’crois. Puis la magie, j’trouve ça cool aussi, t’vois. »

Elle était désolée, elle avait presque l’impression d’avouer une infidélité complètement horrible. D’un autre côté, c’était pire que de l’infidélité, elle était différente de lui. La pire chose qui puisse exister pour elle. Comprendre qu’ils pouvaient être différents, c’était quand même une annonce un peu perturbante pour une Irlandaise qui ne trouvait, chez les filles, que l’intérêt d’être un peu plus comme son frère en ayant une attirance vers le même sexe.

« Ouais, donc, bon, t’vois… Euh… Ben, j’sais trop en fait mais, là, j’crois que j’essaye de t’dire que, j’crois que j’comprends qu’tu puisses avoir d’autres centres d’intérêt. »

Enfin, elle comprenait était un bien grand mot. Elle concevait, encore que… Elle ne saisissait pas tellement, en réalité. La seule chose qu’elle avait acquise c’était qu’il n’était pas le seul à avoir envie de passer du temps quelque part. Ce qui en soi, était déjà une putain d’avancée.
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Message posté : Lun 27 Jan - 12:16 Message
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Il était inutile d’avoir pour Aishlinn tout l’intérêt qu’éprouvait Abban et d’être aussi observateur qu’un cambrioleur expert l’était pour se rendre compte que l’Irlandaise avait passé des jours difficiles. En un sens, Abban se portait mieux. Physiquement, tout du moins, il s’était laissé porté par Jake, nourrir par Shrek, le cuisinier du Gang des Fables. Et il s’était plongé dans le travail. Devenu peu à peu essentiel au Cartel de Star City, il recevait des requêtes, ou plutôt des ordres, de plus en plus nombreux, pour des missions de plus en plus délicates. Il avait complètement laissé tomber l’idée d’entretenir une couverture. Une existence dans la société civile. Une apparence de normalité. Le crime était son activité à plein temps.

Ses yeux en une seconde avaient remarqué qu’Aishinn ne mangeait pas, ils avaient vu la rougeur dans les siens, la tasse dans le comptoir. Puis il avait entendu le ton de sa voix, un peu rauque, la façon dont elle prononçait les mots. Le plus petit signe de l’Irlandaise eût suffi à lui faire comprendre l’étendue de son désespoir. Le sien pour une fois était plus rentré. Abban sentit monter en lui une vague de culpabilité. Il n’était pas certain de s’en vouloir pour Jake. Pour la première nuit, et les suivantes, passée loin d’elle. Il avait compris, à peu près, à force de discussions avec l’Américain, que ce n’était pas le problème.

S’il s’en voulait, c’était pour ne pas avoir eu le courage de parler. Quand Thabo lui disait de parler. Quand Shrek lui disait de parler. Quand Jake lui disait de parler. Quand Macha lui disait de parler. Tout le monde avait mieux compris que lui ce qu’il fallait faire et, il en était persuadé, quand il l’avait compris lui-même, tout le monde y eût été plus courageux qu’il ne l’était. Quel intérêt de devenir adulte et responsable si l’on n’avait pas un courage à la hauteur de ses responsabilités ? À quoi lui servait sa nouvelle compréhension, ses questionnements puis ses réflexions, ses réflexions puis ses conclusions, s’il les gardait pour lui et s’il était incapable de les partager avec sa jumelle ?

Il se sentait coupable de n’avoir pas été vers elle, de n’avoir pas ravalé sa colère plus vite, et après la colère la peur et la timidité, de ne pas avoir été, au moins une fois dans sa vie, celui qui prenait les choses en main, entre eux. Il avait fui lâchement, comme il le faisait souvent, parce qu’il avait eu peur qu’elle ne comprît pas et tout à la fois qu’elle comprît trop bien, parce qu’il savait qu’il était incapable de bien parler, de faire comme Jake, de rester calme et d’analyser calmement, mais pas froidement, les problèmes. Ressentir, ah, ça, il n’y avait pas de problèmes : les sentiments explosaient en lui toutes les secondes, plus forts et plus longs que chez bien d’autres personnes. Mais les dire ? Mission impossible.

Ou presque.

— J’t’aime. J’vais t’faire des cookies. Faut pas compter sur Thabo, t’sais. J’l’ai vu faire d’la purée, une fois, c’était genre, horrible. J’te jure.

Abban se mit à disparaître et apparaître à une vitesse phénoménale, un peu partout dans la cuisine. Parfois, il cherchait lui-même les ustensiles ou les ingrédients pour les apporter sur le plan de travail que le bar où Aishlinn était installée longeait, parfois, les objets apparaissaient d’eux-mêmes. Quelques mois plus tôt, quand ils étaient arrivés à Star City, l’Irlandais n’était guère capable que de se transporter lui-même dans un rayon assez restreint. Aishlinn était devenue magicienne. Lui, il était devenu plus mutant que jamais. En matière d’aptitudes, l’âge adulte les avait bien servis.

— L’est sympa, Adrian, t’sais. Puis, il m’a soigné. Alors ouais, sérieux, j’jouerais pas à Mario Kart avec lui, mais tu vois…

Abban réapparut devant son plan de travail, tandis que le beurre fondait déjà doucement dans une casserole. L’Irlandais regarda sa jumelle droit dans les yeux.

— J’suis content qu’t’aies trouvé un mec réglo comme ça pour t’guider avec la magie. C’est chelou et dangereux la magie, on…

Il y eut une seconde de flottement. Abban détourna le regard et reprit :

— …je vois ça tous les jours, au Cartel. Alors franchement, si tu peux t’orienter à la cool, ou, je sais pas, juste bien, tu vois, bah c’est chouette. T’es doué et tout, c’lui qui l’a dit, et j’suis fier de toi. Bon, essaye d’pas changer ta tête trop souvent, parce que c’est perturbant, quoi, mais j’suis fier de toi.

Un sourire un peu timide plus tard, il disparut et revint aussitôt avec le beurre, versé dans un saladier pour commencer la préparation. Il y eut un moment de silence, pendant lequel Abban avait fixé la pâte d’un air songeur. Puis le jeune homme reprit la parole et essaya d’expliquer :

— J’veux pas qu’on s’éloigne. Au début, tu vois, j’pensais qu’être différents, c’était s’éloigner. Genre, c’est la même chose, tu vois. Mais t’sais, en fait, c’t’un peu comme si on s’complétait. Genre, le Musée des Supers. Bah on a pas fait du tout la même chose. Y avait le truc magique, t’as géré l’truc magique, y avait les robots, j’ai géré les robots. Et du coup… Ben on s’en est plutôt bien sortis. Pareil pour l’démon. Si t’avais pas été magicienne et qu’j’étais pas devenu plus doué en téléportation, ben on y serait resté, ptêtre. On est quand même une super équipe, toi et moi.



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Message posté : Mar 28 Jan - 7:43 Message
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Un, deux ou trois mots – difficile à compter avec les contractions qu’il pouvait faire – avaient suffi à la faire sourire. C’est qu’elle n’était pas bien compliquée quand elle le voulait bien, c’est qu’elle avait tellement envie d’entendre ces mots qu’elle y aurait cru même si ça avait sonné faux. Même qu’elle voulait bien bouffer tous les cookies qu’il ferait si ça lui permettait de les entendre encore. Enfin pas trop, de cookies, il ne faudrait pas qu’elle finisse obèse et qu’il quitte définitivement le manoir. Puis fallait bien qu’elle puisse continuer à se dématérialiser, 2 tonnes, c’était vite arrivé. Elle hocha la tête avant sa première téléportation, sans suivre celles d’après au risque de lui filer un mal de tête. Abban était difficile à suivre, il l’avait toujours été d’une certaine manière. Elle l’aimait.

Puis, elle culpabilisait. Un peu. Parce qu’Abban il était capable d’avouer qu’Adrian était sympa et réglo, plutôt que de, habituellement, détester une personne accaparant du temps de l’Irlandaise. Il évoluait. Elle stagnait. A l’image de leurs pouvoirs où Abban avançait bien plus vite qu’elle. Il était capable de trouver le mage cool alors qu’elle était restée sur ses positions vis-à-vis de Jake. Tout ce qu’elle voulait c’était d’être un peu plus comme son frère, d’être capable de voir les choses différemment, de faire la part des choses, de… Il fallait qu’elle le rencontre, ce type à qui elle n’avait plus envie de trafiquer les shampoings – un bon début, assurément.

Abban il était beau, il était intelligent, il était parfait et, en plus, Abban il comprenait tout. Parce que, oui, la plus grande crainte d’Aishlinn était bien là : elle s’orientait vers quelque chose de plus morale, contrairement à son frère. Elle ne le critiquait, non, bien sûr que non, elle avait tendance à trouver que c’était elle qui déconnait, qui était faible alors que lui, ben, il assurait. Elle avait peur qu’il la déteste pour ça, parce qu’elle ne suivait pas le même mouvement. Et lui, parfait qu’il était, il balayait cette crainte comme si c’était la chose la plus normale. Oui. Elle l’aimait.

Son regard se fixa devant elle, sur ce frère qui avait déjà fait sa préparation. Elle l’écoutait. Il la rassurait. Et là, en venait à se dire que, ce Jake, ben peut-être qu’il n’était pas si terrible que ça. Les jumeaux s’étaient un peu perdus ces derniers temps et, franchement, à la place de l’autre elle en aurait sûrement profité pour marquer un peu plus la séparation et le garder juste pour elle. Mais, il était là, à lui dire qu’ils se complétaient au lieu de dire qu’il voulait quitter le manoir, s’installer avec Jake, lui faire des enfants et se marier. Oui. Il fallait qu’elle le rencontre.

« On a toujours fait une bonne équipe et, t’sais, j’ai pas envie qu’ça s’arrête. J’t’aime. J’ai b’soin d’toi. Ça, ça change pas. Just’que… » Organiser ses pensées. « J’ai toujours cru qu’ça fonctionnait bien parc’qu’on était pareil, toi et moi. Et là, on débarque dans une ville. La même ville. Et, d’un coup, j’ai l’impression qu’on est dans deux mondes différents. C’est bizarre et nouveau. » Elle baissa les yeux, un peu honteuse. « J’crois qu’j’ai pas su comment gérer ça. J’suis pas sûre d’le savoir maint’nant, ‘fin si, ‘fin… » Elle soupira, incapable de s’ordonner. « ‘fait, j’ai été égoïste, j’me suis sentie paumée ici et, t’vois, il y avait qu’toi alors j’voulais qu’ça reste comm’ça, j’voulais pas qu’t’ailles ailleurs, qu’tu passes du temps avec une autre personne parc’que, sans toi, j’étais plus moi. »

Mais ça, c’était avant. Et, sans avoir besoin d’une paire de lunettes, les choses avaient changé. Abban avait peut-être vu Su’ d’un mauvais œil, comparé la relation qu’elle avait avec lui avec celle qu’il avait avec Jake. Mais, en réalité, ce n’était pas vraiment pas comparable. Ce n’était pas l’asiatique qui lui avait fait prendre conscience de certaines choses.

« Puis, c’est con t’vois mais, la magie est arrivée. Adrian dans la foulée. » Les deux étaient difficilement dissociables dans l’esprit de l’Irlandaise. « Et là, j’ai commencé à comprendre qu’j’pouvais avoir ma vie. J’veux dire, la mienne, rien qu’à moi. J’sais pas comment expliquer, t’vois, mais j’vivais dans quelqu’chose qu’j’étais la seule à pouvoir faire. Adrian, ben, j’en ai pas vraiment pris conscience mais, d’une certaine manière, il m’a appris qu’j’pouvais faire quelqu’chose tout’seule. »

Cela dit, il n’avait jamais rien fait dans ce sens, c’était juste elle qui l’associait de cette manière parce que toutes ses questions étaient apparues en passant du temps au manoir où, elle s’y sentait bien malgré l’absence d’Abban. Une sensation perturbante au début. Elle inspira et posa son regard sur son frère.

« J’ai mis du temps, j’ai pas toujours bien réagi mais, j’comprends qu’tu puisses avoir ta vie à toi aussi. En vrai, c’est seul’ment qu’j’croyais qu’tu m’aimais plus, plus comme avant en tout cas. Comme si t’avais partagé ça entre lui et moi parc’qu’j’pensais pas qu’il était possible d’s’attacher à quelqu’un d’autre. Enfin, c’était juste inconc’vable pour moi. J’viens seul’ment d’comprendre, qu’en fait, c’était possible d’apprécier d’autres personnes sans qu’ça change quelqu’chose d’c’que j’ressens pour toi. »
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Message posté : Mar 28 Jan - 17:45 Message
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L’Irlandais entreprit de hacher menu la tablette de chocolat — il était évidement hors de question d’acheter des pépites toutes faites, qui ne fussent ni issues de l’agriculture biologique, ni équitable, ni certifiées d’un pourcentage de cacao décent. Hors de question de réduire la tablette bien sélectionnée en poussière au mixer : la cuisine était une activité manuelle. Et puis, il avait tout de même besoin d’un grand couteau à la main, malgré sa maturité toute récemment formée, pour passer ses nerfs en entendant Aishlinn décrire les deux chemins différents qu’ils avaient empruntés et le merveilleux monde particulier dans lequel elle vivait avec ce connard de magicien, pardon, Adrian, qui était cool et réglo — il fallait s’enfoncer ça dans le crâne.

Pour Abban, les choses se présentaient un peu différemment. C’était Jake surtout qu’il avait vu. Vu, connu, apprécié, aimé. C’était l’homme qui se détachait de la succession des mâles vulgairement pourvoyeurs de plaisir dont sa jeune existence avait été trop tôt et trop fébrilement peuplée. Il n’avait songé qu’après les premières crises à l’ampleur des différences qui le distinguaient désormais d’Aishlinn, à la lumière de cette relation pour lui comme pour elle inédite et incompréhensible. Il n’avait vu la magie que dans un second temps et ce n’était qu’en entendant sa jumelle, ce jour-là, qu’il comprît ce qu’elle essayait de lui dire, avait-il l’impression, à propos de son implication au sein du Cartel.

Aishlinn sur laquelle il s’était toujours reposé pour leurs projets d’avenir, Aishlinn s’impliquait de moins en moins dans leur existence criminelle ou si, tout du moins, elle continuait à le faire, c’était bien différemment de ses propres méthodes. Plus le temps passait, plus le Passeur montait dans la hiérarchie d’une organisation qu’il continuait, malgré ses horreurs, plus sensibles encore à Star City qu’à Dublin, à considérer comme sa véritable famille. Il n’avait pas d’horizon en dehors du Cartel, pas de légitimité loin des rouages si familiers de cette immense machine criminelle. Il avait abandonné son emploi au cinéma. Il s’était fondu dans la hiérarchie.

Ashlinn faisait tout autre chose. Aishlinn apprenait la magie. Abban était incapable de concevoir les sensations qu’y éprouvaient sa sœur. Il les supposait beaucoup plus prenantes qu’il ne l’avait d’abord cru. Aishlinn s’associait à Adrian, ou se rangeait sous son enseignement, ou… Il ne savait pas trop. Elle était redevenue une élève, elle qui, comme lui, avait quitté les bancs de l’école aussi souvent et promptement qu’elle l’avait pu. Adrian. Abban était loin d’avoir pour lui sa première inimitié, mais il voyait aussi sans peine, et avec une sorte d’objectivité, que le mage était fondamentalement opposé à leur mode de vie. Au Cartel. Au crime.

Dans combien de temps Aishlinn cesserait-elle de poursuivre les aventures comme ils l’avaient toujours fait ? En un sens, lui avait abandonné cette existence chaotique depuis quelques semaines déjà. Sa passion du vol s’était transformée en vocation criminelle, sa vocation criminelle en profession hautement qualifiée. Cette réalité dont il n’avait jamais eu, jusqu’à ce jour-là, confusément conscience, une fois formulée à haute et claire voix par et devant sa jumelle, devenait beaucoup plus perturbante. Il se sentait vide et désœuvré, en songeant que dans quelques semaines peut-être, Aishlinn ne connaitrait aucun des noms criminels qui auraient croisé sa route à lui ce jour-là, ne serait familière d’aucun des problèmes qui auraient constitué ses difficultés de la journée.

La lame du couteau racla le bois de la planche à découper alors que les pépites étaient poussées dans la pâte.

— Ouais…

Il se mit à pétrir la pâte, sans vraiment relever les yeux. Après un moment de silence, il reprit véritablement la parole.

— C’que j’sens pour toi ça peut pas s’changer. C’est pas que’qu’chose qu’est dans la tête, et qui vole et part comme les pensées. C’est du sang dans nos veines. On voudrait faire différemment qu’on pourrait pas : c’est ça not’ vie, c’est l’autre.

L’Irlandais remit un peu de farine sur ses mains avant de recommencer à travailler sa pâte.

— T’sais, j’suis pas au Gang des Fables, hein. J’dis ça, parc’ on en avait parlé et tout, et voilà. J’suis avec Jake, pas avec Wildcard. J’veux dire, j’dis pas qu’temps en temps, j’exclue d’leur filer un coup d’main, sur un coup ou un autre. Mais c’pas mon boulot. C’pas ma place au sein du Cartel. Ma place au sein du Cartel, c’est les Mac Aoidh.

Il y eut un nouveau silence. Abban savait très bien où il allait après cette introduction, mais les mots restèrent un moment coincés dans sa gorge. Il finit par inspirer profondément, retirer les mains du saladier pour commencer à faire de petites boules sur le papier sulfurisé de la plaque de cuisson.

— Mais en c’moment, Cesar, ‘fin l’entourage d’la patronne, i’ m’filent plein d’missions. Ils m’parlent pas tellement d’toi, tu vois, et j’suppose que j’pourrais te proposer. Eux, i’ s’en foutent. La mission est donnée, j’la fais comme je veux, voilà. Mais moi, j’ai l’impression qu’ça t’intéresse pas des masses. Qu’ça t’intéresse même plus trop. Tout ça. Le Cartel. Les vols. Et euh…

Il s’escrima à donner une forme parfaite à l’un des futurs cookies, pour cacher sa nervosité.

— Le reste.

Il y avait eu les vols, dans leur vie, et les arnaques, un peu. Le reste, quoi que ce fût, n’avait jamais été particulièrement au programme. Abban releva les yeux.

— J’ai tort ou pas ? Tu veux faire autre chose ? J’comprendrai. J’comprendrai si t’voulais… Pas prendre ta retraite mais euh… Ouais. Te reconvertir.

Est-ce que ça existait, magicienne professionnelle ? Un peu comme l’Apothicaire ?
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Message posté : Mer 29 Jan - 18:22 Message
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Elle n’aurait pas aimé être à la place de la tablette de chocolat. Elle ne voulait pas que leur relation soit cette putain de tablette de chocolat. On ne pouvait pas les hacher, ni les séparer, c’était eux. Point. Eux qui prenaient des chemins différents mais, elle voulait que cette décision soit la leur, pas celle d’une main étrangère tenant un couteau pour les séparer. Il fallait réadapter les choses, revoir leurs envies, trouver un chemin commun. Du moins, une voie commune où chacun trouverait sa place, tout en faisant évoluer ce qu’ils sont. ‘Tain, c’était trop le bordel dans la tête de l’irlandaise qui ne savait même plus comment prendre ou voir les choses. Seule chose fixe c’était que, lui aussi, il était d’accord : leur vie, c’était eux.

Elle ne l’avait jamais imaginé dans le gang des fables, ils en avaient parlé, convenu que ça ne leur allait pas. A aucun moment elle n’avait imaginé Abban revenir sur cette décision sans même lui en parler. Elle n’avait jamais douté de certaines choses, juste d’eux deux et du besoin qu’il pouvait avoir d’elle à ses côtés. Il avait Jake alors, elle n’avait pas été certaine d’avoir encore sa place dans cette relation. Après tout, elle n’avait jamais vu Abban s’investir dans une relation – hormis la leur – alors elle avait forcément pensé qu’il était capable de s’y investir de manière fusionnelle. Ouais, comme pour leur relation à eux.

Se remettant à dessiner des spirales invisibles sur le plan de travail, Aishlinn réfléchissait à ce qu’elle voulait. Les changements chez elle n’étaient pas volontaires, elle agissait comme elle pensait devoir le faire sans se poser des questions. Peut-être bien que c’était ça le problème : elle ne réfléchissait pas. Son frère la foutait devait ses changements alors elle était bien obligée d’essayer d’ordonner ses pensées alors qu’il lui demandait ce qu’elle ne pensait. Restant un moment silencieuse, elle finit par prendre une inspiration.

« J’sais pas. » Magnifique analyse. « J’ai toujours pris les vols comm’un défi à r’lever, t’vois ? C’n’est pas un boulot, c’est un challenge. L’cartel c’était juste une voie logique d’puis Dublin, une façon d’avoir accès à des missions qui d’mandait d’réfléchir, d’trouver un truc et d’réussir là où d’autres n’auraient pas passé les grilles d’sécurité. »

Et forcément, pour accéder au truc intéressant, il fallait nécessairement passer par les petites actions qui, elles, n’avaient rien de bien glorieuse. Le cartel Rouge c’était comme commencer caissier dans un supermarché. On se tapait le boulot de merde, on commençait à se faire des contacts puis, doucement on montait en prenant le choix de ce qu’on voulait faire jusqu’à finir par être la seule personne à décider. Parce que, d’ambition, elle n’en manquait pas spécialement.

« T’vois, les missions qu’j’ai trouvé l’mieux, c’est encore celles que j’ai pu avoir sans l’Cartel. Comme l’musée avec Veidt, par exemple. Et qui maint’nant parle du laboratoire Astro. Et puis… » Il allait bien falloir qu’elle y vienne à un moment où à un autre. « … J’veux pas faire la même chose qu’toi. J’sais pas mais, t’vois, jamais tu m’verras avec une arme. J’dis pas qu’c’est mal, c’est même pas une critique. En fait j’ai même l’impression qu’c’est moi qui n’suis pas assez forte, comm’toi, j’suis incapable d’prendre les bonnes décisions pour nous sortir d’un truc si ça tourne mal. » Elle releva les yeux sur Abban. « Pour l’cimetière, par exemple, j’aurais été incapable d’tirer sur ces types pour qu’on puisse fuir. » Elle haussa les épaules, désolée par sa propre faiblesse. « Toi, t’peux évoluer au Cartel mais, j’en suis pas capable. »

On devait avoir oublié de lui filer le neurone : sauve ta peau en blessant l’autre. Et elle en était réellement navrée. Parce que, bien sûr, venant d’Abban elle ne voyait pas ça comme un défaut, s’il usait de violence c’était parce qu’il le devait, ce n’était pas un plaisir. De toute façon, elle lui trouverait toutes les excuses du monde.

« C’pas qu’j’veux faire autre chose. J’peux pas vivre sans faire des vols. » Elle secoua la tête pour appuyer ce propos. Cette activité était carrément vitale. « J’veux juste avoir l’choix d’c’que j’fais, et l’faire selon ma conception des choses et, plus ça va, plus j’me dis qu’c’est incompatible avec l’Cartel. En tout cas, pas d’la manière dont t’évolues toi. » Un peu plus timidement, elle reprit. « Mais, j’voudrais qu’on continue à faire des trucs ensemble parc’que, ben, sans toi, ça n’a plus trop de sens, t’vois ? »

Presque autant que de vouloir que son cookie soit parfaitement rond ! Il y avait perfectionniste et complètement acharné.
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Message posté : Jeu 30 Jan - 17:10 Message
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Même si Abban ne doutait pas fondamentalement de l’affection et de l’estime qu’Aishlinn pouvait lui porter, il lui était difficile d’accueillir avec le sourire ce qu’il percevait comme une avalanche de critiques. L’Irlandaise avait beau prendre toutes les précautions possibles pour éviter qu’il comprît mal ses propos, Abban avait l’impression qu’elle le décrivait comme une brute soumise à la hiérarchie du Cartel, assoiffée de sang et dépourvu d’inventivité, qui attendait que les missions lui fussent confiées, l’arme à la main, prête à en découdre, exactement comme l’avait été leur père, de son point de vue à lui.

Un lourd silence s’abattit sur la cuisine. Abban fixait son unique cookie. Il prit un peu de pâte et commença à façonner les suivants, sur les grilles du four, sans rien dire. Est-ce qu’il était devenu comme son père ? Pendant quelques instants, il songea à faire étalage à Aishlinn de ses succès. À lui expliquer combien certaines personnes du Circus Maximus, des entrepôts, des laboratoires, des buildings du Cartel le regardaient avec respect. À souligner la manière dont on pouvait l’appeler de toute urgence, au beau milieu de la nuit, pour lui demander de régler un problème particulièrement délicat. À insister sur tout ce qu’il avait découvert du fonctionnement de l’organisation, loin, très loin des bas quartiers, des petits dealeurs et des combats clandestins. Lui, il était fier. Fier de s’être rendu nécessaire, fier d’entendre les gens parler à mi-voix du Passeur ou de la Voiture Fantôme, fier d’être considéré d’égal à égal par les membres du mythique Gang des Fables et même fier, à défaut d’en avoir été enchanté, d’avoir travaillé une fois avec le fameux Gula.

Et elle, c’était ça qu’elle voyait ? Le revolver posé sur le plan de travail. Le chien-chien à sa Cesar ? Ah, c’était moins glamour que de voler des musées pour des marchands d’armes mégalomanes, c’était certain. Abban renifla un peu bruyamment, avant de disparaître, avec son arme et une première plaque. Apparu devant le four, il glissa la plaque, disparut, s’empara de la seconde, refit son apparition devant le four et en referma la porte, avant de ranger l’arme à sa ceinture, sous son pull, un peu honteux. La seconde suivante, il était à nouveau en face d’Aishlinn. Heureusement, il pouvait encore ranger, pour s’occuper. C’était toujours cela de pris.

Il y avait tout de même une conclusion qui s’imposait et qu’il était de mieux en mieux placé pour tirer.

— Tu d’vrais pas rester au Cartel.

Il allait juste devoir se remettre de l’impression qu’Aishlinn venait de lui annoncer vouloir quitter la famille. Le Cartel, c’était leur père, leur enfance, leur adolescence, Star City, Thabo, Jake, Willy, Suzaku, Lukaz, Chase, tout ce qu’il connaissait, tous ceux auxquels il tenait, sans toujours pouvoir l’affirmer aussi clairement qu’il le ressentait. C’était la seule chose qu’ils avaient gardée de Dublin à Star City, c’était ce qui leur avait ouvert la voie des Amériques, c’était les papiers pour passer la frontière, la mission pour trouver Macha, Nalebo Hall, l’As de Pique. Tout.

Abban s’acharna vigoureusement pour gratter une trace de pâte sur le plan de travail.

— C’est dangereux. D’rester trop à la marge, quand on est trop doués. Avant, j’sais pas, ptêt c’tait possible. Mais là, avec les Purple Hats, avec le Trident Noir, avec les mecs d’la réunion, puis l’UNISON qu’insiste sur la Triade, c’genre de trucs, c’t’un peu la tension permanente et y a des gens qui pourraient voir ça d’un mauvais œil. Si vraiment t’veux pas passer par les réseaux du Cartel, ça va être, euh…

Il haussa les épaules.

— Compliqué. Possible, j’crois, ouais, sans doute possible. Tant qu’tu restes loin des gros clients et des grosses cibles. Mais en tout cas, c’est tout l’Cartel ou rien dans l’Cartel. Tu peux pas passer en visiteuse. Parce sinon, l’jour où la patronne décide d’faire l’ménage, tu vas sauter.

Et lui avec, probablement, et Thabo, et Jake, bref, les dominos pouvaient tomber jusqu’à très loin. Cesar ne faisait pas dans la dentelle. Abban disparut pour rincer l’éponge dans l’évier et ce fut fini. Plus rien à faire. Plus d’excuses pour ne pas regarder Aishlinn, ne pas s’asseoir près d’elle. Il resta une seconde, deux secondes devant l’évier, un temps interminable pour lui. Machinalement, il apparut devant le four pour vérifier les cookies qu’il venait à peine d’enfourner. L’instant d’après, il était assis sur un tabouret à côté de sa jumelle.

— Toi et moi, ma puce, on voit pas la même ville.


— Et sérieux, tant mieux pour toi. Ça m’fait mal d’le dire, mais j’comprends qu’t’aies envie d’aut’ chose. Moi…

Abban posa sa main sur le bar, la tourna paume vers le haut et remonta sa manche. De pâles lueurs émeraudes couraient sous sa peau, signes immuables de la présence en lui de la Pierre Orphique. Et puis, il y avait les cicatrices des combats.

— …c’trop tard.

Avec un sourire amer, Abban rabattit la manche de son pull et murmura froidement :

— J’ai Star City dans la peau.
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Message posté : Sam 1 Fév - 11:56 Message
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C’était son jumeau, elle n’était pas stupide, elle comprenait bien que ce qu’elle avait dit n’avait pas été perçu comme elle le ressentait. Connerie de pouvoir, au lieu de partager les dégâts subis, ça aurait pu être plus utile en partageant ce qu’elle pensait, comment elle ressentait et comment elle percevait les choses ? Ça, au moins, ça leur éviterait de mal se comprendre. Puis, d’abord, depuis quand ils ne se comprenaient plus, hein ? Elle était là à se sentir honteuse de ne pas être capable de pouvoir faire comme lui et, résultat, c’était lui qui se sentait mal en se sentant obligé de ranger son arme, en faisant des allers/retours juste pour s’occuper puis… Cette phrase. Sa première depuis le long silence qui s’était installé.

Elle avait envie de croire qu’il était en train de la virer de ce qu’ils avaient en commun, qu’il lui trouvait toutes les excuses du monde pour qu’elle quitte le Cartel. Ouais, elle envie de croire à cette théorie mais, en réalité, Aishlinn se trouvait être atrocement lucide. Le Cartel Rouge, ce n’était pas pour elle. L’Irlandaise voulait avoir le choix, voulait son indépendance, voulait pouvoir être décisionnaire. Ce n’était pas avec un groupe sur le dos qu’elle pouvait y arriver. Foutue lucidité, elle avait pourtant envie que rien ne change mais, il avait raison : ils ne voyaient pas la même ville. Elle en chialerait de comprendre qu’ils avaient des visions différentes. Elle en chialait en posant son regard sur le bras d’Abban.

« j’suis désolée, mon cœur. »

Et, en même temps, elle s’était levée pour aller enrouler ses bras autour de son jumeau. Peut-être qu’elle avait merdé quelque part pour qu’ils ne voient plus les choses de la même manière. Peut-être qu’ils n’avaient jamais vu les choses de la même manière, en fait. Puis elle se sentait un peu conne de chialer, là, accrochée à lui. Elle avait l’impression de montrer une faiblesse, une preuve qu’elle n’avait pas su gérer les choses. Elle était faible, ouais, voilà et, bordel, elle en était désolée.

Après quelques instants, elle se dégagea de cette étreinte dans un très gracieux revers de manche sous le nez en reniflant. Ah oui, elle essuya ce qui lui restait de larmes alors qu’elle inspirait pour reprendre une certaine contenance.

« T’sais, j’voudrais vraiment être comm’toi. J’ai vraiment essayé, j’veux dire, sur un tas d’trucs parc’que j’croyais qu’c’était ça qui f’rait qu’on s’rait toujours tous les deux. » Coucher avec des filles, c’était quand même vachement moins cool que des mecs, en fait. « J’sais pas comment t’fais pour t’adapter à tout, tout l’temps. J’trouve ça cool, t’sais. C’pas moi mais j’trouve ça cool s’tu fais c’que tu veux, c’qui te convient. ‘Tain, Abban, t’es l’gars le plus capable d’cette planète, peut-être même des autres. »

Ce qui sonnait comme une vérité de la bouche d’Aishlinn qui n’avait pas besoin de feindre sa fierté et comment elle était impressionnée par son frère. Il agissait de manière différente d’elle, ils n’avaient pas la même vision mais, ça ne l’empêchait pas d’être objective. On notera que l’objectivité et le fait d’être sa jumelle étaient, probablement, peu compatible.

« Et j’dis pas ça parc’qu’on est jumeau et qu’j’t’aime. » Non, non, ça n’entrait pas du tout en ligne de compte. « Mais… On est là d’puis pas si longtemps qu’ça et regarde où t’es maint’nant. »

L’Atia César à ce rythme-là, elle allait vite perdre son trône pour le laisser à Abban. Ouais ! A la vitesse où il grimpait, il pouvait faire ce qu’il voulait. Et honnêtement, Aishlinn préférait que ça se passe comme ça, surtout depuis qu’elle s’était carrément foutue dans une salle histoire avec Renan – dont elle ne connaissait ni le nom, ni le visage. Plus Abban monterait, plus il aurait des appuis, plus il serait apte à se défendre. Alors, il pouvait bien faire ce qu’il voulait avec son arme, du moment qu’il restait en vie. D’accord ça deviendrait peut-être plus risqué pour lui mais si, des deux, l’un était bien capable de se défendre avec tous les moyens possibles, c’était bien lui.

« Mais v’à, j’suis pas toi, j’y arrive pas et j’me dis qu’t’as raison. J’d’vrais pas rester là-bas. Ça m’empêchera pas t’aider. » Lui, Su’ ou même Lukaz. « Mais j’veux avoir l’choix et c’pas au Cartel qu’ça pourra être l’cas. »

Entre avoir conscience de quelque chose et l’avouer à voix haute, il y avait quand même une sacrée différence. Ça lui faisait bizarre et elle avait l’impression qu’un faussé venait de la séparer d’Abban. Pas ce qu’elle voulait pourtant. Ça allait changer beaucoup de choses mais, surtout, ça allait changer le fait qu’elle allait se démener pour préserver le lien qui les unissait tous les deux. Timidement, pas très certaine non plus, sa question suivante lui échappa complètement.

« Tu m’le présent’ra un jour ? » Elle était prête à faire des efforts mais elle n’en était pas encore au point de prononcer le prénom de Jake. « ‘Fin s’tu veux, quand tu voudras, t’sais juste pour savoir qui c’est, c’qu’il est. »

Abban l’aimait, elle avait bien compris. Preuve – de manière objective – qu’il devait bien avoir quelque chose de cool, non ?
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Message posté : Mar 4 Fév - 22:20 Message
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Mû par un instinct cultivé depuis dix-neuf ans et quelques mois, Abban s’était collé à sa sœur et avait essayé de ne pas pleurer, pour être viril, enfin, au moins un peu, pour être celui qui gérait la situation et tirait Aishlinn de sa détresse. Est-ce que ce n’était pas cela, après tout, qu’être adulte ? Il s’était toujours reposé sur elle, il lui avait toujours apporté ses malheurs, et le temps était venu pour renverser la machine et lui permettre, à elle aussi, de pleurer, de ne pas savoir, et d’attendre qu’il lui livrât, comme elle l’avait toujours fait, les solutions clés en main. Alors quand elle se détacha, il n’avait même pas pleuré. Enfin, pas beaucoup.

Il hocha la tête de temps à autre. Il était d’accord. Objectivement, à deux, ils avaient raison. Le Cartel n’était pas le monde d’Aishlinn. Était-il devenu celui d’Abban ou l’avait-il toujours été ? Le jeune homme eût été incapable de le dire. Il avait adopté pendant de nombreuses années les principes moraux informulés mais parfois rigoureux de sa jumelle. Certains s’étaient imprimés en lui. D’autres avaient laissé une marque qui commençait petit à petit à s’effacer. Les combats du Circus Maximus ne le choquaient plus autant. Le temps passant, il s’y était habitué.

Aussi doucement et courageusement que possible, Abban murmura, alors qu’Aishlinn venait de prendre, semblait-il, sa décision :

— J’te protègerai, mon ange.

Des représailles qu’un départ un peu trop brusque du Cartel pouvait susciter de la part d’ennemis jusqu’à lors tenus cois par la protection de la puissante organisation, des difficultés qu’affrontaient nécessairement, à Star City, tout criminel un tant soit peu indépendant et par conséquent pris dans l’inextricable guerre des gangs, des territoires, des groupes aux intérêts sauvagement revendiqués. C’était à cela que lui servirait le Cartel : à faire plier ceux qui tenteraient de s’en prendre à Aishlinn. Ou à les faire disparaître. Après tout, pourquoi pas ? N’avait-on pas tenté de l’éliminer lui-même à plusieurs reprises ? N’était-il pas temps qu’il jouât le même jeu que ses mystérieux adversaires, avec les mêmes règles ?

Après un nouveau silence, Aishlinn formula une requête pour le moins inattendue et l’Irlandais rougit violemment. Il n’avait jamais été très expressif sur sa vie sexuelle parfois mouvementée ; il l’était encore moins depuis qu’elle s’était doublée d’une vie sentimentale. Avec Aishlinn, il n’en parlait quasi pas du tout. À Thabo, il répondait par monosyllabes. Aux ponctuelles interrogations de Shrek, il offrait des marmonnements obscurs.

— Ben, euh, en fait, euh, alors… Euh…

C’était une idée qu’il avait eue, parfois, présenter Aishlinn et Jake, mais il l’avait souvent écartée. Aishlinn allait tenter d’égorger Jake, Jake ferait le pitre pour se moquer d’Aishlinn. Et lui, comment ferait-il ? Il n’était pas le même avec l’un ou avec l’autre. Et il n’avait pas tellement envie de se montrer sous un jour différent, à l’un ou un autre.

— J’sais pas, euh, tu vois, il est… ‘Fin, c’est compliqué, hein, oh, tu sens ? C’est les cookies.

Les cookies, c’était l’argument parfait pour se tirer de toute question embarrassante. Abban disparut et retira les biscuits du four pour les détacher soigneusement de leur feuille et les déposer dans un vaste plat. Mais cette opération hélas assez simple finie, il fallait bien revenir vers Aishlinn. Il apparut donc avec son plateau, le déposa sur le bar et murmura :

— J’ai peur qu’vous vous détestiez. Et j’saurais pas quoi faire. V’z’avez pas grand-chose en commun, ‘fin, j’crois.

La preuve que Jake n’était pas une solution de remplacement pour un vide hypothétique laissé par Aishlinn.

— J’vais y réfléchir, hein ? Genre, préparer l’terrain. Louer un ring de boxe.

Abban eut un rire nerveux, avant de contourner le comptoir et de se réinstaller sur sa chaise. Il prit un cookie, croquant et moelleux, comme il se doit et, après l’avoir avalé par petits bouts d’un air songeur, il suggéra :

— T’sais, toi et moi, on pourrait ptêt faire aut’ chose qu’des vols. Parc’ les contrats qu’t’auras, les gens auront pas forcément envie d’y mêler l’Cartel. Et inversement. Alors on s’dit là qu’on continuera à bosser ensemble, mais si ça s’trouve, c’sra juste pas possible. Alors, j’me disais…

Il haussa les épaules.

— T’sais, on a pas mal de pognon. En fait, j’sais pas combien exactement, faudrait demander à Thabo, mais, j’crois, pas mal, quand même…

C’était sans doute un euphémisme. Les Mac Aoidh étaient des criminels pour le moins actif, qui vivaient dans un manoir où tout leur était offert, volaient ce dont ils avaient besoin, par plaisir, et engrangeaient un trésor de guerre qui fructifiait sans eux. Abban, en tout cas, s’en désintéressait à peu près complètement et les rares fois où Thabo avait tenté de lui expliquer les complexes montages financiers qui protégeaient et exploitaient sa fortune personnelle, l’adolescent s’était tout bonnement endormi.

— Alors, j’me disais, on pourrait ptêt investir dans un truc. Une affaire. Mais, genre, légale, c’te fois. Un resto. Pas forcément un super truc trop classe, mais genre, t’vois, un resto familial. J’sais pas trop comment on fait, faudrait des identités d’emprunt, vu qu’on en a pas vraiment ici, des trucs plus solides qu’c’qu’on utilise des fois, mais ça, Thabo il peut sûrement faire.

Abban était plus habitué aux noms à usage unique, comme ceux qu’ils avaient utilisés pour entrer aux États-Unis et qui, s’ils résistaient à l’examen rapide des douaniers ou des forces de police, pour quelques heures, ne permettaient guère de bâtir un véritable commerce, fatalement voué à attirer l’attention de certaines administrations. Ce n’était cependant pas les numéros de sécurité sociale à acheter qui manquaient au sein du Cartel et Thabo était inépuisable pour ce genre de constructions.

— Après, j’dis ça, si ça t’saoule, on peut faire autre chose, aussi. Genre devenir aviateurs. Ou, euh… Collectionner des trucs super compliqués à avoir. J’sais pas trop. Des tableaux. Mais t’sais, en tout cas, un truc qu’on s’rait sûrs d’pouvoir faire à deux.

Il y avait aussi devenir champions de squash dans la liste des possibilités, mais Abban gardait des cartouches en réserve.
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Message posté : Mer 5 Fév - 13:24 Message
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La protéger ? Quelle drôle d’idée. A quel moment ils étaient passés de : « les choses évoluent » à « inversons carrément les rôles » ? Puis, finalement, en y réfléchissant bien, les rôles avaient déjà commencé à s’inverser depuis un petit moment. Elle ne l’avait pas protégé face à ce type, pas plus qu’elle ne l’avait fait quand il s’était retrouvé chez Adrian. En fait, il avait déjà repris ce rôle depuis longtemps, quand il avait téléporté avant qu’elle ne rematérialise son bras dans un type ou pour couvrir leur fuite dans un cimetière. Elle avait cessé les projets sur le long terme, menant sa vie comme elle se présentait selon les contrats qu’on lui donnait. Il avait, même si ce n’était pas conscient, vu les choses plus loin pour se retrouver à évoluer au sein du Cartel ou pour construire quelque chose avec une autre personne. Ce n’était pas étonnant, en fait, Aishlinn avait un peu abandonné son rôle – sans le vouloir, sans en être consciente – alors, il avait fait ce qu’il avait toujours le mieux su faire : s’adapter.

Et maintenant, il avait honte d’elle. C’est comme ça qu’elle comprenait les choses quand il se servit des cookies comme excuses plutôt que d’accepter une rencontre avec les autres. Et merde, voilà qu’elle renifla à nouveau pour éviter que les larmes ne lui remontent aux yeux. Quelle quiche, elle faisait ! Il était revenu, bien sûr, parce que foutre des cookies dans un plat, ce n’était pas ce qui occupait le plus et, elle, ben, elle resta silencieuse et encaissa toutes les excuses qu’il pouvait bien lui trouver pour qu’elle ne croise pas Jake. C’est bon, le message était passé, pas la peine de lui servir des trucs au hasard pour lui faire digérer l’information.

Des bouts de phrases comme « pas grand-chose en commun » s’accrochèrent à l’esprit de l’adolescente. Non, bien sûr que non, Jake et elle n’avait rien en commun, pas même le type le plus fabuleux du monde qui lui servait de jumeau. Détail ! Il allait y réfléchir ? Mouais, autant dire « c’est mort, jamais vous allez vous croiser » elle aurait trouvé ça carrément plus honnête. L’Irlandaise n’avait pas relevé les yeux, n’avait pas jeté un regard aux cookies et se contenta de hocher la tête. Oui. Elle avait bien compris le message. Elle resterait la jumelle, incapable de se faire une place au Cartel qu’il était préférable de cacher aux yeux de son fabuleux chef de gang, trop parfait pour qu’elle puisse le rencontrer ! Sur le coup elle trouva préférable de ne pas répondre, sa voix ne serait pas assurée et elle risquait de craquer ce qui achèverait de donner raison à Abban. Elle ne le voulait pas. Elle aussi, après tout, elle pouvait être cool.

Aishlinn daigna regarder les cookies – sans pour autant y toucher – quand Abban commença à parler de faire quelque chose à deux, de plus légal. Il pouvait vouloir se mettre à la pêche à la ligne qu’elle le suivrait les yeux fermés. Puis dématérialiser un filet, pour lui rendre sa matière une fois les poissons passer dedans, ça devait être trop facile de cette manière, ça se trouve elle pourrait être trop douée. Il y avait des championnats du monde de pêche à la ligne ? Elle releva un peu plus son regard pour aller trouver le visage d’Abban. Un restaurant, ça c’était carrément plus classe que la pêche. Ouais. Carrément. Un sourire et voilà que l’une de ses mains se tendait doucement vers le plat de cookies. Un restau, c’était vraiment cool.

« P’t-être qu’pour éviter les problèmes, Thabo pourrait l’prendre lui mais, au final, on s’occup’rait du truc. »

Elle haussa les épaules, elle ne savait pas plus que lui comment fonctionnaient les trucs administratifs. Encore moins dans un pays comme celui-là. Seul truc administratif qu’elle avait réellement fait dans sa vie, c’était remplir des fiches dans la prison d’Irlande où leur père avait été enfermé. Elle irait bien à Dublin, juste pour le voir. En fait, elle étouffa cette pensée et joua avec son cookie qu’elle n’avait toujours pas croqué.

« T’crois qu’on aura l’temps d’s’en occuper, vraiment, j’veux dire ? Parc’que j’peux lâcher mon boulot, c’est pas trop un souci. » Elle aimait la mécanique mais ce qui servait de garage au manoir pouvait largement lui suffire en réalité. « Mais faudrait pas qu’ça t’empêche d’progresser d’ton côté. »

Une dernière phrase qui inconsciemment marquait le début d’un grand pas en avant. Ce qui l’inquiétait, ce qu’elle voulait c’était que son jumeau soit en phase avec ce qu’il faisait. Elle ne résonnait pas pour eux deux mais, seulement pour lui. Comprenant qu’il y avait quelque chose qui passait bien avant eux deux réuni et, c’était lui tout seul. Un sourire et elle croqua enfin dans son cookie.

« Mais ça s’rait bien, même trop bien. Puis, s’rieux quoi, les gens qui viendront comprendront enfin c’qu’c’est qu’d’la nourriture. ‘Tain, j’te jure les gens ici, bouffent n’importe quoi, c’t’abusé. »

Les pépites de chocolats qu’il avait faites lui-même, voilà, c’était ça qui changeait tout. Qui achevait de lui faire voir les choses différemment pour comprendre que ce qui leur arrivait n’était pas un mal, juste une évolution. Leur lien, comme leurs pouvoirs, grandissait d’une nouvelle façon. Elle ne le quittait pas. Jamais. Ils grandissaient.
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Nouveau départ #Abban

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