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Permission de minuit

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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 11:42 Message
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Nuit du 26 au 27 décembre 2013

Minuit.
Abban relisait un manuel d’épigraphie.

Une heure du matin.
Abban chassait les bonnes affaires vestimentaires sur e-bay.

Deux heures du matin.
Abban essayait des tenues devant le miroir.

Trois heures du matin.
Abban commençait à se demander l’heure à laquelle Aishlinn rentrerait.

Quatre heures du matin.
Abban était en train de pleurer dans un coin.

Cinq heures du matin.
Abban avait arrêté de pleurer. Il se contentait désormais de regarder dans le vide.

***

27 décembre 2013

La nuit précédente, Aishlinn n’était pas rentrée. En dix-neuf ans, c’était la première fois. Abban savait très bien ce qui s’était passé. Oh, il y avait eu les explications de sa sœur, quand elle était revenue et qu’elle s’était heurtée à ses propres réponses, apathiques, démoralisées. Mais au fond, il savait très bien quel était le problème. Elle ne voulait plus de lui. Elle l’avait trahi. Il l’avait vue s’éloigner, au tout début, pour de vrai, avec Suzaku. Elle était partie loin, très loin, trop loin pour qu’il pût la suivre du regard, et cela, c’était déjà une trahison. Ne cherchait-elle pas tous les moyens pour être séparée de lui ? Le manoir magique d’Adrian et sa barrière contre les regards et les téléporteurs. La distance avec Suzaku.

Cette fois, il n’avait même plus chercher à la justifier. Il ne s’était pas emporté contre elle pour lui offrir l’occasion de donner ses raisons ou de présenter ses excuses. Le Mac Aoidh n’avait pas crié. C’était à cela, surtout, d’ailleurs, que Thabo avait compris que l’heure était grave. D’habitude, quand il se passait quelque chose, les Mac Aoidh criaient. C’était leur manière de communiquer. C’était leur version de la conversation saine. Il avait appris à s’y faire. Ce matin-là, à Nalebo Hall, un silence de plomb s’était abattu sur le manoir. Abban avait dit à Aishlinn on devrait dormir à part de la même manière qu’il disait parfois, quand ça n’allait vraiment pas, ce serait plus simple si j’étais mort — la voix monocorde et fatiguée, comme si de toute sa vie il n’avait pas dormi et qu’il voulait juste fermer les yeux, juste une fois, mais alors pour toujours.

Et puis il était parti. En silence. En marchant. Les mains dans les poches. Après, bien sûr, il s’était téléporté, mais sur le moment, non, il n’y avait pas pensé. Il avait rejoint Macha et ils étaient allés en ville. Ils avaient roulé sans but. Puis ils s’étaient jetés dans la baie. Dans la voiture sous-marine, entouré par le silence protecteur des masses immenses de l’eau, Abban avait recommencé à pleurer. Il l’avait senti venir, pourtant. C’était Star City. Cette ville les avait coupées en deux. Elle les avait rendus monstrueux et étrangers l’un à l’autre.

Machinalement, Abban gratta des ongles son avant-bras gauche. Souvent, ses veines s’éclairaient. C’était la Pierre Orphique dans son sang qui se manifestait. Une douce lueur verte. Monstrueux. Il aurait aimé l’arracher. Sa peau commençait à rougir, il arrêta de gratter, il fit descendre sa manche. Macha passait désespérément toutes les musiques qu’il aimait bien, pour tenter de lui remonter le moral. En fait, elle ne savait pas trop quoi faire. Elle n’était qu’une voiture, elle. Elle ne comprenait pas encore ce que ça faisait, d’être un humain qui souffrait.

Brusquement, Abban disparut. La voiture pourrait bien rentrer toute seule. À Nalebo Hall. Ailleurs. Qu’est-ce qu’il en avait à faire ? Au même moment, il venait d’apparaître dans la chambre de Jake, à l’As de Pique. Personne. Jake devait avoir des choses à faire. Lui aussi des choses importantes, avec d’autres personnes, dans ce monde d’autres personnes. Pourquoi les gens vivaient sans lui, ça, ça le dépassait. Est-ce qu’ils ne l’aimaient pas assez ? Est-ce que lui, il n’en faisait pas assez ?

Abban était fatigué. Il n’avait pas dormi depuis de trop nombreuses heures. Il n’avait pas mangé depuis la veille. Machinalement, il jeta un coup d’œil à sa montre. Quinze heures. Trente. Il se retourna pour observer la fresque. Il était là, au milieu. Jake allait revenir. Lui, il allait revenir, il allait revenir dormir, sans doute. Il allait le serrer dans ses bras, lui dire qu’il l’aimait, ce serait bien, ce serait rassurant, ce ne serait pas pareil. Le ventre de l’Irlandais se noua un peu plus. Heureusement, il était trop fatigué pour recommencer à pleurer, maintenant. Il abandonna par terre son manteau, ses chaussures, ses chaussettes. Un peu plus loin, il abandonna son jeans, son pull et son tee-shirt. Son boxer.

Il s’était glissé nu dans le lit de Jake, il avait attrapé l’oreiller et il avait inspiré profondément, en essayant de retrouver l’odeur de son ami — le shampoing, le gel douche. Il avait l’impression qu’il était un peu là, comme ça. Il aurait pu le localiser. Mais il était trop fatigué. Vraiment trop fatigué. L’oreiller de Jake serré dans les bras, perdu sous la couette et les draps, Abban parvint enfin à s’endormir.
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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 16:06 Message
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D’ici, en fait, je vois vachement bien toutes les perspectives que la ville offre, et que je n’avais pas encore vues.
Gling gling gling.
Nan, vraiment, j’avais encore jamais pris le temps de me poser sur un toit, aussi haut. Faut dire que je pouvais pas voler, c’était pas aussi facile.
Gling gling gling.
Ouais, je suis vraiment content de t’avoir trouvée. J’étais pas sûr que ça se passerait bien… t’es loin de chez toi, quand même…
Gling gling gling.
Mais ça te manque un peu quand même, nan ?
Gling gling gling.
Ah.

Jake, les pieds dans le vide, regardait Star City depuis le sommet d’un gratte-ciel du centre-ville. Installée sur son épaule, Clochette découvrait son nouvel environnement. Elle avait quitté sa forêt britannique pour une forêt d’un tout autre genre, une jungle urbaine. Mais ça ne semblait pas lui déplaire, au contraire.

Gling gling gling.
Nan, le maquillage, c’est quand je… quand je bosse, quoi. Là c’est juste comme ça, tranquille.
Gling gling gling.
Ouais, un moment sympa avec toi. Tu fais partie du Gang, maintenant, faut bien qu’on apprenne à se connaître, et que tu vois un peu Star City.

La petite fée lui avait offert, en plus de la possibilité de voler grâce à sa poussière dorée, celle de la comprendre. Ainsi, les « gling gling » avaient un sens pour lui, alors que les autres n’entendaient que des sons de clochette. Le téléphone de Jake vibra. Maléfique. Intrusion suspecte dans… sa chambre. Le leader du Gang fronça les sourcils, puis un petit sourire se peignit sur ses lèvres. Il répondit un bref « je gère » et se leva.

Il est temps de rentrer ! Prête ?
Gling gling gling.

Clochette s’éleva au-dessus de lui et l’arrosa de poudre. Après une grande inspiration, il s’élança dans le vide et, après quelques mètres de chute libre, redressa sa trajectoire pour s’orienter vers le sud-est, vers l’As de Pique.

C’est de mieux en mieux, tu trouves pas ?
Gling gling gling.
Ouais, mais toi, t’es une fée, t’es née avec des ailes, alors c’est pas du jeu.
Gling gling gling.
Vantarde.

Quelques minutes plus tard, Jake se posait sur le toit de son squat. Il alla jusqu’à l’avant du bâtiment et jeta un œil dans la rue. Personne. Puis il descendit lentement jusqu’au niveau de la fenêtre de sa chambre et la poussa doucement. Il réussit à se glisser à l’intérieur en silence et atterrit sur la moquette. Clochette se posa sur son épaule et observa d’un air circonspect la forme dans le lit. Le maître des lieux, lui, souriait, même s’il se doutait que la présence d’Abban ne devait pas être due au hasard.

Va faire un tour, je m’occupe de lui, murmura-t-il à la fée, qui croisa d’abord les bras avant de se résigner.

Elle s’envola par la fenêtre, allant sans doute rejoindre Maléfique au dernier étage. Jake, lui, s’était approché des vêtements et remarqua qu’ils étaient tous là. Son petit ami était donc nu dans le lit. Il retira chaussures, chaussettes, manteau et jean, restant en t-shirt et boxer, et alla s’asseoir à la tête du lit. Abban avait pleuré. Il avait des cernes. Conclusion : il n’avait pas dormi de la nuit. Supposition : Aishlinn ne devait pas être étrangère à l’état de son frère. Jake décida de le laisser dormir. L’Irlandais serait bien plus facile à rassurer, à calmer, à câliner avec quelques heures de sommeil.

Il rejoignit la cuisine, attrapant son téléphone au passage, et demanda à Shrek de lui préparer un bon goûter, avec du thé, du chocolat, des viennoiseries, que ça soit prêt pour dans trois heures. Il s’y prenait tôt, mais ça laisserait plus de temps au Russe pour gérer la demande. En attendant, et en tâchant d’être aussi silencieux que possible, il apporta un fauteuil dans la chambre, près de la fenêtre, et se mit à la lecture de La Belle au Bois Dormant.

Trois heures plus tard, on toqua doucement à la porte de la chambre. Jake alla ouvrir, fit signe à Shrek de ne pas faire de bruit, et lui prit le plateau des mains, pour le poser par terre, à côté du lit. Puis il se glissa sous la couette et vint enfouir son visage dans le cou de son petit ami, tout en l’entourant de ses bras, et alors qu’une main dessinait les courbes de son corps. Il faisait chaud, il faisait bon, et c’était si agréable…

Réveille-toi… mon amour… murmura-t-il, un peu étonné de sa propre audace quant aux mots.

Mais les prononcer était si bon, il était presque jouissif de se dire qu’il les disait enfin à quelqu’un, à son homme. Il m’embrassa dans le cou, sur l’épaule, avant de dégager une mèche qui lui tombait devant les yeux. Il était si beau, il semblait si fragile.

Ouvre les yeux… Je suis là.

Il attendit qu’Abban revienne du pays des rêves pour ajouter :

Si j’avais su que j’aurais un aussi beau cadeau en rentrant, je ne serais pas parti du tout… J’ai demandé à Shrek de préparer un petit quelque chose. Tu vas tout me raconter autour d’un bon plateau.

Le fameux plateau avait la particularité d’avoir des pieds repliables, et ainsi, une fois posé sur le lit, il ressemblait à une petite table et avait plutôt une bonne stabilité. Mais il allait attendre un peu, histoire d’être sûr qu’il n’y aurait pas de catastrophe avec un mouvement trop brusque. Sur le plateau : une théière de bon thé, une autre remplie de chocolat chaud, une assiette débordante de petites viennoiseries, des petits pains, du beurre, de la confiture…

Et sur le lit, le plus beau des garçons pour le plus chanceux des garçons.
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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 18:31 Message
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— …hmmmmliiinn… ?

Certes, Aishlinn n’avait pas l’habitude de lui caresser les fesses, comme ça, de bon matin, ni de les caresser du tout, encore heureux. Mais dans sa confusion et mû par un vague reste d’espoir, Abban avait cédé à la première pensée qui lui avait traversé l’esprit, la première pensée à toujours lui traverser l’esprit, et ce ne fut que lorsque ses paupières se soulevèrent péniblement qu’il comprit que soit Aishlinn avait entamé une cure de testostérone particulièrement radicale, soit ce n’était pas le matin, il n’était pas à Nalebo Hall et il avait Jake en face de lui. Et autour, aussi.

Lentement, les souvenirs des dernières heures se recomposèrent dans l’esprit d’Abban. La nuit passée seul à attendre Aishlinn. La dispute qui n’avait pas eu lieu. Le départ. Macha dans la baie. Est-ce que Macha était toujours dans la baie ? Le jeune homme plissa des yeux pour localiser sa voiture. Non, elle attendait quelque part dans les alentours. Elle avait tiré ses propres conclusions. Ou alors elle s’était localisée grâce à la Machmontre. D’une voix pâteuse, en se collant contre Jake, l’adolescent murmura :

— L’est quelle heure ?

Et sans bouger la tête ni même le regard, il lut l’heure sur sa montre, qu’il n’avait pas quittée, parce qu’il ne la quittait jamais.

— Désolé… J’voulais pas… Si j’voulais… J’avais nulle part où aller.

Son ventre gargouilla bruyamment. Déprimé ou non, sans appétit de jeune mutant pas encore tout à fait au bout de sa croissance se rappelait à lui. Depuis que ses pouvoirs se développaient, Abban avait peu à peu augmenté ses rations quotidiennes et s’il avait craint un moment de perdre sa ligne parfaite, il avait vite compris que ses pouvoirs brûlaient plus sûrement les calories que les marathons. D’ailleurs, il se félicitait d’être riche et/ou malhonnête : il se demandait comment les mutants sans emploi faisaient pour satisfaire à leurs besoins journaliers de nourriture.

L’adolescent se détacha un peu des bras de Jake pour se redresser un peu, calant un coussin entre son dos et la tête de lit. La couette le découvrit un peu et il ne put s’empêcher de frissonner. D’une voix éteinte, il murmura :

— J’dois être décoiffé…

Silence.

— C’est affreux.

Abban attrapa tout de même un petit pain pour l’ouvrir en deux, y étaler généreusement du beurre, le fourrer de confiture et le tremper dans le chocolat chaud. Il se mit à mastiquer en fixant la forme de ses pieds, sous la couette, à l’autre bout du lit. Enfin, à l’autre bout, pas très loin de là. Dans toute cette histoire, il y avait quelque chose qui le perturbait beaucoup : il n’avait pas envie de se jeter sous un train. Parfois, dans le passé, il avait songé à la possibilité affreuse qu’Aishlinn le laissât tomber. Et il s’était dit qu’il se jetterait sur un train. Au lieu de cela, il se gavait de pâtisseries.


Après avoir fini son petit pain, Abban résuma la situation.

— Linn veut plus d’moi.

Bon, certes, c’était un résumé tout personnel. Presque une interprétation. Mais la mauvaise foi Mac Aoidh, ça ne se perdait pas si facilement que cela et, en plus, Abban avait véritablement l’impression que tel était le message envoyé par sa jumelle — qui avait probablement, de son côté, l’impression que son jumeau ne voulait plus d’elle. Borné comme un Irlandais, Abban n’entendait pas envisager des circonstances atténuantes.

D’ordinaire, Abban était prompt en récriminations. Il trouvait toujours des gens à accuser. Il avait toujours un discours tout prêt et coloré pour jeter le blâme sur telle ou telle personne. Ce soir-là, il s’en tint à ces cinq mots, prononcés d’une voix égale et quasi factuelle, mais il suffisait de l’observer pour comprendre que ce n’était pas l’indifférence qui le rendait si inexpressif, mais bien plutôt l’étendue de son abattement. Les mains posées autour de la tasse de chocolat, il frémit à nouveau. Avant de tourner le regard vers Jake.

— J’peux rester ici ?

En se remémorant la conversation du chalet, quelques jours plus tôt, il précisa :

— Cette nuit. Toute la nuit. Jusqu’à demain. J’ai pas envie de retourner à la maison. J’ai pas envie d’être tout seul. J’veux être avec toi. J’ai b’soin de toi. J’suis désolé.

Un parcmètre n’aurait pas débité son discours avec moins d’humanité. Abban détourna les yeux pour se remettre à fixer ses pieds et, cette fois-ci, silencieusement, des larmes remplirent à nouveau ses yeux et commencèrent à couler, les unes après les autres, le long de ses joues. Alors que ses lèvres commençaient à trembler, annonçant les vrais sanglots, il ravala brusquement ses pleurs et murmura de son ton égal :

— J’ai plus faim.

Son appétit avait été de courte durée. Avec des gestes faibles, il souleva le plateau, le posa à côté de lui et glissa de nouveau dans le lit, le dos tourné à Jake.

— J’vais dormir. Ça fera passer le temps.
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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 21:27 Message
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Jake avait vu juste. Entre la réaction au réveil d’Abban, qui découchait pour la toute première fois, et l’implacable sentence concernant sa sœur, il n’y avait plus aucun doute à avoir. Les paroles de l’Irlandais étaient confuses, son esprit même ne devait pas encore bien faire le point sur les priorités… Une fois qu’il se fut redressé, Jake put prendre le plateau et le poser devant lui. Et il le regarda commencer à manger avec appétit, même si cet appétit ne dura pas très longtemps. L’Américain écouta tout sans rien dire, sans rien répondre. Son cœur se serra quand les larmes montèrent et coulèrent. Son petit ami souffrait. Il fallait qu’il soit là pour lui. Et puis qu’Abban était venu à l’As de Pique, c’est exactement ce qu’il attendait. Il était venu chercher le réconfort auprès de Jake. Le maître des lieux récupéra le plateau, le posa par terre, puis se glissa de nouveau sous la couette pour se coller à Abban, passant une main au-dessus de lui, sur le ventre, pour l’attirer contre lui.

Tu peux rester ici aussi longtemps que tu veux. Sois pas désolé, faut pas être désolé de venir chez moi. C’est un peu chez toi aussi, en fait… Enfin, si tu veux. T’as même pas besoin de clé pour rentrer.

Jamais il ne lui était venu à l’idée qu’un jour il s’installerait peut-être avec son petit ami. Pour la première fois, la pensée d’un logement commun venait de lui traverser l’esprit. Bien sûr, c’était encore trop tôt, il fallait laisser le temps au temps, mais il s’imaginait qu’en attendant sa chambre à l’As de Pique pourrait être leur endroit à eux… Après tout, l’appartement était à lui, et même si Shrek, Maléfique, Prof et maintenant Clochette pouvaient y accéder, il était chez lui. Peut-être devait-il changer un peu les règles. Alléger un peu les systèmes de surveillance et de sécurité, par exemple. Des capteurs aux issues suffisaient. Inutile d’en avoir dans les pièces.

Si tu veux dormir pour passer le temps, je te laisse dormir. Mais je suis là si tu veux parler, aussi. C’est bien de parler, parfois. Je jugerai pas. En fait, je sais pas grand-chose de ta sœur et votre relation… C’était exclusif, mais il fallait bien que ça change. Et t’es pas tout seul.

Il serra un peu son étreinte pour illustrer ses propos. Il était partagé entre le bonheur d’avoir son Abban pour lui tout seul, pour la première fois durant toute une nuit, et la douleur de la voir souffrir à cause d’une histoire qui lui échappait encore. Il doutait qu’Aishlinn ne veuille plus de lui. Mais la seule raison qui aurait pu pousser l’Irlandais à vouloir découcher, c’est sûrement parce qu’elle l’aurait fait de son côté… C’était peut-être pour ça qu’il avait l’air si fatigué. Sans doute l’avait-il attendue toute la nuit passée, sans succès.

Moi je suis là, je t’aime, tu peux tout me dire. T’as dit que tu me soutiendrais, que tu me consolerais si jamais je pleurais… ben c’est réciproque. On peut échanger. Je… quand tu voudras, je t’écouterai. Si tu veux des conseils, ou mon avis, je te les donnerai. Si tu veux que je dise rien, je dirai rien…

Là, il commençait à être à court d’idées pour exprimer tout ce qu’il pouvait faire pour Abban. Il prit une voie différente.

J’peux te remonter le moral. On peut aller faire un tour, on peut aller faire des cascades, on peut aller acheter une console pour que j’en aie une, et on jouerait ici… On peut aller squatter la cuisine de Shrek pour préparer des super trucs. Je veux que tu ailles bien quand tu pars d’ici. Que si t’arrives comme ça, tu repartes content.

De nouveau, il avait l’impression de tourner en rond. Du coup, il décida de ne rien ajouter. Alors qu’il profitait, il espérait qu’Abban lui dirait quelque chose… Et l’Irlandais pouvait aussi s’endormir, il ne le laisserait pas. Peut-être que dormir un peu plus était nécessaire, après tout, Jake ne l’avait laissé dormir que trois heures… Peut-être aurait-il dû attendre un peu plus, en fait. Soudain, il s’en voulut un peu d’avoir réveillé son petit ami, alors qu’il dormait, alors qu’il récupérait de ses émotions.

Relâchant son étreinte, il s’étendit sur le dos et fixa le plafond. L’endroit avait vraiment besoin d’un coup de neuf. Peinture, rénovation… Jusqu’à présent, vivre dans un squat aménagé n’avait jamais vraiment dérangé Jake. Il avait mis un peu de confort dans les lieux, mais sans s’attaquer aux gros travaux. Maintenant, il réalisait qu’il ne vivait pas dans des bonnes conditions. Et qu’il avait un petit ami, qu’il ne pouvait pas continuer à accueillir dans un endroit pareil… Déménager, certainement pas. Mais faire venir une équipe pour rafraîchir le tout, c’était déjà un premier pas.

Ouais, un coup de peinture… marmonna-t-il pour lui-même, comme si le dire allait graver la résolution dans sa mémoire.

Ce qui allait sans doute fonctionner, mais ça n’était vraiment pas le moment de s’en préoccuper.
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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 22:54 Message
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Le problème, c’était que de l’avis unanime des psychologues scolaires et des assistantes sociales qui s’étaient cassés les dents sur le cas Mac Aoidh, faire parler Abban était à peu près aussi facile que d’apprendre à une poule à calculer de la physique quantique. Non seulement le jeune homme refusait la plupart du temps de se livrer, non seulement, quand il le faisait, c’était pour s’exprimer d’une manière particulièrement obscure à qui n’était pas capable de débrouiller son accent, ses références personnelles et sa pensée contractée à l’extrême, mais encore fallait-il être capable de concevoir les problèmes très particuliers que la conjonction de sa gémellité et de ses pouvoirs avait fait naître en lui.

Mais si Abban parlait peu et mal de ce qu’il ressentait, c’était aussi et à la fois parce qu’il était jeune, et immature, et parce qu’il n’y avait personne qui lui inspirât confiance, si ce n’était Aishlinn. Évidemment, les problèmes qu’il avait avec Aishlinn, il n’en parlait pas à Aishlinn : il les gardait ainsi pour lui, pour toujours, ils s’accumulaient et ils n’étaient jamais soumis qu’à sa propre interprétation, prompte à tordre les faits. Ce jour-là, dans les bras de Jake, l’Irlandais se sentait pourtant capable, pour la première fois, de dire tout ce qui lui passait par la tête et le cœur à quelqu’un d’autre. Plus il écoutait Jake, plus il songeait que c’était possible. Inédit et possible. Alors quand l’Américain proposa de botter en douche et de se livrer à n’importe quelle autre distraction, Abban se retourna à son tour et déclara, convaincu :

— Non. J’veux parler. J’veux parler avec toi.

Il ouvrit la bouche pour parler, allongé sur le dos, les bras croisés au-dessus de la couette, quand une luminescence smaragdine attira son attention. Il retourna son bras gauche et ses veines étaient colorées d’un vert précieux. Le jeune homme poussa un soupir exaspéré. Depuis que la Pierre Orphique avait pris possession de lui, il ne se passait quasi pas une grande émotion sans qu’il en sentît les effets. Il leva une main et essaya de se concentrer. La lueur disparut peu à peu. Le jeune homme croisa le regard de Jake.

— Ouais, longue histoire, ça, aussi. J’te raconterai.

Il aurait pu s’exprimer en vers, en laissant la Pierre faire son effet. Quelque chose lui disait que Jake l’eût apprécié, du reste. Mais cette fois-ci, il avait envie de parler personnellement, et librement.

— J’peux… ? J’voudrais qu’on… Attends, redresse toi. Écarte. Ouais, comme ça.

Une fois Jake assis et les jambes un peu écartées, soigneusement positionné par l’Irlandais, Abban vint s’asseoir entre elle, pour s’adosser au torse de son compagnon, et il attrapa les bras de Jake pour les refermer autour de lui.

— Serre moi fort. Comme ça. C’est cool. T’es cool.

Du bout des doigts, il caressait le dos des mains de Jake.

— Je t’aime.

C’était la deuxième fois seulement qu’il le lui disait. Et à chaque fois entre deux sanglots. Il songea avec amertume qu’il allait devoir songer à rendre cette déclaration renouvelée un peu plus heureuse.

— Pas seulement quand c’est la misère, hein. J’devrais le dire plus souvent. Juste… Là t’es parfait pour moi. J’pensais pas que quelqu’un d’autre…

Qu’Aishlinn.

— …ferait des trucs comme ça pour moi. Ça a toujours été elle et moi, tu sais. J’sais pas comment t’expliquer. J’aimerais qu’tu comprennes. J’m’en suis toujours tapé qu’les gens captent pas, mais toi, j’aimerais pouvoir t’faire saisir l’truc. J’sais pas, disons… Si tu t’concentres bien, t’dois pouvoir sentir ton cœur qui bat ? T’sais, genre, quand tu cours, tu sens le muscle qui se contracte le sang qu’ça envoie. Maintenant, imagine que tu vis, mais sans ça. Que c’est pas à l’intérieur de toi, mais juste à côté. C’est ta vie, c’est ton cœur, c’est le muscle qui gère tout ton putain de sang, et il est là à côté de toi. Ça, c’est Aishlinn. C’est presque pas une métaphore, tu vois. C’est ça le truc. C’est physique. C’est vraiment, complètement physique.



C’pas seulement qu’on est ensemble, qu’on est tout l’temps ensemble, qu’on se complète. C’est nous, tu vois. Le truc, il se coupe pas en deux. Le truc, c’est nous. Et… ouais, j’suppose, t’as raison. Ça devait changer. J’sais pas. Peut-être qu’on vieillit. Peut-être c’est autre chose. J’sais pas. Depuis qu’on est ici, c’est pas pareil. Elle, elle a un type. Elle dit c’est différent de toi et moi, mais j’crois pas, ou alors pas tant que ça, ou alors… C’est juste pas encore évolué. Mais elle a un type. Et elle a d’autres activités, d’autres centres d’intérêt. On a coupé nos réseaux, t’sais. Pour s’installer plus vite, on fait des contacts de notre côté, et tout, et du coup, je sais pas, on a ptêt pas assez travailler ensemble. On est devenu différents. Elle et moi. Coupés en deux.



J’aime pas ça. Voilà, j’aime pas ça du tout. J’suis… Super heureux. De t’avoir rencontré. Vraiment, t’sais, vachement, trop complètement heureux. J’me sens tout con et tout guimauve quand j’pense à toi. Ou alors pas guimauve du tout, si t’vois c’que j’veux dire. Et juste… J’remets pas ça en cause, tu vois ? J’voudrais que tu comprennes ça. J’nous remets pas en cause, toi et moi. C’est pas la question d’choisir entre elle et toi. ‘Fin, si, sans, doute, sur certaines choses. Dormir. J’choisis. Mais au fond, tu sais, dans les sentiments, trucs à la con, là, dans les sentiments, c’est pas la question.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 0:59 Message
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Jake s’installa comme Abban le voulait, et passa ses bras autour de lui, respirant son odeur. Pour la deuxième fois, il eut droit à un « je t’aime ». Une déclaration qui surgit entre deux sanglots, mais l’Américain la trouvait d’autant plus précieuse. Parce que son ami s’était retrouvé seul, perdu, et qu’il s’était réfugié chez lui. Parce qu’il savait qu’il trouverait l’affection et le soutien dont il avait besoin. Et il se mit à parler. Rien que la façon de débiter son histoire fit se dire à Jake qu’il n’avait pas l’habitude de faire ça. Ou du moins, avec personne en dehors de sa sœur. Et en fait, il était même fort probable qu’il ne dît pas tout à Aishlinn, ne serait-ce que pour ce qui la concernait…

Pour la première fois, Jake comprit ce qu’était une vraie relation fusionnelle entre jumeaux. Ils étaient l’un pour l’autre, d’après l’image, un cœur. Pas le cœur métaphorique de l’amour, non, la pompe qui faisait circuler le sang dans le corps. Ils formaient un tout, deux moitiés censément indissociables… et qui pourtant avaient fini par se trouver chacun une certaine indépendance. Aishlinn, de son côté, avait donc quelqu’un. Les explications confuses furent interpréter par Jake comme une forme de méconnaissance d’Abban sur la véritable nature de la relation entre sa sœur et le « type ». Apparemment, ils ne partageaient plus tout. Ils grandissaient. Chacun découvrait la vie… sans l’autre.

Jake comprenait très bien que c’était un grand bouleversement, et que son petit ami mettrait un peu de temps à s’y habituer, mais il serait là pour l’aider à surmonter le changement. Tout simplement parce qu’il était là, et que l’évolution de la situation avec Linn n’avait pas de conséquence majeure sur leur couple, hormis une que le conteur estimait tout de même d’importance : Abban allait passer la nuit avec lui. Et recommencerait sans doute. Après la fin du monologue de l’Irlandais, Jake resta un moment silencieux. Sa tête se décala et il posa les lèvres sur l’épaule nue de son petit ami.

Je suis désolé que ça te soit arrivé… lui murmura-t-il à l’oreille. C’était inévitable, mais c’est pas moins douloureux… C’est juste la vie. Faut grandir, même si on veut pas. Et c’est la ville. Ça bouge. Ça change les gens…

Il tira un peu plus la couette sur eux. Même s’il ne faisait pas particulièrement froid.

Je peux dire que je comprends, même si c’est pas tout à fait vrai, parce que j’ai jamais vécu ça, comme toi, mais je peux imaginer. C’est… c’était une habitude, depuis des années, et du jour au lendemain, c’est fini… En général, les gens se remettent pas, parce qu’ils sont seuls. Mais tu vois, toi, t’es pas seul. Et ta sœur, elle est pas seule. Vous allez surmonter l’épreuve, et vous allez vous habituer à être un peu moins ensemble… mais vous allez toujours vous voir. Tout le monde passe par-là. Les enfants qui quittent les parents, les familles qui vivent ensemble pendant des années, et il faut se séparer parce qu’on devient adulte… Devenir adulte, c’est dur, c’est ptet la plus grosse épreuve qu’on a à vivre… Enfin, je dis ça, je suis pas sûr d’être vraiment devenu un adulte… Mais en même temps, je suis pas un bon exemple, je suis un criminel qui aime les contes…

Heureusement, il avait Maléfique, Prof et Shrek pour gérer tout ce qui relevait vraiment des responsabilités. Wildcard n’était le chef que quand il fallait lancer un projet ou donner deux, trois ordres à gauche, à droite. Lui, il voulait surtout s’amuser. Éviter à tout prix d’être confronté aux réalités des adultes…

Après, l’amour, c’est ptet aussi un truc d’adulte… Le vrai amour, j’veux dire. Quand t’es ado, tu dis « je t’aime », et deux mois après, c’est fini, parce que t’as rien à assumer… Là, nous, on est encore des jeunes, mais… j’me sens… je dirais pas responsable, ça fait trop comme pour les gamins… mais je fais attention, quoi, y a plus seulement moi et mon Gang, y a toi, maintenant. T’es arrivé dans ma vie, t’as pris beaucoup de place… c’est pas une image péjorative, hein… t’as même pris toute la place dans mon cœur, en fait… et je peux pas me dire que si un jour ça s’arrêtait, ben j’oublierais tout… Tu vois, rien que de dire ça, j’ai envie de me coller des baffes.

Il secoua la tête, avant de déposer un baiser dans le cou d’Abban.

Je disais quoi, au départ ? Ouais, le vrai amour. C’est le truc le plus beau que je connaisse… Je l’avais juste lu dans les livres, sous plein de formes, et je l’avais encore jamais vécu… J’ai beau être un vilain, c’est un truc que je souhaite à tout le monde… L’amour qui te fait te dire que tu dois être toujours là pour l’autre. C’est une forme de responsabilité… Je sais pas si c’est comme ça que tu vois… euh… nous, mais moi, ouais. Et si ça se trouve, ta sœur, elle va vivre ça aussi. Si elle le vit pas déjà. Tu rencontres quelqu’un, et tu sais. C’est lui, ou c’est elle. Du coup, faut que vous soyez heureux l’un pour l’autre, parce que c’est normal, et que ça veut pas dire que vous allez plus vous voir. Parce que… enfin, encore une fois, je suis pas un bon exemple… mais les liens du sang, la famille, c’est au moins aussi important. C’est deux formes d’amour, mais quand on a la chance d’avoir les deux, ben faut les garder.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 12:33 Message
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Réfugié autant que possible sous la couette, les mains sur celles de Jake, Abban se contentait de pencher légèrement la tête quand un baiser cherchait à rejoindre son cou. Alors il frémissait un peu, rassuré de sentir que son corps réagissait encore au corps de Jake. Souvent, par le passé, il avait senti la tristesse l’emplir au point qu’elle ne lui laissait rien d’autre qu’une vaste et indifférente fatigue, devant le monde. Quand son humeur si versatile plongeait brutalement vers les tréfonds, il laissait tout tomber et il regardait dans le vide. C’était sa manière d’attendre que le temps passât et que les problèmes disparussent.

Ce jour-là cependant, sa douleur était toute différente. Finalement. Lorsqu’Aishlinn était revenue, il avait senti la même indifférence dévorante, la même envie d’arrêter d’exister, pour reprendre plus tard (peut-être), et voir si les choses avaient alors changé. Mais avec Macha, au fond de l’océan, en écoutant la musique que la voiture trouvait joyeuse, en pleurant, en sanglotant, il avait senti un désespoir bien différent, beaucoup plus vivant et agité. Contre Jake, à nouveau, il sentait ses émotions reprendre forme et ses protections aseptisantes s’effondrer pour lui faire sentir les nuances de ses affections et de ses déceptions.

Beaucoup de ce que lui disait l’Américain lui eût paru inacceptable et même complètement idiot, quelques semaines plus tôt. Il n’avait jamais été doué pour faire des distinctions et composer avec les différences. Le monde avait longtemps été pour lui une affaire de totalité. C’était seuls contre tous et c’était tout ou rien. Les autres importaient peu. Mais il y avait Suzaku, il y avait Jake, il y avait Adrian. Thabo. Il avait même des amis, enfin des connaissances. Chase. Il aimait bien Chase — dans son genre illuminé flippant. Il aimait bien Lukaz aussi, même s’il ne le disait pas trop. À Dublin, ils avaient toujours été trop jeunes, trop doués et par conséquent, trop décalés. À Star City, ils avaient trouvé des cercles capables de les accueillir et de composer avec leurs excentricités.

Il fallait bien partager ses sentiments. Les distinguer. En offrir un peu à tout le monde. Abban avait conscience de cela. L’explication de Jake avait malgré tout quelque chose de cruel, pour lui. Imaginer Aishlinn amoureuse de Suzaku. Ou d’un autre. C’était à peu près inconcevable. Comment pouvait-elle se comporter de la même manière avec quelqu’un d’autre ? Mais c’était cela, justement, que Jake lui expliquait. Quand lui, Abban, était avec Jake, il ne faisait pas du tout les mêmes choses que lorsqu’il était avec Aishlinn.

— T’as raison…

Le jeune homme poussa un soupir.

— Je sais que c’est ça, grandir, en plus. Je sais que c’est c’qui s’passe, j’veux dire. Y a plein de… Euh, signes. Disons. Ouais. Genre mes pouvoirs. J’suppose que c’est parce que j’suis en train de devenir adulte. J’finis l’adolescence et tout. J’prends des responsabilités au sein du Cartel, ici. Par rapport aux boss. J’faisais pas ça à Dublin. J’ai envie d’faire plein d’trucs avec toi que j’voulais pas faire avec d’autres garçons. J’pense à l’avenir. Ce genre de choses. Mais ça, Linn et moi, on en a jamais parlé tu vois. L’avenir, le sérieux, ces trucs-là, c’est plutôt son affaire. Moi, j’ai toujours été… J’sais pas, disons incontrôlable. D’un côté, j’crois qu’ça m’arrangeait pas mal. J’avais pas à m’poser d’questions.

Abban inclina la tête pour avoir un nouveau baiser. Autant profiter de la situation.

— J’ai peur d’la perdre, parce j’ai peur de pas être à la hauteur. De pas savoir tout gérer en même temps. J’ai peur d’me faire buter, d’me faire quitter, par toi, par elle. Si jamais j’suis pas assez doué au Cartel, si jamais j’me ramasse, j’sais pas c’qu’elle pensera d’moi. Et d’elle. Avant, ma vie, tu vois, elle était quand même en gros relativement certaine. Y avait pas des masses de question à s’poser. J’étais là, j’faisais mes p’tites affaires, j’couchais avec n’importe qui, j’retrouvais Aishlinn. Le lendemain, c’était la même chose, mais sans rapport avec le jour précédent. Maintenant, c’que j’fais chaque jour, ça aura des conséquences. Avec toi. Avec elle. Au boulot. Tout. C’est juste super angoissant et j’ai l’impression qu’à chaque fois, à chaque moment, à chaque erreur, c’est foutu pour toute la vie.

La vie d’adulte, c’était quand même un peu naze.

— Et même quand j’t’écoute et que j’me dis que ouais, c’est pas irrattrapable, ben en fait, j’sais pas quoi faire. À chaque fois, y m’arrive des trucs inédits, j’avais pas prévu, j’ai pas l’expérience, je sais pas où aller. Les mecs comme Thabo, ils prennent une décision, et t’as l’impression qu’ils ont lu l’histoire de leur futur. Mais moi, c’est pas comme ça. J’dis des conneries, j’fais des conneries, et après, y se passe quoi ? Et si un jour j’ai plus rien ? Si j’me retrouve vraiment tout seul parce j’aurais été vraiment trop con ? J’vais faire quoi ? J’peux rien faire tout seul. J’sais rien faire. J’ai b’soin d’vous, moi.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 18:22 Message
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La conclusion qu’Abban tirait de sa situation était assez cruelle pour lui-même. Jake pouvait concevoir qu’il avait besoin de ceux qu’il fréquentait, ceux avec qui il vivait, mais de là à n’être capable de rien faire sans eux, il y avait quand même une bonne distance à parcourir, et l’Irlandais était un peu trop prompt à la franchir. Il se projetait dans un potentiel avenir où il n’aurait plus rien. Pourquoi faire ça ? C’était stupide. Même si c’était le genre de choses qui pouvait arriver à n’importe qui, pourquoi y penser ? C’était typiquement le genre de réflexions qui pouvait faire que les gens s’arrêtaient de vivre. Si à la moindre erreur, on craignait que tout s’arrête, on ne faisait plus rien, et on finissait par se laisser mourir à cause de ce dont on avait peur au départ…

Abban Mac Aoidh, fit Jake, sur un ton assez autoritaire. Maintenant, tu arrêtes de croire que tout ça va disparaître un jour. Peut-être que ça disparaîtra, mais on s’en fout. On est aujourd’hui. Et le moment présent, c’est vachement plus important que tout ce que l’avenir nous réserve. Ça arrivera, et c’est tout.

L’Américain dégagea un peu la couette et décolla son petit ami de lui, pour pouvoir quitter la position qu’il tenait derrière lui, en repassant une jambe de l’autre côté. Puis il le plaqua contre les oreillers, se mit à cheval sur lui, assis sur ses cuisses, lui prit doucement le visage entre ses mains, et l’embrassa. Parce que depuis qu’Abban était arrivé, ils n’avaient pas encore échangé un baiser digne de ce nom. Satisfait, Jake tira la couette, qui se défit au bout du lit, et les en couvrit pour faire une sorte de tente. Un petit abri chaleureux pour deux.

Moi, j’suis là. Et j’suis sûr qu’elle, elle sera toujours là. De ce que tu m’as dit, elle doit être comme toi. Alors elle doit se poser les mêmes questions. Et si vous vous posez les mêmes questions, faut en parler. Vous avez même pas besoin de vous promettre d’être toujours là l’un pour l’autre, j’imagine, mais ptêt que vous le redire, ça peut vous remettre sur les bons rails. T’es jeune, et t’as vu ce que t’as accompli ? Avec elle ? Ça fait quelques moins que vous êtes à Star City, et tout le Cartel vous connaît déjà. T’as déjà commencé à écrire ton histoire, et un jour, tu seras comme Thabo…

Pour rassurer Abban sur la « normalité » de sa situation, il se prit en exemple, cette fois-ci, à plus juste titre que précédemment.

Tu vois, moi, j’ai fait renaître le Gang. J’suis le chef. Quand faut prendre une décision, j’la prends. Parce que j’suis le chef. Mais si j’avais pas les autres, jamais je prendrais les bonnes décisions. Ici, j’ai besoin d’eux, c’est normal. Et j’ai besoin de toi, parce que quand t’es loin de moi trop longtemps, tu me manques, y a comme un vide. Alors j’ai juste hâte de te revoir. Je me dis pas que ptêt je te reverrai jamais… J’ai besoin de vous tous, parce que je sais que si je fais une connerie, vous serez là, vous m’abandonnerez pas. Donc si tu fais une connerie, y aura toujours quelqu’un pour t’aider. Thabo, Aishlinn, ou moi…

Alors qu’il parlait, il s’était mis, du bout du doigt, à dessiner des arabesques sur le torse de son petit ami. Tout en appréciant particulièrement, malgré l’obscurité créée par la couette, le fait qu’il était complètement nu.

Devenir adulte, c’est aussi comprendre ses erreurs. Et vaut mieux en parler que les ignorer, les oublier, se voiler la face, parce que ça aura des conséquences pas terribles… Tu trouveras toujours quelqu’un à qui parler… Tiens, si tu veux même parler à Shrek, il t’écoutera. Il t’aime bien. Il veut même cuisiner avec toi… Faudrait que je te présente les autres… enfin, t’as déjà vu Maléfique, mais, mieux, quoi. Et Prof…

Et Clochette. Mais il évita d’en parler encore. Parce que la Fée pouvait, plus que Maléfique, montrer des signes de jalousie. Jake préférait la préparer un peu plus longtemps à une éventuelle rencontre avec Abban, pour qu’elle l’aborde avec sympathie plus qu’avec agressivité… Il s’éloigna un peu de l’Irlandais, le tira par les jambes pour l’amener à s’allonger, et il s’étendit tout contre lui, laissant juste leurs têtes dépasser.

Tu viens là quand tu veux. Si j’suis pas là, j’arrive aussi vite que je peux. Tu peux aller voir Shrek. Tu fais comme chez toi. J’veux que tu considères que c’est aussi chez toi. Le Gang, c’est ma famille, alors j’veux que ça soit aussi ta famille. Enfin, pas autant que Linn, mais… comme des oncles, quoi. Maléfique, c’est un peu une grande sœur, Shrek c’est un tonton, et Prof comme un vieil oncle un peu gâteau. S’tu vois le tableau.

Jake laissa nonchalamment sa main reposer sur le bas du ventre d’Abban, tandis qu’il gardait la tête appuyé sur l’autre.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 20:00 Message
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L’Irlandais se crispa en entendant son nom — prononcé avec un accent qui le dénaturait complètement, mais que voulez-vous, les Américains ne savaient pas articuler, c’était bien connu — et pendant une seconde, il s’attendit à de véritables reproches. D’ailleurs, le tableau que dressa Jake n’avait tout d’abord rien de très séduisant : ça arriverait, qu’il disait. Merci. Très rassurant. Abban s’imaginait tout seul au milieu d’un champ de ruine dans une Star City dévasté — oui parce que, quitte à imaginer le pire, autant y aller franco et donner dans le dramatique.

— Hé !

L’adolescent ne put s’empêcher de sourire en se retrouvant plaquer contre les oreillers et il releva un peu la tête pour chercher les lèvres et le baiser de Jake, ses mains refermées sur le tee-shirt de son compagnon. Si, pour une fois, les paroles que quelqu’un prononçait pour tenter de communiquer avec lui le touchaient et le faisaient réfléchir, il avait toujours besoin de ces caresses, de cette présence physique qui seule l’ancrait au bon endroit et ne lui donnait pas l’impression d’être toujours déjà ailleurs, cette impression de vertige et de vide angoissant qui s’était emparée de lui dès ses premières téléportations et ne l’avait plus vraiment quitté depuis.

Jake se redressa un peu et Abban libéra son tee-shirt, pour poser les mains sur ses cuisses. Il le fixait dans les yeux, sagement, avec une docilité d’élève attentif qu’il n’avait eue pour aucun de ses professeurs, même pendant les rares cours d’histoire qui avaient porté sur le monde antique, sa période préférée pourtant. Voir en Jake un modèle un peu plus âgé ? Pourquoi pas. C’était la première fois qu’il songeait à leur différence d’âge. Mais dans cinq, six ans, il pourrait avoir, lui aussi, comme Jake, une sorte de famille. Avec Thabo. Macha. Il y avait Willy, la vieille informatrice qui les avait mis sur la trace de Macha. Et Aishlinn, toujours. Et Jake.

C’était une idée séduisante. Jake avec l’As de Pique, il avait Nalebo Hall. Il ne se voyait pas tellement en chef de gang. Trop de responsabilité. Mais en brillant criminel, ça, certainement. Il l’était déjà. Jake avait raison : il l’était déjà. Cette fois-ci, Abban ne ronronnait pas aux compliments, comme il en avait l’habitude. Il essayait de les peser aussi objectivement que possible. Parce que la crise était importante, parce qu’il se sentait véritablement au bord du précipice, il faisait l’effort de ne pas s’y jeter, comme il l’eût fait sinon, de ne pas se complaire dans son propre malheur et de tenter d’appliquer ce qu’il avait de facultés intellectuelles à la résolution de son problème.

Un nouveau sourire passa sur son visage quand Jake le tira un peu plus bas dans le lit. Abban hésita à rouler sur le côté pour faire face à son ami, mais la main de ce dernier était trop bien placée pour qu’il voulût la déranger.

— J’aimerais bien m’faire un autre tatouage, pour toi. Là…

Il avait posé la main sur celle de Jake et l’avait déplacée vers son aine gauche.

— Ou de l’autre côté. En bas du dos. ‘Faut qu’je réfléchisse au motif.

Ça avait l’air d’une lubie d’adolescent, mais pour lui, c’était très important. Abban avait besoin que son corps pût porter le témoignage des liens qui l’unissaient avec ses proches, tout comme il avait besoin de tenir Aishlinn par la main, besoin que Jake eût continuellement envie de lui, besoin que Thabo lui mît la main sur l’épaule, après un long entraînement, pour le féliciter. Il avait besoin de se sentir au même endroit que quelqu’un d’autre.

Abban tourna la tête vers Jake.

— L’truc, c’est qu’j’sais pas trop faire, ça, parler. Surtout avec Linn, pour ce genre de choses. On s’dispute tout le temps, et après, comme ça nous fait d’la peine, on s’réconcilie, mais en vrai, on s’explique pas beaucoup. Alors euh… J’sais pas. Si ça s’trouve, elle est très fâchée, et…

Il s’interrompit : il était sur le point de s’engager dans la même déploration circulaire contre laquelle Jake venait de le mettre en garde. Faisant un effort pour ravaler ses plaintes, il reprit :

— J’ai jamais fait ça, t’sais, avoir une vraie discussion sérieuse, sur les sentiments et tout. À part avec toi. Mais toi, c’est facile, parce que t’es tout calme et tout zen. J’sais pas comment tu fais, d’ailleurs. Tu dois faire du yoga, ou un truc dans l’genre, c’pas possible autrement.

Mais il fallait bien qu’un des deux, dans ce couple, eût un peu de self-control.

— Ouais, et donc… Et donc j’sais pas. J’vais pas lui acheter une boite d’chocolats et me ramener comme une fleur, tu vois ? Et puis… J’sais pas, j’ai envie qu’ce soit elle qui le fasse, aussi. Parce c’est elle qu’est pas rentrée. OK, elle s’est fait kidnapper par des cannibales, mais ça s’rait pas arrivé si elle avait pas suivi l’autre connard décérébré avec sa coiffure à la con.

À entendre la manière dont il parlait de Suzaku, avec qui il travaillait pourtant parfois, cela ne laissait pas beaucoup d’espoir quant à l’affection compréhensive qu’Aishlinn pouvait vouer à Jake.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 21:35 Message
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La main de Jake se laissa docilement guider jusqu’à l’aine… et il se demanda s’il ne pouvait pas faire la même chose. Un tatouage pour Abban… Hormis les quatre couleurs qu’il avait au bas du dos, il avait envisagé de se faire tatouer le symbole du Gang des Fables, tout en se disant que ça ajouterait du piment dans sa vie si un jour quelqu’un le voyait… Sauf qu’il fallait choisir le bon emplacement. Là, l’idée fut éclipsée par une image. Un A et un J entrelacés, d’une certaine manière ? Tout en écoutant et en imaginant, il souriait… La conversation revint aux sujets plus sérieux.

Abban manqua de s’embarquer encore dans ses propres habitudes, celles de se plaindre, de s’apitoyer sur son sort, mais il parvint à s’en empêcher de lui-même, pour reprendre un peu le contrôle, et s’étonner de la capacité de Jake à rester calme… Cela n’avait rien à voir avec le yoga. Il avait juste pris le pli, depuis quelques années, de savoir garder ses émotions et ses ressentis enfouis en lui. Il n’aurait pas fait un très bon joueur de poker, sinon. Jamais ses sentiments n’avaient été aussi clairs et aussi faciles à exprimer depuis qu’il était avec Abban, mais il restait chaque fois apaisé. Ne jamais céder à la panique.

L’autre connard décérébré avec sa coiffure à la con ? Tu parles de qui, là ?

Il ne connaissait pas les fréquentations d’Aishlinn, et même en passant en revue les possibilités de jeunes hommes du Cartel, parce qu’il ne voyait pas la sœur fréquenter quelqu’un qui n’était pas du milieu, même si c’était peut-être un jugement hâtif, il ne voyait pas qui avait une « coiffure à la con ». Ou plutôt, il en voyait trop pour pouvoir déterminer un choix précis.

Tu vois, comment t’es… reprit-il, sa main glissant un peu plus loin, jusqu’au bas du dos, pour faire pivoter Abban vers lui. Ta sœur s’est faite kidnapper, c’est plutôt une raison valable, même pas des cannibales… Enfin, c’est pas la question, et toi, hop, tu juges le mec avec qui elle était.

Il avait parlé sur un ton qui n’était pas du reproche, puisqu’en plus il n’avait pu s’empêcher de garder un petit sourire.

Tu devrais essayer de lui parler… Même si tu penses que c’est à elle… Enfin, sans être le premier, tu peux ptêt provoquer la discussion. Enfin, le principal, c’est que régliez ça… Mais t’as le temps d’y penser. T’as besoin de récupérer un peu, t’as besoin de quelqu’un qui s’occupe de toi, et t’es venu pile au bon endroit pour ça.

La main de Jake était passée du bas du dos à… plus bas.

Tu vois, c’était pas si dur, de parler, en fait. Quand t’es calme et que tu veux bien, t’y arrives sans problème. Faut juste bien de mettre en condition. Et je crois que pour ça, je m’en suis sorti comme un chef, hein ?

En fait, histoire de ne pas trop s’éloigner du sujet, mais en adoptant une attitude plus légère, il demanda :

C’est quoi, au fait, les cannibales ? C’est une tribu quelque part ? Je savais pas qu’on avait des cannibales à Star City… À la réflexion, c’est pas si étonnant, on trouve de tout, ici… Donc des cannibales, ben oui, doit bien y en avoir… Mais qui vivent en bande, enfin j’imagine, doit y avoir un truc là-dessous… Ils doivent pas bosser pour le Cartel, sinon, on le saurait…

Il avait un peu dérivé. Et se recentra. Enfin, il embrassa d’abord Abban, puisque la proximité de leurs visages était beaucoup trop tentante pour qu’il s’en prive, et ensuite, il se recentra :

Si ça se trouve, dans les forêts autour, y a des trucs encore plus bizarres qui vivent… Je suis jamais allé loin dans la forêt… C’est bête, ça peut être un sacré défi, mais j’ai jamais vraiment pensé… Pourtant y a des forêts dans les contes, y en a même plein, il se passe plein de choses dans les forêts, des trucs moches, des crimes, des disparitions, tout ça…

Recentrage manqué. Nouvelle tentative.

Tu veux faire quoi ? On reste là au chaud sous la couette ? On se trouve un truc peinard à faire ? Ou on va faire un tour, pour te rafraîchir un peu les idées ? Je t’avoue que si on reste là, je me sens un peu trop habillé par rapport à toi… Mais si tu préfères sortir… Y a tous ces trucs dont on a parlé la dernière fois… Les rollers, les cascades, tout ça… C’est ptêt un peu trop sportif, en fait, oublie. J’peux… ah ouais, tiens, j’peux mettre un film, sinon. Le film que tu veux. C’pas compliqué de mettre le film que tu veux, après tout, j’suis un criminel, et Maléfique, elle pirate tout, alors on a une sacrée base de données…

Mission recentrage quasi-réussie. Il y avait eu quelques sorties de pistes, mais Jake s’en tirait avec des propositions assez claires. Du moins, il l’espérait.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 22:13 Message
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— C’est rien, juste un type.

Suzaku Miura, « juste un type » ? Il devait être l’un des membres les plus influents de la Triade à Star City, grâce à son clan et à sa proximité avec le Mandarin. Mais même dans le fond de son mécontentement, Abban gardait assez de professionnalisme : on ne parlait pas des associés, on ne s’étendait pas sur leur vie privée, quoi que l’on en pensât. Ce n’était pas qu’il ne fît pas confiance à Jake, mais il ne voyait pas l’intérêt de partager cette information. Preuve que son alliance avec sa jumelle n’était pas aussi détruite, dans son esprit, qu’il se plaisait à le dire.

Abban se laissa rouler sur le côté et ses mains, aussitôt, se posèrent sur le torse de Jake, tandis que l’une de ses jambes se glissait entre celles de son compagnon. Il esquissa une moue légèrement contrarié à son simili-reproche amusé.

— Bah faut bien qu’j’le juge, le mec ! Elle le fait pas, elle ! Elle fait n’importe quoi. Elle sort avec des mecs qui sont…

L’Irlandais réfléchit.

— Ben des mecs, déjà, d’une. Alors bon, voilà. Après faut pas s’étonner.

Pourtant, toute la population de Star City qui sortaient avec des hommes ne finissait pas dévorée par des cannibales, mais l’adolescent n’était manifestement pas en état de poursuivre trop loin la curieuse logique de son raisonnement. Heureusement, Jake ne chercha pas à lui faire entendre raison et Abban put se coller un peu plus contre son homme (livré sans cannibale, lui, preuve de sa supériorité déjà évidente), tandis que les mains de l’homme en question s’égaraient sur ses fesses : en voilà un qui savait comment consoler un Abban en détresse.

— Ouais, ouais, j’lui parlerai. J’trouverai un moyen.

Là comme ça, il n’avait pas l’air forcément très convaincant, mais au fond de lui, il s’était laissé convaincre par Jake, qui possédait le double avantage inédit dans l’existence d’Abban d’être à la fois raisonnable et assez proche de l’Irlandais pour que celui-ci acceptât de l’écouter. Pour se récompenser de la preuve d’incroyable maturité qu’il venait de donner, le jeune homme glissa les mains sous le tee-shirt de Jake pour les reposer sur son torse. Un soupir de soulagement lui échappa à ce contact physique. Il se sentait à sa place.

Lorsque Jake commença à divaguer sur les hordes d’anthropophages qui vivaient peut-être dans les égouts, Abban précisa :

— Non mais genre, ‘sont pas à côté les cannibales, hein.

Ou alors ils seraient venus depuis longtemps kidnapper Shrek, c’était un sacré morceau.

— S’ils étaient dans l’coin, j’les aurais vus et j’serais aller la chercher, t’sais. Elle est partie exprès, non mais genre : exprès, hors d’mon champ d’vision. Du coup, ils étaient à… Pfiiou…

Abban calcula.

— Au moins deux cents kilomètres.

Il avait lâché cela comme ça, comme si de rien n’était. Jusqu’à présent, il n’avait donné à Jake un aperçu que très limité de ses pouvoirs : des téléportations sur des distances relativement courtes, jamais plus d’un kilomètre, et une vision assez semblable. Avec son air fragile et ses incertitudes, Abban venait de laisser apercevoir en passant l’étendue de ses pouvoirs. Si l’on supposait que sa capacité à localiser les êtres et les objets avait le même rayon d’action, alors on comprenait mieux son succès auprès de la hiérarchie du Cartel.

— ‘Fin bref. On pourra aller dans la forêt, stu veux. J’suis jamais vraiment allé dans une forêt, en fait.

L’énumération des incidents sordides qui s’y produisaient dans les contes fées n’avait pas eu l’air de le refroidir. Il fallait avouer qu’il s’échappait toujours assez aisément. L’excursion en forêt pour se faire assassiner par des êtres magiques fut suivie d’autres propositions et Abban ne put s’empêcher de sourire en voyant avec quel zèle Jake cherchait le moyen de le divertir.

— J’ai pas tellement envie d’bouger. J’ai pas tellement envie d’m’habiller. J’ai pas tellement envie qu’tu sois habillé non plus.

Il précisa tout de même :

— Bon, là, tout de suite, j’suis pas super, super en forme. J’ai pas dormi. Mais… J’sais pas, un film, ouais. Faut en profiter tant qu’j’déborde pas d’énergie, pas vrai ? J’ai jamais vu… Euh… L’truc avec le chien, là, en pâte à modeler, tu sais. La Callas et Sa Mite.

Wallace et Gromit, plutôt. Tandis que Jake se relevait avec ce titre très approximatif pour préparer le visionnage, Abban se redressait dans le lit et préparait savamment les coussins pour leur servir de canapé. Quand Jake revint près du lit, l’Irlandais le fixa.

— Enlève tes vêtements.

Il rougit. Pour une fois, il avait peur que son exigence fût mal interprétée.

— J’sais pas comment dire. Mais sentir ta peau… Ça m’rassure. Pas que hein. C’est super excitant. Mais là, c’est surtout que… J’me sens là, tu sais, juste . Ça m’concentre, s’tu veux. Ouais, quelque chose comme ça. Puis t’es beau, en plus, ça gâche rien.

Quand Jake l’eût rejoint, il se pressa contre lui, la tête contre son épaule, une main sur son torse. Des deux cents kilomètres à la ronde, c’était bien là qu’il se trouvait.
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Message posté : Jeu 16 Jan 2014 - 0:27 Message
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Jake n’en saurait donc pas plus sur le « type »… Mais la conclusion, en définitive, qu’il retint, ce fut celle d’Abban, qui parlerait à sa sœur. Et c’était ce qui comptait, ce qui ressortait de leur longue conversation. Il y avait beaucoup d’autres choses, évidemment, mais s’en tenir à ça allait très bien. Concernant les cannibales, Jake apprit qu’ils étaient à au moins deux-cents kilomètres de Star City, ce qui était à la fois rassurant et très décevant. Parce qu’il aurait bien voulu les voir… Et puis il réalisa que son petit ami avait parlé de « champ de vision »… Avait-il vraiment vu aussi loin ? Ce n’était pas impossible, après tout, l’Américain ne s’était jamais vraiment demandé quelle était la portée du pouvoir de l’Irlandais…

Jake cocha la case « forêt » dans son esprit pour une future sortie. En attendant, ils allaient rester tranquillement au chaud. Abban n’avait pas dormi la nuit précédente, c’était normal. Il était probable, quel que soit le choix du film, qu’il s’endorme devant, d’ailleurs… Le maître des lieux reconnut le titre approximatif et se leva pour aller chercher, non pas une télécommande, mais un clavier, qui lui permit de trouver rapidement Wallace et Gromit. Laissant le clavier, il prit, tout de même, la télécommande, avant d’être arrêté sur son chemin vers le lit. La requête, suivie du rougissement, le fit sourire. Et Abban se sentit obligé de se justifier.

T’inquiète pas, je sais que t’as follement envie de moi… le taquina-t-il, avant de lui lancer la télécommande.

Puis il retira son t-shirt et son boxer, sans ajouter d’effet sexy, simplement comme un homme se déshabillant devant son compagnon pour aller se glisser contre lui sous la couette.

Si tu t’sens « là » avec un beau mec, alors, t’as une sacrée veine. Il prit place au sein de l’installation de son amant et passa un bras autour de lui. Ah ouais, je vois ce que tu veux dire, c’est vrai que c’est bien.

Hop, compliment retourné de manière un peu loufoque, mais retourné tout de même. Il lança le film, régla le volume, et laissa la télécommande à côté, pour poser sa main libre sur celle qui reposait sur son torse. Les images défilèrent à l’écran. Jake avait déjà vu le film, aussi s’intéressait-il plus, cette fois, à la prouesse des techniciens, cherchant les défauts, les problèmes de raccord, ce genre de choses. Quand le générique de fin commença, il baissa les yeux sur son amant, qui dormait paisiblement. Bien sûr. Même s’il aurait bien aimé le film, il était trop éreinté pour résister. Une comédie à grand spectacle n’eut sans doute pas suffi.

La Callas et Sa Mite vous saluent bien bas et vous remercient d’être venus assister à leur performance…

Lentement, en prenant toutes les précautions du monde pour ne pas le réveiller, Jake parvint à s’extraire du lit. Il ramassa le plateau, piqua un petit croissant au passage, et alla le déposer dans le couloir, avant d’envoyer un message à Shrek, qu’il vienne récupérer le tout, pour ne pas gâcher. Puis il éteignit la télévision et resta un moment, dans le plus simple appareil, à regarder l’heure sur son réveil. Vingt heures vingt-sept. Qu’est-ce qui se faisait à cette heure-là ? Il fit rapidement le calcul du temps de sommeil d’Abban… Un peu plus de quatre heures. Il décida de lui laisser encore un peu de temps, puis il le réveillerait, histoire qu’il ne soit pas totalement déréglé. Il reprit donc sa lecture, à la fenêtre, profitant de la lumière d’un réverbère, certes un peu faible, mais suffisante. Et puis, vers vingt-et-une heures, après avoir fermé les rideaux, il se glissa sous la couette. Par le bas. Du bout des lèvres, il embrassa un pied. Puis remonta doucement, mollet, cuisse, aine, jusqu’à arriver au niveau du visage. Là, c’est du bout des doigts qu’il lui caressa la joue.

Hé, mon amour, faut pas trop dormir. On pourrait dîner, là, s’occuper un peu, et on attaquerait vraiment la nuit après. Mais si je te laisse trop dormir, quand moi je serai trop fatigué, toi tu seras en pleine forme, et tout le principe de dormir ensemble sera complètement mort.

Il n’avait rien contre rester là pour quelques câlins, tant qu’Abban ne dormait pas. Il était beau quand il dormait, mais il était beau aussi quand il ne dormait pas.

Après, si tu veux que je te laisse dormir, je peux faire ça aussi. Faudra juste que tu me regardes dormir plus tard… Ou alors je ferai une nuit blanche, mais en fait, on aura pas dormi ensemble. C’est pas comme si dormir ensemble était si important… Mais j’ai envie de me réveiller à côté de toi.

Son estomac ne tarderait sans doute pas à se manifester. Shrek avait sûrement deux ou trois petits plats en réserve. Si Abban préférait rester là, il faudrait quand même que Jake monte pour aller manger un morceau.
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Message posté : Jeu 16 Jan 2014 - 10:20 Message
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Comment ça, Wallace et Gromit ? Abban fronça les sourcils devant l’écran-titre. Ça n’avait aucun sens. Le titre La Callas et Sa Mite était beaucoup plus parlant. Même s’il ne savait pas vraiment qui était la Callas : cela faisait partie des noms qu’il avait entendu un jour, comme ce type-là, c’était qui déjà ? Ronald Reagan, voilà, bref, des noms de gens plus ou moins connus qu’il ne parvenait pas à remettre précisément. De toute façon, cantatrice ou chien en pâte à modeler, quelques minutes après le début du film, Abban s’était endormi, collé à Jake, avec une respiration régulière. Maintenant qu’il avait son nounours nudiste, rien ne pouvait l’arrêter.

Jake parvint tout de même à se dégager et Abban roula sur le dos, en marmonnant quelque chose, mais sans vraiment se réveiller. Il ne dormait jamais beaucoup : trop d’énergie à revendre, trop de choses à faire. Et puis, il était jeune encore et une nuit blanche ne portait pas tant à conséquence. Alors quand un baiser, quelques heures plus tard, se posa sur son mollet, il fit peut-être un peu semblant d’être encore endormi, le temps que Jake eût fini son parcours. Avec un sourire, il ouvrit les yeux, tandis que ses mains se posaient sur les hanches de son serpentin petit ami.

Les explications nébuleuses de Jake agrandir encore son sourire.

— ‘Tain, y a pas à dire, t’es un cérébral : tu réfléchis beaucoup.

Il en fallait au moins un sur deux. Abban releva une jambe pour renverser Jake sur le dos et s’allongea sur lui. Il ne pesait pas bien lourd et, les mains sur le torse de son amant, il le regarda dans les yeux.

— Tu t’es pas trop ennuyé ? J’ai dormi longtemps ?

Son regard se fit un peu plus brumeux, une fraction de seconde, avant de se fixer de nouveau sur Jake. Il venait de regarder l’heure.

— Ouais, non, ça va. J’ai pas fait d’bruits bizarres ? Genre, je ronfle pas, ça, déjà, je sais parce que j’me suis enregistré.

Il rosit un peu.

— T’sais, quoi, au cas où.

C’était poussé le souci de l’apparence un peu loin, peut-être, mais était-ce vraiment surprenant de sa part ? Contre le ventre de Jake, son ventre gargouilla. Il avait en tout et pour tout mangé un petit pain en vingt-quatre heures et ce n’état pas avec cela qu’il allait récupérer son énergie. Connaissant Jake, il était certain que l’Américain était déjà en train d’imaginer des côtelettes saignantes et des profiteroles, alors il ne se sentit pas trop coupable d’écourter le câlin en disant :

— Bouge pas, j’vais m’chercher des fringues propres. J’reviens.

Il jeta tout de même un coup d’œil du côté de son immense penderie de Nalebo Hall pour être sûr de n’y croiser personne. Puis il disparut et revint quelques secondes plus tard, pour laisser tomber de quoi remplir une petite armoire sur le lit de Jake.

— Ouais, bon, j’ai pris deux ou trois trucs, tu sais. J’me suis dit, si j’reste souvent ici le soir, faut bien qu’j’ai d’quoi me changer, hein ?

Il fixa les vêtements d’un air de profonde réflexion et disparut à nouveau. De retour de son second voyage, il sortit de la salle de bain de Jake en précisant :

— J’ai pris quelques produits, t’sais. Pour le matin, et tout.

En somme, c’était l’invasion. Avec ses tenues noires, Jake n’avait qu’à bien se tenir : ses placards allaient soudain prendre de la couleur. Abban enfila un boxer rouge sombre, un jean noir, un tee-shirt rouge avec une inscription noir qui ne voulait pas dire grand-chose. Son regard le contourna pour vérifier l’effet que le jean faisait sur ses fesses, puis il disparut pour arriver dans la salle de bain et se coiffer. Jake avait ainsi la joie de découvrir la tornade Mac Aoidh dans son quotidien, incapable d’attendre le temps de parcourir trois mètres pour changer de pièce.

De la pièce voisine, la voix de l’Irlandais monta :

— Elle est presque cool, ta salle de bain.

C’était peut-être un compliment. L’enquêteur du Cartel refit son apparition à côté du lit. Il tira la couette pour découvrir Jake et son regard glissa sur le corps de son petit ami.

— Hmm…

Il dut faire un effort pour détacher les yeux de l’objet numéro 1 de son attention.

— Eeeeuh… T’es pas obligé d’t’habiller, mais s’tu veux qu’j’te laisse manger tranquille, ça s’rait ptêtre une bonne idée. Sans ça, pourrait t’arriver des bricoles.

Il lui fit un clin d’œil et disparut de nouveau, apparut un demi-mètre plus loin devant ses vêtements et interrogea :

— Où j’peux ranger ça ?

Comme à son habitude, Abban était brutalement passé des tréfonds du désespoir à un sursaut d’énergie un peu chaotique — la chute n’en serait évidemment que plus violente, mais sa vie depuis des années déjà était faite de ces montagnes russes.
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Message posté : Jeu 16 Jan 2014 - 12:54 Message
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C’était la première fois qu’on disait de façon aussi claire à Jake, qui se fiait beaucoup à son instinct, qu’il était un cérébral. Et en fait, il se rendait compte que, quand il était avec Abban, il avait tellement envie de bien faire qu’il était obligé d’y réfléchir. Alors qu’en fait, il n’en avait pas vraiment besoin. L’Irlandais, une fois réveillé, se préoccupa de savoir si son copain ne s’était pas ennuyé, ou s’il avait émis des bruits bizarres…

J’ai lu un peu… et nan, tu fais pas des bruits bizarres. J’pensais que tu bougerais un peu plus, mais en fait, t’étais paisible.

Une pile électrique n’était jamais vraiment au repos, mais Abban devait se sentir tellement bien qu’il n’avait pas eu le sommeil agité. Jake profita de la présence de son petit ami sur lui, mais ça ne dura pas bien longtemps, puisque ce dernier, après avoir précisé qu’il allait chercher des fringues, disparut. L’Américain l’imagina devant une immense penderie, sans trop se déterminer sur ce qu’il y avait autour : il ne pouvait que spéculer sur l’apparence de la pièce, vu qu’il n’y était jamais allé… Il n’avait pas bougé quand Abban revint, toujours aussi nu, mais les bras chargés. Un sourire amusé apparut sur les lèvres de Jake. Qui était toujours dans son lit quand l’Irlandais revint de son second aller-retour. Avec cette fois, de quoi se faire beau. Enfin, de quoi se faire un peu plus beau qu’il était déjà.

Ouais, fais comme chez toi, je t’ai dit.

Abban s’habilla, puis se téléporta… dans la salle de bain. Même pour quelques mètres, il ne prenait pas la peine de marcher… L’hôte des lieux s’étendit de nouveau, le regard fixé au plafond, et sentit bientôt qu’il faisait un poil plus frais. Son petit ami avait tiré la couette et le regardait avec l’envie évidente de profiter de sa nudité. Jake roula sur le ventre, attrapa son téléphone et appela Shrek. Une sonnerie.

Dis, tu peux descendre un truc à manger, steuplait ? … Ouais, parfait. Merci.

Des pâtes, ça irait très bien. Ce serait forcément la sauce qui ferait toute la différence. Et il y en aurait forcément assez pour deux. L’Américain s’étira puis se leva, pour se planter à côté de l’Irlandais et regarder les vêtements.

Heureusement que j’ai de la place, hein…

Puis il se tourna vers son armoire, à laquelle il manquait une porte. Il alla ouvrir la restante et, les mains sur les hanches, se demanda comment il allait organiser tout ça. Parce que toutes les étagères étaient occupées. Par très peu de choses à chaque fois, certes… Et il y avait quelques cintres libres dans la partie penderie. Il entreprit de libérer une colonne entière de cases, sans vraiment se soucier de mettre les vêtements avec leurs semblables. Puis il mit une mystérieuse boite le plus haut possible, histoire de l’oublier un peu. Puis il pivota.

Hop, voilà, t’as de la place ! J’envisage de remettre une porte, hein… Ou même carrément de changer l’armoire, mais elle a du cachet, elle fait ancien, je voudrais en trouver une qui soit aussi bien… et qui ait toutes ses pièces…

Et il avait fait tout ça sans le moindre vêtement.

En fait, je vais rénover un peu l’appart’… C’est vieux, c’est un peu sale… Jusque-là, c’était pas grave, c’était juste mon squat, et c’est mieux aux étages au-dessus, c’est plus… plus moderne, plus propre, c’est rangé… Enfin presque, mais c’est mieux pour vivre, quoi. Mais là, je me dis que, vu que t’es là, c’est ptêt pas terrible… En fait, j’ai un peu honte que mon chez moi soit comme ça, tu vois…

Le plafond avait besoin d’un coup de peinture, tout comme les murs. La moquette était tâchée. Le mobilier n’était pas terrible… Heureusement, les draps étaient toujours propres, la salle de bain était bien entretenue. En fait, c’était quelqu’un qui tenait relativement à l’hygiène qui vivait dans un environnement où ça n’était pas évident partout.

Enfin, j’te laisse ranger… conclut-il, en désignant l’armoire, avant d’aller satisfaire un besoin naturel.

Et alors qu’il se lavait les mains, il observa les différents produits qui envahissaient désormais la salle de bain. Lui qui se contentait de déodorant, de mousse à raser, parfois d’un peu d’eau de toilette, avait sous les yeux une panoplie de beaucoup de choses qu’il jugeait superficielles. Mais il n’allait pas changer Abban. Quand il revint dans la chambre, l’armoire était déjà pleine.

Ah ben, t’as fait vite. T’as presque autant de fringues que moi ici, maintenant ! Faudrait vraiment que j’aille remplir un peu plus ma garde-robe… J’suis sûr que tu serais de très bon conseil.

Oui, Jake venait bien de proposer à Abban d’aller faire du shopping avec lui. Il se rappelait avoir dit qu’il n’était pas un grand fan, mais en fait, c’était surtout la perspective de partager ça avec son petit ami qui lui plaisait, surtout qu’il en ressortirait avec de nouvelles fringues, ce qui n’était pas négligeable, vu qu’il portait à peu près tout le temps la même chose. Puis il attrapa un boxer, dans la seule pile colorée du dressing, et l’enfila.

Pour quand Shrek sera là… Je me balade pas à poil pour tout le monde.

Il désigna la télé.

T’as même pas vu le film, du coup. Tu veux qu’on mette autre chose ? Au moins pendant le repas…

Au-dessus, Shrek achevait d’égoutter les spaghetti et ajouta une pincée de sel à sa bolognaise. Tomates fraîches, oignons, bœuf haché à la main, origan… Une sauce généreuse par un homme généreux. Qu’il s’apprêtait à descendre.
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Message posté : Jeu 16 Jan 2014 - 14:40 Message
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L’Irlandais reluqua sournoisement les fesses de son ami qui roulait sur le ventre, pour que le spectacle ne fût pas perdu, avant de se concentrer à nouveau sur ses vêtements, puis sur l’armoire que Jake lui ouvrit. Abban commençait donc à ranger ses affaires, très soigneusement, en les repliant si besoin était, parce qu’il y avait des choses avec lesquelles on ne plaisantait pas, tout en écoutant les projets de rénovation de Jake.

— Bah change pas trop, en fait. Le vieux, c’est bien aussi. J’suis pas super fan des apparts modernes, t’sais, épurés, et tout, genre Ikea.

Ils en avaient déjà un peu parlé, le soir de Peter Pan. À Nalebo Hall, Abban était comblé : les meubles en bois massif, les objets hétéroclites qui s’entassaient un peu partout et certains tableaux fort coûteux que Thabo n’avait jamais revendus, tout donnait au manoir une atmosphère chaleureuse et confortable qu’Abban ne retrouvait jamais dans les intérieurs trop design des maisons qu’il visitait parfois, au hasard de ses missions. L’As de Pique n’était pas parfait, certes, et il voyait bien une ou deux choses à faire, mais il voulait éviter que Jake ne transformât son appartement un loft über urbain pour lui faire plaisir.

Il éleva un peu la voix pour que Jake l’entendît depuis la salle de bain.

— J’pourrais t’donner un coup d’main. J’suis pas trop, trop mauvais en bricolage, en fait.

Sous ses airs de fashion victim, Abban avait été malgré tout élevé dans une maison pauvre qui tombait continuellement en ruines et qu’il avait bien fallu retaper de temps à autre. Il savait quoi faire avec du plâtre, une truelle ou une perceuse.

— Pour la déco, ‘chais pas. J’ai jamais réfléchi à c’genre de choses, mais euh… Y a des émissions, à la télé. Puis on peut visiter des trucs, en ville.

Par visiter, il entendait entrer par effraction, même si, techniquement, il ne forçait presque jamais la moindre serrure. En tout cas, il suffisait de se promener dans les beaux quartiers et de repérer les maisons luxueuses mais point trop modernes pour s’inspirer du style que leur avaient donné leurs propriétaires. Abban n’avait pas d’idées précises sur la question : la décoration d’intérieur n’avait jamais fait partie de ses préoccupations. Il acheva de suspendre une chemise et se retourna vers Jake qui s’habillait beaucoup trop à son goût (c’est-à-dire qu’il avait un sous-vêtement).

L’Irlandais fit une moue légèrement déçue.

— Si c’était qu’ça, j’pouvais aller les chercher moi-même, les…

Il leva les yeux vers le plafond, plissa les paupières.

— Spaghettis. Bolognaise.

Il baissa les yeux et s’approcha de Jake, pour l’attraper par les hanches et l’attirer contre lui. Un peu gravement, il murmura :

— Merci.

Avec un sourire gêné, baissant les yeux, l’Irlandais poursuivit :

— Franchement, j’sais pas comment t’as la patience. Enfin, on va pas revenir là-dessus. Juste… T’es gentil. T’es vraiment, vraiment gentil. Avec moi. J’veux dire. T’es, euh…

Abban rougit en relevant les yeux et risqua :

Mon ange.

Puis il rougit un peu plus et marmonna :

— Ouais, bon, bref, c’est pas tout ça, mais j’ai faim.

Le jeune homme disparut pour surgir devant Shrek, dans le vestibule de l’appartement, et rattrapa aussitôt le plateau que le cuisinier, sans doute pas encore habitué aux apparitions soudaines et imprévues du téléporteur, avait lâché.

— Sacrés réflexes.
— T’as vu ça ?

Abban huma les vapeurs qui s’échappaient de la soupière.

— Ça sent bon.
— Évidemment !

L’Irlandais hésita avant de poser les yeux droit dans ceux de Shrek.

— Dis, euh… ça te dirait, j’sais pas, si jamais on cuisinait ensemble, t’sais, un jour ? J’vais passer plus de temps ici, j’crois, du coup, bon, ce s’rait ptêt l’occasion, tu vois…

Shrek avait levé la main pour donner une tape amicale dans l’épaule de l’Irlandais, mais vu leurs gabarits respectifs et étant donné qu’Abban avait encore le plateau dans les mains, il jugea plus prudent de s’abstenir. Il se contenta donc de hocher la tête et l’adolescent s’exclama :

— Génial ! Encore merci pour les pâtes.

Puis il disparut, tandis que Shrek se disait que, tout de même, l’énergie gesticulatoire de ce nouveau venu allait mettre ses nerfs à rude épreuve. Le plateau fut déposé dans la cuisine et Abban apparut une nouvelle fois dans la chambre.

— On fait comment ? J’veux bien r’garder une série ou un truc comme ça, pas trop long. Un film, c’t’un peu long. On va pas manger des pâtes dans l’lit, hein. Doué comme t’es…

L’Irlandais se fendit d’un grand sourire.

— Sans vouloir t’vexer, hein, bien entendu.

Mais il n’était pas prêt à miser sur la capacité de Jake à rouler délicatement et harmonieusement ses spaghettis sur sa cuiller à soupe. Après tout, il l’avait vu manger de la raclette.
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