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Spleen

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Message posté : Lun 13 Jan 2014 - 20:43 Message
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La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Stéphane Mallarmé, Poésies, Brise marine

***

13 janvier 2014

— Putain…

Des poules enragées l’attaquaient dans tous les sens et, sans conviction, Chase essayait de fuir. Il avait agressé par erreur et à répétitions un volatile parmi d’autres et depuis, il était en proie à la vindicte des gallinacés. Affalé dans le canapé, le mentaliste appuyait sur tous les boutons en même temps, mais c’était peine perdue : Link, avec un cri déchirant, ne tarda pas à tomber au sol et la musique de l’écran de fin de partie résonna dans l’appartement, couvrant temporairement le bruit de la vaisselle qu’on agitait dans tous les sens, dans la cuisine.

Chase reposa manette, attrapa son téléphone et composa un message.

Chase a écrit:
Je t’aime.


Puis un autre :

Chase a écrit:
Tu me manques.


Pas de réponse. Lukaz était probablement en train de cambrioler quelque chose. Ou de poser du parquet. Avec un soupir, le jeune homme s’extirpa du canapé et partit sous la douche. Quand il refit son apparition dans le salon, le capharnaüm de la cuisine ne s’était pas calmé, bien au contraire. Chase décida enfin d’y faire une petite inspection et, les bras croisés, il interrogea :

— On peut savoir ce que tu fabriques ?
— Je. Réorganise. La. Vaisselle.
— Tu appelles ça une organisation ?

Les assiettes, les verres et les bols s’alignaient dans le plus grand désordre un peu partout par terre. Clank se retourna vers son maître, volant au-dessus du sol grâce à son hélice.

— Je. Trie. Par. Couleur.
— Mais tout est blanc et transparent !
— Exactement !

Silence.

— Inutile. De. Me. Remercier.

Le jeune homme leva les yeux au ciel, attrapa son manteau et sortit dans le froid hivernal de Star City. Il releva le col et pressa le pas, délaissant pour une fois les taxis. Il avait besoin de se dégourdir les jambes. Bouger. Faire quelque chose. Cela faisait quatre jours, oui, quatre jours entier, qu’il ne s’était rien passé dans son existence. Pas de mission pour Argos, pas de cambriolage avec Lukaz, pas de voyage dimensionnel avec son frère, pas de tentative d’enlèvement, de singes mutants, de pélicans robotiques ou d’empoisonneurs inhumains. Rien. Le vide, le désert.

Il avait essayé de compenser en tripotant Lukaz. Il avait tripoté Lukaz dans la chambre, dans la cuisine, dans la salle de bain, dans une forteresse flottante d’une dimension parallèle psychique, dans le pick-up, sur le pick-up, dans le vestibule, et peut-être un peu dans l’ascenseur, aussi, mais aussi plaisant que Lukaz fût à tripoter, les tripotages ne constituaient pas un dérivatif suffisant pour la colossale énergie psychique du Neutron-Grey. C’était officiel. Chase s’ennuyait. L’ennui le déprimait. La déprime l’ennuyait. Le cercle vicieux (c’est le cas de le dire) était en place.

Cet après-midi là, Lukaz était absent. Chase n’avait personne d’autre à tripoter que soi-même et s’il y avait bien songé un moment, il devait bien avouer que les vidéos de vigoureux et affectueux motards tout de cuir vêtus qui avaient jadis alimenté ses imaginations nocturnes et parfois matinales lui paraissaient désormais bien fades en comparaison du petit ami qu’il avait en chair et en esprit.


Bref. Renonçant donc à faire danser le petit singe, Chase s’était rabattu sur l’activité suivante de sa liste du jeune homme (presque) normale dans la force de l’âge qui devait occuper son temps : les jeux vidéos. Échec. Et le voilà arpenter les rues et à sonder à la volée les esprits fades, simplistes et inintéressants de cette rampante médiocrité humaine qui battait le bitume avec la consternante monotonie de son existence inutile.

Toute déprime chez Chase suscitait invariablement un sursaut de misanthropie. Si le monde était ennuyeux, c’était évidemment de la faute des autres, et plus particulièrement des êtres humains, incapables de construire des robots tueurs à combattre ou d’invoquer des démons à décapiter. Si le monde était dépourvu de saveur, c’était que personne n’avait encore trouvé le moyen de lui résister véritablement, c’était que les mafias étaient mal organisés, les suceurs de sang faiblards et les psychopathes clownesques veules et sans envergure. Les gens étaient laids, moches et bêtes — particulièrement ceux qui le privaient, aujourd’hui, de son homme.

Il avait besoin de quelqu’un d’intéressant.

— Bonjour, Jace.
— ‘Jour, M’sieur.

Chase avait machinalement pris le chemin de bureau de Charlie, son second phare dans la nuit perpétuelle qui l’entourait (oui — rien que ça). Son regard se posa un instant sur le coursier, occupé à glisser une enveloppe dans son manteau et, pour se distraire, en désespoir de cause, il ramena à la surface de la conscience de Jace un souvenir de rêve que le jeune homme avait refoulé dès son réveil. Mais en fait, regarder Jace se rappeler qu’il avait un jour rêvé à déshabiller Megastar en plein cours de mathématiques, ce n’était pas si amusant que cela. Chase se détourna pour pénétrer dans le bâtiment, tandis que derrière lui, le jeune Légionnaire essayait désespérément de penser à autre chose.

— Bonjour Sarah.
— Bonjour Chase.

L’assistante juridique de Charlie était quasi enterrée, comme à son habitude, sous une montagne de dossiers. Philosophiquement, le technologue souligna :

— Ce serait beaucoup plus pratique si tout était numérisé.

Sarah le fixa avec l’air de vouloir le démembrer sur place.

— Pas à moi qu’il faut le dire.
— Je sais, je sais.

Chase poussa la porte du bureau de Charlie et se laissa tomber dans un fauteuil avec un long soupir.

— Je m’ennuie. Pourquoi il ne se passe rien ? La vie est si fade. Bonjour. Je voudrais partir en voyage, avec Lukaz. Tu sais, loin, on irait quelque part de bien, quelque part d’amusant, dans un pays en guerre, ou bien sur le flanc d’un volcan en activité, ou sinon je connais une dimension où les lois de la physique changent perpétuellement. Je ne sais pas. Tu n’as jamais eu envie, toi, de tout plaquer, et de partir avec un homme à l’autre bout du monde pour combattre un clan de ninjas ? J’ai fait ça, une fois, combattre un clan de ninjas, mais c’était ici. Et puis c’était des Lapins Géants. J’aimerais tellement que quelqu’un fasse l’effort de tenter de m’assassiner. Tu sais, pour me faire sourire.

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Message posté : Mar 14 Jan 2014 - 22:32 Message
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Le début de journée n’avait rien eut de palpitant. Rien. Que dalle. Et, rien que pour ça, elle voulait bien sourire à tout le monde et même faire une danse de la joie – enfin, non, elle ne le ferait pas vraiment. Mais, il y avait quelque chose de particulièrement agréable à avoir une journée parfaitement normale, sans téléphone caché dans un colis, sans mage fan des années 60, sans femme aux ongles tranchants. Il y avait juste des employés, des clients, des rendez-vous et des réunions. Le truc typiquement monotone et chiant pour la plupart des gens mais que, là, elle appréciait. Aucun porte-clés ne grandirait pour la guider au travers des couloirs et personne ne lui demanderait son avis sur les Super. Sourire aux lèvres, elle était partie se faire un café avant de retourner dans son bureau, Sarah qui venait de donner un colis à Jace l’interpella.

« Charlie ? »
« Hmm ? »
« Monsieur Richards a annulé le rendez-vous. »
« Il vient d’appeler ? » Hochement de tête. « Alors qu’il a rendez-vous dans 3 minutes ? »

Nouveau hochement de tête de la part de Sarah. Magnifique. Au moins, il prévenait même s’il aurait pu se fendre d’un appel un peu plus tôt. Sa tasse de café dans les mains, Charlie remercia son assistante avant de s’enfoncer dans son bureau. Bon, la bonne nouvelle c’est qu’elle allait pouvoir se pencher sur quelques dossiers qu’elle prévoyait d’ouvrir après l’ensemble de ses rendez-vous. Enfin, c’était l’idée de départ avant que la porte de son bureau s’ouvre sans prévenir et qu’elle relève les yeux, étonnée, avant de voir un Chase s’affaler sur le fauteuil. Ok, heureusement qu’elle lui vouait une confiance sans failles sinon elle serait déjà en train de s’interroger sur le rapport entre ce désistement tardif et l’arrivée du mentaliste.

Au lieu de s’interroger sur ça, c’est sur Chase qu’elle porta tout son attention, laissant tomber le dossier qu’elle venait juste d’ouvrir. Elle laissa échapper un « salut » à son bonjour caché entre deux phrases et dut faire un effort tout particulier pour essayer de suivre tout ce qu’il était en train de dire. Apparemment, ils n’avaient pas la même vision des destinations de rêves pour des vacances. Dimension différente, clan ninja et lapin géant. Définitivement, lui et elle ne vivait pas dans le même monde mais, puisqu’il s’ennuyait…

« Oh, si tu veux on peut échanger. Ces deniers temps ont été rythmés par une excursion dans les années 60. » Le manque de réseau lui aurait probablement manqué. « Très sympa mais, les attaques magiques ne sont pas des plus agréables. » Pour ne pas dire carrément douloureuses. « Il y a aussi le sauvetage d’assistante juridique à cause d’une histoire de drogues. Les rencontres familiales mouvementées. » Avec un aîné qui avait trouvé bien de frapper sur sa sœur et son cadet. « L’incapacité de partir en voyage avec qui on voudrait. » Puis il était supposé être mort et qu’il avait à nouveau disparu. « Et les trucs plus basiques comme défendre un laveur de vitres contre une folle qui se croit au-dessus de tout le monde. »

L’embauche d’un coursier qui n’était pas qu’un coursier. D’une Irlandaise au caractère assez détonnant aussi mais dont l’embauche était à titre personnel. Euh…Elle devait bien avoir encore d’autres choses à ajouter dans sa liste, comme la rencontre avec Jonas Cooper et la réunion qui en suivra. Le but n’était pas tellement de faire un résumé de sa vie mais c’était Chase : 1, elle était depuis longtemps partie du principe que ça ne servait à rien de lui mentir. 2, elle avait juste trouvé que c’était une bonne idée pour lui donner un semblant d’intérêt sur lequel s’accrocher même si ça ne durait que 2 minutes. Cela dit, si Chase s’ennuyait, elle voulait bien un peu de son ennui parce que, de son côté, elle avait l’impression que sa vie était une succession de trucs bordéliques.

« Mais si ça reste toujours sans intérêt, je peux demander à Sarah d’essayer de t’empoisonner avec une boisson de ton choix ? » Elle fronça légèrement les sourcils. « Mais j’ai un peu de mal à comprendre comment ça pourrait être amusant. »

Non, vraiment, ils n’avaient pas la même conception de ce qui pouvait faire sourire. Bien qu’elle était loin de penser que Chase trouverait vraiment à sourire si on essayait de l’assassiner. Ça serait vraiment bizarre, non ? Finalement, elle referma carrément le dossier qu’elle avait ouvert, posant son stylo dessus et le poussa plus loin. Il attendrait, il y avait plus important en la personne de Chase Neutron-Grey, elle annulerait même les rendez-vous suivants s’il le fallait. Pas grand-chose passait avant son boulot, pas beaucoup de personnes non plus mais elle était bien incapable de ne pas répondre à Chase. Encore moins quand il se pointait de cette manière, à l’improviste, pour lui sortir des trucs comme ça.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

Parce que, après tout, ça se résumait à cette simple question, non ? Il s’ennuyait, ça elle avait bien saisie mais c’était rarement sans raison. Un problème avec Lukaz ? Ou, justement, l’absence de problème ? Contrecoup de la nouvelle vie qu’il avait décidé de mener ? Elle voulait bien l’aider, elle ne demandait même que ça mais, elle n’était pas télépathe et ne pouvait pas tellement deviner ce qui se passait dans la tête des gens.
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Message posté : Mer 15 Jan 2014 - 11:04 Message
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Le mentaliste avait entrepris de faire voler quelques stylos pour dessiner des figures géométriques, qui étaient en réalité un schéma approximatif du dernier circuit qu’il avait conçu. Pas pour un robot, pour un mod de Mario Kart. (Oui. Il s’ennuyait beaucoup.) Les stylos reprirent directement leur place dans le pot à stylos quand Charlie se vanta de sa vie palpitante. L’herbe était toujours plus verte ailleurs et il y en avait décidément qui accumulaient toute la chance. Avec un soupir, Chase glissa :

— J’aimerais bien voyager dans le temps, moi aussi…

Réflexion faite, c’était peut-être possible. S’il calibrait correctement un portail dimensionnel comme celui du Bigsby Building, en supposant qu’il devait y avoir des dimensions parallèles dont le contenu informatif était équivalent à celui des états précédents de leur dimension, comme une sorte de mémoire quantique, alors vraisemblablement, logiquement même, il était possible non pas de revenir dans son propre passé, mais d’atteindre une époque semblable. C’était un peu moins drôle, mais il fallait bien trouver des ersatz.

— J’aimerais bien aller en Grèce Antique. Tu savais qu’ils avaient des gymnases où les mecs s’entrainaient nus, couverts d’huile d’olive ? Ça devait être trop cool. J’ai vu ça dans un reportage.

Et comme s’il annonçait une grave et incurable maladie, il déclara :

— Je regarde les chaînes de reportage, maintenant. Y a des imprimantes 3D pour fabriquer des pâtes. Je pourrais faire ça. Créer une imprimante 3D pour fabriquer des pâtes. Des pâtes en forme de module lunaire, pour quand Lukaz rentre à la maison.

À croire qu’il n’avait pas de véritable travail. Mais Argos était engagé dans des projets à différents états d’avancement dont aucun ne le concernait. Ni la diplomatie, ni le décryptage de textes anciens ni l’analyse de cartes n’entraient dans son domaine de compétence et la sphère solaire multidimensionnelle qu’ils avaient récupéré en Amérique du Sud, au début du mois, était finalement partie dans les laboratoires spécialisées de la DDS, après un premier examen de son équipe. Sans son nouveau jouet, il s’était retrouvé désoeuvré.

Il secoua la tête quand Charlie lui proposa aimablement de l’empoisonner. Il n’avait pas très soif. La dernière question de son amie fut accueillie par un haussement d’épaules.

— J’ai rien à faire et Lukaz est pas là. Au boulot, c’est mort, c’est que des trucs… Pas chiants, mais bon. Un peu. Quand même. Faut attendre que les autres trouvent quelque chose et les autres ne vont pas assez vite.

De toute façon, rien n’allait jamais assez vite pour Chase. Il pensait trop vite et ses pouvoirs gagnaient trop rapidement en puissance pour que l’énergie psychique de plus en plus considérable dont il était le nexus trouvât à s’épuiser dans la moindre circonstance d’une vie aussi mouvementée fût-elle. Il avait envie d’aventures et il se rendait peu à peu compte qu’il n’y avait pas là une simple lubie d’éternel rêveur, comme lorsqu’il restait le nez collé à la fenêtre du Bigsby Building pour regarder le Commander sillonner les airs de Star City, mais quelque chose de plus profond et de finalement aussi simple que le besoin de se dépenser.

— J’aimerais bien que Lukaz soit toujours là avec moi, aussi, mais c’est pas possible, il y a des choses à faire, un travail, tout ça. Mais quand je suis tout seul, j’y pense, et ça me stresse. Et s’il rencontrait quelqu’un de plus intéressant que moi ? Je sais pas… Je suis pas très beau. Il pourrait rencontrer quelqu’un de plus beau, par exemple. Ou de plus vieux. Je suis trop jeune. Les gens me trouvent trop jeune. J’ai bien vu ça, l’autre jour, le général des narcotrafiquants, dans la jungle, avant de se faire assassiner par sa capitaine, eh bien il me trouvait trop jeune.

Quand il s’ennuyait, Chase cogitait et quand il cogitait, il se dévalorisait. Avec sa fortune, sa célébrité et ses pouvoirs, il était loin de considérer Lukaz comme acquis. Son regard se détacha de la fenêtre et du paysage urbain de Star City que l’on apercevait au-delà pour se poser sur Charlie.

— Tu me trouves trop jeune, toi ? Tu ne me parles jamais vraiment de tes… Je ne sais pas. De ta vie. Ou de tes problèmes. Est-ce que c’est parce que je ne suis pas assez mature ?

Ou alors parce que son expertise des relations sociales était à peu près au niveau de ses talents de conducteur. Si ce n’était plus bas. cette question en amenait d’autres et Chase se rendait compte qu’il n’était pas venu par hasard chez Charlie. Ses pas l’avaient conduit où une partie de ses ruminations s’étaient concentrées. Les yeux fixés dans ceux de la jeune femme, il reprit :

— Parce qu’on est amis. Toi et moi. Enfin… Je crois, tu sais. Tu es mon amie. J’ai pas beaucoup de… Ça. D’amis. Les robots, c’est plus simple que les gens. Mais quand même. T’es mon amie, ma meilleure amie. Hé, on a failli se marier et avoir un enfant, quand même…

Ou tout du moins était-ce ce que la presse avait cru, avant de lui trouver le charmant surnom de Chase Neutron-Gay.

— J’ai pas envie de te perdre.
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Message posté : Jeu 16 Jan 2014 - 22:02 Message
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Des stylos qui volent, des schémas dessinés – dont elle ne connaissait pas l’utilité –, des paroles qui pouvaient paraitre étranges – qui avait envie de voyager dans le temps sérieusement ? –, il n’y avait pas de doutes à avoir : Chase Neutron-Grey était bien entré dans son bureau. Personne ne pouvait se faire passer pour lui, c’était juste impossible. Toutes contrefaçons seraient rapidement détectées. Oh, on pouvait bien prendre son apparence, à ce niveau-là, elle n’en doutait pas – après tout elle s’était bien retrouvée dans le corps d’un chaman – mais, impossible de copier la personnalité si particulière du mentaliste. Du jeune mentaliste parce que, oui, il était jeune.

Elle haussa légèrement un sourcil, un petit sourire sur le visage quand il parla des grecs et de leurs entrainements. C’est marrant, elle aurait parié que son genre c’était plus les bottes bien cirées de soldats perchés dans un vaisseau… Avec menottes, évidemment. Pas sûr que cette réflexion, qui n’avait rien de sérieuse, soit idéale pour le moment. Elle continua donc de l’écouter, avec une attention toute particulière. Pour tout dire, le boulot de Chase restait quelque chose d’assez nébuleux pour elle, se rendant compte qu’elle avait probablement un peu négligé le mentaliste ces derniers temps. Un peu comme le reste de sa vie, pour dire vrai.

L’ouverture du cabinet avait bouffé pas mal de temps – assez pour ne pas lui avoir fait acheter ses cadeaux de noël – et, à écouter Chase, elle en venait à se dire qu’elle passait à côté de certaines choses. Si elle avait été le voir un peu plus souvent – deux étages ce n’étaient pas la mort quand même – peut-être qu’elle aurait pu discuter avec lui au fur et à mesure, éviter d’en arriver à cet état où tout semblait l’ennuyer. Puis, comme pour accentuer cette culpabilité, il parla de cette notion d’amie comme si c’était ce qu’il pensait – et dont elle ne doutait pas – mais qu’il émettait des réserves sur sa façon à elle de voir les choses.

Malgré ses propres interrogations, sur son rôle qu’elle pensait négliger, elle trouva quand même le moyen de laisser échapper un léger rire. Chase avait ces petites phrases, bien placées, au bon moment qui donnaient juste envie de sourire. Comme là, en rappelant le fait qu’ils avaient failli être mariés et parents. Mais elle retrouva très vite son sérieux parce qu’elle ne comptait pas le laisser sans réponse. Mauvaise amie, d’accord mais, pas à ce point quand même.

« Bien sûr que je te trouve jeune, enfin, sur un plan technique tu l’es. » ça ne sonnait pas comme une critique. « Mais la maturité ce n’est pas tellement une question d’âge, tu l’es bien plus que des personnes de trente ans. Enfin, peut-être pas sur tout mais, c’est normal et heureusement que tu arrives à avoir des réactions de quelqu’un de ton âge. » Comme toutes les interrogations qu’il avait pu avoir sur Lukaz. « Si je ne te parles pas de mes problèmes, ce n’est pas parce que j’estime que c’est des problèmes d’adultes ou que je pense que tu n’y comprendrais rien. C’est seulement que… » Elle haussa les épaules, l’air navré. « Je n’en sais rien, c’est seulement que je n’en parle pas. A personne. »

Ce n’était pas contre lui, ce n’était contre personne en réalité. C’était juste elle qui était comme ça. Par habitude, elle partait du principe que ses problèmes ne devaient pas en être réellement, qu’elle n’avait pas de raisons d’en parler parce qu’il y avait forcément plus important que ce qui pouvait se passer dans sa vie. Si elle devait en parler, Chase serait probablement en tête de liste des personnes à qui se confier. Et même s’il était jeune, même si certaines choses pouvaient lui échapper, des fois parler suffisait. Puis, en fait, elle ne doutait pas tellement des conseils qu’il pouvait donner, ça donnait toujours un avis extérieur.

« Je ne compte pas partir, tu sais ? » Et, finalement, elle était bien plus handicapée que lui quand il s’agissait de relation avec les gens, parce que même en le pensant, elle était incapable de dire qu’il était son ami de manière claire. « Je suis désolée si j’ai laissé une mauvaise impression ces derniers. Tu sais, le cabinet et tout, je ne vois pas le temps passer. Enfin bref, peu importe, tout ce qu’il y a à comprendre c’est que ton âge ne me pose pas le moindre souci. Vraiment. »

Ça avait été le cas, forcément à un moment mais, Chase était Chase et il y a des choses qu’on oubliait rapidement avec lui parce que… Ben c’était lui. Môme ou pas sur sa carte d’identité, elle l’appréciait, le reste elle s’en foutait. Mais le problème principal était son ennui, non ? Nouvelle vague de culpabilité : est-ce qu’il s’ennuyait moins à l’UNISSON ? Est-ce qu’il était mieux dans l’immeuble familial ? Est-ce qu’elle ne l’avait pas mal conseillé ?

« Je ne vais pas pouvoir te dire comment ça va se passer si Lukaz rencontre quelqu’un d’autre. » Elle ne le connaissait pas pour savoir comment lui réagirait. « Mais, c’est sûrement toi qui cogites un peu trop, non ? C’est avec toi qu’il s’est installé, ce qui semble être une preuve assez suffisante pour ne pas penser qu’il va se retourner sur le premier venu. Et puis, pour avoir été presque mariée avec toi, franchement, je pense que c’est l’autre personne qui est plus susceptible de se poser des questions. Enfin, tu vois, je pense que si j’étais avec toi j’aurais peur que tu trouves quelqu’un de plus intelligent, qui puisse comprendre tous tes trucs où je n’entrave rien du tout, quelqu’un qui serait assez calé pour construire un tas de choses avec toi et… Enfin, la liste peut-être longue mais c’est juste pour dire que se poser des questions c’est normal. Il ne faut, seulement, pas que ça devienne un truc qui prenne trop de place. »

Dis la fille qui, à plus de trente ans, n’était pas foutue d’avoir une relation sentimentale normale. Qui n’était, surtout, pas capable de tourner la page sur un amour de jeunesse qui était soudainement reparu pour disparaitre. Encore.

« Et, pour ton ennui. Il y a quelque chose que tu as envie de faire ? Sur un plan perso ou pro ? »
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Message posté : Ven 17 Jan 2014 - 10:42 Message
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Chase ne savait pas trop comment on s’y prenait, pour avoir des amis. Il y avait Keiko, principalement. Mais c’était Keiko qui avait fait tout le travail, à vrai dire, et qui l’avait sorti d’un bien mauvais pas. Elle lui avait certes appris les rudiments de la vie en société, mais il avait été déjà un peu tard dans l’existence du mentaliste, sorti de sa tanière de haute technologie en plein milieu de son adolescence, pour apprendre comment se passaient les choses dans le vaste monde. Les nombreuses fois où il avait essayé, par la suite, il avait la plupart du temps ramassé ses dents — amitié comme pour le reste, d’ailleurs.

Il aurait bien aimé être ami avec Abban, mais l’Irlandais le trouvait apparemment beaucoup trop bizarre. Et puis il n’était pas sûr qu’Abban eût vraiment des amis. Il aurait bien aimé être ami avec Zachary, mais le jeune homme le considérait comme une sorte de dieu vivant, et ce n’était pas facile pour nouer une relation équilibrée. Alors il était ami avec Macha, qu’il réparait mieux que personne, Médée, Clank, d’une certaine manière. Voilà : il était ami avec les intelligences artificielles et les robots. Charlie était une notable exception, mais il découvrait peut-être un jour que l’avocate était une androïde particulièrement réussie, ce qui eût assurément expliqué sa monumentale force de travail.

Alors, évidemment, le jeune homme écouta avec une attention religieuse les propos rassurants de la jeune femme. Rassurer Chase, c’était la mission de toute une vie : celle de Lukaz et maintenant celle de Charlie. Il avait beau être une arme de destruction massive ambulante, il avait constamment besoin que l’on apaisât ses incertitudes de jeune homme pas très sûr de lui. Lentement, il hocha la tête. Avant de se fendre d’une réaction typiquement chasienne :

— Je suis désolé.

Voilà. Maintenant, il culpabilisait. C’était un cercle infernal, une espèce de casse-tête chinois psychologique destiné à tester la patience et les capacités de ses interlocuteurs les plus proches. Il avait désormais l’impression d’avoir accusé injustement Charlie, qui était noyée sous le travail, après avoir fondé son propre cabinet, ce à quoi il l’avait ardemment encouragée pendant plusieurs semaines. C’était donc entièrement de sa faute et voilà qui expliquait qu’il n’eût pas plus d’amis. Tout était à refaire.

Il était à deux doigts de proposer à Charlie de devenir trieur bénévole de dossiers, le temps que son assistance redevînt nécessaire à Argos : il avait d’ailleurs déjà des idées pour un robot octopode dont les tentacules seraient équipés de scanner et la tête d’un logiciel de reconnaissance de caractères, le tout fixé à une belle armoire de rangement, dont les protections électroniques irréprochables assureraient aux dossiers une confidentialité optimale. Mais hélas pour le progrès de la science robotique, Charlie revint au sujet numéro 1 de ses angoisses.

— Non mais Lukaz, il s’inquiète pas de ce genre de choses, il est beaucoup trop parfait pour ça !

Certes, le Français avait souligné à plusieurs reprises qu’il n’avait pas fait d’études, qu’il n’avait pas de diplômes et qu’il ne comprenait pas grand-chose à son travail, ses passions ou ses explications. D’ailleurs, à peine Chase avait-il donné cette preuve d’inaltérable confiance en son couple qu’il sentit poindre en lui le doute.

— Tu crois ?

Pourtant, personne ne le courtisait. Doué comme il l’était, Chase n’avait pas remarqué les rougissements enthousiastes de son assistant de laboratoire à chaque fois qu’il lui parlait, ni la gentillesse intéressée du caissier du supermarché, ni… En fait, depuis que les articles avaient commencé à paraître annonçant au public son homosexualité, le jeune homme était l’objet de certaines attentions qui, comme elles n’émanaient pas de robots, ne lui étaient pas vraiment compréhensibles. Persuadé d’être, pour l’immense majorité de la population, un geek franchement étrange voire un peu effrayant, il ne mesurait guère son succès — ni l’angoisse qu’il pouvait alimenter chez Lukaz.

— Je ne sais pas. Je veux dire, on est très proches, on partage plein de choses, on s’amuse, on fait l’amour tout le temps, on…

Chase rougit.

— Eeeuh… Oublie ça.

Cela dit, Charlie avait eu le droit à un aller-retour dans ses fantasmes cuir, elle n’était plus à cela près.

— Juste, voilà. C’est l’homme de ma vie !

Il en était sûr ! Après tout, il avait vingt-et-un ans, il avait beaucoup vécu, il avait eu en tout et pour tout une relation stable (Lukaz) et donc… Peu importe. Chase y croyait dur comme fer. Le tableau idyllique qu’il brossait de son couple ne l’empêchait pas de s’inquiéter pour son couple, mais il était censé prémunir Lukaz de toute angoisse semblable — comme quoi, la logique n’était pas toujours le fort du brillant informaticien.

— Je veux dire, on va se marier et tout ! Enfin, j’espère bien qu’on va se marier. Je veux qu’on se marie. Je voudrais bien le demander en fiançailles. Genre, dans deux mois. Dans deux mois, c’est bien, non. Tu crois que ça fait trop tôt ? Dans deux mois, on sera ensemble depuis six mois, à peu près. Alors, du coup, ça parait raisonnable, hein ? Pas vrai ?

Après tout, Lukaz était l’homme de sa vie. Son raisonnement était sans faille !
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Message posté : Dim 19 Jan 2014 - 17:23 Message
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Elle était tellement réussite, comme androïde, qu’elle était capable d’avoir un sourire qui mélangeait incompréhension et un côté rassurant pour lui laisser comprendre qu’il n’avait aucune raison d’être désolé. Chase n’avait rien fait de travers, pas à la connaissance de Charlie et elle aurait été bien mal avisée de lui en vouloir pour quelque chose. Au contraire, les interrogations du mentaliste lui permettaient de remettre un peu un pied dans la réalité et de se rendre compte qu’elle négligeait certains aspects de sa vie. Elle avait bien plus envie de le remercier que de le voir s’excuser. Autant dire qu’il était bien loin d’éprouver la patience dont elle pouvait faire preuve, il ne l’avait même pas entamé d’un iota.

Elle haussa doucement un sourcil pour lui demander muettement s’il était certain que Lukaz ne s’inquiétait pas de ce genre de choses et fut bien forcé de hocher doucement la tête à son interrogation. Bien sûr, elle ne connaissait pas le jeune homme pour savoir ce qui se passait dans sa tête mais, c’était les interrogations que tout le monde se posait un jour, non ? Et à partir du moment où Chase émettait un doute dans un simple « tu crois » elle ne pensait pas être si loin de la vérité. Bon, il y a des choses dont elle se serait passée, comme certaines de leurs activités. Enfin, elle n’était pas si naïve, elle savait bien qu’ils devaient se lancer dans une découverte intensive l’un envers l’autre mais, si elle le savait elle n’était pas certaine d’avoir besoin de l’entendre de vive voix. Cela dit, ça l’amusait plus que ça ne la gênait, à moins que ce soit le rougissement de Chase qu’elle trouvait assez attendrissant pour l’empêcher d’avoir à penser à ce qu’il avait pu dire.

La suite était plus surprenante. Quoique, en y réfléchissant bien, ça ne l’était pas autant que ça. C’était Chase, celui qui partait de chez lui sur un coup de tête parce que ça ne lui convenait plus. Celui qui quittait son boulot parce qu’il avait envie d’autre chose, plutôt que de suivre une voie toute tracée par sa famille – peut-être une des raisons qui faisait qu’elle l’appréciait, les circonstances étaient différentes mais ce n’était pas sans lui rappeler ce qu’elle avait fait. Celui qui emménageait chez son copain peu de temps après l’avoir rencontré. Alors, est-ce que c’était si surprenant que cela, s’il était persuadé d’avoir trouvé l’homme de sa vie, de l’entendre parler de mariage ?

Pour une raison qui échappait complètement à la trentenaire, ce qu’elle pouvait dire semblait avoir un « impact » sur Chase. Du coup, elle prit un peu de temps avant de répondre, son avis ne devait être qu’un avis pas quelque chose à suivre au pied de la lettre. Elle n’avait aucune envie de l’encourager ou de le décourager dans ses envies. Chase, c’était le type qui devait faire les choses comme il le voulait, sans pour autant qu’elle ait envie de le voir se planter. Bref, c’était compliqué.

« Franchement, je n’en sais rien Chase. La plupart des gens trouveraient déjà que vous vous êtes installés très vite ensemble et diront qu’il faut savoir prendre son temps et ainsi de suite. Mais, il y a un tas d’exemples qui doivent prouver que le temps n’est pas un gage de qualité. Enfin, tout peut se faire très vite et très bien se passer. »

Après tout, il y avait des gens qui partaient s’installer ensemble après un mois de relation et qui, dix ans plus tard, se retrouvaient encore ensemble dans un logement acheté ensemble, avec deux chats, sans que les choses ne se soient détériorées. Mais c’était comme tout, si ça pouvait fonctionner, ça pouvait aussi foirer.

« Je ne suis pas une spécialiste mais je me suis toujours dit qu’il y avait un bon moment pour le mariage, un instant où on sait que l’autre partage la même envie. Est-ce que tu sais ce qu’il en pense ? Tu sais, des fois, les gens ne voient pas le mariage de la même façon. Si pour toi c’est une envie de prouver que c’est l’homme de ta vie, pour d’autres c’est juste un papier à signer parce qu’ils ne pensent pas qu’il faut passer par là pour prouver quelque chose à l’autre. »

Pour elle c’était une foutue connerie. Un mariage c’était un tas de contrat pour mieux se préparer au divorce et ne rien perdre à ce moment-là. Elle venait d’une famille où son père s’était barré quand elle avait 3 ou 4 ans alors, l’amour pour toute une vie, elle n’y croyait pas tellement. Puis, elle était avocate, ce qui la rendait incapable de compter le nombre de divorce qu’elle avait vu passer. Après elle concevait qu’il y avait des gens qui avaient envie d’y croire, peut-être même qu’elle pensait de cette manière parce que personne ne lui avait fait voir les choses différemment. Si elle s’était très bien vue dans une vie de famille avec Randall, le mariage n’avait pas fait partie de ses projets.

« Du coup, le seul truc que je pourrais éventuellement te conseiller c’est de voir un peu avec lui comment il envisage l’avenir, ce qu’il pense de notion comme le mariage avant de te lancer dans quelque chose. »

Ce qui donnerait déjà une bonne indication et qui, en cas de refus de Lukaz, pouvait expliquer ce choix plutôt que penser qu’il n’aime pas assez Chase.
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Message posté : Dim 19 Jan 2014 - 18:43 Message
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— Si je sais ce qu’il en pense ?

Chase secoua la tête.

— Je lis pas dans ses pensées, sauf quand on fait…

Le mentaliste rougit à nouveau.

— Quand on fait, euh… Du… Euh… De la plongée. Sous-marine. Voilà. Pour des questions de, euh, sécurité.

Le jeune homme ne se rendait pas compte que la moitié de l’immeuble profitait de leur plaisir conjoint et considérablement amplifié par ses pouvoirs, lorsqu’ils se retrouvaient, Lukaz et lui, dans l’une de leurs très nombreuses séances de plongée sous-marine. Peut-être même avait-il involontairement stimulé la libido de sa meilleure amie, un soir de grande émotion, comme il avait redonné à la grand-mère du septième un intérêt pour les sportifs, à la télévision, que sa ménopause lui avait fait pourtant perdre depuis bien des années. Folle jeunesse.

Une seconde plus tard, Chase se souvint que les gens avaient parfois des expressions tordues qu’ils n’employaient pas littéralement — ainsi était-elle possible que Charlie ne lui demandât pas s’il avait sondé télépathiquement Lukaz pour le convaincre psychiquement d’accepter sa future demande en mariage.

— Ah, c’était une façon de parler, peut-être ? Ben non, je sais pas, mais, enfin, je veux dire…

Il écouta le reste des explications de l’avocate, comme toujours beaucoup, beaucoup, (beaucoup), plus pondérée que lui. Charlie avait beau voler au secours de son assistante kidnappée par des mafieux armée de son téléphone portable et de son carnet de rendez-vous, elle était toujours plus calme que l’impétueux Neutron-Grey. Pour être un rêveur patenté et un héros des plus flegmatiques, Chase n’en avait pas moins l’art subtil des décisions brusques et des changements radicaux. Un jour agent de l’UNISON, le lendemain criminel du Cartel.

À mesure que Charlie avait tenté de refroidir ses ardeurs et de lui faire adopter sur ses projets un point de vue plus raisonnable, Chase s’était décomposé. Mener une quintuple vie sans ciller en tissant ses mensonges, pas de problème. Envisager que Lukaz pût ne pas vouloir passer sa nuit de noces avec lui dans la dimension des palaces flottants qu’il avait repérée pour l’occasion, c’était beaucoup plus difficile. Charlie avait pris toutes les précautions du monde pour ménager sa sensibilité. En conséquence de quoi, Chase tira la conclusion la plus spontanée du discours de l’avocate :

— Tu crois qu’il ne m’aime pas assez, alors ?

Le jeune homme poussa un soupir et s’affaissa dans son fauteuil, parfaitement découragé. Dire qu’il avait déjà dessiné les plans d’une alliance qui fût aussi un accélérateur de particules miniature ! Dire qu’il avait commencé à développer et coder les différentes versions d’un virus faire-part ! Le dossier de son ordinateur portable qui contenait les soixante-dix-sept versions possibles de sa demande en mariage lui paraissait bien futile, désormais.

— Je sais qu’il pourrait avoir beaucoup mieux… Je fais des efforts et tout. Chase Le Guen, franchement, ce serait trop cool…

Oui, parce que Chase Neutron-Grey-Le Guen, ça commençait tout de même à faire un peu long sur les formidables administratifs et le jeune homme n’avait pas une grande envie de garder son propre nom. C’était le nom de ses parents, surtout. Pas le sien. D’une voix lointaine, le jeune homme décréta :

— En fait, j’ai plus envie de parler de ça…

Autrement dit, il allait ruminer la question pendant des jours et des jours, se convaincre de sa propre nullité et sombrer dans une profonde dépression — et tout cela serait de la faute de Charlie, qui ne l’avait pas encouragé à courir acheter de l’uranium pour son alliance nucléaire, avant d’aller réserver l’église (non sans faire, au préalable, un lavage de cerveau au prêtre, pour le convaincre de marier un couple homosexuel). Preuve que le moral n’était pas au beau fixe : au lieu de jouer télékinésiquement avec les stylos de son amie, Chase en avait attrapé un qu’il entreprenait désormais de démonter à la main.

Oui.
À la main.

— Et toi, alors ? T’as quelqu’un ?

Il posa un regard interrogateur sur l’avocate.

— J’ai lu dans la presse que tu avais peut-être une histoire avec George Clooney, mais comme je l’ai jamais croisé dans les escaliers, j’ai un vague doute.

D’accord, c’était dans le magazine qu’il avait acheté pour sa une inspirée : « Des aliens sucent le cerveau du président ». On ne savait jamais, il y avait peut-être un fond de vérité : un bon Argonaute se devait d’avoir l’esprit ouvert.

— Je pourrais te présenter mon assistant de laboratoire, si tu veux.

Son assistant complètement gay et complètement amoureux de lui, mais cela, Chase ne l’avait pas encore tout à fait compris.

— Il a un prénom bizarre, il est nul avec les trous noirs, mais il est gentil. Enfin, je crois. Je vois surtout ses rapports, en fait.

Si Llewellyn avait été là, il serait sans doute sombré dans une mélancolie plus profonde encore que celle de son chef adoré.

— Ou alors, tu pourrais tenter avec une fille. Je te vois carrément bien avec une fille.

C’était une manière diplomatique pour Chase d’expliquer à Charlie que, pour lui, elle était à peu près dépourvue de sexualité et que, par conséquent, elle pouvait s’engager avec une femme, parce qu’avec les femmes, c’était bien connu, on ne faisait jamais rien que discuter.
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Message posté : Mer 22 Jan 2014 - 21:43 Message
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Sur le coup, elle était un peu perdue. A aucun moment elle ne l’accusait de lire les pensées de Lukaz à tout va, juste pour avoir des informations. Elle l’imaginait encore moins manipuler le jeune homme pour qu’il rejoigne ses points de vue. De ce fait, elle se serait bien passé des informations sur la manière dont se passaient leurs séances de plongée sous-marine. D’un autre côté c’était ce qu’elle aimait bien chez Chase : une parole qui lui semblait logique à elle, prenait un tout autre sens dans l’esprit du mentaliste, notamment à cause de ses pouvoirs. Alors, quand il lui demanda si c’était une façon de parler, elle avait un sourire sur les lèvres en hochant la tête pour confirmer.

Mais apparemment ce n’était pas la seule chose qu’elle avait mal exprimée. A aucun moment elle n’avait cherché à sous-entendre que Lukaz ne l’aimait pas assez. D’une, elle n’en savait rien. Deux, tout ce qu’elle voulait dire c’était que des visions pouvaient être différentes. Charlie était déjà en train de chercher la manière dont elle allait s’y prendre pour expliquer les choses de manière différente pour qu’il arriver à suivre son raisonnement. Une déformation professionnelle, probablement, mais si elle voyait qu’elle n’était pas comprise, elle s’acharnait toujours à expliquer différemment. Sauf avec son frère, cela dit, les deux semblaient génétiquement faits pour ne pas se comprendre. Pire, pour comprendre de la plus mauvaise manière qu’il soit. Un peu comme la loi de Murphy transformé en « tout ce qui peut être mal comprit, va être mal compris. »

Charlie avait déjà secoué la tête pour dire que ce n’était pas ça qu’elle voulait expliquer et, dans une réaction correspondant à l’âge de Chase, ce dernier décréta qu’il n’avait plus envie de parler de ça. Ben voyons. Évidemment qu’il y avait des fois où elle le trouvait particulièrement jeune – pas une critique – mais là, il fallait avouer qu’elle avait plus l’impression d’avoir affaire à un adolescent vexé, qu’à une personne capable de prendre un peu sur elle sur un sujet pour ouvrir la conversation. Peut-être que, bientôt, il allait taper des pieds et, comme un gamin pouvait faire une crise pour avoir les derniers bonbons dans un magasin, Chase hurlerait, en croisant les bras, qu’il veut Lukaz et personne d’autre.

Et, alors qu’un stylo était en train de subir une opération à cœur ouverte par les mains du Mentaliste, ce dernier ne trouva rien de mieux que de retourner la situation sur l’avocate. Elle quoi ? Elle le regarda l’air de ne pas comprendre avant de se demander depuis quand sa vie sentimentale pouvait avoir une quelconque importance. Est-ce qu’elle avait l’air de se plaindre pour qu’il en vienne à s’interroger, vouloir lui présenter quelqu’un ou même envisager qu’elle essaye avec l’autre sexe – enfin, le même en réalité… ouais, bref. Elle était texane quand même, hein, il ne fallait pas l’oublier. Si elle voulait bien accepter et ne pas avoir de problème avec l’homosexualité des autres, ce n’était pas un argument nécessaire pour se lancer elle-même dans cette voix. Charlie aurait probablement été moins paumée si Chase lui avait annoncé l’arrivée d’extra-terrestre déguisés en lutin pour les fêtes de noël.

« Euh, les hommes me conviennent très bien en fait. » En tout cas, elle n’avait rien trouvé à redire aux quelques jours passés, enfermée, chez elle avec Randall. « Non, je n’ai pas envie que tu me présentes ton assistant. » Qui devait avoir, quoi, 20 ans ? « Il est sûrement très bien mais, en fait… » En fait quoi ? Elle avait du mal à passer à autre chose ? D’envisager une histoire avec quelqu’un d’autre ? Elle secoua la tête. « J’ai d’autres préoccupations pour le moment comme, euh, un cabinet à faire fonctionner et ce n’est pas tellement compatible avec une relation. Pas du moment que les journées ne feront que 24h. » Elle ferma les yeux en entendant ce qu’elle venait de dire pour reprendre très vite en regardant à nouveau Chase. « Et, non, ce n’est pas une demande cachée pour trouver un moyen de rallonger le temps dans une journée. » Elle haussa les épaules. « Pas de Georges Clooney, cela dit c’est dommage, je suis certaine qu’il doit avoir plein d’avantage avec une marque de café. »

Vu les litres de caféine qu’elle pouvait se prendre, un arrangement avec Clooney n’était pas inintéressant. N’importe quoi ! Elle prit quelques secondes avant d’inspirer et de reprendre un air bien plus posé et calme.

« Et j’ai bien compris que tu n’avais plus envie de parler de Lukaz mais, dans la mesure où une conversation se fait à deux, j’ai besoin de rétablir certaines données, comme je me suis mal exprimée. » En aucun cas elle ne l’accusait d’avoir mal compris, se reprenant vraiment la responsabilité sur le dos. « Je n’ai jamais voulu dire qu’il ne t’aimait pas assez mais, seulement, que sa conception « d’aimer » pouvait être différente de la tienne. Et que, dans la mesure où c’est une situation qui vous implique tous les deux, il est peut-être préférable d’en parler, toujours à deux avant. Et, Chase, il faut que je te demande quelque chose. » Elle essaya d’organiser ses pensées et, reprit. « Est-ce que, pour toi, le fait de rester en couple avec lui ça prouve que tu l’aimes comme il est et qu’il te convient très bien ? » Elle haussa légèrement les épaules. « Parce que, à partir de là, applique le même raisonnement de son point de vue à lui. S’il reste avec toi c’est sûrement que, à ses yeux, tu es très bien comme tu es contrairement à ce que tu sembles croire de manière assez injuste. »
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Message posté : Jeu 23 Jan 2014 - 11:33 Message
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Les hommes lui convenaient très bien. Chase laissa échapper un soupir mi-mélancolique, mi-rêveur. Ah, les hommes ! Les hommes et leurs mains puissantes, leurs piercings aux tétons, leurs crêpes et leur accent breton. Ah, les hommes, avec leur tatouage en forme de scorpion, leurs soleils miniatures explosifs et leur organisation criminelle internationale ! Ah, les hommes, avec leur manie de prendre des Pokémons parce qu’ils avaient l’air cool au lieu de calculer les statistiques ! Les hommes, les hommes, les hommes. Lukaz. Charlie faillit détourner l’attention de Chase un moment, qui avait justement un projet de manipulations de trous noirs pour provoquer des distorsions temporelles ciblées, mais la conversation se détourna à nouveau de cette intéressante perspective.

Il n’était pas dupe. Bien sûr, il ignorait que Charlie avait passé plusieurs jours à faire la bête à deux dos avec un mort-pas-mort. L’image de madone virginale qu’il avait de son amie en eût pris un coup, s’il avait brutalement découvert ses passions nécrophiles. Mais il était en tout cas très bien placé pour savoir que des journées particulièrement bien remplies pouvaient toujours s’aménager pour aller voler des poissons avec un amoureux dans un aquarium, les revendre à des Chinois suspects et aller faire l’amour à l’arrière du pick-up. Charlie refusait de voir l’évidence : elle avait besoin d’un homme dans sa vie, un homme avec des jambes poilues, des bras solides et un accent d’ailleurs, un homme qui lui offrirait des parapluies, un homme plein d’un charme discret et distingué…

— Sinon, j’connais un type, il s’appelle Adrian, il est dans ta tranche d’âge.

Ou dans celle de sa grand-mère, mais Papy Mago était plutôt bien conservé. À défaut d’avoir pu concrétiser un plan à quatre avec l’Archimage, Chase s’imaginait très bien le présenter à Charlie. Évidemment, Adrian allait avoir besoin de sérieux conseils pour courtiser l’avocate, mais un peu de gel dans les cheveux, quelques boutons de chemise ouverte et un sourire séducteur en coin, le tour serait joué. Et puis, vu la manière dont Charlie utilisait un ordinateur, il n’y aurait pas entre eux un fossé technologique incommensurable. Décidément, l’idée était des plus séduisantes.

Ce qu’elle avait d’agréable, c’était aussi qu’elle permettrait de détourner habilement la conversation. Rusé, le Neutron-Grey. Il rouvrit la bouche pour vanter les mérites de l’Adrian en question, quelque chose comme « il est beau, il est classe, il a des pectoraux et il sent l’abricot » (et après, il n’aurait plus qu’à lui conseiller le parfum adéquat), mais Charlie le devança pour le mettre face à la dure réalité de son immaturité. Le ressort du stylo échappa des mains de Chase et eût peut-être crevé l’œil de quelqu’un si le télékinésiste ne l’avait héroïquement arrêté en plein vol. L’objet flottait désormais comme en apesanteur.

— J’aime tout chez lui.

D’un geste de la main, Chase expulsa dans les airs les différentes parties du stylo qui se recomposa rapidement de lui-même avant de retrouver sa place dans le pot à crayons de son amie.

— J’aime ses mains, son accent, ses crêpes, ses piercings, son tatouage, sa manière de jouer à Pokémons, sa manière de me parler. J’aime qu’il me demande pas d’être un Neutron-Grey, d’être toujours responsable, d’être fort, et j’aime qu’il me laisse être parfois un Neutron-Grey, responsable et fort. J’aime quand il doute de lui et que je peux le rassurer, j’aime quand je doute de moi et qu’il me rassure. Avant lui, j’étais tout le temps triste, tout le temps nerveux. Lui il est là, il fait toujours ce qu’il faut, il dit toujours ce qu’il faut. Moi, je comprends rien à la vie et rien aux gens, et lui, il m’explique. J’ai jamais connu quelqu’un comme ça, jamais personne m’a traité comme ça, jamais…

Le mentaliste se mit à papillonner des yeux pour retenir quelques larmes. Il détourna le regard vers la baie vitrée, avant d’afficher un sourire un petit nerveux, en fixant des yeux la ligne des buildings du centre.

— Désolé. J’ai juste du mal à croire que je peux faire la même chose à quelqu’un d’autre. J’ai juste l’impression d’être un sac de problèmes qui tombe dans la vie des gens. C’est comme ça que ça a toujours été, après tout…

Il fallait avouer qu’avoir été traité comme un danger public qu’il valait mieux enfermer dès l’âge de huit ans ne prédisposait pas à avoir une haute opinion de soi. Chase avait certes parfaitement conscience de l’ampleur de ses pouvoirs et il n’était pas sans en tirer un certain orgueil, mais ce qu’il avait compris, au cours de sa jeunesse, dans les yeux et les propos de son oncle Jack, c’était qu’il était une source d’inquiétudes et d’embarras beaucoup plus que d’autres choses. Mi-soldat, mi-bombe à retardement, il n’avait jamais eu l’impression d’être particulièrement aimé que par Tesla et Tesla elle-même était suffisamment étrange pour qu’il doutât de la renaissance de semblables sentiments chez d’autres.
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Message posté : Jeu 23 Jan 2014 - 20:33 Message
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Oui, bah, elle aussi elle connaissait un Adrian dans sa tranche d’âge – en apparence, en tout cas. Le trentenaire au sourire trop parfait qui… Tient, d’ailleurs, connaissait aussi Chase. Ce qu’elle avait appris suite à une conversation avec le mage – difficile de passer à côté quand, à ce moment-là, la presse se faisait une joie d’expliquer quel couple ils faisaient tous les deux. Charlie, pendant un instant, plissa légèrement les yeux en se demandant si elle pensait au même Adrian que lui mais, secouant la tête, elle chassa cette idée. Des Adrian, il n’y en avait pas qu’un dans cette ville et les contacts de Chase – et d’elle – étaient assez nombreux pour qu’ils puissent penser à une personne différente. Et puis, de toute façon, éviter de poser des questions, c’était aussi éviter de rentrer dans la vie sentimentale chaotique de l’avocate.

« Ça va aller, merci. »

Elle était une grande fille capable de prendre sa vie en main, toute seule. Oui, oui. Bon d’accord, elle n’en était pas du tout capable mais, après tout, peut-être que les choses lui convenaient bien de cette manière. Si Chase arrivait à associer sa vie professionnelle, ses activités et, en même temps, une vie de couple c’était admirable mais, elle, de son côté, elle s’en sentait bien incapable. La Texane avait déjà du mal à gérer ses relations familiales alors, elle n’allait pas compliquer encore plus sa vie avec une histoire de couple, non ?

Son regard se déporta sur un ressort, puis un stylo qui semblait faire sa vie – bien aidé par Chase – dans les airs pour se recomposer et retrouver sa place. Une action qui l’aurait probablement fait halluciner avant que Neutron-Grey fasse une entrée fracassante dans sa vie. Un stylo qui se reconstruite qu’est-ce que c’était à côté d’une expédition dans un esprit, une expérience courte mais intense dans le corps d’un homme, une salle de jeux clandestine et toutes ces autres joyeusetés ?

La discussion bascula à nouveau sur Lukaz, ou sur Chase, sur les deux en fait. Ou sur Lukaz vu par Chase. Enfin bref… Ce n’était pas sans lui déplaire parce qu’elle restait plus à l’aise dans ce genre de conversation plutôt que dans celles qui tournaient autour d’elle. Puis Charlie, même si son prénom était masculin, ça restait une fille alors, forcément, elle le trouvait trop mignon quand il parlait de Lukaz et de ce qu’il aimait chez lui. Non mais, c’est vrai, c’était super attendrissant comme discours. Ça l’était jusqu’à ce qu’il émette des doutes sur ce que lui était capable d’inspirer à une autre personne, se qualifiant plus comme un problème géant dans la vie des gens. Un sourire sur les lèvres, elle posa son regard sur Chase.

« Franchement, je ne vais pas nier le fait que tu tombes dans la vie des gens de façon très remarquée. » Chase était une sorte d’OVNI débarqué d’une autre planète, en fait. « Mais ce n’est pas quelque chose de négatif. » c’était seulement nouveau, imprévisible et complètement dépaysant. « Tu sais, Chase, sur un tas de petites choses, tu n’es pas si différent des autres. Tu as les mêmes interrogations, les mêmes problèmes, les mêmes craintes. » En tout cas c’était le cas quand il était question de sentiments. « D’accord, tu es très différent sur plein d’autres choses mais, c’est aussi ça qui fait de toi quelqu’un de très intéressant. » Réfléchissant à comment dire les choses, elle prit quelques secondes avant de reprendre. « Je ne pourrais pas parler pour Lukaz, pour des raisons évidentes mais, en ce qui me concerne… » Elle inspira en reportant son regard sur le mentaliste. « Tu as beaucoup de qualité Chase. Est-ce que tu tiens vraiment à ce que je te fasse le listing des fois où tu m’as sorti d’une mauvaise situation ? Qu’on parle de la fois où tu es venue m’aider avec Abban ? Ou quand tu as débarqué dans mon appartement quand un type armé s’y trouvait ? La manière dont tu t’y prends peut-être des fois maladroite mais, ça tout le monde s’en fout, parce que tu restes quelqu’un de présent et particulièrement fidèle, sur qui on peut compter. »

Les interactions sociales, avec Chase, pouvaient être surprenantes parce qu’il était un mélange de plein de chose, et son éducation dans l’immeuble des Neutron-Grey ne devait pas aider. Mais, à aucun moment, elle n’avait douté de pouvoir lui demander quoi que ce soit, parce qu’elle avait acquis la certitude de pouvoir compter sur lui.

« Tu te souviens du problème que j’avais quand mon frère était accusé de cambriolage. » A juste titre. « J’aurais demandé à personne d’autre de l’aide et je ne l’aurais pas accepté venant d’une autre personne que toi. On arrive tous dans la vie des gens, avec plus ou moins de problèmes qu’on trimballe derrière soi, mais c’est normal. » Dans le cas de Chase c’était juste que les problèmes en question sortaient largement des problèmes normaux rencontrés d’habitude. « Tu peux douter, c’est même très humain mais, honnêtement, tu apportes bien plus que ce que tu peux penser. »
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Message posté : Ven 24 Jan 2014 - 18:40 Message
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Ce que Lukaz avait vu en lui, il eût été incapable de le dire. À la rigueur, Chase comprenait l’intérêt que pouvaient lui porter les mystérieuses jeunes filles qui écrivaient, sur Internet, des fan fictions improbables où Naruto lui déclarait son amour avant de lui apprendre à utiliser des tentacules sortis de nulle part de manière absolument inédite. Il était un Neutron-Grey, il était célèbre et il avait des pouvoirs immenses : cela devait jouer pour quelque chose. Mais Lukaz avait posé les yeux sur lui bien avant de le savoir, l’avait revu avant de le savoir, l’avait protégé et…

Le mentaliste posa un regard un peu perturbé sur Charlie, en entendant la liste de ses qualités. Humain, présent, fidèle ? Courageux ? Quelque chose comme cela. Est-ce que c’était ce que Lukaz voyait en lui, lui aussi ? Parfois, Chase avait l’impression que son mérite était inexistant. La vie était trop simple. Les esprits ouverts. La matière soumise à la moindre impression de sa volonté. Il employait la balle qui lui avait traversé l’épaule, dans la maison de jeux clandestines, les cicatrices qui couvraient son corps, les brûlures, les coups, tout ce qu’il ne pouvait pas prévoir, tout ce qui l’avait pris par surprise, parce qu’il s’était intéressé à la survie des autres plutôt qu’à la sienne.

Fidèle, oui, il l’était. Charlie lui eût demandé d’aller faire du camping au milieu de l’Iowa qu’il n’eût pas hésité une seconde. Il aurait été prêt à manipuler l’esprit du monde entier pour arranger ses affaires, sauver son frère de la prison ou lui trouver le mage centenaire de ses rêves (j’y tiens). Avec une soudaine impulsion, Chase déclara :

— Toi aussi, je t’aime.

Avant d’offrir une très belle imitation de homard.

— Oui, enfin, pas pareil que Lukaz, tu sais, hein ! Vraiment pas pareil. Mais quand même, euh, un peu comme Tesla, enfin non, Tesla, c’est ma sœur, mais comme… Oui, voilà, comme une amie. T’as toujours été super avec moi. Tu m’as aidé le premier jour et tous les jours après ça. T’as jamais rien jugé, t’as toujours conseillé et t’es… T’aides tout le monde, tout le temps. Tu es méga super célèbre, tu pourrais travailler pour de riches clients et pas te faire de soucis, et tu es toujours là, et…

Chase afficha un sourire amusé.

— Des fois, j’ai envie de t’offrir deux semaines de vacances à Tahiti ou Hawai mais je te parie que si tu veux là-bas, tu trouveras encore le moyen d’aider quelqu’un. Alors tu sais… Tu es peut-être pas très, je ne sais pas ? Communicative. Oui, voilà, communicative. Sur ta vie. Et parfois, ça me fait un peu peur. Mais ce que tu dis là, ce que tu dis, ça me rassure. J’étais pas certain de compter autant pour toi. Et j’ai besoin de ça. J’ai besoin de toi dans ma vie. Et d’être quelque part dans la tienne.

Chase poussa un soupir, avant de passer une main dans ses cheveux et de laisser échapper un bref rire nerveux. Le regard à nouveau détourné vers la baie vitrée, il observa :

— Pffff, c’est quand même beaucoup plus simple de parler de robots, hein !

Les déclarations sentimentales, il y était un peu plus habitué depuis qu’il avait Lukaz près de lui. Elles ne lui avaient jamais paru compliquées, précisément parce qu’il ne percevait qu’imparfaitement les règles des relations sociales. La pudeur excessive qui poussait à ne pas avouer ses affections, la retenue et la patience, le sens des étapes, tout cela lui était étranger et ses réactions pouvaient bien souvent être spontanées pour ne pas dire, comme ses projets matrimoniaux, légèrement précipitées. Le contrepartie de cette authenticité résidait dans le caractère parfois un peu chaotique de ses propos, qui se passaient des codes appris en société, pour livrer en vrac des impressions diverses. Les robots, c’était beaucoup plus ordonné : un monde contrôlé et entièrement logique qu’il comprenait sans peine.

— Je me sens mieux…

Un peu triste, certes, un peu perdu sur ce qu’il devait faire, avec Lukaz, mais plus serein. La manière dont l’avocate venait de décrire leur relation lui avait donné l’assurance qu’il trouverait chez elle l’oreille attentive et les conseils avisés d’un cordonnier mal chaussé quand il aurait de nouveau des difficultés. Plus épuisé que s’il venait de courir marathon, il sentait à présent le vide qui suivait les grandes vagues d’émotion, comme une plage de mer retirée, sous le ciel épais de Normandie.

Au bout d’un moment, il reprit la parole :

— Alors, comment ça se passe, le cabinet ? Sur quoi tu travailles, en ce moment ? Comment ça se passe, avec le Robb de Lane & Robb ? Vous faites que du pénal ou il y a aussi du civil ?

À sa dernière question, il tourna les yeux vers Charlie et lui adressa un sourire complice.

— Et, t’as vu, j’ai révisé mon droit avant de venir ?



Bon, d’accord, je regarde des séries sur Internet, surtout. Mais j’ai appris plein de trucs !
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Message posté : Sam 25 Jan 2014 - 5:28 Message
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Elle n’avait rien vu venir, rien compris. Comme une série qu’on reprend en oubliant qu’on n’avait pas vu les 15 derniers épisodes. Charlie n’était pas très douée quand il s’agissait de parler sentiment, ce n’était pas tellement de cette manière qu’elle avait été élevée. Mais, elle comprenait qu’elle était encore moins douée pour recevoir des compliments parce que, là, sur le coup, elle avait l’impression d’avoir merdé dans son discours. Est-ce qu’elle avait laissé sous-entendre qu’elle doutait de son amitié ? Est-ce qu’elle avait donné des signes d’une dépression, à la limite d’un passage sous un train, pour qu’il lui accorde le listing de la manière dont il la percevait ? Pire… Comment était-elle supposée réagir ? Parce que là, hormis vouloir s’enfoncer dans le sol, elle ne savait pas trop quoi faire.

L’avocate passa par une panoplie impressionnante d’expression : incrédule, désolée, surprise, gênée, encore désolée… Puis étonnée parce que, pour elle, c’était évident qu’il faisait partie de sa vie. Elle n’aurait jamais misé un dollar dessus quand il avait débarqué la première fois dans son bureau – avec l’impression que c’était il y a une éternité – mais, aujourd’hui ça ne faisait aucun doute. Le gamin – ça en devenait affectueux – il avait une vingtaine d’années et, il était bien plus présent que l’avaient été les autres ces derniers temps – son frère n’entrait pas dans la compétition, c’était une tout autre histoire. Comment est-ce qu’elle pouvait passer à côté de lui ? Puis, de toute façon, elle n’en avait aucune envie.

« Je n’étais pas loin de porter ton enfant, hors de question que tu sortes de ma vie après ça. »

Elle aussi, elle l’aimait à sa manière, comme un ami, comme quelqu’un d’essentiel à sa vie mais… En bonne handicapée qu’elle était sur ce plan-là, elle était bien incapable de le dire. Le jour où il douterait vraiment de ça, où elle ne trouverait pas les mots pour le prouver, elle lui autoriserait, sans la moindre hésitation, un passage dans sa tête. Au moins, là-dedans, pas question de mentir, ni même de masquer une partie des choses parce qu’elle était incapable de les exprimer. Un peu paumée par ce qui venait de se passer, elle hésita un instant avant de poser un regard interrogateur sur Chase.

« C’est vraiment important que je parle plus de ma vie ? »

Le ton était clairement interrogateur, un peu comme une demande d’aide parce qu’elle ne voyait pas en quoi ça pouvait avoir une importance. Elle passait sûrement à côté de quelque chose, une donnée sociale qui lui avait échappé depuis tout ce temps. Charlie n’avait même pas l’impression d’être si secrète que cela, c’est seulement qu’elle ne trouvait pas d’intérêt à placer quelque chose de personnel à chaque conversation. Sans parler des choses dont elle ne pouvait pas parler comme le retour d’un mort qui n’était pas si mort que ça, alors qu’en fait, si, c’était bien le cas. Le truc bien bordélique dont, une fois de plus, elle n’était même pas au courant. Au moins, il était clair que Charlie n’était pas télépathe vu la multitude de secrets qu’il y avait autour d’elle… Comme un mage qui avait héroïquement mit fin à un sort, sans qu’elle ne sache qu’il avait plus de cent ans ou même son véritable rôle dans le monde de la magie.

Au moins Chase se sentait mieux, et ça c’était le plus important pour elle, même si elle se doutait qu’il n’avait pas mis à ses interrogations en un claquement de doigts. Au moins, parler du cabinet, ça, elle savait le faire. Plus simple que de savoir comment réagir à un discours super touchant mais ultra-gênant pour quelqu’un comme elle. Un sourire exagérément impressionné passa sur ses lèvres quand il avança avoir bien révisé avant de venir… Même si ça venait de séries sur internet… Ah, les séries, ce n’étaient pas qu’à la télé ? Enfin sur le net, ce n’était pas très légal, non ?

« Hey bientôt je vais presque pouvoir t’embaucher si tu continues comme ça. » Elle réfléchit un instant avant de poursuivre sur un ton amusé. « Quoique, je risquerai de revenir un matin et de ne plus reconnaître le bâtiment. » Reprenant de manière plus sérieuse. « Ça se passe très bien avec le Robb de Lane & Robb, on s’accorde assez bien sur les orientations que l’on veut et sur la manière d’y parvenir. Et, c’est une très bonne chose. » Bon ce n’était pas comme si elle avait proposé une association avec le premier venu. « Et on fait beaucoup de pénal, un peu moins de civil mais on construit doucement une équipe pour avoir des avocats un peu spécialisé dans des domaines différents. Tu sais, histoire d’essayer d’offrir une meilleure chance pour les dossiers que l’on peut avoir. »

Il était clairement envisagé d’essayer de construire un bureau, avec chacun sa spécialité, pour pouvoir tout faire comme un cabinet renommé, les réussites qui vont avec mais en gardant le côté accessible pour ceux qui n’ont pas les moyens de se retrouver dans un grand cabinet.

« En ce moment, il n’y a rien de réellement passionnant en réalité. Enfin, si peut-être un truc. Je cherche à me renseigner sur des combats illégaux qui sont organisés entre des personnes mais, pour l’instant, hormis ça, je n’ai aucune autre précision. »
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Message posté : Sam 25 Jan 2014 - 16:15 Message
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Si Charlie avait fait preuve d’un peu plus d’enthousiasme à l’annonce de son projet de mariage avec Lukaz, par exemple en lui jetant du riz ou en le proposant de le conduire jusqu’à l’autel, nul doute que Chase, à l’évocation de l’enfant qu’ils n’avaient finalement pas eu ensemble, lui eût demandé si elle acceptait de porter celui qu’il concevrait avec son futur mari, grâce à un processus génétique élaboré qu’il n’avait pas encore mis au point mais qui impliquerait, sans nul doute, ses vastes pouvoirs du monde des rêves. Ou alors il pouvait se créer un utérus, juste pour quelques mois.

Hélas, Charlie était de ces personnes lentes et patientes que l’on appelait les « gens raisonnables » et que Chase n’avait jamais tout à fait comprises. Quand bien même, tout ce qu’il avait dit d’elle, il le pensait sans en rien retrancher et il n’avait pas besoin que l’avocate se lançât en retour dans de grandes déclarations pour sentir que ces quelques mots l’avaient touchée. Il n’était pas encore certain de la place qu’il occupait dans sa vie à elle mais, ou que l’émotion de la Texane fût évidente, ou que ses pouvoirs, malgré lui, lui en fissent percevoir quelque chose, il avait senti sans peine qu’elle en sentait plus que ce qu’elle ne disait.

La question le laissa songeur un instant. Il n’était pas très doué pour les relations sociales et, en dehors de Keiko peut-être, Charlie était sa seule véritable amie. Il ne savait pas trop ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas, et il craignait un peu que ses exigences parussent exagérées. Avec une certaine timidité, il hocha la tête.

— J’trouve ça important, moi. J’ai envie de savoir… Ce qui se passe. Ce que je peux faire. Ou alors juste, tu sais, pour écouter. Je suis pas forcément de très bons conseils, je suppose. Je veux dire, en dehors des ordinateurs…

Il esquissa un sourire.

— …et des interventions paramilitaires.

Normal.

— Mais en fait, tu fais comme tu veux. Je comprends que tu puisses vouloir… Ne pas partager des trucs. On a tous notre jardin secret.

Ou nos dimensions parallèles secrètes peuplées de robots araignées résidant dans des forteresses volantes depuis lesquelles on complotait des cambriolages d’exception. Par exemple. Quoi de plus normal ? Que ses exigences d’authenticité fussent violemment contredites par ses propres mensonges ne perturbait pas le moins du monde Chase. De son point de vue, il ne mentait pas vraiment : sa vie était compartimentée, voilà tout. Charlie avait accès à une version de son existence, différente de celle qu’il pouvait mener ailleurs, avec d’autres personnes, en d’autres endroits. À force de voyager de dimension en dimension par ses propres moyens, le jeune homme avait cultivé un relativisme intuitif.

— Je ne veux pas que ça te stresse, tu sais. Et… Voilà. On peut parler d’autres choses. D’autres parties de ta vie. Je ne sais pas.

De fait, la discussion dériva vers le cabinet d’avocats. Pour son amie, c’était évidemment un changement considérable : de l’avocate pénale qui servait de façade à un cabinet où elle n’avait pas toujours son mot à dire, sorte de caution publicitaire du pro bono pour des affairistes en mal de légitimité, elle s’était hissée à la tête de sa propre organisation et avait capitalisé sa fortune médiatique pour soutenir une affaire qui semblait fonctionner à merveille. Sa réputation n’était plus à faire, mais elle grandissait encore et, à chaque fois qu’il marchait dans les couloirs du cabinet, Chase ne pouvait se départir d’un sentiment de fierté en songeant qu’il avait un tout petit peu participé à cet éclatant succès.

Chase hocha la tête.

— Et puis tu es bien entourée. J’ai vu que tu avais engagé Thunder comme coursier. Avec lui, la Légion veille sur toi.

Il avait glissé cela avec un sourire, parce qu’il se doutait bien que la présence du leader de la Team Alpha et, surtout, du fils du Commander lui-même ne devait pas avoir été sans inquiéter un peu la très indépendante Charlie.

— Tiens, d’ailleurs, tu as eu des nouvelles de l’affaire Graham ? J’ai supposé qu’à un moment ou un autre, on me demanderait de témoigner, ou je ne sais pas trop quoi, mais je n’ai aucune idée du temps que cela prend pour passer devant les tribunaux.

S’il avait une bonne équipe d’avocats, Graham pouvait fort bien faire durer l’affaire en empilant motion sur motion, le temps d’occuper juge et le bureau du procureur en complications juridiques sans fin, mais il était probable qu’avec les relations de l’ancien juge corrompu dans le Milieu, Graham avait vendu quelques-uns de ses contacts pour s’acheter une peine négociée avec le procureur et le FBI, et passer quelques années réduites et sécurisées dans un pénitencier fédéral, loin de Star City.

— Tu as eu d’autres trucs comme ça ? Ou, pas forcément à ce point là, mais je ne sais pas… Je suppose qu’il y a des rivalités, non ? Entre les avocats, avec le Ministère publique. Des gens qui ne sont pas forcément ravis de te voir t’élever. Tu gères ça comment, les intrigues de palais ?

Si Chase s’imaginait sans mal Charlie en défenseuse de la veuve et de l’orphelin, il avait du mal à se le représenter luttant pour ses propres intérêts, même en proie aux cabales de collègues mal intentionnés.
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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 9:57 Message
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C’était à partir de là qu’elle ne comprenait plus et devait avoir une tare génétique. Elle ne voyait pas en quoi sa vie pouvait avoir une importance. Chase avait bien des choses à gérer dans sa vie sans avoir, en plus, à s’occuper de celles des autres. Ce que l’avocate trouvait normal de faire pour les autres, devenait complètement inutile quand c’était elle qui était visée. Preuve qu’il lui manquait quelques neurones dans le haut de sa caboche. Puis… Euh… Elle lui dirait quoi : Oh j’ai rencontré un mage qui, m’a proposé qu’on refasse une sortie mais, seulement parce qu’il doit culpabiliser que la première se soit finie dans un remake de Grease VS Harry PotterJ’ai prévu de me faire lyncher à une réunion anti-super, parce que j’suis assez blonde pour croire que je peux les raisonnerEn revanche, je ne sais absolument pas comment raisonner le petit frère parce que l’aîné, lui, est vraiment dérangé… Bref, rien d’exceptionnel ou qui soit réellement intéressant, tout le monde en conviendra.

Elle secoua légèrement la tête, pensive, parce que ce n’était pas tellement une question de ne pas avoir envie ou de jardin secret. Preuve qu’elle lui faisait parfaitement confiance puisque, la notion de jardin secret avec un télépathe comme Chase, c’était quand même sujet à quelques interrogations.

« Ça ne me stress pas, c’est n’est même pas que j’ai envie de garder des choses secrètes. Enfin, si certaines informations, comme tout le monde. » Évidemment qu’elle n’allait pas lui faire un résumé de son expérience de plongée sous-marine. « Mais, en fait, c’est surtout que je ne trouve pas que ce qui peut m’arriver, en dehors du travail, soit particulièrement intéressant. » Après une seconde ou deux de réflexion, elle se retrouva à hausser les épaules. « Je ne saurais même pas par où commencer. »

Mais si c’était juste parce qu’elle ne savait pas comment faire, elle pouvait apprendre, songer à voir comment elle pouvait améliorer ce côté-là. Si c’était important pour lui, que ça ne la dérangeait pas, il n’y avait pas de raison de ne pas essayer. Une amitié, ça devait bien fonctionner dans les deux sens, non ? Ah, ben tient, elle ne savait pas par où commencer ? Bien, commençons par Thunder justement parce qu’elle avait – un peu – l’impression de s’être faite arnaquée sur ce coup-là. Charlie se retrouva à rouler des yeux à l’évocation, non pas de Thunder mais, de la Légion des Étoiles. Un léger sourire prouvait qu’elle n’était pas réellement énervée, c’est seulement qu’elle aurait aimé l’apprendre autrement. Bien sûr, elle aurait refusé si on l’avait informé tout de suite mais, c’était une question de principe.

« La légion, non mais sérieusement, est-ce que c’est vraiment utile ? » Elle n’y croyait pas du tout. « Il y a des choses qui me dépassent un peu et puis, Jace, est vraiment jeune. Enfin, il fait très bien son boulot, je n’ai absolument rien à dire à ce sujet mais… Je n’en sais rien, il a 17 ans et je me dis qu’il devrait se préoccuper de bien d’autres choses plutôt que d’être envoyé ici. »

Le jour où Star City rendrait l’adolescente aux gamins, ça serait déjà un très bon pas en avant. Mais, apparemment, c’était devenu la norme de ne pas avoir tous les problèmes typiques des adolescentes : Chase, et sa vie hors norme. Les jumeaux qui, honnêtement, sortaient carrément du cadre dit « normal ». Jace, et son côté Super très mis en avant. Tout ça l’ennuyait pour eux, plus que ça la dérangeait.

« L’affaire Graham traine en longueur pour le moment. » Elle prit un air faussement étonné. « Figure-toi que, comme par hasard, les dossiers récupérés chez lui ont disparu. » Elle n’avait pas l’air très contrariée par cette annonce. « Du coup, à un moment il était question de laisser tomber, manque de preuves. Puis, une clé usb avec une copie des dits-dossiers à fait son apparition pour relancer les choses. »

Elle avait bien été inspirée ce jour-là, en dissimulant la clé USB qu’elle n’avait pas remise aux agents de police qui avaient tour récupéré. Clé qui avait refait son apparition sous forme de « source anonyme » histoire qu’on ne l’accuse pas d’avoir dissimulé quelque chose, ou d’obstruction à la justice.

« Donc, pour le moment, il relance toute la machine. Cela dit, je ne pense pas que tu auras besoin de témoigner. S’il y a assez de charges contre lui, ce qui s’est passé chez lui ne sera pas au centre du débat. »

Charlie gardait un œil sur l’affaire parce que, en réalité, elle n’avait entamé aucune procédure pour ce qui lui était arrivé. Elle estimait qu’il y avait bien assez de charges sur le dos de Graham pour arriver à une peine convenable. Si vraiment ce n’était pas le cas, là, en revanche, elle lui collerait un procès pour enlèvement et tout ce qui va avec, dans ce cas de figure, Chase risquait d’être appelé à témoigner.

« Et franchement, ça se passe plutôt bien. On a l’avantage de ne voler des clients à personne. Bon, d’accord, on a quelques petits soucis de temps en temps. » Elle se gratta l’arrière de la tête, un peu navrée. « Sarah, en a fait les frais récemment. »

Et comme, elle n’allait pas le laisser avec juste cette information, elle se lança dans la narration de son histoire qui avait impliqué l’assistante juridique, Thunder, une juge et une femme aux ongles beaucoup trop longs. (Je ne te fais pas résumé d’un rp que tu connais déjà ^^)
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Message posté : Lun 27 Jan 2014 - 15:21 Message
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Le mentaliste avait haussé les épaules quand Charlie avait tenté de lui faire avaler la profonde monotonie dans laquelle son existence était prétendument plongée.

— T’as pas besoin d’avoir fait du parapente en Amazonie pour m’intéresser, tu sais. Tout ce que tu fais m’intéresse.

Il se trouvait cependant que Charlie avait bien fait du parapente en Amazonie : tout du moins s’était-elle fait réquisitionner des documents particulièrement sensibles par un prétendu agent du FBI dont personne n’avait jamais entendu parler, dans une affaire où elle s’était fait enlevée par un juge d’instruction corrompu et sauvée par un ancien compagnie, un mentaliste de vingt-et-un ans et un criminel endurci du dix-neuf au caractère bien trempé. Entre ça et ses mésaventures, aux côtés d’une pile électrique volante, qui l’avaient opposé à une trafiquante dont le sens tout personnel de la manucure avait failli lui coûter la vie, l’emploi du temps de Charlie paraissait des plus chargés.

D’ailleurs, Chase éclata de rire, quand Charlie eut fini de lui rencontrer comme un colosse de l’espace mais pas vraiment de l’espace était venu prêté main forte à la sus-dite pile électrique volante, dans un laboratoire clandestin de drogues, au milieu d’une banlieue résidentielle. Pour sa part, il ne suivait guère les actualités ; perdu dans son monde, tout ce qu’il entendait des mésaventures du Cartel ou des concurrents de l’organisation venait des conversations entre Lukaz et ses collègues, les Mac Aoidh ou les Miura. Même s’il avait montré patte blanche, il restait malgré tout un élément marginal de leur monde, à la fois par la force des choses et par une volonté de demeurer indépendant.

Il n’avait donc pas lu les quelques articles sur la nouvelle prouesse de Maître Lane, en compagnie de Thunder et Megastar. S’arrêtant de rire finalement, il posa un regard pétillant sur son amie.

— Ah bah heureusement qu’il t’arrive rien de palpitant, sinon, dans le cas contraire, ça voudrait dire que la ville aurait explosé, ou quelque chose comme ça.

Il ne savait pas par quel bout prendre les choses, mais il redevenait petit à petit plus sérieux.

— Les dossiers qui ont disparu, c’est encore l’Irlandais, là ?

Abban, qu’il feignait de ne pas si bien connaître, sauf la fois où ils s’étaient retrouvés de concert pour voler au secours de Charlie, avait après tout pénétré dans le bureau de l’avocate auparavant et sa présence nocturne n’avait pas joué un médiocre rôle dans la volonté de Charlie de mieux sécuriser son environnement de travail. Chase ne l’avait pas entendu parler d’une nouvelle mission de ce genre, mais il était vrai que l’Irlandais ne lui parlait en général que de choses indifférentes : de produits de beauté, de cuisine, des garçons, des séries à la télévision. Un bavardage qui masquait l’essentiel de son activité : ses entreprises criminelles.

— Parce qu’on peut toujours essayer de retrouver, tu sais. Si tu en as une copie, c’est bien, mais si on peut remonter à la source, ce serait encore mieux. Histoire d’étoffer l’affaire.

L’idée qu’il était en train de jouer contre son propre camp, ou tout du moins celui de Lukaz, ne le préoccupait guère : il préférait aider Charlie que d’aider le Cartel et si le Cartel voyait les choses différemment… Eh bien il n’aurait qu’à venir lui parler. Après tout, il avait trouvé un poisson pour la Triade et annihilé un clan de lapins ninjas séditieux : il pouvait bien jouir de quelques passe-droits. Il était loin de se douter que le Cartel n’avait pas grand-chose à voir dans la disparition de ces dossiers et que c’était une toute autre partie de son passé, à l’UNISON, avec Leyland, qui dormait là.

— Et puis pour Thunder… Je serais toi, je ne m’inquièterais pas pour lui. Dans un sens, il a beaucoup de chance. Enfin, je ne lui envie pas la pression, évidemment. Les responsabilités. Le carcan. Je suppose qu’il doit avoir du mal à respirer et être lui-même.

Il ne supposait rien du tout : un jour de désœuvrement, en attendant que Charlie en eût fini avec un rendez-vous, il avait sondé l’esprit du charmant leader de la Team Alpha et y avait trouvé tant de rêves, d’aspirations, d’envies et de désirs refoulés, dans toutes les domaines de l’existence, qu’il avait eu l’impression d’avoir affaire à une cocotte-minute. Même lui, à l’époque de son engagement à l’UNISON, n’avait pas vécu une semblable frustration. Alors, depuis, il s’ingéniait à faire remonter à la conscience de Jace, à chaque fois qu’il le croisait, certains discours bien particuliers. C’était une sorte de psychothérapie secrète.

— Mais pouvoir utiliser ses pouvoirs, c’est très important. C’est un peu, je ne sais pas… C’est un peu comme avoir de l’énergie à dépenser. Besoin de courir. La Légion, c’est un bon moyen pour lui de faire ça.

Une analyse qui laissait planer de nombreuses interrogations sur la manière dont un être aussi puissant que lui pouvait dépenser l’énergie a priori inépuisable qui était la sienne.

— Et puis franchement, avec tout ce qui t’arrive, ce n’est pas du luxe. Tu pourrais même t’en faire une sorte de garde du corps. Tu n’as jamais songé à ça ? Avoir un garde du corps ? Tu pourrais prendre une femme, quelqu’un de discret, qui ne payerait pas de mine. On la prendrait pour une assistante et ça ne te gênerait pas beaucoup. Parce que franchement, avec ce que tu me racontes, il y a de quoi s’inquiéter.

Et culpabiliser un peu de n’être pas toujours là.
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