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Luces apagadas

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Message posté : Sam 4 Jan 2014 - 12:30 Message
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Ciertas luces apagadas
iluminan más
que las luces encendidas

Roberto Juarroz, Duodécima poesía vertical, 5

***

4 janvier 2014

Le silence était soudain revenu entre les deux groupes. Mais tout autour d’eux, la jungle (ou la forêt : Chase n’avait pas vraiment suivi les explications d’Anna-Maria sur la question) était agitée de vie. Il y avait le vent qui soufflait, les eaux qui s’écoulaient, les animaux qui fouissaient, criaient, couraient, rampaient, grouillaient, loin des préoccupations des êtres humains et de leurs armes, de leurs cartes et de leurs territoires. De temps à autre tout de même, le cliquetis d’une mitraillette se faisait entendre. Pas un coup de feu. Juste une arme que l’on arrangeait un peu mieux sur une épaule, un canon que l’on relevait, en cherchant une position plus confortable, le temps que la discussion silencieuse prît fin.

Chase, les mains croisées derrière le dos, impassible, presque distrait, avait laissé à Konstantin le devant de la scène. C’était pour cela, précisément, qu’il l’avait engagé. Le mentaliste se contentait d’échanger des regards avec Aaron. Ensemble, ils avaient compté le nombre d’hommes en face d’eux. L’ancien agent secret savait fort bien ce qu’il aurait à faire, si jamais les négociations échouaient. Et l’esprit du mentaliste depuis quelques minutes déjà flottait dans celui de certains soldats. Des soldats qui arrangeait un peu mieux leurs mitraillettes sur l’épaule. Relevaient leur canon. Et regardaient leurs supérieurs.

Tout avait commencé deux jours plus tôt, lorsque Astolphe de Virgondie avait projeté de vieilles fresques devant le regard dubitatif des autres membres de l’équipe Argos. Chase avait eu quelques difficultés à faire admettre à ses coéquipiers les théories parfois un peu farfelues de l’archéologue. Pendant de nombreuses années, la théorie des extraterrestres primitifs avait été le violon d’Ingres d’Astolphe de Virgondie, par ailleurs brillant archéologue historien des Amériques pré-colombiennes. Il avait publié ses audacieuses spéculations sous un pseudonyme, pour ne pas nuire à sa réputation professionnelle, mais Chase avait su le débusquer et lui offrir l’opportunité de tester sur le terrain ses suppositions.

Cette fois-ci, Astolphe en était sûr : il existait sous les géoglyphes dont il projetait des représentations un réseau de galeries où l’on avait toutes les chances de trouver les traces d’une activité extraterrestre particulièrement ancienne. Ce à quoi Lwelleyn, l’ingénieur polytechnique et le fan numéro 1 de Chase, avait objecté :

— Si c’est encore pour retrouver de vieilles peintures…

Alors — le rituel était immuable — Astolphe et Anna-Maria avaient levé les yeux au ciel. Ils avaient un peu de mal à faire comprendre au jeune et impatient scientifique que certaines recherches exigeaient des sources, des documents, du matériel à exploiter longuement avant d’en tirer un sensible bénéfice et que l’on ne pouvait pas se contenter de créer en permanence des trous noirs dans le laboratoire. Lwelleyn s’était renfrogné et l’expédition avait été mise sur pied.

Elle s’annonçait délicate. Les géoglyphes se trouvaient dans une zone montagneuse couverte par une forêt — ou une jungle — épaisse, qui était contrôlée par un groupe armée. Des narcotrafiquants, selon les autorités officielles du pays ; des rebelles combattant pour la démocratie, selon le groupe armé lui-même. Dans un cas comme dans l’autre, c’était vers une petite guerre civile que l’équipe Argos s’était envolée. Une fois sur place, les premières difficultés avaient été d’ordre diplomatique. Les autorités n’avaient aucune envie de laisser des Américains contempler de trop près les troubles politiques du pays et même si, parmi les Argonautes, Chase était le seul véritable Étasunien, l’équipe et la DDS étaient toujours identifiées par leur pays d’origine.

Il avait fallu de la patience et des billets bien placés pour ouvrir la voie de l’expédition. Aaron et Chase s’étaient accordés sur la nécessité de réduire autant que possible l’équipe. En plus d’eux, seuls Konstantin, Anna-Maria et Astolphe avaient été invités. Leur apparence relativement inoffensive devait mieux assurer leur sécurité que des armes — et, dans le cas contraire, Aaron et Chase étaient toujours capables de limiter les dégâts, même sans artillerie lourde. Les autorisations en poche, ils avaient emprunté deux jeeps pour s’enfoncer dans la fungle — ou la jorêt — et ils avaient suivi pendant un moment la piste principale.

Mais Astolphe et Anna-Maria, penchés sur les cartes, avaient fini par décréter qu’ils seraient nécessaires de couper par la végétation : les géoglyphes étaient abandonnées depuis un moment, notamment à cause des affrontements armés, et les sentiers n’y conduisaient pas. Les Argonautes avaient donc déchargé une partie du matériel, endossés de lourds sacs à dos et s’étaient mis en marche, dans la chaleur moite des tropiques. Elle était cette fois-ci bien moins agréable que celle qui avait baigné le séjour insulaire de Chase avec Lukaz, mais le chef de l’équipe ne manquait pas de volonté lorsque le périple en valait la peine.

Ce fut après une bonne heure de marche qu’ils furent accueillis par dix hommes et femmes en treillis. Ils avaient finalement trouvé les narcotrafiquants-rebelles-marxistes-braconniers (rayez la mention inutile). Et les narcobraconniersmarxotrafiquants n’avaient pas l’air de vouloir les laisser passer.
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Message posté : Sam 4 Jan 2014 - 16:23 Message
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Lampe-torche, check. Machette, check. Anti-moustiques, check. Pommade pour les piqûres d’insectes, check. S…
Kostya, tu te dépêches ? lança Aaron, depuis l’encadrement de la porte de la chambre, alors que Konstantin s’affairait sur son sac de voyage, posé sur le lit.
Attends, attends, je vérifie que je n’oublie rien. Pour ma première mission sur le terrain, en milieu hostile, en plus, je préfère êt…
Mais oui, tu seras parfait, l’interrompit l’Écossais, en se glissant derrière, avant de le faire pivoter pour l’embrasser.

Depuis qu’il savait qu’il allait faire partie d’une petite expédition en Amérique du Sud, où ses talents de diplomate allaient être mis à rude épreuve par une guerre civile. Leur destination : une zone mi-montagneuse, mi-forestière, peuplée par une armée rebelle révolutionnaire de libération, prête à tout pour lutter contre le joug de l’oppresseur capitaliste qui avait corrompu un gouvernement faible, quelque chose comme ça. Et tout ça sur fond de trafic de drogues. Quand Aaron avait résumé la situation à son compagnon, juste avant la réunion de mise au point avec toute l’équipe, il avait tout fait pour le rassurer. Lui-même connaissait bien ce genre de situation, alors, avec un négociateur, ça serait du gâteau. Du coup, Konstantin était plutôt confiant. Même s’il ressentait quand même un peu de pression, que la préparation de son sac devait aider à évacuer un peu.

***

Ah ! Quelle excellente surprise ! Je ne m’attendais pas à vous rencontrer aussi rapidement, vous êtes assez difficiles à trouver, il faut bien l’avouer !

Avec un grand sourire, et les bras écartés, pour illustrer à la fois sa joie de rencontrer les rebelles et montrer qu’il n’avait aucune arme à la main, Konstantin ne manqua pas de laisser perplexes ses interlocuteurs. Un groupe de cinq étrangers débarquait dans leur coin de jungle, et l’un d’eux prétendait qu’ils étaient là spécialement pour les rencontrer. La tactique au moins, permettait de poser des bases « amicales ».

***

Tu crois qu’il vaut mieux que je ferme le bouton du haut ?
Je crois surtout qu’il faut que tu arrêtes de te préoccuper de ton apparence. Tu as l’air d’un aventurier, et les détails, on s’en fout.
J’ai l’air d’un aventurier ?

Le professeur s’observait, circonspect, dans le miroir. Ils étaient à quelques minutes de quitter le motel miteux où ils s’étaient installés le temps de régler les derniers préparatifs pour l’expédition.

Les jeeps nous attendent. Allez, viens.
Je vais le laisser comme ça, de toute façon, il va faire chaud, dans la jungle…

***

Konstantin ôta son chapeau et fit un pas en avant, avant de reprendre, dans un espagnol parfait.

Y aurait-t-il un chef parmi vous ?

Les hommes et femmes s’entreregardèrent, avant d’échanger quelques paroles dans une langue qui n’était pas l’espagnol. Konstantin pensa reconnaître le quechua, langue officielle de la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et le Pérou, mais ça n’en était pas tout à fait, il y avait des variations. Apparemment, ils essayaient de déterminer s’il était plus prudent de les éliminer tout de suite ou bien d’essayer d’en savoir plus avant ça. Finalement, une femme qui portait une casquette sur un crâne apparemment rasé s’approcha. Il n’y avait aucun grade visible.

C’est moi qui commande. Capitaine Cruz.
Capitaine, c’est un honneur de faire votre connaissance. Christopher Livingstone, je suis un explorateur anglais, et voici mon équipe.
Explorateur ? Et vous cherchez quoi ?
Quelque chose qui pourrait bénéficier à tous. Quelque chose qui se situe dans votre jungle.

Tout en parlant, il tâchait de mettre au point une histoire crédible. Évoquer les extraterrestres était peut-être un peu prématuré. Quant à son identité, il s’était dit qu’il était plus prudent de ne pas se dire d’origine latine, vu qu’il était particulièrement pâle… Britannique, ça passait. La militaire fronça les sourcils, et pivota vers ses hommes, pour leur parler dans la même langue que précédemment. Konstantin se concentra un peu et tâcha de transmettre, sans parler, la traduction à Chase.

** Pour l’instant, elle croit à mon histoire. Mais ils ont l’air de garder en tête l’idée de nous éliminer à un moment ou un autre. Elle se demande si le gouvernement n’est pas derrière tout ça. **

Cruz se tourna de nouveau vers lui et désigna les trois hommes et la femme de l’équipe Argos.

Et eux, ils font quoi ?
Ce sont des chercheurs, comme moi. Cela fait plusieurs mois que nous espérons découvrir quelque chose ici, et nous nous sommes rendus compte qu’il était indispensable de travailler main dans la main avec vous.

La femme haussa cette fois les sourcils, et se tourna encore vers les siens.

** On dirait qu’elle veut nous emmener voir son chef. Mais quelques-uns sont partisans de nous mettre une balle dans la tête tout de suite… **

Pas besoin de se demander lesquels. Trois hommes parlaient avec plus de véhémence que les autres, en désignant les explorateurs du bout de leurs armes. Cruz reprit la parole, à l’adresse de l’équipe Argos, et dans un anglais approximatif :

Vous suivre nous.

Les AK-47 pointés vers eux indiquaient clairement que c’était plus un ordre qu’un conseil. Konstantin tira un mouchoir de sa poche et s’épongea le front. Il espérait s’en être bien sorti, pour sa première fois au sein de l’équipe. Ses précédentes négociations en terrain hostile s’étaient toujours bien passées, surtout quand il avait ajouté quelques enveloppes bien garnies aux paroles amicales. Là, il n’était pas sûr que l’argent fonctionnerait aussi bien qu’en Afrique…
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Message posté : Sam 4 Jan 2014 - 22:41 Message
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Anna-Maria était aussi calme en pleine jungle, entourée de dangereux révolutionnaires, qu’elle était irritable dans une bibliothèque universitaire. Astolphe lui-même, que rien ne disposait à première vue, il fallait bien l’avouer, à se lancer dans d’improbables expéditions forestières, était imperturbable. Les deux avaient un talent certain pour regarder ailleurs sans cesser de prêter attention à l’action. Ils s’effaçaient. L’un et l’autre avaient connu des situations semblables. Et ils n’avaient jamais vraiment compté sur l’appui parfois vacillant de leurs institutions universitaires, à l’époque. Tout bien considéré, la situation leur paraissait meilleure qu’à l’ordinaire.

Chase de son côté n’était pas fâché de voir Konstantin endossé le rôle de chef d’expédition. De toute évidence, le professeur serait beaucoup plus crédible que lui dans cet emploi. Souvent, sur le terrain, les négociations avaient été compliquées par le jeune âge et l’air un peu innocent du chef des Argonautes. La carrure légère des jumelles Averner, qui avaient un temps assuré la sécurité de l’équipe, n’avait jamais été très impressionnante non plus. De quoi cultiver l’effet de surprise, sans aucun doute, mais aussi de quoi tarir certaines bonnes volontés. Avec Konstantin à la parole et Aaron aux muscles, les choses étaient un peu plus claires pour tout le monde.

Aucun des membres de l’équipe à part lui ne paraissait avoir besoin de traduction et ce fut donc collectivement qu’ils cherchèrent du regard l’assentiment de Konstantin, comme si l’expédition attendait de son chef le feu vert. Puis ils se mirent à marcher dans la jungle. Serrés de près par les révolutionnaires, il n’était pas question de ralentir le rythme ni de paraître trop s’intéresser aux trajets d’ailleurs. La progression était pénible, constamment entravée par la végétation. Les soldats prenaient rarement le même chemin, pour éviter de creuser dans la jungle, à force de passage, des pistes qui eussent été trop aisément découvertes par l’armée officielle.

Ils parvinrent finalement à un campement de fortune. Aucune installation en dure : le camp devait être souvent défait et transporté arrière. S’il y avait des bases solides, elles étaient ailleurs, sous la montagne peut-être. Dans cet avant-poste, tout était organisé pour permettre des évacuations aussi rapides que fréquentes. Cruz délaissa l’équipe pour disparaître sous une tente aux couleurs de la forêt, tandis que les Argonautes étaient conduits sous une seconde tente. Là, il n’y avait que les réserves de nourriture. Et elles étaient frustes.

Trois hommes armés demeurèrent avec eux et leur présence avait de quoi imposer le silence. En apparence, tout du moins : l’esprit de Chase s’était rapidement transformé en forum.

* D’année en année, ça devient plus problématique. *

Astolphe connaissait bien la région et il ne l’avait jamais vue en paix.

* Vous avez bien fait de ne pas vous dire Américain, professeur. Le mois dernier encore, des agents de la DEA se sont fait exécuter en Colombie. *
* Il est possible qu’ils cherchent à nous retenir comme otages, cela dit. *

L’hypothèse n’avait pas l’air de beaucoup émouvoir l’archéologue. Il avait déjà vu Mentalis à l’œuvre et il ne doutait pas qu’Aaron, puisqu’il avait été recruté par Chase, était tout à fait à la hauteur de sa mission. Sa remarque avait donc été purement informative. Quelques secondes plus tard, un homme moustachu, qui devait avoir un peu plus de quarante ans, maigre, le visage sévère, fit son apparition dans la tente. Avec un anglais beaucoup mieux maitrisé que celui de ses subordonnés, il déclara :

— Docteur Livingstone, je présume ?

L’homme tendit la main à Konstantin.

— Général Oliveira, du Front de la Révolution Permanente. Bienvenue.

Le regard du général passa sur les autres Argonautes.

— Je ne crois pas avoir le plaisir de connaître vos noms.

Chase sentit la nervosité s’instiller dans l’esprit d’Anna-Maria. La politesse, dans de pareilles circonstances, avait quelque chose de glaçant.

— Trinidad Rodriguez.
— Madame.
— Docteur.

Oliveira esquissa un sourire amusé avant de se pencher pour faire un baisemain. Astolphe et Aaron déclinèrent à leur tour une fausse identité et le regard de l’homme s’arrêta finalement sur Chase.

— Et vous ? Vous paraissez bien jeune pour être membre d’une expédition scientifique.
— Je ne suis encore que doctorant. Auprès du docteur Livingston. Max Andersen.
— Et quelle est votre spécialité, Monsieur Andersen ?
— L’archéologie.

C’était la réponse qui lui avait paru la plus prudente : si l’un d’entre eux en avait besoin, il pourrait puiser dans les vastes connaissances d’Astolphe pour pourvoir aux éventuelles questions. Le général hocha la tête avant de reporter son attention sur le présumé Livingstone.

— Cela fait quelques années que cette région n’a pas accueilli une expédition scientifique. Vous n’êtes pas sans ignorés que les temps sont troublés. Le champ de bataille n’est hélas pas un lieu pour les savants.

Sous la parfaite courtoisie du général s’entendait sans peine la méfiance que lui inspirait ces quelques aventuriers perdus au milieu de la forêt — au milieu de sa forêt. Ils n’étaient pas bien menaçants mais il ne comptait pas, par l’excès d’une coupable bienveillance, autoriser ceux qui étaient peut-être des agents du gouvernement ou de la CIA à pénétrer plus avant dans le territoire du FRP.
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Message posté : Dim 5 Jan 2014 - 1:40 Message
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Se retrouver officiellement chef d’expédition pour sa première mission, Konstantin ne s’y était pas vraiment attendu. Mais il allait faire avec, du moins, tant qu’il savait que Chase et Aaron était bien avec lui. Le groupe fut conduit, sous la direction du capitaine Cruz, à travers la jungle jusqu’à un campement de fortune. L’Ukrainien ne tarda pas à sentir, alors qu’ils progressaient difficilement, le poids de son sac sur le dos. Heureusement, ils furent installés dans une tente et purent s’asseoir pour souffler un peu. Les périples comme ça, c’était fatigant, surtout pour quelqu’un qui venait à peine de se mettre au sport. La condition physique n’était pas encore là…

** Ils utilisent un dialecte proche du quechua, entre eux, mais j’arrive à comprendre ce qu’ils disent… ** glissa le professeur dans la conversation télépathique.

C’était un avantage, ainsi les rebelles pouvaient parler sans craindre révéler quoi que ce soit, puisqu’ils ne savaient pas qu’il y avait parmi les potentiels otages un homme versé dans plus de langues qu’on ne pouvait l’imaginer… Un militaire fit alors son entrée. Contrairement aux autres, il portait son grade à sa poche de poitrine. Un général. Il confirma sa position dans le groupe armé, tout en en révélant le nom. « Front de la Révolution Permanente ». Konstantin en avait tellement connu, des fronts révolutionnaires, qu’il ne s’en émouvait plus…

En effet, général. Docteur Christopher Livingstone. Et voici mon équipe, répondit le diplomate, en serrant la main ferme du moustachu.

Ce dernier fit le tour des présentations, et chaque Argonaute mentit sans ciller. Aaron choisit même de tester un peu plus la culture de leur hôte en optant pour une identité qui rappelait celle d’un autre explorateur. John Cook. Entre Livingstone et Cook… Aucune réaction. Au moins, ils avaient une indication : même le général, parmi ses hommes, ne devait pas avoir beaucoup lu ou s’être beaucoup instruit. Chase, lui, lança la piste de l’archéologie. Oliveira les mit en garde contre la situation de la région, évidemment.

Nous en sommes parfaitement conscients, général. Mais notre expédition, en plus de requérir une certaine discrétion, revêt un caractère plutôt urgent. Et il nous a donc semblé indispensable de venir à votre rencontre. Car vous pourriez aussi bénéficier de notre découverte.

Puisqu’ils étaient dans le mensonge, autant continuer. Le FRP ne devait pas dépasser les frontières du pays, il ne serait d’aucune menace dans l’avenir. Mais tant que les Argonautes étaient sur son territoire, il fallait garder le général et ses hommes de leur côté.

Votre découverte ? Que venez-vous donc chercher ici qui pourrait nous bénéficier ?
À vrai dire, nous ne savons pas encore exactement. La nature de ce que nous pourrions trouver nous est encore inconnue. Mais nous sommes persuadés, grâce à nos recherches, de pouvoir découvrir de très anciens objets, des objets datant de l’époque précolombienne, si ce n’est avant.

La conversation en anglais était plus aisée à suivre pour tout le monde. Mais Oliveira ne semblait pas encore convaincu.

Des objets ? Qui pourraient nous bénéficier ? Comment pouvez-vous en être sûrs ?
Ah, vous êtes coriace, général ! J’aurais préféré vous garder la surprise, mais je vais vous révéler quelque chose…

Kostia fit signe au militaire de s’approcher un peu, pour qu’il puisse parler plus bas, que les hommes armés n’entendent pas, même s’ils ne parlaient pas anglais.

Des trésors, général. Des restes d’une fortune colossale cachée là pour échapper aux envahisseurs venus d’Europe.

Le général recula un peu, et Konstantin vit dans ses yeux l’avidité qui anime les hommes de pouvoir quand se présente l’occasion d’obtenir encore plus de pouvoir. La question de savoir comment allait se dérouler la suite de l’expédition avec un militaire avide sur le dos se poserait plus tard.

Je vois, je vois… Et vous souhaitez partager avec moi ?
Nous règlerons les détails le moment venu, mais oui, c’est un échange. Vous nous aidez à découvrir, nous partageons.
Mais tout cela appartient à mon pays. Ce serait du vol, si vous en preniez ne serait-ce qu’une partie.
Sauf que vous ne savez pas où se trouve ce trésor. Et vous n’êtes pas prêt de le découvrir sans nous.
Je pourrais vous faire parler.
Quelles tristes manières, général. Je vous pensais un homme d’éducation !

Konstantin ne put s’empêcher de penser que c’était sans doute le plus gros mensonge qu’il avait dit jusqu’à présent…

Ah ! Je vous aime bien, docteur. Ne me faites pas regretter ma décision de ne pas vous faire fusiller.
Fusiller ? Mais si vous nous tuez, vous n’aurez jam…
Qu’est-ce que vous transportez, dans vos sacs, hein ? Ouvrez votre sac, docteur.

Un peu surpris par le changement de ton, le diplomate ne se démonta pas et ouvrit son sac. Évidemment, il n’y avait rien de compromettant à l’intérieur. Il ne portait même pas d’arme sur lui. Aaron fit de même, et le résultat fut identique. Sauf que lui avait une arme, glissée à l’arrière de son pantalon. Les militaires n’avaient même pas songé à les fouiller… Puis le général désigna l’archéologue. Il fallait espérer qu’il ne verrait rien de suspect et ne pousserait pas un peu plus son enquête…
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Message posté : Dim 5 Jan 2014 - 12:48 Message
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— Et on peut savoir ce que c’est que ce truc ?

Le général avait tiré du sac de Chase une sorte d’araignée mécanique. Chase avait la passion des araignées mécaniques. Il avait des araignées mécaniques pour presque toutes les circonstances de l’existence. Pour l’heure, celle-ci était inerte, mais il fallait avouer que, même pas très grande, son aspect n’était pas exactement engageant. Jusqu’à lors, les négociations s’étaient plutôt bien déroulées. Si Konstantin n’avait pas proposé au général de les aider, ils eussent probablement été surveillés dans le meilleur des cas, exécutés sinon — mieux valait se ménager un peu de cordialité.

Mais face au gadget, le général était pour le moins sceptique.

— C’est un détecteur de métal, général.

La stricte vérité, mais le militaire eut l’air pour le moins sceptique.

— J’ai déjà vu des détecteurs de métaux et ça ne ressemblait pas du tout à ça.
— Certes. Mais les techniques évoluent. Voyez-vous, toute la difficulté est de détecter l’or. L’[/i]or[/i], vous comprenez, ce n’est pas magnétique, c’est très difficile. Il faut un processus chimique, entièrement différent, une analyse olfactive en quelque sorte, si vous voulez, pour simplifier les choses, regarder ce petit capteur, pour l’or, qui laissent des traces dans l’atmosphère, pour l’or, donc…

À chaque fois que Chase prononçait le mot or, avec une légère insistance, le général paraissait de plus en plus absorbé par les explications pourtant parfaitement délirantes du jeune homme. L’araignée mécanique détectait le métal, en quelque sorte, certes, mais elle cherchait plutôt les sources d’énergie extraterrestres potentielles que de quelconques artefacts précolombiens. Chase profitait sans vergogne de l’ignorance technoscientifique de son interlocuteur pour l’embobiner et ses pouvoirs, en jouant très légèrement de l’avidité du général, achevaient de le convaincre.

Le militaire sortit de sa transe de lucre et interrogea :

— Et comment ça fonctionne ?
— C’est très compliqué.

Affirma Chase avec beaucoup de conviction. Ses yeux étaient fixés dans ceux du général et il y eut un court instant de silence, après lequel l’homme finit par redonner la machine au technologue, qui la rangea soigneusement dans son sac à dos. Le reste de l’inspection ne révéla que quelques objets compromettants, des lames diverses pour la plupart, dont la présence était aisée à expliquer par la nécessité de se frayer un chemin dans une végétation dense et parfois hostile. Le général finit par hocher la tête.

— Écoutez, je crois que je vais vous accompagner. Je tiens à défendre l’héritage culturel de mon peuple et à m’assurer qu’ils ne soient pas à nouveau pillé par des entreprises coloniales. Je ne doute pas que votre intérêt dans cette affaire soit…
— Purement scientifique.
— C’est cela. Mais vous comprenez, on est jamais trop prudent. Laissez moi prendre mes dispositions. Nous partons dans une heure.

Le général tourna les talons. Il ne leur laissait pas vraiment le choix, convaincu de la supériorité de ses forces sur celles de l’équipe. Comment en eût-il été autrement quand l’arme de destruction massive des Argonautes ressemblait à un jeune homme blond à peine sorti de l’adolescence qui vantait le potentiel de ses petites créations robotiques ? Les Argonautes se rassirent et, pour donner le change devant les militaires, Aaron entreprit d’engager une conversation sans grande importance, sur la forêt, la difficulté de la progression, la montagne, leur alma mater, etc.

Pendant ce temps, une toute autre conversation se déroulait dans leur esprit. Mener les deux de front sans être ou un génie comme Konstantin, ou un mentaliste comme Chase, requérait un peu de pratique — et c’était l’une des étapes de l’entraînement télépathique que le mentaliste proposait aux nouveaux Argonautes, quand ils rejoignaient l’équipe.

* Il ne laisserait jamais ses hommes seuls s’il n’espérait pas vraiment un trésor. Les chaînes de commandement sont beaucoup trop instables pour qu’il se permette de les quitter au hasard. *
* Mais ils seront sans doute en contact radio. Il va bien falloir qu’on s’en débarrasse à un moment ou un autre. *
* Pas sûr. Les fréquences doivent être régulièrement surveillées par les autorités. *

Celles du pays, bien sûr, et selon toute vraisemblance, celles de la CIA aussi.

* Tout de même. Ça risque d’être compliqué pour l’extraction. *
* Il risque surtout de vite se rendre compte qu’il n’y a pas des montagnes de trésor. *
* On avisera sur place. Il n’est pas exactement difficile à manipuler. *

Astolphe n’avait de toute façon pas l’air de beaucoup s’inquiéter ; seule Anna-Maria paraissait quelque peu réticente. La discussion se poursuivit pendant de longues minutes, durant lesquelles Chase s’employa à rassurer son équipe. Ses aventures riches en péripéties, bien connues du grand public, mieux connues encore des Argonautes, donnait un certain poids aux assurances qu’il donnait à ses coéquipiers. Lorsque le général refit son apparition avec un petit groupe de ses plus proches soldats, Anna-Maria était fin prête.
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Message posté : Lun 6 Jan 2014 - 0:37 Message
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Le général fut rapidement embrouillé par les explications très claires de Chase combinées à, Konstantin l’imaginait, une petite utilisation des pouvoirs télépathiques. Sans quoi, il n’aurait peut-être pas aussi facilement lâcher l’affaire. Puis Oliveira les laissa pour aller préparer sa participation à l’expédition, après avoir annoncé à l’équipe Argos qu’il tenait particulièrement à défendre les intérêts de son peuple. Un très beau mensonge, mais qui ne fut bien entendu pas relevé. Il était évident qu’un homme pareil se moquait bien de partager l’or qu’il allait découvrir. S’il renversait celui qu’il considérait comme un tyran à la tête de l’État, il ne vaudrait pas mieux… Une conversation menée par Aaron s’engagea pour les oreilles indiscrètes.

Une autre, en parallèle, débuta au sein de l’esprit de Chase. Konstantin avait pris rapidement le pli, sachant très bien partitionner son propre esprit et suivre plusieurs choses en même temps sans risquer de les mélanger. Il suivit les échanges entre le leader, Anna-Maria et Astolphe. De temps en temps, Aaron ajoutait un commentaire, et le professeur également. Les minutes passèrent, par dizaines, alors que des banalités étaient lancées sur l’environnement. Finalement, le général Oliveira fit son retour dans la tente. Avec lui, il n’y avait que six soldats, cinq hommes et une femme, qui n’était autre que le Capitaine Cruz. À voir leur allure, ils devaient être parmi les plus entraînés des forces rebelles.

Nous sommes prêts. Prenez vos affaires, et en route. Docteur, vous marcherez avec moi. Deux de votre équipe – il désigna Chase et Astolphe – iront devant, avec deux des miens, et les deux autres, derrière, et le reste de mes troupes fermera la marche.
Cela me semble parfait, général, approuva Konstantin, en lui adressa un signe de tête.

Le cortège se mit en place, puis commença sa progression. Le général s’adressa aux siens dans cette langue proche du quechua, et le diplomate vit là l’occasion de brosser un peu plus le militaire dans le sens du poil. En espagnol, cette fois.

Quelle est donc cette langue, général ? N’est-ce pas le quechua ?
Ah, vous connaissez ?
Un tout petit peu. J’ai eu l’occasion d’entendre de vieux indiens le parler.
Ah, oui, c’est une fierté de notre pays. Mais ce n’est pas tout à fait le quechua. Vous savez, dans nos régions, même les langues ancestrales évoluent. Notre variante nous permet parfois de confondre certains traîtres.
Des traîtres ? Ainsi, selon… l’accent, par exemple ? Ou l’emploi de certains mots ? C’est fascinant.
N’est-ce pas ? Il nous arrive régulièrement d’avoir dans nos rangs des recrues qui ne sont pas de la région, et parfois, ce sont des espions.
Ce n’est pas étonnant, vos revendications dérangent, forcément.
Je ne veux que la justice et la liberté, vous savez. Dans un État où elles sont absentes, ça dérange, oui.

Konstantin, qui avait jeté un œil à leur itinéraire, vit que le cortège empruntait un petit détour. Il avait bien mémorisé chaque détail, en un regard, et il était sûr qu’il aurait fallu passer à gauche de la crevasse, et non à droite. Sûrement une petite ruse pour gagner du temps… Derrière lui, il entendit Cruz parler, dans cette espèce de quechua, dans la radio. Il se concentra pour percevoir chaque mot.

** J’ai bien l’impression que Cruz ne nous fait pas confiance. **

Aaron, à l’arrière, qui marchait aux côtés du capitaine, justement, lança une remarque qui pourrait s’avérer particulièrement utile :

** Je ne comprends rien à ce qu’elle dit, mais elle parle à voix très basse, pour que le général n’entende pas, et elle passe son temps à lui jeter des regards noirs… **

Ainsi, non seulement elle ne faisait pas confiance aux Argonautes, mais en plus, il semblait qu’elle en voulait à son supérieur de s’embarquer dans cette aventure. En même temps, qui aurait pu lui reprocher ? Elle était sûrement la seule à être dans le vrai. Il n’y avait pas d’or, Chase et les siens menaient le FRP en bateau, et il y avait de fortes chances pour que ça se finisse mal pour les militaires. Si Konstantin était loin d’être prêt à prendre un jour une vie, il savait très bien que son compagnon, lui, n’hésiterait pas un seul instant à tuer s’il le fallait.

Quand ils arrivèrent à environ deux-cent mètres du point où ils retrouveraient leur chemin d’origine, ils étaient au bord d’un petit cours d’eau qui coulait en contrebas. Le professeur demanda une petite pause, le temps que tout le monde puisse se désaltérer un peu. Il en profita pour s’éponger le front, alors que les militaires ne relâchaient pas leur garde. Test concluant : ils n’étaient pas près de laisser les Argonautes ne serait-ce qu’un instant sans surveillance. Quand Konstantin se tourna vers Aaron, il le vit qui le fixait, et lui adressa un regard de reproche, « pas maintenant ». Parce qu’il n’était pas sûr que ce genre d’attitude passe auprès d’Oliveira.

Alors, jeune Andersen, les détecteurs fonctionnent bien ? lança le général, sur un ton qui sous-entendait qu’il valait mieux ne pas penser à le doubler.

Konstantin garda le silence, prêt à reprendre la marche. Ils avaient encore un peu de marche avant d’arriver au site supposé, et mieux valait qu’ils aient établi une bonne stratégie pour s’en sortir. L’avantage était que les militaires n’étaient que sept, et qu’ils ne feraient pas le poids contre les aptitudes combinés de Chase et Aaron. Mais il faudrait aussi gérer la radio… L’Allemand avait bien une idée, mais il n’était pas sûr que ses imitations soient très convaincantes. En tout cas, il était le seul à pouvoir baragouiner l’étrange quechua…
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Message posté : Lun 6 Jan 2014 - 17:37 Message
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L’avantage, c’était que Konstantin n’avait finalement pas beaucoup menti. Ils étaient bien des scientifiques, ils étaient bien venus chercher un trésor, un trésor qui valait son poids en or et beaucoup plus que cela sans aucun doute, un trésor qui finirait par profiter à toute l’humanité. Était-ce de leur faute si le général, avec son esprit étroit, les avait pris un peu trop au pied de la lettre ? En tout cas, Astolphe et Chase, en tête de la troupe, pouvaient très librement converser des étapes à venir de l’expédition. La seule chose dont ils ne parlaient pas était du moment où il faudrait bien se défaire de leur encombrante escorte.

Pour l’heure, ils étaient dans une position de choix. Et le petit détour imposé par le général n’avait échappé ni à l’un, ni à l’autre. Comme tous les membres de l’équipe, Chase avait attentivement étudié la carte de leur parcours et, à force de suivre Anna-Maria et Astolphe dans des terrains à chaque fois plus accidentés, il avait fini par développer le semblant de sens d’orientation qui lui manquait en pleine nature. Un rapide regard échangé avec son archéologue confirma ses soupçons. Difficile à dire, pour l’heure, s’il s’agissait d’une pure mesure de protection, pour le cas où les Argonautes eussent eu des renforts sur le trajet prévu, ou si quelque chose d’autre se cachait derrière ce changement d’itinéraire.

Comme souvent, le peu de compétences linguistiques du mentaliste entravait considérablement ses sondages télépathiques. Il en était réduit à interpréter des souvenirs récents, comme une télévision du câble dont il n’aurait pas compris les paroles et à donner du sens aux intentions, perceptions si fuyantes qu’elles eussent échappé à nombre de ses homologues. Comme souvent, Chase songea que ses performances exceptionnelles de télépathe tenaient beaucoup plus à son aptitude à manipuler des pensées infimes qu’aux illusions de masse. Dans l’esprit du général, il ne trouva pas d’intentions néfastes — pas immédiatement, tout du moins. Il était même possible que, profitant de son évidente supériorité armée, après les avoir dépouillés, le militaire ne songeât pas à s’opposer à leur retour au pays.

Mais, alerté par la suggestion de Konstantin, il constata bien vite que ses relativement bonnes dispositions n’étaient pas universellement partagées. S’il ne comprenait strictement rien à ce que pensait Cruz ni à ce qu’elle disait, il sentait son esprit tendu par la méfiance : ces tours et ces détours, cette nervosité au bord de la confusion, il les connaissait très bien pour les avoir souvent créés dans d’autres esprits. C’était le signe le plus sûr de pensées qui ne savaient à qui se fier.

* Je vais récupérer les paroles de Cruz et les transférer dans votre esprit, professeur. Quand vous serez prêt. *

Le jeune homme avait toute confiance dans les capacités intellectuelles de son négociateur en chef et il était persuadé que Konstantin serait capable de gérer de front une traduction des propos de Cruz et une conversation délicate avec le général — ou qu’à défaut, il pourrait ranger les premiers dans un coin de sa vaste mémoire en attendant de pouvoir s’y pencher dans un moment de calme. Pour sa part, habitué à n’être qu’un canal télépathique et un carrefour pour des pensées diverses, il ne prêtait guère attention aux propos qui de l’esprit de Cruz passaient dans le sien jusqu’à celui de Konstantin : ce n’était jamais qu’une musique de fond dans une langue étrangère dont il ne comprenait pas les paroles.

Son attention était ailleurs. Précisément : sur l’araignée mécanique qu’il venait de sortir de son sac. Les soldats qui l’encadraient lui avaient jeté un regard un peu méfiant, s’étaient retournés vers le général et celui-ci avait hoché de la tête. Chase avait donc pu poser son robot à terre et l’animal métallique avait aussitôt déployé ses nombreuses pattes pour filer dans la jungle, avec une aisance bien supérieure à celle des humains, qui progressaient toujours avec de considérables difficultés. Sur une tablette numérique, Chase suivait les données récoltées par les capteurs de son petit bijou : il n’y avait là rien de compréhensible pour le commun des mortels et il était difficile pour les soldats qui l’entouraient de se rendre compte qu’ils n’avaient pas affaire à un détecteur de métaux.

Interpellé par le général, Chase jugea propice de donner une réponse en demi-teinte, pour que tout ne parût pas trop facile à leur soupçonneux chaperon.

— Les détecteurs ne fonctionnent pas aussi bien que prévu. La montagne doit être plus métallifère que nous le pensions et ça génère pas mal de perturbations. J’essaye de recalibrer les capteurs pour…
— Oui, oui, très bien.

Le technologue réprima un sourire. Ils étaient sur la bonne piste. Astolphe, pour sa part, n’en doutait pas : il avait peu à peu réorienté la tête de l’expédition pour revenir sur le chemin initialement prévu et la pente de plus en plus marquée indiquait qu’ils avaient commencé à gravir la base de la montagne. Un murmure de protestation était d’ailleurs passé au sein de la troupe à l’idée d’une pareille ascension et Chase n’avait pas manqué de saisir l’occasion au vol pour cultiver discrètement mais sûrement, dans l’esprit de quelques-uns des soldats, un peu de mécontentement à l’égard de cette mission obscure, dont ils n’avaient pas saisi les objectifs et qui devenait de plus en plus pénible.

* Comment ça se passe avec Cruz, derrière ? *

S’il y avait une scission dans la troupe, Chase comptait sur la fameuse capitaine pour retourner ses troupes contre le général. La confusion dans les rangs, pour lui, c’était toujours du pain béni.
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Message posté : Lun 6 Jan 2014 - 23:10 Message
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Konstantin recevait les paroles de Cruz et profita du calme dans sa conversation avec le général pour se concentrer sur leur traduction. Pendant ce temps, le cortège avait atteint le pied de la montagne, leur chemin se mettant doucement, mais sûrement, à monter. Et visiblement, ça ne plaisait pas à l’escorte. Le rythme se ralentit légèrement, et la distance entre les petits groupes augmenta légèrement, ce qui permit à la capitaine d’être un peu moins discrète. Et du coup, le diplomate put se faire très rapidement une idée des vraies intentions de Cruz. Quand Chase lui adressa télépathiquement, le diplomate formula une réponse concise :

** Elle attend le moment pour se débarrasser du général. **

Et la situation dans laquelle ils étaient tous embarqués semblait idéale. Si elle s’assurait du soutien des cinq hommes de l’escorte, elle pourrait elle-même descendre son supérieur, faire disparaître le corps, et ensuite, faire porter le chapeau aux scientifiques. La suite de la conversation, derrière, confirma la théorie, qu’il transmit immédiatement au chef de l’équipe Argos. Il décida de détendre un peu l’atmosphère, de voir s’il n’y avait pas moyen d’apaiser un peu les tensions, parce que la solution envisagée par Cruz n’avait pas que des avantages.

Je suis désolé de vous imposer un tel périple, général, j’aurais dû vous avertir qu’il faudrait à un moment faire un peu d’escalade, dit-il, toujours en espagnol.
Pensez-vous ! Nous avons l’habitude ! Mes hommes sont très entraînés, et Cruz est encore meilleure ! Pas vrai Cruz ?

Le général se retourna et vit son capitaine baisser prestement la main, alors qu’elle parlait dans la radio. Il afficha un petit air suspicieux.

Halte ! cria-t-il, et les soldats qui marchaient encore à l’avant s’arrêtèrent.

L’un deux désigna même l’araignée, puis son arme. Ce qui était clair. « Si ce truc se barre, j’en fais un tas de ferraille ». Cruz se mit au garde à vous alors qu’Oliveira descendait vers elle. Il se planta juste devant elle, la dominant d’une bonne tête.

Le contact radio fonctionne-t-il bien ?
Parfaitement, général.
Tout va bien au camp ?
Oui, général.
Vous vous en assurez depuis que nous sommes partis.
Non, général.
Et en plus, vous me prenez pour un idiot.
Général…

La suite se passa très vite. Trop vite pour Konstantin. Oliveira avait sorti son arme et tira une balle en pleine tête de Cruz. Le soldat d’à-côté avait levé son fusil et envoyé une grande rafale, criblant son supérieur de plomb. Aaron avait attrapé la mitraillette de l’autre soldat, lui avait enfoncé la pomme d’Adam dans le mouvement puis abattu le premier soldat. Avant de pivoter pour tuer, très proprement, les autres militaires, chacun sa petite bastos logée dans le crâne. Puis il descendit d’une cinquantaine de mètres et se posta en vigie pour s’assurer que personne ne les avait suivis. En une poignée de secondes, les sept révolutionnaires avaient été tués.

Je… je vais être malade.

Le professeur se débarrassa du contenu de son estomac, appuyé contre le tronc d’un arbre. Il venait de voir plus de sang que durant tout le reste de sa vie. Même s’il avait déjà traversé pas mal de pays en guerre, il avait toujours su éviter les fusillades. Et pour une première fois, ça n’était pas réjouissant. Du tout. Aaron remonta.

Absolument personne ! lança-t-il, avant de voir son compagnon assez mal en point. Je suis désolé, c’est arrivé vite, tu n’as pas l’habitude…
Ce n’est rien… C’est ton boulot, il fallait bien que j’assiste un jour à ce genre de scène…
C’est pour notre sécurité, ce n’est…
Je sais. Ne t’en fais pas. Je sais.

L’Allemand caressa la joue de l’Écossais, avant de réaliser que ce n’était peut-être pas le bon moment pour montrer des signes d’affection. Il prit une grande inspiration, juste ce qu’il fallait pour remettre son esprit dans le droit chemin.

Le talkie ! fit-il, avant d’aller récupérer l’appareil, tombé heureusement hors de la flaque de sang qui inondait la terre. Juste au cas où… Ah !

Une voix s’élevait du combiné. Toujours dans ce quechua un peu modifié. Konstantin toussa un peu pour s’éclaircir la voix. Il avait parfaitement mémorisé les intonations de voix du général, il fallait juste se rapprocher au maximum de la hauteur et de l’intensité. Quoique, vu l’idée qu’il avait, il pouvait bien forcer un peu.

Nous avons repéré des troupes gouvernementales ! Cruz a été abattue ! Levez le camp immédiatement ! Pas besoin de nous attendre ! Repliez-vous vers le camp de secours ! Exécution !

« Camp de secours », c’était une improvisation qui pouvait échouer. Mais la réponse confirma qu’il avait vu juste. D’ici peu, le camp où ils étaient passés serait totalement désert. Et pendant ce temps-là, ils avaient le champ libre. Konstantin empocha le talkie et, après avoir traduit tout ce qui venait de se dire, déclara, assez fièrement :

Alors, on va le découvrir, cet or ?

Et comme à chaque fois, il parlait toutes les langues sans aucun accent. Aaron leva les yeux au ciel, lui tapa sur les fesses, et se mit en marche.
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Message posté : Mar 7 Jan 2014 - 12:31 Message
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Lorsque le Général interrompit brusquement la marche pour se retourner vers Cruz, à en juger par les explications de Konstantin, Chase supposa que la situation pouvait rapidement dégénéré. Oliveira avait beau n’être pas une encyclopédie culturelle, il paraissait avoir son camp bien en main et c’était très probablement un militaire capable, apte à dénicher une trahison en son sein. D’un claquement de langue, le Neutron-Grey arrêta le parcourir de son araignée, mais sa tâche principale était de diffuser une légère apathie chez les soldats qui les entouraient. Il suffisait de poivrer un peu leur fatigue — la psychologie humaine, pour le mentaliste, n’était jamais qu’une affaire d’assaisonnement.

La scène qui se déroula soudain fut beaucoup trop rapide pour lui. Il n’avait encore jamais vu Aaron sur le terrain. Seule Anna-Maria avait réagi à temps pour se mettre à couvert, témoignant une fois de plus que la cartographie n’était pas son seul talent. Mais la précision de l’ancien agent secret, sa rapidité et le peu d’entrain des soldats eurent bientôt raison de la situation. Ils se retrouvèrent entourés de cadavres. Astolphe était pâle comme un linge, Anna-Maria avait l’air aussi contrarié que si ses toilettes étaient bouchées et Chase, lui, paraissait parfaitement indifférent. Des cadavres, il en avait vus beaucoup. Il en avait fait un certain nombre, aussi, d’ailleurs.

D’ailleurs, tandis que Konstantin rendait son repas, les cadavres avaient déjà commencé à bouger. La télékinésie de Chase était en train de les déplacer, de les empiler et de les dissimuler dans la végétation, non sans les délester au passage des objets les plus intéressants — notamment quelques cartes artisanales et des armes. Le spectacle pour le moins morbide fascinait apparemment Anna-Maria, tandis qu’Astolphe préférait regarder ailleurs. Parfois, le chef d’équipe lui faisait un peu froid dans le dos. Lorsqu’Aaron revint, Chase et lui échangèrent un regard. Dans la vie civile, ils n’avaient vraiment pas grand-chose en commun, mais sur le terrain, ils formaient une sacrée équipe.

Même si Chase partageait le tempérament parfois un peu expéditif de son chef de la sécurité, il n’avait pas manqué de souligner la nécessité de ne pas faire de victimes lors de leurs explorations — sauf cas de force majeure. En l’occurrence, personne n’allait réclamer la fine équipe qui avait tenté d’avoir leur peau et personne non plus ne saurait que les soldats ne s’étaient pas tout simplement entretués. Il était donc inutile, jugea Chase, d’épiloguer sur la question et il fit signe à Astolphe de reprendre la tête de l’exploration, précédé par l’araignée mécanique.

L’incident avait tout de même jeté un froid sur la troupe. Fréquemment, Chase jetait des coups d’œil à Konstantin. La réaction du diplomate n’était pas en soi surprenante. Elle était même, sans doute, et loin, la plus saine parmi les Argonautes. Mais le mentaliste voulait être certain que sa recrue avait les épaules de l’emploi. Ce n’était pas tous les jours qu’ils laissaient derrière eux des cadavres, mais les artefacts anciens inaccessibles étaient inaccessibles pour une raison : généralement parce qu’ils étaient en pleine zone de conflit.

Une nouvelle fois, son regard croisa celui d’Aaron, qui hocha la tête, comme pour lui confirmer que Konstantin était d’attaque. Avec une moue songeuse, Chase détourna les yeux et fixa de nouveau le regard sur la tablette numérique. Cette fois-ci, la marche ne fut pas longue. Astolphe leva bientôt la main pour les arrêter, recula et vint jeter à son tour un coup d’œil sur la tablette. Avant de demander l’avis d’Anna-Maria, sur les relevés topographiques en provenance de l’araignée. La géographe, avec sa solide formation en géologique, désigna un point sur l’écran.

— Ici, c’est plus fragile, sans doute. Mais il y a quand même une paroi rocheuse et on n’a pas d’explosifs.
— Ça devait être gérable, quand même.

Bon, il n’avait pas compris grand-chose des considérations géomorphologiques échangées par l’archéologue et la géographie, mais à moins de lui demander de remuer toute la montagne… L’équipe se remit en route et parvint bientôt à une partie du flanc rocheux où la végétation était moins dense. Anna-Maria désigna du doigt les inégalités de la masse rocheuse, qui indiquaient qu’elle avait été formée par l’éboulement de blocs successifs. Chase hocha la tête.

— Ça va quand même demander un peu de temps.

Ce que les Argonautes interprétèrent comme : il valait mieux reculer. De fait, Chase s’assit en tailleur en face de la paroi et se mit à fixer les blocs de pierre. Peu à peu, les jointures tremblèrent et certains rochers commencèrent à rouler. Le mentaliste les dégageait sans trop de zèle, pour ouvrir un passage, et certains roulaient plus bas. Les masses étaient impressionnantes.

— Ah oui quand même…

Jusqu’à lors, les missions des Argonautes, depuis le recrutement de Konstantin et Aaron, avaient été relativement calmes et les deux nouveaux-venus n’avaient jamais vraiment eu l’occasion de voir Chase à l’œuvre. Certes, les personnes rencontrées lors des missions avaient tendance à être parfois extraordinairement serviables ou merveilleusement stupides, mais c’était la première fois que le jeune homme se livrait à une véritable démonstration de force, en charriant des tonnes des roches sans bouger le petit doigt.

L’entrée d’un tunnel fut bientôt dégagée. Astolphe s’agenouilla près du mentaliste et posa une main sur son épaule.

— Ça va aller, chef ?

Chase hocha la tête, mais il dut tout de même prendre appui sur l’archéologue pour se relever. Celui-ci ne tarda pas à sortir une barre énergétique de son sac à dos et l’Américain l’engloutit rapidement, alors que, toutes lampes torches dehors, ils s’engouffraient dans le tunnel.
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Message posté : Mer 8 Jan 2014 - 11:39 Message
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Si Konstantin n’avait pas encore l’estomac pour autant de cadavres et de sang, il finirait par s’y habituer, si un jour un tel massacre se reproduisait. Il avait de toute manière l’esprit suffisamment compartimenté pour pouvoir mettre de côté les souvenirs les plus dérangeants. Alors que l’équipe se remettait en marche, il avait déjà ses pensées tournées vers leur future découverte. Les corps faisaient partie d’un passé qu’il pouvait aisément ne pas se rappeler. Et pourtant, il n’arrivait pas à oublier cette image de son compagnon prenant soudain la situation en main… C’était la première fois qu’il le voyait dans le feu de l’action.

Alors qu’ils marchaient, le diplomate jetait de temps en temps des regards à Aaron, qui fermait la marche. Le jour où il le verrait faire montre de ses aptitudes devait forcément arriver, puisqu’ils travaillaient ensemble désormais, mais c’était survenu plus vite qu’il l’aurait cru… Balayant ses interrogations, il se reconcentra sur l’objectif des Argonautes, qui ne tarda pas à se matérialiser devant eux sous la forme d’une paroi composée de blocs de pierre éboulés. Du travail pour la télékinésie de Chase, qui s’assit en tailleur et fixa la roche.

Aaron et Konstantin eurent pour la première fois une démonstration des énormes capacités de leur chef en matière de déplacement de masses. Après quelques minutes, l’entrée d’un tunnel fut dégagée, sans qu’aucun d’eux n’ait eu à faire quoi que ce soit, quoi que ce soit de physique. Mais mentalement, Chase semblait avoir laissé un peu d’énergie dans l’effort, puisqu’il eut besoin d’un peu d’aide pour se relever. Mais ça irait mieux dans peu de temps. Tous sortirent leurs lampes-torches et s’engouffrèrent dans le passage. Konstantin perçut un bruit venant de son talkie à l’instant même où il passait l’ouverture.

Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il, tâchant d’imiter au mieux le général.

Il y eut une réponse confuse, à peine articulée, et le diplomate manqua de ne pas tout comprendre. Finalement, il rempocha l’appareil, après un dernier « reçu », et tout en commençant l’exploration du tunnel, il fit un résumé :

Les troupes gouvernementales leur sont tombées dessus au moment où ils levaient le camp. Il y a des dizaines de morts… Mais personne n’a rien dit de notre petite expédition. Espérons que l’armée régulière ne va pas venir nous embêter.

Il n’était pas plus difficile de négocier avec le pouvoir en place qu’avec les rebelles, il fallait juste trouver les bons arguments. Les dirigeants officiels pouvaient facilement reprocher aux touristes d’enfreindre les lois, dans la mesure où ils les faisaient eux-mêmes et, dans certains pays, les changeaient selon leurs envies.

Il vaut mieux ne pas traîner, alors. Ça va aller, Chase ? Vous allez suivre ?

L’Écossais, tout comme son compagnon, continuait d’appeler leur chef par son prénom. Toujours à l’arrière, il jetait de temps en temps des regards dans son dos. Après quelques minutes, la lumière du jour avait totalement disparu. Le chemin dans la montagne commença à descendre, et ils finirent par arriver dans une sorte d’antichambre. Une pièce taillée dans la roche, un cube qui avait dû être parfait fut un temps. Les murs étaient lisses et nus.

C’est étrange… Dans ce genre d’endroits, n’est-il pas censé y avoir des inscriptions, des gravures ?
Pas nécessairement, professeur. Mais il doit y en avoir une quelque part, pour indiquer quelle porte emprunter.

En effet, devant eux, trois arches s’ouvraient sur trois chemins différents. Celui de gauche montait, celui de droite descendait, celui du centre continuait à l’horizontal.

Une indication ? Comme ceci ? Il y a un symbole différent pour chaque porte.

Konstantin éclaira le premier symbole, à peine visible sur le fronton. Puis le deuxième, et enfin le troisième. Il n’avait encore jamais rien vu de tel, et ne pouvait donc pas en faire des interprétations. Là, on touchait au domaine d’Astolphe. Il y avait eu ici une civilisation, et si elle avait fait en sorte cacher ses trésors, il y avait fort à parier qu’un banal choix de routes ne soit que le début de ce que les Argonautes allaient avoir à affronter.

Ce sont des symboles créés par l’homme ? demanda Aaron, en en étudiant un de plus près.

Quand on éclairait le fond des trois chemins, il n’y avait rien de visible, rien de significatif. Pas même une trace d’un récent passage. Aucun des trois tunnels n’avait été emprunté depuis des dizaines, voire des centaines d’années, si ça n’était pas encore plus.

Le robot détecte quelque chose de particulier ?
Oui. Mais les données ne permettent pas de choisir un chemin. Il faudrait peut-être l’envoyer en repérage…

Astolphe jeta un coup d’œil à Chase. Il y avait peut-être des risques pour l’araignée, il le savait. Konstantin sentait que la seule alternative, c’était de déchiffrer les symboles et de décider en fonction. Sauf que lui ne pouvait pas aider sur le problème. Aaron non plus. Et il était hors de question qu’ils se séparent…
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Message posté : Mer 8 Jan 2014 - 19:32 Message
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— Ne vous inquiétez pas pour moi, ça va aller.

C’était d’ailleurs l’une des règles fondamentales de l’équipe Argos : ne pas s’inquiéter pour Chase, particulièrement quand la situation devenait inextricablement compliquée. Le jeune homme l’avait répondu sans hésiter à Aaron. Il était difficile de s’y habituer, cependant. Certes, grâce à Jack, puis à l’UNISON, puis à Lukaz, Chase avait été constamment entraîné et les rigueurs du terrain, pas plus que les efforts psychiques ou physiques, ne l’effrayaient guère. Mais il conservait cette apparente fragilité qui donnait au moindre signe de faiblesse plus d’importance qu’il n’en avait réellement.

Personne ne s’appesantit cependant sur la question et la progression se poursuivit à la lumière des torches militaires et des petits projecteurs de l’araignée, dont le cliquettement métallique, celui des pattes sur la roche inégale, résonnait contre les parois des souterrains. Ils pénétrèrent bientôt dans une antichambre et Chase ne put s’empêcher de balayer le lieu de sa torche, assez impressionné à l’idée que la cavité avait été consciencieusement creusé par une civilisation entièrement disparue. Tout au début des aventures argonautiques, il avait été un peu perplexe devant ces caves, ces cavernes, ces pyramides et ces monuments dont l’utilité lui échappait complètement.

Astolphe avait dû lui expliquer patiemment le principe d’un monument — commémorer — et lui inculquer quelques éléments de religion. Chase n’avait pas été des plus convaincus de la logique de la chose, mais il avait admis que la société contemporaine enfouissait des graines pour préserver la biodiversité et que cela revenait « à peu près au même ». Il n’empêchait que l’intérêt d’enfouir une technologie extraterrestre dans un lieu aussi inaccessible demeurait quelque peu nébuleux à ses yeux et lorsqu’il éclaira les symboles, au-dessus des portes, il laissa échapper un petit soupir.

Avant de se concentrer sur quelque chose de concret : les données que l’araignée transmettait à sa tablette numérique.

— Disons qu’on sait où est la source d’énergie, mais sans connaître la topographie des galeries, ça ne sert à rien. Il va falloir qu’on explore, à moins que les symboles soient explicites.
— Pas vraiment.
— Ils ne le sont jamais.

Lui qui avait milité au sein de l’UNISON pour l’adoption de noms de fichiers clairs et normalisés pour la communication interservices n’était pas un grand admirateur des déclarations pythiques dont les murs de ce genre d’endroits étaient généralement couverts. Pourquoi ne pas indiquer clairement ce que l’on rangeait et où on le rangeait, mystère. Il désigna la première des trois galeries.

— Docteure Rodriguez et moi, on va aller par là.

Puis la deuxième.

— Professeur et Aaron dans celle-ci. L’araignée dans la troisième. Docteure de Virgondie, vous décryptez les symboles, coordonnez l’exploration et relevez les données.

La répartition des tâches ne prêtait guère à discussion. Il était à vrai dire rare que Chase donnât formellement des ordres et c’était le plus souvent un partage pragmatique des différentes parties d’une même opération. Le reste du temps, il laissait les Argonautes prendre les décisions dans leur domaine de spécialité et son rôle était beaucoup plus sensible, en amont, dans la définition des orientations stratégiques de l’équipe, et dans le feu de l’action.

Après avoir cédé sa tablette numérique à Astolphe, il se mit en route, avec Anna-Maria, dans la première galerie. Elle ne présentait rien de bien particulier. Des inscriptions couraient en cours le long des parois, mais comme elles étaient parfois incompréhensibles et qu’elles n’avaient pas même le charme pictural d’une écriture hiéroglyphique, Chase les éclairait sans véritablement les voir. Il se concentrait plutôt sur le sol, ainsi que sa comparse. Contrairement aux représentations populaires, il était rare que les monuments fussent truffés de pièges. En revanche, un effondrement au fil des siècles n’était pas du tout improbable et le danger était souvent bien réel.

— Alors, qu’est-ce que vous vous attendez à trouver ?
— Selon Astolphe, sa principale source, une espèce de poème…
— Un chant funéraire, non ?
— Oui, voilà, enfin bref…

Chase, la littérature, ça lui passait autant au-dessus que la religion.

—… son chant funéraire, donc, parle des Ombres du Soleil et des Lumières Abolies.
— Et donc ?
— Et donc ça pourrait être un système de gestion des rayons solaires, de la chaleur, des vents stellaires, de la lumière, pour les routes spatiales obligées de s’approcher de trop près d’une étoile.

D’ailleurs, l’intérêt de Chase pour la question n’était pas tout à fait innocent. Généralement, supposait-il, les vaisseaux spatiaux devaient calculer des trajectoires contournant les principales étoiles, à la fois pour échapper à l’attraction considérable de ces corps célestes particulièrement imposants et pour se soustraire aux effets de leur combustion permanente. Pour une fois qu’ils paraissaient sur la piste d’une technologie solaire, il ne pouvait pas s’empêcher d’en rêver le rapport avec les pouvoirs de son compagnon. S’il pouvait en apprendre plus sur ces fameuses Lumières, peut-être qu’il serait alors plus à même de répondre aux interrogations de Lukaz concernant les influences des voyages dimensionnels sur ses pouvoirs.

Pendant qu’il méditait la question, la galerie tournait lentement vers l’ouest. Chase pressa son oreille pour activer le communicateur.

— Ça avance, Docteur ?
— C’est un texte, en fait, mais il était particulièrement endommagé. Et il est rédigé en langue sacrée, extrêmement littéraire, avec une syntaxe difficile qui…
— Et donc ?
— J’ai besoin d’un peu de temps, encore.
— Aaron, Professeur ? De votre côté ?
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Message posté : Mer 8 Jan 2014 - 21:35 Message
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Hors de question de se séparer ? Konstantin regretta presque de ne pas avoir fait part de son opinion à voix haute. Parce que c’est exactement ce que Chase voulait faire : ils allaient se séparer. Le diplomate eut au moins la satisfaction de pouvoir se lancer dans l’exploration d’un tunnel avec son homme. Aaron acquiesça et, après pointé sa lampe-torche droit devant, placé l’AK-47 sur son épaule et pris la main de son compagnon, s’engouffra dans la galerie centrale. L’Allemand, lui, balayait de sa propre lampe les murs, le sol, le plafond, à la recherche d’un détail. Leur chemin semblait être parfaitement horizontal. Du moins, il le resta sur un peu plus d’une centaine de mètres.

Ah, ça descend… Une dizaine de marches. Et ça reprend à plat.
C’est sportif, tout ça.
Tu verras, dans peu de temps, tu auras une bonne condition physique, et ça deviendra de la rigolade !

Konstantin n’en était pas encore bien convaincu, mais il garda ses réserves pour lui. Quand ils achevèrent leur descente, les deux Européens purent constater que les murs n’étaient plus nus. Ils étaient couverts de symboles. L’Écossais se tourna vers l’Allemand, qui passa la main sur les différentes inscriptions.

Je n’ai encore jamais vu ça… On dirait une écriture, mais ça ne ressemble à rien de… de terrestre.
Je vais prendre des photos.

La voix de Chase résonna alors dans leurs oreillettes, qu’ils avaient activées au moment de la séparation.

Nous avons trouvé des inscriptions. Et comme ça ne ressemble à aucune écriture que je connaisse, soit c’est une civilisation particulièrement secrète et encore inconnue à ce jour…
… soit ce sont les extraterrestres qui ont tapissé les murs de ces symboles.

Konstantin se tourna vers Aaron pour lui adresser un regard de reproche. Il venait de lui gâcher son effet ! Et en plus, ça le faisait rire, l’ex de la Brigade Six…

Voilà, ça pourrait très bien être d’origine extraterrestre. On va pousser un peu plus loin, ça a l’air de continuer après. On vous garde des photos.

Le couple se remit en marche. Un peu plus loin, un bruit, comme un crissement, se fit entendre devant eux. Ils se baissèrent à temps pour éviter une chauve-souris.

S’il y a des chauves-souris ici, il doit y avoir une ouverture quelque part…

Et en effet, ils trouvèrent, juste avant que le chemin ne se mette à monter en pente douce, un trou dans le plafond. Impossible d’en voir l’autre bout, le conduit devait monter de façon irrégulière, et ils devaient être assez profonds sous la montagne.

Ça remonte. Il va falloir se décider, à un moment, messieurs les aliens ! s’exclama Aaron, avant d’adresser un clin d’œil à Konstantin, et de commençant la légère ascension.

Les symboles avaient disparu. Après quelques minutes, ils arrivèrent dans une autre chambre, celle-ci étant parfaitement circulaire, et à plafond en forme de coupole, dont le centre était assez haut, au moins cinq mètres. De l’autre côté, une seule porte, de pierre, visiblement scellée. Au sol, il y avait un immense symbole, seul, comme un être tentaculaire. Le professeur activa le communicateur.

On a trouvé quelque chose, là. Une salle circulaire avec une porte fermée. Il n’y a rien à part une sorte de fresque au sol. Un œil et des tentacules… La couleur a vieilli, mais ça aurait pu être… doré.
On dirait une sorte de soleil stylisé, avec un œil au centre, en fait, ajouta Aaron en s’intéressant à la porte. Impossible d’ouvrir ici. Il n’y a aucune serrure, aucune poignée, la surface est parfaitement lisse et plane. On dirait que ça a été fermé de l’intérieur.

Un trésor ? Ce qu’ils étaient venus chercher ? Ou bien était-ce autre chose ? Difficile d’en apprendre plus sans un minimum de… télékinésie, par exemple. Son regard se posa sur Konstantin, qui faisait le tour de la pièce, cherchant un détail, et puis…

Attention !

Il avait senti venir le piège. Son compagnon, moins habitué aux gadgets, surtout dans un tel environnement, pas du tout. Heureusement, l’avertissement lui permit de se reculer à temps pour éviter une fléchette, qui traversa la salle et alla s’écraser avec un bruit sec sur la paroi de l’autre côté. Aaron accourut et lui désigna, au sol, une petite excroissance.

Tu n’as pas vu Indiana Jones ? Regarde, ajouta-t-il, en désignant un tout petit trou.

Puis il alla récupérer le projectile. Une dizaine de centimètres, toute en métal, avec une extrémité très pointue et qui semblait être… on aurait presque dit du plastique. Ce n’en était sûrement pas, mais du coup, c’était intrigant, parce qu’il était impossible de définir la matière qui devait avoir des centaines d’années…

Reste là et baisse-toi.

L’ex-agent secret fit lui aussi le tour et dénicha une quinzaine de mécanismes, qu’il déclencha tous. Ils se retrouvèrent avec tout autant de ces étranges fléchettes.

Ça ne peut pas tuer, c’est trop petit… Ça doit être empoisonné…
Chase ? Faites attention, il doit y avoir des pièges. Rien de bien méchant pour nous, du poison, sûrement.

Rien de bien méchant… Konstantin n’eut aucun mal à s’en convaincre, même s’il avait échappé de peu à la réception de l’une des petites flèches. Le poison était peut-être mortel, fulgurant, ou vous tuait dans l’agonie…

Tu… Merci, tu m’as s…

Un baiser d’Aaron empêcha Konstantin d’aller plus loin. Ils devaient maintenant décider de la suite des opérations. Soit trouver un moyen d’ouvrir la porte, un bloc de pierre visiblement épais, soit rebrousser chemin.
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Message posté : Jeu 9 Jan 2014 - 17:32 Message
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— Bien reçu. On va voir un peu plus loin au cas où, et sinon, on vous rejoint.

Une fois la communication achevée, le technologue allongea de nouveau le pas. La galerie qu’ils avaient empruntée ne présentait décidément rien de remarquable, mais le jeune homme doutait qu’elle eût été construite en pure perte. Et elle pouvait difficilement égarer les voyageurs, s’il suffisait de faire marcher arrière pour visiter la galerie suivante et aboutir à la salle où était enfermé le mystérieux artefact. Anna-Maria devait avoir suivi à peu près le même raisonnement, parce qu’elle suggéra :

— Ça pourrait très bien n’avoir de fonction que structurelle. Par exemple pour permettre la ventilation.
— Ah bon ?

C’était une vraie question. Chase n’avait aucune notion d’architecture et il s’était contenté de supposer qu’une galerie était creusée pour rejoindre deux salles l’une à l’autre.

— On voit ça dans certains réseaux d’habitations souterraines ou troglodytes. Ça peut servir en même temps de tunnel de service, mais disons qu’il vaut mieux percer trop que pas assez, pour assurer le renouvellement de l’air.
— En même temps, on ne dirait pas vraiment un lieu de vie.

La géographe balaya une nouvelle fois les murs du faisceau de sa lampe.

— Certes. Mais il suffit qu’il y ait eu des sacrifices par le feu et il y aurait de la fumée à évacuer. Je ne sais pas. Il faudrait demander à Astolphe, pour en savoir plus sur les pratiques rituelles et les traditions architecturales. Mais dans le Sahara, on voit souvent…

La femme s’était arrêtée brutalement et de parler, et de marcher — un peu contre son gré, d’ailleurs : c’était l’esprit du Chase qui s’était en un instant imposé au sien. Beaucoup plus efficace qu’un ordre. Le mentaliste lui-même était immeuble, tandis que la lumière de sa lampe était jetée sur une mince fissure, tout autour de la galerie. Elle était parfaitement régulière, encadrant le passage, à la différence des autres failles que les mouvements géologiques avaient créées naturellement, de ci, de là.

Le mentaliste jeta un coup d’œil à sa géographe, dont les solides connaissances géologiques avaient souvent facilité les expéditions des Argonautes. La lampe d’Anna-Maria se joignit bientôt à celle de Chase et elle finit par hocher la tête.

— C’est artificiel. Mais très, très fin. Je ne suis pas une spécialité des techniques de taille de pierre de l’Amérique pré-colombienne, mais c’est un travail de précision assez… Moderne. Quant à savoir à quoi ça peut servir…
— Hmm. Rebroussons chemin et retrouvons les autres. On verra ça plus tard, peut-être, si on a le temps.

Le technologue ne pouvait s’empêcher d’être frustré, mais lorsque les artefacts découverts avaient été sciemment protégés pour servir d’objets de culte ou d’étapes technologiques ultérieures dans des civilisations moins avancées, il n’était pas rare que les systèmes qui les entouraient fussent intéressants en eux-mêmes, mais que l’objectif principal de la mission contraignît à abandonner certaines technologies pour en privilégier d’autres. C’était souvent également un moyen de marchander avec les autorités locales — une sorte de gâteau à partager.

Le duo tourna donc les talons et, une dizaine de minutes plus tard, les Argonautes étaient à nouveau réunis dans la salle découverte par Aaron et Konstantin. Anna-Maria examinait l’une des fléchettes pendant qu’Astolphe palpait consciencieusement les murs.

— C’est incroyable, vraiment incroyable. Très avancé. Regardez l’aspect lisse de la pierre, regardez le travail de taille.

Chase hochait distraitement la tête, fixant la tablette numérique. L’araignée courait sur les parois de pierre et sondait consciencieusement les environs.

— C’est quand même relativement rudimentaire, comme piège. Les fléchettes ont l’air moderne, enfin, avancées, je ne dis pas, mais le principe…

Le technologue haussa les épaules.

— Ça a plusieurs siècles. Il est très possible qu’une partie du système ne fonctionne plus. Que les fléchettes aient eu un autre effet à l’origine. Docteur, que disait le texte dans l’antichambre ?
— Hmm. C’était un récit finalement assez classique, malgré l’obscurité de la langue. Une variante unique mais pas vraiment divergente d’un voyage initiatique, une catabase pour être précis…
— Descente aux enfers.

Avait chuchoté Anna-Maria à l’oreille de Chase. Il n’était pas rare que la géographe suppléât aux vides culturels dans l’éducation du chef d’équipe pour lui permettre de décoder les explications parfois un peu trop obscures de l’historien.

— …avec un jeu thématique sur la lumière et l’obscurité, le soleil et la nuit, la nuit du soleil, la nuit ensoleillé, etc. À première vue, on aurait presque dit un exercice de style gratuit, pour les effets sonores, mais je suis persuadé que c’est une évocation littéraire d’une technologie bien réelle. J’aimerais bien savoir ce qui est écrit dans cette galerie.

Hélas, tous les bons xénolinguistes étaient à l’UNISON et la difficulté à déchiffrer des textes extraterrestres était l’un des obstacles principaux que rencontrait régulièrement l’équipe Argos.

— Et il y a un mécanisme d’ouverture, ici ?
— Non.
— Si.

L’équipe se retourna vers la géographe. D’un geste du menton, elle indiqua le faisceau de sa lampe, dirigée vers le plafond.

— Eeeuh…
— Regardez bien.

Le plafond était très loin et même en plissant des yeux, Chase ne voyait que des rochers. Reportant son attention sur la tablette, il dirigea l’araignée-mécanique à l’assaut du sommet de la salle et les Argonautes furent bientôt réunis autour de l’image retransmise depuis les caméras de l’araignée. Anna-Maria désigna un ensemble de faille dans la structure rocheuse.

— Là, vous voyez, c’est extrêmement régulier et…
— Ça forme une iris.
— Mais sur quoi ? On est loin du sommet de la montagne. Il y a une autre salle au dessus ?
— On va ouvrir pour savoir.

Chase pianota sur la tablette. Les pattes de l’araignée s’enfoncèrent dans plusieurs failles et écartèrent progressivement la roche, considérablement assistées dans leur entreprise par l’influence télékinétique de Chase. Après plusieurs minutes d’effort, une lumière très tamisée s’échappa du sommet de la salle.

— Écartons-nous.

Une fois les Argonautes réfugiés contre les murs, la lumière tomba sur l’œil au centre de la gravure solaire.

— Et maintenant ?

Il ne se passait absolument rien. Apparemment.

— Les niveaux de radiation montent. Attendez.

L’araignée lâcha prise et tomba de plusieurs mètres pour se réceptionner au sol, sans paraître beaucoup affectée de sa chute. Les constructions de Chase étaient résistantes. Le robot se mit à courir tout autour de la gravure solaire et Chase hocha la tête.

— Il se passe quelque chose. C’est une fluctuation électrique.
— La gravure est un panneau photovoltaïque ?
— Non, il faudrait qu’il soit particulièrement rentable. Un capteur, sans doute, qui active un générateur.
— Et il marche toujours après plusieurs siècles… ?
— Il est toujours actif, mais quant à savoir s’il marche…

Chase quitta des yeux son écran pour fixer la porte. Après plusieurs secondes de silence, un roulement sourd se fit entendre et la porte commença, très lentement, à coulisser sur le côté. Mais l’ouverture n’avait pas atteint plus de cinq ou six centimètres que la porte s’arrêta. Le mentaliste reporta son attention sur l’écran et commenta :

— Plus de fluctuation électrique. Il faut croire que le générateur ne fonctionne pas si bien.

L’araignée s’était précipitée vers l’ouverture, mais même avec toute la bonne volonté du monde, elle ne pouvait s’y glisser. La petite troupe lui emboîta le pas et les lampes torches éclairèrent bientôt un nouveau couloir, de bien meilleure facture que les précédents et cette fois-ci dépourvu de tout effort scriptural ou illustratif.

— Bon, on va quand même envoyer un éclaireur.

Chase tendit la tablette à Astolphe et s’agenouilla au sol, pour attraper l’araignée et la retourner. Bientôt, des vis commencèrent à tourner toute seule et, peu à peu, le robot se démantibulait. Les pièces flottaient dans les airs, certaines toujours raccordées les unes aux autres, comme une sorte de schéma de conception par ordinateur qui se serait incarné dans l’existence réelle. D’autres pièces se réassemblèrent et, lorsque Chase eut fini sa nouvelle configuration, l’araignée ne ressemblait plus du tout à une ignorée. C’était un disque incapable de se mouvoir par ses propres moyens, mais beaucoup plus plat.

Le disque s’éleva dans les airs et, guidé par l’esprit du mentaliste, se glissa par l’ouverture pour pénétrer dans la nouvelle galerie.
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Message posté : Jeu 9 Jan 2014 - 21:15 Message
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En attendant d’être rejoints, ce qu’Aaron estimait être la meilleure possibilité pour toute l’équipe, les deux hommes s’occupèrent chacun à leur manière. L’ancien agent secret démonta l’AK-47 et entreprit nettoyer l’arme, tandis que son compagnon avait sorti de quoi écrire et transcrivait le quechua qu’il avait appris et retenu un peu plus tôt. Ce n’était pas particulièrement utile pour la mémoire, mais c’était un moyen comme un autre de passer le temps. Et puis, les Argonautes furent à nouveau tous réuni. Astolphe se montra fasciné par la porte. Et Anna-Maria découvrit le mécanisme d’ouverture. Au sommet de la coupole…

Les efforts combinés de Chase et de sa machine permirent une ouverture suffisante pour que la lumière, même très faible, puisse toucher le sol. Le bloc de pierre coulissa, et une ouverture d’à peine quelques centimètres apparut. Insuffisant pour que même l’araignée puisse s’y engouffrer. Mais rien n’arrêtait le leader du groupe : il démonta son robot pour en faire un beaucoup plus plat, un qui pouvait se glisser dans la fente. Et par télékinésie, il pouvait la diriger. Avec la tablette, ils pouvaient suivre la progression. Le couloir n’avait apparemment pas été emprunté énormément, ni même beaucoup exposé aux courants d’air : la pierre était lisse et impeccable.

Attendez ! Au-dessus !

La progression du « disque » s’interrompit, et la caméra leur montra le plafond. Un conduit d’aération circulaire, d’à peine cinq centimètres de diamètre. Et on avait presque l’impression qu’il y avait là autre chose. Soudain, une vive lumière éblouit l’objectif. Puis plus rien. Mais ce fut suffisant pour que les Argonautes aient encore l’empreinte imprimée sur la rétine.

Cette lumière était loin d’être naturelle… J’espère qu’il n’y a rien de vivant là-dedans qui pourrait nous causer du tort et nous empêcher de mener notre mission à bien, fit Aaron, dont le ton exprimait presque le contraire de ce qu’il disait.

Konstantin soupira. Son compagnon ne reculait pas devant un peu d’action, cela ne le dérangerait en fait pas du tout de tomber sur quelques obstacles bien vivants.

J’ai bien l’impression qu’il y a une forme de technologie derrière tout ça. Il doit bien y avoir quelque part un moyen d’ouvrir cette porte de l’intérieur…

Le robot acheva de sonder le conduit : rien de plus, et reprit ses observations. Avant de tomber sur… une autre porte. Semblable à la première : un bloc lisse, qui devait apparemment coulisser.

Mais ce n’est pas possible ! Il y a forcément un mécanisme quelque part là-dedans ! Si seulement nous pouvions aller dans ce couloir…

L’Écossais fit volte-face et se plaça, au milieu des quelques décombres du plafond, sous le trou au centre de la coupole. Après quelques secondes d’observation, la lampe-torche braquée sur un point précis, il sortit son revolver et tira. Une balle, une seule. Le coup de feu résonna et fut quelque peu assourdissant, tandis que le projectile s’écrasait quelque part là-haut. La cartouche écrasée fut suivie dans sa chute par un morceau de pierre de bonne taille, qu’Aaron évita d’un bond. Un rai de lumière plus important toucha la gravure au sol.

Et la porte coulissa encore, s’ouvrant cette fois d’une trentaine de centimètres. Suffisant pour qu’ils puissent tous s’y glisser, même avec difficulté.

C’est un sacré bazar, au-dessus. Mais il ne fallait pas grand-chose, en fait, dit fièrement Aaron, en se tournant vers les autres, les mains sur les hanches.
Flambeur, marmonna Konstantin, avant qu’ils rassemblent leurs affaires.

Après tout, ils n’étaient pas arrivés, et il y avait au moins encore une porte à franchir. La galerie n’était pas très haute, on pouvait presque toucher le plafond en levant le bras. Alors qu’ils marchaient, l’un deux mit le pied sur quelque chose. Comme du verre. Pile sous le petit trou.

On dirait… une ampoule qui a éclaté. Mais on ne dirait pas du verre… C’est beaucoup trop fin pour être du verre.

Et en effet, la matière s’effritait dès qu’on y touchait. Ils se retrouvèrent devant la seconde porte, qui avait l’air calquée sur la première. Sauf qu’il n’y avait aucun soleil à illuminer, et aucune trappe autour, aucun mécanisme qui ne soit visible. Aaron s’approcha et passa la main dessus.

La pierre est chaude… Je dirais… Au moins soixante, soixante-cinq degrés. Mais… ça a l’air de varier.

Il se recula, pour permettre aux autres de constater à leur tour la température assez élevée. La galerie faisait à peine un mètre de large. Mais ce constat ne donnait aucune indication sur comment libérer le passage…

Remettez la main ! lança Konstantin, quand Anna-Maria eut touché la porte.

Elle recommença, et tous purent voir une légère lueur. Était-ce parce que c’était une femme ? Ou bien était-ce dû à ses origines latines, que les autres n’avaient pas ? Elle mit ses deux mains à plat dessus et… le bloc tomba en arrière. Derrière, de la lumière, beaucoup de lumière…
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Message posté : Ven 10 Jan 2014 - 10:19 Message
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Les images que le disque robotique leur faisait parvenir au fil de son parcours était, aux yeux de Chase, extrêmement prometteuse : la conservation de la galerie indiquait des conditions optimales et puisque le mécanisme de la première porte, même exposé au passage du temps, était demeuré relativement fonctionnel, il n’y avait pas de raison de supposer que l’artefact lui-même, derrière, serait endommagé. La lumière vive qui éclaira un instant la sonde, même si son origine était incompréhensible, indiquait encore que les systèmes internes étaient toujours fonctionnels.

Lorsque la sonde arriva vers la seconde porte, Astolphe et Chase déclarèrent presque en même temps :

— C’est un sanctuaire !
— C’est une chambre forte !

Ils avaient deux manières radicalement opposées d’envisager ce qu’ils avaient sous les yeux. Astolphe adoptait le point de vue de la civilisation humaine qui avait dû participer à la construction du réseau de caverne pour y protéger des technologies dont elle n’avait sans doute jamais compris le fonctionnement physique et qu’elle avait expliquées par la mystique ; Chase regardait les lieux comme les extraterrestres qui avaient souhaité y entreposer du matériel pour le destin futur d’un peuple qu’ils avaient pris sous leur protection — si telle avait bien été leurs intentions. L’un voyait un édifice de célébration et l’autre un complexe de préservation des objets.

Ils étaient en tout cas tous les deux prêts à examiner leurs données respectives pendant un bon moment, maintenant que la sonde reposait à nouveau sur le sol, devant la seconde porte, mais l’Écossais était un peu moins patient. Il voulait voir de ses propres yeux et ses initiatives ouvrirent bientôt une voie plus large aux Argonautes. Après avoir fait passé une partie de leur matériel, ils se glissèrent à leur tour dans l’ouverture et progressèrent jusqu’à la seconde porte. L’œil sur la tablette numérique, Chase commenta :

— Les variations de température sont presque négligeables, à ce niveau. C’est grosso modo constant. Je pense qu’on a affaire à une source d’énergie.

Et donc au Graal de n’importe quelle recherche technologique. Chase était déjà à la recherche du nouveau mécanisme d’ouverture quand Anna-Maria toucha à son tour la porte. Cinq secondes plus tard, Chase s’écria :

— Tout le monde se retourne.

Et les Argonautes, plus ou moins de leur propre volonté, tournèrent le dos à la lumière — beaucoup de lumière, depuis que le bloc avait chu. Beaucoup trop de lumière. Chase était ravi, mais il tâcha de contenir son exultation pour s’enquérir de l’état de santé de son équipe.

— Tout va bien ? Quelqu’un ne voit plus rien ?
— Je ne vois plus grand chose.

Anna-Maria avait prononcé ces mots aussi calmement que possible, mais la nervosité pointait dans sa voix. En attendant, à l’autre bout du couloir, un sac à dos s’ouvrait tous seuls et cinq paires d’épaisses lunettes de soleil, conçues à partir des équipements aérospatiaux, volèrent jusqu’aux mains des Argonautes. Les longues explications d’Astolphe sur les cultes solaires avaient mis la puce à l’oreille de Chase et le jeune homme était venu équipé, juste au cas où. Il enfila ses lunettes et se retourna pour se poster devant Anna-Maria.

— Ouvrez bien grand les yeux, Docteur.

Il n’était pas spécialiste, mais cela ne s’annonçait pas bien. Pas bien du tout. Sans hésiter, Chase murmura :

— Ça va passer. Vous avez juste besoin d’un peu de temps.

Et il glissa les lunettes de soleil sur le nez d’Anna-Maria.

— On peut regarder, maintenant ?
— Essayons toujours.

Les Argonautes encore capables de voir se tournèrent vers la salle. Elle était immense et, près de trente mètres plus loin, au centre d’un vaste espace circulaire, une petite sphère d’une trentaine de centimètres de diamètre tournoyait et répandait autour d’elle la violente lumière qui avait aveuglé Anna-Maria. Même à travers les lunettes spécialement conçues pour l’occasion, elle était impressionnante. La chaleur l’était tout autant. Une fois la porte tombée, les Argonautes avaient la nette impression de se retrouver dans un sauna.

— Qu’est-ce que c’est ?
— On dirait un soleil.
— Tout à fait ! Comme c’est poétique…
— Non mais je veux dire, un vrai soleil.
— Vous voulez dire ?
— Une étoile en combustion.

Astolphe fixa tour à tour la sphère brûlante et son chef. Un peu embarrassé, il risqua :

— Mais euh… Ce n’est pas censé être, comment dire… ? Plus gros ?
— Si. Mais en supposant qu’ils aient trouvé un moyen de compresser une étoile ou alors, c’est sans doute plus probable, de recréer les réactions internes… Mais il faudrait de la matière… Avec un pont dimensionnel, qui mènerait vers une étoile bien réelle, et alors le véritable artefact serait une sphère de rétention, et…

Astolphe se racla ostensiblement la gorge et Chase s’interrompit.

— Bref. En gros, il y a plusieurs possibilités. Le truc, c’est qu’on peut difficilement approcher. Vue la température qu’il fait ici déjà et les rayonnements, on sera mort avant de le toucher et à mon avis, personne a envie de le toucher. Quand bien même on pourrait, je vois mal comment le déplacer. Mais peut-être qu’il y a un moyen, des instructions, des schémas, un mécanisme, n’importe quoi, dans cette salle.

En parlant, Chase s’était débarrassé de son sac à dos et de sa veste, puis il avait retroussé les manches.

— Je propose de longer les murs pour les examiner attentivement, en restant bien à distance du centre de la pièce.
— Et moi… ?

Chase se retourna vers sa géographe. D’une voix douce, il glissa :

— Fermez bien les yeux et reposez vous, Anna-Maria. Tout va bien se passer.

C’était malgré tout la première fois qu’il l’appelait par son prénom.
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