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Douze pieds dans ta face

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Message posté : Ven 3 Jan 2014 - 19:56 Message
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***

… if you with patient ears attend,
What here shall miss our toil shall strive to mend.

William Shakespeare, Romeo and Juliet, Prologue

***

21 décembre 2013

Le jeune Irlandais sentit un frisson dévaler son échine. Ses yeux s’étaient arrêtés sur le joyau, posé bien en évidence sur un trépied d’argent sculpté, et comme souvent lorsqu’il avait affaire à un pareil objet, le cambrioleur regrettait malgré lui d’avoir accepté la mission. Sans nul doute, la pierre était magique. Tout, à Star City, était magique. Il ne comptait plus le nombre de gemmes précieuses qu’on lui avait demandé de voler et si, la plupart du temps, il refusait ces opérations que son ignorance en matière d’ésotérisme rendait à son goût beaucoup trop périlleuses, il arrivait qu’une récompense particulièrement alléchante le convainquît de quitter ses bonnes habitudes.

À chaque fois pourtant, la même appréhension le saisissait. Si les pouvoirs découverts d’Aishlinn lui rendaient la magie un peu plus familière, elle demeurait pour Abban un monde lointain et un peu hostile. Ni sa dernière expérience, avec les Purple Hats et son indicateur gitan, ni la précédente, avec la fumée noire du Musée des Supers ne l’avaient convaincu de revoir son jugement. Mais à Star City, il était impossible d’échapper à ces phénomènes et Abban préférait encore s’en tirer avec les honneurs que de les craindre perpétuellement. À pas de loup, il s’approcha de la pierre et, après avoir soigneusement examiné le trépied, s’être assuré qu’il n’y avait aucun capteur, il retira précautionneusement le joyau et l’enferma dans son sac.

Mais alors qu’il s’en retournait, une latte du plancher fit entendre un craquement sinistre.

* Merde. *

Abban disparut aussitôt, pour refaire son apparition près de Macha. Cette soudaine téléportation était vraisemblablement inutile. Mais les vols de ce genre le mettaient toujours sur les nerfs et il n’avait écouté que ses réflexes. Il ne s’était pas rendu compte que dans le sac en velours où il l’avait rangée, la pierre précieuse s’était mise à luire. Ce ne fut que lorsqu’il l’en sortit pour l’examiner qu’il s’en rendit compte. Méfiant, il allait la cacher une nouvelle fois dans le sac quand les rayons de lumière smaragdine commencèrent à s’enrouler autour de son bras.

— Qu…

Ses veines devinrent à leur tour phosphorescentes et bientôt, la pierre eut disparu, alors qu’une sensation troublante parcourait tout son corps.

— Macha.
— Passeur ?
— Pourrais-tu s’il te plaît analyser mon corps ?
— Quels capteurs ?
— Je ne sais mais je crains d’avoir subi un sort.
— La magie n’est pas vraiment mon domaine.

Abban quitta son avant-bras des yeux pour se retourner vers sa voiture.

— Hélas ! Mais me crois-tu en cela plus versé,
Me vois-tu nuit et jour sur des livres penché,
Épuiser mon regard en d’inutiles veilles,
Avec le fol espoir de trouver des merveilles ?
Mais…

— Passeur ?
— Qu’est-ce que…
— Voulez-vous que j’appelle Linn ?
— Ah ! Qu’entends-je ? Quelles paroles étranges !
Et comme mes pensées dans mes mots ce soir changent !
Est-ce moi ? Est-ce un autre ? Ô Macha, qui te parle ?


Cette fois-ci, la voiture n’attendit pas la confirmation de son propriétaire : elle s’était connectée de son propre chef au téléphone d’Aishlinn et avait envoyé à la voleuse un message avec les coordonnées de la petite ruelle dans laquelle ils se trouvaient. Abban faisait les cent pas, incapable d’organiser ses pensées. Incapable aussi de se taire.

— Words, words, words !
Spoiler:
 

Des paroles par centaines se pressaient contre ses lèvres et les veines de son avant-bras continuaient à briller de leur lueur verte. Abban gratta nerveusement sa peau, sans parvenir évidemment à y changer quoi que ce fût.

— Devrais-je déchirer de mes ongles ma chair ?
Ou, comme le renard que l’on a pris au piège
Et qui ronge sa patte, à ces veines trop claires
Opposer une dent… Mais non ! Je perds l’esprit.
Et la rime me fuit. De ces deux infortunes,
Laquelle est plus cruelle ?


Une angoisse toute poétique le saisit soudain. Levant les mains au ciel, il s’exclama :

— These poems do not live : it’s a sad diagnosis.
Spoiler:
 

Découragé, le jeune homme s’assit sur le capot de sa voiture.

— Fidèle destrier, Macha, chère à mon cœur,
Crois-tu comprendre, hélas, ce qui fait mon malheur ?
Je sens poindre le jour, et demain je devrais
Vendre en alexandrins aux clients leurs tickets.


***



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Message posté : Dim 5 Jan 2014 - 18:49 Message
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Les changements physiques étaient possibles avec la magie, ça, elle l’avait bien compris. Cependant, entre les comprendre et l’appliquer, il y avait une différence majeure. Des plombes qu’elle était dans la salle qu’elle s’était réservée au manoir, devant un miroir et un stylo dans les mains. Le dessus de sa main gauche était rempli de symboles, comme son avant-bras, en fait, ponctuant tous les essais qu’elle avait pu faire. Thabo, lui, de temps à autre, avait pu entendre des cris provenant de l’Irlandaise quand elle se découvrait des cheveux en brin de paille alors qu’elle cherchait une couleur blonde. Il lui avait fallu cinq essais – et, donc, cinq symboles supplémentaires sur le bras – pour retrouver ses cheveux. Les essais suivants avaient tué cette normalité.

Quand son téléphone sonna, elle se retrouvait avec un œil bleu, l’autre marron – très perturbant pour l’irlandaise – et des cheveux parsemés de mèches blanches. Chose qui ne serait pas arrivée si Thabo, et ses cheveux grisonnants, n’était pas arrivé pour apporter un thé quand elle lançait son sort ! Si elle ne serait jamais partie de manoir dans ces dispositions, le fait de recevoir un message de Macha changea bien vite la bonne. Tant pis les soucis esthétiques, si c’était la voiture et non le jumeau qui envoyait un message, c’était que les choses devaient être graves.

Aishlinn avait seulement enfilé un bonnet sur la tête pour cacher les dégâts sur ses cheveux avant de se dématérialiser pour arriver jusqu’au garage où elle monta sur une moto et quitta le manoir. Ce qu’elle pouvait regretter de ne pas savoir se téléporter dans ce genre de moment, se trouvant d’une lenteur affligeante alors qu’Abban devait avoir besoin d’elle. Toute prudence, dans sa conduite, fut oubliée, pilotant sous le coup de l’inquiétude pour arriver le plus vite possible jusqu’à l’adresse indiquée. Le dérapage, près de Macha fut contrôlé, la moto bien vite arrêtée et le premier soulagement d’Aishlinn fit son apparition en voyant Abban assis sur le capot de la voiture : au moins, il n’était pas agonisant sur le sol – elle avait cette tendance à imaginer le pire.

« Mon cœur, ça va ? Qu’est-ce qui s’passe ? »

Ce qui se passe ? Il se la jouait luciole avec ses veines qui brillaient d’une lueur verte. Chose qu’elle ne put pas réellement manquer alors qu’elle arrivait déjà en face de lui.

« Merde, c’quoi c’truc ? »

C’était elle la mage et, pourtant, elle n’arrivait toujours pas à raisonner de cette manière. Là, elle était surtout en train d’imaginer qu’on avait empoisonné son frère – bonjour la panique, dans le regard de l’Irlandaise –, genre un empoisonnement du sang ou une connerie de ce style.

« Macha, trouve-moi l’centre antipoison l’plus proche. »
« Inutile. »
« Vas-y, qu’est-ce qu’tu racontes, t’as vu l’état d’ses veines, soit pas stupide. Trouve-moi c’putain d’truc ! » C’est qu’on ne rigolait pas avec la vie d’Abban, pour qui elle se prenait elle, non maiho !
« C’est un sort, je doute qu’un centre antipoison puisse faire quoi que ce soit. »
« Un… Merde ! »

Un sort ? Ok, elle pouvait paniquer maintenant ? Qu’est-ce qu’elle était supposée faire ? Puis Adrian, il servait à quoi s’il n’était pas foutu de lui apprendre quoi faire contre les veines qui apparaissaient vertes, hein ? Il aurait bien dû prévoir que ça allait arriver, il aurait pu lui filer un contre sort qu’elle puisse aider à Abban, non ? Ah ben oui, pour lui apprendre à créer des boucliers et balancer des flèches-truc-muche, ça il savait faire. Mais les trucs utiles et évidents, que dalle ! Il était clair qu’il n’aurait pas pu le deviner mais, cette logique était inaccessible pour l’irlandaise quand il s’agissait de son jumeau.

« La pierre… »

Ouais c’est ça, il devait récupérer un caillou à la con. Encore un artefact à la noix, sûrement ! Cette ville était vraiment bordélique, pas moyen de faire un pas sans se retrouver face à un type capable de détruire un immeuble d’un coup de poing, ou de se faire balancer un sort par une plante verte qui n’avait rien de naturel.

« Elle est où ? T’as mal ? » Elle attrapa le bras d’Abban, doucement – au cas où – pour essayer de voir quelque chose de nouveau, comme si cette action allait lui permettre de soudainement comprendre quelque chose. « Il s’est passé quoi exact’ment ? Tu t’sens bizarre ? »

Bientôt elle demanderait à ce que Macha intègre un truc médical complet pour pouvoir connaitre les constantes d’Abban dès qu’elle est inquiète. Et puis il faudrait aussi un scanner et un module de radiologie dans le coffre, on n’est jamais trop prudent ! Ou alors, elle devrait acheter un hôpital, avec le personnel, genre disponible 24h sur 24 pour les jumeaux en cas de besoin.

Putain, elle en était certaine, ça devait encore être de la faute de l’autre abruti du Cartel qui n’était pas foutu de laisser Abban tranquille cinq minutes. Il devait l’avoir envoyé sur un plan foireux et maintenant, Abban se transformait en luciole !
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Message posté : Dim 5 Jan 2014 - 22:08 Message
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— Qu’est-ce…

Abban fut coupé dans son élan par le flot d’anxiété prénommé Aishlinn et il dut, comme souvent, se laisser tripoter pour que sa jumelle fût parfaitement rassurée sur sa santé physique. Lui, il avait voulu l’interroger sur la couleur de ses yeux. Il savait que la jeune femme était en train de tester quelques sorts métamorphiques. Une excellente idée sur le papier, certes, et une capacité qui pouvait s’avérer très utile, mais Abban craignait la phase d’apprentissage et ses effets… indésirables. L’œil marron d’Aishlinn ne ressemblait plus vraiment à celui d’à côté et, par conséquent, aux siens. C’était perturbant. Très perturbant.

Évidemment, il y avait pour trouver que des veines phosphorescentes, c’était plus perturbant que l’hétérochromie. De nouvelles inquiétudes, de nouvelles questions et cette fois-ci, Aishlinn se tut. Abban n’avait à vrai dire pas tellement envie de parler. Son hésitation et son embarras étaient évidents, de sorte que Macha se proposa de voler à sa rescousse :

— Je raconte ?

Le jeune homme faillit accepter, mais il finit par secouer la tête. Il prit une profonde inspiration et commença sa tragique histoire.

— Apprends tout mon malheur et comment en ce jour,
Ma terrible imprudence a trahi ta confiance,
Car hélas oui, Aishlinn ! Je ne vaux pas l’amour
Qu’une sœur, une amie… Une amie ? Une jumelle !
M’a voué dès le jour où mes vastes pupilles
Dans la belle Dublin…

— Au fait.
— Ah ! Certes ! Bien entendu ! Je parle et je m’égare
Dans la pâle lueur de tes si nobles phares.
La nuit enveloppait une ville endormie
Sombre comme les ombres en un lieu introduis
Pour voler un joyau, je progresse en silence.
La pierre est dans le sac, ma retraite assurée,
Mais je vais pour partir et le bois du parquet
Trahit d’un craquement ma coupable impudence !
Je fuis. Je disparais et gagne cette ruelle
Où Macha m’attendait, comme toujours fidèle.
Je veux examiner ce que j’ai dérobé.
D’une étrange lueur déjà la pierre luit :
Je la prends dans ma main et j’en suis enrobé.
Que ne l’ai-je lâchée ! Qu’aussitôt n’ai-je fui !
Le joyau à mon sang est trop vite mêlé
Et la pierre a passé dans le creux de mes veines.
Or, soudain, de ma bouche, une parole ailée
Inspirée par la Muse…

— Bref, il a pris le pierre, la pierre l’a possédé et maintenant, il parle bizarrement. J’ai cherché sur Internet, je crois qu’il fait aussi des citations.

Macha n’avait apparemment pas la patience d’écouter le récit alambiqué des malheurs de son propriétaire. Bien loin de le lui reprocher, Abban poussa un soupir, avant d’abonder en son sens. Enfin, plus ou moins.

— Arroio, esse cantar, jovem e puro,
Busca o oceano por achar ;
E a falla dos pinhaes, marulho obscurro,
É o som presente d’esse mar futuro,
É a voz da terra anciando pelo mar.

Spoiler:
 
— Voilà, par exemple.

En parlant portugais, il avait perdu tout son accent irlandais et c’était la preuve, s’il en fallait encore une, qu’il était victime d’un sort. Le jeune homme haussa les épaules en signe de désœuvrement. S’il devait bien admettre qu’il ne courait pas à première vue de trop graves dangers, il lui semblait malgré tout que la situation était pour le moins handicapante. Sa vie sociale venait d’en prendre à coup et si le Cartel était prêt à admettre de la part de ses piliers un peu d’excentricité, Abban doutait que beaucoup de ses contacts fussent disposés à l’entendre dire en cent mots ce qu’il pouvait d’ordinaire exprimer en cinq.

— Je vais quand même pas parler toute ma vie
Comme un empéruqué acteur de tragédie !
Je leur en foutrais, moi, de ces joyaux magiques
Qui te prennent ton corps et te tournent l’esprit !
J’ai que ça à branler de parler poétique ?


Abban s’interrompit et haussa un sourcil.

— Putain si ça se trouve, avec un peu d’efforts,
J’pourrais presque causer comm’j’le faisais avant.
Avec d’la volonté, en m’concentrant bien fort,
Tv’as voir, je vais parler quasi normalement.

— Alors en fait, « avant » et « normalement », ça ne rime pas ensemble. Dans ce dictionnaire en ligne, ils disent que…
— Non mais ça va pas, là ? Fous moi pas le bordel !
Hé, déjà que j’angoisse à l’idée de manquer
Dans un seul de mes vers d’un seul de mes pieds.

— Là, c’est bon, parce que « pied » vient du latin pedem.

Abban leva les yeux au ciel. Si Macha se mettait à lui donner des leçons de versification, ils n’allaient décidément pas s’en sortir.
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Message posté : Lun 6 Jan 2014 - 20:56 Message
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Dès le départ elle avait compris que quelque chose n’allait pas, hormis les veines phosphorescentes. Dès qu’elle était inquiète, il était le premier à lui dire que ça allait – ou pas – enfin, il disait toujours quelque chose pour la calmer. Pff, comme si elle était du genre à paniquer pour rien et à imaginer le pire quand ça le concernait. Là, il était resté silencieux et ça ne calmait pas du tout les angoisses de l’Irlandaise mais alors, pas du tout. Tour à tour, le posa son regard sur Abban et sur Macha qui proposait de raconter. Ok. C’était quoi le problème, que quelqu’un lui réponde parce qu’elle allait finir par déclarer un ulcère en moins de trente secondes.

Elle crut que sa mâchoire se décrocha, tellement elle ouvrit la bouche, quand Abban partit dans ses explications. Comment il parlait ? Qu’est-ce qu’on avait fait de son jumeau ? Le fait qu’elle ait des yeux différents n’étaient rien en comparaison du changement opéré chez son frère. Sérieusement, elle était obligée de se concentrer pour le comprendre, pas à cause des vers, non, mais parce qu’il parlait correctement. Les yeux grands ouverts, elle plaqua une main sur sa propre bouche alors qu’Abban essayait de reprendre un langage qui lui était un peu plus familier… Tout était relatif.

« C’est horrible. »

Elle passa ses bras autour du cou de son frère pour le serrer contre elle. Réaction qui serait plus ou moins similaire si on lui avait annoncé qu’il avait une maladie mortelle et incurable. Abban, sans sa façon de parler, ce n’était plus vraiment Abban. Ça restait son frère, hein, elle l’aimait quand même mais, il n’était pas pareil, c’était plus que perturbant. Sa réaction très rassurante passée, Aishlinn se redressa.

« Ok, c’est cool, t’vas voir. On va trouver une solution, ça va être réglé rapid’ment et, ouais, tout va rentrer dans l’ordre. »

Il lui fallait un livre des ombres, une connerie dans le genre, comme pour les trois sœurs Halliwell. Dès qu’elles avaient un problème, elles avaient la solution dans un livre, pourquoi ce n’était pas la même chose pour elle ? L’idée de demander de l’aide à Adrian fut très vite écartée – ça serait le dernier recours – parce que, hors question qu’il sache qu’Abban avait volé un truc magique.

« J’ai entendu parler d’quelqu’un, t’sais, euh, l’Apothicaire. Parait qu’il, ou elle, j’sais pas, peut faire plein d’trucs cool. » Elle sortit son téléphone de sa poche, en pianotant des trucs dessus. « L’truc c’est qu’j’sais pas comment on trouve c’tte personne. »
« C’est possible de préciser un peu la recherche, y a beaucoup d’apothicaire en ville. »
« C’pas un apothicaire Macha, c’est l’Apothicaire. C’est juste un nom, ‘fin un surnom. »

A la tête qu’elle venait de faire, il était facile de comprendre qu’elle venait de trouver ce qu’elle voulait sur son téléphone. Si l’Irlandaise ne pouvait pas parler du fait qu’elle pratiquait la magie, ça ne l’avait pas empêché de se rapprocher de personnes la pratiquant, seulement histoire d’élargir son répertoire. Bon forcément, la plupart était des personnes croyant être des sorciers et ne possédaient aucun pouvoir mais 1, il était difficile de se faire des contacts sérieux quand on ne pouvait rien prouver. 2, il fallait bien un début à tout. L’index devant la bouche, elle demanda à tout le monde de se taire, surtout Abban qui risquait de partir dans un trop long récit. Téléphone à l’oreille, elle passa son appel.

« Salut Louise, dis-moi, t’sais là, tu m’avais proposé d’participer à une d’vos réunions… Ouais, rituels. Bref, j’me dis qu’ça s’rait une bonne idée, pour voir comment ça s’passe et tout. Ouais, ben du coup, t’ peux m’envoyer l’adresse. Super, merci. »

Macha aurait plus qu’à réceptionner le message en question et ils auraient une adresse où se rendre. Cela dit, avant de faire quoi que ce soit, elle préféra expliquer ce qu’elle venait de faire, tout en rangeant le téléphone dans sa poche.

« Louise c’est une sorte d’grande malade qui croit être une sorcière mais, qu’dalle en fait. » Elle secoua la tête. « L’truc c’est qu’elle fait des réunions avec des potes à elle, genre dans les bois, où ils pensent pouvoir invoquer des trucs ou lancer des sorts, j’sais pas trop quoi. Ouais bref, c’est elle qui m’a parlé d’l’Apothicaire, mais c’n’est pas la première fois que j’entends ce nom. Appar’mment c’est un type d’son groupe qu’en a parlé. »

En espérant que lui-même n’en avait pas entendu parler par quelqu’un d’autre. D’accord son plan n’était pas parfait, ça ressemblait plus à une sorte de chasse au trésor mais il fallait bien commencer à chercher quelque part, non ? Son téléphone bipa pour signifier la réception de coordonnées qui devait se situer quelque part dans la forêt à la périphérie de Star City.

« J’conduis. »

Elle monta en voiture alors que Macha affichait déjà l’itinéraire à prendre.
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Message posté : Mar 7 Jan 2014 - 10:30 Message
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C’était horrible : il était parfaitement d’accord. Rien qu’à penser au temps qu’il lui faudrait pour commander un café ou s’informer sur la fraîcheur des pieuvres au marché du samedi, il avait envie de vomir. Professionnellement, il avait même envisagé les pires conséquences de son étrange condition : s’il lui fallait cinq minutes pour raconter une série d’événements simples, combien de temps perdrait-il pour donner une indication cruciale à Aishlinn ou Macha ? Sur le terrain, une seconde de trop pouvait conduire à l’arrestation et même la mort. Il ne pouvait pas se permettre de se défaire de son efficacité ordinaire.

Un peu découragé, il haussa les épaules aux paroles rassurantes de sa jumelle.

— Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire.
Spoiler:
 

En français dans le texte, évidemment. En entendant les suggestions d’Aishlinn, il se doutait que la nuit allait être longue — mais il avait confiance en sa jumelle et en sa capacité à le sortir du pétrin. Il ne se rendait pas vraiment compte de la place qu’Aishlinn pouvait ou non occuper au sein de la communauté magique de Star City, ni s’il y avait une communauté magique à Star City, ni ce que cette communauté magique permettait de faire. Cette partie de l’existence de l’Irlandaise, cette partie de plus en plus considérable, lui échappait complètement. Beaucoup plus que ses absences, c’était désormais ces aptitudes nouvelles qui l’angoissaient.

Alors il ne put s’empêcher d’esquisser un léger sourire, en regardant ses veines et leur jolie couleur verte. À toute chose malheur était bon : au moins allait-il pouvoir s’immiscer un peu dans cette vie qui lui échappait. Pendant un instant, il se demanda si, inconsciemment, ce n’avait pas été dans l’espoir d’un semblable incident qu’il avait si souvent volé des objets magiques. Pour avoir besoin de l’aide de sa jumelle. Pour être mêlé à son nouveau monde. Mais comme Abban était un autodestructeur qui préférait s’ignorer, il repoussa bien loin cette idée saugrenue en rabaissant la manche de son sweat.

La conversation téléphonique achevée, les jumeaux embarquèrent en voiture. Abban ne fit aucune difficulté à céder le volant à l’Irlandaise même si, de toute évidence, la perspective ne l’enchantait guère. Il craignait que ses réflexes fussent entamés par le temps dont il avait besoin pour former ses propos. La tête appuyée contre son siège, il regardait Aishlinn.

— Dis, Linn, ton truc, aux yeux. Dis moi qu’c’est temporaire.
Ta beauté sans pareille au plus fort de mes nuit
Telle un soleil sans lune a chassé mes ennuis
Et je ne saurais vivre aujourd’hui sans lumière.


Et même si cette beauté valait à Aishlinn un peu trop de succès à son goût, et particulièrement auprès des rockeurs asiatiques, il n’avait aucune envie de l’en voir s’en défaire pour toujours. Ce qui le rassurait, c’était qu’en cas de sort particulièrement raté, Adrian serait sans doute capable de rattraper le coup. Lui, il voulait bien parler en hexamètres dactyliques toute sa vie s’il le fallait, tant qu’Aishlinn s’en sortait sans une mèche déplacée.

Pendant ce temps, Macha quittait le centre ville puis les banlieues de Star City, à une vitesse phénoménale, silencieuse comme à son habitude. Les voyages du bolide irréel ce soir continueraient à alimenter la légende de la Voiture Fantôme et ce fut pour que cette légende ne devînt pas trop précise que les jumeaux laissèrent le véhicule à l’écart de leurs lieux de rendez-vous, pour rejoindre à pied, par un petit sentier, une troupe de jeunes gens en costume plus ou moins médiévaux qui allumaient des bougies.

Louise était rousse. Pas naturellement rousse, mais elle trouvait que le roux, ça faisait très sorcière. Rousse et pulpeuse. Elle aperçut Aishlinn, se releva dans une grande cascade de jupons et s’approcha, le corset au bord de l’explosion, des deux jumeaux.

— Bonsoir, Sœur des Ténèbres. Et…

Le regard de la sorcière impétrante s’arrêta dans celui d’Abban. Elle fit aussitôt un sourire nigaud.

— Bonsoir, voyageur.

Partant à la pêche aux informations, elle commenta.

— Je ne savais pas qu’Aishlinn avait un compagnon.
— C’est l’ombre qui t’abuse en cette nuit sans lune :
Point d’amants devant toi : nous sommes des jumeaux
Dont les cieux ont jadis réunis les fortunes.
Le destin nous conduit sur des chemins égaux.


Louise frissonna et se mit à déshabiller Abban du regard en susurrant :

— Un poète, en plus… Ta beauté n’a d’égale que ta verve.

Sa quoi ? Abban échangea un regard incertain avec Aishlinn avant d’hasarder :

— Verrais-tu dans le monde une beauté absente ?
— La beauté que je vois est tout en toi présente.
— Elle dort dans tes yeux ; eux seuls m’en font le don.
— Alors c’est qu’ils l’ont prise à ta bouche, à ton front.

C’était ce qui s’appelait préparer le terrain.
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Message posté : Mer 8 Jan 2014 - 17:02 Message
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Combien de langue parlait Abban ? Est-ce qu’il comprenait ce qu’il disait ? Parce que, si ça devait devenir définitif, peut-être qu’il pourrait se reconvertir dans la traduction de la poésie ? Mais bien sûr, Abban, assis sur une chaise toute la journée, à écrire des traductions. Il finirait par s’ouvrir les veines avec un crayon de papier. Il fallait qu’elle trouve une solution et, elle allait forcément y arriver parce que c’était pour lui. Ne jamais douter de la volonté d’une jumelle ! Puis, de manière bien plus personnelle, elle galérait beaucoup trop à essayer de le comprendre avec ses tournures de phrase toutes bizarres et pompeuses.

« ‘Tain, Abban, on dirait un prof. J’te jure, t’es flippant. »

Heureusement qu’elle l’aimait, sans quoi elle aurait déjà appuyé sur un bouton pour éjecter le passager. Macha devait bien avoir ça, puisque même James Bond il l’avait. Ou il faisait croire qu’il l’avait, elle ne savait plus trop et ce n’était pas le problème. Qu’il trouve le moyen de s’inquiéter de la couleur de ses yeux en parlant en vers, c’était quand même un putain de comble. C’est lui qui était différent.

« Ouais c’est temporaire, j’ai pas eu l’temps d’changer quand Macha m’a prévenu. »

Tout était parfaitement sous contrôle de ce côté-là. Oui, oui. Elle avait parfaitement voulu cet effet-là et, en un claquement de doigt elle retrouvait son apparence de d’habitude, si elle ne le faisait pas c’était uniquement parce qu’elle conduisait, on s’en doutait bien ! En temps normal elle aurait changé de sujet, en posant d’autres questions mais là, ben, elle préférait éviter parce que ça risquait de prendre des plombes.

Dans la forêt, avec un groupe de personnes étranges – signe qu’Aish était une vraie mage, elle arrivait maintenant à trouver les clichés ridicules – elle soupira de manière discrète dans l’échange entre Louise et Abban. Quelle connasse aussi elle, à croire qu’elle encourageait Abban à parler de manière aussi naze ! Comme Louise était une fille – ce n’était pas son corset qui dirait le contraire – l’Irlandaise n’eut pas besoin de faire une crise de possessivité. Pas de risques qu’Abban fonde sur elle… Quoique, peut-être que sa façon de parler n’était pas la seule chose qui avait changé ?! Mouais, ils l’ont prise de sa bouche, de son front… Et la main de l’irlandaise dans la tronche, elle voulait la prendre aussi ?

« Alors, s’passe quoi ? »

Ouais, et même pas désolée de casser le trip des vers et des belles paroles – très moches, en vrai – en parlant normalement. Peut-être même qu’elle allait faire un effort tout particulier à appuyer son accent et ses contractions de mots. Une chieuse était née !

« Suivez-moi. »

Et vas-y que je te suis le lapin blanc habillé en froufrou ! Louise les présenta à son groupe de frères et de sœurs qui partageaient, comme gène, uniquement un grain en moins dans le coin de la tronche. Ils étaient cinq, avec Louise. James, la vingtaine, persuadé d’être la réincarnation d’un grand vampire mais qui ne possédait pas encore les caractéristiques de cette créature – soi-disant qu’il devait encore faire ses preuves… cinglé ! Alysse qui n’était là que parce que sa grande sœur, Anna lui avait dit que la sorcellerie était un truc de famille. Et Stefan, toujours dans la vingtaine, dont on ne savait pas grand-chose et, sans trop savoir pourquoi, c’est surtout lui qui intéressa Aishlinn. Les deux n’avaient d’ailleurs pas cessé de se lancer des regards lors des présentations, à se détailler comme s’ils savaient qu’il y avait un truc mais sans réussir à mettre le doigt dessus.

« On est réuni, ce soir, pour James. »
« Un rituel pour invoquer les esprits de mon passé, qu’ils me donnent la marche à suivre pour que je me retrouve. »
« Je ne crois pas que ta place soit ici. » Stefan, qui s’adressait clairement à Aishlinn.
« Pas plus qu’toi appar’mment. »
« Mais, vous vous connaissez ? »
« Non. »

Une réponse faite à l’unisson par l’irlandaise et Stefan alors que Louise leur lançait des regards l’air de ne pas comprendre ce qui était en train de se passer. Stefan, d’un mouvement de tête invita Aishlinn à s’éloigner un peu. Cette dernière se tourna vers Abban et, dans une pression de la main, l’informa qu’elle allait revenir. Avant de s’éloigner, elle se pencha à son oreille.

« Si l’autre folle t’parle d’sacrifice, tu l’assommes, hein ! »

Louise, et les autres, ne comprenait pas trop ce qui se passait mais, au moins, elle arriva à se réjouir de l’éloignement d’Aishlinn qui allait lui permettre de s’accaparer d’Abban pour lui expliquer tout un tas de choses… Ou peut-être pour tenter de lui lancer un sort d’amour aveugle et sans failles. Si elle prenait une mèche de cheveux de son jumeau, Aishlinn testerait son premier sacrifice humain à son retour. En attendant elle s’était éloignée, à porter de vue quand même pour discuter avec Stefan.
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Message posté : Mer 8 Jan 2014 - 20:41 Message
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À peine Louise eût-elle le dos tourné qu’Abban leva les yeux au ciel d’un air exaspéré. Les délires gothiques de vampires torturés, ce n’était pas sa tasse de thé et il n’avait jamais réussi à finir les Twilight ni à s’intéresser au moindre épisode de True Blood. Buffy, c’était différent : au moins il y avait de l’action et c’était amusant. Mais les ruminations romantico-sexuelles d’adolescentes à l’hymen enflammé et de suceurs de sang priapiques l’intéressaient à peu près autant que le décolleté gélatineux de la maîtresse de cérémonie — et ce n’était pas peu dire.

Bientôt cependant, Louise et ses globes furent le cadet de ses soucis. Aishlinn avait commencé à reluquer un type probablement odieux, comme tous les types que reluquait Aishlinn et sa jumelle ne tarda pas à s’éclipser, sans doute pour aller faire des galipettes dans les fourrés, en le plantant-là avec les aspirants satanistes. Le bon sens régulièrement défaillant du jeune homme lorsqu’il s’agissait de sa sœur le persuadait qu’il venait d’être abandonné. Le numéro d’amour au premier coup d’œil qui venait de se jouer était proprement infâme et sa déception ne devait que trop évidente, parce que Louise revint aussitôt à l’assaut.

— Tout va bien ? C’est ta première cérémonie ?
— Jamais je n’ai sondés il est vrai les esprits
Dont toi et tes amis vous paraissez épris.


Louise poussa un soupir ravi.

— Tu sais qu’il parait qu’il y a une pierre, la Pierre d’Orphée, qui donne le don de poésie à celui qui la possède. Je suis sûre que toi, tu n’en aurais pas besoin.
— Une pierre, dis-tu ? Tu me rends curieux.
J’ai d’en apprendre plus le désir furieux.

— Oh, j’ai vu ça dans un livre…

La jeune femme se rattrapa aussitôt.

— Je veux dire, un grimoire, bien sûr.

Elle n’allait tout de même pas avouer qu’elle fréquentait le rayon ésotérisme de sa bibliothèque de quartier.

— On dit que c’est une pierre semblable à l’émeraude et qu’elle répond seulement aux cœurs véritablement sensible à la beauté. Comme le tien, j’en suis sûr.

Abban fut plongé dans une profonde réflexion. Difficile de ne pas reconnaître dans la description de ce joyau magique celui qu’il venait précisément de dérober et qui coulait à présenter dans ses veines, mais la condition que Louise mettait à son efficacité ne lui paraissait pas lui convenir vraiment. D’accord, il aimait les jolis garçons, et encore, pas exclusivement. D’accord, il était toujours admiratif devant un paysage intéressant. D’accord, il lui arrivait même d’aimer certains tableaux. Mais de là à dire que son cœur était sensible à la beauté, c’était un peu fort de café.

Louise observa un temps le profil mélancolique d’Abban avant que les autres compagnons nocturnes n’en vinssent à se manifester. C’était qu’ils n’étaient pas venus, eux, pour draguer des Irlandais, contrairement à Stefan et Louise dont les hormones s’agitaient. D’ailleurs, Abban laissa son ouïe quitter son propre corps pour s’aventurer quelques mètres plus loin, à l’endroit où sa jumelle et son camarade si merveilleusement trouvé avaient disparu. Il n’abusait pas en général de ses dons pour espionner Aishlinn, essentiellement parce qu’il n’avait aucune, mais alors aucune envie de l’observer dans les bras d’un quelconque bellâtre bridé décidé à lui faire découvrir les merveilles du courant alternatif. Mais cette fois-ci, il se sentait un peu perdu dans son nouvel environnement.

Hélas, il n’eut pas le temps de beaucoup entendre. Louise était en train de lui caresser la cuisse, officiellement pour attirer son attention, officieusement pour tâter la marchandise. L’Irlandais dut abandonner sa concentration pour jeter un regard interrogateur à son informatrice du soir, sans rien calmer de ses ardeurs : ce ne serait pas la première fois qu’il cèderait aux avances d’une femme pour la bonne cause. Ou la mauvaise, techniquement.

— Tu as l’air troublé, mais il faut te concentrer sur ton énergie spirituelle pour conduire la métempsycose.

La quoi ? Prudemment, Abban se contenta de hocher la tête, à défaut de comprendre de quoi on lui parlait. Aux dires d’Aishlinn, il n’y avait de toute façon rien de sérieux dans l’affaire. En cercles, les cultistes se prirent les mains et Louise en profita, naturellement, pour caresser du pouce celle d’Abban. Puis ils partirent dans des mélopées incantatoires incompréhensibles, auxquelles Abban s’abstint de se joindre. Bientôt, Louise prit la parole et s’exclama d’une voix profonde :

— Ô Belzébuth, Ô Belial, Ô Comte des Nuits Obscures, entendez notre appel. Ô, Passeur des Âmes, toi qui navigues sur le Fleuve de l’Oubli, au nautonier des morts, plonge tes mains immortels dans les eaux ténébreux où remuent les pensées de ceux qui ne sont plus et exhument les souvenirs de Jame, Seigneur de Sang ! Ô Morts parvenus au-delà des rives de l’Achéron, au-delà du Styx et du Cocyte, vous qui contemplez les froides splendeurs de l’Érèbe, aux marcheurs des champs élyséens aux fronts couverts de pensées anciennes, Ô…

Mais combien de temps allait-elle encore continuer comme cela ?
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Message posté : Jeu 9 Jan 2014 - 19:01 Message
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« Pourquoi t’es là ? C’est évident qu’ils n’ont pas une once de magie en eux. »
« C’qui n’est pas ton cas, alors j’pourrais t’retourner l’même question. »
« Je m’amuse. » drôle d’occupations, p’tit gars.
« J’ai un problème avec un sort. »

Enfin, Abban avait un problème avec un sort. Mais les problèmes de son frère, c’était aussi ses problèmes, non ?

« Pourquoi t’en parle pas à ton maître ? » Ce qu’elle détestait ce mot.
« Euh… Ben, parc’que j’n’en ai pas. T’en a un toi ? »

Elle avait mis assez d’incertitude pour que ça semble crédible, même si Stefan semblait étonné qu’elle n’ait personne pour lui apprendre la magie. Mais Adrian avait été assez clair sur ce point-là, ce qu’elle pouvait faire devait rester secret. Elle ne savait pas trop pourquoi – enfin, il avait dit que c’était pour la protéger et qu’elle ne soit pas approchée à cause de ses donc – mais elle se pliait aux règles qu’il donnait.

« Évidemment que j’en ai un. Un vieux crouton qui voit que dalle mais, au moins il apprend des trucs. Enfin, c’est pas avec eux que tu vas trouver de l’aide. »
« Ça j’ m’en doute bien mais, t’vois, on n’a pas tous ton carnet d’adresses avec un type qu’apprend la magie. Alors, j’fais avec les moyens du bord pour r’monter à quelqu’un qui pourrait m’aider. J’ai entendu parler d’un type qui s’fait appeler l’Apothicaire. »
« Ah ouais, lui. Mon maitre il m’en a déjà parlé mais il est un peu à côté de ses pompes alors, moi, j’crois que c’est qu’une légende à la con. »

Le truc c’est que : un, elle se passerait bien de son avis. Deux, plus ils discutaient et plus elle laissait Abban à la poitrine de Louise. Trois, elle avait envie de lui faire ravaler son ton suffisant.

« Ouais bon, et ton maître là, là, y a possibilité d’le rencontrer. »
« Ouais putain ça serait trop cool, on prendrait des cours ensemble et tout. » Elle laissa passer un sourire : ouais, vas-y, comptes dessus ! « Oh viens, ça commence ! »

Quoi qui commence ? Et l’abruti là, v’là qu’il lui prend la main pour l’entrainer à la hauteur du cercle qui s’était formé. Autant dire que cette proximité dura près de 2 secondes, il l’avait à peine touché qu’elle avait déjà viré sa main de la sienne. Non mais qu’est-ce qu’il croit lui ? Elle ne donnait pas la main à n’importe qui, pff ! Et là quand elle entendit l’autre folle débiter un tas de connerie, elle fit un nouveau pas en avant pour sortir Abban de là mais le bras de Stefan l’empêcha d’avancer.

« Non, attends, regarde. »

Et voilà que le type se mettait à marmonner des incantations – elle, elle n’avait jamais foutu de réussir le moindre sort en prononçant une formule – du coup, près du cercle de personnes, des feuilles commencèrent à voler dans tous les sens, les bougies à s’éteindre.

« Il arrive, je sais que c’est lui. Oui, c’est lui. »

Qui ? On ne savait pas trop mais James était dans tous ses états. Pas étonnant qu’ils soient tous cinglés dans ce groupe avec l’autre abruti qui s’amusait à faire des tours de magie. Elle soupira et avança en poussant le bras de Stefan pour aller rejoindre Abban qu’elle fit sortir du cercle. Wahou, ce qu’elle n’avait pas fait là ! Stefan il avait arrêté ses incantations alors Louise, tout de suite, elle pensa que c’était le fait d’avoir enlevé Abban qui faisait tout foirer.

« Mais qu’est-ce que tu fais. Tu vas tout faire rater. »
« Déstresse Louise, c’est qu’des conneries vos trucs. »
« Mais, t’es aveugle ou quoi, les feuilles, les bougies, il te faut quoi de plus ? »
« Sérieux, trois feuilles qui volent et c’est d’la magie ? T’es dans une forêt, meuf, t’sais, l’vent, toussa toussa. »
« Non, c’est mes ancêtres. »

Elle leva les yeux au ciel, à croire que tout le monde avait décidé de lui en vouloir pour avoir mis un terme à un rituel pourri qu’elle devait avoir trouvé sur google. Aishlinn tourna la tête vers Abban pour secouer la tête et lui confirmer que c’était réellement des conneries.

« Attends Louise, je gère. J’vais lui montrer le chemin du retour. »
« Mais son frère il reste, par contre. »
« P’tain t’as fumé quoi ? »

Genre elle allait laisser Abban à cette folle ? Stefan lui, tout ce qu’il voulait faire c’était trainer Aishlinn chez son vieux maitre, histoire de lui montrer que c’était cool, et qu’elle adhère à des cours ensemble.
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Message posté : Jeu 9 Jan 2014 - 21:28 Message
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Ah, mais ta gueule — pensait Abban au fond de lui-même. Au moins, dans son esprit, il gardait toute la poésie naturelle qui était ordinairement la sienne. À présent, il n’écoutait plus un traître mot de la logorrhée incantatoire que Louise déversait pourtant presque au creux de son oreille. Il n’y trouvait qu’une succession de noms qu’il ne connaissait absolument pas et, pour avoir vu des sorciers, des vrais, au Circus Maximus, chez les Purple Hats et à Nalebo Hall, il était à peu près certain que dans la vraie vie, les choses ne se passaient pas comme ça.

Quand Aishlinn refit son apparition, son regard bondit vers elle dans une silencieuse supplique. Il ne se fit pas prier pour se lever et se dégager du cercle. Les feuilles volantes ne l’avaient pas perturbé plus que cela : il y avait vu précisément ce qu’Aishlinn décrivait, du vent. Du coin de l’œil, il aperçut le sourire légèrement narquois de Stefan et supposa que le vent n’était peut-être pas le seul responsable de ce petit tour de passe-passe. Ostensiblement, Abban se rapprocha encore un peu de sa jumelle, serra la main de la jeune fille dans la sienne, histoire que cet abruti d’invocateur reçût bien le message.

L’Irlandais lança un regard débordant de mépris à Louise qui essayait de le retenir et le trio tourna les talons sans jeter un regard derrière soi. James n’en avait du reste absolument rien à faire et les trois séditieux n’avaient pas encore disparu au tournant du sentier qu’ils pouvaient déjà l’entendre réclamer que le rituel reprît : on ne plaisantait pas avec son arbre généalogique. Pendant ce temps, Abban avait lâché la main d’Aishlinn pour presser un bouton sur sa Machmontre, histoire de signifier à la voiture qu’ils allaient avoir un passager et qu’il fallait qu’elle se fît la plus discrète possible — un signal bien utile quand on ne voulait pas ébruiter le fait que l’on roulait dans une super-voiture.

Abban reprit la main de la jeune fille et Stefan leur lança un regard un peu perplexe — comme quatre-vingt-dix pour cent de la population, lorsqu’ils avaient affaire aux jumeaux.

— Et tu fais d’la magie toi aussi ?

Question purement rhétorique : il ne sentait chez Abban aucune prédisposition, mais il voulait se faire mousser en comparaison. Abban lui jeta un bref regard et haussa les épaules.

— Oh, il y a des magies sans rituels, sans mots
Et sans incantations. Pour les humains normaux
Il y a d’autres formules et d’autres artefacts.

— Non, du coup.

L’Irlandais s’abstint de répondre, mais dans sur la main de sa jumelle, sa main s’était crispée. Stefan avait touché un point sensible : les progrès d’Aishlinn en la matière, même s’ils n’étaient pas aussi fulgurants que l’Irlandaise l’eût espéré, lui paraissaient à lui aussi inquiétants que considérables. Et si Aishlinn se mettait à étudier à plein temps ? Si elle renonçait à leurs activités criminelles ? Si elle prenait un peu trop au sérieux cette histoire de magie blanche et de magie noire ? Si elle cessait de le trouver intéressant ?

Cela dit, Stefan perdit bientôt son air suffisant lorsqu’ils parvinrent devant Macha. Les yeux ronds, la bouche bée, le jeune homme contempla les courbes d’une voiture qui n’avait pas besoin de pirater le FBI et de raconter son week-end pour impressionner le commun des mortels.

— C’est à vous, ça ?

Abban craignait un instant que la voiture envoyât l’impoli personnage balader, mais Macha demeura impassible et, pour sa part, il se contenta de hocher la tête. Les Irlandais s’installèrent devant, Stefan sur la banquette arrière spécialement modulée par Macha pour l’occasion et, privée de son absorption sonore, démarra avec un élégant bruit de moteur et s’élança pour regagner la route principale. Stefan avait un peu de mal à reprendre son air supérieur en voyant Abban au volant d’un pareil engin — sorcier ou pas, sa sensibilité masculine en prenait un coup.

— Et comment vous vous êtes payés un truc comme ça ?

La radio s’alluma brusquement sur une chanson de hip-hop dont les paroles (« I’ll shot you nigga’ ») devaient refléter assez précisément les pensées de Macha. Abban la coupa aussitôt.

— Voilà ! L’autoradio fait encore des siennes.
Ça, la voiture est cool, sauf pour le caractère.
Bref, c’était un cadeau qu’nous a fait notre père.


Ça ne répondait pas vraiment à la question, mais ça laissait Stefan imaginer qu’ils avaient une famille plus ou moins fortunée et ce n’était pas plus mal. Les gens suppléaient très bien par eux-mêmes les mystères sur lesquels ils tombaient et Abban ne se sentait pas d’humeur à se lancer dans une longue explication que son petit inconvénient de la soirée risquait de transformer en récit fleuve. Il comptait sur Aishlinn pour écarter les doutes éventuels de Stefan.

Et pour lui donner la direction. Jusqu’à lors, il était parvenu à suffisamment maîtriser sa cadence et son vocabulaire pour que son problème ne fût pas très visible, mais il craignait de formuler la moindre question. Il ne voulait surtout pas que Stefan sût qu’il dépendait de lui.
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Message posté : Ven 10 Jan 2014 - 19:08 Message
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Heureusement que Stefan avait un Maître qui avait entendu parler de l’Apothicaire, sinon, ça ferait longtemps qu’elle l’aurait laissé sur place. Surtout quand il s’amusait à poser des questions à Abban – en sachant très bien la réponse – juste pour le plaisir de signifier qu’il savait faire quelque chose qui n’était pas accessible à l’Irlandais. Le pouce d’Aishlinn passa sur la main de son frère pour lui dire de ne pas faire attention parce que, d’abord, si elle devait faire la liste de toutes choses qu’Abban savait faire, Stefan serait à la ramasse total. Mage ou pas, ce type n’arrivait même pas à l’orteil de son frère si parfait – même avec son défaut de langage.

L’autoradio de la voiture eut le don de faire sourire Aishlinn qui aurait bien aimé que la banquette arrière bouffe Stefan et ses questions, même si son air suffisant s’était un peu barré, elle avait décidé de ne pas l’apprécier… Comme 99% de la population, voir un peu plus. L’explication d’Abban avait suivi, sans que Stefan ne remarque quoi que ce soit. Là, il était surtout en train de se dire que s’il branchait l’irlandaise, il aurait probablement jamais besoin de travailler. Si sa famille pouvait se payer des voitures de ce genre et l’offrir aux rejetons, bonjour l’état du compte en banque.

« Par contre, lui, il pourra pas rentrer, il est pas mage. »

Alors « lui » il avait un prénom et elle était à deux doigts de lui graver sur le front à coup d’ongle. Un soupir passa entre les lèvres de l’Irlandaise avant qu’elle ne se redresse pour se tourner en direction de l’abruti qui occupait la banquette arrière.

« Stefan, c’est ça ? »
« Ben oui ! » Personne ne pouvait oublier son prénom.
« J’vais t’expliquer un truc qu’t’as appar’mment pas capté. T’sais c’que c’est qu’des jumeaux ? »
« Ben oui. »
« J’en doute sinon t’aurais déjà compris qu’on est une seule personne et qu’on fait tout ensemble. »
« Genre vraiment tout ? » Le bouton pour la banquette éjectable, il était où ?
« Arrête d’réfléchir ! Juste écoute moi. C’que j’suis en train d’te dire c’est qu’j’suis incapable d’lancer l’moindre sort sans mon jumeau. T’crois qu’il n’a rien d’un mage mais, t’vois, Abban c’est un p’tain d’catalyseur. J’rente avec lui, c’est pas négociable. »

Stefan s’enfonça dans son siège pendant qu’Aish retrouvait une position convenable. Elle n’allait pas se laisser emmerder par un abruti qui pensait pouvoir l’éloigner de son frère inutilement. Et puis quoi encore ! En suivant les indications de Stefan, ils finirent par garer la voiture près d’une vieille baraque qui devait être là avant même le premier dinosaure. A travers une des fenêtres poussiéreuse, on pouvait voir une lumière allumée avec la silhouette inerte sur un fauteuil à bascule.

Les Irlandais entrèrent à la suite de Stefan pour se diriger vers le salon où il secoua un peu le vieux qui, l’espace d’un instant manqua de faire une crise cardiaque en pensant être agressé. Si tous les profs de magie ressemblaient à ça, elle était bien contente d’être tombé sur Adrian. Ok, il n’avait pas de télé, ne connaissait rien de ce qui était sortis ces dernières années mais, au moins, il avait un cerveau. Stefan expliqua être avec une mage et son frère – enfoiré ! – qui voulait des renseignements.

« Et aussi, elle n’a personne pour lui apprendre les sorts. »

Le vieux se releva en attrapant une canne. Wahou, quand Stefan avait dit que son maitre ne voyait rien, en fait c’était à prendre au pied de la lettre. Aishlinn secoua la main dans le champ de vision du vieux mais, aucune réaction. Comment il faisait pour étudier la magie en étant aveugle ? Elle arriva même à se demander s’il ne faisait pas semblant, une connerie dans le genre.

« Comment vous avez fait si personne ne vous a initié ? »
« Google. »

Elle s’était attendu à ce qu’il demande de quoi elle parlait mais, non. Du coup, ça lui fit plisser les yeux et elle prit soin de rester auprès de son frère en lui tenant la main. Elle se faisait peut-être des idées mais quelque chose était bizarre ici, sans être capable de dire ce qui la dérangeait.

« Alors, z’avez déjà vu l’Apothicaire ? » Ouais, et bientôt elle demanderait à un manchot de lever la main droite pour jurer.
« Pourquoi vous voulez le rencontrer ? »
« Comm’ça. »
« Elle a un problème avec sort. » Mais écrase-là, toi !
« Quel genre de sort ? »

Le vieux s’approcha un peu des jumeaux, à une vitesse digne d’un escargot au sprint ce qui n’empêcha pas Aishlinn de resserrer sa main sur celle de son frère, déjà prête à amorcer un pas en arrière.
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Message posté : Ven 10 Jan 2014 - 23:49 Message
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Alors là, il y avait des coups de laser qui se perdaient ! Abban développait une envie de moins en moins répressible de faire bouillir le cerveau de son passager et ses mains se crispaient sur le volant de Macha. Insensiblement, d’ailleurs, la banquette se raccourcissait et la position de Stefan se faisait de plus en plus inconfortable. L’Irlandais jeta tout de même un coup d’œil anxieux à sa jumelle. Après tout, il n’avait pas le droit d’entrer dans le Manoir où la jeune fille s’entrainait, alors cette fois-ci aussi, il allait peut-être resté à la porte. Enfin, il n’avait pas le droit… Il n’avait jamais demandé l’autorisation, d’un autre côté, il s’était contenté de partir du principe que l’accès lui était refusé. C’était bien cela son problème, du reste : Abban supposait plutôt que de demander.

Il fut donc soulagé quand Aishlinn fit comprendre à Stefan que le duo était inséparable et, après un trajet que Macha dût se contenir pour ne pas rendre trop bref, le trio put pénétrer dans une maison absolument antique. Quand Abban posa les yeux sur le vieil homme, un mince sourire s’installa sur son visage, un sourire qui n’arrêta pas de grandir tandis que Stefan expliquait la situation à son maître et qui atteint son paroxysme quand le vieillard se planta finalement à deux centimètres d’eux pour les observer de ses tout petits yeux.

— Alors Papy, ça va ? Elles poussent bien ?

Le vieux se mit à tousser. Ah, non, pardon : il était en train de rire. Il hocha la tête et serra d’une main tremblante la main d’Abban, qui était aux anges.

— Elles poussent, elles poussent mon garçon. Venez, allons, venez, venez voir ça de près.

Et le vieillard tourna les talons sous le regard médusé de son apprenti, pour se mettre en route, très lentement, et quitter le salon. Abban haussa fit un clin d’œil d’un air mystérieux à Aishlinn avant de lui emboîter le pas, en tenant toujours la main de la jeune fille dans la sienne. Le Passeur, par la force des choses et les aléas de son métier, avait un réseau pour le moins hétéroclite, qui s’étendait des PDGs peu scrupuleux, dans leurs bureaux tout en haut des buildings de la ville, aux vieillards quasi grabataires qui donnaient des cours de magie dans des maisons presque délabrées.

— Vous vous connaissez ?

Stefan était affreusement vexé et Abban se contenta de hausser les épaules. À son tour de profiter sans vergogne d’une supériorité chèrement acquise. Lorsqu’il vit le vieux tourner une énorme clef de fer dans une porte en bois vermoulu, il marmonna entre ses dents :

— Putain, j’ai jamais pu rentrer ici.
— Pas de gros mot.
— Pardon, Maître.

Le Vieux ne voyait peut-être pas grand chose, mais il avait l’ouïe fine. Péniblement, il poussa la porte et les jeunes gens purent pénétrer à sa suite dans une salle envahie… par des fleurs. Avec un sourire de satisfaction dissimulée par sa barbe, le Vieux sillonna entre des rangées d’établis où s’épanouissaient de superbes coroles et il s’arrêta finalement devant une table où trônaient trois fleurs uniques, beaucoup plus discrètes que les autres, mais également beaucoup plus rares.

Abban se pencha pour les observer de près et confirma :

— Oui, elles ont bien poussés. Je me souviens jadis
Les fleurs, à peine écloses contre mon sein serrées,
Dans une nuit de froid et de glace irritées,
De leurs couleurs montraient les premières prémisses.
Je courrais dans le vent, dans le vent je volais,
Fidèle messager au si précieux fardeau,
Sans regarder jamais le monde qui passait
Tout autour de ma course et le matin nouveau.

— Hmm.

Avec des réflexes que son âge n’annonçait pas vraiment, le Vieux attrapa le poignet d’Abban et releva sa manche. Les veines de l’Irlandais avaient repris leur belle couleur d’émeraude, comme à chaque fois qu’il se lançait dans une tirade un peu longue. Stefan, lui, était définitivement perdu : entre la voiture, la collection insoupçonnée de fleurs de son maître et le style conversationnel pour le moins surprenant d’Abban, il ne savait plus où donner de la surprise. L’Irlandais n’avait assurément pas la même culture que sa sœur.

— Je vois, je vois.
— Ah ouais ? Parce que putain, là, tu vois, je m’enfonce.
— C’est la Pierre Orphique.
— Et j’l’enlève comment ? Fil’moi une réponse,
Et les plus belles fleurs du monde je promets
Seront pour toi, Papy, les roses et les bleuets,
Toutes les tulipes et les coquelicots,
Et les rhododendrons…


Le Vieux agita une main pour interrompre Abban, craignant sans doute que le jeune homme ne se lançât dans une énumération horticole un peu trop détaillé. Il lui lâcha le poignet et Abban put rabattre sa manche. Plongé dans ses pensées, appuyé sur sa canne, le mage était en train de murmurer dans sa barbe :

— …pensais pas la revoir… regarder dans un livre… hm… la Pierre Orphique… Pas bon, ça… Pas bon du tout…

Abban échangea un regard un peu paniqué avec Aishlinn. Comment ça, pas bon du tout ? Il était à deux doigts de proposer au Vieux de le porter sur ses épaules jusqu’à sa bibliothèque pour précipiter autant que possible des recherches qui lui paraissaient éminemment nécessaires et urgentes.

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Message posté : Dim 12 Jan 2014 - 15:04 Message
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‘Tain c’est quoi ce bordel ? Plus que de ne pas comprendre, ce qui saoulait prodigieusement Aishlinn c’était le fait d’être dans la même situation que l’autre abruti de Stefan. De jumelle, elle était reléguée au simple statut de spectatrice qui ne comprenait plus rien à ce qui se passait. Oh, bien sûr, elle ne le fit pas savoir, elle ne marqua même pas un air interrogateur, bien trop honteuse de laisser à comprendre à Stefan qu’elle était au même stade que lui. Pourquoi Abban ne lui avait rien dit avant ? Depuis quand elle était assez à l’ouest pour ne pas l’avoir compris ? Et puis, merde, pourquoi elle ne savait pas qui il connaissait ou non ?

Des questions et un sentiment de malaise qui avaient un peu ternis l’arrivée dans la pièce et les plantes qui s’y trouvaient. Le fait qu’Abban parle en vers, donnait la désagréable sensation – après tout, c’était dit tout en poésie – qu’il avait même trouvé super cool de pouvoir être là, à regarder des bébés plantes et de pouvoir suivre leurs évolutions. Vas-y, s’il aimait les fleurs, fallait le dire plus tôt, elle retournerait la planète entière pour lui rapporter les plus belles et les plus rares.

En voyant le vieux s’emparer du poignet de son frère, le premier réflexe avait été de regarder autour d’elle pour voir avec quoi elle allait pouvoir assommer le vieux mage. Quand son regard s’arrêta sur un pot de fleurs qui semblait faire l’affaire, elle laissa tomber son idée en comprenant que ce geste n’avait rien d’hostile. Ouais, pour toucher son frère de cette manière, elle avait besoin qu’on lui envoie une lettre en recommander, avec accusé de réception, qu’elle donne son accord. La meilleure solution, selon elle, pour éviter qu’elle assomme tout le monde sur un malentendu.

Vivace le vieux quand même. Inquiétant aussi. Ça voulait dire quoi « pas bon du tout ? », la phrase avait beau être claire, une telle définition ne pouvait pas être imprimée dans le cerveau de l’irlandaise quand elle concernait son jumeau. Il était jeune, il était parfait, il était… Ouais enfin, il était plein de choses, du coup, il ne pouvait pas avoir de problème « pas bons », ce n’était pas compatible. Un peu irritée, elle posa son regard sur le vieux, le ton se faisant un peu pressant.

« Et il est où c’livre ? » le trouver serait sûrement plus rapide qu’attendre qu’il s’explique. Le vieux pointa une direction d’une main tremblante.
« Par-là, trois murs plus loin dans l’étagère de gauche, en haut. Les pierres oubliées, il me semble. »

Aishlinn posa un regard interrogateur à son jumeau pour lui demander comment ce type, qu’elle n’avait jamais vu de sa vie, pouvait bien savoir qu’elle traversait les murs. Non, parce qu’il ne devait pas donner des explications de ce genre à tout le monde. Un regard qu’il devait avoir vu, ou un truc bizarre qu’elle ne comprenait pas.

« Je sais beaucoup de choses jeune fille. » Mouais…
« Attends je vais t’accompagner. » Lui, par contre, il ne savait rien du tout. « Trois murs plus loin, pfff. » De l’index il fit des petits ronds autour de sa tempe pour laisser comprendre qu’il croyait le vieux complètement fou.
« J’irais plus vite sans toi. »

Avant qu’il ne puisse répondre, Aishlinn avait passé le premier mur, le deuxième puis le troisième pour se retrouver dans une immense bibliothèque. Les vieux grands ouverts sur la pièce, elle était surtout en train de dire que cet endroit devait être une mine d’or. A se demander pourquoi Stefan occupait son temps dans des groupes de pseudo-sorcier alors qu’il avait, à portée de main, une mine de savoir. Ce type était définitivement trop con. Secouant la tête, elle fit glisser une échelle sur l’étagère indiquée et, après quelques minutes de recherches – désolée pour Abban mais, c’est que ça prenait du temps de lire tous les titres – elle tomba sur le livre indiqué.

Aishlinn avait déjà les yeux sur le livre ouvert quand elle passa les murs dans l’autre sens pour revenir dans la pièce avec les fleurs.

« Mais comment t’as fait ? »
« Hein ? » vas-y de quoi il lui parlait lui.
« Ben, là, le mur. »
« Ah, ça ! »

Elle reporta son regard sur le livre en récupérant sa place auprès de son frère, sans juger bon de répondre à la question de Stefan. Ça semblait pourtant évident ce qu’elle avait fait, non ? le livre entre elle et Abban, à la page de la pierre qui les intéressait, Aishliin commença à pointer certains passages qu’elle avait déjà pu lire.

« Ouais alors l’truc ça dit qu’un type en Grèce. » C’était où ce pays ? Peu importe. « Y a 20 millions d’années. » à peine exagéré. « Ben il pensait qu’pour utiliser la magie et invoquer des trucs. » Très précise la fille. « Il fallait avoir d’mandé les choses d’la manière la plus poétique possible. Du coup, il a créé la pierre, ou il l’a trouvé, j’sais pas trop en fait. Mais l’truc c’est qu’c’est l’caillou… »
« La Pierre Orphique. »
« Ouais, c’est c’que j’dis. Donc… c’est la Pierre Orphique, qui choisit avec qui elle veut fusionner. »

Bon, ben si elle ne trouvait pas un moyen de la défusionner d’Abban, il était bon pour se reconvertir dans l’écriture de nouvelles formules magiques.
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Message posté : Dim 12 Jan 2014 - 18:45 Message
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Abban ne faisait pas à sa sœur le menu de toutes ses aventures de transporteur, essentiellement parce qu’il y en avait certaines d’aussi peu intéressantes que celle qui lui avait fait rencontrer le Vieux. Il avait récupéré des fleurs très fragiles à l’aéroport et il les avait livrées au Vieux. Les fleurs étaient délicates, elles étaient illégales, il n’avait pas cherché à en apprendre plus et, depuis, il s’était complètement désintéressé pour l’affaire. Elles étaient certes magnifiques, mais il y avait d’autres choses magnifiques dans le monde et l’intérêt d’Abban était trop flottant pour se concentrer sur quelques corolles aperçues une nuit d’hiver, même si ces corolles étaient rarissimes et splendides.

Il était loin d’imaginer qu’Aishlinn fût (encore) en train de le soupçonner de tous les maux de la Terre. À vrai dire, il était obnubilé par ses veines qui se la jouaient soirée disco. Tout ce qu’il voyait, c’était qu’il allait passer le restant de ses jours à parler comme un membre de la Chambre des Lords. Pendant quelques secondes, il fixa le Vieux, en se demandait s’il pouvait arriver à lui faire cracher ses conclusions en le secouant assez fort, mais le mage paraissait s’être plus ou moins endormi debout. Il oscillait d’avant en arrière, appuyé sur sa canne et Abban n’était pas sûr que l’entendre marmonner était un signe de veille suffisant.

Avec un soupir, le téléporteur se tourna vers Stefan, qui tentait de conserver un air sûr de lui-même, alors qu’il ne savait plus vraiment où il en était. Entre les pièces secrètes, la collection de fleurs, les veines luminescentes et la fille qui passait à travers les murs, ça faisait beaucoup pour une seule soirée. Le jeune homme essayait d’apercevoir les quelques veines encore brillantes sur le poignet d’Abban et l’Irlandais tira sur sa manche.

— On est pas à la foire et je suis pas ton monstre.
— Rho, c’est bon, c’est de la curiosité intellectuelle.
— Ben voyons, et mon cul, il est curieux peut-être ?

Stefan leva les yeux au ciel. Comment Aishlinn pouvait-elle trouver un quelconque intérêt à ce frère si rustre elle qui était… Bon, d’accord, il y avait peut-être comme un rapport entre les jumeaux. D’ailleurs, la demoiselle refit son apparition avec son livre, sous le regard toujours médusé de Stefan et Abban put à son tour se pencher sur les pages du grimoire et tenter d’en déchiffrer les caractères. Il se demanda machinalement si tel était le genre d’ouvrages que sa jumelle devait désormais régulièrement consulté — auquel cas, il la plaignait : passer des heures dans des livres aussi illisibles s’approchait très près de sa conception de l’enfer.

— Mais elle choisit que dalle ! Ou sinon, pourquoi moi ?
J’ai pas l’air d’un poète et je parle pas bien.

— L’air est sans importance, c’est le fond de l’âme qui compte.
— Ouais, super, merci bien ! D’autres conseils utiles ?

Le Vieux fixa Abban. Enfin, c’était difficile à dire, sous ses lourdes paupières. Il se caressa la barbe d’un air pensif, avant de secouer la tête.

— Ce que la Pierre fait, seule elle peut le défaire.
— Oh là, une seconde ! Est-ce que je vais rester
À parler comme ça toute l’éternité ?

— Non, non, bien sûr que non.

Abban poussa un soupir de soulagement.

— La Pierre ne rend pas immortel.
— Merci, ça me rassure. Et donc ? Qu’est-ce que je fais ?

Le Vieux prit le livre des mains d’Aishlinn et entreprit d’en tourner très lentement les pages. Abban adressa un regard désespéré à sa jumelle, puis le mage reprit la parole de sa voix chevrotante.

— Voilà. Les effets d’une pierre incantatoire peuvent être adoucis par certains baumes, onguents et potions.
— Comment ça, adoucis ? Je veux qu’on me l’enlève.
— Il n’en est pas question dans le livre.

Que le Vieux referma d’un bruit sec.

— Quant à vous présenter l’Apothicaire, je crains que cela ne soit pas possible. Ce n’est pas une fréquentation recommandable pour des jeunes gens comme vous. Le monde de la magie, vous l’ignorez encore, est peuplé de personnes peu recommandables aux intentions obscures et vous, tels d’innocents chevreaux perdus dans l’immensité de contrées encore inexplorées…

Leur hôte n’avait apparemment pas besoin de pierre pour trouver l’inspiration : il s’était lancé dans un discours sans doute maintes et maintes fois répétées sur la nécessité de prémunir la jeunesse contre les mauvaises influences et, apparemment, il comptait l’Apothicaire dans ce nombre. Stefan haussa les épaules devant le regard des jumeaux, pour faire signe qu’il n’y avait pas vraiment moyen d’arrêter la machine et qu’il ne restait plus qu’à attendre la conclusion de ces diluviens conseils.

C’en était beaucoup trop pour Abban, qui disparut brusquement. Et avec lui disparurent Aishlinn, qu’il tenait par la main, et le livre, qu’il ne tenait pas du tout par la main. C’était la première fois qu’il déplaçait un objet qu’il ne touchait pas, mais sur le moment, il ne s’en rendit absolument pas compte, trop occupé à balancer un coup de pied assassin contre le réverbère près duquel ils étaient apparus. Identifier la pierre qu’il avait dans les veines était une médiocre consolation si c’était pour apprendre qu’il n’y avait aucun moyen de l’en extraire. Les larmes aux yeux, Abban s’adossa au capot de Macha, sur lequel le livre inconsciemment dérobé l’attendait sagement.

— N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
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Message posté : Lun 13 Jan 2014 - 17:32 Message
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« Abban… »

Elle venait de se retrouver dans un nouvel endroit alors, sa voix était basse. Elle retrouvait peu à peu une certaine stabilité au niveau de son oreille internet pendant que son frère rageait contre un lampadaire. Action qu’elle entendit plus qu’elle ne vit.

« Abban ? »

Parce que, de son côté, Aishlinn n’avait pas décroché son regard de la voiture et, plus particulièrement du livre qui se trouvait dessus. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Pourquoi est-ce qu’il les avait suivis ? Oui parce que c’était évident que c’était le livre qui n’en avait fait qu’à sa tête. Un peu comme la pierre qui avait décidé de fusionner avec Abban – à croire que c’était à la mode en ce moment de fusionner avec lui. Oh elle avait bien vu Abban se foutre dans son champ de vision, pour s’adosser au capot de la voiture mais, pourtant, elle ne le regardait pas vraiment.

« Abban ! » Son doigt pointa une direction derrière lui. « Qu’est-ce qu’il fout là lui ? »

Dans un réflexe elle attrapa le bras de son frère pour l’attirer vers elle et s’éloigner du livre maudit. Il avait déjà un caillou flashi dans les veines, elle n’allait pas risquer qu’un livre décide de s’introduire dans ses muscles. Puis, plus qu’un livre maudit, elle comprit enfin que ça n’avait peut-être aucun rapport. A aucun moment elle ne se demanda depuis quand son frère pouvait téléporter des choses qu’il ne touchait pas. S’il n’en avait pas parlé, c’est qu’il n’était pas au courant. Il y avait encore des sujets sur lesquelles elle restait confiante. Du coup, un large sourire se dessina sur ses lèvres.

« P’tain, Abban, c’est carr’ment trop cool. » Et voilà qu’elle sautillait sur place. « Attends, t’imagines l’délire, s’tu peux téléporter des trucs qu’tu n’touches pas ? »

Est-ce qu’il suffisait à Abban de réfléchir à un objet pour qu’il apparaisse ? Non parce que, du coup, pour les vols c’était super pratique. Ok, ça enlevait le challenge – et ça, ça lui plaisait pas trop – mais genre, plus besoin de se déplacer il pouvait « invoquer » le truc à lui, non ? Le cerveau d’Aishlinn était en train d’exploser face à toutes les possibilités qui s’offrait à lui, à eux, et… Elle se stoppa tout d’un coup en reprenant un air vachement plus sérieux.

« On s’en fout, excuse-moi. C’est juste que… » C’était le plus fort, qu’il se découvrait toujours de nouveaux pouvoirs, qu’il était parfait et qu’elle ne pouvait pas rêver mieux comme jumeau. Elle secoua la tête. « La pierre… Faut qu’on s’occupe d’la pierre. »

Ouais, donc, le caillou là. Le vieux il avait dit quoi déjà ? Ça restait à vie. Non mais il avait menti, ce n’était pas possible. Abban, il n’allait pas parler comme ça toute sa vie. Si elle demandait à la pierre de lâcher son frère, avec formule de politesse et tout, est-ce que ça pouvait fonctionner pour qu’elle le lâche ? Son regard interrogateur se porta sur Abban avant de juger qu’il y avait peu de chances que ça fonctionne.

« Ok, faut qu’on trouve c’type, l’Apothicaire. L’vieux il a dit qu’il n’était pas fréquentable, pas qu’il n’pouvait pas nous aider. Donc c’est cool. »

Le fait qu’il ne soit pas fréquentable ne l’inquiétait pas tellement en réalité. C’était frustrant, c’était son domaine plus que celui d’Abban – sans vouloir le vexer – et elle se retrouvait sans solution. Appeler Adrian ? Non, non, non. Sauf qu’elle ne voyait pas d’autres options et c’est le vibreur de son téléphone qui la sauva.

« ‘Tain comment il a eu mon numéro cet abruti. »

Heureusement qu’elle changeait régulièrement. Bref, Stefan, il était passé par Louise qui avait balancé le numéro. Celui qu’elle détestait particulièrement devait chercher à se faire bien voir parce que le texto qu’elle venait de recevoir comportait une adresse. Elle releva la tête vers Abban.

« J’ai l’adresse d’une boutique où on peut l’trouver. »

A la tête qu’elle faisait, elle semblait franchement étonnée que ça se passe aussi facilement. Du coup, une fois dans la voiture et la destination atteinte, elle se trouva plutôt sceptique devant la devanture de la petite boutique. Pour quelqu’un qui n’était pas fréquentable, elle trouvait que c’était un peu facile de le trouver.

« J’suis sûre qu’il m’a donné une adresse complètement pourrie. »

Elle haussa les épaules, maintenant qu’ils étaient là de toute façon, autant aller voir, non ? Elle sortit de la voiture et alla récupérer la main de son frère pour prendre la direction de la boutique.
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Message posté : Lun 13 Jan 2014 - 19:19 Message
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On ne la lui faisait pas à lui. Contrairement à certains mages démodés dont nous ne citerons pas le nom — je parle de ceux qui vont dans des boites gays, qui se travestissent dans des beuveries avec de hauts gradés de l’UNISON et qui construisent des harems d’Irlandaises dans des manoirs dignes de Hugh Hefner — contrairement, donc, à ces mages dont l’anonymat est heureusement préservé par la discrétion de cette narration, Abban avait vu tous les Harry Potter et il savait fort bien à quoi s’en tenir : les livres, c’était dangereux et vicieux. Mieux valait ne pas s’approcher.

Très courageusement, l’Irlandais se colla à sa sœur, prêt à ordonner à Macha d’électrocuter sans pitié la bête de cuir et de papier, avant qu’elle ne lui sautât, hérissée de notes de bas de page, à la gorge. Ils avaient de la chance dans leur malheur : ils n’étaient pas tombés sur une grammaire allemande.


Méfiance, donc. L’enthousiasme soudain d’Aishlinn le laissa un instant perplexe. Son regard passa alternativement de la demoiselle qui exultait en se l’imaginant en Paige de Charmed et le livre qui dormait toujours, sous ses airs inoffensifs, sur le capot de Macha. Abban était toujours un peu réticent quand il découvrait un nouvel aspect de ses pouvoirs et, hélas pour lui, cela arrivait de plus en plus souvent. La fin de son adolescence coïncidait apparemment avec le festival chromosomique dans ses cellules mutantes et il avait l’impression que du jour au lendemain, son monde serait chamboulé par un nouveau développement incompréhensible.

Sans conviction aucune, il marmonna :

— Euh ouais, c’est sûr, c’est cool. Pas sûr que je saurais
Le faire à volonté. M’enfin, j’essayerai.


Chaque chose en son temps. Pour l’heure, il essayait surtout d’éviter une brillante carrière de poète de cours ou d’auteur dramatique. Les jumeaux réintégrèrent leur voiture et, une nouvelle fois, Abban céda la place à Macha, avant de se pencher pour jeter un coup d’œil à l’adresse que Stefan, qui se gagnait de seconde en seconde un peu plus sûrement un aller simple pour la baie, venait d’envoyer à Aishlinn. Avec sa connaissance encyclopédique des rues de Star City, le Passeur n’avait aucun mal à deviner qu’ils ne se rendaient pas exactement dans le quartier le plus atypique de la ville et il haussa un sourcil dubitatif.

De fait, ils arrivèrent devant une herboristerie comme il y en avait tant. Abban poussa un soupir. C’était probablement ici. Vous avez dit, ici ?

— Here silence stands
Like heat. Here leaves unnoticed thicken,
Hidden weeds flower, neglected waters quicken,
Luminously-peopled air ascends.

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Sur ces bonnes paroles, les deux jumeaux descendirent de voiture et sonnèrent à la porte de l’herboristerie, bientôt ouverte par Igor, parce que je crois me souvenir qu’il s’appelait Igor. Igor, donc, plié en deux, sa silhouette squelettique se découpant, inquiétante et comme toujours inhumaine, dans l’encadrement de la porte, ombre chinoise anguleuse et sèche dans la lumière pâle qu’une vieille lampe, derrière lui, sur le comptoir, jetait jusque dans la rue, Igor, puisque tel est son nom, Igor, semblable à l’indéchiffrable Sphynge qui jadis interrogeait Œdipe de sa mortelle question, d’une voix caverneuse et monotone, exposa aux jumeaux cette énigme difficile et sans doute insoluble :

— C’est pour quoi ?
— Bien le bonsoir, mon brave ! Où est l’Apothicaire ?
— Pas là. Revenez demain.

Abban leva soudainement les bras au ciel, roula les yeux dans ses orbites et s’exclama :

— Tomorrow, and tomorrow, and tomorrow
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life’s but a walking shadow; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

Spoiler:
 


Igor fixait Abban d’un air pensif et relativement stoïque, comme si tous les jours, décidément, tous les soirs surtout, un adolescent venait frapper à sa porte pour lui déclamer des tirades célèbres du patrimoine anglo-saxon. Abban laissa retomber les bras, le souffle court, un peu échevelé, comme il convenait du reste en un instant aussi tragique. Puis Igor pivota sur lui-même, à la manière d’un automate, pour libérer le passage.

— Entrez.

Les jumeaux pénétrèrent dans la petite échoppe. Tandis qu’Abban se recoiffait, il pouvait admirer les alignements de poudres et d’herbes. En d’autres circonstances, il eût été persuadé d’avoir affaire à un quelconque magasin de naturopathie, mais maintenant qu’il savait qu’il pénétrait dans l’antre d’un puissant sorcier, il ne pouvait porter un regard que soupçonneux sur les différents produits que l’on y vendait. Dans un impeccable français classique, l’Irlandais commenta distraitement :

— Ce mage qui d’un mot renverse la nature
N’a choisi pour palais que cette grotte obscure.
La nuit qu’il entretient sur cet affreux séjour
N’ouvrant son voile épais qu’aux rayons d’un faux jour,
De leur éclat douteux n’admet en ces lieux sombres
Que ce qu’en peut souffrir le commerce des ombres.

Spoiler:
 

C’est pas faux.
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Douze pieds dans ta face

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