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Le Cartel travaille du chapeau

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Message posté : Lun 16 Déc 2013 - 16:39 Message
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***

16 décembre 2013

— Alors, c’qui l’roi d’l’évasion, maintenant ?

Abban arborait un sourire victorieux. Il venait de serrer le dernier lien et il s’était redressé, lentement. Avant de poser un regard souverain sur sa victime.

— Enfin, ptêt qu’y a moyen d’négocier, hein ?

Son sourire de victorieux était devenu entendu.

— Va t’falloir d’solides arguments, c’la dit, mec.

Et ce disant, justement, la main d’Abban était descendue le long du corps de Jake, qu’il venait de ligoter au lit, pour se poser sur la ceinture du jeune homme. Abban ne se souvenait plus exactement du futile scénario et de la prétendue dispute qui l’avaient conduit à attacher son homme au lit le plus proche — celui d’une chambre d’hôtel luxueuse, à quelques kilomètres de leur précédente position — mais ses capacités de réflexion avaient diminué à mesure qu’il avait enlevé ses propres vêtements.

De toute façon, son prisonnier n’avait pas l’air de trop se plaindre. La ceinture était défaite et les boutons du pantalon commençaient à sauter les uns après les autres. Abban touchait au but quand une sonnerie caractéristique, enfin, une sonnerie de trompette retentit dans la pièce. L’Irlandais afficha une moue déçue.

— ‘Tain… J’allais t’faire avouer et tout.

Toujours entièrement nu, il se téléporta près de son pantalon et en sortit son téléphone portable, avant de donner l’une des meilleures raisons du monde pour une semblable interruption :

— C’est la sonnerie d’César.

Et il décrocha. Quand il disait « César », il ne parlait pas, évidemment, de la Grande Manitou du Cartel elle-même, mais de ceux qui gravitaient autour d’elle et qui distribuaient les missions aux membres les plus capables ou les plus méritants. Les affaires de l’État dans les États qu’était la tentaculaire organisation criminelle.

— Passeur ? … Hm… Hmm… Ouais… Nan… bof… ouais, mais là, t’vois, j’suis vachement occupé. J’suis en plein interrogatoire… Mais non j’me suis pas fait arrêter, t’es con ou quoi ?

Tout en répondant avec peu d’entrain, Abban fixait Jake — et son enthousiasme était évident.

— Oulah !

La conversation capta son attention. La preuve, il se baissa pour récupérer ses vêtements, cala le téléphone entre son épaule et son oreille et commença à se rhabiller.

— OK… ‘Faut qu’j’me farcisse encore l’aut’ cinglé, là ? … Non… Non, j’ai rien contre lui, juste qu’il est cinglé, quoi.

Il parlait de Gula.

— Ouais. Ça roule.

Il récupéra son téléphone et coupa la communication, avant d’enfiler son pull et se téléporter à côté de Jake.

— Navré, beau gosse, mais tes aveux devront attendre.

L’Irlandais se pencha au-dessus de son compagnon pour détacher les rubans dérobés quelques minutes plus tôt dans une mercerie et dont il s’était servi pour fixer les poignets de Jake aux barreaux dorés du lit.

— Mais si t’as rien d’mieux à faire, t’peux m’accompagner dans une mission dangereuse auprès d’un gang satanique plein d’psychopathes. Franchement, après, t’viendras pas d’plaindre que j’te propose jamais rien d’romantique, hein.

Abban tendit la main pour aider Jake à se relever, puis il le plaqua contre le mur, se plaqua contre lui, se hissa sur la pointe des pieds et passa un peu de sa frustration dans un baiser que la chasteté ordinaire qui me caractérise toujours m’empêche de décrire et dont nous saurons simplement qu’il fut fougueux et accompagné de mains indiscrètes. Puis les lèvres d’Abban se détachèrent avec un soupir de déception. Qu’il était difficile parfois d’être un criminel consciencieux !

— T’es qu’en sursis, méfie toi. Dès qu’j’te recoince dans une chambre, j’te fais ta fête.

Bien à contrecœur, il referma les boutons qu’il avait défait et reboucla la ceinture en expliquant :

— T’sais, les Purple Hats, là ? J’avais un peu enquête sur la question, ‘vec Gula. ‘Fin, j’étais censé faire l’transport, mais rien s’passe jamais comme prévu. Bref. Là, j’sais pas, c’est l’esprit d’Noël, y sont tous vachement à crans, entre l’Trident et les Purple, du coup, César veut des infos sur tout l’monde. Elle doit faire sa liste de cadeaux. Bref. Faudrait qu’j’aille jeter à nouveau un coup d’œil. T’sais, voir c’qui s’dit dans la rue, faire l’tour des contacts, cambrioler un ou deux bureaux, c’genre de trucs.

La dernière fois, la mission théorique s’était finie, en pratique, avec un pervers psychopathe qui avait tenté de lui arracher un œil et une sorcière hautaine qui avait voulu faire déchiqueter Gula par l’un de ses démons de compagnie. Abban disparut, apparut à côté du pull de Jake, disparut, apparut en face de Jake et lui enfila son pull d’autorité. Quand la tête de l’Américain émergea du vêtement, l’Irlandais expliqua très sérieusement :

— Mais c’est dangereux. J’veux dire, dangereux pour de vrai. Du coup, c’est cool pour entretenir son image de marque d’vant César. Mais t’es pas forcé d’venir. C’est juste, c’est pas, si t’as envie d’voir ce qui s’fait en dehors du Gang des Fables… Ou alors si tu veux m’admirer et me dire combien j’suis sexy sur l’terrain. C’genre de choses.

En attendant la décision de Jake, les mains d’Abban s’étaient glissées dans les poches arrière du pantalon de l’Américain et lui massaient les fesses, avec la nostalgie d’un après-midi qui aurait pu être beaucoup plus divertissant.
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Message posté : Lun 16 Déc 2013 - 22:39 Message
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Jake avait abandonné toute volonté de résister. Étendu sur un lit dans une luxueuse chambre d’hôtel, il était attaché et dans l’incapacité de se libérer… Enfin, il aurait très bien pu, mais comme déjà dit, il n’en avait pas la volonté. Un superbe éphèbe dans le plus simple appareil avait entrepris de le torturer pour lui faire avouer il ne savait trop quoi, alors, il se laissait tout simplement faire. Il protesta par un petit « oh noooon » quand Abban s’attaqua à sa ceinture, mais rien de bien convaincu, ni convaincant. Mais la perspective d’être bientôt déshabillé s’envola quand retentit une trompette… la sonnerie du téléphone de l’Irlandais… Le conteur poussa un petit soupir… Mais il profita tout de même du spectacle de son amant tandis que ce dernier parlait à « César », ou plus certainement, quelqu’un de son entourage.

Et finalement, le coup de fil fut bien trop important pour que le petit jeu continue… Abban commença à remettre ses vêtements, raccrocha, puis se téléporta jusqu’à côté de Jake, toujours entravé. Une fois détaché, il réfléchit à la proposition, pendant une demi-seconde. Une mission avec le Passeur, évidemment, qu’il allait accepter ! De toute façon, il n’eut pas le temps de répondre, que déjà il était plaqué contre le mur le plus proche, les lèvres de son amant lui dévorant les siennes avant une passion indécente. Et il rendit le baiser, sans y mettre moins d’envie. Ça ne compensait pas le fait qu’ils n’allaient pas passer l’après-midi rêvée, mais c’était tout de même quelque chose… Quelque chose qui ne dura malheureusement pas. Le boulot d’abord…

L’Américain afficha un air qui signifiait qu’il comptait bien qu’Abban lui fasse sa fête, puis il écouta attentivement les tenants et les aboutissants de la mission. Les Purple Hats, donc. Wildcard rassembla le peu d’informations qu’il avait sur ce groupe. Et il apprit que son Irlandais s’y était attaqué, en compagnie de Gula. Et il fallait continuer le travail, aller chercher à gauche, à droite, de quoi mettre sous le sapin du Cartel. Sans pouvoir dire quoi que ce soit, Jake se retrouva avec son pull sur la tête. Quand il vit de nouveau la lumière du jour, ce fut pour se voir affirmer que ce serait dangereux, qu’il y avait des risques… et qu’il pouvait aussi admirer son jeune amant sur le terrain. Il passa les bras autour d’Abban et le regarda droit dans les yeux, en tâchant de ne pas penser aux effets que lui faisaient les mains de l’Irlandais… même si ce dernier pouvait en être bien conscient…

Il était une fois un jeune Irlandais qui parlait, parlait, parlait… commença-t-il, avant de l’embrasser, pour couper court aux récriminations. Et ne laissait pas son partenaire lui dire qu’il avait hâte de se lancer dans cette aventure avec lui.

Et c’est avec un grand sourire qu’il conclut cette manière originale de dire « oui ». Il prit les mains d’Abban et les ôta de ses poches, avant de les garder dans les siennes.

Si tu continues, je ne vais pas pouvoir être opérationnel.

Presque à regrets, il lâcha l’Irlandais et alla rassembler les quelques affaires qui lui avaient été enlevées à leur arrivée dans la chambre. Quand il fut certain de n’avoir rien laissé derrière lui, il se tourna vers Abban.

Paré ! Par contre, je n’ai pas vraiment l’intention de me lancer là-dedans avec cette tête… Sauf si tu as une idée, dit-il, en désignant son visage, puis en sortant un pot de maquillage noir. Dans tous les cas, je ne vais pas avoir le temps de faire un truc parfait, mais je pourrais au moins me rendre un peu anonyme, sur le trajet, dans…

« Dans Macha » sonnait vraiment bizarre.

… dans ta voiture.

L’idée venant d’Abban, et même s’il pouvait participer à l’élaboration du plan, Wildcard laissait son amant avoir le dernier mot. Il remit le pot dans sa poche et rejoignit son amant, pour lui prendre la main.

Téléportation ?

Et peu après, ils étaient assis dans la Voiture Fantôme. Jake se sentait un peu en roue libre. L’histoire de la mission était tombée un peu comme ça, mais si sa chance l’avait voulu, il n’allait pas protester. Il allait juste se laisser porter, et mettrait sa touche quand il le faudrait. Après tout, il était un chef de Gang… Et à la réflexion, peut-être que porter le maquillage n’était pas la meilleure des idées. Au contraire, l’anonymat pourrait lui servir. Il en fit part sans attendre à Abban :

Ouais, en fait, laisse tomber le maquillage. Avec ma tête incognito, je serai plus discret. Mieux vaut que je ne me fasse pas remarquer, hein ? Je n’y vais pas pour faire le show. Là, ça sera plutôt ton rôle, et je pourrai te dire à quel point tu es beau dans l’action !
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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 7:34 Message
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Avec une poétique mélancolie, Abban murmura :

— ‘Tain, moi j’ai bien une idée à ce pour quoi j’pourrais t’rendre opérationnel…

Et son regard s’arrêta à un endroit très précis du jeans de Wildcard. Cela dit, s’il ne rendait pas service à César, il risquait fort de n’être plus lui-même opérationnel pour quoi que ce fût et mieux valait ne pas trop contrarier sa généreuse mais parfois sévère employeuse. Il attrapa donc la main de Jake, à défaut d’attraper autres choses, et les deux amants apparurent bientôt dans un parking souterrain, pour embarquer à bord de Macha, qui d’une voix légèrement étonnée interrogea :

— Déjà ?
— Bah vas-y, dis qu’j’te dérange.
— J’étais en train d’regarder des spots de sécurité routière.
— J’savais pas qu’t’aimais les films d’horreur.

Après tout, ces clips-là étaient pleins de voitures accidentées.

— Rien de tel qu’un petit frisson de temps à autre.

Abban échangea un sourire avec Jake, avant que l’Américain n’exposât sa théorie sur le maquillage. Abban hocha la tête.

— C’comme tu veux. Mais ouais, incognito, c’pas mal aussi.

Abban tendit la main pour caresser la joue de son compagnon, la glissa sur la nuque et l’attira vers lui pour un nouveau baiser. C’était un peu comme se lever le matin (à quatre heures et demie) : on avait du mal à quitter son lit. Il dut bien rompre une nouvelle fois le baiser, puis le suivant et le suivant encore, avant de se décider à démarrer pour de bon. La voiture quitta le parking mais il ne roula pas trop vite, le temps de réfléchir à la marche à suivre.

Il en profita pour mettre Jake au courant de sa précédente aventure.

— Bon, la dernière fois, j’tais avec Gula, donc, t’sais, le type zarbi avec les histoires flippantes, là.

Il n’avait pas l’air de le porter dans son cœur et s’il avait su que Gula et Wildcard se connaissaient, se connaissaient même trop bien, il était probable que ses sentiments pour le Maître des Peurs se seraient encore dégradés.

— Bref, on a été dans un bar des Purple Hats, là. En gros, y a une sorte de conseil, des vieux qui gèrent les opérations. Puis y a des lieutenants, assez classique, quoi. Genre, le patron du bar, plutôt pragmatique. Et une sorcière, indépendante en fait, dérangée. Et les relations entre eux sont pas fantastiques. Bref, la sorcière a une sorte de secte dans le gang. Et ils ont aussi un projet ou une personne ou un objet qu’ils appellent Tonnerre, mais ça, Gula m’en a pas dit plus.

Et il n’avait pas vraiment posé de question. Abban n’avait pas pour vocation de servir d’enquêteur au Cartel et il avait essayé de s’impliquer le moins possible dans la suite de l’affaire, une fois l’extraction de Gula et de son acolyte accomplie, précisément pour éviter qu’on le relançât sur les traces du gang — une stratégie qui, de toute évidence, n’avait pas payé, puisqu’on venait de lui gâcher son après-midi.

— Bref, z’ont d’grands projets et une organisation plutôt instable. J’pense que d’plus politiciens qu’moi arriveraient à faire péter ça d’l’intérieur avec les bonnes infos. J’suppose qu’c’est pour ça qu’on est là.

S’il avait été mobilisé une nouvelle fois, c’était sans doute pour son immense réseau de contacts. En tant que transporteur et cambrioleur, Abban frayait avec toute sorte de gens, des criminels les plus endurcis ou grands bourgeois désireux de déplacer une œuvre d’art en toute sécurité. Le Passeur n’était certes pas un exemple de sociabilité ni de diplomatie, mais son efficacité lui ouvrait des portes qu’il veillait, avec un sens aiguë de la carrière, à ne jamais se laisser refermer.

— On va commencer par interroger deux trois d’mes contacts.

Pour commencer en douceur. Macha accéléra brusquement en prenant la direction de la Fremont Street à la sinistre renommée, qu’Abban connaissait bien. La voiture ne tarda pas à gagner un terrain vague, qui avait dû être, bien des années auparavant, un projet immobilier, mais que la faillite de promoteurs successifs avait finalement laissé à l’abandon. Le véhicule s’enfonça dans ce qui restait d’un ancien immeuble, pour se dissimuler au regard, et les deux hommes le quittèrent.

Les mains dans les poches, Abban parcourait d’un pas tranquille et familier cette rue qui constituait l’un des hauts lieux de la criminalité à Star City. Il finit par indiquer d’un geste de la tête un immeuble passablement délabré, devant lequel deux gamins de douze ou treize ans montaient la garde. Abban gravit les quelques marches du perron et les gamins levèrent un instant les yeux vers lui, le reconnurent et s’écartèrent sans donner l’alerte. À l’intérieur, le bâtiment n’était pas vrai en meilleur état : l’ascenseur était hors service quasi depuis sa construction, dans les années soixante-dix, et les escaliers se répandaient en craquements peu engageants quand on les gravissait.

L’Irlandais conduisit Jake au troisième étage et frappa à une porte crasseuse. Il y eut des bruits de pas, un silence, puis la porte s’ouvrit, sur un homme d’une trentaine d’années, à l’épaisse tignasse frisée.

— C’est qui lui ?

Il avait montré Jake du doigt.

— Mon mec.
— Ton mec… ?
— Ouais. Ça t’pose un problème ?

L’homme pâlit.

— Euh… nan. Nan nan. Vas-y, rentre.

Le couple pénétra dans un appartement extraordinairement ordonné. Si l’on ne prêtait pas attention aux dizaines, centaines, peut-être milliers de journaux, soigneusement rangés par titres et dates, qui formaient des piles à taille humaine, dans les couloirs, dans le salon, dans toutes les pièces, en réalité.

— Asseyez-vous sur le canapé.

La politesse n’était pas en revanche la grande spécialité de leur hôte. Il avait néanmoins désigné un minuscule canapé encadré par deux colonnes de journaux. Il s’assit lui-même sur une chaise, en face d’eux, et se mit à fixer le Passeur d’un air absent, sans autre préambule.

— T’sais quoi sur les Purple Hats ?
— Oh la, j’veux pas d’ennuis moi.
— Tu veux pas d’ennuis avec moi, ouais, j’te l’garantis. Alors, les Purple Hats ?
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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 13:05 Message
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Après un nouveau baiser, la voiture démarra. Et Abban commença à résumer l’histoire. Jake se contenta d’un vague signe de tête concernant Gula, chassant de son esprit le souvenir particulièrement intense qu’il avait en commun avec lui. Mieux valait ne pas en dire plus, parce que même si c’était du passé et que rien n’était arrivé depuis, c’était typiquement le genre de choses auquel l’Irlandais pouvait mal réagir, et le moment était mal choisi pour se payer une crise de jalousie. C’était une fois, pour le fun, bien avant qu’il rencontre Abban. Point. Et donc, la structure des fameux Purple Hats semblait plutôt classique : un conseil de vieux, des lieutenants, un peu comme dans les films sur la mafia italienne. Et il y avait même une sorcière dans le lot. Jake espérait ne pas la croiser, parce que la dernière expérience avec une sorcière lui avait donné envie de lui arracher la tête. Au sein même du Circus Maximus…

Macha rejoignit un quartier particulièrement mal famé, pas le genre à faire peur aux deux garçons, et ils se retrouvèrent bientôt devant un immeuble gardé par deux gosses. À l’intérieur, c’était plutôt miteux, mais Wildcard se prit à y trouver un certain charme. Ça lui rappelait un peu l’As de Pique, du moins dans les parties communes. Il y avait peu de chance pour qu’ici les logements soient dans un meilleur état. Le conteur se retint de saisir le doigt tendu du mec qu’ils étaient venus voir et de le tordre pour lui apprendre les bonnes manières. Mais il resta sur le « mon mec » qui fit naître sur ses lèvres un petit sourire. Ils slalomèrent entre les piles de journaux et s’installèrent finalement sur un canapé, face au type frisé qui flippa à l’évocation des Purple Hats.

Ouais, mais j’veux pas d’ennuis non plus av… ouais, pas d’ennuis.
Pas d’ennuis avec les Purple Hats non plus ?

Frisette sembla se maudire intérieurement de n’avoir pas su se taire.

Je cause avec le Passeur. T’as beau être son mec, ici, t’es chez moi, alors… Wow, assieds-toi, je… Attends…

Jake s’était levé et se tenait juste devant l’indic, qui s’était tassé sur sa chaise, bras levés pour se protéger de ce qui aurait pu lui arriver.

En fait, t’es une grosse lavette, hein ?
Moi ? Mais ça va pas, je… commença l’autre, en tentant de reprendre contenance. Je… Enfin…
Ouais, c’est bien ce que je pensais.

Wildcard retourna s’asseoir sur le canapé. Qui était si petit que leurs cuisses étaient en contact.

Et donc, tu as des contacts avec les Purple Hats ? Tu as laissé entendre qu’ils pourraient te créer des ennuis ?

L’indic resta un moment silencieux, comme s’il cherchait comment se sortir de cette situation. Après s’être tortillé un peu sur son siège, il se résigna. D’un grand geste, il désigna les piles de journaux.

Ouais, forcément, hein, avec tout ça, on s’intéresse à ce que je sais.
Et qu’est-ce que tu sais ?
Si vous saviez…
Justement, on est là pour savoir.
Ah oui, mais ça, c’est pas forcément gratuit.
Les « ennuis », c’est gratuit, par contre. Ça serait pas cool pour toi si ça venait des deux côtés en même temps, en plus.
Hein ? Oh, doucement, les mecs. Moi je suis un honnête citoyen qui lit les journaux.
Et qui vend les informations qui échappent à tout le monde à ceux que ça pourrait intéresser.
C’est une manière de voir.
Les Purple Hats, par exemple.
Non, pas vraiment… Enfin, si, un petit peu… Ou… Bon… Ouais, mais vous savez, euh…

Il regarda autour de lui, comme pour s’assurer qu’il n’y avait aucune oreille indiscrète. Puis il se pencha en avant et dit à voix basse :

Je leur vends surtout des conneries… Pas des grosses, grosses conneries, parce que ça me grillerait, mais des infos incomplètes, quoi. Alors que vous, les gars, vous avez tout le tableau à chaque fois !

La lavette se redressa et prit une expression de fierté, comme s’il venait d’achever un exposé particulièrement brillant.

Cool, super. Et donc, puisque tu es en contact avec eux, tu nous donnes des infos ?
Vous êtes pressés ? On peut prendre le temps de…
Ouais, on est pressé. Alors, cause.
Pas cool, les mecs. Pas cool… J’aurais bien un petit truc pour vous… Une livraison pas très loin d’ici. Quelque chose en rapport avec la drogue.
Oh, bien, parfait. Tu donnes toujours les infos au compte-gouttes ou faut te les faire cracher ?

Depuis le début, Jake était parfaitement calme. Il regrettait de ne pas avoir son maquillage, maintenant. S’il l’avait eu, il est très probable qu’il aurait eu les informations dans la première minute. Là, ça traînant en longueur… Le frisé pâlit avant de se tourner vers Abban.

Je trouve que ton mec est agressif. Faut qu’il se détende, un peu. Moi, ça me crispe. Et quand je suis crispé, je suis bien moins coopératif.

Wildcard retint un soupir exaspéré. Il allait laisser à son copain la suite de l’entretien.
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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 14:25 Message
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Jake avait cerné sans peine une partie des talents si particuliers de Frisé, qui ne le disposait certes pas à devenir le super-criminel de demain, mais qui en faisaient en revanche un indicateur atypique et souvent parfaitement fiable — pour peu qu’il vendît les bonnes informations. Surtout, Frisé était prudent, très prudent, et c’était une qualité qu’Abban, contre toute attente, goûtait. Le jeune homme était du genre à couper les ponts très rapidement avec le moindre contact un peu instable, comme il l’avait fait avec Rune après l’avoir vu trop engagé dans les paris au Circus Maximus. L’Irlandais n’aimait pas de dépendre de ceux qui dépendaient trop du monde. Et Frisé… Eh bien Frisé ne sortait beaucoup.

D’ailleurs, malgré ses qualités d’âpre et exaspérant négociateur, Abban le soupçonnait de remplir ses fonctions par amour du défi intellectuel, un peu comme d’autres faisaient des mots croisés. Il n’y avait qu’à examiner l’immeuble sans élégance dans lequel Frisé avait trouvé refuge pour comprendre qu’il ne vivait pas comme un pacha du revenu de ses activités. Cela dit, Abban ne se pressa pas pour prendre la défense de son informateur, que Jake malmenait quelque peu — bon flic, mauvais flic, c’était un numéro très efficace et même si le jeune homme n’avait pas l’habitude de se retrouver dans le premier rôle, il saurait s’en accommoder.

Le commentaire final de Frisé sur « son mec » fut accompagné d’un regard évaluateur d’Abban sur Jake.

— Hmm…

L’Irlandais haussa les épaules.

— Ouais. Un peu. Mais ç’pas sa faute, tu vois, c’t’une sorte de maladie. Il a b’soin d’passer ses nerfs, de temps en temps. Mais avec moi, il est vachement zen, hein.

Frisé jeta un nouveau regard peu rassuré à Jake.

— Bon, écoute, Jodd. C’t’évident qu’tout travail mérite salaire, hein. Tu m’connais, j’t’ai déjà laissé tomber, hein ?
— Non…
— Non, on est d’accord. C’est donnant-donnant, comme ça qu’marchent les affaires et toi et moi, on a toujours bien fait affaires ensemble, pas vrai ?
— Si.
— Bah tu vois. Détends toi, là. On est un peu pressés, c’vrai, mais t’sais, s’tu travailles efficacement, ça s’ra pas oublié, hein.

Frisé hocha lentement la tête. L’air de ne pas y toucher, Abban ajouta :

— Mais si t’as besoin d’temps et tout, y a pas d’problème. Moi je comprends. Alors, j’ai deux trois bricoles à faire, mais j’te laisse avec Jake, là, et puis j’reviens quand t’as fini.
— Non mais c’est bon ! C’est bon !

Frisé s’était levé brusquement pour appuyer son exclamation. Il contourna une montagne de journaux et ouvrit une vieille commode de grand-mère pour en sortir un petit calepin. Revenant s’asseoir en face des deux criminels, il se mit à écrire une série d’indications d’une écriture fine, serrée et méthodique. Abban s’enfonça dans le canapé en attendant, passant un bras autour des épaules de Jake. Et posant un pied sur le bord de la table basse, ce qui eut pour effet d’interrompre le très maniaque Frisé, qui lui lança un regard anxieux.

— Ouais ?
— Rien rien.

Et Frisé reprit sa page d’écriture. Il finit par l’arracher du carnet la tendre à Abban, qui se pencha en avant pour la récupérer et remercia le Ciel de lui avoir donné de si bons yeux : il en fallait pour déchiffrer les fins tracés de son indicateur. Il y avait la date — le jour même — l’heure — dans cinq heures — l’adresse exacte et une liste de noms possiblement liés à l’affaire. Après avoir parcouru les informations, Abban tendit la feuille à son ami, avant de sortir de sa poche une carte bancaire — enfin, ce qui ressemblait de loin à une carte bancaire : une puce sur du plastique, sans écriture ni marque aucune.

— C’est combien ?
— 1 000 libres plus 2 000 débloqués demain si ça se vérifie.
— C’est tout ?
— Trois milles dollars du quart d’heure, tu vas pas chialer sur ton sort non plus.

Frisé haussa les épaules. On ne pouvait pas lui reprocher d’essayer. Mais Abban ne comptait pas augmenter un salaire qu’il trouvait déjà généreux. Le jeune homme se releva et, sans vraiment saluer celui qui venait de lui transmettre des informations pour lesquelles, il est vrai, il risquait sa propre sécurité, l’Irlandais quitta les lieux, afin de rejoindre la Fremont Street, sous l’œil un peu curieux des gamins. Dehors, Abban se retourna vers Jake.

— Ça nous laisse un peu d’temps pour faire l’tour du circuit d’la drogue, par ici. Voir un peu comment ça se fournit.

Il n’avait pas l’air enchanté.

— La dope, c’pas ma spécialité, j’avoue. J’transporte pas c’genre de choses.

C’était pourtant l’une des activités les plus lucratives du Cartel, mais il y avait bien des choses que le Cartel faisait dont Abban, par un ensemble de convictions pas toujours très cohérent ni très réfléchi, préférait se tenir éloigné. En tout cas, ils reprirent la marche. Il avait beau ne pas se mêler de ces affaires, il savait fort bien où se trouvaient les petits revendeurs du Cartel et c’était par eux qu’il souhaitait commencer : eux étant, en quelque manière, de façon un peu lointaine, ses subordonnés et ceux de Jake. Répondre à leurs questions serait pour eux un devoir.

Jake et lui ne tardèrent pas à arriver dans une cour entourée par des rangées de logements sociaux sur lesquels la municipalité n’avait pas dû se pencher depuis bien longtemps.

— J’vais enregistrer ça. Des fois qu’les p’tits balancent de la merde pour nous doubler. Toujours bien d’pouvoir réentendre les taupes parler. Tu m’fais ça, Mach’ ?
— Sans problème.

La voix de la voiture s’était élevée de la montre d’Abban. C’était parfois à se demander comment une intelligence artificielle avait fini par être capable de décrypter les discours argotico-métaphoriques scandés par l’accent irlandais qui caractérisaient Abban. En tout cas, il était aisé de constater que les maîtres des lieux, un groupe de jeunes qui tenait le milieu de la cour, savaient pour leur part parfaitement à qui ils avaient affaire. Quelques regards échangés entre eux transpirèrent l’inconfort. Le Passeur n’était pas réputé pour être violent. Mais il n’était pas non plus réputé pour être particulièrement prévisible. Et surtout, s’il descendait jusqu’à eux, lui qui vivait dans le Cartel d’en haut, celui des grands coups et des Voitures Fantômes, c’était peut-être qu’ils avaient un sacré problème.

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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 15:28 Message
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« Good cop, bad cop », c’était classique, mais ça marchait très souvent. Jodd sentit que les ennuis dont il parlait pouvaient lui arriver incessamment sous peu, aussi prit-il sur lui de fournir sans plus attendre les informations qu’étaient venus chercher les deux garçons du Cartel. La lavette frisée dut être plus que soulagée quand elle ferma la porte derrière eux. Son petit quotidien ne devait pas souvent être dérangé. Il y avait sans doute des menaces, mais probablement pas directement dans son salon. Trois mille dollars, Jake trouvait que c’était un peu cher. Ce n’était pas une question de moyens, bien sûr, mais il savait aussi donner de la valeur à certaines choses. Une date, une heure, un lieu, des noms. Mille à mille cinq cents dollars maximum. Si ça s’avérait juste. Si ça n’était pas le cas, le Gang des Fables jouerait un bien mauvais tour à Jodd.

La drogue, c’est pas trop mon rayon non plus. Sauf quand elle très, très spécifique.

Et encore, on pouvait plus parler de « substances bizarres » quand on évoquait les différentes mixtures que possédait Jake.

Mais j’ai déjà croisé quelques-uns des types qui organisent le truc directement dans la rue.

Et alors que Macha se chargerait d’enregistrer la conversation avec les revendeurs, eux tâcheraient d’en savoir un peu plus. Ceux qu’ils allaient rencontrer était tout en bas de la hiérarchie. Ils ne donnaient d’ordres à personne. Et même si ça n’était pas une raison pour les traiter comme des moins que rien, Jake savait très bien qu’ils n’avaient pas les moyens d’outrepasser leur statut. Abban et lui parvinrent enfin au cœur d’une sorte de cité à logements sociaux. Au milieu, dans une espèce de square miteux, autour d’un banc, se trouvaient ceux qu’ils cherchaient. Et qui n’avaient pas l’air plus rassurés que ça en voyant arriver le Passeur.

Yo mec ! Une visite de là-haut, c’est la classe ! lança un des mecs, en s’approchant, bras levé, prêt à « checker ».

Ce qui fut un échec total. Il baissa le bras et jeta un œil en arrière, vers ses potes, qui eux n’avaient pas bougé. Ce fut Jake qui prit la parole :

Au moins vous savez à qui vous avez affaire. Ça va simplifier les choses.
Grave, mec ! Nous on fait du bon boulot !
Bien sûr, je n’en doute pas. Vous êtes efficaces, vous êtes justement récompensés, rien à redire sur ça.
Grave ! reprit le type, en prenant une posture ridiculement fière.

Jake lui passa devant et fit signe à un des hommes assis sur le banc de se pousser, ce qu’il fit. Wildcard s’installa. Encore une fois, il regretta de ne pas avoir son maquillage… Mais l’anonymat permettait aussi une discrétion qui, pour une fois, pourrait être bien utile.

Vous êtes satisfaits de votre situation, n’est-ce pas ?
Bien sûr, mec ! lança sans attendre le « chef », suivi par quelques autres.

Jake nota bien qu’un des dealers restait un peu en retrait et n’avait pas décroché un mot.

Si vous aviez une proposition émanant… d’une autre organisation, vous refuseriez, n’est-ce pas ?

La question posée directement jeta un froid dans la bande. C’était maintenant qu’on allait savoir si les Purple Hats avaient tenté de s’approcher des revendeurs du Cartel pour se les approprier.

Ouais, euh… ouais, sûr, mec. On a un patron, on change pas.

Jake s’adressa à son voisin de gauche, puis celui de droite, puis aux autres, individuellement, et tous eurent la même réponse. Puis vint le tour du dernier, celui qui restait un peu en retrait. Cette fois, le conteur se leva et se dirigea vers lui, tout en lançant d’une voix forte :

Et toi, l’ami, qu’en penses-tu ?

Être ainsi interpelé sembla déstabiliser l’homme, qui balbutia un peu avant de répondre :

Je… euh… moi… euh… ouais… je… le Cartel… ouais, que le Cartel… personne d’autre…
Même pas les Purple Hats ? murmura Jake, arrivé juste devant lui, de façon à ce que seul le type l’entende.

Une drôle de lueur passa dans son regard. Dans la seconde qui suivit, il avait sorti un flingue et le pointait droit sur le cœur du conteur.

Putain ! Lâche-moi ! J’ai rien fait ! C’pas ma faute !
Pas ta faute ? Ils t’ont forcé ? Tu peux me le dire.
T’sais rien d’moi, recule, ou j’te bute ! J’te jure, j’vais l’faire !

Mais Jake ne reculait pas. Il leva lentement les bras. L’autre réagit au quart de tour et tira en l’air, tout en faisant un pas en arrière. Le leader du Gang des Fables n’avait pas bougé.

Tu vois, je suis pas armé, je ne suis pas une menace.
Y a le Passeur, lui il est dang’reux… Recule, j’te dis !
Tu crois que me buter va améliorer ta situation ? Pense à ta famille, pense à ce que tu vas subir avant de crever si tu déconnes.

Wildcard se demandait s’il devait pousser le mec à tirer ou pas. Est-ce que sa chance était toujours avec lui ? Il ne fallait pas que le type s’enfuit. Abban aurait certainement les moyens de l’arrêter, mais on ne pouvait être sûr de la réaction des autres. Même s’ils avaient laissé entendre qu’ils étaient loyaux au Cartel, peut-être avaient-ils bien mieux menti que leur camarade traître. Abandonnant l’idée de temporiser, Jake se jeta en avant pour attraper l’arme à feu.
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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 18:15 Message
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Le regard glacial que jeta l’Irlandais à celui qui tenta de s’octroyer un petit geste de complicité avec le Passeur en dit long sur les sentiments de l’Irlandais. Abban n’aimai pas la drogue, comme il n’aimait pas les médicaments et l’alcool. Mais les médicaments et l’alcool, il pouvait à la rigueur en concevoir la nécessité. La drogue avait le double désavantage d’être une substance étrangère nocive et un instrument de contrôle. C’était une prédation des faibles sur les faibles. Pour Abban, le crime était tout autre chose — une forme d’anarchie. Une forme de lutte. Et dans la lutte, il y avait un code moral.

Il ne fut pas fâché de laisser à Jake le soin de mener la conversation et d’incarner la menace silencieuse qui planait sur l’assemblée. Aucun de ces gamins n’avait jamais eu l’occasion de vérifier si les quelques légendes qui couraient sur le Passeur étaient véridiques ou non. Abban n’était même pas sûr de savoir lui-même ce que l’on disait exactement de lui. Prodige de la gâchette qui ne tirait presque jamais sur personne, as du volant qui conduisait une voiture silencieuse et force de frappe plutôt pacifique, l’Irlandais ne facilitait guère la vie de ses hagiographes, avec son sens des paradoxes.

Comme son compagnon, il repéra sans peine le dealeur en retrait. L’Irlandais croisa les mains dans le dos. L’une d’entre elles se glissaient déjà sous son blouson et sous son tee-shirt pour se refermer sur la crosse de son Glock. Il eut un léger sourire, malgré lui, en songeant que c’était dans une situation similaire qu’il avait la première fois rencontré Jake. Le ton montait. Pendant quelques secondes, le regard d’Abban se promena rapidement aux alentours. Derrière les murs. Derrière les fenêtres. Pour vérifier qu’il n’y avait pas d’autre menace.

Et quand Jake se jeta pour récupérer l’arme, l’Irlanais apparut derrière leur suspect récalcitrant et cola le canon de son revolver sur sa peau, avant qu’il n’eût la mauvaise idée de se débattre.

— Lâche ton flingue ou j’t’apprends à respirer par la nuque, du con.

Le calme revint brutalement dans le petit square. Le dealer finit par murmurer d’une voix presque suppliante.

— J’ai rien fait, c’est pas moi, j’ai pas voulu.

Abban jeta un rapide coup d’œil aux autres petites frappes qui regardaient la scène avec un mélange de crainte et de fascination morbide.

— Barrez vous. Maintenant.
— OK, mec, OK. Dis bien là-haut qu’nous on est réglos, hein.

Avec un sens de la solidarité inversement proportionnel à leur instinct de survie, les membres de la petite troupe tournèrent le dos sans hésiter à leurs anciens camarades et mirent autant de distance que possible entre le Passeur et eux. Abban tendit la main à Jake. Serra celle du jeune homme dans la sienne. Puis effleura celle du dealeur. Et les trois hommes disparurent. Dans le terrain vague, l’Irlandais serrait les dents alors qu’une crampe généralisée contractait ses muscles. Les joies de la téléportation de groupe.

Heureusement, sa proie ne s’en souciait pas. Elle était occupée à rendre ce qui lui avait servi de déjeuner, au pied d’un vieux bidon à essence. Abban frémit, serra un peu plus la main de Jake avant de la libérer et de se reprendre.

— Vous allez m’buter, hein...
— Pas mon boulot.

Il voulait bien se diversifier, mais il y avait des limites.

— Mais vas-y, crache ton histoire.
— Y a pas d’histoire…
— Bon, en fait, j’vais ptêt te buter…

Abban avait relevé son arme pour la pointer de nouveau sur le dealeur, mais dans le regard de celui-ci, les deux criminels purent lire une peur qui n’avait pas grand-chose à voir avec le pistolet. L’adolescent finit par hausser les épaules et murmurer d’une voix résignée :

— Vas-y,, de toute façon, c’est foutu.

L’Irlandais fronça les sourcils.

— Quand tu dis qu’t’as pas eu l’choix, tu veux dire quoi ?
— J’étais obligé.
— Ouais, super, merci pour l’cours de sémantique. Mais sinon ? Ils t’ont menacé ?

Le dealeur secoua la tête.

— Alors ?
— Vous m’croirez pas, de toute façon, c’est foutu.
— T’as croisé une sorcière.

Le dealeur écarquilla les yeux.

— Vous savez pour les Prêtresses ?

Eeeeeuh…

— ‘Videmment. Mais raconte toujours.
— J’étais… j’étais dans une cave, enfin dans une grotte, elles m’ont emmené dans une grotte, et elles m’ont attaché et elles m’ont mis un truc, un truc dans le nombril, et je peux pas… Je peux pas faire autrement, je peux pas, sinon, j’ai pas ma dose, et c’est horrible, et ça remonte, et…
— Oh là, zen.

Abban essayait de ne pas avoir l’air trop dégoûté par le tableau peu ragoutant que leur peignait leur otage.

— Elle est où, la grotte ?
— J’sais pas.
— C’est quoi, ta dose ? La drogue, c’est quoi ?
— J’sais pas. Une sorte de gelée.
— Coke, exta, amphi, champi ?
— Nan, rien d’tout ça.
— C’est l’matos qu’i’ dealent ?
— Non plus.
— Et elles t’ont foutu quoi, dans l’ventre ?
— J’sais pas, putain, j’sais pas !

L’adolescent recommençait à s’agiter. Abban sursauta quand la forme d’un vers se dessina brièvement sous la peau de son visage, suivie de quelques autres. Bientôt, les yeux de son interlocuteur se remplirent de noir. L’adolescent fut parcouru d’un violent tremblement. Une coulée noir sortit de ses narines et de ses yeux. Et quelques secondes plus tard, il était mort, allongé sur le sol.


Abban déglutit péniblement avant de murmurer :

— Ville à la con.
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Message posté : Mar 17 Déc 2013 - 19:58 Message
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Abban réagit dans le centième de seconde qui suivit, empêchant sans doute un coup de feu malheureux. Jake parvint à saisir le canon de l’arme et le dévier pour ne plus être dans la ligne de tir. L’autre, docile, lâcha son flingue, considérant qu’avoir un trou à l’arrière de la tête n’était sans doute pas une option particulièrement engageante… Le conteur put donc le récupérer. Et après la fuite courageuse des autres dealers, le trio restant se téléporta sur le terrain vague voisin. Jake, habitué à présent, n’eut pas d’effet secondaire. L’Irlandais, lui, sembla accuser quelque peu le coup, du fait qu’il venait de transporter deux personnes à la fois… Et leur « otage » rendit ce que son estomac avait dû recevoir au déjeuner. Le leader du Gang des Fables resta vigilant, le temps que son amant se remette de ses crampes. Et puis les joyeusetés purent commencer.

La conclusion à l’interrogatoire fut assez peu ragoutante. Des vers apparurent sous la peau du mec jusqu’à ce qu’une étrange substance lui sortent par les yeux et les narines… et bientôt, il cessa de s’agiter. Mort. Assister à la scène ne semblait pas avoir ravi Abban. Jake, lui, oscillait entre indifférence et fascination. Il finit par s’accroupir près du corps et se pencha pour observer la matière un peu visqueuse qui paraissait avoir tué celui qu’ils interrogeaient. Puis il se redressa, les mains dans les poches.

On dirait que ce truc a réagi à la trahison… Dès qu’il s’est mis à parler, hop, ça s’est activé. Un moyen de s’assurer que les traîtres paient le prix fort…

Il aurait pu ajouter « pauvre gosse », mais ça n’aurait rimé à rien.

C’est quoi cette histoire de Prêtresses ? La sorcière ferait partie de ces Prêtresses ?

Jake contourna le corps pour aller prendre la main d’Abban.

Au fait, merci, pour tout à l’heure. Il aurait pu me buter… même s’il était contraint, en quelque sorte… Au moins, maintenant, les Prêtresses le contrôlent plus.

Et puis il lui déposa un baiser sur la joue. Avant de chercher dans son blouson des gants jetables, qu’il enfila. Du bout du doigt, après s’être à nouveau penché sur le corps, il toucha le liquide noir. Aucune réaction, le truc avait dû, si c’était « vivant », mourir avec son hôte. Puis il entreprit de fouiller le corps. Des cartouches de rab pour le flingue, deux billets de dix dollars et quelques pièces, un paquet de clopes et un briquet, un cutter, et enfin, un petit sachet contenant… quelque chose d’indéfini. Ce n’était pas de la cocaïne, de l’herbe, ou quoi que ce soit de connu. Si c’était de la drogue, Jake n’en avait encore jamais vu. Après avoir découvert un autre sachet, mais vide, il se redressa et tendit le sachet à Abban.

On dirait l’espèce de gelée dont il a parlé… Y en a pas beaucoup.

Profitant du petit sachet en plastique vide, Wildcard préleva un peu de la substance noire. Peut-être que des analyses permettraient de découvrir ce que c’était exactement. Enfin, il contempla quelques instants le corps à ses pieds.

Tant pis pour lui… Y a bien quelqu’un qui va le trouver… On retourne à la voiture ? Faut faire un point.

Jake rangea les gants dans une poche intérieure de son blouson et revint près d’Abban.

On peut rejoindre Macha à pied, si t’as besoin de récupérer un peu. Elle doit pas être bien loin de toute façon.

Et justement, la Voiture Fantôme, connectée à la montre, avait dû suivre la conversation, et elle apparut dans leur champ de vision. Si elle avait été humaine, Jake aurait juré qu’elle affichait un petit air de contentement. Mais ce n’était qu’une impression…

Ah ben voilà, à point nommé.

De retour dans la voiture, Wildcard commença :

Alors, les Purple Hats ont une bande de « Prêtresses », qui doivent être des sorcières. Ça, c’est pas très engageant. Apparemment, elles possèdent le moyen de contrôler ceux qui bossent pour eux à distance. Tout ça pour refourguer une sorte de gelée… et il doit en falloir beaucoup pour faire une dose, parce que le peu qu’on a retrouvé avait pas l’air de lui suffire…

C’était un résumé comme un autre. Les Purple Hats avaient donc commencé à recruter dans la rue, parmi les dealers du Cartel même. Ce qui n’était pas étonnant, ça leur permettait d’avoir à la fois de la main d’œuvre et des espions, qui ne devaient pas être rémunérés, au vu des méthodes employées.

Si tous les mecs qu’on interroge qui sont passés dans cette grotte nous crèvent sous les yeux, va falloir qu’ils parlent vite pour nous livrer leurs infos… Là on a eu de la chance… à moins que les sorcières détectent le truc pas je sais pas quel moyen et tuent à distance…

Là, ça sortait de son domaine de compétence, du coup, il ne pouvait faire que des suppositions… Quant à la suite, il ne voyait pas vraiment où aller. Et puis, ils avaient deux substances à faire analyser. À moins que Macha, tiens, ne soit capable de faire ça.
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Message posté : Mer 18 Déc 2013 - 10:28 Message
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C’était étonnamment la première fois que quelqu’un lui mourrait sous les yeux après s’être fait dévorer le cerveau par des vers mutants de l’espace ou il ne savait trop quoi, alors il fallait bien avouer qu’Abban était un peu perturbé. Pas perturbé au point d’être en état de choc, pas même assez perturbé pour se perdre en sympathiques commisérations pour leur informateur aussi infortuné qu’involontaire, mais perturbé tout de même. C’était un nouveau témoignage qui s’ajoutait à la longue liste des bizarreries de Star City, celles-là même dont il avait confié, quelques jours plus tôt, lors de leur dîner romantique et mouvementé, qu’elles nourrissaient ses peurs.

Abban leva les mains d’un air désemparé quand Jake l’interrogea à propos de la sorcière.

— C’est surtout Gula qui a eu affaire avec elle, en fait. Elle paraissait bien assez cinglée pour être dans une secte, mais qu’est-ce tu veux, toutes les sorcières sont cinglées.

Sauf Aishlinn, mais Aishlinn n’était pas une sorcière, Aishlinn était… Une enchanteresse. Il ne savait pas trop. Quelque chose de plus classe et de moins flippant qu’une sorcière, en tout cas, ça, c’était sûr. Et puis de toute façon, Abban n’était pas particulièrement pressé de faire la publicité des talents ésotériques de sa jumelle à qui que ce fût, pas même Jake — les armes secrètes avaient du bon.

Il observa Jake fouiller dans les poches de leur victime. Il avait bien fait de l’emmener : Abban n’eût pas été enchanté de manipuler ces choses-là. Entre la gelée stupéfiante et la morve noire, l’inspection prenait un tour franchement peu engageant et le jeune homme ne fut pas fâché de se retrouver, quelques secondes plus tard, au volant de sa voiture, dont il n’avait jamais autant apprécié l’impeccable propreté. La tête calée contre le dossier de son siège, il écouta le résumé de Jake.

À vrai dire, il ne savait pas exactement quand ils devaient s’arrêter. Le Cartel « voulait en apprendre plus ». Une indication un peu vague pour celui qui était habitué à conduire les choses d’un point A à un point B ou à voler tel objet dans tel endroit pour telle personne. Lâché dans la nature, Abban avait l’impression que sa vie n’aurait pas suffi à déterrer tous les secrets des Purple Hats. Alors, quand est-ce que leur mission serait assez satisfaisante pour leur valoir la reconnaissance de César et de substantielles récompenses ? Était-ce assez d’avoir récupéré un échantillon de la gelée, un échantillon de ce qui semblait bien être un instrument de contrôle magique et quelques informations supplémentaires sur les Prêtresses de Litanies ?

Abban sortit de ses réflexions pour interroger :

— Macha ?
— Oui ?
— Est-c’qu’tu peux analyser les trucs, là ?
— Je peux essayer.

L’Irlandais observa le tableau de bord d’un air interrogatif.

— Et euh… On fait comment ?
— Dans l’allume-cigare.

L’Irlandais retira l’allume-cigare et invita d’un geste de la main Jake à y verser une toute petite partie de leur précieuse récolte de gelée. Quelques secondes plus tard, le verdict tomba :

— Inidentifiable.

Et ils n’eurent pas plus de succès avec la morve noire. Abban trouvait cela particulièrement décourageant, jusqu’à ce que Macha précisât :

— Quand je dis inidentifiable, je veux inanalysable. Par les méthodes traditionnelles. Un laboratoire équipé aurait peut-être plus de succès. En tout cas, ça n’est pas végétal, minéral ou animal. Pas naturel.

En d’autres termes, ils avaient affaire à une substance magique inconnue. Abban détacha son regard des échantillons et sursauta sur son siège quand ses yeux repassèrent sur le pare-brise.

— Ah putain mais ça s’arrête jamais !

Dehors, devant la voiture, là où ils avaient laissé le cadavre de leur ci-devant interlocuteur, une foule de rats s’affairait déjà le déchiqueter. De très gros rats aux yeux très rouges. Abban tendit le cou, un peu réticent à observer ce spectacle.

— Dis, Jake, ça r’ssemble à ça, les rats, chez vous, ou bien… ?

En fait, les rats formaient une masse la plupart du temps indistincte, dont émergeaient parfois une tête, parfois une queue. Ces rats-là en tout cas mangeaient de tout : des vêtements, de la chair, des yeux et même de la morve noire. Peu à peu, la masse de rongeurs réduisait, comme si certains d’entre eux disparaissaient et bientôt, il n’y en eut plus aucun. Plus de rats ni de cadavres. Plus de preuves sans doute pour la police. Abban, pâle, jeta un œil à Jake.

— J’suis pas sûr d’être compétent pour c’genre de choses.

Il n’avait jamais étudié la cryptozoologie à l’école. Mais le destin — oui, c’est moi, bonjour — ne comptait pas l’en laisser s’en sortir à si bon compte. Son téléphone portable sonna et Abban décrocha, avec des gestes un peu mécaniques.

— Passeur.

À l’autre bout du fil, son interlocuteur parlait assez fort pour que Jake pût l’entendre sans difficulté. Et lui reconnaître la voix du Frisé.

— Putain, ils sont là, mec, ils sont là à ma porte.
— Quoi ? Qui ?
— À ton avis, les Purple HaaAAAAaaaAaaaarghs !

Aussitôt Abban avait laissé tombé son téléphone sur ses genoux et Macha avait démarré en trombe. Dans un dérapage, elle revint aux grilles défoncées qui avaient jadis protégé l’accès du terrain vague, pour s’engager dans la Lincoln Street avant de s’arrêter bientôt, toujours à bonne distance du domicile de Frisé. Les yeux d’Abban se perdirent dans le vague, mais bientôt, d’une voix un peu lointaine, le jeune homme fit le bilan de ce qu’il voyait :

— Égorgé.

Son regard fouillait l’appartement. Rien. L’escalier. Rien. Le perron… Les deux gamins qui le gardaient s’étaient enfuis (espérait-il), mais deux hommes arborant fièrement leurs fameux chapeaux violets en descendaient les marches. Ils s’engouffrèrent dans une voiture, qu’Abban examina aussi rapidement que possible sous toutes les coutures. Puis son visage s’anima à nouveau et Macha redémarra, beaucoup plus lentement cette fois-ci, pour suivre de loin le véhicule des deux assassins. À voix basse, Abban murmura :

— Oooh, ça me gonfle… J’aime pas qu’on tue mes informateurs. J’aime vraiment pas ça.

Abban avait décidé de traquer une proie. Et il était difficile d’échapper à un téléporteur géolocalisateur aux sens vagabonds.
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Message posté : Mer 18 Déc 2013 - 12:56 Message
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Macha se chargea des analyses, via l’allume-cigare. Ou plutôt, arriva à la conclusion qu’il était impossible d’analyser les substances par des moyens classiques. Autrement dit, ça puait la magie à plein nez, cette histoire. Jake soupira avant que son regard, comme celui d’Abban, ne s’arrête sur ce qui se passait devant la voiture… Une horde de rats mutants était occupée à dévorer le corps du malheureux dealer. En peu de temps, il ne resta absolument rien. Plus de cadavre, plus de rongeurs. Rien. Wildcard, encore une fois, éprouvait une sorte de fascination devant ce genre de phénomène…

On a des gros rats, mais ils sont du type « normal ». Là, c’est… « ou bien ».

Son regard croisa celui de l’Irlandais, qui avait pâli. Les deux garçons s’aventuraient sur un terrain assez improbable. Et si Jake était plutôt excité de découvrir quelque chose qu’il ne connaissait pas, son copain était bien moins à l’aise… Il tendit la main pour prendre celle d’Abban, juste avant que le téléphone sonne. La suite… fut un peu dans la lignée de ce qu’ils étaient déjà en train de vivre. Dans les secondes qui suivirent, Macha revint dans la rue de Frisé, à bonne distance de l’entrée. Juste à temps pour qu’ils puissent voir sortir de l’immeuble deux hommes. Deux hommes à chapeau violet.

Les Purple Hats avaient donc appris rapidement que Jodd les avait trahis, et n’avait pas perdu leur temps avant de venir lui régler son compte. Égorgé. Sans laisser de traces, rien. Une élimination pure et simple. Et alors que Macha se mettait en filature, son conducteur plutôt sur les nerfs d’avoir perdu un informateur, Jake remarqua un peu de mouvement au niveau d’une bouche d’égout. Et alors qu’ils passaient devant l’immeuble, le même phénomène que quelques instants plus tôt se produisit : des rats surgirent et s’invitèrent à l’intérieur, sans doute pour aller faire disparaître le corps.

Wow, c’est efficace, comme méthode…

Le conteur sortit son téléphone pour appeler Aurora. Qui décrocha dans la seconde. Le haut-parleur était activé.

Qu’est-ce que je peux faire pour vous?
J’ai une question bête : on est où ?
Lincoln Street.
Ok, c’était pour être sûr… Tu vois la Cadillac noire devant nous ?
Évidemment.
On est en train de la suivre. Trouve toutes les infos sur la voiture, son proprio, tout ça, et étends les recherches au réseau.
Vous êtes sur un gros coup ?
Purple Hats.
Oh, je vois… Justement, j’ai un truc qui pourrait vous intéresser.

Une petit icône apparut sur l’écran du téléphone. Jake appuya dessus, et une image s’afficha à l’écran. Un type d’au moins deux mètres, en grand manteau noir, avec… un chapeau violet sur la tête.

Pas d’identité connue. Ça s’est passé il y a une heure, pas loin de chez nous. Il est sorti d’un immeuble et s’est engouffré dans une voiture, une Cadillac noire, aussi. Juste après, j’ai eu ça.

Nouvelle icône, nouvelle image. Des rats. Aux yeux rouges.

Super. On dirait qu’ils sont en train de faire le ménage… On sait qui est mort ?
J’ai fouillé un peu. Landon Armstrong, aussi connu sous le pseudonyme de « La Fouine ».
Putain, c’était un indic du Cartel, ça…
Exactement. Rien n’a été bougé dans l’appartement. Il n’y avait plus de corps.
Ouais, on a vu ça… Merci, tu nous contactes quand t’as du nouveau ?

La filature se poursuivait plus au nord, ils étaient en plein Chinatown.

Ils sont un peu moins discrets, j’ai l’impression, comme s’ils avaient envie de montrer qu’ils sont là. Enfin, façon de parler : porter un chapeau violet, on fait mieux, en terme de discrétion, au départ…

Jake revint sur la première image, celle de l’homme, un noir assez impressionnant. On le voyait de profil, un peu comme s’il avait tâché de ne pas trop se montrer, sans pour autant vouloir être totalement invisible…

Ils ont buté la Fouine, ça veut dire qu’il bossait aussi pour eux… L’enfoiré. Ils doivent avoir un sacré réseau pour trouver nos indics, et de sacrés moyens de pression pour les convaincre comme ça de retourner leur veste…

La Cadillac disparut subitement dans un parking souterrain, non loin de la Mission Notre-Dame. Ce n’était sûrement pas un quartier général. Ils devaient avoir des points de chute un peu partout en ville.

Tu veux pousser un peu la question et aller voir ce qui se passe là-dedans ? demanda Wildcard, pour qui l’idée n’était pas plus stupide qu’une autre.

L’immeuble n’avait rien de spécial. Le rez-de-chaussée était occupé par un restaurant vietnamien et un magasin de chaussures. Rien de bien palpitant. Mais c’était souvent derrière les choses les plus simples, les plus anodines, que se cachaient des secrets bien gardés et qui coûtaient cher à ceux qui mettaient leur nez dans ce genre d’affaires…
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Message posté : Mer 18 Déc 2013 - 13:58 Message
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Brièvement, Abban jetait des coups d’œil pour apercevoir les photographies sur l’écran de Jake. À vrai dire, il n’avait guère besoin de regarder la route pour savoir précisément où ils se trouvaient et où se trouvait, beaucoup plus, la voiture qu’ils poursuivaient. Pour un autre que lui, sans soutien extérieur, une semblable filature eût été impossible : leur cible avait disparu depuis longtemps dans le méandre des rues. Ce ne fut que lorsqu’il la sentit ralentir qu’Abban se rapprocha un peu, misant sur la dense activité de Chinatown pour les dissimuler au regard. La voiture des Purple Hats disparut dans un parking souterrain et Macha poursuivit son chemin un peu loin, avant de s’engouffrer dans un garage tenu par le Cartel et qu’Abban connaissait bien.

Ce n’était sans doute pas la première fois qu’il y venait, parce que tout le monde continua à travailler sur les voitures à moitié désossées, autour d’eux, sans leur prêter véritablement attention. Enfin si, tout de même : des employés du garage entreprirent de déplacer deux vans en travers de la porte, juste derrière Macha, pour empêcher qu’on n’aperçût la célèbre Voiture Fantôme depuis la rue. Abban secoua la tête avec incrédulité avant de murmurer :

— À Chinatown, les mecs sont venus à Chinatown.

Il oscillait entre la crainte que l’assurance des Purple Hats fût fondée sur de solides avantages contre lesquels ils ne pourraient pas lutter et la certitude que leur outrecuidance frôlait l’inconscience. Abban n’avait pas besoin de s’élever au sommet du Cartel pour savoir que l’organisation avait beaucoup plus de ressources qu’il n’en connaitrait jamais et que lutter contre elle revenait, pour les gangs qui l’avaient essayé par le passé, comme les Purple Hats, à signer son arrêt de mort. Et pourtant, ces étranges chapeliers s’obstinaient.

— Putain, on est quand même en plein territoire de la Triade.

Même s’il ne le portait pas dans son cœur, Abban songeait à passer un coup de fil à Suzaku, pour le prévenir que les Purple Hats marchaient sur ses plates-bandes et qu’il était temps, peut-être, de faire le ménage. L’Irlandais n’avait jamais réellement laissé ses préoccupations personnelles interférer avec son travail, sauf lorsqu’il s’agissait de sacrifier le succès d’une mission à la santé d’Aishlinn. En tout cas, il préférait de très loin voir les Miura régner sur Chinatown que de retrouver le quartier infesté de rats mutants, de sorcières albinos et des couvres-chefs à l’esthétique douteuse.

Il poussa un soupir.

— Ouais, viens, on va s’acheter des grolles.

Il appellerait Suzaku plus tard. Si les choses tournaient vraiment mal. S’il y avait urgence. Ou il ferait son rapport à la hiérarchie. Tout ce qui se passait à Chinatown relevait de toute façon, tôt ou tard, des affaires de la Triade. Le jeune homme descendit de sa voiture et ils se retrouvèrent bientôt dans les rues du quartier asiatique, bien plus passantes et plus animées que la Lincoln Street, avec ses allures parfois un peu fantomatiques. Même si les Caucasiens ne formaient pas la majorité des passants, ils étaient loin de se faire remarquer : l’intense activité économique, légale ou non, de Chinatown y attirait une population très diverse.

Avant d’entrer dans le magasin de chaussures, Abban se tourna vers Jake et murmura d’un air préoccupé :

— T’éloignes pas trop. J’ai pas envie d’te retrouver avec des vers sous la peau.

Ils poussèrent finalement la porte du magasin. Et furent confrontés à une vision d’horreur. Les rats mutants n’avaient été qu’un avant-goût du spectacle infernal qui les attendait là, supportés par de hideux catafalques. Un frisson terrifié parcourut l’échine d’Abban alors qu’il murmurait, sans parvenir à croire le sinistre spectacle qui s’offrait à eux :

— Des baskets roses… ? Sérieux, quoi…

Le jeune homme souleva une chaussure gauche rose pimpant et l’examina sous toutes ses coutures, avant de secouer la tête, dissimulant mal le dégoût que suscitait chez lui ce crime contre l’élégance pédestre.

— Je peux vous aider ?

Une accorte vendeuse avait surgi d’entre deux piles de cartons pour venir les aider. Enfin, pour venir aider Jake, surtout, qu’elle fixait d’un œil globuleux (selon Abban) avec un sourire crétin (toujours selon Abban) et une poitrine peu naturelle (selon tout le monde).

— Ouais.

Intervint-il d’ailleurs avec un zeste de mauvaise humeur.

— On veut voir l’patron.
— Alors je suis toute seule aujourd’hui mais…

La vendeuse disparut soudain avec Abban, qui, une seconde plus tard, refaisait son apparition à côté de Jake en marmonnant :

— Bon débarras.

À bien des kilomètres de là, une vendeuse de chaussures déboussolée et frigorifiée se voyait proposé une saucisse chaude par l’un des restaurateurs installés au Marché de Noël.

— Maintenant qu’on est tranquille, on peut passer par l’arrière-boutique.

Abban n’avait eu aucune envie de pénétrer dans l’immeuble par l’entrée principale ni par celle du garage souterrain et emprunter les dépendances de l’un des magasins lui avait paru bien plus discret. Le restaurant devait être plein de serveurs préparant le service du soir ; moins fréquenté, un magasin de chaussures était une meilleure idée. Les deux jeunes gens progressèrent donc dans les rayons, sans prêter attention aux autres clients qui attendaient et attendraient vainement que la vendeuse vînt les aider.

L’Irlandais contourna le comptoir pour pénétrer dans l’arrière-boutique et se mit à ouvrir les portes les unes après les autres. Toilette, bureau, stocks et, enfin, les escaliers. Il leva les yeux vers la succession des marches, en se concentrant sur l’homme dont il avait vu la photographie et la silhouette.

— Troisième étage.
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Message posté : Mer 18 Déc 2013 - 17:21 Message
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Jake suivit Abban dans la rue bondée après qu’ils aient laissé Macha sous bonne garde, dans un garage géré par le Cartel. C’était en effet étrange que les Purple Hats se soient installés ici… mais en y réfléchissant, venir s’installer à Star City revenait d’emblée à empiéter sur le territoire du Cartel Rouge, quelle qu’en soit la faction, le groupe, le gang. Ils avaient donc opté pour un quartier géré par la Triade. Les deux garçons pénétrèrent dans la boutique de chaussures située au rez-de-chaussée de l’immeuble qui les intéressait. L’Irlandais s’arrêta un moment, avec dégoût, sur une chaussure rose. Le genre que peu de gens oseraient porter sans attirer l’attention et, surtout, les remarques acerbes des défenseurs du bon goût vestimentaire.

Une vendeuse aborda alors Jake, qui n’eut pas le temps de répliquer, son copain s’occupant de son cas. Physiquement, elle aurait pu être pas mal si elle n’avait pas eu autant de petits défauts… Défauts qui se volatilisèrent avec elle quand Abban la conduisit loin d’ici, avant de revenir aussi sec, seul. Wildcard leva les yeux vers la caméra de surveillance. Il y avait de fortes chances pour qu’ils aient été remarqués. Autant continuer, à présent, quoi qu’il arrive. De toute façon, reculer maintenant ne servait à rien, ça aurait été un échec. Et Jake n’aimait pas échouer. Il suivit donc Abban dans l’arrière-boutique, jusqu’à ce qu’ils découvrent un escalier. Troisième étage, donc. Tout en montant, l’Américain vérifia l’arme qu’il avait piquée au dealer. Par sécurité.

À mon avis, ils nous attendent. Vu qu’ils sont en plein sur le territoire de la Triade, ils doivent être vigilants à qui passe dans la boutique…

Quand ils arrivèrent au troisième étage, ils découvrirent, derrière une porte, un long couloir bordé d’autres portes. Un étrange odeur, mélange de cigare et d’encens, flottait dans l’air.

Va sérieusement falloir que je recrute un sorcier, moi, si je veux être à la page des nouveautés… glissa Jake, en songeant à la magie, élément qu’aucun membre de son gang ne maîtrisait, que ça soit en pratique ou en théorie.

Jake sentit alors une vibration dans sa poche. Il sortit son téléphone portable et lut l’information envoyée par Aurora.

Y a eu une grosse commande, y a trois mois de Cadillac noires… Douze, pour être précis. Toutes achetées par une société anonyme… Elle continue à chercher.

Rangeant son téléphone, Wildcard imagina les douze voitures avançant de front, blindées de types avec des chapeaux violets, prêts à écraser le Cartel Rouge… Au bout du couloir, une porte s’ouvrit. Une silhouette apparut. Une silhouette assez courtaude, mais surmontée d’un haut-de-forme violet qui lui donnait une trentaine de centimètres supplémentaires.

Bienvenue, bienvenue ! lança la silhouette, depuis son poste d’observation, trop peu éclairé pour qu’on puisse distinguer son visage.

Puis l’homme retourna d’où il était venu, sans fermer la porte derrière lui. Ça sentait le piège à plein nez… Qu’on s’y précipite ! En tout cas, c’est que Jake avait envie de faire…

Tu vois, ils nous attendent. S’ils avaient voulu nous tuer, j’imagine qu’ils l’auraient déjà fait ? Ou nous neutraliser, peut-être, pour nous mettre le truc noir dans la peau… Moi j’y vais.

Et il y alla, d’un pas décidé. Jusqu’à arriver devant l’ouverture. Personne. Juste une petite entrée sombre. La pièce derrière, dans l’obscurité également, semblait être la source de l’odeur bizarre. À première vue, rien de suspect.

Peut-être qu’ils ont l’intention de nous recruter… chuchota Jake à Abban, avant de mettre un pied dans le petit appartement.

Un bruit de verre brisé parvint de la pièce au fond. Puis il y eut des murmures agacés. Et enfin… un coup de feu. Le conteur se figea, avant de tourner vivement vers son amant, pour voir si ça n’était pas lui qui avait été la cible. Mais non… Du coup, abandonnant toute prudence, il se précipita dans ce qui était sans doute le salon. Il y faisait sombre, et il ne vit pas l’obstacle au sol. Trébuchant, il parvint à se rattraper de justesse à un fauteuil pour ne pas s’étaler là comme un sac.

Putain ! gueula-t-il, sans plus se soucier de faire du bruit ou non.

À terre, près du cadavre, il y avait un chapeau. Les Purple Hats avaient l’air de ne pas avoir hésité à tuer l’un des leurs… Jake alluma une petite lampe et se pencha sur le corps, étendu sur le ventre, la tête sur le côté… Le visage lui était familier.

Merde… ce type, je l’ai déjà vu au Circus…

Encore un traître ? Un espion ? Quoiqu’il en soit, il était mort d’une balle dans la tête. Et quiconque avait fait ça n’était plus là. Il devait y avoir une autre issue dans l’appartement. Jake fit basculer le cadavre sur le dos, pour fouiller son pardessus noir.

Rien. Vide. Soit ils ont tout pris, soit ces mecs ont toujours les poches vides…

Les poches vides, c’était la meilleure technique pour éviter les fouilles fructueuses… Se redressant, Wildcard regarda autour de lui.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils y vont pas de main morte… Au moins quatre aujourd’hui…

La Fouine, le dealer, le frisé, et celui-là. Et au moins trois manières de procéder pour l’élimination… Et là, d’ailleurs, les rats allaient-ils arriver pour faire disparaître, encore, le corps ?
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Message posté : Jeu 19 Déc 2013 - 22:42 Message
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Légèrement sur les nerfs — oui, je sais, comme d’habitude — Abban progressait lentement dans les escaliers, tout aussi lentement dans le couloir et son enthousiasme tomba encore en flèche quand Monsieur Culbuto en chapeau les accueillit. Son amant ne semblait pas partager son attitude peu coopérative et Abban avait la curieuse impression que, d’une certaine façon, toute cette aventure amusait Jake. Il y avait tout de même des gens un peu tordus. Très tordus, même, comprit l’Irlandais, quand son ami le planta là pour avancer d’un bon pas vers ce qui constituait, de toute évidence, un piège.

— Mais ça va pas la tête !

Tout ce qui lui répondit fut l’exclamation sonore de Jake. Aussitôt, Abban apparut à côté de son compagnon, tout près de lui, l’arme à la main, prêt à descendre tout ce qui se présenterait, mutant, humain, monstre lovecraftien issu de l’espace profond. Mais il n’y avait rien qu’un cadavre, celui du coup de feu qu’ils venaient d’entendre, et Abban décocha un coup de poing dans l’épaule de Jake — pas très fort, les entraînements de Thabo n’avaient pas changé grand-chose à son poids plume.

— Putain, mais t’es malade, me refais jamais un coup pareil !

Abban secoua la tête et marmonna :

— J’te jure, pire qu’un gosse.

Un gosse qui avait bien cinq à six ans de plus que lui, mais un gosse tout de même. Le jeune homme examina la pièce où ils se trouvaient tandis que son compagnon faisait infructueusement les poches de leur nouvel ami. Ils étaient arrivés dans un petit studio meublé sans intérêt particulier et l’homme qui les avait accueillis avait définitivement disparu de la circulation, semblait-il. Abban poussa un long soupir en se massant l’arrête du nez, un peu fatigué de poursuivre des fantômes et des rats évanescents. Ceux-ci, cependant, ne semblaient pas décider à apparaître. Le cadavre restait bien en place.

— Bon, je réfléchis…

Abban n’avait jamais été un premier de la classe, mais s’il y avait bien une chose qu’il comprenait, c’était la manière dont vivait et se gérait le milieu du crime. Au bout de quelques secondes, il murmura :

— C’est mauvais, tout ça, c’est très mauvais. Ils butent quelqu’un en plein territoire de la Triade. Et le chapeau, là, on est censé croire quoi ? Que c’est un traitre ?

Abban poussa du bout du pied le chapeau vers la tête du défunt.

— Trop p’tit pour lui. Moi je comprends « Les Purple Hats vont venir vous bouffer ». Encore une fois, ‘faut qu’ils soient sacrément sûrs d’eux.

La réputation du Cartel n’était plus affaire et toutes les tentatives de le déloger de Star City, celles des forces de l’ordre comme celles des concurrents, s’étaient soldées par de cuisants échecs. Les Purple Hats devaient avoir bien des cartes dans leurs manches. Cette fois-ci, Abban paraissait vraiment préoccupé. Il attrapa la main de Jake et murmura :

— Faut qu’j’passe un coup d’fil. Loin des oreilles indiscrètes.

Loin des oreilles indiscrètes, c’était apparemment dans la chambre de Jake, à l’As de Pique, où le couple venait d’apparaître. Pendant quelques secondes cependant, Abban oublia les Purple Hats, le Cartel et tous ses problèmes, parce qu’en apparaissant, ses yeux s’étaient immédiatement posés sur le portrait de lui que Jake avait réalisé après son départ, la première et dernière fois qu’il avait mis les pieds dans l’appartement de l’Américain. La bouche ouverte, l’adolescent détaillait l’œuvre de son amant sans lâcher sa main.

Puis il rougit jusqu’aux oreilles, détourna le regard et reprit d’un air confus :

— Oui, euh… Téléphone, hein.

Il lâcha la main de Jake, un sourire flottant sur ses lèvres, et sortit son portable pour composer le numéro du type qui l’avait embarqué dans cette sinistre histoire.

— C’est l’Passeur. Ils s’implantent à Chinatown. Ils sont en train de faire le ménage dans nos indics. Qui sont aussi leurs indics. Et quand je dis le ménage, je dis bien, hein. Et juste sous nos yeux. J’vais pas vous apprendre vot’ boulot, mais j’crois qu’ça bouge.

Abban écouta la réponse et eut l’air contrarié.

— Ouais, enfin moi, j’suis pas magicien… Non, je veux dire, littéralement pas magicien. Tout ce que j’ai vu aujourd’hui, c’était zarbi, genre Voldemort zarbi, tu vois. Qu’est-ce tu veux qu’je fasse, qu’j’me mette à tirer à bout portant sur les Détraqueurs, hein ? J’ai pas d’Patronus, moi, mon gros…

Nouvelle réponse. Nouvel air contrarié. Abban raccrocha et rangea son téléphone.

— Il veut qu’on aille consulter un gitan du Cartel, pour lui décrire c’qu’on a vu. Genre avoir un diagnostic, et tout.

Abban s’approcha à nouveau de Jake.

— Putain, ça m’saoule, sérieux. Les gitans, j’pane pas l’quart d’c’qui racontent et i’ m’appellent toujours gadjo, ça craint.

De la part de quelqu’un qui demeurait incompréhensible pour cinquante pour cents des membres du Cartel, qui avaient l’impression de devoir repasser toutes les phrases d’Abban pour le ralentisseur sonore, le dictionnaire d’argot et le guide d’accent irlandais pour saisir ce dont il était question, cela ne manquait assurément pas d’air.

Le jeune homme déposa ses mains sur le torse de Jake. Puis jeta un petit regard à son portrait.

— Tu m’as dessiné vachement mieux qu’en vrai, quand même.

Il partait un peu à la pêche aux compliments, pour se remonter le moral.
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Message posté : Ven 20 Déc 2013 - 1:44 Message
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Jake eut le bon goût de paraître gêné et contrit devant son emballement qui l’avait poussé à courir au-devant du danger, tel un chien fou courant après une balle jetée sur l’autoroute. Il émit même un petit « aïeuh » au coup de poing qui fut amorti par le blouson et ne serait même pas un mauvais souvenir pour la peau en-dessous. Et après ce petit interlude, Wildcard eut un petit nuage dans la tête : l’Irlandais s’était inquiété et précipité pour lui porter secours, même si le danger n’avait en fait été qu’illusoire. La suite fut bien plus terre-à-terre. Le chapeau était trop petit pour la tête du cadavre. Après avoir haussé les épaules, Jake eut tout juste le temps de prendre une photo du visage de l’homme étendu, avant qu’Abban ne les transporte… à l’As de Pique.

Jake vacilla un peu à l’atterrissage, et réalisa ce qui se déroulait sous ses yeux. Son amant avait le regard rivé sur… son propre portrait. Bouchée bée, il rougit soudain, de façon assez brusque. Jake ne l’avait pas lâché, ni physiquement, ni des yeux, et il le vit tenter de se reprendre pour aller passer le coup de fil dont il avait parlé juste avant la téléportation. L’effet avait été… inattendu. Et quelque part, il attendait le verdict. La découverte n’était pas censée arriver aussi violemment, aussi soudainement, pas tant qu’il ne l’avait pas prévue, en tout cas… Alors que l’Irlandais téléphonait, le conteur envoya la photo à Maléfique, quelques étages plus haut.

La conversation ne semblait pas se dérouler comme Abban l’avait imaginée. Il y eut quelques étranges références à Harry Potter. Et finalement, la conclusion tomba : il fallait aller voir un gitan. Ah. Pourquoi pas. Là, Wildcard estima qu’il était temps de changer de tête. Et alors qu’il l’envisageait, son téléphone vibra. Un message de Maléfique… « TV » On ne pouvait faire plus concis… Mais avant ça, l’Irlandais un peu contrarié porta de nouveau le regard sur son portrait… Jake l’attira contre lui, tout en détaillant également l’image…

Je pense que c’est assez ressemblant… mais franchement, c’est une pâle copie de l’original. Au moins, tu t’es reconnu, c’est déjà bien…

L’hôte des lieux reporta toute son attention sur le garçon qu’il tenait dans ses bras.

T’es mon original à moi, et rien, aucun portrait, aucune photo, même, ne te vaudra jamais, affirma-t-il.

Dans le genre compliment, il y allait fort, mais il avait bien senti qu’il fallait bien ça. Et après avoir embrassé l’original, donc, il les ramena à leurs moutons.

T’inquiète pas, cette histoire, on va la gérer comme des boss !

Et sur ces mots, il alla allumer la télévision, et appuya sur un petit bouton sous l’écran. Apparurent alors plusieurs photographies, celles de « La Fouine », celle du type au chapeau, celle du cadavre de Chinatown et… la photo d’un chapeau violet seul.

Ça va, je dérange pas trop ? s’éleva la voix de Maléfique.
Comment t’as deviné qu’on était là ?
Désolée, patron, secret professionnel.
Ouais… faudra quand même qu’on parle, tous les deux… Alors, t’as quoi ?
Landon Armstrong, la Fouine, donc. L’autre photo, c’est Robert Caan, dit « Bobby Dick », surnom charmant, je passerai les détails sur l’origine… Il bossait un dans un tripot du Cartel pas loin d’ici, un indic aussi, qui traînait pas mal avec les prostituées.
S’ils continuent à ce rythme-là, les Purple Hats vont décimer tous nos cousins…
J’ai trouvé un info sur le grand black : il était catcheur y a dix ans, sous le nom de « Black Mountain », et il a disparu du jour au lendemain sans laisser de trace.
Ah ouais, c’est encourageant… et le chapeau ?
J’y venais, répliqua Maléfique, ignorant le sarcasme. Découvert et photographié ce matin vers sept heures par un indic. Devine ?
La Fouine ?
Exact. Et c’est tout. Je reviens vers vous si j’ai du neuf.

Et tout disparu de l’écran. Jake se tourna vers Abban.

On a un peu plus, mais on est pas mieux avancé, hein… On va aller voir le gitan, du coup, mais j’ai besoin d’un poil de préparation.

Tant pis pour le maquillage complet, il lui fallait quand même un minimum. Allant dans la salle de bain, il se mit une bonne couche de noir autour des yeux et de la bouche, avant de prendre une fine cagoule qu’il enfila. Ainsi, on ne voyait pas un millimètre carré de sa peau, nulle part. Si l’on comptait les gants qu’il mit après, bien sûr.

Voilà. Je préfère revenir à Wildcard, même si c’est un Wildcard différent. Tu nous emmènes ?

Le seul blanc qui apparut, en plus de celui des yeux, ce furent les dents, quand Jake adressa un grand sourire à Abban. La cagoule ne laissait voir que les yeux et la bouche. Il tendit la main à l’Irlandais, paré pour l’envol vers les gitans. Il lui tardait de se faire appeler « gadjo » par un type aux mains calleuses d’avoir trop jouer de la gratte au coin du feu.
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Message posté : Ven 20 Déc 2013 - 13:24 Message
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L’Irlandais avait soupiré d’aise en se collant à Jake et en écoutant les compliments. À son humble avis, Jake avait sérieusement besoin d’une paire de lunettes, parce qu’au fond de lui, tout assuré qu’il pouvait être, Abban trouvait qu’il ressemblait plutôt à un chanteur de boy’s band pour jeunes filles prépubères qu’à sex symbol pour criminels, mais il n’allait pas bouder son plaisir. Relevant la tête, une fois sur la pointe des pieds, il répondit au baiser de son compagnon avant de hocher la tête aux encouragements de celui-ci. Parler à des gitans, c’était de toute façon beaucoup mieux que de se faire dévorer par les rats. Il y avait comme un petit progrès dans leur situation.

Abban ne laissa Jake loin de lui que quelques secondes, le temps de lui permettre d’allumer la télé, puis il revint contre l’Américain, s’adossant à son torse — ce n’était pas comme si sa taille allait empêcher Jake de bien voir l’écran. Abban essaya de ne pas trop s’inquiéter de ce que Maléfique pouvait voir de leurs activités nocturnes et parcourut du regard les différentes photographies. Black Mountain, surtout, l’inquiétait. Entre un gang audacieux qui marchait sur les plates-bandes du Cartel et une organisation qui avait recruté depuis une décennie, il y avait une grosse différence.

Une nouvelle fois, le cambrioleur sortit son téléphone et envoya un message, uniquement composé de la liste des noms dénichés par Maléfique, pendant que Jake se transformait en Wildcard. Le message partit en direction du portable de Thabo Asmal. Thabo était l’un des piliers historiques du Cartel et il devait connaitre, sans doute, l’un ou l’autre de ses noms. Peut-être serait-il capable de percevoir une relation secrète entre eux, une rumeur qui n’aurait pas atteint Internet et que Maléfique n’aurait pas été capable de dégoter.

Abban rangea son téléphone et se tourna vers Wildcard qui avait refait son apparition. Il secoua la tête, dépité.

— Dire qu’j’ai commencé l’aprem en t’dessapant et que plus ça va, moins j’te vois.

Ce ne fut qu’après cette déclaration explicite qu’il rougit en se souvenant que Maléfique passait la moitié de sa vie, apparemment, à filmer leurs ébats pour monter un site pornographique qui financerait sa prochaine carte-mère. D’une voix forte, à l’intention des éventuels microphones, Abban déclara :

— Parce que… Euh… On faisait du squash, et on s’est changé, voilà, dans les vestiaires.

Très convaincant.

— Oh et puis merde.

Abban attrapa la main de Jake et le couple apparut à côté de Macha, qui attendait toujours sagement à Chinatown. Abban s’installa au volant et la Voiture Fantôme reprit la route, sous les regards admiratifs de quelques mécaniciens. Cette fois-ci, ils allaient quitter le centre-ville pour rejoindre l’un des terrains vagues les plus excentrés, à la lisière de la forêt, là où certains des gitans associés au Cartel avaient pour un temps rangé leurs roulottes.

Abban avait souvent affaire à eux : ils se chargeaient parfois de transporter des cargaisons, quand il fallait traverser la frontière. Il leur confiait des paquets, en récupérait d’eux. Son travail à lui, c’était le plus souvent d’assurer le convoi dans le labyrinthe dangereux et complexe des grandes villes. Leur travail à eux, c’était de tromper la vigilance des douaniers. Mais la relation de travail était un peu forcée et, sans doute, compliquée par le tempérament explosif de l’Irlandais.

Pendant que Macha s’éloignait rapidement de la ville, Abban, qui avait pianoté nerveusement des doigts sur le volant depuis cinq bonnes minutes, finit par interroger :

— Dis, Maléfique, elle surveille, genre, tout c’qu’on fait ? J’veux dire, vraiment tout. J’veux dire, même quand, tu sais. On le fait.

Non qu’il fût pudique — mais en fait si. L’idée que quelqu’un, quelque part, le regardait sur un écran de surveillance quand il se livrait à d’adultes et plaisants divertissements avec son homme n’avait rien d’excitant.

— Parce c’est vachement flippant, quand même, du coup, j’trouve.

Il avait bien observé une fois Lukaz et Chase sous la douche, mais cela avait été un petit moment d’inadvertance, alors qu’il ne contrôlait pas bien son pouvoir et qu’il était resté bloqué. Officiellement. Abban n’était amateur ni de voyeurisme, ni d’exhibitionnisme.

— Faudra qu’j’trouve une auberge à la campagne, genre, sans caméra. Ce s’ra plus sûr.

Ils pouvaient éteindre la lumière, mais ça gâchait un peu le plaisir. Macha finit par se ranger dans une cour boueuse formée par un demi-cercles de caravane et une nuée de gamins entoura aussitôt la voiture. Abban sortit et lâcha froidement :

— Sui qui touche finit griller, j’vous préviens.

Une femme d’une quarantaine d’années sortit d’une caravane et tint aux enfants un discours incompréhensible, mais qui eut le mérite de les disperser.


Abban maugréa :

— Et voilà, ça commence j’capte rien.

La femme, qui ne se pressait guère, arriva enfin en face d’eux.

— On vient d’la part du boss.
— Hmm hmm.
— On veut voir le sage ou j’sais pas quoi.
— Hmm hmm.

La femme resserra son châle autour de ses épaules.

— Bon, et du coup ?
— C’t’jol’voit’qu’t’as-là.
— Pardon ?
— Hmm hmm.
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