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O Captain! My Captain! [Chase NG]

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Message posté : Mar 10 Déc 2013 - 16:13 Message
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L’amphithéâtre, comme d’habitude, était plein à craquer. Certains étudiants, qui avaient attendu dehors dans l’espoir que quelques-uns de leurs camarades quittent les lieux avant la fin et leur permettent de profiter eux aussi du cours magistral, avaient fini par se lasser après presque deux heures d’attente. Il ne restait que quelques minutes avant que l’alarme de l’établissement ne sonne quinze heures. Devant le bureau, sur l’estrade, le professeur Terendt achevait son plaidoyer. Le cours avait été consacré au procès fictif d’un homme accusé du viol et du meurtre d’une jeune femme sur un témoignage légèrement bancal. Il avait décortiqué le tout et concluait à présent en se glissant dans la peau de l’avocat de la défense. Quand il termina, la salle explosa en applaudissements. Avec un tel discours, l’homme allait sans aucun doute être innocenté.

Merci, merci, je vous en prie ! s’exclama Konstantin en levant les bras pour réclamer le silence. J’ai l’impression d’être Sir Ian McKellen à la fin de Richard III.

Certains rires, d’autres restèrent un peu perplexes, le temps de saisir la référence. Mais leur enseignant était déjà passé à autre chose.

Pour la semaine prochaine, aux travaux dirigés, vous choisirez dans la liste des propositions mises en ligne dès cet après-midi, un cas tel que celui que je viens de défendre, et vous rédigerez un plaidoyer. Les meilleurs auront le privilège de les lire ici même.

Dès qu’il eut terminé, dans la seconde, la sonnerie retentit. Konstantin contourna le bureau pour rassembler les dossiers qu’il avait sortis et le remettre dans sa serviette. Il lui restait une demi-heure avant le rendez-vous avec Chase Neutron-Grey, qui lui promettait, peut-être, un changement de vie. Pendant les vingt minutes qui suivirent, il répondit aux questions des étudiants, ignora les œillades des jeunes filles, fit quelques blagues, et finalement, quitta l’amphithéâtre pour rejoindre son bureau.

Il y fut reçu par Madelyn, sa nouvelle assistante, qui lui servit un whisky sans glace et lui remit le dossier qu’elle avait composé sur Chase Neutron-Grey. Konstantin en savait déjà beaucoup, mais il préférait être sûr d’avoir un maximum d’informations, ne pas en laisser de côté, quitte à jeter un œil aux documents pendant l’entretien. Son verre à la main, il s’approcha de la fenêtre du bureau, qui donnait directement sur les pelouses. Puis il pivota et son esprit se perdit dans la contemplation des lieux, qu’il connaissait par cœur. Dix mètres de long, cinq de large, trois de haut. Au centre, un bureau massif en bois verni, entouré de deux fauteuils de cuir noir sur roulettes. D’un côté, un ordinateur portable ouvert, de l’autre, une pile de dossiers impeccablement alignés. Et le long des murs, des dizaines de livres de droit et de politique, nationaux et internationaux, et dans au moins une vingtaine de langues.

Madelyn ?
Professeur ? répondit la secrétaire, dans la seconde, en apparaissant dans l’encadrement de la porte.

Son propre bureau se situait dans le vestibule du grand bureau, une pièce un peu plus petite, mais agréablement meublée.

Vous introduirez monsieur Neutron-Grey dès son arrivée.
Bien, professeur.

Madelyn Shipping travaillait ici depuis seulement quelques semaines, et elle s’était très bien habitué. Apparemment, il était parvenu à ses oreilles que la moindre petite erreur pouvait lui coûter sa place, aussi exacerbait-elle son perfectionnisme pour le hisser au niveau de son patron. À vingt-cinq ans, elle était plutôt séduisante, mais avait compris très vite qu’il était inutile de tenter de faire du charme au professeur.

Ce dernier, installé dans son fauteuil, face à l’entrée, patientait en sirotant son whisky. La petite pendule posée sur un meuble sonna quinze heures. On toqua à la porte, qui s’ouvrit. Madelyn s’écarta pour laisser entrer un jeune homme, blond, pareil au portrait qu’avait vu Konstantin. Mais il fut tout de même frappé par cette jeunesse… À à peine plus de vingt ans, Chase Neutron-Grey avait déjà de grandes responsabilités, qu’il semblait assumer parfaitement. L’enseigneur se leva et contourna son bureau, main tendue, verre dans l’autre.

Monsieur Neutron-Grey, c’est un honneur de vous recevoir ici, dans mes modestes quartiers. Je vous en prie, appelez-moi Konstantin, et installez-vous. Vous désirez quelque chose, peut-être ?

Il avait dit tout ça avec un naturel et une assurance assez déconcertant. Mais il était comme ça. Le relationnel avait toujours été quelque dans lequel il se sentait bien, il avait des facilités, et ce, quelle que soit la personne en face de lui. Il retourna ensuite s’asseoir, posa son verre sur le bureau, joignit les mains en pyramide et, adossé dans son fauteuil, demanda :

Que me vaut le plaisir de cette visite ?

Même s’il avait quelques idées, il préférait laisser son interlocuteur avancer ses propositions et ses arguments.
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Message posté : Mar 10 Déc 2013 - 21:20 Message
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— C’est déprimant.
— Rappelez-moi encore une fois pourquoi vous m’accompagnez ?
— Les bibliothèques. Seulement les bibliothèques.

Chase leva les yeux au ciel. Depuis qu’ils avaient atterri en Grande-Bretagne, Anna-Maria mettait un point d’honneur à souligner combien elle goûtait peu Oxford, son université et, surtout, ses universitaires. La talentueuse géographe n’avait toujours pas digéré qu’on lui eût refusé, au même endroit, vingt-ans plus tôt, un stage post-doctoral. Que les chercheurs de l’époque qui s’étaient opposés à son projet fussent depuis longtemps partis à la retraite ne changeaient apparemment rien à l’affaire. Chase s’abstenait de tout commentaire.

Il faut dire qu’il avait surtout dormi, pendant les trajets. La semaine avait commencé fort avec le sauvetage du Lincoln et le voyage jusqu’au pays de Sa Majesté avait été une excellente occasion pour trouver un peu de repos. Quitter l’UNISON n’avait pas rendu son existence mouvementée, bien au contraire, et Chase jonglait entre plusieurs carrières à la fois, dans plusieurs dimensions. Si cela cultivait indubitablement son sang-froid et son sens du relativisme, le jeune homme en oubliait parfois de dormir. Il était en tout cas devenu un expert quand il s’agissait de trouver la position la plus confortable dans un siège de train ou d’avion — voire dans un hélicoptère militaire.

— En plus, le réseau ferré est désastreux.
— Parce que c’est mieux en Espagne, peut-être ?
— Évidemment !

La femme eut l’air outré. Chase esquissa un sourire amusé, tandis qu’il promenait un regard curieux sur les bâtiments de l’université. Ils avaient contourné les bâtiments historiques qui servaient à la façade de carte postale du célébrissime campus britannique et avaient rapidement gagné des bâtiments plus modernes — dans un état variable. Des groupes d’étudiants parcouraient les allées à pas pressés, pour se mettre au chaud. L’hiver d’Oxford n’était pas plus clément que celui de Star City.

— Et donc, dans ces bibliothèques, vous allez… ?
— En fait, vous ne m’avez pas du tout écouté, pendant le trajet.
— Parce que vous ne vous étiez pas rendu compte que je dormais ?

Anna-Maria parut embarrassée.

— Je suis parfois distraite.
— Sans blague. Et donc ?
— Je voudrais consulter les cartes du début de la période coloniale. Il y a sans doute des indications topographiques que nous pourrions exploiter pour situer des lieux d’événements cosmiques réinterprétés en termes mythologiques.

Un ton plus bas, pour elle-même, elle rajouta :

— Et puis je voudrais voir s’ils ont acheté mes livres.

Quelques minutes plus tard, la Dr. Rodriguez plantait son employeur au milieu d’une allée avec de vagues excuses distraites pour rejoindre à grands pas l’une des bibliothèques consacrées à l’histoire et la géographie. Elle n’était certes pas la personne la plus accessible du monde, mais Chase avait appris à composer avec sa personnalité un peu surprenante. Le jeune homme enfonça plus profondément les mains dans les poches de son épais manteau et pressa à son tour le pas, pour rejoindre le département qu’on lui avait indiqué.

De temps à autre, des étudiants posaient un regard insistant sur lui et, quand ils le reconnaissaient, ils échangeaient des murmures excités à voix basse. Chacun avait un bout de sa biographie en tête — chef de l’équipe Argos — grand maître d’échecs — super-héros — mentaliste hors pair — icône gay (bien malgré lui). La vie de Chase se composait et se recomposait de conciliabule en conciliabule. Pour le jeune homme, l’expérience n’était pas nouvelle : il l’avait déjà vécu quelques mois plus tôt, alors même que sa célébrité n’était pas mondiale, lorsqu’il avait visité le HIT, à Star City.

Une fois à l’intérieur des bâtiments, il retira son écharpe et ses gants. Avant d’harponner une demoiselle.

— Le bureau du Professeur Terendt, s’il vous plait.
— Oh mon dieu oh mon dieu oh mon dieu !

C’était aussi comme cela que l’appelait certains de ses adeptes, en Terre Gemini.

— Euh…
— On peut se prendre en photos ?
— Bien sûr.

Un cliché qui n’allait pas tarder à alimenter les forums de fans (ceux où on publiait des fictions douteuses) plus tard, Chase eut enfin le droit à ses indications et il arriva miraculeusement à l’heure à son rendez-vous, juste à temps pour serrer d’une main encore froide celle de Konstantin. La secrétaire l’avait débarrassé de son manteau et il put s’asseoir dans un fauteuil, juste après avoir accepté la proposition de Konstantin.

— Si vous avez quelque chose de chaud. Du thé. Par exemple.

Heureusement, le bureau du professeur baignait dans une confortable chaleur. Beaucoup moins adepte des civilités et des discours en forme que son interlocuteur, Chase répondit avec un bon sens scientifique un peu âpre :

— Je suppose que vous le savez déjà.

La raison pour laquelle il avait besoin d’un diplomate à ses côtés était pour le moins évident. Avec un sourire, il précisa néanmoins :

— Je viens vous proposer de sauver l’univers. Enfin, in fine. Il y aura quelques étapes intermédiaires, en gros, mais l’idée est là.

Enfin, sauver cet univers — pour les autres, il en faisait sa chasse gardée.

— D’un autre côté, maintenant que je vois votre bureau, vos meubles et vos livres, je ne suis pas certain que vous ayez follement envie d’émigrer aux États-Unis et de vous faire tuer en pleine Somalie à la recherche d’un écrou intergalactique.

En gros, il le soupçonnait d’être un peu casanier. De fait, Konstantin n’avait pas l’aura d’un aventurier. Mais Chase n’avait pas l’aura d’un leader. Le jeune homme était bien placé pour se méfier des apparences.

— C’est votre grande passion, l’enseignement et la recherche ? Ça doit être très…

Il haussa les épaules.

— Calme. Comme vie.

Cela dit, démineur ou agent du SWAT étaient des carrières plus calmes que la vie de Chase Neutron-Grey.
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Message posté : Mar 10 Déc 2013 - 22:42 Message
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Konstantin ne relaya pas l’information concernant le thé, puisque Madelyn avait entendu et allait s’affairer à le préparer. La main froide de Chase témoignait de la température extérieure, et le professeur n’était pas pressé de sortir. De toute façon, il avait une discussion à avoir avec le chef de l’équipe Argos, et il pouvait ensuite trouver de multiples raisons pour s’attarder au chaud. Son jeune interlocuteur attaque sans ambages, après avoir noté que la raison de sa présence ici ne devait pas être totalement inconnue de l’enseignant. Qui acquiesça avant de laisser le NG exposer ses plans de sauvetage de l’univers. L’idée, présentée comme ça, était assez incongrue, mais quelque part, très séduisante…

Il y avait un pendant que souligna Chase : Konstantin n’était-il pas casanier ? Ce terme-là, à vrai dire, il l’avait déjà entendu. Certains le considéraient comme tel, mais ces certains ne savaient pas que, lorsqu’il n’était pas à Oxford, soit à peu près la moitié de son temps, il était dans un avion pour une destination plus ou moins exotique. L’Afrique avait en général sa préférence… Tous ses voyages n’étaient pas un mystère, mais ce qu’il faisait durant ses périples l’était un peu plus. Sans quitter sa position, mains jointes, il répondit, très franchement, à la question.

Écoutez, Chase. Je peux vous appeler Chase ? commença-t-il, avant d’enchaîner sans attendre. Ma vie est plutôt calme, oui. J’aime l’enseignement, parce que je suis directement au contact de jeunes passionnés. J’aime la recherche, parce que j’ai soif de connaissances, et je sais que je n’oublierai jamais rien de ce que je découvre. Mais je quitte souvent l’ambiance studieuse d’Oxford pour me rendre à l’étranger.

Assez prestement, il se leva, pour aller ouvrir un tiroir du meuble juste derrière lui. Il y prit un album et alla le poser sur le bureau, juste devant Chase, avant de se rasseoir.

Je connais bien la Somalie, j’ai même déjeuné avec son président il y a deux mois. Je n’irais pas jusqu’à affirmer que je me suis enfoncé dans la brousse, au-devant du danger, mais ce n’est pas quelque chose qui m’effraie.

À l’intérieur de l’album, Konstantin avait réuni des photographies de ses voyages à travers le monde, simplement pour prouver à Chase que « casanier » pouvait presque sonner comme une insulte. Il était souvent à côté de chefs d’État, preuve qu’il avait des relations haut placées…

Si je dois être honnête, je dirais que l’opportunité que vous m’offrez est… comme une bouffée d’air frais dans la douce chaleur, le confort tranquille du quotidien. De toute manière, les États-Unis ne sont pas dépourvus d’universités, n’est-ce pas ? Je pense pouvoir affirmer, sans trop me tromper, et en toute humilité, que je n’aurais aucun mal à retrouver un poste de professeur.

Madelyn toqua à la porte puis entra, portant un plateau comportant une théière, deux tasses sur leurs soucoupes, avec leurs petites cuillères, du sucre, du lait, mais aussi quelques biscuits secs. Elle posa le tout sur le bureau.

Merci, Madelyn.

La secrétaire s’éclipsa, et Konstantin reprit immédiatement après avoir bu une gorge de son verre.

Vous avez apporté un dossier, peut-être ? Quelque chose pour m’exposer ce que vous attendez de moi ? En effet, j’ai une idée de ce que je peux apporter à l’équipe, mais n’est-ce pas mieux si vous me le dîtes formellement ?

Là, il taquinait un peu le NG, mais c’était sa nature, et puis, il était parfaitement conscient du fait qu’il n’avait rien à prouver. Après tout, c’était bien la DDS qui venait vers lui, et non le contraire. Combien de fois, dans sa vie, l’avait-on approché pour lui proposer de travailler pour différents États ? Combien de fois avait-il refusé, parce que ça s’annonçait vraiment peu palpitant ? Alors qu’un écrou intergalactique, voilà qui pouvait apporter du piment dans sa vie !

Sans vous commander, bien sûr, mais je préfère tout de même savoir ce que vous attendez exactement de moi, si j’accepte votre proposition. Mes employeurs vont certainement tout faire pour me retenir, mes étudiants vont crier au scandale, les étudiantes vont pleurer toutes les larmes de leurs corps… Ce seront des adieux déchirants… Imaginez un peu le drame…

Tout en parlant, il avait écarté les bras et levé les yeux vers le plafond, sur un ton exagérément dramatique… Retrouvant sa position originale, mains jointes, il changea totalement de sujet :

Vous aimez le thé ? C’est un des meilleurs Earl Grey.

Façon comme une autre de se recentrer, même si en soi, il n’avait pas opté pour la meilleure des diversions. D’ailleurs, il se fit silencieux, interrogateur, près à entendre l’argument de Chase Neutron-… Grey, tiens. Comme le Earl. Ironie.
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Message posté : Mer 11 Déc 2013 - 11:12 Message
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Longtemps Chase s’était interrogé sur ce que sa vie eût été s’il avait été inscrit au collège, puis au lycée, puis à l’Université — au HIT, sans doute. Il avait même calculé, en brûlant quelques étapes, qu’à vingt-et-un ans, il aurait pu avoir déjà un master. Être en plein doctorat. Marcher dans les pas de Tesla et, plus tard, se retrouver comme Konstantin, dans une université, quelque part dans le monde, à partager son savoir, bien au chaud. Il y avait sans doute dans l’un des mondes qu’il visitait, parallèles au sien, un Chase qui menait cette vie-là, studieuse et paisible, loin des forteresses volantes, des épaves millénaires et des combats d’esprits.

Mais visiter le HIT et voir le pénible travail des chercheurs l’avait guéri de son rêve de normalité. La hiérarchie de l’UNISON l’avait guéri de son rêve de normalité. Lukaz, d’une autre manière, l’avait guéri de son rêve de normalité. Il préférait le froid dont il sortait que la chaleur dans laquelle Konstantin paraissait vivre. La passion des aventures — et il s’en rendait compte désormais — avait toujours été plus forte chez lui que le désir de quitter sa prison pour rejoindre la vie commune. Et il était porté à supposer que tout être exceptionnel comme lui — Konstantin était indubitablement un être exceptionnel — partageait ses préférences.

Le jeune homme attrapa l’album. La plupart des dirigeants célèbres qui l’égayaient de leurs sourires politiques ne lui disaient rien. Certains visages étaient vaguement familiers sans qu’il parvînt à mettre un nom dessus. D’autres étaient bien connus, en revanche. Mais il lui suffisait de regarder les traits des visages, de l’Asie à l’Afrique, la variété des drapeaux, pour comprendre que son exégèse du CV de Konstantin n’avait pas été fautive. Bien sûr, il avait dû mettre à contribution Charlie pour décoder certains sigles et diplômes. Recruter un juriste était plus complexe pour lui que de recruter d’anciens militaires.

L’Argonaute referma l’album et le reposa sur le bord du bureau, avant de remercier d’un sourire la jeune femme qui lui apportait le thé tant désiré. Il ne se fit pas prier pour en boire une gorgée, même brûlante.

— Excellent.

Il reposa la tasse sur le petit plateau.

— Même si je ne suis pas sûr de pouvoir distinguer un thé d’un autre.

La gastronomie n’était pas son fort.

— L’une des multiples raisons pour lesquelles j’aurais besoin de vos services.

Le jeune homme fouilla dans sa poche et fit glisser bientôt une clé USB sur le bureau. Les dossiers papiers, ce n’était pas de son monde.

— Évidemment, je pourrais vous présenter les choses de manière plus vivante. Plus persuasive.

Pour la première fois, son esprit effleura celui de Konstantin. Son interlocuteur devait s’y attendre. Tout le monde s’y attendait. Tout le monde s’interrogeait perpétuellement sur ce qu’il était en train de lire. Comme s’il n’avait jamais rien de mieux à penser que les pensées des autres. Cette fois-ci, il n’eut qu’une chaîne cryptée pour laquelle il n’avait pas payé. Un grésillement. Ce n’était pas la première protection qu’il rencontrait. Du bouclier psychique aux labyrinthes mentaux, des disrupteurs électro-machin-chose aux pierres magiques, Chase avait déjà parcouru un vaste éventail de protection. Ses tentatives cessèrent.

— Ou pas.

Il reprit sa tasse de thé et en but une gorgée avant de se livrer au rituel d’un exposé dans les formes.

— Bref, comme vous le savez, la Danger Diamond Society, en coopération notamment avec l’UNISON, tente de développer les technologies spatiales terriennes. La tâche est parue de plus en plus urgente à mesure que les tentatives d’invasion ce sont multipliés, ces dernières décennies, et l’évidence a fini par s’imposer qu’il était nécessaire d’emprunter des raccourcis. Il serait déraisonnable de prendre le temps de développer uniquement des technologies originales sans profiter de ce qui existe déjà. À la fois pour l’adapter à nos projets et pour mieux comprendre le fonctionnement de ceux de nos adversaires.

Évidemment, l’UNISON s’est lancé dans ses propres tentatives. Mais la DDS a décidé de fonder une équipe pour rassembler des artefacts techniques aliens. Un équipe d’exploration. Certains de ces objets, vous comprenez, sont sur Terre depuis très longtemps. Cachés. Enfouis. Volontairement ou non. Notre histoire, à l’échelle de l’histoire galactique, est anecdotique. Quoi qu’il en soit, Argos doit se déplacer un peu partout dans le monde. Et tous les gouvernements ne sont pas ravis de nos interventions.

Si l’on ajoute à cela que notre présence en un endroit donné est l’indicateur qu’un objet peut-être précieux s’y trouve, il arrive souvent que la concurrence, et notamment la concurrence criminelle, se réveille. Les affrontements ne seront pas rares, même en dehors des pays agités par des guerres civiles, qui eux-mêmes sont très nombreux. Nous avons besoin d’appuis constants et d’accords de fond, d’une part. J’ai déjà quelques contacts, par exemple en France, mais c’était très loin d’être suffisant. D’autre part, nous avons besoin d’un négociateur pour des problèmes plus ponctuels. Sur le terrain.


Et si la première de ces deux missions impliquait un travail d’ambassade et de lobbying somme toute assez traditionnel, la seconde risquait d’être beaucoup plus mouvementée.

— En clair, nous avons besoin de quelqu’un dans les bureaux autant que sur le terrain. Que vous ayez ou non une formation militaire, à vrai dire, n’est pas la question. On vous en fournira une. Minimale. Et on vous protègera. Nos expertes militaires, d’une part. Moi-même, d’autre part. Ce qui n’est pas pour dire que tout cela serait absolument sans danger. Simplement qu’on ne vous demande pas d’être James Bond. Simplement, sur le terrain, le confort est souvent minimal, les conditions de vie aléatoires et la compagnie rude.
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Message posté : Mer 11 Déc 2013 - 22:56 Message
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Ignorant la remarque sur le thé – après tout, il n’était pas Britannique, et ne se formalisait donc pas de ce genre de remarque désobligeante sur la boisson officielle de sa très gracieuse majesté – Konstantin prit la clé USB et l’inséra sans attendre dans son ordinateur. Avant d’afficher un petit sourire suite aux propos de Chase. « Persuasive ». La méthode avait sûrement son charme… « Télépathique ». « Intrusive ». Les termes convenaient sans doute mieux. Mais le mentaliste eut la surprise de se heurter à une confusion sans nom. L’esprit du professeur fourmillait de tant d’informations qu’elles avaient rendu toute approche quasi-impossible à réussir sans en attraper un horrible mal de tête. C’est donc par un classique discours que le chef de l’équipe Argos fit son plaidoyer.

Konstantin suivait en même temps sur l’écran de son ordinateur, ouvrant les fichiers et les parcourant rapidement du regard sans perdre une miette de ce que son interlocuteur lui exposait. À mesure que les informations entraient, elles étaient immédiatement classées, et un résumé se formait dans la tête de l’Allemand. La DDS collabore avec l’UNISON pour la recherche spatiale, dont l’urgence répond aux différentes invasions venues d’autres planètes. La recherche s’inspire de la technologie de ses autres mondes. L’équipe Argos est chargée de retrouver les artefacts aliens sur Terre. Conséquences : concurrence, réticence diplomatique. Besoins : fonds, diplomate de terrain. C’était très clair, finalement. Mais Konstantin laissa Chase faire lui-même un résumé de ce qu’il attendait de lui.

Quand le NG termina, le professeur demeura un instant silencieux, alors que son regard atteignait le dernier point de la dernière ligne du dernier document. Il retira la clé et la fit glisser sur le bureau. Après avoir vidé son reste de whisky d’un trait, il prit la théière et remplit la deuxième tasse, dans laquelle il ajouta un morceau de sucre. Puis, tenait la soucoupe, il bascula en arrière pour s’adosser. Après avoir fait tourner la cuillère dans la tasse, il la déposa sur la soucoupe et goûta le thé.

Je n’ai jamais compris ce qui poussait les Anglais à ajouter du lait au thé. Le lait dénature, je trouve.

Après une nouvelle petite gorgée, il reposa le tout sur le bureau. Puis reprit la parole, non sans avoir joint ses mains, à nouveau.

Le minimal, l’aléatoire, la rudesse, ça ne me fait pas peur. Vous m’offrez surtout un peu d’adrénaline, et c’est ce qui m’a manqué pendant toute ma vie.

Aaron lui avait parfois raconté, sans donner de noms, lieux, dates, quelques-unes de ses missions, et Konstantin s’était pris à rêver d’avoir vécu ne serait-ce qu’un peu de tout ça… Agent secret, une carrière qu’il n’avait jamais envisagée mais qui pouvait lui faire envie. Là, le poste proposé par Chase n’avait rien à voir avec les services secrets, mais il y avait de l’action possible, et surtout, le relationnel allait être très important. Ce qui tombait très bien, puisqu’il était un spécialiste.

Je dois avouer que mes connaissances en matière d’artefacts aliens sont encore assez floues, mais il ne me faudra que peu de temps pour assimiler tout ce qu’il y a à savoir. J’imagine qu’il y a bien plus à découvrir que des écrous intergalactiques.

Récupérant la tasse de thé, il en but une nouvelle gorgée, et poursuivit :

En ce qui concerne la formation militaire, je me suis mis au sport assez récemment. D’ailleurs, puisque j’y pense, j’aurais quelqu’un à vous proposer pour votre équipe, si vous recrutez des hommes de terrain… Vous parliez de James Bond, je pense que j’en ai un sous la main.

Aaron n’appréciait pas particulièrement être comparé à James Bond, parce que James Bond « n’était qu’un homme ». L’ancien agent de la Brigade Six avait lui des pouvoirs, ce qui le rendait bien meilleur que le célèbre 007. Tout ça, Konstantin l’avait appris en peu de temps, tout en sachant que l’homme avec qui il vivait désormais avait un passé mystérieux, et avait sans doute dû avoir plusieurs identités… Mais a priori, Aaron Maxwell, c’était son vrai nom…

Et dans tout ça, j’en oublie l’essentiel. Si vous me laissez le temps de régler les détails de ma démission, je peux vous rejoindre dès que possible. J’accepte la proposition.

Terminant son thé, il reposa la tasse.

Facile, n’est-ce pas ? Je dois vous avouez que depuis hier, j’ai beaucoup pesé le pour et le contre. Vous êtes en quelque sorte venu ici en terrain déjà conquis.

Konstantin prit un petit biscuit sec et mordit dedans.

Madelyn me manquera… fit-il, un brin mélancolique.

Et voilà. Chase Neutron-Grey avait mené son recrutement de main de maître. Konstantin avait déjà établi son planning pour les jours à venir. D’abord, il rédigerait sa lettre de démission. Ensuite, il se rendrait au bureau du grand patron, sans attendre. Y passerait sans doute une bonne demi-heure, le temps de repousser un à un, et avec argumentaire, les tentatives pour le faire rester. Puis il rentrerait chez lui, annoncerait la nouvelle à Aaron, évoquerait l’idée qu’il avait eu de le faire engager. Le lendemain, il reviendrait à Oxford signer certains papiers administratifs, et faire ses adieux à ses étudiants et ses collègues… Et puis il lui faudrait préparer ses affaires, son déménagement, prendre l’avion… Tout s’établissait déjà petit à petit.

En tout cas, c’est extrêmement aimable à vous d’avoir fait le déplacement, Chase.

Ce qu’il espérait, c’était que le NG ne l’obligerait pas à l’appeler « chef ».
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Message posté : Jeu 12 Déc 2013 - 11:44 Message
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Le mentaliste observa le très long processus nécessaire à Konstantin pour se servir du thé et, pendant quelques instants, il se demanda si sa proposition n’avait pas été définitivement inconsidérée. Un professeur d’universités n’était pas un agent de terrain et même si Chase ne comptait pas demander systématiquement à Konstantin de les accompagner dans les pires bourbiers de la planète, il y aurait tout de même des impératifs. Le Neutron-Grey avait grandi autour d’hommes et de femmes d’action et son interlocuteur du jour tranchait un peu avec les attitudes auxquelles il était habitué.

Mais Konstantin finit par accepter sa proposition, exactement pour les raisons qui paraissaient les plus importantes à Chase : le goût de l’aventure. Sauver l’univers, évidemment, ça l’intéressait aussi, d’abord parce que Lukaz, Charlie, Maxime, Tesla, Victoria et lui y étaient, dans cet univers. Et puis, avec le temps, on s’attache aux petites choses du quotidien — comme sa planète. Il n’empêchait que ce qui l’avait attiré en premier lieu, dans le projet Argos, avait été la possibilité de décider de ses propres missions, en marge de l’UNISON, et de courir le monde. Puis celle d’observer de près des technologies exotiques dont il comptait bien tirer profit. Et enfin, donc, de sauver l’univers.

Le jeune homme haussa les épaules quand Konstantin évoqua sa méconnaissance du domaine qui ferait l’objet principal de leurs futurs travaux.

— Ne vous inquiétez pas pour cela. L’aspect technique, c’est mon affaire, entre autres. De toute façon, notre expertise dans le domaine est transitoire. Nous nous assurons de l’utilité des technologies après un examen rapide. Ou plutôt, disons, de leur authenticité et de leur fonctionnalité. Le gros du travail scientifique sera assuré par les services de recherche et de développement de la société. En fait, on pourrait chasser des papyrus…

Ce qu’ils faisaient, d’ailleurs, parfois.

— …que ça ne changerait pas grand-chose.

Les mesures de sécurité étaient à peu près les mêmes que pour la manipulation de produits dangereux : ne pas toucher, ne pas ingérer, ne pas baisser les leviers et ne pas appuyer sur les boutons. La plupart du temps, pour les membres non-scientifiques de l’équipe, le contact avec les objets extraterrestres se résumait à les enfermer dans un caisson aussi hermétique que possible et à les transporter d’un point A à un point B. C’était Chase et son assistant, puis les laboratoires de la DDS, qui analysaient véritablement les trouvailles. En essayant de ne pas créer des trous noirs inopinés.

— Quant à la formation militaire, la DDS vous en assurera une minimale. Au cas où le sport ne suffise pas.

Chase avait dit cela avec un léger sourire. À vrai dire, le sport, il ne se rendait pas bien compte de ce que c’était. Pour lui, la pratique physique avait toujours été avant tout un entraînement indissociablement lié à sa condition de mutant, puis à son statut d’agent de l’UNISON et enfin à sa nouvelle carrière de criminel. Il aimait regarder le sport à la télévision, parfois, mais cela revenait au même : des gens qui s’entrainaient dans un but précis. Le footing pour le footing et l’escalade pour la beauté du geste lui étaient des notions étrangères.

Son sourire s’agrandit quand Konstantin accepta sa proposition et sembla pressé de mettre les choses en mouvement. Ses doutes s’envolèrent. L’équipe Argos prenait petit à petit forme. Il avait procédé à de premiers recrutements pour la mettre sur pied mais peu à peu, il remplaçait, sans grand scrupule, certains de ses employés et comblait les fonctions demeurées vacantes. L’idée de pouvoir bientôt battre l’UNISON à son propre jeu était grisante.

— Excellent. Et je ne suis pas déplacé seul. Vous pourrez si vous le voulez rencontrer notre géographe, Anna-Maria Rodriguez. Elle n’est pas, hm…

Comment décrire l’efficace mais caractérielle Espagnole ?

— Disons qu’elle vit parfois dans son propre monde. Et elle n’aime pas beaucoup Oxford, une histoire de recrutement, je crois. Un peu de mauvaise humeur, donc, mais je ne doute pas que vous parviendrez à l’apprivoiser. Quant à votre contact…

Konstantin ne perdait pas de temps pour placer ses relations, mais à en juger par son carnet de voyages, il devait en avoir d’excellentes avec bon nombre de professionnels compétents et il ne paraissait pas du genre à tenter de faire subrepticement engager le petit-neveu de sa cousine par alliance. Chase reposa une nouvelle fois sur le plateau sa tasse, vide cette fois-ci, et se pencha en avant, les mains croisées.

— J’examine toutes les candidatures. Mais il me faudra des états de service. Pour les agents de terrain, ils peuvent être… moins académiques, disons, évidemment. Moins conventionnels. Mais j’ai besoin d’être sûr des gens à qui je confie la sécurité de mon équipe. Et le DDS se réserve aussi un droit de veto sur mes choix. Et puis, j’aime rencontrer personnellement les futures recrues. Et si votre James Bond est timide…

Chase s’appuya de nouveau sur le dossier de son fauteuil.

— Je vous assure que le secret sera total.

Et s’il y avait bien une chose que Chase savait faire — en plus de laver les cerveaux — c’était garder un secret.
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Message posté : Jeu 12 Déc 2013 - 14:23 Message
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Ainsi, ne pas connaître tout ce qui concernait la technologie des aliens n’était pas un handicap… Mais ça n’empêcherait pas Konstantin de se pencher tout de même sur la question. Il aurait le temps, par exemple, dans l’avion pour les États-Unis, d’assimiler tout ce qu’il était bon d’apprendre sur la question. Et ce, même s’il n’était aucunement amené à s’en occuper directement. Il partait du principe que, si jamais il devait défendre les intérêts de l’équipe Argos auprès d’autorités récalcitrantes, il était bien plus facile de mentir et faire ressortir les points importants quand on connaissait le sujet plutôt que de broder sur du vent. Même si, ça aussi, il savait très bien faire.

La formation militaire, il l’accepterait. Il avait une condition physique qui s’adapterait, et avait un corps auquel la graisse refusait d’adhérer. En peu de temps, il pouvait donc acquérir les bases nécessaires à l’action sur le terrain. Après que le professeur eut enfin donné son accord pour rejoindre Chase et ses hommes, il apprit qu’une certaine Ana-Maria Rodriguez était venue avec lui. Il était sûr d’avoir entendu lu le nom quelque part, tout comme il était certain de n’avoir pas cherché plus d’informations sur la personne. Il savait qu’elle avait écrit des livres… C’est ça, il avait vu son nom à la bibliothèque de l’université. Dans la colonne « auteurs ». Et à dire vrai, il ne s’était pas intéressé aux titres des deux livres qu’Oxford avait dans ses rayons…

La question de « l’apprivoisement », Konstantin en faisait son affaire. Il était à l’aise avec l’humour en espagnol, et saurait certainement trouver les mots pour s’en faire une amie. Parce que s’ils travaillaient ensemble, il était primordial de construire rapidement une relation de confiance. Sans confiance, impossible d’évoluer dans la même direction. Chase enchaîna sur le « contact », et se montra favorable à une rencontre. À l’emploi du mot « timide », le professeur afficha un petit sourire. Quand son interlocuteur eut terminé, il prit la parole :

Timide n’est pas vraiment un mot que j’emploierais pour le qualifier. Il est plus du genre à… être contraint de vous éliminer si vous en savez trop.

Sur cette remarque énigmatique, il prit son téléphone portable et composa rapidement un message pour son compagnon. Ce dernier avait l’habitude de lire et de répondre dans les trente secondes. Posant l’appareil sur le bureau, Konstantin poursuivit :

Il a une grande expérience du terrain. Comme moi, il a beaucoup voyagé. Mais je préfère ne pas en dire plus, il saura vous parler de lui bien mieux que moi.

On toqua à la porte. Madelyn passa la tête à l’intérieur du bureau.

Professeur ? Monsieur Maxwell est là.
Déjà ? Faites-le entrer.

Et la porte s’ouvrit en grand sur Aaron Maxwell. Ce dernier, tout de noir vêtu, fit une entrée presque triomphante, contourna le bureau, prit Konstantin qui s’était levé pour l’accueillir par la taille, et lui roula un patin monstrueux, avant de le repousser. L’Allemand retomba sur son fauteuil, légèrement grisé par ce salut particulièrement éloquent.

Messieurs, pardonnez mon intrusion, mais il m’a semblé que j’étais attendu ! lança Aaron, en ôtant son manteau, qu’il alla accrocher au dossier d’une chaise rangée sur le côté.
Tu as fait vite…
J’étais sur place, figure-toi ! Je suis venu te faire une surprise, et j’ai été devancé par ton message.

L’Écossais se frotta les mains pour les réchauffer, puis tendit la droite à Chase :

Chase Neutron-Grey, le chef de l’équipe Argos ! Ravi de vous rencontrer. Aaron Maxwell. Mais vous pouvez m’appeler Aaron.

Sur ce, il alla ouvrit la porte d’un meuble, qui servait à ranger quelques bouteilles et quelques verres, revint avec un de chaque, qu’il posa sur le bureau, récupéra la chaise libre et la plaça près du fauteuil de Konstantin, avant de se servir une dose généreuse d’Ardbeg Galileo, son whisky. Et enfin, verre en main, il reprit :

J’imagine que vous n’avez eu aucun mal à le débaucher. Konstantin est un aventurier dans l’âme, même s’il n’en était pas vraiment conscient avant de me rencontrer. Et si je suis ici devant vous, c’est sûrement parce qu’il vous a parlé de moi… A priori en bien. À moins qu’il n’ait choisi de me laisser l’honneur de parler de moi-même, ce que je fais plutôt bien, je dois avouer.

Levant son verre à l’attention de Chase et Konstantin, Aaron en but une toute petite gorgée, qu’il dégusta. Un tel whisky, ça ne se buvait pas. Ça se vivait. Le professeur se demandait ce que son nouveau « patron » pouvait bien penser de ce personnage assez extravagant… Lui savait très bien que cette nature assez joyeuse était aisément camouflée, qu’Aaron pouvait endosser de très nombreux rôles, que ses missions avaient souvent exigé la plus grande des discrétions, mais tout cela était loin d’être évident après une entrée pareille. Mais au moins, Chase était au courant d’emblée que c’était un couple qu’il avait sous les yeux.
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Message posté : Jeu 12 Déc 2013 - 16:10 Message
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L’éliminer s’il en savait trop ? Des réponses toutes aussi peu rassurantes que « il y en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes » vinrent à l’esprit de Chase, mais pour ne pas rebuter trop rapidement sa nouvelle recrue avec son humour pince-sans-rire diversement apprécié, il se contenta d’un très sobre :

— Je suis un scientifique, professeur. On n’en sait jamais trop.

Et quelques secondes plus tard, James Bond fit son irruption et réalisa tous les fantasmes de Chase, qui avait toujours trouvé dommage que les James Bond girls ne fussent pas remplacées par des James Bond boys (lui, par exemple, il se serait porté volontaire). Tel le général spartiate qui encourageait le plus jeune de la phalange à s’unir au plus âgé pour motiver les troupes et assurer la cohésion de l’équipe, le chef de l’équipe Argos avait des raisons un peu plus stratégiques que fantasmatiques de voir d’un bon œil une semblable relation à l’intérieur de son équipe. Les jumelles qui occupaient l’un des postes qu’il n’excluait pas d’offrir à Aaron n’étaient jamais qu’une variation sur ces liaisons personnelles qu’il cultivait pour favoriser l’efficacité professionnelle — à l’image de son couple avec Lukaz.

Le jeune homme hocha lentement la tête.

— Aucun mal, en effet. Je le soupçonne de s’être embauché tout seul avant même mon arrivée. Mais après tout, xéno-crypto-ferrailleur international est une carrière si populaire, ces derniers temps, qu’il n’est pas étonnant que tout le monde cherche à l’embrasser.

(Son inconscient dictait peut-être légèrement le choix de ses formulations.) En attendant, Chase se demandait si Clarence Danger n’allait pas le soupçonner du faire du lobbying LGBT au sein de l’équipe Argos — d’autant que les paris couraient déjà, au sein de la DDS, sur le possible lesbianisme d’Anna-Maria, qui n’avait ni confirmé, ni infirmé, vraisemblablement parce qu’elle n’avait même pas compris de quoi il était question, trop occupée à lire un article sur les couches calcaires d’Europe et leur influence sur la production viticole.

— Quant à parler de vous, il a été pour le moins laconique.

Ce qui avait l’air d’être plutôt exceptionnel.

— Mais, de fait, nous cherchons des agents de terrain. Pour l’heure, les postes sont occupés par les jumelles Averner, mais ce ne sont pas les employées les plus stables du monde, je suppose.

Ada et Adèle Averner, nées dans le Missouri, une carabine à la main probablement, avaient eu une carrière brève mais mouvementée dans les forces spéciales américaines avant d’enchaîner les missions de mercenaire. Elles étaient d’une redoutable efficacité sur le terrain et d’une compagnie rafraichissante, mais elles n’étaient pas réputées pour garder longtemps le même emploi et, en les engageant, Chase avait eu parfaitement confiance qu’elles ne feraient jamais que combler un vide, le temps que leur fantaisie les portât vers d’autres horizons.

— Ce que je cherche en la matière est à vrai dire assez conventionnel, d’une certaine façon. Du SERE. J’ai besoin de gens capables de concevoir des plans sur le terrain, pour les situations de crise. Avec les compétences martiales appropriées. Mais des tacticiens, pas des têtes brûlées. Des gens capables d’assurer la sécurité des autres membres de l’équipe. Pas forcément des combattants, au contraire, même. Des scientifiques. Entrainés, certes, mais des scientifiques avant tout. Le profil idéal serait un ancien des forces spéciales, des divisions d’intervention de l’UNISON ou des services de renseignement. Ce qui, si j’interprète correctement les allusions du professeur, correspond plutôt à votre cas, je crois.

Une nouvelle fois, Chase se pencha en avant. Son regard se posa dans celui d’Aaron. Le tout jeune homme ne paraissait nullement impressionné de s’adresser à celui qui était vraisemblablement un agent secret. Mais il suffisait de l’entendre parler méthodiquement de son opération, de ses ramifications et de ses besoins pour comprendre que Chase n’avait plus grand-chose du jeune homme de vingt-et-un ans — sauf son enthousiasme spontané devant les baisers de cinéma.

— Et si c’est effectivement le cas, je vous prie de pardonner ma brusquerie, mais je tiens à préciser une chose : personne n’espionne mon équipe. Et essayer de me mentir, c’est un peu comme… Piloter une X-Wing dans les tranchées de l’Étoile de la Mort, les chances de succès en moins.

Sauf son enthousiasme pour les baisers de cinéma, donc, et ses références de geek. Une nouvelle fois, il s’appuya contre le dossier de son fauteuil.

— Voilà. Je suis curieux d’entendre le récit de votre parcours. Ne m’épargnez pas le jargon militaire. J’en ai beaucoup plus l’habitude que de celui du droit, il faut bien l’avouer.

Malgré sa précision, l’idée de recruter un espion ne rebutait pas particulièrement Chase : tout au contraire, il y avait là des compétences plus discrètes et moins rigides que celles que l’on pouvait trouver dans l’armée conventionnelle et l’âge d’Aaron était un excellent gage de pondération, même si son comportement en civil suggérait le contraire. Il n’avait simplement pas envie que les oreilles de Sa Majesté pussent trainer dans son laboratoire. Et Clarence Danger non plus.
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Message posté : Ven 13 Déc 2013 - 1:17 Message
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Les deux hommes écoutèrent Chase exposer clairement ce qu’il attendait d’un homme de terrain. Sans vraiment chercher à être discret, Konstantin avait légèrement rapproché son fauteuil, qui avait l’avantage de rouler, de celui d’Aaron, pour lui poser une main sur la cuisse. Face à eux, le leader de l’équipe Argos savait de quoi il parlait, et il tâchait, en plus d’être clair, de montrer qu’il pouvait avoir de l’autorité, puisqu’il n’était nullement impressionné. Au contraire, il affichait une assurance qui aurait manqué s’il ne l’avait pas eu. Ce qui aurait fait tache, surtout pour un chef… Ils eurent même droit à une référence venue tout droit de la science-fiction terrienne. Et qui devait certainement avoir déjà été abordée matériellement quelque part dans l’univers.

Il termina en invitant Aaron à s’exprimer, à parler de lui, de son parcours, en bref, à donner son CV, mais à l’oral. Konstantin se demanda comment son compagnon allait aborder la question, lui qui avait toujours gardé ses secrets, hormis quelques-uns, lâchés comme ça et sans aucune conséquence. L’Écossais dégusta une seconde gorgée de son whisky avant de prendre la parole, toujours avec cet accent si particulier, mais parfaitement compréhensible, et qui faisait partie de son charme.

Il y a certaines choses que je ne pourrai malheureusement pas vous dire. Je ne les ai même jamais dites à Konstantin… Certains secrets doivent le rester ! Mais parler de moi, je peux le faire ! Donc, je suis Aaron Maxwell, né en Écosse. J’ai 42 ans et déjà vingt-six années de carrière derrière moi. À seize ans, je me suis engagé dans l’armée de terre. Formation rude, tout le toutim, je vous passe les détails. J’ai été envoyé en Iraq pour la Guerre du Golfe. Excellents états de service. Jusqu’à ce que je sois contacté par une branche très spéciale des services secrets britanniques…

Il entrait dans le vif du sujet, et pourtant, n’allait pas s’y attarder. Juste quelques informations, rien de plus, parce qu’il ne pouvait pas tout divulguer.

Et c’était parti pour vingt ans de missions. J’ai voyagé partout. J’ai survécu, j’ai extradé, j’ai résisté, je me suis évadé… J’ai été blessé plusieurs fois, capturé plusieurs fois, et voyez, je suis là devant vous, en pleine forme ! Rien ne vaut l’expérience glanée sur le terrain, pas vrai ?

Il prit la main de Konstantin sur sa cuisse et la porta à ses lèvres, pour l’embrasser, tout en regardant amoureusement son compagnon. Cliché ? Oui. Évidemment.

Jusqu’à ce que je le rencontre. Alors, j’ai démissionné. Vingt-six ans de bons et loyaux services. On ne pouvait pas me le refuser.
Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’on dit « Sir Aaron Maxwell ». Monsieur est Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique…
… et ne le crie pas sur les toits, parce que, franchement, ça n’est pas primordial.

Aaron adressa un clin d’œil à Chase, avant d’enchaîner :

Et donc, si jamais cela était un sujet d’inquiétude : je suis libre de tout engagement. Je ne travaille plus pour la Couronne. Tant que je respecte le contrat qui me lie jusqu’à ma mort et qui stipule que je ne dois en aucun cas divulguer blablabla, etc., les missions, les informations… tout va bien ! Je suis un tout jeune retraité qui profite de la vie et de l’amour, mais qui ne dirait pas non à un retour dans le feu de l’action, surtout pour travailler aux côtés de…

Il n’avait pas lâché la main de Konstantin, et il la leva bien haut avec la sienne.

Rassurez-vous, il n’est pas toujours comme ça. Enfin… en général, il est comme ça…
… mais il sait parfaitement se tenir quand la situation l’exige. Je n’aurais pas été un bon agent secret, sinon.

Konstantin décida de reprendre un peu la main, la sienne étant toujours étroitement tenue par Aaron. Il avait organisé, un peu malgré lui, cet entretien rapide, aussi tenait-il à s’assurer que tout se déroulait pour le mieux.

Il est très protecteur envers ceux à qui il tient. Au sein de l’équipe, il fonctionnera de la même manière. Quitte à prendre les risques pour les autres… enfin, pas inconsidérés, bien sûr, mais…
… mais… mais ? Arrête donc, tu vas lui faire peur. Il va croire que je suis du genre à aller au-devant du danger, le coupa à nouveau l’ex-agent secret, avant de reprendre pour Chase : Plusieurs individualités au sein d’une équipe. Soutien, solidarité. Personne ne reste derrière. Là, j’ai cependant ma petite règle personnelle : je suis prêt, s’il le faut, à justement rester derrière. Tant que le job est fait.

Est-ce que cette précision allait lui jouer des tours ? A priori, non. Aaron avait appris à obéir aux ordres à l’armée. Il avait continué à les suivre à la Brigade Six, mais y avait ajouté parfois quelques initiatives personnelles, qui s’étaient en général montrées concluantes, tout simplement parce qu’il avait pu juger directement de la situation sur le terrain. En situation d’urgence ou de crise, il était imbattable.
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Message posté : Ven 13 Déc 2013 - 11:41 Message
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Pour Chase, le parcours d’Aaron Maxwell se composait rapidement. Il le comprenait bien mieux que celui de Konstantin, évidemment. Il avait côtoyé beaucoup plus d’agents de terrain que de juristes (et beaucoup plus de scientifiques que d’agents de terrain). Tout cela avait un air de familiarité, à la fois parce qu’il connaissait le domaine et parce qu’il avait, ces dernières semaines, en prévision du départ sans doute imminent des jumelles, consulté à nouveau des dizaines de dossiers qui ressemblaient en quelque manière à celui d’Aaron, même si les noms variaient en fonction des pays. L’organisation militaire, les renseignements, les documents couverts de noir où ne surnageaient que quelques mots.

Les secrets, le mentaliste s’en souciait assez peu. Les missions du passé n’avaient pas de réelle importance pour leurs activités futures. Les secrets qui comptaient, les véritables secrets qu’il avait envie de connaître, il les découvrirait bien d’une manière ou d’une autre — hacker les ordinateurs et hacker les esprits, telles étaient ses deux spécialités originelles. Il n’avait jusque là mené d’enquête poussée sur aucun des membres de l’équipe. Ce qu’il avait cherché d’abord dans leurs esprits, c’était l’assurance des qualités qu’ils exposaient. Des impulsions, des sentiments, beaucoup plus que des souvenirs ou des pensées. Il avait toujours eu ensuite d’autres lectures plus intéressantes que celles de la vie des autres.

Le curriculum vitae d’Aaron correspondait fort bien au poste — il ressemblait à celui des jumelles, en beaucoup, beaucoup plus gouvernemental. Restait son comportement… exubérant. Chase le trouvait personnellement des plus réconfortants. Il n’avait jamais beaucoup songé à l’avenir, mais l’inquiétude le prenait parfois de savoir si sa relation avec Lukaz durerait. Il n’avait pas aucun exemple de couples homosexuels dans son entourage — aucun exemple de couples, en tout cas, qui ne fussent pas jeunes. Aaron et Konstantin étaient une certaine de confirmation vivante que sa vie n’allait pas sombrer passés les vingt-cinq ans.

Mais tout le monde ne serait pas aussi bien disposé. Le silence était revenu dans le bureau et Chase réfléchissait à une manière de présenter les choses.

— Il faut que vous ayez conscience que… Comment dire ? L’équipe est à la fois secrète et très médiatique. Un peu à cause de moi, je suppose. J’attire un certain intérêt public.

Pour des raisons, à vrai dire, qui lui avaient toujours échappé. Ce n’était pas comme si son existence officielle était des plus palpitantes — à ses yeux.

— Et il est possible que certains interprètent votre recrutement conjoint, c’est le cas de le dire, comme… la marque d’un agenda plus personnel, de ma part, que celui de l’équipe Argos. Une sorte de militantisme.

Depuis l’avant-première où, aux côtés de Charlie, il avait révélé un peu malgré lui, sur un coup de tête, son homosexualité, Chase n’avait pas fait grand-chose pour la cause LGBT, même si l’idée lui avait traversé l’esprit et qu’il en avait un peu parlé à l’avocate. S’engager de la sorte n’était définitivement pas son genre. Mais cela n’empêchait pas certains journalistes d’interpréter ses actions à la lumière de cet aspect de sa vie personnelle et, pour certains, toutes ses particularités, à ses yeux beaucoup plus marquantes, son mentalisme, sa carrière, sa famille, avaient cédé le pas à cette caractéristique quasi anecdotique qu’il partageait avec des millions de personnes.

— Il est possible que cela sape un peu ma crédibilité. Et la vôtre. Dans les premiers temps. Le temps que tout le monde comprenne que je n’essaye pas de reconstituer les Village People et que le Q.G. d’Argos n’est pas une backroom pour mes fantasmes.

Ça, c’était dit — il était quand même très content d’avoir recruté un diplomate qui tournerait ce genre de choses plus habilement qu’il n’en était capable lui-même.

— Je ne dis pas cela pour vous inciter à changer vos attitudes. Elles ne concernent que vous. Simplement, les États-Unis sont…

Chase haussa les épaules.

— Un pays parfois légèrement obscurantiste. Et par conséquent, de l’autre côté, pathologiquement revendicateur. Je conserve pour ma part la neutralité, mais les gens essayent toujours de m’enrôler dans telle ou telle cause. En ce moment, on s’intéresse principalement à l’usage que je fais de mes protubérances et orifices, mais j’espère bien que cet intérêt-là passera. Je préfère simplement vous prévenir, avant de vous entraîner dans la spirale médiatico-absurde que constitue parfois mon existence.

Fort heureusement, le secret industriel qui couvrait les activités d’Argos donnait peu de grain à moudre pour les journalistes en quête d’histoires faciles et sensationnelles, si bien que la presse à scandales n’avait pas jusqu’à lors beaucoup enquêté sur le passé des Argonautes actuels. Mais les Argonautes en question étaient beaucoup moins… enthousiastes qu’Aaron.

Cela dit, ce qui ressortait des mises en garde de Chase, c’était bien qu’il venait d’engager l’homme. Le jeune homme désigna l’ordinateur de Konstantin d’un geste de la tête.

— Vous trouverez avec les documents sur l’équipe quelques fichiers sur Star City. Ses quartiers, ses principales agences immobilières, ses institutions, bref, de quoi faciliter votre installation. Si vous pouviez également produire des fiches de compétences précises, incluant les capacités traditionnelles comme les éventuels…

Chase arrêta un instant son regard sur Konstantin et sa pensée anarchique.

— …pouvoirs, ce serait également utile. Pour moi, pour les autres membres de l’équipe. Afin que chacun ait une vision stratégique assez claire et que nous puissions, si nécessaires, adapter certains équipements standards pour répondre à vos facultés. Il y a évidemment des accords de confidentialité de quelques centaines de pages, mais vous avez l’habitue sans doute et ce seront les ressources humaines de la DDS qui s’occuperont de ces détails, au moment de la signature de vos contrats. De même pour les prétentions salariales et éventuels avantages annexes. Mon rôle à moi est beaucoup moins administratif.

Après votre installation, nous procéderons vraisemblablement à une phase d’adaptation. Un entraînement militaire de base, pour vous, professeur, et pour tous les deux des sessions de rattrapage sur nos activités jusqu’à maintenant et les connaissances communes en matière de technologie extraterrestre. Il serait bon aussi que nous calibrions les communications télépathiques pour les missions, vous verrez c’est sans douleur, mais nous nous pencherons sur la question le moment voulu.

Évidemment, la DDS vous fournira tous les documents nécessaires à votre passage aux États-Unis, mais comme vous êtes sujets britanniques, cela ne posera guère de problèmes. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, je peux essayer d’y répondre.
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Message posté : Ven 13 Déc 2013 - 14:48 Message
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Chase commença, suite à ce déroulé de CV, par annoncer que l’équipe Argos devait jongler entre sa renommée et le secret de ses activités. Et le fait qu’un Neutron-Grey homosexuel soit à sa tête n’était pas étranger à la médiatisation un peu abusive qui entourait tout ça. Et en effet, Konstantin avait pu reconstituer le fil des différents articles sur leur désormais nouveau chef. C’était… instructif sur la vision qu’avaient les journalistes. Chase enchaîna du coup sur la relation entre le professeur et l’agent secret, sur les rumeurs qui pourraient circuler, sur l’attitude des États-Unis vis-à-vis de la cause LGBT, assez paradoxale… Il donna même d’étranges détails sur sa personne… Ce fut finalement Konstantin qui répondit :

N’ayez aucune crainte nous concernant. À ma connaissance, personne n’est au courant de notre relation. Ma propre famille est loin, et Aaron n’en a plus vraiment. Nous ne nous affichons pas. Sans pour autant nous cacher, bien sûr, mais quelqu’un qui nous croiserait dans la rue ne saurait déterminer la vraie nature de nos rapports…
Mon arrivée en fanfare, tout à l’heure, c’était… je ne fais jamais ça en public. Vous étiez là, certes, mais c’est quelque chose que vous auriez de toute façon fini par découvrir.
Et si jamais la presse s’empare du sujet, comptez sur moi pour désamorcer tout ça. Recentrer l’intérêt sur certains propos est une de mes spécialités.

Les deux hommes avaient bien sûr compris, du coup, qu’ils étaient tous les deux engagés, et qu’ils allaient, en plus de partager leur vie privée, partager également leur vie professionnelle.

Et puis, soyez rassuré sur le fait que nous ferons très bien la différence entre le privé et le professionnel.

Sir Aaron acquiesça. Chase désigna ensuite, d’un signe de tête, l’ordinateur de Konstantin, dans lequel étaient désormais l’ensemble des documents de la clé USB. L’Allemand avait déjà survolé tout ça, il montrerait les fichiers sur Star City à son compagnon un peu plus tard. Le leader de l’équipe Argos aborda ensuite la question des pouvoirs, ce qui fit sourire le professeur. Maintenant qu’ils allaient travailler avec Chase, il était mieux en effet de le mettre au courant de la nature exacte de ce brouillage télépathique. À la fin de l’exposé, les deux hommes se regardèrent. Konstantin précisa :

Je ne suis pas sujet britannique, mais j’ai un passeport européen. Ce qui ne devrait pas non plus poser de problème.

Il avait plusieurs fois songé à ajouter une troisième nationalité à sa liste, mais ça n’avait pas réellement d’utilité. Concernant l’administration anglaise, il n’avait rencontré aucune difficulté, sa carrière parlant pour lui. Peut-être envisagerait-il en revanche, d’obtenir, un jour, la nationalité étasunienne.

L’avantage que nous avons, c’est que le rattrapage ne devrait pas prendre trop de temps. Je vais surtout me concentrer sur les technologies, et Konstantin sur l’entraînement physique. Dès qu’il s’agit de lire quelque chose, il a tendance à tout retenir en très peu de temps…

Ce qui était vrai. Le professeur pouvait lire un ouvrage de cinq-cents pages en environ une heure et demi. Sans oublier une seule information. Sa mémoire enregistrait ce qu’il voyait et faisait automatiquement un tri, sans qu’il ait à se retourner les méninges pour saisir le sens. C’était automatique.

C’est étrange, mais maintenant, je ressens comme une sorte d’excitation à travers au sein de l’équipe Argos. Votre renommée, si l’on excepte les écarts de la presse sur votre vie privée, vous a précédée jusqu’ici, et c’était un plaisir de casser cette image de figure inaccessible que certains vous donnent. Vous avez un héritage lourd, vous vous en êtes défait, et vous menez votre propre barque. Barque, que dis-je ? Une frégate de compétition. Et avec un tel capitaine à la barre, nous ne pouvons que faire du bon travail !
Jolie métaphore. Il faut espérer que la pêche sera bonne et que nous ne rencontrons pas de pirates. Et si jamais nous en croisons, je suis prêt à croiser le fer !

Aaron se leva et brandit un sabre imaginaire. Avant de se rasseoir et de récupérer son verre, pour boire une petite gorgée de son contenu.

Vous comptez nous faire commencer dès que nous serons installés, donc ? Nous avons quelques moyens financiers, ça ne devrait donc pas être trop difficile de trouver un logement. J’ai cru voir qu’il y avait plusieurs disponibilités dans le assez haut de gamme, enchaîna Konstantin, en désignant son ordinateur, et après avoir secoué la tête aux frasques de son compagnon.

Au moins, ce qui était sûr, c’est que ces deux-là sauraient mettre un peu d’ambiance dans l’équipe dans les jours off. L’Allemand était finalement plutôt impatient de découvrir une nouvelle ville. Hormis quelques photos, il ne connaissait pas Star City, n’y ayant jamais mis les pieds. Aaron, lui, y était peut-être déjà allé, mais il n’en avait jamais parlé. Si c’était le cas, il fallait assumer que c’était un de ces nombreux secrets qui appartenaient au passé…

Encore un peu de thé, Chase ?

Le NG n’ayant rien dit à l’usage de son prénom, Konstantin allait continuer de l’employer. Naturellement.
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Message posté : Sam 14 Déc 2013 - 15:23 Message
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Chase n’avait jamais songé à compter sur Konstantin pour les relations avec la presse, mais puisque le professeur le proposait, il n’allait pas s’en priver. Un sourire un peu soulagé passa sur son visage. Le jeune homme avait appris, par la force des choses, à gérer les journalistes, mais il le faisait véritablement sans plaisir, tentant d’appliquer au mieux les conseils de Keiko et les quelques indications de Michael, bon an mal an — avec les inévitables dérapages que son humour parfois mal compris et ses déclarations souvent très directes provoquaient. Pour Argos, il s’était reposé essentiellement sur les portes-paroles habituels de la DDS, mais la perspective que Konstantin parvînt à lasser les journalistes étaient plus que riantes.

Pleinement rassuré et fort satisfait de ce double recrutement, Chase accepta une nouvelle tasse de thé avant de suggérer :

— Je vais en profiter pour vous présenter Anna-Maria Rodriguez.

Et il ajouta, à l’intention d’Aaron :

— Notre géographe. Géologue, cartographe. Hydrologue à ses heures perdues. Elle m’a accompagné ici.

Pendant une fraction de seconde, le regard de Chase se fit un peu lointain, alors qu’il formait dans l’esprit d’Anna-Maria l’intention de se rendre au bureau du Professeur Terendt, en veillant à conserver cette équilibre qu’il avait adopté avec les membres de son équipe : une intention assez forte pour se passer de mots et être beaucoup plus rapide que le moindre ordre, même télépathique, mais une intention assez maladroite, en un sens, pour que l’esprit hôte la reconnût comme une pensée étrangère plutôt que la sienne propre et l’interprétât comme un ordre du chef de l’équipe. C’était une simple question de dosage de son côté et d’un peu d’entraînement de la part de ses employés, de l’autre.

Le mentaliste reporta presque aussitôt son attention sur le couple qui lui faisait face.

— Les quartiers du Centre proposent en effet des habitants modernes assez confortables et si vous recherchez quelque chose de plus traditionnels, certains districts ou les pourtours de la ville seront tout aussi indiqués. Les quartiers les plus chers sont souvent les mieux sécurisés même si, évidemment, à Star City, tout cela est un peu… disons, aléatoire. Vous verrez, ça fait partie du charme de la ville.

Sauf lorsque l’on se retrouvait dans une banque que braquaient les robots du Docteur Otaku, ou lorsque des créatures oniriques ravageaient votre quartier, ou lorsque quelqu’un invoquait le Roi Liche dans votre café préféré, ou lorsque la Voiture Fantôme traversait votre salon pendant le dernier épisode de votre série favorite. Mais les aléas de l’existence dans la ville des Supers n’étaient un secret pour personne et Chase supposait que ses interlocuteurs les avaient pris en compte.

— Et vous commencerez le travail dès votre arrivée. Le meilleur moyen de comprendre l’application d’une formation théorique, c’est encore de l’observer en pratique. Cela dit, vous constaterez qu’une bonne partie de nos activités reste très calme. Rechercher des témoignages, anciens ou contemporains, les croiser, déterminer une localisation, se rendre sur site. Souvent, il n’y a rien. Parfois, il y a quelque chose. Et de temps à autre, tout cela est entouré d’ennuis divers. Fatalement, les choses les plus accessibles ont déjà été trouvées et nous nous occupons donc surtout soit d’objets dont la trace est difficile à retrouver, soit d’artefacts situés dans des endroits délicats.

Madelyn interrompit l’exposé de Chase pour avertir qu’une certaine Dr. Rodriguez demandait à être reçue — laquelle Dr. Rodriguez ne tarda pas à s’introduire elle-même. C’était une femme d’une cinquantaine d’années, les cheveux gris déjà, mais d’un gris argenté et éclatant, qui encadrait son visage en une cascade élégante. Et tout à fait involontaire. Avec son pantalon, sa chemise de bûcheronne et son teint bronzé, Anna-Maria songeait de toute évidence d’abord à l’aspect pratique qu’aux vaines considérations esthétiques.

— Deux livres seulement ! Deux !
— Docteur Rodriguez…
— Mon Analyse raisonnée du réseau hydrographique égyptien et ma Théorie des systèmes agraires sahariens. C’est tout. C’est bien la peine !

Chase insista un peu plus :

— Docteur Rodriguez, je vous présente nos deux nouveaux coéquipiers, le Professeur Terendt et Sir Maxwell.
— Hmm…

Anna-Maria parut se souvenir de l’endroit où elle se trouvait. Elle serra successivement la main de Konstantin et Aaron avant de dire au premier :

— J’ai lu ceux de vos travaux qui concernent la géopolitique nord-africain. Contente que vous vous joigniez à nous.

Puis elle accorda son attention au second.

— Vous, en revanche, jamais entendu parler. Vous avez un doctorat ? Vous publiez beaucoup ?
— Sir Maxwell est agent de terain.

Anna-Maria se retourna vivement vers Chase.

— Les jumelles s’en vont ?
— Avant les fêtes, si j’ai bien compris.
— Ah parfait. Je n’en pouvais plus de les voir graisser mes revolvers sans mon autorisation.
— Hmm…
— C’est comme une brosse à dents, ça ne se prête pas.
— Docteur…
— Est-ce que je m’en vais trafiquer leur GPS, moi ?
— Vous ne voulez pas du thé ?

Ou bien un sédatif, tant qu’à faire.
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Message posté : Dim 15 Déc 2013 - 22:12 Message
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Konstantin resservit donc du thé à Chase, et à lui-même, alors qu’Aaron restait à son whisky fétiche. Ils allaient dans peu de temps rencontre Ana-Maria Rodriguez, géographe, géologue, cartographe, hydrologue. L’ex-agent secret se contenta d’un signe de tête, il n’avait jamais entendu parler de cette femme. Le professeur, lui, allait pouvoir mettre un visage sur ce nom qu’il avait vu à la bibliothèque. Et en attendant qu’elle arrive – les deux hommes devinèrent que leur nouveau patron avait employé un moyen immatériel pour la contacter – ils écoutèrent un brossage rapide de la vie à Star City. Les questions de sécurité n’étaient pas vraiment un problème pour eux, Konstantin comptant beaucoup sur son compagnon pour qu’ils soient bien à l’abri chez eux.

Chase reprit sur le sujet de leur travail à venir. Ainsi, ils n’allaient pas traîner avant d’aller sur le terrain. Si Aaron trépignait d’avance de pouvoir retourner au cœur de l’action, Konstantin était plus mesuré, même s’il avait lui aussi hâte de quitter les sentiers battus pour s’aventurer sur des terrains non balisés. Madelyn vint alors frapper à la porte et annonça l’arrivée du docteur Rodriguez. Elle n’avait pas tardé ! Un peu comme Sir Maxwell un peu plus tôt. Quand elle entra, Konstantin et Aaron se levèrent, et observèrent cette femme qui offrait un étrange tableau. Elle ne devait pas être si vieille, et pourtant, elle avait de longs cheveux déjà argentés. Et surtout, elle semblait prête à partir en expédition dans la forêt…

Le NG eut bien du mal à contenir la fougue de la géologue, qui visiblement ne se remettait pas de sa découverte à la bibliothèque : Oxford ne possédait que deux de ses ouvrages ! Aux titres qu’elle donna, Konstantin se demanda même comment est-ce que l’idée d’acquérir ceux-ci était venue aux responsables des achats… Mais il garda pour lui ce commentaire qui aurait certainement réveillé un peu plus le taureau qui dormait dans la personnalité de l’Espagnole.

Ravi de vous rencontrer, doctora, fit-il, en serrant une main ferme.

Ainsi, elle avait lu de ses travaux. Il préféra ne pas mentir en disant qu’il avait fait de même pour elle, et laissa l’Ibère se fourvoyer quant au rôle d’Aaron. Puis il y eut un échange entre Chase et elle, durant lequel Madelyn apporta une tasse supplémentaire, sur sa soucoupe, avec la petite cuillère qui va bien. Et elle tomba à point nommé, puisque c’est en parlant de thé que le mentaliste interrompit Rodriguez dans ses revendications… Elle semblait avoir un sacré caractère. Et, les deux hommes le notèrent bien, elle devait aussi avoir une bonne expérience du terrain, si elle était armée.

Oui, doctora, prenez donc du thé, il est excellent. À moins que vous ne préfériez quelque chose de… plus fort ?

Tant qu’elle n’exigeait pas d’avoir exactement la même chose qu’Aaron, il n’y aurait aucun problème. De toute manière, il ne la laisserait pas faire. Certaines choses étaient sacrées. L’Écossais décida de prendre la parole.

S’il vous plait, Aaron, ça suffira. « Sir Maxwell », c’est si formel, commença-t-il, à l’adresse de Chase, non sans adresser un regard de vague reproche à Konstantin, qui lui répondit par un clin d’œil. Et donc, vous avez des revolvers, Anna ? C’est étonnant pour un géographe… Certes votre tenue semble indiquer que vous êtes une femme qui aimez le terrain, mais de là à être armée… Vous vous en servez souvent ? Quel genre de revolvers est-ce ?

Si la première question était intéressante, la marque des revolvers devenait un sujet un peu trop technique pour Konstantin. Il fallait espérer que le docteur Rodriguez ne se formalise pas de l’emploi de son prénom. C’était une habitude qui se prenait facilement, et les deux compagnons, dès que le « professionnel » n’était plus vraiment contraignant, se délestaient bien vite des formes. Et si ça ne lui plaisait pas, l’Espagnole confronterait sa chaleur latine à la froideur des Highlands…

J’ai vu que Star City était une ville très active en terme de lutte contre le crime, parce que le crime y est très présent. Mais vous ne devez pas y être si souvent, si ? Quels sont les rythmes et les durées de déplacement de l’équipe Argos ?

S’ils choisissaient un beau logement avec toute la sécurité disponible pour sa sauvegarde et leur tranquillité, il fallait être sûr qu’ils pourraient aussi en profiter un peu, et qu’ils ne seraient pas constamment en voyage. Les explorations étaient le but de leur nouvel emploi, bien sûr, mais vivre aux États-Unis était aussi l’occasion pour Konstantin et Aaron de formellement démarrer une nouvelle vie ensemble. Loin de leurs bases, loin de leurs repères, ils allaient s’en construire de nouveaux, centrés autour de leur couple et de l’équipe Argos, qui pouvait, en quelque sorte, former une sorte de famille.

C’est une ville pleine de Supers, non ? demanda Aaron, avant de boire à nouveau une petite gorgée de son verre, tandis que Konstantin soufflait doucement sur son thé.
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Message posté : Lun 16 Déc 2013 - 10:20 Message
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— Du thé. Très bien, du thé.

Et sur cette note de calme inespéré, Anna-Maria s’assit à son tour sur un fauteuil, à côté de Chase, après avoir remercié Madelyn d’un signe de tête discret. Elle saisit sa tasse et entreprit de la touiller machinalement, même si elle n’avait pas ajouté de sucre. Chase la surveillait du coin de l’œil, guettant une nouvelle explosion de récriminations. Somme toute, il aimait la personnalité pour le moins imprévisible de la géographe. S’entourer de scientifiques trop conventionnels n’avait jamais été son but.

L’Espagnole haussa les épaules aux questions d’Aaron, comme s’il allait de l’évidence qu’une hydrographe comme elle se promenât en permanence avec des armes, quand elle partait sur le terrain.

— Des Walther PPK. En général. Voyez-vous, je me suis spécialisée, lorsque j’étais jeune, dans la géographie saharienne et les régions sont souvent troublées. Il s’agit d’assurer ma sécurité. Celle de mes équipes, parfois. Et puis, certains gisements sont très convoités.

Géologue, Anna-Maria ne l’avait pas toujours été pour la pure beauté de la science : elle avait servi d’experte auprès de quelques compagnies pétrolières et minières, dans des zones à risque, où la découverte d’une mine de diamants n’allait jamais sans affrontement. C’était notamment pour sa capacité à recherche quelque chose de précis, en toute conscience des implications pratiques, que Chase l’avait choisie parmi d’autres géographes potentiellement intéressés par le projet Argos.

— Cela dit, moins je m’en sers, mieux je me porte. Généralement, à Argos, les choses sont… mouvementées. Mais la résolution est atypique.

Elle jeta un regard à Chase. Humaine elle-même, elle avait connu des supers, mais un mentaliste comme son nouvel employeur, jamais. Il lui avait fallu un peu de temps pour s’adapter aux méthodes à ses yeux étranges du jeune homme. Être soudainement sauvée par ceux-là même qui, quelques secondes plus tôt, essayaient de vous tuer en plein combat, c’était une expérience pour le moins déconcertante. Mais puisque cela lui évitait, la plupart du temps, de s’impliquer elle-même, elle s’en portait aussi bien.

— Si vous avez des modèles plus intéressants à conseiller, cela dit, n’hésitez pas. Le chef…

Elle désigna Chase en inclinant la tête.

— …n’est pas un grand adepte des armes à feu, mais tout le monde n’a pas ses capacités.

Une conversation technique sur les différents modèles risquait fort de s’engager ; Konstantin y coupa court en recentrant la discussion sur les différents charmes de Star City.

— Oh, nous ne sommes pas toujours en voyage. D’abord, les artefacts ne sont pas si nombreux que cela et ils sont, de toute façon, assez difficiles à localiser. Le plus gros des affaires consiste à récolter des témoignages, parfois assez anciens. Il y a un travail d’enquête considérable pour chaque objet, notamment quand l’impact, je veux dire l’arrivée sur Terre, est ancien et que l’on nage entre les faits avérés et les légendes. On passe beaucoup de temps sur Internet à consulter des archives numérisées, de relevés satellites, ce genre de choses, au téléphone à discuter avec des contacts. Beaucoup de nos voyages sont d’ailleurs très calmes et très studieux. Et ils n’impliquent pas forcément toute l’équipe : cela dépend des compétences et des langues de chacun.

Les aventures étaient toujours la conclusion d’une patiente préparation — d’autant plus longue que le terrain d’intervention paraissait dangereux : Chase ne voulait pas risquer la sécurité de son équipe pour un gain qui eût paru des plus aléatoires.

— En fait, il est difficile de vous donner des chiffres précis. D’autant plus l’équipe est récente. Tout dépend des découvertes, des contacts. Je dirais que nous avons une vraie mission par mois, en moyenne. Et trois ou quatre déplacements par personne, sauf pour ceux qui travaillent uniquement dans le laboratoire. Mais nous sommes encore dans une phase de rodage et votre propre expertise changera sans doute bien des choses. Accessoirement, les membres de l’équipe ont une certaine marge d’improvisation. Pour entretenir leurs propres réseaux et faire remonter des informations nouvelles.

Ce qui expliquait qu’Anna-Marie fût venue à Oxford elle-même. Il eût été contre-productif, selon Chase, de recruter des experts réputés et de les couper de ce qui avait contribué pour une bonne part à leur réputation : la capacité de s’associer avec d’autres experts du même domaine. Son attention se reporta sur Aaron.

— Une ville de Supers, oui, c’est le moins que l’on puisse dire. Vous verrez que l’urbanisme est marqué par la commémoration de grands combats. Et par les organisations qui s’y sont installées. L’UNISON, la Légion. Quant au crime… Eh bien, c’est une grande ville, une ville cosmopolite et hautement technologique. Des intérêts multiples s’y affrontent. Pas vraiment comme Oxford. Je suppose que l’adaptation est un peu…

Il cherchait le mot adéquat. Anna-Maria compléta :

— … Disons que c’est surprenant. De prime abord. Mais après quelques semaines, on trouve une forme de normalité. Ou plutôt, disons, d’équilibre.
— C’est aussi pour beaucoup l’occasion de vivre certains dons ou certaines particularités plus ouvertement. De trouver à qui parler. Pourquoi, Aaron ? Le sujet vous intéresse-t-il particulièrement ?

Sa nouvelle recrue devait bien remplir une fiche de compétences, mais s’il pouvait avoir un avant-goût, c’était aussi bien.
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Message posté : Lun 16 Déc 2013 - 16:20 Message
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Je ne peux que conseiller les armes avec lesquelles vous êtes le plus à l’aise, glissa Aaron, juste avant le recentrage du sujet.

Chase reprit la parole pour donner un peu plus de renseignements sur les déplacements de son équipe. Et la conclusion qui en ressortait, c’était que l’équipe Argos était encore très jeune et, le recrutement n’étant pas achevé, son véritable fonctionnement ne se dessinerait que lorsque le groupe serait au complet. Konstantin pourrait ainsi apporter sa propre vision des relations internationales : contacter un gouvernement pouvait se faire en amont, surtout s’il connaissait déjà certains dirigeants. Il continuerait évidemment à entretenir ses relations, ce qui faciliterait sans aucun doute les choses.

Aaron et moi avons tous deux d’excellents réseaux et il est évident que nous allons continuer à les entretenir. Si je suis plutôt spécialisé dans les autorités, je traite directement avec les gouvernements, Aaron, lui…
… a une vraie culture du terrain. Et puis, pour quelques dollars, beaucoup sont prêts à faire n’importe quoi.

Première démonstration de complémentarité devant l’Espagnole. Qui n’avait pas encore eu un aperçu de la vraie nature de la relation entre les deux hommes. Elle le découvrirait de toute manière bien assez tôt. De ce qu’ils pouvaient voir, l’équipe réunissait différentes compétences qui pouvaient parfaitement s’associer. Konstantin espérait juste ne pas avoir à porter une arme. Pas qu’il n’était pas à l’aise avec ce genre de choses, mais il n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais eu à s’en soucier, et préférait que cela continue sur cette voie. D’autant que s’il avait Aaron à ses côtés, il serait en sécurité.

Oui, c’est intéressant, répondit l’ex-agent à la question de Chase sur les Supers. Star City est un exemple unique. Si j’ai croisé pas mal de personnes possédant des capacités surhumaines, que ça soit dans un camp ou dans l’autre, je n’ai jamais eu l’occasion de me trouver au centre de… comment dire… une concentration. J’imagine qu’autant de Supers dans un même périmètre, ce doit être parfois explosif.

Aaron n’avait pas parlé de lui, parce qu’il considérait que ça n’était pas la question.

J’imagine que l’équilibre est évident, sinon, Star City aurait disparu depuis longtemps. Mais de là à y trouver une forme de normalité, j’ai un peu de mal à y croire.
Nous verrons bien, tâcha de le rassurer Konstantin, en lui posant une main sur la cuisse. Avec l’UNISON et la Légion des Étoiles, les criminels trouvent de toute manière à qui parler.
Tu as raison, nous verrons bien…

Aaron acheva son verre d’un trait. Konstantin, lui, posa sa tasse et se rapprocha un peu de son compagnon. Il se demandait combien de temps l’entretien allait encore durer… Ils avaient a priori fait le tour, du moins pour une première conversation, qui était allée déjà un peu plus loin que la normale. L’embauche ne se faisait en général pas si rapidement. Mais ils avaient, tous, su être efficaces et aller à l’essentiel. À présent, il ne resterait plus qu’à formaliser tout ça.

Combien de langues parlez-vous, doctora ? interrogea-t-il ensuite l’Espagnole.

En plus de sa langue natale et de l’anglais, il était curieux de savoir dans quelles autres langues elle se débrouillait. Il aurait très bien pu poser la question directement en espagnol, mais ça aurait fait trop prétentieux. Il n’était pas comme ça. Il savait très bien ce qu’il valait et était capable de faire, nul besoin de le montrer. De son côté, Aaron revint sur quelque chose qu’il avait noté un peu plus tôt :

Ainsi vous vous séparez de deux agents de terrain ? Elles ne vous ont pas satisfait, ou bien est-ce une volonté de leur part d’aller voir ailleurs ?

La question permettrait aussi de savoir si le départ était dû à l’équipe, s’il pouvait éventuellement au sein même d’Argos y avoir des soucis d’entente. Soucis qu’Aaron et Konstantin se chargeraient de balayer. Rien ne valait une bonne ambiance dans le travail pour que tout le monde soit efficace.
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O Captain! My Captain! [Chase NG]

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