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Back in the USSR (Maxime)

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Message posté : Dim 1 Déc 2013 - 22:57 Message
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***

1 décembre 2013

Une petite boule métallique apparut de nulle part, dans une ruelle crasseuse qui longeait ce qui avait été, jadis, le Bigsby Builing, et qui n’était plus désormais qu’une ruine. Le bâtiment avait été éventré par une ogive et le Directoire n’avait jamais ni entrepris une reconstruction, ni rasé ce qu’il en restait : la silhouette décharnée de cette ancienne gloire étasunienne se dressait dans l’ex-Star City comme un rappel sinistre de l’inanité des espérances capitalistes. L’ancien building était un meilleur avertissement qu’aucun monument commémoratif du procès des NG, construit par le Directoire, n’aurait pu l’être.

Sur le sol goudronné, la petite boule se mit à tourner sur elle-même dans tous les sens. Au même endroit, mais pourtant très, très loin de là, Chase hochait la tête devant une sphère d’énergie instable, derrière un écran où défilaient des données chiffrées.

— Tout est OK. On peut y aller.

La sphère d’énergie engloutit bientôt les deux hommes, qui atterrirent, avec plus ou moins d’élégance, dans la ruelle. Chase fit voler la petite boule métallique jusque dans son sac à dos, afin de ne pas laisser de trace trop évidente de leur passage, regarda autour de lui et se pencha pour fixer, sous une benne à ordures, une balise de repérage, au cas où ils perdissent leur chemin. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Ils avaient dix heures, mais ils pourraient rentrer beaucoup plus tôt : le Portail était beaucoup plus stable, ce jour-là. Ce ne fut qu’après ces vérifications faites qu’il prêta attention au squelette architectural qui se dressait à côté d’eux, dans la brume de l’hiver.

— Ça commence bien.

Les étages inférieurs avaient été assez conservés pour qu’il reconnût le Bigsby Building, mais plus haut, en dehors de poutres métalliques, il n’en restait plus grand-chose.

— Bon, eh bien je suppose qu’il vaudrait mieux être prudent.

Ils n’avaient de toute façon pas prévu de gambader follement. Depuis que Maxime et Chase s’étaient rapprochés, quelques jours plus tôt, à la faveur de leurs quasi retrouvailles et de leur exploration dimensionnelle, les deux NG n’avaient cessé d’évoquer une nouvelle expédition. Finalement, ils profitaient du repos dominical pour se lancer à l’aventure, un peu mieux préparés que la première fois. Ils avaient emporté du matériel — mais pas trop, pour ne pas s’encombrer. Ce n’était pas comme s’ils n’étaient pas déjà des armes à eux tout seuls.

Avant de sortir de la ruelle, Chase étendit son esprit, s’empara du premier passant venu et observa la rue par ses yeux. Des voitures toutes identiques, de la même couleur, du même modèle, circulaient à un rythme régulier. La rue aurait ressemblé sans cela à toutes les rues de Star City. Il y avait bien quelque chose qui clochait, mais Chase avait observé, il ne parvint pas à mettre le doigt dessus. Libérant le passant, il regarda son frère et décréta :

— On garde les vêtements civils.

Ils avaient pris des tenues de camouflage, pour le cas où ils seraient arrivés en pleine forêt, comme la fois précédente, mais leurs tenues de tous les jours, choisies aussi sobres que possible, seraient sans doute une bien meilleure solution. Les deux NG quittèrent leur ruelle pour s’engager dans la 40th Avenue. Ils avaient convenu que la première étape de tout débarquement urbain serait de trouver l’édition du dimanche d’un grand quotidien, pour se faire une idée du monde où ils posaient les pieds.

Avançant dans la rue à pas mesurés, comme deux parfaits touristes, les NG regardaient autour d’eux. Au bout d’un moment, Chase se pencha vers son frère et glissa :

— C’est fou. Ça ressemble beaucoup plus à ce qu’on connait que la Terre Vaticane…

C’était le nom qu’ils avaient fini par donner à leur précédente destination.

— …mais y a aucun nom familier. Les chaînes de magasin, tu vois, j’en connais aucune. Alors que là-bas, il y avait la DDS.

C’était après tout le charme des dimensions parallèles : semblable et singulière chacune à sa façon. Chase continuait surtout à observer les autres passants, à la recherche d’une explication pour son sentiment d’étrangeté. Ce ne fut qu’après cinq bonnes minutes de marche que son esprit s’illumina.

— Et y a aucune marque. Sur les vêtements, sur les voitures. Aucun logo.

Accessoirement, il n’y avait aucun relai presse ni aucun distributeur de journaux, nulle part. À croire que personne ne s’intéressait aux actualités. Lorsqu’ils furent arrivés à un croisement, Chase releva les yeux vers la façade des immeubles pour se repérer.

— Oh oh…

D’un geste de tête, il désigna le drapeau qui flottait sur l’une d’elle.


Chase n’était certes pas très doué en histoire, faute d’une éducation dans les règles, mais celui-là, il pouvait quand même le reconnaître.

— Alors là, je crois que Nixon se retourne dans sa tombe.

Un nouveau flot de Moskvitch modèle 2012 traversa le croisement.

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Message posté : Lun 2 Déc 2013 - 2:08 Message
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Enfin ! Il avait fallu presque un mois pour que les deux frères Neutron-Grey ne trouvent le moment pour concrétiser ce dont il parlait à chaque rencontre. Depuis leurs retrouvailles, qui s’étaient soldées par un petit périple en Terre Vaticane, ils n’avaient cessé d’évoquer un futur voyage dimensionnel ensemble. Et ce jour était finalement venu. Dimanche, jour de repos. Maxime avait prévenu son épouse et avait préparé son équipement. Cette fois, contrairement à l’improvisation de la première, les deux NG avaient planifié l’événement. Vêtus sobrement, en civil, ils avaient prévu des tenues de camouflage. Et si Chase avait pris un peu de matériel électronique, Max, lui, s’en tenait à son arme à feu.

Autour d’eux, Star City était désolante de grisaille. Il faisait plutôt froid, et une brume légère habillait tristement le décor, loin de ce qu’il était dans le monde qu’ils connaissaient. Le regard de Maxime s’attarda un moment sur le Bigsby Building. Sa base était reconnaissable, heureusement, parce que c’était tout ce qu’il en restait. Au-dessus d’eux, il ne restait pas grand-chose du bâtiment, comme s’il avait été la cible d’un bombardement particulièrement précis. Les immeubles voisins étaient intacts. Après ces quelques secondes d’observation, les frères s’engagèrent sur la 40th Avenue. Et, en effet, si la rue en elle-même était bien comme d’où ils venaient, tout ce qui s’y trouvait était différent.

Maxime suivit le regard de Chase quand ce dernier désigna un drapeau, sur l’un des bâtiments. Et s’arrêta net. L’URSS. Rien que ça. L’aîné baissa les yeux sur la voiture qui passait près de lui, un modèle qu’il n’avait encore jamais vu. Puis il s’approcha d’une vitrine, celle d’une boutique d’accessoires en tous genres. Des médailles, des stylos, des casquettes… Puis il vit l’étiquette accrochée à une peluche, un ours blanc. Le prix était indiqué en… roubles. Quinze roubles. Il n’avait aucune idée de ce que ça pouvait réellement valoir, mais, visiblement, le dollar tenait du souvenir, et la nouvelle monnaie était plutôt forte.

L’URSS. Le rouble. On est même plus aux États-Unis, là.

Puis, au loin, il aperçut une colonne militaire. Sans doute la police. Une vingtaine d’hommes en uniformes gris, qui marchaient au pas, deux par deux, menés par ce qui devait être un sergent. La ville était-elle militarisée ? Ou bien était-ce une tradition pour les policiers de faire des patrouilles comme s’ils défilaient ?

J’ai bien l’impression que la Guerre Froide s’est réchauffée à un moment, et pas dans le bon sens… commenta Maxime, en reportant le regard sur la vitrine, alors que la double colonne s’approchait et s’apprêtait à passer près deux.

Mieux valait ne pas se faire remarquer dès le début. Une question vint alors à Max, et il la posa à son frère en se penchant vers lui, et en désignant un objet quelconque devant lui, comme s’il en parlait.

Mais… ils parlent le russe, ou ils ont gardé l’anglais ? demanda-t-il.

Ils avaient croisé très peu de passants, et ce peu-là ne parlait pas. Difficile donc de déterminer la langue. La majorité des boutiques avait une devanture sobre, sans nom. Seule une poignée arborait une enseigne, écrite dans l’alphabet latin, mais aucun nom ne voulait vraiment dire quelque chose en anglais.

Ils ont peut-être les deux, en fait… Ça aurait été impossible de faire disparaître l’anglais comme ça, j’imagine.

Mais ce qu’il se demandait vraiment, c’est comment une telle situation avait pu arriver. Est-ce que l’URSS s’était installée ici seulement une vingtaine d’années auparavant, quand dans le monde « normal », elle s’était effondrée ? Ou bien s’y était-elle implantée des décennies plus tôt ? Y avait-il eu des guerres mondiales ? A priori, oui, puisque l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques avaient vu le jour après la Première guerre mondiale. Les États-Unis et l’URSS étaient alliés, et c’est la victoire lors de la Seconde guerre mondiale qui avait affirmé leur puissance, et les deux blocs s’étaient alors bâtis.

Il doit y avoir moyen de mettre la main sur un livre d’histoire. Ou alors, de regarder sur internet. Enfin, j’espère qu’ils ont internet… parce que comme ça, j’ai pas l’impression qu’ils sont très avancés. On les croirait bloqués dans les années 90. Ou début 2000, peut-être.

Maxime regarda s’éloigner la patrouille. En s’habillant sobrement, les NG avaient visé particulièrement juste, ils ne se faisaient même pas remarquer. Restait à espérer que personne ne les aborde, ou ne leur demande leurs papiers. Pas que ça aurait dérangé Max, il était prêt à un peu d’action s’il le fallait, mais ils venaient à peine d’arriver, et ça aurait été dommage de se faire remarquer aussitôt et de gâcher une potentielle exploration aussi rapidement. Le but était quand même de faire des découvertes, il fallait donc qu’ils reviennent avec un minimum d’informations, sans quoi le voyage aurait été parfaitement inutile.
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Message posté : Lun 2 Déc 2013 - 11:28 Message
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— Ils parlent, hmm…

Pendant que la patrouille tournait au coin de la rue, Chase parcourait rapidement les pensées d’une vieille femme qui traversait le passage piéton.

— Anglais.

Mais l’hypothèse de Maxime était sans doute la plus probable : le russe avait dû s’imposer au moins dans l’administration, sans affecter la langue vernaculaire. Mais il était difficile de juger de l’ancienneté de l’implantation soviétique à ce qui les entourait. Spontanément, Chase eût supposé que la conquête des États-Unis avait été récente, parce que le décor qui s’offrait à eux n’était pas sensiblement différent de celui dont ils étaient familiers, mais dans une dimension parallèle, comment savoir ? Un même phénomène pouvait avoir des causes fondamentalement différentes.

— Je crois que le plus simple, c’est encore d’aller à l’université. À la bibliothèque, là-bas, on devrait trouver ce qu’on cherche. Et puis, ce sera suffisamment grand pour qu’on n’attire pas l’attention.

S’il y avait au moins une chose que Chase espérait bien trouver dans une grande ville soviétique, c’était un centre universitaire et scientifique — à moins que la Guerre Froide une fois révolue, l’URSS de cette dimension se fût reposée sur ses lauriers.

— On va prendre un taxi.

Façon de parler. Une voiture se détacha de la circulation pour s’arrêter devant eux, sans que sa conductrice sût tout à fait ce qui lui avait pris. Chase monta à l’avant, pour être aussi proche que possible de sa cible, et la voiture redémarra, conduite par une jeune femme qui fixait la route d’un air absent. À un feu rouge, le mentaliste relâcha légèrement son emprise et leur hôte se retourna vers lui avant d’écarquiller les yeux.

— Mais qu’est-ce que…

De l’anglais, donc.

— Bonjour.
— Qui…
— Ça fait plaisir de te revoir.

Les yeux de Chase étaient fixés dans ceux de la Soviétique.

— Nous sommes si bons amis.
— Si bons amis…
— C’est gentil d’avoir accepté de nous emmener à l’université.
— L’université…
— Profitons-en pour bavarder en chemin.

La jeune femme parut se détendre. Elle sourit.

— Oui, bien sûr.

Cette suggestion beaucoup plus délicate lui redonnait une apparence normale. Elle reposa son regard sur la route pour redémarrer alors que le feu passait au vert, le sourire aux lèvres, heureuse de toute évidence d’être inopinément tombée sur de vieilles connaissances. Chase se cala dans son siège, parcourant du regard la ville familière et étrangère tout à la fois, qui défilait dehors.

— Où est-ce que tu travailles, maintenant ?
— Toujours au même endroit.
— Dans le même service ?
— Je suis au bureau d’enregistrement des résultats sidérurgiques pour le secteur nord-est. Je fais le secrétariat, tu sais, comme avant.
— Et à la maison, ça se passe bien ?

Le visage de leur conductrice s’assombrit quelque peu. Elle haussa les épaules.

— On peut aider, peut-être ?
— Non, c’est juste… Martin vient de revenir.
— De revenir ?
— De là-bas

Chase jeta un regard à Maxime dans le rétroviseur central, avant d’insuffler un peu de prolixité à leur interlocutrice.

— Il était dans le camp de bois des Rocheuses. Tout ça pour une conversation au bar. Je lui avais dit de ne pas traîner avec ces vieux. Toujours à parler des problèmes…

Elle secoua la tête d’un air découragé.

— Mais maintenant, ça va mieux ?
— Ils lui ont remis les idées au clair, oui. J’espère que ça suffira. Et puis les commémorations vont réjouir tout le monde.
— C’est sûr. Tu vas faire quoi, toi ?
— Je serai probablement avec mon ministère. On prépare des graphiques, tu sais, sur l’augmentation constante de la production, ce genre de choses. Et des jeux pour les enfants.
— N’empêche, on a du mal à croire que toutes ces années soient déjà passées.
— Soixante ans déjà. Tu as vu ? Il parait que le Directoire veut reconstruire Washington.

Chase sentit un frisson patriotique descendre le long de son échine.

— Et New York, peut-être, au centenaire.

Génial. D’un air un peu distrait, le mentaliste glissa :

— Je me demande ce qu’ils vont en faire…

New York, Washington, soixante ans en arrière ? Cela les emmenait en pleine Seconde Guerre Mondiale. Par quelles circonstances l’URSS de l’époque avait-elle pu détruire deux des villes les plus importantes des États-Unis, ou même désirer le faire, c’était un mystère. Mais peut-être que cela n’avait rien à voir. Peut-être que cette destruction, comme celle du Bigsby Building, n’était pas connectée à l’invasion. Enfin, invasion… Ils étaient censés être nés en URSS, alors. Comme leur conductrice.

— Je vous dépose devant le bâtiment Lénine ?
— La bibliothèque, si tu peux.
— Sans problème.

La voiture pénétra dans le campus après avoir dépassé une statue monumentale de Pouchkine.
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Message posté : Lun 2 Déc 2013 - 17:17 Message
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Donc, tout le monde parlait anglais. Tant mieux. Maxime ne serait pas senti bien chaud s’il avait fallu tester le russe. Pour le peu qu’il avait entendu de cette langue, il ne l’aimait pas vraiment. D’autant que, pour l’apprendre, il y avait une contrainte : le cyrillique. Le fait que la population locale ait conservé la langue de Shakespeare était rassurant, et les arrangeait particulièrement. La suggestion de Chase fut accueillie par un acquiescement, et tous deux purent monter dans le « taxi » qui s’était arrêté le long du trottoir. Au volant, une femme qui parut déboussolée se détendit quand elle se laissa convaincre par les paroles du mentaliste, qui devait aussi agir sur son esprit.

Max avait beau savoir de quoi son frère était capable, il n’en demeurait pas moins impressionné. Avec cette méthode, ils atteindraient sans encombre l’université. Durant le trajet, il laissa Chase faire la conversation. Et donc, sans s’en rendre vraiment compte, la conductrice leur offrit de précieux renseignements. Donc, il y avait des secteurs. Dans la ville, l’État, le pays ? « Résultats sidérurgiques », ça faisait industrie. Et si c’était pour un secteur entier, les Soviétiques ne devaient pas chômer. Étaient-ils en train de piller les ressources du sol américain ?

Il existait également des camps. Maxime fut parcouru d’un frisson. Des camps de concentration ? Les Soviétiques avaient donc exporté leurs goulags jusqu’aux États-Unis. Et tous ceux qui disaient du mal du régime ou parlaient trop y étaient envoyés. Au moins, il semblait qu’il était possible d’en revenir. Les informations suivantes laissèrent l’aîné des NG stupéfait, même s’il tâcha de ne rien en montrer. Commémoration des soixante ans. Reconstruire Washington et New York. L’URSS avait donc détruit les deux plus grandes villes, les plus importantes, également, de leur grand allié. L’arme atomique ? C’était la solution la plus plausible…

Et donc, après avoir réduit à néant les centres névralgiques du pays, les Soviétiques avaient dû envahir le territoire américain. Une idée de Staline ? Était-il encore là à l’époque ? Est-ce que le pays était devenu, en conséquence, une sorte de province ? À l’extérieur, Maxime discernait les silhouettes familières de Star City, mais aucun détail n’était semblable à ce qu’il connaissait. Ainsi, ils devaient eux-mêmes, ici, être Soviétiques. Youhou.

Enfin, la voiture s’arrêta devant la bibliothèque. Le bâtiment était impressionnant. C’était un énorme bloc de béton brut, et le long de la façade s’alignaient des colonnes antiques. Sur le fronton, une inscription était gravée, mais c’était du cyrillique. Max soupira, avant de sourire, et de se pencher entre les deux sièges avant.

Merci beaucoup pour la course, on te revaudra ça !
Mais non, c’était un plaisir !

Maxime leva les yeux vers le sommet de la bibliothèque. Même les portes étaient immenses.

Ça fait un peu temple de la culture. J’espère que l’intérieur est aussi plein qu’on peut le penser… et que c’est plutôt bien rangé, je n’ai pas vraiment envie d’y passer des heures. On rentre ?

L’intérieur empestait également la démesure. Le plafond culminait à une trentaine de mètres, et le mur du fond était à peine visible. Les architectes n’avaient pas pris la peine de concevoir des pièces. Le bâtiment en lui-même était une seule et même immense pièce. Devant eux, une statue de près de quinze mètres les toisait. Sûrement un écrivain. Il avait une grande barbe et tenait un livre ouvert dans une main, une plume dans l’autre.

Bon, quand faut y aller…

Du regard, il repéra un panneau qui représentait les différents secteurs. Le coin nord-ouest, en bleu, était consacré à l’histoire. Ils étaient au sud, il allait donc falloir marcher un peu. De larges tapis rouges délimitaient les quartiers. Ils passèrent devant les sections sur les langues, sur les sciences, et enfin, arrivèrent au début du secteur bleu.

Même juste ça, c’est immense…

Heureusement, il y avait un bureau de renseignement. Derrière, un vaste panneau était couvert par une affiche, qui représentait Staline, une main sur le cœur, l’autre tenant un drapeau soviétique, debout au milieu d’une carte des États-Unis. Au moins, Max avait sa réponse : c’était bien lui qui était à l’origine de ça… ou au moins, il était au pouvoir quand c’était arrivé.

Bonjour… commença Maxime, à l’adresse d’une homme de petite taille, penché sur un énorme registre.

L’employé leva des petits yeux de fouine et le fixa par-dessus ses lunettes en demi-lune, perchées sur un petit nez pointu.

Oui, je peux vous aider, peut-être ?
Exactement. Nous cherchons le rayon sur… Son regard s’arrêta sur une inscription, au bas de l’affiche. … la Grande Conquête.
La Grande Conquête ? Il y a donc quelque chose que vous ne savez pas sur la Grande Conquête ?
Et bien, mieux vaut être sûr qu’on sait tout, n’est-ce pas ? fit Max, avec son plus beau sourire.
Mouiii... J’imagiiiiine… Vous avez sans doute raison, répondit face-de-rat, un peu perplexe. Rayon C, allée 9.
Je vous remercie !

Et sans attendre, il se dirigea vers le rayon indiqué. Rayon A, B… C ! Puis allée 1, 2… et puis, 9. Un petit panneau indiquait, dans les deux langues « Grande Conquête ».

Wow, ça fait des centaines d’ouvrages, ça, rien que sur leur « Grande Conquête ».

S’avançant dans l’allée, Maxime prit un livre au hasard, intitulé « Chronologie de la Grande Conquête ».

Tiens, ça doit être plutôt complet, ça, dit-il, en tendant l’ouvrage à son frère.
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Message posté : Lun 2 Déc 2013 - 22:32 Message
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Ce furent avec une objectivité toute américaine que les deux NG pénétrèrent, plein de frissons patriotiques et libéraux, dans une bibliothèque typiquement soviétique. Chase s’attendait à tout moment à voir surgir des généraux moustachus ou des mineurs avec leurs pioches. La tête pleine de James Bond, le jeune homme suivait son frère de près, pas tout à fait rassurant. Depuis qu’ils étaient entrés dans la bibliothèque universitaire, il regrettait de ne pas en savoir plus sur les totalitarismes : il avait l’impression de progresser un peu à l’aveuglette dans un jeu dont il ignorait les règles.

Ils furent rapidement aiguillés vers la section consacrée à la Grande Conquête et purent découvrir d’un seul coup d’œil qu’il devait s’agir de l’un des sujets les plus populaires chez les historiens. Certains volumes, tout aussi épais que les autres, traitaient de points assez précis et, à vrai dire, relativement obscurs. La réorganisation des pratiques cliniques en psychopathologie après la Grande Conquête ou Le rôle des syndicats d’exploitants agricoles dans l’avènement du Directoire de la Grande Conquête à la fin de l’ère stalinienne n’étaient peut-être pas les livres dans lesquels ils trouveraient le plus aisément les informations centrales qu’ils étaient venus chercher.

Les deux NG se saisirent d’un manuel moins épais et probablement destinée aux révisions des étudiants puis s’installèrent sur une table à l’écart. L’ouvrage était essentiellement constitué d’une longue chronologie, après quelques pages d’introduction, et de documents iconographiques : Washington et New York avant l’explosion des bombes, le gouvernement américain en 1943, des manifestations, le drapeau soviétique sur la façade de la mairie de Star City. Chase feuilleta rapidement le livre pour observer les images et revint au début. Certaines dates étaient imprimées en gras. Les plus importantes, apparemment.

Le mentaliste lut à voix basse :

18 janvier 1943 : fin du siège de Léningrad
19 janvier 1943 : découverte du pacte secret germano-américain
20 janvier 1943 : exposition du pacte secret germano-américain à l’assemblée des pays alliés.


À chaque fois qu’il lisait une date, Chase jetait un coup d’œil à Maxime. Maxime, lui, était allé à l’école, et si Chase était certain que le pacte secret germano-américain n’avait jamais existé dans leur monde, l’assemblée des pays alliés, même si elle ne lui disait rien, il n’était pas certain qu’elle fût une spécificité locale.

— 2 février 1943 : victoire de Stalingrad
3 février 1943 : début de la reconquête de l’Europe
17 février 1943 : défaite des États-Unis d’Amérique à Sidi Bou Zid (Tunisie).


Chase poussa un soupir. Il n’était pas certain de comprendre comment tous ces événements pouvaient être reliés, mais s’il voyait que l’auteur de l’ouvrage tentait de donner une vision d’ensemble, au sein du conflit mondial, de la Grande Conquête. Il se mit tout de même à sélectionner les dates qui concernaient exclusivement son pays.

— 21 mars 1943 : premier rapport positif de l’agent Phantom
30 mars 1943 : transport d’une bombe atomique à Washington D.C.
2 avril 1943 : transport d’une bombe atomique à New York
7 avril 1943 : Phantom fait exploser la bombe de Washington D.C.
10 avril 1943 : le gouvernement américain refuse l’ultimatum de l’Union
15 avril 1943 : des agents inconnus font exploser la bombe de New York
16 avril 1943 : réédition inconditionnelle des États-Unis d’Amérique


Chase tourna quelques pages.

— 3 janvier 1944 : création de la République Sociale et Soviétique d’Amérique
22 juin 1944 : fin de la conquête canadienne, traité d’Ontario
16 décembre 1944 : fin de la conquête mexicaine, traité de Mexico City


Le reste de la chronologie décrivait la mise en place des institutions politiques, le Directoire principalement, puis s’intéressait aux premières politiques culturelles, aux purges anticapitalistes, à la réorganisation de l’économie et de à la dénazification des États-Unis. À la fin de l’ouvrage, différentes cartes représentaient la progression de l’URSS. La dernière, datée de 1953, faisait s’étendre le rouge de l’Union sur tous les continents américain, asiatique et européen, tandis que l’Afrique était marquée d’un aigle impérial au-dessus d’une croix gammée et que l’Océanie était surmontée d’un drapeau bleu avec une étoile en son centre.

— Ça s’arrête là. 15 avril 1953 : célébration de la première décennie de la Grande Reconquête. Je me demande ce qui s’est passé après.

Chase tapota du bout de l’index le continent renommé Reich Afrika.

— Tu crois que c’est toujours le cas ? Et puis… à quel point le régime s’est adouci, en URSS, je veux dire, ici ?

Lui, il avait une vision très caricaturale de l’Union — une vision totalitariste et stalinienne, très loin de la Glasnost.

— Parce que nous a laissé entrer ici sans trop de problème. Et que personne n’a l’air de vraiment contrôler ce que les gens lisent.

Peut-être parce qu’on contrôlait ce que les gens écrivaient. Mais même leur conductrice n’avait pas paru excessivement réticente au moment de parler des camps du Goulag. Si c’était bien de cela dont il était question… Pour Chase, tous ces éléments demeuraient un peu flous et détachés du contexte qui l’eût aidé à mieux les comprendre.
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Message posté : Mar 3 Déc 2013 - 0:47 Message
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Maxime écouta attentivement son frère, qui égrenait les dates tels des couperets, échangeant avec, de temps à autre, des regards éloquents. Ainsi, il y avait eu un pacte germano-américain… A priori, jamais un tel accord n’avait été signé dans la dimension que connaissaient les NG. Ici, c’était visiblement l’élément qui avait déclenché la suite. Un certain « Phantom » s’était chargé de réduire à néant la capitale des États-Unis et, devant la persistance du gouvernement, qui refusa de se rendre, une nouvelle conséquence dramatique s’ensuivit : la destruction par une bombe atomique de New York. Comment une puissance militaire telle que les États-Unis avait-elle pu être dépassée par l’URSS ? La France et le Royaume-Uni s’étaient-ils également retournés contre leur grand allié ? Après ça, c’était toute l’Amérique qui était tombée sous le joug soviétique.

La carte laissa Maxime sans voix. Hormis l’Afrique, contrôlée par les nazis, et l’Océanie, qui était peut-être une sorte de refuge pour ceux qui voulaient échapper aux dictatures, l’ensemble des continents était soviétique. C’était à la fois effarant et effrayant. L’aîné resta quelques secondes silencieux, ruminant les questions de son frère. Il avait été attentif en cours et avait, évidemment, appris une toute autre version de l’Histoire, mais il y avait une certaine logique dans tout ça… Il finit par répondre :

J’imagine que si tout n’est pas surveillé, ce n’est pas par choix, mais par contrainte. Au départ, tout était probablement contrôlé, examiné au détail près. Sauf que… tu as vu la taille du territoire ? L’URSS d’aujourd’hui est beaucoup trop étendue. Il est impossible d’avoir des yeux et des oreilles partout. Il avait baissé un peu la voix, par précaution. En dictature, il y a toujours des contestataires. Plus la dictature est grande, plus il y en a. Et c’est d’autant plus facile quand on est loin des centres de pouvoir. Là, on est à des milliers de kilomètres de Moscou. Et… en fait, je me demande vraiment quelle est la capitale, ici…

L’interrogation lui était venue, et du coup, il décida de changer de rayon, d’aller voir l’histoire plus récente. L’allée d’après était consacrée à la Grande Reconstruction, et encore après, on avait La Grande Relance. Tout était « Grand », en fait… Max prit la première chronologie qu’il trouva. La toute première date lui donna immédiatement la réponse qu’il cherchait.

1er janvier 1980 : Inauguration de Staline City, nouvelle capitale de la République Socialiste Soviétique d’Amérique.

La chronologie s’étalait sur la page de droite. Sur celle de gauche, une carte des États-Unis, avec un point en son centre. Dans un coin, un zoom sur ce point.

En plein milieu du Kansas… En plein milieu du pays. Les Soviétiques ont carrément construit une ville au centre géographique, et ils en ont fait la capitale. Staline City…

Il jeta un œil au reste de la chronologie.

12 février 1980 : Alexander Timovitch est nommé président du Præsidium du Soviet suprême de la RSS d'Amérique, succédant à Mikhaïl Tonkhine, en poste depuis 1953.

Après sa lecture, Max dut relire cette ligne pour en saisir le sens.

Ah, mais oui… Le parti communiste est le parti unique, et ce sont les soviets qui contrôlent chaque république… Le système politique soviétique a toujours été très tordu.

Il y avait un grand chef, et derrière, c’est le bordel, un bordel surtout composé de types bons à mettre à la retraite, voire à enterrer directement…

Le reste a pas vraiment d’intérêt. C’est une liste de réformes, d’ouvertures d’usines, de créations de grandes entreprises d’État… Ah, tiens, un attentat !

Maxime leva la tête et regarda autour de lui. Il avait parlé un peu fort et espérait ne pas avoir alarmé qui que ce soit… Constatant que ce n’était pas le cas, il fit part de sa découverte à Chase :

15 avril 1993 : Pendant les cérémonies de commémoration des cinquante ans de la grande reconquête, attentat contre Alexander Timovitch et sa suite. Il y a pas mal de détails, là… Timovitch est tué sur le coup. L’attentat fait vingt-cinq morts à Staline City. Les auteurs seront pourchassés, arrêtés et condamnés à mort.
30 mai 1993 : exécution publique de Steven Rogers, Michael Taylor et… oh… Richard Roberts… Le Commander !


L’aîné resta stupéfait devant cette découverte. Le Commander, le grand chef de la Légion des Étoiles avait non seulement existé dans cette dimension, mais en plus, il avait combattu « l’envahisseur ». Et c’était bien lui : il y avait une photo représentant les trois condamnés, juste avant qu’ils soient fusillés.

5 juin 1993 : nomination de... non…

Maxime leva les yeux vers son frère. Il ne pouvait pas continuer sa lecture. Parce que la personne qui avait été nommé en remplacement de Timovitch, en tant que premier Américain d’origine à ce poste, n’était autre que Jack Wilkins. C’était tout bonnement invraisemblable… Mais du coup, Max ne savait pas s’il avait envie d’en savoir plus. Parce que leur oncle était parfaitement reconnaissable sur la photo. Enfin, leur oncle… Celui de cette dimension n’était pas leur oncle, mais c’était tout de même une sensation dérangeante. Et du coup, William Grey et Sandra Neutron existaient-ils aussi dans ce monde ?

C’est dingue… tout est dingue, ici…

Plutôt déstabilisé, Max laissa le livre à son frère et s’appuya un moment pour respirer. C’était un cauchemar. Juste un cauchemar. Mais il fallait garder la tête froide. Parce que tous ces repères qu’ile pensaient avoir n’en étaient pas. Ils n’étaient pas chez eux. Le Jack Wilkins d’ici n’était pas le Jack Wilkins de là-bas…
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Message posté : Mar 3 Déc 2013 - 11:06 Message
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Pendant que son frère partait à la recherche d’informations plus récentes, Chase continuait à feuilleter la chronologie qu’il avait sous les yeux. Depuis son voyage en Terre Gemini, il avait appris à relativiser l’impact que les dimensions parallèles avaient sur sa propre existence. Il était retourné en Gemini, certes. Il avait retrouvé ces scientifiques fidèles à Jacobellis que son intervention avait subjugués et qui avaient formé, après son départ, un Nouveau Conclave dont il était en quelque sorte le messie. Mais ce n’était qu’une dimension parmi d’autres, une possibilité qu’il visitait parfois.

Il ne se rendait pas compte que ses voyages de dimension en dimension, par le Portail du Bigsby Building ou ses propres moyens, construisaient peu à peu son indifférence et que Star City devenait, peu à peu, une dimension parmi d’autres. Que Lukaz pût l’accompagner dans le Royaume des Rêves, dans cette forteresse qu’il considérait de plus en plus comme son véritable foyer, ne l’aidait guère à accorder une place unique à la dimension où il avait vu le jour. Ce qui l’y retenait, ce n’était pas l’histoire, la géographie ou les institutions politiques, mais Charlie, Tesla, Victoria et Maxime, ses amis et sa famille. Mais le monde en lui-même n’était qu’un visage toujours changeant.

La carte de celui dans lequel il se trouvait ne lui inspirait pas la même terreur que Maxime, quand il y réfléchissait bien. Il y avait vraisemblablement des dimensions parallèles où le Troisième Reich avait conquis le monde. Il y avait des dimensions pas du tout parallèles, entièrement différentes de la sienne, dont il avait eu un aperçu en sondant l’esprit de Shanyara, dimensions inhospitalières où les considérations humaines étaient parfaitement négligeables. Les univers étaient encore plus vastes qu’il ne l’avait pensé dans sa jeunesse, et entre son travail à la recherche de technologies extraterrestres et sa vie d’explorateur dimensionnel, Chase avait peu à peu perdu Star City et sa Terre dans un tourbillon d’autres mondes possibles.

Quand Maxime revint, le NG se pencha au-dessus du livre ouvert par son frère et parcourut avec lui la chronologie des yeux. Quarante ans, cinquante ans, soixante ans et toujours des attentats : Maxime avait parfaitement raison, le contrôle soviétique sur le territoire américain était loin d’être complet. Chase ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur la manière dont ceux qui les entouraient considéraient le pouvoir russe. Des envahisseurs toujours ? Des occupants ? Des colons ? Ou des compatriotes ? Avec tous ces territoires conquis, y avait-il encore eu des guerres ? Ou simplement des conflits larvés, une autre Guerre Froide, une guerre terroriste ?

Une nouvelle date fit perdre la parole à Maxime. Chase attrapa le livre et continua à le parcourir. Il retint une remarque à propos de Jack. Le rôle de tyran totalitaire lui allait pourtant comme un gant, à son humble avis. Oh, c’était un peu exagéré, sans doute, mais souvent, le mentaliste avait eu l’impression que Jack avait occupé cette place-là dans son existence. En tout cas, l’information n’avait pas l’air de le bouleverser outre mesure. Il finit par donner un coup de coude à son frère.

— 7 février 2010 : explosion du Bigsby Building après son identification comme siège de l’Armée Nationale de Libération
18 mars 2010 : arrestation et exécution de Victoria Neutron-Grey
20 mars 2010 : arrestation et exécution de Chase Neutron-Grey
23 mars 2010 : destitution, arrestation et exécution de l’ambassadrice Tesla Neutron-Grey


Eh bien, cette fois-ci, il ne risquait vraisemblablement pas de croiser son double. Dommage. Chase eût aimé savoir si sa version dans cette dimension possédait les mêmes pouvoirs que lui, à l’inverse du mentalisme très rudimentaire de feu sa contrepartie en Terre Gemini. Rapidement, Chase survola le reste de la chronologie.

— Apparemment, toi, tu l’as échappé belle.

Il n’était fait nulle mention de Maxime Neutron-Grey. Chase allait commenter une autre date mais il s’interrompit. Une femme d’une cinquantaine d’années venait de s’approcher. Elle se pencha vers eux, après avoir jeté un regard un peu perplexe à Chase, puis se concentra sur Maxime.

— Général ? Je suis désolée, mon collègue ne vous a pas reconnu, dans votre… euh…

La femme passa les yeux sur les vêtements de Maxime.

— …tenue civile. Mais nous avons des salles de lecture, si vous le désirez, à l’étage. Plus confortables. Et je suis certaine que la Doyenne serait ravie de vous rencontrer, si vous le désiriez.

La femme se redressa.

— Nous sommes toujours prêts pour une inspection. Je vois que vous vérifiez nos chronologies. Vous verrez que nous nous honorons de leur exactitude et de leur patriotisme.

Les yeux de Chase s’étaient posés sur celle qui devait être une bibliothécaire. Ses pupilles s’étaient légèrement dilatées. Et peu à peu, le jeune homme transféra dans l’esprit de son frère les quelques informations qui flottaient à la surface de celui de la bibliothécaire.

* Général Maxime Neutron-Grey. Responsable des Services de Surveillance Américains, au sein du Ministère pour la Rénovation Idéologique. Héros de la nation. Médaillé de l’Ordre de Lénine après le démantèlement de l’Armée Nationale de Libération et l’arrestation de la Triade NG. *

Dire qu’ils trouvaient leurs relations familiales un peu trop distantes, ces derniers temps…
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Message posté : Mar 3 Déc 2013 - 15:12 Message
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La suite de la chronologie n’était pas plus rassurante. Au contraire. Chase lut à haute voix que le Bigsby Building avait servi de siège à la résistance, qu’il avait été détruit, et que ses dirigeants, les Neutron-Grey, avaient été arrêtés et exécutés. Tesla, visiblement, avait obtenu un rôle d’ambassadrice, rôle qui lui avait certainement beaucoup servi pour l’Armée de Libération. Mais aucune mention de Maxime. S’était-il échappé ? Ou bien avait-il eu un tout autre rôle ? Peut-être était-il même mort depuis longtemps. Alors qu’il tâchait d’assimiler les informations, il vit arriver une femme, qui semblait le connaître. Général… Général ? Là, Max craignit le pire.

Les paroles de la femme et les indications données par Chase le laissèrent dans une sorte de brouillard. Le Maxime Neutron-Grey de cette dimension soviétique avait trahi sa fratrie. Ou alors, si on se plaçait du point de vue « patriotique », c’étaient Tess, Victoria et Chase qui avaient trahi Maxime, qui avait sans doute suivi Jack dans son délire. L’intitulé du poste qu’il occupait semblait particulièrement important. S’il avait bien vingt-huit ans, ici aussi, c’était plutôt jeune pour être général. Comme quoi, livrer la tête des leaders de la résistance sur un plateau avait eu du bon…

Général ? dit la femme, pour le tirer de ses pensées.
Oui… oui. S’il ne m’a pas reconnu, tant mieux. Je suis ici incognito. Alors, oubliez que vous m’avez vu.
Oh… très bien. Mais je me demandais, ce jeune homme, avec vous…

Elle désigna Chase ostensiblement et se pencha vers Maxime, mais elle parla sans aucune discrétion.

Il ressemble beaucoup au traître Chase Neutron-Grey, vous savez…
Vous trouvez ? Pas moi, fit Maxime, sèchement, en rentrant dans son rôle d’officier.
Je disais ça… On n’est jamais trop…
Il est mort. Alors, ne vous avisez plus jamais de me parler de lui. C’est clair ?
Oh ! Oui, oui, général, je suis désolé, je ne le ferai plus, je…

Elle avait fait un pas en arrière et affichait une expression de pure terreur. Sans doute s’attendait-elle à voir débarquer des soldats, qui se saisiraient d’elle et l’enverraient dans un camp de concentration.

Maintenant, filez. Tout de suite.

Elle ne se fit pas prier. Et pour quelqu’un qui portait des talons, son allure fut particulièrement soutenue. Elle disparut au bout de l’allée. Maxime se tourna sans attendre vers son frère.

J’y crois pas… C’est un cauchemar, cette histoire. Non seulement, mon double existe encore ici, mais en plus… en plus… putain, il vous a trahi !

Se prenant la tête entre les mains, Maxime réalisa qu’il y avait peut-être… non, il y avait forcément des caméras. S’il continuait à agir bizarrement, quelqu’un d’autre viendrait le voir et, à force, on finirait pas découvrir qu’il n’était pas le général.

Ok, ok, faut que je me calme, fit-il, en respirant profondément. On a les infos qu’il nous faut… Mais son sort d’ici, où est-ce qu’on va aller ? Maintenant, je suis sûr qu’on va me reconnaître… Enfin, qu’on va le reconnaître… Et en plus, je suis avec le sosie parfait d’un traître mort depuis des années… Putain, la prochaine fois, on ira au pays des Bisounours.

Mais avant de partir, Maxime avait quand même envie d’aller voir une dernière chose. Il quitta l’allée pour se rendre dans la suivante. La « Grande Stabilisation »… Apparemment, cette période avait commencé à la fin des années 1990, et elle se poursuivait encore aujourd’hui… Il finit par arriver devant ce qu’il cherchait : des biographies. Il prit celle écrite par un certain Randal McLand, journaliste au Daily Star, et grand spécialiste des personnalités du régime… « Maxime Neutron-Grey, fierté de la nouvelle Amérique soviétique ». Il fut pris d’un haut-le-cœur. C’était…

Tiens, y a une chronologie, au début… ils aiment bien ça, les chronologies… ah, regarde ça. Juste après ta naissance, Papa et Maman se sont déchirés… elle l’a tué, et elle s’est enfuie, avec Tesla, Victoria et toi… J’étais avec Jack à ce moment-là, alors, il m’a gardé avec lui. C’est lui qui m’a… nan, putain, c’est pas moi… c’est pas nous… C’est Jack qui l’a élevé, lui. Pas étonnant, du coup, la suite…

Maxime remit le livre sans douceur à sa place. Avant de le reprendre, parce qu’il voulait vérifier une information. Il acheva la lecture de la chronologie, qui relatait les événements de 2010… et il ne trouva pas ce qu’il cherchait. Après avoir de nouveau rangé le livre, il se tourna vers Chase.

Sandra Neutron-Grey doit être encore vivante, dans cette dimension, dit-il.

Que devenait-elle, si c’était bien le cas ? La chronologie ne parlait pas de sa mort, c’était donc, sans doute, parce qu’elle vivait toujours. La logique voulait sans doute qu’elle soit de l’autre côté, chez les Résistants… Remontant l’allée, Maxime finit par repérer quelque chose de bien plus pratique qu’une bibliothèque physique : un ordinateur, qui devait avoir, il l’espérait, une connexion internet. Mais comme ce serait peut-être surveillé… Il retourna à l’accueil du secteur, et s’adressa à face-de-rat.

Je veux un ordinateur avec une connexion libre. Il se pencha par-dessus le bureau, l’air menaçant. Ordre du général.

Quand il réalisa qui il avait devant lui, l’homme bascula en arrière, puis se releva d’un bond.

Olala ! Oui, oui, bien sûr, suivez-moi, suivez-moi, par ici, par ici !

Ils atteignirent bientôt une porte. Derrière, un escalier qui descendait. À l’étage du dessous, l’homme ouvrit une porte métallique, qui coulissa, à l’aide d’un pass magnétique, qu’il tendit à Maxime.

Voilà, ici, vous ne serez pas dérangés.

Ignorant comment son double aurait réagi, Max se contenta d’un regard sévère et d’un signe de tête. Puis il s’installa sans attendre à l’ordinateur et tapa le nom Sandra Neutron-Grey. Une photo de leur mère apparut alors, vêtue d’un uniforme bleu, arborant une étoile sur le cœur. Elle se tenait droite et fière, devant le drapeau aux mêmes couleurs, bleu, avec l’étoile au centre. À ses côtés, on pouvait reconnaître Jace Roberts et Gabriel Colt, portant la même tenue… Maxime se leva et alla s’adosser au mur. Elle était bien vivante. Et à voir les personnalités à ses côtés, elle était sans doute dans le camp d’en face. Celui de la liberté.
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Message posté : Mar 3 Déc 2013 - 20:29 Message
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Dans le précédent message, nous avons découvert que Maxime confondait Helena, son épouse, et Sandra, sa mère. Quelle conséquence ce trouble œdipien particulièrement prononcé chez un militaire de vingt-huit ans aurait-il sur la suite de cette aventure ? Maxime appelait-il Helena « Maman » ? Que dire des perversions sexuelles bien connues du célèbre caporal de l’UNISON ? Toutes ces questions et bien d’autres encore restaient mystérieusement irrésolues alors que Chase, pas vraiment perturbé d’être reconnu pour traître, observait son frère du coin de l’œil.

Depuis qu’il avait emménagé chez Lukaz, et même un peu avant cela, Chase s’était habitué à mener une double, triple ou quadruple existence, dans plusieurs dimensions à la fois, sous plusieurs noms et en construisant une légende personnelle nuancée selon ceux à qui elle s’adressait. Alors, forcément, les inévitables variations de la réalité qu’apportaient un voyage dimensionnel le touchaient assez peu, même lorsqu’elles concernaient son double. Pour lui, la réaction catastrophée et embrouillée de Maxime, qui se découvrait une existence possible bien différente de celle qu’il avait jusque là mener, et devait s’interroger sur « ses » motivations, cette réaction-là était une curiosité beaucoup plus qu’un réflexe.

Le jeune homme jeta un coup d’œil à la bibliothécaire qui, bientôt remballée par Maxime, ne tarda pas à s’éloigner rapidement. Mentalis plissa légèrement les paupières, le temps de s’immiscer dans les souvenirs récents de la femme et de modifier celui qu’elle garderait de lui. Sa ressemblance avec un ancien traître (ou un patriote, selon le point de vue) ne le bouleversait certes pas, mais ce n’était pas une raison pour prendre des risques inutiles. Puis, avec un sourire, il murmura :

— T’as vu, t’as pris du galon…

Mais manifestement, Maxime ne goûtait pas l’ironie de la situation et la nouvelle chronologie biographique n’offrait pas un tableau beaucoup plus réjouissant de leur famille. Quelques minutes plus tard, les deux NG étaient assis devant un ordinateur un peu rudimentaire, qui affichait une photographie de l’une des principales ennemies de la nation : Sandra Neutron-Grey, de sinistre mémoire. Chase se souvenait encore parfaitement de l’émotion mal dissimulée de Tesla, quand ils avaient rencontré un autre des doubles dimensionnels de leur mère, en Terre Gemini. Il se souvenait aussi de ne l’avoir pas partagé.

Cette Sandra-là, comme l’autre, le laissait froid — au mieux un peu songeur. C’était leur mère à eux, après tout, à Victoria, Tesla et Maxime. Lui, il ne l’avait pas connue, pas vraiment. Il n’en gardait aucun souvenir. Il n’avait pas formé d’attache. Il n’éprouvait pas d’affection. D’une voix pensive, il glissa :

— J’en ai déjà rencontré une, de Sandra, tu sais. Avec Tess. Sur Gemini.

Ce voyage dimensionnel là n’avait rien eu de volontaire et si Chase était depuis retourné en Terre Gemini pour asseoir sa très secrète réputation de chef de culte (ça pouvait toujours servir), sa première exploration n’avait rien eu d’agréable.

— C’est fou comme elle est toujours du bon côté.

Il n’avait pas l’air de trouver le phénomène aussi fou que cela. Ni, à vrai dire, particulièrement intéressant. Machinalement, il parcourut la biographie elliptique de Sandra. Criminelle notoire, meurtrière et terroriste, ennemie de la nation, dirigeante des forces armées pour les Nations Unies. C’était donc ça, ces quelques pays archipélagiques perdus dans l’océan pacifique : ce qui restait des Nations Unies, ou plutôt, probablement, la manière dont les Nations Unies avaient vu le jour. En guerre ? Apparemment pas. Ou alors en guerre froide.

— Tu sais, si elle est en Australie, c’est beaucoup trop loin pour y aller et revenir à temps pour la réouverture du Portail.

Sa voix s’était faite un peu plus douce. Si les tribulations des autres Neutron-Grey ne l’intéressaient guère, la souffrance que son frère ressentait peut-être, elle, le préoccupait sincèrement, malgré son propre détachement.

— On peut bien sûr rassembler des informations. Politiques, géographiques. Et essayer de prévoir, la prochaine fois, un voyage plus long. Ou bien de partir directement d’Australie, si on arrive à transporter le portail.

Ils avaient toute une bibliothèque pour eux et un ordinateur avec une connexion à… Dieu seul savait quoi. Mais une connexion. Ils avaient surtout encore quelques heures pour mener une recherche documentaire efficace et consigner soigneusement leurs découvertes. Il y avait plus excitant comme exploration que de parcourir des livres, certes, mais si Maxime voulait vraiment en apprendre plus sur les NG et leurs aventures…

— Mais peut-être qu’en tant que général, tu as accès à autre chose. Des archives sec…

Chase ne put pas finir sa phrase. Une violente explosion s’était faite entendre non loin d’eux et le bâtiment avait tremblé. Presque aussitôt, des cris retentirent, puis des alarmes et une odeur de brûlé commença à monter un peu partout. Dans le tumulte, de l’autre côté, dans la salle principale de la bibliothèque, on entendait sans peine monter quelques mots récurrents : « Attentat », « Terroriste ». Chase s’était relevé, il se tourna vers la porte et d’un geste de la main, la fit coulisser de force, par télékinésie.

Une vague de chaleur et de fumée s’engouffra dans la pièce, avec le crépitement du feu qui ravageait une partie de la bibliothèque. Le psi referma aussitôt la porte par la pensée.

— Bien. Pas par là. On dirait qu’on va être encore une fois au cœur de l’histoire.

Une seconde explosion, un peu plus lointaine, secoua de nouveau le bâtiment.
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Message posté : Mer 4 Déc 2013 - 13:12 Message
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Contrairement à Chase, Maxime n’avait encore jamais eu l’occasion de croiser son double ou ceux de sa famille dans d’autres dimensions. Soit il avait atterri dans des mondes qui n’étaient pas des copies de la Terre, soit il avait atterri à des époques où les NG n’existaient pas. Ainsi, Tess et Chase avaient croisé une Sandra sur Gemini. Et là, Max réalisa que ça ne devait pas dire grand-chose à son frère. Il était trop petit quand leurs parents étaient morts. L’aîné avait déjà huit ans, il se souvenait très bien d’eux. Alors que pour Chase, ils ne devaient représenter qu’une idée. Et donc, apparemment, leur mère s’arrangeait pour être du bon côté à chaque fois. Maxime ne pouvait pas encore autant pour son double…

Il secoua la tête quand Chase parla de l’Australie et de la trop grande distance à parcourir pour le temps qui leur restait. Il ne savait pas s’il avait envie de croiser sa mère. Et de toute façon, le Maxime de ce monde-ci était un ennemi mortel, ça aurait donc été prendre un risque inutile. Il balaya la proposition d’un geste de la main. Il avait appris trop de choses en peu de temps et tâchait de classer les informations : tout ce qui se passait ici n’était pas « réel ». C’était une dimension parallèle. Sandra Neutron-Grey, des Nations-Unies, n’était pas sa mère. Elle était la mère du général Maxime Neutron-Grey, responsable des Services de Surveillance Américains, au sein du Ministère pour la Rénovation Idéologique.

La suite fut un peu chaotique. Une explosion se fit entendre, et le bâtiment trembla. C’était bien leur veine, tomber en plein attentat sur la bibliothèque et se trouver à l’intérieur à ce moment-là. Maxime fut immédiatement sur le vif. Chase ouvrit la porte et constata qu’il serait difficile de passer par-là. Sans attendre, Max se remit à l’ordinateur et tapa plan bibliothèque star city. Le premier lien annonçait un site sécurisé sur la ville de Pouchkingrad, ex-Star City. Ils avaient changé le nom… Pour consulter les informations, il fallait s’identifier. Maxime entra son nom et constata qu’il fallait une reconnaissance vocale.

Neutron-Grey, Maxime, annonça-t-il, d’une voix assurée.

Deux secondes après, la page s’ouvrait. Avec soulagement, il réitéra sa recherche, et les plans s’affichèrent.

C’est un bâtiment récent, il doit y avoir des passages, des tunnels… Tiens, regarde.

Max cliqua sur une des images et indiqua un chemin qui partait du sous-sol. La porte de ce passage n’était pas si loin de leur position. Récupérant son sac à dos, il en sortit deux petits masques, qui leur permettraient de se faufiler dans les couloirs enfumés sans être asphyxiés.

Ça nous protègera juste le temps de sortir, dit-il en en lançant un à Chase, avant de prendre son arme.

Quand il rouvrit la porte, après avoir mis son propre masque, il jeta un œil de chaque côté. Le chemin par lequel ils étaient arrivés était encombré de gens qui se bousculaient pour fuir. Des coups de feu retentirent.

Vite, par-là !

Attrapant le bras de son frère, son flingue dans l’autre main, il l’entraîna dans un nouveau couloir, désert. À l’extrémité, il y avait une porte blindée. Il s’y précipita. Comment est-ce que ce truc s’ouvrait ? De nouveaux coups de feu se firent entendre. Ça se rapprochait dangereusement. Soldats soviétiques ? Combattants de la liberté ? Un troisième explosion ébranla le bâtiment, et de la poussière tomba du plafond.

Putain ! lâcha Maxime, avant de s’intéresser à l’appareil accroché près de la porte.

Apparemment, il n’y avait qu’une manière. Il passa la carte dans le lecteur. L’écran devint rouge. « Accès refusé. Niveau 4 minimum. »

Et merde !

Il y eut encore une explosion. Trop proche. Sûrement une grenade, dans le premier couloir. Maxime pivota vers son frère.

T’as pas un moyen de l’ouvrir ? Avec ton esprit ? Même si ça prend du temps, je sais pas… Je te couvre.

Il s’élança et s’arrêta une dizaine de mètres plus loin. Avec la fumée qui s’épaississait, on voyait de moins en moins. Il s’accroupit, un genou au sol, et mit en joue, près à repousser les assauts de quiconque apparaîtrait, armé, au coin là-bas. Il y avait bien vingt mètres… Après quelques secondes, il entendit d’autres coups de feu, puis des pas. Ce fut une femme en tailleur qui jaillit, et qui se mit à courir vers lui. D’autres civils apparurent.

Chase ! lança Maxime en arrière.

Ils allaient se retrouver bloqués et au milieu d’une foule de gens apeurés. Si jamais la porte ne s’ouvrait pas, il y avait des chances pour qu’ils soient pris. Par qui, il n’en avait encore aucune idée, mais il aurait forcément des ennuis d’un côté ou de l’autre. Traître d’un côté, sosie du général de l’autre… C’était un peu plus animé que la visite en Terre Vaticane, et les perspectives étaient bien moins réjouissantes. Et si jamais il fallait faire un peu le ménage, Max serait contraint, non pas de tirer, mais d’user de son pouvoir. Un géant avait la particularité d’être assez peu facile à arrêter.
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Message posté : Mer 4 Déc 2013 - 18:50 Message
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Chase jeta un coup d’œil à son frère. La situation ne le paniquait pas particulièrement. Il en avait vu d’autres. Et puis, si Maxime le voulait, il pouvait défoncer le plafond en grandissant : ce n’était pas très discret mais, dans l’absolu, les options ne manquaient. Sans doute était-il préférable, toutefois, de préserver leur infiltration. Aussi le mentaliste ne protesta pas en attrapant le masque qu’il fixa sur son visage, tout en songeant qu’il lui faudrait un jour développer un moyen de s’enfuir rapidement — quelque chose d’un peu plus réactif que ses voyages dimensionnels, qui exigeaient trop de calme et de concentration pour être réellement efficaces, dans ce genre de situations.

Les deux NG ne tardèrent pas à progresser dans les décombres et l’incendie. Quand Chase songea à son aventure avec les lapins géants et Sydney Stevens, il se prit à se demander si circuler dans les bâtiments détruits n’était pas son destin. Il leur fallut quelques minutes d’avancée laborieuse pour se heurter à un nouvel obstacle et cette fois-ci, tous les privilèges que Maxime empruntait indument à son double dimensionnel ne suffirent à leur ouvrir la voie. Le mentaliste hocha la tête.

— Je m’en occupe.

Il s’approcha la porte et ferma les yeux. Ce n’était pas exactement comme déplacer de petits objets mais, depuis ses péripéties avec Sydney, il avait compris qu’il fallait parfois abandonner un peu de sa subtilité pour employer les grands moyens. Jack avait toujours souligné la puissance inépuisable de son esprit et la télékinésie était un excellent domaine pour son application. Rapidement, le mur tout autour de la porte blindée commença à se fissurer, puis à trembler et, enfin, l’épais et lourd battant de métal fut littéralement arraché de la structure même du bâtiment.

Certains civils avaient quitté l’extrémité du couloir par lesquels les combattants allaient sans doute arriver pour observer Chase et des murmures d’incrédulité s’élevèrent tandis que la porte flottait à quelques centimètres au dessus du sol. Elle pivota pour se coller au mur et le mentaliste rouvrit les yeux. Il fit un signe de la main vers l’escalier qui descendait vers les sous-sols, éclairés par la lumière pâle des ampoules d’urgence.

— Ne perdons pas de temps.

Les civils ne se le firent pas répéter et s’y engouffrèrent.

— Maxime ?

Des bruits de pas rapides s’approchaient de plus en plus et, alors que les NG s’apprêtaient à disparaître à leur tour dans les sous-sols, une équipe de trois hommes armés apparut. La porte blindée fut soudainement propulsée à travers le couloir, jetée par Chase qui avait déjà relâché son emprise télékinétique et qui descendait désormais, à toute allure, avec son frère. Derrière eux, le lourd bloc de métal blindé défonçait une partie des murs, emporté par son élan, tandis que les hommes armés se dispersaient, pour éviter le projectile, d’une part, et l’effondrement de la section du couloir, d’autre part.

Dans sa précipitation, Chase manqua de rentrer dans une étudiante en histoire paniquée qui, arrivée au bas des escaliers, s’était figée, en larmes.

— Rah bord… Faut pas rester là, Mademoiselle.
— Ils vont nous tuer, ils vont tous nous tuer.
— Qui ça ?

Il ne perdait pas le nord, le Neutron-Grey : ils étaient pour collecter des informations et l’occasion était unique.

— Les terroristes.
— Mais moi, je vous protège…

Le télépathe posa une main sur l’épaule de la jeune fille et, d’une voix très persuasive, suggéra :

— Vous me faites confiance, n’est-ce pas… ?
— T-totalement.
— Alors on court vers la sortie, Alicia.

Alicia ne se demanda pas comment ce jeune homme qu’elle ne connaissait ni d’Ève, ni d’Adam, avait deviné son prénom. Elle fit ce que Chase lui demandait : elle courut. Il n’y avait plus d’explosions, mais au-dessus d’eux, il était facile de juger qu’il ne restait plus grand-chose de la bibliothèque et que les parties qui avaient échappé aux souffles eux-mêmes étaient en train de se consumer. Chase n’avait pas eu le temps de voir si les hommes en armes sur lesquels il avait lancé la porte étaient des soldats soviétiques ou des terroristes. Peut-être les bombes avaient-elles été déclenchées à distance.

À force de courir, ils finirent par émerger à l’air libre, au milieu de ce qui avait dû être, jadis, une partie du parc qui entourait dans la défunte bibliothèque. L’essentiel des civils s’étaient arrêtés, absorbés par le spectacle du bâtiment majestueux presque entièrement démoli et ravagé par les flammes, tandis que, déjà, des équipes d’intervention, des militaires, des pompiers, des ambulances, affluaient de toute part, entouraient les décombres, et éclairaient la journée brumeuse de leurs gyrophares.

Le spectacle était véritablement apocalyptique et, à côté de Chase, Alicia tremblait.

— Alors, vous pensez que les responsables sont…
— L’ANL, évidemment ! Qui d’autre…
— Avec cet attentat, ça en fera bientôt…
— Oui, cinq ce mois-ci, rien qu’à Pouchkingrad.

La jeune femme recommençait à pleurer.

— Pourquoi ne nous laisse-t-il pas en paix… ?

Chase tourna le regard vers son frère et sa voix se fit entendre dans l’esprit de Maxime.

* C’est une question que je poserais volontiers à l’Armée de Libération Nationale, pas toi ? *

Ils avaient eu la version du régime, Chase était curieux d’avoir celle des opposants.
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Message posté : Jeu 5 Déc 2013 - 1:34 Message
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Maxime, même s’il n’en attendait pas moins de sa part, fut tout de même impressionné par son frère, qui put, non seulement ouvrir la porte, mais la sortir de ses gonds, et même l’utiliser comme projectile sur les militaires qui couraient vers eux. L’aîné des NG avait baissé son arme à l’approche des civils, et tous s’engouffrèrent dans le tunnel et descendirent les escaliers. En bas des marches, une fille s’était arrêtée, mais Chase l’encouragea à avancer, et après une longue course, ils débouchèrent enfin à l’air libre. Max s’agenouilla pour fouiller dans son sac, tout en suivant l’échange entre son cadet et Alicia. Il prit une casquette et remit son masque à l’intérieur, faisant signe à Chase de lui rendre le sien. Quand il se redressa, Maxime pouvait à peu près passer incognito. S’il baissait la tête, on ne voyait pas ses yeux. Mais il allait tout de même éviter de trop s’exposer.

Au loin, la bibliothèque n’était plus qu’un champ de ruines. Le caporal se félicita intérieurement d’avoir demandé un accès privé à un ordinateur et d’avoir été conduit, du coup au sous-sol. S’il avait accepté la proposition de la femme d’aller dans un salon de l’étage, et bien… Chase et lui seraient sans doute morts à l’heure qu’il était. Et donc, visiblement, les civils attribuaient l’attentat à l’Armée de Libération. C’était logique, mais Chase semblait vouloir entendre la version, justement, des forces de résistance. Si ce n’était pas une mauvaise idée, elle comportait un petit risque pour Maxime… Il regretta de ne pas avoir regardé un portrait de son double. Peut-être y avait-il des différences notables, dans la coiffure, la pilosité…

**Je suis pas sûr d’être bien accueilli, j’ai quand même la tête d’un de leurs grands ennemis… qui les a débusqués du BB… et qui…**

Ses pensées devinrent plus confuses, et il ne termina pas sa transmission. Il pivota sur lui-même, et repéra alors, sur la route qui passait à une cinquantaine de mètres, plusieurs voitures arrêtées le long du trottoir. Leurs propriétaires s’étaient arrêtés et étaient descendus de leurs véhicules pour voir ce qui restait du bâtiment. Maxime eut alors une idée et tâcha de garder la tête froide. Après un regard vers son frère, il s’avança tranquillement vers les voitures, repérant tout en avançant laquelle serait la plus facile à extirper. Personne ne faisait réellement attention, et il put se glisser jusqu’à une portière sans que personne ne le voie. À l’intérieur, la clé était sur le contact.

**Notre porte de sortie !**

Après avoir lancé un nouveau regard alentour, il s’installa au volant, et attendit que Chase l’ait rejoint pour démarrer le moteur. Dans ses repérages, il avait vu que des barrages commençaient à s’installer. Si jamais ils se faisaient arrêter, il y aurait deux possibilités de s’en sortir : le général Maxime Neutron-Grey serait reconnu, identifié et laissé tranquille. Ou alors, Chase s’occuperait des esprits des militaires pour leur permettre de passer quand même.

C’est dingue, quand même… J’ai presque l’impression que tout ça a été déclenché parce que j’étais là… La cible était sans doute le général. Ils m’ont pris pour lui, et boum… Tiens, d’ailleurs…

Maxime alluma la radio.

… niversité, où un nouvel attentat vient tout juste d’être commis. Plusieurs explosions ont ravagé la bibliothèque. Le premier bilan, provisoire, fait état d’au moins soixante morts et plus d’une centaine de blessés. Évidemment, l’attentat est attribué à l’Armée nationale de Libération, tout comme les quatre premiers ce mois-ci. À nouveau, Pouchkingrad est la cible de ces terroristes qui tentent par tous les moyens de déstabiliser la paix de notre nation. Nous vous tiendrons informés dès que nous en saurons plus.
Merci, Timothy. Une dépêche bien de me parvenir, il semblerait que la cible de cet attentat n’ait été nul autre que le général Maxime Neutron-Grey, visiblement présent sur les lieux au moment des explosions, mais son corps n’a pas encore été retrouvé… Ah, on m’informe d’une petite erreur, ce n’était pas le général Neutron-Grey. Ce dernier est en ce moment-même en train d’arriver sur place.

Et merde ! fit Maxime, en éteignant le poste. Enfin… ils vont mener l’enquête et essayer de me retrouver… La femme qui m’a reconnu a dû survivre… D’un autre côté, l’ANL sera peut-être plus coopérative en ayant entendu ça.

Mais avant de pouvoir rejoindre les résistants, il allait falloir passer un barrage. Qui se profila un peu plus loin. Deux véhicules de police stationnés en travers. Des barrières. Une dizaine de policiers. Et un officier militaire, qui avait l’air d’avoir à la fois avalé un citron et un balai dans le cul.

Si le général vient juste d’arriver, ils sont sûrement au courant… Du coup, je pense que je vais vraiment avoir besoin de toi pour les embrouiller. Je me vois mal grandir un coup pour les rétamer, c’est sans doute mieux de rester discret encore un peu…

Grandir, écraser les voitures et balayer les hommes, c’était une solution, mais niveau discrétion, on faisait mieux, en effet. Maxime ralentit à l’approche du barrage, comme cela lui était demandé. S’il avait eu un véhicule plus solide, il aurait peut-être envisagé de foncer dans le tas. Mais là, il risquait de les tuer. Donc, il obtempérait. Si Chase les faisait passer, après, il faudrait encore qu’ils sachent où aller, ce qui n’était pas gagné.
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Message posté : Jeu 5 Déc 2013 - 22:11 Message
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Jusqu’à lors, les choix militaires de Chase avaient été plutôt simples : lorsque l’on décidait de combattre une invasion extraterrestre, il n’y avait pas vraiment à s’interroger sur son camp. Alors il essayait d’imaginer ce qu’était l’existence de ceux qui, à son âge, dans cette dimension, en étant nés dans un pays soviétique depuis plusieurs décennies, avaient décidé de s’engager dans une Armée de Libération. Il avait du mal à ne pas les voir comme les Rebelles qui luttaient courageusement contre l’Empire pour fonder une Nouvelle République, mais il fallait avouer que leurs méthodes étaient pour le moins… musclées. Un coup d’œil à la bibliothèque suffisait à confirmer qu’ils avaient sans doute tué de nombreux civils et Chase n’était pas certain de pouvoir y voir un mal nécessaire.

Le jeune homme détacha le regard du bâtiment en flammes pour le poser sur son frère. Difficile d’évaluer à quel point il ressemblait à Maxime. Lui se souvenait de son double de Gemini : beaucoup plus musclé, coiffé différemment, avec d’autres habits, un tatouage. Cela ne résistait certes pas à un examen attentif, mais les différences étaient assez grandes pour semer le doute. Peut-être en allait-il de même avec Maxime et le Général Neutron-Grey de Pouchkingrad ?

* Je suis sûr qu’on pourra les convaincre.*

Chase commençait à comprendre l’une des nombreuses raisons qui lui faisaient apprécier les voyages dimensionnels : dans un monde comme celui-ci, personne ne lui reprochait d’utiliser ses pouvoirs au mépris des lois qui régissaient leur Star City. C’était comme les civils qui venaient de trouver la mort dans la bibliothèque ou comme les fameux Primitifs de la Terre Vaticane et leurs étranges opposants : ils ne vivaient pas dans leur monde et leur décès était… indifférent. En tout cas, lui, il ne s’en souciait pas. Et Maxime ?

Pendant un instant, le jeune homme fut tenté de sonder directement les dispositifs de son frère, mais il chassa cette idée de son propre esprit pour suivre son aîné jusqu’à la voiture et s’installer sur le siège passager. Les nouvelles à la radio ne leur en apprirent pas beaucoup plus, si ce n’était qu’ils n’allaient sans doute pas passer les barrages grâce à un simple sourire.

— Je m’en occupe.

La voiture « empruntée » s’arrêta et l’officier se pencha à la fenêtre du côté conducteur.

— Général ?
— Oui.

L’homme ne regarda pas Chase, comme s’il était sincèrement persuadé que Maxime venait de lui répondre. En fait, il ne regardait pas grand-chose. Le vide.

— Mais vous n’êtes pas… vous n’êtes pas…

Il fronçait les sourcils. Sans doute n’avait-il pas l’air plus confus lorsqu’il se remettait d’une soirée un peu trop arrosée. Au bout de quelques secondes de propos fragmentaires et incompréhensibles, il se redressa comme un automate et fit un signe aux chauffeurs. Les voitures de police s’écartèrent et les deux Neutron-Grey purent passer, sous le regard perplexe des policiers, qui reconnurent bien, eux aussi, le général au volant.

— Bon, ça ne va pas lui durer longtemps, hein, mais on sera déjà loin.

Dans le rétroviseur, il pouvait apercevoir l’officier en train de se masser l’arrête du nez et de tenter, vainement encore, de reconstituer ses pensées. Eux filaient sans demander leur reste.

— Bon. Tout le monde aime les symboles, non ? Je te propose d’aller faire un tour du côté du Bigsby Building. Les étages inférieurs sont intacts et si le Building de cette dimension ressemble aux nôtres, je doute que les autorités aient trouvé tous les passages secrets. Et les abris. Il y a sans doute des sous-sols encore intacts, où il pourrait rester des informations.

Le Bigsby Building de Star City était une merveille technologique, grâce aux générations successives de Neutron qui l’avaient constamment amélioré et ce n’était pas une ogive qui le réduirait à néant. Rien dans les données biographiques qu’il avait rassemblées ne laissait entendre qu’il en serait autrement pour celui de Pouchkingrad et Chase avait bon espoir de trouver là-bas quelques indices bien cachés.

Dans le centre-ville, il régnait une ferveur inquiète. De petits attroupements s’étaient formés devant les magasins d’électroménager, pour regarder les éditions spéciales de la chaîne gouvernementale d’information, tandis que des véhicules filaient à travers la ville, toutes sirènes allumer, pour apporter leurs renforts aux secours déjà sur place. La circulation devenait de plus en plus difficiles et les deux hommes ne tardèrent pas à abandonner leur voiture pour continuer à pied, en tentant de se faire aussi discret que possible.

De retour au Bigsby Building, ils entreprirent de faire le tour du bâtiment. Toutes les entrées avaient été fermées. Enfin, toutes les entrées officielles. Chase s’arrêta devant une portion du mur, dans la ruelle où ils avaient débarqué, et palpa un moment les rangées de briques.

— …ici.

Il sortit son couteau suisse et, avec l’aide de son frère, entreprit de disjoindre l’une des briques du reste du mur. Une fois délogée, elle révéla une petite ouverture métallique, juste assez grande pour y glisser sa main. Ce que Chase fit. Une lumière verte émergea pendant une ou deux secondes du trou ainsi pratiquée, puis, quand Chase eut retiré sa main, une portion du mur coulissa pour révéler un couloir très faiblement éclairé. Les générateurs de secours du Bigsby Building devaient être en bout de course.
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Message posté : Ven 6 Déc 2013 - 10:49 Message
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Chase fit à nouveau montre de la maîtrise de son pouvoir, laissant le pauvre officier dans une situation de désarroi qui aurait presque été comique dans d’autres circonstances. Dans le rétroviseur, Max le vit, perplexe, tâcher de comprendre ce qui venait tout juste de lui arriver. Mais il accéléra un peu, pour s’éloigner au plus vite de ce qui serait le centre de l’attention de tous pendant plusieurs heures. Son frère suggéra alors qu’ils retournent exactement où ils étaient arrivés : le Bigsby Building. En effet, il y avait des chances pour que les lieux leur offrent des informations. Peut-être même certains résistants s’y cachaient-ils encore…

L’aîné des NG aurait pu s’y rendre les yeux fermés. Le tracé des rues n’avait pas changé. Et sur le trajet, il pensa aux multiples secrets du bâtiment, celui qu’il connaissait, en espérant retrouver les mêmes ici… Des attroupements s’étaient formés sur les trottoirs, chacun se pressant devant les écrans ou autour des radios pour en apprendre plus sur les attentats. Personne ne prêta donc attention à eux, et Maxime abandonna le véhicule volé à quelques dizaines de mètres du Bigsby Building.

Encore, il tâchait de garder la tête froide. Il ne savait pas ce qui les attendait, là, mais ça ne pouvait e toute façon pas être pire que ce qu’ils venaient de subir. Les sosies d’un héros et de son frère mort venaient d’échapper à l’explosion d’une bibliothèque et s’apprêtaient à s’introduire dans ce qui était peut-être toujours un centre de contrôle de l’Armée de Libération. C’est tout ce qui voulait garder à l’esprit, parce qu’il devrait être sur ses gardes si jamais ils rencontraient vraiment des résistants. Chase retrouva ce qui était, dans leur dimension, l’entrée d’un passage secret…

Et avec l’aide de Maxime, démontra que c’était bien le cas ici aussi. Le pan de mur coulissa et révéla un couloir plutôt sombre. Max regarda autour d’eux, s’assurant qu’il n’y avait personne, et entra. Quand le passage se fut refermé derrière eux, il sortit son arme et la remit, avec son sac, à Chase.

Si jamais on tombe sur l’Armée, je préfère montrer tout de suite que je n’ai aucune mauvaise intention, plutôt que de me faire descendre sans sommation. S’ils te voient avec un flingue et moi devant, les bras levés, je pense qu’ils vont d’abord vouloir poser des questions.

Et il se mit en marche. Après une quinzaine de mètres, ils tournèrent à un angle et une volée de marches apparut. Aucun bruit. Max descendit sans attendre. Au sous-sol, toujours aussi désert, la lumière semblait un peu plus puissante qu’au-dessus. L’aîné des NG commençait à se demander si vraiment ils allaient trouver quelqu’un… Il pivota vers Chase.

Tu ne détectes aucune présence ?

À l’angle suivant, son regard s’arrêta sur une caméra de surveillance. Était-elle toujours en marche ? Il s’en approcha et leva la main pour tâter le fil derrière. Intact. Peut-être que les systèmes étaient encore, du moins en partie, opérationnels.

Il y avait des portes, ici, comme chez nous. Mais ils ont tout scellé et maquillé. Ça a l’air assez ancien… dit Max, en passant une main sur le mur le plus proche.

On distinguait bien la forme d’une porte, qui avait dû être comblée à la brique et cimentée pour se fondre dans l’environnement.

Du coup, j’imagine que la réponse est au bout du couloir…

Au bout du couloir, quand ils tournèrent à un autre angle, il y avait en effet une porte, celle-là bien visible. Quelqu’un était-il derrière ? Ou bien se faisait-il une idée, depuis le début, en pensant qu’ils y trouveraient quelqu’un ? Le système pour y entrer était un lecteur d’empreintes. La poignée de la porte, classique, ne s’ouvrait que si on appliquait correctement son pouce au bon endroit… Maxime hésita et puis… - qu’avait-il à perdre ? - saisit la poignée. Il perçut un petit « clac » et se prit une violente décharge électrique.

Aïe ! Putain !

Il recula vivement et secoua sa main engourdie. Le système était non-seulement opérationnel, mais en plus, Maxime Neutron-Grey ne devait plus être le bienvenu ici. Mais y avait-il quelqu’un derrière la porte ? Un résistant venait-il de reconnaître le général traître et allait-il donner l’alerte ? Max se tourna vers son frère.

À toi l’honneur, j’imagine…

Puis il leva les bras, histoire de bien montrer, au cas où la porte s’ouvrirait sur des individus menaçants, que lui-même ne l’était pas. Qu’il était prêt à coopérer. Qu’il voulait juste obtenir des réponses. Quelque part, peut-être que Chase aussi se retrouverait dans une situation inconfortable… Après tout, il était censé être mort. Les résistants pourraient penser que c’était un piège, une ruse… Ce que Maxime espérait, c’est que son double avait une vraie différence physique avec lui, bien marquée, comme un grand tatouage, une coiffure vraiment à l’opposé, des cicatrices… Alea jacta est.
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Message posté : Ven 6 Déc 2013 - 18:34 Message
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Chase avait récupéré le pistolet qu’il tenait avec un professionnalisme un peu gauche. Il avait bien reçu une formation basique à l’UNISON, mais il fallait avouer que les armes à feu ne lui servaient, en règle générale, pas à grand-chose. Même à l’époque où il n’avait pas développé sa télékinésie, il incitait en général ses adversaires à se tirer les uns sur les autres plutôt qu’il ne faisait usage lui-même de ce genre de méthodes. Mais au moins avait-il les bons gestes, à défaut d’être capable de viser correctement et d’atteindre qui que ce fût avec un pareil engin.

Les deux NG progressèrent dans le couloir et quand son aîné l’interrogea sur d’éventuelles présences, Chase secoua la tête.

— Mais ça ne veut rien dire. Ce ne serait pas la première fois que mes pouvoirs seraient bloqués.

Certes, personne n’avait jamais réellement réussi à le neutraliser tout à fait : ses pouvoirs étaient trop puissants et, surtout, ils évoluaient beaucoup trop vite pour que quiconque pût anticiper et comprendre assez ce qu’ils impliquaient et construire la machine ou l’objet magique qui le prémunirait efficacement de tout ce que Mentalis représentait. Il eût fallu non seulement qu’un pareil objet protégeât l’esprit de celui qui le possédait, mais encore qu’il se protégeât lui-même contre l’inévitable destruction télékinétique. Mais Chase ne doutait pas que de pareils artefacts pussent exister, quelque part — et c’était pourquoi il ne relâchait jamais ses entraînements intensifs.

Mais enfin, des zones d’ombre psychiques, il en avait connues plusieurs fois. Le Planificateur avait réussi à lui dissimuler l’endroit où il avait attiré Lukaz assez efficacement pour l’obliger, à l’époque, à employer des moyens détournés. La résistance de Pouchkingrad pouvait fort bien disposer de semblables ressources. Les Soviétiques n’étaient-ils pas susceptibles d’employer également des mentalistes pour sonder les dispositions des citoyens un peu trop suspects ? Que l’Armée cherchât à s’en prémunir ne paraissait que naturel.

Ce fut donc avec prudence que les deux frères continuèrent à avancer, jusqu’à arriver devant une poignée vicieusement électrique. Après que Maxime se fut électrocuté, Chase pointa ostensiblement son arme sur le prétendu général, pour montrer clairement la pureté de ses intentions à une caméra éventuelle, approcha lentement la main de la poignée. Et la porte s’ouvrit, avant qu’il ne pût l’atteindre. Une lumière bien plus violente que celles des couloirs les inonda. Chase plissa les yeux pour observer la silhouette qui se dessinait dans l’encadrement de la porte.

Une voix familière s’éleva, avec un net accent australien.

— Voilà qui est inattendu.

Les yeux de Chase finirent par s’habituer à la lumière. Et la silhouette se précisa. Il fut bientôt obligé de reconnaître :

— Très inattendu.
— Vous êtes passé à la bibliothèque ?
— Oui.
— Vous avez lu nos chronologies ?
— Évidemment.
— C’est ce que j’aurais fait.

Ce fut la première conversation que Chase Neutron-Grey eut avec Chase Neutron-Grey. Son double dimensionnel se décala pour les laisser entrer et les deux NG pénétrèrent dans une vaste salle blanche, moderne et aménagée en une sorte d’ateliers, où des gens, jeunes et moins jeunes, fabriquaient des minuteurs, nettoyaient des armes, lisaient des livres, examinaient des plans. Chase se retourna vers Chase. Le Chase de l’URSS, s’il entretenait certes une ressemblance frappante avec son homonyme, portait les cheveux beaucoup plus courts, dans une coupe quasi militaire, et il était un peu plus carré lui-même. Il paraissait plus vieux.

Le regard du NG s’était posé sur chacun des résistants. Puis il revint sur son double.

— Tu bloques leurs esprits ?
— Hmm. Oui. C’est mon pouvoir. L’effacement. Pourquoi ? C’est pas c’que tu fais ?

Chase se contenta de secouer la tête, sans apporter de précision. Au cas où.

— Par ici.

Il leur fit signe de le suivre et les trois hommes traversèrent la salle principale, sous le regard un peu perplexe des membres de l’Armée. Après un détour dans un couloir, Chase-URSS poussa la porte de ce qui se révéla un bureau. Un bureau encombré de livres et de plans, comme la salle principale, et de dossiers de toute sorte. Sans ordinateur.

— Vous voulez un whisky ? Un cigare ?
— Non merci.
— Maxime ?

Chase en profita pour rendre son arme à son frère. Il souleva une pile de papiers d’un fauteuil pour pouvoir s’y asseoir, sans vraiment détacher son regard de son double. L’expérience était pour le moins troublante. Et fascinante. L’esprit de Chase ne cessait de tenter de rentrer dans celui de Chase, mais à la place, il y avait du vide. Petit à petit, le mentaliste se rendit compte que la sensation était plus complexe. Il n’avait tout simplement pas l’impression que son double fût là.

— Vous avez croisé mon frère, à la bibliothèque ?
— Non.
— Tant mieux.

Chase-URSS s’était laissé tombé sur un fauteuil et avait commencé à tirer sur un cigare.

— Donc, votre Portail Dimensionnel était intact.
— De toute évidence.
— Il fonctionne toujours aléatoirement ?
— Vous en avez connu un ?

Chase-URSS secoua la tête.

— Ma mère m’a raconté. Mes préoccupations ont toujours été plus… terre à terre, disons.

Chase se pencha en avant.

— Excusez moi d’être un peu direct, mais, hm… Vous n’êtes pas censé être mort ?
— Si. Je fais ça très bien. Je vous ai dit, je suis un effaceur. Et puis, Maxime — je veux dire, le mien — a bien joué son rôle.

Le mentaliste fronça les sourcils.

— Vous ne comptez pas nous laisser partir.
— Hmm…
— Vous venez de nous dire que votre frère était un agent double. Et nous pourrions être autre chose que des voyageurs dimensionnels. Des métamorphes. Des clones. Vous nous parlez, parce que vous savez que nous ne sortirons pas d’ici vivants.

Chase-URSS secoua la tête.

— Disons qu’il y a deux solutions. On va faire un test ADN et le comparer au mien. Si vous êtes moi, eh bien… On en discute. Vous pourriez toujours être un ennemi. Autres dimensions, autres Chase. Si vous n’êtes pas moi, on vous descend. Dans tous les cas, vous ne repartirez pas d’ici avant un bon moment, c’est certain.
— Notre fenêtre de voyage est très courte.

Chase-URSS haussa les épaules.

— Pas mon problème. Nous sommes en guerre. Il y a des dommages collatéraux.
— Comme à la bibliothèque ?
— Oui. Sauf que la bibliothèque, ce n’était pas nous.
— Il y a d’autres factions rebelles ?
— Oui. Mais là, je penche plutôt pour le Directoire. Les autorités adorent organiser des attentats. Ça sensibilise les foules au « problème sécuritaire ».
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Back in the USSR (Maxime)

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