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Star City. Ses parcs. Ses monuments. Ses électrocutions. (Louise)

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Message posté : Ven 22 Nov 2013 - 18:26 Message
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22 novembre 2013

— ‘Tention…



Hop.



Hé.



Désolé Madame !


Les courses-poursuites dans le centre-ville de Star City, un vendredi soir, n’étaient pas une partie de plaisir. Sans doute Jace eût-il rencontré moins de difficultés s’il ne mettait pas un point d’honneur à s’excuser auprès de tous les passants qu’il bousculait même si, la plupart du temps, ils ne l’entendaient guère. Le jeune homme courait vite. Il courait même très vite. Son excellente forme physique et son entraînement rigoureux lui permettaient de ne pas se laisser distancer, alors même que sa proie avait sur lui de sérieux avantages, du moins sur la terre forme.

Le criminel, de fait, ne bousculait personne. Avec la curieuse faculté de compresser son corps, il se faufilait sans peine entre la foule dense. Mais Jace craignait de prendre la hauteur et de perdre cette petite tête dans le flot des passants, tandis qu’à pied, il pouvait encore le repérer, de temps à autre. Il attendait impatiemment l’erreur qui conduirait le malfrat en terrain plus découvert ou, à défaut, l’épuisement — en espérant toutefois que celui qu’il poursuivait ne possédât pas une endurance supérieure à la normale.

De temps en temps tout de même, Jace s’envolait pour une une seconde ou deux, dans une figure périlleuse, pour passer au-dessus d’un obstacle qu’il ne voulait pas contourner et reprendre pied aussitôt, pour continuer la poursuite. Ces micro-vols beaucoup plus que ses pointes de vitesse dans le ciel dégagé de Star City témoignaient de la maîtrise qu’il avait acquise sur son pouvoir, parce qu’ils étaient plus techniques et plus délicats. Mais il n’avait pas le temps de se laisser admirer ni de chercher l’approbation, qui comptait tant pour lui, dans les yeux ses concitoyens.

Tout avait commencé quelques minutes plus tôt, alors qu’il parcourait à la lumière du lampadaire, dans la nuit précoce des soirées d’hiver, les bacs de disques d’occasion, sur le trottoir d’un magasin de musique. Derrière lui, il avait entendu un grand fracas, la bruit d’une vitrine brisée, et les cris d’un homme, qui hurlait qu’on l’avait volé. Jace avait fait volte-face et il avait aperçu le braqueur s’enfuir d’une bijouterie, son sac de butin à la main. Son sang n’avait fait qu’un tour : il avait abandonné son sac de cours sur le sol et il s’était lancé à la poursuite du criminel, traversant la rue en un éclair au-dessus de la route, avant d’entamer la course-poursuite.

Hélas pour lui, alors qu’ils s’approchaient du parc de Front de Mer, il fut entravé dans sa progression par un camion de livraison. Ce ne fut pas faute de s’élancer aussitôt à quelques mètres au-dessus du sol, pour glisser ensuite sur le toit de véhicule et atterrir, de l’autre côté, prêt à reprendre la course. Mais il n’eut que le temps de voir sa cible disparaître entre les arbres du parc. Jace lui emboîta le pas avant de ralentir, regardant tout autour de lui : le cambrioleur paraissait avoir disparu.

Mais lui-même était en train de reprendre son souffle et il ne manquait pas d’endurance. Avec un peu de chance, la fuite avait laissé l’inconnu dans un bien pire état et il n’avait pas pu aller loin. Tous les sens en alerte, prêt à se battre, des étincelles virevoltant autour de lui, Jace se mit à avancer à pas lents dans le parc. Parfois, l’irruption d’un coureur tendait ses nerfs et il devait se retenir de réagir par purs réflexes pour ne pas électrocuter un sportif innocent. Les lieux publics étaient toujours des terrains d’opération délicates, il le savait bien : son père le lui avait appris.

Alors qu’il progressait le long d’une allée du parc, Jace entendit un craquement dans les buissons. Ni une, ni deux : il coupa par les fourrés… et reçut un coup de poing dans la mâchoire. Il eut à peine le temps de rassembler ses esprits pour parer le second avec son avant-bras. Le mutant qu’il avait poursuivi, las de fuir, incapable de courir plus longtemps surtout, avait décidé de régler les choses par la manière forte, ne se doutant guère qu’il avait affaire à un Légionnaire — jeune, certes, mais Légionnaire tout de même. Jace en avait vu d’autres.

Seulement, son adversaire était devenu particulièrement large, alors même que, quelques minutes plus tôt, il jouait de son pouvoir pour réduire sa carrure et serpenter plus aisément dans la foule du soir. En termes de force pure, Jace ne faisait pas le poids. Il lui fallait des arguments plus décisifs. Alors que l’homme se jetait sur lui, Jace lui tourna soudainement le dos pour le faire rouler au-dessus de son épaule, profitant de la force de son adversaire. L’homme déboula hors des fourrés, griffés par les branches, et Jace bondit à son tour sur l’allée principale.

Mais cette fois-ci, son ennemi était décidé à en finir. Abandonnant les poings, il avait sorti une arme de petit calibre, dont il menaçait désormais le jeune super-héros, sous les regards médusés de deux employés de banque, qui n’avaient voulu que couper à travers le parc pour rejoindre plus rapidement une station de métro.

— Allez, arrête de faire le con, maintenant. Dégage.

Nullement impressionné par l’arme, Thunder répondit calmement :

— Donnez moi votre revolver et rendez vous. Toute résistance est inutile.

Tout autour d’eux, le long de l’allée, les lampadaires faisaient entendre un étrange vrombissement.
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Message posté : Ven 22 Nov 2013 - 19:47 Message
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22 novembre 2013

Une nuit pleine de lumières... Voilà pourquoi j'apprécie l'hiver : en un sens, même si cette saison peut présenter de nombreux désavantages comme le froid ou le verglas, elle a aussi ses bons côtés. Je suis certaine que ce soir, en voyant les commerçants préparer leurs vitrines de Noël, les trottoirs éclairés de lampadaires et de guirlandes, les sapins élevés aux détours des rues, le nier est une tâche bien délicate pour quiconque. Oui, je l'avoue, mon âme d'enfant se réveille à l'approche de Noël ; je peux entendre d'ici les chants entonnés par les hauts-parleurs des magasins de jouets, suscitant dans le cœur des enfants le désir de posséder.

Je marche lentement, mon sac en bandoulière ballottant contre mon bassin. Cela me permet à la fois de profiter de l'ambiance de cette soirée plutôt fraîche et de prendre mon temps en me reposant : aujourd'hui a été une journée bien remplie pour moi. Arrivée depuis peu aux États-Unis, je n'ai pas encore totalement fini mon installation et pourtant j'ai déjà envie d'entamer ma nouvelle vie ici. L'un dans l'autre ça revient au même, puisque pour moi s'installer c'est bien prendre ses marques là où l'on habite... Et ce soir, malgré la fatigue, il y a encore une chose que je voudrais voir. En vérité, ce serait un sacrilège de l'ignorer alors que j'habite à Kane Street, juste à côté. Et puis je suis venue ici par fascination pour les supers, et pour trouver ma voie dans l'écriture, mon inspiration... C'est évident, je ne peux pas passer à côté du parc du front de mer où se trouve la Statue de la Sentinelle ! Cet édifice représentant Prétorien semble être un des symboles de la ville, comme Prétorien lui-même fut un symbole de courage et d'intégrité.

Je longe une des allées du parc, pensive, croisant peu de monde, pour me retrouver face à ce géant sculpté. Il m'impressionne mais, d'un autre côté, je reste perplexe. Honnêtement, je ne sais pas si je serais capable de partager ce sens du sacrifice, cet altruisme absolu. Il faut du courage, beaucoup de courage. Et ce n'est pas tout, j'en suis sûre, une grande foi en l'Humanité doit être nécessaire. Un cœur pur, sans doute. Quoi qu'il en soit, j'ai bien du mal à m'imaginer à sa place, sûrement parce que je ne suis qu'une citoyenne ordinaire, et ce n'est sans doute pas si mal. J'ai la liberté de mener ma vie plutôt tranquillement, me situant en témoin face aux évènements extraordinaires en m'efforçant de les raconter le plus justement possible. L'oubli est quelque chose de terrible, je lutte contre ça. Oublier les erreurs du passé, c'est presque déjà les reproduire. Oublier les héros du passé, amoindrir le rôle des héros actuels, c'est passer à côté de ce qui est vraiment important : la droiture, la sincérité... la sécurité.

Je reste là un moment en silence, perdue dans le regard froid de cette figure du passé ; puis je m'assois sur un banc tout proche, sortant de mon sac noir un petit cahier et un stylo. Je sens que l'inspiration me vient, l'occasion est trop belle pour la rater, peut-être est-ce l'influence de la statue sur moi, ce mélange d'autorité et de puissance... Mon stylo reste en suspens à quelques millimètres au-dessus du papier, alors que j'entends un bruit sourd se propager dans l'air. Je relève la tête, étonnée : on dirait que ça vient des lampadaires... Comment est-ce possible ? En me concentrant j'entends des voix derrière moi, des voix d'hommes si je ne me trompe pas. Je n'entends que des bribes de phrases, quelques mots, mais j'ai l'impression que quelque chose cloche. Curieuse, peut-être un peu trop – appelons ça la déformation professionnelle –, je me retourne et reste bouche bée de stupeur. A quelques mètres de moi à peine, un homme cagoulé pointe une arme à feu sur un jeune homme... Thunder ! Ma bouche s'ouvre encore plus, pourtant mon bon sens m'incite à ne surtout pas attirer l'attention sur moi. Thunder... Je le reconnais malgré la pénombre, il faut dire qu'avec un père aussi connu que le Commander, membre de la Team Alpha de surcroît, il ne passe pas inaperçu.

L'homme armé a une carrure très large, il semble fort et pourtant, il remet son sort entre les mains de ce petit calibre, cette petite machine noire. A en croire le calme du jeune super et le bourdonnement des lampadaires, l'autre en face ferait bien de se méfier. A force de détailler la scène, je me rends compte que l'homme agrippe un sac qui semble bien lourd et pesant... un cambrioleur ? Seul ? Agir seul à Star City, c'est soit être fou soit être fort, il ne m'a pas fallu longtemps pour m'en rendre compte. J'ai très envie de voir la suite, mais je dois me montrer prudente... Au diable la prudence ! Je suis complètement hypnotisée par la tension de ce face-à-face. Je reste donc immobile sur mon banc, complètement retournée vers les deux hommes à présent.

Tutututututuuuuu ♫ Tututuuuu ♪ Tutu...

Mon téléphone, maintenant ! C'est pas vrai, il peut pas se taire celui-là ? Confuse quant à la démarche à suivre, je ne bronche pas et laisse l'appareil entonner gaiement son chant électronique. Qui sait, peut-être que ça déconcentrera le malfrat et que Thunder pourra prendre l'avantage ! En espérant que ce ne soit pas lui qui se laisse distraire... Non, non, il doit avoir l'habitude. Vêtue d'une robe prune, d'un collant noir ainsi que d'un manteau et d'un bonnet de la même couleur, je suis contente de porter des vêtements seyants et discrets... Je me prépare pour ce genre d'occasions, justement !
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Message posté : Ven 22 Nov 2013 - 20:58 Message
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Le cambrioleur, pour sa part, n’avait pas l’air d’être terrifié par le jeune héros. Il n’avait pas reconnu Thunder. Les passants non plus. Beaucoup de héros à Star City et, à moins de leur attacher une attention particulière, il arrivait souvent que les plus jeunes d’entre eux se fondissent dans la masse. Les lumières des lampadaires clignotaient légèrement. Jace était assurément un combattant doué et un coureur hors pair, mais avec son arme, qui le tenait désormais à bonne distance, le cambrioleur se sentait en sécurité. Assez du moins pour réfléchir. Parce qu’il ne savait plus quoi faire, à présent : lui, il volait des bijoux et si sa vie n’était pas exemplaire, il n’avait cependant aucune envie de tirer sur qui que ce fût. Certainement pas sur un type qui ne devait même pas être majeur.

— T’es pas fait pour jouer dans la cour des grands, p’tit. J’te laisse ta chance, vas-y, déguerpis.
— La cour des grands ?

Jace avait haussé un sourcil. À son humble avis, le rapport des forces était exactement inverse à celui que le colosse semblait considérer. Voyant que ses arguments ne faisaient pas bouger d’un pouce son interlocuteur, le malfrat tourna le canon de l’arme vers les deux banquiers. Menacer les civils, c’était en général un excellent moyen de calmer les ardeurs des héros, jeunes ou vieux.

— Dégage, ou j’les descends.

Le portable d’une jeune femme, assise sur un banc, sonna et l’attention du bandit, attirée par la sonnerie, fut bientôt suivie par le canon de son arme.

— J’la bute elle.

Il devait juger qu’une femme jeune et jolie constituerait un argument plus susceptible encore d’influer sur la décision du héros d’un soir. De fait, dès que l’arme s’était détournée de lui, Thunder avait laissé paraître, pendant quelques secondes, une hésitation certaine sur son visage. Il n’était pas sûr d’être assez rapide. Quand bien même, une balle perdue pouvait être extrêmement dangereuse. Il finit par lever les mains et déclarer :

— OK. Très bien. J’abandonne.

La réaction du cambrioleur menaçant les civils lui paraissait somme toute un geste de dernier recours et il était prêt à parier que l’homme n’avait pas prévu ce qu’il ferait ensuite. Confronté à la nécessité d’organiser sa fuite, Thunder comptait bien le voir désarçonné. Le malfaiteur regarda tour à tour Thunder et la jeune femme. Puis, avec un geste du canon, il fit signe au jeune homme de s’approcher à son tour du banc, soucieux de les avoir tous les quatre dans sa ligne de mire. Jace réprima un sourire. Ce qui eût constitué dans d’autres circonstances une sage décision de la part de son opposant devenait, dans son cas, un coup très maladroit.

L’adolescent s’exécuta. Il jeta un bref regard à l’Asiatique et lui adressa un sourire rassurant. Devant eux, le bandit décroissait petit à petit, pour retrouver une taille plus fluette et plus propice à la fuite qu’il allait devoir reprendre. Jace tendit la main vers lui.

— Maintenant, donnez moi votre arme.
— Putain, mais tu vas pas recommencer ! T’as b’soin d’un psy, gamin ! T’es vraiment pas…

L’homme écarquilla les yeux et termina sa phrase dans un murmure.

— …bien.

À côté de lui, le lampadaire le plus proche ne vrombissait plus : il était entouré désormais d’éclairs qui serpentaient autour de lui. Un éclairage de Noël plutôt impressionnant. Passé sa surprise, le cambrioleur n’eut aucun mal à deviner le responsable de ce désagréable miracle et à en comprendre la raison de l’assurance de Jace. Cette fois-ci, toute répugnance morale lui parut superflue et il tira une balle sur son ennemi. Mais la main tendue de Jace s’était relevée et un bouclier électrique s’étendit devant la jeune femme et lui-même, arrêtant la balle avant de se résorber.

Le cambrioleur, lui, avait fait volte-face, mais des arcs électriques sautaient de lampadaire en lampadaire et descendaient jusqu’au sol, formant une prison électrifiée qui l’on n’avait guère envie de franchir. Le parc du Front de Mer pompait bien plus d’énergie, ce soir-là, qu’à son ordinaire — Jace n’avait aucune envie de puiser dans ses réserves personnels quand les vastes stocks électriques du quartier pouvaient amplement suffire à sa démonstration. Lorsque l’homme prit conscience qu’il était piégé, ses épaules s’affaissèrent et il laissa tomber son arme.

Une nouvelle fois, Thunder se retourna vers la jeune femme et articula dans son anglais le plus net, au cas où il eût affaire à une touriste :

— Appelez le 911, s’il vous plaît, Madame.

Puis il désigna les deux banquiers qui hésitaient sans doute à filer en douce du doigt.

— Et vous, si vous voulez bien rester, la police aura sans doute besoin de votre disposition.

Les deux hommes réprimèrent un soupir contrarié, mais il était difficile de refuser quoi que ce fût à un héros. Jace s’approcha de la prison électrique avant d’en traverser un des murs d’éclairs. Un frisson le parcourut alors qu’une énergie électrique étrangère passait à travers son propre corps. Une sensation enivrante — mais dont il se méfiait.

— Pas de geste brusque, ou je vous grille pour de bon.

Les barrières de la prison se dissipèrent et les lampadaires reprirent leur activité ordinaire, tandis que les bras croisés, Jace surveillait, en attendant la police, sa proie du soir.
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Message posté : Dim 24 Nov 2013 - 12:28 Message
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Comme au ralenti, je vois le voleur tourner son arme vers deux civils non loin de là, et c'est comme si mon corps se vidait de son sang. Est-il vraiment prêt à blesser quelqu'un pour pouvoir s'enfuir ? Croit-il vraiment pouvoir échapper au jeune homme ? Fait étrange, j'ai l'impression qu'il ne sait pas à qui il a à faire. C'est vrai qu'il y a beaucoup de supers dans cette ville, mais tout de même... M'enfin, les malfrats s'intéressent sans doute bien peu aux héros de la ville et à leur généalogie. La balle est donc dans le camp de Thunder, qui pourrait bénéficier de l'effet de surprise.

Au moment où j'entends la sonnerie de mon téléphone retentir, je vois l'inconnu braquer son arme sur moi : non seulement il ne se laisse pas distraire, mais en plus je suis dans de beaux draps maintenant ! Mon premier réflexe est de tenter d'émettre une quelconque protestation, mais au moment même où l'idée me vient à l'esprit je m'aperçois de son absurdité et la mets de côté. Je ne suis qu'un pion dans cette histoire... Arrivée au mauvais endroit au mauvais moment, même si une part de moi sait qu'une superbe histoire peut naître de cette prise de risque.

De là où je suis, je dirais que l'adolescent fait mine d'abdiquer... A cause de moi ? Non, c'est trop simple, trop rapide, il doit y avoir autre chose... Après tout, je n'ai pas entendu toute leur conversation distinctement, je ne sais pas si le cambrioleur a exercé son chantage sur autre chose. Le jeune héros m'adresse un regard qui se veut rassurant, alors qu'il me rejoint près du banc sur ordre de son adversaire. Comme s'il n'y avait pas de raison que je m'inquiète, que tout allait bien se finir... Je me demande si c'est la vérité ou si j'aimerais que ça le soit.

Quelques secondes plus tard il demande au malfaiteur de lâcher son arme, et celui-ci semble stupéfié en voyant un lampadaire crépitant d'éclairs. Il a enfin compris... et ça n'a pas l'air de lui plaire. Je sursaute alors qu'une détonation résonne dans l'air, fracas d'une balle apparemment destinée à Thunder mais qui ne lui fait pas plus de mal qu'un pet de mouche. Qu'importe, je suis peu habituée à voir une arme à feu pointée vers quelqu'un et encore moins à entendre la balle partir, et je sens mon cœur battre très fort dans ma poitrine. J'essaie de me reprendre, il faut du courage et du sang-froid ! Après tout je ne suis pas seule, il y a tout près de moi une personne capable de me protéger.

L'homme au sac se retourne comme pour fuir, mais bien vite des arcs électriques se forment de lampadaire en lampadaire pour finalement rejoindre la terre : c'est fini, game over. Il doit avoir la même pensée que moi parce qu'il s'affaisse d'un coup en laissant tomber son arme. Même chamboulée par les évènements, je sens un grand sourire apparaître sur mon visage, un sourire de soulagement. Au même instant le jeune homme se retourne vers moi, et semble faire un effort pour parler distinctement, ce que j'apprécie malgré mon beau niveau d'anglais. Il me faut malgré tout un petit laps de temps pour répondre, comme interrompue au milieu d'un rêve.

« Le 911 ?... Oui, bien sûr... Tout de suite ! »

J'extirpe nerveusement mon cellulaire de mon sac, posé à côté de moi sur le banc, et pianote avec empressement sur l'appareil avant de le porter à mon oreille.

« Allô... ? Oui bonjour, je suis au parc du front de mer, il y a Thunder à côté de moi... Il immobilise quelqu'un, un voleur il me semble... Il a un gros sac... Venez vite s'il-vous-plaît... Mon nom ? Hum oui, bien sûr... Louise Chen. C-H-E-N, oui... On vous attend. »

Le bip électronique marque la fin de l'appel, laissant place au calme et à un silence pesant. Personne n'ose bouger, personne ne parle. Les deux autres civils qui se trouvent dans le parc ont été sommés de rester par le super lui-même, ils se contentent donc d'obéir. Moi aussi je vais devoir raconter ma version des faits à la Police. Je cherche le regard de Thunder, lui montrant du doigt mon portable pour lui faire comprendre que j'ai bien appelé les forces de l'ordre. Dix secondes me sont nécessaires pour réaliser que les arcs électriques ont disparu, et que le malfaiteur reste immobile uniquement parce que son adversaire se montre persuasif. Il sait à qui il s'est mesuré, il sait sans doute qu'il a perdu.

J'entends les sirènes au loin qui se rapprochent, peu à peu. Une voiture de police, puis deux. Je me lève du banc en prenant soin de ne pas oublier mon sac, dans lequel se trouvent mes papiers d'identité ainsi que ma carte de séjour me permettant de résider sur le territoire américain. Je me dirige vers l'entrée du parc, à côté de la route, alors que je vois les sirènes s'immobiliser à notre niveau. Cinq policiers accourent dans les allées : ils ne mettent pas longtemps à repérer les deux protagonistes et se dirigent dans leur direction. Supposant qu'ils en auraient pour un petit moment, je me rapproche des deux autres personnes avec un sourire peu assuré, attendant qu'ils viennent prendre nos dépositions.
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Message posté : Dim 24 Nov 2013 - 13:18 Message
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Pour un adolescent de dix-sept ans, Jace paraissait plutôt sûr de lui : c’était que là, enfin, il se trouvait dans son élément. Il ne songeait plus à son sac de cours et à sa vie à peu près normale abandonnés en un instant devant la vitrine d’un disquaire du centre-ville et, au milieu du parc, protégeant trois civils, dominant de son regard assuré un malfrat qui n’avait pas eu de chance, il était Thunder et il n’avait pas besoin de cape pour se draper d’héroïsme : il avait cela dans le sang.

La présence des civils, maintenant, était un plaisir. Une sorte de récompense. Jace avait besoin de sentir leur silencieuse approbation et leur soulagement. Un peu narcissique, sans aucun doute, mais ce que ces réactions apportaient à son orgueil ne faisait pas croître une quelconque prétention. Elles venaient au contraire panser les blessures pas si lointaines que cela des premières années de son adolescence. La crainte de ne pas être à la hauteur de sa tâche. De ne pas être un super-héros, ou le bon super-héros, en tout cas.

Les policiers ne tardèrent pas à arriver. Succinctement, Jace résuma la situation : il avait l’habitude de condenser efficacement les histoires, depuis qu’il était leader de la Team Alpha et, contrairement à nombre de super-héros un peu trop turbulents de la ville, il entretenait d’excellents rapports avec les forces de l’ordre, particulièrement depuis qu’il avait pu passer une semaine auprès d’Ash Burton, au sein de la SCPD. Après avoir recommandé aux policiers de se méfier de la taille variable de leur suspect, il les observa emmener le criminel, puis accompagna les deux agents qui restaient auprès des trois civils.

Une déposition détaillée était superflue tant que les témoins corroboraient les dires d’un super-héros reconnu et respecté, dont on ne remettait guère la parole en doute. Ce fut surtout pour le procès futur que les agents relevèrent scrupuleusement les identités et les adresses des trois témoins, avant de consigner leurs versions de l’histoire et de leur recommander de prévenir le commissariat, si d’aventure ils venaient à déménager dans les prochaines semaines. Le procès n’aurait sans doute pas lieu, cela dit : il était probable que le criminel plaiderait coupable, pour s’épargner une peine trop pesante, quitte à ajouter quelques complices au marché.

Une fois les agents partis, les deux banquiers ne tardèrent, après des remerciements rapides et finalement assez peu concernés, à fausser compagnie, comme deux personnes que l’on avait retardées avec des futilités et qui avaient bien mieux à faire que d’observer une nouvelle scène houleuse de la vie quotidienne à Star City. Jace les regarda avec un haussement de sourcils, un peu incrédule. Un peu blessé, aussi, sans se l’avouer, de cette indélicatesse, qui le privait de sa dose de reconnaissance. Mais il finit par hausser les épaules et par se retourner vers l’inconnue.

— Je m’appelle Jace, au fait. Enfin, Thunder, sinon, mais Jace, c’est très bien.

Contrairement à de nombreux super-héros de la ville, Jace ne cultivait pas de seconde identité : il n’avait jamais connu que la Légion et sa vie avait une fâcheuse tendance à se résumer à ses activités héroïques, aux exploits, aux entraînements, aux cours. C’était à peine si Jace Roberts n’était pas devenue l’identité d’emprunt de Thunder.

— Je vous remercie pour votre aide, en tout cas. C’est grâce à vous si nous avons pu l’arrêter.

En bon leader d’équipe, Jace savait félicité tous les acteurs d’une opération et abandonner la première personne dès qu’il pouvait étendre son mérite à une collectivité soudée dans le même effort pour protéger la ville. Après tout, Louise n’avait-elle pas fait preuve d’un parfait sang-froid dans une situation où d’autres eussent aussitôt paniqué ? Une pareille maîtrise de soi méritait d’être soulignée, même s’il était possible qu’elle naquît de pouvoirs quelconques grâce auxquelles la jeune femme eût peut-être capable de se protéger sans difficulté.

Jace esquissa un sourire.

— Bon, d’habitude, j’suis un p’tit mieux préparé, hein.

Il fallait avouer qu’il n’était pas ressorti indemne du combat. Il s’en rendait compte à présent : entre la course poursuite et les quelques coups échangés, il en était ressorti avec un tee-shirt un peu déchiré sur le flanc, un pantalon couvert de terre et des cheveux blonds en bataille. Ce fut alors qu’il se rendit compte que…

— Merde…

Il rougit.

— J’veux dire, zut. J’ai laissé mon sac là-bas.

Il montra le centre-ville, au-delà du parc. En quelques secondes, après le départ des agents, Thunder était redevenu Jace. Un adolescent qui tenait à son apparence, un peu, et à ses affaires, beaucoup. Il y avait son portefeuille, ses papiers d’identité, ses notes de cours, dans ce fameux sac. Il espérait qu’un passant secourable, en assistant à la scène de la bijouterie, eût mis ses affaires en sécurité. Secouant la tête, il proposa tout de même :

— ‘Fin, c’pas important. J’peux vous raccompagner chez vous, si vous vous sentez pas en sécurité.

La mission d’un vrai super-héros ne s’arrêtait pas au combat : il fallait protéger les citoyens. Et Jace prenait sa mission très à cœur. Ce qui ne l’empêchait pas d’essayer (vainement) de se recoiffer.
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Message posté : Lun 25 Nov 2013 - 19:36 Message
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Mes deux compagnons se révélant peu bavards, et ne sachant trop que dire moi-même, je me contente d'observer de loin l'adolescent parler aux policiers. A le voir ainsi, sûr de lui et professionnel, on le dirait déjà adulte. D'ailleurs je ne sais pas quel âge il a... En pleine devinette, l'arrivée de deux policiers me sort de ma rêverie. Il y en a un mince, grand, et un autre qui semble être plus âgé, sans doute un policier expérimenté. Ils nous demandent notre version des faits, les uns venant appuyer les dires des autres au fur et à mesure que nous racontons ce à quoi nous avons assisté. Quand ils s'aperçoivent que tous ont la même version, ils ne tardent pas à raccourcir l'interrogatoire pour ne se concentrer que sur les points essentiels ; ils sont d'ailleurs vite rejoints par le super qui a fini lui aussi sa déposition. Je vois les agents emmener le malfaiteur dans une voiture de police, et les deux policiers ne tardent pas à les rejoindre après nous avoir donné les recommandations d'usage et nous avoir souhaité une bonne soirée.

Les deux autres civils, des hommes de bureau je suppose en voyant les petites mallettes pendues le long de leur bras, remercient encore une fois le super avant de s'éclipser, ayant visiblement mieux à faire ailleurs. Devrais-je moi aussi partir ? C'est plus fort que moi, j'ai envie de rester et profiter de cette occasion rare de discuter un peu avec ce jeune homme hors du commun. Il doit avoir déjà tellement de vécu, tellement d'histoires à raconter ! Je quitte les deux hommes du regard pour reporter mon attention sur l'adolescent : je le vois faire une moue étonnée, les yeux fixés sur les civils qui s'éloignent. C'est vrai que ça n'a pas l'air de vraiment les affecter... Moi je suis nouvelle par ici alors forcément, tout est nouveau pour moi, et si être témoin de l'arrestation d'un cambrioleur par un super-héros fait partie du quotidien pour les habitants de cette ville, ça ne fait pas encore partie du mien. J'espère ne jamais m'y habituer en fait, parce que sinon je risquerais de perdre cette petite étincelle que j'introduis dans chacun de mes récits. Il faut que ce soit beau, neuf, vivant à chaque fois pour que mes livres aient du succès. Les lecteurs veulent voyager, pas s'ennuyer ! Et je commence à comprendre qu'à Star City il se passe toujours quelque chose.

J'adresse un sourire à Thunder alors qu'il se retourne vers moi. Je m'intéresse aux supers, cependant je ne savais pas qu'il s'appelait Jace, c'est un joli nom. Américain je suppose, je n'en ai jamais croisé en France. D'ailleurs à bien y réfléchir la prononciation française donnerait un rendu plus que moyen, de mon point de vue. Quoi qu'il en soit, l'heure des présentations officielles est venue et je lui tends une main engageante.

« Enchantée Jace, moi c'est Louise. Félicitations pour cette arrestation, c'était spectaculaire ! »

Quitte à passer pour une touriste, j'ai du mal à cacher mon enthousiasme. En plus je trouve que mon anglais n'est pas trop mal, alors je suis plutôt contente de pouvoir me faire comprendre. Jace, puisque c'est ainsi que Thunder se nomme dans la vie de tous les jours, me félicite à son tour pour cette interpellation, ce qui m'étonne et me fait rire.

« Je n'y suis pour rien, au contraire ! J'ai cru que je me liquéfiais quand ce fichu téléphone s'est mis à sonner... Heureusement que vous aviez la situation sous votre contrôle, sinon ça aurait vraiment pu mal finir. Moi je suis une citoyenne tout ce qu'il y a de plus ordinaire, je vote, je paye mes impôts, je fais ce qui est à ma portée, mais arrêter les bandits c'est pas dans mes cordes ! D'ailleurs, je ne vous ai pas encore remercié de m'avoir protégée, tout à l'heure... C'était très courageux. Merci. »

Je le regarde en prononçant ces mots pour lui montrer que je pense chaque syllabe. D'accord, c'est excitant et intéressant d'assister à ce genre de scène mais il ne faut pas oublier que ça aurait pu mal se terminer si Jace n'avait pas été là. Qui sait, le voleur aurait pu être pris de panique et commencer à tirer... L'adolescent fait allusion à son accoutrement et c'est là que je m'aperçois que ses vêtements ont pris cher, même s'il semble indemne. La femme du Commander doit avoir un véritable atelier de blanchisserie et de couture pour faire face à cette super-famille ! Enfin, couture ou pas, ce tee-shirt semble bon à jeter. Je souris en essayant de ne pas rire quand le jeune homme s'excuse d'avoir dit un gros mot ; après tout il reste en partie un jeune comme les autres, et ce n'est pas un juron de temps en temps qui va le tuer. Je pense qu'il doit relâcher la pression de temps en temps, parce qu'on doit attendre beaucoup de lui. Quelque part, je suis contente de ne pas être à sa place ! Et il est temps maintenant de penser un peu à lui.

« C'est quand même important que vous puissiez récupérer vos affaires, qui sait qui peut tomber dessus, il vaut mieux être prudent et les récupérer le plus tôt possible. On peut y aller ensemble si vous voulez ? J'ai pas peur mais je venais ici pour trouver l'inspiration, et je pense que vous êtes bien plus intéressant en la matière ! »

Franche de nature, je n'hésite pas à lui livrer le fond de ma pensée. Je suis totalement désintéressée, je ne cherche pas à me montrer lourde, je suis tout simplement curieuse et j'aime entendre les autres raconter leur vie. Plutôt normal, pour un écrivain ! Et puis il doit trouver ça normal, qu'on s'intéresse à lui. Enfin comme toute personne curieuse, j'ai l'habitude de me faire rembarrer quand je dépasse les limites et je ne me vexe pas facilement. J'attends donc sa réaction, essayant d'engager la conversation.

« Vous aviez l'air très pro avec les agents de police tout à l'heure, ça vous arrive souvent de vous retrouver dans de telles situations ? »
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Message posté : Lun 25 Nov 2013 - 23:42 Message
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Il était aisé de comprendre que les compliments faisaient plaisir à Jace. Après la déception provoquée par la réaction presque ennuyée des deux banquiers, l’admiration authentique de la jeune femme lui faisait chaud au cœur. Le jeune homme savait bien, au fond de lui, qu’un véritable super-héros aurait dû être, sans doute, indifférent à sa propre image et à la reconnaissance de ceux qu’il protégeait, pour se satisfaire uniquement du devoir accompli. Son professeur de philosophie avait vaguement expliqué quelque chose là-dessus, après de Kant et de la métaphysique des mœurs mais, comme d’habitude, Jace n’avait pas vraiment écouté. Lui, il aimait bien cela, les compliments. Pas forcément qu’on érigeât des statues à sa gloire, mais juste, un peu, de temps en temps, que quelqu’un lui dît : « c’est bien ».

Il tenta tout de même de réprimer le sourire qui menaçait de lui grimper jusqu’aux oreilles et haussa les épaules d’un air faussement modeste. N’empêche, il se sentait important et si Louise lui avait demandé de laver ses vitres en prétextant ne pas avoir la force, nul doute que Jace, motivé par l’admiration de la demoiselle, se fût exécuté sans broncher, et même avec enthousiasme. Heureusement pour lui, la jeune femme ne nourrissait pas d’aussi noirs desseins ménagers et, quand elle proposa de le raccompagner jusqu’à son sac, il répondit sans hésiter :

— Ah ouais, cool ! Je veux, je veux bien, c’est gentil. Merci. C’est par là.

Il se mit en marche, dans les allées du parc, sans vraiment se presser, histoire de récupérer de la course poursuite, de la bagarre et de ses pouvoirs. Il avait l’habitude de ce genre d’interventions, certes, et il était solidement entraîné, mais s’il pouvait profiter de la marche pour récupérer un peu ses forces, ce n’était pas de refus. Et puis, comme Louise avait l’air curieuse et que lui-même était toujours prêt pour bavarder, il supposait que cela ne dérangerait pas la jeune femme.

Il hocha la tête.

— C’est un peu mon métier, en fait. Enfin non, mon métier, à côté du lycée…

Parce qu’il était toujours au lycée, le super-héros.

— …c’est coursier, pour Charlie Lane, vous savez, la célèbre avocate.

Il supposait que Louise, dont il avait certes repéré le net accent français, avait entendu parler de Charlie, l’une des célébrités de premier plan à Star City, dont le nom apparaissait souvent dans les journaux, seul ou, parfois, avec celui de Chase Neutron-Grey.

— Alors, disons, c’est plutôt ma mission. Je suis le leader de la Team Alpha, vous savez, au sein de la Légion des Étoiles.

Sans s’en rendre compte, Jace utilisait ses vous savez comme pour s’assurer qu’il n’était pas un parfait inconnu. Il craignait parfois d’être entièrement éclipsé par la réputation de son père et, s’il n’était pas un complexe narcissique, il aimait croire que petit à petit, la Team Alpha et lui-même se faisaient un nom.

— Donc, voilà, on arrête souvent des criminels, avec mon équipe. Généralement, c’est un peu mieux organisé que cela, ceci dit. Là, j’ai été un peu pris par surprise. D’habitude, j’ai un costume et tout, enfin plutôt une combinaison, quelque chose d’un peu classe, quoi, c’est une question d’image de marque.

C’était aussi une question d’isolation électrique, dans son cas. Mais il était vrai que contrairement à certains super-héros, il ne cachait pas son identité civile.

— Bon, là, le type, heureusement, il avait pas l’air très malin, quand même. C’était probablement un junkie qui cherchait de l’argent facile pour s’acheter sa dose et qui n’avait pas les idées très nettes, parce que pour faire un truc pareil, à une heure de pointe, dans une ville comme celle-ci, il faut être un peu dérangé.

Hélas, à Star City, des gens un peu dérangés, ce n’était pas ce qui manquait. Les deux jeunes gens avaient quitté le parc, traversé un passage piéton et ils se retrouvaient désormais dans la foule agitée de l’une des grandes avenues, à l’heure où les gens rentraient au travail, plutôt pressés de regagner leur domicile. Jace se rapprocha de Louise, pour ne pas être séparée de son interlocutrice par des passants un peu trop rapides.

— Enfin voilà. Généralement, les éclairs tout ça, ça marche bien, d’abord parce que l’effet est psychologique. Je veux dire, c’est pas un pouvoir trop ambigu. Les gens voient ça, ils comprennent très bien ce qui risque de leur arriver et ça les calme tout de suite.

Au fil des missions, Jace commençait à prendre de plus en plus en compte cet effet indirect, immatériel, de ses pouvoirs : il avait compris qu’un certain sens de la mise en scène était parfois beaucoup plus efficace qu’un coup bien placé.

— Et donc, vous, vous cherchez de l’inspiration pour quoi ? Vous êtes musicienne ? Ou euh… Réalisatrice ?

Écrivaine, ce n’était pas forcément l’idée qui lui venait en premier lieu. Pour Jace, les écrivains étaient des gens barbus et vieux, représentés en gravures mal reproduites sur les éditions scolaires qu’il achetait pour les cours.
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Message posté : Mer 27 Nov 2013 - 11:53 Message
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Jace a l'air ravi de ma proposition, nous commençons donc à marcher côte à côte d'un pas tranquille. Après toutes ces émotions, pouvoir prendre son temps est un réel plaisir, cela nous permet de reprendre nos esprits et de nous ancrer à nouveau dans un rythme de vie modéré. Je suis le jeune homme qui connaît apparemment la direction à prendre : d'aucuns auraient pu oublier le chemin emprunté à l'aller dans le feu de l'action, mais Jace semble connaître Star City... peut-être a-t-il toujours habité ici ?

Je hoche la tête au fur et à mesure que l'adolescent me livre ce qui fait sa vie, en tant que super-héros bien sûr mais aussi en tant que jeune garçon. Lycéen, super-héros et coursier... Ça, pour sûr, il ne doit pas avoir le temps de s'ennuyer ! Dire que quand j'étais lycéenne, je passais le plus clair de mon temps à étudier... Son emploi du temps doit lui demander une sacrée organisation. Je sens que quand je parlais de pression quelques minutes plus tôt, je ne me suis pas trompée. Heureusement cette vie doit aussi avoir de bons côtés, en tout cas il est rare d'être aussi altruiste surtout à son âge, et ça fait déjà de lui quelqu'un à part.

Ses références me demandent quelques instants de réflexion : Charlie Lane, oui, il me semble avoir vu son nom dans les journaux... Il est important pour moi de toujours suivre les actualités, non seulement pour ma vie professionnelle afin de voir où se passe l'action, mais aussi du point de vue personnel pour m'ancrer dans ce nouveau pays d'accueil. La Team Alpha en revanche, je connais bien ! Ça ne m'étonne pas qu'il en fasse partie, et quelque part c'est rassurant de savoir qu'au niveau des supers la relève est assurée. Je lui souris pour lui montrer que je comprends de quoi il veut parler, pour me mettre à rire lorsqu'il parle d' « image de marque ».

« A vous entendre, on vous croirait presque homme d'affaires ! C'est drôle dit comme ça mais je comprends ce que vous voulez expliquer, vous voir toujours avec le même costume permet de vous reconnaître au premier coup d’œil. »

D'ailleurs, il me semble déjà avoir vu Thunder en habit d'apparat, je ne saurais dire si c'était lors d'une recherche sur Internet ou en lisant les journaux. Il confirme ma première pensée concernant le cambrioleur, à savoir qu'il devait être un peu dérangé pour agir seul dans cette ville. De nombreux employés affluent à présent dans la rue, nous obligeant à nous rapprocher pour pouvoir nous entendre. Ce que dit Jace m'intéresse, il est vrai que l'aspect psychologique n'est absolument pas à négliger dans un face à face et cela mérite d'être approfondi. En tant que témoin, ce genre d'intervention spectaculaire est impressionnant, mais dans la peau du malfrat ça ne doit pas être bien différent, le jeune homme doit être très mature pour avoir un point de vue aussi complet, peut-être a-t-il eu des cours à ce sujet... J'essaie de masquer ma fierté quand Jace me questionne sur mon métier.

« Je suis écrivain, en fait. Je m'inspire des évènements de la vie réelle pour en faire les histoires de mes livres. J'écris des livres pour enfants, des romans et des nouvelles. Je trouve ça important de partager ma vision du monde et d'ouvrir les esprits des lecteurs par la même occasion. Les faire voyager, connaître autre chose que leur quotidien. Un peu comme une bouffée d'air, vous voyez ce que je veux dire ? »

Écrire a toujours été mon rêve, depuis que j'écoutais les histoires de mon père, assise sur ses genoux. L'effet est indescriptible, c'est comme un transfert d'énergie entre deux personnes, un vrai partage. A discuter ainsi avec Jace on dirait presque une journaliste, en vérité la démarche est sensiblement la même.

« En tout cas vous semblez maîtriser les différents aspects d'une confrontation avec un adversaire, est-ce que vous avez des cours à ce sujet ? Votre père a sans doute dû vous apprendre beaucoup aussi, n'est-ce pas ? »

Et dire qu'un jour, le Commander prendra sa retraite et l'adolescent qui se trouve face à moi prendra sa succession dans le monde en tant que super-héros « achevé »... En plusieurs points, il a déjà les caractéristiques d'un adulte, mais je pense que se retrouver face à de sombres individus donne parfois des leçons de vie.
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Message posté : Mer 27 Nov 2013 - 14:50 Message
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Jace hocha la tête. Jamais il n’avait beaucoup rêvé au costume et le sien avait été conçu d’abord avec un souci pratique : il fallait conserver des outils de communication électroniques pleinement fonctionnels alors même que son pouvoir avait tendance à détraquer les appareils qui se trouvaient près de lui. Le jeune homme avait insisté pour faire le choix de la sobriété et il était généralement peu sensible à l’effet élégant d’une cape qui flottait au vent. C’était d’abord en sportif et en combattant qu’il avait envisagé les choses et ses suggestions avaient eu pour effet d’ôter petit à petit au costume tout ce qu’il pouvait avoir de réellement distinctif.

Mais depuis, il avait appris à voir au-delà. Il avait compris que le rôle des super-héros ne s’arrêtait pas aux criminels et aux invasions et qu’il y avait tout un domaine médiatique qu’il importait de ne pas négliger. Son père ne lui en avait jamais beaucoup parlé : le Commander n’avait pas lui-même le tempérament propice aux relations publiques. Mais à Star High, puis en tant que leader de la Team Alpha, Jace avait compris que les gens avaient besoin de l’identifier, de lui donner une personnalité, de se fonder sur quelque chose de solide. Il avait même intégré cet aspect à l’excès, au point de se tailler un rôle un peu trop étroit, qui ne correspondait pas entièrement à sa personnalité réelle.

— C’t’un peu comme la police de proximité, vous voyez. Les gens ont pas forcément des pistolets et c’est pas sûr qu’ils puissent faire grand-chose, mais les voir dans le quartier, sentir qu’ils sont accessibles, les reconnaître, ça rassure la population. C’est pareil avec les héros, il faut une image à laquelle tout le monde puisse… J’dirais pas s’identifier, mais v’voyez… Projeter des valeurs, un truc comme ça.

Autant dire que pour un adolescent qui n’était probablement pas toujours être sage comme une image, ces exigences médiatiques devaient être parfois bien lourdes à porter. Mais Jace trouva dans la description que Louise proposait de son propre métier de nouvelles raisons pour appuyer sa démonstration, que la bouffée d’air évoquée par son interlocutrice pouvait aussi la conduire à bousculer les valeurs qu’il s’obstinait à incarner, parfois à contrecœur.

— Bah voilà, on fait un peu la même chose. Moi aussi, j’dois créer une histoire autour d’un héros, d’une équipe, d’une mission. Ça s’appelle, euh… Les profs en parlaient, un peu…

Mais les professeurs, il ne les écoutait pas toujours.

— Du storytelling. Voilà. Même si moi, j’suis pas forcément super doué.

Les arts, de manière générale, n’étaient pas vraiment son domaine de prédilection : Jace manque de sens esthétique et, d’une certaine manière, de l’imagination romanesque qui lui eût permis de comprendre profondément les rêves d’évasion dont parlait Louise. Il ne chercha du reste pas à s’en cacher.

— Enfin, vous, évidemment, ça doit être à un tout autre niveau. Ça fait bizarre, quand même. Je veux dire, les écrivains qu’on voit en cours d’anglais, ils sont tous morts depuis longtemps. Genre, Shakespeare, Dickens, des gars comme ça.

Rien à voir de fait avec une femme asiatique française d’une vingtaine d’années. De temps à autre, il entendait bien parler d’un écrivain contemporaine ou d’une écrivaine, mais le gros du cortège était composé d’hommes blancs morts et bourgeois. L’une des multiples raisons pour lesquelles le cours de littérature anglaise laissait Jace un peu froid. Il avait l’impression que la littérature ne parlait que de choses figées, révolues et très localisées, loin de sa propre curiosité cosmopolite et de son envie d’une discussion générale, vivante et informelle.

La conversation roula sur l’enseignement qu’il recevait. Il hocha la tête.

— Y a des cours, oui. Pratiques, et puis théoriques. Mais c’est mon père qui m’a entrainé, surtout, au début. J’ai toujours voulu faire ça, en fait. C’est une tradition familiale, un peu, on peut dire.

Et il avait l’air ravi de la perpétuer, pas du tout comme ces enfants qui reprenaient le commerce de leurs parents par nécessité plutôt que par vocation. Jace se sentait né pour être un super-héros et il était prêt à fournir un travail acharné pour se hisser, un jour peut-être, à la hauteur du Commander et du Corbeau, ses deux références en la matière.

En parlant, ils étaient finalement arrivés en face du disquaire. Jace regarda de tous côtés et, évidemment, son sac avait disparu.

— J’reviens.

Le jeune héros pénétra dans le magasin et, par dessus le comptoir, le gérant lui tendit un sac à dos. Jace échangea quelques mots, signa un autographe et ressortit — il avait l’air d’osciller perpétuellement entre sa vie d’adolescent qui se promenait après les cours et son rôle de super-héros que l’on reconnaissait et qui entretenait sa réputation. L’éclair doré qui courait sur son sac à dos noir en était l’illustration frappante, entre la personnalité habituelle du sac de cours et la marque d’un authentique héros.

— Mais alors, vous d’vez écrire, j’sais pas, en français, non ? À votre accent, j’dirais qu’c’est votre langue natale. Comment vous faites ici ? Vous êtes là juste pour le tourisme, ou bien… ?

En fait, il n’avait aucune idée de comment se passait, concrètement, la vie d’un écrivain. Plein d’un imaginaire vague, il était persuadé que les écrivains marchaient dans la forêt en quête de l’inspiration, avant de coucher dans un grand élan poétique quelques vers sur un papier épais.
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Message posté : Ven 29 Nov 2013 - 21:02 Message
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Je ne peux m'empêcher de penser que Jace est peut-être un peu trop humble. Après tout, Thunder et la team Alpha sont quand même connus, médiatisés, admirés, ne serait-ce qu'au sein même de Star City, leur berceau. La population croit en eux, j'ai pu sentir cette atmosphère à mon arrivée ici. Sa réflexion me fait rire.

« Eh bien je vous rassure tout de suite, je suis bel et bien vivante ! Les auteurs étudiés en cours sont pour la plupart des écrivains dits classiques, qui représentent bien les courants de leur époque et qui ont participé à la littérature telle que nous la connaissons aujourd'hui... Mais dans les épreuves littéraires il y a parfois aussi des textes contemporains, je vous rassure. Le tout est de savoir mélanger les deux pour pouvoir avoir un peu de culture, enfin pour ceux que ça intéresse. »

Parce que justement, je ne suis pas sûre que ça l'intéresse. Si on me lance sur le sujet je pourrais parler sans doute pendant des heures, mais le but c'est surtout d'écouter et non pas de faire la conversation toute seule. Je pense qu'il est juste un peu curieux de ce milieu qui lui est plus ou moins étranger, sans vouloir une thèse complète sur le sujet. Je le questionne donc sur ses cours, et ne suis pas surprise en apprenant qu'il s'agit en quelque sorte d'une tradition familiale. Avec le Commander en tant que père, comment faire autrement ? Mon regard se pose sur le jeune homme : je ne le connais pas mais je pourrais me risquer à dire qu'il aime ce qu'il fait. Je ne pense pas qu'il agisse simplement par devoir... Enfin, il a dû grandir avec l'idée dès tout petit de devenir un super-héros comme son père, mais cela peut être mélangé avec sa propre volonté d'exploiter ses capacités hors du commun pour faire le bien.

Les pas de Jace s'arrêtent devant une petite boutique, de musique à en juger la devanture colorée présentant les derniers titres à la mode. Il semble chercher quelque chose des yeux, en vain, et je suppose que c'est dans les alentours qu'il a dû abandonner ses affaires pour se lancer à la poursuite du cambrioleur ; d'ailleurs j'aperçois encore une voiture de police devant une banque tout près de là où je me trouve, sûrement l'établissement victime des méfaits de l'homme au sac. Je l'attends patiemment dehors alors qu'il va parler au gérant du magasin, observant le ciel de plus en plus sombre dans lequel je peux déjà apercevoir quelques étoiles. Cette vision d'un paysage immense se perdant dans l'horizon, me remplit de calme et c'est apaisée que je baisse mon regard vers le jeune homme qui s'avance vers moi triomphant, un sac à dos noir sur l'épaule. Je lui souris gentiment : c'est bien qu'il ait pu retrouver ses affaires sans encombre. La soirée a déjà été suffisamment mouvementée... Il continue la discussion, mais je tiens quand même à voir s'il a pensé à bien vérifier le contenu de son sac avant que nous nous remettions en route.

« {color=purple]Vous avez pu tout récupérer ? Si toutes vos affaires sont dans votre sac, et qu'on ne vous a rien volé, c'est déjà un souci en moins. Un peu de repos ce soir ne vous fera pas de mal je pense ![/color] »

Je marque une pause, avant de répondre à ses questions toujours immobile sur le trottoir.

« Vous m'avez démasquée... Je suis effectivement française. Je suis déjà venue dans cette ville en tant que touriste, mais elle me fascine complètement je dois dire. J'ai donc tout fait pour m'installer ici, malgré mes ressources limitées. J'occupe une petite chambre dans Kane Street, si vous voulez on peut marcher jusque là-bas ? »

Je lui offre mon plus beau sourire de circonstance, le genre qui dit qu'un peu de marche à deux ça pourrait être agréable. Après tout on bavarde bien, et j'ai encore pleins de questions dans ma tête même si je ne veux pas être impolie en le harcelant. Il a bien mérité un peu de repos, il faut donc que je me tempère. Et puis pour tout dire, je commence à être fatiguée, je ne suis pas une fêtarde et cette petite balade me convient très bien.

« Et vous Jace... Est-ce que vous avez toujours vécu à Star City ? »

Je me demande ce que ça doit faire, de ne rien connaître d'autre... Cette ville est grande, plutôt mouvementée, avec tellement de célébrités dans tous les domaines. On ne doit jamais s'ennuyer, mais pour avoir une vision d'ensemble il est des fois nécessaire de connaître plusieurs milieux.
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Message posté : Sam 30 Nov 2013 - 16:53 Message
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À la suggestion de Louise, Jace ouvrit son sac et se mit à fouiller dedans, pour s’assurer que rien ne manquait. De toute évidence, l’adolescent n’était pas exactement un exemple d’ordre, parce qu’il lui fallût un peu de temps pour venir à bout du contenu chaotique de son sac à dos. Il finit tout de même par relever les yeux et hocher la tête, presque sagement, comme si Louise avait été sa mère qui lui eût demandé, avant de partir en cours, s’il n’avait rien oublié. Il referma son sac, le jeta sur l’une de ses épaules et répondit avec un sourire à la proposition de son interlocutrice.

— Bien sûr, je vous raccompagne. C’est par là.

Il indiqua la direction, des fois que la nouvelle arrivée ne fût pas encore très au point sur l’orientation urbaine. Star City était une grande ville que les affrontements ponctuels entre héros et vilains transformaient parfois en champ de bataille : entre les rues fermées pour travaux après telle ou telle explosion, les boutiques qui changeaient de propriétaire, les zones tout simplement interdites ou les illusions de grande envergure de Quirk et consorts, il fallait une certaine familiarité avec l’architecture changeante de cet univers instable pour parvenir à s’y repérer.

Alors qu’ils se mettaient en marche, Jace reprit le fil de la conversation.

— C’qu’est bien, dans les grandes villes comme ici, c’est qu’il y a des quartiers un peu pour tous les budgets, mais le danger, évidemment, c’est que les politiques publiques délaissent telle ou telle zone moins favorisée, comme ça se passe un peu pour le District Est. Y a bien eu des tentatives pour faire des quartiers mixtes ou encourager l’accès à la propriété, vous voyez, ce genre de choses, mais ça ne marche pas super bien.

Jace s’intéressait à la politique. Enfin, il avait ses idées, des idées parfois très, très progressistes au regard du climat politique ambiant des États-Unis, et il essayait de comprendre comment elles s’articulaient aux décisions prises, aux moyens qui existaient et aux impossibilités. Mais il manquait de temps pour transformer cet intérêt-là en véritable passion ou, tout simplement, en engagement militant. Alors, la plupart du temps, il se contentait de s’informer et de réfléchir, de discuter un peu sur Internet ou avec ses camarades. Il n’était ainsi par rare que tel problème de société, a priori aussi peu séduisant que les politiques urbaines municipales, se fît une place dans sa conversation.

Le jeune homme hocha une nouvelle fois la tête quand son interlocutrice l’interrogea sur ses origines.

— Mes parents se sont installés ici avant ma naissance, oui. Du coup, c’est ici que je suis né et puis, j’y ai toujours vécu, comme c’est le siège de la Légion, plus ou moins. J’ai pas eu tellement l’occasion de voyager, et je suppose que c’est pas tellement impossible, avec la vie de super-héros, enfin pas à mon âge. Il faut bien que je participe à la protection de la ville.

Pour la première fois, son statut avait l’air de lui peser comme une véritable contrainte. Curieux d’ailleurs, Jace fût volontiers parti pour quelques semaines, pendant les étés, découvrir d’autres cultures, mais ses responsabilités l’attachaient à Star City et il n’imaginait pas de prendre des vacances en toute insouciance, dans un autre pays. Avec l’air de faire contre mauvaise fortune bon cœur, il poursuivit :

— Mais c’est bien quand même. Il y a vraiment de gens de toutes origines, ici. C’est un euphémisme.

Il s’interrompit, un peu surpris. « Euphémisme », ce n’était pas son vocabulaire habituel. Mais depuis quelques temps, il retenait beaucoup mieux les termes un peu techniques que son professeur d’anglais avait longtemps désespéré de jamais lui apprendre.

— Euh… Ouais. Donc du coup, si on discute un peu, on découvre quand même pas mal de choses. Et puis, vivre dans l’étrangeté, j’sais pas, ça reproche. Mais quand même, j’aimerais bien. Genre, la France, je suis jamais allé. Vous v’nez d’où ? J’connais Paris, évidemment, et euh…

Il se concentra pour articuler avec un accent malgré tout très américain :

— Bordeaux. Ça c’est pour le vin. Et hm… La Normandie.

À cause du débarquement des soldats américains.

— Et la ville, là bas, où on fait le truc bizarre avec les poissons. Marseille ?

En dehors de cela, il avait sans doute dû entendre parfois d’autres noms de villes françaises, mais il les avait tous oubliés. Il était déjà content de ne pas s’arrêter à la capitale et de savoir où situer précisément la France : un bon point. Il n’eût pas été aussi à l’aise avec toute la géographie européenne, mais il lui arrivait assez souvent de rêver devant des cartes pour être capable de situer la plupart des pays.

— C’est comment, alors ?

Vaste question.

— Je sais pas… Est-ce qu’il y a vraiment plein de fromages différents ? Est-ce que les gens ils font tout le temps la grève ? Est-ce que c’est vrai que tout est toujours payé par l’État ? Est-ce que… Hm… Il y a des cours de gastronomie dans les écoles ? Ou de mode ?

Au moins, il ne demandait pas si les rues étaient peuplées de moustachus qui transportaient des baguettes, le béret vissé sur la tête.
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Message posté : Ven 6 Déc 2013 - 19:16 Message
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Jace semble être un savant mélange d'adolescent et d'homme. A en voir l'état de son sac à dos et de son contenu, on se rapproche beaucoup du lycéen lambda bordélique. Par contre, l'attention qu'il porte aux autres et sa maturité démontrent son passage vers l'âge adulte. En effet, il prend la peine de m'indiquer la direction à suivre et vu mon sens de l'orientation, je n'aurais pas forcément été capable de retrouver mon chemin jusqu'au parc. Peut-être même existe-t-il un autre itinéraire à partir du magasin de musique... Quand il se met en route, j'adapte automatiquement mon pas au sien pour rester à sa hauteur tout en suivant sa direction. L'air de la nuit se refroidit, et je croise mes bras autour de ma poitrine pour conserver un peu de chaleur en écoutant le jeune homme me parler de l'organisation urbaine de Star City. Nouvelle ici, je n'ai pas encore eu le temps de me familiariser avec les différents quartiers et leur histoire, mais je me promets de le faire dès que possible : visiter des quartiers différents c'est rencontrer des personnes différentes, et obtenir des témoignages variés !

« Et pourquoi le quartier Est en particulier ? C'est vrai que la politique urbaine d'une grande ville peut être très complexe à gérer. »

Ce problème est aussi avéré en France malgré plusieurs tentatives pour le parer, pour décloisonner certains quartiers par exemple, mais les émeutes et autres actes de rébellion ne leur ont pas donné raison. Même si je ne suis pas une spécialiste, j'ai l'impression que c'est un domaine où il faut s'y prendre avec des pincettes.

Je ne suis pas surprise quand Jace affirme qu'on peut rencontrer des gens de toutes origines à Star City : c'est l'apanage des grandes villes après tout. Il suffit de me regarder, je ne suis pas d'ici, pas du pays et même pas du continent ! Et pourtant, je suis arrivée ici pleine de rêves et d'ambition ; pourquoi serais-je la seule ? Star City promet bien plus que le rêve américain, c'est une ville où tout semble possible et où l'ennui est inexistant. Ça ne m'étonne pas qu'on vienne de partout pour vivre ici. Et puis, se confronter à des cultures différentes est toujours enrichissant !

« Vous en connaissez déjà un sacré rayon sur la France, pour quelqu'un qui n'y est jamais allé ! Je ne suis pas vraiment une mangeuse de poisson, mais oui à Marseille il y a de nombreux ports. »

J'accentue le « r » à la française en essayant de ne pas sourire à son accent américain ; mon accent français doit être à couper au couteau ! La preuve, il a deviné mon origine tout de suite. Les questions affluent, apparemment je ne suis pas la seule dotée d'un tempérament curieux. D'un côté c'est agréable, ça montre qu'il s'intéresse vraiment à moi et qu'il n'est pas assez fatigué pour être à court de paroles.

« Non en fait, je viens d'une ville en Alsace qui s'appelle Strasbourg, c'est au Nord-Est de la France. Il y a beaucoup de choses typiques comme les maisons à colombages, le munster qui est un fromage « puant », du bon vin aussi ! »

Je lui adresse un clin d’œil : il a parlé du bordeaux, il est peut-être connaisseur en la matière ? Plus que moi sans doute, ce n'est pas très compliqué. Au niveau des spécialités locales, je suis plus bretzels et tartes flambées. Je fais mine de compter sur mes doigts en énumérant les réponses aux questions de Jace.

« Oui il existe pleins de fromages... Le munster d'ailleurs, vient d'Alsace. La grève, ça dépend... Les chemins de fer surtout, parce que ça embête vite les gens, donc ils ont l'espoir que ça fasse bouger les choses. Et pour les cours de gastronomie et de mode... Tout est possible, il suffit de choisir la filière appropriée ! Comme ici je crois, on voit tellement d'émissions à ce sujet à la télé... »

Je souris, satisfaite d'avoir pu répondre à toutes ses questions. Pas de bol pour lui, j'en ai pleins moi aussi ! Je les pose avec enthousiasme.

« A mon tour maintenant ! Est-ce que vous avez toujours voulu être un super-héros ? Avez-vous des rêves autres que porter secours à autrui ou vaincre le mal, je veux dire, des rêves « égoïstes » ? Quelle est l'histoire la plus improbable qui vous soit arrivée ? »

Au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la foule je resserre machinalement mon sac contre moi : j'ai toutes mes affaires dedans moi-aussi, ce ne serait pas judicieux de le perdre.
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Message posté : Ven 6 Déc 2013 - 20:17 Message
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— Ben…

Pourquoi le District Est était-il aussi défavorisé ? C’était une excellente question et Jace n’avait jamais réfléchi aux circonstances historiques qui avaient conduit à cette particularité urbaine. Pour lui, c’était avant tout un état de fait et, un peu trop jeune encore pour comprendre le poids du passé, il songeait d’abord aux moyens d’arranger les choses avant de méditer sur leur généalogie. Il finit par hausser les épaules.

— Je sais pas trop. C’est juste, il y a des quartiers assez repliés sur eux-mêmes, là-bas. Comme Chinatown. Beaucoup de communautarisme, beaucoup de crime organisé, c’est assez difficile pour les politiques publiques de pénétrer.

De toute évidence, il y avait quand même accordé beaucoup plus d’intérêt que les jeunes de son âge. Si Jace n’avait pas sa carte dans un parti politique, dans un souci de conserver une certaine neutralité qu’il jugeait souhaitable à son image médiatique, ce n’était pas l’envie qui lui en manquait et il attendait impatiemment d’avoir le droit de vote et celui, peut-être — il y songeait — de se faire élire à de petites fonctions. Et ce ne serait certainement pas sous les couleurs du Parti Républicain qu’il s’y présenterait.

La conversation dériva cependant vers des terres plus lointaines et des images un peu typiques, d’autres plus réalistes, se formèrent dans l’esprit du jeune homme, même s’il n’avait aucune idée sur ce que pouvait bien être des maisons à colombages et même si, lorsqu’il essayait de se représenter des fromages, il finissait toujours plus ou moins par se peindre une sorte de camembert coulant. Qui ne suscitait pas nécessairement beaucoup d’appétit en lui.

Il sortit tout de même de ses pensées pour répondre aux questions de son interlocutrice.

— J’ai toujours voulu être un super-héros, oui. Depuis tout petit, en fait. C’est juste… Ben, d’abord, c’est ce que j’ai toujours connu. Mon père était déjà le Commander de la Légion quand je suis né, alors c’était un peu ma famille, vous voyez. Pas seulement, bien sûr, mais c’était beaucoup ça. Il y a beaucoup de gens que je considère comme, je sais pas, mes oncles, mes tantes…

Il pensait à Sydney, surtout.

— … qui sont des Légionnaires. C’était la voie la plus naturelle, pour moi, du coup. Ça s’est pas fort sans heurt, hein, remarquez.

Il se souvenait encore douloureusement de ces nombreux mois pendant lesquels il avait été persuadé d’être un humain normal — ce qui n’eût pas été un frein à son rêve de Légionnaire, Sydney en était justement la preuve — mais surtout, un humain malade, très malade.

— Enfin, voilà, maintenant, c’est ce que je fais, c’est ce que je veux faire.

Ce qui rendait la seconde question de la jeune femme beaucoup plus complexe. Des rêves, il en avait bien, mais il ne les voyait justement que sous les couleurs de songes irréalisables, comme si toute sa vie devait être dévouée à la Légion et à ses activités héroïques. Quand il commença à répondre, il avait donc perdu beaucoup de son ton assuré.

— Sinon, euh… Je sais pas, plus tard, je voudrais bien devenir artisan. Ébéniste, par exemple, enfin menuisier, un truc comme ça.

Un métier, ce pouvait être une passion, sans aucun doute, mais on pouvait tout de même difficilement qualifier cela de rêve égoïste. Mais Jace avait beau chercher — et il suffisait de voir son air un peu perplexe pour comprendre qu’il cherchait en effet —, il ne trouvait aucune aspiration sérieuse en lui qui n’eût pas un rapport avec son héroïsme. Comme s’il avait un peu conscience de ce que son manque d’imagination, en la matière, avait de triste et de problématique, il se précipita pour répondre à la troisième question.

— Des histoires improbables, j’en ai plein. Une fois, genre, je marchais dans la rue, un peu comme ça, mais y avait moins de monde, bref, je marchais dans la rue, donc, et un type crie mon nom, je veux dire « Thunder », il crie ça. Je me retourne, et je vois le mec dans une espèce de… C’est difficile à décrire, en fait. Un déguisement plus ou moins cousu main, mais rembourré, v’voyez, comme ça, bouffi…

Jace gonfla les joues, pour illustrer plus ou moins sa narration.

— …un truc marronnâtre, puis il s’était maquillé le visage, pareille, dans un vieux beige dégueulasse. Et il est là comme ça, il me pointe du doigt, et il me dit un truc comme : « Je te défends en duel ». Et là, il sort d’une poche ou je sais pas une sorte de flingue, mais qui envoie des pommes de terre. Genre, avec de l’air comprimé, j’crois. Et il hurle : « Je suis Super Patate ». Alors, bon, j’ai cru à une caméra cachée, mais il a agrippé un ado dans la foule en gueulant qu’il lui réduirait en purée — c’est comme ça qu’il a dit, en purée — le cerveau si j’acceptais pas d’me battre avec lui.

Donc bon, moi, je m’approche, hein. Le mec libère l’ado. Il me tire une patate dessus, moi, je la grille avec des éclairs. Il dit un truc genre : « Ah, tu veux te friter, hein ? » et il se jette sur moi. En deux secondes, le mec, il était maîtrisé. J’veux dire, il avait pas de pouvoirs, pas d’entraînements, rien. C’était juste un type déguisé en pomme de terre avec un fusil à la con. Bref, il a fini à l’asile, je crois.


Le jeune homme haussa les épaules pour faire comprendre que cette histoire le dépassait complètement.

— Les super-héros, ça suscite quand même pas mal de barjos. J’vous dis pas les trucs qu’on reçoit par la poste à la Tour de la Paix, parfois, c’t’inquiétant.

Il devait aussi avoir beaucoup de fans — la popularité n’attirait pas que les tubercules démoniaques.
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Star City. Ses parcs. Ses monuments. Ses électrocutions. (Louise)

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