AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Peut-on appeler ça un rendez-vous galant ? [Abban]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
Message posté : Mar 12 Nov 2013 - 12:20 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Jake s’ennuyait. Ce qui était une chose assez rare. Tout seul dans le grand appartement qu’il occupait à l’As de Pique, il était quasiment dans le noir, dans le grand salon, installé à l’envers dans l’un des vieux fauteuils. Les jambes par-dessus le dossier, il avait la tête qui pendait dans le vide et fixait la fenêtre juste en face. Le réverbère semblait jaillir d’en haut, et projetait sa lumière crue sur les murs sales de l’endroit. Avec un long soupir, il réalisa qu’il y avait peut-être un lieu où se rendre et s’éclater un peu. Sans quitter sa position, il sortit son portable et chercha rapidement une alternative au parc Aquatoria, fermé pour il ne savait trop quelle raison, une vague histoire de zone 21.

Il trouva qu’une fête foraine s’était installée à proximité de la forêt de Watson, et semblait devoir rester là le temps qu’Aquatoria soit à nouveau accessible sans risque. C’était là une bonne opportunité pour sortir de cet ennui dans lequel Wildcard n’avait pas envie de s’enfoncer davantage… Et alors qu’il s’apprêtait à se remettre dans le bon sens, il réalisa qu’il pouvait ne pas y aller tout seul. Il était 18h30. Le jour avait déjà laissé la nuit prendre beaucoup de place. Mais le parc resterait ouvert jusque tard. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour y aller avec quelqu’un ? Ni Maléfique, ni Prof, ni Shrek… Le SMS qui partit, en numéro inconnu, fut adressé à Abban.

Un RDV à la fête foraine de Watson, dans 30 minutes, ça te branche ? W.

Une fois son message envoyé, Jake se remit à l’endroit et rejoignit sa salle de bain. Il se regarda un moment dans le miroir. Il n’était pas maquillé. Et allait en fait rester comme ça. Penser que son ange-démon allait le découvrir pour la première fois sans ses artifices était étrange, mais… il se sentait prêt à le faire. Parce qu’il avait confiance en le Passeur. Ce garçon, dès la première rencontre, ne l’avait pas laissé indifférent, même s’il avait encore beaucoup de mal à se l’avouer.

Et puisqu’il ne serait pas, ce soir, un personnage, Jake se choisit une tenue différente. Si le jean restait noir, il opta pour une chemise blanche, la seule qu’il possédait, et ajouta une veste noire de costume. Puis une écharpe… rouge. Enfin, il ne s’embarrassa pas de chaussures de ville qui lui feraient mal aux pieds après une heure de marche, et se contenta de ses baskets noires les moins abîmées. Comprenez par-là : celles qui avaient le moins servi quand il relevait ses défis.

Histoire de ne pas se faire remarquer, Jake descendit directement au sous-sol, opta pour sa dernière acquisition, une moto dérobée non loin de là, et enfila le casque. Aucune envie qu’on voit ce garçon inconnu quitter un endroit aussi mal famé. Personne ne connaissait son identité et son visage hormis les membres du Gang des Fables. Et les autres qui l’avaient déjà vu sans maquillage n’avaient aucun moyen de savoir qu’il était aussi Wildcard. Tout allait bien, donc. Sur son bolide, il fonça à travers les rues. Histoire d’arriver un peu en avance, il se permit de griller un ou deux feux rouges, ce qui n’eut aucune incidence pour lui. Seul un petit accrochage entre deux voitures démontra que la chance était bien de son côté à lui.

Parvenu dans le district sud, Jake repéra de loin l’emplacement de la fête foraine. Le ciel au-dessus semblait refléter les mille lumières qui s’en dégageaient. L’avantage de la moto, c’est qu’il n’aurait aucun problème majeur pour se garer. Même si, s’il était venu en voiture, il aurait fort probablement eu la chance de trouver une place tout de suite. Laissant sa moto derrière lui, il se mêla aux gens qui se pressaient pour entrer et s’arrêta juste devant le plan. Même si ça n’était pas aussi complet qu’Aquatoria, il y avait vraiment de quoi faire.

Jake se posa près de l’entrée, appuyé contre un pylône, scrutant les entrants pour voir si Abban arrivait. Il jeta un œil à l’heure, vit qu’il était 19h, leva la tête, et aperçut celui qu’il cherchait. Pile dans les temps. La téléportation, si c’était bien le moyen de transport utilisé par le Passeur, avait quand même beaucoup d’avantages. Il l’observa quelques secondes, avant de se rappeler qu’il ne serait pas reconnu sans prendre l’initiative de se présenter… Aussi fendit-il le flot dans l’autre sens et se plaça-t-il juste à côté d’Abban.

Ange ou démon ? fit-il, pour se signaler.

Comment est-ce que le garçon allait réagir en découvrant ce qui se cachait sous le maquillage ? Visage un peu rond, épaisse chevelure blonde plutôt en bataille… Jake et Wildcard étaient bien deux personnes différentes. Le premier avait un côté un peu timide, quand l’autre était complètement désinhibé. Ce qu’espérait à présent Jake, c’était ne pas décevoir Abban, qui s’était sans doute habitué au leader du Gang des Fables.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 12 Nov 2013 - 13:44 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
[quote=Abban]Sûr ! À tout de suite.[/quote]
Panique à bord. Abban disparut de la salle d’entraînement sous le regard un peu résigné de Thabo. Son élève était certes d’une remarquable assiduité la plupart du temps, mais il arrivait souvent que les sessions se finissent sans prévenir, parce qu’Abban décidait brutalement qu’il avait mieux à affaire. L’homme entreprit donc de ranger la salle, tandis qu’Abban était déjà dans la douche. Hors de question de débarquer tout en sueur, il n’avait déjà pas assez de temps pour se préparer — moins d’une heure, c’était inconcevable.

Dans la précipitation, il ne se rendit pas compte que son cœur battait un peu plus fort que de coutume. Il n’avait pas revu Wildcard depuis presque un mois et c’était qu’il n’avait pas cherché à le revoir. Abban restait Abban : attaché à sa sœur et à personne d’autre. Mais Wildcard était tout de même un privilégié sans le savoir : Abban songeait parfois à lui avec une tendresse qu’il n’avait pas pour le reste des hommes. La preuve, c’était qu’il se préparait pour répondre à cette invitation qu’il eût sans doute fuie si elle était venue de quelqu’un d’autre.

Ce ne fut qu’en choisissant l’un de ses nombreux tee-shirts blancs, tous dotés de subtiles différences, qu’Abban se rendit compte qu’à bien des égards, cette invitation avait tout l’air de le mener à… un rendez-vous galant. Heureusement qu’Aishlinn n’était pas là pour lui poser des questions. En même temps, Aishlinn n’était jamais là, perpétuellement enfermée avec cet abruti de magicien, dont Abban était absolument certain qu’il ne lui apprenait pas à manier des baguettes qu’en bois.

Jean gris qui le mettait en valeur, tee-shirt blanc, baskets rouges, blouson en cuir bleu. Il était paré. Coiffé, recoiffé, re-re-coiffé. Alors qu’il fixait sa montre à son poignet droit, Abban plissa les yeux. Un tout nouveau pouvoir fort utile. Sa vision traversa brusquement tous les kilomètres qui le séparaient de la fameuse foire et il observa ce lieu où il ne l’était pas, pour s’assurer que Jake ne l’avait pas précédé et qu’il n’était pas lui-même en retard.

Mais l’Irlandais revint bien vite aux images de son immense salle de bain, à Nalebo Hall. Il venait de se souvenir qu’il n’avait aucune idée précise de l’apparence de Wildcard, dont il supposait bien qu’il n’allait pas se promener dans la fête foraine avec tout son attirail. Même avec des efforts d’imagination, Abban avait du mal à se peindre le visage qui se cachait sous ce tatouage. Son cœur battit encore un peu plus vite. Une étrange impatience l’envahissait.

Il apparut enfin au milieu de la foule. Il avait l’habitude : dans un pareil endroit, les gens ne faisaient pas vraiment attention à ce qui se passait tout près d’eux, bien trop occupés à tenter d’apercevoir leur propre destination. C’était le soir et tous ceux qui n’avaient pas pu se rendre à la foire la journée, parce qu’ils étudiaient ou travaillaient, venaient emplir les stands et les attractions, pour la plus grande satisfaction des forains.

Un peu désemparé, le cambrioleur se mit à nouveau à examiner la foule, sans grand succès. Ce fut finalement une voix familière, mais tout de même un peu différente, qui le tira de sa perplexité. Abban se tourna vers son propriétaire et il ne put s’empêcher d’avoir l’air un peu surpris. Wildcard avait disparu. Les traits effrayants, qui ne l’avaient certes pas rebuté, avaient laissé la place à un visage doux et encore juvénile, presque hésitant. La différence était troublante.

Un sourire se dessina finalement sur le visage d’Abban. L’adolescent tendit la main pour caresser du bout des doigts le visage du jeune homme.

— Toi, t’es un ange, c’est sûr.

Abban ne se souciait manifestement pas du regard que les visiteurs pouvaient poser sur un couple d’hommes, parce qu’il s’approcha tout près de Jake, posa sa main libre sur le torse de son amant, glissa l’autre jusqu’à sa nuque et le força à se pencher un peu vers lui — non, il n’est pas petit, il est juste… euh… — pour venir chercher ses lèvres et l’embrasser avec une innocence très discutable. Les visiteurs, eux, s’en fichaient.

Lorsque leurs lèvres se détachèrent, Abban ne se décolla pas d’un centimètre du jeune homme.

— Tu vas devoir m’donner un autre nom que W, hm. Sinon, ça risque d’être un peu suspect.

Abban se doutait bien que le personnage de Wildcard était aussi une manière, pour son amant, de conserver un certain anonymat et il était sans doute préférable de ne pas lui donner à tout vent le nom d’un criminel alors qu’ils commandaient des barbes-à-papas. D’ailleurs, en parlant de friandises, il était temps de s’engager dans la fête foraine. L’Irlandais se détacha enfin de son compagnon de soirée et enfonça les mains dans les poches de son blouson, pas vraiment du genre à tenir la main d’un homme — son romantisme rencontrait assez vite ses limites.

Il parcourait rapidement toutes les attractions du regard et ses yeux s’attachaient évidemment sur les constructions métalliques qui avaient l’air les plus rapides et les plus impressionnantes. La pêche aux canards, très peu pour lui.

— Tu veux faire quoi ? Ça fait une éternité qu’j’suis pas allé dans un endroit comme ça.

Les fêtes foraines, il avait pu y faire ses premières armes de pick-pocket, à peine sorti de l’enfance, puis elles étaient devenues un terrain de jeu, mais depuis son arrivée à Star City, il avait été plutôt occupé. Il finit par désigner un grand huit minimaliste — on n’était pas dans les grands parcs d’attractions californiens.

— Ça, ça a l’air cool !
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 12 Nov 2013 - 15:30 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

La réponse d’Abban n’avait pas tardé, mais ça ne voulait pas nécessairement dire qu’il serait parfaitement à l’heure. Pour ce qu’il avait compris du jeune homme, Jake savait qu’il prenait soin de lui. Aussi, peut-être qu’être prévenu seulement une demi-heure avant le rendez-vous l’avait pris de court. Mais qu’il ait eu ou non suffisamment de temps, l’ange-démon était bien à l’heure, au milieu de la foule. Il était possible qu’il ait profité de la moindre minute disponible, jusqu’à se téléporter directement devant l’entrée de la fête foraine. Jake se trouvait un peu con, là, sans son maquillage. Un frisson le parcourut quand Abban lui caressa la joue du bout des doigts.

Un ange ? C’était un peu ça, quelque part… Sans aller jusqu’être sage, Wildcard passait d’un statut à l’autre selon s’il était dans son rôle de criminel fana de contes ou non. Abban, lui, était les deux à la fois. Ce couple était vraiment atypique, une drôle d’association… Un couple ? C’est du moins ce que pouvaient penser les quelques passants qui les regardaient. Parce que le Passeur s’approcha, posa une main sur le torse de Jake, lui attrapa la nuque de l’autre, pour le forcer à pencher la tête, et ils partagèrent un baiser assez peu chaste, là, devant tout le monde. Personne ne semblait vraiment s’en soucier, en fait. Les mains de « W » s’étaient glissées sur les hanches de son amant, et puis leurs lèvres se séparèrent.

Rien que pour ça, ça valait vraiment le coup d’avoir envisagé le rendez-vous. L’ennui qui s’était installé plus tôt était un très, très lointain souvenir… Ennui, quel ennui ? Si les lèvres s’étaient quittées, le contact des corps n’était lui pas rompu. Parce qu’Abban souleva une interrogation judicieuse. La signature du SMS, qui avait permis à Wildcard d’être reconnu, ramenait inévitablement à son identité de vilain du Cartel Rouge. Il allait donc falloir un autre nom au téléporteur pour pouvoir lui parler, l’appeler, durant la soirée, sans risquer qu’ils se fassent remarquer. Aussi « W » se pencha-t-il pour glisser à l’oreille d’Abban :

Ce soir, appelle-moi Jake.

Oui, il avait donné son véritable prénom. Pas besoin de donner un nom. Abban le découvrirait peut-être un jour, mais a priori, même s’il l’apprenait, ça n’allait pas vraiment porter conséquence à la réputation ou la couverture de Wildcard… Non seulement ils faisaient partie de la même organisation, au sein de laquelle la trahison était sévèrement punie, mais de surcroît, ils avaient partagé bien plus qu’un cambriolage. Donc, ce soir, ce serait Jake. Et de l’autre côté, Jake l’appellerait Abban. Chose qu’il n’avait, dans son souvenir, pas encore fait. Ils n’avaient pas tant parlé que ça, en fait, durant leurs deux rencontres.

L’enthousiasme de l’ange-démon prit ensuite le dessus, et ils se décollèrent enfin. Le duo s’enfonça dans l’allée principale, s’intéressant à tout ce qui était proposé, entre activités ludiques style tir à la carabine, pêche aux canards, ce genre de conneries, et attractions à plus ou moins sensations, il y avait de quoi faire. Quant à ce que Jake voulait réellement faire, en fait, il ne savait pas trop. Heureusement, Abban avait l’air d’avoir des idées, et il désigna un grand huit. Enfin, un petit grand huit, mais qui avait l’air d’être pas mal quand même. Le défi à relever était quasi-nul, mais c’était surtout pour faire plaisir à son ange-démon.

Vendu ! C’est parti !

Puisque c’était une grosse attraction, il y avait deux guichets. Sauf qu’ils avaient décidé qu’un seul suffirait pour le moment. Alors, la file d’attente était longue… Wildcard se demanda, pour la forme, s’il pouvait se produire ce qu’il imaginait… Il prit la main d’Abban et l’entraîna vers le guichet fermé. À ce moment-là, une demoiselle s’installa juste derrière et alluma les petites lumières, signalant que, ça y est, c’était ouvert ! Du coup, même pas besoin d’attendre ! Jake adressa un clin d’œil à l’Irlandais.

Oh, cette chance !

Le tour n’était pas cher, deux dollars, aussi il régla lui-même les tickets, et ils purent se mêler à ceux qui attendaient leur tour. Apparemment, le circuit durait environ deux minutes, il y avait deux passages. Presque cinq minutes de sensations, c’était plutôt bien. En tout cas, Jake espérait qu’Abban allait s’amuser. Et pendant qu’ils attendaient, peut-être pouvaient-il parler, un peu ? Juste un peu…

Je pensais pas que tu répondrais aussi vite… Ça fait quand même, quoi, un mois ?

Il aurait voulu ajouter « je ne t’ai pas oublié », mais ça faisait trop sentimentaliste, et de toute façon, le téléporteur pouvait bien s’en rendre compte lui-même, puisque c’était bien Jake qui l’avait contacté. Qu’avait-il bien pu se passer dans la vie d’Abban en un mois ? Certainement beaucoup de choses. Au sein du Cartel, sa sœur et lui n’avaient cessé de faire parler d’eux. Ils étaient arrivés comme des fleurs, presque innocemment, et à présent, ils avaient déjà un nom. Et malgré leurs carrières respectives de criminels, le Passeur et Wildcard se retrouvaient là, dans la queue pour faire un tour de manège…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 12 Nov 2013 - 16:00 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Le tir à la carabine avait bien attiré l’œil d’Abban, mais il n’était pas certain que Jake serait ravi, s’il lui offrait un ours en peluche géant pour célébrer leurs retrouvailles. À vrai dire, le jeune homme ne savait absolument pas comment se comporter. Les rendez-vous galants de sa jeune existence se comptaient sur les doigts d’une main passée à la scie circulaire et il eût déjà été perturbé en la présence d’un compagnon tout à fait normal, alors avec Jake-Wildcard, difficile à cerner, c’était encore plus compliqué.

Les attractions à sensations fortes étaient au moins une valeur sûre. Abban se laissa guider par l’assurance du mutant et la chance, encore une fois, fut de leur côté. L’Irlandais réprima un sourire amusé tandis que d’autres clients enviaient l’extraordinaire intuition qui leur avait fait choisir le guichet bientôt ouvert pour prendre leurs billets. Bientôt dans la file d’attente, le cambrioleur se retourna vers Jake et répondit du tac au tac, sans vraiment réfléchir :

— Pour toi, toujours prêt !

Pur numéro de charme, presque un réflexe de sa part. Son sourire s’effaça un peu cependant alors qu’il observait Jake d’un air songeur. Il se rendait compte un peu tard que la question de Jake avait été une tentative un peu timide d’engager une conversation qu’il n’avait jamais eue, une vraie, pas forcément pleine de choses importantes et graves, mais enfin… Abban se mordit la lèvre. Pas très doué pour cerner les gens au quotidien, il s’en voulait d’avoir réagi aussi superficiellement.

Pour se faire pardonner, il se rapprocha de son amant et reposa une main sur son torse.

— Presque un mois, ouais. J’ai été pas mal occupé, d’ailleurs. Beaucoup de boulot pour nous, les choses se mettent enfin en place, c’est cool.

Il restait elliptique, pour que ceux qui les entouraient ne pussent pas deviner la nature de ce fameux travail, mais il faisait de son mieux pour offrir à Jake quelque chose de plus que de petites phrases de drague servies déjà à d’autres et dans lesquelles son corps avait toujours beaucoup plus de part que son esprit. Il parlait donc du travail. C’était anodin, c’était banal même, et précisément, pour lui, inhabituel et plein de sens.

— Puis Macha va bien. De plus en plus caractérielle, ça, par contre, j’crois qu’elle tient d’moi.

À l’entendre, on eût dit qu’il parlait de la fille qu’il était beaucoup trop jeune pour avoir, plutôt que de sa voiture, mais Jake avait déjà eu un avant-goût de la personnalité affirmée du véhicule. Les deux hommes eurent le droit d’avancer d’un mètre dans la file d’attente, alors que le groupe qui les précédait embarquer enfin dans l’attraction.

— J’fais pas mal d’exercices, aussi. J’ai acquis de nouvelles compétences.

Il avait légèrement appuyé sur le dernier mot, pour que Jake comprît qu’il ne parlait pas d’une expertise en comptabilité ou de la maîtrise du point-de-croix mais bien d’un développement de ses capacités mutantes. À son âge, c’était encore assez fréquent, même si Abban n’avait pas tellement de point de comparaison. Son pouvoir s’était déclaré assez tardivement et avait stagné jusqu’à son arrivée à Star City. Depuis, il allait de découverte en découverte.

— En fait, maintenant qu’j’y pense, j’ai été vachement studieux.

Entre ses missions pour le Cartel, le perfectionnement de ses pouvoirs et les entraînements intensifs imposés par Thabo, Abban était loin d’avoir passé un mois frivole. Il fallait bien qu’il s’occupât pour tromper l’ennui quand Aishlinn était absente, de toute façon. Il sourit de nouveau à Jake.

— Du coup, t’as été bien inspiré, j’suis content d’prendre l’air.

Il hésita. Sa main descendit le long du torse de Jake pour s’arrêter à sa taille. Abban rosit légèrement et murmura, d’un ton gêné :

— Content qu’ce soit avec toi, aussi, hein.

Voilà. C’était déjà un sacré aveu de la part d’Abban. Il détourna le regard et, fort heureusement pour lui et son embarras, ils furent bientôt poussés vers la nouvelle vague. Les deux jeunes gens s’installèrent dans un wagonnet et la machine se mit en marche. À côté des téléportations d’Abban et des pointes de vitesse de Macha ou de la manière dont, à leur précédente rencontre, la voiture s’était jetée dans l’océan, le manège avait quelque chose d’un peu reposant — même si ce n’était pas l’avis des personnes assises au-devant d’eux.

Un tour, deux tours et ils descendirent, pour regagner la terre ferme, pas vraiment chamboulés par leur aventure. Abban semblait content tout de même : il n’était pas difficile à satisfaire. Machinalement, il replaça une mèche de ses cheveux (que voulez-vous…) avant de se tourner vers Jake.

— Et toi, du coup, raconte. Qu’est-ce que tu fais de ton temps, quand tu travailles pas ?

Abban eut l’air songeur, comme s’il tentait de tailler à Jake un métier sur mesure.

— T’as bien une tête à étudier l’histoire de la peinture, ou un truc dans l’genre, à tes heures perdues.

Incapable d’évaluer précisément le degré de susceptibilité de son ami, il s’empressa de préciser :

— Mais c’est mignon, hein.

Mignon, ce n’était pas un compliment que l’on devait faire souvent à Wildcard.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 2:23 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Jake ne sut trop comment prendre la remarque d’Abban. Il était ravi par l’enthousiasme et les mots en eux-mêmes, et en même temps, il était un peu gêné, parce que derrière la spontanéité se cachait quelqu’un qui était comme ça au naturel, et qui pouvait aussi agir de la même manière avec d’autres… D’ailleurs, l’Irlandais dut se rendre compte que ça ne suffirait pas, puisque son sourire disparut, alors qu’il adoptait un air plus sérieux. Décidément, ne plus être Wildcard pouvait être un peu déstabilisant pour Jake, surtout face à un garçon qui, lui, ne s’embarrassait pas de changer d’identité, ni même d’attitude. Mais en fait, l’effort devrait surtout venir de lui, Jake, qu’il se montre plus enjoué, qu’il dépasse la nature de son « lui normal ».

Abban se rapprocha et, comme un peu plus tôt, plaça une main sur le torse de partenaire de la soirée. Ce dernier lui plaça la sienne sur la hanche, sans plus d’audace. Et il écouta, lisant surtout entre les lignes. Ainsi, les affaires avançaient bien pour Aishlinn et lui à un point qui désormais les satisfaisait. De ça, Wildcard était à peu près au courant, mais cette confirmation valait plus que tous les bruits de couloirs au sein du Cartel. La Voiture-Fantôme se portait comme un charme et s’affirmait. Une voiture dotée d’une « conscience », en somme. Heureusement que son propriétaire la contrôlait plutôt bien. Jake jeta un œil autour de lui, pour voir si les gens écoutaient. Quiconque aurait entendu ces paroles se serait posé des questions. Ce garçon qui semblait adolescent avec une fille ?

Wildcard haussa les sourcils en apprenant qu’Abban avait acquis de nouveaux pouvoirs. Pour le coup, il serait vraiment difficile d’en apprendre plus au milieu de la file d’attente. Et tout ça faisait beaucoup de travail, même dans l’apprentissage, apparemment, et la sortie avait eu quelque chose de salvateur : pour se vider la tête au milieu de son travail, rien que de tel que d’aller s’éclater. L’Irlandais eut droit à un sourire timide en réponse. Et puis, il parut soudain gêné, alors que sa main descendait un peu. Dans les lumières changeantes de la fête, Jake aurait juré voir Abban rougir un peu… Ils devaient être beaux, là, tous les deux, un peu mal à l’aise. Les mots du Passeur touchèrent vraiment Wildcard, qui tâcha de n’en rien montrer. De toute manière, ils furent bientôt entraînés vers les portails qui s’ouvriraient pour leur permettre d’embarquer.

Ils profitèrent un peu de l’attraction, Jake se contentant de voir que ça avait plus à Abban. Lui, pour sa part, aurait très pu avoir l’air blasé. Il n’était pas du genre à en rajouter en gueulant, en se marrant ou quoi que ce soit. Il avait juste posé son regard alternativement sur la vue, quand elle valait le coup, et Abban. La terre ferme de nouveau foulée, ils reprirent la conversation à peu près où ils l’avaient laissées. Jake ne sachant pas trop quoi dire, il laissa Abban lancer les questions. Étudier la peinture ? Quelle drôle d’idée… Le conteur avait bien quelques tableaux de prédilection, mais de là à avoir l’air de bosser là-dedans, il y avait un monde… non ?

Mignon ?

Jake, cette fois, se sentit rougir, mais il détourna la tête pour faire mine de chercher ce qu’ils pouvaient faire ensuite. Il y avait une maison hantée, des stands de tir, une grande roue, de nombreuses échoppes pour grignoter des conneries ou boire des trucs trop sucrés, des auto-tamponneuses… Ne sachant trop se décider, il se décida à dépasser sa gêne. Après tout, même sans le maquillage, il pouvait bien être aussi Wildcard, non ?

Tu sais, tel que tu me vois… Je suis pas souvent comme ça… Je me sens pas vraiment moi… je me sens moi quand j’ai tout le maquillage, tout ça…

À son tour de se lancer dans les aveux. Ça allait peut-être un peu vite, aussi appuya-t-il sur le frein. S’il se livrait complètement maintenant, la soirée n’allait peut-être plus être aussi festive.

Quand je travaille pas, je vis avec les contes. Je réfléchis à… comment les matérialiser… Par exemple, avec une de mes complices, on a créé le pays imaginaire dans un entrepôt. Ouais, en fait, mes loisirs, c’est toujours en lien avec le personnage que je suis.

Pour dire tout ça, Jake marchait tout près d’Abban, histoire que personne ne l’entende s’il parlait un peu trop fort. Certes il y avait de la musique et des bruits ambiants, mais mieux valait ne pas prendre le risque.

En fait, t’es un privilégié… c’est pas rien…

Sentant qu’il s’aventurait de nouveau sur une pente le long de laquelle il ne pourrait pas facilement remonter, il chercha de nouveau autour de lui. Jusqu’à repérer, dans la masse de peluches qui trônait à un stand, ce qui ressemblait beaucoup à un farfadet irlandais, un Leprechaun. L’occasion étant trop belle, il afficha alors un grand sourire.

Tiens, ça te dit que je te gagne un truc ?

Sans attendre la réponse, il alla vers le stand, paya pour un tour, saisit la carabine, et attendit que les cibles mouvantes apparaissent. Le tir au fusil, il avait déjà fait, mais sans véritable but. Là, il y avait un prix au but, et c’était une carabine à la con. Ses six cartouches atteignirent leurs cibles. Le type qui tenait le truc resta bouche bée.

Ah ben ça ! Bravo mon gars ! Tu peux choisir ce que tu veux, du coup, avec une verve pareille !

Laissant l’arme sur le comptoir, Jake attrapa la fameuse peluche qu’il avait repérée, et qui devait bien faire trente centimètres de haut.

Tu veux ça, ou y a autre chose qui te plaît ?

Il croisa le regard entendu du commerçant. Ce dernier sentait qu’il devait se passer quelque chose entre ces deux garçons, et Jake réalisa que ça le faisait, encore, rougir. Non, vraiment, il ne se reconnaissait pas. Ou plutôt, il ne reconnaissait que trop bien « le type ordinaire » qu’il maquillait, faisait disparaître son visage un peu rond chaque jour dans le miroir.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 10:41 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Oui, mignon. Cette fois, le sourire enjôleur qu’Abban adressa à Jake était une édition spéciale à tirage limité. Les deux garçons se perdirent à nouveau dans la foule, à la recherche sinon d’une sensation forte, du moins d’une distraction à la hauteur de leurs talents et de leur vie nocturne. Pendant ce temps, Jake se livrait un peu — et un peu, c’était déjà beaucoup, pour celui qu’Abban n’avait connu jusqu’à lors que sous le masque opaque et la personnalité peu accessible de Wildcard.

De prime abord, les silences de Wildcard avaient bien arrangé Abban. Après tout, ce qu’il attendait de ses amants, ce n’était certainement pas la conversation. Quand d’autres avaient commencé à se livrer, après des plaisirs échangés, Abban avait souvent fui, pour éviter de construire quoi que ce fût qui pût ressembler, même de loin, à une relation. Mais ce jour-là, il écoutait Jake avec une véritable curiosité, sans songer à combien cela lui ressemblait peu — comme bien des choses qu’il faisait à Star City, du reste.

L’Irlandais resta un peu songeur. Il n’était pas très doué pour la psychologie, il le savait bien, et comme il sentait que ce que venait de lui dire Jake était important et peut-être, en quelque manière, difficile, il voulait éviter de se précipiter comme à son ordinaire sur une réponse dont la maladresse pourrait être désagréable. Pour laisser voir à Jake néanmoins que ses propos n’étaient pas accueillis avec une parfaite indifférence, le cambrioleur effleura le dos de la main de l’Américain du bout de ses doigts avant de lui adresser un sourire un peu timide.

Ils arrivèrent au stand de tir. Pour un tireur d’élite comme Abban, ils avaient toujours été des formalités, mais il put constater que, soit par chance, soit par entraînement, Jake ne s’en tirait pas mal non plus. L’Irlandais récupéra sa peluche pas très durement gagnée et décréta :

— C’est parfait. Très typique, ça va faire ressortir mon accent, fais gaffe.

Il observa le leprechaun qu’il tenait à bout de bras et commenta d’un air songeur :

— ‘Fin espérons surtout qu’ça fasse pas ressortir Quirk, hein.

Il cala la peluche sous l’un de ses bras, attrapa le tee-shirt de Jake et le tira vers lui et se hissa sur la pointe des pieds pour venir déposer un baiser léger sur ses lèvres, sous le regard ravi du forain, qui n’était absolument pas romantique, mais qui voyait — pas fou — dans les couples sa principale source de revenus. Il ne comptait plus le nombre de garçons, fort heureusement beaucoup moins doués que Jake, qui tentaient de gagner un lot pour leur petite amie. Que la petite amie fût un homme, il s’en fichait bien, tant qu’on continuait à payer.

Jake, Abban et le Leprechaun s’éloignèrent du stand.

— J’suis content, t’sais.

Belle entrée en matière. Abban avait tout de même l’air embarrassé : ce genre de conversations n’était pas son fort.

— Pour la peluche, ouais.

Même s’il n’osait pas imaginer le moment où il allait devoir expliquer à Aishlinn qu’un garçon lui avait gagné une peluche à la fête foraine dans un moment d’insoutenable romantisme.

— Mais aussi, pour le privilège. J’veux dire, j’suis bien placé pour savoir qu’c’est pas évident d’être autre chose que… J’sais pas, tu vois. Le travail. D’une certaine façon, c’est plus facile. Le personnage. C’pas forcément un mensonge, j’crois pas. J’veux dire, j’ai pas l’impression d’mettre un masque quand j’vais travailler. Mais c’est jamais qu’une possibilité de nous, et c’est ptêt la plus simple à vivre. Parce qu’elle empêche tout le monde d’chercher au-delà.

Abban jeta un regard pas très assuré à son amant, en continuant à avancer un peu au hasard dans la fête foraine.

— Désolé. J’suis pas très doué avec les mots. ‘Fin, voilà. Moi aussi, j’évite de parler du reste. De la vie, tu sais, pas normale, mais euh… Disons, personnelle ? Ça fait mal, ça fait peur, puis c’est trop dangereux.

Sa mère, son comportement, la prison de son père, son frère éloigné, les absences d’Aishlinn, ses angoisses, tout cela, Abban le gardait au fond de lui et il y avait des choses dont il ne parlait pas à sa jumelle, de peur de la vexer ou de se heurter à son indifférence. Le jeune homme secoua la tête et marmonna :

— ‘Tain, à la base, j’voulais qu’ça t’fasse plaisir, c’que j’te raconte, et en fait, c’est juste glauque. J’devrais prendre des cours d’conversation avec des duchesses, là.

Qui finiraient sans doute par s’arracher leur perruque devant un tel élève. Abban haussa les épaules.

— Non, voilà, la conclusion, c’t’un peu con et facile, sans doute, dis comme ça, mais faut pas avoir peur d’être… autre chose. Avec moi. J’aime bien l’maquillage. Mais j’t’aime bien toi aussi, de c’que j’vois.

Comme le Leprechaun réduisait un peu leur liberté de mouvement, Abban s’était finalement dirigé vers la Grande Roue. Très clairement, ils avaient atteint le summum de l’attraction romantique : la file d’attente était entièrement composée de garçons et de filles en train de se dire des mièvreries. Et de deux super-criminels timides et maladroits qui trimballaient une peluche barbue.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 13:10 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Même si en soi le but n’avait pas été de faire de cette petite sortie improvisée un rendez-vous galant, quelque part, ça y faisait penser. Ces deux garçons qui, dans un cadre professionnel, n’avaient eu aucune difficulté à se parler, et ce non sans avoir partagé un moment intense dans l’arrière-salle d’un bar, se retrouvaient à ne pas trop savoir quoi se dire, à hésiter, à se sentir gêné, à chercher quoi faire pour oublier un peu le malaise… Le passage par le stand de tir, malheureusement, avait été d’un peu trop courte durée. Même si ça avait fait plaisir à Abban, malgré la relative simplicité du cadeau. D’ailleurs, le remerciement qui suivit n’arrangea pas l’état de Jake. Un baiser déposé sur ses lèvres. Pourquoi n’était-ce pas aussi simple que quand il était Wildcard ? Le trio s’éloignant du stand, Jake se mit en quête d’une nouvelle activité. Il fallait qu’ils s’occupent, sinon, ils allaient encore parler, et encore être gênés. Et il fallait arrêter. À force.

Mais l’Irlandais, lui, avait encore des choses à dire. Maladroitement, certes, mais il se livrait lui aussi un peu. Les mots étaient un peu dans le désordre, confus, et ça traduisait le chamboulement qu’il devait y avoir dans son esprit. Mais en fait, Jake comprenait très bien, parce qu’il se sentait un peu dans le même état. Il avait construit très tôt son personnage pour échapper à la vie merdique qui se profilait pour lui. Être un criminel reconnu pour ses frasques déjantées, vivant dans un monde de contes, fait de princesses et de créatures en tout genre, c’était vachement mieux que tout ce qu’il aurait pu devenir s’il était resté Jake Walker. Et quand on rencontrait Wildcard, même si on se demandait ce que pouvait cacher le maquillage, il avait un personnage tellement fort qu’en définitive on n’avait jamais l’occasion de voir au-delà.

En tout cas, en conclusion, Abban aimait bien Wildcard, mais aimait bien aussi Jake. Le couple se retrouva parmi d’autres couples qui attendaient pour grimper dans la grande roue. Le prestidigitateur leva les yeux vers l’attraction. Voilà qu’ils allaient s’installer dans une nacelle de ce qui était sans doute l’un des plus gros clichés du romantisme… Pourquoi est-ce qu’ils en étaient arrivés là ? Et puis, Jake réalisa qu’il était compliqué d’aller vers d’autres attractions avec une peluche dans les bras. Il s’adressa une claque mentale. Dans sa précipitation à s’occuper, il avait zappé ce détail. Du coup, c’était un peu encombrant, un Leprechaun de trente centimètres. Et donc, ça interdisait pas mal de choses…

J’ai pas vraiment peur d’être « autre chose ». J’ai juste pas l’habitude. Un tête-à-tête, c’est vachement plus confortable quand je suis… « W », parce que c’est le moi que j’incarne le plus… Là, je voulais voir ce que ça donnait de te rencontrer différemment… Et c’est… bizarre… J’appréhendais un peu, en fait.

Devant eux, un couple hétérosexuel commença à s’embrasser, langoureusement.

Mais en fait, même toi, t’es pas comme les autres fois, même si t’as toujours la même allure… Je t’aime bien comme t’es, parce que… je sais pas… quelque part, j’ai l’impression qu’on est un peu pareil.

Les mains du garçon descendaient lentement dans le dos de la fille, alors que le baiser n’était toujours pas rompu. Jake tâcha de ne pas y prêter attention.

On doit avoir l’air franchement con, là, en fait… fit-il, au moment où la fille repoussa le mec.

Les mains étaient arrivées jusqu’aux fesses, et ça l’avait fait réagir, un peu trop brusquement. Surpris, le mec chercha du soutien autour de lui, et son regard tomba sur ceux qui étaient juste derrière, deux garçons.

Quoi ? Tu cherches, aussi.

Décontenancé par la remarque, il reporta son attention sur sa copine, qui souriait, visiblement amusée par les paroles de Jake. Et sur ce, elle se jeta au coup de son mec, pour reprendre le baiser. Et ce fut au tour de Wildcard de ne plus comprendre.

Ah, les filles… marmonna-t-il, avant de se décider à passer à autre chose. Alors comme ça, t’as des nouvelles compétences ? Tu bosses tout seul pour les développer ?

Avoir quelque chose de plus concret à dire, ça donnait de l’assurance. Encore quelques minutes, et ils allaient pouvoir grimper dans leur nacelle. Mieux valait donc partir sur un vrai sujet de conversation, plutôt que de laisser un nouveau malaise s’installer, que l’isolement n’allait certainement pas arranger. Le romantisme, c’était très bien dans les contes. Et Jake pouvait s’y intéresser quand il était Wildcard. En dehors, il n’y arrivait pas. Il n’avait en même temps jamais vraiment essayé. Un peu comme s’il connaissait la théorie sans jamais s’être penché sur le pratique.

Ta sœur t’aide ? Elle a aussi des competences ? enchaîna-t-il, histoire de nourrir un peu tout ça et ne pas laisser descendre le soufflé.

Parce que si le soufflé retombait… Mieux valait ne pas penser au malaise, encore.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 18:28 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Ah, les Leprechauns en peluche, c’était finalement une excellente excuse pour faire ce qu’on avait envie de faire sans vouloir se l’avouer. Si j’avais un Leprechaun en peluche, j’irais draguer dans les bars. Avec son Leprechaun en peluche, Abban allait faire un tour de Grande Roue, même s’il lui eût été simple comme bonjour de se téléporter pour déposer l’encombrant personnage dans l’une des très nombreuses pièces de son vaste manoir et revenir à côté de Jake, les mains libres pour un tour d’autos tamponneuses. Mais non, il s’y arrimait, à son Leprechaun en peluche.

Abban hocha la tête alors que Jake décrivait son trouble. Lui, son temps se partageait entre le travail et Aishlinn. Avec Aishlinn, il n’y avait pas besoin de réfléchir : il la connaissait depuis toujours et elle, c’était lui. En tout cas, c’était ce qu’il aimait se dire, même si leur arrivée à Star City avait profondément changé leurs habitudes et si, d’une certaine façon, ils s’éloignaient l’un de l’autre. Ou, tout du moins, se différenciaient un peu plus. Et quand il travaillait, il savait ce qu’il devait faire, comment il devait parler. C’était plus simple.

L’incident de leurs voisins de devant laissait Abban de marbre. Il ne s’était jamais retenu de faire quoi que ce fût en public et il ne se sentait pas vraiment oppressé par les tactiles échanges des autres. L’Irlandais vivait un peu dans son monde, qui était pour l’heure composé de Jake, d’un Leprechaun en peluche et de la nacelle qu’ils allaient partager tous les trois dans la Grande Roue, de plus en plus proche.

La conversation reprit et Abban comprit sans peine que Jake attenait désespérément de lui qu’il l’alimentât. Fort heureusement, en matière de prolixité, l’Irlandais était un expert.

— Bah, en fait, ça se déclenche toujours un peu par hasard, au début, tu vois. Tu t’rends compte que tu sais faire un truc auquel tu t’attendais pas, et une fois qu’tu sens ça, tu exploites un peu l’filon. Faut dire, j’opère dans un domaine où c’est facile de tester les limites. J’veux dire, tu sais, chiffrable : une question de distance, de poids supplémentaire, c’genre de choses.

En fait, tant qu’il ne disait pas « téléportation », il pouvait parler assez librement de son don : on avait l’impression qu’il évoquait un quelconque entraînement sportif.

— Comme j’en fais forcément une utilisation intensive, je vois bien comment ça s’améliore, et tout. Mais j’suppose que dans d’autres, euh… domaines, quand c’est moins quantifiable, là, c’est plus chaud d’savoir quoi faire pour s’entraîner, c’est sûr.

Par exemple, il voyait mal comment Jake pouvait avoir plus de chance ou déterminer la quantité de chance qui était la sienne. Mais il fallait dire qu’il ne comprenait pas très bien les implications concrètes du pouvoir de son ami, qui restait un peu flou pour lui. Le sien, beaucoup plus matériel en quelque sorte, lui paraissait beaucoup plus compréhensible.

— Ma sœur est comme ça, aussi, ouais, dans les grandes lignes. Pas le même domaine, mais y a pas mal de similitudes.

Sauf si on partait sur le terrain de la magie. Il essayait de suivre, de loin, les progrès de l’Irlandaise, mais tout cela était bien nébuleux pour le complet néophyte qu’il était et il avait l’impression qu’une part importante de la vie de la jeune femme lui échappait sans qu’il pût en aucune manière la rattraper.

À mesure qu’il parlait, le couple progressait dans la file d’attente.

— Je travaille pas mal autour, aussi. Des trucs plus standards. En fait, j’ai vraiment développé des compétences particulières que super tard, du coup, j’ai appris à envisager toutes les solutions. J’me suis lancé dans les arts martiaux, genre, par exemple. Ça, c’t’inédit.

De fait, avec un pouvoir comme le sien, savoir se battre était loin de devenir une priorité, mais Abban s’était régulièrement retrouvé dans des situations où la sécurité de ses associés dépendait de sa capacité à neutraliser quelques gardes trop insistants et s’il avait été réticent, les premiers jours, devant les propositions de Thabo, il avait finalement consenti à s’engager dans cette nouvelle voie.

— C’pas encore trop ça, j’ai pas spécialement la carrure, mais j’cherche des solutions.

La musculation ne donnait rien de remarquable, à vrai dire. Probablement que ses limites physiologiques avaient été atteintes, pour l’instant — et il ne tenait pas à s’injecter des produits douteux pour améliorer encore ses performances.

Leur tour était venu et ils grimpèrent dans une nacelle. Immédiatement, Abban posa son Leprechaun et observa la ville au-dessus de laquelle il s’élevait un petit peu.

— C’est cool, mais c’est dommage que ça aille pas plus haut.

Dans les autres nacelles, les couples étaient probablement occupées à se rouler des patins. Abban, lui, admirait la ville, sensible à ce spectacle nocturne et électrique.

— ‘Tain, j’aimerais bien savoir voler, pas toi ? Des fois, j’vais au sommet des buildings, mais c’est quand même pas la même chose.

Peut-être que Chase pourrait modifier Macha pour lui inclure des ailes ? Ou quelque chose dans ce goût-là. Abban s’imaginait très bien en pilote aérien.

— T’as vu, là ? C’est la baraque qu’on s’est faite.

Elle était en réalité parfaitement invisible : la vision à distance d’Abban s’était concentrée sur le bâtiment quand il avait songé à le chercher dans le paysage et lui faisait voir clairement ce qui était en réalité dans tout autre endroit de la ville.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 19:03 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Jake s’en voulait vraiment de ne pas pouvoir être plus bavard que ça. Il se promit intérieurement de parler plus, alors qu’il enviait Abban d’être aussi à l’aise. Quand on s’éloignait du sujet « l’autre et ce qu’on peut ressentir », ça devenait tout de suite plus facile. Les couples continuaient de monter dans les nacelles, et ce serait bientôt leur tour. Pendant ce temps-là, le moulin à paroles s’était enclenché. Ainsi, la téléportation se développait à mesure qu’elle était employée. Aishlinn avait ses propres compétences. Et l’Irlandais s’attaquait désormais à une toute autre discipline : les arts martiaux. Wildcard eut fugitivement l’image d’un Abban voletant dans les airs autour de ses ennemis, se téléportant tout en leur portant des coups bien placés, un peu à la manière d’un Diablo dans X-Men 2. Et franchement, c’était cool.

Le Passeur fut le premier à monter quand leur tour arriva, et le Leprechaun trouva lui aussi sa place sur le siège. Jake leva les yeux, constatant qu’en effet ça n’irait pas bien haut, mais la vue devait tout de même en valoir la chandelle. Même si la compagnie était bien intéressante. À mesure qu’ils s’élevaient, les sommets des buildings apparurent et ils semblèrent sortir de terre. Abban, lui parlait de voler. Ah, voler… Combien de fois Wildcard s’était demandé si concevoir un tapis volant était possible… Évidemment, voler à l’aide d’appareils était à la portée de n’importe qui, alors y mettre une touche d’enchantement avait un peu quelque chose qui le faisait rêver.

Ouais, voler, ça serait génial… Y en a plein dans les contes. Les fées, les dragons… Mais mon kif, ce serait un tapis volant, comme Aladdin.

Maintenant qu’il y repensait, il faudrait qu’il se penche de nouveau sur la question. La technologie devait pouvoir y faire quelque chose, mais puisque la magie était présente, elle devait en fait être bien mieux pour ce genre de projet. Après tout, un tapis volant, c’était un objet magique, ensorcelé. Laissant de côté ses pensées teintées de mille et une nuits, Jake porta son regard sur l’horizon. Et bien sûr, il ne voyait rien de particulier. Est-ce qu’Abban se foutait de lui ? Est-ce qu’il voyait réellement la « baraque » ?

De là, nan, je vois pas grand-chose…

Mais il avait tout de même noté l’information. Il n’avait pas énormément d’informations sur la vie de tous les jours de l’Irlandais, et voilà qu’il apprenait que sa sœur et lui avait une maison. Est-ce qu’ils l’avaient depuis le début, ou bien était-ce plus récent ?

Vous avez une baraque, avec ta sœur ?

S’ils avaient pu acquérir une véritable maison, c’est que les affaires marchaient bien. Les pièces d’or glanées auprès de la sorcière débile avaient sans doute pas mal aidé. Jake, lui, avait gardé les siennes, qui devaient à présent traîner dans un carton quelque part dans son appart. Pas qu’il était particulièrement sentimental, mais se débarrasser des choses qu’il accumulait avec le temps revenait à faire le ménage. Pour faire le ménage, en fait, il lui aurait fallu une Blanche-Neige… La femme idéale. Belle, voix sublime, et surtout, très enthousiaste en ce qui concernait les tâches à faire à la maison : ménage, vaisselle, repassage, toutes ces conneries que Jake n’avait jamais faites de sa vie.

Avec plein de pièces, une femme de ménage, un grand garage ? Vous avez une gouvernante ?

Tel qu’Abban l’avait présenté, il n’y avait pas de raison de s’imaginer qu’il y avait tout ça, et pourtant, Wildcard avait tendance le faire. Parce que son esprit fourmillait de références. Une villa, une maison de style colonial, un manoir… Et avec ça tout le personnel, du jardinier à la cuisinière. Le garage, il n’y en avait pas dans les contes, ou pas vraiment, à moins que l’on considère comme un garage les écuries, mais il devait bien y en avoir un, puisqu’il fallait bien que Macha « dorme » quelque part. Sauf s’ils lui avaient prévu une chambre…

Tiens, y a une tour de chute ! Ça fait un bail que je suis pas monté dans un truc comme ça, j’ai oublié la sensation que ça fait ! fit-il ensuite, désignant un immense pylône au sommet duquel se trouvait une cabine circulaire.

Cette dernière sembla soudain se décrocher, chutant dans le vide, et s’arrêtant brusquement avant de toucher le sol. Il anticipait un peu, mais quelque part, il avait aussi besoin de montrer un peu d’enthousiasme. Parce que la seule manière à laquelle il pensait de montrer à Abban qu’il était vraiment content d’être avec lui, c’était de faire comme dans les autres nacelles. Ce qui n’était pas une solution inenvisageable. Après tout, les initiatives «baiser », depuis le début, venaient toutes de l’Irlandais…

Et puis, en réalité, il était sûr que la tour chute libre n’allait pas le satisfaire. Les parcs d’attraction étaient un concentré de toutes les sensations fortes que l’on pouvait vivre, et c’était pour lui du vu, voir du revu. Il voulait de la nouveauté. Et en terme de nouveauté, être assis à côté de son ange-démon dans la nacelle d’une grande roue, il faisait très, très fort. Parce que son cœur blasé pouvait soudain s’animer. Une étincelle, et c’était parti pour la chamade… Alors, il parlait. Pas autant qu’Abban, mais il parlait. Histoire d’avoir de la contenance. La contenance, c’est bien. Surtout quand on a pas l’habitude d’être mal à l’aise.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 21:28 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Abban s’imaginait beaucoup plus dans un super-jet que sur un tapis volant — il devait faire froid, sur un tapis volant. Évidemment, Aladdin n’avait pas ce problème, mais Aladdin ne vivait pas à Star City. L’Irlandais avait un esprit parfois un peu trop pragmatique pour se laisser vraiment porter par les rêves, mais il fallait bien quelqu’un pour compenser le sens du romanesque de son ami.

— Hmm… ?

Lui, il avait parlé de la maison que Jake et lui avaient prise d’assaut, quelques semaines plus tôt, mais il se rendait compte que sa formulation avait été ambiguë et que, par chance, Jake avait mis le doigt sur une réalité. Le jeune homme, qui s’était agenouillé sur le siège pour coller son nez au vitre, se rassit comme il était censé le faire et hocha la tête, pour confirmer que sa sœur et lui avaient désormais un peu plus de confort que celui de leur sommaire appartement.

— Un truc assez grand, ouais, avec plus d’pièces qu’on en utilise, et puis un garage. Mais pas d’femme de ménage.

L’Irlandais n’était pas un spécialiste du ménage, à vrai dire, mais cela ne lui déplaisait pas non plus — avec un peu de musique, c’était une bonne manière de danser, et souvent, cela lui permettait de réfléchir à ses futures entreprises. Il s’abstint cela dit de donner de plus amples détails sur la fameuse maison et les circonstances dans lesquelles ils l’avaient acquise, tout comme il n’évoqua pas Thabo Asmal. Même dans une nacelle, Abban gardait les pieds sur terre : Jake était assurément adorable, mais Cartel ou non, il y avait des choses que le jeune homme gardait secrètes.

Son attention fut d’ailleurs détournée par la prochaine attraction et un immense sourire éclaira son visage.

— Ça a l’air sympa, mais… J’vais t’faire essayer autre chose, de plus fun. Tu verras.

Pendant ce temps, la nacelle amorçait lentement sa descente. Le silence revint s’installer. Abban hésita un peu, puis passa finalement un bras autour des épaules de Jake. Comme la première fois où ils s’étaient rencontrés, Abban n’éprouvait aucune difficulté à assumer un rôle protecteur auquel ni sa carrure, ni son visage ne paraissaient le destiner. En bon téléporteur, il ne se souciait pas trop des contraintes purement matérielles.

— Détends-toi, mec…

Il avait dit cela tout doucement — au moins le temps de sa voix rattrapait ce que son lexique pouvait avoir d’un peu ardu.

— J’suis content d’être là avec toi. Et t’es pas obligé, ‘chais pas… D’faire quoi qu’ce soit, ou dire quoi qu’ce soit. OK ?

Il déposa un baiser sur la joue de Jake et la nacelle atteignit finalement le sol. Embarquant son Leprechaun sous un bras, il retira l’autre des épaules de Jake et descendit, pour regagner les allées. Mais au lieu de se diriger vers la fameuse tour de chute, Abban, après avoir attrapé la main de Jake dans la sienne, entraîna son compagnon à l’écart, en se faufilant entre les baraquements, là où personne n’allait.

— ‘Tends moi là, j’reviens, j’vais déposer celui-là à la maison.

Sur quoi, Abban disparut pour réapparaître une seconde plus tard, sans son Leprechaun.

— Alors, chute libre, hein ? J’espère qu’t’as l’estomac bien accroché. Ferme les yeux au début, ça passera mieux.

Après cette recommandation cryptique, Abban se colla à Jake, glissa ses mains sous le haut du jeune homme et les posa sur sa peau, au creux de son dos. Puis les deux criminels disparurent, pour se matérialiser à une trentaine de mètres au-dessus de l’océan, au large de Star City. Ils commencèrent à chuter à vive allure et, juste avant de toucher l’eau, disparurent à nouveau pour revenir à leur point de départ, sur les deux pieds, au moins en ce qui concernait Abban.

L’Irlandais n’avait pas assez suivi ses cours de physique pour se rendre compte qu’ils avaient entre temps dissipé une grande quantité d’énergie cinétique, alors qu’ils auraient dû s’écraser brutalement sur le sol, téléportation ou non. Les subtilités mécaniques de son pouvoir lui échappaient complètement : tout ce qu’il savait, c’était que ça marchait et qu’il avait lâché bon nombre de gêneurs comme ça, dans la baie. Ça valait toutes les attractions du monde.

Il s’était détaché de Jake, pour le laisser reprendre ses esprits — ce n’était pas tous les jours qu’on manquait de mourir écrasé-noyé dans l’océan — mais, à en juger par son sourire, il était évident qu’il se sentait plutôt fier de lui. Forcément, à côté d’une pareille démonstration, la tour de chute, le grand huit ou la Grande Roue paraissaient bien minable. Entre sa voiture et son pouvoir, Abban était un parc d’attractions ambulant à lui tout seul. Le jour où il parviendrait à téléporter Macha, il pourrait devenir riche rien qu’en vendant des billets pour le voyage.

— Ça donne faim !

Question de point de vue. Ça arrachait surtout le cœur, mais enfin…

— On prend un truc à emporter ? Pas ici, ça a l’air naze, mais j’sais pas, y a des kebabs et tout, pas loin, j’crois.

Il ne croyait pas, il en était sûr : en bon transporteur, il avait fini par connaître Star City comme sa poche.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 23:04 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Qu’importe s’il y avait eu incompréhension. Jake se rendit compte à la réaction d’Abban que peut-être ils ne parlaient pas de la même chose, mais il mit ça sur le compte de sa gêne, qui malgré tout demeurait, sous la forme d’une petite boule dans son estomac. Et donc, les jumeaux avaient vraiment une grande maison. Sans plus de détails. Sans doute l’Irlandais préférait-il garder les informations pour lui, qui devaient être du genre confidentielles. Et son amant ne pouvait lui en vouloir, lui-même n’aurait pour rien au monde révéler ce qui se passait à l’As de Pique. Son appart était éventuellement visitable, mais le reste était top secret. Le Gang des Fables avait ses mystères.

Abban annonça qu’il avait autre chose en réserve, plutôt que l’attraction désignée par Jake. Ah. Ce dernier allait donc attendre. Il fut un peu surpris quand un bras se glissa derrière lui pour le prendre par l’épaule. Les mots qui suivirent, malgré un certain manque de « raffinement », étaient efficaces. Jake acquiesça, déposa à son tour un baiser sur la joue d’Abban, et se blottit contre lui jusqu’à l’arrivée au sol de la nacelle… C’était assez étrange, de se retrouver dans cette situation, presque protégé. Mais l’Irlandais avait sans doute plus d’expérience dans ce genre de relation. Jake, lui, n’en avait en fait pas du tout. L’habitué, c’est Wildcard. Et encore, ce n’était jamais vraiment tendre…

Ensuite, il se laissa entraîner à l’écart, laissa Abban faire un rapide aller-retour chez lui, une seconde, avant de sentir que ce qui lui préparait son amant était sur le point d’arriver. Il devina que ça avait un rapport avec la téléportation. Et du coup, il sentit l’excitation monter en flèche. Alors que le Passeur lui glissait les mains dans le dos, à même la peau, il le prit par la taille. Sans fermer les yeux. En un clin d’œil, ils étaient ailleurs. Jake ne réalisa pas immédiatement qu’ils étaient apparus au-dessus de la mer. Son cœur sembla monter soudainement alors qu’ils chutaient dans le vide. La sensation était extraordinaire.

Quand la terre ferme les accueillit, Wildcard s’appuya à la paroi la plus proche. La tête lui tournait, il manqua de vomir, et il resta ainsi, immobile, quelques secondes. Puis il analysa ce qui venait de se passer. Il avait parlé de chute libre, alors Abban l’avait téléporté dans les airs, en pleine mer. Il y avait des lumières, ce devait donc être à proximité de la ville… Et puis, la gravité s’était rappelée à eux. Et à l’instant où Jake pendait toucher la surface de l’eau, l’onde obscure avait disparu. Un aller-retour pour des sensations fortes inédites. Relevant la tête, il vit que l’Irlandais souriait. Et, constatant qu’il n’allait pas rendre le peu que son estomac devait contenir, le prestidigitateur se redressa, et rendit son sourire à Abban.

Ce dernier annonça alors qu’il avait faim. Et qu’il préférait aller prendre quelque chose à manger ailleurs. Et il avait plutôt raison, la bouffe qu’on vendait au sein de la fête foraine n’était pas vraiment appétissante. Et celle qui l’était un peu était trop chère et trop grasse. Un kebab, même si en soi, ça n’était pas moins gras, au moins, c’était une vraie valeur sûre. La suggestion était de bon augure, parce que Jake aussi, avait faim, maintenant qu’il y pensait.

Va pour le kebab ! Je connais pas trop ce coin-là, alors, je te fais confiance et je te suis !

L’attraction inattendue lui avait remis un coup de boost. Wildcard combla l’espace qui le séparait du Passeur, glissa une main sur sa nuque et l’attira à lui pour l’embrasser, assez chastement.

Merci pour le voyage surprise. C’était de l’inédit, et ça, je surkiffe, fit-il, en rompant le baiser de quelques secondes. Et puis, t’as l’air de m’avoir bien cerné, moi, celui qui se cache derrière son personnage. J’ai une sacrée chance de t’avoir rencontré…

Jake réalisa quel mot il venait d’utiliser. « Chance ». Sa rencontre avec Abban, dans ce bar du Cartel, était-elle vraiment due à la chance ? Personne ne pouvait l’affirmer, mais personne n’allait le démentir non plus… À présent que la décision était pris quant à la suite, une question restait à poser :

On marche jusqu’au kebab, ou tu veux utiliser un transport plus rapide ?

La téléportation, en fait, on pouvait s’y habituer. Du moins, il devait être plus facile de s’accoutumer à la « dématérialisation-matérialisation » quand on avait l’estomac vide. Jake avait bien laissé sa moto à l’entrée, mais s’il ne la retrouvait pas… et bien il en piquerait une autre. L’avantage d’être un criminel membre d’une organisation comme le Cartel Rouge, c’est qu’on avait pas vraiment besoin de se poser de questions pratiques, ou d’avoir des cas de conscience, quand on avait envie de quelque chose. Le deux-roues garé au parking de la fête devait bien être le trente ou trente-et-unième dérobé depuis deux ans. Sans compter les voitures. Changer souvent permettait de moins attirer l’attention. Après, si on avait la chance d’être un téléporteur ou celle d’être l’heureux propriétaire de Macha, on se posait encore moins de questions, en fait.

Comme j’ai dit, je te suis. Où tu veux.

Là, ça pouvait être interprété différemment. Dit sciemment ? Qui sait.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 23:41 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Pas une seule seconde Abban n’envisagea que leur petite attraction avait pu déplaire à Jake — ou le traumatiser. L’Irlandais était bien trop habitué à vivre dangereusement pour songer que ceux qui menaient la même existence que lui ou, tout du moins, exerçaient à peu près la même profession, pussent avoir des goûts un peu plus sécurisés. Jake avait forcément aimé cela. Ce fut donc en toute bonne conscience que l’Irlandais vint récolter son dû sous la forme d’un baiser.

— Bah ouais, qu’est-ce que tu crois ? J’suis perspicace, moi, c’comme ça qu’on survit.

Bon, en fait, c’était surtout un coup de bol : il lui arrivait bien plus souvent de se mettre des gens à dos à cause de son comportement erratique et impétueux que de susciter l’enthousiasme — ils avaient de la chance, oui, de tomber l’un sur l’autre, mais Abban ne songeait guère aux conséquences de tout cela. Il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Il revoyait Jake ce soir-là, peut-être un autre soir, comment savoir ? Et puis, quelle importance ?

Avec la même insouciance qu’à son ordinaire, surtout depuis que leur petit voyage dans les airs avait ôté un peu de l’embarras de son compagnon, Abban se détacha pour se mettre en route, après avoir décrété :

— Bah on marche, évidemment. Fais gaffe, s’tu t’habitues trop, tu vas t’encroûter.

Bon, il y avait encore de la marge. Dans leur profession, s’entretenir était un peu une nécessité pour la survie.

— Après, moi, j’te transporte plus, si tu d’viens trop lourd, hein.

Comme à son habitude, Abban parlait comme s’ils allaient passer leur vie ensemble, même s’il ne songeait pas vraiment au futur : c’était une manière pour lui de profiter pleinement du moment présent et de lui donner toute sa valeur. La proposition un peu plus équivoque de Jake fut accueillie avec une étincelle pleine d’intérêt dans le regard d’Abban, qui glissa ostensiblement du visage de son ami à son pantalon.

— Hmm…

Se téléporter dans la suite d’un grand hôtel, voilà ce qui lui passait par l’esprit. Il se mordit la lèvre inférieure, mais son ventre gargouilla et trancha le dilemme.

— ‘Faut manger pour s’donner des forces. Après… après on verra…

Ça avait l’air tout vu, à son sourire entendu. À nouveau, il enfonça les mains dans les poches de son blouson et, guidé par un sens de l’orientation très sûr, il guida Jake hors de la fête foraine pour s’engager dans l’une des nombreuses petites rues commerçantes qui rayonnaient à partir de la place limitrophe où la foire s’était installée. À cette heure, le commerce battait son plein et les deux jeunes se retrouvèrent, une fois de plus, dans une file d’attente.

Abban était occupé à tendre le cou pour observer le menu, pas encore habitué à utiliser systématiquement son nouveau pouvoir au lieu de recourir à son sens de la vision plus traditionnel. À mesure que son regard bondissait d’un tableau à l’autre, où l’on trouvait décrits les principaux menus, son agitation augmentait. Son sourire s’était petit à petit effacé. Placé devant un choix, même parfaitement anodin, surtout parfaitement anodin, Abban se sentait parfois gagné par une anxiété incontrôlable, particulièrement lorsqu’il était question de nourriture.

Ses difficultés psychologiques lui étaient devenues de plus en plus sensibles à mesure que les semaines s’écoulaient, depuis son arrivée à Star City — effet immanquable de l’entrée dans l’âge adulte. Même lui ne pouvait ignorer désormais que son comportement ne relevait pas seulement d’une personnalité atypique, comme il avait longtemps aimé à le penser. Et le souvenir de sa mère, enfermée dans un hôpital psychiatrique, ne l’aidait pas à relativiser.

C’était ridicule. Il savait très bien ce qu’il voulait, n’importe quoi ferait l’affaire, mais il ne pouvait s’empêcher de sentir de plus en plus angoissé. Il jeta un coup d’œil nerveux à Jake. Immanquablement, le jeune homme allait finir par se poser des questions et la soirée serait ruinée. Finalement, d’un ton un peu brusque, Abban déclara :

— Choisis pour moi, tu veux ? J’dois passer un coup d’fil, rapide, là, j’avais oublié.

L’excuse n’était pas très crédible mais Abban s’était déjà détaché de la file d’attente, son téléphone à la main, pour s’éloigner de Jake et de la nourriture. Il se mit à pianoter évasivement sur son appareil, en inspirant profondément, pour retrouver son calme. En réalité, comme il n’avait jamais consulté de thérapeute, il ne savait pas vraiment quoi faire. Ni même s’il y avait quelque chose à faire. Mais les médecins et les médicaments, ce n’était vraiment pas son truc.

Lorsque Jake revint avec les fameux kebabs, Abban prit le sien et le regarda d’un air dubitatif. Lui qui avait paru affamé quelques minutes plus tôt ne semblait pas enthousiasmé par son dîner. Il releva les yeux vers Jake et força un sourire.

— Merci.

Rapidement, son regard se détourna. L’embarras dont il faisait preuve n’avait aucune commune mesure avec les silences qui s’étaient installés entre eux. De toute évidence, il s’était passé quelque chose, dans la file d’attente, quelque chose d’assez grave pour lui faire perdre brusquement la joie de vivre qu’il avait eue en quittant la fête foraine. Jake avait finalement trouvé l’Abban derrière le masque, et il n’y avait pas que de l’insouciance.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 14 Nov 2013 - 0:40 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Aller se remplir l’estomac semblait réellement être la meilleure option pour le moment. En marchant, et non en se téléportant. Jake n’avait pas l’intention de grossir au point de devenir trop lourd, et de toute manière, il s’entretenait un minimum pour ne pas risquer de devenir un peu gras. Et de toute façon, y aller à pied contribuait à maintenir cette bonne forme. Bien sûr, il y avait bien d’autres choses, des activités physiques, susceptibles de brûler les graisses, mais il était encore trop tôt pour les envisager. Abban, en tout cas, ne semblait pas les rejeter. Mais avant, bien sûr, ils allaient manger !

Si le couple du soir put fendre la foule jusqu’à la sortie, ce ne fut que pour mieux se retrouver dans une autre foule, celle qui arpentait les rues du quartier commerçant. Au vu de l’heure et de la présence d’une si grosse source de fun, ça n’était pas étonnant. Ça grouillait de partout, il y avait des queues à tous les petits restaurants. Ça n’allait pas être évident… Mais si la faim était forte, elle allait forcément vaincre, et la patience devrait bien suivre ! Ils se calèrent finalement dans la file devant un kebab, avant de s’intéresser au menu. Jake fit rapidement son choix, et remarqua que ce n’était pas le cas d’Abban. Pire, ce dernier semblait mal à l’aise. Voire… c’était comme s’il allait paniquer. Et puis, sans crier gare, l’Irlandais annonça qu’il avait un coup de fil à passer.

Jake resta planté là, tout seul. Il aurait bien voulu se lancer derrière son amant, mais il aurait perdu la place qu’ils avaient chèrement gagnée dans la queue. Aussi demeura-t-il où il était, tâchant de définir si son choix allait convenir à Abban. L’idéal était, bien sûr, qu’il prenne la même chose. Son tour arriva très vite, et il opta pour du très classique. Rien ne valait le très classique. Salade-tomates-oignons, sauce blanche, et un bon paquet de frites par-dessus. Il régla, tout ça en étant particulièrement poli, et chercha ensuite le Passeur du regard. Celui-ci n’avait vraiment pas l’air d’aller bien… Il lui remit son kebab, mais Abban détourna le regard, comme pour masquer quelque chose… Est-ce que lui aussi se montrait soudain gêné ?

Viens par-là, fit Jake, en attrapant le bras de l’Irlandais, pour l’écarter de la foule.

Ils s’arrêtèrent devant une marche, parfait pour se poser un peu. Après l’avoir un peu forcé à s’asseoir, il s’installa à côté. Le moment était venu de faire ce qu’il ne faisait jamais, qu’il soit Jake Walker ou Wildcard. Après avoir grignoté une paire de frites, il prit la parole :

Je veux pas te forcer à me dire ce qui va pas, mais ça me fait bizarre de te voir comme ça. Ça allait bien jusque-là, et d’un coup, t’es plus toi-même… Enfin, t’es plus le Abban que je connais… Mange, ça va refroidir.

Et puis, ça lui ferait du bien, ça le requinquerait, tiens. Le conteur poursuivit :

Je suis pas doué avec les mots… Enfin, pas quand je suis… « Jake »… Mais j’ai vraiment envie de t’aider à aller mieux. Si tu veux pas me dire, ben, c’est pas grave, mais je suis là. T’as dit que j’avais pas besoin de parler ou faire quoi que ce soit, alors, je vais juste faire un truc : être là.

Et sur ces derniers mots, il attaqua franchement son kebab. La technique était déjà bien éprouvée. D’abord, dégager un maximum de frites, sans oublier de taper un peu dans la viande, jusqu’à ce que le sandwich puisse être un peu refermé, et ainsi être pris entre les mains pour être mangé… comme un sandwich. Et il n’ajouta rien jusqu’à ce qu’il ait tout fini. Mais ça ne l’empêchait pas de penser. Qu’est-ce qui avait bien pu faire changer Abban comme ça ? Le kebab en soi ne devait rien avoir à faire dans l’histoire. La foule ? Non, vu qu’ils avaient été à la fête foraine… En fait, c’était assez incompréhensible. Les gens passaient devant eux, indifférents. L’indifférence, tantôt une bénédiction, tantôt un fléau de ce monde.

En tout cas, t’avais raison, ça donne des forces ! lança Jake, avec un enthousiasme qu’il voulait contagieux.

Et si ça ne fonctionnait pas, et bien, il espérait qu’il y ait quand même un résultat, qu’il se passe quelque chose. Parce que voir Abban dans cet état lui faisait franchement de la peine. Il s’était attaché plus qu’il ne se le serait imaginé, et à présent, il se rendait compte de ce que cela pouvait impliquer. Et même s’il ne forçait pas l’Irlandais à parler, il était curieux de savoir ce qui pouvait le déstabiliser à ce point et le rendre bien moins bavard. Quand on avait l’habitude de le voir débordant d’énergie, c’était assez perturbant…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 14 Nov 2013 - 10:26 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Abban se laissa guider docilement — un exploit — vers la marche, s’assit et, instinctivement, se colla un peu contre Jake, son kebab dans les mains, le regard posé sur ses frites. Il n’avait jamais vraiment parler à qui que ce fût que de ses petites particularités. Aishlinn ne posait pas de questions, elle savait. Supposait-il. Thabo, s’il avait remarqué quelque chose, depuis qu’ils avaient emménagé avec lui, devait être assez cultivé et intelligent pour poser seul un diagnostic. Alors Abban se murait dans un silence un peu lâche qui, en fin de compte, l’arrangeait beaucoup.

Cela dit, Jake n’était pas aveugle. Les questions ne tardèrent pas à venir, même si elles étaient voilées et si le jeune homme avait la délicatesse de ne pas se faire trop inquisiteur. L’Irlandais jeta un petit coup d’œil rapide à son compagnon puis, décidé à obéir, parce que ça ne coûtait rien, il commença à picorer sans conviction dans ses frites. La présence de l’Américain près de lui, ses paroles, il y avait quelque chose dans tout cela qui le réconfortait, même s’il avait fini par comprendre que son humeur était parfois si déconnectée de ce qui se passait autour de lui qu’il était délicat de l’interpréter de la sorte.

Il avait déblayé les frites, finalement, pour pouvoir mordre dans la viande. Après quelques bouchées, il prit enfin son courage et se décida à murmurer :

— Faut pas faire attention. J’veux dire, ça arrive. Ça m’arrive de… J’sais pas. Mon humeur, c’t’un peu comme les montagnes russes. En haut, en bas, très vite, très fort, en peu de temps.

Il y avait sans doute un nom pour cela. Les médecins étaient doués pour donner des noms à tout. Il se souvenait des assistantes sociales, à Dublin, à l’école, qui tenaient à leur expliquer, à Aishlinn et lui, ce qui allait arriver à leur mère, et pourquoi. Cette patience pédagogique n’avait jamais réussi qu’à effrayer un peu plus Abban. Alors il préférait se comparer à une montagne russe. C’était moins… morbide.

Abban haussa les épaules avant d’esquisser un sourire un peu amer.

— ‘Fin, bref, c’t’une sorte d’héritage familiale, tu vois. Ma mère aussi est…

Quoi ? Malade ? Folle ? Il ne trouvait pas vraiment de mot qui l’arrangeât.

— …pas très stable. Elle, c’différent, c’la dit. L’est juste triste tout l’temps. Ptêtre à cause de nous.

Aishlinn et lui. Il s’était toujours senti un peu responsable de la chute précipitée de leur mère. Leur enfance avait dû l’épuiser. Il s’était attaché à elle, malgré tout, à la différence de sa jumelle. Une sorte de compensation à leur perpétuelle turbulence. Une compensation qui n’avait pas servi à grand-chose.

Abban tourna de nouveau les yeux vers Jake.

— En tout cas, c’pas à cause de toi. J’passe un bon moment, là, un très bon moment. Puis t’es… J’sais pas. Gentil. Avec moi. C’est pas souvent.

Un sourire timide passa un instant sur ses lèvres puis il se concentra sur le reste de son kebab. Parler, en fait, c’était une sorte de consolation — en tout cas parler à Jake. Il avait recommencé à manger, sinon avec bon appétit, du moins avec constance, et s’il n’avait pas englouti son repas aussi rapidement que son vorace voisin, il ne tarda pas à le finir non plus. S’essuyant consciencieusement les mains avec la serviette, Abban poussa un soupir.

— Ça vaut pas un resto gastronomique, mais parfois, c’est cool. Un jour, quand même, on mangera de la vraie nourriture.

Avec les Mac Aoidh, on ne plaisantait pas longtemps en matière de cuisine. Abban n’était pas tout à fait sûr que Jake eût envie de rentrer dans un restaurant de luxe, avec tout l’apparat que cela exigeait. Lui-même s’était fait une raison depuis bien longtemps : les jumeaux étaient décalés dans ce genre d’établissements, sans aucun doute, mais ils payaient, et ils payaient bien — l’argent transformait leur impolitesse en excentricité.

Abban prit la main de Jake pour passer le bras de l’Américain autour de ses épaules et, toujours assis sur leur marche, il se rapprocha encore un peu plus de lui. Doucement, il rajouta :

— Désolé. Pour tout à l’heure. J’suis pas toujours fun, ‘faut croire.

Il avait posé l’une de ses mains sur le genou de Jake et il regardait les gens passer dans la rue. Il était toujours frappé de constater quelle apparence de normalité cette ville qu’il connaissait sous un tout autre jour pouvait adopter, comme si le Cartel, les mutants, les mages et les démons n’existaient pas. Parfois, il avait l’impression de revoir Dublin — les tensions nationalistes en moins.

— Quand on était gamins, not’ père nous amenait dans des foules, comme ça, pour apprendre à tirer les portefeuilles.

Ce qui devait être une peinture bien sinistre de l’enfance fit naître un sourire nostalgique sur son visage.

— C’était cool.

Irrécupérable.

— Des fois, j’fais ça encore. J’veux dire, c’est super simple, mais c’t’un peu comme le retrogaming, tu vois.

Des distractions de criminels, en somme. Abban tourna le visage vers Jake et déposa un nouveau baiser sur sa joue, avant de souffler :

— Merci.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 14 Nov 2013 - 13:22 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil

Jake ne s’était pas vraiment attendu à ce qu’Abban se livre comme ça. Après avoir finalement attaqué son kebab, sans vraiment d’appétit cependant, l’Irlandais avait commencé à parler de lui, et de sa famille. Les « montagnes russes » émotionnelles étaient donc un état qui lui venait de sa mère… C’était la toute première que Wildcard entendait l’Irlandais parler de quelque d’autre, en dehors de sa sœur. Et apparemment, leur génitrice n’était pas au meilleur de sa forme… Jake en déduisit même qu’elle devait être en établissement spécialisé, quelque chose dans le genre.

Un bref instant, il se demanda ce que devenaient ses propres parents. Il y avait déjà presque dix ans qu’il les avait rayés de sa vie, en partant, du jour au lendemain, conquérir les casinos. Peut-être l’avaient-ils oublié. Ce qu’il prenait avec une totale indifférence. Sa famille, c’était le Gang des Fables. Maléfique, une sorte de grande sœur. Prof, le super papy. Et Shrek, le tonton cuistot. Une famille atypique, mais de toute façon, elle était composée de membres atypiques, dirigée par un garçon atypique. La normalité était ennuyeuse. Un papa, une maman, deux enfants, un chien. Banal et sans intérêt.

Finalement, Abban, après ces quelques instants de vérité sur lui-même, remit la conversation sur eux deux. Jake accueillit avec un vrai sourire les paroles suivantes. Là, pour lui, et ce n’était pas souvent, c’était normal d’être présent. Parce que s’il y réfléchissait un peu, il n’était pas certain d’agir comme ça avec quelqu’un d’autre. Ce garçon qui l’avait attiré, avec qui il avait partagé un moment charnel, l’avait aussi touché, et maintenant, il en découvrait un peu plus sur lui… L’Irlandais semblait avoir relancé un peu la machine, et parlait, à présent, de restaurant gastronomique.

On a un « chef », chez moi. Shrek, on l’appelle. Un sacré cordon bleu. Un jour, tu goûteras sa cuisine !

Ça ressemblait à une invitation, ce qui était plutôt normal, puisqu’en fait, c’en était une, même si elle n’était pas vraiment formulée comme une invitation classique. Abban prit ensuite la main de Jake, pour qu’il lui passe autour de l’épaule. Ils étaient là, assis l’un contre l’autre sur une marche, sous l’indifférence des passants.

Bof, être fun tout le temps, quelle idée… murmura Wildcard, en levant les yeux au ciel, jouant l’agacement.

La situation était en train de se dédramatiser, ils n’allaient pas replonger dans le spleen. Même si un air de nostalgie flottait encore dans l’atmosphère. L’Irlandais s’embarqua dans une anecdote de son enfance, évoquant cette fois son père, l’homme qui apparemment avait lancé ses enfants dans le bain de la criminalité. À voir passer tous ces badauds, Jake se mit à imaginer l’argent qu’il pourrait se faire rien qu’en circulant entre eux, en les bousculant très légèrement… Même si ça n’était pas son genre. Le pickpocket qu’il était se servait de certaines distractions. Un peu de show pour attirer l’attention ailleurs.

« Retrogaming » ? Oui, c’est vrai, c’était une activité un peu datée, vers laquelle on aimait revenir. Wildcard avait modernisé l’activité de pickpocket, en quelque sorte. En la liant à une de ses passions. Le petit sourire qui était né sur ses lèvres s’élargit légèrement quand Abban lui déposa un bisou sur la joue. Et le remercia. Serrant un peu plus le bras autour de son épaule, il posa sa main libre sur celle qui reposait sur son genou, et glissa ses doigts entre ceux de l’Irlandais. Et puis, histoire qu’ils ne s’endorment pas là…

On bouge ?

Déposant un baiser sur les cheveux d’Abban, Jake se releva, avant de jeter un regard à droite, puis à gauche. Qu’est-ce qu’ils allaient bien pouvoir faire maintenant ? Au départ, ça devait être une soirée tranquille dans une fête foraine. Et puis, finalement, après une démonstration de ce qu’était une véritable chute libre, ils s’étaient retrouvés à manger un kebab. Une promenade digestive ? C’était une idée envisageable, même si là, il y avait plutôt beaucoup de monde.

Tu veux aller dans les petites rues, où ça sera moins peuplé, ou un parc, ou t’as d’autres idées ?

Parmi ces « autres idées », il y en avait bien une, effleurée un peu plus tôt, mais n’était-ce pas un peu rapide après cet instant de calme, de nostalgie et de vérité ? N’empêche, question transition, c’était un excellent moyen de passer carrément à autre chose. Même s’il y avait l’option « passage en douceur » vers quelque chose de tranquille.

Je connais pas trop ce quartier, en fait. À part cette rue principale… Du coup, c’est toi le guide, si on reste là.

Visiblement, Jake ne retrouverait pas la moto. Dommage, il l’aimait bien. Mais il avait déjà repéré un bolide un peu plus sophistiqué, et il se fixa donc l’objectif de dérober cette nouvelle cible dans un avenir très proche.
Revenir en haut Aller en bas



Peut-on appeler ça un rendez-vous galant ? [Abban]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant


Sujets similaires

-
» [2000]Paris perdu, rendez-vous galant de mauvais goût [Izlaya/Alan/Maureen][Terminé]
» Rendez vous galant ou retrouvaille amicale ? [ PV Kaito ]
» [I]l n'y a pas de hasard, seulement des rendez-vous.
» Un rendez-vous sanglant. [Faith]
» [Terminé] Premier rendez vous avec Samus

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-