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Boys will be boys (Aishlinn)

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Message posté : Lun 4 Nov - 9:35 Message
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4 novembre 2013

— Et tu es où, là, au juste ?
— Ben, on va manger, tu sais, avec les potes…

Jace avait l’impression de subir un interrogatoire en règle et les regards narquois que lui jetaient ses amis n’arrangeaient rien à l’affaire. À l’autre bout du fil, la voix de Loïs se faisait de plus en plus glaciale.

— Les potes, évidemment. Tu avais promis qu’on se verrait !
— J’ai promis ça, moi ?

Il avait promis ça, lui ? Basile, toujours plein de délicatesse et de subtilité, mimait un coup de fouet. Jace lui tira la langue.

— Mais on avait prévu cette sortie depuis plus d’une semaine, tu sais…
— Oui, oui, bien sûr. Enfin, tu vois, le copain de Cherryl, ce soir, il l’a invitée à dîner.
— Ptêtre que tu devrais sortir avec le copain de Cherryl, alors.
— T’es vraiment qu’un connard !
— Non mais attends, bébé, c’était pour plaisan…

Loïs avait déjà raccroché. Jace poussa un soupir exaspéré en baissant son téléphone, tandis que Basile répétait, dans une très mauvaise imitation (selon lui) :

Non mais attends, bébé…
— Ah, fais pas chier, toi, hein.

Harry passa un bras autour des épaules de Jace.

— Tu vois, Thunder, ton problème, c’est que tu manques d’assurance quand tu tentes de t’imposer à ta meuf. Faut poser tes couilles sur la table, tu vois. Montrer que c’est toi le boss.
— T’es con. C’est pas du tout moi le boss. C’est pas comme ça que ça marche, un couple.
— Ça y est, c’est reparti…
— Non mais sérieux, les mecs, faut vous réveiller. C’est quoi ces conseils à la con ? Et j’fais quoi après ? J’lui offre un aspirateur pour son anniversaire, histoire d’me faire pardonner ? ‘Faut sortir de votre grotte, on est au vingt-et-unième siècle.
— N’empêche qu’elle te mène par le bout du nez.
— Elle me mène par le bout de rien du tout !

Un tonnerre de rires gras s’éleva parmi l’assistance.

— C’pas c’que j’voulais dire. Raah…

Jace se dégagea et enfonça les mains dans les poches de son blouson. La soirée avait pourtant bien commencé : un bon film au cinéma, un projet de restaurant, des discussions animées. Mais dès qu’il s’agissait de filles, ces amis-là avaient tendance à devenir un peu lourd et le très féministe Jace avait beaucoup de mal à le supporter. Entre la tournure que prenait la conversation et l’énième dispute avec sa petite amie, au téléphone, Thunder approchait déjà de l’exaspération.

Andrew vola à sa rescousse.

— Laissez-le tranquille. Vous pourrez faire des commentaires quand vous aurez des copines.

Une remarque qui calma net les sarcasmes de deux autres et Jace adressa un sourire à Andrew. Il était gentil, Andrew. Il était beau, Andrew, aussi, mais ça, c’était un détail, franchement, un détail qu’il ignorait absolument. Il n’avait pas du tout remarqué les profonds yeux verts, les fossettes, les… Rien du tout. Il s’en fichait. Complètement. Andrew lui rendit son sourire et Jace détourna le regard, un peu songeur.

Quelques secondes plus tard, Harry désigna un petit établissement.

— Là, c’est sympa. J’ai mangé ici l’année dernière, avec mon oncle, c’était franchement bon, et pas trop cher, surtout.

Le consensus fut général. De toute façon, aucun membre du quatuor n’était fin gourmet, alors ce modeste restaurant ou le kebab douteux du coin de la rue, c’était du pareil au même. Avant d’entrer dans le restaurant, Jace jeta un coup d’œil à son téléphone et ouvrit le message que Loïs venait de lui envoyer.

Loïs a écrit:
Franchement, j’espère que tu te comporteras de manière plus responsable quand on aura des enfants. Bonne nuit.
Le jeune homme pâlit un peu. Les projets de maternité de sa petite amie viraient à l’obsession, et là tout de suite, il ne se voyait pas engendré des tripotées de lanceurs d’éclairs. Andrew lui donna un petit coup d’épaule et Jace fit rapidement disparaître le téléphone dans ses poches, avant qu’on ne lût sur l’écran.

— T’en fais pas, ça va lui passer.
— Hmm hmm.

Les deux retardataires rentrèrent à leur tour dans le restaurant et partirent s’installer à la table qu’Harry et Basile avaient déjà choisie. Il n’y avait pas foule ce soir-là : en pleine semaine, l’établissement devait rarement être bondé. D’ailleurs, aucun serveur ni serveuse n’était en vue, probablement disparu au fond des cuisines. Pas vraiment habitué au luxe des grandes maisons, Jace n’était pas le moins du monde froissé par cet accueil peu commercial. Il était déjà occupé à examiner les ardoises avec les plats du jour.

Harry, le plus vieux de la bande, interrogea :

— On prend du vin ?
— J’ai pas l’âge.
— Tu parles, personne va poser la question.
— Non mais c’est pas légal.
— Genre t’es un enfant de chœur.

Jace reporta son attention sur Basile et déclara gravement :

— Je tiens à ma réputation. C’est important.

Basile laissa échapper un soupir alors qu’une serveuse sortait des cuisines.
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Message posté : Mar 5 Nov - 4:07 Message
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« Non mais, gars, tu n’peux pas dire qu’les One Direction c’est d’la musique, s’rieux ! »
« T’as écouté leur dernier album, puis sur scène, pouafff, une tuerie. »
« P’tain et on t’a livré des oreilles à la naissance, ou bien ? »

Il n’y avait pas grand monde ce soir, Aishlinn pouvait donc se lancer dans une de ces nombreuses discussions avec  Mat, le cuisinier de 25 ans, arrivé il y a un mois dans le restaurant – tellement pourri comme endroit que les gens ne faisaient que passer. Ils finissaient toujours par s’engueuler, parce qu’ils n’étaient jamais d’accord sur rien. Jusqu’au jour où ça se finirait contre la porte du frigo.

« C’est toi qui connait rien. »
« Mec, ‘sont anglais ! »

Un argument d’une mauvaise foi sans failles parce que, en termes de musique, les anglais ne se défendaient pas si mal que ça. Ça ne valait pas un certain groupe australien – parce qu’elle préférait voir ce groupe comme cela plutôt qu’à moitié australien, anglais et Ecossais.

« Pas vrai, il y a un chanteur qui est irlandais. »
« Un traite ! »
« En plus, c’est le plus mauvais du groupe. »

Phrase balancée juste pour énerver un peu plus l’Irlandaise – même si, dans le fond, ça les faisait marrer tous les deux. La réaction ne se fit pas attendre, elle attrapa une éponge dans le bac derrière elle pour la balancer sur le coin de la tronche de Mat. Le Mat en question qui avait la farine à côté de lui, ne se gêna pas pour envoyer le paquet sur l’irlandaise qui, bien évidemment, ne prit pas la peine de se dématérialiser. Ses mains avaient stoppé le projectile mais la farine avait quand même trouvé le moyen de se volatiliser un peu partout sur elle. Elle souffla sur une mèche de cheveux farineuse qui lui retombait sur le visage.

« Ben, c’malin ça ! Comment j’vais servir les clients moi, maint’nant ! »
« Faudrait qu’il y ait des clients pour ça. »

Le regard des deux se croisa avant de rire légèrement. Secouant la tête, Aishlinn entreprit d’enlever le surplus de farine alors que, plus loin, on entendait la porte du restaurant s’ouvrir. Bien sa chance, tient ! Il avait fallu que des gens trouvent le moyen de venir maintenant. Quand elle estima que c’était suffisant, elle commença à se diriger vers la sortie quand Mat l’interpella et s’approcha d’elle.

« Quoi ? »
« Là, attends, il t’en reste là. »

Il leva la main pour atteindre ses cheveux mais Aishlinn se recula dans un regard peu avenant, avant de passer sa main dans ses cheveux, elle-même. Rire avec lui c’était une chose mais, tous ces petits trucs tout mignons, tout mielleux, ce n’était carrément pas son truc. Mat leva une main en signe d’excuse en se disant que, décidément, il n’était pas fait pour comprendre l’irlandaise. Aishlinn, sans un autre mot se pointa dans la salle où quatre types s’étaient installés. Sortant un petit calepin et attrapant le stylo qu’elle avait sur l’oreille, elle se positionna face à la table.

« ‘Soir, vous avez fait vot’e choix ? »
« J’sais pas, tu proposes quoi ? »

Elle posa un regard, haussant un sourcil, face à ce gars-là qui la regardait de haut en bas, avec un sourire à la con sur le visage pour être des plus explicites dans sa demande. Pas besoin d’être douée de télépathie pour comprendre qu’il ne parlait pas de ce qu’il pouvait trouver sur la carte. Aishlinn soupira.

« Qu’ t’ouvres la carte, qu’t’ regardes c’qu’ y a d’dans et qu’tu choisisses. Au pire, si t’sais pas lire, t’fermes les yeux, t’pointes un plat au hasard et l’tour est joué ! »

Ce boulot la gonflait de plus en plus, du coup, elle faisait de moins en moins d’efforts. De toute façon, elle songeait de plus en plus à son avenir dans ce restaurant qui n’avait rien de glorieux, parce que, entre les avancés faites avec Abban, ses cours qui lui prenaient plus de temps qu’elle avait imaginé au manoir d’Adrian, autant dire que ce boulot était une pure perte de temps. Basile se pencha à l’oreille d’Harry

« Tu disais quoi déjà tout à l’heure : montrer que c’est toi le boss, hein ? »

Aishlinn ne se préoccupa pas tellement de ce qui était en train de se dire, préférant prendre les commandes qu’on voulait bien lui donner. Et vu qu’elle avait des codes avec beaucoup de personnes, des petites croix apparurent après certaines commandes, prouvant à Mat – en cuisine – que certains plats pouvaient être outrageusement négligés. Sa petite revanche à elle quand des gars la gonflaient particulièrement.

« Et une bouteille de vin, aussi. »
« Pas d’soucis, j’la mets d’côté en attendant qu’on ait l’droit d’vous servir d’l’alcool. Aut’e chose ? »

Aucun d’eux n’allait lui faire croire qu’ils avaient 21 ans. SI c’était le cas, elle devait en avoir au moins trente. Hors de question de leur apporter une bouteille de quoi que ce soit contenant de l’alcool.
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Message posté : Mar 5 Nov - 9:52 Message
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Un débat virulent s’était engagé sur la pertinence d’une limite d’âge aussi élevé concernant la consommation d’alcool et, brutalement, tout le monde était devenu très sérieux. Chacun avait ses chiffres, ses statistiques et ses discours bien en tête. Pendant quelques minutes, Jace retrouva des amis intéressés et intéressants, prêts à s’engager dans des conversations dignes de ce nom, mais cet interlude d’intelligence prit fin tout aussi soudainement qu’il avait commencé, quand une jeune fille vint prendre les menus et qu’Harry n’hésita pas à se comporter en mâle typique.

Il y avait des électrocutions qui se perdaient. Jace, lui, avait sagement plongé le nez dans son menu, pour répondre aussi vite et aussi efficacement que possible, parce que la serveuse n’avait sans doute pas que cela à faire d’attendre pendant trois ans qu’ils eussent fait leur choix. Il ne put cependant s’empêcher d’esquisser un sourire amusé quand l’Irlandaise — parce qu’avec son accent, soit elle était née à Boston, soit elle avait traversé l’Atlantique, mais en tout cas, elle ne venait certainement pas du Wisconsin — remballa son ami désobligeant.

Pendant que ses camarades jetaient pêle-mêle les noms des pizzas qu’ils désiraient, sans y mettre beaucoup de forme, Jace, lui, releva les yeux.

— Je voudrais bien la poulet. Et un coca. S’il vous plaît.

Il lança un regard soutenu à ses camarades, histoire de leur apprendre la politesse, et ne récolta que des yeux levés au ciel — sauf Andrew, qui eut l’air de se sentir un peu coupable d’avoir oublié cette formule élémentaire en passant sa propre commande. La vérité, c’était que Basile, Harry et Andrew étaient tous les trois nés dans de prospères familles, le premier française, les deux autres américaines, et qu’ils avaient parfois une manière de se comporter avec le personnnel qui irritait beaucoup Jace.

La bouteille de vin dument refusée, Aishlinn s’éclipsa, suivit par le regard admiratif du jeune héros. Sans doute que leur serveuse n’était pas très professionnelle, mais elle avait du caractère et elle s’en sortait bien mieux que lui avec ses désagréables compagnons de soirée.

— Non mais pour qui elle s’prend, c’te fille.
— Je suis sûr qu’elle a grandi dans le Bronx.
— Elle est dublinoise.
— Qu’est-ce que t’en sais ?
— T’es devin, maintenant ?

Jace haussa les épaules.

— Ça s’entend, c’est tout. Et puis, vous avez été infects.
— C’est elle qui est désagréable.
— Non mais tu as vu comment Harry lui a parlé ? T’imagines si elle s’tape ça avec tous les clients ?
— Ah mon avis, avec son caractère, elle doit pas s’taper grand-chose.

La lumière s’éteignit pendant une seconde dans le restaurant avant de se rallumer. Harry se tortilla sur sa chaise.

— Hé, c’est bon, quoi, zen. C’pas ta copine, c’est quoi ton problème ?
— Mon problème, c’est qu’vous êtes particulièrement lourds, ce soir.

Le silence s’installa à la table des garçons jusqu’à ce qu’Andrew décidât d’adoucir l’ambiance :

— Et donc, vous faites quoi, pour Noël, cette année, vous ?

Et la conversation, d’abord péniblement, puis plus naturellement, roula sur les projets les uns des autres. Lorsqu’Aishlinn revint apporter les boissons et que Jace eut le droit à la sienne en premier, l’Américain appuya un :

Merci.

Avec un sourire poli, qui fut suivi des merci beaucoup plus contraints des autres, sans sourire. C’était déjà un petit progrès et, à nouveau, alors qu’Aishlinn s’éclipsait en cuisine pour jouer avec de la farine — bonjour l’hygiène ! — le jeune homme la suivit du regard, sous les yeux un brin contrariés d’Andrew. Il devait bien avouer qu’elle était jolie, tout de même, l’Irlandaise, et que c’était presque un crime de la laisser travailler dans ce restaurant un peu sordide, où elle devait en voir des vertes et des pas mûres.

— Quand tu auras fini de mater, Jace…

L’intéressé posa un regard un peu surpris, peinant à comprendre l’énervement de son camarade. Aussitôt, la remarque d’Andrew suscita les sourires narquois de leurs deux acolytes.

— C’est donc ça.
— Heureusement qu’Loïs n’est pas là !
— Mais c’est pas possible, vous êtes infernaux !

Jace avait tout de même un peu rougi et il se donnait une contenance en avalant une bonne partie de son coca, qui commençait à faire des bulles dans son nez. Pas facile. Il reposa son verra.

— Et au fait, Loïs et toi, ça fait combien, maintenant ?
— Cinq mois.
— Quand même. Elle doit déjà te parler de bébés.

Basile laissa échapper un rire pour une fois innocent, n’imaginant pas qu’il avait touché un point sensible. Jace poussa un soupir et avoua ingénument :

— J’sais pas, j’crois pas que j’suis pas très doué pour comprendre c’qu’elle veut.

Cet aveu, dit sur un ton qui ne présageait rien de bon pour l’avenir du fameux couple et leurs hypothétiques rejetons, jeta un froid. Aucun des trois compères n’avait l’habitude de donner des conseils de cœur et il n’avait aucune envie de se lancer sur le sujet. Stratégiquement, Harry poussa donc la conversation sur les résultats de la ligue de hockey.
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Message posté : Mar 5 Nov - 19:38 Message
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« P’tain, c’truc tombe en ruine. »

Aishlinn et Mat avaient tous les deux levé les yeux au plafond en voyant la lumière s’éteindre pour se rallumer. Bien que ce ne soit jamais arrivé, sauf coupure de courant durant généralement plus longtemps, aucun des deux ne trouvaient l’évènement étrange. Mat laissa passer un soupir avant d’attraper le double de la fiche qu’Aishlinn lui tendait. En posant son regard dessus il laissa passer un sifflement.

« Ah ouais, à c’point ? »
« Ouais, un particulièr’ment ! Puis, l’avantage c’qu’il a la même pizza qu’un autr’ pas trop con alors, s’il s’tape une indigestion alimentaire, on n’pourra pas nous accuser ! »

Échange de sourire qui prouvait que les deux n’étaient pas doués d’une conscience très professionnelle vis-à-vis du restaurant pour lequel ils travaillaient. En tout cas ce n’était certainement pas le cas d’Aishlinn, Mat, lui, ses envies étaient surtout tournées de manière à aller dans le sens de l’Irlandaise. Cette dernière s’était employée à préparer les boissons, pendant que Mat s’occupait de la cuisine, et avait apporté le tout à la table de quatre. Hey, et elle s’était même fendu d’un sourire, vu que tout le monde semblait vouloir faire un effort, enfin, un en particulier, les autres montraient un peu plus de mauvaise volonté mais c’était toujours ça.

Retour en cuisine où, décidément, elle était bien mieux que dans la salle de restaurant. Enfin, restaurant, restaurant, il fallait le dire vite. Appuyée contre un plan de travail, elle attrapa son téléphone pour envoyer un message à Abban, rien à dire en particulier, elle ne pouvait pas s’en empêcher.

« Tu sais, en général, quand les gens envoient des messages aussi souvent, ça prouve une relation toute nouvelle. »
« Hmm ? »

Concentré dans son message, elle ne comprit pas tellement que c’était surtout une tentative pour savoir si elle avait quelqu’un ou non. Notion qui, de toute façon, lui était des plus inconnus. L’irlandaise n’ayant qu’une personne dans sa vie, ne voyait pas comment elle pouvait accorder du temps à quelqu’un d’autre.

« Ça a l’air de bien fonctionner ? »
« D’quoi t’parles ? » Elle releva les yeux vers lui en rangeant son téléphone.
« Ben, de toi et de ton mystérieux petit-ami à qui tu envoies des messages tout le temps. »

Réflexion qui trouva écho dans un rire de l’adolescente. Un petit-ami ? Sérieusement, ça faisait un mois que Mat était ici et ce n’était que la première fois qu’il s’interrogeait sur les nombreux messages qu’elle pouvait envoyer. Ça la fit rire en secouant doucement la tête, sans pour autant apporter la moindre réponse, laissant Mat se dire qu’il ne savait décidément pas comment il devait s’y prendre.

« S’en est où ? »
« Ah, euh, ouais, attends. »

Quelques instants plus tard Mat avait dressé sommairement le poulet-frite et la première pizza qu’Aishlinn prit soin de prendre pour retourner en salle. Elle déposa les plats devant Andrew, puis devant Jace, le gratifiant d’un sourire, bien qu’elle ignorait complètement le prénom des personnes présentes.

« Bon appétit »

Elle alla pour repartir quand ce fut la main d’Harry qu’elle sentit sur son poignet. Elle inspira, se figea dans un sourire avant de se tourner vers lui, comme pour lui demander ce qu’il voulait.

« Et nos plats à nous ? »

Abruti, elle n’avait pas quatre bras non plus ! Elle était encore moins une serveuse de vocation, sinon, il était clair qu’elle se trouverait dans un autre établissement. Aishlinn lui offrit le sourire le plus resplendissant qu’elle pouvait avoir en stock et sous commande avant de se pencher légèrement vers lui.

« J’garde toujours l’meilleur pour la fin, ç’ arrive. »

Elle repartit en cuisine alors que Harry devait probablement être en train de se vanter que, maintenant, elle lui bouffait dans la main. Il fallait connaître l’Irlandaise pour savoir que ce genre d’attitude n’annonçait, généralement, rien de bien glorieux. Arrivé dans la cuisine, Mat lui tendit les deux pizzas identiques, en soulevant un peu celle de droite.

« Celle-là, c’est la pizza à la croix entourée au moins six fois de suite »
« T’lui as fait quoi à c’tte pizza ? »
« Un chef ne dévoile jamais ses secrets. »

Ce qui était bien avec le fait de ne pas savoir, c’était qu’elle était libre d’imaginer une dose de laxatif, ou truc de ce genre pas très joli à voir. Les deux dernières pizzas dans les mains, et sans se soucier de savoir, si les mecs allaient faire des échanges de plats – ça ne serait vraiment pas de chance – elle déposa les deux dernières assiettes, sans se tromper en posant celle d’Harry.

« Et voilà, bon appétit »

Il y avait presque quelque chose de jouissif dans ses derniers mots, qu’elle cacha le mieux possible pour ne pas laisser peser le moindre soupçon, bien qu’en y regardant bien le sourire qu’elle avait pu faire à Harry n’avait rien de comparable à celui qu’elle avait offert à Jace, par exemple. Deux minutes plus tard, elle avait déposé des sauces sur la table et laissa tout le monde profiter de son repas.
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Message posté : Mar 5 Nov - 21:49 Message
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Ils n’étaient certes pas ses amis préférés, mais dès que la conversation se tournait vers un sujet favorable, Jace oubliait un peu naïvement les griefs qu’il pouvait avoir à l’encontre de Basile ou Harry : le hockey, comme la politique, était un bon terrain et quand Aishlinn revint avec leurs plats, le jeune homme croyait sincèrement que le reste du repas se déroulerait bien. Avec un nouveau sourire poli et un nouveau merci, Jace accueillit sa pizza, avant de se faire un peu songeur, parce qu’il était sûr qu’Aishlinn lui avait un peu plus souri à lui qu’aux autres.

Mais lorsqu’Harry fit une nouvelle fois preuve de sa grossièreté, l’ambiance se dégradât franchement. Jace s’abstint de faire le moindre commentaire devant Aishlinn, parce que la serveuse n’avait probablement pas besoin que l’on ajoutât à la suffisance de gosse de riche de Harry le sexisme subtil mais vicieux de la galanterie et ses chevaliers blancs. L’Irlandaise avait de toute évidence un caractère bien trempé et savait sans doute se défendre toute seule sans grande difficulté — ce qui décida Jace à ne surtout pas goûter le plat qu’elle avait servi avec tant de suspecte bonne volonté à Harry.

Le jeune homme s’abstint bien de mettre en garde Harry contre les dangers d’une ingestion inconsidéré alors que son (ancien) ami commençait à manger de bon appétit. Il réfléchit plutôt à la manière de tourner sa remarque, pour ne pas ouvrir à une confrontation directe, qui serait sans doute peu fructueuse. Son père lui avait bien recommandé de faire preuve de diplomatie en toutes circonstances, mais si Thunder savait à merveille ménager les personnalités qui composaient la Team Alpha, sur le terrain, pour tirer le meilleur parti de chacun, dans la vie quotidienne, il manquait encore un peu de patience et de délicatesse.

Comme il ne mangeait pas beaucoup, Andrew s’inquiéta.

— T’as pas l’air dans ton assiette ?
— Hmm. Mal à la tête.

C’était l’excuse ultime de Jace, parce que, la plupart du temps, elle était vraie. Sydney avait beau faire tous les efforts du monde pour éliminer les effets secondaires de sa mutation, la solution parfaite n’avait pas été encore trouvé. De temps à autre, Jace abusait de ces désagréments pour se tirer d’une conversation désagréable. Il venait donc de remballer Andrew, parfaitement aveugle aux efforts de séduction que son charmant camarade déployait patiemment depuis des semaines, sans parvenir à comprendre les signes pour le moins contradictoires qu’il croyait lire chez Thunder.

— Dis, Harry…
— Hmmm ?

L’intéressé n’était pas mort à la première bouchée de sa pizza — l’effet de la touche spéciale du chef devait être plus long à se manifester.

— T’étais obligé de lui parler comme ça ?

Avec une sincérité de bourgeois habitué à se faire servir, Harry demanda ingénument :

— De quoi ? À qui ?
— À la serveuse.
— ‘Tain, c’t’une obsession. T’es bien chiant, ce soir, t’as tes règles ou quoi ?

Nouvelle salve de rires. Jace contemplait les deux garçons d’un air parfaitement atterré. Souvent, les attitudes du mâle de base lui échappaient, particulièrement quand le mâle de base fréquentait Star High et qu’il avait quotidiennement l’exemple de Sydney Stevens pour comprendre que les femmes n’avaient rien à envier aux hommes.

— Vous êtes désespérants, j’sais même pas pourquoi je m’obstine.
— Non mais tu vois, Thunder…

Harry se pencha vers lui, avec ce ton paternaliste qu’il prenait quand il voulait faire partager sa vaste expérience de la vie à son cadet.

— J’comprends qu’tu sois sensible et tout, mais faut pas s’laisser marcher sur les pieds, tu vois.

Après avoir mangé une part de sa pizza, Jace repoussa son plat. Il ne savait pas si on tentait de l’empoisonner lui comme les autres (c’eût été un peu injuste), mais la cuisine, en tout cas, n’était pas fameuse et la tension ambiante lui avait de toute façon coupé l’appétit.

— En quoi c’est s’faire marcher sur les pieds que d’être poli ?
— Bah, t’es un héros, non ? T’as le droit à ce qu’on te traite avec déférence.
— J’m’en fous d’la déférence. J’veux juste que les gens soient sympas avec moi et du coup, j’suis sympa avec eux. Ça va pas t’tuer d’la traiter correctement.
— Franchement, vu l’service, j’ai pas envie de la traiter correctement.
— Vu comme tu la traites, elle n’a peut-être pas envie de te servir correctement.

Jace répondait du tac au tac et il avait un peu oublié ses projets de diplomatie. Harry, dont les pouvoirs mutants se limitaient, pour l’heure, à une endurance surdéveloppée, commença à comprendre qu’il n’était sans doute pas très avisé de pousser Thunder dans ses retranchements. Il finit par hausser les épaules et se désintéresser de la conversation, pour reprendre leurs discussions sportives.

Mais Jace avait cessé de participer à la conversation. Il se contentait de la suivre d’une oreille distraite, en jetant souvent des coups d’œil vers la porte des cuisines, où avait disparu la fameuse Irlandaise, avec ses yeux magnifiques, son sourire et son caractère bien trempé. Il se sentait un peu coupable du comportement de ses amis. Insensiblement, Harry avait englouti sa pizza. Il l’acheva dans un jugement dont il ne mesurait pas lui-même la lucidité :

— C’était pas fameux.
— Vous voulez qu’on aille prendre le dessert ailleurs ?
— Clair. Andrew ?
— Jace ?

Parce qu’Andrew, il ne trainait avec Harry et Basile que parce que Jace trainait avec eux et Jace trainait avec eux sans savoir pourquoi. Le jeune homme se suspendit donc à la décision de son héros. Qui, une fois de plus, ne l’écoutait absolument pas.

— Quoi ?
— Tu viens prendre une glace ou un truc ailleurs ?

Jace secoua la tête. Plutôt se jeter dans une mer pleine de requins que de passer une seule minute de plus avec les deux imbéciles.

— Non, j’ai mal à la tête.

Décidément, imparable.

— Donnez l’argent, je vais rester pays, puis j’rentre chez moi.

Andrew parut déçu, mais Basile et Harry sortaient déjà leurs billets. Il suivit le mouvement et Jace se retrouva bientôt seul à sa table, à recompter la somme et à rajouter un peu au pourboire d’Aishlinn, qui objectivement n’avait pas été la serveuse de l’année, mais qui méritait bien un supplément parce que… euh… Comme ça. Le jeune homme se releva, l’argent en main et s’approcha de la porte de la cuisine, dont il poussa un battant pour y passer sa tête.

— Euh… scusez moi ?
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Message posté : Mer 6 Nov - 19:12 Message
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« Euh… Y a pas écrit réservé au personnel, sur la porte ? »

Mat fut le premier à réagir à l’arrivée d’une tête dans la cuisine qui, effectivement, n’était faite pour accueillir les clients. D’un autre côté, la serveuse était supposée être en salle et non pas ici. A croire que tout le monde aurait pu payer sans partir, qu’elle n’aurait même pas levé le petit doigt, il aurait fallu qu’elle s’en rende compte pour ça.

« Ça va, Mat, j’gère. »

Les deux mains en appui sur le plan de travail sur lequel elle était assise, elle se laissant tomber au sol avec une certaine souplesse liée à des années d’entraînement dans les rues de Dublin, puis dans celles de Star City. Mat, lui, il n’aimait pas du tout cette nouvelle arrivée, réaction qu’elle était bien loin de voir et de comprendre, le ton qu’il employa n’eut rien de sympathique.

« C’est une de tes croix ? »
« Non, c’mon sans annotation. »

Son, son, une façon de parler plus qu’autre chose qui eut le don d’envoyer Mat lancé un regard froid à l’encontre du client qui, en plus de venir les déranger en pleine conversation, se trouvait être le moins con des quatre, selon les indications que l’irlandaise avait laissées sur sa fiche de commande. Que l’adolescent/client soit considéré comme une annotation dans une fiche ne sembla nullement perturber Aishlinn qui, s’approcha de la porte, son regard sur le bout de tête blonde.

« Ouep ? » Elle ouvrit la porte, son regard passant sur l’intégralité de la personne lui faisant face avant de voir l’argent qu’il avait en main. « Ah ouais. Ça. » Simple formalité. « Suis-moi. »

Repassant dans la salle pour aller derrière le comptoir où se trouvait la caisse enregistreuse, elle eut tout le loisir de comprendre que les potes du blondinet n’étaient plus là. C’était quoi ces amis qui se barrait en oubliant une partie des troupes sur place ? Trop bizarre pour elle. Ben, peut-être qu’ils fonctionnaient comme ça, le dernier à partir était celui qui devait payer, et c’était tombé sur lui. Ou alors, tous les autres s’étaient barrés en pensant ne pas payer – ils avaient l’air assez cons pour ça – et ne restait plus que celui avec un semblant de morale.  Aishlinn tapa l’ensemble de la commande sur sa caisse, pour ensuite relever les yeux vers le client.

« Laisse-moi d’viner, l’service était tell’ment infâme, qu’sont tous partis en courant ? »

Il y avait presque une sorte de fierté dans la voix, prouvant qu’elle ne devait pas réellement s’inquiéter du chiffre d’affaires du restaurant. Annonçant le prix, elle récupéra l’argent de l’adolescent pour encaisser ce qu’il fallait et remettre, sur une coupelle, l’excédent. Les tous premiers jours, elle ne rendait jamais la monnaie, partant du principe que si plus était donné, c’était que c’était forcément du pourboire, le patron avait hurlé en apprenant ça. Depuis, elle s’efforçait de toujours tout redonner, en récupérant ensuite.

« Hey, Linn, j’y vais, je te dépo… » Matt venait de débouler, son tablier encore dans les mains quand il comprit que le client n’était toujours pas parti. « Je t’attends. »
«Euh, non, vas-y, c’bon. »

Non mais il était en train de lui faire quoi là ? Ok, il avait déjà proposé à l’irlandaise de la déposer de temps en temps, ce qu’elle avait toujours refusé. Elle n’allait pas dire où elle habitait à des gens de son taf pourri, encore moins maintenant. Mais là, ces derniers mots, ce n’était même plus une question. Elle l’imagina en train de flipper parce qu’elle allait se retrouver seule avec quelqu’un, comme si elle avait besoin de quelqu’un pour jouer les gardes du corps. Pff, n’importe quoi, en fait il venait de l’énerver plus qu’autre chose.

« Mais… »
« Ça va, j’t’dis, j’peux fermer tout’seule. C’quoi l’problème ? »

Mat lança un regard à Jace comme pour dire que c’était lui le problème mais, vu le regard que lui lançait Aishlinn, il préféra abandonner l’affaire. Dans un soupir en balançant les mains, il rebroussa chemin pour se décider à rentrer chez lui. L’irlandaise le regarda partir avec un air d’incompréhension parfaite sur le visage, et reporta son attention sur le client en secouant la tête.

« Ouais, ben, ‘fait, y a pas qu’tes potes qu’sont bizarres aujourd’hui. Ç’doit être la pleine lune, ou une conn’rie dans l’genre. »

Laissant ces considérations de côté, elle se positionna sur la pointe des pieds pour évaluer le rangement qu’elle allait devoir faire avant de fermer quand, elle vit que l’une de assiette était restée à peine entamée. Mais celle de l’autre abruti, elle, elle était complètement vide ce qui ne manqua pas de la faire sourire.

« La bouffe était pas terrible hein ? »

Difficile d’appeler ça de la bouffe en même temps. Mat n’était pas méchant mais ce n’était pas un cuisinier non plus. Elle la première, elle bouffait jamais ici, sauf quand, après la fermeture, elle se faisait à manger elle-même.
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Message posté : Mer 6 Nov - 20:26 Message
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Le comportement du cuisinier fut aisément interprété par Jace, qui avait eu l’occasion de l’observer maintes et maintes fois chez certains de ses camarades de classe, lorsqu’il s’approchait de trop près de l’élue de leur cœur. Thunder, avec sa carrure athlétique, son aura de leader de la Team Alpha et sa capacité à parler de tout avec tout le monde, suscitait ponctuellement des inimitiés bien compréhensibles et, en général, le jeune homme battait en retraite pour éviter : 1) de susciter la hargne d’un Roméo incompris et 2) de susciter la jalousie, bien plus terrible, de sa Juliette à lui.

Mais tout de même, sa bonne volonté avait des limites et il n’allait pas s’excuser de vouloir payer. Il ne sortit donc que lorsqu’Aishlinn vint vers lui, pour lui tendre les billets, une fois près de la caisse enregistreuse antique, à l’image du restaurant. Il y avait bien compris ce que les fameuses croix et annotations pouvaient représenter — comme il l’avait soupçonné, en voyant l’Irlandaise servir si cordialement Harry. Sans doute aurait-il dû désapprouver cette tentative d’intoxication alimentaire, mais il lui semblait que son ancien ami avait bien mérité une petite indigestion. De toute façon, Matt n’avait pas épicé la pizza avec du cyanure. (On espère. Sinon, cette histoire prend un tour étrangement tragique.)

Jace haussa les épaules.

— ‘Sont juste un peu cons.

En fait, oui, le service avait été déplorable, mais il ne se voyait pas lui dire cela en face, d’autant plus qu’Aishlinn était probablement très efficace et attentionne lorsque les clients n’étaient pas des enflures. (Jace est un peu naïf.) Et puis, Aishlinn avait des yeux hypnotiques — ce n’est pas Adrian qui me contredira. Maintenant qu’il la voyait de près, Jace ne pouvait s’empêcher d’être quelque peu admiratif, ce qui achevait d’annihiler le peu de sympathie qu’il pouvait éprouver à l’égard de Harry.

Et de Mat, non mais quel boulet, celui-là ! Le Légionnaire jeta un regard agacé au cuisinier qui venait de faire irruption dans la salle principale, alors que lui-même était engagé dans une grande conversation (de cinq mots) avec l’accorte serveuse. Fort heureusement, Mat n’avait pas l’air d’avoir suivi les clairvoyants cours de Harry sur la manière de s’imposer aux femmes et en deux coups de cuiller à pot, l’infortuné chef — enfin, chef… — fut plus ou moins mis à la porte du restaurant, tandis que Jace rangeait son portefeuille sans rien reprendre du rendu de la monnaie.

La réaction d’Aishlinn lui fit ouvrir des yeux ronds. La Pleine Lune ? Le comportement de Mat lui paraissait tout à fait normal, à lui, et Jace avait du mal à imaginer que la jeune fille ne se fît pas en permanence draguer par tous ses collègues masculins.

— V’z’êtes sérieuse ?

Parce qu’elle avait l’air très sérieuse, mais Jace ne mesurait pas encore le degré d’inadaptation sociale des jumeaux Mac Aoidh. Il suivit le regard d’Aishlinn jusqu’à sa pizza à peine entamer et esquissa un sourire d’excuse, comme si c’était de sa faute si le restaurant était mauvais.

— Désolé, j’avais pas très faim. Mais les autres ont apprécié, plus ou moins, j’crois. Enfin, pour l’instant. Après, si j’ai bien compris, y aura des effets secondaires.

Ça n’avait pas l’air de le perturber plus que cela.

— En tout cas, j’suis désolé. Ils ont été vraiment lourds, avec vous. J’pensais pas qu’ils pouvaient s’comporter comme ça, mais j’les connais pas super bien non plus. ‘Fin bref. C’était nul et v’z’aviez pas besoin d’ça. Alors voilà…

Dire que c’était lui qui n’avait rien fait qui présentait ses excuses tandis que les autres étaient partis sans demander leur reste : le monde à l’envers. Jace esquissa néanmoins un petit sourire navré pour accompagner ses propos, l’air réellement embêté d’avoir imposé ces trois minutes désagréables — le temps que la serveuse avait passé près de ses clients — à une parfaite inconnue.

— Mais j’crois pas qu’ce soit la pleine Lune. C’est juste les garçons. C’est con, les garçons.

Ce n’était pas tant une vérité absolue qu’une constatation statistique, même s’il aimait penser qu’avec le temps, les attitudes masculines étaient en nette progression. Au moins, ses camarades s’étaient abstenus de mettre la main aux fesses d’Aishlinn — qui, à en juger par ce qu’elle laissait voir de son caractère, les aurait alors sans doute décapités d’un revers d’assiette.

— Quant à votre collègue, là.

Le sympathique cuisinier.

— J’crois qu’il est juste, euh… J’sais pas, il espère. Vous voyez quoi. Vous êtes jolie et tout, vous devez lui plaire. Ça paraît pas déraisonnable.

Et voilà : Jace était décidément incapable de rien faire sans engager la conversation. Au lieu de payer, de s’excuser et de partir, le jeune homme fourrait son nez dans les affaires des autres, avec une curiosité dévorante et une envie de papoter qui allaient finir par le forcer à s’engager dans la rédaction de Close Up et à photographier l’alcoolisme des avocates enceintes.

— Mais enfin, vu les signaux qu’vous envoyez, c’pas demain la veille qui va vous reproposer, j’crois. Vous devriez être tranquille.

Décidément, il n’avait pas l’air de vouloir lever le camp.
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Message posté : Mer 6 Nov - 23:29 Message
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Aishlinn qui n’était pas là pour faire l’éducation de Jace, ne vit pas l’intérêt de lui expliquer que « un peu con » était un terme plutôt faible pour définir ses amis. Toute façon, il trainait avec qui il voulait, elle s’en foutait un peu… Pas comme si beaucoup de choses l’intéressaient quand il s’agissait de personnes. Elle soupira en levant les yeux au plafond, bien sûr que non, elle n’était pas sérieuse avec cette histoire de pleine lune. Pfff ! C’était juste une excuse pour dire que tout le monde était un peu con ce soir-là, en plus, s’il ne faisait pas d’effort pour comprendre ! A défaut de lui expliquer son point de vue, elle lâcha un remerciement pour le pourboire, sans plus de cérémonie, à croire qu’elle s’en foutait complètement. Elle vivait dans un manoir et volait alors, sérieusement, elle ne comptait pas sur ses pourboires pour vivre une existence décente. La considération sociale et polie de ce geste lui échappa complètement, comme beaucoup d’autres choses.

« C’pour ça qu’t’as pas mangé, pour les effets s’condaires ? S’t’as pas pioché dans l’assiette d’ton pote, là, pas d’danger, juste d’la bouffe infecte mais pas dang’reuse. »

Elle ne cherchait même plus à défendre l’aspect culinaire de ce restaurant, ça lui donnerait presque l’impression de se trahir elle-même, comme elle ne chercha pas à nier que la bouffe avait été maltraitée plus que de raison. Sûrement pas au cyanure, sinon, c’était que Mat était vraiment un psychopathe en puissance.

« C’bon, hein, t’excuse pas pour eux. C’pas les premiers abrutis à entrer ici et ça n’s’ra pas les derniers. Puis, t’veux pas arrêter d’me vouvoyer, p’tain, j’ai l’impression d’avoir 30 ans. »

C’était stressant, il ne voulait pas lui filer une soupe et la caler devant un épisode de Thalassa, aussi pendant qu’il y était ! Et puis qu’est-ce qu’il en savait lui de ce qu’elle avait besoin ou non ? Les mecs, s’étaient vraiment trop étranges pour elle, vraiment une espèce à part. Sauf son jumeau, évidemment ! Du coup, elle hocha la tête, ne pouvant qu’être d’accord avec le fait que les garçons étaient cons. Il ne lui apprenait rien. Aishlinn allait pour passer dans la salle, quand elle s’arrêta au bord du comptoir, ouvrant grand les yeux quand il lui parla de Mat.

« Mat, espérer ? N’import’quoi ! » Elle prit quand même le temps de réfléchir un peu à la question. « Ouais, p’t-être, ‘fait. J’en sais rien, d’t’façon, c’est pas bien important. »

Lui, en tout cas, il avait été tellement insignifiant à ce niveau-là, qu’elle n’avait même pas pris la peine d’essayer de comprendre les signaux. D’ailleurs, elle chassa cette pensée d’un haussement d’épaules, comme quoi, ça lui faisait vraiment ni chaud, ni froid. La vraie question à se poser c’était : pourquoi, lui, il était toujours là ? Parce que, bon, elle n’allait quand même pas lui parler de sa vie sentimentale qui, en plus de n’avoir aucun intérêt, ne le regardait pas absolument pas. Mais, sans trop savoir pourquoi, elle se sentit obligée de se justifier.

« T’façon, pour avoir parlé avec lui, il cherche quelqu’un d’stable, s’rieux, ‘fin c’genre d’connerie. Alors c’mieux, qu’il m’laisse tranquille. J’ai un jumeau, moi, pas l’temps d’m’occuper d’quelqu’un d’autre. »

Un jumeau déjà un peu délaissé par de récentes études en magie. Puis les relations stables, comme Mat pouvait en parler, c’était carrément flippant. 5 mois, ils pensent que c’est pour toute la vie et après ça se met à parler gamin. L’angoisse.

« Non mais c’vrai, j’sais pas c’quoi vot’e trip, à vous les mecs… Hmm, les filles aussi, à vous prendre l’chou avec d’trucs durables, à croire qu’vous avez tous d’jà envie d’finir vieux. »

Elle secoua la tête parce que, vraiment, elle n’arrivait pas à comprendre. Ou alors, peut-être que les mecs parlaient relations durables parce qu’ils pensaient que ça plaisait aux filles. Chose difficilement concevable pour une personne comme elle, qui, de toute sa vie, n’avait jamais découché totalement, elle était toujours rentrée dormir dans son – leur – lit. Une relation, sauf une exception, n’avait jamais été plus loin qu’après le moment où elle remettait ses vêtements.

Sortant définitivement de derrière le comptoir, elle estima à quelques minutes le temps de tout ranger, de manière assez sommaire. Elle n’allait quand même pas se prendre la tête pour rendre l’endroit nickel. Avant de se diriger vers la table à débarrasser, elle se tourna vers Jace.

« Vu qu’la qualité médiocre d’la bouffe n’est pas un sujet tabou, t’avais vraiment pas très faim ? Parc’que, j’compte d’barrasser la table et, ‘suite m’faire un truc à manger alors, si ç’te tente ? »

Au moins, il ne semblait pas la déranger outre mesure, à défaut d’avoir toute son admiration. Il avait fait l’effort de rester payé, de s’excuser – sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi – en plus d’avoir laissé un pourboire… Non, en fait, le seul truc qui avait amené cette proposition, c’était qu’elle avait du mal à concevoir que quelqu’un puisse rester sur une note aussi mauvaise en matière de bouffe.

« J’cuisine mieux qu’Mat, si ç’peut t’rassurer. »

Aucune vantardise, c’était juste la vérité.
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Message posté : Jeu 7 Nov - 19:20 Message
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Matt était donc habillé pour l’hiver. Jace ne put empêcher de sentir une vague compassion, ou alors c’était de la solidarité masculine, pour le cuisinier, qui de toute évidence se trouvait condamné à baver sans succès devant sa jolie collègue pour le reste de ses jours — ou le reste du temps qu’ils passeraient ensemble. Ça ne devait pas être facile, d’être proche comme cela de quelqu’un de parfaitement inaccessible que l’on admirait en secret dans les vestiaires des garçons. Non non, il ne pensait pas du tout à Megastar. Pas. Du. Tout.

Pendant ce temps, l’Irlandaise semblait décidé à remuer le couteau de sa faconde dans les nombreuses plaies de sa psyché. Ah, les relations durables. Jace ne put s’empêcher de répliquer spontanément :

— Non mais trop. À dix sept-ans, on dirait qu’faut signer pour la convention obsèques, c’est déprimant.

Heureusement que Loïs n’était pas là pour l’entendre, mais l’enthousiasme pragmatique de sa petite amie commençait à sérieusement angoisser Jace depuis qu’il s’était surpris à s’interroger sur le prix des landaus, en observant une femme blonde pousser le sien, l’autre jour, dans la rue. Loïs avait une terrible influence sur lui et si Thunder était prêt à accepter toute la pression de ses responsabilités super-héroïques, dans sa vie personnelle, dont il sacrifiait déjà une très large partie à son image de marque, il espérait encore pouvoir se ménager des espaces de liberté.

Machinalement, le jeune homme suivit Aishlinn et commença à débarrasser sa propre table pour l’aider, dans le restaurant où il avait payé pour ne pas manger.

— Avoir un jumeau, ça doit être carrément cool. Toujours sur la même longueur d’ondes, et tout.

Bon, c’était un peu cliché et si ça se trouvait, les choses se passaient très différemment, mais vue la manière dont l’Irlandaise avait parlé de son autre — dont Jace ne put s’empêcher de se demander s’il était aussi mignon — elle ne devait pas le voir comme un frère ennemi. Si l’Américain ne s’était jamais senti triste d’être fils unique, trop content de l’attention exclusive que lui accordait son père, il n’en était pas moins curieux de cette situation qui sortait de l’ordinaire.

— Et il s’appelle comment ? Il fait quoi dans la vie ? Vous vivez ensemble ? Et vous finissez les phrases l’un de l’autre ? Qui est né en premier ? Ça fait vraiment une différence ? On vous confondait quand vous étiez petits, du coup ?

Quand Jace était lancé, on ne l’arrêtait plus et il pouvait décocher les questions plus vite que ses étincelles, tandis qu’il saisissait habilement tous les verres de la table, manifestement plus doué pour le service que ne l’était Aishlinn. Il lui emboîta le pas vers les cuisines et comme la conversation lui avait fait retrouver sa bonne humeur et la bonne humeur son appétit d’adolescent, il s’exclama :

— Ouais, j’ai trop faim, cool, merci.

Ça ne lui paraissait pas du tout bizarre, mais Jace était le genre de garçon à porter les courses de grand-mère, puis à rester dîner après, en parlant du bon vieux temps. C’était dans l’ordre des choses. Il déposa donc la vaisselle salle dans l’évier de la cuisine, en constatant avec un certain soulagement qu’elle respectait au moins les règles d’hygiène. Enfin, les plus basiques. C’était sans doute pour continuer dans cette belle lancée de propreté que Jace empoigna l’éponge et le liquide vaisselle et entreprit de laver ce qu’ils avaient ramené. Puisqu’Aishlinn lui faisait la cuisine, il ne lui semblait que juste de travailler un peu contrepartie. De toute façon, il était bien trop occupé à bavarder pour songer au côté un peu paradoxal de la situation.

— Mais du coup, si tu cuisines mieux que lui…

Et il la croyait sur parole : un ragondin bourré aurait eu plus de succès derrière les fourneaux que le type qui avait fabriqué sa pizza du soir.

— …pourquoi c’est toi qui fait le service et pas la cuisine ? C’t’un peu idiot.

En même temps, le patron des lieux, demeuré invisible toute la soirée, n’avait pas l’air de beaucoup s’inquiéter de la gestion de son établissement : Jace était prêt à parier qu’il embauchait les gens un peu au hasard. Si le restaurant avait eu le moindre succès commercial, il l’aurait soupçonné d’être une blanchisserie d’argent, mais avec les recettes sans doute très maigres qu’il engrangeait, la machine ne devait pas tourner souvent. C’était à se demander comment les salaires d’Aishlinn et de Matt étaient payés.

— Moi, j’ai cherché dans pleins d’restos, par ici, pour trouver un p’tit boulot, après le lycée, tu vois, et j’ai jamais trouvé. J’sais pas pourquoi, c’est pt’êt à cause de mon père, ça doit les refroidir.

Personne ne devait avoir envie de s’exposer à la situation délicate de devoir un jour licencier le fils du Commander, même si Jace était loin, très loin de jouer de la réputation du chef de la Légion pour s’attirer la moindre faveur. Mais enfin, des Roberts, il y en avait beaucoup, ce n’était pas un nom très rare et entre sa charmante tête blonde et l’homme massif et chauve qui dirigeait la prestigieuse institution, la ressemblance n’était pas exactement frappante.

— Ou alors, j’inspire pas confiance.

C’est ça. Il fallait être franchement paranoïaque pour penser cela de lui.
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Message posté : Lun 11 Nov - 1:15 Message
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Persuadée qu’ils se comprenaient sur ces histoires de couple durable à un âge bien trop jeune pour se prendre la tête – rencontrer la personne de sa vie à 17 ans, pfff, quelle connerie –, Aishlinn se contenta d’un hochement de tête satisfait. Elle ne comprit pas tellement pourquoi il l’aidait à débarrasser la table mais, elle préféra ne rien dire. Il fallait être débile pour recaler un mec qui l’aidait dans son boulot. Par contre, elle capta assez rapidement qu’il était un moulin à paroles, enfin, à questions surtout. Elle releva la tête, un court instant, sur lui avec les yeux grands ouverts. Il était sérieux là ? Et, il trouvait le temps de respirer entre deux questions ? Peut-être que c’était une question d’entrainement. Attrapant les assiettes pour se diriger vers la cuisine, elle essaya de répondre aux questions dont elle se souvenait et, surtout à celle qu’elle avait envie de répondre.

« Abban, c’son prénom et, évid’mment qu’on vit ensemble. » A noter que ça lui semblait être une évidence, elle ne comprenait même pas qu’on pose la question tellement il n’était pas envisageable de ne pas vivre avec lui. « Et, t’vois, on n’finit pas tell’ment les phrases l’un d’l’autre, plus maint’nant. Disons que, ben, ‘fait, on sait quand on pense la mêm’chose alors, soit on dit des trucs en mêm’temps, soit on s’contente d’se regarder et on sait qu’on pense à la mêm’chose. »

Finir les phrases l’un de l’autre, pour elle s’était presque un truc d’amateur, où les deux n’étaient pas encore certains de penser la même chose et se sentait obligé de prononcer des phrases à voix haute pour s’assurer d’une certaine concordance.  Ils avaient plus tendance à s’exclamer en même temps sur quelques choses que de partager une moitié de phrase.

« Puis on s’en fout d’savoir qui est né l’premier. Rentrer dans une sorte d’guerre pour savoir qui est arrivé l’premier c’est débile parc’que, l’deuxième à être né va sortir des études qui disent qu’l’deuxième est c’lui qui a été conçu en premier. Et au final, s’est s’embrouiller pour savoir qui est l’plus vieux, com’si quelqu’minutes pouvaient être importantes. » Elle haussa les épaules. « Alors, non, je crois pas que ça fait une différence. Euh… » Elle plissa les yeux pour chercher comment expliquer quelque chose qu’elle percevait, sans réellement pouvoir mettre de mot dessus. « j’sais pas comment expliquer mais, ‘fait, j‘m’en fous parc’que, c’est avec lui que j’forme un tout, peu importe qui est né l’premier. »

De toute façon, elle n’avait jamais cessé de se considérer comme la 1 et demi de la fratrie, l’arrivée d’Abban permettant de créer un deux, elle ne s’était jamais considéré comme entière sans la présence d’Abban. Ce qu’elle pouvait être bavarde quand il s’agissait d’Abban, elle pouvait juste en parler pendant des heures non-stop, sans avoir non plus à dévoiler qui il était réellement. C’est qu’ils avaient quand même des activités à protéger. C’est en poussant la porte de la cuisine qu’elle secoua la tête légèrement amusée.

« J’vais pas t’expliquer comment ç’fonctionne mais, t’vois, c’est physique, il a des attributs qu’j’ai pas alors, forc’ment, ça aide à distinguer… On n’nous habillait pas d’l’même façon. »

Comme pour le fait de débarrasser la table, elle le laissa faire la vaisselle, tout en cherchant dans le frigo deux trois trucs pour faire à manger. Elle s’engagea dans la confection d’une salade, parce que ça restait le plus rapide à faire, enfonçant dans le four des morceaux de chèvre sur des tartines de pain. Elle était sur des découpes de tomates quand elle décida de répondre à ses autres questions… Nombreuses !

« Les horaires sont plus cool en salle et, d’tout’façon, c’était l’poste qui était libre quand j’ai postulé ici. »

Jamais elle ne ferait la cuisine dans un établissement pareil de toute façon, surtout qu’elle trouvait inconcevable de bâcler ce genre de boulot. Le service lui permettait de se porter absente quand une autre activité plus importante demandait sa présence et puis, elle n’avait pas besoin de se fouler. C’était qu’une couverture, ce taf, elle s’en foutait complètement. Aishlinn, concentrer à tout mettre dans deux assiettes différentes, releva la tête vers l’adolescent.

« Ici, ils embauchent tous l’mois, les gens restent jamais. Pas l’ boulot d’rêve mais bon. » Elle haussa les épaules. « C’qui ton père pour que ç’puisse être un problème dans la recherche d’travail ? »

Parce qu’il était évident que ce n’était pas lui qui n’inspirait pas confiance. Le type était tellement sociable, avec un tas de questions en stock, qu’elle ne voyait pas comment quelqu’un pouvait « douter » de lui. Elle voulait même entendre la réponse avec un certain intérêt, se plantant complètement d’orientation pour ce père mystère, qu’elle voyait plus dans les affaires illégales. Parce que, c’était bien ce genre de personne que les autres craignaient, non ?

« Puis au pire, tu n’donnes pas ton nom, y a des établissements qui n’sont pas trop r’gardant et où, une fausse carte d’identité fait carr’ment l’affaire. »

Elle attrapa ce qui était dans le four pour les déposer sur le dessus des deux salades, avant de revenir poser les assiettes sur l’ilot central. L’une d’elles fut disposée à l’attention de Jace et Aishlinn, pointa un endroit derrière Jace pour lui dire d’attraper les couverts.
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Message posté : Lun 11 Nov - 9:50 Message
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Avertissement de l’auteur

Attention ! Cette histoire vient de prendre un tour sordide, alors qu’Aishlinn a décidé de préparer, pour tout dîner, une salade. Le dessert sera peut-être composé de yaourts au soja. Âmes sensibles s’abstenir.

***

Jace astiquait songeusement (la vaisselle) en écoutant les réponses de son interlocutrice. Il avait tout de même un peu de mal à se représenter ce que cela faisait. Dire que tout cela paraissait être une évidence pour Aishlinn. Lui, il avait déjà du mal à comprendre sa petite amie, alors imaginer fusionner aussi parfaitement avec un autre, c’était presque inconcevable. Tout à la fois séduisant, parce qu’il devait y avoir quelque chose de réconfortant à toujours avoir quelqu’un sur qui compter, et un peu effrayant, parce que Thunder aimait son indépendance et, ponctuellement, trouver un peu de solitude dans laquelle se ressourcer.

N’empêche, il l’aurait bien rencontré, ce fameux jumeau, pour voir. Machinalement, il se demanda s’il était aussi mignon qu’Aishlinn. Puis il chassa cette pensée en astiquant plus fort (la vaisselle), jusqu’à obtenir une série d’assiettes, de couverts et de verres brillantes comme jamais. Si le patron fantomatique ne félicitait pas Aishlinn le lendemain pour son inhabituelle conscience professionnelle à la plonge, Jace voulait bien être damné.

Le jeune homme s’essuya les mains avec un torchon. La question de la jeune femme le prit un peu de court. À Star High, il avait fini par avoir l’habitude d’être toujours « le fils du Commander » et il était vrai qu’il fréquentait surtout des gens du lycée, les débuts de son adolescence n’ayant pas été propices aux interactions sociales. Il sourit tout de même, parce que son papa était le meilleur papa du monde et déclara :

— C’est le Commander. De la Légion des Étoiles.

Rien que ça. Il attrapa des couverts et vint s’asseoir sur un tabouret, en face d’Aishlinn, pour considérer sa salade. Tout cela manquait un peu de steak à son goût, mais il était loin de se plaindre.

— Du coup, je sais pas. Les gens ont l’air d’supposer qu’il va venir les faire chier si j’ai un problème au boulot. Alors qu’c’est vraiment pas l’genre de la famille, tu vois.

Richard Roberts n’était pas un grand passionné de la politique et il n’estimait jamais qu’on lui dût quoi que ce fût. Il n’y avait qu’à voir sa manière de fuir aussi systématiquement que possible l’attention des médias, les conférences de presse et les bains de foule pour comprendre que le célèbre super-héros que dirigeait la prestigieuse organisation n’avait guère l’habitude d’abuser de la popularité qui était la sienne.

Jace secoua la tête.

— Mais j’finirais bien par trouver un truc, j’sais pas. Pt’être pas dans les restos, hein, c’pas mon obsession.

Ce fut à ce moment qu’Aishlinn, qui avait un sens pratique un peu suspect, lui proposa d’utiliser une fausse carte d’identité. Jace manqua d’avaler de travers un bout de pain grillé et il avala tout son verre d’eau d’un trait pour survivre, avant de poser un regard perplexe sur l’innocente serveuse (celle qui venait d’empoisonner ses amis) qui brutalement n’avait plus l’air si innocente que cela.

— Eeeeuh… Parce qu’t’en trouves comme ça, toi, des fausses cartes d’identité ?

Bon, en fait, il savait fort bien que ce n’était pas si difficile et lui-même aurait su à qui s’adresser — même s’il doutait que les petites frappes qu’il pourchassait avec la Team Alpha fussent assez bien disposées à son égard pour lui vendre le moindre faux papier.

— Puis j’sais pas, c’t’illégal.

Au cas où Aishlinn ne serait pas au courant — on ne sait jamais, elle était Irlandaise, Dieu seul savait ce qu’on pouvait bien trafiquer à Dublin. Jace recommença à manger sa salade, plus lentement, un peu gêné tout de même par cette curieuse suggestion qu’Aishlinn avait faite du même ton d’évidence que si elle lui avait conseillé de porter de fausses lunettes pour se donner un air un peu plus sérieux.

— Puis tu sais, j’ai pas absolument besoin d’un boulot non plus, hein. J’voudrais juste m’acheter une voiture.

Oui, acheter une voiture, pas tirer la caisse du premier venu — encore une notion étrangère pour Aishlinn, mais Jace ne s’attendait pas à ce que la jeune femme lui proposât de trafiquer la Mercédès du coin pour s’éviter d’avoir à débarrasser des tables pendant des mois avant de s’offrir une carcasse plus ou moins en état de marche. Il y a encore des gens qui ont un peu de moralité, ici.

Le jeune homme observa le fromage de chèvre avec la traditionnelle suspicion d’un Américain devant tout produit un peu plus odoriférant qu’un simili-fromage en forme de pellicule de plastique, puis il goûta, hocha la tête et commenta :

— C’est super bon, en fait.

Le en fait en disait long sur le scepticisme qui avait dû être le sien à la découverte de la salade. Il releva les yeux vers sa criminelle cuisinière.

— Tu d’vrais t’faire embaucher dans un vrai resto.

Un temps.

— Avec une vraie carte d’identité.
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Message posté : Mar 12 Nov - 19:30 Message
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Penser au pauvre Jace qui s’était déjà tapé toute la vaisselle, en plus d’avoir aidé à déraser la table. Préférer un plat simple pour vouloir lui éviter de travailler encore plus en se servant de plus de vaisselle pour faire à manger et voilà qu’on se retrouve avec un avertissement de l’auteur du dessus. Triste vie !

« Quelle merde ! »

Le morceau de tomate sur la fourchette d’Aishlinn, celui qu’elle s’apprêtait à manger, glissa pour retomber dans son assiette quand Jace lui expliqua qui était son père. Réaction spontanée, elle n’était même pas certaine de savoir exactement ce que représentait la légion des Étoiles mais, rien que le mot « commander », elle trouvait que ça craignait.  Le pire c’était que sa réaction n’avait rien à voir avec le fait qu’elle était considérée comme une criminelle, elle trouvait juste pourri d’avoir un père qui soit à un poste aussi important. Niveau liberté de mouvement, quand on était un de ses rejetons, ça ne devait pas être le top. Elle secoua la tête pour se remettre de cette révélation et piocha à nouveau dans son assiette… De salade !

« P’tain, comment j’kifferais pas être à ta place, c’t’trop pourri com’délire. » Quel tact ! « J’crois qu’j’me sentirais toujours surveiller et, puis au moindre pas d’travers, ç’doit être la loose. »

En vrai, elle avait vraiment l’air de compatir au sort de Jace. Parce que, après tout, il fallait bien que jeunesse se fasse – comme disaient les vieux – l’adolescence avait forcément sa part de connerie. Pas forcément en volant la voiture du coin, le musé des Super de la ville, ou en vivant avec un ancien criminel – ou un criminel ancien - mais, il y avait tout un tas d’autres « conneries » à faire en étant adolescent. Avoir pour père le Commander de la Légion des Étoiles, ça devait être synonyme de beaucoup trop de restriction à son goût.

En réponse au fait qu’il finirait bien par trouver quelque chose, Aishlinn haussa les épaules. Dans le fond, elle s’en foutait un peu, il faisait bien ce qu’il voulait, ce n’était pas elle qui allait l’aider à déposer ses lettres de motivation et pleurer auprès des employeurs pour qu’il trouve un boulot. Elle allait encore moins le brancher sur ce restaurant parce qu’il était hors de question de travailler avec un gars qui était le fils du Commander… Pas certaine qu’elle allait s’en remettre.

« Ben, ouais… ‘Fin, t’vois, tout l’monde à une fausse carte d’identité, sinon, comment ils f’raient pour boire un verre dans un bar ? » Logique, non ? « Puis, s’rieux, s’tu dois t’arrêter à tout c’qu’est légal… Euh, j’sais pas, ç’doit être un peu ennuyeux, non ? »

Notons qu’elle se fichait pas mal de dire qu’elle pouvait transgresser quelques règles devant lui alors que, à l’écouter, il avait l’air d’être assez inscrit dans les règles. Elle n’était pas non plus en train de lui dire de changer de carte d’identité, de changer ses empreintes et de tuer le premier venu ! Il fallait quand même savoir s’amuser un peu. D’ailleurs, elle était certaine qu’il devait être interdit de rendre de la bouffe super mauvaise, de manière consciente, pour rendre quelque malade.

Elle haussa un sourcil, l’aide de ne pas comprendre pourquoi il voulait acheter une voiture. Notion qui, effectivement, lui échappait complètement. Elle voulait une voiture, elle se servait, le propriétaire, avec un peu de chance, la retrouvait quelques jours plus tard – quand elle ne finissait pas endommagée. Bref, ce n’était préjudiciable à personne, pas tellement. Les gens étaient définitivement trop bizarres, elle préféra ne pas répondre en continuant de manger, relevant, finalement, la tête un peu perplexe par le « en fait » prononcé par Jace.

« Ben, t’as cru quoi, qu’j’allais t’empoisonner ? » Chose qui n’était peut-être pas si absurde que ça étant donné sa réaction avec certains amis de Jace. Elle secoua la tête en levant les yeux au ciel. Pff, ces américains, ne connaissent rien ! « Et si j’d’vais me faire embaucher quelqu’part, ç’serait pas dans un vrai restau mais, plus dans un garage. Les horaires sont bien moins chiants et l’clients aussi. »

D’ailleurs, elle devrait peut-être envisager cette possibilité que de continuer à se faire chier dans cet établissement qui ne servait à rien. En plus, maintenant, elle n’avait même plus besoin de justifier d’un salaire pour le loyer d’un appartement. Elle se fit songeuse l’espace d’un instant, en se demandant ce qu’elle foutait encore ici. Merde, elle était en train de se rendre compte qu’elle devait presque routinière en continuant de venir ici sans en avoir besoin. Elle hocha la tête, convaincue, plus pour elle-même que pour lui.

« Ouais, j’devrais faire ça. » Sortant de ses pensées, elle continua de manger, en relevant les yeux sur Jace. « Alors, toi et ton pote, là, c’lui qui était assis à côté d’toi ? Ç’fait combien d’temps, qu’vous êtes ensemble ? »

D’une, Aishlinn vivait avec un jumeau attiré par le même sexe alors, elle avait tendance à partir du principe que c’était le cas de la majeure partie de la population. En tout cas, ça lui apparaissait comme normal. Deux, franchement, il fallait voir les regards que le pote en question lançait à Jace. Bref, dans l’esprit de l’Irlandaise, les choses étaient assez évidentes.
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Message posté : Mar 12 Nov - 23:42 Message
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OK. Jace commençait à devenir légèrement suspicieux. C’était peut-être une déformation professionnelle, mais entre la réaction de son interlocutrice à l’annonce de sa filiation, sa suggestion d’utiliser des cartes d’identité pour des choses aussi graves que boire de l’alcool avant vingt-et-un ou se faire embaucher frauduleusement dans un établissement de restauration et son air perplexe alors qu’il avait déclaré vouloir acheter une voiture, Jace avait un peu de mal à ne pas considérer Aishlinn comme une criminelle potentielle.

Entre cela et la critique implicite de son père adoré, le jeune homme fut un temps refroidi et il sentit le besoin de défendre son enfance :

— Non, mais il est cool, mon père, et puis comme ça, je peux apprendre à devenir un super-héros moi-même !

La perspective avait l’air de l’enchanter. D’ailleurs, lorsqu’Aishlinn souligna combien la légalité pouvait être ennuyeuse, Jace en rajouta une couche :

— Y a pas besoin de boire ou d’enfeindre les lois pour s’amuser. Genre, le sport, les jeux, la chasse aux criminels, tout ça, c’est génial et tout à fait légal !

Bon, en fait, selon Ash, l’inspecteur qui l’avait pris en stage une semaine pendant l’été, la poursuite des criminels, lorsqu’elle était menée par bien des super-héros, était en réalité tout à fait illégal et violait, dans le meilleur des cas, les droits constitutionnels des malfrats et dans les pires, tout le Code Pénal de l’État, mais ça, c’était pour les vigilants indélicats, certainement pas pour la Légion des Étoiles, qui était une organisation parfaite, personne n’en doutait.

Cela dit, Jace était un jeune homme faillible, et lorsqu’il reposait son regard bleu dans le regard bleu d’Aishlinn, il avait beaucoup de mal à rassembler tout son sang-froid de super-héros parfaitement intègre pour se décider à mener une enquête subtile et discrète. Son interlocutrice était beaucoup trop jolie pour le laisser en pleine possession de ses moyens. Il baissa les yeux (pour regarder sa salade, pas ailleurs — je précise, au cas où). Et le releva aussitôt.

— Un garage ? T’aimes la mécanique ? Mais c’est trop cool !

Et voilà, Aishlinn venait de quitter la case « criminelle potentielle ». Une fille qui s’intéressait aux voitures, c’était un peu un rêve éveillé, pour Jace qui tentait désespérément de faire partager certaines de ses activités, comme la menuiserie ou la mécanique, à Loïs, beaucoup plus intéressée par les expositions au musée (non mais je vous demande un peu) ou l’opéra (merci bien).

— Moi, j’adore ça ! C’est pour ça que je voudrais une voiture pas trop récente, tu vois, pour la modifier moi-même, pour pouvoir la réparer quand ça coince, tu sais, fouiller dans le moteur et tout, trouver les pièces de rechange, forcément, c’beaucoup plus intéressant qu’une bagnole toute neuve où y s’passe jamais rien. En fait, j’ai déjà repéré pas mal de modèles d’occasion, là, mais ‘seront sans doute tous vendus avant qu’j’puisse ramasser le fric.

Jace était intarissable sur le sujet, à n’en pas douter, mais il était aussi affamé, au point même de manger de la salade avec plaisir, le pauvre petit. Il enfourna donc une fourchette pleine de verdure dans sa bouche et faillit connaître un décès prématuré quand Aishlinn lui posa une question pour le moins insolite, une question que jamais personne sauf son subconscient ne lui avait posée.

Jace vira au rouge pivoine. Manifestement, le métier d’acteur, ce n’était pas pour lui. Il avala péniblement sa bouchée avant de secouer avec vigueur la tête.

— Trop pas ! Ça va pas la tête ? J’suis vraiment pas, mais alors vraiment, vraiment pas gay.

Ça, c’était de la dénégation suspecte. Le très progressiste Thunder prit tout de même soin de préciser :

— J’ai rien du tout contre ça, hein, mais c’est juste tellement pas mon cas que je comprends absolument pas comment t’as pu penser un truc aussi ouf.

Message reçu ? Pas plus hétérosexuel que lui. Même si sa dernière réponse ressemblait un peu à un appel de détresse adressé à Aishlinn, pour qu’elle l’aidât à corriger tout ce qui, dans ce comportement, pourrait donner la même idée à d’autres observateurs. Jace s’empressa par ailleurs de toucher au sommet du manque de perspicacité psychologique en rajoutant :

— Puis Andrew, il l’est pas non plus. C’t’un mec à filles.

Le fait qu’il sût intuitivement lequel des deux amis assis à côté de lui à la table circulaire Aishlinn parlait ne le perturba nullement. En fait, il ne savait rien de la vie sentimentale du fameux Andrew, mais il avait supposé, par mesure de sécurité, que son ami aimait les filles. Comme tout le monde. Qu’on se le tînt pour dit. Pour achever de construire son alibi, Jace précisa avec un manque flagrant d’enthousiasme :

— Puis j’ai une copine, en plus. Elle s’appelle Loïs.

Heureusement que Loïs n’était pas là pour voir le peu de joie que son évocation éveillait chez Thunder, qui de toute évidence n’avait jamais entendu parler de la bisexualité. Puis, comme la meilleure défense était encore l’attaque, le mutant retourna sournoisement la question sous une forme très circonstanciée :

— Et toi ?

Peut-être qu’Aishlinn voyait midi à sa porte et qu’elle était lesbienne — ce serait bien dommage, d’ailleurs. Après tout, n’était-il pas indifférente aux avances de ce charmant et charismatique cuisinier, enfin de ce cuisinier, qui la poursuivait de ses ardeurs ?
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Message posté : Mer 13 Nov - 12:39 Message
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Aishlinn mima un « Waouh » impressionné, avant de laisser rouler ses yeux pour revenir se concentrer sur sa salade. Ouais, autant dire que l’idée de voir quelqu’un vouloir devenir un super-héros, un jour, était loin d’être la meilleure méthode pour l’impressionner. C’était à peine, si elle n’avait pas envie de sortir des bougies et de prier pour cette volonté qu’elle trouvait… Trop bizarre. Qui avait envie de jouer les héros ?! Hormis être une source d’emmerde, elle ne voyait pas tellement à quoi ça pouvait servir. Il y avait des règles, personne n’était libre de faire totalement ce qu’il voulait, enfin, tout était bordélique dans cette idée. Sur le papier, il était le gentil, elle était la méchante et, pourtant, ils étaient là en train de bouffer une salade. Sérieux, ça ne voulait rien dire, vouloir être un héros !

« Mouais, s’tu l’dis ! » Pas très convaincue l’Irlandaise des moyens de s’amuser de Jace. « Et t’fais quoi de, par exemple, entrer dans un endroit après la fermeture en évitant la foule, pousser une voiture au-d’là des régl’mentations d’vitesse, manger une glace sur l’toit du plus haut building en regardant l’ensemble d’la ville. »

Voler un musée, une caisse d’arme alors que la sécurité est supposée être optimal, et elle en passait beaucoup sous silence. Après tout, il était le fils du Commander et, même si ça n’avait pas été le cas, elle aurait quand même gardé des informations pour elle. Il n’y avait pas d’amusement dans le suivi des règles pour la simple et bonne raison que c’était se plier à ce que des gens imposaient aux autres. La chasse aux criminels ?  Ça c’était vraiment l’activité la plus merdique qu’il puisse exister selon l’Irlandaise, sûrement parce qu’elle était dans cette catégorie-là aux yeux de la loi.

Ce fut quand elle se commença à se dire qu’un faussé les séparaient qu’il renouvela son intérêt quand il s’expliqua sur la mécanique. Sur le coin des lèvres d’Aishlinn, un sourire fit son apparition et, il était évident qu’ils auraient pu parler pendant des heures de manière technique sur la façon de retaper une voiture, sur les techniques permettant de les booster mais… Pourquoi ennuyer tout le monde avec ce genre de détail.

« Ben pourquoi t’essayes pas d’trouver un boulot dans une casse ou un truc com’ça, p’t-être qu’on pourra t’laisser r’taper une voiture dans ton coin pour qu’ça t’revienne à pas grand-chose, budgétairement. »

ça allait surtout prendre beaucoup de temps, surtout dans l’attente de pièce manquante mais, c’était toujours mieux que d’attendre d’avoir les moyens. Pff, les gens honnêtes, vraiment, ça se prenait la tête pour un rien. A la place de Jace, ça ferait bien longtemps qu’elle aurait volé une voiture, même pourrie, pour la remettre à neuve dans un endroit tranquille. Elle se garda de lui dire qu’il pouvait se passer plein de choses avec une voiture récente, surtout quand cette dernière faisait preuve d’une intelligence évolutive, tirant sur le caractère de son jumeau. Mais, comme elle était d’accord que ça n’apportait rien sur un plan mécanique, elle préféra s’abstenir de tout commentaire.

Le sourire qu’elle laissa passer par la suite prouvait, très clairement, qu’il n’avait rien de convaincant dans sa façon de s’affirmer comme un hétéro. Elle attaquait la fin de sa salade quand elle lâche un sourire des plus explicites en relevant les yeux sur lui.

« Ouais, il ne l’est t’llement pas, qu’t’as su direct d’qui j’parlais. »

Elle leva un pouce d’un hochement de tête, genre : Bravo, gars, très convaincant !  Ce qui pouvait être prit comme une critique mais, en réalité, ça avait surtout tendance à l’amuser. Après, peut-être que c’était elle qui se trompait, peut-être qu’elle avait juste à trouver ça tellement normal qu’elle voyait tout le monde orienté sur une homosexualité, ou une bisexualité. Les choses ne devaient pas être des plus claires pour elle non plus. Chose à laquelle elle ne prenait absolument pas le temps de réfléchir.

« Et, euh, Loïs, là, elle sait qu’ça à l’air d’t’enchanter à c’point d’être avec elle ? » Parce qu’il n’avait pas l’air d’y mettre un enthousiasme particulier. « T’vois, c’est ça qu’j’comprends pas, si ça n’a pas l’air d’t’enchanter d’être avec elle… Euh, pourquoi t’es avec elle ? »

Peut-être qu’elle n’était pas des plus claires dans ses envies et dans ses choix en matière de sexualité mais, au moins, elle ne se prenait pas le chou avec les gens. D’un autre côté, elle ne laissait pas tellement le temps à ses partenaires de devenir ennuyeux, vu la vitesse avec laquelle elle prenait la fuite pour ne plus les recroiser par la suite. Une exception faite.

« Et moi quoi ? Si j’ai quelqu’un ? Si j’suis lesbienne ? » Pas très évident de comprendre ce qu’il voulait savoir. Dans le doute… « J’ai décidé qu’y’avait pas d’raison d’choisir entre un mec et une fille »

Elle haussa les épaules, parce que ce n’était pas avec lui qu’elle discuterait de ses choix douteux en la matière. Elle n’avait même pas envie d’être honnête avec elle-même à ce sujet parce que ça la rendrait, forcément, bien trop différente de son jumeau, ce qu’elle ne pouvait pas concevoir !
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Message posté : Mer 13 Nov - 13:22 Message
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Travailler dans une casse ? Il n’y avait jamais pensé, parce qu’il avait toujours pensé que cela exigeait au moins un diplôme de mécanicien, ou une formation en alternance. Voilà un truc qui lui aurait plu : passer la moitié de son temps à l’école et l’autre moitié à apprendre un vrai métier, comme menuisier ou garagiste. Mais il n’osait pas briser les rêves d’université de son père, qui reportait beaucoup de son ambition contrariée en la matière sur son fils unique. Alors il continuait à s’ennuyer et faire semblant de comprendre des cours de mathématiques bien trop abstraits pour lui.

Mais travailler dans une casse ou un garage un peu accueillant, c’était tout de même une excellente idée. Une excellente idée qui lui aurait mis le sourire aux lèvres si le sujet n’avait pas mystérieusement déparé vers le point le plus sensible de son existence. L’embarras de Jace montait en flèche. Il était loin de partager la libre insouciance d’Aishlinn, malgré ce qu’il avait pu dire au début de leur conversation, et il y tenait, lui, aux règles, à la normalité, à la respectabilité — au point d’y inclure des efforts que personne n’exigeait réellement de lui.

Désormais, Jace triturait nerveusement ce qu’il restait de sa salade — pas grand chose, il se plaint, mais il engloutit — du bout de la fourchette, les yeux fixés sur les morceaux de tomate qu’il réarrangeait perpétuellement pour se donner une contenance. Aishlinn appuyait avec un systématisme frappant sur tous les mauvais (ou bons, selon le point de vue) boutons et elle lui jetait à la figure ce dont il détournait consciencieusement le regard depuis un ou deux maintenant.

Il finit par se composer un air aussi déterminé que possible, releva les yeux et assura :

— Non mais j’suis vachement bien, avec elle, hein.

Ça devait juste être qu’il contenait très bien son enthousiasme, alors.

— Elle est, euh…

Il y eut un petit instant de flottement et Jace hasarda, sur un ton presque interrogatif :

— Gentille. Et mignonne.

Il fallait espérer pour lui que pendant les soirées romantiques, il parvenait à trouver des compliments qui fissent un peu plus rêver, sinon, les dites soirées ne devaient pas se finir très bien pour lui. En tout cas, ce point habilement précisé, Jace enchaîna en tentant de concentrer toute la conversation sur Aishlinn, ce qu’Aishlinn désirait, ce qu’elle faisait, et pas du tout sur ses propres problèmes, qu’il n’avait pas, d’ailleurs, voyons.

— C’est bien en tout cas qu’tu vives pleinement ta sexualité. C’t’important d’assumer ses préférences et ses choix, dans un monde encore trop souvent dominé par les préjugés. Ça doit pas être facile et t’as du courage.

Son discours oscillait entre une approbation toute faite et une frustration secrète. Il y avait de grandes différences entre la tolérance dont Jace pouvait faire preuve envers les autres, entre les trésors de compréhension qu’il était capable de déployer même pour les modes de vie qui lui paraissaient les plus exotiques et le moule rigide et étroit qu’il s’imposait à lui-même, comme un carcan, pour ressembler à tout prix à l’idéal parfois un peu daté du super-héros que la Ligue véhiculait.

Mais il avait beau faire, la remarque d’Aishlinn faisait bien malgré lui son chemin dans son esprit et il songeait à Andrew, à sa manière de le regarder, de lui parler, à ses gestes, en traquant la moindre ambiguïté. Et il en trouvait beaucoup — ce qui devait être clair pour tous les observateurs extérieurs le devenait en fin pour lui : Andrew le courtisait. Ou, à défaut de le courtiser, il rêvait de lui à bonne distance.

Du coup, ses propres paroles avaient un goût amer. Il finit par décréter brusquement :

— J’vais faire la vaisselle.

C’était une bonne manière de fuir la conversation. Il embarqua les assiettes, vida le reste de la sienne dans la poubelle et recommença à laver. Hélas pour lui, ils n’avaient été que deux à ce second dîner et la plonge était vite faite. Il dut bientôt se retourner vers Aishlinn, et comme laver des assiettes fait réfléchir, son embarras avait augmenté plutôt que diminué.

— Et ton frère, il en pense quoi, alors ? De…

Jace haussa les épaules.

— De la manière dont tu procèdes.

C’était dit si poétiquement. De toute évidence, pour Jace, l’avis des autres, à commencer par celui des proches, était capital, et pas une seule seconde il n’avait envisagé qu’Aishlinn pût vivre sa vie comme elle l’entendait, sans se soucier de ce que son jumeau pensait de sa manière de fricoter avec d’odieux petits Japonais électrokinésistes ou de pulpeuses on-ne-savait-trop-qui.

— J’veux dire, ‘chais pas, c’doit pas être tellement facile d’faire accepter ça à ses proches. Genre, tes parents, eux, ils ont réagi comment quand tu leur as dit ?

En admettant très hypothétiquement qu’il pût avoir une vague, passagère, éphémère, insignifiante attirance pour les garçons, il était certain qu’il ne le dirait jamais à son père, faute de priver temporairement Star City de toute son électricité et de déclencher une tempête électromagnétique. Au moins !
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