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« Un frère est un ami donné par la nature. » [Chase]

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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 0:38 Message
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Aujourd’hui, Max n’allait pas travailler. Ou du moins avait-il choisi de se garder la matinée, pour lui, pour se consacrer un peu à sa forme, et il envisagerait ensuite, dans l’après-midi, quelque activité plus sérieuse. À huit heures, sa femme partit pour le travail, emmenant avec elle leur fils, qu’elle déposerait chez la nourrice en chemin, laissant ainsi son époux seul. De temps à autre, Maxime aimait avoir un peu de tranquillité. Et sa journée allait commencer par un bon footing. En général, il se fixait une durée, une distance, mais il avait besoin de se vider un peu la tête, aussi quitta-t-il le Bigsby Building sans envisager d’heure de retour.

Short de basket, débardeur, chaussures adaptées à la course, musique rythmée dans les oreilles, il démarra à petite allure, pour accélérer progressivement. Dans la rue, certains le reconnaissaient, le saluaient même, et il tâchait de ne pas les ignorer, mais il n’avait pas le temps de s’arrêter. D’ailleurs, personne ne tentait de l’interrompre dans son footing. Il gagna rapidement Star Park et entama son premier tour. Max ne comptait jamais le nombre de tours qu’il faisait, son esprit étant bien plus concentré sur l’évacuation de son stress et ses problèmes du moment. Ces derniers temps, Chase avait fait partie de ses préoccupations.

Quand il y repensait, Maxime devait s’avouer qu’il comprenait. Son petit frère était un homme, il était brillant, il pouvait prendre seul ses décisions. Mais quelque part, il restait le petit frère. Le dialogue n’avait jamais vraiment existé entre eux, même s’il avait connu ses prémisses durant les derniers mois au sein de l’UNISON. Et puis, à nouveau, plus rien. Du jour au lendemain, Chase avait quitté l’organisation, pour voler de ses propres ailes. Sans jamais donner d’explication à Max. Qui en avait eu, bien sûr, mais par ses sœurs.

C’est plus calme, l’esprit moins troublé, que Maxime décida de s’en retourner vers le Bigsby Building. À aucun moment il n’avait regardé l’heure, mais il sentait bien, physiquement, qu’il avait poussé plutôt loin. Régulièrement, il avait ralenti, sans s’arrêter, même pas pour boire, se contentant d’une petite bouteille d’eau fraîche qu’il portait dans un support spécial, accroché à la taille. Il devait bien avoir couru trois heures. Mais il ne regardait pas une horloge avant d’avoir franchi le seuil de l’appartement.

Le footing s’arrêta au moment où il atteignit le pied de l’immeuble. Là, il prit le temps de souffler, de s’étirer, ignorant les regards des passants. Beaucoup le connaissaient, et les autres ne devaient pas faire particulièrement attention. Mais Maxime avait une façon de faire, et il n’allait la changer pour rien au monde. Finalement, en sueur mais satisfait, il gagna l’ascenseur et ferma un moment les yeux, le temps que la cabine atteigne son étage.

En ouvrant la porte, Max constata qu’elle n’était pas verrouillée. Y avait-il quelqu’un ? Avait-il oublié de la fermer en partant ? Il n’attendait personne, c’était donc, sans doute, la deuxième solution. Laissant dans l’entrée ses chaussures, il ôta son débardeur, ses chaussettes, qu’il jeta en boule dans un coin du vestibule, et rejoignit la cuisine. Il avait un grand besoin de se désaltérer. Mais la cuisine n’était pas déserte. Chase. Il s’arrêta net. Son petit frère était en train de… se préparer des sandwiches. L’agent de l’UNISON regarda la pendule : il était plus de 11h30.

Salut, Chase, fit-il, quelque peu désarçonné de le trouver là.

Mais il ne se laissa pas démonter et se dirigea vers le réfrigérateur, duquel il tira une bouteille d’eau. Il en vida presque la moitié d’un trait. Et c’est, torse et pieds nus, dégoulinant, qu’il demanda :

Qu’est-ce qui t’amène ? Tu reviens t’installer ici ?

Il réalisa un peu tard que ça n’avait pas été très malin d’attaquer la conversation de cette façon. Même s’il avait employé un ton assez léger, l’ironie allait peut-être être mal perçue… Mais c’était fait. Si Chase se vexait et partait, il le rattraperait et présenterait ses excuses. Pour une fois qu’ils étaient en tête-à-tête, il ne fallait pas gâcher l’occasion de faire le point sur les récents retournements de situation…
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 10:11 Message
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Damned. L’heure était grave. Chase réalisa brusquement sa terrible erreur, dont les conséquences pouvaient être funestes, lorsqu’une lumière blafarde éclaira de son halo le sinistre le triste spectacle qui s’offrait à ses yeux : le bac à fromages était vide. Il avait oublié de faire les courses. Son ventre gargouilla de mécontentement et le jeune homme se mit à ouvrir tous les placards d’un seul geste télékinétique. Mais à moins de vouloir manger du riz blanc accompagné de compote de pomme, sa perspective de déjeuner était sinistre, et il avait faim, lui, horriblement faim.

Si Lukaz avait été là, il eût probablement trainé son petit ami au restaurant le plus proche. Mais la perspective d’attendre des heures pour être servi lorsque l’on déjeunait seul n’était pas très agréable et, en ce jour de profondes méditations sur l’organisation du personnel de la toute nouvelle équipe Argos, à la Danger Diamond Society, Chase préférait jouir du calme d’une demeure personnelle que de la population d’un restaurant, qui ne manquerait pas de le fixer des yeux et, qui sait, peut-être, de venir lui demander un autographe.

Le jeune homme quitta donc l’appartement qu’il partageait avec son compagnon pour descendre la rue et rejoindre, quelques centaines de mètres plus loin à peine, la façade familière du Bigsby Building. S’il avait cessé d’y vivre, il ne l’avait jamais réellement quitté. Certes, il évitait soigneusement de croiser l’oncle Jack — un exercice que ses pouvoirs de mentaliste rendaient particulièrement aisé — mais il venait toujours avec plaisir discuter avec Victoria, travailler dans les ateliers, utiliser quelque machine de haute technologie qu’il ne possédait pas (encore) dans sa propre forteresse.

Mais la vie de famille des Neutron-Grey avait malgré tout été considérablement perturbée par son départ. Chase supposait que son frère, ses sœurs, son oncle surtout, s’étaient attendus à le voir revenir et peut-être, sans Lukaz, l’eût-il fait bien vite. Mais l’époque du Bigsby Building était bel et bien révolue pour lui. Pour lui, cet immense immeuble était le symbole d’une adolescence qui, si elle n’avait pas été entièrement douloureuse, n’avait rien eu de très agréable. Avec Lukaz, il y avait l’avenir, sa vie, à lui, la vraie, celle dont il décidait les règles et l’emploi, plutôt que de laisser d’autres la diriger.

Une fois à l’intérieur du bâtiment et dument accueilli par ALEX, le super-ordinateur des lieux, Chase se mit en quête du réfrigérateur le mieux rempli. Chez Tesla, il y avait toujours le risque de tomber sur quelques expériences alimentaires douteuses pour les futures navettes spatiales de l’UNISON et Chase gardait des souvenirs particulièrement amers ou, dans le meilleur des cas, fades des fameux sachets de poudre. Chez Victoria, le mentaliste s’exposait aux galettes de riz bio et à la crème de soja, ou quelque chose dans le genre. Maxime était une valeur sûre.

Le Neutron-Grey avait gardé de ses vingt-et-une années passées au Bigsby Building un certains sens de la communauté et ce fut donc sans scrupule qu’il piocha dans le vaste réfrigérateur familial de son frère, au milieu de l’appartement désert. Il offrait, dans la cuisine, un bien étrange spectacle : pendant qu’il fouillait lui-même dans un placard à la recherche d’une assiette, des couteaux, des tranches de pain de mie, de la charcuterie et du fromage volaient dans les airs pour composer des sandwichs.

Et quand son frère fit son apparition, Chase ne sursauta pas — il l’avait senti arriver avant même que Maxime n’eût mis le pied dans l’immeuble. Un instant, il avait songé à fuir. La conversation entre les deux frères, séparés par toute la distance de leurs âges respectifs, de leurs caractères et de leurs habitudes, n’avait jamais été facile. Pas d’inimitié à proprement parler, simplement le silence de deux garçons qui ne savent pas très bien comment s’y prendre. Mais Chase se sentait mieux, beaucoup mieux que le jour de son départ : il avait un emploi de rêve, il avait un petit ami de rêve, il avait des sandwichs de rêve, il était prêt à se lancer dans une conversation peut-être difficile.

Il se retourna donc une assiette à la main.

— Bonjour. Il n’y a plus d’emmental, mais je vous en rachèterai.

Cette introduction achevée, Maxime rentra dans le vif du sujet. Chase esquissa un sourire.

— Un sandwich, et tu m’invites déjà à vivre chez toi ? Plutôt rapide.

En matière d’ironie, Chase n’était pas en reste. Il s’imaginait bien que pour sa fratrie, le passage de la case « Chase célibataire depuis toujours » à « Chase s’installe avec son petit ami » avait dû être particulièrement brutal. Le jeune homme posa l’assiette où s’empilait un nombre respectable de sandwichs sur le bar.

— Vas-y, sers toi, tu as l’air d’en avoir besoin.

Et besoin d’une bonne douche, aussi, mais ça, c’était une autre histoire. Chase s’installa sur un tabouret haut après s’être servi un grand verre de coca (vive l’Amérique) et il commença à mâchonner son premier sandwich.

— Désolé de l’irruption. Mais notre frigo était vide.

Il disait notre plutôt que mon, même s’il n’avait jamais parlé de Lukaz, nid ‘aucun autre garçon à vrai dire, à son grand frère. Avec sa femme, son enfant, ses amis pilotes, Chase n’était vraiment pas sûr que Maxime fût particulièrement désireux d’en apprendre beaucoup plus sur sa vie sentimentalo-sexuelle.

— Et puis voilà, il était tard, j’étais affamé, c’était un peu un cas de force majeur. Mais je remplacerai votre nourriture, évidemment. J’ai trop peur qu’Helena m’assassine, sinon.

Il désigna l’accoutrement sportif de son frère d’un geste de tête.

— Et toi, qu’est-ce que tu fais là en pleine matinée ? Jamais tu travailles ?
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 12:11 Message
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Max avait mis un moment à réaliser que son frère, en plus de posséder des capacités liées au contrôle par l’esprit, semblait les maîtriser. Les quelques sandwiches qu’il venait de faire n’étaient pas tous l’œuvre de ses mains. Et en fait, c’était plutôt impressionnant. Mais la surprise passée, le grand frère constata que Chase était rentré dans le jeu. L’histoire de l’emmental lui passait plutôt au-dessus de la tête, c’était Helena qui s’occuperait de l’intendance. Le principal étant qu’il ne meure pas de faim. Chase, en tout cas, n’allait pas mourir de faim. L’explication à sa présence tenait réellement à cette assiette de sandwiches. « Notre » frigo était vide. Le fameux petit ami. Loin d’être homophobe, Max ne réalisait simplement pas encore la vérité.

Décidant qu’en fait, tout ça était parfaitement normal, Max vida la bouteille d’eau. Chase vivait avec un garçon, en couple, et le couple était confronté à un « cas de force majeur » : un frigo vide. Aussi Chase se tournait-il vers sa famille pour subvenir à l’un de ses besoins. Et le hasard faisait qu’ils tombaient l’un sur l’autre, en ce jour où Maxime avait pris sa matinée pour aller faire un footing. « Par où commencer ? » était une question qu’il n’avait pas à se poser, Chase se montrant plutôt détendu. Après tout, les deux frères ne s’étaient pas quittés en mauvais termes. La rupture avait simplement été brusque.

T’inquiète pas pour le contenu du frigo. Même si tu n’habites plus officiellement au Bigsby, tu es toujours le bienvenu.

Et c’était sincère. La famille avait toujours été très importance, malgré les différends et les différences. Mais l’occasion se présentant de faire le point, Max ne pouvait la laisser passer. Laisser tomber l’ironie, parler franchement.

Je travaille toujours, tu es juste tombé sur ma matinée de repos. Si je ne prends pas un peu de temps pour moi, je vais me ramollir.

Se ramollir, c’était un peu poussé, il avait une carrure et une forme d’athlète qui n’étaient pas près de se démentir, mais un peu d’autodérision ne faisait pas de mal. Lui d’ordinaire plutôt sérieux savait aussi parfois s’amuser, même de lui-même. Et bien que ça ait été plutôt rare en présence de son petit frère, il sentait bien que le meilleur moyen de lancer une vraie conversation était de la démarrer sur ces bases-là, dans la décontraction.

Je ne vais pas t’imposer plus longtemps mes effluves. Je fais vite, bouge pas d’ici.

À moins que Chase ne mange plus vite que son ombre, il y avait suffisamment de sandwiches en engloutir pour que Max ait le temps pour une douche rapide. Il aurait préféré prendre son temps, rester des heures sous l’eau chaude, mais il y avait le risque de rater son frère, qui aurait sûrement autre chose à faire une fois l’estomac plein. Laissant son short et son boxer au milieu de sa chambre, Maxime rejoignit la cabine de douche. La température de l’eau fut parfaite dès le début. L’avantage d’avoir un appartement contrôlé par un ordinateur central. Il tâcha de ne pas rester dans la salle de bain plus de dix minutes, ce qui était un exploit pour lui. Parce qu’après le sport, en général, il s’attardait.

Après avoir placé ses vêtements sales dans le panier prévu à cet effet, c’est une serviette nouée autour de la taille, les cheveux encore humides, qu’il retourna dans la cuisine. Il était temps de manger à son tour. Il sortit du frigo une boite en plastique, contenant des pâtes déjà cuites, et la mit au four à micro-ondes.  Un moyen simple d’avoir rapidement de quoi se sustenter. Et les pâtes, c’était très bien pour les sportifs. Et ce faisant, il avait commencé à parler :

Alors, tu te fais à ta nouvelle vie ? Pas trop dur, le boulot à la Danger Diamond Society ?

Il avait choisi de commencer sur le sujet du boulot. L’histoire du petit ami pouvait attendre. Quand les pâtes furent prêtes, Max récupéra la boite et, après s’être assis à côté de Chase, et armé d’une fourchette, il attaqua son repas.
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 12:34 Message
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Encore heureux qu’il était le bienvenu ! Ce bâtiment lui appartenait tout de même pour un quart, depuis le décès de leurs parents, et si les Neutron-Grey ne s’étaient jamais penchés sur la délicate question de leur succession, parce qu’ils avaient toujours été soudés, Chase ne put s’empêcher de hausser un sourcil en entendant Maxime l’accueillir dans un endroit où il avait toutes les raisons de se trouver — Jack avait fait la même chose, quelques jours plus tôt, quand il l’avait croisé dans un couloir. À croire que les Neutron-Grey avaient une mentalité de secte.

Le jeune homme s’abstint cependant de faire de commentaire sur la question. La conversation s’engageait bien et il était inutile de le mener tout de suite droit dans le mur. Il jeta un coup d’œil à son frère et hocha la tête.

— C’est sûr, là, tu es proche de l’avachissement. Je serais toi, je me méfierais.

Le sérieux avec lequel Maxime s’entretenait était somme toute amusant. Chase n’était pas en reste : l’entraînement physique avait toujours été, selon Jack, un excellent moyen de garder le contrôle sur ses pouvoirs et, depuis qu’il était avec Lukaz, Chase redoublait d’efforts pour être à la hauteur du talentueux cambrioleur. Mais il était loin d’avoir hérité de la carrure de son frère aîné et maintenant que son adolescence était bel et bien finie, il désespérait de jamais rattraper son retard.

Laissant Maxime s’éclipser pour récupérer de sa course, Chase attaqua son second sandwich en sortant le téléphone high-tech pas du tout commercialisé que la Danger Diamond Society lui avait donné. Les dix minutes suivantes furent consacrées à répondre à une série de mails, pour l’aménagement des bureaux, les premières sessions de recrutement, les différentes formalités diplomatiques, etc. Habitué à traiter des dizaines d’affaires en même temps, Chase répondait à toute vitesse, mais il en oubliait de manger.

Lorsque son frère revint, l’assiette n’avait donc pas beaucoup descendu. Chase releva les yeux vers son aîné et sourit.

— Pour l’instant, j’en suis encore à choisir le modèle des chaises de bureaux et le fournisseur d’agrafeuses, alors ça va, je crois que je gère.

Il ne faisait pas que cela, évidemment : il négociait, il recrutait, il regardait pour la première fois de sa vie des catalogues d’armement en se disant qu’il était plus que temps de retrouver un expert militaire compétent. Le jeune homme éteignit l’écran de son téléphone et attrapa un second sandwich.

— Plus sérieusement, c’est beaucoup de… Disons de politique. L’UNISON est un peu frileuse. Les gouvernements étrangers aussi.

L’UNISON estimait parfois que les technologies extraterrestres étaient sa chasse gardée. Les pays, eux, étaient soucieux d’exercer leur souveraineté. Tout le monde était crispé, mais Chase avait commencé à jouer les uns contre les autres. L’excellente réputation de la DDS lui offrait du reste un soutien non négligeable.

— Mais enfin, on bénéficie d’excellents précédents, avec la prospection pétrolière ou océanographique. Il faut juste que je trouve un spécialiste de droit international désireux de se lancer dans l’aventure. Là, les dossiers de candidature s’empilent sur mon bureau et je passe mon temps sur Google pour comprendre le nom des diplômes. Les traduire, le cas échéant.

Il avait l’air absolument ravi. On lui confiait enfin des responsabilités à la hauteur de ses compétences et qui étaient une parfaite alliance entre sa passion pour les technologies exotiques et son goût de l’aventure. C’était l’emploi rêvé et cette phase de préparatifs était excitante.

— Heureusement, j’ai acquis de l’expérience à l’UNISON. Ça me permet d’y voir plus clair.

Chase avait stratégiquement souligné les rapports qui existaient entre sa nouvelle fonction au sein de la DDS, notoirement proche de l’UNISON, et son passage dans l’organisation internationale. Il y avait une continuité certaine qu’il entendait bien exploiter pour faire avaler la pilule à Maxime et au reste de sa famille, où l’UNISON constituait quasi un sacerdoce. De toute façon, en bon Américain, il n’envisageait pas le secteur publique opérer sans le soutien de puissantes corporations privées.

Il conclut finalement :

— Donc, pour l’instant, beaucoup de discussions, beaucoup de dossiers, pas de terrain. Mais ça va venir.

Chase, parce qu’il était le plus jeune, parce qu’il avait des pouvoirs atypiques et précocement puissants, avait été tenu souvent à l’écart des aventures de la fratrie, même s’il avait connu une jeunesse bien plus mouvementée que la plupart des super-héros. Et quand on le regardait, on avait de fait du mal à l’imaginer aux prises avec de puissants antagonistes, même si ses exploits, dont les journaux étaient pleins, témoignaient en sa faveur.

— Mais enfin, tu sais, je peux me débrouiller. J’ai plus neuf ans.

C’était sorti tout seul, malgré lui, et un peu comme un reproche. Il adoucit la pique avec un petit sourire et avala une gorgée de coca. Maxime était protecteur, il le savait bien, et il aurait dû ne pas s’en formaliser. Mais entre lui, Tesla et Jack, il avait passé de longues années sous une surveillance plus qu’étroite et il tenait désormais à affirmer et son indépendance, et sa maturité.
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 13:37 Message
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En fait, Chase n’avait pas beaucoup descendu le stock de sandwiches qu’il s’était confectionné. En homme occupé, il avait surtout l’air d’avoir passé du temps à bosser. Au moins cela prouvait-il qu’il travaillait. Il fit un peu d’humour, évoquant des tâches simplistes mais nécessaires sur le choix des chaises, avant de se faire plus sérieux. De la politique… C’était compréhensible.  S’aventurer sur certains terrains demandait de s’adresser à ceux qui les occupaient déjà. L’UNISON faisait partie de ces organisations qui se faisaient un plaisir de rappeler son rôle et ses prérogatives. Typiquement le genre de choses qui passaient un peu au-dessus de la tête de Max. Il était bien plus homme d’action que de diplomatie. Bien qu’il ne soit jamais contre une négociation, un ultimatum, ce genre de trucs n’arrivait que sur le terrain.

Un spécialiste du droit international, ça devait se trouver. Il fallait juste trouver le bon. Et donc, c’était Chase qui s’en occupait. C’était une vraie responsabilité, et Max, pendant un  moment, se demanda s’il était vraiment à la hauteur… mais si c’était un rôle qu’on lui avait confié, il n’y avait aucune raison d’en douter. Il était devenu adulte. Le petit frère avait grandi et quitté le nid. C’était difficile à admettre, encore. Ça viendrait sans doute, mais il faudrait du temps. Il faudrait que Chase fasse ses preuves de façon retentissante. La référence à l’UNISON fit lever la tête à Maxime, qui écoutait depuis quelques instants sans cesser de manger. Ainsi, il appliquait là-bas ce qu’il avait appris ici.

Maxime tiqua sur la pique lancée, plutôt gratuitement, par Chase. Ce dernier l’accompagna d’un sourire, mais il ne s’était pourtant pas privé de souligner à quel point il avait un grand frère surprotecteur. Un grand frère qui pourtant n’avait pas vraiment pu suivre les dernières évolutions… Il avait vécu comme un échec personnel le départ de Chase, non parce qu’il aurait voulu le retenir, mais plutôt parce qu’il n’avait pas été là, il n’avait pas eu l’occasion de comprendre. La conversation qu’ils menaient en ce moment était donc  idéale pour rattraper tout ça.

Je sais. C’est encore dur à admettre, c’est vrai. Mais je sais. Je me suis toujours senti responsable, et ça n’est pas près de s’arrêter. Mais tu voles de tes propres ailes.

Max termina son plat et repoussa la boite vide, avant de pivoter vers Chase.

Tout en moi me crie de te laisser partir, d’être fier de ce que tu deviens. Tu as beaucoup appris avec nous, et à l’UNISON, et maintenant, tu appliques tout ça ailleurs. Avec de vraies responsabilités. Alors, oui, je suis fier de ce que tu deviens, mais c’est… arrivé trop vite.

En peu de temps, Maxime avait appris le départ de son frère, son engagement à la DDS, son homosexualité et son installation avec son petit copain. Ça avait été beaucoup d’un seul tenant.

Mais le principal, c’est que ton nouveau job te plaise et qu’il t’offre des perspectives. T’éloigner du cocon familial… était peut-être ce qui pouvait arriver de mieux, finalement.

Ça lui en coûtait, vraiment, de dire ça, mais il était bien forcé de constater que Chase n’aurait pas pu s’épanouir en restant à l’UNISON, sous la surveillance constante de Jack et protégé par sa fratrie. En partant, Chase avait aussi laissé derrière lui son foyer. Pour en trouver un autre ailleurs. Max, qui ne savait pas comment aborder ce sujet, employa un moyen détourné. Un scoop qui lui avait été rapporté.

Et alors, comme ça, tu ne vas finalement pas épouser Charlie Lane ?

Maxime ne lisait pas la presse à scandale, les potins, ce genre de choses. Mais on lui avait quand même remis un exemplaire du Close up du 16 octobre, qui parlait d’un futur mariage au sein des Neutron-Grey, avec un bébé à la clé. Tout un pataquès que Tesla lui avait démenti en parlant du « petit copain » de Chase. Après avoir posé la question, il se leva pour aller prendre une autre bouteille d’eau dans le frigo. Il retourna s’asseoir, toujours tourné vers son frère. Le sujet était-il délicat ?
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 14:56 Message
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Le jeune homme ne put s’empêcher de sourire en entendant son frère approuvé — peut-être un peu laborieusement, il était vrai — les choix qu’il venait de faire. La reconnaissance de Maxime comptait beaucoup plus pour lui qu’il ne voulait bien le laisser paraître et la conviction de n’être jamais tout à fait à la hauteur des attentes de son aîné avait longtemps hanté son adolescence et joué un rôle important dans l’éloignement qui les séparait depuis quelques années désormais.

Oui, il avait un vrai emploi, un emploi prestigieux que l’on n’eût donné, en temps ordinaires, qu’à beaucoup plus âgé que lui, et il comptait bien l’accomplir avec tout le professionnalisme qu’on pouvait attendre de lui. S’il envisageait certes d’étudier les technologies repérées grâce à l’équipe Argos pour son propre profit, Chase n’avait néanmoins aucune intention de doubler systématiquement l’entreprise et ne pas être à la hauteur des ambitions de Clarence Danger. Sa fierté le faisait tenir plus qu’il ne l’admettait à son prestige médiatique.

— Trop vite, je ne sais pas. Cela fait plusieurs années que je travaille à ce genre de choses.

Et plusieurs années que ses relations avec Jack s’étaient lentement refroidies. Ce qu’il avait quitté en laissant derrière lui le Bigsby Building, c’était surtout leur oncle et son obsession toute militaire du contrôle. Ne plus être une variable instable dans l’équation de Jack, telle avait été sa première motivation. Pour sa fratrie, ses sentiments étaient bien moins tranchés, et même avec Maxime, il trouvait un plaisir certain à converser, après les tensions des dernières semaines.

Il avait conscience de ne pas être en position de reprocher trop frontalement à qui que ce fût une relative indifférence pour les changements survenus dans son existence et dans son désir. Pour ses proches, la succession de ses récentes décisions avait dû être particulièrement explosive, et Chase en avait conscience. Discret, secret même, il n’avait pas beaucoup partagé de ses rêves, de ses ambitions ou de ses frustrations, sauf très récemment, avec Tesla, lors de leur dernière expérience au contact de la Pierre de Lune. Ce qui était pour lui une lente maturation faite de petites insatisfactions accumulées et de la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase devait paraître bien soudain aux trois autres NG et particulièrement à Maxime.

Le véritable sujet du jour ne tarda pas à venir — Maxime n’avait pas une grande passion pour les détours. Chase hésita. Il évitait en règle générale de parler de sa vie privée à son frère et ses sœurs. Sans pousser l’omerta au niveau Tesla, dont personne ne savait ce qu’elle pouvait bien faire quand elle ne travaillait pas (si toutefois cela arrivait de temps à autre), Chase ne s’était pas étendu sur ses premiers émois ni ses premières expériences. Il fallait dire que sa vie personnelle avait été chaotique et pas toujours très reluisante — il avait préféré s’en épargner la description.

Mais les choses avaient changé. Il n’était plus l’adolescent volage et perdu, qui explorait sa sexualité jusqu’aux extrêmes et soupirait de ne pouvoir jamais trouver quelqu’un pour l’aimer. De ce côté-là aussi, il avait évolué. Il finit par secouer la tête.

— Je crains que Charlie ne soit un peu trop, disons, féminine pour moi.

Chase ne put s’empêcher de guetter la réaction de son frère. Il lui était plus difficile d’évoquer sa préférence pour les hommes avec lui qu’avec Victoria ou Tesla.

— Charlie est une excellente amie, cela dit, et on passe beaucoup de temps ensemble. Mais je crois que les journaux ont assez mal compris la nature de notre relation. Et puis…

Il haussa les épaules et, l’air de rien, glissa :

— J’ai quelqu’un d’autre.

Il avait essayé de dire cela du ton le plus dégagé possible, mais il n’avait pu s’empêcher de laisser un sourire le gagner en songeant à Lukaz. Cette histoire lui paraissait toujours incroyable. Et à chaque fois qu’il l’évoquait, il se sentait gagné par un bonheur d’imbécile heureux.

— Il s’appelle Lukaz. C’est français.

Chase ne craignait pas de donner le prénom de son criminel petit ami — de ce qu’il avait compris, Lukaz avait soigneusement dissimulé son identité civile à chaque fois qu’il avait exercé ses activités criminelles, de sorte que l’UNISON, si elle avait eu vent de ses agissements, ne risquait pas de remonter à lui de cette manière.

— Je n’en suis pas encore à l’épouser. Je le connais depuis… Quelques mois. Mais on est ensemble depuis quelques semaines, enfin, à peu près. Ce n’était pas très clair, au début. Maintenant, si, évidemment, beaucoup plus.

Puisqu’ils vivaient ensemble, mieux valait que ce fût clair. Chase craignait un peu la réaction de son frère, alors il ne put empêcher une défense préventive :

— Ce n’est peut-être pas ce que vous auriez voulu pour moi, mais enfin, c’est comme ça. Il est gentil, il prend soin de moi et je me sens bien avec lui. Jack préférerait sans doute que je sois avec une jeune fille de bonne famille, mais bon.

Cette fois-ci, ce n’était pas injuste. Même si Jack n’avait jamais attaqué ouvertement les préférences de son protégé, il avait plusieurs fois essayé de le convaincre d’essayer de sortir avec une fille, pour voir et parce qu’il aurait été, selon lui, beaucoup plus heureux. Entre Jack et Chase, il y avait avant tout un problème fondamental de générations.
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 16:47 Message
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Bien que Chase en doutât, Max avait donné son avis. C’était allé trop vite, parce qu’il ne s’était pas attendu à voir son petit frère partir à peine la majorité atteinte. D’autant que Tesla et Victoria étaient toujours là, elles ne s’étaient pas éloignées du cocon familial. Oui, Chase y travaillait peut-être depuis longtemps, il avait les capacités pour faire ce qu’il voulait, mais jamais Maxime ne se serait imaginé que les talents de son frère soient utilisés ailleurs qu’au sein de l’UNISON. Alors que c’est comme ça que ça avait commencé. Mais les opportunités ne se refusaient pas, même si ça entraînait derrière des complications, des interrogations… Max voulait bien reconnaître que la formation militaire de Jack prenait parfois un peu trop le pas sur le reste, mais c’était pour le bien des Neutron-Grey.

Ensuite, il n’y avait pas de grande révélation attendue. Maxime voulait simplement entendre la vérité de la bouche de Chase. Il avait abordé le sujet des préférences de son frère en douceur, mais il l’avait tout de même abordé. Charlie, trop féminine. Au moins, Chase non plus n’avait pas tardé à annoncer directement, même si c’était de manière quelque peu enrobée, qu’il était homosexuel. Celle que les journaux avaient désignée comme sa future femme n’était qu’une amie. On pouvait faire dire n’importe quoi à une photo, et là, pour le coup, ça avait vraiment été n’importe quoi. Mais au moins le monde, tant que rien n’était officialisé, se faisait-il à l’idée qu’une Lane allait devenir une Neutron-Grey.

Et donc, non seulement Chase préférait-il les hommes, mais en plus, il en avait un dans sa vie. Max ne manqua pas le sourire qui s’afficha sur le visage de son frère. Ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : il l’aimait. Ou du moins se sentait-il bien avec lui. Un Français du nom de Lukaz. Chase aurait pu lui dire que Lukaz était un prénom espagnol, il ne l’aurait pas contredit. Ce garçon venu d’Europe était peut-être digne de la réputation romantique de ses compatriotes. Max ne put s’empêcher de sourire quand son frère précisa qu’il n’en était pas encore au mariage. Heureusement ! Là, pour le coup, même si l’aîné était prêt à accepter la situation, il n’était pas certain d’avoir approuvé.

Et alors que Maxime cherchait comment répondre, son frère prit les devants en formulant comme un plaidoyer, non sans évoquer Jack. Ce dernier était un peu trop obtus sur la question, c’était indéniable, mais il était de la génération précédente, et les mentalités n’évoluaient pas aussi vite quand on avait quelques années de plus… Pour ne pas rester con en cherchant ce qu’il allait dire, Max ouvrit la bouteille et en vida un bon quart. Ce n’est qu’après avoir soigneusement revissé le bouchon qu’il parla.

Je me suis souvent demandé qui était fautif dans cette histoire. Est-ce que quelqu’un est plus à blâmer ? J’ai passé du temps à changer de « cible », mais je n’ai pas trouvé la réponse… parce qu’il n’y en a pas à trouver. Il n’y a pas de faute commise… Il aurait juste fallu un peu plus de dialogue. Pour comprendre plus ce que les autres voulaient vraiment… Je n’ai jamais pris le temps de te demander ce que tu voulais.

Quelque part, il sentait que, même s’il venait de dire qu’il n’avait pas trouvé la réponse, il se donnait une grosse part de responsabilité. Parce qu’il avait, en fait, failli à la parole qu’il avait donnée à ses parents, à l’enterrement, devant leur cercueil. Celle d’être toujours présent pour sa famille.

Et ce que tu voulais, tu l’as pris, seul. Tu as un travail à ta mesure, du moins, c’est comme ça que j’interprète ce que tu m’as dit, et tu as quelqu’un dans ta vie, un garçon qui prend soin de toi…

La situation était plutôt incongrue. Max réalisa qu’il était en train de parler à son frère, qu’il était sur le point de lui « donner sa bénédiction », et qu’il faisait tout ça dans la cuisine, simplement vêtu d’une serviette.

Ce n’est peut-être pas comme ça que j’envisageais ton avenir… Bien sûr, on te voyait au sein de l’UNISON, portant fièrement à nos côtés le nom des Neutron-Grey, avec à ton bras une jolie jeune femme qui t’aurait donné de beaux enfants…

Il se leva, avec l’intention d’aller se vêtir, mais s’arrêta à côté de Chase.

Mais si tu es heureux comme ça… C’est bien le principal, non ? Tant que tu n’oublies pas d’où tu viens. D’ailleurs, tu n’as pas oublié, puisque tu es là aujourd’hui.

Il lui adressa un clin d’œil, désigna sa serviette, puis la direction de sa chambre, où il se rendit. Il n’avait aucune idée de la manière dont il allait s’habiller. Il opta finalement pour une tenue simple, d’inspiration militaire, qu’il laissa sur le lit, le temps de se choisir un boxer. Il en avait une belle collection, d’à peu près toutes les couleurs et tous les motifs. Après avoir fait son choix, il alla remettre la serviette dans la salle de bain, enfila le boxer, un Dim aux couleurs camouflage, et s’arrêta devant le miroir. Il se demanda un instant ce que son frère pouvait penser de lui, physiquement. C’était une question assez dérangeante, aussi la chassa-t-il de son esprit. Il revint dans la minute, habillé.

Excuse-moi, mais tu bouleverses un peu mes habitudes. Tu serais arrivé plus tard, tu m’aurais trouvé à poil dans la cuisine.

Ce qui était vrai. Max, quand il était seul, ne se souciait absolument pas de la pudeur. Après tout, il était chez lui.
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 17:12 Message
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Chase était un peu surpris d’entendre son frère aborder si directement le problème central des Neutron-Grey, du moins lorsqu’il s’agissait du cadet surpuissant et indéchiffrable de la famille : le manque de communication. Peut-être qu’il n’aurait pas dû l’être. Surpris. Peut-être que Maxime avait toujours été là pour lui parler, mais qu’il aurait dû, lui aussi, puisque c’était ses problèmes, faire le premier pas et rechercher les conseils de son frère aîné, plutôt que de le ranger sans ciller dans la même catégorie que son oncle.

Le mentaliste hocha un peu distraitement la tête alors que Maxime s’éclipsait pour enfiler une tenue plus décente. La diplomatie de son frère tranchait quelque peu avec ce qu’il avait attendu d’une pareille conversation. Pour lui, Maxime avait toujours vécu dans un autre monde, un monde un peu rigide, celui de l’armée. Il était militaire, comme Jack, pilote, comme Jack, un homme plus âgé, comme Jack. Il avait sa famille, sa famille d’adulte rangé, avec une femme, un enfant. Mais Chase comprenait qu’il avait un peu vite superposé son frère à Jack.

Parce que Jack, lui, il ne comprenait pas du tout — et il n’allait certainement pas donner sa bénédiction. Il ne comprenait pas que Chase pût être assez inconséquent pour quitter la surveillance nécessaire au contrôle de ses pouvoirs, il ne comprenait pas que Chase pût vouloir faire autre chose que de suivre très précisément les pas de ses illustres parents, alors même que le Neutron-Grey ne les avait jamais connus et il comprenait encore moins la préférence du mentaliste pour les charmes masculins. Il ne comprenait pas et il n’acceptait.

Quand Maxime revint, Chase se sentit coupable. Depuis son départ du Bigsby Building, beaucoup du ressentiment explosif qu’il avait accumulé ces derniers mois pour les membres de sa famille s’était dissipé. L’aventure avec Tesla dans la dimension Gemini n’y avait pas été pour rien. La conversation avec Maxime achevait le processus. Il eut un léger sourire à la remarque de Maxime et sans réfléchir, il répondit :

— Lukaz fait un peu pareil.

Il ne se rendit pas compte que, pour Maxime, c’était sans doute un exercice un peu perturbant que d’imaginer son petit frère dans le même appartement qu’un homme qui se promenait nu et avec lequel il ne devait vraisemblablement pas faire que jouer aux cartes. Mais Chase était préoccupé par autre chose que les tableaux plus ou moins réalistes que son aîné pouvait se faire de sa vie sexuelle.

— Tu sais… Je comprends bien que c’est un peu… soudain. Pour vous, toi, Tesla, Victoria…

Jack, il s’en fichait complètement, à première vue.

— Et ce n’est pas vous que j’ai quittés en partant d’ici. C’est juste, tu vois… Je suis majeur depuis trois ans déjà. Et j’ai dû être mature beaucoup plus tôt. Pour gérer les pouvoirs. Les responsabilités qu’il imposait. Ici, ce bâtiment, ça a été un foyer pour vous, et je comprends bien. Vous pouviez sortir. Moi, j’étais un peu prisonnier. Un cocon protecteur, c’est une façon de voir les choses, aussi, mais trop de protection, ça blesse.

Jack l’avait tenu à l’intérieur du Bigsby Building pendant des années, le temps que ses pouvoirs pussent se stabiliser et Chase avait vu la fin de son enfance et la première partie de son adolescence lui échapper, épuisées par des entraînements rigoureux, perpétuellement interdit de sorties. Sa jeunesse, son rapport au Bigsby Building, son rapport avec Jack surtout, tout avait été très différent pour lui que pour ses sœurs et son frère. Il secoua la tête.

— J’ai eu besoin de respirer. De chercher les choses par moi-même, tu comprends. Et je crois sincèrement que c’est préférable. À partir d’un moment, il faut prendre ses responsabilités, et ce n’est pas en restant enfermé qu’on se réalise. Mais…

Il haussa les épaules.

— Tout cela, ce n’était pas forcément très clair pour moi. Il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas très claires. J’aurais dû en parler, faire confiance, mais je ne sais pas. Pas l’habitude, je suppose. Peur, aussi, d’une certaine manière, que vous ne compreniez pas, et qu’en ajoutant des différences aux différences, vous finissiez par…

Il releva un regard un peu incertain vers Maxime, en faisant machinalement tourner son verre de coca entre ses doigts. Lui, il n’avait pas connu leurs parents. Lui, il n’avait pas vécu l’intégralité des aventures NG. Lui, pendant longtemps, il n’avait pas eu de pouvoirs physiques. C’était déjà beaucoup. Dire qu’il n’avait pas envie de travailler à l’UNISON, dire qu’il était homosexuel, c’eût été rajouté des complications. Trop à porter pour un adolescent qui craignait d’être rejeté.

— Je ne sais pas trop. En tout cas, maintenant, c’est différent. Je n’ai pas toujours réfléchi à toutes les conséquences, sur le moment, quand j’ai pris mes décisions. Par exemple en partant d’ici. Mais rétrospectivement, je suis plutôt content du résultat. Très content du résultat, en fait.

Les derniers mois avaient réuni un ensemble de circonstances, certaines mineures, d’autres de toute première importance, qui l’avaient manœuvré un peu au hasard et l’avaient fait réagir intuitivement aux situations nouvelles. Ce n’était qu’une fois sa métamorphose en jeune adulte achevé que Chase comprenait le sens de son cheminement et en percevait la logique.

— Mais je ne veux certainement pas me couper de vous. D’une certaine façon, je crois qu’on doit apprendre à se connaître. Différemment. J’ai vécu dans mon monde, je n’ai laissé personne entrer et je ne me suis peut-être pas beaucoup intéressé à vous, à ce que vous pouviez comprendre ce que je vivais. J’ai pas mal de torts dans l’histoire, j’en ai conscience.

Et il était parfaitement sincère. Oh, il avait des secrets, des secrets immenses qu’il comptait bien dissimuler toujours à sa fratrie, mais cela ne remettait pas en cause, à ses yeux, son sens de la famille ou les sentiments qu’il éprouvait pour eux.
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Message posté : Lun 4 Nov 2013 - 22:58 Message
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Maxime eut un moment de « bug » quand Chase lâcha, apparemment sans vraiment s’en rendre compte, que son petit copain faisait pareil. Ayant heureusement l’esprit qui ne fonctionnait pas en visualisant systématiquement, il n’eut donc pas à imaginer la situation. Mais ça prouvait au moins une chose : les deux garçons semblaient déjà être entrés dans une sorte de quotidien, et vivaient comme un vrai couple. Non qu’il aurait tenté, dans le cas contraire, de faire quelque chose pour ramener son frère sur une autre route, mais ça lui faisait quelque part des arguments si jamais Jack, lui, l’entreprenait. Max savait qu’il ne pourrait, de toute manière, rien faire s’il le voulait, alors lui n’avait qu’à être heureux pour son frère. Tout en contenant un peu leur « oncle ».

Chase, ensuite, se fit plus grave. Après avoir entendu son aîné, il avait l’air de vouloir lui aussi faire un pas vers ses frère et sœurs. Max réalisait vraiment, à présent, à quel point ça avait dû être dur pour son cadet. Qui n’avait pas été protégé, mais surprotégé, en dépit de ses propres désirs, de… sa propre liberté. Jack avait toujours présenté les choses comme étant ce qu’il y avait de mieux pour tout le monde, et surtout pour Chase. Ce dernier avait donc d’autant plus eu besoin de partir, et il était parti. Non sans se retourner, mais il avait coupé le cordon d’un coup, en allant travailler ailleurs, et en s’installant avec son petit ami.

Max ne quittait pas son frère des yeux, alors que celui-ci parlait de ses doutes, du fait qu’il aurait dû, peut-être, partager un peu plus ses doutes et ses envies, avant de s’en aller. Mais il y aurait peut-être eu le risque d’être retenu, qu’on l’empêche de prendre son envol. Jack avait brièvement raconté à Maxime que Chase était parti sans lui laisser le temps de le rattraper. Ce qui, pour sa liberté, était peut-être mieux, car dans le cas contraire, peut-être se serait-il retrouvé encore plus « protégé », protégé contre lui-même. Ce qui n’aidait pas à la confiance. Alors que, livré à soi-même, on apprend plus facilement à se faire confiance.

Maxime retourna s’asseoir aux côtés de Chase, toujours sans cesser de le regarder. Il voyait le doute et l’hésitation, mais derrière, la décision n’avait pas été prise sur un coup de tête. Elle avait été l’aboutissement de mois, voire d’années de pression qui ne s’était jamais vraiment relâchée. Et en plus de ça, Chase avait moins de repères que ses aînés. Il n’avait pas connu leurs parents, ayant à peine un an lorsqu’ils étaient morts, et par la suite, il n’avait pas pu sortir, rencontrer le monde extérieur. Beaucoup de choses qui au final justifiaient son départ.

Lorsque le silence revint dans la cuisine, Max le laissa durer quelques instants. Puis il quitta son tabouret et posa une main sur l’épaule de son frère. Pour le regarder droit dans les yeux. Pour parler sincèrement, d’homme à homme. Puisque c’est bien un homme qui lui parlait depuis tout à l’heure, un homme qui avait réfléchi, et qui avait à présent son existence propre. Il prit la parole :

Il y a peut-être des torts de tous les côtés, mais tu es sans doute le moins à blâmer. Je n’ai jamais pris le temps de comprendre. Tout était naturel, les explications étaient logiques. Alors qu'en définitive, le principal concerné n’avait pas son mot à dire. Alors, oui, tu aurais dû m’en parler… enfin, nous en parler, mais rien n’a été fait, avant, pour te faciliter les choses…

Maxime se retourna, pour attirer son tabouret plus près, de façon à être presque au contact de son frère. Ce qui n’était, à son souvenir, que très rarement arrivé. Ils avaient le même sang, le même nom, les mêmes parents, mais ils n’avaient jamais vraiment partagé quelque chose en frères. Parce que la vie au Bigby Building avait été régie par des règles particulières. Ne prendre aucun risque.

Tu as raison, il faut apprendre à se connaître. Tu es toujours chez toi ici, même si tu vis ailleurs, alors, n’hésite pas à passer, à revenir souvent. J’imagine que c’est le plus simple, que tu n’es pas encore prêt à recevoir… chez vous.

Max eut un petit sourire, un peu étrange, en partie parce qu’il ne voulait pas encore réaliser que son petit frère partageait la vie d’un autre garçon, qu’ils s’aimaient, prenaient soin l’un de l’autre…

En y allant progressivement, on va y arriver. En fin de compte, je n’ai jamais pu profiter de mon frère. C’est comme s’il y avait du temps à rattraper.

En y repensant, l’agent de l’UNISON n’aurait jamais imaginé vivre une telle scène. Et, du coup, il se sentit un peu gêné de se retrouver aussi proche, physiquement, de Chase. Mais il ne bougea pas.

Je n’ai pas de grande révélation à te faire, de mon côté. Peut-être que tu voudrais, par contre, connaître aussi un peu plus ton neveu. Il a déjà trois ans, quand même.

Gregory ne connaissait pas son oncle, en fin de compte.
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Message posté : Mar 5 Nov 2013 - 10:36 Message
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Et voilà, Chase était ému. Comment ne pas l’être ? Il avait l’impression de retrouver, ou même tout simplement de trouver, son frère. L’adolescence les avait éloignés l’un de l’autre, sept ans les séparaient, et puis Maxime avait eu sa vie, ses responsabilités, une femme, un enfant. Chase avait volé de mission en mission, avec un emploi de ministre, passant en coups de vent dans le Bigsby Building. Ils étaient adultes depuis des années, tous les deux, mais le temps et les occasions avaient manqué. Il avait fallu un réfrigérateur vide et l’appétit de Chase pour organiser leurs retrouvailles.

Un sourire un peu timide monta aux lèvres du cadet, qui baissa les yeux. Il n’avait jamais été très démonstratif, sauf avec Lukaz et il conservait de sa jeunesse une réserve un peu froide, pour beaucoup, mais qui ce jour-là était de pure pudeur. Chase restait Chase : intelligent, subtile, mais flegmatique et par conséquent toujours un peu difficile à saisir. Il espérait néanmoins que Maxime comprenait qu’il était sincèrement touché par cette conversation qui prenait enfin forme, entre eux.

— À recevoir ?

Chase esquissa un sourire amusé. Il avait du mal à s’imaginer en maîtresse de maison. Lukaz encore moins. Déjà que leurs talents culinaires étaient limités. Et puis l’appartement ne se prêtait pas au dîner qui pourrait accueillir Tesla, Victoria, Maxime, Helena éventuellement. Comme Chase se voyait mal embarquer toute sa famille dans la très secrète Forteresse Onirique, qui flottait dans une dimension parallèle, il finit par secouer la tête.

— Tu verrais le bordel que j’ai mis. Des câbles partout, des ordinateurs, j’ai complètement envahi l’appartement.

Ce n’était bien sûr qu’une excuse de pure façade. La vérité, c’était qu’il n’était pas prêt de présenter Lukaz à sa famille et qu’il ne le serait peut-être jamais. Le fossé qui séparait le cambrioleur des Neutron-Grey était assez considérable et Chase doutait qu’il pût être aisément franchi. Avec le temps, peut-être, il s’habituerait à l’idée de les voir dans la même pièce sans s’étriper, mais ce n’était pas pour tout de suite : sur ce point, Maxime avait parfaitement raison.

Le mentaliste haussa les épaules.

— Bref, on va faire les choses petit à petit. On verra après pour les grandes réceptions.

Il était déjà persuadé d’avoir du mal à convaincre Lukaz de venir avec lui à l’opéra — sans se douter que l’opéra Beaudrie, Lukaz le connaissait très bien et l’avait visité, disons, dans les détails — et il était lui-même assez angoissé à la perspective de rencontrer éventuellement la famille de son petit ami lors de leur voyage breton, en fin de semaine, alors il préférait ne pas tirer des plans sur la comète.

La seconde proposition de son frère le laissa un peu sans voix. Chase n’était pas très doué avec les enfants. Allez leur expliquer les lois de la thermodynamique ou les différentes techniques de sabre laser, à ces choses-là ! Dans la mesure du possible, il les évitait. Ça, l’éloignement entre son frère et lui, ses activités intensives à l’UNISON et ailleurs, ne lui avaient de fait pas laisser beaucoup de temps pour découvrir son neveu et il avait du mal à se considérer lui-même comme l’oncle de qui que ce soit.

Mais il avait l’impression d’entendre dans la remarque de son aîné une sorte de reproche. Pour les Neutron-Grey, la famille était sacrée et la distance que Chase avait instaurée sans y penser entre le petit dernier de la tribu et lui-même devait avoir été très mal perçue. Le mentaliste ne se rendait compte qu’à présent, maintenant que ses propres problèmes, plus ou moins réglées, le rendaient un peu moins égocentriques.

D’un air coupable, il murmura :

— Bien sûr.

Il n’avait aucune idée du genre d’activités que l’on pouvait faire avec un enfant de trois ans. Jouer à Starcraft était sans doute exclu, hélas. Il faudrait aussi qu’il réfléchît à un cadeau, quelque chose de plus exaltant qu’une calculatrice dernière génération — même si pour un Neutron-Grey, cela valait de loin un garage pour petites voitures. Chase sentait en tout cas qu’il devait s’intéresser d’un peu plus près à la question.

Un peu embarrassé, maladroitement, mais sincèrement, il commença :

— Et, hm… Comment il va ? Je veux dire, par exemple, à l’école ? Il est doué en mathématiques ?

Trois ans, Chase, trois ans.

— Il est peut-être pas à l’école, encore, remarque…

Ce beau moment de lucidité fut suivi d’une intense et rapide réflexion d’un Chase soucieux de poser des questions plus calibrées.

— Alors il fait quoi ? Il est chez une nourrice, ou quelque chose comme ça ? Il joue à des trucs ? Vous l’avez déjà emmené dans le laboratoire de Tesla ? C’est très drôle.

Une façon de voir la chose. Et puis, pas sûr que la scientifique fût ravie de voir un gamin gambader entre ses précieux instruments et ses expériences dangereuses. Mais Chase voyait midi à sa porte et il prêtait à son neveu les plaisirs qu’il se souvenait avoir eus dans son enfance, même si la précoce apparition de ses pouvoirs, en modifiant profondément son esprit, avait effacé l’essentiel de ses premières années.
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Message posté : Mar 5 Nov 2013 - 12:58 Message
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Maxime avait fait dans la taquinerie : bien sûr que Chase n’allait pas recevoir sa famille dans l’appartement qu’il occupait avec Lukaz. Et même si le « bordel » avec les câbles était bien réel, ce n’était sûrement pas le principal obstacle à une réception imminente. Mais au moins, les deux frères parlaient en tout décontraction, bien décidés à ne pas ressasser le passé. Il leur avait fait du mal, à tous, les Neutron-Grey, et même si tout n’était pas encore réglé – l’oncle Jack aurait encore son mot à dire, certainement – au moins de nouvelles bases, saines, venaient d’être posées.

Quand il évoqua son fils, Max ne se rendit pas compte du ton qu’il avait pris, et qui pouvait être mal interprété. Chase sembla l’avoir pris comme une accusation, alors que ce n’était absolument pas l’intention de son aîné. Ce n’était après tout pas comme si les conditions avaient été idéales pour qu’une vraie relation oncle-neveu soit développée. S’ils ne s’étaient pas connus, c’est parce qu’ils n’en avaient pas vraiment eu la chance. Mais voir son petit frère comme ça, un peu gêné, ça avait quelque chose d’attendrissant, alors Maxime ne dit rien, le laissant tenter de s’intéresser au sujet « petit Gregory ».

Max ne put s’empêcher de rire à la question sur les mathématiques, suivie d’une prise de conscience sur l’âge de l’enfant. Non, tout le monde ne pouvait pas être comme Chase, un enfant au-delà du surdoué. Il laissa son frère se reprendre sur des interrogations un peu plus adaptées, même s’il ne put s’empêcher de ramener sur la table un peu de science. Neutron-Grey un jour, Neutron-Grey toujours.

Il ne va pas encore à l’école, mais il est déjà très vif et éveillé. Il comprend plus vite que les enfants de son âge, c’est sans doute lié à l’environnement dans lequel il est élevé. Bien sûr, il ne sait pas encore lire, mais il s’intéresse déjà aux chiffres.

Il fallait le voir, dans sa chambre, avec son tableau blanc et ses chiffres aimantés. Dans peu de temps, il serait certainement déjà capable de compter, juste avant de savoir lire, et peut-être d’écrire. Mais Max ne voulait pas que ça aille trop vite. Un enfant trop doué a toujours des difficultés d’adaptation. Intellectuellement, il est loin devant. Mais socialement, il est loin derrière. Chase en était presque un exemple, sauf que son retard social avait été dû à Jack.

Il a déjà mis les pieds dans le laboratoire de Tesla, oui. Avec l’interdiction formelle de toucher à quoi que ce soit tant qu’il n’a pas appris ce que c’était. Ça viendra, il est plus scientifique que littéraire. Il n’a pas encore développé de capacité particulière, en revanche. Mais il est trop tôt.

Tout le monde ne développait pas des pouvoirs aussi rapidement, comme Chase. Mais si jamais, du jour au lendemain, Gregory montrait les mêmes signes que son oncle, Maxime ferait tout pour qu’il ne subisse pas le même sort. Malgré les grands principes de protection, il avait compris ce que cela pouvait coûter. Chase était le parfait exemple à ne pas reproduire.

Il est chez une nourrice, en attendant, en effet. Avec deux autres enfants, pour qu’il joue à des jeux de son âge. Même si je l’ai déjà entendu dire que l’un de ses petits camarades était « stupide ». Ça promet.

Gregory parlait, et même très bien, et il assimilait rapidement certaines notions, quitte à, déjà, se faire un juge de caractères et d’aptitudes. L’un de ces copains était stupide, et l’autre était bavard mais un peu lent. Tout un programme.

On peut d’ores et déjà programmer quelque chose ? Tu viens pour dîner, tu arrives en avance pour passer du temps avec lui, et quand il est couché, tu passes la soirée avec Tesla, Victoria, Helena et moi ?

Il était certain que Jack leur en voudrait s’il n’était pas invité, mais il craignait aussi que la discussion dégénère. Les quelques fois où le sujet de la conversation entre Jack et Max avait dérivé sur Chase, il avait préféré rapidement y mettre fin histoire de ne pas s’engueuler avec son mentor. Il s’en voulait un peu de penser comme ça, mais il était temps qu’il prenne aussi à cœur les intérêts de son cadet.
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Message posté : Mar 5 Nov 2013 - 15:39 Message
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Le retard social de Chase — ou comment on pouvait être l’un des héros les plus célèbres de la planète et ne toujours pas comprendre quand une groupie vous faisait des avances pour le moins explicite. L’isolement adolescent du jeune homme y était sans doute pour quelque chose, mais il fallait avouer aussi que Chase était dans son monde ou, depuis qu’il se promenait régulièrement dans des dimensions parallèles, dans ses mondes. Être un mentaliste itinérant, ça n’aidait pas vraiment à s’accrocher à la réalité, parfois.

Quoi qu’il en fût, il parut ravi d’apprendre que Gregory résolvait déjà des équations sur son tableau blanc — plus ou moins. Avec les inventions et les recherches accumulées par leur grand-père, puis leurs parents, puis le duo infernal Tesla-Chase, le Bigsby Building était indubitablement un environnement propice au développement d’un jeune esprit scientifique. Chase n’avait d’ailleurs jamais suivi un seul cours de son existence et il devait à cet apprentissage à moitié familial, à moitié autodidacte, l’essentiel de ses connaissances dans des domaines très variés. Un assemblage hétéroclite aux résultats parfois aléatoires, qui n’avait jamais semblé décevoir Tesla.

Beaucoup plus laxiste que sa sœur aînée en la matière, Chase préconisa :

— Il peut au moins toucher aux trucs des ateliers. Enfin, pas à tout, il y a le dernier canon laser et le système d’électrocution que j’ai développé pour les armoires de Charlie…

Les couloirs du Bigsby Building étaient pleins de dangers pour ceux qui ne savaient pas s’y orienter — entre les robots qui s’étaient fait la malle des ateliers et les dernières expériences explosives de Tesla, mieux valait, dans certains étages, progresser avec prudence et lenteur. Évidemment, les deux principaux responsables de ce chaos, Tesla et Chase, ne semblaient jamais particulièrement perturbés par cet état de fait.

Le jeune homme suggéra tout de même :

— Je pourrais lui installer un petit établi, peut-être, avec des outils sans danger. Pas de fer à souder ou de scie plongeante, par exemple.

Le charme du Bigsby Building résidait aussi dans le fait que même les disciplines scientifiques les plus ardues et, pour bien des chercheurs, les plus théoriques, trouvaient une application pratique et concrète qui aidait à en concevoir les principes. Quand on avait un portail dimensionnel dans le grenier, les considérations relativistes ou quantiques sur les mondes parallèles devenaient tout de suite beaucoup plus parlantes.

Chase avait toujours été d’avis qu’il fallait mettre les mains à la pâte pour bien s’approprier les sciences. Beaucoup plus inventeur que scientifique pur lui-même, il laissait une bonne part de spéculations à Tesla pour se concentrer sur les applications électroniques et mécaniques. Il avait eu toute une adolescence entre ces murs pour apprendre à bricoler ses idées.

De toute évidence, les progrès précoces de Gregory ôtaient beaucoup de son angoisse à l’idée de rencontrer un petit garçon. Il se voyait déjà en train de l’aider à installer des turbos thermiques sur ses voitures télécommandées ou à se fabriquer un sabre laser (inoffensif — que tout le monde se rassure). La question des pouvoirs effaça son sourire.

— Helena est humaine. Je suppose qu’il y a… vingt-cinq pour cent de chance, en théorie, qu’ils soient comme nous.

Évidemment, entre nous-Chase « je développe des pouvoirs psi-mutant avant d’entrer dans l’adolescence » et nous-les mutants « j’arrive à faire pousser des primevères en me concentrant beaucoup », il y avait un monde de possibilités. Chase s’était finalement accommodé de sa situation et pour rien au monde il n’eût souhaité être privé de ses pouvoirs. À ses yeux, les capacités des NG avaient été une chance exceptionnelle.

— Possible qu’on puisse faire des tests, cela dit. Au moins déterminer la présence du gène. Après, savoir s’il s’exprimera ou non, et comment, c’est une autre histoire, bien entendu. Il faudrait demander à Tess.

Il n’était pas certain que ce fût absolument impossible, cela dit. La génétique n’était vraiment pas sa spécialité et peut-être que dans tel ou tel laboratoire américain (bien entendu), quelqu’un avait développé des tests plus poussés. Cela dit, Chase n’était pas persuadé que Maxime voulût plonger si tôt son fils dans un monde pareil, même si, de facto, il en serait membre, mutant ou non.

Toujours était-il qu’en parlant, Gregory avait pris un peu plus de consistance pour lui. Entre les projets d’amélioration des voitures téléguidées que l’enfant ne possédait peut-être même pas, la nécessité de lui faire une place dans les ateliers et l’éventualité de vérifications médicales, l’oncle semblait déjà prendre au sérieux un rôle que son instabilité révolue l’avait fait fuir pendant longtemps. La proposition de Maxime fut bien vite accueillie par un hochement de tête.

Chase ralluma son téléphone et ouvrit son emploi du temps. Un coup d’œil suffisait à comprendre que le « repos » n’était pas vraiment au programme. Les jours étaient sillonnées par des plages de couleur qui se superposaient, parfois exactement aux mêmes horaires. Tout était codé avec des séries de lettres et de chiffres, qui rendaient le détail incompréhensible, mais dans l’ensemble, le message était clair : Chase était un homme occupé.

— Hmm… Heureusement, je suis assez libre, pour l’instant. L’équipe n’est pas vraiment formée.

C’était une façon de voir les choses. Il y avait en plus tout ce qu’il ne notait pas dans son emploi du temps et qu’il ne confiait qu’au coffre-fort infaillible de son esprit : ses activités criminelles en compagnie de Lukaz.

— Et toi, au fait, le travail ? De quoi tu t’occupes, en ce moment ? Tu as conscience que si la DDS récupère des choses, elles seront probablement intégrées au projet Passerelle. J’espère que tu es prêt à piloter des vaisseaux quantiques.
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Message posté : Mer 6 Nov 2013 - 12:09 Message
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À présent que le sujet était centré sur les intérêts de Chase, ce dernier avait beaucoup de choses à dire, même si ses suggestions n’étaient pas forcément adaptées à un petit garçon de trois ans. Non que Max soit fermé sur la question, il savait que l’environnement familial faisait de son fils un enfant plutôt chanceux, qui pouvait disposer de jouets et gadgets inaccessibles à ceux de son âge, mais il ne fallait pas non plus aller trop vite. Risquer d’en faire un pourri-gâté n’était pas vraiment ce qui était envisagé… L’idée du petit établi, pourquoi pas… Mais le papa allait surtout en parler à la maman avant de prendre une décision.

C’est une idée… Il faudrait que j’en parle à Helena, d’abord, précisa-t-il d’ailleurs.

Concernant le potentiel de son fils, Max ne savait trop s’il se réjouirait de le voir développer des pouvoirs, comme la fratrie, ou s’il préférerait le voir rester humain, comme sa mère. Il y avait encore le temps, l’adolescence était loin, tout le monde ne montrait pas des signes aussi tôt. Gregory serait peut-être déçu, en fait, s’il s’avérait que les vingt-cinq pourcents de chance dont parlait Chase lui échappaient. C’était un pourcentage non négligeable, mais ses chances d’être simplement humain étaient plus nombreuses. Mais avec un esprit comme semblait être le sien, il n’y avait aucun souci à se faire quand à son avenir. Ses capacités intellectuelles pourraient lui suffire.

Chase suggéra de faire des tests. Était-ce une bonne chose ? Au moins seraient-ils fixés. Mais s’ils apprenaient que le gène n’était pas présent, que feraient-ils de l’information ? Se promettraient-ils de le dire à Gregory dès qu’il serait en âge de comprendre ? Envisager d’apprendre rapidement si leur fils tenait de sa mère ou bien des NG était une décision à prendre à deux. Même si, quelque part, Maxime sentait qu’il n’avait pas envie de précipiter les événements.

J’en parlerai à ma femme. Ce n’est pas urgent, de toute façon.

Il demanderait aussi l’avis de Tesla, en fait. Elle était plus calée dans ce genre de choses que lui, et sans doute penserait-elle à des aspects qu’il n’imaginait pas. Si Max avait un esprit scientifique, comme tous les NG, il le relativisait toujours, comparé à ceux de ses sœurs et son frère. Heureusement qu’il avait trouvé sa voix et qu’il y excellait. En dehors du pilotage et des essais réguliers qu’il faisait quand des améliorations étaient apportées aux différents appareils, il touchait un peu à tout. Même si ce qu’il préférait était la « diplomatie de terrain ». On neutralise et après on discute.

Chase déclara être « assez libre », ce que Max imaginait comme étant un emploi du temps bien garni mais qui pouvait si besoin s’adapter un peu à de nouvelles entrées. Avec son nouveau boulot, son petit frère avait de nouvelles responsabilités, et la formation d’une nouvelle équipe prenait du temps. Entre étudier les candidatures, prospecter, rencontrer… Ça faisait beaucoup de travail, et concilier ça avec une vie privée relevait de la prouesse technique. Mais c’était aussi un aboutissement, la concrétisation de ses ambitions hors de l’UNISON.

Après Chase et Gregory, le sujet de la conversation changea, pour devenir… Maxime lui-même. Ce qui était somme toute logique, il n’avait pas encore parlé de lui. Chose qu’il n’aimait pas particulièrement faire, parce que ce n’était jamais vraiment à la hauteur de ce qu’accomplissaient les membres de sa fratrie. Lui ne faisait pas de grandes découvertes, ne dirigeait pas des laboratoires et des équipes de scientifiques. Non, lui, il était pilote et caporal à l’UNISON. Un militaire, comme Jack, mais moins strict. La discipline était importante, bien sûr, mais il ne fallait pas en abuser.

Moi, je ne tiens pas en place. Je travaille sur plusieurs des projets en cours, je change régulièrement… Même si je suis plutôt sur le Projet Passerelle. J’attends avec impatience de pouvoir tester tes « vaisseaux quantiques » ! Quand je ne pilote pas, je vais sur le terrain… Trop facile, mais j’en ai aussi besoin. Les menaces que j’y rencontre ne sont pas vraiment… dangereuses, mais puisqu’il faut y aller !

Tout en parlant, Max s’était levé, pour se diriger vers le frigo. Il tira du tiroir du bas une pomme, histoire de compléter un peu son repas, qui en définitive était plutôt léger.

Rien de bien palpitant, c’est assez répétitif, en fait…

Le regard de Maxime s’arrêta alors sur un écran, contre le mur, qui montrait que Jack était dans l’ascenseur. Savait-il que Chase était là ? Que ce soit le cas ou non, il ne pouvait rien arriver. Et si jamais leur mentor s’emportait, Max était là. Mais il n’y avait pas de raison pour qu’il ne comprenne pas, enfin, que Chase n’était plus un enfant qu’il contrôlait, et qu’il menait sa propre carrière, à présent, ailleurs. Il était temps qu’il soit fier, lui aussi.

Tiens, de la visite, signala l’aîné, en désignant l’écran.
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Message posté : Mer 6 Nov 2013 - 13:57 Message
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Un instant, le jeune homme fut un peu déconcerté par les réponses de son frère. Chase en était encore à apprendre les règles du couple et sa relation avec Lukaz, sur ce point-là, était peut-être beaucoup plus atypique qu’il ne le pensait lui-même : les deux jeunes gens vivaient dans une osmose psychique singulièrement favorisée par les pouvoirs de Chas et une bonne part de la communication nécessaire à toute relation solide passait par ses pensées informulées qu’ils échangeaient parfois sans s’en rendre compte. Pour le reste, tout était un peu nouveau.

Donc, il fallait parler à sa femme de tout. Maintenant que Maxime l’avait souligné, à deux reprises, cela semblait évident, bien sûr. Mais comme Lukaz et Chase n’avaient pas d’enfant, pas de chat et pour seul être plus ou moins vivant dont il fallait prendre un soin un vieux pick-up en fin de vie, maintenue sur les routes, à l’humble avis du mentaliste, par acharnement mécanique, la manière dont Maxime et Helena devaient négocier pour établir un programme d’éducation commun adaptée au potentiel de Gregory ne lui était pas très parlante.

Il se contenta donc de hocher la tête en se disant, tout de même, que des voitures télécommandées avec des réacteurs nucléaires, ça devait être cool. La réponse de Maxime sur ses propres projets fut quelque peu elliptique et Chase en était encore à tenter de déterminer si son frère avait volontairement évité d’évoquer des dossiers secrets auxquels désormais il n’était plus lui-même censé avoir accès ou s’il eût été ouvert à plus de questions, quand son aîné désigna l’écran derrière lui.

Chase jeta un coup d’œil par dessus son épaule et l’ambiance se refroidit nettement. Difficile de s’enfuir en toute discrétion et Jack avait déjà frappé à la porte de l’appartement de Maxime. Quelques secondes plus tard, leur oncle fit son apparition dans la cuisine. Jack et Chase se regardèrent un moment.

— Bonjour, Chase. Content de te voir dans les parages.
— Je ne faisais que passer.

Voilà qui commençait bien. Entre les deux hommes, le ton n’était pas à la franche cordialité, c’était le moins que l’on pût dire. Chase avait jeté un regard à Jack puis baisser le nez sur son verre de coca presque fini, sans rien ajouter. Il était de toute façon à la recherche de l’excellente excuse qui lui permettrait de fausser compagnie à l’homme sans pour autant vexer Maxime, même s’il se doutait parfaitement que son frère ne le laisserait pas s’en sortir à si bon compte, alors qu’ils étaient en train de recoller les morceaux.

Jack tendit une clé USB à Maxime.

— Tiens, ce sont mes archives de rapports de pilotage, celles que tu avais demandées.

Jack s’installa sur un tabouret, en face de Chase, en lorgnant les sandwichs.

— Je peux… ?

L’assiette glissa sur le bar pour venir se placer comme par magie en face de Jack. L’homme secoua la tête.

— Tu pourrais aussi utiliser tes mains.
— Qu’est-ce que ça change ?

Chase avait relevé le regard.

— Un mutant ne doit pas abuser de ses pouvoirs, tu le sais très bien.
— Non, je ne le sais pas. Je suis mutant, toi non. Je suis peut-être le mieux placé pour en juger.

Jack eut un air un peu interdit, son sandwich à la main. Il avait souvent vu Chase contrarié par ses conseils, mais c’était la première fois que le jeune homme exprimait un avis si ouvertement différent du sien. Toujours persuadé de n’avoir affaire qu’à un adolescent en pleine crise, plutôt qu’à un jeune adulte en pleine possession de ses moyens, Jack secoua la tête d’un air réprobateur en mordant dans son sandwich.

— Tu es toujours en colère, alors.
— Non.

Silence. Chase ne put s’empêcher de lancer un regard indécis à Maxime. Jusqu’à lors, son frère aîné avait toujours marché dans les traces de Jack, et Chase s’attendait à moitié à le voir prendre le parti de leur oncle. Mais la discussion qu’il venait d’avoir lui donnait des raisons de trouver en Maxime un allié inespéré.

— Bon. Et donc Tesla m’a dit que tu avais trouvé un colocataire ?

Chase haussa les sourcils.

— Tesla a dit ça ?

Le mentaliste doutait beaucoup que sa sœur eût utilisé un pareil euphémisme plutôt que de décrire la situation comme lui-même l’avait caractérisée. Tapotant d’un air impatient du bout des doigts sur son verre, Chase lança :

— Je suppose que tous les gens ne sont pas aussi intimes que cela avec leurs colocataires, sinon les fabricants de lubrifiant domineraient le monde.

C’était presque une tentative de meurtre, parce que sous l’effet de la surprise, Jack avala de travers une bouchée de sandwich et se mit à tousser comme un beau diable. Il se leva pour se servir un grand verre d’eau et se remettre (un peu) de ses émotions.

— Dis moi des choses comme ça.
— Pourquoi ?
— Parce que ce n’est pas… Enfin, voilà.

Chase haussa les épaules et se remit à observer son verre. Quelle ambiance !
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Message posté : Mer 6 Nov 2013 - 19:39 Message
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Si réellement l’atmosphère s’était soudain refroidie à l’entrée de Jack, le changement de température aurait été bien ressenti par Max. Il se félicita intérieurement d’avoir récupéré une pomme, ce qui lui tenait les mains occupées, et ainsi mordre dedans lui permit de ne pas avoir à parler dans l’immédiat. Il remercia son oncle d’un signe de tête, en récupérant la clé USB, et se dit qu’il n’était pas forcément très poli de s’éclipser dès maintenant pour aller consulter les fameuses archives. Le mentor de la famille Neutron-Grey s’installa ensuite, naturellement, au comptoir de la cuisine, avant de prendre, non sans avoir au préalable demandé l’autorisation, un sandwich. Et la manière dont Chase les lui proposa le fit forcément réagir…

Maxime, qui pensait pouvoir rester encore un peu en dehors de ça, croisa le regard de son frère, qui semblait chercher un soutien. Soutien qu’il était tout disposé à donner, mais il fallait voir qui il y avait en face. Même s’il réalisait à quel point Jack avait abusé durant tant d’années, ce n’était pas si facile de le lui dire. Aussi l’aîné de la fratrie garda-t-il le silence, attendant le moment où il ne pourrait plus continuer à se taire. Il se tendit légèrement quand Chase précisa sans détours la nature de sa relation avec son « colocataire ». Jack, lui, manqua de s’étouffer avec une bouchée du sandwich.

Après un dernier échange, Max, avec un soupir, sut qu’il devait dire quelque chose. Il fallait jouer de diplomatie, pour ne froisser aucun des deux hommes, et en même temps être suffisamment ferme pour interrompre ce qui s’annonçait comme une dispute qui durerait dans le temps. Après avoir avalé sa pomme, il mit le trognon à la poubelle et vint se placer entre eux, en bout de comptoir.

Chase, c’est vrai, tu n’as pas besoin de donner des détails…

Il avait tâché de ne pas trop avoir le ton de la réprimande, même si cela devait percer un peu. Les habitudes du jeune papa, certainement. Mais il prit un peu moins de gants quand il s’adressa à son oncle :

Tu peux pas t’en empêcher, hein ? Fous-lui la paix. Tu l’as couvé pendant trop longtemps, et maintenant, il s’est envolé. Il le mérite. Mais il n’a pas oublié d’où il vient. Tu vois, il est là.

Tout en parlant, Max s’était rapproché de Chase, jusqu’à lui poser une main sur l’épaule. Une façon de montrer, quelque part, qu’il choisissait un camp. Ce qui n’était pas vraiment son intention, mais il avait compris que seul un geste fort de sa part était susceptible de fonctionner avec Jack.

On ne pourrait pas oublier tout ça et être une vraie famille ?

Leur oncle ne bougeait pas, restait impassible. Maxime fit un pas vers lui, puis un autre.

On te doit tout. C’est toi qui as fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. C’est ce que Papa et Maman voulaient. Mais je suis sûr qu’ils n’auraient pas voulu que tu sois comme ça avec Chase. Le protéger, oui. Pas lui prendre sa liberté…

Max vit au regard de Jack qu’il allait répliquer, mais rien ne vint. Il lui prit la main, la serra.

Je sais, c’était pour son bien, pour notre bien à tous. Mais c’est fini. Tu devrais être fier de ce qu’il est devenu, de ce qu’il accompli.

Jack se dégagea et se leva. Il semblait en proie à une lutte intérieure. Son principal allié au sein de la famille se retournait contre lui. Max se demanda brièvement s’il ne croyait pas soudain que Chase l’avait manipulé, s’était introduit dans son esprit pour le forcer à se mettre de son côté. Est-ce qu’il allait enfin comprendre, ou s’enfoncer dans son entêtement ? Maxime se sentait mal, à présent. Parce qu’il ne voulait pas que Jack lui en veuille. C’était son père adoptif, son modèle, et même s’il n’adhérait plus à tous ses principes sans discuter, cela ne changeait pas. Il jeta un regard à Chase. Il venait de parler, de donner son point de vue. Pourvu que ça n’explose pas.
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