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Thabo Asmal (Mac Aoidh)

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Message posté : Mar 22 Oct - 21:52 Message
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14 octobre 2013

— Espèce de sombre crétin dégénéré !

Depuis plusieurs minutes, le ton montait dans le Circus Maximus. Loin du ring où s’affrontaient deux colosses, les Mac Aoidh fixaient d’un regard haineux un type écailleux avec des cornes, qui devait bien peser trois fois leurs deux poids ajoutés. Ce qui n’empêchait pas Abban d’agiter un doigt vindicatif sous son absence reptilienne de nez.

— Si tu continues, ça va pas s’passer comme ça !

Quelques badauds s’étaient détournés du combat pour observer cette altercation alternative. Certains d’entre eux hochaient la tête à chaque fois que l’un des jumeaux prenaient la parole, d’autres avaient plutôt l’air de faire corps avec leur serpentin opposant, qui reprit d’ailleurs la parole d’une voix sifflante :

— Mais pour qui vous prenez vous ? Vous ne ssssavez visssiiblement pas de quoi vous parlez. Laisssssez faire les professsionnels.
— Professionnels mon cul, oui !
— Ssss’en est trop !

Le démon reptilien de la dimension de Zgurg posa brutalement sa chope de bière sur la table en aluminium renforcé, faisant sursauter tout le monde. Il se redressa de toute sa haute stature et, prudemment, les Mac Aoidh reculèrent d’un pas.

— Préparez vous, Gémeaux ! Demain, je reviendrai. Et j’aurai des arguments que vous ne pourrez pas contessster !

Et il tourna le dos après avoir fait entendre un ricanement sinistre. Les Mac Aoidh, pour leur part, ne semblaient nullement impressionnés. Abban secoua la tête d’un air dédaigneux.

— Des fondants à la coriandre, j’aimerais bien voir ça…

Maintenant que le débat culinaire était, au moins jusqu’au lendemain, dissipé, les curieux se dispersèrent, en discutant entre eux du succès possible ou au contraire de l’échec assuré du démon, qui avait osé s’opposer sur un point de cuisine aux célèbres Mac Aoidh. Abban se rassit sur une chaise, alors qu’une serveuse, après avoir débarrassé la pinte abandonnée là par le démon, venait reprendre leur nouvelle commande.

L’Irlandais se retourna vers sa jumelle.

— Non mais tu l’crois, ça ? L’mec, il est même pas d’notre dimension et il tente d’nous apprendre la vie. Dix contre un qu’le dernier siècle, il a bouffé qu’des rats crevés ou des trucs du genre. Ça débarque et ça veut réinventer le fil à couper l’beurre. J’te jure.

Après cette remarque un brin xénophobe, parce qu’Abban n’était jamais très à l’aise avec des êtres venus d’une autre dimension — difficile problème de société, il fallait bien le reconnaître — le jeune homme attrapa la bouteille de coca que la serveuse lui avait promptement amenée, parce que les serveuses avaient la curieuse habitude de tout amener promptement à l’angélique criminel et il en avala une gorgée, assoiffé par la difficile joute rhétorico-culinaire dans laquelle il s’était engagé. Il sourit à sa sœur.

— Ah, mais tu lui as bien montré, avec l’exemple de Bocuse, hein !

Abban était fier de sa jumelle, comme d’habitude. Il allait d’ailleurs en chanter un peu plus les louanges quand un type noir aux cheveux blancs, habillé dans un costume cravate un peu dépassé, vint s’asseoir en face d’eux pour déclarer d’une voix calme et un peu rauque :

— Je suis Thabo Asmal.
— Eeeeuh…

Abban fouilla aussi vite que possible dans son répertoire mental des personnalités marquantes du Cartel ou associées, mais de Thabo Asmal il n’avait nulle trace.

— Ouais. Cool. On est censés vous connaître ?

Il avait dit cela presque sans agressivité. L’homme d’ailleurs ne parut pas froissé par cet accueil assez peu civilisé.

— Nullement, nullement. Je ne suis qu’un modeste observateur dans ce monde en constant bouillonnement qu’est le Cartel moderne et tel un sphinx hiératique, je…
— Ouais, d’accord. J’vois l’tableau. On peut vous aider ?
— Je cherche des voleurs talentueux.

Abban se pencha en avant.

— J’ai un peu entendu parler de vous.
— Un peu… ?

L’Irlandais était très déçu. Lui, il avait l’impression qu’on commençait à beaucoup parler d’eux dans le Cartel, à la fois pour leurs prouesses criminelles que pour leur personnalité commune. Et généralement, il était plutôt doué pour évaluer leur place au sein d’une organisation comme celle-ci. D’un autre côté, Thabo Asmal n’avait pas l’air d’être à la pointe de la mode et son ignorance professée était peut-être plutôt le signe de sa marginalité que de leur manque de réputation.

L’homme haussa les épaules.

— Avez-vous déjà entendu parler de la Griffe de Némée ?
— La griffe de Mémé ? Ça vend pas du rêve.
— Némée. Comme le lion.
— Le Lion ? Le type poilu qui se bat sur le ring à vingt-trois heures, là ?

Thabo eut l’air un peu perplexe.

— Le Lion de Némée. Dans la mythologie grecque.

Abban, qui avait une sincère passion pour l’histoire antique mais un désintérêt total pour les contes de grands-mères, conclut avec une mauvaise foi absolue :

— Ah, ouais, non, c’t’un truc de vieux, ça.
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Message posté : Mer 23 Oct - 8:16 Message
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Aishlinn avait cette formidable disposition à passer d’un sujet à un autre, le débat culinaire passé, le reptilien éclipsé, elle était déjà passé à autre chose. L’arrivée de l’homme qui devait dater de l’air des dinosaures, l’avait grandement aidé, elle devait bien l’avouer. Sa paille entre les dents, elle souffla distraitement dedans, créant un savant système de bulles dans son soda, ce que personne n’avait jamais pensé à faire jusqu’à présent ! Les bulles se stoppèrent quand l’homme parla de voleur et, elle laissa Abban gérer tout ce début de conversation pendant qu’elle tira son téléphone portable d’une de ses poches.

Page internet ouverte, elle pianota « griffe de Némé » et apprécia la correction orthographique qui suggéra la bonne d’écrire ce nom autrement. Elle releva un regard sceptique sur le vieil homme, forcément venu d’une autre époque, quand un des résultats de sa recherche parla de carte Pokemon. Vaguement, elle secoua la tête avant d’aller afficher plusieurs pages, de lire un ou deux truc et, enfin de relever la tête vers l’homme, en faisant passer son téléphone à Abban qui, de cette manière, pourrait avoir les mêmes informations primaires qu’elle.

« Le principe de la mythologique ce n’est pas justement d’être que des mythes ? »

Elle, elle demanda ça comme ça, hein, remettant sa paille entre ses lèvres pour boire un peu de son soda qui, de manière très étrange, avait perdu de ses bulles. Thabo afficha un fin sourire en voyant la manière dont les jumeaux se passaient le relais de la conversation sans avoir à communiquer entre eux.

« Vous savez, tous récits à une part de vérité, comme pour … »
« Mouais ok mais… » Elle haussa les épaules, entourant son verre d’une main. « On n’est pas archéologue ou un truc dans le genre. »
« Un archéologue serait bien en mal avec ma demande. »
« Vous savez, si vous voulez une griffe de lion, je suis certaine que vous pouvez trouver un arrangement avec le zoo du coin. »

Il y avait volé des gens, des institutions et, il y avait arraché une griffe d’un lion attendant qu’on lui ramène sa bouffe. Cette feignasse ! Bien qu’intangible, elle ne se voyait pas tellement dans ce genre d’exercice, devait-elle rappeler un besoin de respirer sous l’activation de son pouvoir ? Elle n’avait pas envie d’avoir le choix entre finir étouffée ou finir en lambeau. L’homme toujours très calme – à croire qu’il aurait pu être anglais – refusa de passer commande quand une serveuse approcha, restant concentré sur les jumeaux.

« J’aimerais beaucoup avoir cette Griffe. »
« Ok, alors » Aishlinn poussa son verre du revers de la main pour poser son coude sur la table en se penchant légèrement en avant, son autre main jamais bien loin de l’une d’Abban, dans le cas où il aurait une information primordiale à faire passer sans avoir à parler. « Admettons que ça puisse nous intéresser, il va nous falloir un peu plus d’informations concernant cette Griffe. »
« Je n’en ai pas. »

Là ce fut Aishlinn qui bloqua devant les paroles du vieux qui ne sembla absolument pas perturbé par son manque d’information. Non mais, sérieusement, comment il pensait que ça fonctionnait dans la vie ? Donner le nom d’un objet ne suffisait pas, il fallait une localisation. Star City c’était grand, le monde encore plus et, ne parlons pas de l’univers en entier.

« C’est un objet, c’est le nom d’une œuvre, vous devez bien savoir ce que vous voulez, non ? »
« La Griffe de Némée »
« Qui est où ? »
« Je n’en ai aucune idée. »
« Ok »

Dans un sourire, tout ce qu’on pouvait faire de plus forcé, Aishlinn leva un pouce en hochant la tête avant de tourner la tête vers son jumeau, ce sourire de façade disparu. En un regard, elle venait d’expliquer à Abban que ce type devait être échappé de l’asile le plus proche ou, peut-être, qu’il avait un problème de mémoire. Enfin, son regard ne fut pas aussi précis mais, l’idée était là. Cela dit, il y avait quelque chose d’intéressant dans cette histoire : si l’homme ne voulait donner aucune indication sur l’objet convoité – parce qu’elle n’imaginait pas qu’il ne sache réellement rien – ça rendait la difficulté plus grande et, par extension, le paiement plus important en plus du défi que ça pouvait représenter, non ? Cette réflexion faite, elle posa à nouveau son regarde sur l’homme.

« Vous savez qu’avec un manque d’information, vous risquez de vous retrouver avec quelque chose qui n’a rien à voir avec votre demande. »
« J’en doute. »
« Ah ? »
« Vous n’avez même pas 20 ans, tous les deux, et on entend déjà parler de vous » Son regard se posa sur Abban dans un demi-sourire amusé « même un peu. » Reprenant un air plus sérieux « Vous devez parfaitement savoir ce que vous faites, je ne m’en fait pas sur ce point. » Un peu de flatterie pour les jumeaux ne devait pas faire de mal. « Si je n’avais pas cette griffe, cela serait fort fâcheux, surtout en vue de ce que j’ai à offrir. »
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Message posté : Mer 23 Oct - 10:16 Message
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La mythologie, c’est que des mythes. Abban hocha vigoureusement la tête lorsque sa sœur analysa brillamment la complexité de la situation, puis il reporta son attention sur le téléphone qu’il venait de récupérer, avant d’esquisser une moue un peu contrariée, parce qu’il n’avait jamais appris à jouer aux cartes Pokémons. Il lut rapidement l’histoire sur Wikipédia et comme aucun des deux jumeaux n’avait jamais rencontré le fameux Hermès qui volait à droite à gauche dans la ville, Abban supposa que la Griffe de Némée était le nom chic et classieux qu’on avait donné à tout autre chose, comme il arrivait souvent.

D’ailleurs, sa sœur était déjà en train de déterminer la nature précise de l’objet, avec un client plutôt réticent. Il y avait bien intérêt que ce ne fût pas une vraie griffe, parce qu’il était hors de question qu’Abban allât déranger un lion. Un lion, c’était un peu comme un gros chat et il ne faisait pas de mal aux animaux. Sauf, peut-être, aux chiens d’attaque qui gardaient certains endroits, et encore, il suffisait de venir avec quelques bons steacks bien saignants et ils étaient adorables. Alors on n’amputait pas les liens pour le plaisir de la collection. Certainement pas.

L’Irlandais échangea un regard perplexe avec sa jumelle, sans être toutefois particulièrement étonné. Des marteaux, le Circus Maximus en était plein et l’une des composantes fastidieuses de la profession de cambrioleurs professionnels résidait dans la nécessité de faire le tri entre les clients vraiment sérieux et les illuminés qui voulaient qu’on leur volât la Joconde pour trois francs six sous. Thabo s’acheminait rapidement et sûrement vers la catégorie des illuminés — jusqu’à ce qu’il se mît à employer la stratégie ultime avec l’Abban sauvage. La flatterie.

Et la corruption. Les yeux d’Abban s’illuminèrent avant de se reposer sur l’homme.

— Et vous offrez quoi ?

Thabo esquissa un sourire et commença à le faire courir.

— Beaucoup d’argent.
— Ouais, comme tout le monde, quoi.
— Ma protection ?
— On s’débrouille bien tout seul.
— Du matériel.
— On est dans l’Cartel, tu crois qu’on achète nos pieds d’biche à Castorama ?
— Vous êtes difficiles à satisfaire.
— On est doués, c’tout.

Sûrs d’eux, de l’ambition, la volonté de s’élever au-dessus des basses considérations matérielles : les jumeaux lui rappelaient définitivement quelqu’un.

— Vous êtes au Cartel, mais vous me semblez tout de même bien… périphériques. Je n’ai pas l’impression que l’on vous offre ici autant d’opportunités que vous en méritiez.
— Hé, on vient d’arriver, laisse le temps à la jeunesse.
— Vous êtes arrivés depuis plusieurs mois déjà. De combien de temps la jeunesse a-t-elle besoin ?

Et voilà. Après la flatterie, les critiques. Abban était vexé. Il baissa les yeux sur le téléphone toujours ouvert sur la page Wikipédia du Lion de Némée. Ce que venait de souligner Thabo, Aishlinn et lui en avaient parlé plusieurs fois. Leur situation s’était améliorée, bien entendu, beaucoup depuis l’acquisition de Macha, d’ailleurs. Mais Macha leur avait fait comprendre que dans une ville comme Star City, il fallait plus que du talent pour réussir. Il fallait de l’exceptionnel.

Thabo avait fait mouche. Il esquissa un sourire.

— Vous connaissez Jane Adams ?

Peu désireux de s’engager dans un quizz culturel, Abban marmonna :

— C’t’une actrice ?
— Non, elle…
— Une chanteuse de cabaret ?
— Une cambrioleuse. Très douée. Un peu comme vous. Une cambrioleuse partie de rien qui a su assembler bien des choses. Des ressources. Du matériel. Des endroits sécurisés pour ranger son matériel. Tout le monde a besoin d’endroits sécurisés pour ranger, je ne sais pas, disons, une voiture…

Abban releva les yeux.

— T’sais beaucoup d’choses, pour un vieux cinglé.
— Merci.
— Tu connais la taille d’mes boxers, aussi ?
— Non, mais je connais au moins un homme dans le Cartel qui a pu vérifier cela de près.

Abban rougit et jeta un coup d’œil anxieux à Aishlinn.

— On pourrait peut-être aller lui demander. Il doit être en train de jou…
— Ouais, bon, bref, Jane Adams, là. Qu’est-ce qu’on en a foutre ?
— Je l’ai longtemps aidée. À gérer ses avoirs. Construire une base. Rassembler un réseau.
— Cool pour elle.
— Elle est partie.

Avec une sincère compassion, parce que la tristesse de Thabo était évidente et qu’Abban ne commençait même pas à imaginer l’ampleur de sa peine si Aishlinn devait soudain mourir, l’Irlandais glissa :

— Oh, mec, ça craint. J’suis désolé.
— Merci. Mais elle n’est pas morte. Simplement, elle a laissé derrière elle des… ressources. Qu’il faudrait actualiser, bien entendu. Mais qui pourraient être à la mesure de jeunes cambrioleurs talentueux. Des ressources suffisantes pour accélérer votre élévation au sein du Cartel. Des ressources suffisantes pour vous porter bien au-delà de Dublin.

Abban aimait la passion avec laquelle Thabo venait de décrire l’ascension au sein du Cartel et la carrière de Jane Adams. Il y retrouvait le même enthousiasme qui les habitait, Aishlinn et lui.

— OK. Ça a l’air sympa, tu vois, mais pour l’instant, tout c’qu’on a, c’est ta parole. Ton truc, là, ça va ptêt être méga difficile à trouver et si au bout du compte, tu nous tournes le dos, au mieux, on aura perdu un temps précieux.

Thabo se releva.

— Je vous ai donné mon vrai nom. Renseignez vous auprès du Cartel. Auprès des gens bien installés. Vous devriez rapidement vous rendre compte que mes propos ne sont pas des paroles en l’air. Ma proposition est très sérieuse. Étudiez-la bien. J’ai tout mon temps. J’ai déjà beaucoup attendu pour rencontrer des gens comme vous. Je peux encore attendre.

Et, avec un signe de tête, leur mystérieux employeur se détourna d’eux pour se fondre dans la foule.
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Message posté : Mer 23 Oct - 12:12 Message
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Pour une raison, pas si inconnue que ça, Aishlinn, en entendant le nom de la cambrioleuse, se mit à taper le rythme du générique de la famille Adams, du bout de l’ongle sur la table. Ça ne rendait pas le discours de l’homme moins intéressant, elle ne s’en était même pas rendu compte. Encore un truc que faisait faire le cerveau sans demander l’avis du propriétaire. Elle recommença à buller dans son verre – qui allait finir par être imbuvable -  créant un raz-de-marée quand le vieux parla d’un homme du Cartel et d’Abban. Aishlinn, dématérialisa ses mains, dans un réflexe, laissant l’échappée de soda arriver sur la table plutôt que sur elle. Se forçant dans un sourire, elle passa ses mains sous la table pour les emmêler, les contracter et inspira en essayant de penser à autre chose. Zen…

Plus facile à dire qu’à faire, elle écouta quand même ce que l’homme avait à proposer mais laissa, sans problème, son frère s’occuper de la discussion. L’idée était tentante, un lieu, des ressources. Est-ce qu’ils pouvaient avoir tout ça et virer le type par la suite ? Non parce qu’elle ne pensait franchement pas avoir besoin de quelqu’un pour jouer les chaperons. Une pensée qui aurait tout le temps d’évoluer. L’homme, sur un dernier conseil visant à encourager les jumeaux à se renseigner sur lui, décida de s’éclipser. Ok. Première priorité. Aishlinn tourna la tête vers Abban pour avoir des explications mais, elle avait à peine ouvert la bouche qu’un gamin – sûrement plus âgé qu’eux de quelques années mais, ça n’empêchait pas de le décrire comme ça – s’installa à la place qu’avait quittée Thabo.

« C’était Thabo Asmal, waouh, il vous a proposé un plan, c’est ça, hein ? »

Délaissant Abban un instant, Aishlinn porta un regard contrarié au nouvel arrivant. Replié sur lui-même, les bras pliés sur la table, il s’était penché en avant avec, apparemment un sérieux problème. A croire qu’il était incapable de passer 2 secondes sans renifler bruyamment, en passant sa manche sous son nez. Aishlinn nota de ne JAMAIS toucher cette manche de sweat.

« ‘Tain mais t’es qui toi ? »
« Steven, moi, c’est Steven. Et lui, Waouh, c’était Thabo Asmal. Vous savez c’qu’on dit sur lui ? Qu’il a une putain d’baraque avec un tas d’trucs super fun. J’suis sûr, il vous a mis sur un coup. »
« Qu’est-c’ça peut te foutre ? »
« Vous savez, moi aussi, j’suis un voleur… Comme vous. »

Aishlinn, dans un regard des plus sceptiques, en douta très franchement en voyant les tremblements dont pouvait faire preuve ce gamin aux cheveux gras. Un sourire, voire même un léger rire moqueur se fit entendre alors qu’elle désigna ce type dans un mouvement de tête.

« Toi ? T’vas m’faire croire qu’t’arrive à ouvrir une porte. »
« Hey ! » Il sentait bien qu’elle doutait, c’était vexant. « Un bon coup de bélier, ça fait des miracles. »
« Super ! »

Secouant la tête en ayant assez entendu de connerie, elle posa ses deux mains sur la table et glissa de sa chaise pour se relever. Ils avaient, son jumeau et elle, des choses bien plus importantes à faire qu’écouter ce Steven qui, de toute évidence, ne devait pas connaître la notion de discrétion. Commençant à s’avancer, le garçon l’interpella dans elle fut à sa hauteur et, fort heureusement, il ne la toucha pas.

« J’peux vraiment vous aider, t’sais ? Et puis… »
« ‘Puis quoi ? »
« J’veux travailler pour Asmal. T’vas avoir besoin d’moi ! »

Aishlinn n’avait jamais compris cette faculté qu’avaient les gens, à parler seulement d’une personne – sous prétexte de s’adresser à elle, ou à Abban – alors qu’il était évident qu’elle ne composait pas sans son autre moitié. Elle soupira avant de se pencher vers le type, une main posée sur le dossier de sa chaise, l’autre sur le rebord de la table, s’approchant assez pour être certaine qu’il se concentre uniquement sur son regard.

« Steven, c’est ça, hein ? »
« Ouep »
« Laisse-moi t’expliquer un truc. »
« J’écoute. »
« On n’a besoin d’personne » Il la regarda. Bien. La main posée sur le rebord de la table alla chercher son verre de coca sans bulle, qu’elle renversa sur le type pour appuyer sa phrase « Ni d’toi » Et là, elle se redressa, pour poser son regard sur Abban. « Ni d’j’sais pas qui du Cartel qui fait, en c’moment, j’ sais pas quoi ! »

Son verre fut posé dans un claquement sur la table à la fin de sa phrase. Elle délaissa Steven qui s’acharnait à essayer d’enlever les surplus de coca, pour aller se poster devant son frère. D’accord, elle avait peut-être l’air, un peu énervée.

« ‘Tain  t’joues sérieux ? Un mec du Cartel ? » Mélanger boulot et plaisir ça ne faisait jamais bon ménage. Bon venant de la fille dont le seul partenaire récurrent était Suzaku, c’était probablement abusé mais, elle, ça ne sembla pas la déranger outre mesure. « Merde, t’fais chier Abban ! J’espère qu’il n’est pas influent et qu’il s’en tape d’pas être rapp’lé parc’qu’sinon, ça peut compliquer les choses. »

D’une, elle n’aimait pas l’idée qu’Abban puisse être avec quelqu’un. Deux, elle ne le voyait pas s’attacher donc il lui semblait logique qu’il ne recommencerait pas avec ce type. Trois, si le type en question était important, il pouvait mal le prendre et leur mettre des bâtons dans les roues. En fait, il était sûrement préférable qu’elle ne sache pas de qui il était question, parce que, si c’était Jake, qui pouvait leur permettre leur permettre l’entrée en dans un gang, les relations entre lui et Aishlinn n’allaient pas être au beau fixe.
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Message posté : Mer 23 Oct - 12:52 Message
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Ce fut avec un air de profonde réprobation qu’Abban contempla le crime inhumain que constituaient les cheveux gras et mal peignés de Steven. Décidément, on trouvait bien dans le Cartel la lie de la société, cette engeance infâme qu’Abban méprisait par dessus tout : les gens qui ne prenaient pas soin de leur chevelure. Machinalement, le jeune homme passa une main dans ses propres cheveux, pour s’assurer qu’ils étaient bien propres, doux, démêlés. Il le stressait, l’autre, avec sa tignasse dégueulasse.

Mais les problèmes capillaires de leur malchanceux confrère furent bien vite éclipsés par la réaction d’Aishlinn. La fureur irlandaise se retourna vers lui et Abban fit prudemment un pas en arrière. S’il avait été un peu plus lucide, il aurait sans doute deviné qu’après l’expérience Henry, Aishlinn ne devait pas voir d’un très bon l’œil que son frère fréquentât de nouveaux hommes et, tant qu’à choisir, des hommes aussi peu recommandables que ceux qui peuplaient.

Mais tout ce que voyait Abban, c’était l’énième manifestation de la légendaire jalousie de sa sœur, à qui il cachait toutes ses conquêtes sexuelles.  

— Moi j’fais chier ? MOI ? Non mais genre… Genre.

Ah oui, genre, alors. Quelques spectateurs jetèrent à nouveau vers eux des regards vaguement curieux, mais les jumeaux se disputaient si souvent, entre eux et avec tous ceux qui les entouraient, que certains soirs l’intérêt pour leurs éclats de voix diminuaient un peu. Après le spectacle du débat culinaire avec un reptilien, leurs querelles de couple paraissaient bien communes, même pour les apprentis psychologues qui tentaient toujours de comprendre comment les choses pouvaient bien se passer entre eux.

Steven, lui, regardait ça de loin (par prudence) avec un air foncièrement perplexe.

— Non mais j’te signale qu’c’est pas moi qui saute dix fois par semaine la pile électrique, là.

Dix fois par semaine, c’était peut-être une légère exagération. En tout cas, il était très clair pour Abban que c’était Aishlinn qui profitait de Suzaku et non point l’inverse : personne ne « sautait » sa sœur et, par miracle, il n’avait jamais entendu l’un des amants de l’Irlandaise parler d’elle en ces termes.

— Non parce que franchement, niveau bâtons dans les roues, ça s’pose là, hein.

Notons qu’il évitait très soigneusement d’en dire plus sur son amant à lui, parce qu’il avait bien conscience que coucher avec Wildcard, qui n’inspirait pas spontanément la plus grande des confiances, n’était sans doute pas un signe très sûr de santé mentale et que coucher avec le chef d’un gang de plus en plus influent pouvait être un choix stratégique à double tranchant. Les deux réunis dans la même personne rendaient en théorie les choses compliquées, mais à vrai dire, pour l’heure, Abban s’en sortait plutôt très bien.

L’adolescent secoua la tête.

— T’sais quoi, laisse tomber. À t’écouter, j’devrais être une nonne pendant qu’toi tu t’amuses avec l’autre abruti. On a mieux à faire que d’parler d’lui.

Oui, parce que dans la tête d’Abban, le sujet venait de passer de ses frasques sexuelles à celles de sa sœur, ni vu ni connu. L’Irlandais pointa soudainement un doigt accusateur sur Steven, qui fit un pas en arrière, au cas où.

— Toi, là. Thabo Asmal, c’est qui ?
— Non mais c’est Thabo Asmal, quoi ! Le Thabo Asmal.
— Sois plus explicite et c’est avec ton cerveau que j’t’arrose, moi.

Steven pâlit un peu. Abban avait beau être non violent — de moins en moins, il était vrai —, il avait toujours été extrêmement inspiré pour les menaces, qui généralement suffisaient à motiver nombre de personnes. Steven se mit à parler très, très vite, en reniflant de plus en plus, sous le regard décidément répugné de son interrogateur.

— C’t’un informateur, un gestionnaire, un expert financier, genre dans l’ombre, tu vois, à gérer les infos, et les sous, super doué, super organisé, travaillait avec Jane Adams, avant, méga classe, cambrioleuse de haut vol, toujours plein d’idées, un sacré duo, tous les deux, mais Adams s’est barrée avec un mec, j’crois.

Les jumeaux s’échangèrent un regard meurtrier et Steven chercha machinalement la porte de sortie la plus proche.

— Ça f’sait des années qu’on l’avait plus vu ici, mais c’mec, c’t’une légende, un peu. L’a toujours les bons coups, et tout. Non, franchement, les gars, j’peux venir ? Vas-y, Passeur, quoi, t’imagines pas, j’peux toujours… euh, j’peux faire le guet, tu vois. Enfin, j’dis pas ça parce que t’es gay, j’veux dire, le guet, le vigile, tu vois, j’veux dire…
— Non mais ta gueule, maintenant.
— Hmm hmm.

Même en s’étant empêtré dans la relation complexe des jumeaux, Steven gardait bon espoir que ses informations précieuses quoique chaotiques lui eussent acquis le droit de les accompagner dans la fabuleuse aventure qui les attendait sans doute. Abban n’avait aucune envie de laisser un type comme ça monter dans sa voiture et Macha ne serait de toute façon pas d’accord.

Et puis il se débrouillait très bien avec Aishlinn. Pour peu qu’elle acceptât de cesser de faire la gueule. Les yeux de l’Irlandais cherchèrent les yeux de l’Irlandaise.

— Bon, alors, on va chercher des infos ou on reste là à jouer à se disputer à cause de l’autre, là ?

(On notera que Suzaku est l’autre, là pour tous mes personnages.) La discussion n’avait jamais porté que sur Suzaku, n’est-ce pas ?
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Message posté : Mer 23 Oct - 18:29 Message
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Mais… Non… Mais… Argh ! Voilà un peu près comment était en train de penser le cerveau d’Aishlinn pendant que son frère détournait la conversation sur une personne qui n’avait rien à voir dans cette histoire. Il n’était pas question d’elle, il était question d’Abban et sa façon d’aller trainer partout, même chez les types du Cartel. Bien que dix fois par semaine n’était pas le chiffre exact, il fallait bien avouer qu’il y avait des raisons de s’inquiéter dans la mesure où, chez elle, un partenaire était à usage unique. Sa manière à elle de ne pas avoir l’impression de « tromper » son jumeau, il n’était jamais question d’attachement de cette manière. La pile électrique, qui avait un prénom – mais elle se garda de le rappeler à son jumeau -, dérogeait à cette règle du kleenex jetable. Mais… Ce n’était pas la question !

Capable d’une mauvaise foi impressionnante sur bien des sujets, en particulier sur celui de son frère et ses nombreux amants, Abban fut bien inspiré de retourner parler à Steven avant qu’Aishlinn ne se mette en combustion spontanée sous l’énervement. Jouer avec sa jalousie était aussi dangereux pour elle que pour l’entourage proche, tellement elle pouvait hurler de manière impressionnante. Fort heureusement, elle n’était pas le genre de personne à avoir besoin d’incanter une formule dans un grimoire pour enflammer la place. Un jour, elle envisagera de pourrir tous les shampoings, du monde entier – et des autres planètes aussi – pour que l’ensemble de la population se retrouve avec des cheveux gras et moches et pas coiffé et pas séduisant et… Bref, Abban serait bien forcé de devenir nonne par la force des choses, non ?

Elle soupira en reportant son attention sur Steven, se promettant de garder sa fabuleuse idée en tête. Cortex, à côté d’elle, avait vraiment des idées pourries sans déconner ! Le mec, là, n’avait pas le moindre intérêt mais, ses paroles attirèrent l’attention de l’Irlandaise. Ok, ce Thabo Asmal, l’ancêtre, avait peut-être réellement quelque chose d’intéressant à offrir mais, elle devait avouer garder un certain scepticisme. Soit il était vraiment connu, soit il n’était pas trop con et avait payé Steven-mèches-grasses pour faire son apologie à la minute où il quitterait la table des jumeaux. Sortant de ses réflexions elle reporta son regard sur Abban, en haussant un sourcil. Elle n’avait pas l’impression de « jouer » à se disputer, elle n’était réellement pas fan des activités de son frère.

« Pour information, il n’était pas question de moi ! »

Que les choses soient claires, parce qu’elle n’allait pas accepter de le laisser retourner la situation sans rien dire. Et, en même temps, cette phrase avait le don de clôturer la discussion sans revenir sur Abban et l’inconnu du Cartel.

« On y va. »
« Et moi ? »

Aishlinn regarda le Steven qu’elle avait complètement oublié, toujours cette faculté de passer d’un truc à un autre. Un petit miracle qui fit qu’elle l’oublia à nouveau en détournant le regard ne voulant même pas gaspiller sa salive pour lui répondre. Elle tourna les talons pour se diriger vers la sortie, ne prenant pas la peine d’ouvrir la porte de sortie non plus. Abban pouvait se téléporter dans la voiture, la suivre, ça n’avait pas d’importance, lui laisser quelques minutes pour digérer les nouvelles informations n’était pas une mauvaise chose. Comme quoi, sa faculté de passer d’un sujet à un autre avait, comme toutes choses, des limites. Arrivée à la hauteur de Macha, Aishlinn, qui en avait fait une habitude, se dématérialisa pour s’installer place passagère.

« Toujours pas assez rapide Macha. »

Ce qui était dit sous le ton de l’humour. Aishlinn essayait de trouver des failles à la voiture, ce qui était devenu comme une sorte de jeu et, entrer ou sortir de la voiture, avant que Macha ouvre la portière la donnait gagnante à tous les coups… Pour l’instant en tout cas. L’intelligence évolutive de Macha trouverait bien une solution pour pallier à ça un jour. Laissant l’histoire avec son frère derrière elle – au moins jusqu’à la fin de cette mission – elle tourna la tête vers lui, un air de réflexion sur le visage.

« Bon, faut qu’on se renseigne sur ce type avant de se renseigner sur ce truc-là, sa griffe à la con. Parce que, tu vois, ça se trouve c’est juste un gros mytho, trop bizarre ce type qui débarque juste après pour dire que le vieux est génial. »

Et elle n’avait aucunement envie de se prendre le chou et de perdre du temps à trouver un objet – ou quoi que ce soit – qui n’existait peut-être pas, juste pour répondre à la demande d’un type qui n’avait pas donné la moindre information, hormis son nom et son prénom.

« Macha ? »
« Oui, Linn ? »
« Est-ce que tu peux nous dire ce que tu trouves sur Jane Adams et Thabo Asmal, s’il te plait. »

Et, avec des détails en plus, ce que trouva la voiture revenait un peu près au même que ce qu’avait dit le type aux cheveux gras. Il y avait plus d’affaires concernant Jane Adams, un peu moins d’infos sur Thabo qui, lui, devait rester dans l’ombre. C’était quand même étrange de les brancher sur une affaire sans même leur donner d’information. Le vieux était en train de les tester, elle avait presque envie d’halluciner.

« Et sur la Griffe de Némée, hors mythologie ? »
« Il y avait une œuvre de ce nom exposé à la gallérie Kirby, sur… »
« Pourquoi il y avait, elle est où maintenant ? »
« Un rapport non officiel fait état de son vol, il y a une semaine. »

Pas stupide la voiture, Aishlinn l’avait coupé avant qu’elle ne finisse sa première explication alors, maintenant, elle préféra s’en tenir au strict minimum quitte à en dire plus si le besoin s’en faisait sentir. Aishlinn, plissa les yeux, une idée un peu folle lui passant par la tête. Son regard se tourna vers Abban.

« Ce type ne serait quand même pas assez tordus pour voler un truc et demander à ce qu’on lui revole ensuite, hein ? »

Raisonnement très étrange qui découlait du fait qu’elle voyait ça comme un test et que, de ce qu’ils avaient appris, l’homme avait un endroit plus que classe qui devait comporter un tas de systèmes de sécurité différents. Ça pouvait être un bon test d’envoyer des gens sur son terrain à lui. Mais ça ne restait qu’une hypothèse à laquelle elle croyait qu’à moitié, ça se trouve, la griffe truc avait été volé et, la difficulté allait être de savoir par qui et, surtout, où elle se trouvait maintenant… Et, ça, c’était si la griffe était bien une œuvre.
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Message posté : Jeu 24 Oct - 19:46 Message
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Aishlinn tourna les talons, laissant derrière elle un Steven Gros Jean comme devant. L’aspirant cambrioleur, prêt à tout pour se faire un nom dans le Cartel, fixa soudainement son regard sur Abban et tenta l’approche diplomatique du siècle.

— Alors t’es pédé ?
— Ouais, en fait, tu tiens pas tellement à la vie, c’est ça ?
— Tu sais, si ça m’permet de travailler avec Asmal, j’peux virer ma cuti.
— Hein ?

Steven plissa sa bouche d’un air aussi sensuel que possible.

— J’suis plein d’talent.
— Ah ! Putain ! La vache ! Carrément pas. Va t’acheter une vie. Et du shampoing.

Sur quoi Abban disparut pour refaire son apparition quelques mètres plus loin, au volant de Macha, alors qu’Aishlinn s’installait sur le siège passager. Il préférait encore discuter avec des reptiliens aux conceptions culinaires criminelles que de rester à observer Steven, sa manche pleine de morve et ses cheveux gras. Sa jumelle prit les choses en main le temps de le laisser se remettre de ses émotions. Cela dit, il suivait, comme il arrivait fréquemment, le même raisonnement que la jeune fille et à peine avait-elle fini sa question qu’elle hocha la tête.

— Ptêtre qu’il est comme un Alfred sans Batman, tu vois. Genre, le mec, y doit avoir au moins cent ans, j’parie qu’y se sent bien con, avec sa super base secrète de voleur et sa sciatique.

S’il était permis d’être sceptique avec Steven, les informations de Macha, depuis quelque temps, étaient des plus fiables. L’intelligence évolutive de la voiture avait vite compris que lorsque ses propriétaires lui demandaient de faire des recherches sur telle ou telle personne, ils ne s’intéressaient pas qu’aux articles de journaux que l’on pouvait légalement télécharger en ligne, mais aux détails un peu mieux cachés.

— Bon, et y a des photos, là, d’la Griffe de Némée ?

Sur l’écran du tableau de bord, un carré blanc avec un trait rouge vif apparut, sous lequel flottaient les mots :

La Griffe de Némée
Yolanda Kussac — 2013-10-24
Acrylique sur toile
123cm x 123cm

— Sérieux ?

Abban avait un sens esthétique qui ne pouvait que se développer, mais il ne fallait pas trop lui en demander. En l’occurrence, cet exercice en abstraction dépassait un peu sa tolérance en matière d’art et, comme tout un chacun, il s’exclama spontanément :

— Quand tu veux j’t’en peins des comme ça !
— Estimé à 700 000 dollars.

Les jumeaux échangèrent un regard.

— ‘Tain, après, c’est nous les voleurs. Bon, et il habite où, Thabo Asmal ? Genre, sur sa déclaration de revenus.
— 712 Upper Street. Mais c’est en plein…
— …dans l’océan, ouais, je sais.

Tout cela était mal engagé. Ce n’était pas les grandes demeures qui manquaient dans Star City et s’ils commençaient à les fouiller une par une, non content de finir carbonisés par un sort vicieux quand ils tomberaient sur celle de l’Archimage, ils y passeraient probablement toute leur jeunesse, bien moins employée à perfectionner la recette du vol-au-vent. Abban se mit à réfléchir à haute voix.

— Bon, l’mec, c’t’un vieux voleur dans l’genre discret. Mettons qu’il ait, pour de vrai, de genre, 65 ans. Il a connu l’début d’sa carrière y a quarante-cinq ans. Que’que chose comme ça. Les rapports de police sont sans doute pas numérisés. Dans une ville comme ça, z’ont pas qu’ça à foutre. On peut commencer par aller aux archives.

Cambrioler les archives de la police pour se renseigner sur un cambrioleur qui venait de cambrioler une galerie d’exposition et obtenir l’adresse du dit cambrioleur que l’on songeait à cambrioler, cela ne manquait pas d’ironie. C’était en tout cas la solution la plus rapide, comparée à l’alternative qui consistait en la réunion radotante de toutes les vieilles branches du Cartel dont il faudrait écouter les histoires pendant des heures pour retrouver la plus infime trace de ce qui les intéressait.

— Macha, tu nous cherches les affaires auxquelles il a été mêlé de près ou de loin, en commençant par les plus anciennes. Croise ça avec celles de Jane Adams, là, puisqu’ils ont l’air de travailler un tandem.

Pendant ce temps, la voiture s’éloignait des docks et s’engageait sur la périphérie de Star City, pour rejoindre une zone administrative un peu excentrée où l’on stockait sans trop s’en inquiéter les vieux dossiers de la police et les affaires non classées que personne ne classerait jamais, faute d’effectifs. Abban jeta un coup d’œil à sa sœur :

— Bon, et en admettant qu’il ait bien c’qu’il ait, et qu’il propose bien c’qu’il propose, qu’est-ce t’en dis, toi ? Avoir une base, c’genre de trucs, ça peut être bien, mais, j’sais pas…

C’était opérer sur un tout autre niveau que celui auquel ils étaient, somme toute, habitués. De cambrioleurs talentueux mais erratiques, Asmal voulait les faire passer au statut de génies du crime, en quelque sorte.

— …c’est nouveau, quoi.

Et la nouveauté, parfois, ça effrayait un peu Abban : les changements étaient souvent porteurs de mauvaises nouvelles et, à sa façon, l’Irlandais avait un tempérament légèrement casanier.
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Message posté : Dim 27 Oct - 12:48 Message
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Aishlinn aimait tout ce qui était Beau, nul doute qu’une initiation à l’art attirerait beaucoup de son attention mais… ça, ce truc, elle ne comprenait pas comment ça pouvait être estimé aussi cher. Le regard échangé avec Abban prouvait qu’ils étaient deux à ne pas comprendre. Secouant la tête, partageant la réflexion de son jumeau, elle s’enfonça à nouveau dans son siège, sans connaître l’adresse du vieux.  D’une certaine manière, que cette adresse ne soit pas trouvable par Macha, était une bonne chose. Si les jumeaux trouvaient l’endroit trop rapidement, Aishlinn n’aurait pas vu l’intérêt d’une base connue de tous. D’un autre côté, elle n’en savait rien, c’était bien la première fois qu’elle envisageait ce genre de possibilités.

Comme souvent, les pensées d’Aishlinn se mêlaient à celles d’Abban – la télépathie, en pouvoir, pour les deux, aurait été carrément inutile. Elle tourna la tête vers Abban, réfléchissant à la question. Elle essaya même de s’imaginer le vieil homme, dans une grande baraque, tout seul, à ne pas savoir quoi faire de tout son équipement.

« J’sais pas, t’vois, c’qui m’dérange le plus dans c’tte affaire, c’est lui. L’mec il doit en avoir marre d’être tout seul, à s’faire chier dans sa super-baraque mais… » Elle haussa les épaules « T’nous vois avec un type qui veut jouer l’chaperon ? On n’est pas Jane Adams, faut que, si ça s’fait, ça reste nos règles et pas les siennes. »

Après tout, ils s’étaient toujours débrouillé tous les deux sans avoir besoin de quelqu’un d’autre. Plus qu’un endroit servant de base, c’était surtout de faire entrer quelqu’un d’autre dans leur univers qui la dérangeait plus qu’autre chose. Il ne fallait pas qu’Asmal se prenne pour leur père où un truc dans le genre, sinon, ça allait vite devenir conflictuel. En tout cas, c’était de cette manière qu’elle voyait les choses pour le moment.

« Mais, dans un truc com’ça, on sera sûrement mieux protégés ‘puis, on va gagner en place pour stocker. » Pas certaine que ce soit une bonne chose, qui dit plus de place, dit possibilité de plus stocker et, donc, de voler les plus. Ce qui, évidemment, était loin de déranger l’adolescente. « Faudra voir aussi c’que c’type et sa voleuse, ils avaient l’habitude d’faire, t’vois, parc’qu’si l’délire c’était d’aller voler l’orphelinat d’coin, ça risque d’ pas coller. »

Loin d’avoir une morale irréprochable, Aishlinn avait quand même un certain code. Elle était capable de voler tout le monde mais ne trouvait aucun intérêt de le faire s’il n’y avait pas le moindre défi ou la moindre difficulté. Puis, franchement, voler des gens qui, de base, n’avaient rien, ça n’avait pas le moindre intérêt. Pareil, si le délire d’Asmal, s’était de se la jouer « robin des bois » et voulant faire tomber des institutions pour favoriser des minorités, elle n’était pas certaine que ça collait avec ce qu’elle voulait.

« Mais, d’tout’façon, on aura l’temps d’en discuter quand on saura exact’ment c’qu’il a nous proposer »

Parce que, à aucun moment, Aishlinn ne doutait de pouvoir voler cette toile complètement sans intérêt. Voler une toile avec un trait rouge, à un type que beaucoup connaissaient et reconnaissaient pour ses activités, pfff, un jeu d’enfant ! A croire que le doute n’avait jamais été une option dans ce genre d’activité.

« J’ai regroupé les informations demandées »
« Macha, t’peux les envoyer sur mon téléphone, s’te plait. »

Au moins, de cette manière, elle aurait les données nécessaires une fois que les jumeaux seraient dans le bâtiment où étaient gardées les archives. Notons aussi, que la politesse envers une voiture était presque naturelle chez Aishlinn, à croire que, plus ça allait, plus Macha prenait une dimension presque humaine. Pourtant, elle savait très bien que ce n’était qu’une voiture – super-équipée, super-classe, super-en-avance, super-tout.

« Données envoyées. »
« Merci »

Aucune raison de vérifier sur son portable, si la voiture disait que c’était vrai, c’était que son téléphone avait toutes les informations nécessaires. Aishlinn posa son regard sur l’écran de bord qui affichait le plan de la ville avec l’itinéraire à suivre. Elle pointa son doigt sur l’écran en s’adressant à son frère.

« T’devrais couper par là, ç’nous évitera d’faire tout l’tour inutilement. »
« Le gain de temps serait intéressant si l’endroit indiqué ne comportait pas un mur, Linn. »
« J’note la recommandation Macha. » Posant son regard sur Abban « Passe par là. »
« Je ne serais garantir votre sécurité à tous les deux et la mienne pour cette décision. »

Il faut dire que la voiture était bien au courant de la manière de conduire de son propriétaire. Si elle avait un système de sécurité pour protéger les personnes dans la voiture, à la vitesse qu’Abban pouvait rouler, son système avait des chances de ne pas être aussi efficace. Peut-être que Macha regrettait de ne pas avoir assez évolué dans une intelligence artificielle pour couper l’ensemble de son système à cette idée qui semblait un peu folle. Aishlinn inspira en posant une main sur le tableau de bord devant elle.

« C’est bon Macha, j’me charge d’c’tte garantie. »

Ou, peut-être que la voiture ne préféra ne pas arrêter tous ses systèmes pour éviter une collision parce qu’elle savait qu’Aishlinn ne mettrait pas la vie de son jumeau sans certitude de réussite. Difficile de savoir à quel point elle était évoluée. Ce qui était certain, en revanche, c’était que, devant eux, il y avait bien un mur qui s’imposait. L’Irlandaise balança un sourire à son frère.

« Ça va être cool »

Notion toute particulière parce qu’il était évident que, pour le commun des mortels, foncer à toute allure dans un mur n’avait rien de « cool » mais, petit Aishlinn avait passé son temps à s’entrainer encore et encore. D’ailleurs, il y avait fort à parier que, pendant qu’elle essayait d’évoluer, son frère trouvait plus intéressant de passer du temps avec un type du Cartel. Bonjour la considération ! Quoi qu’il en soit, quand le mur arriva, Aishlinn ferma les yeux et la voiture se  dématérialisa pour passer au travers.
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Message posté : Lun 28 Oct - 9:46 Message
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Le cambrioleur avait fini par hocher la tête, pleinement d’accord avec sa jumelle : mieux valait attendre que de tirer des plans sur la comète. Peu portés à la spéculation pour le seul plaisir de prévoir des futurs incogniscibles, les jumeaux préféraient prendre des décisions avec des éléments concrets sur lesquels s’appuyer. Au-delà de l’accord que la proposition d’Asmal était théoriquement intéressante, il n’y avait pas grand-chose de plus à tirer des maigres informations qu’ils avaient à leur disposition : prochaine étape, les archives de police.

Abban eut néanmoins un moment d’incertitude, en regardant le mur qui, à quelques centaines de mètres, barrait le chemin que sa sœur proposait pour raccourci. C’était la première fois qu’Aishlinn suggérait quelque chose de ce genre et entre la dématérialisation d’un petit bout de porte pour laisser la voie libre à Macha et la dématérialisation de Macha elle-même, il y avait une marge de progrès considérable, qui le paraissait d’autant plus qu’Aishlinn avait semblé moins disposée à évoquer les potentialités insoupçonnées de son pouvoir, lorsqu’ils en avaient discuté.

Mais puisqu’Aishlinn semblait sûr d’elle et que Macha était blindée comme un char d’assaut, autant essayer — au pire, quelqu’un perdrait un mur et ils auraient quelques bleus dans la commotion. Quelque chose comme ça. Ou bien ils perdraient une voiture unique en se téléportant brutalement un millième de secondes avant l’explosion. Le moteur ne rugit pas, parce que Macha avait la suprême distinction du silence et la voiture s’élança — avant de disparaître dans un mur, pour surgir de l’autre côté en plein virage et continuer sa course, comme si de rien n’était, sous les yeux un peu décontenancés de deux ou trois fumeurs pas très frais, qui l’observèrent depuis la porte d’un bar.

Sans s’arrêter, parce qu’Abban aurait probablement pu conduire une voiture avec le gros orteil en tricotant un pull, l’Irlandais jeta un regard impressionné à sa jumelle, qui n’avait peut-être pas l’air aussi resplendissante que lorsqu’elle passait elle-même seule au travers d’un mur, comme elle le faisait des centaines de fois par jour, mais qui, enfin, n’était pas morte (sans quoi cette histoire se terminerait de façon plus brutale et assez inattendue).

— Eh ben…
— …c’était trop cool !

Pendant un instant, l’Irlandais se demandait ce que Macha avait bien pu « sentir » lors de cette dématérialisation. Pris d’un léger doute, il interrogea sa voiture :

— Macha ? Tous les systèmes opérationnels ?
— Évidemment. On recommence quand ? Parce que je peux recalculer tous nos itinéraires pour intégrer cette nouvelle possibilité et nous gagnerons quelques minu…
— Ouais, ‘coute, on verra en temps utile, hein.

S’il en jugeait par son propre état la première fois où il avait téléporté Aishlinn avec lui, il n’était sans doute pas très prudent de multiplier les expériences sur le terrain, s’ils n’étaient pas dans un environnement sécurisé ou littéralement au pied du mur. Mais de toute évidence, l’intelligence évolutive de Macha semblait pressée de pouvoir se distinguer encore un peu plus du lot commun des voitures, qui ne passaient pas, elles, à travers les murs.

Les jumeaux ne tardèrent pas à arriver devant les archives de la police. Le moins que l’on pût dire, c’était qu’ils avaient connus des bâtiments plus sécurisés. Une sorte de vieil immeuble administratif, tout en sous-sols, se dressait devant eux, avec quelques caméras de sécurité qui ne dataient pas d’hier. Les archives sensibles ou encore problématiques étaient conservées hier, souvent les commissariats eux-mêmes, et l’on reléguait ici les documents les moins utiles, les crimes sans victime ou bien les affaires totalement dépourvues d’indices qui ne viendraient jamais grossir les statistiques de dossiers non classés enfin résolus.

Quelques secondes plus tard, tandis que Macha attendait dans une ruelle, les jumeaux se retrouvaient cependant devant un problème fort peu exaltant et néanmoins tout à fait considérable.

— Putain, on va mourir ici…

Avait dit Abban en contemplant les rangées infinies de vieux cartons, sur d’immenses étagères, rayon par rayon. Trois sous-sols. Des dizaines de milliers d’affaires, sans doute plus ou moins bien étiquetées. Quatre yeux bleus se posèrent sur le téléphone d’Aishlinn pour trouver la liste des affaires que Macha avait pu extraire des journaux et des rapports numérisés. Elle n’était pas très longue et de six dates proposées, Abban — il ne se faisait pas d’illusions — n’espérait pas en trouver plus de trois ou quatre encore conservées dans les dossiers.

— Bon ben j’prends les trois premières.

Il mémorisa les dates avant de disparaître, pour se matérialiser devant la première étagère, puis la suivante, et la suivante encore, parcourant des yeux l’empan chronologique que les dossiers là abrités couvraient. Ce ne fut qu’après cinq essais qu’il s’engagea dans un rayon, n sautillant parfois sur la pointe des pieds, pour apercevoir les chiffres inscrits sur tel ou tel étage, beaucoup trop haut pour lui.

Tout cela lui faisait le même effet que les très nombreuses soirées qu’ils avaient passé à photographier, petit bout par petit bout, des plans immenses, dans des archives poussiéreuses, pour préparer un cambriolage. À bien des égards, les cambriolages étaient comme la finale du 100 mètres aux Jeux Olympiques : beaucoup de préparation pour quelques secondes d’action véritable.
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Message posté : Lun 28 Oct - 11:21 Message
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Bien qu’épuisant, il fallait la voir la tête d’Abban – et la réaction de Macha – pour oublier la difficulté que pouvait engendrer la dématérialisation d’une voiture en entière. Aishlinn avait tellement craint que son jumeau puisse la trouver des plus inutiles à ne pas évoluer, contrairement à lui, qu’elle avait ce besoin de prouver que, voilà, elle aussi, en s’entrainant, elle pouvait avancer. Elle se garda, cependant, de dire qu’elle allait stopper les entrainements un petit moment parce que ces derniers jours avaient été des plus épuisants. De toute façon, par la force des choses, et sans même le savoir, cela serait vers un tout autre entrainement qu’elle allait bientôt être plongée. Quoi qu’il en soit, elle apprécia de voir Abban calmer un peu les ardeurs de Macha qui, apparemment, comptait bien profiter de cette évolution. Ouais… Pour le moment, c’était à garder en cas d’extrême nécessité… ou par, pur besoin de montrer son évolution.

Elle comprit vite qu’elle aurait tout le temps pour se remettre de son action en voyant les archives s’étaler devant eux. Un soupir se fit entendre de la part de l’Irlandaise qui n’était même pas certaine de voir le bout du sous-sol. Et dire qu’il y avait des mecs qui étaient payés pour ranger tout ça. Si Aishlinn était reléguée à ce genre d’activité, elle ne se donnait pas deux jours avant de passer sous un train dans la station de métro la plus proche. Plus ennuyeux, comme boulot, ça ne devait pas exister. Elle posa son regard sur Abban et hocha la tête. Elle s’occuperait des trois dernières.

Trainant les pieds, le regard passant de son téléphone aux rayons des archives, elle détermina la logique de rangement avant de s’enfoncer dans une allée. Si, au moins, quelqu’un avait eu l’intelligence d’inventer un gadget capable de localiser un dossier en particulier, les choses auraient été bien plus simples. La technologie ne résolvait pas tous les problèmes et c’était bien dommage. Et puis, histoire de compliquer les choses, la date et le mois qui l’intéressait se trouvaient à une hauteur impressionnante. Tournant la tête, elle vit, l’espèce d’escabeau mais, blasée, elle estima qu’il était beaucoup trop loin pour elle. Aishlinn enfonça son téléphone dans sa poche et entreprit d’escalader le rayon qui offrait des prises faciles et, une main agrippant le carton voulu, elle se dématérialisa avec pour se laisser retomber sur le sol.

Par terre, en tailleur, le carton devant elle et un tas de dossier éparpillés autour d’elle, l’adolescente parcourait la déposition concernant une banque qui, sous prétexte qu’un homme était noir, avait refusé de lui ouvrir un compte. Aishlinn n’avait pas tellement suivi toutes ces histoires en cours et, pour elle, le problème racial n’existait plus depuis la période des dinosaures, sauf chez les gens trop cons ou quand, la personne de couleur était vraiment stupide et qu’il pouvait être intéressant de jouer sur sa nationalité. Pas du tout raciste la petite Aishlinn, elle était juste pour brûler les anglais.

« Abban, t’devrais venir voir. »

Sagement, elle attendit qu’il se téléporte devant elle avant de lui faire signe de s’asseoir en sur le sol. Là, elle lui passa un dossier.

« Là, t’vois, la Wells Bank, fait état d’un type noir qu’a fait un scandale parc’qu’on a refusé d’s’occuper d’lui, en 66, et, euh… Attends. » Elle fouilla dans une pile qu’elle avait étalée sur le sol. « Ah là, v’là. » Elle attrapa un autre dossier. « Ça c’est l’rapport sur l’même banque qu’a été braqué deux mois plus tard. Dans les suspects, l’même type parc’qu’ils ont pensé qu’il voulait s’venger. Mais, appar’mment, une histoire d’carte d’visite laissée sur place l’a innocenté, j’sais pas trop quoi, j’’ai pas tout compris. »  Elle pointa un endroit sur le dossier dans un grand sourire « T’as vu l’nom du type ? » C’était celui d’Asmal. Mais le sourire d’Aishlinn s’effaça assez rapidement en se grattant l’arrière du crâne. « L’truc c’est qu’il est supposé avoir un dossier à son nom dans c’tte boite mais, y a rien. »

Plusieurs possibilités, soit le dossier avait été retiré et enlevé pour des raisons de confidentialité par une certaine voleuse. Soit, il avait été mal rangé et l’idée d’éplucher tous les cartons pour trouver un dossier mis au mauvais endroit ne la tentait absolument pas. Ce n’était pas par logique mais, par envie qu’elle préféra croire qu’Asmal et Adams avaient cherché à effacer les traces de ce type.

«N’y a pas d’adresse, ‘fait, ‘y a pas grand-chose, juste un truc qui dit qu’Asmal bossait sur les docks à l’époque. P’être que, eux, là-bas, ils gardent des archives avec les anciens employés et leur adresse ? »

Elle n’était pas certaine parce que ça datait de vieux quand même. Elle laissa passer un nouveau soupir en levant les yeux vers les archives. Ce qu’elle pouvait détester ce genre de moment où elle avait l’impression d’être inactive et, donc, de perdre un temps considérable. En plus, trouver une adresse, à tous les coups, ça allait les entrainer vers un ancien lieu de vie… Un putain de jeu de piste, voilà ce que c’était.

« T’sais quoi, t’peux aller à l’endroit où il bossait, s’tu veux, pour voir s’tu trouves des archives et, moi, j’continue d’voir si j’trouve autre chose ici. Ça t’va ? »

Abban avait l’avantage de pouvoir être dans un autre endroit en une fraction de seconde alors, en se divisant temporairement, ils avaient des chances de réduire le temps passé dans ce sous-sol.
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Message posté : Lun 28 Oct - 14:54 Message
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Abban se téléporta deux mètres au-dessus du sol, attrapa le carton désiré et atterrit avec une souplesse féline. Dire que les entraînements intensifs auxquels les jumeaux se livraient leur servaient désormais non à escalader les murs d’un immeuble aux coffres pleins de pierres précieuses mais à éplucher les vieilles archives de la police locale, c’en était déprimant. Il parcourut rapidement les pièces d’un dossier concernant une affaire difficilement compréhensible : un type noir, en 1972, avait été arrêté pour ivresse sur la voie publique.

Fascinant. Le jeune homme porta la montre à ses lèvres.

— Dis voir, Macha, tu nous as sorti toutes les affaires avec des gens bourrés ou le tri est plus sélectif que ça ?

Le portable d’Abban vibra et le jeune homme aurait pu gérer que de l’autre côté de la montre, il y avait eu un silence vexé de la part de la voiture. Il sortit son téléphone et parcourut du regard un article d’un vieux journal, apparemment scanné par une bibliothèque des environs. On avait volé un précieux tableau dans une galerie, en 1972. L’Irlandais compara l’adresse de la galerie et le dossier : l’homme noir avait été arrêté dans la même rue.

— OK. Bien joué.

Seulement, pour une simple ivresse publique, on ne donnait pas beaucoup d’informations. La fiche de renseignements que le délinquant alcoolisé avait vraisemblablement remplie ne se trouvait nulle part et, quelques secondes plus tard, Abban avait rangé le carton pour partir à la recherche du dossier suivant, qu’il espérait plus exhaustif, quand Aishlinn l’appela. Il apparut aussitôt devant elle, s’assit sur le sol et prit connaissance de l’affaire qui l’occupait.

— Il fait les diversions, en fait. J’viens d’voir la même chose avec un tableau, plus ou moins, en 72. Pareil qu’ici, manquaient pas mal d’infos. J’pense pas qu’il ait la chance qu’son dossier s’évapore à chaque fois.

Mais pourquoi avoir pris la peine de voler des formulaires sur lesquels un criminel aussi prudent et talentueux n’aurait probablement laissé qu’une fausse adresse ? Et puis, après tout, il avait bien donné son nom véritable, qui n’était pas le plus courant. Une adresse ne changeait pas grand-chose, vraie ou fasse. Tout cela était encore un peu nébuleux pour Abban, qui finit par hocher la tête quand Aishlinn proposa de croiser les sources et de confronter d’autres archives à celles, pour l’heure bien lacunaires, des services de police.

Le jeune homme sourit à sa sœur avant de disparaître et de se matérialiser du côté des docks. Il faudrait quelques secondes à sa montre pour se remettre du voyage qui l’éloignait de sa connexion précédente, mais il ne s’en inquiéta guère. Il avait travaillé sans filet bien des fois et les archives des autorités portuaires ne devaient pas être beaucoup mieux protégées que celles de la police. De fait, loin de l’immeuble ultra-moderne qui servait de vitrine aux douanes de Star City, le bâtiment des archives, qui abritait en plus quelques services annexes, avait le même aspect décrépi que celui qu’il venait de quitter.

Il n’y avait même pas de caméra de sécurité. Il fallait dire que, pour le coup, il n’y avait rien à voler, pas même de vieilles preuves qui n’intéressaient personne. Après avoir plissé les yeux pour apercevoir l’intérieur, de l’autre côté de la porte vitrée, Abban se téléporta près de l’ascenseur et lut le panneau. Les archives étaient au sous-sol, évidemment. Une fois sur place, l’Irlandais constata avec soulagement qu’elles étaient loin, très loin d’avoir les mêmes proportions que celles des services de police. Les douanes ne gardaient que le strict minimum, dans ces cartons qui ne s’intéressaient qu’aux cas non problématiques — les affaires criminelles avaient été transmises aux tribunaux.

Il y avait donc des listes interminables de bateaux entrant et sortant, des listes des sociétés maritimes à avoir un jour opéré à Star City et les listes de leurs employés, avec des informations lapidaires : date de début de contrat, date de fin de contrat, fonction. Il n’y avait guère que quelques historiens spécialisés et quelques syndicalistes étonnamment dévoués pour descendre parfois ici consulter ces documents d’un intérêt pas vraiment capital. Pendant de longues minutes, Abban parcourut la liste des compagnies autour des années 1960 et 1970.

Enfin, il était là, le nom de Thabo Asmal, dans les dockers d’Atlanta Shipping, entre le 2 novembre 1965 et le 17 septembre 1995. Toute une carrière de bons et loyaux services. L’esprit de voleur d’Abban comprit sans peine l’intérêt qu’il y avait à garder un œil aux cargaisons qui entraient et sortaient de Star City, tout près du Circus Maximus et de ses précieuses informations. Le port était l’un des poumons économiques de la ville, l’endroit où l’on faisait entrer des choses coûteuses et parfois illégales.

Direction Atlantic Shipping. Quelques secondes plus tard à peine, à un kilomètre de là, Abban parcourait à pas lents le mur des employés exemplaires de la petite société de cargos. La photographie d’un Thabo Asmal d’une vingtaine d’années plus jeune ornait le mur. Il n’avait pas tant vieilli que cela, d’ailleurs, entre ce cliché qui datait apparemment de son départ à la retraite, à en juger par les banderoles et l’ambiance festive et leur entrevue, une heure plus tôt, dans le Circus.

Abban fouilla dans ses poches et en sortit une petite loupe pour observer les détails. Un sourire éclaira son visage et il disparut pour revenir dans les archives de la police, près d’Aishlinn.

— J’viens d’voir Thabo Asmal en photo, y a dix ans, avec Santa Herby.

Santa Herby — Herbet Vance, de son prénom — entretenait une ressemblance frappante avec le Père Noël. Une question de ventre et de barbe. Il entretenait surtout un réseau de convoyage de voitures volées, expédiées depuis Star City dans le monde entier. Particulièrement connu pour ses liens innombrables au port — une connaissance guère surprenante de la part de Thabo Asmal. Et, évidemment, une connaissance du Passeur.

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Message posté : Mar 29 Oct - 22:42 Message
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L’endroit dans lequel Aishlinn était restée avait des airs encore plus déprimant sans son jumeau mais, ils devaient trouver quelque chose alors, après avoir rangé le dossier, elle reprit ses recherches pour tomber, toujours, sur la même chose : un type, dans les parages qui attirait l’attention alors qu’un vol se faisait ailleurs. Enfin, du moins c’était le cas pour les six dates que Macha avait sorti, les méthodes avaient sûrement évolué par la suite. Plus elle essayait de réfléchir et plus elle en venait à se dire que l’affaire qu’elle avait trouvée, celle de 66, devait être l’année de leur rencontre. Entre Asmal et Adams. Parce qu’il n’avait pas tellement fait diversion, il y avait eu un problème à la banque mais, celle-ci n’avait été braquée que deux mois plus tard. Peut-être qu’Adams était présente le jour du scandale avec Asmal et qu’elle l’avait rencontré comme ça. Trop de suppositions, pas assez de réponses.

Elle était en train de reposer une boîte quand son jumeau arriva de nouveau dans les archives de police. L’Irlandaise était tellement habituée à le voir faire ça, à ce qu’il débarque sans prévenir, qu’elle en avait développé une incapacité à sursauter quand quelqu’un apparaissait soudainement près d’elle. Redescendant de son étagère, elle se positionna face à Abban qui avait trouvé des trucs. Bon, la prochaine étape allait être d’aller rendre visite à Santa Herby, du coup.

« Hmm, c’type m’a toujours fait flipper. »

Ce qui était relatif, disons qu’elle ne comprenait pas comment il était possible de bouger convenablement en ayant le ventre d’une femme enceinte de plusieurs mois. Puis, cette barbe. Beurk ! Mais, l’avantage, c’était qu’elle avait peu de chances d’apprendre, un jour, que son jumeau se tapait ce type ce qui, d’une certaine manière le refaisait un peu monter dans son estime – elle aussi toute relative.

« J’ai regardé tout’les dates et j’ai rien d’plus alors, on d’vrait aller voir Santa. »

Quelques instants plus tard, Macha récupérait son conducteur et sa passagère régulière. La voiture fit même une remarque sur la pertinence de ses informations et de ses recherches dont, à l’écouter, l’un des deux avait douté à un moment donné. Aishlinn posa un regard sur le visage d’Abban, en se demandant ce qu’il avait pu dire à Macha avant de sourire. L’intelligence artificielle semblait avoir appris la susceptibilité.

« T’sais j’ai réfléchi, là, au fait qu’on n »trouve rien sur lui. C’est pas logique qu’on puisse avoir un nom mais pas d’adresse, c’est vraiment une info spécifique qui a disparu alors… »

Aishlinn ne vit pas l’intérêt d’expliquer plus en détail cette histoire de « manque d’adresse » concernant Asmal parce qu’il y avait fort à parier que, si elle, elle y avait pensé, si elle avait relevé ce détail, son jumeau avait dû faire la même chose à un moment donné. Pas jumeaux pour rien !

« J’crois qu’c’est lui, qu’il a tout préparé d’puis un petit moment et qu’c’type-là, t’vois, il doit être en train d’nous tester ou une connerie dans l »genre. »

L’idée ne lui plaisait pas plus que cela. Enfin si, il y avait un défi à relever et ça, c’était carrément cool comme concept mais, qu’une personne se sente obligée de les tester, c’était plus ennuyant. Après tout, ils n’étaient pas là depuis très longtemps et se décarcassaient comme des malades pour faire leurs preuves. Elle était certaine qu’ils avaient fait plus de chose en quelques mois que d’autres personnes du Cartel en beaucoup plus de temps. Alors, se sentir obligé de les tester, ça avait quelque chose de particulièrement vexant.

« ‘Tain si c’est l’cas, j’t’jure, j’lui fais bouffer sa toile quand on lui donnera, ou qu’on lui prouv’ra qu’on l’a. »

Ouais parce que la toile, toute moche là, avec son trait rouge, elle était quand même chiffrée à beaucoup alors, il était normal de se demander si ce n’était pas intéressant de la garder pour la revendre. Elle ne comprenait même pas que des gens puissent acheter cette « œuvre d’art », sans déconner, celui qui voulait la même chose dans son salon pouvait en faire une répliquer en moins de deux minutes et quelques dollars dans le matériel acheté en grande surface.

Elle laissa Abban se garer et, cette fois, laissa le « temps » à Macha de lui ouvrir la portière pour sortir de la voiture. Si Aishlinn n’aimait pas tellement Santa, elle appréciait quand même cet espace, où l’on pouvait le trouver, rempli de voiture à la manière d’une décharge. Sûrement une couverture et, une manière de justifier un nombre impressionnant de bagnole de tous types. De toute façon, la mettre au milieu de voiture suffisait à la rendre heureuse – enfin, ça arrivait bien après le fait d’être avec son jumeau -, pas besoin de conduire pour ça, juste les voitures… Sûrement des résidus du temps passé dans le garage de son père quand elle était petite.

« Le passeur… » Santa débarqua d’un peu plus loin, Aishlinn se demandant comment il pouvait bien faire pour passer entre deux voitures. Il posa son regard sur l’Irlandaise, restée en un peu derrière Abban « Et sa… » Sa quoi ? Le regard qu’elle lança à l’homme, alors qu’il avait en tête « sa chieuse » ou un truc dans le genre, après avoir entendu de nombreuses histoires sur les disputes qui pouvaient éclater entre les deux, avait suffi à revenir sur ce qu’il prévoyait de dire. « Et sa jumelle. » Il fallait quand même qu’il garde de bonnes relations avec le passeur. « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »

Le type était maintenant face à eux, bras ouvert dans un grand sourire pour inciter Abban à lui délivrer les raisons de sa venue, Aishlinn préférant rester en retrait pour laisser intact le contact que son jumeau pouvait avoir avec ce type.
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Message posté : Mer 30 Oct - 0:57 Message
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Abban avait grimacé quand Aishlinn avait remis l’hypothèse du test sur la table, parce que sa jumelle avait sans doute raison et que l’Irlandais détestait les tests. Il n’y avait qu’à voir la tête des contrôles qu’il avait rendus tout au long de sa brève et chaotique scolarité pour comprendre que le jeune homme ne se prêtait pas aisément aux évaluations extérieures. Même s’il savait pertinemment que bon nombre de ses actions au sein du Cartel, depuis leur arrivée à Star City, avaient été scrutées par les dirigeants locaux et constituaient ainsi, en quelque manière, des tests justement, il y avait tout de même une différence entre ces activités directement lucratives et le petit jeu de piste sur lequel Asmal les avait lancés.

— Non mais genre, il doit s’ennuyer à la retraite. C’était ça ou s’inscrire à un club d’échecs, sans doute.

D’un autre côté, il ne pouvait s’empêcher de songer avec un certain amusement à Thabo Asmal en train de cambrioler archives sur archives pour mettre en place son espèce de chasse aux trésors. Abban n’était pas insensible au style ludique de leur étrange employeur et à ce qu’il percevait d’ironie, dans sa manière de leur faire voler une œuvre qu’ils ne comprenaient pas en passant par des archives qui ne les intéressaient pas. Il n’aurait su l’expliquer, mais il lisait dans la succession des étapes de leur soirée la marque d’un tempérament facétieux.

Quelques minutes plus tard, les jumeaux débarquaient dans la casse-garage-décharge-usine à recyclage illégal qui constituait l’empire de Santa Herby. L’homme ne tarda pas à apparaître au milieu de ses carcasses. Abban, toute proportion gardée, l’aimait bien : Herby était de ces organisateurs efficaces qui combinaient l’expérience à un sens de l’adaptation des plus poussés. En place depuis des décennies, toujours aussi efficace, toujours aussi prudent. Il ne perdait pas son temps en bravades inutiles pour faire étalage de sa puissance et, par conséquent, il ne perdait pas celui des autres.

— Besoin d’infos.
— Ah ! Le nerf de la guerre.
— À propos de Thabo Asmal.

Santa Herby caressa d’un air songeur sa barbe immaculée, un petit sourire en coin.

— Tout le monde connaît Thabo, non ? Pas besoin de venir ici pour écouter les histoires.
— On a pas envie d’passer trois heures à écouter les légendes à la con d’ivrognes déboussolés. On a besoin d’concret, et vite.
— Pourquoi, vite ? Ça fait un moment que Thabo s’est retiré.

Abban haussa les épaules.

— Nos raisons.
— Et vous voulez savoir quoi, au juste ?
— Son adresse, par exemple.
— Pourquoi je saurais ça ?
— T’étais à son pot d’départ à la retraite, non ?

Santa Herby haussa les sourcils, sincèrement surpris. Rares étaient les membres du Cartel qui prêtaient une attention très soutenue aux activités qui servaient de couverture à leurs confrères et consoeurs.

— Comment tu sais ça, toi ?
— Vu des photos. Alors, cette adresse, contre quoi ?

Abban ne se faisait pas d’illusions : il savait fort bien que cette petite information aurait un prix, un prix d’autant plus élevé que sur la photographie, Herby et Thabo avaient l’air proche. Santa resta un moment silencieux, occupé à fixer un prix correct à son savoir somme toute un peu poussiéreux : cela faisait un moment qu’il n’avait pas vu Thabo, ses informations n’étaient pas tout fraiches et le Passeur devait en avoir conscience. Un prix trop élevé le rebuterait probablement.

Il se décida finalement :

— Dans deux semaines, un bateau va débarquer une cargaison de composants électroniques à Star City. J’aurais besoin qu’on achemine un camion jusqu’à New York.
— Un camion entier ?

Ce n’était pas rien. S’approprier le camion serait un jeu d’enfants, mais le manœuvrer en cas de complications, beaucoup plus délicat. Abban réfléchit rapidement puis finit par hocher la tête. Herby tira un papier de sa poche et écrivit quelques lignes, avant de le tendre à Abban, avec une adresse.

— C’est un loft le centre. J’y suis jamais allé, mais c’est là qu’il vivait. Sûr.

Sans un mot, Abban se détourna avant de tendre le papier à Aishlinn, pour rejoindre Macha d’un bon pas. L’affaire n’était pas trop mauvaise : travailler pour Herby était un bon moyen de consolider sa position au sein du Cartel et même si effectuer une livraison pour obtenir une adresse probablement dépassée depuis longtemps ne l’enchantait pas outre mesure, au moins son temps ne serait-il pas entièrement perdu. Quelques minutes plus tard, la voiture s’arrêtait non loin de l’immeuble indiqué par Santa. Le bâtiment n’était pas de première jeunesse, mais il était parfaitement entretenu.

— Le loft est au sixième étage, donc l’avant-dernier. Macha, y a quelqu’un à l’intérieur ?

Les capteurs de la super-voiture se concentrèrent sur l’étage en question.

— Pas de chaleur humaine ou animale.
— Tu peux retrouver le bail ou un truc dans le genre, dans le cadastre ?

Quelques secondes plus tard, un document de propriété s’affichait sur l’écran du tableau de bord. Le loft n’avait pas changé de mains depuis une vingtaine d’années et le même propriétaire payait les taxes avec une régularité horlogère : Bamat Hasol. Macha réorganisa obligeamment les lettres qui formaient l’anagramme de Thabo Asmal.

— Oui bah merci, on est pas demeurés non plus.
— De rien.

Abban tourna le regard vers Aishlinn.

— Qu’est-ce qu’on fait, on monte ? Et s’il y a un piège ?

Comme d’habitude, Abban se reposait de la charge des plans communs sur sa jumelle.
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Message posté : Jeu 31 Oct - 23:09 Message
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Du point de vue d’Aishlinn qui, il faut le rappeler, était des plus objectifs, se taper une aller/retour à New York pour avoir une adresse, c’était quand même cher payé. Essentiellement parce que ça allait lui enlever son jumeau pendant la durée de cette livraison mais, comme elle n’allait pas l’empêcher de travailler, elle resta silencieuse dans son coin. Tout ça pour une adresse dont le barbu n’était pas certain, quel monde pourri ! Retour en voiture pour ce jeu de piste un peu particulier en direction du centre-ville pour s’arrêter devant l’adresse fournie. Aishlinn, le regard sur le bâtiment, écouta les informations de Macha et la question de son frère, prenant quelques instants pour réfléchir, sans détacher son regard de la façade de l’immeuble.

« C’type, il sait qui ont est, il a tout préparé avec une bonne longueur d’avance sur nous. Alors t’vois, j’suis en train d’m’dire qu’il n’faut pas qu’on agisse comme on l’f’rait habituellement. »

Si Asmal les avait « étudiés » il devait forcément savoir pour leurs capacités – ce n’était pas comme si les jumeaux en avaient fait un secret – et, s’il devait y avoir un piège, ça serait forcément pour contrer leurs méthodes habituelles : téléportation directement à un endroit, passer au travers des murs.

« Puis, t’vois, il a l’air un peu old school l’type alors, si jamais il a laissé des indices, ou un truc à not’e attention, on aura sûr’ment plus d’chances d’ tomber dessus en appliquant des méthodes plus conventionnelles. »

Ce qui, dans la bouche d’Aishlinn, sonnait presque comme une insulte. Plutôt bizarre de parler méthode conventionnelle quand il s’agissait d’entrer par effraction chez quelqu’un, aussi. Un détail parmi d’autres. L’Irlandaise laissa passer un soupir. Sixième étage, il y avait six foutus étages à monter et il allait falloir éviter la téléportation. C’était presque aussi dérangeant que de devoir prendre le bus pour aller d’un endroit à un autre. En revanche, l’idée d’un piège ne l’inquiétait pas. Il y en avait sûrement un, ou plusieurs mais, si le but était de les tester, dans le pire des cas, ils échouaient. Elle doutait qu’il puisse y avoir des vies en jeu parce que, de ce qu’elle avait lu dans les quelques rapports sur Adams, il n’y avait pas de victime. Une des raisons qui devaient expliquer que les dossiers étaient aux archives, si la cambrioleuse avait fait un massacre à chaque intervention, les dossiers auraient été traités avec plus d’intérêt.

« Macha, tu surveilles si y a des mouvements quand on y sera, étages inférieurs et celui du dessus. »

Avec ses systèmes de vision, de truc et de bidule (ça, c’est pour le côté très technique de la chose), elle pourrait apporter beaucoup d’informations et les prévenir en cas de problème. Le regard de l’Irlandaise se détourna du bâtiment pour aller se poser son Abban.

« J’espère just’ qu’les escaliers pour monter, n’sont pas aussi vieux qu’l’bâtiment. On y va ? »

Passer au travers d’une marche bouffée par des bestioles toutes moches et toutes pourries, non merci. La portière s’ouvrit – merci Macha – et l’adolescente quitta la voiture pour se diriger vers le bâtiment. Dans un mouvement de tête, avant de trop s’approcher, elle désigna l’entrée à son jumeau qui possédait, dans un des angles une caméra de sécurité. C’était chiant tous ces petits trucs électroniques – sauf quand ça leur appartenait – parce que n’importe qui, s’y connaissant un peu, pouvait avoir accès aux images récoltées par une caméra. Dans un haussement d’épaules.

« Escalier d’secours. »

Attrapant la main d’Abban elle se dirigea vers le côté du bâtiment, donnant sur une petite ruelle où se trouvait l’escalier en question, sur le flanc du bâtiment. Elle relâcha son frère pour le laisser se téléporter sur le premier palier – il y avait, ne pas se servir de ses pouvoirs et, ne pas s’en servir du tout – pour qu’il puisse débloquer la première échelle qui permit à Aishlinn d’aller le rejoindre. Aishlinn, par précaution, préféra se rendre directement au dernier étage plutôt que de s’arrêter directement dans celui qui était recherché. Au moins, en redescendant, ils pourraient essayer de voir s’il y avait un système de sécurité quelconque à l’extérieur de l’appartement du sixième, sans se retrouver directement en pleine ligne de mire. Elle joua des coudes avec la porte de sortie de secours du septième étage, avant de pouvoir passer une tête et regarder si la voix était libre, ce qui était le cas.

« N’empêche, j’aime pas tell’ment l’idée d’aller quelqu’part, en sachant qu’c’est probablement déjà prévu. »

Passant le couloir qui n’avait aucune caméra et comportait 5 pour, pour 4 appartements et pour les escaliers, c’est vers cette dernière porte qu’elle se dirigea pour descendre et s’arrêter devant la porte pour le sixième étage qu’elle poussa doucement pour regarder dans l’entrebâillement.  

« Bin… » Elle ouvrit complètement la porte pour entrer dans le couloir. Elle s’attendait tellement à un truc épique, qu’elle s’était imaginé des caméras partout, des robots – que Macha n’aurait pas pu voir – garder la porte de l’appartement mais, non, que dalle, c’était le désert absolu. « Décevant ! »

Elle entra dans ce nouvel étage qui, contrairement à l’autre possédait que trois portes pour les appartements et se dirigea vers celle qui les intéressait pour sortir une trousse de la parfaite cambrioleuse et s’attaquer au crochetage de la serrure. Ce qui était certain, c’était que la serrure était loin d’être celle de monsieur et madame tout-le-monde. Quelques instants plus tard, la porte céda et, du bout de l’index, Aishlinn l’ouvrit sans rentrer. La porte donnant sur une grande pièce sombre à cause des volets fermés. Balayant l’endroit avec une lampe de poche, sans rentrer, elle comprit très vite que la pièce était complètement vide, sauf une petite table ronde en plein milieu avec un petit chevalet sur lequel reposait une carte de visite. Et justement, parce qu’il n’y avait aucune difficulté visible, Aishlinn, sur le pas de la porte à côté de son jumeau :

« Ça n’va pas être simple ! »
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Message posté : Ven 1 Nov - 10:58 Message
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Fort heureusement, et cela Asmal n’avait vraisemblablement aucun moyen de le savoir, les jumeaux n’avaient découvert leurs pouvoirs que quelques années auparavant et leur formation de cambrioleurs ne s’était en aucune manière reposée sur leurs capacités exceptionnelles. Certes, ils s’étaient adaptés depuis et leur style avait considérablement évolué, mais les Mac Aoidh possédaient de beaux restes et, une fois l’échelle de secours descendue, ce fut très traditionnellement qu’ils progressèrent, pour se retrouver sur le pas d’une porte, à observer une carte de visite.

En réfléchissant froidement, Abban déduisait une série de pièges plutôt qu’il ne les voyait : des capteurs de pressions un peu partout, sans doute, qui déclencheraient une alarme, dans le meilleur cas. Même silencieuse, elle signifierait la fin de la partie. C’était le plus logique : il avait beau se téléporter, il fallait bien arriver quelque part et si Aishlinn voulait s’emparer de la carte de visite, elle était bien contrainte de se rematérialiser au moins un peu. Le jeune homme plissa les paupières. Le chevalet avait l’air, de loin, parfaitement traditionnelle : les capteurs étaient probablement dans le sol.

— On a besoin d’un truc à frites.

De toute évidence. Abban porta la montre à ses lèvres.

— Macha. Y a des gens, dans les autres apparts de l’étage ?
— Oui.
— Y en a qui bougent pas ?
— Premier appartement à côté des escaliers. Deux signatures thermiques immobiles dans la même pièce, rythmes cardiaques calmes.
— OK. Cool.

D’honnêtes citoyens endormis. Les jumeaux se dirigèrent vers cet appartement, Abban laissa sa sœur crocheter la serrure aussi silencieusement que possible, puis lui fit signe qu’il rentrait seul, pendant qu’elle montait la garde. Après avoir retiré ses chaussures, le cambrioleur progressa silencieusement, en chaussettes, dans l’appartement, et se mit à fouiller très doucement la cuisine. Puis le placard à balais. Puis quelques commodes.

Lorsqu’il ressortit, il tenait dans les bras ce qui devait être probablement le butin le plus étrange et le moins rentable de sa carrière : une pince à frites, deux fines tringles à rideaux et un gros rouleau de scotch. Abban s’installa au milieu du couloir pour fixer un bout de chaque tringle aux parties de la poignée de la pince à frites puis, armé de sa pince prolongée, il se rendit jusqu’à l’appartement et, avec précaution, un peu comme à la pêche aux canards dans les fêtes foraines, il s’associa à Aishlinn pour tendre l’instrument vers la carte de visite.

Il fallait la synchronie des jumeaux, qui manoeuvraient chacun l’une des tringles, pour parvenir à progresser de concert vers la carte de visite et à refermer la pince à frites une fois la carte atteinte. Ils la retirèrent doucement, mais au lieu de se précipiter pour l’ouvrir, Abban suggéra :

— On fait analyser ça à Macha. Des fois qu’ce soit, chais pas, empoisonné, ou un truc dans le genre.

Ils détachèrent le scotch pour pouvoir récupérer la seule pince à frites, toujours refermée sur la carte et, abandonnant les tringles à rideaux derrière eux après le coup du siècle, regagnèrent l’issue de secours et ne tardèrent pas à rejoindre Macha.

— Tu peux nous analyser ça ?
— Tout à fait.

Bien, bien, bien.

— Et, euh… On fait comment ?
— Tout est marqué dans le manuel d’utilisation.
— Ben, c’est que… J’ai pas encore fini d’le lire.
— Tsss…

Abban haussa les sourcils. Est-ce que sa voiture venait bien de lui faire « tss » ?

— Insérez l’objet dans le lecteur CD.

Abban s’exécuta, tout en se demandant ce qui se passerait le jour où il voudrait analyser un étrange Rubik’s Cube, qui ne rentrerait certainement pas dans le lecteur CD. Trois secondes plus tard, la carte de visite ressortait avec le diagnostic de Macha :

— Rien de particulier. Je peux vous décrire l’origine du papier, de l’encre, les fournisseurs probables et…
— Non mais c’est cool, merci.

L’Irlandais récupéra la carte. Elle était au nom de Thabo Asmal, bien entendu, et semblait plus que récente. Tout à fait neuve, à vrai dire, ce qui était un excellent signe : ils étaient sur la bonne piste. De l’autre côté, il y avait une série de chiffres et, en bon transporteur, Abban reconnut sans difficulté :

— Des coordonnées.

Il les lut à haute voix à Macha, qui ne tarda pas à localiser le lieu sur la carte. Retour au port : les coordonnées étaient au milieu de l’eau, dans le vaste bassin qui accueillait les navires marchands ou leur permettaient de prendre de la vitesse avant de se lancer en pleine mer.

— C’est euh…
— Il y a une plateforme douanière à cet endroit.
— C’est-à-dire ?

La photographie d’une petite plateforme flottante de quelques mètres carrés, avec un pylône hérissé de caméras, apparut sur l’écran, avec une description succincte des fonctions. Décidant qu’il valait mieux aller voir du plus près, Abban jeta la pince à frites par la fenêtre et démarra la voiture. Quelques minutes plus tard, Macha s’arrêtait le long d’une digue et piratait les caméras de la plateforme, au milieu du bassin.

Après en avoir manœuvré une ou deux à distance, les jumeaux purent distinguer la forme rectangulaire d’un paquet qui pouvait fort bien contenir leur fameux tableau.
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Thabo Asmal (Mac Aoidh)

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