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Au bon endroit, au bon moment (Wildcard)

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Message posté : Lun 21 Oct 2013 - 15:25 Message
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21 octobre 2013

— Non mais…

Disparition. Apparition.

— …franchement, j’crois que…

Disparition. Apparition.

— …faut s’faire…

Disparition. Apparition.

— …une raison.
— PUTAIN !

Le géant était à bout de nerfs. Sans même parler de frapper Abban, il aurait aimé commencer par mettre la main sur le téléporteur. Devant l’entrepôt, le petit manège durait depuis plusieurs secondes et le colosse avait déjà envie de pleurer d’énervement, tellement le clignotement incessant de son adversaire l’exaspérait. Sans compter qu’il parlait vraiment tout le temps. La voix d’Abban bourdonnait dans ses oreilles.

Le souffle court, alors qu’il n’avait toujours pas touché le Passeur, le géant fixait comme un taureau en furie l’Irlandais. L’Irlandais, lui, fixait la carte magnétique qu’il devinait sous le tee-shirt de l’homme. C’était cela qu’il voulait. La carte magnétique désactivait les détecteurs de mouvement et de pression dans la salle souterraine de la villa. Et dans la salle souterraine de la villa se trouvait l’Almanach de Théodose de Constantinople.

Évidemment, quand une sorcière à l’air peu sympathique lui avait proposé de voler un livre, Abban l’avait regardée avec un air désespéré. S’introduire dans les bibliothèques municipales était tout de même très en dessous de ses capacités. Il fallait dire que pour l’Irlandais, tous les livres se ressemblaient plus ou moins et entre la dernière édition de poche de Dan Brown et le grimoire incunable refermant de rares considérations alchimiques, il ne voyait pas trop la différence. C’était un bouquin.

Quand la sorcière avait commencé à déverser ses pièces en or sur la petite table, à l’abri dans un recoin du Circus Maximus, l’adolescent avait été tout de suite beaucoup plus attentif. Il avait commencé à enregistrer les informations. L’Almanach appartenait pour l’heure à un riche collectionneur de livres rares, qui l’avait enfermé dans le sous-sol ultra-sécurisé de sa villa, non loin de Star City. Pour entrer dans le sous-sol, il fallait passer toute une série de gardes — mais cela, Abban ne s’en souciait guère. En revanche, il y avait des détecteurs.

La carte qui désactivait les détecteurs étaient bien gardées. Elle était gardée par un type de deux mètres trente, avec des muscles énormes et un tempérament ordinairement très placide. Un mutant doué d’une force et d’une résistance exceptionnelle, beaucoup plus sûr que n’importe quel coffre-fort. Mais le gardien ordinairement stoïque venait de passer deux heures en compagnie d’Abban, qui l’avait noyé sous des flots de discours très convaincants, l’avait embobiné, lui avait promis un travail bien rémunéré, l’avait attiré au milieu de la zone industrielle et le faisait depuis tourner en bourrique.

En somme, il était en train de devenir complètement fou. Abban touchait au but. Il fallait bien calculer son dernier mouvement, toutefois. Un geste trop lent et la poigne du mastodonte se refermait sur lui pour briser tous les os que les doigts trouveraient sur son chemin. Abban courut brusquement vers l’homme, esquiva un premier coup, se téléporta pour éviter un second, se retrouva bientôt contre son torse. Il glissa une main sur sa nuque la carte, se téléporta derrière lui, reprit l’élastique qui retenait le précieux objet, tira un coup sec pour le faire craquer, se téléporta à nouveau derrière le mutant qui venait de se retourner et tendit la main au sol, entre les jambes du colosse, pour attraper la carte qui tombait, avant de se téléporter cinq mètres plus loin.

La tentation de narguer son adversaire en agitant la carte sous son nez était beaucoup trop grande pour qu’il pût y résister. Lorsque le géant posa les yeux sur le morceau de plastique, il se mit à tâter frénétiquement son cou. Cette fois, il avait vraiment les larmes aux yeux. Il se sentait semblable à un gros buffle maladroit incapable de chasser une minuscule mouche. Abban, tout sourire, s’inclina pour saluer son public.

— Merci beaucoup !
— TU VAS M’LE PAY…

Il y eut un souffle de vent et le géant s’interrompit, pour porter à nouveau la main à sa gorge. Mais cette fois-ci, il l’en retira pleine de sang. Le liquide rougeâtre bouillonna un instant, avant que l’homme ne s’effondrât au sol. Le sourire figé d’Abban disparut progressivement. Le jeune homme avala péniblement sa salive. Il allait se téléporter ailleurs sans demander son reste lorsqu’il fut projeté contre un mur. Il y eut une détonation et deux pointes métalliques entre lesquelles était tendu un filin se fichèrent dans le mur de béton derrière lui, de part et d’autre de sa gorge. Nouvelle détonation, nouvelle étreinte à sa taille. Puis à ses chevilles.

Ce fut alors qu’Abban distingua la femme d’une quarantaine d’années qui lui faisaient face, un revolver étrange dans une main, un couteau encore sanglant dans l’autre. À une vitesse phénoménale, elle se rapprocha de l’Irlandais.

— Essaye donc de te téléporter, maintenant, avec ce gros bâtiment attaché à toi.
— Ouais, écoute, j’suis sûr qu’y a moyen d’s’arranger, là.

L’inconnue jubilait. Elle pressa négligemment un petit bouton sur son revolver et dans les pointes métalliques près de la tête d’Abban, deux petits moteurs s’actionnèrent pour tendre le filin, qui commença lentement mais sûrement à comprimer la gorge du jeune homme. Impossible de parler. Impossible de se téléporter. Pauvre Abban. Il trouvait que c’était trop tôt, dix-neuf ans, pour mourir.
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Message posté : Lun 21 Oct 2013 - 16:13 Message
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Wildcard quittait rarement le centre-ville de Star City. Ou le district est, ses terrains de jeu favoris. Bien sûr, il avait déjà mis les pieds un peu partout en ville, dans chaque quartier, mais rien ne valait les coins qu’il connaissait comme sa poche, et où il pouvait facilement orchestrer ses coups. Le district ouest était un peu loin des Marais, malgré le fait qu’il y avait là pas mal d’activités intéressantes pour un criminel. Mais le Cartel y avait déjà ses actifs, nul besoin de s’y aventurer.

Mais une étrange intuition l’avait poussé à s’y rendre. Histoire de ne pas se faire trop remarquer, il avait pris le plus banal des véhicules qu’il avait à disposition, une moto, le casque qu’il portait cachant le maquillage qui lui dessinait l’habituelle tête de mort sur le visage. Et puis, aussi loin de son quartier général, il était connecté, au moyen d’une oreillette, à Aurora, sa grande spécialiste en informatique et électronique. Cette dernière passait beaucoup de temps devant ses multiples écrans, à surveiller la ville et créer de nouveaux logiciels. Jake n’y comprenait pas grand-chose, mais de toute manière, il n’en avait pas besoin, puisqu’Aurora était là pour ça. Sa Maléfique.

Le leader du Gang des Fables abandonna sa moto dans un coin à proximité du fleuve et déambula, longeant les murs, dans Hamelin. Ses pas ne le menaient nulle part en particulier. Les quelques rares passants qu’il croisait changeaient de trottoir ou faisaient demi-tour. Seul un homme en costard-cravate, de haute stature, ne dévia pas de sa trajectoire. Et tous deux se retrouvèrent dans une situation qui embarrassait, souvent, lorsque cela arrivait. Face-à-face. Qui allait passer à gauche, qui allait passer à droite ?

Dégage. Tu n’as rien à faire dans le quartier.

Le ton était sans appel. Pour toute réponse, Jake pencha la tête sur le côté. La voix d’Aurora, dans l’oreillette, lui souffla que l’individu était un connard d’employé de la boite d’à côté, aucun intérêt. Il devait y avoir une caméra de surveillance quelque part, et Maléfique s’était fait un plaisir d’en saisir les images.

T’es sourd ? Va voir ailleurs si j’y suis, insista l’homme, dont les muscles parurent jouer sous son costume un peu trop ajusté.

Jake redressa la tête et sortit une main de sa poche. Il tenait… un paquet de cartes. L’autre perdit un instant sa détermination, interloqué.

Que diriez-vous d’un petit tour de magie ? fit Wildcard, sur le ton de la conversation.

L’homme se reprit et devint plus menaçant.

Tu l’auras voulu, je vais appeler les flics.

Les flics ? Quel manque d’originalité. Alors que l’employé plongeait la main dans sa poche pour en sortir son téléphone, il se mangea le paquet de cartes dans la figure. Avec un cri de douleur et de surprise, il fit un pas en arrière. Juste le temps pour Jake de le délester du fameux téléphone, de son portefeuille, ainsi que d’une carte magnétique. Quand l’homme se ressaisit, il était seul sur le trottoir, au milieu de cartes à jouer étalées autour de lui, à ses pieds. Toutes étaient… des jokers. Wildcard, lui, était déjà dans la rue suivante, examinant son butin.

Je te couvre, lui glissa Aurora, qui trafiquait les enregistrements de la caméra.

Jake avançait à pas tranquilles. Muni de gants, il ne laisserait aucune empreinte. Aussi jeta-t-il ce qui lui était inutile, ne gardant que l’argent et la carte. Le téléphone fut aussi jeté, non sans avoir été soigneusement démonté. Finalement, le périple dans Hamelin était plus intéressant que prévu. Peu après, il entendit à nouveau Aurora.

Y a du grabuge juste à côté. Un téléporteur avec un gros type.

Wildcard s’arrêta net. Un téléporteur ? Regardant autour de lui, il vit qu’il avait atteint le cœur de la zone industrielle. Immobile et silencieux, il écouta, jusqu’à ce qu’il perçoive des bruits. On aurait dit que quelqu’un se battait. Ou plutôt, s’énervait. Intrigué, et surtout curieux de savoir si le téléporteur était bien celui auquel il pensait, Jake alla tranquillement jusqu’à la source de l’agitation. Et en passant au coin d’un bâtiment, il le vit. Abban. Il vit aussi la femme, au moment où elle apparaissait. Le colosse s’effondra, touché à la gorge. Et le jeune Irlandais n’eut pas le temps de disparaître. Il fut projeté et fixé à un mur. De loin, Jake discerna l’étrange arme de la femme.

Et alors que cette dernière, qui paraissait très contente de son petit tour de force, menaçait sa proie prise au piège, elle sentit qu’on lui tapotait l’épaule. Professionnelle, elle tourna la tête sans baisser son arme, toujours pointée sur la gorge d’Abban. Mais la surprise qui se peignit sur son visage fut authentique, ce qui n’avait pas de prix. Wildcard éclata de rire. Intérieurement. Parce qu’il restait parfaitement stoïque.

C’est pas gentil, de faire ça à un pauvre garçon sans défense. Vraiment pas gentil.

La réplique n’eut pas le temps d’être dite. Alors qu’elle ouvrait la bouche, la femme y reçut un petit peu de gaz, provenant d’un petit spray que Jake venait de sortir de sa poche. Elle resta un court instant debout, puis s’étala de tout son long.

Bonne nuit, fit le leader du Gang des Fables, en remettant le précieux gaz dans sa poche.

Puis toute son attention se porta sur Abban. Ce dernier était vraiment dans un drôle de pétrin. Il était bloqué contre le mur au niveau de la gorge, de la taille, des chevilles.

Tu sais, je t’ai trouvé tout de suite attachant, la dernière fois. Mais je pensais pas que tu l’étais à ce point.

Un peu d’humour à la con, ça ne pouvait pas faire de mal. Du bout des doigts, Jake saisit le fil qui enserrait la gorge de l’Irlandais, pour juger de sa solidité. Et constata qu’il n’avait pas les moyens de le couper. Et puis, c’était probablement trop enfoncé pour qu’il puisse tirer dessus. Levant un doigt pour signifier qu’il avait une idée, il entreprit de fouiller la femme, et découvrit qu’elle avait le couteau parfait pour ce qu’il avait à faire. Quelques secondes plus tard, Abban était libre. Wildcard se tenait devant lui, droit, immobile et impassible. Et il avait gardé le couteau. Prise de guerre.

Alors, on s’attire des ennuis ?
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Message posté : Lun 21 Oct 2013 - 22:28 Message
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Le filin s’enfonçait de plus en plus dans sa gorge. La vision d’Abban se brouillait. Il commençait même à halluciner, c’était très grave. Voilà qu’il voyait apparaître Wildcard comme par magie. C’était bien son genre, tiens, de songer à son amant favori au moment de la mort. Tu parles d’une consolation. Mais lorsque la femme s’effondra, victime du Brouillard de la Belle aux Bois Dormants, Abban se prit à espérer que les hallucinations n’étaient pas aussi hallucinées que cela et qu’un type à tête de mort qui n’avait aucune raison d’être là était bien là pour lui sauver la vie.

Les filins furent coupés et Abban tomba lamentablement à genoux, toussant comme un beau diable et se massant la gorge. Il finit par se relever, révélant la marque que le filin avait laissée sur sa peau. Décidément : la fois précédente, son corps avait été couvert de bleus et cette fois, on eût dit qu’il venait de tenter de se pendre. Il était condamné à rencontrer Wildcard sans être jamais au sommet de sa beauté. Le téléporteur toussa encore une fois, avant de secouer la tête et de marmonner :

— ‘Tain, y a vraiment qu’moi pour m’faire agresser par une meuf ultra-rapide avec un pistolet anti-téléporteur. Non mais qui s’balade avec c’genre de trucs, franchement ?

L’Irlandais leva ses beaux yeux vers les yeux impassibles de Wildcard. Abban avait appris dès leur première rencontre à ne pas se fier au masque stoïque du criminel et un sourire authentique monta enfin jusqu’à ses lèvres. Ses yeux glissèrent jusqu’à l’oreillette que portait son amant et, ne sachant pas trop quelle réputation Wildcard avait à entretenir auprès de qui, il jugea plus sage de ne pas le remercier de son intervention salvatrice par un baiser fougueux. Il fut donc plus sobre :

— ‘Reus’ment qu’t’étais là, mec. J’te revaudrai ça.

D’ailleurs, il avait un moyen très concret de lui revaloir « ça ».

— Tiens, d’ailleurs, puisqu’tu passes dans l’coin, ça t’dit d’gagner quelques pièces d’or ? Et quand j’dis quelqu’un, c’t’un p’tit paquet. J’suis sur un truc, là, c’soir, et on peut dire qu’t’as sérieusement participé à l’affaire. Si tu veux, on partage.

Cela lui semblait de toute façon légitime et il l’eût proposé à un autre qu’à Wildcard. La seule différence, c’était que se séparer d’une partie de son butin pour entretenir la courtoisie nécessaire au bon fonctionnement du Cartel lui était beaucoup moins pénible si le butin en question devait finir dans la poche de son amant que de n’importe quel autre bon samaritain. L’idée de célébrer sa vie fraîchement retrouvée par un cambriolage en tandem avec le mystérieux personnage était plus que séduisante.

Abban agita la carte magnétique qu’il avait subtilisée sous les yeux de Wildcard. Les siens ne quittaient guère d’ailleurs le visage de l’homme, pas plus qu’il ne se départissait de son sourire, incapable de dissimuler la joie qu’il éprouvait à retrouver celui qu’il l’avait tant comblé, lors de leur première et très charnelle entrevue.

— Ça, c’est pour accéder à un bouquin. Pas ici, dans une villa. J’ai pas trop bien compris son histoire, au bouquin, mais c’t’un truc magique et un truc qui vaut cher. Une sorte de manuel de recettes pour alchimiste, un truc dans l’genre, vachement ancien. Bref. On est prêt à payer beaucoup pour ça. Et à engager d’sérieux gardiens.

Il montra le colosse qui gisait dans sa mare de sang, d’un signe de tête. Abban était sincèrement navré de la mort de cet homme qu’il avait prévu, pour sa part, de voler mais jamais de tuer ou même, simplement, de blesser. Tant que c’était possible, et cela l’était souvent, Abban évitait toute violence superflue. Cela ne valait pas la peine de s’étriper, même pour de l’argent ou des objets précieux.

— J’te laisse réfléchir, l’temps d’récupérer ma voiture.

Abban porta à ses lèvres la montre qui entourait son poignet et qui ne ressemblait pas vraiment à un modèle standard. Il l’avait trouvée dans un compartiment secret du super-véhicule dérobé quelques jours plus tôt et n’avait pas tardé à en découvrir les fonctions principales.

— Macha ?

Une voix féminine émergea de la montre.

— Oui, Passeur ?
— Tu me localises ?
— Évidemment !

Il y avait eu une pointe de fierté dans la voix.

— Passe nous prendre, steupl.
— J’arrive.

Oui, Abban s’était mis à dire « s’il te plait » à sa voiture, mais d’abord, elle avait une personnalité de plus en plus attachante et ensuite, elle était parfois un peu susceptible. Mieux valait la ménager. Le jeune homme baissa le bras et reporta son attention sur Wildcard.

— Alors, genre, tu t’balades comme ça dans la rue, toi, incognito, avec ton tatouage de psychopathe, et par hasard tu tombes sur moi ?

La chose avait l’air de l’amuser, surtout.

— Gaffe, j’vais finir par croire qu’tu m’suis. Ou alors qu’on est unis par l’destin.

Les deux hypothèses lui paraissaient également séduisantes. À peine avait-il fini de parler qu’une voiture, sans conducteur, vint se garer élégamment et dans un silence irréprochable juste à côté d’eux. Dans l’oreillette de Jake, Aurora laissa échapper un juron admiratif avant de souligner :

— Putain, c’est la Voiture Fantôme. Ce mec, c’est le mec qui conduit la Voiture Fantôme.

Macha n’était pas passée inaperçue ces derniers temps. Abban n’était pas resté inactif. La Voiture Fantôme, plus que jamais, donnait des sueurs froides aux policiers de Star City et suscitait les légendes enthousiastes des membres du Cartel.

— J’imaginais pas qu’il aurait cette tête.

Avec une fierté évidente, le téléporteur désigna la voiture.

— Wildcard, Macha. Macha, Wildcard. Alors, bad boy, une balade, ça te tente ?

La même voix féminine qui était sortie de l’oreillette émergea cette fois-ci du bolide :

— J’espère que vous avez les pieds propres.
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Message posté : Mar 22 Oct 2013 - 12:16 Message
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Abban avait eu de la chance. Une vraie chance, mais qui n’était pas forcément due au hasard. En effet, on pouvait se demander ce qu’une femme équipée comme il fallait pour neutraliser les téléporteurs faisait dans le coin. Une chasseuse de primes ? Comme dans les films ? En tout cas, elle ne devait pas faire partie du Cartel. Et, si c’était le cas, elle allait être punie. Wildcard esquissa un léger sourire à la sobriété du remerciement de l’Irlandais. Il le soupçonna d’avoir voulu faire un peu plus, mais de s’en être abstenu. Et alors que l’ange-démon changeait radicalement de sujet, évoquant sûrement les raisons de sa présence ici, Jake tourna sur lui-même, les yeux levés. Revenu en position de départ, il avait bien noté la position de la caméra par laquelle Aurora les observait. Abban avait bien fait de faire simple, elle se serait montrée jalouse…

Des pièces d’or…

Il y avait donc dans cette ville des gens qui payaient en pièces d’or ? Pourquoi pas. La perspective d’en avoir quelques-unes dans les mains n’était pas déplaisante, au contraire. Abban souriait toujours, et montra la carte magnétique qu’il avait dû dérober au pauvre bougre qui gisait dans son propre sang, juste à côté. Un bouquin, hein ? Aux mots « magique », « recettes » et « ancien », Wildcard haussa légèrement les sourcils, signe que son intérêt venait d’être éveillé. Il eut alors des images de sorcières. Comme celles qui peuplaient les contes… Était-ce une sorcière, qui était prête à payer en or l’obtention de ce précieux ouvrage ?

Jake fixa ensuite la montre que l’Irlandais porta à sa bouche. Un micro. Macha ? Quel drôle de nom. Le leader du Gang des Fables se demanda un moment si Abban n’avait pas, comme lui, quelqu’un qui les observait. Puis il haussa les épaules. Pour lui-même. Mais déjà son jeune amant enchaînait, parlant cette fois de la raison de la présence de l’homme à tête de mort. Ce dernier haussa encore une fois les épaules.

C’est peut-être le destin. Ou alors… je t’en dirai un peu plus sur moi, quand les circonstances seront différentes.

Était-il prêt à avouer à Abban qu’il contrôlait les probabilités, et qu’Aurora n’avait fait que confirmer que la chance avait bien tourné en sa faveur, puisqu’il était arrivé juste au bon endroit, au bon moment ? Peut-être. Mais la question ne se posait pas encore. Jake pivota en percevant un bruit derrière lui. Une voiture vint se garer juste à côté d’eux. Et il entendit Maléfique, dans son oreille, parler de la « Voiture Fantôme ». C’était donc Abban qui la possédait ? Ce dernier fit les présentations. Ah, Macha, c’était donc la voiture. Qui fit un petit commentaire. Aha. Jake désigna alors la caméra, perché sur un lampadaire un peu plus loin.

Abban, Aurora. Aurora, Abban.

Puisqu’on en était aux présentations. Peut-être Abban rencontrerait-il, un jour, Maléfique en chair et en os. Grande, ténébreuse… Wildcard s’approcha du véhicule et passa la main sur le capot. C’était vraiment une très belle voiture. Et il était étonnant qu’un garçon aussi jeune, et aussi nouveau en ville, en soit le détenteur. En fait, le leader du Gang des Fables était impressionné. Il se tourna vers le jeune homme :

Contre de l’or, tu veux récupérer un grimoire de sorcières détenu par un type qui vit dans une villa et qui a un gros dispositif de sécurité ?

Voilà pour le résumé. Il ajouta, sans attendre :

Bien sûr, que j’en suis.

La question ne se posait pas vraiment. Et puis, avec les moyens qu’ils possédaient tous les deux, ça serait un jeu d’enfants. Jake contourna le véhicule pour aller s’installer sur le siège passager. Tout en pénétrant à l’intérieur, il déclara :

J’ai les pieds propres. Mais je peux aussi retirer mes pompes.
N’en fais pas trop, non plus. Je couvre tes arrières, mais fais gaffe.
T’inquiète, je sais que t’es là. Et puis, Macha a l’air de bien savoir ce qu’elle fait. Surtout entre de telles mains.

Wildcard prit la main droite d’Abban, qui venait de s’installer au volant, et y déposa un baiser. Qui resterait totalement inaperçu, l’angle de la caméra ne permettant pas à Aurora de voir ce qui se passait à l’avant de la voiture.

Alors, on y va ? Elle est où, cette villa ?

Une fois qu’on lançait Jake sur quelque chose, il avait hâte de commencer. Dérober un précieux bouquin dans une villa hautement surveillée, il n’avait pas encore fait. C’était donc un nouveau défi. Et les nouveaux défis, c’était sa caféine, sa drogue. Et en plus, il allait faire ça avec Abban. Que demander de plus, franchement ?
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Message posté : Mar 22 Oct 2013 - 17:16 Message
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Les Mac Aoidh avaient un don certain pour dégoter les clients les plus étranges, qui payaient de la manière la plus atypique pour obtenir les objets les plus douteux. Il fallait dire que les capacités des jumeaux attiraient à eux bien des gens que les cambrioleurs plus traditionnels avaient déboutés, faute de pouvoir traiter avec autant de légèreté qu’ils le faisaient certains systèmes de sécurité très perfectionnés. Abban ne comptait plus le nombre d’objets pour lui totalement incompréhensibles qu’il avait dérobés ou livrés. D’ailleurs, la plupart du temps, il ne posait pas vraiment de questions sur la nature de la cargaison : cela entrainait souvent des explications interminables dans un jargon mystique ou technologique (parfois, c’était le pire, les deux).

Le jeune homme jeta un coup d’œil à la caméra. L’idée d’être surveillée, évidemment, lui déplaisait — ce qui était un comble pour un type qui conduisait une voiture hérissée de capteurs en tout genre, qui devait violer à elle seule la moitié des lois sur le respect de la vie privée. Ce fut ainsi sans conviction qu’il marmonna :

— Enchanté.

Sauf avec Aishlinn, Abban ne se montrait pas trop possessif mais en l’occurrence, il eût préféré avoir Wildcard pour lui tout seul plutôt que de devoir composer avec quelqu’un dont il ne savait absolument rien et qui épiait leurs discussions et leurs mouvements. Comme par un besoin de souligner ce qu’il les liait, lorsque Wildcard fit un résumé pour d’autres peu engageant du programme de la soirée, Abban glissa d’un ton équivoque :

— Voilà. Tu vois, avec moi, on s’ennuie jamais.

Il se retourna vers sa voiture et lança :

— Macha. Wildcard, passager ponctuel.
— Autorisations enregistrées.

Puis, lançant un regard à son acolyte :

— Autant éviter qu’elle te tue avant qu’on soit arrivés à la villa.

Très rassurant. Abban s’installa au volant et, comme à l’ordinaire, les sièges de la voiture épousèrent les corps de ses deux passagers. L’intérieur de Macha ne détonnait pas particulièrement au regard d’un autre modèle de grand luxe. D’une certaine façon, ses concepteurs avaient misé sur la discrétion. Certains détails — en plus de la parole, bien entendu — trahissaient cependant le véhicule peu conventionnel. Par exemple, il ne semblait pas y avoir de moyens de la démarrer.

Un sourire illumina le visage d’Abban quand Jake déposa un baiser sur sa main. Il reconnaissait là la tendresse improbable de Wildcard.

— Sur la baie, près d’la centrale.

Pendant qu’il parlait, l’écran du tableau de bord afficha d’abord une carte puis une série d’images satellites, obtenues pas tout à fait légalement par une Macha qui était bien la voiture de son propriétaire : aucun respect pour le droit d’auteur. Une image tridimensionnelle approximative des plans, inférée depuis la structure visible de l’édifice, vint bientôt compléter les tableaux.

Pendant ce temps, Abban démarrait. Ce qui ne fit pas une grande différence, puisqu’en marche comme à l’arrêt, la voiture était absolument silencieuse.

— De c’que j’en sais, ça appartient à un type qui dirige une grosse maison d’éditions. Des bouquins traditionnels et, selon ma cliente, des livres secrets, de magie, essentiellement. Il collectionne aussi. Tu vois, l’genre de mecs, y travaille avec des livres et quand y rentre chez lui, y collectionne des livres. Un obsessif, quoi. Bref, s’appelle Ian Upperfield, voilà.

Alors qu’il parlait, Macha affichait d’elle-même la page Wikipédia de l’éditeur, avec sa photographie. Beaucoup mieux qu’une présentation Powerpoint. La voiture s’engageait dans les avenues principales et filait à vive allure vers la baie.

— C’qu’on cherche, c’t’un almanach, d’un type qui s’appelle Théodose de Constantinople. Bref, on s’en fout. D’après mes infos, y a détecteur de mouvements, détecteur de pression. J’suppose thermique, aussi. La carte qu’j’ai volée doit désactiver l’système d’sécurité, mais tu sais comment c’est : entre la théorie et la pratique, y a toujours un problème. Du coup j’préfère pas m’téléporter dans l’tas et faire ça par étape. Niveau gardes…

Abban jeta un coup d’œil à l’écran qui affichait désormais des vidéos en prise de vue nocturne.

— Voilà. On est allés faire un p’tit repérage la nuit dernière, Macha et moi. On a compté cinq silhouettes avec des mouvements circulaires répétitifs, sans doute des gardes. Trois silhouettes plus à l’intérieur du bâtiment, avec des mouvements aléatoires. Sans doute Upperfield, sa femme et sa fille. Pour les armes, les détecteurs magnétiques de Macha ont rien signalé, du coup, probablement des armes à feu traditionnels, pas d’fioritures énergétiques.

De toute évidence, Abban n’en était pas à son coup d’essai : sous ses airs impulsifs, il avait préparé méticuleusement l’opération du soir, en collectant des données et en les analysant de près. La voiture avait déjà quitté Star City pour s’engager dans les routes plus verdoyantes des alentours de la ville. À sa gauche, l’océan s’étendait, parfois indiscernable dans la nuit.

Abban jeta un coup d’œil à son passager.

— J’sais pas trop comment tu t’y prends ni si t’as des euh… aptitudes particulières. J’peux téléporter avec moi, mais c’est assez violent les premières fois et si on arrive direct dans une situation compliquée, l’temps qu’t’émerges, ça peut être dangereux.

Lui, il avait l’habitude, mais c’était son propre pouvoir. Les passagers occasionnels sortaient de leurs premiers sauts désorientés pour quelques secondes, dans le meilleur des cas, et franchement malades dans les pires. Pas vraiment l’idéal pour une infiltration en toute discrétion.
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Message posté : Mar 22 Oct 2013 - 18:20 Message
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Le moins qu’on puisse dire, c’est les présentations n’avaient été particulièrement enthousiaste. Jake, plutôt impressionné par la voiture, n’en avait rien montré. Abban, lui, avait à peine marmonné en découvrant la caméra. Puis, son entrain étant revenu, il fit en sorte que son véhicule ne réagisse pas violemment à l’intrusion d’un individu qu’elle ne connaissait pas. Quoiqu’en faisant un petit effort, Macha n’aurait aucun mal à remettre le leader du Gang des Fables. Mais au moins ne risquait-il pas d’être bêtement tué par une bagnole, aussi sophistiquée soit-elle. Sur la baie. Oui, logique, la plupart des villas s’y trouvaient, c’était le quartier idéal si l’on voulait être tranquille tout en montrant bien qu’on avait les moyens.

Et alors que le véhicule fantôme s’élançait sur les routes, Abban entreprit de faire un topo de la situation. Ian Upperfield, taré des bouquins. La photo du type apparut. Jake soupçonnait Aurora de faire les recherches en même temps. En plus de suivre la progression de la voiture, elle avait les yeux sur ses autres écrans. Almanach de Théodose de Constantinople. Un nom bien compliqué pour un simple livre. Mais ça ajoutait au côté mystique du truc, et du coup, Wildcard avait encore plus envie de mettre la main dessus pour voir ce que c’était. La voix de Maléfique résonna dans son oreille.

J’ai l’image satellite en live de la villa. Je suis en train d’entrer dans le système, c’est heavy en sécurité.

Mais sûrement rien de bien insurmontable pour elle. Peut-être qu’elle s’entendrait bien avec Macha, en fait. Et donc, il y avait tout un tas de capteurs de plein de choses, et des gardes. Tant mieux. Un banal cadenas, un trou du cul avec un clebs, c’était trop facile. Là, au moins, il y avait du défi, du vrai. Et donc, en toute logique, il ne devait pas y avoir plus de cinq gardes. En plus du type, sa nana et sa fille. Aurora se manifesta à nouveau :

Confirmé. Y a…
Attends, l’interrompit Jake, qui tira l’oreillette à peine visible de son oreille, pressa un petit bouton et posa l’appareil sur le tableau de bord. À toi.
Je disais : confirmé. Ils sont bien huit. J’ai passé la première barrière, mais il va me falloir du temps pour arriver au bout sans déclencher les alarmes.

Cette fois, la voix avait résonné dans tout l’habitacle. Au moins Abban pouvait-il entendre aussi.

T’embête pas trop. Abban a bien prévu son coup, tu pourras nous couvrir si y a besoin.

Il y eut un moment de silence. Wildcard glissa un regard vers son ange-démon, et lui adressa un clin d’œil. Maléfique était comme ça : elle faisait croire qu’elle hésitait, alors qu’elle prenait juste un peu de temps pour pester intérieurement contre un ordre qu’elle aurait préféré ne pas recevoir.

Ok. Mais s’il t’arrive quelque chose…
Il m’arrivera rien. Tu sais que j’ai toujours de la chance !

Là, le moment semblait bien choisi pour en révéler un peu plus sur lui. Que ça plaise ou non à Aurora.

Le destin, ça existe pas vraiment, pour moi. La vie n’est qu’une suite de probabilités qui se réalisent ou non. Moi, je sais faire en sorte que ces probabilités me sourient. Ma meilleure alliée, c’est la chance.

Il adressa un nouveau clin d’œil à Abban, avant de lui poser une main sur la cuisse.

S’il m’arrive une tuile… c’est parce que je l’ai voulu. Si je me suis trouvé au bon endroit, au bon moment, ça n’a rien à voir avec le hasard. J’ai juste saisi la probabilité de me trouver là pour te sauver la mise.

Rien de plus, rien de moins. Certes, Aurora l’avait poussé dans la bonne direction, mais il y avait fort à parier que, s’il n’avait pas été en contact avec elle, les choses ne se seraient pas passées différemment. Il serait quand même arrivé à temps pour neutraliser la femme.

Sinon, je fais dans la diversion. Prestidigitateur. Les gens sont toujours fascinés par ce qu’on leur montre, quitte à se désintéresser de ce qui est le plus important…

Il poussa un soupir exagéré, avant de reprendre :

Et puis j’ai deux, trois tours dans mon sac de conteur.

Abban venait juste d’en avoir la démonstration, avec le gaz soporifique, le Brouillard de la Belle aux Bois Dormants. Les autres servaient moins, mais savait-on jamais. Dehors, on voyait déjà les premières villas, ces logements parfois démesurés que pressaient d’acheter les plus riches et influents de Star City. Ou du moins, le croyaient-ils. Aurora demeurait silencieuse, sûrement concentrée sur ses barrières informatiques.

Alors, c’est laquelle ?
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Message posté : Mar 22 Oct 2013 - 20:46 Message
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Abban n’avait aucun doute quant au fait que Wildcard serait à la hauteur de la mission : la réputation du Gang des Fables le précédait. L’Irlandais s’était peu informé sur son amant après leur première rencontre et il avait été assez amusé de l’entendre décrire, par d’autres membres du Cartel, comme un psychopathe fini ou un infâme manipulateur. Lui, il l’avait trouvé très sensible et très doué pour manipuler les bonnes choses au bon moment. Simplement, il ignorait les capacités précises qui avaient permis à Wildcard de se hisser au sein de l’organisation et, une fois sur le terrain, il préférait composer avec le moins d’aléatoire possible.

Il hocha donc la tête en entendant les explications de l’homme, même si, au fond, il n’était pas certain de tout bien comprendre. Les probabilités, il voyait ce que c’était. En gros. Les cours de mathématiques, il avait suivi d’une oreille assez distraite, alors il ne voyait pas très précisément ce que cela impliquait. Avoir de la chance, certes, mais tout cela lui paraissait flou, beaucoup plus que la téléportation. Lui, c’était simple : au temps T il était au point A et au temps T+0,000001, il était au point B. Rien de très compliqué à comprendre.

Pour ne pas avoir l’air d’un idiot fini cependant, il hocha une seconde fois la tête d’un air inspiré. La main sur sa cuisse le fit un peu frémir et il jugea qu’il ne devait pas passer pour un débile complet, sans quoi Jake n’aurait sans doute pas eu ce genre d’attentions. Abban esquissa un petit sourire satisfait avant de ralentir, à mesure qu’il approchait des villas.

— Macha, coupe l’absorption sonore et mets un peu de bruit de fond.

La voiture, essentiellement électrique, était assez silencieuse. L’absorption sonore effaçait le moindre de ses bruits. Mais dans les larges routes de la baie souvent fréquentées par des voitures de luxe, ce silence était bien moins discret que le bruit d’un modèle de sport. Ici, tout le monde pouvait les prendre pour des playboys qui avaient décidé de faire un petit tour après dîner, pour profiter des grands espaces, de la vue sur la baie et de la vitesse de leur dernier jouet.

— Teinte les vitres, aussi, steupl.

Parce que le maquillage de Wildcard compromettait un peu l’hypothèse du playboy désoeuvré. Les vitres s’assombrirent.

— On va passer d’vant et j’vais m’garer un peu plus loin.

La villa dont ils avaient vu les plans sommaires et les images satellites ne tarda pas à se dessiner sur leur droite, éclairée par quelques projecteurs destinés à étaler aux yeux des passants la splendeur architecturale du lieu. Ici, aucune maison ne ressemblait aux autres : elles étaient toutes des créations d’architecte, œuvres d’art en elles-mêmes qui cherchaient tout prix à se distinguer de leurs voisines. Les vastes terrains qui les entouraient étaient comme des écrins qui leur permettaient de conserver toute leur originalité.

Quelques dizaines de mètres plus loin, la voiture tourna sur le sentier d’un petit bois, qui servait beaucoup plus à la décoration qu’à l’exploitation ou même aux promenades. Le comble du luxe était évidemment de vivre à la fois près de la ville et en pleine nature. À nouveau, la super-voiture retomba dans un profond silence.

— Bon, la villa est entourée par un mur électrifié avec des caméras. Moi, ‘videmment, j’m’en fiche un peu, mais j’crois qu’objectivement, c’pas un obstacle insurmontable. Macha peut absorber l’énergie électrique en un bon précis. Ça coupera les clôtures environnantes et t’laissera l’temps d’escalader. L’énergie s’ra rapidement rétablie. Ils liront probablement ça sur leurs écrans, que’que part, mais ce s’ra jamais qu’une fluctuation minime du courant. On peut passer par là, par exemple…

Abban désigna un point sur le plan que le tableau de bord affichait, là où la forêt longeait le mur de la propriété.

— Moi, j’t’attends d’l’aut’ côté. Ensuite, soit on s’sépare et t’fais une diversion, vers l’avant d’la maison, tandis qu’j’passe derrière. Soit on va tous les deux par l’arrière, discrètement. Va falloir à un moment ou un autre couper les caméras et tous les gardes vont affluer vers les protections, du coup, faudra aller vite, à moins q’tu puisses les r’tenir à l’étage pendant qu’j’vais au sous-sol.

S’il avait été seul, Abban se serait passé de diversion pour s’approcher par petits sauts de la maison, mais la chose était impossible une fois accompagné. La première solution n’était pas nécessairement préférable à la seconde : elle impliquait beaucoup plus d’aléatoire et de mauvaises rencontrés inopinées qui pouvaient tourner très mal. La seconde perdait en discrétion ce qu’elle gagnait en sécurité. Deux approches différentes, en somme.

Abban était un peu directif, comme à son habitude, mais sur le terrain du crime, il préférait vérifier ce qu’en pensait Wildcard avant de s’engager trop avant : découvrir que son partenaire avait une divergence d’opinions sur la marche à suivre en plein milieu de l’opération n’était jamais une bonne chance.

— Moi, les deux, ça m’va. À toi d’voir. C’t’un peu inopiné pour toi, j’suppose qu’tu trimballes pas forcément avec tout ton matos.

Même s’il avait apparemment les poches pleines de gaz soporifique, ce qui assurément pouvait s’avérer très utile quand on devait maîtriser seul ou à deux cinq gardes bien entraînés.
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Message posté : Mar 22 Oct 2013 - 22:36 Message
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Abban avait tout prévu, jusqu’au détail qui ferait que la voiture ne se fasse pas remarquer : le retour du bruit. Une voiture silencieuse dans le quartier, c’était bien plus étrange qu’une grosse cylindrée ronronnante. Tous ceux qui choisissaient de sortir leurs bolides ne le faisaient pas par hasard : c’était bien pour montrer qui a la plus grosse. Alors, autant jouer un peu le jeu. Les vitres teintées ajoutaient même un peu de mystère, même si c’était surtout dans un souci de discrétion pour Wildcard, dont le maquillage aurait fait remarquer un peu trop vite le duo de cambrioleurs. Jake n’en était pas un, cambrioleur, mais il avait les talents pour en être un. C’était l’occasion de le prouver. Et de se le prouver à lui-même. Il comptait beaucoup sur sa chance pour y parvenir, de toute manière.

Le leader du Gang des Fables fixa la propriété près de laquelle ils passaient. Différente des autres autour, elle avait quelque chose de fascinant, qui donnait envie d’aller la visiter, même sans autorisation. Surtout sans autorisation, en fait. C’était plutôt tape-à-l’œil, avec les projecteurs orientés de façon à mettre en valeur les formes modernes de la villa. L’avantage, c’est qu’aucun n’était tourné vers les jardins, qui étaient plutôt dans l’obscurité. Ça se compliquerait sans doute plus en approchant des murs. Abban arrêta la voiture sur le sentier d’un petit bois voisin de l’enceinte de la maison. Tranquille et discret.

Puis, les yeux fixés droit devant lui, mains dans les poches, Jake écouta. Mur électrifié. Caméras. Soit l’un devant, l’autre derrière, soit les deux derrière. Le choix était vite vu. Wildcard se sentait largement capable d’attirer toute l’attention sur lui, laissant ainsi le champ libre à son jeune compagnon. D’ailleurs, il sentait qu’Aurora n’allait pas tarder à lui annoncer une bonne nouvelle. Après qu’Abban eut déclaré que les deux propositions pouvaient lui convenir, son partenaire du soir tourna la tête vers lui. Une demi-seconde après, la voix de Maléfique s’éleva de l’oreillette.

J’y suis. C’est blindé en caméras. Les désactiver serait une mauvaise idée. Je peux figer l’image.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres marquées de dents.

Laisse-moi la diversion. C’est ma spécialité. Dès que je suis entré, je leur fais mon petit numéro. Et toi, tu vas choper le bouquin.

Et, après un clin d’œil, il saisit l’oreillette, pressa le petit bouton, la remit dans son oreille et sortit du véhicule. Il était prêt. Puisque l’Irlandais savait comment il allait s’y prendre, pourquoi attendre ? Chacun de son côté, ils allaient faire le job. Tout de noir vêtu, Jake remonta sa capuche sur sa tête. Discrétion totale. Du moins, jusqu’à ce qu’il choisisse de se révéler.

Alors, prête à couper le courant, Macha ?

Souplement, il sauta pour attraper la branche basse de l’arbre le plus proche du mur du jardin de la propriété. Les écrans de surveillance, à l’intérieur, devaient afficher une image qui n’était pas prête de bouger. Sauf au passage des quelques gardes, bien sûr, histoire que l’inactivité ne soit pas suspecte. Wildcard tendit l’oreille, percevant la légère vibration de l’électricité. Qui soudain, disparut. D’un bond, il franchit le rempart, s’accrochant au bord pour ne pas s’écraser lamentablement de l’autre côté, et il atterrit sans un bruit dans l’herbe. Efficace, Macha. Se redressant, il resta un moment immobile, jaugeant la situation de là où il était.

De sa position, il apercevait deux hommes. Un qui marchait sur le chemin faisant le tour de la maison. L’autre était sur le balcon qui devait, lui aussi, faire le tour, au premier étage. Les autres ne devaient pas être bien loin. Entre le point où il était et le premier garde, aucun moyen de se cacher. Rapidement, il repéra les caméras, qui devaient être contrôlées, désormais, par Aurora. D’un pas nonchalant, il décida de longer le mur pour se rendre devant la maison, au niveau du portail. Parce qu’entre ledit portail et la petite place où se garaient les véhicules, là, il y avait des endroits où se cacher. La route était bordée de haies basses. Profitant d’un instant où aucun des hommes ne regardaient dans sa direction, il coupa à travers l’herbe pour se jeter hors de vue, à seulement une vingtaine de mètres du premier type.

Premier type qui était plutôt bien armé. Tout ça avait en fait pris peu de temps, mais trop à son goût. Aussi Jake joua-t-il sa chance à fond, en s’avançant, à découvert, dans le dos du mec. Tout en gardant un œil sur celui au-dessus. Quand la première future victime pivota, il eut droit dans la même seconde à une petite giclée de sommeil dans le nez et à la subtilisation de son talkie. La seconde suivante, Jake avait tout rangé dans ses poches et retenait la chute de sa désormais victime, qu’il étendit délicatement au sol. Puis, au talkie, il émit un petit son étrange, comme s’il avait reçu un coup. Et là, collé au mur de la villa, il attendit.

C’était quoi, ça ? Mike, c’est toi ?
Nan, c’était pas moi. Randy ? Randy ?

Donc, le gardien à terre s’appelait Randy. Quel nom à la con. Au talkie, Jake prit une voix un peu grave, ce qui allait forcément marcher.

Y a un truc bizarre, je sais pas c’que c’est, faut que vous v’niez voir.
Je vois rien sur les écrans, pourtant.
C’est pac’que c’est hors champ, trouduc.

Coup de poker. Le mec aux écrans apprécierait-il de se faire traiter de trouduc ? Dans les quelques secondes qui suivirent, celui qui se trouvait derrière la maison fit son apparition au coin sur la droite de Jake, qui demeura immobile jusqu’à ce qu’il se fasse repérer. Là, l’homme n’eut pas le temps ni de viser avec son arme, ni de parler au talkie. Wildcard, d’une main, avait écarté le canon. De l’autre envoyé le bonhomme rejoindre son copain au pays des rêves. Deux sur cinq. Celui d’au-dessus était peut-être en train de descendre. Il fallait au moins en neutraliser encore un.

Merde, y a vraiment un problème, là !

Aussitôt, celui du premier étage se la joua, en sautant depuis le balcon sur lequel il était perché. À l’atterrissage, il eut droit à un bon coup de pied dans le nez, qui éclata dans une gerbe de sang. Et puis, pour être sûr qu’il ne se relèvera pas, il eut lui aussi sa petite dose de brouillard.

Le dernier est de l’autre côté, il regarde partout, mais il a pas l’air de vouloir rappliquer.

Jake soupira. Il allait donc falloir qu’il y aille. Laissant les trois corps animés derrière lui, il abaissa sa capuche, s’étira un peu, et partit au pas de courses, rasant les murs en passant par l’avant. Il espérait qu’Abban, de son côté, s’en sortait. A priori, il n’aurait affaire à d’autre obstacle que les différents systèmes de sécurité. Au pire, Aurora pouvait aussi l’aider. Wildcard entra brusquement dans le champ de vision du dernier gardien qui se trouvait à l’extérieur. Ce dernier eut le temps de mettre son assaillant en joue, mais fut aveuglé par… Un nuage de cartes. Duquel surgirent soudainement deux doigts, qui lui atteignirent les yeux. Le petit jappement de douleur qu’il poussa n’était pas suffisamment fort pour alerter qui que ce soit. Une fois qu’il eut à son tour fermé les yeux pour un gros dodo, il laissa la maison avec une surveillance bien moins importante.

Maléfique, ma douce, remets donc la caméra 8. Partout.

Le type installé devant ses écrans dut sûrement sursauter en voyant, brusquement, s’afficher, partout devant lui, une tête de mort. Accroché à la caméra la plus proche, la 8, donc, Jake se maintenait de façon à ce que son visage soit bien cadré. Intérieurement, il jubilait de l’impression que ça devait faire au type. Bouh. La suite au prochain épisode.
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Message posté : Mer 23 Oct 2013 - 10:54 Message
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Abban sortit à son tour de la voiture, parfaitement tranquille. Il n’en était pas à son coup d’essai. En revanche, c’était bien la première fois qu’il testait certaines des capacités très particulières de sa toute nouvelle acquisition.

— Macha. Disruption magnétique.

Le moins que l’on pût dire, c’était qu’il n’y avait rien de spectaculaire. Entre le moment où il avait donné son ordre et le moment où la voiture donna son feu vert, Abban aurait pu juré qu’il ne s’était rien passé. Mais l’onde magnétique avait touché de plein fouet le mur électrifié, sans se porter très au-delà pour éviter, en désactivant d’autres objets électroniques, d’alerter trop tôt les gardes. Wildcard passa sans encombre et Abban esquissa un sourire.

— T’es trop forte.
— Je sais.

Le jeune homme disparut pour atterrir de l’autre côté du mur. C’était la première fois qu’il voyait la villa et surtout son terrain de ses propres yeux et il tenait à bien l’observer avant de se lancer à l’assaut. D’ordinaire, il n’eût pas tellement craint pour sa sécurité : entre ses réflexes et la portée de sa téléportation, il s’estimait en général à l’abri des sérieuses déconvenues. Mais comme il avait commencé la soirée en frôlant la mort des mains d’une mystérieuse mutante, il préférait ne pas trop tenter sa chance, lui. Il laissait cela à Wildcard.

Par petits sauts de téléportation, Abban s’approcha de l’arrière de la villa, jusqu’à se coller contre le mur, juste sous le faisceau d’un projecteur, afin de pouvoir jeter un coup d’œil par la fenêtre du salon. La richissime petite famille se livrait à une activité somme toute bien banale : regarder la télévision. Leur télévision à eux était simplement beaucoup plus grande que celle du commun des mortels, mais somme toute, c’était la même oisiveté inutile. Abban secoua la tête.

Une seconde plus tard, il était dans le couloir dont il avait aperçu un bout à partir de la fenêtre. Les plaisanteries un peu fades d’un présentateur déjà passé de mode montaient depuis l’immense salon. Il s’agissait de trouver l’entrée du sous-sol. Il promena le regard jusqu’à trouver la porte la plus sécurisée des environs et s’approcha d’elle. Aucun emplacement pour sa carte magnétique, ce n’était pas là que l’on désactivait les sécurités. Deux solutions : soit les contrôles étaient à l’intérieur, dans le sous-sol, soit ils étaient au PC de commande.

S’il rentrait dans le sous-sol et que la sécurité devait être désactivée par un garde, sa petite aventure deviendrait soudain bien compliquée. Mieux valait tenter d’abord la seconde solution. Abban se téléporta à l’étage. Au fond d’un couloir, une porte blindée. Abban se téléporta derrière la porte blindée. Pour arriver devant le visage de Jake, qui souriait aux caméras. Et juste derrière un homme qui appelait successivement ses gardes au talkie-walkie.

— Hep.

Le garde sursauta et se retourna brusquement, mais avant qu’il n’eût le temps de comprendre ce qui lui arrivait, un coup de crosse le plongea dans l’inconscience. C’était beaucoup moins délicat que le Brouillard de la Belle aux Bois Dormants et un peu plus aléatoire, mais cette fois-ci, cela avait bien fonctionné. Abban parcourut le PC de commande des yeux, jusqu’à trouver un emplacement rêvé pour la carte magnétique. Il la déposa sur le rectangle de contrôle.

Et une très mauvaise nouvelle s’afficha à l’écran.

60 secondes avant d’entrer le code de confirmation.
59.

Abban avait déjà disparu pour revenir de l’autre côté de la porte du rez-de-chaussée, celle qui était protégée par le digicode qui attendait probablement sa confirmation. Il dévala les escaliers à toute vitesse, en sortant en même temps une lampe torche. Les lumières ne s’étaient pas éclairées. Cinq secondes plus tard, il arrivait devant une immense baie en vitre blindée, derrière laquelle attendait une bibliothèque majestueuse et des cadres d’exposition pour les livres particulièrement précieux. Les alarmes ne se déclenchaient pas, mais il avait peu de temps.

Il se téléporta successivement, des dizaines de fois, devant chacun des présentoirs, à la recherche du fameux Almanach. Trouver un livre parmi d’autres livres, décrypter des titres en lettres gothiques quand on n’avait jamais reçu de formation de paléographe, c’était vraiment beaucoup plus compliqué qu’il ne l’aurait imaginé. Il perdait un temps précieux parce qu’il y a six siècles, les gens n’étaient pas foutus d’utiliser des caractères d’imprimerie compréhensibles. Quand ils n’écrivaient pas à la main.

— Bordel…

Il ne lui restait plus que dix secondes. Le téléporteur porta sa montre à son visage.

— Macha. Disruption magnétique. Toute la villa.

Tant pis pour l’oreillette de Jake, qui serait prise dans l’onde : il avait besoin de gagner de précieuses secondes. Dieu seul savait quels systèmes de sécurité offensifs ce sous-sol renfermait et Abban n’avait aucune envie d’être victime d’un gaz létal si sa présence venait à être détectée. Deux secondes avant la fin du compte-rebours, la villa fut brutalement plongée dans le noir et le silence. Plus d’alarmes, plus de télévision, plus de caméras, plus de projecteur, plus rien.

Il y avait vraisemblablement un générateur de secours bien protégé, mais comme sa propre montre, il mettrait un peu de temps à démarrer. Abban se téléporta devant un nouveau présentoir. Il était là. L’Almanach, dont il déchiffra péniblement le titre. D’un revers de crosse, Abban explosa la vitre, avant de s’emparer du pesant livre et de le glisser à l’intérieur de son blouson, en remontant la fermeture éclair, pour le maintenir bien en sécurité. Pendant ce temps, le propriétaire de la villa grimpait quatre par quatre les marches de l’escalier et se précipitait vers la porte blindée qui abritait le PC de commande.

Abban se téléporta près de la caméra 8 alors que le courant revenait. À l’étage de la villa, la porte blindée s’ouvrait finalement devant l’insistance de son propriétaire. Qui découvrit son garde inanimé et ses caméras brouillées. Abban, lui, cherchait Wildcard du regard. Il était plus que temps de filer.
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Message posté : Mer 23 Oct 2013 - 12:53 Message
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Noir. D’un coup, tout devint noir. Jake lâcha prise et atterrit lestement sur ses pieds. Il remit sa capuche, cala ses mains dans ses poches, et attendit, immobile. Il soupçonnait très fortement Abban d’être à l’origine de cette soudaine coupure de courant. Même l’oreillette ne fonctionnait plus. Donc, la véritable source de cette interruption devait être la voiture. Impressionnant. Les yeux fermés, Wildcard attendit. Il imaginait, à l’intérieur, son jeune amant se téléporter dans tous les coins d’une immense bibliothèque, à la recherche du précieux ouvrage. Avait-il mis le propriétaire des lieux et sa famille hors d’état de nuire ? Aucune agitation ne semblait provenir d’entre les murs de la villa. Il avait sans doute neutralisé le dernier homme. Ian Uppertruc n’avait plus aucune protection. Sa priorité serait-elle de sécuriser sa famille, ou bien chercherait-il sans attendre à savoir ce qui se passait ?

Jake ouvrit les yeux en entendant un léger bruit à côté de lui. Le courant revint. Abban était là, lui tournant le dos. Le prestidigitateur sortit de l’ombre et tapota le bras du cambrioleur, avant de lever les mains en prévoyance d’une réaction violente, pour montrer que c’était bien lui. Puis il vit que l’Irlandais avait quelque chose sous son blouson, quelque chose qui était sans doute le fameux livre. Jusqu’à présent, c’était donc mission accomplie. Affichant un petit sourire, Wildcard parla :

Ma douce, tu me reçois ?
Ta douce te reçoit. Ça a coupé pendant un moment, mais je t’ai.
Désactive toutes les caméras et grille les enregistrements, ou un truc du genre, histoire qu’ils aient aucune trace de notre passage.

Puis il s’adressa à Abban :

Tu me téléportes avec toi, histoire qu’on dégage plus vite ?

Ce n’était pas vraiment une question. Il avait noté les avertissements concernent les effets que produisait un premier voyage par le moyen de la téléportation mais, au vu des circonstances, il pouvait bien se permettre de les subir. Il prit le bras d’Abban et indiqua qu’il était prêt. Le décor autour d’eux disparut, remplacé immédiatement par le petit bois. Jake demeura un instant immobile, avant de sentir que ça remuait un peu dans son estomac.

Ah ouais, quand même, lâcha-t-il, juste avant de se plier en deux pour répandre au sol une partie de son dernier repas.

Puis il se redressa, secoua la tête, sortit un paquet de kleenex de sa poche, garda un mouchoir, rangea le paquet, et puis s’essuya la bouche.

Pas idéal pour l’haleine, tout ça.

Encore un peu barbouillé, il pivota vers l’Irlandais.

C’est bizarre comme expérience, mais sérieusement, j’ai kiffé ! En plus, ça conclut une affaire qui a bien marché, non ?

À l’intérieur de la villa, le propriétaire était sûrement en train de constater les dégâts et d’appeler du renfort. En tout cas, c’est ce que n’importe qui d’un peu censé aurait fait. Ses hommes étaient tous KO, ils n’allaient pas être bons à grand-chose avant un petit moment. Désignant la voiture, Wildcard annonça, sur un ton parfaitement posé :

On file, ou bien ?
J’ai intercepté un appel. Upperfield a appelé un flic. Un ripou de première. Le genre qui s’encombre peu du code de déontologie, si tu vois ce que je veux dire.
Je vois, je vois, répondit Jake en prenant à nouveau place sur le siège passager. Il transmit à Abban : On va avoir la racaille de la police sur le dos si on s’attarde. Pas que ça m’amuserait pas de jouer un peu avec eux, mais bon…

Mieux valait ne pas tenter le diable non plus. Wildcard, seul, aurait trouvé un moyen de s’en sortir, évidemment. Abban aussi. Mais là, ils étaient à deux dans la même histoire, et c’était à deux qu’ils allaient devoir s’en tirer. À trois, même, puisque Macha avait une personnalité qui semblait assez bien marquée. Trois criminels, dont une bagnole, dans le même bateau. Bateau qui menaçait d’être torpillé. Pleins gaz ? C’était le bon moment. A priori.
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 8:59 Message
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Tapoter sur le bras d’Abban eût été une activité dangereuse si le dit Abban n’avait été d’un tempérament paisible (en quelque sorte). Une demi-seconde après son geste, Jake se retrouva nez à canon avec le fameux Glock 39 et une nouvelle demi-seconde après ce face à face peu engageant, le canon était baissé. Ça, c’était de la réflexion rapide. Pas étonnant qu’Abban eût été capable de parcourir tous les présentoirs de la bibliothèque en moins de cinq minutes pour trouver leur fameux livre. Manifestement, la téléportation n’était pas le seul de ses dons.

Le jeune homme hocha la tête après avoir décoché à Wildcard un sourire satisfait pour lui confirmer que tout s’était passé à merveille — en dehors du petit désagrément occasionné par le code de sécurité. Il posa la main sur celle que Jake avait posé sur son bras et les deux hommes disparurent. De l’autre côté du mur, Abban s’appuya à sa voiture, parcourut par une crampe généralisée. Les téléportations accompagnées étaient de moins en moins douloureuses depuis qu’il s’y entrainait, mais elles n’étaient toujours pas la partie de plaisir que constituaient ces autres sauts.

Un coup d’œil à Jake lui confirma qu’il n’était pas le seul à subir quelques petits désagréments. Mais ils n’avaient pas le temps de s’étendre sur la question : leurs places regagnées dans la voiture, Macha démarra, remontée à bloc par l’énergie qu’elle venait de happer de la villa d’Upperfield, et se dégagea du petit bois. Pendant ce temps Abban, qui ne touchait pas encore le volant, descendait la fermeture de son blouson et tendit l’Almanach de Théodose de Constantinople à Wildcard.

— Tiens, beau gosse, un peu d’lecture. Par contre, j’crois qu’c’t’en latin. Ou un truc dans l’genre.

Il n’était pas vraiment un expert en langue ancienne. Macha s’engageait sur la route.

— ‘Faut aller livrer au Circus, mais si on a d’la compagnie, on va s’promener d’abord.

Les mains d’Abban se posèrent sur le volant alors qu’il accélérait doucement pour s’éloigner de la maison et s’approcher de Star City. Dans la ville, il savait qu’il pouvait emporter l’avantage sur n’importe quel poursuivant : il fallait ses réflexes surhumains pour conduire aussi vite dans le réseau de rues toujours dense qu’il choisissait pour ses courses-poursuites. Les espaces étendus des alentours de Star City pouvait lui faire perdre ce précieux avantage.

Naturellement, avec Macha, les choses étaient un peu différentes, mais deux précautions valent mieux qu’une. Le transporteur se doutait bien qu’en regagnant la ville, ils finiraient fatalement par croiser ceux qui, précisément, venaient les chercher. C’était une bonne manière de les tenir occupés et, surtout, de les lancer un peu partout à leur recherche une fois qu’ils se seraient échappés et qu’ils rejoindraient le bercail. Un pari risqué, mais profitable.

Le calcul ne manqua pas. Deux voitures de police les croisèrent, passèrent devant eux et, prises de suspicion, entamèrent un virage serré pour déclencher leurs sirènes. Si Abban ne se rangeait pas, il était nécessairement suspect.

— C’est parti. Macha, absorption sonore.

Le silence entoura la voiture. Qui bondit en avant. Et bien plus que dans le parc, lorsqu’il avait réagi au geste de Jake, Abban fit la démonstration de la partie la moins évidente de prime abord, mais en ce moment précis de loin la plus utile, de ses pouvoirs. Sa trajectoire était quasi illisible pour leurs poursuivants : il tournait au dernier moment, aidé par la précision irréprochable de Macha, il accélérait devant les obstacles, s’engageaient dans des chemins tortueux et réagissait en une fraction de seconde — qui, à la vitesse où il poussait son véhicule, revenait à une éternité.

Le silence parfait de la voiture et ses contrôles impeccables ne manquèrent pas de produire très vite leur effet psychologique dévastateur sur une partie de leurs poursuivants.

— C’est la Voiture Fantôme, inspecteur. C’est perdu d’avance.
— Tais-toi, idiot. On va mettre un terme à cette ridicule superstition ce soir.

Et le policier à la botte d’Upperfield commença à user de son autorité pour rapatrier d’autres voitures, les envoyer au croisement et couper les voies d’Abban. Si Macha eût sans doute pu défoncer brutalement les véhicules de police qui se mirent à barrer les intersections, Abban songeait à une solution beaucoup plus pacifique. Mais un peu inédite pour lui.

— Dis, Macha. La section 3.5.3 du manuel, c’est d’la blague ou ça marche vraiment ?
— Ça marche, évidemment. J’ai hâte de tester ça.
— Ouais, ouais, moi aussi…

Abban n’avait pas l’air si enthousiaste, alors que la voiture, talonnée de loin, mais talonnée tout de même, par quatre voitures de polices traversaient désormais les docks.

— Active ça alors, on va bien voir.

Il y eut toute une série de petits bruits mécaniques et d’aspirations. Juste avant qu’Abban ne précipite la voiture dans l’océan. Macha plongea dans l’eau, coula, coula — puis s’arrêter de couler, se stabilisa un peu avant le fond prochain du plateau continental et se mit à avancer indolemment dans l’Atlantique, parfaitement hermétique. Abban était tout sourire — après avoir été tout stressé.

— Ah ouais ! Ça marche ! On peut rester là combien de temps ?
— Une heure. Un peu plus, si je désactive l’absorption sonore.
— Fais ça alors et approche nous au sud du Circus. En pilote automatique.
— C’est parti.

Abban laissa échapper un soupir de soulagement avant de se retourner vers Wildcard et de désigner le livre d’un mouvement de tête.

— Alors, les histoires te plaisent ?
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 11:38 Message
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« Beau gosse ». Abban ne savait toujours pas à quoi ressemblait Jake sans le maquillage, mais il continuait à l’appeler « beau gosse ». Qu’en savait-il ? Peut-être que ce masque que Wildcard appliquait tous les jours cachait d’horribles de cicatrices, était un moyen de cacher sa véritable laideur ? Mais qu’importait. Jake se retrouva avec un livre sur les genoux. À première vue, il ne datait pas d’hier. Plusieurs siècles, sans doute, même s’il était rudement bien conservé. Du latin ? Laissant l’Irlandais gérer le retour vers Star City, avec tous les détours qu’il voulait pour semer les pourris, Jake ôta ses gants et ouvrit précautionneusement l’ouvrage. En effet, c’était du latin. Mais il n’y avait pas que ça. Celui qui avait écrit semblait aisément passer d’une langue à l’autre. Et même, d’un alphabet à l’autre. N’était-ce pas de l’hébreu ? Et ça, du grec ? Parfois, on trouvait les trois langues mortes dans les mêmes paragraphes. Tout cela devait bien avoir une signification, mais pourquoi changer ainsi de langage ?

Le prestidigitateur retira son oreillette et la posa de nouveau sur le tableau de bord. Aurora devait être occupée à… profiter du spectacle. Elle connaissait bien la réputation de la voiture, et sa fierté faisait en sorte, en ce moment même, de ne pas intervenir. Elle voulait voir ce que le véhicule avait dans le ventre, et encore plus ce dont était capable le garçon assis au volant. Bien sûr, elle était prête à intervenir si la situation l’exigeait, en jouant un peu avec la signalisation, par exemple, mais elle n’en eut pas besoin. Pendant ce temps, son jeune boss parcourait l’ouvrage, totalement inattentif à ce qui se passait autour de lui. Par moments, il était rappelé à la réalité par un mouvement un peu brusque, mais d’une manière générale, Macha tenait si bien la route qu’on sentait à peine les virages serrés.

Jake atteignit bientôt une page plus intéressante que les autres. Une gravure, représentant un homme en longue tunique, la tête auréolée. Et dès la page suivante sembla commencer une sorte de… mais oui, d’Almanach. Des dates en chiffres romains, suivis d’événements indéchiffrables. Tout cela devait être fort intéressant, sans doute, mais il n’y avait aucun moyen, là, de s’en assurer. Tournant quelques pages supplémentaires, Wildcard tomba sûrement ce qui était réellement convoité par la sorcière. Une double page représentant une gravure unique, constellée de symboles à l’aspect mystique. Si ça, ça n’impliquait pas une forme de magie, Jake était prêt à manger son oreillette.

Il leva la tête quand il sentit que quelque chose d’assez peu ordinaire se produisait. Autour de lui, après une brève secousse, la ville disparut, pour laisser place à… de l’eau. La Voiture Fantôme venait d’amerrir, puis de couler à pic. Haussant les sourcils, le conteur tourna la tête vers Abban, au moment même où le véhicule se stabilisait. Ah. Décidément, le duo téléporteur-bagnole était surprenant. Et sur ce, la direction du Circus fut naturellement prise. Une voiture amphibie. Comme dans James Bond.

Je peux pas te dire si les histoires me plaisent, je lis pas le latin. Ni le grec. Ni l’hébreu. Mais les dessins sont jolis.

Dit comme ça, ça faisait un peu enfantin. Wildcard présenta à son partenaire le livre ouvert à la double-page qu’il venait de découvrir. La voix d’Aurora s’éleva alors dans l’habitacle :

Les flics sont en train de se regrouper sur le quai. C’est la panique. Ils ne se doutent absolument pas que vous n’avez pas touché le fond.

Elle se tut, et on entendit un crissement assez désagréable, puis la voix de l’inspecteur suivit :

La putain de Voiture Fantôme est dans le fleuve ! Il savait qu’on allait le choper, alors il a préféré se jeter dans la flotte ! Faut la retrouver ! Appelez les plongeurs !

La communication fut coupée.

Ils en ont pour des heures.
Au moins. Ça va faire des vacances à pas mal de monde en ville, s’ils se mobilisent tous pour chasser un fantôme.

Profitant que, sous l’eau, aucune caméra ne pouvait deviner ce qui se passait dans la voiture, Jake glissa sa main, à nouveau, sur la cuisse d’Abban.

Je sais pas combien est-ce qu’elle a l’intention de payer en or, la sorcière, mais l’aventure en elle-même était une sacrée expérience !

Une manière de dire qu’il ne courait pas après l’or, que la récompense, il l’avait déjà eue rien qu’en faisant tout ça ? Et… en se retrouvant seul avec Abban ? Peut-être. Peu après, la voiture, toujours aussi silencieux, émergeait à proximité du Circus. Personne à l’horizon. Jake était curieux, maintenant, de voir comment Macha allait se sortir de l’eau. Il ne devait pas y avoir de rampe spécialement prévue pour les voitures amphibies…
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 20:34 Message
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— L’hébreu ?

Abban retint la remarque légèrement antisémite qui lui était venue spontanément. En bon Irlandais catholique, la tolérance n’était pas toujours son fort, mais depuis son arrivée à Star City, dans un environnement pour le moins cosmopolite, il apprenait, lentement mais sûrement, à revoir ses catégories fondamentales. Il se contenta juste d’une grimace. Lui qui avait espéré pouvoir feuilleter un peu ce qu’il avait dérobé pour se faire une idée du genre de bouquin que les sorcières illuminées achetaient, il était un peu déçu.

Ce fut donc avec un émerveillement bien enfantin qu’il se pencha pour regarder la planche. La magie, ça lui passait au-dessus, évidemment, à part ce qu’il avait dans Harry Potter.

— Tu crois qu’ça sert à quoi ?

Il n’attendait pas vraiment une réponse précise. De toute façon, à chaque fois que les mages qui l’employaient se lançaient dans des explications, il finissait par hocher la tête à intervalles réguliers d’un air absent pour cacher le fait qu’il n’y comprenait strictement rien. Aishlinn, parfois, ça avait l’air de l’amuser, lui, ce n’était définitivement pas son monde. Machinalement, il tourna quelques pages, s’interrompant juste pour savourer la confusion de leurs poursuivants. Voilà qui allait encore augmenter sa popularité.

Lorsque Wildcard posa une main sur sa cuisse, Abban jeta un regard en biais au tatoué. L’une de ses mains se posa sur la sienne, pour la faire remonter lentement. Et la poser ailleurs. Ce fut donc après un voyage somme toute fort agréable que le GPS sur le tableau de bord indiqua qu’il était à deux points du Circus Maximus. Avec une moue un peu déçue, Abban dut se concentrer sur autre chose que les illustrations du livre ou les talents de prestidigitateur bien employés de son partenaire du soir.

Et rapidement, il en vint à la même conclusion que Wildcard.

— Euh, Macha… ?
— Oui ?
— Comment est-ce qu’on fait, au juste, pour sortir ?

L’image sur le tableau de bord se modifia pour être remplacée par une représentation tridimensionnelle dans leur environnement immédiat, obtenue grâce à un sonar des plus perfectionnées. Les digues droites se distinguaient nettement, mais Macha zooma progressivement sur des digues en pente et le pilote automatique conduisait la voiture un peu plus près de l’une des rampes possibles. Rapidement, le véhicule descendit faire le fond du bassin principal et il y eut une légère secousse alors que les roues de Macha, modifiées pour l’occasion, se cramponnaient au sol.

Un peu plus lentement qu’à l’accoutumée, la voiture gravit la partie immergée de la pente, jusqu’à sortir progressivement de l’eau et reprendre son allure plus conventionnelle. Une nouvelle série de déclics et de lente pressurisation se faisait attendre, tandis qu’un nuage de vapeur s’échappait de Macha, qui prenait soin de se sécher, avant de laisser Abban reprendre les commandes et les ranger à quelques mètres du Circus.

Les deux cambrioleurs ne tardèrent pas à descendre de leur voiture pour le moins atypique, tandis que l’Almanach avait réintégré le blouson d’Abban. Ni le Passeur ni Wildcard n’avaient de grandes difficultés à se faire admettre dans l’enceinte du Circus et les deux hommes retrouvèrent bientôt l’ambiance survoltée qui y régnait tous les soirs. Comme à son habitude, Abban, peu adepte de la violence, évitait consciencieusement de regarder le ring. De toute façon, il fouillait la foule du regard.

— Bon, on cherche une meuf zarbi avec une coiffure rouge et une tenue vachement datée.

Les « meufs zarbis », cela dit, ce n’était pas ce qui manquait. En progressant entre les groupes, Abban put entendre avec un sourire quelques criminels commenter la curieuse désorganisation des forces de police ce soir-là et les opérations de récupération sous-marine qui se mettaient laborieusement en place de l’autre côté des docks. Quelques-uns, mieux informés que les autres, lui tapaient sur l’épaule en le félicitant de sa prouesse du soir, avant de regagner une attitude un peu plus réservée en croisant le regard de Jake, de crainte de s’en prendre à une propriété privée du chef du Gang des Fables.

— Là !

Abban avait donné un petit coup de coude à son ami avant de lui désigner d’un geste de tête une femme assise très droite, à une table, les mains aux ongles démesurés croisés devant elle, un regard fixe et une épaisse chevelure rouge, dans un corset très victorien. Ses lèvres peintes de noir étirèrent un sourire qui faisaient passer ceux de Wildcard pour le comble de la chaleur, tandis que les deux compères s’approchaient d’elle.

Elle fixa un instant Wildcard.

— Vous avez recruté un petit camarade ? Bien, bien ! Parfait. Parfait. J’espère que vous vous êtes bien amusés.
— « Un p’tit camarade » ?

Abban jeta un regard perplexe à Jake. La définition ne lui allait pas comme un gant.

— Et donc, l’Almanach ?

Abban descendit la fermeture éclair de son blouson. En apercevant un coin de l’ouvrage, la sorcière partit dans un rire jubilatoire qui fit se retourner une partie des clients du bar du Circus.

— Euh…
— Donnez, donnez !
— Alors là, certainement pas. On paye d’abord.
— Bien sûr !

L’enthousiasme de la sorcière était débordante (et parfaitement flippant). Elle sortit de sous la table une bourse en peau de chamois qu’elle posa lourdement sur la table. Abban tendit la main, elle posa l’une des siennes sur la bourse et ses oncles s’étirèrent pour encercler l’objet. Charmant.

— L’Almanach.

Abban sortit le livre et chacun fut bientôt en possession de ce qu’il avait convoité. Abban ouvrit la bourse entre Jake et lui. Il n’était pas courtier en métaux précieux, mais il devait y en avoir au moins pour quelques dizaines de milliers dollars. Une somme rondelette dont la moitié viendrait s’ajouter au magot que les jumeaux gardaient on-ne-savait-trop-où pour faire on-ne-savait-trop-quoi.
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 23:11 Message
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Jake n’avait absolument pas relevé la remarque sur l’hébreu, qui avait fait réagir Abban plus que le grec. Que ce soit le fameux Théodose ou quelqu’un d’autre qui avait écrit ce livre, il avait bien fait en sorte d’en rendre le déchiffrage compliqué. Il fallait être sacrément calé dans toutes ces langues, même mortes, pour arriver à traduire ce qui se disait. Pour Wildcard, ça ressemblait beaucoup à du blabla, même s’il ne doutait pas qu’il devait y avoir des éléments importants disséminés partout dans le texte. Le plus intéressant, les gravures, restaient tout aussi mystérieuses.

Abban sembla apprécier la main sur sa cuisse, puisqu’il ne tarda pas, de la sienne, à l’encourager à s’aventurer un peu plus haut. Et alors que l’Irlandais feuilletait l’ouvrage, la fin du voyage lui rendue plutôt agréable par des doigts baladeurs, qui pratiquèrent quelques chastes caresses, jusqu’à ce que Macha n’ait atteint sa destination. Jake récupéra sa main alors que l’Irlandais interrogeait la voiture sur le comment du pourquoi. Il allait en effet falloir s’extirper de l’eau, mais apparemment, la Voiture Fantôme avait tout prévu. Elle leur montra même l’issue qu’elle visait. Trop forte. Un peu plus loin, le véhicule chercha l’adhérence au fond en pente du bassin, pour s’en sortir lentement. Vraiment étonnant, et efficace, surtout.

Vous êtes en terrain connu, je vous laisse.

Et la connexion avec Aurora fut coupée. Wildcard récupéra l’oreillette et la rangea dans une des poches. Il soupçonnait sa complice de ne pas vraiment quitter sa surveillance, mais elle allait sûrement s’occuper à autre chose pendant qu’ils seraient au Circus. Entourés d’autres membres du Cartel, rien ne pouvait leur arriver. Du moins, il n’était jamais rien arrivé de fâcheux au leader du Gang des Fables, ça n’était pas aujourd’hui que ça allait changer. Et sa présence allait sans doute dissuader quiconque de s’approcher de trop près d’Abban.

L’ange-démon gara la voiture, après que cette dernière eut pris le temps de se sécher, et tous deux la laissèrent là, le bouquin ayant réintégré sa cachette provisoire, à l’intérieur du blouson. Une fois les portes franchies, sans aucune difficulté, Jake jeta un regard circulaire sur la foule qui se pressait là. À cette heure-ci, évidemment, c’était blindé. Il perçut les bribes de conversation qui semblaient toutes tourner autour du même sujet : la mobilisation des flics pour retrouver une bagnole perdue dans le fleuve. Joli. Il adressa quelques regards totalement neutres à ceux qui avaient l’air d’en savoir plus que les autres, et qui félicitaient Abban, et rien que ça les dissuada de s’attarder.

Donc, une nana étrange, aux cheveux rouges et habillée comme y a longtemps. Ça ne devait pas courir les rues, ça. Heureusement, Wildcard n’eut pas à faire l’effort de chercher, puisque le Passeur la repéra. Non sans ajouter à son « là » un coup de coude qui fit légèrement sursauter Jake. N’importe qui aurait pu se retrouver sous la menace du Brouillard, pour avoir attenté à la santé du leader du Gang des Fables. Mais là, c’était Abban. C’était différent. Ce dernier fut le premier à approcher la sorcière, qui avait les lèvres noires. C’était d’une esthétique douteuse. Elle portait même un corset, et ses ongles étaient longs. Très longs. Le tableau avait quelque chose de fascinant et de… repoussant.

« Petit camarade » ? Visiblement, la vieille peau à la tignasse écarlate ne connaissait pas Wildcard. Ou alors, elle se moquait ouvertement de lui. Dans les deux cas, le garçon à tête de mort planifiait un petit avertissement qu’elle n’oublierait pas de sitôt. Sorcière ou non, elle ne le verrait pas venir, ce coup-là. Jake se contenta de… ne rien dire, ne rien faire, rester impassible. En distinguant un des angles de l’Almanach, la femme partit d’un rire hystérique. L’échange se fit alors, non sans une petite démonstration de pousse rapide des ongles, et finalement, chacun se retrouva en possession de ce qu’il était venu chercher.

Wildcard prit une des pièces, la fit tourner entre ses doigts, l’observa sous toutes les coutures, ferma la main, l’ouvrit… disparue. Non, elle était dans l’autre main. C’était vraiment de l’or. Il en prit deux autres, les glissa dans une doublure de ses très nombreuses poches et s’adressa à Abban, sans se soucier d’être entendu :

Pas besoin de plus. Garde ça pour ta sœur et toi. J’ai bien l’impression que tu en feras bon usage.

Après avoir adressé un clin d’œil à l’Irlandais, il se fit une petite place à côté de la sorcière, dont la jubilation s’estompa, sans qu’elle se départît de son sourire. Il lui murmura, de façon à ce qu’elle soit la seule à entendre :

Ne croyez pas que vous allez faire quoi que ce soit dans cette ville sans que les membres les plus influents du Cartel le sachent. Un pas de travers, c’est un pas mortel.

Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais Wildcard s’était déjà levé pour se diriger vers le comptoir, un peu plus loin, quand il s’installa sur un des tabourets hauts, sa pinte de Hoegaarden l’attendait déjà. Il la prit, la leva à l’intention du barman, et en but une longue rasade. Une récompense après tous les efforts consentis dans la journée. Il n’avait pas salué Abban. Ce dernier pouvait toujours le rejoindre. De toute manière, il ne lui avait à aucun moment laissé le temps de dire quoi que ce soit, protester ou autre.
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Message posté : Ven 25 Oct 2013 - 11:16 Message
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Abban essayait d’estimer d’un coup d’œil la quantité de pièces d’or que Wildcard lui laissait, sans vraiment remercier son ami de sa générosité — il ne fallait pas pousser — et la quantité estimée, d’en déduire le montant. Seulement, il avait plus l’habitude des billets bien rangés dans une mallette ou des virements bancaires purement virtuels que de ce genre de butin. Il allait devoir se renseigner, mais enfin, au moins, c’était une valeur sûre à l’abri d’éventuelles dévaluations.

Wildcard s’éclipsa, la sorcière cligna plusieurs fois des yeux, d’un air un peu étonné, avant de reporter son attention sur Abban.

— Quelle ville ?

Le jeune homme fronça les sourcils. Des mages cinglés, il en avait vu toute une brouette, mais celle-là emportait sans doute la palme. L’idée qu’elle pût venir d’un autre monde ne lui venait pas spontanément, de toute évidence : c’était déjà assez d’admettre et d’intégrer qu’elle pût pratiquer la magie. La sorcière finit par hausser les épaules d’un air indifférent, apparemment pas très chamboulée par l’avertissement de Wildcard. En même temps, elle n’avait pas l’air non plus très en phase avec la réalité.

Pendant ce temps-là, Abban, lui, réfléchissait à autre chose. Depuis quelques temps, Aishlinn parlait avec un enthousiasme à ses yeux difficilement compréhensible — et c’était douloureux — des derniers événements magiques de Star City. Sa sœur avait manifestement bien moins de difficulté que lui à admettre cette réalité un peu étrange. Toujours était-il que l’Almanach de Théodose de Constantinople pouvait recouper d’assez près ses centres d’intérêt et s’il ne songeait pas à le voler après l’avoir vendu — très mauvais pour sa réputation —, il n’était pas opposé à l’idée d’en apprendre un peu plus.

— Et sinon, juste par curiosité, votre bouquin, ça parle de quoi ?

Les yeux exorbités de la sorcière se posèrent sur lui.

— Du futur ! Du futur passé.
— Ah. C’est pas très utile, alors. C’est déjà passé.
— Mais la formule, alors, la formule.
— Hmm…

Abban fit l’effort de réfléchir un peu.

— V’z’êtes comme les profs de maths ? Vous vous intéressez plus au calcul qu’aux résultats ?
— Les profs de quoi ?
— ‘Tain, vous sortez pas beaucoup, meuf. Faut vous aérez.

La sorcière n’eut pas l’air de comprendre et Abban, en désespoir de cause, laissa échapper un soupir. Il n’y avait apparemment pas grand-chose à en tirer.

— Laissez tomber. Un plaisir de faire affaire avec vous.

La femme s’enflamma brusquement et Abban ne put s’empêcher de sursauter. Une seconde plus tard, elle avait disparu. Pour une fois, le téléporteur prenait de sa propre médecine et se rendait compte de l’effet que ses disparitions subites — mais un peu moins pyrotechniques — pouvaient produire sur les autres. La leçon n’était pas apprise pour autant, parce qu’une seconde plus tard, il apparut comme par enchantement à côté de Wildcard qui buvait paisiblement sa bière.

— Bon, mec, moi, j’m’arrache.

Il avait rencontré une sorcière et volé un livre magique : il fallait aller raconter tout cela à Aishlinn. À côté de sa jumelle, Wildcard et le reste du monde venaient d’être relégués au second rang. Mais c’était déjà une délicatesse considérable, au regard de ses habitudes ordinaires, pour Abban, que de prendre la peine de dire au revoir au chef du Gang des Fables.

— C’tait sympa, l’coup avec l’étrangleuse, puis la promenade, là. ‘Faudra qu’on s’refasse ça, un d’ces quatre.

Et sur ces mots, sans attendre de réponse, Abban disparut à nouveau, faisant sursauter le barman qui s’approchait de lui avec une bouteille de coca toute prête. L’homme secoua la tête.

— Qu’est-ce qu’il est chiant, à faire ça.

Mais Abban était déjà au volant de Macha et Macha avait déjà démarré. La soirée n’avait finalement pas été mauvaise. Abban eût de loin préféré commettre ce petit cambriolage facile (à ses yeux) avec sa jumelle, mais la compagnie de Wildcard avait été supportable — comprendre que l’homme n’avait pas été trop dans ses pattes. C’était à peu près le meilleur compliment dont le jeune homme était capable pour quelqu’un d’autre qu’Aishlinn dans le domaine.

Ce soir-là, la tête plein d’almanachs, de diagrammes mystiques et de sorcières enflammées, contre sa sœur, après avoir raconté son aventure, en s’attardant plutôt sur le grimoire que sur Wildcard, Abban s’endormit en se demandant s’il n’était pas temps pour lui d’acheter un livre d’introduction à l’ésotérisme. La magie avait une curieuse propension à s’inviter dans son existence et, sans trop savoir pourquoi, il avait l’impression que les puissances occultes ne s’arrêteraient pas en si bon chemin.
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Au bon endroit, au bon moment (Wildcard)

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