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Les chapeliers rouges (Abban MA)

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Message posté : Sam 19 Oct 2013 - 23:17 Message
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    19 octobre

    Le cirque était terminé. Il était temps d’arrêter de penser aux clowns, aux Neutron-Grey, aux rêves ou encore aux Nazgûls. Gula se remettait au travail, et pas qu’un peu. Après son petit congé, Colin avait récupéré la forme et avait déployé les bras pour embrasser sa vie... ou plutôt ses vies. Tant pis pour Morphée, cet amant nocturne qui se contentait depuis quelques jours de petites heures de pratique éphémère. La priorité était accordée à sa thèse, son enquête personnelle et surtout à ces chapeaux violets qui cassaient tant les pieds du Cartel Rouge. L’étudiant avait fait travaillé ses contacts, Isaac, Drew, il avait travaillé au corps quelques Centurions de Livia et l’avait interrogée elle-même sur le sujet pour avoir des éléments de réponses. Il avait même filé un ou deux voyous qu’il avait rencontré à la Coisette lors de sa rencontre avec Sveinn le Souffre-Douleur. Le tout avait donné lieu à un travail d’investigation de longue haleine dont les seules pauses étaient constituées d’heures passées à la Bibliothèque ou à l’hôpital de la Providence à collecter des données pour sa thèse qu’il avait au passage bien ficelée maintenant, si bien qu’il en voyait le bout, à la fin d’un long tunnel, mais accessible tout de même. En bref, Colin avait travaillé d’arrache pied pour obtenir un mince filet d’information. Ce n’était pas grand chose, certes, mais c’était tout de même l’élément d’information le plus prometteur que le Cartel avait à sa disposition. Ou au moins dans la version officielle. Et ça lui avait coûté cher, très cher...

    – C’est tout ce que t’as trouvé mec !? Mais c’est une ruine !!!

    Le studio de la fouine paresseuse était encore suffisamment vide pour donner à sa voix indignée un écho qui frisait le gong assourdissant. Drew Fisher, humble locataire d’un très vieil mais aussi très grand appartement du quartier Hamelin était scandalisé devant la « ruine » qu’il tenait entre ses mains. Son « pote » Colin était plutôt agacé, aussi bien par le comportement de sa fouine que par l’effort qu’il avait fourni pour lui amener cette offrande.

    – Mec... J’en ai bavé pour avoir ce machin. J’ai failli me faire buter pour l’arracher des mains de types pas nets – et je te laisse imaginer la gueule des types pour que MOI je les qualifie de « pas nets » – j’ai failli me faire écarteler par une intello de la Triade pour lui avoir demandé un tout petit morceau de ce qu’elle qualifie comme étant une « technologie hyper-ultra avancée » et toi tu fais la fine bouche ?!

    – Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?! C’est comme si tu me donnais une pièce de Legos sans me filer le reste de la boîte !

    – Ce morceau a fait partie d’un objet qui pouvait altérer le temps. Si ça c’est pas du collector, je ne sais pas ce qu’il te faut !

    Drew examina une nouvelle fois la pièce d’un air boudeur. Sur le principe, Colin avait raison. Mais ça revenait un peu à donner à un non initié le masque original de Dark Vador. Et puis encore fallait-il qu’il lui dise la vérité. Mais le rouquin bidouilleur et boutonneux ne tenait pas vraiment à émettre un tel doute à Gula. Il l’avait déjà fait lors de leur premier entretien et il lui arrivait encore de pisser au lit rien que d’y repenser. Et comme le mentaliste semblait sur les nerfs aujourd’hui, il choisit de ne pas le contrarier. Après s’être promit « d’emprunter » un appareil du HIT pour récolter des données sur cette technologie, le jeune homme posa la relique sur une étagère remplie de trophées de geek, entre une poignée de sabre laser Jedi et  une des jolies dagues que dame Galadriel aurait offert à la Communauté de l’Anneau. Sans lever les fesses de son fauteuil hyper confortable, il roula vers une table envahie par des écrans d’ordinateurs, des claviers et des skittles.

    – Pfff... Ok... moi de mon côté, j’ai pas trouvé grand chose... Les noms que tu m’as donnés m’ont dirigé vers des profils facebook, j’ai piqué leurs adresses mail et fait le tri entre leurs commentaires et leurs mails. Y a pas grand chose. Ils s’écrivent pas beaucoup mais... y a un endroit qui revient souvent et qu’est associé à une signature ‘PHAT’. C’est un bar situé dans la Croisette, il s’appelle le Helmet. Y a pas grand chose à dire dessus... sauf que j’ai pas trouvé l’identité du propriétaire... c’est assez louche pour toi ?

    – C’est parfait ! déclara Colin en tapant « amicalement » sur le dos de sa fouine qui ne put réprimer un frisson.

    Sans demander son reste, l’étudiant prit la direction de la sortie mais Drew virevolta sur sa chaise pour lui parler sans pouvoir toutefois contenir ses émotions qui consistaient en un panel chaotique d’excitation, de crainte, de colère et de caprice.

    – Oublie pas de me ramener quelque chose !

     - C’est l’deal. se contenta de répondre Colin sans prendre la peine de se retourner.

    ***

    Au Circus Maxius, Colin observait un combat sans vraiment y faire attention, adossé à une barrière située sur un espace élevé qui lui offrait pourtant une vue imprenable. Isaac était à ses côtés et ils discutaient de l’affaire en cours. Comme d’habitude, le sbire de Colin était le plus bavard, et il se laissait distraire...

    – Gul’, tu vas vraiment partir ? J’veux dire, tu vas vraiment te casser ?

    Sans quitter le combat des yeux, l’intéressé leva un sourcil. Is’ était revenu sur ce sujet qui n’était pourtant pas d’actualité. L’idée de ne plus avoir son patron à portée d’appel lui faisait-elle si peur que ça ?

    – J’te l’ai dit... Ca dépend. Si on réussit ce coup là, madame César va me laisser partir. Mais pas avant... et puis, ça ne va pas durer éternellement. Je décolle, j’atterris, je fais ce que j’ai à faire et je redécolle. T’auras même pas le temps de te rendre compte que je suis parti.  

    – Ouais enfin, rien se passe jamais comme prévu, boss.

    Une sage remarque que le mentaliste s’abstint de commenter car il ne la savait que trop véridique, malheureusement. Cela faisait quelques temps que plus rien ne se passait come il le voulait. Son dernier coup de chance datait du coup de main qu’il avait filé à Johnny. Les spectateurs hurlaient en faveur de tel ou tel combattant pendant que Isaac reprit sa complainte.

    – Et s’ils en profitaient pour me tomber dessus... ?

    – Je te l’ai déjà dit. Tu n’auras qu’à rester au Circus H-24, y a bien assez de boulot ici et t’y risquera rien. Contente-toi de ne pas faire chier Livia quand elle vient.

    Le jeune homme marmonna quelque chose que Colin fit exprès de ne pas entendre. C’était étrange comme il tolérait les égarements et les commentaires hautement inappropriés de son acolyte. Lui qui ne supportait pas vraiment l’insolence, il la trouvait relativement supportable chez ce garçon qui pourtant n’avait rien d’extraordinaire... si on oubliait bien sûr sa famille complètement cinglée. Cela dit, il arrivait parfois qu’il se laisse un peu trop allé et frôle les limites de l’insolence.

    – Et tu veux toujours pas me dire qui tu vas emmener ? Ca sera pas le paresseux, déjà... J’le vois pas dans un avion. Justin Bieber peut-être ? Parait qu’il te colle pas mal... A moins que ce cinglé de Wildcad soit du voyage...  

    Isaac aurait probablement continué sur sa lancée en entrant dans les détails s’il n’avait pas vu que les yeux de Gula s’étaient remplis de noirs et qu’il était allé un peu trop loin. Un frisson s’empara de lui et il lui fallut presque une minute pour déglutir avant de reprendre la parole sur un ton beaucoup plus professionnel.

    – J’ai pas trouvé grand chose sur le Helmet, mais il est en plein dans une zone que le Cartel est loin de contrôler. Par contre, j’ai un contact qui y travaille. Elle bosse dans la plupart des bars mal famés du coin à mi-temps. C’est un peu une garce, mais on peut lui faire confiance.

    Colin tourna la tête pour le regarder droit dans les yeux d’un air dubitatif. Son comparse le connaissait bien assez pour deviner ses interrogations.

    – On était dans le même bahut.  

    Le regard du mentaliste se fit un peu plus insistant.

    – OK, j’l’ai un peu dragué de temps en temps... et oui, je me suis fait recaler.

    Gula eut un sourire moqueur et reporta son attention sur le spectacle qui n’en n’était pas vraiment un mais qui avait le mérite d’exciter le public qui lui avait de la voix ce soir.

    – Bref... Pour faire ce qu’on veut faire, faut pas qu’on soit nombreux. Trois c’est bien assez. Mais Elle, elle tient pas à foutre en l’air sa couverture alors autant ne pas compter sur ses ongles en cas de pépin. Il nous faut quelqu’un d’autre, quelqu’un qui pourrait nous aider à nous tirer si possible.

    Le Gourmand médita ses paroles pendant un moment. Drew était naturellement hors catégorie et il n’allait pas faire appel à lui. C’était pareil pour Seymour. Il pourrait demander l’aide de Johnny, mais ce prêtre était trop instable et il risquait de foutre le bordel plus qu’autre chose. Wildcard... c’était même pas la peine d’y penser. Jay Lane ne faisait pas vraiment dans la subtilité, ce n’était pas le genre de boulot qu’il lui confierait. Mais il avait entendu parler d’un gamin qui se débrouillait pas trop mal et dont les talents pourraient être utiles ce soir. Colin finit par sortir son portable et chercha le numéro qu’Atia lui avait fourni.

    – Alors ? T’appelle qui ?

    Colin porta son appareil à l’oreille et profita de la tonalité pour répondre à son comparse.

    – Le Passeur.

    ***

    Le plan était simple. Techniquement. Ils allaient se rendre dans le bar, le Helmet. Prendre contact avec le contact de Isaac, une dénommé Bianca. Et mener leur enquête afin d’acquérir le plus d’informations possible sur le gang des Purple Hat. Sur le papier, tout devrait se passer sur des roulettes. Sauf qu’ils ne savaient rien de fiable sur le gang, leur nombre, leurs intentions, leurs capacités et qu’ils allaient s’associer au jeune Passeur avec qui ni Colin ni Isaac et encore moins « Bianca » n’ont jamais travaillé auparavant. Et comme on n’avait jamais assez d’inconnues, les deux garçons attendaient une rue un peu éloignée du Circus. Le Passeur était supposé les y ramasser en voiture, pour la plus grande frustration d’Iss qui préférait être au volant.

    – T’es sûr de toi ? Tu le sens ce mec ?

    Parce que cela faisait quelques jours qu’il attendait de passer à l’action, Colin était assez enthousiaste pour ne pas s’agacer immédiatement des remarques de son sbire.

    – Il fait de plus en plus parler de lui. C’est l’occasion de voir ce qu’il vaut et ce que pourrait être sa place au Cartel... tiens le voilà.  

    Au bout de la rue, un moteur s’était mit à ronronner et à s’approcher d’eux, l’arrivée du chauffeur arracha à Isaac un murmure exaspéré.

    – Eh ben... on est dans de beaux draps...  


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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 14:26 Message
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— Dites leur de ne pas salir les tapis.
— Nan mais écoute…
— Déjà qu’il n’y a pas la place pour trois…
— Y a les sièges arrière !
— C’est optionnel. Et on perd le coffre.

Abban leva les yeux au ciel. Comme il avait eu la flemme de lire dans le détail le manuel, il avait un jour activé par erreur l’option 737 de sa toute nouvelle super-voiture. Puis il avait découvert, en se reportant dans le manuel, l’intitulé de la dite option.

Citation :
737 : Intelligence évolutive et simulateur de personnalité.
Et bien Macha — c’était le nom qu’il avait dit à la voiture, d’après une déesse de la mythologie celtique irlandaise, plus rapide que tous les chevaux — avait une sacrée personnalité. Parmi ses multiples petites caractéristiques, Macha était coquette. Elle détestait qu’on mît de la boue à l’intérieur, qu’on abîma le cuir et, Abban le découvrait ce jour-là, elle détestait remoduler son coffre pour proposer des places à l’arrière.

— Je vais ressembler à une vulgaire voiture citadine.
— Ya peu d’chances, quand même.

Au début, le Passeur avait songé à désactiver l’option. Puis il s’était attaché aux récriminations de la voiture. Du reste, ce jour-là, son propre enthousiasme pour la mission était pour le moins modéré. Certes, c’était déjà une petite consécration d’avoir été contacté par le second d’Atia César. Mais le second en question avait une réputation de psychopathe sadique fini et les psychopathes sadiques finis, Abban, il s’en passait très bien. Il fréquentait bien Wildcard, mais Wildcard, ce n’était pas pareil. Wildcard était un tendre, il suffisait de savoir le prendre (dans tous les sens du terme — mais passons).

Au téléphone, avec Gula, la voix de l’Irlandais avait été pleine d’une méfiante pondération et la précipitation enjouée n’avait certes pas caractérisé la réponse qu’il avait donnée. Une réponse positive, cependant. Ce n’était pas vraiment le genre de propositions que l’on refusait et Abban avait appris à composer avec les personnalités atypiques du Cartel pour se frayer un chemin. Il n’avait rien d’un ange lui-même. Il avait donc convenu du rendez-vous, rejoint Macha et il était désormais en route.

Dans Star City, la voiture n’attirait pas autant l’attention que dans une autre ville. Nombreuses étaient les voitures de sport luxueuses dont l’apparence recoupait celle de cette Aston Martin Vainquish très modifiée. Il fallait un œil exercé et de la patience pour remarquer sur son passage, d’entrée de jeu, les petits détails atypiques : l’absence de réservoir à essence, l’absence de poignées aux portières ou d’un quelconque moyen de démarrage.

Lorsque le véhicule, dont l’absorption sonore avait été désactivée pour éviter de trop attirer l’attention, se rangea au lieu du rendez-vous, Isaac ne put retenir un commentaire âcre mais, surtout, jaloux. Des voitures comme ça, il n’en avait pas vues beaucoup. Et il n’en avait jamais conduit. La portière du chauffeur s’ouvrit et Abban en descendit, mains dans les poches de son blouson, laissant la portière se refermer toute seule derrière lui. L’Irlandais s’approcha de ses deux acolytes du soir.

Il trouva aussitôt à Gula l’air sinistre, sans savoir s’il l’avait en effet ou si sa réputation en le précédant, commandait au jugement. Isaac était beaucoup plus normal, mais guère plus sympathique. L’Irlandais au visage d’ange regarda tour à tour les deux hommes. Il finit par désigner Gula d’un geste du menton.

— T’es plus grand, t’montes à l’avant.

Ça, c’était pour les politesses et les présentations. Mais Isaac, lui, était sceptique. Du Passeur, il n’en avait jamais entendu parler et maintenant qu’il découvrait que le Passeur en question n’avait pas vraiment la tête du transporteur endurci par des années d’expérience, il n’était pas sûr de vouloir lui confier son existence.

— Écoute, là, t’es sûr de savoir conduire ce truc ? Parce que je peux prendre le volant, tu sais.
— Tu s’rais mort avant.

Isaac écarquilla les yeux. Il était très possessif avec sa voiture, l’Irlandais. En fait, Abban n’était surtout pas très sûr d’avoir désactivé tous les systèmes de sécurité auxiliaire. Accessoirement, personne ne conduisait Macha à part lui. Elle était beaucoup trop caractérielle. Isaac n’avait tout de même pas l’air très convaincu et il lança un regard interrogateur à Gula. Déjà agacé et ennuyé par ces délais de plusieurs secondes (une éternité), Abban reprit la parole :

— Non mais les mecs, on m’appelle, j’viens, mais j’ai pas qu’ça à foutre, moi. Si vous v’lez pas d’moi, trouvez vous un autre chauffeur ou alors monter dans la bagnole…

Derrière lui, le moteur rugit de contrariété. Abban jeta un coup d’œil par dessus son épaule.

— …pardon, dans la voiture.

Ce qu’elle pouvait être susceptible ! Sur ces bonnes paroles, Abban se détourna pour effleurer le capot. La portière passager s’ouvrit et le siège avant se rabattit pour laisser une place à Isaac. La découverte de l’intérieur de la voiture avait bien sidéré un instant le jeune homme, mais constater qu’il allait profiter d’un espace beaucoup plus restreint fit naître un soupir contrarié. Une fois Isaac installé, Gula put prendre place et Abban se mit au volant. Définitivement, des voitures comme ça, ça ne courait pas les rues. Ce qui n’empêcha pas Isaac de se plaindre :

— C’est minuscule, là derrière.
— Ouais, ben j’ai fait c’que j’ai pu.
— Je ne suis pas une citadine !

La voiture avait pris la parole sans prendre garde et Isaac n’avait pu s’empêcher de sursauter.

— Mais…
— C’est une version un peu améliorée du modèle standard.
— Très améliorée.
— Très supérieure, oui.
— Si vous pouviez attacher vos ceintures, à présent…

Macha ne tarda pas à démarrer et à accélérer avec une fluidité remarquable le long des entrepôts pour regagner la route principale. Contrairement à ses habitudes, Abban conduisait très raisonnablement, pour ne pas attirer l’attention de la police — à la plus grande satisfaction de Macha, qui n’était pas avare de leçons de sécurité routière quand il se faisait un peu trop audacieux. Mais Abban avait fini par comprendre que ce n’était que pure façade : dès que le danger était vraiment là, la voiture s’amusait comme une folle.

Profitant de ce trajet interminable accompli à une vitesse règlementaire, Abban posa quelques questions sur la mission, la destination, les Purple Hat, etc. Les gangs rivaux du Cartel — en attendant d’être absorbés par la tentaculaire organisation — il y en avait beaucoup et il ne connaissait pas encore par cœur tous ceux de Star City. De temps à autre, le jeune homme jetait des coups d’œil un peu réticents à Gula, comme s’il s’attendait à ce que le second de César sortît brutalement un scalpel pour se mettre à découper tout le monde (si toutefois Macha ne l’électrocutait pas avant).

La voiture finit par se ranger dans un parking souterrain près de la Croisette et les trois hommes en descendirent, laissant derrière eux le véhicule le plus protégé des lieux. Les mains de nouveaux enfoncées dans les poches de son blouson, à côté d’Isaac qui s’était ostensiblement étiré pour bien faire comprendre combien ce trajet dans le comble du luxe automobile lui avait fait mal aux articulations, Abban marchait d’un pas vif, visiblement peu habitué à traîner.

Ils ne tardèrent pas à arriver devant le Helmet. Abban poussa un soupir.

— Franchement, juste une fois, j’aimerais trop qu’les contacts, ils bossent dans des machins classieux. Les bars qui puent la pisse et la bière, ça m’court sur le haricot.

Isaac jeta un coup d’œil dédaigneux à la silhouette fragile et éthérée de son nouveau partenaire.

— C’est sûr que tu dois pas être habitué à la rudesse…

Abban jeta un regard à Isaac.

— T’es mignon, mec, mais toi et moi, on joue pas dans la même catégorie.

Abban était un criminel de carrière depuis beaucoup plus longtemps que de nombreux malfrats bien plus âgés que lui au Cartel et, sur ce point-là, il se sentait en sécurité. Du reste, tout irréaliste que son apparence fût dans le milieu qu’il fréquentait, l’assurance qu’il dégageait témoignait assez qu’il ne venait pas en simple touriste. Ils pénétrèrent donc dans le bar et en cinq secondes, avec une habitude experte, le regard de l’Irlandais avait fait le tour du propriétaire et des visages. Question de prudence.
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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 18:37 Message
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    Ce n’était pas une surprise, Isaac ne commença pas par montrer la moindre confiance ou affection à l’encontre du Passeur. Le jeune homme était méfiant par nature et il en fallait beaucoup plus qu’une jolie voiture pour l’impressionner. C’était comme ça qu’il se protégeait du monde, tel un sensible sous une carapace de bad boy. Tout un poème. Colin n’y fit pas attention, trop occupé à jauger leur partenaire pour ce soir. Il fut d’abord assez content de voir qu’Abban faisait de même. En dépit des apparences, c’était pas un bleu. Bon point. Autre bon point qui faillit faire sourire le mentaliste, il captait un minimum d’appréhension chez le jeune chauffeur. S’il n’en devinait pas la source avec exactitude, il se contenta de la savourer tel un apéritif. Le trio finit par monter dans la voiture qui se révéla être un bijou technologique. Gula en fut surpris, agréablement, mais pas au point de le montrer. Ca voulait dire que le Passeur méritait un tant soit peu sa réputation. Soit celle-ci lui avait valu de tels moyens techniques, soit c’était ces moyens qui lui avaient valu sa réputation. Dans les deux cas, c’était bon pour eux. Pendant que Isaac passait son temps à tester le conducteur en se plaignant et en râlant, Colin observait l’intérieur de la bagnole avec un intérêt poli. On ne voyait pas ça tous les jours. Les trois hommes finirent par arriver à destination ce qui permit à Isaac et Abban un nouvel échange de politesses qui aurait agacé Colin si celui-ci n’avait pas vu dans le regard du jeune homme une certaine expérience. Quant à Iss, il le connaissait suffisamment pour savoir qu’il allait redevenir sérieux une fois sorti de la voiture.

    Une fois à l’intérieur, Isaac balaya la salle du regard. Colin lui se contentait d’observer le bar. Que trois nouveaux arrivants scannent les lieux passerait pour suspect. Déjà qu’ils devaient avoir l’air un peu louche. Heureusement pour eux, ils étaient dans un établissement dans lequel le terme « louche » avait perdu toute signification. Le mentaliste remarqua quelques chapeaux ici et là, sur des têtes, sur une table, sur une chaise... pas assez pour qu’il s’en inquiète vraiment, mais suffisamment pour lui donner envie d’offrir quelque chose de beau à sa Fouine rousse. Isaac lui avait trouvé ce qu’il cherchait : une jeune femme dans la vingtaine, assez jolie en toute objectivité, mini short qui frôlait l’indécence, cheveux bouclés, silhouette mince, la démarche féline ; Bianca. Les deux anciens camarades de classe s’échangèrent un regard qui fut suivit par une action que la serveuse prit soin d’observer : Iss tapota l’épaule de Colin pour l’aborder/le désigner juste avant de lui lancer discrètement :
     
    – Joue le jeu.

    Sur cette demande un peu énigmatique, le mentaliste fit un tour dans l’esprit de son acolyte pour voir ce qu’il voulait dire. Isaac lui rendit son regard. Colin vit ensuite la serveuse s’avancer vers lui d’un pas déterminé. Lorsqu’elle arriva à sa hauteur, elle passa sa main dans les cheveux noirs de l’étudiant avant de lui décocher un baiser fougueux que Gula lui rendit. Après cet change buccal relativement long, la jeune femme recula, eut un frisson qui amusa le mentaliste mais qui n’empêcha pas Bianca de sourire tout en déclarant :

    – Tu es enfin là bébé. Tu m’as manqué. Viens, j’ai droit à une pause pour fêter ton arriver.

    Après cette entrée en matière à laquelle Colin ne répondit que par un sourire coquin que son rôle exigeait, Bianca lui prit la main et l’entraîna dans un couloir qui menait aux toilettes, à la remise et à la zone privée de l’établissement. Les deux tourtereaux occupèrent la remise. Une fois la porte fermée derrière eux, la serveuse lâcha la main de Colin et adopta un ton plus froid et plus sérieux.

    – Vous êtes arrivés tôt, les grosses têtes ne sont pas encore arrivées. Va falloir patienter un peu. Je ne sais pas grand chose des Purple Hat, ça fait seulement deux semaines que je bosse ici. A part le barman, j’connais pas grand monde. Mais ça deal ici... Beaucoup. J’ai entendu parler d’un nouveau produit d’ailleurs. On dit qu’il ferait passer la Meta pour de l’aspirine.
    – Des noms ?
    – Aucun. Les chapeaux violets me parlent pas trop. Ils matent mais c’est tout. Y a même deux de leurs nanas qui m’ont draguée.  
    – Vous lez avez laissées faire ?
    – Déjà jaloux ? Nan, j’attends toujours un signe d’Iss avant de faire copain-copain avec machin ou machine.
    – Ca fait plaisir d’avoir à faire à des professionnels.

    L’insulte amusa Bianca qui se contenta de ricaner en le détaillant de la tête aux pieds. Enfin elle rencontrait Gula.

    – Vous faites moins gamin que ce que j’imaginais. Iss n’arrête pas de parler de vous, j’crois qu’il est amoureux...
    – Ça vous plairait, j’ai l’impression.

    Cette fois la serveuse rit silencieusement et ne répondit rien. Son regard s’attarda sur une partie précise du jean du jeune homme. Après un court instant d’imagination, elle releva la tête et reprit un ton plus sérieux.

    – C’est qui le minet ?

    Tiens, pour une fois que ce n’est pas lui qu’on appelle comme ça...

    – Le Passeur.
    – Il a une dent contre les Purple ?
    – Il a une voiture.

    ...

    Pendant que le « couple » continuait de faire connaissance, Isaac et Abban s’étaient approchés du bar. Iss commanda une bière avant de s’asseoir sur un tabouret et d’observer un peu le décor et les autres clients. Il ne reconnaissait personne, mais il avait bien sûr remarqué les quelques chapeaux. Pendant ce temps, le barman jaugeait Abban en pensant sûrement qu’il n’avait pas l’âge de boire. Un constat qu’Iss avait partagé quelques minutes plus tôt.

    – Un cacao pour le gosse, s’il vous plait.  

    Une provocation gratuite faite pour passer le temps, mais Isaac ne pourra pas savourer sa petite réplique car un bellâtre dans la vingtaine à la chemise ouverte et au chapeau violet mis de travers dans un « effet de style » s’était approché de l’Irlandais et du bar.

    – Vance, sert à ce jeune homme la boisson qu’il désire... Cadeau de la maison.

    Et biiim, dès le début ils touchaient le gros lot. Le fils de patron du bar. Un membre du Purple, même si sa place et son rôle dans le gang étaient encore un mystère. Et pour finir, le poisson semblait intéressé ou intrigué, ou autre chose – les subtilités psychologiques et sociales échappaient beaucoup à l’acolyte de Gula – par le Passeur.

    *Info numéro une : les PH ont aussi leurs homos. Dommage que Colin soit au placard.*

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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 19:18 Message
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Abban avait observé d’un air un peu distrait l’échange lingua-buccal de Colin et de celle qui était, apparemment, leur informatrice sur place. Les courbes de la délicieuse Bianca avaient été accueillies avec une souveraine indifférence de la part de l’Irlandais qui, en toute objectivité, trouvait que l’infiltrée était un thon graisseux en comparaison d’Aishlinn. Comme toutes les filles. Il reprit donc son observation, comprenant qu’on ne l’inviterait pas à la conversation qui allait suivre, mais s’il aurait pu, sans aucun doute, s’y inviter tout seul.

Seul à seul avec Isaac qui ne le portait pas dans son cœur, il s’approcha du bar. Il était trop jeune en effet pour boire de l’alcool, mais l’envie lui en manquait de toute façon. Il se contenta donc de lever au ciel quand Isaac enfonça le clou, avant d’être sauvé par un inconnu qui : 1) n’était pas trop déplaisant à regarder, 2) rentrait dans leurs cibles de la soirée et 3) était tombé dans le piège ambulant qu’était Abban. Un grand sourire éclaira aussitôt le visage de l’Irlandais, un sourire qu’il était facile de croire adressé à soi et soi seul.

— Un coca, alors.
— Je m’appelle Sawyer.
— Jace.

Abban avait ostensiblement tourné le dos à Isaac pour faire face à son admirateur qui venait de s’installer en face de lui. L’Irlandais maîtrisait à la perfection les signaux physiques qui venaient d’ores et déjà alimenter l’intérêt du Purple Hat. Les cuisses très légèrement écartées, un peu penché en avant, le sourire flottant sur les lèvres comme s’il ne pouvait le retenir et le regard baissé et relevé, toujours très en-deçà de la minauderie, mais au-dessus du strict minimum. Il avait fait cela tant et tant de fois, avec des hommes, avec des femmes : pour obtenir des informations, tous les moyens étaient bons.

— Et qu’est-ce que tu fais chez nous, Jace ?
— Pfff, rien… J’accompagne des potes, j’croyais qu’on allait boire un truc, mais l’autre là nous a largué pour j’sais pas quelle bombasse à la con, et c’lui-là…

Abban désigna négligemment Isaac derrière lui.

— …j’le connais pas vraiment et y m’fait déjà chier.

Sawyer secoua la tête.

— Je voudrais pas que tu t’ennuies, moi. Le Helmet a une réputation à conserver.

Tu parles, une réputation, songea Abban : le bar ressemblait à tous les bars de malfrats de la ville (et il en avait vus des dizaines), les chapeaux violets en plus. Il fit une moue dubitative.

— Bah, ça commence mal, là, j’t’avoue. Faudrait voir à me convaincre.

Sawyer descendit de son tabouret.

— J’te fais visiter ? Sauf si tu veux rester avec ton pote, là.

De toute évidence, Isaac n’était pas invité au tour du propriétaire. Nouveau sourire ravageur d’Abban, qui vint griller un peu plus la lucidité du Purple Hat. Il y en avait qui s’étaient réveillés nus et les comptes bancaires vides, à ce petit jeu-là. Abban quitta à son tour son tabouret, emporta sa bouteille de coca sans se soucier du verre, et secoua la tête.

— J’crois qu’j’ai trouvé meilleure compagnie.

Boursouflé d’importance, Sawyer replia le bras en tenant son propre verre, pour contracter un peu son pectoral derrière la chemise ouverte, ce dont Abban lui sut gré — il n’y avait pas de mal à observer les jolies choses pendant qu’on travaillait. Il se retourna vers Isaac alors que Sawyer s’éloignait et lui fit un clin d’œil insolent, avant de hâter le pas et de revenir à la hauteur de son guide.

— T’as l’air d’bien connaître, t’viens souvent ici ?
— C’est à mon père, tout ça.

Sawyer avait l’air ravi de se faire mousser. Une cible facile. Abban avala une gorgée de coca et promena ostensiblement le regard tout autour de lui, comme s’il se trouvait dans un immense château, avant de conclure avec un ton qui suggérait la fausse indifférence, précisément quand la sienne était véritable (tout un art) :

— Ça va, c’est correct.

Un peu piqué, Sawyer se résolut à impressionner un peu plus sa cible. Il ouvrit une porte de service et l’introduisit dans les cuisines, assez calmes à cette heure-ci et, contre toute attente, parfaitement propre. Le Helmet n’avait sans doute pas envie de fermer pour une ridicule affaire d’hygiène. Abban frôla du bout des doigts la surface métallique d’un plan de travail.

— ‘Tain, c’est nickel, c’toi qu’astique tout ça ?

Bien sûr que non, mais Abban allait à la pêche à la vantardise.

— Non, le ménage, c’est pour les employés. J’m’occupe de choses plus importantes.

Il ne fallait pas précipiter les choses, particulièrement avec un informateur qui avait l’air si désireux de fournir de lui-même les détails, alors Abban se contenta de hocher la tête d’un air distrait. Sawyer sentait de seconde en seconde sa fierté masculine piquée au vif, tandis qu’il ne parvenait pas à quitter du regard le visage de l’Irlandais. Abban fit un sourire poli.

— OK. C’est sympa.

Le manque d’enthousiasme était évident.

— T’es pas facile à impressionner, toi, dis moi.
— Bah, c’t’une cuisine et j’ai déjà bossé dans des restos, alors bon…
— Tu veux voir le reste, alors ?
— C’est quoi, le reste ? Vous faites aussi hôtel ?

Sawyer esquissa un sourire exagérément énigmatique.

— Pas vraiment. Viens.

Il s’approcha d’une porte de service et Abban lui emboîta le pas. Les deux hommes montèrent un petit escalier en bois pour atterrir à un étage beaucoup plus calme. Sawyer poussa encore une porte pour dévoiler un vaste bureau meublé en acajou. Sawyer annonça fièrement :

— C’est l’bureau de mon père !
— Oh, j’croyais qu’c’était l’tien.
— Non, moi, tu vois, j’suis plus sur le terrain…

Abban sentait la nervosité de sa cible aller croissant. Il ne s’agissait pas de le décourager par des déceptions trop répétées. L’Irlandais se retourna donc vers lui après avoir examiné les lieux et il s’approcha très près de son interlocuteur, avant de murmurer d’un air songeur :

— Un homme d’action, du coup…
— Voilà. Et toi, tu fais quoi, à part être beau ?

Abban retint le sourire moqueur que ce compliment maladroit lui inspirait. Mais c’était une invitation qu’il s’empressa de saisir. Sa main libre se posa entre les pans ouverts de la chemise de Sawyer, sur le haut de son torse.

— Pas grand-chose. Des p’tits boulots, surtout. Caissier, serveur, c’genre d’conneries. C’est la loose, mais j’suis pas d’ici et j’ai pas d’diplôme.
— Peut-être je pourrais te trouver quelque chose.
— Ah ouais ?

Abban avait relevé un regard intéressé vers son interlocuteur.

— Tu t’poses pas d’questions sur mon chapeau ?
— Ben… Non. J’sais pas. C’est stylé. C’est c’qui compte.

Il trouvait ça parfaitement ridicule.

— Pourquoi ? C’est quoi le rapport ?

Sawyer posa une main au creux de ses reins pour l’attirer contre lui, puis de l’autre il lui ôta la bouteille des mains et la posa derrière eux, sur une commode.

— Hmmm… Je vais te dire… Peut-être… Si t’es sage.

En voilà un qui ne perdait pas de temps. Tant mieux pour Abban, à qui ce passage à la vitesse supérieure épargnait bien des compliments peu inspirés. La seconde main de l’Irlandais se posa sur la ceinture de Sawyer.

— Être sage, c’pas vraiment ma spécialité, tu vois.

Pas à pas, Sawyer le poussait vers le grand bureau paternel. Un geste qui aurait mérité une bonne psychanalyse. Abban ne tarda pas à se retrouver assis sur le bureau en question, tandis qu’il déboutonnait la chemise du jeune homme.

— C’la dit, t’sais, mes potes vont finir par s’demander où j’suis passé…
— Je peux être très rapide.

Sawyer ne put s’empêcher de rougir en se rendant compte que cette dernière remarque, qu’il avait imaginée virile et dominatrice, suggérait quelque chose de peu flatteur sur ses performances sexuelles. Abban, qui n’avait aucune envie que le poisson lui filât entre les doigts à cause d’un soudain mouvement de honte, déboucla brusquement la ceinture avant de déclarer :

— Rapide, ça m’va, tant qu’c’est fort.

Et voilà, c’était bon : Sawyer était incapable désormais de la moindre pensée cohérente.
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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 23:41 Message
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    Isaac Sanders avait déjà vu deux hommes se tourner autours. Son patron, collègue (et ami) Colin ne s’était jamais vraiment caché pour s’adonner aux jeux de la séduction. Sa relation avec lui ainsi que ses expériences au Cartel lui avaient appris à relativiser et ce genre de spectacle ne le choquait plus aujourd’hui. Comme quoi, il avait vraiment changé... Néanmoins, le numéro que lui offrit Le Passeur lui donnait limite envie de recracher sa bière. Mais c’était sûrement parce qu’il ne pouvait pas le piffer. L’acolyte avait le jugement rapide, son « éducation » lui avait appris que les premiers instants avec un autre déterminaient la relation qu’ils entretiendraient. Certes, depuis, il avait découvert que ce n’était pas toujours le cas, mais les habitudes avaient la vie dure. Il n’aimait pas le conducteur. C’était décidé. Détournant volontairement les yeux de ce spectacle qui, il l’avouait, leur permettrait peut-être d’en apprendre pas mal, Iss fixait l’étagère remplie d’alcool derrière le barman. Ses oreilles elles écoutaient avidement. « c’lui là », c’était Isaac son nom Is-aac. Mais le sbire de Gula se contenta de lever la main comme un élève répondant présent, histoire de se présenter un minimum à ce Sawyer qui de toute façon, n’avait d’yeux que pour le Passeur. Même si le chapelier lui au moins le prenait en compte.

    – Nan, c’est bon... allez vous am...

    Mais son élan de politesse fut interrompu par le jeunot qui avait déjà comparé les deux compagnies en question.

    – Vous occupez pas d’moi. J’suis avec ma bière... on a plein de choses en commun. Pas vrai beauté ?

    Les deux hommes en chaleur le laissèrent avec son amie de verre dont il porta le goulot aux lèvre afin d’en diminuer le contenu. Pendant ce temps, Iss ne remarquait pas qu’une tablée située dans un coin du bar l’observait silencieusement.

    ...

    – Et sinon rien à signaler ?  
    – Non, c’est plutôt calme. Il y a eut quelques affrontements, mais j’ai pas vu de pouvoir ou de gros calibre. Un ou deux canifs ici et là mais jamais de mort. Enfin... y en a un qui est dangereux mais... c’est juste un psychopathe, les autres sont pas comme lui.
    – Dommage... Et les flics ?
    – Ha... Les poulets font pas attention à eux, ‘sont concentrés sur le Cartel et comme les PH se proclament en dehors de cette mafia, ils  pensent qu’ils sont moins dangereux.
    – Et ils le sont n’est-ce pas ?  

    Colin vit une pointe d’hésitation se former dans le regard et dans l’esprit de la jeune Bianca.

    – C’est difficile à dire... ils sont... mystérieux... On dirait limite une secte. Enfin je sais pas ils me font pas confiance.  
    – Ok, bon, je suppose qu’on va devoir découvrir la suite par nous-même.  
    – Attendez...

    Colin allait sortir lorsqu’elle le retint et l’amena une nouvelle fois vers lui avant de forcer Colin à enlever son blouson et à frictionner ses vêtements afin de lui donner un look désordonné. Elle fit pareil pour les cheveux du mentaliste ainsi que pour sa propre tignasse.

    – J’ai pas arrêté de dire que mon copain était un tigre au pieu. Autant avoir l’air à la hauteur.
    – Haaa, le soin du détail...  

    Bianca voyait bien qu’il s’agissait d’une réplique ironique mais elle s’en fichait car elle tenait à ce que les détails soient présents. Elle avait un rôle à jouer. Gamine, elle avait rêvé d’être actrice et s’était entraînée pendant des années. Son arme secrète résidait dans ses larmes qu’elle pouvait invoquer sur commande... ses larmes et son couteau personnel. Une fois leurs costumes peaufinés, les deux « amants » sortir de leur remise pour se rendre dans la salle principale, où tout le monde vit Colin remettre son blouson comme s’il venait de sortir d’une tornade. Immédiatement, le mentaliste remarqua que le Passeur n’était plus là. Isaac lui regarda son portable et eut un sourire moqueur.

    – Vous auriez pu faire durer le plaisir. Ca fait même pas la moitié d’une vraie pause.  
    – S’il te plaît, dis-moi que tu n’as pas mit son cadavre dans sa voiture.
    – Nan... Ton damoiseau a fait une conquête.

    De l’autre côté du comptoir, Bianca essayait de rassurer son collègue sur la propreté de la remise, mais elle n’y parvint pas et il alla vérifier la pièce en laissant à la jeune femme le soin de s’occuper du bar. Elle venait d’entamer sa première seconde d’indépendance lorsqu’elle attrapa la conversation des garçons.

    – Il est parti avec qui vot’ copain ?
    – Un bellâtre avec une chemise et un chapeau.
    – Tu pourrais être moins précis ?
    – Tout à fait ton genre au fait. Un certain... Walker... no Seller... Non Sommer...
    – Sawyer ?

    Bianca avait tout juste murmuré le prénom, mais les deux garçons remarquèrent l’inquiétude qui altéra sa voix. D’un même mouvement, ils tournèrent la tête vers elle. Colin était redevenu sérieux.

    – Un ami à toi ?  
    – C’est le fils du patron... Il... la jeune femme se pencha vers ses interlocuteurs pour être sûre qu’ils soient les seuls à l’entendre. C’est lui le psychopathe dont je vous ai parlé... Il arrache l’œil droit de toutes ses conquêtes.

    Le mentaliste ne savait pas s’il devait être impressionné par le contenu de cette information ou par le fait que la serveuse l’avait déclarée comme si elle parlait d’une simple teinture de cheveux. Isaac était presque aussi indifférent qu’eux. Il prit la peine de murmurer mais seulement pour faire le pitre.

    – Pourquoi le droit ? Qu’est-ce qui va pas avec le gauche ?

    Bianca lui lança un regard noir auquel il répondit par un rire amusé. Gula lui était pensif.

    – Tu vas aller à son secours ?  
    – Bien sûr que non, faut bien voir de quoi il est capable... N’empêche... un psychopathe. Je l’envie un peu not’ chauffeur...   termina-t-il en levant les yeux au plafond d’un air rêveur pour le plus grand amusement d’Iss et pour la petite indignation de Bianca.

    ...

    En haut, Sawyer était occupé à embrasser le cou de sa proie et savourait la montée de l’excitation et de l’adrénaline. Les provocations de l’Irlandais lui avait permis de se lâcher ce qu’il faisait progressivement, essayant de « se retenir » le plus possible avant de passer aux choses sérieuses. C’était pour ça qu’il avait du mal avec ces échanges, ces jeux de séduction. Pour lui tout ce qui comptait, tout ce qui l’intéressait, c’était la chasse, dans le sens violent. Le sang qui remplaçait la chaire. Mais plus il pratiquait, plus il essayait de faire durer les plaisirs de la chaire. Il passait trop vite au couteau et ça commençait à frustrer une partie de ses désirs. Ce soir il allait faire un effort. Le jeu du chat et de la souris avait été plutôt bref avec Jace. Il fallait compenser. Sawyer allait faire durer les préliminaires le plus possible, mais le chapelier sentait qu’il commençait à perdre le contrôle. Une de ses mains caressait déjà la poignée de son arme tandis que l’autre tâtait le cou du jeune homme afin d’y trouver une bonne prise...

    ...

    Au bar, Bianca s’était remise au travail et essuyait les verres. Les deux garçons discutaient alcool en attendant l’arrivée des huiles du Purple Hat. Colin s’était abstenu de scanner les esprits des chapeliers présents. On ne savait jamais, c’était trop tôt. Si l’un d’entre eux était un mentaliste, il risquerait de le repérer et Gula aurait perdu l’occasion d’apprendre quelque chose d’une personne plus importante. L’étudiant suivit donc les conseils de Bianca qui lui inspirait confiance. Elle avait un côté vicieux qu’il appréciait. Il était sur le point de céder aux insistances de Isaac et de prendre une bière lorsqu’une voix masculine derrière eux les interpela.

    – Les gars ?

    Les deux gars pivotèrent sur leurs tabourets pour faire face aux quatre mecs qui étaient plantés devant le duo de choc. Trois d’entre eux portaient un chapeau violet. Ils jaugèrent les deux membres du Cartel en s’arrêtant un petit instant sur Colin. Le contact visuel avec le mentaliste les fit plisser les yeux, mais c’était sur Iss que leurs regards finirent.

    – C’est lui les mecs... C’est Isaac !

    Les deux employés du Circus observèrent le quatuor à chapeau d’un air interdit, avant de se regarder l’un l’autre. Colin d’un air interrogatif. Isaac d’un air surpris.  
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Message posté : Lun 21 Oct 2013 - 10:54 Message
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Même lorsqu’il séduisait pour le pur plaisir d’une soirée en bonne compagnie, Abban était désormais beaucoup plus prudent qu’il ne l’avait jamais été. Certes, cette prudence ne l’avait pas empêché de coucher avec un type qui se tatouait une tête de mort sur le visage, mais la suite des événements lui avait prouvé que son jugement, en la matière, avait été très sain et Wildcard s’était montré d’une exceptionnelle tendresse. Abban ne se lançait plus à l’aveuglette dans sa vie personnelle depuis qu’on l’avait brutalisé. Il n’était certainement pas naïf et innocent dans sa vie professionnelle.

Sawyer lui avait retiré son tee-shirt et il laissait ses doigts songeusement courir sur son corps. Au début, Abban n’y avait rien vu de particulier. Mais la manière dont la main de l’homme insistait parfois près de son foie, parfois le long de son artère fémorale, parfois le long de sa carotide, lui paraissait un très mauvais signe. La distraction ponctuelle de Sawyer, qui oubliait de la caresser pour songer, semblait-il, à autre chose, était pire encore. Les amants distraits, avec lui, Abban n’en connaissait pas beaucoup et il avait assez confiance en son charme hypnotique pour être interpelé par son étrange comportement.

Les sens en alerte — plus qu’à l’ordinaire encore — Abban, plein de suspicions, était passé à l’étape supérieure en plongeant une main indiscrète dans le pantalon de Sawyer. Pour constater que ses charmes n’avaient finalement pas l’air d’émouvoir son partenaire autant qu’ils l’auraient dû. Avec une moue vexée, l’Irlandais murmura :

— J’te plais pas ?
— Si… Si… Bouge pas.

La voix nerveuse s’était faite autoritaire. Tous les voyants étaient au rouge. Abban jeta un coup d’œil à la main que Sawyer gardait fermée dans sa poche. Il évalua la taille de l’objet que l’on pouvait y trouver. Pas pistolet. Garrot, c’était possible. Couteau. Fiole d’acide. Dans un monde comme celui du Cartel, ces éventualités venaient rapidement. Pour tester les limites de son partenaire, l’Irlandais prit un air réticent et gêné.

— Nan mais t’sais quoi, c’tait ptêtre une mauvaise idée…

Abban essaya se dégager et la main de Sawyer se referma soudainement sur sa gorge. Définitivement une mauvaise idée. Du coin de l’œil, le Passeur aperçut l’éclat d’une lame et avant que Sawyer ne pût humainement réagir, leurs deux corps disparurent pour apparaître dans la cave d’un bar du Cartel, à plusieurs kilomètres de là. Pour tout individu peu habitué au changement brutal de décor, les caprices de l’oreille interne et la nécessité d’interpréter un flot d’informations sensorielles d’abord parfaitement incohérente étaient particulièrement éprouvants.

Abban se dégagea de l’étreinte que Sawyer avait desserrée sous la surprise, juste à temps d’ailleurs pour éviter la flaque de vomi qui se répandit bientôt à l’endroit où il s’était tenu. Lui-même s’était déjà téléporté deux mètres plus loin, pour attraper un pistolet dissimulé derrière une pierre disjointe dans le mur et, avant que le Purple Hat dont le chapeau était resté dans le bureau du Helmet ne pût comprendre ce qui lui arrivait, un Passeur torse nu le tenait en joue avec une arme beaucoup plus efficace qu’un couteau.

L’Irlandais observait la rage bouillonner dans les yeux de l’homme, passée la première confusion.

— T’es mignon, mais t’vas t’calmer, hein. Niveau amants cinglés, j’ai eu ma dose, c’mois-ci.

Un chapelet d’injures s’échappa de la bouche du Purple Hat.

— Cool ta vie. Alors, dis moi tout… Tu découpes tout c’qui bouge ou c’est juste pour moi ?

L’agression dont il avait failli être victime pouvait avoir deux explications : soit, de fait, Sawyer était un psychopathe fini, soit il n’avait éprouvé aucun attrait sexuel pour lui mais avait tenté de le séduire, le prenant à son propre piège, pour l’éliminer, parce qu’il savait qu’il venait de la part du Cartel.

— T’es comme les autres. Je t’aurais tu sais.
— Hmm hmm.

Abban penchait pour la première solution.

— T’fais une collection d’cadavres d’beaux gosses comme moi ?
— J’aime bien tes yeux.

Assez peu flatté désormais par les compliments de son partenaire, Abban tenta de le ramener sur la voie de la raison.

— Bon. Qu’les choses soient claires. Tu s’ras toujours dix fois trop lent pour m’faire c’que tu veux. T’comprends ça ?
— Te surestimes pas beauté.

Un coup de feu retentit dans la cave et la balle frôla la joue de Sawyer pour faire couler le sang, sans le blesser sérieusement.

— On reprend. Sur une échelle de 1 à 10 niveau efficacité dans l’crime, j’suis à 20 et t’es à 2. J’pourrais t’descendre à cent mètres avec une carabine de foire qu’t’aurais pas l’temps d’appeler ta mère. Encore une remarque à la con et j’t’éclate la rotule puis j’te défonce le crâne. C’est bien clair ?

Abban n’aimait pas la violence et il l’évitait aussi systématiquement que possible, mais il n’avait pas été élevé au milieu des hippies et il savait employer les compétences qui étaient les siennes quand la chose était nécessaire. Ses déboires avec Henry avaient dû reste considérablement ôté à ses scrupules quand il s’agissait d’un homme du genre de Sawyer. Sawyer de son côté avait assez fréquenté les Purple Hat pour reconnaître des menaces sérieuses quand il en voyait et soudain, l’ange du bar ne lui paraissait plus être une proie aussi facile qu’il l’avait d’abord cru.

Plus une proie du tout, même. L’homme se tenait coi. Abban procédait toutefois avec prudence.

— C’la dit, j’recherche toujours un emploi.

Sawyer n’avait aucun moyen de savoir où ils se trouvaient. Pour lui, cette cave ressemblait à toutes les caves du monde et le Cartel ne suspendait pas un logo dans toutes les pièces de tous ses établissements.

— Vos chapeaux, là, j’suppose qu’c’t’un signe distinctif. Une marque de fabrique. Genre gang. Comme tu vois, j’ai des capacités. Toujours à la recherche de quelqu’un prêt à les payer. J’peux oublier qu’t’étais prêt à m’buter. J’peux même oublier qu’j’pourrais t’buter. Faut voir c’que tu proposes.

Sawyer était fou, mais il était doué d’un instinct de conservation comme n’importe qui et il y avait tant d’autres hommes aux yeux droits agréables dans ce vaste monde qu’il pouvait se passer de celui d’Abban (pour le moment). Et puis, recruter quelqu’un comme ce téléporteur fine gâchette ne serait probablement pas mauvais pour sa réputation au sein du gang. Il finit donc par hocher lentement la tête. Abban le jaugea un instant puis baissa son arme et s’approcha de lui, en contournant le vomi.

— Oublie pas, mec. Au premier signe suspect, j’te jette dans la baie.
— C’est bon, c’est bon, j’ai compris. Je suis pas con.

Les avis sur la question divergeaient.

— Essaye d’contrôler tes tripes, c’te fois, faudrait pas vomir dans l’bureau d’ton père.

Quelques secondes plus tard, après s’être téléporté de retour dans le Helmet, avoir renfilé ses vêtements manquants en y dissimulant son revolver et, surtout, après avoir arrangé soigneusement sa coiffure, Abban rejoignait la salle principale. Dans deux heures, il avait rendez-vous avec le père de Sawyer pour juger de ce qu’il pouvait apporter aux Purple Hat. Il espérait de tout son cœur, toutefois, qu’on ne le forcerait pas à porter l’un de leurs chapeaux.
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 16:27 Message
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    Contrairement à Abban, les deux hommes du Circus ne connaissaient pas les déboires d’une séduction malencontreuse, mais ils avaient droit à leur lot de surprise tout de même. Les types du Purple Hat qui venaient de les aborder semblaient connaître Isaac. Lui. Le discret acolyte dont personne ne se souciait vraiment, à la fois chez les criminels et chez les forces de l’ordre. Les chapeliers étaient concentrés sur Iss et ignoraient complètement son partenaire qui était nul autre que Gula. Le manque de reconnaissance laissait le mentaliste indifférent, mais il était vraiment intrigué par cet intérêt inattendu. Cela dit, son assistant lui, était encore plus surpris que ça.

    – Je... oui c’est moi. Pourquoi... on s’connait ?
    – Non, mais on t’a déjà vu, nous. Tu te souviens ? Y a quelques mois, dans le Lincoln ? Des agents de l’UNISON ont voulu faire les malins et toi tu les as remis à leur place, tout seul !

    Haaaaa ça... Colin se rappelait bien. Iss et lui devaient rendre service à Johnny qui était en mauvaise posture et Isaac s’était chargé d’occuper les agents. Leur intervention avait provoqué une petite émeute dans le quartier, ça avait fait du bruit. Mais personne, du Cartel en tout cas, n’avait été arrêté et Gula avait réussi à libérer son acolyte. Ces types avaient donc participé à l’émeute ?

    – Oh je vois. Vous étiez là aussi ?
    – Aux premières loges, mec. On s’est bien éclatés. D’ailleurs on voulait te remercier. J’veux dire... C’que t’as fait, c’était génial. Faut avoir des couilles !

    Le jeune Isaac laissait les vapeurs des félicitations lui monter à la tête et il faisait de son mieux pour ne pas avoir l’air trop fier de lui. Si la modestie passa auprès des quatre gars, ni Colin ni Bianca n’était dupe, ils le connaissaient trop bien.

    – C’était rien... J’allais pas non plus les laisser mettre leur bordel là où ils n’avaient pas leur place.
    – Grave. Hey, ça te dit qu’on te paie un coup pour fêter ça. Pas avec la bibine d’ici, c’pour les bouseux.

    L’un d’eux lança un regard ouvertement moqueur à Colin qui ne le prit pas mal du tout mais qui se promis de lui briser le cou à l’occasion, histoire de faire bonne mesure.

    – On a de bonnes bouteilles en haut dans l’bureau du patron. T’inquiète il est cool, il comprendra quand on lui racontera c’que t’as fait.
    – Ca me va !  

    L’enthousiasme devint général. Même Bianca et Colin parvinrent à avoir un sourire excité assez convainquant, même si aucun des deux n’était invité à célébrer ces retrouvailles touchantes. Entre passer du temps avec ces abrutis et observer les chevilles d’Isaac se gonfler comme des baudruches, récolter des indices sur l’organisation semblait de plus en plus fastidieux. Eh puis, les grosses têtes n’étaient toujours pas arrivées. Iss lança tout de même un regard interrogatif à Colin. Celui-ci lui fit signe d’y aller, c’était une nouvelle occasion d’en apprendre plus, il pouvait faire copain copain avec eux s’il voulait. Le groupe de « vieux amis » quitta donc le bar pour monter jusqu’au bureau. Sur le chemin, on continuait d’entretenir l’ego d’Isaac en rappelant les grands moments de leur petite rébellion commune, les réactions hilarantes des poulets. Ce genre de souvenirs. Chacun semblait joyeux et le groupe ressemblait à n’importe quel « clan » sur le point de passer une bonne soirée autours d’une bonne bouteille. L’humeur changea lorsqu’ils croisèrent Sawyer et Abban sur leur chemin. Le premier était à une distance inhabituelle de sa proie et avait la tempe en sang. La procession s’arrêta et se mit à fixer les deux hommes d’un air suspicieux, attendant des explications.

    Au bar, Colin avait finalement décidé de demander un mojito à Bianca qui le lui fit avec un sourcil haut et moqueur. C’était pas l’genre de boisson qu’un « vrai mec » buvait ici en général. Le mentaliste l’ignora complètement car il se demandait comment Abban s’en sortait. Il ne s’inquiétait pas pour le jeune conducteur, sa réputation semblait indiquer qu’il savait prendre soin de lui. Mais il espérait qu’il ne faisait rien qui pourrait leur attirer des problèmes, ou pire, compromettre le Cartel. Peut-être qu’il passerait un peu de temps à lire ses pensées lorsqu’il le retrouverait.  Ses réflexions furent néanmoins interrompues par celles de la serveuse.

    – C’est bizarre quand même...
    – De quoi ?   demanda-t-il d’un air absent.
    – Ben... c’t’histoire à Lincoln. Iss me l’avait racontée. Des tas de fois tellement il était fier. Mais... j’crois pas qu’il avait donné son nom. Ni qu’il avait rencontré des fans...

    Colin cessa de siroter sa boisson et son regard se concentra. Elle avait raison. Isaac avait été discret, en tout cas sur son identité, l’UNISON ne savait rien de lui... Et il n’avait pas utilisé son nom quand il l’avait aidé à leur échapper. Alors comment ces mecs pouvaient-il connaître son nom ? Ca ne collait pas à leur histoire... mais alors comment avaient-ils appris son identité ? Surtout que celle de Gula leur avait complètement échappée.... Encore une fois, ses réflexions furent interrompue par la porte d’entrée qui s’ouvrit en grand, pour laisser passer une femme mince, approchant la quarantaine, élégante dans sa robe pourpre et l’immense chapeau assorti. Bianca la connaissait de vue, mais elle ne rentrait jamais dans le bar, trop miteux pour cette diva. Elle avait un rôle important dans le gang, une sponsor ? parente d’un membre haut placé ? En tout cas, elle avait un regard qui n’inspirait pas confiance à Gula. Sans doute parce qu’elle avait les yeux rouges sang.
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 19:20 Message
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Lorsqu’ils croisèrent la petite procession, Abban ne fit guère de réflexions sur l’attitude des Purple Hat et celle d’Isaac. Toute discussion avait cessé le temps de les laisser passer, Sawyer et lui, et s’il y avait un quelconque enthousiasme, il s’était temporairement évaporé, jusqu’à ce que Sawyer et son ex-proie devenue chasseur disparussent au rez-de-chaussée et que le petit groupe recommença à se répandre en abondantes félicitations, quoique un peu vagues sur le détail précis du déroulement des événements.

L’Irlandais ne faisait plus guère la conversation : il se doutait que Sawyer ne serait pas très disposé, désormais, à partager des informations sur le Helmet ou ses propres activités. Quand on vexait un homme, il se refermait toujours. Abban avait ainsi appris à ne pas éclater de rires devant des sous-vêtements incongrus et à ne pas bavarder avec un psychopathe que l’on venait de menacer de mort. Plein de ce savoir-vivre précieusement acquis, il débarqua dans la salle du bar juste à temps pour voir une femme fort étrange entrer et être saluée à voix très, très basse, par un…

— …putain…

…de Sawyer, qui passait apparemment une fort mauvaise journée. Abban jeta un coup d’œil perplexe à celui qui venait d’essayer de lui éjecter l’œil avec un couteau.

— C’est qui ?
— Félicité.
— Paye ton nom.
— Bah j’srais toi, j’irais pas lui dire en face, hein.
— Pourquoi ?

Elle avait certes les yeux d’un lapin atteint de myxomatose, mais à part cela, pour Abban, elle ne restait jamais qu’une fille, cette partie de l’humanité qui venait après Aishlinn, puis les garçons. D’un air inconfortable, Sawyer expliqua :

— Elle est cinglée.

Abban haussa un sourcil.

— C’est votre marque de fabrique ou j’me fais des idées ?

Le jeune homme eut un mouvement de rage contenu, accueilli par un Abban placide qui secouait la tête.

— T-t-t. Sage.

La cambrioleur fixait la femme, qui avait balayé le bar d’un regard avant de se tourner vers Sawyer et de parcourir la distance à grands pas, avec un air de majesté naturelle qui en imposait. Après avoir consacré une demi-seconde de son très précieux temps à jeter un œil dédaigneux à Abban, qu’elle s’étonnait de voir toujours envie — mais cela ne saurait durer, si elle se souvenait bien des passions ophtalmologiques du petit Sawyer — elle fixa le fils du patron.

— Où est ton père ?

Sawyer se tenait soudain très droit et avait remis son chapeau dans un angle plus traditionnel.

— Chez un fournisseur. Dis, Félicité, est-ce qu’on pourrait recruter Ja…
— Plus tard. J’ai besoin de parler à ton père.
— Il d’vrait être là dans une heure.

Les yeux rouges fixèrent Sawyer. Quelques secondes se passèrent en silence. Le Purple Hat baissa la tête.

— J’vais aller le chercher. C’est à propos de quoi ?
— Tonnerre.
— Jamais entendu parler.
— Tu entendras parler des affaires de grands quand tu arrêteras de faire joujou avec tous les…

Elle balaya Abban d’un regard, comme si elle avait observé une trace de mucus sur un vieux mouchoir sale.

— …hochets qui passent.

Sawyer ravala sa rage, tandis que Félicité le contournait avec une royale indifférence pour s’engager dans l’escalier et gagner à son tour le bureau du maître des lieux, un lieu de toute évidence très couru. Sans un mot, Sawyer, les mains enfoncées dans les poches de son jean, quitta le Helmet pour retrouver son père et lui dire que Félicité était arrivé — un signe généralement infaillible que quelque chose allait se passer.

Abban suivit un temps la femme du regard, jusqu’à ce qu’elle disparût dans la cage d’escalier, avant de rejoindre Colin et Bianca. Bianca observa d’un air un peu perplexe ce gamin qui venait de sortir vivant des étreintes de Sawyer et qui n’avait pas l’air particulièrement secoué par son expérience sexuelle avec un sadique psychopathe. L’Irlandais se percha sur un tabouret et commenta sobrement :

— Tous jetés dans c’bar à la con. Avec ça j’ai même pas fini mon coca.

C’était une façon voilée d’en demander un nouveau, mais Bianca n’avait pas l’air disposée à le servir. Abban esquissa une moue contrariée avant de résumer ses petites péripéties.

— Bon, le mec, là, Sawyer, c’est donc le fils du proprio. Il lui manque une cause, mais j’lui ai un peu appris la vie et il devrait m’faire recruter ce soir par Papa. J’vous préviens, hors d’question qu’j’mette un chapeau, j’tiens à mon style. La meuf barjo avec des yeux d’lapin, c’t’apparemment une ponte, elle vient pour Tonnerre, mais aucune idée si c’t’une personne, une cargaison, une opération ou je sais quoi. Là dans l’bureau, c’plutôt calme, si y a des documents intéressants, c’pas gardé là, mais vu comme Sawyer s’la pète, j’pense quand même que Papa est haut placé dans l’réseau.

L’Irlandais finit par hausser les épaules.

— À part ça, il embrasse comme une merde et j’crois qu’c’t’un précoce, mais j’suis pas sûr qu’ce soit capital, comme info.

Il tourna un regard vers Colin, puis vers Bianca.

— Et vous, à part vous palucher dans la remise, vous avez fait des trucs intéressants ?

Parce qu’il avait tout de même l’impression d’être un peu le seul à travailler, dans cette histoire ! Une impression que commençait à partager Isaac, seul dans le bureau avec quatre types soudainement beaucoup moins louangeurs.
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Message posté : Dim 27 Oct 2013 - 17:14 Message
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    Ni Abban ni Sawyer ne firent attention au groupe qu’ils croisèrent. Chose qu’Isaac jugea assez louche et il craignit un instant que ses nouveaux « compagnons » se doutent de quelque chose et mettent leur nez et leur poings dans les affaires du Passeur. Mais c’était sans compter sur la sordide réputation de Sawyer. Les quatre compères haussèrent les épaules et reprirent leur chemin en compagnie d’un Isaac qui retrouva un visage festif après avoir lancé un regard interrogatif au jeune chauffeur. Le groupe se retrouva dans le bureau du patron que le jeune homme jugea assez classe quoiqu’un peu trop sobre. Il ne valait probablement pas celui de madame César... Mais il n’eut point le temps d’en profiter d’avantage car, lorsque la porte fut refermée derrière eux, les conversations allègres et les rires avaient fait place à un silence qui n’annonçait rien de bon. Iss’ se tourna en direction des quatre chapeliers et comprit qu’ils avaient joué la comédie. Merci Colin, t’aurais pu jeter un œil dans leur caboche.  

    – Je suppose que vous avez menti pour le champagne.
    – ATTRAPEZ-LE !

    ...

    Au bar, Colin et Bianca observèrent la nouvelle arrivante. Le mentaliste sentait une puissante aura émaner d’elle et il était donc hors de question d’entrer dans son esprit. Aussi, il prenait soin de mettre tous ses pouvoirs à lui en standby histoire de ne pas se faire repérer. Il pouvait presque remercier Chase pour sa petite leçon psychique. La serveuse, quant à elle, se frustra de ne pas pouvoir identifier cette personne qui semblait très importante mais qui, de mémoire de serveuse, ne lui avait jamais adressé la parole. Et comme elle l’avait deviné, l’inconnue était quelqu’un qui comptait, elle s’adressa directement à Sawyer qui en dépit de ses problèmes d’ordre psychologique, avait le prestige de son nom. Colin pour sa part constata que la « grande dame » ignorait un peu tout le monde, même Abban qui pourtant se tenait juste à côté du psychopathe. Au passage, il nota que celui-ci était toujours en vie, et la blessure sur la tempe de son accompagnateur l’amusa un peu. Lorsque la conversation entre les deux Purple Hat fut terminée, la diva prit la même direction qu’avait empruntée Isaac en compagnie de ses admirateurs. Un Sawyer bougon prit la direction de la sortie et Abban se dirigea vers eux. Avant qu’il n’arrive, Bianca voulut terminer la conversation entamée plus tôt.
     
    – Alors ? Tu vas faire quoi pour Isaac ?  
    – Ils ont déjà exécuté des gens ici ?
    – Pas que je sache... A part l’aut’ timbré, ils sont plutôt classes.
    – J’vais lui laisser encore dix minutes. Après, j’aviserai.  

    Et sur cette conclusion, le jeune transporteur s’invita à la partie en critiquant les piètres performances de l’établissement. D’abord surprise de le voir aussi peu secoué suite à un premier tête à tête en compagnie du fou furieux Sawyer, la serveuse se mura ensuite dans une expression agacée et décida qu’il était temps de se remettre au travail, il fallait bien continuer à donner le change. Cela dit, elle prenait également soin de laisser une oreille attentive au rapport du Passeur. Gula voyait d’un assez bon œil le travail que le jeune homme venait de fournir. D’un point de vue professionnel, on pouvait dire qu’Abban savait ce qu’il faisait. Après d’un point de vue plus personnel, Colin comprenait pourquoi Isaac et sans doute Bianca le trouvaient antipathique. Il avait une façon de s’exprimer plutôt agressive qui arriverait presque à faire passer Jay Lane pour un enfant de cœur.

    – Dommage pour toi, ça devait être horrible comme récolte d’informations.   commenta ironiquement le mentaliste avant de prendre une petite gorgée de son cocktail. De notre côté, nous avons fait connaissance et Bianca m’a un peu briefé, apparemment les spécimens les plus intéressants ne viennent que plus tard. Désolé, on dirait que le fils du patron a torturé ta bouche pour rien.

    Bianca eut un sourire moqueur, mais sa « bonté naturelle » la fit poser une autre bouteille de coca devant le jeune homme. Il méritait bien un petit peu de réconfort tout de même. Après tout, il s’était tapé Sawyer et avait survécu. En attendant les réactions du Passeur, la serveuse reprit ses activités, juste avant que le barman ne l’appelle pour venir le rejoindre dans la remise. Colin lui avait sorti son portable et envoyait un sms pour prendre des nouvelles de son acolyte.

    /Alors les bouteilles ?/

    ...

    En haut, Isaac était maintenu sur le bureau par les quatre hurluberlus du Purple Hat, chacun tenait un membre. Impossible de se libérer dans ces conditions. Le jeune homme avait la lèvre éraflée et quelques bleus sur le visage. On pouvait toutefois remarquer qu’il avait partagé sa douleur avec deux de ses ravisseurs. Mais ce n’était pas parce qu’il avait « perdu » qu’il n’allait pas se débattre, aussi il ne cessait pas de gesticuler, tentant même de mordre ses entraves humaines.

    – Putain mais lâchez-moi !
    – Tiens-toi tranquille, imbécile ! Elle ne va pas...  

    « Tarder » allait sortir de sa bouche au moment où la porte s’ouvrit afin de laisser entrer la mystérieuse Félicité dont l’apparition fit cesser tout mouvement. Même Isaac arrêta de se tortiller pour observer la nouvelle arrivante qui le fascinait tout en l’effrayant. Et il s’y connaissait en frayeur maintenant, ce n’était pas la même à laquelle Colin l’avait « habituée », c’était plus subtil, comme une introduction à la peur, un prélude. Iss’ avait un mauvais pressentiment et l’impression de se retrouver dans une situation désagréablement familière.
    – J’ai reçu ton message, il paraît que tu as une surprise pour moi...
    – Nous vous avons trouvé un Engrais !  

    Cette déclaration fut accueillie par un court silence qui avait trois explications. L’attente anxieuse pour les quatre chapeliers. La surprise euphorique pour Félicité. L’incompréhension pour Isaac.

    – Un quoi ?! Mais putain de quoi vous parlez bande de malades ! Evidemment, personne ne fit attention à lui.
    – Je sais que tu as un don pour ce genre de chose, Tibalt. Mais permets-moi de vérifier tes dires.  

    Et sans attendre de confirmation, elle s’avança en direction du bureau, pendant ce temps, ses sous-fifres lui offrirent une réponse en soulevant les habits qui recouvraient le ventre d’Isaac, indifférents aux protestations de ce dernier. Sur le chemin, elle leva une main sur son chapeau et en fit sortir une longue aiguille qui, du point de vue d’Isaac, avait l’air plus que douloureuse. La dame pourpre s’approcha dangereusement du prisonnier qui continuait à se débattre jusqu’à ce que l’inconnue pose un doigt sur les lèvres du jeune homme. Le faisant taire au passage. Ce qu’il fit. Sans comprendre pourquoi ni comment, il se sentait incapable de se battre plus longtemps en dépit de la peur et de la colère qui rugissaient en lui. Félicité leva son arme et l’approcha de l’abdomen de sa proie. Elle piqua juste au dessus du nombril, mais ne transperça pas la peau. Elle l’avait percé juste assez pour qu’une goutte de sang s’échappe de la blessure. Après avoir accomplit son œuvre, l’aiguille fut rangée dans le chapeau et remplacée par un collier en perles provenant du cou de la femme mystérieuse. Celle-ci fit pendre l’objet juste au dessus de sa victime et s’en servit pour effleurer la récente blessure, imbibant quelques perles de l’hémoglobine. Après cette cueillette, Félicité tint le collier suspendu devant elle et tout le monde se mit à fixer l’objet. Il ne fallut que quelques secondes – incroyablement longues pour certains – pour que les perles ayant touché le sang noircissent complètement et émettent une petite fumée noire : le sang évaporé. Une fois la fumée volatilisée, une forte odeur de fleur, impossible à identifier pour un être aussi subtile qu’Isaac, envahit la pièce et laissa le collier immaculé. Le bijou fut remis autours du cou de sa propriétaire.

    – Vous avez de la magie dans votre sang... déclara-t-elle simplement en observant Isaac sans ciller avant de reporter son attention sur les autres. Il fera un excellent sacrifice, vous avez fait une bonne pêche. Je vais prévenir les autres pour qu’ils se dépêchent de venir, ils voudront y jeter un œil.  
    – Un quoi !? Hey non !

    Mais il avait beau protester, Isaac ne fut pas entendu. Un de ses bourreaux le lâcha tout de même avant d’aller chercher de quoi attacher leur sacrifice. Cette fois, les quatre tortionnaires avaient retrouvé un visage enthousiaste, comme si c’était l’heure de faire la fête. Leur joie était telle qu’ils en oublièrent de faire les poches d’Iss qui pourtant contenaient un téléphone, en train de vibrer, au passage, et une arme.
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Message posté : Lun 28 Oct 2013 - 10:31 Message
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— Merci.

En fait, Abban était d’une politesse angélique. Il attrapa la bouteille de coca et la porte à ses lèvres, en réfléchissant avec pondération à la situation. Il n’aimait pas beaucoup les gangs. Le Cartel, c’était différent : assez soudé pour qu’on pût y trouver l’aide nécessaire à la collective fructification des affaires, mais assez grand pour qu’on n’eût pas à fréquenter perpétuellement les mêmes personnes et à développer cette consanguinité mentale qui caractérisait à ses yeux bien des groupes plus restreints et dont l’hideux chapeau des Purple Hat était le symptôme le plus évident.

L’arrivée de Félicité était un mauvais signe. Un très mauvais signe. Avec son sens social bien développé, Abban comprenait sans peine que la brutale modification des habitudes horaires que constituait l’irruption de la mystérieuse femme, en plein milieu de l’après-midi, dans le sous-cercle restreint des petites frappes était le signe certain qu’ils arrivaient en pleine catastrophe et que la collecte d’informations serait grandement perturbé par des événements inhabituels.

Il jeta un coup d’œil au téléphone de Colin.

— J’ai un mauvais pressentiment.

Il porta sa montre près de ses lèvres et murmura :

— Macha. Trouve moi des infos sur une meuf appelée Félicité.

Abban tapotait à une vitesse folle du bout des doigts sur sa bouteille de coca. Régulièrement, il la portait à ses lèvres et la baissait sans avoir bu, tentant de trouver le petit détail qui éclairerait une situation à ses yeux un peu étrange. Il finit par s’approcher un peu plus de Gula et glisser à voix très basse :

— Franchement. On rentre dans un bar à trois. Y en a un qui s’fait attaquer par le psychopathe de service et qui s’en sort. Y en a un autre qui s’fait embarqué par quatre types du gang. Y en a qui roule des patins à la serveuse dans la remise. Et tout le monde s’en fout ? J’veux dire, on nous a jamais vus et hop, on est dans la place. Mec, niveau succès astronomique, ça s’pose là. J’veux bien croire à ma chance, mais j’suis pas Wildcard.

Et Aishlinn avait été très, très claire : il n’avait pas intérêt à approcher la moindre partie de son anatomie de la moindre partie de l’anatomie de Wildcard, sinon sa réaction serait terrible. C’était bien dommage aux yeux d’Abban, parce que l’anatomie de Wildcard, il pouvait en faire bien des choses, mais en tout cas, une chose était sûre : leur chance venait d’atteindre le niveau du fameux joueur et peu porté à un optimisme débridé quand il était sur le terrain, le Passeur trouvait cela finalement assez peu rassurant.

— Deux choses l’une. Soit on est repérés. Soit on est dans un piège. Sans doute un peu des deux. Ton pote, là…

Abban leva les yeux vers le plafond pour désigner l’étage supérieur.

— J’préfère pas imaginer c’qu’ils sont en train d’faire. Quant à Sawyer… L’est ptêt plutôt aller chercher des renforts qu’son père. S’il t’a reconnu. Et ta copine…

Un geste de la bouteille vers la remise.

— Faut espérer qu’elle soit encore vivante.

Cette version, à peu près l’interprétation la plus pessimiste de leur situation actuelle, ne semblait toutefois pas inquiéter Abban outre mesure. Il pouvait toujours se téléporter au dernier moment et tant que lui survivait, la situation de ses acolytes du jour, si elle pouvait l’attrister quand il les découvrirait découpé en morceaux et jetés à droite à gauche sur un pentacle satanique, ne le bouleverserait pas durablement : il ne fallait pas s’attacher aux gens dans son milieu.

Son téléphone portable vibra et, se doutant que Macha lui envoyait les informations demandées, il le tira de sa poche, le posa sur le comptoir et l’alluma entre eux deux. Félicité Hamilton, fille de Joseph Hamilton III, ancien professeur de droit constitutionnel à Yale. Riche héritière, sans emploi connu, nombreuses activités charitables, collectionneuse de… Abban pointa du doigt un petit volume relié de cuir, sur une photographie où Félicité posait à côté d’un conservateur de bibliothèque.

— Ça, là. J’l’ai volé y a quelques jours. Bouquin magique. Revendu à une sorcière cinglée.

La photographie datait de quelques mois, probablement la vente à laquelle l’Almanach de Théodose de Constantinople avait été acheté par la personne à laquelle il l’avait lui-même dérobé. À en juger par les explications que sa cliente lui avait vaguement données, le livre n’était plus dans leur dimension à l’heure qu’il était, mais enfin, Félicité avait des centres d’intérêt assez remarquables.

Une conclusion s’imposait.

— C’t’une sorcière.

Abban commençait à se faire petit à petit à l’idée que Star City était traversé par un réseau mystique et ésotérique avec lequel il fallait composer autant qu’avec les mutants et les technologies improbables. Heureusement Aishlinn commençait à lui servir de pédagogue en la matière.

— Elle est dans l’bureau avec Isaac. En temps normal, j’t’aurais dit qu’j’pouvais y aller et descendre les quatre crétins avec qu’ils aient l’temps d’réagir. Mais elle, j’y connais rien, j’suis absolument pas sûr de ce que…

La porte du bar s’ouvrit à la volée et une voix tonitruante retentit.

— Non mais on ne me donne pas des ordres comme ça, à moi !

Abban fit volte-face, pour découvrir Sawyer, bien caché et pas très fier, derrière un homme de deux mètres, massif, avec une barbe bien taillée, des poings gros comme des boules de bowling (ou presque) et un air légèrement contrarié.

— C’est encore mon bar que je sache !

Il pointa un gros doigt sur Sawyer.

— Je te préviens, si tu l’as encore laissée monter et qu’elle fait ses saletés dans mon bureau, je t’en tiendrais pour personnellement responsable !

De toute évidence, tout le monde n’était pas frappé d’un mutique et absolu respect pour la mystérieuse félicité et le père de Sawyer ne comptait pas se laisser déposséder de son autorité dans son propre établissement. Sans jeter un regard à la clientèle qui d’ailleurs éviter de lui jeter le moindre regard, l’homme s’engagea dans les escaliers en continuant à pester. Le regard de Sawyer croisa un instant celui d’Abban, qui se penchait déjà vers Colin :

— Dissensions internes. Meilleur moyen d’obtenir des infos. Moi, j’suis déjà presque plus ou moins engagé par Papa Colère. Toi, j’suis sûr qu’tu peux séduire les sorcières désagréables.
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Message posté : Lun 28 Oct 2013 - 16:26 Message
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    Pas de réponse... Pourtant les consignes de Colin étaient claires, et surtout vitales lors de missions ; Iss’ devait répondre à ses messages le plus rapidement possible. Là, l’acolyte s’abstint. Abban eut même le temps de partager tous ses doutes, était-ce de la paranoïa ou de la simple prudence, le mentaliste n’en savait rien. Mais au lieu de remettre en question le jugement du jeune homme, il savoura la nuance de crainte qui ornait ses propos comme si c’était une feuille de menthe qui agrémentait sa boisson. Finalement, le mentaliste jugea le Passeur comme étant méthodique, sa demande d’information en était la preuve.

    – Tu n’as pas appris à avoir confiance en tes collègues ? Perso, on je doute qu’on me reconnaisse, je mets souvent un masque, tu vois.

    Quand il fallait passer à l’action, ce qui n’était pas encore le cas ici, et il espérait d’ailleurs avoir l’occasion de dissimuler son identité avant de devoir passer aux choses sérieuses. Dans l’état actuel des choses, pour le « reconnaître » il faudrait soit aller à la fac, soit traîner dans les coins privés du Circus, soit avoir visité le Cirque du Majestueux Kalah en même temps que lui, normalement, les PH n’avaient rien à voir avec tout cela, sauf mauvaise surprise. Quant à ce qu’il venait de dire sur la confiance, c’était un excellent précepte en théorie, mais comme Abban l’avait fait remarqué, leur situation était telle qu’ils étaient tous séparés. Cependant, Colin avait décidé de croire ce que Iss’ lui avait raconté sur Bianca, il savait celle-ci capable de se défendre comme une grande. Pour ce qui était d’Isaac en revanche, le mentaliste était un peu moins optimiste, même s’il savait que son acolyte était tout à fait capable de prendre soin de lui, il devait avouer que cette femme aux yeux rouges ne lui inspirait rien de bon. Et cela ne s’arrangea pas lorsqu’Abban partagea ses découvertes. Isaac ne pouvait pas tomber plus mal.

    – Une sorcière, tu dis ?!

    Le jeune homme confirma et Colin dut se retenir pour ne pas se mordre la lèvre. Ils n’auraient pas plus mal tombés. Qu’une rencontre avec une sorcière se fasse par hasard, il aurait pu rester calme, mais comme le Passeur l’avait fait remarquer, ça commençait à faire beaucoup de coïncidence, et Gula n’était plus sûr de vouloir laisser les choses se dérouler pour voir où elles allaient mener. Il était temps de passer à l’action. Mais bien sûr, l’univers leur lança un nouvel obstacle : Sawyer et son paternel, le grand manitou des lieux, débarquèrent avec ce qui semblait être une humeur massacrante. Cela dit, il en fallait plus pour impressionner les deux envoyés du Cartel. L’Irlandais fit part de ses idées en premier.

    – Pas sûr qu’elle soit sensible à mes charmes, m’ais j’vais voir c’que j’peux faire. Bon courage avec ton nouveau beau papa.  

    Sur ce il se donna quelques forces en avalant deux gorgées de son cocktail avant de prendre la route, direction le bureau. Sur le chemin, il entendit Bianca et son barman discuter dans la remise. C’était bon signe : la serveuse n’était donc pas encore découpée en morceaux... A l’intérieur, la jeune femme essayait de tirer les vers du nez de son collègue.

    – Allez Rick, dis-moi c’qui s’passe ! On va pas rester là pendant des plombes !
    – Non, j’t’assure que tu veux pas sortir de suite. Le boss m’a envoyé un message et ça va pas tarder à être le bordel.
    – Tous ça me dit pas c’que c’est ! Des règlements de compte ? Les flics ?
    – J’sais pas, mais Sawyer et Félicité sont tombé sur des cas. Et vaut mieux pas être là quand ils vont s’occuper d’eux.

    Bianca fit mine de vouloir en savoir plus, ce qui était le cas d’ailleurs. Et l’exaspération qu’elle montrait à l’idée de rester enfermer ici tandis que le film Reservoir Dogs était en train de prendre vie dans son bar venait de sa frustration à ne pas pouvoir savoir ce qui risquait d’arriver à ses collègues. Elle voulait les prévenir, mais il fallait rester cohérente, pour éviter que Rick ait des soupçons.

    – J’peux au moins envoyé un message à mon mec pour lui dire de se tailler.
    – Nan pas la peine, tu trouveras mieux...  

    Le regard du barman en disait long pour la serveuse, elle reconnaissait les signes. La fierté de mâle de Rick l’empêchait de voir que Colin était beaucoup plus mignon que lui. L’imbécile. Comme si elle et le mentaliste... et comme si le barman était à son niveau à elle. Enfin, autant le laisser espérer, ça pourrait toujours servir... Bianca prit une voix de greluche innocente et demanda :

    – Tu crois ?

    En haut, les quatre gros bras se débattaient encore avec Isaac pour l’attacher convenablement, ils avaient trouvé des chaînes. D’habitude, elles servaient pour frapper les ennemis du Purple Hat ou encore pour les torturer, mais là, elles feraient l’affaire. Félicité, elle, ne manquait pas une miette de ce spectacle qu’elle contemplait avec un œil gourmand. Puis quelqu’un frappa à la porte. Tout le monde se figea, Iss’ y voyait une lueur d’espoir et tenta de dégager son visage de la main qui l’empêchait de crier pour demander de l’aide, mais on masqua une nouvelle fois sa bouche et il ne put émettre qu’un cri étouffé. La dame pourpre fit un signe de tête à ses hommes avant de se diriger vers la porte et de l’ouvrir, ce qui laissa apparaître Colin. Le jeune homme prit une expression innocente et considéra l’inconnue. Elle l’observait d’un air méfiant et intrigué, maintenant qu’elle était si près de lui et qu’elle lui accordait une telle concentration, elle arrivait à percevoir quelque chose de très particulier...

    – Oui ? C’est pour quoi ? demanda-t-elle avec une intonation impérieuse.
    – Je cherche mon ami, Isaac. J’ai cru comprendre qu’il était monté ici...
    – Ah oui... je suis désolée. Lui et ses amis sont partis... faire la fête je crois. Voyez... Elle s’écarta pour laisser entrer l’étudiant. Ils ne sont pas là.

    En effet, la pièce était vide. Colin balaya la salle du regard, mais il ne vit personne d’autre. Il remarqua par contre la pagaille qui avait été laissée. Le jeune homme n’était pas dupe, mais la sorcière l’intriguait, il voulait voir ce qu’elle valait.

    – Ils se sont déjà bien amusés ici on dirait...
    – L’alcool et les hommes, vous savez... se contenta-t-elle de déclarer, sans y croire elle-même.

    Colin lui répondit par un sourire un peu gêné. Du coup il ne « savait » pas quoi lui dire. Mais une idée ne tarda pas à lui venir.

    – Iss a fait ça ? Laissez-moi aider à ranger alors.

    Là il obtint une réaction, Félicité s’avança vers lui, comme prit d’une soudaine panique, de toute évidence elle ne voulait pas qu’il mette son nez dans ces affaires. Le jeune homme s’était déjà accroupi pour rassembler les objets éparpillés quand elle déclara d’une voix un peu trop forte :

    – NON ! Laissez ! ... laissez, je vais m’en...

    Elle fut coupée par un grand bruit qu’on ne pouvait que reconnaître : un coup de feu qui semblait venir de la rue, ou plutôt de l’allée arrière. Là où Isaac avait été amené via un passage secret. Le jeune homme avait réussi à se libérer u bras et à s’emparer de son arme. Mais les autres ne se laissèrent pas impressionner et foncèrent tous en même temps sur lui, il n’eut pas d’autre choix que de tirer sur un de ses agresseurs. Et tel le signal de début de course, le rideau fut tiré. Dans le bureau, Félicité arrêta son jeu et décida qu’il était temps de supprimer ce témoin. Ses yeux devinrent encore plus rouges et son visage prit une expression glaciale et féroce. Colin déglutit mais décida malgré tout de continuer à jouer la comédie ; rester normal pour ne pas paraître suspect. Si les chapeliers violets se rendaient compte que Gula du Cartel Rouge les avait sournoisement attaqués, la guerre serait ouverte.
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Message posté : Lun 28 Oct 2013 - 18:57 Message
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— Dites donc, j’ai pas qu’ça à foutre, moi, les mecs.

Avait déclaré d’un air contrarié Abban, alors que Sawyer et Papa Colère allaient monter les escaliers. Les deux hommes se retournèrent vers ce gêneur dont le courage frôlait l’inconscience suicidaire tandis que Colin en profitait pour les précéder dans les escaliers, jusqu’au bureau, dont Isaac ne paraissait pas décidé à revenir. Une main dans la poche de son jeans, une autre toujours refermée autour de son coca, l’Irlandais fixait Papa Colère sans ciller.

— Mais t’es qui, toi, au juste ?

C’était la première fois que Papa Colère faisait attention à ce drôle de gamin qu’il n’avait pas vu, quelques secondes plus tôt, en traversant en furie la salle principale, obnubilé par les activités de Félicité dans son bureau. Il détestait qu’on vînt torturer des gens n’importe où dans son établissement : cela laissait des marques affreuses sur son beau sous-main en cuir et Papa Colère aimait l’ordre et la sobre élégance qu’il avait su créer dans son bureau.

Sawyer glissa d’une voix nerveuse :

— C’est le mec dont j’t’ai parlé, là, Jace.

Puis il adressa un sourire mauvais à Jace. Message reçu : ses perspectives d’embauche venaient apparemment de fondre comme neige au soleil et Sawyer avait l’air trop content de lui pour ne pas l’avoir doublé. Restait à savoir ce que Papa Colère savait exactement des circonstances de leur rencontre.

— C’est toi l’inconscient qu’a tiré sur mon fils ?
— Oui.

Il s’était avancé en faisant craquer ses phalanges mais il fut arrêté par le calme olympien de sa future victime. D’habitude, quand les gens voyaient un type de deux mètres s’approcher d’eux d’un air menaçant, ils n’avouaient pas tranquillement leur crime, pas plus qu’ils ne prenaient une gorgée de soda en attendant sans bouger la mort. Abban rajouta d’un air navré :

— Jamais rencontré un type qu’employait si mal ses dix doigts. Ça m’a énervé.

Papa Colère jeta un œil à Sawyer.

— Dix contre un qu’il est vierge, c’pas possible autrement.

Sawyer commençait à tripoter nerveusement les bords de son chapeau, tandis qu’Abban continuait, imperturbable :

— Non mais v’l’auriez vu saisir la chose, on aurait dit qu’y savait pas quoi en faire. J’vous parle pas d’sa manière d’prendre ça en bouche, franchement, c’tait pit…
— Non mais ta gueule !

Abban retrouva le silence. Il avait vu l’inconfort de Papa Colère dès que la nature de sa relation éventuelle avec son fils avait été évoquée et il s’était engouffré dans la brèche pour augmenter l’inconfort de l’homme. À grandes pelletées, il avait creusé un fossé entre le psychopathe homosexuel et son père, visiblement peu ravi d’avoir un fils aussi incontrôlable et aussi porté sur les garçons. Le désir de le venger était sérieusement tempéré par le désir de lui en coller une pour lui apprendre à tenir une réputation.

Après avoir jeté un regard assassin à Sawyer, il reporta son attention sur Abban.

— Ça change rien. S’attaquer à l’un d’entre nous, c’est s’attaquer à nous tous. Question de principes.
— Vos principes autorisent aussi fiston à m’p’loter sur vot’ bureau ? C’est vachement space, comme principes, quand même.
— SUR MON BUREAU ?!

Cette fois-ci, Papa Colère avait empoigné Sawyer et l’avait plaqué contre le mur, en le soulevant par le col, bien décidé à lui apprendre que la meilleure manière de faire respecter l’autorité par ses hommes, c’était encore de commencer par la respecter soi-même. Mais un coup de feu retentit dans la ruelle et une fraction de seconde plus tard, bien avant que Sawyer ou Papa Colère ne se fussent retournés, Abban avait disparu.

L’Irlandais se matérialisa devant l’un des trois Purple Hat encore debout pour lui décocher un coup de crosse dans la glotte, disparut aussitôt, apparut auprès d’un second, qui eut le droit à coup de crosse à la base du crâne, se téléporta devant le troisième, propulsa un genou brutal dans ses parties intimes. Le Purple Hat plié en deux fut étalé par un coup du même genou dans le menton et il n’avait pas touché le sol qu’Abban était réapparut à côté de sa première victime, qui toussait comme un diable, pour la jeter contre le mur le plus proche.

La scène n’avait pas duré beaucoup plus qu’une dizaine de secondes et l’on pouvait douter qu’aucun des trois hommes qui étaient désormais allongés inconscients par terre n’eût eu le temps de comprendre ce qui se passait. Isaac lui-même n’était pas sûr d’agencer correctement la séquence d’événements dans son esprit, alors qu’Abban l’aidait à se débarrasser de ses chaînes. Mais les deux jeunes gens n’eurent pas le temps de faire le point sur la situation. Papa Colère et Sawyer venaient de faire leur apparition dans la ruelle et pointait leurs armes sur eux.

Abban posa aussitôt une main sur l’avant-bras d’Isaac, prêt à disparaître s’il entendait le plus petit crissement de gâchette. Mais il y avait encore une mission en cours. Avec son insolence habituelle, l’Irlandais :

— Vous employez que des brêles ou c’t’une impression ?
— Non mais j’hallucine ! Cette fois-ci, j’vais pas t’râter.

Tous les muscles d’Abban se tendirent, mais Papa Colère décréta sèchement :

— Pas bougé, Sawyer.

Puis il considéra les quatre Purple Hat à terre, avant de reporter le regard sur Abban poids plume.

— T’as fait ça tout seul ?
— Nan, mon pote en a descendu un. Niveau convivialité, zéro. Attendez vous à avoir des commentaires hargneux sur Trip Advisor.

Les quatre sous-fifres qu’Abban et son acolyte avaient martyrisés n’étaient pas des pointures du gang, mais enfin, ils n’étaient pas non plus des enfants de cœur, pas plus que Sawyer, auquel l’Irlandais avait aussi échappé. Papa Colère avait l’air bien songeur.

— T’es doué, dis moi.
— Merci.
— Sawyer a dit que t’avais demandé du boulot et qu’il avait accepté pour te doubler. Mais peut-être que tu mérites vraiment du boulot.
— Ouais, enfin, j’travaille pas avec des amateurs.
— Nous ne sommes pas des amateurs.
— Entre ces cinq là et la meuf sortie d’la fashion week, franchement, j’suis pas sûr.
— Ni Sawyer, ni ces quatre abrutis ni Félicité ne résument les Purple Hat.
— Ouais, bah Félicité, là, elle avait quand même l’air de diriger l’affaire.
— Elle ne comprend pas tout à fait sa place. C’est souvent ça avec les gens talentueux.
— Et c’est quoi son talent ? Avoir des yeux d’droguée ?
— Tu m’as l’air de beaucoup t’intéresser à elle.
— J’m’intéresse à ceux qui dirigent. Question d’stratégie.
— Dans ce bar, c’est moi qui dirige. Alors lâche ton ami et suis moi. Toi.
Il pointa Sawyer du doigt.

— Nettoie moi ce bordel.
— Mais…
— Et après on parlera de tes hormones. La castration chimique, ça existe, tu sais.

Sawyer et Papa Colère avaient baissé leurs armes. À nouveau, Sawyer jeta un regard assassin mais impuissant à Abban, qui retirait lentement sa main de l’avant-bras d’Isaac. Papa Colère lui fit un signe de tête et l’Irlandais s’approcha du propriétaire des lieux, pour lui emboîter le pas à l’intérieur du bar
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Message posté : Mer 30 Oct 2013 - 19:03 Message
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    – Je crois qu’il est temps d’arrêter la comédie. Je vais vous tuer.

    Pour quelqu’un avec un quotidien comme celui de Colin, une telle déclaration n’avait rien de vraiment surprenant. En fait il admirait un tout petit peu le calme et la simplicité que cette femme avait employés pour annoncer à sa victime sa condamnation à mort. Respect. En tant que victime, cependant, le mentaliste feignit la surprise et la peur tout en reculant en direction du bureau sans perdre des yeux celle qu’il identifiait (dans ses deux rôles) comme étant une femme très dangereuse. D’une voix peu assurée, il enrichit sa comédie :
    – Je... quoi ? Attendez ! Pourquoi ?

    Mais Félicité ne semblait pas du genre à discuter, en tout cas pas avec lui. La sorcière baissa la tête sans pour autant quitter sa cible du regard et elle commença à s’exprimer dans une langue que Colin ne connaissait pas, mais qu’il identifiait comme étant d’origine mystique à cause des ondes d’énergie qu’il parvenait à ressentir. Cela lui rappelait certains adversaires qu’il avait affrontés au Circus, sans parler des mystiques de la Triade avec qui il avait collaboré. Le spectacle était impressionnant assez pour que le jeune homme effrayé qu’il arborait en masque demeure stupéfait et pour que sa vraie personnalité soit fascinée. Sa potentielle meurtrière continua ses incantations pendant une bonne minute avant de s’arrêter et de laisser un silence de plomb régner dans le bureau. Il allait prendre la parole lorsqu’il sentit quelque chose bouger derrière lui. Son expérience au cirque de Kalah ne lui avait apparemment pas bien servie. Lentement il se retourna mais il fut vite obligé de passer à la vitesse supérieure car quelque chose se jeta sur lui pour l’amener au sol et essayer d’approcher ses mâchoires du visage de sa proie. Au plancher, sur le dos, Colin se débattait pour essayer de repousser la créature qui avait la taille et la forme d’un berger allemand mais sans les poils. La chose avait une peau blanchâtre assez gluante et sa gueule semblait être composée de deux étages, chacun pourvu de bonnes rangées de dents. La bête était forte et le jeune homme pouvait remercier sa force qui le préservait de ces crocs. Une partie de son cerveau remarqua que quelqu’un avait fermé la porte. Un rapide coup d’œil lui apprit qu’il était seul dans le bureau, en compagnie de ce monstre. Il allait maintenant espérer qu’il n’y ait pas de caméra. Comme ça il pourrait se lâcher.

    En bas, Bianca avait réussit à convaincre Rick de sortir de la remise sous prétexte que cela faisait quelques minutes qu’il n’y avait plus eu de coups de feu. Prudemment, les deux employés retournèrent dans le bar, juste à temps pour voir le Grand patron rentrer en compagne de son fils, d’Abban et d’Isaac. Ils observèrent les « rescapés » d’un air étonné avant de recevoir un regard impérieux de la part de leur boss, leur indiquant de se remettre au boulot, ce qu’ils firent. Père et fils finirent brièvement leur conversation hormonale et Iss’ profita de cet instant de repos pour chuchoter stratégie avec le Passeur.

    – Où est Gula ?

    Il lança également un regard interrogatif à la serveuse qui lui répondit par un discret hochement de tête. C’était pas bon. Colin était-il resté dans le bureau ? Mais il n’eut pas le loisir d’y réfléchir d’avantage car Félicité réapparut. Heureusement pour lui, la sorcière, dans sa grande mégalomanie, ne prit en compte que la présence du propriétaire, qu’elle se plaisait à interpeller en usant de son deuxième prénom. Pendant qu’elle accueillait le maître des lieux, Iss fit mine de lacer ses chaussures en prenant soin de lui tourner le dos. Une technique vielle comme le monde, mais qui lui permit de se faufiler discrètement derrière un coin du bar, à l’abri des regards maléfiques.

    – Orville ! Quel plaisir de te voir en cette merveilleuse soirée. Je vois que pour une fois, ta progéniture s’est révélée utile.
    – Oh, pas tant que ça, mais c’est une autre histoire. Mais toi rassure-moi, tu n’as pas fait de cochonnerie dans mon bureau.  
    – Si peu... tes hommes doivent être en train de tout ranger à l’heure qu’il est. As-tu vu ma trouvaille ?  
    – Tu veux dire le garçon qui s’est occupé de quatre de mes hommes avec son copain ? Ouais, il est caché derrière le bar.

    Tous les regards suivirent celui d’Orville et Isaac n’eut pas d’autre choix que de se relever, très mal à l’aise. Félicité n’avait pas l’air enchantée non plus. Contrariée était le mot juste.

    – Oh... Décidément, tes hommes sont très incompétents ce soir.
    – C’est ça... Allez ! Tout le monde dans mon bureau qu’on règle toutes ces conneries. Pas vous ! Vous avez du boulot ici.   adressa-t-il à Bianca et au barman qui de toute façon, avaient compris qu’on ne les invitait pas. Et j’espère vraiment qu’il y a pas une seule tâche.

    La sorcière ignora la menace et suivit son collègue, accompagnée par Abban et Isaac qui, de par son statut, était invité lui aussi. Même s’il aurait préféré ne plus mettre les pieds dans cette pièce, surtout en compagnie de cette femme. Une fois arrivés, le propriétaire ouvrit son bureau, prit une grande inspiration en entra... pour s’arrêter sur le seuil de la pièce, et contempler le carnage. Félicité, indifférente, se glissa derrière lui pour entrer à son tour et apprécier le spectacle. En plus de la pagaille laissée par Isaac et ses quatre anciens amis, la salle était maculée ici et là de sang et de morceaux de chair et d’autres plus délicats à identifier...

    – Ah... Enfin un résultat positif. Je ne peux compter que sur mes démons, vraiment...
    – Tu as invoqué un démon ici ! hurla le propriétaire dont le visage était devenu écarlate, prêt à étriper la sorcière à mains nues.
    – Oui... il y avait un gêneur... Tu es comme moi, tu n’aimes pas les témoins, n’est-ce pas ?

    Dans la rue, sous les fenêtres du bureau, Colin quittait les lieux afin de ne pas se faire repérer. Il espérait que la sorcière ne serait pas capable de voir la différence entre un corps humain moitié déchiqueté, moitié dévoré et un démon qu’il avait explosé. Mais le fait qu’il ne soit pas pourchassé par d’autres monstres l’encourageait un peu. Gula continua son chemin qui ne le mena pas au bar, mais à la voiture du Passeur. Pour avoir eut une démonstration de son intelligence artificielle, il préféra ne pas sous estimer la technologie de l’engin et décida de la considérer comme étant au moins aussi intelligente qu’un être humain lambda. Il s’approcha de la voiture et, pour ne pas avoir l’air louche, sortit son portable pour pouvoir parler.

    – Hum... excuse-moi ? Voiture du Passeur ? Voiture supérieure ? après qu’un clown l’ait exilé dans un monde onirique, Colin avait perdu le peu de peur du ridicule qui lui restait. Aussi discuter avec une voiture ne le dérangeait pas, même s’il n’était pas sûr de la formule à utiliser. C’est Gula, est-ce que tu pourrais envoyer un message à ton conducteur ?  

    – Vous voulez dire mon très charmant conducteur.

    Si la situation n’était pas aussi urgente, le mentaliste aurait bien éclaté de rire, mais il se contenta d’une petite seconde d’hésitation avant de poursuivre.

    – Heu... ouais. Un petit peu jeune par rapport à mes fréquentations habituelles... mais très charmant en effet. Beau regard, symétrie du visage... est-ce que tu peux lui dire que je suis en vie et que la sorcière peut invoquer des démons mineurs.
    – Transfèrt en cours.
    – Merc...  

    Mais le jeune homme fut interrompu car pour la deuxième fois ce soir, il fut plaqué au sol par un ennemi qu’il n’avait pas remarqué. C’était officiel, la prochaine fois que Chase Neutron-Grey voulait s’amuser à lui donner des cours, il lui demanderait de l’aider à développer sa capacité à ressentir les esprits hostiles. Petite amélioration cette fois, son adversaire était humain. Il avait un chapeau, une chemise ouverte et essayait de lui lier les mains tout en déblatérant un speech incompréhensible.

    – Problèmes d’hormones... j’vais lui montrer... On s’fout pas d’ma gueule comme ça... pas pu avoir l’aut’... mais toi... toi j’vais te...

    Sawyer n’avait pas pensé à cela avant de s’en prendre à Colin pour se défouler, mais cette victime non plus n’était pas inoffensive. Gula réussit à se libérer les mains et à les coller sur le visage du chapelier. Aussitôt, il lui inocula une bonne dose de son venin psychique ce qui l’envoya direct au pays des cauchemars. Dans l’esprit de Sawyer, Colin s’était transformé en un tas d’asticots qu’il fallait éviter à tout pris. En hurlant très fort de préférence. Le mentaliste prit une longue inspiration, savourant cette vague de peur qu’il venait de générer, et décida qu’il était temps de mettre le masque de Gula.
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Message posté : Jeu 31 Oct 2013 - 11:51 Message
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Lorsqu’Isaac l’interrogea sur la situation de Gula, Abban leva les yeux vers le plafond avec un tout petit mouvement de tête. Voir la sorcière débarquer à leur rencontre n’était pas exactement rassurant, mais le jeune homme connaissait assez la réputation du second de César pour se faire une haute idée de ses chances de survie. Il avait finalement appris que, dans le Cartel de Star City, chacun avait plusieurs tours dans son sac et les récits qui couraient à propos de Gula, par exemple au Circus Maximus, donnaient une haute idée des capacités de l’homme.

L’Irlandais s’abstint donc de tirer une conclusion hâtive en contemplant le lugubre spectacle qui se révéla à eux, derrière la porte du bureau, retapissé de chair. Preuve de sa lente intégration au monde de Star City, il ne s’étonna pas d’entendre parler de démons mineurs — des démons, il en avait déjà croisés un ou deux, au Circus justement. Pas de raison pour que le corps en miettes, à peine identifiable, qui parsemait la pièce ne fût pas celui de l’invocation. Il jeta un regard à Isaac, sans parvenir à déterminer si son acolyte partageait ou non son optimisme.

Orville, pour sa part, fulminait. Il avait posé sur la sorcière un regard assassin qui ne faisait rien perdre, à cette dernière, de son air altier.

— D’abord, il n’y aurait pas eu de témoin, parce que pas de crime, si tes quatre idiots n’étaient pas perpétuellement en chasse de chair fraîche pour tes fantaisies.
— Mes fantaisies font beaucoup de notre prospérité, très cher Orville, dois-je te le rappeler ?
— Notre prospérité vient d’affaires bien gérées, surtout. Pas de chaos, de carnage et de magie.
— Ouais, ok, cool votre couple, et sinon, on peut avancer, là ?

Isaac, lui, avait été ravi qu’on l’oubliât pendant tout ce temps. Orville et Félicité, de leurs côtés, guère habitués à ce qu’on contestât de la sorte leur autorité respective dans un gang aussi bien endoctriné que l’était celui des Purple Hats, se retournèrent d’un bloc vers le Passeur, avec une sensible perplexité — du moins sur le visage d’Orville. Félicité, elle, était simplement ennuyé d’avoir à traiter avec des sous-sous-fifres même pas encore engagés.

— C’est qui, lui ?
— Une nouvelle recrue. Peut-être.
— Je vois que tu ne leur apprends pas le respect.
— Je leur apprends l’efficacité, moi, c’est déjà cela. Et la discrétion.

Orville posa un regard lourd de sens sur Abban, qui ne bougea pas d’un cil.

— Non mais écoutez, jusqu’à présent, là, vous m’faites surtout l’effet d’une kermesse mal organisée. Entre vos branlots incapables de rien faire correctement et vous qui vous foutez sur la gueule, franchement, si c’est pour passer ma vie dans un gang inactif, j’aime autant aller cueillir des pommes à la ferme voisine.
— Inactif ?

Félicité avait redressé le menton d’un air dédaigneux. Le portable d’Abban vibra dans sa poche et, sans se gêner, le jeune homme le tira, parcourut le message de Macha, et répondit, sans prêter une grande attention à deux pontes des Purple Hats dont il bousculait les habitudes. Il fallait dire que comme toute secte, les autorités des Purple Hats décourageaient chez les subalternes tout esprit un peu trop poussé d’indépendance. Un gage de cohérence et de fidélité, sans aucun doute, mais aussi d’inefficacité, la plupart du temps. C’était à la force des grandes figures du gang que le gang s’élevait, chacune amassant autour d’elle les adeptes convaincus, dans une direction polycéphale de plus en plus affirmée, qui menaçait l’organisation de division. Une stratégie entièrement opposée au contrôle lâche mais syncrétique du Cartel.

— Dis donc, on te dérange ?
— Un peu.

Abban releva les yeux et rangea son téléphone, tandis que non loin de là, dans la rue, Macha lisait à haute voix à Colin :

— Il dit : « Avec la sorcière, le proprio et Isaac. Tout va bien. Je les fais exploser. À plus. »

L’adolescent pointa Orville du doigt.

— Autant le bar, là, j’comprends. Autant invoquer des démons, merci bien, mais ça a jamais fait du pognon, jusqu’à preuve du contraire.

Félicité agitait désormais nerveusement les doigts de sa main gauche. Orville jeta un regard à la sorcière.

— Toi, tu fais un truc suspect, je t’explose.
— Orville, je crois que vous vous surestimez.
— Jusqu’à preuve du contraire, c’est encore moi qui gère les affaires ici.
— Jusqu’à preuve du contraire, c’est encore moi la Prêtresse de Litanies.
— Ah non putain, moi, si faut faire des trucs de curé…

Abban se signa mentalement.

— …j’dégage.

Félicité serra lentement le poing et finit par murmurer d’une voix où l’on entendait sans peine la froideur de son mécontentement.

— Je vais demander un conseil. Nous verrons ce qu’il en sera. Cela fait très longtemps que tu sous-estimes mon influence, Orville.
— C’est ça.

L’homme avait haussé ses larges épaules. Félicité, sans leur accorder le moindre regard, se détourna, ouvrit la porte du bureau et descendit les escaliers, pour sortir du bar et contacter les autres grandes figures du gang, afin de mettre un terme aux ridicules libertés que s’accordait celui qui n’était, pour elle, qu’un patron de bar. Abban, de son côté, avait attendu un long moment avant de glisser, comme si de rien n’était.

— Finalement, du coup, elle vous aura pas parlé de Tonnerre.
— Quoi ?

Orville venait de le prendre par les épaules et de plonger son regard dans le sien.

— Qu’est-ce tu sais sur Tonnerre, toi ?

Abban se dégagea.

— Rien. Elle en parlait à vot’ fils, quand j’étais avec lui. C’pour ça qu’elle était venue, à la maison. Y vous a pas dit ?

Orville se redressa, de toute évidence préoccupé. Distraitement, il répondit :

— Non, il était trop occupé à geindre à propos de toi. Hmm… J’suis sûr qu’elle va essayer de se l’approprier.

Avec une fausse naïveté, Abban glissa :

— Votre fils ?
— Non, Tonnerre, imbécile, Tonnerre. Mais qu’est-ce qui fout, mon fils ? Jamais là quand on a besoin d’lui.
— Sinon, on peut toujours vous donner un coup d’main, hein, des fois…
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Message posté : Jeu 31 Oct 2013 - 19:47 Message
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    Sawyer du Purple Hat était vraiment très réceptif au venin de Gula. En même temps, le mentaliste n’avait jamais essayé sur quelqu’un à l’esprit vraiment dérangé. Trop instable par nature. Mais il était content de voir que cela fonctionnait à merveille. Il nota également que Bianca avait correctement diagnostiqué le jeune homme : il lui manquait effectivement une case. Par contre, et cela concernant l’ensemble de ses pouvoirs, la panique manquait de discrétion. Sa victime commençait à un peu trop attirer l’attention. Colin se releva aussi vite qu’il put et plaqua sa victime contre la voiture d’Abban en prenant soin de poser une main sur la bouche du chapelier. Ok, plaqué contre lui, Colin devait avouer  que si son esprit était totalement dérangé, le chapelier était bien fichu. Mais si on en croyait le Passeur, il valait mieux ne pas s’y fier.
    – Désolé, voiture supérieure, mais si tu veux lui donner un coup de taser, n’hésite pas.  
    – Hmmmhmmhm !
    – Toi la ferme.

    Parce que dans son état, il n’allait pas la bouclé, Colin décida qu’il ne servait à rien de rester ici. Il fallait s’isoler pour être tranquille. Pour s’assurer un peu de discrétion, il lui promit d’arrêter les cauchemars s’il la bouclait et le suivait sans faire d’histoire. Se faisant, il traîna sa proie dans une rue qui lui disait quelque chose : il y avait vécu une course poursuite avec un gang ennemi et il savait qu’il s’agissait à la base d’une zone appartenant au Cartel Rouge. Un coin de vente pour le Meta-X. Un des derniers dans cette région. Ainsi seuls, Gula jeta sa victime au sol. Sawyer transpirait et avait une respiration haletante. De toute évidence, il avait beaucoup de mal à ne pas retourner dans la panique totale. Tant mieux, cela rendrait les choses encore plus faciles. Pour la peine, le mentaliste laissa ses phéromones se promener dans les airs et enfila son masque. Histoire de peaufiner ces préliminaires. Il prit ensuite la parole, avec sa voix altérée par ce masque, il avait l’air encore plus menaçant qu’en temps normal. Merci Drew pour le cadeau.

    –  Maintenant tu vas me dire tout ce que tu sais sur le Purple Hat, sur le rôle de ton père et de la sorcière au chapeau.

    Pendant ce temps, dans le bureau, Isaac regardait avec étonnement l’insolence dont usait Abban pour tirer les vers des nez ennemis. Il se demandait comment le Passeur avait fait pour ne pas se faire tuer depuis le temps. Sûrement que son pouvoir devait avoir participé à sa survie. Il manquait de subtilité, mais ça avait l’air de fonctionner. Le gamin devait avoir une chance de cocu. Malheureusement, si Papa Orville semblait « facile » à convaincre, Félicité était moins encourageante. Et moins coopérative, que ce soit pour eux ou pour le propriétaire du bar.

    – Il doit être en train de chercher une autre proie. On dirait que son premier hochet ne s’est pas montré très coopératif tout à l’heure.

    Isaac s’apprêtait à intervenir en commentant un autre « plan » qui s’était mal passé dans ce bar quand il sentit sa poche vibrer. Cette fois, il prit la peine de répondre. Contrairement à Abban, lui n’attirait pas l’attention. A part celle de la sorcière qui lui lançait parfois des regards qui lui donnaient l’impression d’être une simple gourmandise. Son portable affichait un sms qui provenait de Bianca. Ah, cool, elle était encore en vie.

    /Fous la merde entre eux. Le boss déteste la sorcière/

    Génial, c’était pas lui le manipulateur, c’était Colin. Lui n’était pas assez subtile pour ce genre de chose. Cela dit, il fallait remarquer que l’unité et la solidarité ne crevaient pas les yeux dans ce clan. La situation était presque comique. Il était conscient que ni l’un ni l’autre ne semblait rassurant. Elle avec ses yeux rouges et son aura maléfique et lui avec sa taille de mastodonte et ses mains gigantesques. Mais leur dispute de couple frisait le ridicule. Leur argumentation, le départ dramatisé de Félicité qui ne dura pas. Le temps de passer un coup de téléphone impérieux et bref qui fit hausser les sourcils de Bianca et de Rick et elle était remontée. Décidé à se venger de la sorcière, elle essaya d’enfoncer le couteau dans la plaie en tentant un tir à l’aveugle.

    – Tonnerre, ça a à voir avec ce que vous vouliez faire de mon sang ?

    Les deux chapeliers se tournèrent lentement vers lui comme s’il venait de dire une énormité. Isaac vit le début de sa vie défiler avant que la bombe Orville explose à la figure de la dame en pourpre.

    – Qu’est-ce que t’as été ouvrir ta grande gueule, encore ?!

    La sorcière se trouva particulièrement exaspérée. Mais ce qui inquiétait le plus Iss’ c’était de ne pas voir la moindre trace de peur dans son regard, alors que lui-même n’était pas particulièrement rassuré devant ce colosse rougi par la colère.

    – Que tu es bête, Orville. Je n’ai pas du tout l’intention d’utiliser cet engrais pour Tonnerre.
    – Tu vas t’en servir pour quoi alors ?!
    – Juste pour moi... Pour renforcer mon pouvoir.
    – Alors c’est ça ! Tu veux nous doubler. Tu nous utilises depuis le début pour tes petits tours de passe-passe. Et quand t’en auras fini avec nous, tu feras quoi ?
    – Ta bêtise est vraiment impressionnante.

    Pendant que les deux se disputaient, Isaac en profita pour glisser deux mots discrets dans l’oreille d’Abban.
    – J’sais pas toi, mais j’ai bien envie de les voir se bouffer les orteils.  

    Ils continuèrent leur dispute, accompagnés par les commentaires et propositions insolentes du Passeur. Pendant ce temps, Isaac décida d’envoyer un message à Colin, déjà pour vérifier s’il était vivant. Il le connaissait assez pour savoir qu’il était capable de mettre une pièce dans un état similaire à celui de ce bureau, mais il préférait être sûr. Après tout, la sorcière ne semblait pas du tout inquiète du sort de celui qui l’avait dérangée dans ses plans démoniaques.
     
    /Ils sont à fond sur un certain « Tonnerre »/

    En tête à tête avec Sawyer, Colin recevait un récit des plus inutiles sur la façon dont le père du jeune homme le traitait au sein des Purple Hat. Et bien qu’il soit ravi de constater que ce psychopathe n’avait pas de rôle important, le mentaliste commençait à ressentir l’envie de lui arracher un bras pour le forcer à passer à la vitesse supérieure et aux choses sérieuses. Mais avant qu’il ne passe à l’action, son portable lui signala un message reçu. Un : Isaac était encore en vie. Deux : enfin quelque chose d’intéressant qu’il pourrait exploiter. Sans prendre de gant, il interrompit la consultation qu’il « offrait » à Sawyer.
     
    – Super... maintenant, dis-moi tout ce que tu sais sur « Tonnerre ».

    Le jeune homme devint immédiatement blanc comme un linge, une réaction qui étonna Gula car il n’avait pas réussi à l’obtenir avec ses pouvoirs. Le chapelier semblait avoir perdu l’usage de la parole.

    – Je... Non.. je... ne...
    – Compris.  

    Sans rien ajouter, Colin se pencha, saisit Sawyer par le cou, le força à se relever et le plaqua contre le mur. Après lui avoir remit une main sur la bouche. Il lui injecta une nouvelle dose de venin, agrémenté cette fois par une liaison psychique qui lui permettait d’agir directement sur ses perceptions et visions. Le tout saupoudré des phéromones de peur qu’il n’avait pas cessé d’émettre depuis leur arrivée dans cette ruelle. En dépit de la main de Colin, on pouvait entendre la peur s’exprimer par l’intermédiaire de ses cordes vocales, sans parler de son regard qui rendait Colin euphorique, mais le mentaliste se retint de sourire, il voulait quelque chose. Le plaisir attendrait. De sa voix modifiée, il murmura :

    – Maintenant !
    – D’... d... d’accord...

    Au bar, Rick et Bianca prenaient une pause, la serveuse avait réussi à forcer son collègue à parler un peu. Ce fut facile lorsqu’elle comprit qu’il n’aimait pas du tout cette Félicité qui le faisait flipper comme pas possible. Elle devait l’avoir fait pisser dans son froc. Il lui racontait maintenant la fois où elle avait mangé un cœur devant lui, dans une assiette et avec des couverts, comme s’il ça avait été un simple steak. Le pire, c’était qu’il ne pouvait toujours pas dire si ça avait été un organe humain ou animal. Mais il fut interrompu dans son récit par l’arrivée de trois hommes tout droit sortis de la mafia. Rick changea aussitôt d’expression, donnant l’impression de voir arriver trois Félicité. Bianca elle retournait à ses tables, pour faire bonne figure. Sans faire attention à eux, les trois Parrains se dirigèrent tout droit vers le bureau du patron. Discrètement, elle en avisa Isaac.
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Les chapeliers rouges (Abban MA)

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