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L'art de tomber sur les mauvaises personnes > Chase&June

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Message posté : Dim 13 Oct 2013 - 15:51 Message
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Ce week end aurait pu être vraiment ordinaire. Comme tous les dimanches, elle se serait allongée dans son vieux canapé récupéré che une vieille dame qui avait de toute évidence de meilleurs goûts en matière de décoration qu'elle, un plaid polaire sur les jambes et un vieux bouquin dont la langue a été oubliée depuis longtemps entre les mains. Le gros chat roux s'allongerait à ses pieds, la tasse de thé fumante finirait glacée avant même qu'elle n'ait eu le temps d'y plonger les lèvres. Une journée comme les autres dans la vie au combien passionnante de June O'Connell, vieille avant l'heure. Mais ce dimanche était différent des autres et ce n'est pas dans son canapé qu'elle commençait l'après-midi. Agrippée à la barre du métro, elle ressert rapidement le foulard qui entoure ses cheveux roux bouclés, ajuste les lunettes noires tout aussi grandes et démodées que ses lunettes de vue habituelles. Un trench sert sa taille, dévoilant ses chaussures plates à lacets. De quoi faire pâlir les plus grandes fashionistas. Après réflexion, peut-être aurait-elle dû fournir un effort vestimentaire pour cette première rencontre mais il ne s'agissait en aucun cas d'une de ses rencontres plus ou moins hasardeuses qu'on fait sur les sites de rencontres à la mode. "Trouver votre âme-soeur en seulement dix minutes !", elle n'était tout de même pas asse stupide pour tomber dans le panneau.

Non, cette rencontre avait une tout autre importance pour elle, une importance bien moins nombriliste que la recherche de l'amour. Aujourd'hui, MinnieMouse la hackeuse sortait de son trou de souris et devenait une personne concrète pour rencontrer son alter ego des réseaux informatiques. Certains pourraient considérer que passer ses soirées à trouver les failles des systèmes de sécurité des plus grands ensembles informatiques du pays, voire même du monde, est totalement illégal, mal honnête et dangereux. Dangereux oui. Pour ce qui est de la dimension morale, June ne s'était jamais considérée comme une hors-la-loi pour ce qu'elle réalisait derrière son pc. Elle ne téléchargeait jamais illégalement. Pour elle, tous ces hackings étaient avant tout une façon de se prouver qu'elle était capable de quelque chose, à l'égal de ces héros qu'elle admirait tant. Qu'elle aussi pouvait agir pour le monde. Et si il fallait pour ça sortir de sa cachette et rencontrer quelqu'un afin d'échanger des informations dont elle ignorait tout, elle le ferait sans hésiter.

Nerveuse, elle sort de la rame de métro, les mains dans les poches, la lanière de sa sacoche en cuir passée en bandoulière par-dessus le trench crème. Dans la rue passante de ce quartier qu'elle connaît peu, elle semble hésiter encore. Après tout, elle ne connaissait absolument rien de son interlocuteur, ni ses intentions, ni ses projets, encore moins qui il était réellement. Et cela fonctionnait également dans le sens inverse mais là n'était pas la question. De toute façon, il était trop tard pour faire marche arrière. Il était temps de faire preuve d'un peu de courage et de ne pas se dégonfler si vite. Dans le café d'angle, elle trouve une table au fond de la salle bondée, retirant ses lunettes de soleil, méfiante, et libérant ses cheveux roux. Peut-être s'inquiétait-elle pour rien, peut-être même que personne n'allait venir. Ou peut-être que l'inconnu du net ne la reconnaîtrait pas dans la foule malgré son pull carmin, seul signe distinctif qu'elle avait laissé en plus du lieu de rendez-vous. L'adrénaline, l'impression de mener une mission secrète de la plus haute importance, tout ça n'était pas sans la griser, elle devait bien se l'avouer même si l'appréhension de cette rencontre faisait légèrement trembler ses mains alors qu'elle commandait à la serveuse un thé vert.
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Message posté : Dim 13 Oct 2013 - 16:48 Message
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Depuis quelque temps, depuis qu’il avait quitté l’UNISON à vrai dire, les réseaux de hackers auxquels il appartenait apparaissaient à Chase sous un jour bien différent. Dans son adolescence, ils avaient été des communautés pour sortir de l’enfermement régulier au Bigsby Building et des endroits où sa télépathie n’avait aucune importance et où ses difficultés de mentaliste le cédaient à la seule compétence technique de l’informaticien. Dans les premières années de sa vie adulte, à l’UNISON, ils avaient été une source d’informations et une occasion de perfectionner la sécurité informatique de l’organisation.

Mais maintenant qu’il volait de ses propres ailes, Chase trouvait dans ces réseaux soigneusement entretenus au fil des années et où il occupait une place de choix, ni trop sur le devant de la scène, ni trop périphérique, un merveilleux outil. Pour préparer les cambriolages de Lukaz, les informations qui circulaient secrètement étaient irremplaçables. Et pour les projets qu’il mûrissait lentement, Black Light, puisque tel était son pseudonyme de hacker, était persuadé de trouver des ressources dans ces intelligences actives et toujours promptes à violer les lois.

MinnieMouse était l’une des relations qu’il entretenait depuis assez longtemps, dans ce milieu. Si MinnieMouse était vraiment une jeune fille ou bien un vieil ingénieur velu couvert de morceaux de chips, il l’ignorait et, à vrai dire, cela ne l’avait jamais beaucoup intéressé. Ce qui comptait, c’était l’efficacité de MinnieMouse et l’enthousiasme avec lequel il/elle multipliait les prouesses, sans jamais beaucoup s’inquiéter du regard que les autorités pouvaient porter sur ses travaux nocturnes.

Tout cela avait été bel et bon tant que Chase ne s’était pas trouvé dans la délicate situation de compter ses alliés. Mais désormais, il avait besoin d’en apprendre plus sur MinnieMouse, avant de songer à l’entraîner dans des entreprises bien moins respectables que les défis somme toute innocents qu’ils s’étaient lancés. Cela dit, rencontrer un hackeur n’était pas chose aisée : ces animaux-là ne sortaient de leur terrier que pour des événements importants.

Et quelle meilleure manière d’attirer un geek que de lui faire miroiter une conspiration ? Depuis quelques jours, Black Light s’occupait donc à semer ses petits cailloux un peu partout sur la Toile, en évoquant de mystérieux documents qu’il avait acquis par une relation lointaine et que, en bon hackeur, il ne se sentait pas à l’aise de confier au transport toujours aléatoire des ondes. Il cherchait quelqu’un de susceptible de lui prêter assistance dans ce délicat problème.

Il en avait déjà rencontrés deux ou trois, comme ça, des hackeurs, qui avaient répondu à son appel, allécher par son petit piège. Ils n’avaient pas fait l’affaire. Mais Chase avait bien noté leur volonté de s’impliquer plus avant et il n’excluait pas de les pousser un jour dans telle ou telle direction, pour un piratage qu’il ne souhaiterait pas commettre lui-même, comme des pions que l’on sacrifiait. Il lui fallait être prudent et il ne pouvait se permettre de s’engager dans n’importe quoi avec n’importe qui.

MinnieMouse était la suivante. Assis sur la banquette arrière d’un taxi, Black Light regardait Star City, pluvieuse en ce jour-là. À côté de lui, sur le cuir des sièges, le dossier qu’il avait soigneusement composé attendait d’être mis à profit. C’était un beau travail de faussaire, tout à fait propre à éveiller les soupçons et à stimuler une conquête. Une théorie de la conspiration comme il y en avait beaucoup dans leur milieu, moitié fantasmatique, moitié réaliste. L’appât parfait.

La voiture s’arrêta devant le café et Chase en sortit après avoir tendu les billets de la course au chauffeur. Le dossier sous le bras, il pénétra dans le petit établissement et, après avoir parcouru les consommateurs du regard, il aperçut sans peine le pull carmin, signal convenu, au fond de l’établissement. Il vint bientôt s’asseoir devant la jeune fille auquel il appartenait et qui n’était donc pas un vieil ingénieur velu couvert de morceaux de chips.

— Bonjour. Je suis Black Light.

Qui il était vraiment ne devait pas être un mystère pour son interlocutrice. Le visage de Chase Neutron-Grey apparaissait régulièrement dans les journaux, à la télévision et sur Internet. Sur son passage, dans le café, des regards s’étaient déjà tournés curieusement vers lui, avant de revenir à leurs tasses et Chase ne comptait pas réellement sur l’anonymat. Il lui importait peu que MinnieMouse sût qu’il était réellement. Après tout, il ne faisait qu’agir en citoyen préoccupé.

Avec un sourire, il souligna l’évidence :

— Mais je suppose que vous me connaissez sous un autre nom.

Il avait posé le dossier près de lui.

— Je vous avoue que j’aurais préféré préserver le secret d’un pseudonyme et que j’ai beaucoup à perdre dans une rencontre comme celle-ci…

Insister sur les dangers qu’elle lui faisait courir était un bon moyen de créer une relation de confiance.

— …mais il y a des choses que je préfère dire de vive voix.

Accessoirement, si les choses se compliquaient, il pouvait toujours nier en bloc et exploiter l’excellente réputation qui était la sienne, prétendre qu’il piégeait June ou, plus radicalement, travailler l’esprit de la hackeuse pour modifier ses souvenirs. Il ne prenait à vrai dire pas beaucoup de risque.

— Pour être sincère, je dois vous dire que j’en ai rencontré d’autres avant vous. Ils ne m’ont pas paru aussi concernés par l’affaire que je le suis. Sachez donc que si vous vouliez partir, à tout moment, je comprendrais. Chacun doit être libre de ce dans quoi il s’engage.

Et le mystère continuait à planer, savamment entretenu. Chase détach son regard bleu perçant de MinnieMouse pour le lever vers la serveuse, qui le regardait avec des yeux ronds, fascinée d’avoir une telle célébrité dans son café.

— Un chocolat, s’il vous plait.

La serveuse fut transportée de voix d’entendre pour de vrai la voix qu’elle n’avait jamais entendue qu’à la télévision. Elle allait pouvoir en raconter, des choses, une fois rentrée à la maison !
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Message posté : Lun 14 Oct 2013 - 22:04 Message
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Le regard perdu dans le thé qui infuse, elle ne remarque que très vaguement les quelques discussions animées des tables voisines alors qu'un nouveau client passe le pas de la porte. Surmédiatisé, la petite rousse n'a pas de mal à poser un nom sur ce visage, surtout qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de le googliser quand Adrian lui en avait parlé au manoir. Au moins, il constituerait une bonne diversion en concentrant l'attention sur sa personne et on ne viendrait pas épier la conversation tendue qu'elle s'apprêtait à tenir ici même. Habituée à avoir la discrétion d'une souris, elle tente de se fondre sur sa banquette quand le jeune homme arrive à sa hauteur, espérant peut-être avoir la capacité d'un caméléon à disparaître dans son environnement immédiat. Surtout qu'il ne semble pas décider à prendre une autre discussion que le coin reculé dans lequel elle s'est installée. Et quand il prend place en face d'elle, elle manque une respiration tant l'incompréhension la gagne. Il doit de toute évidence y avoir erreur sur la personne. Ses joues virent au carmin, presque de la même teinte que son pull d'ailleurs quand il se présente à elle sous le pseudonyme que son mystérieux interlocuteur utilisait. Alors c'était vraiment ça ? Elle reste un long moment silencieuse, se demandant où était caché les caméramans qui allaient débarquer pour annoncer le gag vidéo mais rien ne vient à part le calme retrouvé du café. La bouche entrouverte comme un poisson qui tente d'attraper encore un peu d'oxygène hors de l'eau, elle ne trouve toujours rien à dire. Peut-être devrait-elle se présenter sous son vrai nom face à cet inconnu que pourtant, elle replaçait très bien dans les journaux. Ce n'était pas vraiment juste de conserver son anonymat dans ces cas-là, du moins c'est ce qui lui traverse l'esprit alors qu'il révèle l'évidence que sa véritable identité ne lui est pas inconnue. Relevant ses lunettes du bout de l'index, elle bredouille d'une toute petite voix. "Je ... oui en effet je suis ..." Elle observe du coin de l'oeil le dossier posé sur la table, en oubliant de finir sa phrase. De toute façon, pour finir par lui dire quoi à part qu'elle était MinnieMouse, un pseudonyme qu'elle trouvait particulièrement stupide maintenant qu'elle n'était plus en zone de confort.

Elle hoche vivement de la tête, comprenant parfaitement les risques qu'il encourait à venir à sa rencontre. Mais pourquoi elle ? Elle qui faisait toujours en sorte de se fondre dans la masse, qui ne trouvait de véritable exutoire que dans sa vie virtuelle, pourquoi fallait-il que ça tombe sur elle ? Peut-être que le destin lui envoyait en direct le signe qu'il était temps de sortir de sa tanière mais elle ignorait si elle en avait l'envie, surtout maintenant qu'elle se trouvait au pied du mur. Ses joues lui brûlaient toujours autant, intimidée et perturbée de se retrouver face à quelqu'un d'aussi inattendue malgré leur rendez-vous convenu à l'avance. Et lui expliquer qu'elle n'est pas seulement une quidam choisie dans la masse des hackeurs de la Légion mais bien une "élue" pour ses talents et ses compétences ne fait qu'augmenter la couleur de sa peau qui gagne bientôt le reste de son visage. Malgré le froid qui règne dans la ville, la jeune femme a littéralement l'impression de bouillir de l'intérieur. Rien n'a encore été dit, elle ne sait même pas pourquoi elle est ici, concrètement. Peut-être que finalement, on lui avouera que tout ça n'était qu'une vaste blague destinée à faire mousser la vague médiatique d'un jeune homme en cote. Et pourtant elle ne bouge pas de sa chaise, même quand il lui donne l'opportunité de filer discrètement et d'oublier toute cette histoire comme si rien ne s'était jamais produit. La tasse de thé au creux de sa main ne l'intéresse plus du tout pour le coup alors qu'elle tente de se redonner une certaine contenance. La sécurité de son écran d'ordinateur ne lui a jamais manqué plus qu'à ce moment précis. Et une petite voix intérieure ne cesse de lui rappeler qu'elle ferait mieux de partir, que c'est ce qu'elle a toujours fait, se cacher, vivre parmi la majorité des gens en bonne inconnue de tous, dans l'ombre. "Non je ... je reste." Elle aurait aimé prendre un ton plus ferme mais ce n'est qu'en bégayant qu'elle arrive à formuler sa décision. Son regard glisse à nouveau sur le dossier. "De quoi vouliez-vous qu'on parle ?" Autant se lancer tout de suite dans le sujet et peut-être retrouver un domaine où elle serait moins mal à l'aise que cet instant précis.
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Message posté : Lun 14 Oct 2013 - 22:56 Message
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Même s’il n’avait pas été télépathe, Chase n’aurait pas éprouvé de grandes difficultés à lire les pensées qui fusaient dans l’esprit de la jeune femme. Il en avait rencontrés beaucoup, des comme elles, impressionnés par la réalité d’un monde extérieur beaucoup plus concret que l’anonymat réconfortant de la Toile. Entre ce qui se passait dans la virtualité de leur monde secret, protégé des regards, là où la réputation et les effets étaient contrôlés par ceux qui étaient assez intelligents pour maîtriser les outils et les codes, sans autre considération extérieure, et la vie, la vraie, avec toutes ces imprévisibles particularités, la distance était immense et il fallait une personnalité bien trempée pour la franchir sans ciller. Ou de l’expérience.

MinnieMouse, en réalité, le pseudonyme lui allait bien. Beaucoup mieux que le grandiloquent Black Light de Chase, jeu de mots assez lointain sur les neutrons-photos et le grey-noir de son nom de famille. Rares étaient les hackeurs qui choisissaient de se dissimuler derrière un nom aussi inoffensif en apparence que celui-ci. MinnieMouse. Et elle ressemblait de fait à une petite souris, noyée sous sa timidité, cachée sous ses grandes lunettes, paniquée de toute évidence à l’idée que les regards ne manqueraient pas de se porter sur eux, parce qu’il était là, lui, Chase Neutron-Grey, dont la réputation réelle écrasait de très loin la petite réputation virtuelle — l’inverse de ce qui se passait ordinairement dans leur monde. Sauf pour Raziel-Ilyann, évidemment.

— Détendez vous.

Chase savait pertinemment que ce simple conseil, lorsqu’il n’était pas soutenu par une suggestion télépathique, avait ordinairement l’effet inverse de celui qu’il prescrivait. Pour achever de stresser June et la pousser un peu plus dans ses retranchements, il précisa :

— Il n’y a pas de journalistes ici. Vous ne risquez pas de faire la une des prochains journaux.

Si avec cela June n’avait pas l’impression d’être la cible de tous les regards pour les deux heures à venir, Chase ne savait pas ce qu’il lui fallait. Stresser ses interlocuteurs était toujours un préliminaire idéal pour les petites évaluations psychologiques qu’il se proposait de mener. Avec June, évidemment, les choses étaient plus faciles qu’avec les criminels endurcis. Mais Chase était loin de baisser sa garde : MinnieMouse était une hackeuse talentueuse et, traumatisée ou non par sa rencontre avec un célébrissime super-héros, elle était toujours un cerveau sur pattes.

D’ailleurs, Mentalis n’avait aucune envie de l’achever sur place, mais au contraire de tester son degré d’implication réelle dans les missions qu’elle se donnait virtuellement. Nombreux étaient les pirates informatiques dont les beaux discours se dégonflaient dès qu’il fallait s’impliquer dans le monde réel. Le simple fait que MinnieMouse eût accepté le rendez-vous était encourageant, mais Mentalis espérait bien tirer un peu plus.

La serveuse, prompte à le servir comme cela arrivait souvent, déposa la tasse de chocolat chaud en face de lui et Chase lui tendit un billet, avant de reposer son regard sur June.

— Je suppose que ce n’est pas un secret pour vous et que je ne vous apprendrai rien en vous disant que j’ai travaillé quelque temps à l’UNISON.

Ce n’était vraisemblablement un secret pour personne.

— Au début, je vous avoue que mon engagement était purement idéaliste. Une tradition familiale. J’ai été aveuglé un moment par une confiance excessive en cette institution. Rétrospectivement, c’était d’autant plus surprenant de ma part que vous et moi sommes bien placés, comme tant d’autres, pour savoir qu’il y a des secrets partout, bien conservés par ceux qui ont intérêt à garder le pouvoir.

C’était du reste la description à peu près exacte des phases successives par lesquelles il était passé dans ses sentiments à l’égard de l’UNISON, même si la méfiance qu’il avait finalement acquise à l’égard de la puissante organisation tenait beaucoup plus aux conditions de son propre développement qu’à un quelconque intérêt pour le bien public.

— J’ai commencé à m’interroger sur les liens étroits qui unissent l’UNISON, l’armée et certaines grandes entreprises. Des fournisseurs officiels liés à l’organisation par des contrats considérables, mais dont les rémunérations sont loin de s’arrêter à l’argent. Je crois avoir découvert que certaines entreprises profitent du réseau mondial de l’UNISON et des passe-droit de l’organisation jouit au regard des législations internationales pour développer certaines activités… peu respectables.

C’était une version tout à fait crédible du vieux thème du complexe militaro-industriel, si cher à l’histoire secrète des États-Unis. À vrai dire, Chase ne s’était jamais interrogé très sérieusement sur la manière dont des groupes comme Stevens’ Entreprises ou Queen Industries pouvaient profiter de l’intégration de leurs dirigeants à la Légion de l’Étoile et des rapports entre la Légion ou l’UNISON. Il supposait que chacun profitait de la situation. Cela lui était à vrai dire un peu égal.

— Hélas, mes preuves sont plus que lacunaires. Rien qui puisse convaincre un juge ni même un journaliste.

Il poussa le dossier qui contenait des mails échangés par certains hauts gradés de l’UNISON avec des administrateurs financiers d’entreprises importantes, des brevets industriels déposés secrètement à partir de technologies acquises sur le terrain par l’organisation au nom du bien commun et autres documents du même genre, qu’il avait patiemment conçus et agencés pour les besoins de sa démonstration. Juste assez convaincants pour susciter l’intérêt et juste assez lacunaires pour donner envie d’en apprendre plus.
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Message posté : Mar 15 Oct 2013 - 19:26 Message
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Se détendre ? Si elle avait pu en décider, pour sûr qu'elle l'aurait fait et immédiatement mais ce genre de décision ne lui appartenait pas vraiment, son inconscient s'occupant très bien de semer la pagaille dans son esprit. Sa brève discussion au sujet de Chase Neutron-Grey qu'elle avait eu avec Adrain lui revenait en mémoire, et surtout le fait qu'il était l'un des plus grands mentalistes de l'époque. Et si il essayait de lire dans ses pensées, de savoir qui elle était vraiment ? S'en rendrait-elle seulement compte ? Le mentalisme n'avait jamais fait partie des curiosités qui stimulaient son esprit, sûrement aurait-elle dû se pencher sur la question. Mais comment deviner qu'elle allait se retrouver face à ce Chase en ce dimanche tout ce qu'il y a de plus banal ? Des journalistes ? Son malaise augmente d'un cran. Elle la petite souris qui a toujours fait en sorte de rester terrer dans son trou, se retrouver sur le devant des projecteurs ? C'était tout bonnement impossible et l'envie de prendre ses jambes à son cou la démange fortement. Mais la mission était bien plus importante que ce qu'elle pouvait ressentir, du moins tente-t-elle de s'en convaincre. Elle ne pourrait pas éternellement fuir ses responsabilités morales, encore moins se cacher derrière son écran. Tant pis si l'instant lui était désagréable au possible, il fallait qu'elle se fasse violence, au moins pour encore une dizaine de minutes.

Nerveuse, elle tapote ses doigts sur ses genoux en s'enfonçant un peu plus dans la banquette, presque inconsciemment. Mais on se défait difficilement de ses habitudes de grande timide. La jeune femme remonte ses lunettes sur l'arête de son ne, comme pour tenter une vague protection à travers ses verres trop grands. Elle hoche de la tête. Effectivement, ce n'est pas une donnée qu'elle ignore. Mais mieux vaut éviter de dévoiler ses sources. Tant qu'il ne lui posera pas la question, elle ne révélera pas son identité. A moins qu'il l'ait déjà lu dans sa tête, mais c'est une autre histoire et surtout une question qu'elle préfère ne pas se poser. Enfin, le sujet dévie sur la raison de leur rencontre, calmant un peu ses inquiétudes purement personnelles. Rien de mieux que de plonger dans le vif du sujet pour oublier un peu le million de questions qui tournait en rond dans son esprit. Alors elle écoute, ses grands yeux légèrement cernés passant du dossier à sa tasse de thé sans oser se confronter directement au mentaliste. Un complot secret d'aussi grosse envergure ... Elle hoche doucement de la tête à mesure qu'elle emmagazine les informations. La plupart de ses hackings se résumaient à de petites missions, plus pour des défis d'ordre personnels que pour vraiment faire bouger les choses. Sauf pour certains d'entre eux récemment, fougue de justicière virtuelle qui l'avait poussé jusqu'ici aujourd'hui. "Mais je ... je ne comprends pas en quoi je .... en quoi je pourrais être utile." Elle fronce un peu les sourcils alors qu'il fait glisser vers elle le dossier. A mesure qu'elle lit les pages, les données se figent dans son esprit, comme tout ce qui passe devant ses grosses lunettes. Beaucoup d'informations certes mais rien d'ingérable. Peut-être s'attendait-il à ce qu'elle soit en mesure de faire tomber les sécurités des plus hautes entreprises du pays. Elle-même ignorait si elle était capable d'une telle chose bien qu'elle considère que rien ne soit inattaquable sur la toile. Ce n'était qu'une question de temps. Et un peu de talent, il fallait bien l'avouer. Pourtant la curiosité la travaille, l'envie d'en savoir plus sur ce mystérieux complot qui malgré tout, pourrait affecter beaucoup de choses si il venait à être révélé au grand jour. "Qu'est-ce que vous attendez de moi ?" La question n'est pas agressive, prononcée avec sa voix de petite souris, une simple prise d'information car oui, le projet l'intéresse, il n'y a qu'à constater la rapidité avec laquelle elle vient d'engloutir ce dossier. Et puis, ce n'est un secret pour personne sur la Toile. Minniemouse tient en horreur les injustices et les complots malsains de ce genre. Peut-être qu'il est enfin temps pour elle de sortir de sa cachette et d'agir concrètement.
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Message posté : Mar 15 Oct 2013 - 20:23 Message
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Il sentait l’attention de la jeune femme entière portée sur le dossier, dont elle parcourait avec vivacité les pages. Il ne s’était pas trompé sur elle : lecture rapide, air concentré, capacité à faire abstraction de l’embarras qu’il avait fait peser consciemment sur elle dès les premières secondes de la conversation, MinnieMouse était efficace. Du reste, ses récents exploits informatiques parlaient pour elle. Elle était douée et douée dans un domaine où il y avait, il fallait bien l’admettre, peu de femmes — un effet du sexisme des institutions scolaires que Chase regrettait d’ailleurs sincèrement.

Pendant que June lisait, le mentaliste s’immisça dans ses pensées. C’était le désordre le plus complet, mais il s’y était attendu : entre la confusion qu’il avait lui-même cultivé et les informations qui s’accumulaient à grande vitesse à la lecture du dossier, les pensées immédiates de la jeune femme partaient un petit peu dans tous les sens. Mais ce n’était pas cela qui l’intéressait, pour l’heure. Ils allaient avoir le temps de discuter. Non, ce qu’il voulait savoir, c’était ses souvenirs les plus courants, son quotidien, ce qu’elle faisait quand elle n’était pas derrière son ordinateur.

La réponse ne tarda pas à venir sous la forme d’un visage récurrent et pour lui très familier. Aussitôt, le mentaliste fit marche arrière, libéra l’esprit de June de toute investigation et se cala contre le dossier de sa chaise. Cela, c’était imprévu. Adrian Pennington hantait la vie de celle qui pouvait être une associée. Très mauvaise chose, aux yeux de Chase. Adrian était un collaborateur de l’UNISON — c’était là, précisément, qu’il l’avait lui-même rencontré — et Adrian était un mage. La magie, pour Chase, restait un domaine mal maîtrisé et il préférait éviter autant que possible des ennemis de cette nature. Autant commencer par ne pas laisser la moindre trace d’invasion mentale dans l’esprit de June.

Il fallait changer de stratégie. Devant un problème trop complexe ou trop important, June se tournerait peut-être vers son employeur et Chase, lui, avait trop à perdre. MinnieMouse n’était cependant pas tout à fait descendu en bas de la liste de ses victimes potentielles. Pouvoir atteindre le mage Pennington par un biais ou par un autre, dans un avenir très longtemps, n’était pas une mauvaise chose, et même si rien, pour l’heure, n’opposait Chase et Adrian, Mentalis était un jeune homme beaucoup trop prudent pour laisser quoi que ce fût au hasard et ne pas prévoir les développements les plus improbables de sa situation.

Lorsque les inévitables questions de la jeune femme survinrent enfin, Chase avait déjà préparé un peu de ses réponses. Il secoua la tête et avoua, d’un air perdu :

— Pour être très sincère, je ne suis pas tout à fait sûr.

Il avala une gorgée de chocolat.

— Vous avez la tête froide, en tout cas, ce qui transparait sur les forums. Pas comme les autres, toujours prompt à vanter leurs exploits et à… Comment dire ? Accrocher aux exagérations. Ce dossier-là, je l’ai réuni moi-même, mais…

Il haussa les épaules avec une évidente perplexité.

— Je n’en suis pas très sûr. Peut-être que j’ai trop travaillé à l’UNISON, peut-être que je me berce encore d’illusions, mais une machination de la sorte me paraît véritablement improbable.

Et ce retournement était digne des épisodes les plus tordus d’X-Files, ceux où la conspiration s’annonçait elle-même comme conspiration pour paraître moins crédible et plus crédible à la fois. Chase soulignait le caractère factice de son propre dossier, pour se mettre au-dessus de tout soupçon de forgerie, minimisant ainsi la part qu’il pouvait avoir à sa conception et le laissant balancer entre le vrai et le faux. Il n’était pas Grand Maître International d’échecs pour rien.

— Je crois que j’ai avant tout besoin d’un regard extérieur. Que vous puissiez me dire si tout cela vous paraît crédible ou si je surinterprète des documents. Si les documents sont faux, même. C’est toujours possible. Une mauvaise blague, un complot contre l’UNISON, que sais-je. Ce ne sont pas les ennemis qui manquent.

Et la conspiration de l’UNISON devenait une conspiration contre l’UNISON sans cesser d’être une conspiration de l’UNISON. La place de June dans ses projets venait de toute façon de reculer sur le très long terme et tout ce qui préoccupait Chase, désormais, c’était de nouer une première relation professionnelle un peu sérieuse avec MinnieMouse, avant de réfléchir, ailleurs, plus longuement, à ce qu’il pourrait un jour en tirer.

— Et dans l’un ou l’autre cas, que l’UNISON soit impliquée dans des affaires douteuses ou que l’on tente de s’en prendre à l’UNISON, je crois qu’il est de notre devoir de faire quelque chose. Mais ce serait une tâche titanesque à laquelle je ne saurais suffire seul. D’autant plus…

Il fit un geste d’impuissance, en écartant les deux mains.

— …que l’UNISON est une organisation mondiale. Si j’ai bien compris, vous vous êtes exercée sur des sites dans des langues que je ne parle pas. À vrai dire, je ne suis pas très doué pour cela, les langues. Il suffit que je tombe un jour, je ne sais pas, sur un échange de courriels en allemand, et je serais bien embêté. Voilà. Je me sens dépassé et un peu perdu. Je ne peux pas continuer à avancer seul. Et si nous découvrons que tout cela n'est qu'une vaste blague, eh bien, tant mieux : je serai au moins soulagé.

Nouvelle gorgée de chocolat — Chase guettait la réaction de June à cette histoire qui venait encore de se complexifier.
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Message posté : Mer 23 Oct 2013 - 16:09 Message
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Elle rabat la dernière page du dossier avant de réajuster ses lunettes sur le bout de son nez. Totalement inconsciente de ce que le jeune homme avait pu ou non voir dans son esprit, elle tente de se concentrer sur les liaisons logiques qui existent entre les différentes pièces du dossier. Même si les éléments sont factices, il n'en est pas moins que l'esprit naturellement logique de June y trouve un certain sens et que le problème commence à la travailler. Son employeur est en lien avec les gens de l'UNISON, elle n'est pas sans l'ignorer. Et si lui aussi trempait dans ses magouilles, peut-être même sans le savoir, bien qu'elle l'imagine bien assez intelligent pour ne pas mouiller dans ce genre de de combines. La question posée sur son rôle à jouer dans le démêlement de ce sac de noeud, elle attend la réponse plus ou moins tranquillement. Ses joues sont toujours rouges même si la gène d'être découverte avec une célébrité ne l'avait pas totalement quitté.

Elle hausse légèrement les sourcils quand Chase lui avoue ne pas avoir encore clairement défini son rôle dans l'affaire, créant par la même une nouvelle déferlente de questions au sein de son esprit. Pourquoi cet entretien alors si il n'avait pas déjà eu en tête une mission à lui confier ? S'alléger du fardeau de la connaissance d'un tel complot en la remettant sur les épaules de quelqu'un d'autre ? Surtout qu'elle ignorait encore si elle les avait assez solide pour supporter un tel poids. La tête froide, pas vraiment pour l'instant vu la couleur de son visage dû à l'embarras encore récent qu'avait suscité cette première rencontre dans la vie réelle. Bien sûr, derrière l'écran de son ordinateur, elle faisait preuve d'une toute autre maîtrise d'elle-même, bien à l'abri derrière ses chiffres et ses codes et tous ces domaines qu'elle maîtrisait si bien. Quant à la modestie, elle préférait constater des résultats probants plutôt que de faire l'étalage de petites victoires. Elle hausse à nouveau les sourcils. Décidément, il semblait finalement bien moins sûr de son coup qu'elle ne l'aurait cru. A moins qu'il ne s'agisse là que d'une tentative de l'embrouiller. La jeune femme reste silencieuse de longues secondes, cachant ses mains dans les mailles épaisses de son pull pourpre, comme si elle espérait y trouver une réponse à ses interrogations. "Ca ne semble pas si improbable que ça. Ce ne serait pas la première fois qu'on verrait des personnes abusées du système." Elle parlait d'une petite voix qui justifiait aisément son pseudonyme de Minnie Mouse. Mais elle n'en pensait pas moins ce qu'elle affirmait. De tout temps, les gouvernements et toute autre personne mal intentionnée avaient su tirer partie des failles de grandes organisations. Alors pourquoi pas ici, à Star City ? La jeune femme avait beau être naïve sur certains points, elle avait pu constater d'elle-même que la cupidité humaine dépassait toujours nos espérances.

Une tâche titanesque, c'était le cas de le dire. Les documents présentés n'étaient qu'une goutte au milieu d'un océan si ils entreprenaient sérieusement de creuser l'affaire. Premièrement il fallait s'assurer de l'authenticité des pièces rassemblées car même si elle ne se méfiait pas une seconde de la sincérité de Chase, on échappe pas à des réflexes acquis après de longues années d'expérience sur la toile. Et si il fallait présenter les pièces devant une Cour de justice, mieux valait ne pas risquer de se tromper sur un des éléments au risque de perdre toute crédibilité. Elle hoche doucement de la tête face à son aveu d' "impuissance", notamment face aux langues étrangères. "Disons que j'ai mes trucs ... comme vous avez les vôtres." La question de ses facultés hors du commun restait toujours tue, elle-même ayant du mal à se les avouer à elle-même. Mais son talent pour les langues, celui-là elle ne pouvait tout simplement plus le nier. Elle pend le temps de boire une longue gorgée de thé chaud, pesant le pour et le contre de s'engager dans une telle entreprise. Tout cela n'était pas sans risque, pas sans conséquence. Même si ils ne faisaient que chercher des preuves, entrer dans les systèmes de sécurité de telles organisations représentait un potentiel danger vu l'illégalité de leur entreprise. "Si je vous aide et que nous venions à découvrir quelque chose de tangible, je ... je préférerais ne pas être lié à la révélation publique d'une telle machinerie. Je ... je préfère rester anonyme." La célébrité ne l'intéressait pas. Seul lui importait les résultats concrets, elle n'était qu'une simple donnée de l'équation et il valait mieux que les choses restent ainsi pour le bien-être de Minnie Mouse.
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Message posté : Jeu 24 Oct 2013 - 20:56 Message
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Le dossier passé au second plan et l’intérêt de recruter des hackers, n’importe lesquels, tant qu’ils étaient doués, éclipsé, au moins dans le cas de June, Chase se mit à se concentrer à cette personne beaucoup plus riche en complexités qu’il ne l’avait d’abord soupçonné. Ce qui avait amené une technophile à travailler pour un mage comme Adrian dont, dirons-nous, les aptitudes technologiques étaient à la modernité ce que le Big Mac vieux de deux jours est à la gastronomie française, demeurait un petit mystère pour lui, qui vivait dans un monde positiviste bien distinct de celui de la magie.

Mais ce jour-là, il avait déjà rencontré une dragonne en la personne de Shanyara et renouvelé ses propres expériences dans une dimension parallèle avec une clé magique, alors il était prêt à admettre que des gens comme June et lui étaient capables de s’adapter d’une certaine manière aux circonstances atypiques d’un univers qui leur échappait a priori. Il n’empêchait : c’était une chose de se familiariser avec la magie, c’en était une autre, pour une hackeuse de tout premier ordre, que de travailler avec un mage aussi strict qu’Adrian.

La timidité et la nervosité de la jeune femme le troublaient pas — plus conventionnelles chez ceux qui restaient souvent à l’abri de leurs écrans. Il veillait à ne pas s’y laisser prendre, cependant. Lorsque June commença à répondre, ses premiers propos laissaient trop clairement transparaître l’assurance déterminée qui pouvait être celle de la jeune femme, en tout cas pour un mentaliste comme Chase, pour qu’il la vît seulement comme cette petite créature fragile qui tripotait en permanence ses lunettes pour se donner une contenance.

La requête de MinnieMouse fut accueillie avec un hochement de tête.

— Bien sûr. Je vous avoue que moi-même, souvent, je préférerais rester anonyme.

C’était vrai et d’autant plus vrai qu’il réfléchissait désormais aux moyens de poursuivre des activités peu légales, dont les développements ne manqueraient pas, un jour ou l’autre, d’attirer l’attention de l’UNISON ou de la Légion des Étoiles. Mais il avait appris à composer avec sa popularité et il était certain que son excellente réputation lui servirait à gagner en discrétion. Paradoxalement.

— Ne vous inquiétez pas, cela dit. Par la force des choses, j’ai appris à gérer les médias. J’ai de nombreux contacts dans le milieu, qui nous aideront à préserver votre sécurité et à diffuser efficacement nos informations.

Après tout, il y avait bien des choses sur son existence qui n’avaient jamais gagné la première page des journaux, alors que nombre de tabloïds eussent payé le prix fort pour mettre la main sur quelques sources leur donnant accès aux frasques sexuelles pour le moins scandaleuses du Neutron-Grey ou aux aventures des NG, pas toujours strictement légales. Parfois, Chase savait faire le silence autour de lui.

— Si vous êtes d’accord, nous pourrions peut-être nous transporter dans un endroit si ce n’est plus privé, du moins… plus espacé.

Discuter à voix basse dans un café bondé était déjà une excellente chose, mais Chase préférait encore se soustraire aux regards toujours un peu inquisiteurs de leurs voisins immédiats, que sa célébrité rendait curieux. Avec l’accord de June, il se leva donc, après une nouvelle gorgée, laissa quelques billets sur la table pour régler les consommations et faire office de pourboire, et sortir dans l’après-midi fraîche de ce mois d’octobre. Il remonta la fermeture éclair de son blouson, au-dessus du dossier soigneusement rangé contre son torse.

— Je ne sais pas comment vous voudriez procéder. Je peux vous laisser le dossier, évidemment, j’ai moi-même la copie des documents. Je peux surtout vous envoyer les originaux, les versions numériques, pour que vous puissiez vérifier les annotations des logiciels, ce genre de choses. Après, il me semble que nous aurions deux possibilités : soit partir à la pêche aux informations, soit tendre un piège.

Chase marchait d’un pas vif, pour se réchauffer un peu au sortir de l’ambiance presque étouffante du café.

— Cela dit, par expérience, il n’est pas aisé de passer les sécurités de l’UNISON. J’en ai à vrai dire conçu une partie, mais je n’ai vraiment pas la main sur le système. Je ne suis pas parti avec les codes de sysadmin.

Il esquissa un sourire entendu : quand il l’eût fait, les codes eussent été changé le jour suivant, de toute façon, comme il était d’usage dans l’organisation. La lutte de l’UNISON contre les organisations secrètes de tout ordre rendait le sujet de la sécurité des données particulièrement sensible. C’était à vrai dire un problème quasi inextricable, qui pouvait occuper un hacker un bon moment.

— Passer par les entreprises impliquées seraient sans doute beaucoup plus simples, encore que certaines données soient probablement stockées en réseaux fermés, pour éviter les attaques à distance. Il faudrait aller pirater sur place, directement sur les serveurs clos.

C’était une excellente occasion, surtout, de tester un peu plus les limites de June. Il jeta un regard à la jeune femme.

— Vous faites cela, vous ? Les missions, si j’ose dire, sur le terrain ?

Il y avait tout un monde entre les hackers vraiment professionnels, que des organisations criminelles et des gouvernements pouvaient envoyer dans la gueule du loup pour surpasser les systèmes informatiques qu’on avait eu la sagesse de ne pas connecter au réseau mondial et ceux qui préféraient rester toujours chez eux — mais loin des données les plus sensibles peut-être.
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Message posté : Dim 27 Oct 2013 - 21:17 Message
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La jeune femme se retient de laisser échapper un ouf de soulagement quand il lui assure être en mesure de pouvoir assurer son anonymat. Bien sûr, elle ignorait encore à ce stade si elle était en mesure ou non de lui accorder sa confiance. C'était néanmoins un bon début pour une future collaboration puisque dans son esprit naïf, elle ne perdait pas de vue ce dossier factice qu'elle considérait toujours comme vrai et d'une importance de premier ordre. Et puis avec un habitué des premières pages des magasines, un mentaliste qui plus est, elle pouvait se douter qu'il savait s'y prendre pour passer certaines informations sous silence, l'information ici étant son propre nom qu'elle n'avait aucune envie de voir associer à un quelconque déballage de complot. Qui sait ce dont les gens sont capables pour garder secrets leurs magouilles, surtout quand elles sont d'ordre international. A peine eut-elle le temps d'assimiler tout ça qu'il était temps de changer d'endroit. Attrapant son trench qu'elle enfile à la va-vite, nouant une écharpe autour de son cou, elle le suit bien sagement jusqu'à l'extérieur sous leur regard curieux des lambdas réunis dans le café.

Refermant les pans de son manteaux contre sa menue poitrine, elle a vraiment l'air d'une pauvre fille mal fagotée avec ses cheveux roux hirsutes et tous ces tons sans aucun rapport les uns avec les autres mais c'est bien là le cadet de ses soucis. Le vent frais est mordant pour une après-midi d'automne mais elle tente de passer outre et de se reconcentrer sur cette conversation importante. « Je … je préférerais recevoir les originaux … par clé usb. Mais pas chez moi …. je préférerais que rien n'arrive à mon adresse personnelle. » D'autant plus qu'elle n'avait aucune envie de communiquer son nom, encore moins l'endroit où elle vivait. Sans être une paranoïaque accomplie, June préférait assurer ses arrières quitte à en faire trop. Mais on est jamais assez prudent quand on s'en prend à d'aussi grands groupes internationaux. Tendre un piège … voilà quelque chose qu'elle n'avait jamais expérimenté. Et pour lequel elle ne se donnerait d'office aucun talent. Incapable de mentir sans devenir rouge écarlate, encore moins de conspirer, c'était une organisation qu'elle lui délèguerait volontiers pour se contenter de son rôle de pion dans l'histoire. Un léger sourire étire ses lèvres quand il parle du problème de faire tomber les sécurités de l'UNISON. « Il n'y a pas de systèmes infranchissables, seulement des hackers trop paresseux pour chercher la faille. » Elle ne s'était pas fait un nom sur la toile en déjouant les sécurités les plus simples du monde, bien au contraire. Peut-être en lien avec ce pouvoir de technopathie dont elle ignorait tout, il n'en était pas moins que Minnie Mouse possédait un certain doigté dans la trouvaille de la fameuse faille qui existe toujours. Et seuls les hackers plein d'orgueil et de soif de reconnaissance se lançaient dans l'abattage pur et simple des barrières de sécurité. Mieux valait se faufiler, trouver ce que l'on cherche et repartir aussitôt sans laisser de trace.

Aller pirater sur le terrain, voilà quelque chose qu'elle n'avait pas fait depuis des années. Et à vrai dire, ses seules expériences n'incluaient pas d'acte criminel, simplement du travail sur ces fameux serveurs. Pour passer le temps, aussi étrange qu'il puisse être d'étudier des circuits électroniques pour tuer le temps, le dimanche, pour une ancienne étudiante en histoire antique. D'ailleurs elle ne retient pas son rire ironique quand il lui demande si elle a déjà fait l'expérience de ces expériences physiques de hacking, pensant sincèrement qu'il s'agissait là d'une blague et qu'il la taquinait. Mais voyant son sérieux, elle toussote un peu, tentant de reprendre son calme. « Je … j'y ai déjà touché mais … mais pas dans le but de les hacker … et … et cela impliquerait d'investir les entreprises …. je veux dire physiquement. » L'idée de rentrer par effraction dans un bâtiment la laissait d'ors et déjà plus que craintive. Même si c'était dans le but de mettre à jour ce qui semblait être un des plus gros complots du siècle,il lui faudrait longtemps avant de pouvoir se faire à l'idée d'accomplir un acte criminel de façon aussi concrète.
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Message posté : Lun 28 Oct 2013 - 12:53 Message
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Il est vrai que June n’avait pas exactement l’air d’une criminelle endurcie qui cachait dans son placard une tenue de cambrioleuse, un grappin dernière génération et une trousse de crochetage, pour les soirs où il serait nécessaire de forcer quelques portes avant d’attendre des serveurs fonctionnant en circuit clos. Comme elle n’avait pas non plus l’air d’appartenir à un groupe de hackers sélectifs et assez peu regardant en matière de lois, Chase ne se fiait pas aux apparences cependant.

Le rire de la jeune femme apporta cela dit une réponse assez nette à sa question. Pas de tenue de cambriolage, donc. Les réticences que June exprima furent accueillies avec un sourire un peu amusé par le mentaliste. Il était toujours frappant de voir ces passionnés d’informatique contourner sans ciller des lois contre le cyberterrorisme qui leur promettaient d’aussi longues années de prison, parfois, qu’un kidnappeur ou un incendiaire et reculer avec perplexité dès qu’il était question de faire des choses non pas plus concrètes, parce que la séparation entre le matériel et le virtuel n’avait plus guère de sens, mais simplement plus directes.

D’un air tranquille, Chase souligna :

— Vous les investissez déjà virtuellement, cela ne fait pas une grande différence. Je suis presque sûr que bien des entreprises passent plus d’argent dans leur sécurité virtuelle que dans leurs caméras et leurs gardes. Vous êtes sans doute plus criminelle en vous introduisant dans leurs systèmes, que vous touchiez à quelque chose ou non, qu’en vous introduisant dans leurs locaux.

C’était une manière de mettre le doigt sur un paradoxe un peu douloureux pour les hackeurs de bonne conscience, qui avaient trop bien intégré la spécificité d’Internet et continuaient à croire que les deux mondes n’étaient pas, désormais, si intimement mêlés que les anciens fantasmes d’une existence entièrement différente en ligne étaient révolus. Chase voulait pousser June à se dévoiler un peu plus clairement, soit dans son refus radical, soit dans sa volonté de rechercher le compromis — compromettant.

— Quant au côté, disons, pratique, eh bien… Cela demande un peu d’entraînement, je suppose, et puis de la préparation, mais c’est après tout comme n’importe quel piratage. On ne lance pas ses lignes de commande au petit bonheur la chance sans avoir une idée un peu précise de l’infrastructure. Et je ne crois pas qu’on se glisse dans les sous-sols d’un bâtiment sans avoir une idée un peu précise de son architecture.

Pour lui évidemment, qui sentait les pensées aussi clairement que la matière et qui, maintenant qu’il avait développé sa télékinésie, sentait la matière dans ses pensées, la différence entre le virtuel et le matériel était beaucoup plus aisément négligeable que pour bien d’autres, qui ne vivaient que d’un côté ou de l’autre. De toute façon, il ne s’attendait pas à ce que June sortît ses gants de voleuse de sa poche et lui proposât d’aller séance tenante hacker sur site les serveurs de Stevens’ Entreprises.

Il secoua derrière la tête.

— Mais c’est une perspective encore lointaine et nous avons bien le temps d’y penser plus tard.

Ils s’étaient rapprochés un peu de l’extrême centre-ville et, dimanche ou non, les rues étaient pleines de badauds et l’essentiel des boutiques ouvertes. En fin de matinée encore, quand il avait rencontré Shanyara sur la Meadow Street, un certain calme régnait, mais le déjeuner passé, les activités avaient repris de plus belle.

— Je vous transmettrai donc la clef USB. En fait, nous devrions convenir d’un protocole de livraison, au moins général, pour ce genre de choses. Je doute que vous comme moi fassions particulièrement confiance à ce qui circule par e-mails.

C’était un peu le paradoxe de leur activité commune : à trop maîtriser les technologies de la communication, on en venait à se méfier de leurs failles et à préférer des choses beaucoup plus rudimentaires mais beaucoup moins perméables aux curiosités étrangères. De bons vieux téléphones satellites cryptés ou des échanges de documents dignes des plus belles heures de la Guerre Froide.

— Je vous propose de fixer la clé USB sous un siège du multiplex du centre ville et de vous envoyer les numéros de la salle et du siège par mail. Pour n’importe qui d’autre, ce serait deux chiffres sans signification.

Avec son trench coat, June avait d’ailleurs un peu l’air d’une espionne soviétique qui tentait de se fondre dans la foule — chevelure rousse mise à part, bien entendu. Il lui manquait un foulard sur la tête et des lunettes de soleil.

— J’espère que vous trouverez que tout cela n’est qu’une vaste supercherie destinée à nuire à l’image de l’UNISON. J’en dormirais beaucoup mieux.

Ah, n’était-il pas un bon patriote, à rêver d’une UNISON parfaitement pure ? Accessoirement, il n’avait aucune envie d’embarquer l’assistante d’Adrian Pennington dans la moindre aventure un peu douteuse et de se retrouver le lendemain changé en poulet. S’il continuait à tester les réactions de June, c’était beaucoup plus pour mieux cerner l’associée du mage que la hackeuse — après tout, on n’avait jamais trop d’informations sur ceux qui nous entouraient.
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Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 20:04 Message
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A la précision du mentaliste, la petite souris ne peut s'empêcher d'attraper un fard important, couvrant de rouge sa peau de rousse. Même si elle savait ses activités illégales, il était bien souvent plus aisé de sa cacher derrière un écran qui finalement, lui apportait une confiance en elle qu'elle n'avait pas dans sa vie quotidienne. Mais elle avait néanmoins du mal à s'imaginer à l'image de ses super vilaines dans leur combinaison trop moulante longée les mur d'une multinationale dans le but de s'introduire dans les locaux fermés. Enfin, sa vision s'arrêtait assez vite car il y avait de forte chances pour qu'elle se prenne le premier objet traînant au sol et finisse par alerter toute la sécurité en moins d'une minute, avant même que les choses intéressante n'aient commencé. Un peu gênée, elle regarde le bout de ses chaussures alors qu'ils continuent de marcher tranquillement dans la rue. Etre face à ses propres paradoxes n'est pas toujours simple. La jeune femme avait toujours un problème vis à vis des hors la loi et reconnaître haut et fort qu'elle en était une la dérangeait plus qu'elle ne voulait l'admettre.

Alors elle hoche sagement de la tête quand il parle d'entraînement. Après tout, c'était logique et sur le papier, il n'y avait rien qui lui semblait si infaisable. Même si son manque évident de confiance lui interdisait d'être trop confiante vis à vis de ses capacités à se déplacer discrètement et sans bruit. "Oui je suppose ... C'et assez logique ..." Et elle ne perdait pas de vue ce dossier factice qu'on lui avait présenté. Il était bien question de rétablir une forme de justice en dénonceant un complot gouvernemental. Du moins, c'est ce dont elle restait persuadée. Et emmener un tel dossier aux autorité compétentes, même si les preuves étaient irréfutables, reviendrait tout bonnement à faire tomber le message dans l'oreille d'un sourd.

A nouveau elle hoche la tête. Effectivement, tout cela n'était pas encore prêt d'arriver et elle avait bien le temps de décider de disparaître dans la nature si l'idée ne lui convenait plus. Quoique, les choses ne seraient sûrement pas aussi simples face à un mentaliste confirmé qui plus est avec le bras long mais la naïveté de la jeune femme ne la fait pas voir les choses d'une façon aussi dramatique. Quant au protocole de livraison, elle ne trouve rien à redire. Communiquer son adresse personnelle ne l'enchante pas plus que ça, tout comme celle de devoir donner son nom. Et puis, il est bien plus facile de suivre une lettre que de suivre un mail, alors mieux valait éviter toutes ces démarches. Quant au multiplex, elle n'avait rien à y redire, sauf peut-être qu'elle n'allait jamais au cinéma -par manque d'envie de sortir seule et par déduction logique, par manque de rendez-vous- et parce que généralement, les espaces pleins de gens inconnus ne lui plaisaient pas énormément. Mais elle hoche à nouveau docilement de la tête, son esprit déjà reparti dans son questionnement continuel, désorganisé et sûrement un peu chaotique pour quiconque aurait l'envie d'y jeter un coup d'oeil. Mais alors qu'il semble conclure la conversation, elle fronce légèrement des sourcils. "Mais .... ce que je ... je ne comprends pas tout à fait c'est .. Je veux dire, vous avez beaucoup de relations et vos capacités .... vous n'avez jamais eu l'envie de regarder directement dans l'esprit des hauts représentants pour ... pour avoir la certitude de ce complot ?" Sûrement que ça ne devait pas fonctionner comme cela. Elle n'avait jamais pris le temps d'étudier la question du mentalisme au fil de ses lectures personnelles. Mais la question la démangeait trop pour qu'elle la garde pour elle. Et au pire, se coucherait-elle moins bête, et ce n'était pas si mal.
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Message posté : Mer 13 Nov 2013 - 21:01 Message
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Bon, June n’avait pas l’air décidé, là maintenant, à se transformer en Catwoman pour gravir les étages d’un building surprotégé et dérober de précieux documents. Chase était pour sa part un NG bien avant d’être un informaticien et il aimait l’aventure. Ce qui le charmait chez son petit ami de cambrioleur, c’était justement, entre autres choses, de se libérer du carcan des lois pour faire ce qui lui plaisait et jouer enfin, à plein, la grande partie d’échecs qui l’opposait au monde. Le vrai. Pas seulement le virtuel.

Chacun ses goûts. Chase ne tenait absolument à transformer June en cambrioleuse de haute voltige — ou en quoi que ce fût d’autre. La jeune femme avait écrit « Adrian Pennington » en gros sur le front et cela suffisait à Chase pour modérer ses ardeurs manipulatrices, même s’il ne savait pas qu’Adrian était l’archimage — précisément, d’ailleurs, parce qu’il se sentait incapable de déterminer ce qu’il devrait affronter si par hasard, un jour, il mettait cette connaissance-là en colère. Prudence.

La question de June, un peu inattendue, le laissa songeur.

— Eh bien, je suppose que techniquement, hacker un ordinateur ou hacker un cerveau, cela revient un peu au même, en effet. Les gens déposent leurs plans et leurs souvenirs dans leurs machines autant que de leurs neurones.

En vérité, la question était réellement épineuse. Il se demandait lui-même, parfois, pourquoi il ne se contentait pas de laisser tous ses pouvoirs s’exprimer et de profiter de la domination incontestable qu’ils lui offriraient sans doute sur bien des gens, maintenant qu’il s’était débarrassé de ses scrupules moraux. Peut-être n’était-il pas entièrement insensible aux enseignements de son oncle. Peut-être aussi que sa vie, qu’il voyait comme un jeu, eût été bien moins amusante s’il avait pu gagner trop facilement.

Bien sûr, il ne pouvait se permettre de donner cette réponse à June.

— Eh bien, il y a au moins une raison pratique : tout ce que je récupérerais de la sorte ne convaincrait guère que moi et je ne pourrais pas vraiment m’en servir, que ce soit légalement ou médiatiquement. Les gens ont besoin de preuves, de choses solides, de traces matérielles.

Mais il savait bien que ce n’était pas précisément la question de June. Elle ne l’interrogeait pas sur sa capacité à convaincre le monde d’une machination dont il aurait eu connaissance par ses propres pouvoirs, mais sur sa volonté d’apaiser ses doutes en allant chercher à la source.

— Je crois aussi que c’est une manière de me protéger. Si je m’engage sur cette voie, qu’est-ce que je ferais, après, de mes pouvoirs ? On commence par lire les pensées, puis on les modifie, et puis… On ne vit plus avec de vraies personnes, mais avec des pantins. Mieux vaut résister tôt à la tentation, plutôt que de s’exposer à y céder quand il sera trop tard.

C’était en substance le discours que lui avait toujours tenu son oncle. Il était loin de le trouver parfaitement idiot. C’était ces raisons, par exemple, qui le retenaient de fouiller dans l’esprit de Lukaz, même quand il se sentait des pointes de jalousie, ou dans l’esprit de Charlie, quand il la voyait préoccupée. Il savait pertinemment qu’une telle attitude lui ferait perdre son sang-froid et éloignerait de lui des êtres qui lui étaient chers — les pouvoirs devaient parfois rester inactifs.

— Se rendre plus criminels que ceux que l’on veut faire tomber est, je crois, un très mauvais moyen de s’y prendre. La facilité, eh bien, c’est une tentation à laquelle j’ai appris très jeune à résister.

Tout n’était pas si sombre dans l’esprit de Chase que ses projets l’eussent suggéré à certains et le jeune homme croyait un peu de ce qu’il disait. Il finit néanmoins par balayer la question avec un haussement d’épaules, comme si le cas était indécidable, et à s’arrêter de marcher, alors qu’ils avaient atteint un carrefour.

— Bien, je crois que nous avons fait le tour. En attendant que vous puissiez jeter un œil à tout cela, en tout cas. Prenez votre temps, bien sûr : mieux vaut être certains de notre affaire que de nous précipiter.

June finirait sans doute, après examen, par douter de l’authenticité des documents, et si elle n’y arrivait pas toute seule, Chase veillerait à l’y aider un peu, pour ne pas s’engager trop avant dans une affaire complexe dont il n’était pas certain de pouvoir évaluer toutes les conséquences.

— J’aurais aimé que nous puissions nous rencontrer dans de meilleures circonstances et plus officiellement. Qui sait, un jour peut-être, au hasard des conférences et des conventions.

Il lui adressa un signe de tête et ne put s’empêcher de préciser :

— Soyez prudente, tout de même.

Il attendit une seconde pour observer l’effet de sa mise en garde un peu dramatique sur la si timide MinnieMouse, puis il se détourna, pour traverser la rue à grands pas et disparaître au détour d’un bâtiment. La journée avait été décidément riche en rencontres pour le moins inattendues, et s’il n’était pas certain de ce qu’il pourrait en tirer de son côté, il était plutôt content du tour de plus en plus ludique que prenait sa nouvelle existence.
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L'art de tomber sur les mauvaises personnes > Chase&June

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