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Une journée sur la Meadow Street [PV: Chase]

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Message posté : Mer 9 Oct 2013 - 18:38 Message
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« Tu m’as désobéi, Shyrastrasza. Tu as décimé mon peuple et laissé mes terres être envahies par les royaumes voisins. Puis tu as pris la fuite et tu as laissé des humains te traiter comme un chien. Et tu oses aujourd’hui t’attacher à eux, même vivre comme eux ! Tu te considères comme l’une des leurs, au point d’en oublier ta véritable nature ! Regarde-toi, tu as abandonné tes puissants atouts pour adopter leur apparence plus fragile, plus maladroite, plus déficiente. Tout cela est d’une telle disgrâce. Tu n’es pas digne d’être ma Création.  Puisses-tu retourner à l’état de poussière et être dépourvue à jamais de l’existence que je t’ai conférée.»

La voix résonne dans les oreilles, elle me déchire les tympans et me donne envie de hurler. Je suis au sommet du volcan, où la vapeur brûlante me pique les yeux, étouffe mes poumons et dévore peu à peu mon corps entièrement nu. Je porte ma main à mon cou, tâtant désespérément celui-ci pour retrouver mon pendentif. Mais il n’est pas là et je ne sais comment reprendre ma forme réelle. Tremblante, je panique. Devant moi, Surt m’observe de haut, impitoyable et en colère. Il m’a déjà enlevé mes pouvoirs et s’apprête à me faire disparaître dans la gueule du volcan. Je veux protester, mais j’en suis incapable. Tous mes membres sont paralysés. Je suis en train de bouillir vivante. Puis, d’un geste de bras, Surt ordonne au volcan de m’aspirer. Je tombe, mais je ne peux rien y faire. Je crie, et le cratère se réjouit des caresses de ma voix.

J’entends alors une autre voix, mais je ne sais pas d’où elle vient. Elle est douce et mystérieuse en même temps. Le destin est parfois une épée que l’on s’enfonce dans la gorge, me chante-t-elle. On ne la retire pas si facilement.


***
Je me réveille le cœur battant, mais l’esprit calme. D’instinct, je m’assure que je porte toujours mon pendentif, puis je referme les yeux un instant. Ce n’est pas la première fois que ce genre de cauchemar vient perturber mon sommeil. J’ai beau le balayer du revers de la main en  sachant  que ce n’est pas réel, cela ne l’empêche pas de revenir par moments. Sans doute parce que malgré les faibles chances que cela se produise, je crains toujours que Surt me repère sur Terre et me récupère de force pour me détruire. Et parce que la culpabilité d’avoir échoué, il y a si longtemps et dans un monde si lointain, persiste à me suivre.

En jetant un coup d’œil à la fenêtre, je constate que le soleil s’est levé bien avant moi… et que je suis sous l’emprise d’un vilain torticolis à cause du lit qui m’a été fourni dans cette chambre d’hôtel. Pas étonnant qu’il ait été classé deux étoiles : il aurait aussi bien pu être en pierre que cela n’aurait pas changé grand-chose. N’ayant pas encore faim, je ramasse mes affaires et quitte les lieux. Je n’oublie pas de faire mon check out auprès du réceptionniste, qui me répond avec un drôle de sourire lorsque j’en profite pour lui demander quelle est la date du jour. Je le remercie poliment avant de sortir.

Nous sommes le 13 octobre 2013. Cela fait maintenant une semaine que je suis arrivée à Star City, que je n’ai toujours pas trouvé d’emploi et que je passe la nuit dans des hôtels abordables, mais parfois de mauvaise qualité. Il faudrait sérieusement que je commence à me lancer dans les démarches d’installation en ville, mais puisqu’aujourd’hui est un dimanche, je choisis d’en profiter pour me reposer et faire de l’exploration. Il me reste tellement de quartiers à visiter dans cette immense ville que je ne sais même pas où aller. Sur le trottoir d’une rue passante, je fais signe au premier taxi qui passe et lui demande de m’emmener dans un quartier qui plaît bien aux gens. N’importe lequel, tant qu’on ne dépasse pas les frontières de Star City… et un certain montant d’argent.

Évidemment, ayant plus ou moins carte blanche, le chauffeur ne choisit pas le trajet le plus court, mais promet que l’endroit où il m’emmène me plaira. Il est impossible qu’une femme comme vous résiste aux charmes de la Meadow Street, me dit-il. Comme une enfant qui se fait emmener par ses parents à une destination surprise, je suis curieuse et commence déjà à m’imaginer de quoi aura l’air cette rue. Je pense à une rue commerçante au décor rustique et un peu vieillot, comme ce que j’ai découvert à Halifax dans les années 1950.

Il s’avère que la Meadow Street a finalement l’allure opposée de ce à quoi je m’attendais en entendant les termes « rue commerçante ». Visiblement, je me retrouve dans un endroit très avant-gardiste, avec des boutiques et restaurants dont on ne peut nier la qualité apparente. Le chauffeur m’ayant déposée au tout début de la rue, je sais que je n’ai qu’à aller de l’avant pour la visiter. En parcourant les vitrines, je me rends compte que le chauffeur avait bien raison : il est difficile de demeurer insensible devant les magnifiques bijoux présentés ou encore les vêtements d’un style différent de ce que je connais, mais très chic. J’admets adorer prendre soin de mon apparence humaine : celle-ci est tellement personnalisable, comment ne pas en profiter !

Vers midi, je me retrouve déjà avec un nombre irraisonnable de sacs à la main, ce qui ravive indirectement mon mal de cou, et je réalise à quel point j’ai faim. Toutefois, en continuant de marcher en prêtant cette fois attention aux prix des restaurants, je ne peux croire que je n’arrive pas à trouver de menu moins cher que la somme payée à l’hôtel ce matin. Désespérée, j’accoste le prochain inconnu qui s’arrête pour regarder le même menu que moi et lui demande :

- Hum... n’y a-t-il pas plus abordable à proximité ?
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Message posté : Mer 9 Oct 2013 - 19:46 Message
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Ce matin-là, Chase avait abandonné les manuels d’alarmes électroniques et autres systèmes de sécurité, sur son bureau, dans leur appartement. Il étudiait les descriptions techniques scrupuleusement pour trouver les concordances, avant d’entamer les travaux pratiques dans le contexte rassurant de l’appartement puis, plus tard, de s’essayer sur des modèles bel et bien installés. Une carrière de cambrioleur embrassée aussi méthodiquement que l’avait été sa carrière de scientifique, un exemple pour la jeunesse, en d’autres termes. Mais il avait d’autres atouts, bien plus précieux encore, qui exigeaient aussi d’être perfectionnés.

Depuis le soir où il était venu s’installer chez Lukaz, quelques jours plus tôt, presque une semaine déjà, et où ses pouvoirs s’étaient déployés spontanément dans leur étreinte, depuis surtout qu’il avait quitté l’UNISON, peu après, Chase se sentait empli d’une énergie toute nouvelle qu’il n’avait pas manqué de mettre à l’épreuve du monde réel. Débarrassé de nombre de ses scrupules par son excursion dans la dimension parallèle du Royaume des Rêves, le mentaliste avait cessé tout à fait de se préoccuper des restrictions qui pesaient en théorie sur ses pouvoirs.

Chase parcourait la Meadow Street, à pas lents, les mains dans les poches. Son esprit passait de cerveau en cerveau, tentant de parvenir le plus rapidement possible, par tous les raccourcis, comme dans une course, à tel élément précis : la plus grande peur, la plus grande honte, le secret le mieux caché ou, au contraire, la joie la plus intense. Cibler ses recherches pour ne pas perdre de temps était l’un de ses exercices. Il en avait d’autres : multiplier le nombre de sujets dans une même lecture, transférer les pensées des uns aux autres, faire ressurgir des souvenirs. Quand l’un l’ennuyait, il passait au suivant.

La facilité et le plaisir qu’il y trouvait étaient déconcertants. Naturellement, cette capacité à lire sans obstacle les détails les plus inconfortables de l’existence de ceux qu’il aurait dû considérer comme ses congénères ne l’aidait pas à les tenir en très haute estime et il y avait certaines personnalités franchement méprisables, avait-il découvert, qui se cachaient derrière les visages les plus sereins. Quant à la plupart des gens, leur existence était simplement d’un ennui mortel. Ce qui ne l’empêchait pas de l’éplucher.

Personne ne lui prêtait véritablement attention. Dans cette rue de luxe, les célébrités de Star City n’étaient pas rares et s’il était probablement l’une des figures les plus médiatiques à battre ce jour-là le pavé, l’habitude avait épuisé chez bien des passants la capacité à s’étonner. Il y avait bien tout de même quelques regards et quelques murmures qui s’élevaient sur le passage d’un visage aussi connu, mais le jeune homme ne s’y attardait encore : il avait appris à s’y faire.

Surtout, un mentaliste moins doué que lui eût sans doute fini par signaler sa présence par quelque maladresse, en provoquant dans les pensées de ses victimes une distorsion dont il eût été incapable de masquer l’origine. Chase ne connaissait pas ses difficultés. Sous ses traits juvéniles se cachaient le premier esprit psi du monde et ce n’était que depuis quelques jours que le jeune homme prenait la pleine et entière conscience de ce que cela impliquait, bien loin des pouvoirs longtemps contenus qui avaient rythmé de leur morne monotonie son existence.

Néanmoins, cela faisait deux bonnes heures qu’il arpentait le quartier et il devait bien avouer qu’il commençait à s’ennuyer. Déjà Lukaz lui manquait et sans la nécessité d’un entraînement rigoureux pour rassurer complètement son petit ami et le convaincre qu’il ne risquait absolument rien à l’accompagner de ses entreprises criminelles, Chase eût certainement abandonné la partie. Il en était à regarder sa montre toutes les cinq minutes, en bondissant d’un esprit à un autre, quand ses pouvoirs se heurtèrent à une anomalie.

Le terme était faible. Chase se concentra. Mémoire abyssale. Personnalité atypique. Esprit non-humain. Chase éplucha rapidement son répertoire xénopsychologique le plus courant. Magique ? Un peu. Alien ? Pas vraiment. Il avait fallu le cosmopolitisme de l’UNISON pour lui apprendre la variété de ses esprits et il savait fort bien qu’en la matière, il restait, pour l’essentiel, un ignorant. Il avait du mal à s’orienter. Il parvint à récupérer quelques images cependant, qui suffirent, outre la résistance, à alimenter son intérêt.

Mentalis n’eut pas de difficultés à s’orienter jusqu’à une jeune femme rousse à l’allure tout à fait humaine — critère particulièrement peu fiable dans une ville comme Star City. Elle avait harponné un passant et tentait de lui tirer des informations sur le prix des restaurants et l’homme, en bon citadin impoli qu’il était, se contenta de marmonner qu’il n’était « vraiment pas intéressé », comme si on avait tenté de lui vendre une encyclopédie, puis de passer son chemin en allongeant la foulée.

Chase vint se poster à côté de l’inconnue, les mains toujours enfoncées dans les poches, et parcourut le menu d’un regard.

— Il faut excuser les locaux, ils ne sont pas toujours très sympathiques. Je crains que cela ne donne pas une image très reluisante de notre ville. J’espère que vous ne nous en tiendrez pas trop rigueur.

Chase adressa un sourire, avant de désigner d’un geste de tête le menu.

— Si vous cherchez moins cher dans cette rue, cela risque d’être un peu difficile. Mais écoutez, la faim me gagne ici. Je vais vous montrer des endroits plus abordables, mais il va falloir marcher un peu.

Il fit un geste de la main pour lui indiquer la direction, avant de la suivre.

— Au fait, je m’appelle Chase.

Précision rarement utile pour un super-héros mondialement connu, mais avec l’esprit qui était celui de l’inconnue et que Chase s’employait toujours à visiter, à son humble avis, elle avait bien pu passer à côté des actualités les plus récentes. Et les plus anciennes.

— Vous venez d’où, comme ça ? New York ?

La suggestion ne manquait pas d’ironie de sa part, mais il la masquait sans difficulté sous un air tout à fait naïf et courtois.
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Message posté : Jeu 10 Oct 2013 - 2:05 Message
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[HRP : Désolée pour le changement de temps de verbe ! J’ai voulu tenter l’écriture au présent, mais ce n’est vraiment pas naturel en fait...  ^^]

Visiblement, je dérangeais l’étranger, qui ne m’accordait pas plus d’attention qu’à la mouche qui lui tournait autour. Il se contentait de répondre à mes quelques questions par des mmh-hmm ou des je ne sais pas, moi, pour finalement m’annoncer sur un ton ennuyé que, peu importe ce que je voulais de lui, il n’était pas du tout intéressé.  D’une grande enjambée, il chercha à me contourner, ne manquant pas de me bousculer au passage. Complètement ébahie par ce manque de civisme, je le suivis du regard alors qu’il s’éloignait sans la moindre excuse.

Heureusement que j’avais fréquenté assez d’humains pour savoir que celui-là n’était qu’un rare cas parmi d’autres, et qu’il ne valait pas la peine de s’en faire à ce sujet. Dans la dimension d’où je venais, plusieurs créatures étaient créées par la magie et étaient déjà matures en recevant leur conscience. Néanmoins, sur cette planète, j’avais cru comprendre que chaque Homme naissait sans la moindre faculté intellectuelle, et que celle-ci se développait au cours de sa croissance. Bien qu’il était totalement fascinant d’observer comment ces êtres réussissaient à se développer en s’instruisant et se guidant les uns les autres à un rythme certain, j’avais rapidement remarqué que certains d’entre eux souffraient d’une incapacité flagrante à suivre la cadence. Ceux-là « manquaient de savoir-vivre » selon les exigences communes.  Mais ils n’étaient, pour la plupart, pas bien dangereux.
Suite à cet incident, un autre inconnu vint se placer à mes côtés.  

- Il faut excuser les locaux, ils ne sont pas toujours très sympathiques, m’informa-t-il. Je crains que cela ne donne pas une image très reluisante de notre ville. J’espère que vous ne nous en tiendrez pas trop rigueur.

En tournant la tête, je remarquai que la personne qui m’avait parlé était en réalité un jeune homme aux allures beaucoup plus sophistiquées que le précédent. Je ne pus m’empêcher de rire de bon cœur suite à sa remarque.

- Ne vous inquiétez pas, répondis-je, je ne juge pas une population par un unique spécimen. Rares seraient les endroits que je supporterais de fréquenter, si c’était le cas !

Il m’adressa ensuite un sourire et me proposa de me montrer les restaurants plus abordables, une proposition que j’acceptai avec plaisir. Je ne me sentais pas la force de continuer à arpenter la rue au hasard. Je suivis donc la direction qu’il me pointa tandis qu’il se présentait à moi. De cette façon, j’appris qu’il s’appelait Chase. Un prénom qui ne m’évoquait rien de particulier, à part peut-être un article que j’avais rapidement survolé au sujet d’un superhéros brave, fort, et terrorisant pour les vilains de la ville.  

- Tiens, je pense qu’il y a une célébrité qui partage votre nom, fis-je simplement remarquer.

Je n’avais pas besoin de regarder ce Chase bien longtemps pour me dire qu’avec son visage d’adolescent et son corps presque chétif, les chances n’étaient pas bien grandes qu’il soit lié au Super Chase en question. En plus, personne ne nous arrêtait pour obtenir une photo ou un autographe. Ce n’était pas une mauvaise chose ; je n’étais pas du genre, de toute façon, à m’agenouiller devant les célébrités. Que je me retrouve aux côtés de l’une de ces personnes ou non, à mes yeux, cela ne changeait pas grand-chose – combien de visages populaires étaient en réalité les metteurs en scène de plans obscur ?  Au mieux, toute personne accomplissant le bien était considérée comme mon égale. Je n’insistai donc pas davantage sur le sujet envers ma nouvelle connaissance.

- Enfin, j’imagine que je ne vous apprends rien, lui souris-je, avant de me présenter à mon tour : Moi, c’est Shanyara. Un nom que les gens ont parfois du mal à prononcer, alors ne vous gênez pas à vous servir d’un diminutif.  

Il me demanda alors si je venais de New York, ce à quoi je répondis non avec une teinte de surprise.

- Ai-je l’air d’une New Yorkaise ? demandais-je avec curiosité. Pourtant, je n’y ai jamais mis les pieds !

Il me plaisait déjà, par sa politesse et son ouverture d’esprit face aux nouvelles rencontres. J’avais adressé la parole à plusieurs personnes depuis mon arrivée à Star City, comme les réceptionnistes d’hôtel, le chauffeur de taxi, les commerçants. Mais il était le premier à me proposer une « activité », si je puis dire, et j’avais le sentiment que j’allais passer un bon moment en sa compagnie. Ainsi, je ne me fis pas prier pour en dire un peu plus à mon sujet.

- Je viens du Canada, avouai-je finalement. Enfin, je suis née en Allemagne, mais j’ai surtout vécu au Canada, à Halifax, plus précisément. La ville est située le long d’un fleuve; c’est absolument magnifique. Vous connaissez ?

Évidemment, je faisais attention à ne jamais en dire trop. De toute façon, cela s’intégrait mal à une première conversation, et jamais je n’avais avoué ma nature à qui que ce soit de mon propre chef.  Au fil des ans, j’avais remodelé mon histoire pour l’adapter à une banale vie humaine. C’est une décision compréhensible, après tout.

- Je me suis installée à Star City il y a très peu de temps, je suis encore en train d’explorer la ville. C’est pour cette raison que j’ai parfois du mal à trouver ce que je cherche, lui expliquai-je. Mais vous, vous avez l’air de bien vous y connaître. Depuis combien de temps vivez-vous ici ?

Mine de rien, j’étais plutôt intriguée par ce blondinet qui semblait aujourd’hui avoir de la gentillesse à revendre.
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Message posté : Jeu 10 Oct 2013 - 9:04 Message
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— C’est à vrai dire un prénom assez courant.

Répondit Super-Chase qui, pour une fois, goûtait avec plaisir cette sensation désormais rare pour lui : ne plus être qu’un Chase, citoyen anonyme dans la foule de Star City. Toujours était-il que sa nouvelle connaissance avait dû être bien préoccupée, ces trois dernières années, pour ne pas pouvoir le reconnaître une fois son nom annoncé et ce petit test lui était d’autant plus utile que, toujours bien perdu dans l’esprit de Shanyara, il avait décidé de recourir d’abord à des moyens plus traditionnels pour faire sa connaissance.

Tout en s’imprégnant beaucoup plus passivement de la présence psychique de la créature, afin d’être à l’avenir mieux capable d’en comprendre les particularités et d’y agir, Chase s’orientait sans difficulté dans sa ville natale. Fort heureusement, un dimanche, et particulièrement à l’heure du déjeuner, les rues n’étaient pas peuplées comme elles avaient pu l’être la veille et il ne risquait guère d’être séparée de celle qui guidait par une masse hystérique d’acheteurs compulsifs.

D’ailleurs…

— Vous voulez un peu d’aide, pour vos sacs ? Je vois que vous avez profité des boutiques. Il ne vous manque plus qu’un porteur.

Lui-même ne s’était jamais beaucoup penché sur ce que l’on pouvait vendre le long de la Meadow Street. Si par bien des côtés son mode de vie trahissait la fortune des Neutron-Grey, la plupart du temps, Chase avait un peu de mal à intégrer tous les codes d’une classe sociale dont il avait longtemps été coupée et son premier réflexe, quand il avait besoin d’une montre, était d’en fabriquer une plutôt que d’aller acheter un modèle unique chez un joailler réputé.

Consciencieusement, le jeune homme tenta de répéter :

— Sharnyana. Hmm… Navré, je ne suis pas très doué pour les langues étrangères.

L’une de ses multiples frustrations, au demeurant. Il avait déjà décidé d’apprendre le français pour être capable de converser avec son petit ami de sa langue maternelle et les choses, pour l’heure, ne se présentaient pas très bien : c’était un effort suffisant. Avec un sourire, il accepta donc volontiers la proposition de son interlocutrice :

— Shan, du coup, ce sera très bien.

lls avaient tourné à droite, laissant Meadow Street derrière eux, pour s’engager dans une rue un peu plus modeste, bordée de restaurants. Chase désigna deux ou trois établissements, pour en énumérer les caractéristiques :

— Là, il y à emporter, du grec. Mais il fait un peu frais pour manger dehors, peut-être. Ici, c’est italien, je veux dire, de la vraie cuisine italienne, pas seulement des pizzas. Là, c’est américain. Et oui il y a des burgers. Mais des vrais, des bons.

Il secoua la tête quand Shan l’interrogea sur le Canada.

— J’ai été à Toronto. Et à Montréal. Mais en fait, je voyage plutôt…

Dans des dimensions parallèles.

— …en Europe. Cela dit, c’est toujours assez éphémère, je n’ai jamais le temps de visiter les villes.

Ou, quand il le tentait, comme il l’avait fait récemment à Tokyo, il se retrouvait pris dans d’improbables prises d’otages et il se battait contre des yakuzas avec une tueuse professionnelle travaillant pour une organisation secrète tentaculaire. Difficile de faire du tourisme dans ces conditions. Sans donner plus de précision sur les raisons qui pouvaient le pousser à voyager mais à ne jamais rien visiter, il enchaîna :

— Je suis né ici, à vrai dire. Pure souche. Ma famille est installée dans la région depuis un certain temps, pour ne rien vous cacher.

Il lui cachait simplement que la famille en question était l’une des plus considérables de l’histoire de la ville.

— Vous savez quoi ? Puisque vous n’êtes pas d’ici, vous n’avez pas trop le choix : vous devez essayer le Dylan’s.

C’était le restaurant de cuisine américaine.

— Possible cela dit que vous ne soyez pas trop dépaysant, si vous êtes allemande. Nous sommes dans un côté d’immigration hollandaise, traditionnellement, et je suppose qu’il y a des influences. Mais pour tout vous dire, moi et la gastronomie, ça fait deux.

Non qu’il fût prêt à manger absolument n’importe quoi, mais il eût été bien incapable de saisir de subtiles différences entre des traditions culinaires proches et ses exigences en la matière n’étaient de toute façon pas considérables. Tant qu’on ne le forçait plus à manger la fameuse nourriture lyophilisée développée pour le Phare — la vie d’un scientifique, ce n’est pas toujours drôle — il s’estimait heureux.

— Si vous n’avez rien contre un peu de compagnie, je me joindrais volontiers à vous. Je commence aussi à avoir un peu faim.

Il était en réalité guidé beaucoup plus par la curiosité que lui inspirait Shanyara que par la faim, mais cela ne changeait rien à l’affaire : il voulait rester un peu plus près d’elle, pour continuer à s’habituer à ses spécificités psychiques et nouer une relation qui pouvait être très profitable. On avait toujours besoin d’une créature mystérieuse et potentiellement puissante dans son cercle d’amis.
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Message posté : Ven 11 Oct 2013 - 21:13 Message
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Nous avions à peine marché quelques minutes lorsque Chase me proposa de prendre mes sacs. Loin d’être trop lourds pour moi, ils me dérangeaient néanmoins à cause de l’état de mon cou depuis mon lever. Quelle folie que d’avoir acheté autant de marchandises !

- Je ne vous dirais pas non, lui avouai-je, un peu gênée. Je vous aurais normalement épargné la tâche, mais je me suis réveillée avec un torticolis ce matin et ces sacs ne m’aident pas.

Je lui refilai les paquets en lui disant à quel point je le trouvais bien trop aimable. Pendant un instant, je m’imaginai de quoi avait l’air sa famille. Une famille modèle sans aucun doute, avec des parents attentionnés mais peut-être un peu sévères, des frères et sœurs se disputant rarement, et une ambiance familiale où y régnaient l’entraide et la générosité. Ce garçon m’intriguait peut-être plus que je ne le pensais, car il semblait déborder de qualités.

Après avoir tenté à répétition de prononcer mon prénom correctement – ce qui me fit bien rire –, il abandonna la lutte contre les vilaines syllabes et se contenta de m’appeler Shan, tout simplement. Il était tellement courtois qu’il s’excusa même pour le massacre de mon prénom, avant de me présenter les divers restaurants qui se trouvaient sur la rue à droite de Meadow Street.  J’aquiesçai plusieurs fois sans montrer de préférence : je n’étais pas du tout difficile. Entre-temps, ma nouvelle connaissance m’expliqua qu’il avait déjà été à Toronto et à Montréal, mais qu’il voyageait surtout en Europe.   Il n’avait malheureusement pas le temps de visiter, ce qui me surpris et me donna envie d’en connaître la raison. Cependant, il enchaîna trop rapidement pour que je puisse poser la question, et je n’osai pas l’interrompre. Je me dis donc qu’il était possible que son père partait souvent en voyage d’affaires et emmenait son fils avec lui, mais il n’y avait pas de temps pour les visites.  

Chase affirma ensuite être né à cet endroit, sa famille s’étant installée en ville depuis un certain temps. Vu comment il avait l’air à l’aise dans ces rues, cela ne m’étonnait pas. Puis, il prit la décision subite de m’emmener au Dylan’s, un restaurant purement américain avec tous les repas qui s’avéraient toxiques pour les cellules, mais qui donnaient tellement l’eau à la bouche.

- Ne vous inquiétez pas, le rassurai-je, les restaurants américains sont aussi présents un peu partout au Canada.   Je suis née en Allemagne, mais j’ai passé la majorité de ma vie en Amérique.

Réalisant alors qu’il avait probablement en tête de me faire découvrir quelque chose de nouveau, et que cet aveu était susceptible de gâcher cet enthousiasme, j’essayai de me rattraper :

- Mais je n’ai jamais vu de Dylan’s dans l’autre pays, peut-être est-ce vraiment différent de ce que je pourrais imaginer. Je suis partante pour essayer, vous avez ma confiance !


Nous arrivâmes peu après devant les portes dudit restaurant. Au moment où j’allais remercier Chase de la grande aide qu’il m’avait apportée, il confessa avoir faim et suggéra de me tenir compagnie si je n’avais rien contre l’idée. Évidemment, comment pouvais-je refuser ? C’est avec plaisir que je l’invitai à partager ma table.

- À condition que vous me suggérez également un plat, ajoutai-je de bon coeur. Sinon, je mettrai des heures à choisir...

Heureusement pour nous, il n’y avait pas d’attente, et un hôte nous installa aussitôt sur une jolie banquette. L’odeur alléchante de la friture me remplit les narrines et j’espérai que le service soit aussi rapide que l’installation. Pour boire, je me contentai d’un verre d’eau, mais un simple coup d’œil au menu suffisait pour constater que la somme de deux repas au Dylan’s était toujours plus basse que le prix d’une entrée sur Meadow.

- Au fait, prenez ce qui vous fait envie, dis-je donc à Chase. Je payerai l’addition, pour vous remercier de votre aide. Sans vous, j’aurais probablement demandé à un taxi de m’emmener dans un autre quartier, et il se serait fait plaisir avec le trajet. Ah, la vie n’est pas simple lorsqu’on n’a pas encore trouvé de logement !

Je ne l’avais pas proposé par obligation ; c’était une offre sincère témoignant de ma gratitude. Après que le serveur ait noté nos commandes – ce que m’avait proposé Chase me convenait parfaitement – j’aperçus un homme à la peau violette passer près de nous.

- J’ai remarqué qu’il y a beaucoup plus de « mutants » à Star City. À Halifax, il y en a quelques uns, mais ceux qui ne peuvent adopter une apparence humaine normale se font aussitôt toiser du regard.
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Message posté : Ven 11 Oct 2013 - 22:00 Message
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— Je ne crois pas que ce soit une chaîne.

Précisa Chase en s’approchant de Dylan’s, les mains chargées des sacs de sa nouvelle connaissance. Avec ce qu’elle avait acheté, pas étonnant que le prix des restaurants de la rue principale devinssent prohibitifs pour son portefeuille, sans doute bien allégé désormais.

— C’est tenu par une vieille dame. Assez typique, en fait.

Arrivés au Dylan’s, ils furent bientôt installés à l’intérieur et, une fois de plus, en ce mois d’octobre à son goût beaucoup trop frais, Chase fut ravi de retrouver un peu de chaleur. Le jeune homme avait soigneusement déposé les paquets de Shan à côté de leur table ; il s’empara du menu pour le parcourir d’un coup d’œil rapide, en essayant de trouver un plat qui fût à la fois une spécialité locale et point trop typique, pour ne pas rebuter son invitée.

Il releva un instant les yeux et esquissa un sourire quand celle qui avait cherché à tout prix un restaurant abordable se proposa cette fois-ci de l’inviter.

— C’est très aimable, mais, pour dire les choses sobrement, les restaurants de Meadow Street que vous regardiez tout à l’heure sont encore très en dessous de mon budget. Je crois qu’il est plus raisonnable que je vous invite, comme ça, vous pourrez résister un peu plus longtemps aux sombres menées de nos chauffeurs de taxi.

Pour Chase, l’argent n’avait jamais été vraiment une difficulté et il comprenait encore mal les hontes ou les fiertés qu’il pouvait causer. Toute une adolescence coupée du monde ne lui avait pas appris la valeur symbolique des comptes en banque ou l’importance de payer, ne pas payer, se faire inviter ou inviter. En la matière, il raisonnait par pure rationalité et s’offrait toujours de fournir les ressources, puisqu’elles ne grevaient pas son budget à lui. Une générosité automatique qui n’était pas toujours très bien prise.

Il referma le menu, tout en notant soigneusement que Shan vivait à l’hôtel. Vraisemblablement, cela impliquait qu’elle n’avait pas de contacts à Star City. Le serveur se présenta sur ces entrefaites et Chase commanda pour deux :

— Un coca pour moi, et on prendra deux assiettes Taylor.

Lorsque le serveur disparut, il expliqua :

— Le jambon Taylor, c’est un jambon typique du New Jersey. On le sert avec des tartines, des œufs brouillés. Ça se mange le matin, mais le midi, avec des pommes de terre rôties, c’est très bon. Surtout en cette saison.

Accessoirement, c’était l’un des plats qu’il connaissait le mieux et pour lesquels il était certain de ne pas prendre trop de risques. Il s’était bien promis d’apprendre à cuisiner un peu mieux pour son Français de petit ami, mais la perspective était moins attirante que d’apprendre à craquer des alarmes électroniques ou à désamorcer des détecteurs de mouvement. Il ne pouvait pas tout faire.

Le mentaliste suivit le regard de Shan par la fenêtre puis secoue légèrement la tête.

— Il ne faut pas vous y tromper. Même ici, cela demande beaucoup de courage, à ceux dont les particularités sont les plus visibles, de vivre une vie, disons, normale. De plein jour, disons. Les choses évoluent, bien sûr, mais très lentement. Pourtant, Star City est une ville incroyablement cosmopolite et les mutants sont loin d’être les seuls êtres à s’y réfugier. On croise toute sorte de créatures des plus atypiques.

Sa remarque n’avait pas été tout à fait innocente et si son regard n’avait rien d’insistant, il en guettait télépathiquement l’effet dans l’esprit de Shan, qui ne pouvait que se sentir concernée. Chase était encore bien loin d’en comprendre le fonctionnement et de pouvoir déterminer en toute certitude la nature de celle qui lui faisait face, mais au moins était-il absolument certain qu’elle n’avait rien d’humain ni rien de mutant.

Imperturbable pour sa part, il enchaîna :

— Cela dépend évidemment beaucoup des quartiers où l’on vit et des milieux que l’on fréquente. Ceux qui travaillent à l’UNISON ou à la Légion des Étoiles, par exemple, ont plus de chance de se prémunir des réactions défavorables. Et ses institutions fournissent beaucoup d’emplois, bien entendu. Au-delà des super-héros, il y a toute une machine administrative et logistique à faire tourner.

C’était la face cachée des deux prestigieuses organisations de Star City, même si, de temps à autre, un journaliste un peu plus inspiré que les autres se décidait enfin à délaisser les histoires sensationnelles pour mener une petite enquête sociologique sur la masse des employés qui travaillent dans ces endroits. Cette évocation amenait tout naturellement des questions personnelles — Chase avait l’art de la conversation.

— Je dis cela, vous le savez peut-être, vous êtes sans doute à la recherche d’un emploi, si vous vous venez d’arriver. À moins que ce ne soit justement une proposition de ce genre qui vous amène ici ? Beaucoup de gens évitent Star City quand ils le peuvent. Un peu trop dangereux, paraît-il.

Il quitta un instant son interlocutrice des yeux pour remercier le serveur qui lui apportait son coca. Lui n’avait pas l’air trop perturbé par les risques que les habitants de la ville dans son genre pouvaient courir, lors de l’énième attaque d’un super-vilain particulièrement sadique.
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Message posté : Lun 14 Oct 2013 - 1:44 Message
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- Eh bien… Si vous y tenez, c’est d’accord, répondis-je à Chase lorsqu’il me renvoya ma propre invitation. Mais je ne voudrais surtout pas abuser de votre générosité…

Je me sentais quelque peu rougir, car je devais avouer que pour l’instant, vu les dépenses du jour, cela m’arrangeait de ne pas repartir avec une addition en plus. Je n’étais généralement pas autant à cheval sur l’argent, possédant moi-même une modeste réserve m’empêchant de tomber dans la pauvreté trop rapidement, mais depuis que j’étais aux États-Unis et que je n’avais toujours pas effectué de transfert de fonds,  ma banque canadienne se réjouissait de me facturer un taux de change élevé ainsi que des frais supplémentaires rien que pour l’action de dépenser à l’étranger. Puisque Chase me confessait que tous les prix que nous avions pu observer jusqu’ici ne représentaient pas grand-chose pour lui, cela déplaça à l’arrière-plan une partie de ma culpabilité quant au fait de profiter de sa fortune. L’idée que ma nouvelle connaissance fasse partie d’une famille riche et réputée, ou qu’il soit lui-même riche et réputé, ou quelque chose de la sorte, ne m’effleura même pas l’esprit à ce moment-là. J’imagine que je devais avoir trop faim pour penser à autre chose que l’appétissant jambon Taylor qu’il me décrivait.

Par la suite, le jeune homme me mis en garde, m’expliquant qu’il fallait autant de courage aux mutants d’ici pour s’afficher en public. Un rire un peu plus nerveux cette fois m’échappa lorsqu’il mentionna les « créatures atypiques » qui se réfugiaient également à Star City. Non pas que je me sentis trop visée pour continuer d’être à l’aise – j’étais certaine que Chase ne faisait qu’alimenter la conversation de façon anodine, s’employant par la même occasion à m’informer des moindres faits remarquables –  mais parfois, j’étais tellement heureuse de vivre parmi les humains et d’interagir avec eux que j’en oubliais ma nature. Même si dans mon monde d’origine, le temps ne s’écoulait pas au même rythme qu’ici, je sentais le temps terrien passer à la même vitesse que ce que percevaient les humains ; près de cinquante ans sans transformation et sans usage volontaire de mes pouvoirs – sauf en cas de danger – suffisaient pour me faire croire que j’étais moi-même l’une des leurs. Ainsi, le commentaire de Chase ne me fit pas réagir de façon particulière parce que je le pensais capable de me démasquer, mais bien parce que cela me ramenait à la réalité. Et la réalité me rappelait tristement que je ne pouvais complètement être moi-même, car si un homme découvrait ce que j’étais, il n’en faudrait pas beaucoup pour que je subisse à nouveau la chasse au dragon, ou encore, que je sois soumise à un nouveau sortilège.

- Oui, je n’ai aucun doute là-dessus, acquiesçai-je de manière distante au sujet des organisations de superhéros.

À vrai dire, je n’y connaissais pas encore grand-chose au sujet de l’UNISON ou de la Légion des Étoiles, hormis le fait qu’elles œuvraient toutes deux pour de bonnes causes. Il y avait de bonnes chances que mes objectifs soient en quelque sorte liés aux leurs, mais je n’étais pas certaine de vouloir déjà me plonger aussi activement dans la lutte contre les malfaiteurs. Il y avait aussi cette peur de me faire rejeter par les autres héros, ceux-ci n’étant pour la plupart que des humains dotés de pouvoirs ou d’équipements sophistiqués. Pour l’instant, je faisais les choses à mon rythme, vivant tranquillement et intervenant directement au cours d’un incident que s’il n’y avait pas d’autre solution.  J’avais donc exclu l’intégration au sein d’une organisation de ce genre lorsque je me mettais à penser au type d’emploi que j’aimerais pratiquer ici. Mais si j’étais désespérée, peut-être allais-je me tourner vers cette option en tout dernier recours.

-En effet, confirmai-je, je n’ai toujours pas trouvé d’emploi.

Voyant là ma chance de me faire référer quelques généreux employeurs, je tentai de me vendre un peu, tout en restant honnête.

-Je suis plutôt polyvalente, donc je suis ouverte à plusieurs types d’offres. À Halifax, j’étais simplement serveuse dans les restaurants. J’admets qu’en arrivant à Star City, je me suis dit qu’un job plus intéressant ne serait pas de refus. Par contre, je n’ai pas de diplôme… je suis consciente que cela repousse plusieurs employeurs et me limite grandement dans mes choix.

Je baissai les yeux, momentanément honteuse de cet aveu. Étant donné que je n’avais aucune preuve de scolarité, même pour les niveaux d’étude primaires et secondaires, il m’était impossible d’appliquer pour les grandes universités qui me faisaient rêver. Leurs conditions d’admission étaient trop sévères et ils se montraient trop sélectifs pour que j’aie la moindre chance d’y avoir accès. Si j’en avais un jour l’occasion, je comptais toutefois m’inscrire à un programme technique quelconque – cela dépendrait des options – dans une des écoles spécialisées de Star City afin de me trouver une véritable vocation professionnelle. En attendant, je devais me contenter d’emplois qui offraient leur propre formation, ou qui ne nécessitaient aucun prérequis. Pas toujours facile de trouver.

- Malheureusement, aucune proposition exceptionnelle n’a fait en sorte que j’emménage à Star City, ajoutai-je. J’avais envie de… changer d’air, simplement. Je ne me qualifierais pas de téméraire, mais les dangers dont il est question ne m’effraient pas au point d’éviter cet endroit. Je crois que cette ville a aussi beaucoup de belles choses à offrir.

Je m’interrompis avec un sourire, pendant que le serveur nous apportait enfin nos assiettes. Cela sentait si bon que je ne pus m’empêcher d’y goûter avant de poursuivre ce que j’étais en train de dire.

-Vous aviez raison, c’est vraiment délicieux, commentai-je.

Étant ce que j’étais, j’avais une préférence naturelle pour la viande saignante, voire crue. Mais les circonstances m’avaient évidemment appris à apprécier d’autres mets, et je me délectai tout autant de ce jambon rôti.

- Bref, repris-je entre deux bouchées, j’adorerais particulièrement travailler en pleine nature. Des tâches à accomplir « sur le terrain », si vous voyez ce que je veux dire,  me feraient bien plaisir. Contrairement à ce que mon look pourrait laisser croire, je n’ai pas peur des travaux physiques; je suis même plutôt forte. Mais j’imagine que je ne peux pas me montrer trop difficile pour l’instant, donc je regarde toutes les offres que je trouve dans les journaux ou les vitrines.

Une question au sujet de Chase me vint alors en tête.

- Que pratiquez-vous comme métier, vous ? Peut-être allez-vous me donner quelques idées.

Puis, consciente que je pouvais peut-être l’ennuyer à force de lui raconter les difficultés de ma vie de non-diplômée venant d’arriver et qui n’a toujours pas fini de s’installer, je changeai le sujet pour lui dire ce que je voulais lui dire depuis un moment.

-Au fait, puisque je ne peux pas vous offrir ce repas, il va falloir trouver le moyen de vous remercier d’une façon ou d’une autre. Vous vous êtes montré beaucoup trop aimable et généreux pour que nous nous quittions tout à l’heure sans que j’aie pu vous rendre la pareille de quelque manière que ce soit. S’il y a quelque chose que je pourrais faire pour vous, n’hésitez surtout pas. Vous pouvez prendre le temps d’y réfléchir ; même dans un mois, je ne vous aurai pas oublié.

Je lui présentai cette fois mon plus beau sourire.
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Message posté : Lun 14 Oct 2013 - 11:38 Message
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Petit à petit, les pièces se mettaient en place. Pour l’heure, il n’y avait guère qu’un faisceau d’indices qui convergeaient vers ses suppositions premières : arrivée en ville récemment, sans connaissance, peut-être pour fuir quelque chose ou pour se dissimuler dans un environnement plus atypique que la calme ville d’Halifax, sans étude, avec une faible intégration à la vie humaine. Une créature magique. Sans aucun doute. Il y avait dans cet esprit une profondeur particulière qui faisait soupçonner à Chase une longévité plus importante que les seuls traits de son interlocutrice lui suggéraient.

Mais il craignait encore de fouiller trop hardiment dans les souvenirs et les pensées de la créature. Un talent psychique qu’il n’eût pas deviné pouvait très bien avertir son interlocutrice des tentatives très poussées et même si, à son niveau, l’hypothèse était plus qu’improbable, Mentalis était bien trop prudent pour précipiter les choses. Il n’avait pas un besoin urgent de mettre une étiquette sur la nature de la femme qui lui faisait face et il pouvait bien attendre quelques heures, quelques semaines même, avant d’acquérir la moindre certitude.

Parce que, de toute évidence, elle lui tendait les perches du rapprochement. Loin du reste d’être un sadique manipulateur fini et complètement insensible, Chase éprouvait pour Shanyara une curiosité authentique et une sympathie spontanée : perdue dans Star City, sans savoir ce qu’elle pouvait ou devait faire, elle lui ressemblait un peu. En beaucoup plus innocente, à première vue. Il secoua la tête.

— Vous savez, je n’ai pas de diplômes non plus. Non que ce ne soit pas important, mais les États-Unis sont un pays d’opportunité et avec de la patience et des efforts, vous pouvez arriver à faire des choses intéressantes. Particulièrement dans une ville comme Star City, habituée à adapter les règles au caractère exceptionnel de chaque individu.

Combien d’agents de l’UNISON étaient nés en d’autres temps ou d’autres terres, dans d’autres dimensions parfois ? Et c’était sans parler des centaines de mages, créatures magiques, voyageurs dimensionnels, extraterrestres, qui vivaient probablement dans un anonymat confortable à des postes sans importance, un peu partout dans la ville. Au fil de son existence courte, mais mouvementé, Chase avait appris à ne pas se fier à l’apparente uniformité d’une assemblée comme celle qui déjeunait, ce dimanche-là, au Dylan’s, et il était persuadé que, s’il se mettait à sonder l’esprit de tous les clients, Shanyara ne serait pas la seule à présenter des spécificités dignes d’intérêt.

Il commença à manger lui-même, parfaitement comblé par ce plat simple et typique dont il ne se laissait pas, et toujours pas décidé à se lancer dans des aventures culinaires exotiques. Sauf les crêpes — mais c’était que Lukaz les faisait si bien. À la question de son interlocutrice, il s’appuya sur le dossier de la chaise.

— Hmmm. Actuellement, je suis entre deux emplois, à vrai dire. Avant, j’étais informaticien pour l’UNISON, justement. Dans les laboratoires, notamment, je m’occupais de la sécurité, un peu d’ingénierie électronique, ce genre de choses.

C’était une manière très plate de décrire ce qu’avait été sa réalité des dernières années : protéger l’UNISON contre les pirates informatiques, participer à la conception de super-armures de combat, enquêter sur des phénomènes dimensionnels particulièrement complexe et traquer sur le terrain des assassins psychopathes. Mais Chase n’avait toujours pas donné son nom de famille — même si tout autre que Shanyara, à Star City, l’eût probablement deviné sans peine — et il ne comptait pas se présenter comme le super-héros qu’il était. Pas immédiatement, en tout cas.

— Mais c’était un peu… Eh bien je ne sais pas trop, un peu fastidieux, je crois. J’ai eu envie d’autre chose. Alors j’ai démissionné.

Après avoir tué un clown fou dévoreur d’esprit dans une dimension parallèle dont il s’était échappé avec le Maître des Peurs pour découvrir un cirque ravagé par une émeute cannibale et un incendie. Comme tout le monde, en somme.

— Maintenant, j’étudie les opportunités qui s’offrent à moi, dans le privé, cette fois-ci. Mais l’UNISON était une expérience enrichissante. J’y ai appris beaucoup.

Et c’était vrai : à l’UNISON, il avait appris à mener des enquêtes, il avait noué des contacts dans le milieu du crime, il avait perfectionné ses réflexes sur le terrain, il avait eu accès à des technologies militaires, dont il avait conçu une partie. Rétrospectivement, il se disait que l’insatisfaction ressentie à l’UNISON n’avait pas tant tenu au contenu de ses activités qu’à la manière dont elles étaient contrôlées.

— Enfin, du coup, vous voyez, l’extérieur, le terrain, comme vous dites, ce n’est pas forcément mon domaine originel.

Ce n’était pas un mensonge, à strictement parler.

— Mais je crois qu’avec tous les combats et les phénomènes qui se déroulent à Star City, les paysagistes, par exemple, ont fort à faire, pour réparer les dégâts. Il doit y avoir beaucoup de travail au service des espaces verts. Il y a aussi tout ce qui tourne autour de la baie, des aquariums et de l’océanographie, si vous avez le pied marin. En fait, je crois que ce n’est pas les opportunités qui manquent et que pas mal d’employeurs, ici, se soucient moins de votre passé, de votre cursus, que de ce que vous êtes capable de faire.

« Votre passé », « ce que vous êtes capable de faire » : il avait l’air de parler des diplômes, des études et des compétences techniques acquises à l’école ou en autodidacte, mais ce qu’il visait surtout, c’était les capacités plus surnaturelles qu’une créature comme Shanyara ne manquerait pas d’avoir. Imperturbable cependant, il poursuivit :

— Quant à me rendre service, eh bien… J’en prends bonne note ! Si un jour j’ai besoin d’une femme forte, promis, je penserai à vous.

Ou à Madame Feuerbach, qui soulevait des voitures à bout de bras.

— Mais vous avez déjà rencontré quelques recruteurs ? Vous êtes arrivée depuis longtemps ?

Manger du jambon, ce n’était pas tout, il fallait encore préciser la chronologie.
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Message posté : Mar 15 Oct 2013 - 3:00 Message
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Quel ne fut pas mon soulagement d'entendre Chase me rassurer au sujet des nombreuses opportunités qui pouvaient s'offrir à moi ainsi que des divers accomodements qui pouvaient être créés en fonction des particularités de chacun. S'il y avait une chose que je constatais en cet agréable midi, c'était que Chase avait tout à fait l'art de la conversation et se souciait de me mettre à l'aise, qu'il fût question de repousser mes craintes comme il le faisait, ou encore de m'informer patiemment de tout ce qui ne m'était pas passé par l'esprit. Moi qui adorais la nature, par exemple, je n'avais pas une fois pensé à ce défi que devaient affronter les paysagistes de la ville. Il faut dire qu'à Halifax, la destruction entière d'un quartier était encore, à ma connaissance, du jamais vu. La simple pensée d'être l'artiste ayant conçu un paysage et le voyant réduit à l'état de poussière à cause de combats violents me fit sourire intérieurement. Bien que persévérante, je doutais avoir le courage de relever mes manches autant de fois au cours d'une vie professionnelle.  

- L'idéal est de suivre son cœur, surtout lorsqu'on sait que de meilleurs choix nous attendent ailleurs,
acquesçai-je au sujet de son aveu.

Je l'appréciais de plus en plus. Non seulement il me semblait bienveillant, réfléchi, courtois et généreux, je voyais aussi qu'il n'avait pas froid aux yeux lorsqu'il s'agissait de choisir entre le plus efficace, et le plus réjouissant. Je ne connaissais pas exactement les salaires de l'UNISON, mais je me doutais qu'ils devaient être convoitables, et qu'il n'avait pas dû être facile pour Chase de prendre sa décision.

-J'ai déjà rencontré quelques employeurs, oui, lui confiai-je de mon côté. Mais ce ne fut pas très... concluant.

Pour être exacte, j'en avais seulement rencontré deux. Lors du premier entretien, qui s'était déroulé chez le fleuriste, je m'étais découvert une allergie plus ou moins prononcée face aux fleurs. Je ne savais pas quelle(s) variété(s) parmi les centaines disposées dans les paniers étaient à l'origine de mes éternuements en série, mais je pouvais dire avec certitude que le propriétaire de la boutique m'avait rayée de la liste sans plus hésiter. Le second entretien, qui aurait pu faire de moi une conseillère en bijouterie, s'était bien déroulé, mais je pense qu'il y avait déjà quelqu'un de prioritaire, et cette personne avait été embauchée. On m'avait également proposé d'être vendeuse dans une animalerie, mais ça, il en était hors de question. Au final, j'étais coincée au point de départ.

-Je suis arrivée il y a environ une semaine, donc vous me direz que ce n'est pas si mal pour l'instant. Au moins, j'en profite pour visiter, et... me ruiner, comme vous avez pu en être témoin, dis-je en riant.

Mon assiette terminée, je déposai mes couverts sur la table et m'attaquai au verre d'eau avant d'adresser à nouveau la parole à Chase.

-En tout cas, ce repas m'a bien rassasiée. Ce restaurant est excellent, je m'en servirai pour débuter une liste de bons endroits où manger.

Je mangeais plutôt vite, de manière générale, mais là, j'avais pratiquement avalé le plat tout rond. J'espérai soudain ne pas avoir eue l'air d'une affamée sans manières aux yeux de mon interlocuteur. Je jugeais que j'avais tout de même mangé à un rythme acceptable, mais il y avait des sociétés où il était mieux vu de prendre tout son temps ; c'était plus élégant de manger lentement, m'avait-on un jour expliqué. Et Chase m'apparaissait plutôt... être un homme de grande classe.

Enfin, je ne me torturai pas l'esprit trop longtemps avec cette question, car s'il y avait eu un souci, je crois qu'il me l'aurait dit, ou du moins, il m'aurait dévisagée. Ce qui n'avait pas été le cas.

-Je tenais à vous dire qu'il m'a été très agréable de vous rencontrer, admis-je. Je vous trouve admirable et j'adorerais passer davantage de temps en votre compagnie. Mais je ne voudrais pas vous retenir trop longtemps si vous aviez des plans pour la journée.

De toute évidence, ce plaisant déjeuner tirait à sa fin, en partie parce qu'il était vrai que j'avais déjà suffisamment volé de temps à ma nouvelle rencontre. Néanmoins, comme je le faisais ouvertement comprendre, je tenais à établir une relation d'amitié avec ce jeune homme. Puisqu'il m'avait de toute façon promis de me contacter en cas de besoin, je ne m'en faisais pas trop : j'avais la certitude qu'on se reverrait, peu  importe à quel moment nous nous quitterions cette journée-là.

HRP : Désolée c'est pas génial .__. Chase joue trop bien son rôle pour que Shany le considère comme autre chose qu'un sympathique humain, donc je la vois mal en dire trop sur elle juste comme ça et je ne savais pas trop vers où diriger le sujet. Donc je te laisse le choix entre la quitter après le repas ou lui proposer autre chose... ^^
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Message posté : Mar 15 Oct 2013 - 11:13 Message
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Les manières de table de Chase étaient sans doute excellentes, mais il n’y avait jamais réfléchi. Comme beaucoup des caractéristiques de son éducation fortunée, elles étaient un peu aléatoires. Il avait fréquenté les dîners et les cocktails, il avait appris à parler de manière bien plus soutenu qu’un jeune homme de son âge ne l’aurait dû, mais il n’y accordait guère d’importance, partagé entre son rang social et l’existence somme toute atypique des NG dans le milieu dont leur argent et leur réputation ouvraient les portes. Son invitée aurait pu attraper les pommes de terre qui accompagnaient le jambon avec les doigts qu’il ne s’en serait pas soucié.

Il réfléchissait plus sérieusement à la fameuse question de l’emploi, à la fois parce qu’il n’avait jamais été dans la situation de la femme, contraint de trouver un petit emploi par soi-même plutôt que de laisser affluer à lui les propositions, et parce qu’il désirait être serviable, pour nouer une relation. Ce que serait cette relation, il ne le savait pas trop. La nature de Shanyara continuait à l’intriguer au plus haut point, mais la courtoisie de la créature eût été de toute façon assez agréable pour qu’il eût continué à entretenir la conversation, quand elle n’aurait été qu’une simple humaine.

— Je crois qu’il y a des… euh… des agences d’interim ? Je ne sais pas trop. Mon domaine à moi, c’est plutôt la haute technologie, alors nécessairement, les recrutements sont un peu différents. Mais enfin, j’ouvrirai l’œil, si je croise des choses qui vous correspondent.

Même si sur ses compétences, l’Allemande était restée plutôt évasive. Le jeune homme finissait lui-même son plat, un peu plus lentement — n’est pas dragon vorace qui veut — et il esquissa un sourire devant les compliments de Shanyara. En rougissant un peu. Oui, il avait beau être un mutant surpuissant aux projets peu catholiques et aux tendances légèrement manipulatrices, il restait toujours un peu mal à l’aise, quand il n’était pas dans le feu de l’action, s’il devenait l’objet d’une attention trop soutenue.

— Admirable, je ne sais pas. Je ne crois pas que ce soit un avis absolument partagé.

À vrai dire, les trois quarts des clients du restaurant devaient voir en lui le respectable super-héros qu’il était. Mais comme d’habitude lorsqu’il s’agissait de s’évaluer, Chase pensait à son oncle, celui qui l’avait élevé et qui jamais ne lui avait dit qu’il était « admirable ».

— J’ai bien un rendez-vous cet après-midi, mais c’est un peu plus tard. Nous avons encore du temps devant nous.

C’était ce jour-là qu’il avait fixé une rencontre avec la hackeuse MinnieMouse, dans un café du centre-ville, pour tester la motivation de cette brillante informaticienne et l’utilité qu’elle pourrait avoir pour lui.

— Si vous voulez, nous pouvons un peu visiter le quartier. Une promenade digestive, ce sera très bien.

Un serveur se présenta à eux avec l’addition, d’une promptitude admirable dans un restaurant aussi bondé. Certes, Chase l’avait un peu incité, par une pensée légèrement appuyée, à venir à leur table. L’homme observa Chase d’un air un peu incertain d’abord, pas tout à fait sûr de le reconnaître, mais quand les traits du jeune homme se furent superposés aux photographies des journaux, l’employé ouvrit la bouche, ferma la bouche, tripota le lecteur de carte bancaire et, sans pouvoir résister finalement, interrogea :

— Est-ce que c’est bien vous ?

Chase eut un sourire un peu gêné.

— C’est bien moi.
— Ça alors, non mais ça alors, quand je vais dire ça à ma femme, ça alors !

En attendant, il ne tendait toujours pas le lecteur.

— Et euh…

L’homme tourna le regard vers Shanyara. Il se souvenait bien du visage blond de la célèbre avocate qui partageait, selon les journaux, la vie de Chase Neutron-Grey et, à moins d’un relooking express, elle ne ressemblait pas à cela. Mais cela ne le perturba guère : un super-héros comme Chase devait multiplier les conquêtes féminines. Il fit un clin d’œil complice au célèbre Neutron-Grey.

— Hé, je ne dirai rien sur votre charmante compagnie.

Chase haussa un sourcil. Autant il ne voyait pas d’objections, bien au contraire, à ce qu’on lui prêtât une relation avec Charlie, autant il voulait éviter de passer pour un playboy invétéré qui collectionnait les aventures.

— Mais dites ce que vous voulez, Madame est juste une amie.

Le serveur eut l’air convaincu. Un peu aidé par le mutant. Chase finit par attraper de lui-même le lecteur, inséra sa carte et tapoter le code.

— Et alors, vous allez travailler où, maintenant ?
— Je ne sais pas.
— Vous pourriez rejoindre la Légion des Étoiles !
— Sans doute pas.
— Il vous faudrait un nom à la hauteur de votre talent. Quelque chose comme… euh…

Le serveur réfléchissait intensément, alors qu’avec distraction il tirait le ticket de caisse et le reçu.

— Cérébrator !
— Oui. Je vais y réfléchir. Bonne journée.

Le serveur aurait bien continué à faire la conversation, parce qu’il avait quelques idées pour le costume de super-héros de Chase, notamment pour la cape et le casque, mais d’autres clients, à son avis bien moins intéressants, réclamaient son attention et le mentaliste réussit à s’enfuir avec sa nouvelle amie. Une fois dans la rue, Chase, qui pouvait difficilement passer désormais pour le gentil garçon sans histoire qui se promenait le dimanche matin sur Meadow Street dans le désir d’aider les étrangers à manger à bon prix, jeta un regard à Shanyara.


— Bon, pour être entièrement honnête, je ne suis peut-être pas que informaticien.

Sans blague.
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Message posté : Mer 16 Oct 2013 - 2:32 Message
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C’est avec enthousiasme que j’acceptai l’idée de la promenade digestive. Cela me montrait que Chase appréciait assez ma compagnie pour me proposer autre chose avant de vaquer à ses propres occupations, et que la relation qui se tissait entre nous n’était pas seulement unidirectionnelle. Il m’était souvent arrivé, auparavant, de trop m’attacher à des gens qui ne voulaient, pour leur part, rien savoir de moi. Comme j’avais une fâcheuse tendance à vouloir tout donner même lorsque la relation n’allait pas dans les deux sens, cela faisait d’eux des profiteurs et de moi, une naïve imbécile. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher : ce comportement bienveillant, peut-être trop par moments, était trop profondément ancré dans ma nature de Gardienne pour que je puisse m’en défaire si facilement. J’aimais beaucoup plus de gens que je n’en détestais, et lorsque je sentais que l’appréciation était sincèrement réciproque, cela me faisait chaud au cœur.

Alors que je rassemblais mes affaires pour me préparer à sortir, j’assistai à une drôle de scène entre mon nouvel ami et le serveur qui nous apportait l’addition. Ce dernier ne pouvait lâcher Chase des yeux et semblait avoir entamé avec lui une conversation qui me laissa plutôt perplexe. De temps en temps, le jeune homme me jetait des regards furtifs, comme si j’avais quelque chose d’effrayant ou n’étais pas censée être là, et je me contentais de lui lancer des sourires gênés dès que nos regards se croisaient. D’après ce que j’étais en mesure de comprendre, il fut question de Chase étant bien Chase, de « charmante compagnie » à cacher et de Légion des Étoiles. Sur le moment, je ne cherchai pas à tout interpréter. Ce n’est que lorsque nous pûmes enfin retrouver l’air frais et que Chase m’avoua ne pas être qu’un simple informaticien que je crus enfin comprendre ce qui m’échappait.

- C’est vous, le superhéros des journaux, n’est-ce pas ? dis-je en me tournant vers lui.

Seul mon sourire de tous les jours s’était dessiné sur mes lèvres tandis que je faisais la remarque.

- Cela expliquerait votre aisance financière et, surtout, le comportement bien étrange de notre serveur. Sans oublier votre prénom.

Maintenant que je prêtais un peu plus attention aux gens qui nous entouraient, je réalisai que nous étions tout de même plus observés que je ne le pensais. J’espérai intérieurement qu’on ne nous prenne pas en photo à l’improviste, car voir ma tête sur la première page des journaux était loin d’être ce que je recherchais. Par contre, cette nouvelle révélation de la part de Chase ne suffisait pas à alterner injustement la vision que j’avais de lui – célébrité ou non, il restait pour moi un ami récent que j’apprenais tout juste à connaître.

Mais cela ne m’empêchait pas non plus de me montrer intéressée, en particulier sur certains détails. Ni de me réjouir du fait que, comme moi, il se souciait fortement du bien de la population.

- Je suis bien curieuse de savoir quels sont vos dons. Pouvez-vous voler ? Arrêter un train de vos propres mains ? Faire jaillir des rayons lasers de vos pupilles ?

J’avais beau avoir lu les nombreux en-têtes à son sujet, je ne m’étais jamais vraiment intéressée au contenu du reste des textes. Les médias, toujours aussi fidèles à leur réputation, ne cherchaient rien de plus que d’attirer l’attention des lecteurs, coûte que coûte. Je n’aurais pas été étonnée de me rendre compte que la moitié des informations disponibles au sujet de Chase étaient erronées, et c’est pour cette raison que je ne me sentis pas trop coupable de ne presque rien savoir de lui.

- Pardon. Je suis probablement la seule dans cette ville à vous prendre pour un parfait inconnu, m’excusai-je dans l'unique but de le taquiner.

Même si c'était totalement la vérité.

- Mais voilà l'occasion de régler ce problème, Super Chase.

Non pas que je me moquais de lui, mais je trouvais la situation assez amusante. Il était toujours vrai que si je ne m'en tenais qu'à son apparence, j'aurais du mal à l'imaginer repousser des hordes de monstres. Pourtant, je savais bien que l'aspect physique d'une personne ne voulait pas tout dire. Se fier à l'enveloppe corporelle pour se faire une toute première idée de la personne à qui on avait affaire : c'était là une autre trace du mode de vie humain qui s'était imprégnée dans mes habitudes. Je n'en étais pas particulièrement fière, mais je faisais aller. Ça me faisait au moins un point en commun avec les mortels.

Néanmoins, avec Chase, j'avais la forte impression que ceci serait loin d'être notre seule ressemblance.

- Je comprends toutefois que vous n'ayiez pas tellement envie de partager la vérité avec quelqu'un que vous venez à peine de rencontrer. Mais j'aimerais bien que vous m'appreniez au moins ce que je suis déjà censée savoir à votre sujet.

Je lui souris à nouveau tout en haussant les épaules.

- Peut-être avons-nous plus de choses en commun qu'on ne le pense, qui sait.
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Message posté : Mer 16 Oct 2013 - 10:18 Message
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De super-héros dans les journaux, il y en avait beaucoup, particulièrement à Star City, mais il voyait sans peine de quoi elle voulait parler. Avec un léger sourire, il hocha la tête.

— Semblerait-il. Venez, allons par ici, on peut marcher jusqu’à l’Aquatoria et l’océan.

Dès que c’était possible, les promenades de Chase se tournaient invariablement vers l’océan : il n’était pas né à Star City pour rien.

Passer pour un anonyme était très loin de le vexer. C’était par exemple ce qu’il avait apprécié, en premier lieu, chez Lukaz : que le jeune homme ne le reconnût pas tout de suite et que malgré cela, en simple humain, il eût commencé à l’apprécier. Les choses avaient bien changé depuis, mais leur relation lui paraissait plus stable, parce qu’elle s’était bâtie sur quelque chose de plus pur. Les questions tombèrent en avalanche, mais quand Shanyara s’excusa de sa méprise, Chase s’empressa de balayer cette incertitude.

— Oh, ne soyez pas désolée, surtout. C’est de plus en plus rare pour moi et, je ne sais pas. Ça a quelque chose de reposant. Au moins vous n’avez pas commencé par me regarder avec des yeux ronds. C’était un excellent départ.

Il ne se plaignait pas non plus de sa célébrité. Ou plutôt, il ne s’en plaignait plus. Jadis, elle lui avait pesé. Désormais, il la trouvait utile, très utile, même : elle mettait une distance entre sa personnalité publique et les projets qu’il pouvait nourrir plus secrètement. Elle le plaçait au dessus de tout soupçon et lui donnait les armes nécessaires pour se tirer de certaines situations délicates. Il avait juste mis un peu de temps à le comprendre.

Et puis, cela débloquait de toute évidence la conversation : beaucoup de choses en commun, n’est-ce pas ? Chase ne comptait pas garder le menu de ses pouvoirs pour lui-même. Apprendre qu’il était capable de lire dans l’esprit de ceux qui l’entouraient était généralement un moment particulièrement intéressant. Plus les gens essayaient de contrôler leurs pensées, plus leurs pensées leur échappaient : il l’avait vu de nombreuses fois sur le terrain.

Quittant la petite ruelle pour s’engager à nouveau sur Meadow Sreet et descendre jusqu’à l’aquarium dont la silhouette monumentale se dessinait déjà l’horizon, Chase reprit la parole.

— Ce qu’il y a à savoir… Eh bien, je suis le dernier né des Neutron-Grey. Nous sommes une famille de super-héros, je suppose que l’on peut dire les choses comme cela. Mon frère aîné Maxime et ma sœur Tesla travaillent pour l’UNISON. J’ai encore une sœur, Victoria. Nous possédons le Bigsby Building, que vous avez peut-être vu en vous promenant, sur la 40th Avenue.

Le bâtiment était du reste l’une des curiosités de Star City et nombreuses étaient les légendes urbaines à son propos. On essayait toujours d’imaginer les merveilles technologiques qu’il pouvait contenir.

— L’histoire de la famille est un peu compliquée, mais enfin… Récemment, nous avons surtout participé à la lutte contre l’invasion Grue. Entre autres attaques d’ampleur. Pour ma part, mes capacités ne sont pas nécessairement très… Comment dire ? Compréhensibles. Ou intuitives.

Pour bien des gens, les sensations d’un mentaliste étaient abstraites. On pouvait déjà difficilement mettre de l’ordre dans ses propres pensées, alors imaginer fouiller dans celles des autres était un peu délicat.

— Pour l’essentiel, je suis télépathe. Je lis les pensées, les souvenirs, les intuitions, les volontés, les désirs, les peurs, ce genre de choses. Je peux les modifier, les guider, les faire émerger ou les taire. Et me protéger contre de semblables incursions.

C’était à la fois la stricte vérité et un mensonge par omission. Entre les télépathes qui partageaient ces capacités et lui-même, il y avait un gouffre que jamais rien ne comblerait : il n’était pas un télépathe, il était le télépathe. La description qu’il venait de donner revenait à dire, pour Superman, « je suis un peu plus costaud que la moyenne ». D’ailleurs, il en rajoutait une couche en minimisant l’utilité de ses capacités :

— Du coup, vous voyez, je n’arrête pas les trains à mains nues, je n’envoie pas de rayons lasers par les yeux et je ne peux pas voler.

Il avait également omis de parler de sa télékinésie, un don qui lui était encore méconnu. Il savait pertinemment qu’il ne resterait pas un secret très longtemps mais, tant qu’à faire, il voulait profiter autant que possible de l’effet de surprise.

— Qui plus est, les lois et les règles qui entourent les personnes comme moi sont très, très restrictives. L’usage de la plupart de mes capacités est tout simplement interdit, sauf cas de force majeure ou consentement de la cible. L’idée que l’on puisse s’immiscer dans leurs pensées les plus intimes et découvrir leurs secrets les mieux cachés dérange évidemment beaucoup de gens.

Il avait dit cela sans regarder Shanyara, comme une vérité générale, mais la nature plus qu’exotique de la créature qui marchait à ses côtés donnait évidemment à ses propos une toute autre ampleur. Pour insister encore un peu sur la manière dont il s’était sincèrement dévoilé tandis qu’elle continuait à se voiler de mystère, Chase ajouta finalement :

— Enfin, si vous avez des questions, n’hésitez pas. Je n’ai pas grand chose à cacher de ce côté-là et puis, si cela peut vous aider à mieux cerner cette ville, ce ne sera pas perdu.

Déjà les embruns s’élevaient jusqu’à eux depuis l’océan.
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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 4:17 Message
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-Venez, allons par ici, on peut marcher jusqu’à l’Aquatoria et l’océan.

L’océan… l’une des raisons pour lesquelles je n’avais pas hésité à déménager à Star City lorsque j’avais cru trouver une piste au sujet de l’Ordre était que cette ville, tout comme Halifax, était située au bord de la mer. La promenade non loin de l’Aquastar, qui s’étendait sur plusieurs kilomètres le long de la côte, était l’un des premiers endroits où j’avais mis les pieds en arrivant ici. Le coucher du soleil derrière la vaste étendue d’eau était l’une de mes scènes favorites. J’entendais souvent les humains dire que l’air était toujours plus pur et plus frais lorsqu’on avait la chance de vivre à proximité de l’océan, et je ne pouvais que confirmer cette affirmation. Je  n’avais connu que la chaleur et la déshydratation dans le monde d’où je venais, et même si j’avais l’habitude de ne pas boire beaucoup (et encore moins me baigner), j’étais totalement fascinée par la quantité d’eau que l’on retrouvait sur cette planète. Évidemment, celle de la mer n’était pas potable que l’on disait, mais rien que le fait de savoir que des milliers d’organismes vivaient dans le milieu marin m’émerveillait. Ce fut sans aucune protestation que je suivis Chase dans cette direction.

Chase Neutron-Grey.

À bien y penser, j’avais entendu quelques fois le nom de Neutron-Grey dans les rues ou encore à la télévision. Mon interlocuteur appartenait en fait à une famille nombreuse qui semblait avoir beaucoup d’influence à grande échelle ; cela me fit mieux comprendre à quel point le jeune homme que je venais de rencontrer était une personne bien plus importante que je ne l’avais imaginé, même après avoir réalisé qu’il était un célèbre superhéros. La photo de l’imposant Bigsby Building apparut alors dans mon esprit et je me souvins avoir été à la fois impressionnée et intriguée par les multiples étages et l’allure âgée mais bien entretenue de cet immeuble. Ces gens n’étaient effectivement pas sur le point de manquer de ressources. Mais ce qui m’étonna le plus fut d’apprendre les capacités spéciales de mon nouvel ami.

Ainsi, Chase était un télépathe, qui pouvait non seulement lire les pensées, mais aussi contrôler les esprits. Un frisson me parcourut l’échine tandis que soudain, je me demandai s’il n’était pas en train de fouiller dans mes souvenirs ou encore provoquer certaines de mes réactions sans que je ne m’en aperçoive. Mais le doute s’envola aussitôt qu’il m’annonça que l’usage de ses dons était très règlementé étant donné que cela dérangeait les gens. Je ne pus m’empêcher d’acquiescer sur ce point, rendant clair mon avis sur le sujet.

- Normal,
dis-je. C’est pire que de lire un journal intime. Chaque personne a le droit à son jardin secret… L’idée que l’on puisse se permettre de le violer est tout à fait horrifiante.

Réalisant que mon ton avait été un peu plus sec que prévu, je tâchai de retrouver ma douceur avant de poursuivre.

- Heureusement, vous êtes plus que raisonnable. C’est une bonne chose que ce soit vous qui possédez un don de la sorte, et pas n’importe qui. Mais… j’imagine que… vous n’êtes pas le seul, n’est-ce pas ?  

En arrivant dans une ville bondée d’êtres à pouvoirs spéciaux comme Star City, je pensais m’être préparée à tout : croiser des mutants au physique marginal, rencontrer des combattants et maîtres d’armes plus dangereuses les unes que les autres, tomber sur des créatures venant d’ailleurs, affronter les puissants sorts des magiciens noirs… Mais je me rendais compte à ce moment précis que je n’avais pas une fois envisagé les lecteurs d’esprits, ceux qui pouvaient tout connaître à mon sujet sans même avoir à me rencontrer en personne. Si j’avais été comme n’importe qui d’autre, cela ne m’aurait pas trop dérangée : je ne serais qu’une citoyenne ordinaire avec ses joies et ses inquiétudes et rien de plus à cacher qu’un petit mensonge proféré dans la journée.

Toutefois, ma situation était tout autre, et je ne tenais pas à ce qu’un petit malin découvre mon identité et se mette à la dévoiler au reste de la population avant même que je ne réalise qu’on s’était infiltré dans mon cerveau.

Il était surprenant de constater à quel point j’avais rapidement accordé ma confiance à Chase, même s’il n’était encore en théorie qu’un inconnu. J’avais beau savoir me montrer méfiante envers les nouvelles rencontres, lui possédait un charisme auquel je ne pouvais résister et il m’était impossible de le regarder en me disant qu’il serait capable de blesser des innocents. C’était, pour moi, totalement impensable.

Ainsi,  alors qu’il m’offrait de répondre à n’importe quelle autre question, je secouai négativement la tête, jugeant que je lui avais déjà fait subir un assez long interrogatoire pour l’instant. Convaincue que Chase pouvait s’avérer être un allié de confiance en cas de souci, je choisis volontairement de le laisser en connaître plus à mon sujet. Cette envie de laisser quelqu’un d’autre être au courant de ce que j’étais m’était déjà arrivée auparavant, mais elle se faisait extrêmement rare.

-Je pense savoir largement plus de choses sur vous, que vous sur moi, maintenant, répliquai-je en souriant. Je propose donc que l’on inverse les rôles et que vous soyez celui qui pose les questions. Après tout, il faut bien compenser le non-usage de votre pouvoir.

Je marquai une pause, contemplant la magnifique structure de l’aquarium qui grandissait à mesure que nous nous en approchions.

- Enfin, si cela vous intéresse, bien sûr. Je dois admettre que mon visage ne se retrouve dans aucun journal existant et que je suis loin d’être une super-héroïne ayant accompli des choses grandioses comme les vôtres.

Jusqu’à présent, j’avais empêché un adolescent au cœur brisé et en quête de vengeance de commettre un acte de vandalisme, arrêté des voleurs de magasins tout en laissant partir ceux qui avaient dérobé de la nourriture pour le bien-être de leurs enfants, et dénoncé la plaque d’immatriculation d’un conducteur ivre qui avait frappé une voiture familiale avant de prendre la fuite sans un regard en arrière - entre autres petites interventions du genre. Tout cela dans l’anonymat total et à l’abri des médias, évidemment. Ce n’était probablement pas énorme en comparaison avec les exploits des Neutron-Grey, mais je préférais me faire discrète de façon générale.

- Mais je peux déjà vous dire que je suis aussi l’une de ceux qui ont des… pouvoirs. De mon côté, je ne peux pas connecter avec les esprits des autres, par contre, j’ai une certaine affinité avec le feu, ajoutai-je pour éveiller sa curiosité.

Je ne me trouvais ni naïve ni irréfléchie sur le coup ; je suivais simplement mon instinct de créature magique. Et celui-ci me disait que je ne risquais aucun danger en compagnie d’un télépathe qui n’avait cherché qu’à m’aider depuis notre toute première interaction. Il fallait seulement qu’il pose les bonnes questions si mon cas l’intéressait suffisamment.
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Message posté : Dim 20 Oct 2013 - 11:02 Message
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Le jardin secret de tout un chacun, Chase s’en fichait évidemment comme de sa première paire de chaussettes. Même si le mentaliste était loin, très loin d’utiliser ses pouvoirs au plus fort de leurs capacités, ce qui le retenait était la longue habitude des sermons de son oncle et la crainte de se faire trop rapidement repérer, plutôt qu’une réelle difficulté d’éthique ou de morale. Dès son plus jeune âge, il avait exploré les esprits qui l’entouraient, puisqu’il en était capable. L’éducation l’avait rendu de moins en moins insouciant, mais elle n’avait pas réussi à installer en lui de sérieux scrupules.

Il hocha cependant la tête, habitué de longue date à jouer le jeu. Du reste, il comprenait sans peine la répugnance que d’autres pouvaient concevoir à la perspective de ses intrusions. Ce n’était pas pour rien qu’il avait méticuleusement entraîné sa barrière mentale au fil des années : son pouvoir le plus inoffensif et le plus facile à perfectionner, sans aucun doute, mais aussi celui qui le protégeait de tous les gens qui, comme lui, pouvaient avoir l’idée de visiter le cerveau des autres. Ce que ses pensées avaient de sombre rendait de pareilles intrusions beaucoup trop dangereuses pour qu’il les permît.

— Je ne suis pas le seul, non.

Il était vraisemblablement le seul à son niveau, et de très loin, mais cette fois-ci, s’il ne le précisait pas, ce n’était pas pour continuer à tisser sa patiente toile autour de Shanyara, mais simplement parce qu’il n’avait jamais eu l’habitude de faire étalage de l’ampleur de ses dons.

— La plupart des mentalistes sont soigneusement référencés par les gouvernements ou des organismes comme l’UNISON. Cela ne veut certes pas dire qu’ils soient tous inoffensifs, mais enfin, on les surveille d’un peu près. Cela dit, il y en a toujours pour passer entre les mailles du filet. Entre les mutants qui se déclarent tardivement, les extraterrestres, les mages cachés depuis longtemps ou les créatures venues d’autres dimensions…

Il avait sciemment terminé son énumération par cette dernière éventualité, qui de loin lui semblait la plus proche de l’exotisme qu’il percevait dans l’esprit de Shanyara. Une partie des souvenirs de la femme lui était désormais accessible, les plus superficiels cependant, des souvenirs d’humaine dans lesquels planait une sorte d’incohérence fondamentale.

— …il est impossible de tout contrôler. C’est rassurant, d’un certain côté : on ne vit pas encore dans un parfait état policier. Mais évidemment, pour des pouvoirs de ce type, cela a aussi de quoi inquiéter. Mais vous savez, il est possible d’apprendre à se protéger, au moins un peu, au moins pour sentir les intrusions. La télépathie était un don complexe à manier et les mentalistes vraiment doués, eux, sont extrêmement rares.

Implicitement, il avait l’air de s’inclure dans le lot, sans pour autant donner beaucoup de précisions. Pendant ce temps, ils avaient atteint le bout de Meadow Street et commençaient à longer les quais. L’océan venait frapper indolemment contre la digue qui soutenait la promenade et, ce dimanche-là, les eaux n’étaient guère agitées. Chase, de son côté, ne craignait pas de donner des conseils de protection à Shanyara. Bien des barrières mentales de mentalistes chevronnés ne résistaient pas à ses assauts : ce n’était pas un entrainement basique qui le retiendrait.

La créature reprit le fil de la conversation et Chase fut un peu surpris de l’entendre se révéler de la sorte. Il n’hésita pas à marquer son étonnement, qui le servait parfaitement. Parfois, quand les gens exécutaient spontanément ce qu’il avait imaginé obtenir, à long terme, par l’usage de ses pouvoirs, Chase avait l’impression que c’était Noël avant l’heure. Le feu, donc ? Il se mit à cibler un peu plus ses recherches dans l’esprit de son interlocutrice : des exemples de ses pouvoirs, une affinité particulière au feu. Hélas, Chase n’avait pas un bestiaire magique complet de la tête et la liste des créatures liées au feu étaient plutôt restreinte dans son esprit : phénix, dragon, salamandre. Il y avait les Pokémons, bien sûr, mais il doutait que Shanyara fût un Feunard (c’eût été trop beau).

Mais maintenant qu’il pouvait mener son investigation sur deux fronts, celui secret de sa télépathie et celui ouvert de leur conversation, il avait bon espoir d’arriver à un résultat plus tôt qu’il ne l’avait d’abord escompté.

— Je connais quelques autres pyromanciens, à l’UNISON. Mais j’avoue n’avoir jamais assisté à une démonstration. Ce n’est pas exactement le genre de pouvoirs le plus inoffensif.

À l’inverse des télékinésistes (comme lui) toujours très content de faire voler des calepins pour épater la galerie.

— Alors, hmm… vous êtes, je ne sais pas… Une mutante ? Une sorcière ? Ou, euh… Une démone ?

Chase sourit et secoua la tête, avant d’avouer très sincèrement :

— Vous voyez, même en ayant vécu toute ma vie à Star City, je continue d’être un peu perdu. J’ai été élevé dans un environnement très scientifique. En tout cas, c’est ainsi que mon esprit fonctionne. J’ai beau savoir que le monde est vaste et connecté à bien d’autres mondes, j’ai toujours du mal à envisager toutes les possibilités de ce genre. Je dois fréquenter trop d’informaticiens et pas assez de mages. Mais j’essaye de me soigner.

Et beaucoup de la curiosité qu’il éprouvait en effet pour Shanyara tenait moins à un dessein fini de pouvoir un jour manipuler son interlocutrice qu’à l’envie sincère d’en apprendre un peu plus sur une dimension de l’univers qui lui échappait encore largement.
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Message posté : Mer 23 Oct 2013 - 2:41 Message
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Chase ne faisait que confirmer mes doutes en m’affirmant qu’il n’était pas le seul mentaliste en ville. Comme je le pensais, ils n’étaient pas tous aimables, ni soumis à un certain contrôle ou à des règles, ni soucieux de l’intimité des autres. J’avais commencé à me mordiller la lèvre inférieure, un signe d’insécurité, mais je cessai de le faire au moment où il m’assura que même quelqu’un comme moi, qui n’avait aucun don psychique évolué, était capable d’au moins sentir les intrusions mentales lorsqu’elles avaient lieu. Ce n’était pas l’idéal puisque j’y resterais tout de même impuissante, mais cela me mettrait sur mes gardes de façon justifiée.

Je me tournai vers lui, le visage illuminé, comme si on me faisait cadeau d’une grande merveille.

- Ce serait génial si vous pouviez m’apprendre ! Ou du moins, me donner quelques astuces.

Il me paraissait évident qu’un mentaliste aussi connu savait fournir des conseils fiables en la matière et ne tenterait pas de me dire n’importe quoi en espérant ne pas perdre la face. J’avais déjà hâte de connaître quelques trucs de blocage mental, mais, comme promis, il fallait d’abord que je réponde à ses questions.  Je n’avais pas manqué de sentir son étonnement lorsque j’avais commencé à lui faire mes aveux et je me réjouis de pouvoir à mon tour me rendre un minimum intéressante. Après tout, il me convenait de ne pas entièrement passer pour la touriste perdue, ruinée et incapable de porter ses sacs…

La remarque sur le pouvoir des pyromanciens me fit inévitablement rire. Ça non, on ne pouvait pas jouer avec le feu sans risquer de cramer tout ce qui se trouvait autour de nous. Surtout lorsque notre pouvoir consistait à cracher des flammes sans avoir les moyens de contrôler l’étendue du jet, ce dernier brûlant simplement tout ce qui se trouvait sur son chemin.

-Au moins, vos anciens collègues étaient des gens sensés, lui dis-je. Je ne serais pas étonnée d’apprendre combien d’incendies ont été causés par le manque de vigilance de certains pyromanciens.

Personnellement, je n’avais pas utilisé cette compétence depuis de nombreuses années puisqu’elle exigeait que je désactive la magie de mon pendentif. Mais, dans le temps où je m’en servais, j’avais toujours fait attention à ne pas laisser mes flammes s’étendre sur un trop grand territoire.

-Une… démone ?

Je levai un sourcil après avoir écouté Chase émettre ses hypothèses. J’eus envie de lui demander pour qui il me prenait, ou si j’avais l’air démoniaque d’une quelconque façon, mais je compris bien rapidement par son sourire sincère et ses explications qu’il cherchait ce que je pouvais être et n’en avait pas la moindre idée. En dépit de ses propres facultés psychiques, que plusieurs considéreraient comme magiques, il admettait que le monde de la magie lui était encore en grande partie inconnu. Cela m’amusa de l’entendre suggérer qu’il s’agissait d’un problème à « soigner ».

-Je pourrais peut-être vous servir de cure, dans ce cas, le taquinai-je.

En vérité, j’avais seulement été conçue par la magie – je ne savais la maîtriser d’aucune façon. Je ne connaissais ni formule, ni rituel, ni rien en dehors de mes capacités magiques innées qui se déclenchaient selon ma seule volonté. Et à part le monde d’où je venais,  je ne savais pas grand-chose des autres dimensions, car il était juste que les connections interdimensionnelles étaient bien trop vastes pour toutes les apprendre. Mais ce peu d’informations supplémentaires que j’allais pouvoir donner à Chase allaient peut-être pouvoir lui être utile –  pensée qui me ravissait.

-Vous savez que le monde est vaste et connecté à plein d’autres mondes, répétai-je. Je pense que c’est déjà un bon départ, non ? Vous n'êtes pas si ignorant que cela, étant donné que plusieurs ne connaissent pas du tout l'existence des autres dimensions. Je ne pourrais moi-même vous en dire beaucoup plus, car la documentation à ce sujet est restreinte et il est difficile d'acquérir des connaissances quant à un monde sans y avoir mis les pieds.

Ou les pattes.

-En tout cas, pour répondre à votre question : non, je ne suis ni mutante, ni sorcière, et encore moins une démone. D'ailleurs, je me demande bien d'où a pu vous venir cette idée !

Je m'arrêtai sur le bord du quai pour contempler la vue, les avant-bras déposés sur la barrière vitrée qui empêchait les maladroits de faire un pas de trop vers la mer.

-Par contre, vous semblez plutôt convaincu que je ne suis pas née ici, fis-je ensuite remarquer.

Et par "ici", j'entendais "cette planète", évidemment.

Alors que je me demandais comment je devais commencer pour lui révéler que j'étais un dragon de l'Arbre-Monde, une nouvelle suggestion me vint en tête.

-Je vous donne l'autorisation de trouver la véritable réponse dans mon esprit. Je pense que vous y trouverez bien plus d'informations que ce que je pourrais penser à vous dire.

Même si je m'étais montrée contre l'idée que l'on s'introduise dans mes pensées à mon insu, je lui donnais maintenant mon accord car je désirais le mettre à l'épreuve. J'étais fascinée par le fait que Chase pouvait tout savoir d'une personne sans l'usage d'une parole et curieuse de découvrir ce qu'il pouvait tirer et interpréter de ma mémoire.
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Une journée sur la Meadow Street [PV: Chase]

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