AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Comment se faire un ami avec un Glock 39 (Jake Walker)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Mar 8 Oct - 21:02 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
8 octobre 2013

Le dos bien appuyé contre le dossier de la banquette en cuir, les yeux fixés sur son verre de coca, Abban réfléchissait. La proposition était assurément alléchante mais, depuis qu’ils étaient arrivés à Star City, ils avaient évité de sortir des frontières de l’État. Cela n’avait pas été une règle absolue mais, pour les jumeaux, la législation fédérale était encore floue et la première qualité d’un bon criminel était de connaître les lois qu’il violait. Les Américains, avec leurs États, et leurs comtés, et leurs juridictions, et leurs fédéraux, ils étaient invivables. Pays de cinglés.

La femme en face de lui attendait impatiemment sa réponse et peut-être que si Abban mettait tant de temps à la donner, c’était aussi pour jouir de la frustration que son silence lui causait. Pas par sadisme — rien n’était plus éloigné de son caractère — mais simplement parce que, depuis quelques jours, son esprit aiguisé d’analyse sociale lui avait fait sentir que leur situation, au sein du Cartel, était lentement en train d’évoluer. Suzaku, même si Abban ne l’aimait guère, n’y était pas pour rien, évidemment. Leurs petites prouesses personnelles avaient fait le reste.

— OK.

Le visage de la femme s’épanouit.

— Pour le paiement…
— Pas d’argent.
— Bien sûr. De l’or ? Des options ?
— Vos laboratoires sauraient fabriquer un brouilleur de communications ?

Son interlocutrice sourit.

— Je sens que nous allons nous entendre.

Quelques minutes plus tard, Abban était seul à sa table et faisait rêveusement tourner la clé USB que sa cliente lui avait remise. Encore une fois, c’était l’espionnage industriel qui amenait le travail. Un sourire amer passa sur son visage quand il songea que c’était pour une affaire assez semblable, mais bien moins lucrative, qu’il avait été attaqué par le Phantom et contraint d’accepter sa peu confortable proposition. Mais il ne désespérait pas de tourner cet incident-là, comme bien d’autres, à son propre profit. L’avantage quand on n’avait pas beaucoup à perdre, c’était que les possibilités de gain étaient immenses.

L’Irlandais finit par empocher la clé et se relever pour commander un nouveau soda au bar. Même dans cet établissement tenu par le Cartel, où la compagnie était toujours très hétéroclite, sa présence ne passait pas inaperçue : avec sa gueule d’ange, son poids plume, ses vêtements choisis avec soin et sa coiffure précise, il détonnait au milieu des criminels endurcis qui songeaient plutôt à souligner leur apparence rebutante qu’à exalter les infimes traces de beauté qu’il pouvait leur rester.

Certains le connaissaient cependant, d’autres préféraient ne faire des commentaires sur personne : dans l’ensemble, contrairement aux premières semaines de son arrivée à Star City, on le laissait vivre en paix. Mais il y avait toujours des hommes de main un peu plus épais que les autres, à vivre dans un machisme dépassé depuis vingt ans, pleins de remarques qu’ils croyaient spirituelles et de manières peu agréables. Peu agréables et peu prudentes.

Abban était accoudé au bar et attendait son coca quand une voix rocailleuse s’éleva derrière lui.

— Alors, mignonne, on vient jouer dans la cour des grands ?

« Mignonne », Abban ne songeait pas spontanément que cela pouvait s’adresser à lui. Mais une main se posa sur son épaule et on le retourna violemment. Il manqua de trébucher et fit face à un homme qui le dépassait d’une bonne tête, cinquante ans, une longue cicatrice sur le visage, quelques dents en moins. Un air mauvais. Idiot, surtout.

— Tu réponds quand j’te parle, ma jolie ?

Abban poussa un soupir exaspéré.

— T’as qu’ça à foutre, emmerder les honnêtes citoyens ?

Le type ricana, sans trop savoir pourquoi il ricanait.

— Si t’veux être tranquille, va falloir payer.

Il fit un geste obscène. Ceux qui connaissaient Abban s’écartèrent prudemment, les autres joignaient leurs ricanements à ceux du malotru. Les membres de longue date, les vrais habitués, avaient un air exaspéré : les esclandres étaient toujours très mauvaises pour les affaires et ces plaisanteries puériles les contrariaient beaucoup.

Le type tendit la main pour attraper Abban par les cheveux et ses doigts se refermèrent sur du vide. Une fraction de seconde plus tard, il sentit le canon d’une arme contre sa tête et le déclic caractéristique du cran de sécurité que l’on ôtait.

— Écoute, connard, tu te dégages ou j’commence à te ventiler les pensées.

À l’autre bout du Glock, le bras tendu vers le haut certes pour atteindre le crâne de sa victime, mais absolument sûr de lui, Abban tenait son revolver d’une façon que les plus experts reconnaissaient pour être tout à fait professionnelle : rien du style gangster que les apprentis criminels se plaisaient à adopter, après avoir vu trop de clips de rap. Le grossier personnage déglutit péniblement, marmonna quelque chose d’incompréhensible et, après avoir levé les mains en l’air, commença à s’orienter lentement vers la sortie.

Abban le suivit du regard jusqu’à ce qu’il eût passé la porte, puis rajusta le cran de son arme qui disparut bientôt dans son blouson. Son coca l’attendait sur le bar. Finalement, ça ne s’était pas trop mal passé.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 9 Oct - 21:04 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Tu fais chier, Wildcard ! C’est vraiment pas drôle de jouer avec toi !

À cette remarque pleine de poésie, l’individu visé répondit par un regard fixe et une expression totalement neutre. Il se trouvait à une table ronde, sous un plafonnier banal, qui projetait sa lumière jaune sur la partie de poker en cours. Parce que dans ce bar, on jouait toute la journée. Et chaque joueur craignait le moment où Wildcard allait en franchir la porte pour venir s’attabler et prendre ses cartes. Parce que quand Wildcard jouait au poker, il gagnait. Beaucoup se doutaient qu’une telle chance n’était pas naturelle, mais personne n’avait jusqu’à présent osé lui en parler. Parce que le maquillage qu’il portait avait tendance à en rendre certains mal à l’aise. Et la menace ne fonctionnait pas sur lui.

Laisse tomber, Bob, allonge le fric.

Celui qui venait de parler, Jo, eut droit à exactement la même expression.  Et puis, la partie se termina, Jake Walker révélant qu’il avait une couleur. Jackpot. Sans un mot, il se leva, ramassa les quelques cinquante mille dollars qui traînaient sur la table, prit son temps pour en faire des liasses, puis les rangea dans les poches intérieures du blouson qu’il portait en ce jour. Noir, bien entendu. Et puis, toujours muet, il quitta la salle, laissant le quatuor à sa détresse. À plusieurs reprises, Wildcard leur avait fait croire qu’ils pouvaient l’emporter. Espoir vite noyé.

Comme dans les films, il franchit le rideau qui menait aux arrière-salles, pour se retrouver dans la pièce principale, où une clientèle très orientée se pressait. L’endroit appartenait au Cartel, il n’était donc pas illogique d’y retrouver des criminels, des malfrats, des bandits, et toute cette sorte d’individus qu’il valait mieux éviter. Le regard de Jake se posa sur une scène incongrue qui se déroulait au comptoir. Un garçon aux traits androgynes se faisait embêter par un gros lourd, plutôt connu pour devenir grossier dès qu’il avait une pinte dans le nez.

Le chef du Gang des Fables observa avec intérêt la façon dont le beau jeune homme s’en sortit. C’était un téléporteur. En une demi-seconde, il s’était retrouvé juste derrière son « agresseur », pour en faire une potentielle victime d’homicide par balle. Dans la tête. Jake s’offrit un petit sourire. La méthode, peu ordinaire, s’avéra efficace. Le relou s’éclipsa les mains en l’air, visiblement peu enclin à tester la détermination de sa proie. Le moment était venu d’en apprendre un peu plus ! Wildcard, en quelques pas, se retrouva juste à côté du téléporteur. Il tira un billet de vingt dollars et le posa sur le comptoir, près du verre de Coca. Qu’il prit, sans aucune gêne, en lançant à l’adresse du barman :

Tu m’apportes une pinte, Jiminy ?

Jiminy, parce que ledit barman était tout petit, plutôt maigre, mais s’exprimait à merveille, faisant souvent la morale. Sans un regard pour celui dont il venait de saisir la boisson, Jake lui parla tout de même :

Viens avec moi, on va causer.

Et il prit la direction d’une table… celle que venait de quitter son nouveau futur ami. Oui, un coup de chance, mais la chance, ça le connaissait. Une fois installé, il posa le verre, et attendit qu’arrive le sien. Voilà qu’il était de retour dans le silence. Immobile et muet, comme un mort. Il ne parla que lorsque le serveur lui eut apporté sa pinte et sa monnaie.

T’as du culot, tu sais.

Et ce fut tout. Un simple constat.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 9 Oct - 22:24 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Abban avait bien jeté un regard perplexe au tatoué quand il était apparu, lorsque ce dernier lui vola sans vergogne la boisson qu’il avait dû chèrement défendre, le petit Irlandais s’exclama sans hésiter :

— Bah vas y, mec, te gênes pas, t’sais qu’j’l’ai déjà payé, ce coca ?

Une partie des clients du bar lui jetèrent un regard incrédule et, en les croisant, Abban comprit qu’il avait (encore) manqué de respect à l’un des psychopathes de service et/ou chefs de gangs, qui pullulaient dans ce genre d’endroits et qu’il fallait savoir ménager pour mener une vie (relativement) paisible au sein du Cartel. Le jeune homme poussa un soupir, exaspéré par ses mondanités qui n’en finissaient pas et où il fallait perpétuellement apprendre le nom et le visage de ceux en puissance, en attendant son tour.

Naturellement, retenir le nom et le visage de celui-là, ça n’allait pas être très difficile, parce que des types avec cette tête-là, Abban n’en avait pas vu beaucoup dans son existence. Il cessa toutefois de protester et suivit docilement Jake jusqu’à la table qu’il venait de quitter, histoire de ne pas continuer à froisser inutilement une potentielle grande ponte. Abban, il était pragmatique et si la Mort avec une faux lui avait offert une mission de transporteur, il aurait accepté sans ciller. Inutile de dire que son espérance de vie était assez réduite.

S’enfonçant dans la banquette de cuir, le jeune homme considéra un peu plus à loisir le visage de son interlocuteur.

— ‘Tain, mon gars, j’espère qu’tu cherches pas un boulot comme assistant maternel, parc’ qu’j’peux t’dire qu’c’est mal barré.

La capacité d’Abban à rester sage et silencieux devant l’autorité était somme toute limitée et le simple fait de rejoindre la place qu’il avait quittée semblait l’avoir définitivement épuisée. D’angélique, fragile et délicat, l’Irlandais n’avait décidemment que l’apparence. De fait, en plus de son culot, il dégageait une assurance que peu des buveurs avaient au même moment et la compagnie d’un psychopathe tatoué jusqu’aux yeux ne le perturbait apparemment pas plus que ne l’avait perturbé, quelques secondes plus tôt, les menaces larvées de son infortuné agresseur.

Pour l’instant, sa curiosité était surtout attisée par ce choix esthétique hors du commun. Esthète, Abban l’était définitivement, et ouvert à toutes les perspectives. Si personnellement il ne fût pas allé beaucoup plus loin, en matière de tatouage, que les deux A entrelacés qui ornaient son poignet gauche, il était loin de considérer que cette limite devait être universellement partagée et l’audace dont avait preuve Jake lui paraissait au contraire tout à fait louable. Tout ce qui rompait la monotonie trouvait de toute façon grâce à ses yeux.

Les coudes sur la table, il se pencha un peu en avant, après avoir avalé quelques gorgées de coca, et fit un signe du menton vers la tête de celui qui lui faisait face.

— Mais genre, c’est permanent ?

Et cette question transformait ses premières remarques un peu abruptes en simples échantillons de son style de conversation toujours un peu brusque et fleuri.

— ‘Chais pas, moi, comment tu fais, quand tu veux au supermarché ? Et si jamais un jour t’as des mômes ?

Abban leva une main pour prévenir d’éventuelles récriminations.

— C’est sympa, j’dis pas. ‘Fin, l’côté goth, c’pas mon fonds d’commerce, tu vois, mais chacun son truc, puis pour sûr, dans un milieu comme ça…

D’un geste de tête, il désigna les malfrats qui jouaient aux fléchettes non loin d’eux. Bon, d’accord, ce n’était pas forcément très impressionnant, là maintenant, mais ils savaient tous les deux de quoi il parlait.

— Ça fait stylé. Comme la meuf du Circus avec les cornes, un peu. Sauf que t’es moins barraqué.

Abban, on ne l’arrêtait pas et il pouvait continuer à parler tout seul, imperturbablement, même si on le fixait avec un regard de tueur, une tête de mort tatouée sur le visage. Assurément, cela devait changer Jake de l’attitude perplexe ou franchement craintive de ses camarades de jeu. Le jeune homme retourna son poignet pour montrer son propre tatouage, le regarda un instant d’un air songeur, avant de commenter :

— Videmment, avec mon truc, là, j’me sens un peu con, du coup. Mais faut, dire, j’ai un peu peur des aiguilles, on sait jamais où ça a trainé, ces machins-là.

Dans le Cartel, les gens n’admettaient en général pas qu’ils pussent avoir de quoi que ce fût, des araignées à la torture en passant par la police. Mais Abban construisait sa réputation d’une autre manière et, après son petit tour de force, quelques minutes plus tôt, il ne s’inquiétait guère de passer pour un faible aux yeux de qui que ce fût dans ce bar. Sur ces bonnes paroles, laissant miraculeusement une occasion à Jake de lui expliquer comment il se débrouillait pour ne pas effrayer la vendeuse de légumes quand il voulait faire une ratatouille, Abban s’adossa à nouveau au dossier pour recommencer à boire son coca.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 10 Oct - 23:45 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Jake ignora totalement la remarque du jeune homme, comme quoi il lui aurait soi-disant piqué le coca qu’il avait payé. Malgré ses protestations, le râleur suivit Wildcard jusqu’à sa table, et s’enfonça dans la banquette, visiblement peu décidé à rester silencieux et attendre que ça se passe. L’avantage, c’est que s’il se mettait à parler, ça n’était pas son interlocuteur qui allait l’interrompre. D’ailleurs, il ne le fit pas pendant les minutes qui suivirent, meublées quasiment sans discontinuer de paroles qui avaient plus ou moins d’intérêt. La première chose qu’il trouva à faire, ce fut une petite boutade. Qui glissa sur le masque d’indifférence de Jake. Au moins nota-t-il qu’il avait un petit rigolo devant lui. Un bon point.

Wildcard jeta un œil rapide à la monnaie qu’il avait sous les yeux, pour constater que Jiminy n’avait pas compté le coca, qui devait en fait bien avoir déjà été réglé. Aucune importance, c’était le geste qui comptait. Ou plutôt, c’était un moyen comme un autre d’accrocher l’androgyne. Quoiqu’à la réflexion, simplement apparaître aurait suffi. Il semblait réellement fasciné par le maquillage. Au point d’en arriver à croire que… c’était permanent. Et puis quoi encore ? C’était un personnage. Il y avait en-dessous une véritable personne, qui se montrait certes peu, mais tout de même. Une personne qui, même sans le maquillage, n’aurait pas fait un bon assistant maternel…

Prenant un peu confiance, le nouveau, coudes sur la table, enchaînait. Voilà qu’il parlait à présent de supermarché. Jake s’imagina quelques secondes déambulant dans les allées d’une supérette, poussant un caddie, et il éclata de rire intérieurement. Bien entendu, son expression demeura neutre. Quant aux mômes, il ne prit même pas la peine d’y penser. Et puis quoi encore ? Les enfants ne sont que des contraintes. Fin de la grande vie, début de l’ennui. Ennui mortel. Les enfants, c’est un peu la mort. Une main se dressa devant Wildcard, comme pour l’empêcher de répliquer. Ce qu’il n’aurait de toute manière pas fait. Mais quand même, en voilà, des manières !

Il ne suivit même pas le mouvement de tête, qui indiqua un coin du bar. Non seulement, le joueur invétéré saisissait où voulait en venir son interlocuteur, mais en plus, il aurait pu nommer sans les regarder tous les types qui jouaient aux fléchettes, et lequel allait bientôt foutre la sienne à côté de la cible. Et puis, il haussa un sourcil au mot « stylé ». Qu’il remit en position initiale sans attendre. La femme à cornes. Drôle de comparaison. Moins baraqué. Ah ah. Et puis, il eut droit au tatouage. Tiens, deux A entrelacés. Le grand amour ? Un frère, une sœur ? Quelque chose comme ça, sans aucun doute. Le sentimentalisme… pas son truc, à Jake.

Enfin, le moulin à paroles sembla arriver au terme de son tour. Adossé, il buvait son coca. Jake en profita pour saisir sa bière et en vider le quart, d’un trait. Après avoir reposé le verre, il rangea sa monnaie, hormis une pièce, qu’il fit tourner entre ses doigts, visibles sur la table, alors que l’autre main n’avait pas quitté son genou depuis le début. Et après quelques secondes, enfin, il se décida à parler.

Tu causes beaucoup.

Levant la pièce devant lui, il en passa la tranche sur le côté de son nez, juste ce qu’il fallait pour ôter un peu de noir, sans dénaturer l’ensemble de la tête de mort. Et il se remit à jouer avec, d’une seule main.

C’est pas permanent, mais ça fait partie de moi. Pas besoin d’aiguille pour marquer.

Sachant très bien que s’il laissait un blanc après avoir parlé, l’autre allait enchaîner et poser des questions, ou faire des suppositions incongrues, il ne laissa qu’une seconde avant de reprendre.

Les contes de fée, ce n’est pas pour les enfants. Tu ressembles à un enfant. Tu aimes les contes de fée ? Wildcard peut te raconter une histoire.

Et il pencha la tête sur le côté, les yeux un peu exorbités, interrogateur. Comme à son habitude, il avait fait dans l’énigmatique, mais de l’énigmatique qui pouvait tout de même s’interpréter assez aisément… Restait à savoir quel esprit allait se charger de l’interprétation. Il avait donné son nom, le garçon allait-il deviner que c’était le sien ? Avait-il déjà entendu parler de lui ? Des questions auxquelles Jake n’attendait pas forcément de réponses. Il testait, simplement.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 11 Oct - 9:33 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Pas perturbé pour un sou par le silence de l’interlocuteur, Abban demeura de marbre devant le regard fixe et impassible de Jake. L’Irlandais avait connu le Cartel quasi avec sa naissance et il y avait bien longtemps qu’il avait cessé d’être ému par les personnages qu’il pouvait y croiser. Chacun avait son propre rôle, sa propre façon de prendre sa place dans cette société à l’intérieur de la société, avec ses codes, ses exigences tacites, ses marges de manœuvre, ses droits et ses devoirs. Abban avait une dizaine d’années pour voir défiler devant lui les nerveux, les brutaux, les impassibles, les mystérieux, les menaçants, les doucereux, les puissants, les discrets et bien d’autres encore.

Lui, il avait son propre style, subtil alliage de sa personnalité impulsive et d’un personnage bien intégré. La volubilité était une caractéristique rare dans son milieu, particulièrement pour ceux qui exerçaient sa profession. Les cambrioleurs aimaient en général s’envelopper dans le silence de la discrétion comme un assassin renaissant se fût caché dans une capé, avec un chapeau au large bord. Le mystérieux, c’était décidément un personnage très populaire — Abban préférait se distinguer un peu.

Il avait du reste souvent remarqué que sa jeunesse alliée à son caractère pour le moins expansif conduisait la plupart de ses interlocuteurs à le prendre pour un gamin qui débarquait dans le vaste jeu du crime. Une habitude qui l’excédait quelque peu la plupart du temps, mais qui s’avérait parfois très, très utile. Pour l’heure, l’adolescent se contentait de tâter le terrain. À moins que Jake fût un psychopathe fini ultra-rapide capable de l’abattre sans provoquer ses super-réflexes, Abban se sentait dans une relative sécurité.

Le verre de coca toujours à la main, Abban écouta Jake. Avant de s’emporter, évidemment.

— Rah putain, c’dommage, jusque là, t’étais presque original, mec, mais franchement, le coup de « tu ressembles à un môme », j’l’entends sept fois par jour, ça commence à d’venir un peu usé.

Il en connaissait beaucoup, lui, des mômes qui se promenaient avec des glocks 39 dans les bars douteux de Star City ? La ville était déjà bien assez dangereuse comme cela sans que les enfants décidassent brutalement d’égayer le quotidien des forces de l’ordre en se jetant d’eux-mêmes dans le crime. Abban secoua la tête. Il était toujours un peu étonné par la manière dont les habitants d’une des villes les plus étranges qu’il eût jamais vues pouvaient se reposer parfois sans complexe sur les apparences.

Cela, le nom du personnage n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Abban n’était que depuis quelques mois à Star City, mais il avait toujours été une oreille des plus attentives pour les rumeurs du Cartel. Manifestement peu fasciné par la possibilité d’entendre un conte de fées dans un tripot à truands, le jeune homme reprit :

— Donc, Wildcard, c’est toi ? Le type qui pouille tout l’monde au poker en trichant ? Ben mon grand, tu t’fais pas que des potes, mais vu comme tu t’peins la gueule, j’suppose que tu t’en cares pas mal.

Ce n’était pas une réputation tout à fait aussi glorieuse que celle d’être le nouveau chef du Gang des Fables ressuscité, mais Abban faisait avec les informations du jour et, pour l’heure, il en était encore à s’approcher chaque semaine un peu plus du centre du Cartel de Star City, là où l’on discutait des vrais problèmes. Si de temps en temps, il tirait de ses informateurs ou de ses interminables séjours dans des bars comme celui où ils étaient assis des données un peu plus capitales, bon nombre de choses essentielles continuaient encore, pour sa plus grande frustration, à lui échapper.

Abban avait fini son coca et il s’était mis à pianoter du bout des doigts, à une vitesse assez remarquable, sur le bord de la table, visiblement incapable de rester immobile au-delà des quelques minutes qu’avait à peine duré la conversation. Ce ne fut qu’après avoir peint de Wildcard le portrait, finalement assez peu glorieux, d’un joueur de cartes malhonnête — ce qui du reste ne semblait guère susciter sa réprobation — qu’il consentit à répondre sur la question des contes de fées.

— ‘Fin bon, non, genre, les contes de fées, j’connais pas. N’a jamais pris vraiment l’temps d’m’en raconter, tu vois.

Ce n’était pas très surprenant : ceux qui, comme Abban, étaient déjà intégrés au Cartel à peine sortis de l’adolescence (et Abban l’était depuis bien plus longtemps que cela), n’avaient en général pas connu la douceur aimante des foyers où l’on racontait des histoires aux enfants pour les aider à s’endormir.

— M’enfin, y a le truc à la con, là, quand Machin, elle danse avec des souliers en fonte, parce qu’elle fait l’sale coup à Truc. J’sais plus.

Après cette description assez nébuleuse de la fin de Cendrillon, Abban finit par hausser les épaules.

— ‘Fin, voilà, mec. Mais vas-y, raconte moi tes rêves si ça peut t’soulager, j’suis super psychologue.

Il était permis d’en douter.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 15 Oct - 0:50 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Le face-à-face entre Jake Walker et Abban Mac Aoidh était un parfait exemple de confrontation entre deux personnalités opposées. Opposées en apparence. Le calme et le silence d’un côté, l’hyperactivité et le flot de paroles de l’autre. Il était aisé de remarquer que le garçon aux traits androgynes avait du mal à tenir en place. S’il restait assis, il était cependant toujours en mouvement. Sur le qui-vive. Et, malgré les apparences, Wildcard était dans le même cas, prêt à bondir. Sauf qu’aucun signe extérieur ne venait trahir ce fait. Il était serein. Observateur. Et il demeura totalement impassible quand son interlocuteur s’emporta, pour une raison qui visiblement revenait assez souvent. Et qui, pour le coup, n’était pas vraiment justifié. Jake avait simplement constaté que le mec au glock ressemblait à un enfant. Un constat. Il n’était pas borné au point de ne pas voir plus loin. Très peu auraient osé sortir un flingue pour se défendre au milieu d’un bar plein de malfrats du Cartel.

Aussi, la critique du « pas très original » glissa sur le joueur de cartes comme la pluie sur les plumes du proverbial canard. Ensuite, vint un résumé assez peu flatteur de qui était Wildcard, même si tout ce qui était dit portait une part de vérité. « Tricher » n’était pas le mot. « Profiter d’une capacité à influencer les probabilités » était déjà plus correct. Et hormis cela, on pouvait dire, oh, bien plus de choses encore… Mais ça viendrait après. Parce qu’en effet, il avait raison, l’hyperactif : Jake se foutait complètement de se faire des ennemis. Ou plutôt, il ne craignait pas de se faire des ennemis parmi ceux qui ne pouvaient ensuite pas lui nuire. Avoir un super-héros comme ennemi, c’était déjà plus problématique. Et pour éviter de se lancer dans un long discours, éclat de rire intérieur, la tête de mort se contenta d’acquiescer. Oui, il était bien Wildcard. Et oui, il s’en carrait pas mal.

Jake suivit un moment le mouvement des doigts qui pianotaient sur la table devant lui, à côté du verre déjà vide. S’il carburait au Coca, pas étonnant que le petit ange démoniaque s’agitait sans cesse. Wildcard saisit sa pinte et en vida une longue rasade, qui ne laissa plus que le quart du contenu dans le verre. Puis, sa main rejoignit l’autre sous la table, et il les joignit entre ses genoux. Tout en ayant toujours rien dit. Pourquoi parler ? Ça continuait en face, sans vraiment faire de pause. D’ailleurs, c’était reparti. Sur les contes de fée. Si le chef du Gang des Fables n’avait pas eu de réponse, il aurait reposé la question. Différemment, mais il aurait raccroché le sujet qui, en plus de lui tenir à cœur, pouvait finir par intéresser son interlocuteur. Du moins, au début.

Machin, les souliers en fonte, Truc. S’il n’y avait eu le mot « soulier », Wildcard n’aurait peut-être pas fait le lien avec Cendrillon. Il soupira intérieurement en pensant à la version édulcorée que chacun aimait à se raconter, ignorant les aspects les plus sombres, voire glauques, qui parsemaient pourtant l’histoire originale. Beaucoup de contes, malheureusement, avaient subi ce sort. Et si on narrait mal les contes originaux, si on les transformait, on en arrivait à des versions aussi réduites et désolantes que « Machin, les souliers en fonte, Truc ». Et avec ça, il se disait psychologue. Constatant que, cette fois, il allait devoir parler, Jake commença par un soupir. Un vrai, pas intérieur. Puis :

Psy, hein ? Alors, Docteur Bidule.

Docteur Bidule allait demeurer le nom du garçon jusqu’à ce que, soit il dise comment il s’appelait, soit Wildcard ne lui trouve un nom issu de contes ou de fables. Sur ce dernier point, il n’était pas impossible qu’il conserve pour lui l’identité d’emprunt. Le pauvre Jiminy, au bar, portait ce surnom depuis plusieurs mois. Sans pouvoir s’en défaire.

Je pourrais te raconter un rêve, mais ça ressemblerait trop à un conte de fée pour toi. Sauf si tu veux savoir ce qu’est un véritable conte de fée, une histoire qui ne finit pas forcément bien…

Jake pencha la tête sur la droite, la redressa, saisit son verre, le vida, le reposa, et reprit :

Tu es nouveau ici, et pourtant, tu sembles déjà en savoir beaucoup. Tu es jeune, tu es beau, tu es désirable, des qualités qui attirent la jalousie. Mais tu sais te défendre. Tu pourrais être un ange, tu pourrais être un démon…

En un mouvement souple, Jake se retrouva assis sur le dossier de son siège, les pieds sur l’assise, coudes sur les genoux. Il était désormais penché en avant, le regard toujours exorbité.

Ange ou démon ? Pourquoi choisir, tu es les deux à la fois… Un hybride. Hybride ange et démon. Mais qui manque de sérénité… Qui manque de…

Jake orienta son pouvoir vers ses recherches. Abban n’était pas seul, il y avait quelqu’un d’autre. La chance mit le doigt sur la bonne réponse.

… famille. Une fille. Sœur ! A & A ?

Les connexions se faisaient peu à peu. S’il continuait à pousser, il amènerait son interlocuteur à parler un peu plus. Mais rien que faire légèrement étalage de ce qu’il pouvait découvrir devrait suffire à « l’impressionner ». Ce n’était pas tous les jours qu’on rencontrait un homme au visage maquillé qui devinait des choses sur vous. Et la personne la plus proche de vous…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 15 Oct - 10:50 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Le sens psychologique d’Abban, la plupart du temps, avoisinait le néant absolu. Le turbulent Irlandais n’était jamais assez patient pour se plonger dans la psyché de ses contemporains et ce qui l’intéressait, c’était de savoir qui faisait quoi, pourquoi, avec quels moyens, quels appuis et quelle influence, toutes questions qui se résorbaient, à ses yeux, dans la situation sociale des criminels, plutôt que dans leurs petits tourments intérieurs. Abban Mac Aoidh était bourdieusien.

Mais comme son sens du sarcasme était fréquemment noyé sous ses autres remarques abruptes ou critiques, mais parfaitement inoffensives, il était toujours un peu difficile de deviner ses intentions en conversation et, sauf Aishlinn, personne n’arrivait à démêler la masse argotique et brusque de ses discours pour savoir sur quel pied dansé. Lui-même, en règle générale, n’était pas très sûr de ses réactions et de ses motivations, alors il n’en voulait pas trop à ses interlocuteurs de mal les interpréter.

Quand Wildcard se moqua de ses talents de psychologue, Abban se contenta de hausser les épaules. Il était lucide : les gens étaient incompréhensibles, la plupart du temps. Alors il n’allait certainement pas se fatiguer à percer les mystères d’un cinglé avec des passions bizarres. Il avait, merci bien, assez de problèmes de son côté pour se soucier de la psychologie des autres, particulièrement lorsqu’elle était plus bancale que la sienne — ce qui constituait, il faut le souligner, un sacré exploit.

De toute façon, Wildcard le complimentait, c’était assez pour faire oublier à Abban qu’on venait de l’appeler « Docteur Bidule ». Un grand sourire éclaira brusquement le visage du jeune homme, alors que son interlocuteur franchement inquiétant lui assurait qu’il était beau et désirable. La flatterie était toujours un excellent moyen de manœuvrer l’Abban sauvage et, comme toujours, le jeune homme était absolument ravi de l’intention qu’on lui portait. Il avala une gorgée de coca pour fêter ça et se mit à considérer d’un œil évaluateur celui qui lui faisait face, pour voir s’il y avait quelque chose à en tirer.

Bon. Il n’avait pas une passion particulière pour les types dérangés aux choix esthétiques audacieux, mais Abban était suffisamment corruptible pour que quelques compliments lui fissent oublier ses propres préférences esthétiques. Tout ce qu’il voulait, c’était que quelqu’un lui dît ce qu’il était, que cette identité transitoirement solide fût séduisante, et cela lui suffisait. Pas trop sûr d’être lui-même, l’adolescent était toujours rassuré quand on le définissait et ce réconfort, même lorsqu’il était dispensé par des types louches dans des bars douteux, pouvait être récompensé.

En revanche, le petit tour de voyance de Jake fut accueilli d’un air un peu indifférent et Abban répondit, sur le même ton que si on avait essayé de lui apprendre qu’un et un font deux :

— ‘Videmment qu’j’ai une sœur. Une jumelle, même.

Forcément, quand on avait Rune comme informateur régulier, Rune le type qui devinait votre vie en vous regardant la première fois, Rune le voyant toujours un peu trop clairvoyant, on devenait un peu difficile devant ce genre de spectacles. Dans le domaine de la violation de la vie privée, hélas pour Wildcard, la concurrence était rude et il y avait des mutants dont les pouvoirs étaient plus directement efficaces.

Cela dit, pour Abban, l’existence de sa jumelle relevait toujours de l’évidence. Il eût été bien plus surpris si son interlocuteur, en se trompant, lui avait prêté une petite amie. Le jeune homme agita son poignet.

— J’m’appelle Abban. Elle, c’t’Aishlinn.

Leurs prénoms n’étaient pas un mystère pour le Cartel et les « jumeaux » savaient qu’avec leur apparence, leur accent et leurs prouesses de cambrioleurs, il eût été parfaitement puéril d’essayer de se faire discret au sein de l’organisation. Puéril et contre-productif.

— Donc, Ange et Démon ?

Il eut une moue songeuse.

— C’pas l’titre d’un bouquin à la con, ça ?

Lui, en dehors des livres sur l’histoire antique, des manuels de cuisine et des manuels de prestidigitation, il ne lisait pas grand-chose. Il finit par hausser les épaules.

— Pas grave, c’est vachement classe quand même. Mais fais gaffe à tes yeux, quand même, exorbités comme ça, c’est mauvais pour la santé. Tu d’vrais mettre des gouttes, sinon tu vas t’niquer la cornée.

Abban, (légèrement) hypocondriaque, ne semblait décidément pas très impressionnable — en tout cas, pas par la peur. Après avoir dispensé cet utile et très sérieux conseil médical au type le plus flippant du bar, Abban se pencha en avant.

— Bon, c’la dit, les histoires qui finissent pas bien, j’ai eu ma dose en c’moment. T’as rien de plus…

Il laissa traîner son regard le long du corps de Wildcard, quittant le tatouage des yeux.

— …positif à proposer ?

Non, il ne voulait pas qu’on lui racontât une blague.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 15 Oct - 23:17 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Une sœur. Jumelle, même. Aha ! Jake avait vu juste. Le fait qu’il l’ait deviné ne sembla en revanche pas impressionner le garçon plus que ça. Mais son absence de réaction fut reçue de la même manière. Jake ne cherchait pas à se faire mousser, de toute façon. Mais au moins avait-il obtenu une information plus poussée. Des jumeaux… soudain, il se demanda si ces jumeaux étaient ceux dont il avait déjà entendu parler, à peine débarqués à Star City. Comment s’appelaient-ils, déjà ? La réponse lui fut servie sur un plateau. Abban et Aishlinn. Wildcard pencha la tête sur le côté. Hansel et Gretel, ça marchait bien aussi. Un frère, une sœur. Hansel et Gretel. Plus facile à prononcer ou à écrire qu’Abban et… comment déjà ? Ashlin. Gretel.

Attrapant son verre vide, la tête de mort se retourna vers le comptoir, capta le regard de Jiminy, puis lança le contenant à travers le bar. La pinte fut saisie au vol. Jake s’en désintéressa pour reporter toute son attention sur son jeune interlocuteur. Qui ne devait pas être si jeune que son apparence le laissait croire. C’était le lot de beaucoup dans cette ville. Les garçons paraissaient avoir toute juste la vingtaine, mais en avait en fait vingt-cinq ou vingt-six. Ce n’était pas une grosse différence, mais cette différence suffisait à l’expérience. En un an, on apprend beaucoup. Dans énormément de domaines. Et quand on est chez les « méchants », on peut développer ses aptitudes dans nombre d’activités illégales. Quel âge pouvaient donc avoir les jumeaux ?

Chose qui ne passa pas inaperçue : le sourire d’Abban. Qui apparut aux compliments. Ainsi, il était particulièrement sensible à la flatterie. Alors que, du point de vue de Jake, ce n’était pas de la flatterie. Cela relevait du simple constat. La flatterie, non seulement, il ne la pratiquait pas, mais en plus, il savait qu’il n’était pas doué pour ça. Les rares fois où il s’était aventuré à faire des compliments, ça avait sonné si faux qu’il avait réussi à s’en dissuader lui-même. Là, il avait simplement décrit ce qu’il avait sous les yeux, et qui reflétaient, pour lui, l’attitude d’Abban. Beau, c’était indéniable. Désirable, c’était une caractéristique qu’il semblait presque transpirer. Et oui, ange, démon, les deux à la fois…

Oui, ça devait être le titre d’un bouquin. Mais on était loin du sujet. Que le livre soit à la con ou non, Wilcard n’en avait rien à faire. Il afficha un petit sourire à la remarque sur ses yeux. Qui quittèrent leur « exorbitage ». Décidément, l’androgyne était surprenant. Il fallait se lever tôt pour le surprendre, Jake, et là, il était tombé sur quelqu’un qui ne devait même pas se coucher. Après ça, Abban se pencha en avant. Rien de plus… ? Le regard qu’il laissa traîner fit s’agrandir un peu le sourire que n’avait pas laissé tomber Wildcard. Positif. Rien de plus positif à proposer ? À ce moment, Jiminy vint poser la pinte, de nouveau pleine, sur la table. Avant de s’en retourner sans un mot. Comme d’habitude, la deuxième était offerte.

Viens avec moi, fit Jake, en sautant de son siège et en prenant son verre.

Il se dirigea vers le rideau qu’il avait passé un peu plus tôt. Il s’arrêta devant, s’assurant qu’Abban le suivait bien, et traversa, avant de remonter un couloir. Au bout, il ouvrit une porte et entra dans la pièce. Pas d’autre issue. Contre le mur en face, un vaste canapé. Devant, une table basse. À droite, un minibar, surmonté de verres. À gauche, un coffre, fermé. Jake s’en approcha, posa son verre dessus, l’ouvrit en composant le code, et y déposa l’argent qu’il avait sur lui. Avant de le refermer, il sortit une boite de cigarillos et un briquet. Ainsi qu’un Taurus Raging Bull, qu’il tendit à Abban.

Le mien est plus gros que le tien.

En vérité, le revolver n’était pas le sien, mais il avait découvert la combinaison du coffre des mois auparavant. Depuis, il s’amusait à y prendre des choses, ou même en mettre. Ce qui avait le don de rendre irascible le véritable propriétaire du coffre, une espèce de grosse brute qui possédait la plus grosse part du bar. Wildcard s’amusait beaucoup à le titiller. Parce qu’il savait que l’autre ne pouvait rien contre lui. Se redressant, sans fermer le coffre, Jake but la moitié de sa pinte d’un coup et alla s’asseoir sur le canapé, presque affalé. Il fit glisser la fermeture éclair de sa veste noir, la retira et la jeta dans un coin de la pièce. Dessous, il portait un t-shirt noir à… tête de mort.

Il était une fois un garçon, mi-ange mi-démon, qui disait « positivons », alors… positivons.

Et ce fut tout. Que pouvait-il faire ou dire de plus ? Il avait envie de voir Abban le surprendre encore. Comme s’il prenait goût au comportement étonnant du garçon. Ce qui, en fait, était bien le cas…
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 16 Oct - 0:03 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Ah, mais Abban avait bien été surpris par Jake. Ce n’était pas tous les jours que l’on se faisait aborder par un type tatoué jusqu’aux yeux avec une passion prononcée pour les contes de fée et des problèmes oculaires peut-être graves. Mais pour quelqu’un qui passait ses nuits à se faire poursuivre par des voitures de police en roulant à des centaines de kilomètres à l’heure, le sang-froid était un art de vivre et l’impulsivité de l’Irlandais n’ôtait rien à sa capacité à encaisser les événements les plus atypiques.

De toute façon, à partir du moment où on lui faisait des compliments et où on lançait des pintes dans les bars, on ne pouvait pas être particulièrement mauvais. Toujours très bon public pour les prouesses d’adresse, Abban laissa son sourire grandir et, sans songer à protester, il emboîta le pas à Jake, dont la subite décision de quitter les lieux présageait un développement plus agréable pour le reste de la conversation. Parce qu’Abban voulait bien continuer à parler littérature et ophtalmologie, mais ce n’était tout de même pas ses spécialités.

Indifférent aux regards qui pouvaient les suivre et, surtout, aux regards, bien plus professionnels, qui faisaient tout pour éviter les suivre (Wildcard combiné avec un Mac Aoidh, c’était après tout l’assurance de gros ennuis, mieux valait éviter de se faire remarquer), Abban se glissa derrière le rideau et, une fois arrivé dans la pièce, il ne fut pas trop perturbé par l’existence d’une sortie unique. Évidemment, les téléporteurs avaient toujours une conception très personnelle des contraintes architecturales.

En bon cambrioleur, par déformation professionnelle, il ne put s’empêcher de jauger le coffre, la serrure et le contenu. L’idée de voler un autre membre du Cartel ne l’effleurait pas cependant : pas suicidaire, l’Irlandais, et surtout conscient que le Cartel aurait perdu brutalement de son intérêt si les règles de la plus élémentaire courtoisie criminelle n’étaient pas respectées. Et Atia César, elle y tenait sans doute, aux règles de la plus élémentaire courtoisie criminelle. Pas question de finir son existence au fond de la baie de Star City (dans le meilleur des cas).

Le spécialiste des armes à feu esquissa un sourire amusé quand Jake sortit son gros pistolet.

— Bah t’es bien un mec, dis moi.

L’Irlandais attrapa l’engin et le regarda sous toutes ses coutures. Les armes impressionnantes étaient loin d’être sa tasse de thé, même s’il ne niait pas l’effet psychologique certain qu’un gros calibre exhibé pouvait avoir.

— Genre, t’m’imagines avec un machin comme ça ? J’le lève à bout d’bras, j’me démonte l’épaule, bonjour la réputation.

Il en rajoutait un peu, pour la forme, parce qu’il pouvait manier à peu près n’importe quel type d’armes. Ce qui n’impliquait pas, bien au contraire, qu’il en utilisât souvent. Il déposa le pistolet sur le sommet du coffre et se retourna vers Jake, qui révélait un joli tee-shirt de métalleux. La phrase énigmatique d’Abban fut accueillie par un haussement de sourcils. Lui, il positivait tant qu’on voulait (jusqu’à sa prochaine crise de nerfs), mais il ne comptait pas non plus faire un strip-tease, là tout de suite.

D’un geste de la tête, il désigna le tee-shirt.

— Les têtes de mort, c’t’une passion, à c’que j’vois. Des théières assorties, chez toi ?

Une seconde plus tard, il s’était téléporté devant le canapé et penché en avant pour observer dans le détail le motif du tee-shirt.

— Toi, t’écoutes d’la musique où les mecs y hurlent comme des malades, j’parie. J’te vois mal avec Yvette Horner, en même temps.

Même si, à sa façon, Yvette Horner était finalement beaucoup plus effrayante que Jake. Abban se redressa et jaugea l’homme du regard. Il ne craignait pas trop d’avoir mal interprété les signaux. Quand on lui disait qu’il était désirable et qu’on le conduisait quelques minutes plus tard dans une pièce isolée, ce n’était généralement pas pour discuter mode. Alors, souplement, parce qu’il n’était pas vraiment du genre à perdre son temps en considérations superflues, il vint s’installer à cheval sur les genoux de Jake.

À vrai dire, il était d’autant plus direct qu’il avait quelque chose à se prouver à lui-même. Deux jours plus tôt, il était ressorti traumatisé de son expérience avec Henry, qui avait excédé de très loin ses désirs et l’avait forcé à se plier à ses volontés. Le soir même, il avait été persuadé de ne plus jamais toucher un homme. Mais un Mac Aoidh n’était jamais battu. Le cœur battant, en passant à la vitesse supérieure avec l’homme à tête de mort, Abban voulait s’assurer de sa propre audace. S’assurer de ne pas avoir été brisé. Il n’avait pas peur de Jake. Il n’avait peur de personne. Personne n’avait le droit d’annihiler sa jeunesse.

Il fit taire la vague et instinctive panique qui monta en lui. Cette fois-ci, il contrôlait la situation. D’une voix faussement innocente, il répéta :

— Donc, j’suis désirable, il paraît… Donne ça.

Il prit la pinte des mains de Jake pour la poser, en se penchant avec souplesse, sur le sol.

— Emploie donc tes mains à quelque chose de plus constructif.

Comme le toucher. Par exemple (au hasard). Les siennes s’étaient posées sur le torse de Jake, histoire d’évaluer un peu les pectoraux, ça ne faisait jamais de mal.

— Bon, alors, l’ange-démon, le voilà. C’quoi la suite de l’histoire ? Vas-y, fais moi mon livre dont vous êtes le héros. J’promets d’être super attentif.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 16 Oct - 14:34 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Abban avait docilement suivi Jake, et semblait même plutôt content qu’ils se retrouvent seuls. Il avait été appâté par des compliments, et maintenant qu’il avait mordu, il n’avait pas l’air de vouloir lâcher prise. Il manipula un moment l’arme qui lui avait été tendue, non sans une remarque sur la virilité et l’habitude qu’avaient les hommes à se la comparer. Mais apparemment, le revolver était un peu trop gros pour lui, manque de maniabilité, risque de voir son ossature ployer sous le poids et ses articulations en pâtir, ce genre de choses. Il devait en rajouter un peu, même s’il y avait sans doute une part de vérité. Il était trop fin pour pouvoir maintenir en joue un homme s’il utilisait ce Taurus. Un Glock plus léger convenait très bien, et avait autant d’impact sur les écervelés qui fréquentaient le bar. Jake avait rejoint le canapé, et attendait désormais de voir ce que l’Irlandais allait bien pouvoir faire ou suggérer. Se retrouver en tête-à-tête avec Wildcard offrait en général deux options : soit il jouait avec vous jusqu’à ce qu’il ne s’amuse plus, soit… soit il se lançait dans des activités bien plus intimes. Et c’est cette dernière possibilité qu’il avait en tête. Et qui semblait d’ailleurs se dessiner comme le choix…

Abban, désignant le t-shirt, évoqua des théières assorties. Jake eut l’image furtive d’une longue table nappée de blanc, sur laquelle se bousculaient de nombreux services à thé, ainsi qu’un loir, et autour de laquelle était assis un homme à chapeau, un lièvre et une petite fille blonde… Non, pas de théières assorties. Le dépareillé était bien plus intéressant. La tête de mort garda sa réponse, se contentant de hausser les épaules. Juste avant que le téléporteur ne se dématérialise, pour apparaître juste devant lui, penché sur le t-shirt. Jake n’avait même pas sursauté, son esprit encore voguant vers le thé de non-anniversaire… Abban supposa que le t-shirt correspondait à un style de musique en particulier, celui qui consistait à apposer des hurlements à s’en casser la voix sur des accords de guitare électrique. Et pas du Yvette Horner.

Oh, si tu savais… lâcha Jake, énigmatique.

Cela voulait-il dire qu’il écoutait du Yvette Horner ? Qu’il écoutait bien hard rock ou du métal ? Ou alors, qu’il avait d’autres goûts musicaux, bien plus surprenants ? Ou même, qu’il n’en avait pas du tout ? Mystère. Ils n’étaient pas là pour parler musique. Un jour, peut-être, Wildcard partagerait ce qui faisait de lui un mélomane, ou non. Mais c’était pour une autre fois. Car cette fois, Abban opta pour l’audace, celle de s’asseoir, à cheval sur Jake. Ce qui fit naître un petit sourire sur les lèvres marquées de dents… Le joueur se laissa ôter la pinte des mains et laissa celles du garçon se poser sur son torse. Quelque chose de plus constructif ? Le sourire s’élargit un peu plus. Un livre dont vous êtes le héros. Quelle drôle d’idée.

Les doigts de Jake glissèrent le long des cuisses, remontant, passant la ceinture pour se glisser sous le t-shirt d’Abban. La peau était douce… Il l’empoigna par la taille pour le rapprocher un peu plus de lui, et il se redressa pour que sa bouche approche de l’oreille de l’Irlandais. Il lui glissa quelques mots, dans un murmure :

Si j’écrivais un livre sur le désir, tu serais mon modèle.

Ses mains abandonnèrent le contact avec la peau pour s’employer à la révéler. Ainsi Abban se retrouva-t-il vite torse nu, blouson et t-shirt au sol. Le regard de Jake navigua ensuite sur tout ce qu’il pouvait découvrir. Abban était fin, délicat. Presque fragile d’apparence. Et pourtant, une certaine force se dégageait de lui, une certaine assurance. Ce qui le rendait, là, encore plus désirable. Les doigts de Wildcard reprirent contact avec la douceur de la peau, sur les hanches, la taille, le bas du dos, puis les pectoraux, les tétons, jusqu’aux épaules, à la gorge. Pas d’imperfection à l’œil, ni au toucher.

Il était une fois, un ange-démon un peu insouciant, un peu innocent, mais très audacieux, qui cherchait à se faire une place dans un milieu très particulier. Un jour, il rencontra Wildcard, membre du Cartel Rouge, leader du Gang des Fables, adepte des contes de fée et toujours prêt à de nouvelles expériences… Ensemble, ils entreprirent d’écrire une histoire bâtie sur le désir…

Le ton avait été celui d’un narrateur tout ce qu’il y a de plus banal, sans vraiment d’intonation. Sur ce, Jake empoigna de nouveau Abban par la taille, pour le faire basculer sur le canapé, à côté de lui, et se retrouver, cette fois, au-dessus de lui. Il se pencha jusqu’à ce que leurs visages soient proches, très proches, suffisamment pour qu’il lui attrape la lèvre entre les dents, et tire. Sans violence. Avec douceur.

Mais qu’en était-il du désir vis-à-vis d’une tête de mort ? reprit-il, sur le même ton.

Et il resta là, interrogateur, se maintenant de la main droite, l’autre posée sur le torse d’Abban, et glissant lentement vers son ventre…

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mer 16 Oct - 18:43 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 17 Oct - 14:07 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 17 Oct - 18:59 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 17 Oct - 21:24 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 17 Oct - 22:21 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Revenir en haut Aller en bas



Comment se faire un ami avec un Glock 39 (Jake Walker)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» Comment peindre vite et bien avec de la lasure
» Comment fêter son code avec sa meilleure amie...
» Comment se faire des ennemis avec une fourchette à dessert (Jake W.)
» comment faire un légendaire stratégique ?
» Conseils pour créer une skin avec pixia[tutorial]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-