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Une pierre, deux mondes (Chase NG)

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Message posté : Mar 8 Oct - 15:27 Message
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    Mercredi 9 octobre

    Rien n’allait plus dans l’univers. Les étoiles s’étaient alignées comme elles le faisaient tout les dix milles ans produisant un effet esthétique des plus inédits, esthétiques et fascinants d’un point de vue astronomique. Bien évidemment, la population de base profitait de cet évènement cosmique pour donner lieu à des rendez-vous amoureux passés à observer les étoiles tandis que les mains se faisaient baladeuses. Pour d’autre, c’était un signe du destin, il fallait donc s’empresser de faire le plein de jeux à gratter, surtout ceux qui ont pour thème l’astrologie. D’ailleurs, en parlant d’astrologie, ceux qui s’y connaissaient un peu ou qui écoutaient un minimum les informations télévisées savaient qu’il s’agissait de la constellation des Gémeaux qui faisait des siennes... Ou plutôt qui avait opté pour une position qui offrait à la Terre un point de vue sublime.

    C’était pourquoi Tesla avait passé sa semaine les yeux collés à un télescope, qu’il appartienne à l’UNISON ou au Bigsby Building. Entre ses observations, les images satellites qu’elle recevait, les comptes rendus des observations d’autres scientifiques, la jeune femme avait un peu mis son travail pour l’UNISON de côté, se concentrant sur cette unique manifestation. Cela dit, dimanche, Tess avait vu quelque chose qui lui permettait d’obtenir l’aval de l’organisation : quelque chose  bougeait en plein milieu de la constellation. Il était impossible de visualiser quel était cet objet, mais cela semblait bien trop petit pour être un vaisseau. Malheureusement, ce n’était pas assez urgent pour faire apprêter une navette en express. De ce fait, une Tesla des plus frustrées gardait un œil constant sur ses appareils de visualisation. Et heureusement, il en fallait des sacrément sophistiqués pour voir cet incroyable phénomène, autrement, bonjour la panique. Et ce fut mercredi soir, après 23 heures, que l’astre décida de rendre la chose assez importante pour foncer dans l’espace. Sauf que maintenant, ce n’était plus utile de quitter la planète car ce qui remuait au milieu de la constellation venait de foncer sur la Terre comme une météorite. Et devinez dans quelle région du monde l’OVNI avait décidé de se rendre ? A quelques kilomètres à peine de Star City.  

    Donc ce phénomène cosmique quasi unique se manifesta relativement tard un samedi soir. Bien évidemment, Tess était dans son laboratoire personnel. Oui chez elle, parce que tout de même, elle ne pouvait pas se permettre d’occuper les labos de l’UNISON tout le temps, certains là-bas pensaient quelle faisait de cette histoire une obsession. Enfin si, elle pourrait, mais pas sans être importunée pour des broutilles. Or quand elle avait quelque chose en tête, il valait mieux ne pas essayer de l’en détourner. Elle sirotait une tisane en regardant et re regardant les images qu’on lui avait transmises de la constellation et provenant de divers appareils et organismes au moins tout aussi excités qu’elle. Quand elle vit que l’objet en mouvement s’était mis à foncer sur la Terre, elle n’en crut d’abord pas ses yeux... Mais lorsque les images montrèrent que l’OVNI allait peut-être plus vite que tous les véhicules spatiaux construits par l’homme, elle se décida à réagir. D’abord elle fit les calculs nécessaires afin de découvrir le périmètre dans lequel se situerait la zone de crash ou d’atterrissage. Une fois la zone révélée, l’intrépide scientifique fonça en direction d’une fenêtre, attrapa un appareil qui lui permettrait d’évaluer les niveaux de radiations qui pourraient potentiellement émaner de la « météorite », puis s’élança dans les airs pour rejoindre le lieu du crash qui était assez près pour qu’elle puisse l’atteindre par elle-même.  

    En chemin, elle se dépêcha de prendre son téléphone et de contacter les personnes qu’elle devait contacter ; en tête : son secrétaire : Oscar Vickers, en seconde position, les grosses têtes de l’UNISON, mais juste deux histoire de leur laisser le plaisir de se contacter mutuellement pour se transmettre la même information. De toute façon, Oscar devait se charger de contacter tous ceux qui devaient être contactés : notamment la petite équipe de « réception » que Tesla avait montée au cas où. La prévoyance était une vertu. Il faudrait un peu de temps pour que ce soutient logistique arrive (accompagné par une petite unité d’agents chargés d’établir un périmètre de sécurité. Une fois ces mesures prises, Tess raccrocha afin de se consacrer à son trajet, mais elle fut bien vite recontactée par son assistant.


    – Docteur Tesla, l’OVNI a finit sa course et a percuté un champ. Je charge l’image satellite dès que celle-ci est claire.
    – Comment est-ce possible ? D’après mes calculs, j’aurais dû arriver à temps dans la zone ciblée avant le crash.
    – La vitesse de l’objet n’a pas cessé d’accéléré. Je voulais vous le dire, mais j’ai été contacté par l’équipe de réception. Le temps de vous rappeler, l’objet s’était déjà...  

    Pour une raison qui échappait à Tesla, Oscar s’était arrêté dans son discours, ce qui était tout à fait remarquable car la diction de cet homme était habituellement fluide et linéaire. Quelque chose n’allait pas.

    – Agent Vickers ? Que se passe-t-il ?
    – J’ai une image de la zone de crash... il y a un véhicule situé juste à côté de ce qui semble être le cratère. Peut-être devriez-vous attendre les renforts.
    – Non j’y vais quand même, si ce sont des civils et s’il y a des radiations nocives, il faut que quelqu’un les mettent hors de portée. Mais Tesla ne pensait pas qu’il s’agissait de simples civils, avec ce genre de phénomène, la scientifique ne croyait pas aux coïncidences. Ceux qui étaient sur place avaient forcément des informations qu’elle, que l’UNISON ne possédaient pas, ce qui n’était pas très rassurant. – Vous arrivez à distinguer les occupants du véhicule ?
    – Non, ils ne sont pas encore sortis de... Docteur ? J’ai perdu l’image. Il semble qu’il y ait des perturbations dans les communications satellites. Je vais essayer d’en trouver l’origine.

    Aussitôt dit, aussitôt commencé. Oscar ne perdit pas son temps et raccrocha afin de se mettre au travail. Cela faisait partie des choses que Tesla aimait chez lui, il était pragmatique, peut-être même plus qu’elle. Quant aux raisons expliquant cette défaillance, il pouvait y en avoir plusieurs... L’OVNI lui-même pourrait en être responsable. Sans parler des individus présents sur les lieux ou encore les organisations qui désiraient fortement garder pour elles la découverte de cette météorite. Et il pouvait y en avoir plusieurs... Tout en faisant défiler dans son esprit les explications possibles aux multiples problèmes et interrogations qui s’offraient à elle, Tesla fonçait dans le ciel, se rapprochant de plus en plus des lieux du crash. Il ne lui faudrait que quelques minutes pour y arriver, mais il en faudrait encore une dizaine avant de voir les forces de l’UNISON se déployer sur place. La scientifique se préparait au pire afin de pouvoir gérer le pire.

    Le champ, au même moment

    Le cratère formé par l’objet stellaire faisait la moitié d’un terrain de basket en largeur et il était à peine assez profond pour qu’on puisse y mettre une maison. C’était ridiculement petit étant donné la vitesse de déplacement du projectile. L’objet en question se trouvait au centre, molletonné dans la terre, c’était une pierre d’une drôle de forme : deux sphères d’un bleu très clair, un peu moins grandes qu’une boule de bowling, étaient collées l’une à l’autre. Chacune semblait être faite d’un verre bleuté qui renfermait en son cœur une lumière scintillante. L’objet n’émettait aucune radiation mortelle ou mutante, mais il était entouré d’une aura qu’on pourrait qualifier de mystique. Pourtant, ce n’était pas là sa nature, même si certains adeptes des forces magiques ont peut-être eut vent de son arriver.
    Pendant ce temps, sur le bord du cratère, du côté de la route en terre qui permettait de se déplacer au milieu du champ, la voiture qui était stationnée fut animée d’un mouvement : son ou ses occupants remuaient à l’intérieur. Et presque aussitôt, la portière du conducteur s’ouvrit, laissant sortir un pied... puis un autre.  

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Message posté : Mar 8 Oct - 18:45 Message
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L’alignement des étoiles avait été une bénédiction pour Chase : Tesla était beaucoup trop occupée à regarder par ses télescopes pour lui faire la morale. Le mentaliste était beaucoup trop positiviste pour voir dans la concordance de ce phénomène astrologique remarquable et de son départ du Bigsby Building un signe de Dieu, mais il était tout de même ravi qu’au moins l’une des membres de sa fratrie fût absorbée par autre chose que l’endroit où il vivait. Et ses retards au travail. Et son air bêtement heureux quand il répondait à des messages en plein milieu de la journée.

Maxime, en revanche, était très contrarié. Pour lui, Chase restait le petit Chase, le gamin avec de bonnes joues qui couraient dans tous les sens. Il avait déjà du mal à se faire à l’idée que le petit Chase pût se faire tripoter par de grands bonhommes aux mains velues dans des bars douteux, alors n’allez pas lui demander d’imaginer que le petit Chase pouvait couler une vie heureuse et lubrique auprès d’un cambrioleur tatoué et piercé. Il ignorait tout de Lukaz, certes, mais il ne pouvait s’empêcher de s’imaginer le pire.

Alors ce matin-là, il l’avait convoqué dans son bureau, il l’avait regardé droit dans les yeux et il lui avait demandé gravement ce qui se passait dans son existence. À force de réponses vagues et d’assurances de parfaite et complète santé, Chase était tout de même parvenu à le dissuader de poser de plus amples questions et, surtout, c’était le plus important, à l’empêcher de se lancer dans le discours très Neutron-Grey sur la famille, le caractère symbolique du Bigsby Building, la nécessité de rester unis devant l’adversité, etc.

Dans les réponses du mentaliste, il avait cependant filtré quelque chose de son insatisfaction à l’égard des missions qu’on lui confiait le plus souvent, c’est-à-dire du travail en laboratoire, de sorte que, dans l’espoir d’amadouer son frère cadet décidément de plus en plus difficile à satisfaire, Maxime l’avait affecté à un cas pratique en solo, comme un grand : de mystérieux visiteurs s’étaient introduits dans certaines bases de données de l’UNISON, notamment les fichiers qui concernaient la surveillance orbitale. Les données avaient été protégées mais on aurait bien aimé remonter jusqu’à la source.

Après s’être étonné de ne pas avoir été mis au courant, Chase s’était mis à la tâche. Remonter jusqu’à un petit cybercafé, non loin des quartiers généraux de l’organisation, n’avait pas été difficile. C’était à ce moment-là que les choses s’étaient compliquées. À proprement parler, elles n’étaient pas devenues plus intéressantes. Simplement, le cybercafé était très fréquenté, il y avait beaucoup de clients, on ne pouvait pas escompter du patron qu’il se souvînt de qui était venu tel jour à telle heure.

Heureusement, il gardait une trace de ses clients.

— Vous plaisantez ?

Chase fixa le volumineux livre de signatures que l’homme venait de poser sur le comptoir et d’où s’échappaient les morceaux de feuilles qu’on avait collés au bas de certaines pages quand, les jours de grande affluence, il n’y avait plus eu de place pour signer à l’endroit approprié. De l’autre côté du comptoir, le gérant se gratta la tête et concéda :

— Il faudrait le numériser, c’est sûr.
— Un peu, oui, vous gérez un cybercafé.

L’homme haussa les épaules, visiblement peu affecté par le cruel paradoxe que constituait la rencontre, dans un même lieu, d’une dizaine d’ordinateurs et d’un registre aussi primitif. Avec un soupir, Chase embarqua le volume pour s’installer à une petite table et se mit à l’éplucher consciencieusement. La chose lui prit beaucoup plus du temps qu’il ne l’avait d’abord supposé : la reliure n’était pas très solide et l’on avait glissé certains jours au milieu de semaines auxquelles ils n’appartenaient pas.

Mais Chase parvint à retrouver le nom de l’utilisateur et un sourire passa sur ses lèvres. C’était un pseudonyme, évidemment, mais un pseudonyme qui lui était très familier : l’un de ses acolytes hackeurs avaient donc cru bon de s’introduire dans les bases de données de l’UNISON et le jeune homme était persuadé, connaissant celui-là comme il le connaissait, qu’il n’allait pas manquer de se vanter de ses exploits. Il suffisait de flatter un peu sa vanité.

L’informaticien se connecta sur Skype, alterna louanges et doutes, fit le sceptique, fit tant et si bien, en somme, que le hackeur accepta un rendez-vous très secret dans un parking, exactement comme les films d’espionnage, si Chase s’engageait, une fois les preuves en main, à vanter tous ses mérites sur les forums de la communauté. Quelques heures plus tard, le mentaliste sondait sans retenue l’esprit de son homologue à la recherche de ceux qui l’avaient engagés.

Ce fut au terme de cette fastidieuse enquête préliminaire que Chase se retrouva couché, en tenue de camouflage, dans les sous-bois, les jumelles devant les yeux. Il avait affaire, s’il avait bien compris, à un groupe d’illuminés aux idées un peu étranges, persuadés que les phénomènes astronomiques apportaient sur Terre leur lot de découvertes mystiques essentielles, une sorte de secte, en somme, qui opérait dans le plus secret pour rassembler des artefacts extraterrestres et les entreposer quelque part.

Chase avait passé le plus clair de son après-midi à fréquenter des bars douteux tapissés d’affiches de Stargate SG-1 où, sous le regard hiératique du Primat d’Apophis devenu renégat, une population bigarrée discutait à voix basse des prochaines actions du Conclave Céleste. Ce soir-là, avait appris Chase, moitié par les conversations, moitié par les pensées, le Conclave Céleste se déploierait dans une clairière où, c’était infaillible, les Orbes de Gemini ne manqueraient pas d’apparaître. Fabuleux.

Le mentaliste n’en avait pas appris beaucoup plus sur le Conclave. Les bases de données de l’UNISON ne disaient rien de lui, mais ce n’était pas tout à fait étonnant : le monde ne manquait pas d’associations de tarés adeptes des noms pompeux. Le Conclave avait eu les moyens de se payer l’un des meilleurs hackeurs de la ville, mais après tout, il y avait des tarés très riches. Allongé dans les sous-bois, donc, Chase ne s’attendait pas particulièrement à voir apparaître les orbes qui que ce fût.

Une voiture ne tarda pas à s’arrêter. Personne n’en descendit. Choix judicieux puisque, cinq minutes plus tard, une météorite percutait modestement la planète pour former un petit cratère et répandre une onde de choc autour d’elle. Chase eut à peine le temps de se réfugier derrière un tronc d’arbre pour éviter la vague de poussières brûlantes, de brindilles et d’aiguilles qui traversa les premiers mètres des sous-bois. Puis le calme revint.

Il tendit l’oreille. Le murmure animal de la forêt s’était éteint autour de lui. La nature guettait. Le bruit d’une porte de voiture rouillée se fit entendre, puis des pas et, enfin, des voix. Chase roula à nouveau sur le ventre, reprit ses jumelles et observa deux hommes qui descendaient dans le cratère, peu préoccupées, de toute évidence, par les dangers éventuels qu’ils pouvaient courir. Le mentaliste ne parvenait plus à les étendre, mais il se glissa dans leurs esprits pour percevoir, par leurs propres sens, la conversation qu’il tenait — et l’étrange objet qu’ils observaient.

L’un des deux hommes était de petite taille et il devait avoir près de cinquante ans. Chauve, le front plissé, d’épais sourcils noirs, il contemplait l’objet d’un air très sérieux. L’autre, beaucoup plus grand et assez jeune, avec un visage taillé à la serpe, cachait à grande peine son excitation. Il jubilait.

— Vous vous rendez compte, Maître, vous vous rendez compte ? C’est ça, ce sont les Orbes, c’est la première fois que je vois une Prophétie se réaliser.
— Patience, mon très jeune Apprenti. Il pourrait bien y avoir de mauvaises surprises.

L’Apprenti haussa les épaules.

— Nous sommes seuls. Prenons les Orbes et partons avant que l’UNISON ne débarque, et le tour sera joué.
— Je ne voudrais pas commettre d’impair. Les instructions que nous avons quant à la manipulation des orbes ne sont pas très précises.
— Mais enfin, qu’est-ce qui pourrait bien arriver ? Si la Prophétie a prévu que…
— La Prophétie, la Prophétie, tu n’as que ce mot-là à la bouche ! Il te reste encore beaucoup à apprendre.

Et les deux Disciples du Conclave Céleste restaient debout, les bras croisés, au milieu du cratère, à considérer d’un air méditatif les Orbes de Gemini.
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Message posté : Ven 11 Oct - 10:36 Message
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    – Docteur Neutron-Grey ? Nous avons un problème, je viens de jeter un œil aux dernières images transmises par le satellite, il semble qu’une tempête non prévue par les météorologues ait commencé à se rapprocher suite à la collision...  
    – On peut en déduire que les deux évènements sont liés.
    – Oui mais... j’ai découvert que le bug de transmission d’images n’avait rien à voir avec la moindre perturbation électromagnétique...  Mon diagnostique, m’indique une erreur humaine.
    – Donc soit du côté de l’UNISON, soit...
    – Je suis sur le coup... Vous pouvez vous concentrer sur l’OVNI, Dr Neutron-Grey.
    – Mettez une équipe d’investigation sur le coup afin d’aller sur les lieux.
    – Je doute que l’UNISON accepte de...
    – Sullivan et Jenkins feront l’affaire. Vous garderez le contact permanent avec eux. Protocole 2.1.
    – Entendu.

    Tesla et Oscar coupèrent leur communication en même temps. La scientifique n’ayant à sa disposition que son téléphone portable, elle ne pouvait pas se permettre de gaspiller la batterie dans une communication superficielle. Elle avait confiance en ces hommes et surtout au sang froid analytique de Vickers pour gérer l’affaire au niveau institutionnel, même si cette histoire de responsabilité humaine ne la rassurait pas... Et que ni Jenkins ni Sullivan n’était réellement qualifié pour réaliser une telle enquête, quoique... pour Sullivan, rien n’était vraiment certain. Mais là, tout de suite, elle avait d’autres priorités : se rendre sur les lieux du crash pour sécuriser la zone... d’abord en vérifiant qu’il n’y ait pas de diffusion de radiations mortelles. Cette mission en elle-même n’avait rien d’évident surtout que l’agent de l’UNISON n’avait pas eut le temps de s’équiper convenablement, à part son capteur de relevés. Habillée en civil avec son jean, son pullover et sa veste, elle ne pourrait même pas compter sur son insigne pour s’imposer. Heureusement qu’elle avait une certaine réputation et surtout des capacités qui pourraient l’aider à s’affirmer. Pour une fois, la célébrité du nom Neutron-Grey pourrait lui servir. Cependant, elle n’était pas encore arrivée, d’après ses calculs, il ne lui restait que quelques centaines de mètres à parcourir avant sa destination quand son téléphone sonna une nouvelle fois.

    – Monsieur Vickers, vous êtes extraordinairement bavard ce soir.  
    – Je viens juste de vérifier quelque chose concernant la zone du crash, un détail que je n’ai pas analysé sur le coup, un...
    – Les faits, Oscar, s’il vous plaît.
    – Un agent de l’UNISON est sur le terrain.  
    – Des renforts, parfait ! Pouvez-vous le prévenir de mon arrivée.  
    – C’est votre frère.
    – Non, Maxime passe la soirée avec Helena.
    – Docteur Neutron-Grey, votre autre frère.
    – Ooh...

    Forcément, il était impossible d’aborder un problème issu des Gémeaux sans passer par la case familiale. Tess décida de modifier sa stratégie d’approche et en fit part à son assistant qui n’allait pas tarder à contacter Chase afin de le prévenir et de lui demander de contacter Tesla par télépathie lorsqu’il sentira son esprit arriver à portée de son pouvoir. Simple comme bonjour pour un télépathe de la trempe de Mentalis. Même si la nouvelle de la présence de son cadet fit naître en Tess la peur instinctive et protectrice due aux liens familiaux, elle rassura également son esprit logique qui s’était empressé d’inclure le mentaliste dans l’équation de l’opération, augmentant ainsi drastiquement les chances de réussite.

    Pour sa part, la jeune femme modifia également sa propre approche, préférant attendre que son frère prenne contact avec elle avant d’agir. Après tout, s’il était sur les lieux, c’était qu’il avait ses raisons, sa mission. Et elle ne voulait pas lui mettre des bâtons dans les roues, sachant surtout qu’il tenait vraiment à son indépendance professionnelle. Avec tout autre agent – ou presque – la jeune femme aurait fait passer les intérêts de la science en premier, mais avec Chase... elle saurait se montrer conciliante. De son point de vue largement panoramique, Tess parvint à trouver le cratère, finalement elle pouvait remercier les phares du véhicule suspect d’éclairer le cratère. La scientifique volante s’approcha le plus possible tout en s’assurant de ne pas être repérée. Flottant à plusieurs dizaines de mètres au dessus de la zone cible, Tesla jeta un œil à son capteur qui indiquait que le taux de radiation était inoffensif, cela dit, l’appareil captait bien une source d’énergie électromagnétique, mais la stabilité des relevés semblait indiquer qu’elle était inactive... tel un volcan gardant sa lave au chaud.

    Au sol, les deux illuminés issus d’une secte céleste commençaient à perdre patience. Le jeune padawan fit par de ses craintes à son maître Yoda.
    – Maître, le temps joue contre nous. Il faut agir, nous ne pouvons pas laisser les orbes...
    – « car deux frères ont fait tomber leur héritage, deux frères doivent l’élever... » la traduction n’est pas fiable cependant, certains termes pourraient être inexacts voire totalement erronés...  
    – Ca veut dire que deux frères doivent les manipuler. Un par orbe j’imagine...
    – Oui, j’imagine... cela semble le plus logique. Mais tu a raison, nous devons agir, autrement notre destinée nous sera arrachée par des incultes.  

    Après un hochement de tête révérencieux, les deux hommes entreprirent de descendre dans le cratère afin d’arracher l’objet de leur désir de son socle terreux.

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Message posté : Ven 11 Oct - 11:27 Message
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Pourquoi est-ce qu’il ne tombait jamais sur des gens décidés à voler des objets hautement technologiques, hein, je vous le demande un peu ? Pourquoi, lui, l’informaticien, il tombait toujours sur des artefacts anciens, des prophéties, des dimensions parallèles, des fantômes, des revenants et, bientôt, allez savoir, pourquoi pas un clown fou manipulé par une déesse sadique venue d’un royaume psychique dans lequel on pénétrait grâce à des clés magiques ? C’était décidément très injuste.

Dans sa poche, son téléphone vibra. Chase le sortit, jeta un coup d’œil à l’écran et le mot « Laboratoire » le convainquit de décrocher.

— Oscar ? Écoute, là, je suis un peu pris, en fait, et…
— Vous êtes bien sur la zone du crash de la météorite ?

Chase ne fut pas surpris outre mesure. Comme souvent les agents de l’UNISON en mission, il portait la balise GPS qui permettait de le localiser en cas de besoin ou, dans les scénarios les plus sinistres, de retrouver son corps, de l’identifier et de le remettre à sa famille. Il confirma pour la forme et Oscar l’informa de l’arrivée prochaine de Tesla. Chase leva les yeux au ciel, non d’exaspération, mais pour tenter d’apercevoir sa sœur planante. Après avoir confirmé l’information reçue, il rangea son téléphone et laissa son esprit, bien plus efficace que ses yeux, partir à la recherche de cette présence plus que familière.

Il n’eut aucun mal à le repérer qui approchait. Dire que Lukaz avait promis de le faire voler, un jour. Ils pourraient faire des courses avec Tesla. Dès qu’il aurait dit à sa sœur qu’il avait emménagé avec son petit ami mutant, bien entendu. Chaque chose en son temps. Supposant que Tesla avait été avertie de sa présence aussi bien que lui de la sienne, il glissa dans l’esprit de sa sœur, habituée de longue date à converser télépathiquement avec lui et douée d’assez de ressources intellectuelles pour que ces conversations ne fussent pas, pour elle, de dangereuses distractions :

* Bonsoir, docteur. Ravi que tu te joignes à nous. Voilà la situation : tu traques l’OVNI, moi je traque les deux types près du cratère. Ils sont membres d’une sorte de secte soupçonnée d’avoir pénétré les bases de données de l’UNISON. La secte s’appelle le Conclave Céleste et l’on ne peut pas dire que ce soit un groupe de premier plan. Du coup, les informations manquent. Le plus vieux dirige le duo. Ils veulent récupérer ton OVNI, qui est apparemment un objet mystique ou extraterrestre, qu’ils appellent les Orbes. Il y a une prophétie et un problème avec la prophétie.*

Pour l’heure, il n’avait rien de plus précis. Il continue à surveiller télépathiquement les deux compères autour du cratère, mais ils étaient perdus dans d’interminables discussions exégétiques autour du texte de leur fameuse prophétie qui, aux yeux de Chase, n’avait pas beaucoup de sens, comme toutes les prophéties. La raison qui pouvait pousser quiconque à produire des recommandations aussi sibyllines échappait complètement à son esprit méthodique de Neutron-Grey.

Il semblait néanmoins que le Disciple partageait son impatience. Aussitôt que les deux hommes prirent la décision de finalement s’emparer des orbes, Chase pensa à Tesla :

* Ils bougent. On ferait mieux de les cueillir maintenant, Dieu sait ce que les orbes sont censées faire. *

S’ils les laissaient s’emparer de l’objet céleste et que l’objet céleste en question s’avérait être une arme de destruction massive, ils auraient l’air bien malin, les deux Neutron-Grey. Chase sortit donc de ses fourrés et courut aussi rapidement et aussi discrètement que possible vers le cratère. De toute façon, les deux hommes étaient bien trop absorbés par leur approche prudente et méticuleuse des Orbes pour prêter attention à ce qui pouvait bien se passer autour d’eux.

Arrivés près du promontoire de terre, Disciple tendit la main vers les Orbes. Et s’arrêta net.

— Eh bien, quoi ? Prends-les et ramenons-les en sécurité.

Mais Disciple ne bougeait plus d’un cil, incapable d’avoir d’autre volonté que celle de rester rigidement fixé dans sa posture actuelle. Du haut du cratère, la voix de Chase se fit entendre.

— Agents Neutron-Grey, UNISON. On ne bouge plus.

Un rayon d’énergie brute sortit aussitôt des yeux de Maître pour exploser aux pieds de Chase, défonçant le bord du cratère sur lequel l’agent se tenait et l’envoyant rouler, tête la première jusqu’aux Orbes. Sous la surprise, Chase n’eut même pas le temps de se reprocher de ne pas avoir sondé plus avant les capacités des deux hommes, ni la présence d’esprit de maintenir son contrôle sur la volonté de Disciple.

Les yeux laser de Maître se concentraient désormais sur Tesla, apparemment beaucoup plus dangereuse que Chase. Chase, lui, se redressait péniblement. Juste à temps pour voir Disciple reprendre le contrôle et tendre pour de bon les mains vers les Orbes. Chase leva l’une des siennes et un choc d’énergie télékinétique projeta disciple contre le bord du cratère. Ni une, ni deux, le Neutron-Grey attrapa l’une des Orbes pour la tirer vers lui, emportant l’autre dans le même mouvement, qui était indissociablement liée à la première.

Il s’assura que Disciple était bel et bien assommé, avant de faire volte-face vers Maître. Tesla n’avait eu aucune difficulté, apparemment, à le maîtriser. Les membres du Conclave avaient des ressources, mais ces deux-là n’étaient pas de taille à lutter contre les représentants de la puissante dynastie Neutron-Grey.

Chase épousseta son pantalon plein de terre avant de montrer les orbes à Tesla.

— Tout ça pour ça. C’est esthétique, je ne dis pas, mais enfin…

Alors qu’il prononçait ces mots, comme il s’était approché de Tesla, la lumière des orbes devint beaucoup plus vive, les enveloppa tous les deux, enveloppa Maître et Disciple, enveloppa le cratère puis se résorba brusquement. Ils avaient tous les quatre disparus, laissant derrière eux un trou béant et fumant au milieu de la clairière.

***

Chase éructa bruyamment.

— Charmant.

L’homme haussa les épaules, avant d’engloutir sa bière. Il avait eu une longue journée de travail, au garage, puis une longue soirée à la salle de musculation, et il n’était guère d’humeur à entendre les jérémiades de Jenny. Pour calmer cette femelle peu docile, comme il ne connaissait pas vraiment d’autres moyens, il l’attrapa par le bas du dos et l’attira contre lui. La pulpeuse blonde se fendit d’un sourire ravit.

— Comme il est méchant, mon gros tigre, ce soir !
— Tu veux essayer de le dompter, mon gros tigre, hein ? Tu  veux ?

Jenny poussa un soupir à la fois très suggestif et très vulgaire, avant de se détacher de lui et d’enlever son haut. Chase ouvrit sa ceinture, descendit sa braguette et fut enveloppé d’une lumière opale.

— AAAAAH !

Fut le cri spontané de Chase Neutron-Grey, le mentaliste surpuissant qui aimait quand son petit ami le saisissait par les hanches pour lui faire l’amour, quand il se retrouva nez à tétons avec l’opulente poitrine de Jenny.

— Qu’est-ce-c’est-que-ça…
— Loulou ?

Chase chercha frénétiquement sa sœur du regard.

— Tesla ? TESLA ?
— Elle doit être au bar, tu sais. Qu’est-ce qu’il y a ? J’te plais plus ?

Chase étendit son esprit. Jusqu’à Jenny. Malgré ses efforts, privé de ses gènes mutants, contraint de se rabattre sur ses seules facultés psi, le Neutron-Grey n’apercevait que schématiquement cette conscience à deux pas de lui. Son cœur se mit à battre à la chamade, tandis qu’il n’était toujours pas rhabillé. Un peu déçue de ne pas voir finalement le gros tigre, Jenny renfila son chemisier.

D’un air suspicieux, elle interrogea :

— Tu prends de la dope, maintenant ?
— Quoi ? Non…
— Tu sais ce qu’a dit le Révérend Abban, l’autre jour, au sermon. Il faut vaincre ses démons pour mener une vie vertueuse.

Chase avait la curieuse impression de ne comprendre que la moitié de ce que lui racontait cette femme, avec ses horribles attributs. Ses perceptions psychologiques surnaturelles étaient réduites à leur plus simple expression et rendaient la situation un peu opaque pour celui qui avait été habitué depuis plus de dix ans à lire entre les lignes des esprits. Découvrir qu’il n’avait pas perdu toutes ses facultés étaient à vrai dire une maigre consolation.

Au moins lui restait-il l’intelligence qu’il ne devait pas à un pouvoir.

— Où sont les Orbes ?

Le sourire de Jenny s’épanouit et elle commença à se malaxer la poitrine avec beaucoup de conviction.

— Tu veux mordre dans mes orbes, mon gros tigre ?

Chase avait envie de pleurer.
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Message posté : Sam 12 Oct - 11:06 Message
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    Ce qu’il y avait de bien avec Chase, c’était son pragmatisme. Pour quelqu’un doté de tels pouvoirs, Tess jugeait qu’il s’agissait d’une excellente qualité. A peine arrivée, il lui expliqua la situation, sa mission et à qui ils avaient affaire, à quoi également, même si la définition qu’il donna des objets célestes n’était pas très claire pour la scientifique. Une prophétie ? Il ne manquait plus que ça. Avec un peu de chance, cela n’aurait pas de rapport avec la magie ou une autre « science » - si on pouvait appeler cela ainsi – non enseignée au HIT (une bonne base en la matière). La prophétie aurait pu être écrite par une race ancienne et avancée dont la technologie ou encore les capacités psychiques permettaient une vision du futur. Beaucoup de si, beaucoup de cheveux tirés, mais c’était la théorie que la jeune femme espérait de tout cœur. Et sachant que la météorite venait des étoiles, cela semblait envisageable.

    Située en hauteur, Tesla attendit le signal de son frère pour intervenir. Après avoir rangé son capteur de poche, elle descendit de manière à être vue et s’annonça comme le fit Chase, leurs voix autoritaires se mêlèrent alors afin d’imposer leur loi. Mais bien évidemment, les choses ne se déroulèrent pas comme prévues (après tout, en cette belle soirée, les étoiles avaient décidés de quitter leur socle). Chase fut occupé par un jet d’énergie provenant des yeux du « Maître ». Aussitôt, Tess attaqua celui-ci à l’aide d’un projectile en forme de ballon lancé à toute vitesse, mais l’œil de laser de sa cible se tourna vers elle et percuta son attaque et la dévia. Mais Tess avait un autre plan, elle fonça vers le sol et atterrit derrière l’ennemi pour le mettre au sol à l’aide d’une prise de combat, en lui collant le visage vers la terre pour éviter les mauvaises surprises. Chase de son côté avait maîtrisé l’apprenti et avait mit la main sur les orbes. Pendant un instant, la victoire s’afficha sur le visage de la jeune femme ce qui ne l’empêcha pas de rester la scientifique rigoureuse qu’elle était.  


    – Fais bien attention avec...

    Mais elle fut interrompue par un bip sonore qui provenait de sa poche, de son capteur. Sans même sortir son appareil, Tesla posa immédiatement son regard sur les orbes que tenait Chase, il lui semblait qu’ils se détachaient tout en émettant une lumière de plus en plus forte. Et sans qu’aucun Neutron-Grey n’ait pu faire quoique ce soit, ils étaient tous enveloppés dans une lumière qui les aveuglât.

    ***

    – Tu vas me rendre mon fric ET QUE CA SAUTE !
    – Désolée mon chou, mais tu connaissais les règles. T’as parié. T’as perdu. Fais le calcul.

    Dans une ruelle sombre, Tesla brandissait un revolver pour tenir en joue un jeune homme au visage rouge de colère et de boutons. Vêtue d’une minijupe et d’un T-shirt moulant, la jeune femme n’avait rien de menaçant, mais son arme et son regard froid et dur en disaient bien assez pour rendre sa menace sérieuse.

    – Vous croyez que vous allez vous en tirer longtemps vous les Neutron-Grey ? Une famille aussi pourrie ne va pas faire long feu je te préviens.
    – Nianiania...  

    Sur cette répartie riche en syntaxe, la cible de Tess cracha par terre avant de faire demi tour pour quitter la ruelle et retourner à ses petites affaires. Mais au même moment, une lumière vive émana du corps de Tesla avant de repartir comme elle était venue, laissant une jeune femme interloquée qui baissa son arme.

    – Que... Chase ?

    Il n’en fallut pas plus pour que son opposant se jette sur elle et fasse tomber son arme par terre tout en plaquant le corps de la serveuse au sol. Tess avait beau s’écrier et donner l’ordre qu’on la lâche, son ravisseur n’en faisait rien, profitant d’une confusion bénite pour maîtriser cette femme qu’il savait inoffensive une fois séparée de toute arme.

    – T’aurais dû attendre que je me casse avant de baisser ta garde, maintenant, tu vas payer trèèèès cher.

    Sur ces mots pour le moins fort déplaisants, il plongea le visage dans la chevelure blonde de sa victime pour la renifler de façon bestiale plus qu’écœurante. C’en était trop pour Tesla qui cessa immédiatement de raisonner. Elle réussi à libérer un bras (qui ne semblait pas menaçant pour son agresseur) et s’en servit pour donner un magnifique coup de coude dans l’œil du malotru. La douleur de ce dernier le fit perdre son équilibre et elle en profita pour se relever. En dépit de sa vision relativement entravée, lui aussi se remit sur les pieds, mais il aurait mieux fait de rester à terre. Tess l’accueillit avec un coup de pied dans les bijoux de famille et enchaîna en un éclair avec un coup de paume qui brisa le nez de son adversaire. Celui-ci resta au sol à essayer de gérer sa douleur.

    Sur cette conclusion mouvementée, une porte située près des poubelles s’ouvrit et laissa sortir une... Victoria complètement inédite. La petite soeur de Tesla était déguisée en gothique, avec tous les piercings et les tatouages qui allaient avec ainsi qu’une mèche colorée en rouge. Pourtant c’était impossible. Elle l’avait vue ce matin même au petit déjeuner. Elle n’avait pas de tatouage, pas de piercing et pas de teinture.

    – Victoria ?!
    – Qu’est-ce que tu fous ? Mat’ t’attends, ça fait dix minutes qu’il réclame son gin...
    – Quoi ?

    Victoria posa le regard sur la loque que Tesla avait fraîchement maîtrisée. D’un air indifférent, la cadette de la fratrie Neutron-Grey commenta le spectacle.

    – Qu’est-ce qu’il te veut Ralphy encore ?  

    Tess se tourna immédiatement vers celui qu’elle venait de castrer et demanda d’un air outré et étonné.

    – Ralf ?! Chambers ?!

    Pour toute réponse, elle eut droit à un gémissement à peine audible. Victoria quant à elle en fut bien amusée.

    – Tu l’as bien maté cette fois, allez viens, faut pas faire attendre ton mec. Elle s’approcha de Tess et l’entoura d’un bras avant de la traîner vers le bâtiment d’où elle venait, sa grande sœur semblait en état de choc et n’arrivait pas à refermer la bouche, mais cela n’inquiétait guère la petite Victoria. Et toi laisse pas tes joujous traîner. ajouta-t-elle à l’attention de Ralf en utilisant son bras caoutchouc pour attraper l’arme qui était au sol.

    Une fois à l’intérieur, Victoria mena sa sœur dans un couloir un peu glauque qui rappeler les squats mal entretenus que Tesla avait dû explorer pour le compte de l’UNISON. Les deux femmes finirent par arriver dans une salle mal éclairée constituée de tables de chaises et de tabouret, une sorte de bar ou encore un restaurant. Un homme noir au crâne chauve et à la stature imposante était assis à une table au fond de la salle. Matthew Sullivan... ou du moins c’était à lui que cet individu ressemblait.

    – Ah, poupée, te voilà. Je venais de me réveiller et je me demandais où t’étais. Approche...
    Ce que la jeune femme fit, la curiosité l’y poussait. Elle ne comprenait rien et peut-être que Sullivan pour l’aider à reconstituer les morceaux. Tout était confus dans son esprit, elle n’arrivait pas à comprendre... elle n’arrivait pas à réfléchir en fait. L’adrénaline de sa petite altercation avec... avec Ralf faisait encore effet. Rien n’était normal... on aurait dit une sorte de comédie, un mauvais film qu’elle n’avait pas d’autres choix que de jouer. Tess s’approcha de son agent de sécurité. Elle fut reçue par une main possessive qui s’empara de son postérieur pour l’attirer vers Sullivan. Lui aussi était différent, plus menaçant, ses oreilles étaient légèrement moins percées que celles de Victoria, mais l’effet fut le même. Son torse découvert par un marcel léger laissait entrevoir un tatouage imposant. Ce n’était pas Matthew, en tout cas pas celui qu’elle connaissait...   Le nouveau choc de ce contact imprévu l’empêcha de réagir quand il la fit s’asseoir sur ses genoux avant de poser brutalement ses lèvres sur celles de la jeune femme. Celle-ci ne tarda pas à le repousser, ce qui ne plut pas particulièrement à son « mec ».

    – Qu’est-ce que tu nous fais, bébé ?

    Tess resta interdite un moment à l’observer, regardant tour à tour sa sœur métamorphosée et son employé qui avait apparemment changé de position. Tous deux la regardaient comme si elle agissait de façon étrange. Il fallait donner le change.

    – Je... Ralf m’a un peu frappée...

    Immédiatement Sullivan prit le menton de la jeune fille entre ses doigts afin de faire tourner son beau visage et de voir la blessure par lui-même. Il y avait en effet une coupure sur le coin de sa lèvre et un bleu près de la tempe.

     - Le petit con... T’inquiète que Max’ va s’occuper de son cas.
    – Maxime ?
    – Wouaaaah, il t’a bien sonné ce con. Va te faire une beauté pour te remettre les idées en place.

    D’un signe de tête, il indiqua un autre couloir qui semblait mener aux toilettes. Sans demander son reste, la jeune femme s’y rendit. Elle se jeta sur le robinet pour mettre de l’eau sur son visage. C’était comme si la tête lui tournait. Elle vivait dans un rêve... Victoria... Ralf... Une illusion. En relevant la tête, la jeune femme découvrit son reflet.

    – Oh mon dieu...  

    La Tesla qu’elle y vit était bien différente de celle qui habitait le dernier miroir qu’elle avait croisé. Celle-ci avait les cheveux blonds presque platine, du maquillage plein les yeux et en même temps, elle prit conscience de ses vêtements et fut scandalisée par tant de vulgarité.

    – Non... non nonnonononoooooon.  

    D’un geste désespéré, la jeune femme se prit la tête entre les main, comme pour se réveiller. Une solution, il fallait qu’elle trouve une solution. Tess essaya alors de se remémorer les derniers évènements « réalistes » qu’elle avait vécu... Mais bien vite une autre réalité s’imposa à elle. Quelque chose n’allait pas dans son cerveau. Sa façon de pensée. Tétanisée, elle fixa son reflet dans les yeux alors qu’elle commençait à comprendre ce qui lui manquait : son intelligence. Cette source d’énergie mentale qui lui permettait de réfléchir avec plus de facilité, de rapidité et de précision. Celle qui transformait le moindre détail en un univers de données... Ses pouvoirs avaient été modifiés... Il fallait vérifier quelque chose, vite...

    Tess s’éloigna du robinet et se concentra pour générer un champ de force... Elle se concentra et se concentra... mais rien. Son cœur rata un battement. Chase... Tess se souvenait de lui... il avait été présent... il avait été englobé par la même lumière qu’elle... Les orbes. Elle se rappelait. Ni une ni deux, elle fouilla dans ses poches... qu’elle n’avait pas. Evidemment, une minijupe comme ça. Son reflet pourrait peut-être l’aider... rien, à part sa poitrine outrageusement mise en avant... Tien, qu’est-ce qui peut bien dépasser ?  Son téléphone retrouvé, elle fit le tour du répertoire et fut plus que soulager de voir que le nom de son petit frère y figurait. Appeler. Jamais une tonalité n’a été aussi longue, mais finalement, quelqu’un répondit. Avant même de prendre le temps de reconnaître la voix, elle s’exclama :

    – Chase ! C’est moi. Tu vas bien ? Il se passe quelque chose de... elle jeta un autre coup d’œil à son reflet, des fois qu'il soit redevenu normal. complètement dingue !
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Message posté : Sam 12 Oct - 12:15 Message
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Jenny avait l’air déçu : ses deux orbes n’intéressaient guère son homme, de toute évidence. Avec un reniflement contrarié, elle fit un signe de tête vers son entrejambe.

— Remballe ton tigre, il a pas l’air d’vouloir jouer. C’t’insultant.

Chase rougit jusqu’aux oreilles et se rhabilla, tout en essayant d’analyser sa situation dans un univers étrangement silencieux, où la présence et les pensées des autres ne vrombissaient plus en permanence à la limite de son propre esprit. Il y avait là quelque chose d’à la fois reposant et angoissant. Fort heureusement, son intelligence à lui ne dépendait pas d’un pouvoir et les choses se précisaient petit à petit.

Elles n’avaient rien d’enthousiasmant. De son côté, Jenny insistait :

— Tu sais, mon loulou, pour ton tigre, y a des médicaments.
— Quoi ?

La jeune femme posa une main compatissante sur la musculeuse épaule de son homme.

— Ça peut arriver à tout l’monde.
— Non mais… Peu importe. On va au bar, voir Tesla.
— T’as raison, mon loulou. Et p’tit verre, ça te r’mont’ra l’moral.
— Je vais juste. Euh… Aux toilettes.

Jenny se détacha de lui et Chase se mit à contempler d’un air indécis cet appartement inconnu. Et miteux. Il fallait bien prendre une décision pour ne pas paraître trop suspect et il ouvrit la première porte venue, contempla le contenu de leur placard à vaisselle, referma la porte et trouva enfin la salle de bain-toilettes minuscule qu’il partageait, de toute évidence, à en juger par le nombre de lotions capillaires, avec sa plantureuse compagne.

Il ferma la porte derrière lui et leva les yeux vers le miroir.

— Hmm…

La situation était horrible, mais il y avait des détails auxquels il aurait pu se faire. Avoir pris dix kilos de muscle en faisait indubitablement parti. Chase contempla dans la glace ses tous nouveaux biceps, ses cheveux blonds soigneusement peignés en arrière à la laque, sa mâchoire beaucoup plus carrée, le tatouage de dragon, immense, qui recouvrait son épaule gauche, laissée apparente par un débardeur de toute évidence fait pour que tout le monde pût voir les résultats de ses séances de musculation.

Un instant, Chase se demanda si c’était être narcissique que d’éprouver du désir pour son double dimensionnel, mais cette épineuse question de psychologie alternative fut bien vite écartée par la sonnerie de son téléphone. Il fouilla dans les poches de son jean et en tira un appareil dont la vétusté lui fendit le cœur et ôta tout plaisir qu’il pouvait éprouver à contempler son tout nouveau physique. Seul le prénom de Tesla sur l’écran (si on pouvait appeler ça un écran) lui redonna du baume au cœur.

— Tess ? … Oui, je sais, dingue. Dis, tu crois qu’un tatouage en forme de dragon, ça m’irait ?

À en juger par le silence qui lui répondit, son habituel humour à froid n’était pas le bienvenu. Son téléphone se mit à grésiller horriblement et, dans la crainte de perdre le contact, Chase articula aussi clairement que possible :

— Écoute… Tu m’entends ? Je crois qu’on est… Laisse tomber, si tu es « au bar », j’arrive. Sinon, essaye de trouver « le bar ».

Et le contact fut coupé. Chase regarda le téléphone : pas de réseau. Il sortit de la salle de bain et Jenny l’attendait, les bras croisés, l’air contrarié.

— À qui tu téléphonais ? Si c’était encore ta greluche du strip-tease, je te préviens, je rentre chez ma mère !
— C’était Tesla.

Chase prit une inspiration et essaya de rentrer dans le personnage.

— Et arrête de me… euh… saoûler avec ça. Sinon je vais t’apprendre à vivre.

Pas mal, non ? Il y avait encore des efforts à faire, mais Jenny secoua la tête et interrogea finalement :

— Bon, et t’as du réseau, toi ? J’arrive pas à tweeter, moi, c’est affreux.
— Hmm… Peut-être que le vortex dimensionnel a créé des perturbations électromagnétiques à grande échelle. C’est plutôt une bonne chose si elle persiste, ça veut dire que les deux réalités sont encore en phase et peut-être qu’on pourrait exploiter le trou de ver qui…
— T’as encore regardé Doctor Who ? J’t’ai dit, ces trucs d’Anglais, ça t’monte à la tête, c’est mauvais pour toi.

Peu désireux de s’engager dans un cours de physique des mondes parallèles avec l’indocile Jenny, Chase décréta :

— On va trouver un taxi, faut qu’j’aille au bar.
— Pourquoi un taxi ? T’as un problème avec Charlie ?
— Charlie ?

Quelques minutes plus tard, Chase contemplait Charlie, bouche bée. Charlie était plutôt bien roulée, avec des courbes qui eussent fait rêver bien des hommes, un petit aileron sur le coffre et des flammes peintes sur le côté. Amoureusement astiquée, Charlie, d’un jaune flamboyant, attendait que son propriétaire Chase lui empoigne le volant. Une douloureuse réalité assaillit le mentaliste.

— Je fais du tuning…

Jenny lui jetait des coups d’œil de plus en plus préoccupés. Cette fois-ci, c’était sûr : son loulou couvait quelque chose. Elle pressa ses deux abandons mamelons contre son torse et posa une main sur son front. Avant de tendre deux lèvres pleines vers les siennes. Chase se recula brutalement et se mit à chercher une excuse.

— J’ai euh… De l’herpès. Buccal.

Jenny lui retourna deux gifles.

— Je l’savais ! Je l’savais que tu troussais les greluches au strip-tease ! Je m’en vais !

Chase fut d’abord soulagé, avant de se rendre compte que sans Jenny, il n’avait probablement aucune chose de retrouver le fameux bar. Il fallait agir. Il se précipita vers la jeune femme et la plaqua virilement contre le mur du garage, en lui arrachant au passage un petit couinement ravi. Encore une fois qui avait raté les cours de féminisme.

— Désolé, euh… Poupée. Mais tu sais que… que… la seule chose qui m’intéresse… c’est euh… tes deux… obus…

Jenny avait connu des discours plus conquérants, mais elle sentit qu’il était l’heure de tirer son épingle du jeu.

— Je te pardonne si on fait un enfant.

Chase pâlit à vue d’œil.

— Là maintenant ?
— Sois pas con. Mais tu sais, on en a parlé, tu veux pas, mais moi, j’me sens toute chose quand je vois ces petites pantoufles dans les magains, et tu comprends, toutes mes copines, elles…

Sans aucune pitié pour la vie de son double, Chase interrompit :

— C’est d’accord. On fera un enfant. Tout ce que tu voudras, bébé.

Jenny lui sauta au cou. Après deux ou trois tendresses artificiellement dispensées dans un langage qu’il maitrisait mal, Chase eut le droit de s’installer au volant de sa Charlie, dont le nom cessa de lui échapper quand il vit graver sur le tableau de bord : « Chase Rallye — Charlie ». Il démarra le bolide et aussitôt une musique R’n’B de deuxième rayon fut crachée par les puissantes enceintes.

Jenny, elle, s’était installée sur le siège passager et avait posé naturellement sa main tout en haut de sa cuisse. Chase déglutit péniblement. Mieux valait se concentrer sur autre chose. Il ferma un instant les yeux et tenta de rassembler les pouvoirs psychiques qui lui restaient, à son goût bien trop simplistes. Il s’immisça dans l’esprit de Jenny à la recherche de l’adresse du fameux bar.

Enfin, il s’immisça. Il s’immisça comme la patrouille des éléphants se serait immiscée dans un magasin de porcelaine. Quand il rouvrit les yeux, Jenny se massait les tempes, les larmes aux yeux. Chase lui jeta un regard interrogateur.

— C’t’encore une migraine, je sais pas pourquoi, en ce moment, j’en ai de plus en plus souvent.
— On va couper la musique, tu t’sentiras mieux.
— C’est gentil mon loulou.

Trop heureux de se priver de R’n’B, Chase se mit en route, manoeuvrant assez maladroitement une mécanique dont il n’avait pas l’habitude. Heureusement, Jenny avait trop mal au crâne pour s’interroger sur la soudaine déliquescence de ses talents de conducteur. Il n’empêchait que toute cette aventure avait permis à Chase d’ajouter une nouvelle entrée sur la liste des choses qu’il appréciait chez Lukaz : le Français ne l’appelait pas « mon loulou ».
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Message posté : Sam 12 Oct - 19:16 Message
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    Entendre la voix de son petit frère telle qu’elle la connaissait faillit lui arracher des larmes de joie. Mais bien rapidement Tess fut de nouveau propulsée vers l’incompréhension totale à coup de « tatouage en forme de dragon », toujours sous le choc de la perte de ses facultés, elle mit du temps à encaisser cette idée, si bien que son cadet renchérit en lui faisant part de son plan, au milieu d’un tonnerre de grésillement qui força la jeune femme à crier dans son appareil :

    – Le bar, OK, j’y serai !

    Elle n’était pas certaine d’avoir été entendue par contre car la communication ne tarda pas à être coupée. Qu’importe, c’était son seul espoir, elle devait attendre Chase au bar. De toute évidence, c’était le seul qui partageait ses souvenirs à elle. Petit à petit, Tesla parvenait à réunir ses esprits et l’intelligence typiquement Neutron-Grey parvint à rassembler quelques pièces. Elle avait tout juste compris que les orbes d’origine extraterrestre les avaient envoyés dans une sorte de réalité alternative lorsque la porte des toilettes s’ouvrit pour laisser rentrer Victoria. Décidément, elle n’avait pas une minute à elle.

    – T’arrives à téléphoner toi ? J’sais pas c’qui s’passe, mais y a pas de Réseau en ce moment, sûrement un coup de l’UNISON. Z’ont dû nous couper la com’.

    – Ca a coupé... Tesla fit de son mieux pour choisir les mots adéquats. Pourquoi ils nous auraient fait ça ?

    – Oh tu sais, la routine. Ils ont pas d’preuves contre nous alors ils nous embêtent comme ils peuvent. Après tout ils savent que tu travailles ici. Et l’agent Walker n’a toujours pas digéré votre rupture. ajouta-t-elle avec un sourire complice et sadique.

    – Qui ça ? demanda l’aînée qui n’arrivait pas à se souvenir d’un agent de ce nom travaillant dans l’organisation.

    – Exactement ! répondit Victoria avec un sourire mauvais.

    Tesla observa sa sœur d’un air qu’elle espérait neutre et espérait de tout cœur ne jamais voir une telle expression sur le visage de SA Victoria.

    – Bon les meufs ! Vous foutez quoi ? Ca va être l’heure de préparer la boutique !

    L’ordre hurlé par Matthew invita Victoria à faire une grimace tout en remuant les lèvres pour l’imiter de façon grossière. Elle lui répondit tout de même en criant de façon familière qu’elles arrivaient avant de se pencher vers sa sœur pour lui parler à voix basse en aparté.  
    – Bon, je sais que c’est un bon coup et qu’il nous sert bien avec son ptit business, mais comme onc’ Jack  l’a dit, il va être temps de s’en débarrasser. Monsieur prend un peu trop ses aises et on n’en n’aura bientôt plus besoin, alors s’tu pouvais faire en sorte de le buter aujourd’hui, je te le revaudrai.

    Une information qui fit écarquiller les yeux de la scientifique tant elle l’horrifia, mais Victoria ne le remarqua pas car elle était déjà occupée à retourner dans la salle principale en répondant de mauvaise grâce à Matthew. Des criminels, les Neutron-Grey étaient des criminels, des meurtriers même, d’après ce qu’elle avait compris. Mais dans quel monde était-elle tombée ? Ayant encore une fois le dos au mur, Tess n’eut pas d’autre choix que de  retourner auprès de son « homme » et d’agir de la façon la plus « normale » possible afin de ne pas attirer les soupçons et de pouvoir rester ici jusqu’à ce que Chase arrive en renfort. Elle espérait de tout cœur qui lui n’ait rien perdu de ses capacités. Après tout, elle avait vu Victoria user de son corps élastique, alors il devait bien rester un peu de gène mutant dans la famille. De retour dans la salle principale, elle vit Matthew installé au bar occupé à siroter un verre de son fameux gin. A peine arrivée, il s’adressa à elle sur un ton bourru accompagné d’un regard lubrique qui persuada la jeune femme de rester à une bonne distance.

    – La cuistot est arrivée... la vache, elle n’est jamais commode celle-là.

    Tess hocha la tête à l’affirmatif en esquissa un sourire amusé avant de tourner les yeux en direction d’un couloir dans lequel Victoria troquait ses habits de Morticia contre une tenue de serveuse, jaune canari. Après une seconde d’hésitation, elle choisit de se rendre auprès d’elle et à peine arrivé, son regard fut attiré par un objet pendu au mur : une autre tenue jaune sur laquelle figurait le nom de « Tesla ». Elle était une serveuse.
    *Je vais vomir...*

    Après avoir enfilé son « bleu » de travail, Tess suivit Victoria dans ce qui était une cuisine. Etonnamment, la salle de production culinaire était tellement propre qu’on pourrait y manger par terre. Aussi propre que l’étaient ses laboratoires... chez elle. Tesla se ficha lorsqu’elle vit quelqu’un sortir du frigo avec la moitié d’un requin sur le dos : Erika Huu, assistante médicale de son équipe personnelle.

    – Bon, je vous préviens, si ce gros porc reste une semaine de plus, je sers ses couilles aux clients !
    Cette fois, Tesla commençait à avoir l’habitude des surprises, mais l’étonnement s’exprima tout de même sur son visage. Voir l’agent Huu parler avec tant de vulgarité la choquait presqu’autant que venant de la bouche de Victoria. Celle-ci interpréta autrement la surprise de son aînée et lui apporta une précision :

    – Mat’ vient de lui demander ce qu’elle faisait avec le poisson lorsqu’elle était seule en cuisine.  
    – Une semaine...   menaça Erika en brandissant un gros couteau de cuisine.

    Tesla déglutit tout en ce demandant si elle allait bien pouvoir tenir le coup. Heureusement la suite se révéla simple. On lui demanda d’écrire le menu du jour et de passer vite fait un coup de balais dans la salle de restauration. Des tâches auxquelles elle n’était pas habituée, mais qui avaient le méritent d’exiger un minimum de connaissances propres aux spécificités de cet univers. Pendant ce temps, elle put réfléchir correctement à la situation et avait compris que les orbes en étaient l’origine et qu’il fallait les retrouver. Elle déduit également que les deux adeptes du Conclave devaient également être prisonniers de cette dimension. Enfin, à force d’essuyer les regards suspects de son entourage, elle avait réussi à adopter un ton et un langage qui correspondaient plus à la tenue dans laquelle elle s’était vue aux toilettes et qui semblaient mieux accueillis que les inversions sujets-verbes qu’elle avait utilisées à quelques reprises pour poser une question. Tess avait également réussi à s’extraire des bras musculeux et conquérants de Matthew en prétextant avoir du « taf’ ». Les minutes passèrent et son corps de femme put enfin bénéficier d’un temps de répit lorsqu’elle vit Sullivan revenir à la charge, mais avec un cadeau cette fois : Ralf.

    – Et voilà poupée ! Ton fan, je l’ai trouvé qui essayait de monter dans ta chambre par l’escalier de secours. Vas-y, donne-lui une leçon crames-lui la gueule.

    L’idée fut accueillie par enthousiasme par Victoria et même par Erika qui était sortie de son antre pour l’occasion. Toutes deux étaient surexcitées, une euphorie qui trouvait un écho pervers sur le visage de Matthew. Bizarrement, Ralf ne partageait pas l’allégresse générale. En même temps, son bourreau l’avait bien arrangé et son visage saignait abondamment, il essaya même de parler, mais les sons qu’il parvint à articuler étaient incompréhensibles. Victoria s’approcha de lui, les mains derrière le dos en trottant comme une écolière avec un air innocent. Elle se pencha vers la victime et lui adressa la parole sur un ton compatissant :

    – Tu vas être content, enfin ! Elle va poser les mains sur toi. Tu verras, elles sont très douces... ERIKA ! envoie le son ! lança-t-elle à la cuisinière qui s’était déjà approché du comptoir pour mettre en marche la musique de l’établissement qui croulait maintenant sous un brouhaha de métal.

    Tous ceux qui n’étaient pas à genoux par terre levaient les bras pour encourager Tesla. Victoria s’éloigna de Ralf après lui avoir brutalement caressé le visage, la jeune femme incita sa sœur à s’approcher pour entrer en action. Celle-ci, paralysé par le spectacle, essayait d’arborer un air indifférent tandis que son cerveau entravé essayait de faire le point. Vu comment les autres se comportaient, tout portait à croire que finalement, elle avait des capacités qui passaient par les mains, ça, c’était l’information positive. Par contre, la situation exigeait qu’elle condamne le jeune Ralf ce qu’elle ne désirait pas faire même si celui-ci avait essayé de la violer un peu plus tôt. Mais elle n’avait pas le choix, n’est-ce pas ? Et surtout, elle ne trouvait pas d’autre solution alors elle se résigna. Au moins cela lui permettrait de tester ce pouvoir dont elle ignorait tout. Seul point positif. La jeune femme s’approcha du condamné en ayant l’impression que le temps ralentissait et que l’espace s’était alourdi, son cœur avait accéléré, c’était probablement la cause de cette perception exacerbée. Finalement, elle arriva au niveau de sa future victime et posa doucement les mains sur son visage déjà défiguré par les poings de Matthew.

    Tesla n’avait pas de pouvoir physique, en temps normal. Elle n’a jamais eut besoin de se concentrer sur une partie de son corps pour s’en servir. Même sa capacité à voler venait de son esprit qui lui donnait alors l’impression d’englober son corps et de le rendre léger et déplaçable. Là, elle ne pouvait compter que sur la théorie. Tess se concentra sur ses mains, essayant d’en faire sortir quelque chose de caché... Au bout de quelque seconde, elle parvint à ressentir une sensation de chaleur étrange sur laquelle elle se focalisa de manière à l’amplifier. Cela eut pour effet d’entourer ses mains d’une lumière rouge qui dégageait une sorte d’acide corrosif qui commença à faire fondre le visage de sa victime qui hurlait de douleur. Aussitôt après avoir compris en quoi son pouvoir consisté ainsi que son fonctionnement, elle s’arrêta et éloigna les mains du visage du pauvre garçon, brûlé à vie. Les trois spectateurs se mirent à hurler d’extase. Erika applaudit, Victoria entama une danse de célébration et Matthew guida violemment le jeune Ralf en direction de la porte de derrière. Tess elle, restait plantée au milieu de la salle, les mains levées et tremblantes qu’elle observait d’un air terrifié, les yeux humides.

    C’est alors que la porte principale s’ouvrit et introduit un Chase beaucoup plus Rocky que Mentalis accompagné par une femme dont les vêtements étaient encore plus vulgaires que ce que Tesla avait vu dans le miroir. L’inconnue entourait le bras de Chase avec les siens et ne le lâcha que lorsqu’elle vit Tesla, vêtue d’une tenue de serveuse jaune canari, debout devant elle. Elle fonça sur la NG et posa ses mains sur les épaules de sa « belle sœur » avant de se mettre à sautiller sur place en scandant :

    – Chase et moi on va avoir un bébé !
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Message posté : Sam 12 Oct - 20:20 Message
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Jamais trajet en voiture ne lui avait paru si long. Les embouteillages du centre de son Star City à lui, assis à l’arrière d’un taxi, tentant d’éviter les regards émerveillés des autres automobilistes ravis de voir un Neutron-Grey pris dans leurs déboires, lui paraissaient désormais un doux paradis devenu à jamais inaccessible. Jenny parlait. Tout le temps. Elle faisait la liste des choses qu’il faudrait acheter pour le bébé pas même conçu, la liste des gens qu’il faudrait prévenir puis, revenue brusquement à une compréhension chronologique des événements, calculait à haute voix et avec d’immenses difficultés son cycle d’ovulation, en palpant consciencieusement la cuisse de Chase, qui, de son côté, faisait son possible pour ne pas faire d’embardées sur la route.

Le bolide finit par s’arrêter devant un établissement. Pas du tout, c’était bien chez eux : l’enseigne aux clignotements arythmiques indiquaient dans un bleu sale :

Grey’s Anatomies

Comblée à l’idée d’annoncer l’heureux événement prochain à la petite famille, Jenny se pencha vers lui alors qu’il coupait le moteur, bouche en cœur et Chase murmura précipitamment :

— Herpès buccal !

La formule magique fit son effet et ils purent descendre de la voiture. Quelques secondes plus tard, le mentaliste contenait à grande peine la vague de surprises qui le submergea au spectacle de ses deux sœurs étrangement maquillées, d’un respectable agent de sécurité transformé en grossier maquereau et d’une non moins respectable docteure reconvertie en cuisinière sadique. Heureusement, Jenny occupait l’espace pour eux d’eux et étalait son bonheur comme une confiture gluante sur l’assemblée si harmonieusement convoquée.

Matthew, lui, avait l’air contrarié. Il n’aimait guère quand l’un des deux frères Neutron-Grey se présentaient. Ravalé au second rang, il était obligé de jouer les hommes de mains. Les mains dans les poches, Chase essaya de sonder aussi rapidement que possible les esprits qui l’entouraient, mais il avait l’impression d’essayer de charger un film à partir d’un vieux modem, après une vie à la fibre optique. Tout ce qui lui vint fut une vague intuition, alors qu’il avait cherché la représentation exacte de son rôle dans cette famille si peu accueillante de prime (et second) abord.

Il fallait faire avec. Saluant tout le monde avec un signe de tête et un air de tueur, il appela soudain :

— Jenny.

L’ancienne strip-teaseuse se figea. Chase prit un air aussi sûr de soi que possible et lâcha d’une voix menaçante :

— Ta gueule. Tu fais chier tout le monde avec tes histoires de meuf. Va plutôt aider Erika à la cuisine.

Jenny prit un air pitoyable qui cachait mal son sourire de satisfaction : son loulou reprenait du poil de la bête, ce qui voulait dire qu’il allait très rapidement lui faire un enfant. La soirée était belle. Elle partit donc avec Erika en cuisine tandis que Chase désignait Tesla d’un geste de sa mâchoire carrée (on se console comme on peut) :

— J’ai besoin de Tess.
— On va bientôt ouvrir, là…

Chase braqua son regard sur Matthew.

— J’me souviens pas qu’tu sois l’patron, ici…

En fait, il n’en avait strictement aucune idée, mais si le bar s’appelait « Grey’s Anatomies », c’était bien qu’il appartenait aux Grey, non ? Et puis le comportement de Matthew, ce qu’il en percevait confusément en tout cas, n’était pas celui du maître des lieux. Alors Chase jouait aux dés, en priant pour ne pas recevoir une balle entre les deux yeux en récompense de sa hardiesse. Matthew haussa les épaules, grommela quelque chose d’incompréhensible et contourna le bar pour se servir un remontant.

Pleine d’espoir, Victoria s’avança :

— J’viens aussi, moi ?
— Toi tu restes là, j’t’ai pas sonnée.

Chase passa un bras musclé (on se console toujours comme on peut) autour des épaules de Tess, ignorant la mine boudeuse d’une Victoria qui ne lui inspirait guère confiance, et entraîna la seule personne dont il fût sûre dans ces moments difficiles à l’extérieur. Des clients étaient déjà massés devant le bar, des bikers pour l’essentiel, aux allures peu rassurantes. Personne ne semblait décidé cependant à leur chercher des noises, mais Chase jugea préférable de monter en voiture. Ils n’allaient certainement pas s’éterniser ici.

Quelques secondes plus tard, les deux Neutron-Grey parcouraient les rues de la ville un peu au hasard, dans leur belle mécanique tunnée. Chase jeta un coup d’œil à la mine sombre de Tesla.

— Je sais, je sais. Ça va aller, tu vas voir. Tu as vu que les portables ne fonctionnent pas ? Probablement une perturbation électromagnétique. Ça veut dire que les orbes sont toujours actifs. Si on arrive à mettre la main sur des équipements corrects, on pourrait les localiser. À la limite, si on trouve un magasin d’électronique, on pourrait fabriquer quelque chose, au moins un détecteur temporaire, et…

À nouveau, Chase fut pris d’un doute quant aux capacités cognitives de sa sœur. Ses propres pouvoirs atteignaient à peine ceux qui s’étaient éveillés à sa septième année, alors il n’osait imaginer ce qui pouvait en être pour Tesla. D’un air assez gêné, qui contrastait avec son tatouage, sa voiture de kéké, ses muscles complaisamment exhibés et la strip-teaseuse qu’il avait abandonnée avec Erika, mais qui allait comme un gant au Chase de leur Star City, il interrogea :

— Je suis désolé, mais… est-ce que tu comprends ce que je t’explique ? Parce que mes pouvoirs à moi sont… Élémentaires, ce n’est même pas le mot. J’ai l’impression d’avoir une limace à la place du cerveau. Et je ne te parle même pas de cette histoire de bébé, avec l’autre, là.

Chase commençait à se repérer dans les rues et, si ses souvenirs étaient bons, et si, bien sûr, leur nouveau monde n’était pas trop différent de l’ancien, il devait y avoir un magasin d’électronique non loin. Roulant plus lentement, il se mit à scruter consciencieusement les enseignes, sans faire attention à Hilary Clinton, qui poussait dans la rue un chariot rempli de déchets en murmurant contre les Chinois du FBI.
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Message posté : Dim 13 Oct - 14:48 Message
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    L’idée même de retrouver son cadet avait de quoi remonter le moral de Tesla, mais lorsqu’elle le vit transformé en Rambo et parlant comme un routier, elle eut un moment de doute et commença à se sentir seule au monde. Mais elle finit par voir quelque chose dans le regard de son frère qui s’approchait beaucoup plus de ce qu’elle avait l’habitude dans son monde que de la brute qui semblait régir la vie de cette carapace de muscles. C’était bien Chase, son Chase. Le mentaliste avait apparemment réussi à saisir une partie de son rôle dans ce triste monde et joua le jeu en arborant un masque de machisme qu’elle espérait ne jamais revoir. La jeune femme cacha sa joie derrière une façade de détermination et hocha la tête en suivant son frère sans accorder un regard à ceux qu’ils laissaient derrière eux. Leur sortie fut accueillie par des sifflements satisfaits des clients qui attendaient l’ouverture. Il lui sembla même qu’à quelques reprises, on cria son nom.  Une fois dans la voiture qu’elle préférait ignorer autant que possible, Tess essaya de reprendre ses esprits en mettant ses mains sur une partie de son visage et en fixant un point invisible situé droit devant elle d’un air effaré. Chase quant à lui n’avait pas perdu le nord, et il remarqua même le manque de réaction intellectuel de son aînée.

    – Personnellement, ce sont tous mes neurones qui se sont changés en limaces... Et mes autres pouvoirs... Tess ne termina même pas sa phrase, préférant ne pas repenser à ce qu’elle avait fait juste avant que Chase n’arrive à la rescousse. Victoria pensait que l’UNISON était responsable de ces problèmes techniques. Apparemment, ils ont une dent contre nous... Dis, est-ce que tu connais un agent « Walker » toi ? demanda-t-elle à brûle pourpoint.

    Si son cerveau n’était pas aussi performant que dans leur univers d’origine, il n’en gardait pas moins la structure chaotique et étendue qui le caractérisait. Seulement, dépourvue de son intelligence génétique, Tess avait beaucoup de difficultés à mettre de l’ordre dans ses pensées et à établir une hiérarchie prioritaire. Il fallait espérer que Chase soit capable de la suivre. Ce qui ne voulait pas dire qu’elle n’allait pas faire d’effort de son côté. Elle revint sur le sujet.

    – Les orbes... je me souviens, tu les tenais et... je crois qu’ils ont commencé à se fissurer... ou à se séparer. C’est peut-être ce qui a provoqué le phénomène. C’est un peu précipité et simpliste, mais en les réassemblant, on pourrait peut-être inverser le processus.  

    Ce fut fastidieux, et beaucoup plus fatiguant qu’en temps normal, mais Tesla parvenait à analyser les choses en gardant une rigueur et une logique typiquement Neutron-Grey. C’était rassurant et valorisant de constater que son intelligence ne résidait pas uniquement dans ses gènes mutants, même si ceux-ci facilitaient largement le processus cognitif.

    – Il faut les retrouver, c’est certain, mais j’ai du mal à comprendre ce qui s’est passé exactement la dernière fois. Comment se sont-ils activés ?

    Une question à laquelle elle n’avait pas de réponse et qui, sans aucune logique, fut suivie par une autre dans un registre diamétralement opposé.

    – Et donc, je vais être une nouvelle fois tata ?

    L’ironie et le ridicule de la situation commença à se dessiner dans l’esprit de la jeune femme et elle eut grand mal à ne pas laisser échapper un éclat de rire nerveux. Mais c’était avant que les sirènes de police ne les encerclent accompagnées par les véhicules correspondant aussi bien derrière eux que devant. Les membres des forces de l’ordre parvinrent à acculer la voiture tunée de Chase et le conducteur n’eut pas d’autre choix que de s’arrêter. Deux policiers sortirent avant de s’avancer vers eux. Etrangement, l’un d’eux prit la direction de la portière de Tesla.

    – Il y avait longtemps...

    C’est vrai que depuis plusieurs années maintenant, les aventures des Neutron-Grey avaient cessés d’attirer l’attention et les ressources des forces de police.Dans un autre contexte, Tess se serait peut-être sentie un tantinet nostalgique, mais étant donné la réputation que sa famille avait dans ce monde, elle s’attendait au pire. L’agent toqua à sa fenêtre qu'elle daigna ouvrir, se montrant coopérative.

    – Eh bien miss Grey... on a posé un lapin à son psy on dirait ?

    Sa propre remarque le fit sourire, de toute évidence, la situation lui apparaissait sous un angle comique, Tess elle était noyée dans l’incompréhension totale.

    – Mon psy ?
    – Oui, celui de l’UNISON que le juge vous a ordonné de consulter deux fois par semaine. Vous l’avait fait poireauté toute la journée. Il a été très patient mais a finit par signaler votre absence. Nous avons donc reçu l’ordre de vous escorter au Brett Building. Monsieur Grey peut venir s’il le souhaite, mais je ne suis pas sûr qu’il s’y plaise.

    L’agent jeta un coup d’œil à la fois amusé et méfiant au jeune NG qui apparemment avait lui aussi sa petite réputation. Tess se tourna vers lui et lui fit de grands yeux pour indiquer qu’elle voulait lui dire quelque chose « en privé ».

    *On pourrait utiliser les ressources de l’UNISON, qu’est-ce que t’en penses ?*

    – Si vous voulez bien me suivre...

    Le policier recula en portant une main sur la crosse de son arme de service. De toute évidence, elle n’avait pas le choix. Tess accorda un autre regard à son frère, attendant une réponse télépathique ou au moins un signe de tête avant d’ouvrir sa portière et de suivre monsieur l’agent. Etonnamment, celui-ci ne lui passa pas les menottes. Tess nota ce détail qu’elle interpréta ainsi: ils ne la considéraient pas comme une menace. Peut-être ignoraient-ils tout de ses capacités ou de sa tendance à pointer des armes à feu sur la tête des gens. Avec un brin de tristesse, elle nota également qu’il avait omis le « Neutron »... L’avait-il fait exprès ou bien la fratrie avait elle un seul patronyme dans ce monde ?
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Message posté : Dim 13 Oct - 16:11 Message
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Pris au centre de la vague lumineuse qui avait signé leur passage dans l’autre monde, Chase n’avait pas eu le loisir d’observer le comportement des orbes au moment de la modification. Mais s’ils s’étaient fissurés, cela rendait le problème à la fois plus simple et plus complexe : plus simple, parce que la solution à leur situation paraissait toute trouvée dans leur réunion et plus complexe, parce que les orbes n’étaient peut-être plus situés au même endroit. Et il restait toujours les deux sbires du Conclave, qui avaient très probablement fait le voyage avec eux.

Mais ce qui angoissait surtout Chase, c’était d’apprendre que Tesla n’était plus le génie mondial qu’elle avait l’habitude d’être. Pour le jeune Neutron-Grey, la solution à bien des aventures complexes avait souvent résidé dans les fabuleuses capacités de sa sœur, toujours capable de bricoler une machine fantastique pour les sortir d’un mauvais pas quand leurs pouvoirs n’y suffisaient pas. Sentir reposer sur ses épaules à lui la responsabilité de la conception stratégique n’était pas très agréable et, en conduisant à travers la ville dans sa jolie voiture, il regrettait beaucoup plus les pouvoirs de Tesla que les siens.

Mais sa télépathie recommença bien vite à lui manquer quand ils se retrouvèrent cernés par la police. Chase n’avait hélas pas les compétences de conducteur d’Abban — le vrai, pas le Révérend Abban, chef de file du mouvement rigoriste de Star City — et il ne fut bien vite débordé par les voitures. Contraints de baisser les vitres, les deux Neutron-Grey se firent alpaguer par des agents de police que Chase soupçonnait d’être revendeurs de drogue, dan leur monde à eux.

Il ne les reconnaissait pas cependant, pas plus qu’il n’avait reconnu le nom de Walker suggéré par sa sœur. Un nom de famille courant, du reste. Une vague murmure télépathique perturba sa conscience et il dut se concentrer intensément pour saisir ce que Tesla essayait de lui transmettre, prenant apparemment un air des plus absents, parce l’agent qui avait adressé la parole à Tesla décréta brusquement :

— En fait, vous allez nous accompagner aussi, Chase. À mon avis, vous n’avez pas avalé que des bonbons, ce soir.
— Quoi ?

Chase revenait péniblement à la réalité et sa réaction, ou plutôt son manque de réaction, acheva de convaincre l’agent.

— Descendez du véhicule, on vous embarque.

Le mentaliste reprit difficilement ses esprits. Tesla avait sans doute raison. Si les phénomènes magnétiques étaient assez puissants pour perturber les télécommunications, l’UNISON était déjà en train d’enquêter et, sur place, ils pourraient sans aucun doute tirer leur épingle du jeu. Peut-être même convaincre quelqu’un de leur histoire et trouver un appui qui les renverrait dans leur propre monde. Après tout, ils en savaient assez sur le fonctionnement de l’organisation pour prouver qu’ils n’étaient pas les Grey locaux.

De toute façon, on ne leur laissait pas le choix et, pour l’heure, la seule opportunité qui s’offrait à Chase était de jouer son personnage à fond. Il poussa brutalement la porte de sa voiture, se redressa de toute sa stature et beugla :

— Hors de question qu’j’abandonne ma poupée !

Histoire que tout le monde comprît de quoi il parlait, il précisait :

— V’z’allez encore m’ruiner les jantes !
— Oh là…

L’agent en charge de l’arrestation fit un signe d’apaisement à ses collègues, avant de répondre calmement et méthodiquement :

— Vous venez avec vous et votre voiture va à la fourrière. C’est comme ça. À moins que vous ne vouliez qu’on fasse une descente au bar, ce soir.

Chase fit tout son possible pour avoir l’air de réfléchir difficilement puis, en affaissant les épaules, il secoua la tête. Les deux Neutron-Grey furent bientôt relégués à l’arrière d’une voiture de police, un peu perplexes. Chase, qui n’osait pas utiliser sa télépathie de peur de provoquer une migraine carabinée à Tesla, se pencha vers elle et murmura :

— L’UNISON ici doit sans doute avoir entendu parler des dimensions parallèles. Il faudrait qu’on trouve à moyen de se faire entendre.

L’agent qui conduisait jeta un coup d’œil suspicieux dans le rétroviseur central.

— Qu’est-ce que c’est que ces messes basses ?

Chase se redressa.

— Rien. On s’emmerde. T’as qu’à mettre la radio, si tu veux pas qu’on cause.

La suggestion n’était pas innocente et Chase obtint précisément la réponse qu’il attendait :

— Pas d’radio ce soir. Sûrement une tempête près des antennes.
— …sûrement…

Avait murmuré le mentaliste pour lui-même, après avoir échangé un regard avec Tesla. Une fois arrivés au Centrale de l’UNISON, leurs plans furent légèrement contrariés par un détail élémentaire mais qu’il avait oublié de prendre en compte, quand l’agent, après lui avoir fourré un gobelet en plastique dans la main, décréta :

— Toi, tu vas remplir ça et la p’tite demoiselle, elle monte voir son psy.

Chase fixa le gobelet avec une authentique incompréhension.

— Comment ça, remplir ?

L’homme leva les yeux au ciel.

— Fais pas comme si tu connaissais pas la chanson, Grey.

L’agent fit un signe à deux hommes en uniforme qui conduisirent Chase vers l’expérience la plus traumatique de la soirée. Jamais le jeune homme n’avait vu toilettes dans un pire état. Habituellement plutôt pointilleux sur l’hygiène de ses sanitaires, le mentaliste se retourna vers les officiers qui l’accompagnaient et tenta le tout pour le tout :

— Il n’y aurait pas un autre endroit ?
— Ta gueule et pisse.
— C’est si gentiment demandé…

Chase rentra dans une cabine et, alors qu’il allait refermer la porte, une main s’interposa.

— Qu’est-ce que tu fous ?
— Mais je ne peux pas faire ça si quelqu’un me regarde !
— Depuis quand t’es une duchesse ?
— Je pourrais voir ma sœur, après ?
— Mais pisse, puisqu’on te dit de pisser.

Avec un soupir, Chase se retourna devant son pot en plastique. Décidément, c’était difficile d’être un super-héros.
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Message posté : Mar 15 Oct - 13:43 Message
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    Jouer les Tesla de ce monde n’était pas facile car personne ne lui donnait de manuel d’instruction, Tess ne pouvait que déduire en utilisant les comportements des autres envers elle, mais ce n’était pas une science exacte... en plus de ne pas être alimentée par son cerveau habituel. Chase lui avait moins de mal à jouer son rôle, sans doute grâce à ses pouvoirs qui, bien qu’apparemment limités, lui offraient un aperçu de ce que les autres attendaient de ce Chase là. Mais ce fut finalement sans opposer une grande résistance que les deux Neutron-Grey montèrent dans le véhicule de fonction. Le mentaliste en profita pour approuver le plan de Tesla qui le commenta :

    – On devra parler à des agents confirmés, un simple employé ne pourrait pas nous prendre au sérieux.

    Et en parlant du loup, un des flics à l’avant les pria de la fermer, empêchant les deux prisonniers de réfléchir ensemble à un moyen de s’en sortir. Il semblait que la télépathie de Chase était diminuée au point de ne pouvoir faire office d’outil de communication. Avec un retard encore une fois inhabituel, Tess réalisait à quel point cela allait leur compliquer la tâche. Heureusement, son cadet était rusé et parvint à arracher quelques bribes d’informations à leurs tortionnaires. Cela leur permit de confirmer leur théorie ; les orbes causaient un désordre électromagnétique de grande ampleur. Mais il y avait encore une théorie que la jeune femme voulait vérifier. Malheureusement, sans les moyens technologiques adéquats, elle en était pour l’instant incapable. La jeune femme passa le reste du trajet à essayer de réfléchir à ce qu’elle allait dire pour convaincre l’UNISON de les aider. Mais plus elle y pensait, moins elle imaginait qu’ils allaient obtempérer, la procédure serait trop longue. Or si le pouvoir des orbes était lié à celui qui avait causé leur arrivée, à savoir un alignement d’étoiles, il ne leur resterait pas beaucoup de temps. Toutes ces pensées étaient très nébuleuses et aucune certitude ne parvenait à rassurer la Neutron-Grey dont l’optimisme diminuait de minute en minute. Le seul réconfort qu’elle trouvait résidait dans le fait qu’elle n’était plus dans ce bar glauque...

    Les policiers finirent donc par amener les deux mutants à leur Quartier Général. Mais bien sûr, car les choses n’étaient jamais simples, et sûrement pas dans un nouveau monde, on les sépara. Chase avait trop bien joué son personnage et devait passer par une formalité technique que son aînée ne lui envia pas. Mais Tess avait d’autres choses en tête car on l'emmena dans un bureau et on lui demanda d’y attendre le psychologue... ou le psychiatre, les hommes n’avaient pas été d’une grande précision. Et ce n’était pas comme si Tesla Grey n’avait pas besoin de l’un comme de l’autre. En attendant, Tess s’installa sur le fauteuil en face du bureau en essayant de se détendre et en cherchant des indices quant à son futur interlocuteur. Mais elle ne vit rien d’utile... le bureau était impersonnel au plus haut point, si bien qu’elle se dit qu’officiellement, il n’était à personne. La porte finit par s’ouvrir afin de laisser entrer un jeune homme en costume et aux cheveux noirs sobrement coiffés avec une bonne dose de gel. Immédiatement Tess se leva pour lui faire face et l’observer, mais il fallait se rendre à l’évidence, il ne lui disait rien. Sûrement que chez elle il n’était pas affilié à l’organisation. Elle s’arrêta néanmoins sur quelques détails plus ou moins importants. D’abord les yeux noirs, pétillants et chaleureux de cet individu, ensuite l’impression de générosité qui se dégageait de lui et enfin l’innocence presque la naïveté qui transparaissait en lui. Tess remarqua également qu’il avait l’air légèrement fatigué, mais il n’en montra rien lorsqu’il s’adressa à elle d’une voix douce.

    – Excusez mon retard, mademoiselle Grey. Vous avez peut-être remarqué, mais rien ne se passe comme il faut aujourd’hui...

    L’euphémisme était léger, mais la jeune femme ne répondit rien et se contenta de noter qu’il était le premier en ce monde à se montrer aussi civil avec elle. Le jeune homme traversa la pièce avec un épais dossier sous le bras avant de le poser sur le bureau et de s’asseoir en face de sa patiente. Au passage, Tess vit un badge d’accès situé à la ceinture du psy.

    – C’est peut-être ce qui vous a fait oublier notre séance d’ailleurs. A moins que ce soit votre frère... ou encore votre oncle. Ont-ils été durs avec vous ?
    – Pardon ?
    – Vous ont-ils frappée ou menacée ?

    Malgré ce qu’elle avait vu ces dernières heures, rien ne la scandalisa autant que cette idée. Sa réaction fut mal interprétée par son interlocuteur.

    – Vous pouvez nous parler vous savez... l’UNISON est prêt à garantir votre protection en échange de votre coopération. Nous feront tout pour mettre un terme à leurs agissements... Et nous sommes également prêts à accorder des soins à votre sœur, naturellement.
    – Je...
    – Comment va-t-elle d’ailleurs ? A-t-elle eu une autre crise ?

    Ok, ça faisait un peu beaucoup là. C’en était trop, trop de chose qu’elle ne pouvait pas comprendre, trop de choses qu’elle ne voulait pas comprendre car elles salissaient sa famille. Elle n’était pas parfaite, certes, mais sa fratrie ne ressemblait en rien à celle qui semblait tremper dans la mafia.

    – Stop ! S’il vous plaît. Je ne veux pas... je ne peux pas vous parler de ça. Pas maintenant.  

    Silence... le jeune homme resta silencieux en observant Tesla et en lui faisant signe de continuer. Les sourcils froncés, il essayait d’interpréter cet éclat qui s’éloignait complètement des précédents entretiens qu’il avait eus avec elle.

    – Je ne suis pas Tesla, pas celle que vous connaissez en tout cas. Je viens d’un autre monde dans lequel je suis la Directrice des Laboratoires de recherches de l’UNISON. Si vous ne me croyez pas, posez-moi des questions sur les projets en cours, ou encore sur la physique quantique, je ne pense pas que votre Miss Grey puisse en dire autant.
    – Pour la physique, je ne pense pas en effet, mais quant aux informations qu’elle détient sur l’UNISON, il s’agit justement de ce que j’essaie de déterminer car il se trouve que Tess Grey a espionné de très près un de nos agents. La chaleur qui s’était dégagée de lui plus tôt avait disparue... ou elle s’était faite pesante. Et il l’utilisait afin de jauger son interlocutrice, trop décontenancé par ce discours sorti de nulle part et provenant de la bouche d’une femme qu’on soupçonnait soit d’être une simple manipulatrice vénale, soit d’être le jouet des hommes de sa famille. Ce qu’il avait sous les yeux était différent et méritait quelques tests. Au passage, vous n’avez aucun commentaire à faire concernant l’agent Walker? La semaine dernière, vous n’aviez pas hésité à m’exposer sa vie sexuelle en détail.

    – J’ignore de qui il s’agit, je ne sais même pas à quoi il ressemble. J’imagine qu’il doit avoir un tout autre rôle dans mon monde.

    Ok, là ça devenait vraiment bizarre, le psychologue était en train de croire ce qu’il entendait. D’abord parce que la jeune femme semblait sincère, que son attitude, ses mimiques faciales, physiques, ses expressions, son langage, son accent... tout était différent. Et puis il avait son pouvoir qui lui indiquait qu’elle ne mentait pas. Les deux docteurs s’observèrent pendant de longues secondes dans un silence de plomb.

    – Confrontez-moi à un agent mentaliste de l’UNISON et vous...
    – Ils sont tous occupés, les systèmes de communication standards ne fonctionnent plus et ils constituent donc notre seul relai d’informations.
    – Nous pensons... Chase et moi pensons que notre « visite » en ce monde est liée à ce phénomène électromagnétique. Si nous réussissons à repartir dans notre monde, tout devrait revenir à la normale... en théorie.
    – Pourriez-vous répéter « électromagnétique » ? C’est tellement incroyable d’entendre ce mot de votre bouche...

    Tesla lui lança un regard qui signifiait clairement qu’ils n’avaient pas le temps pour ces plaisanteries.
    – Allez-vous nous aider ?

    Sa question directe allait juste recevoir une réponse négative. L’agent prétexterait que l’UNISON ne soutiendrait pas une telle collaboration sans mener une enquête préliminaire qui elle ne pourrait avoir lieu dans l’immédiat car l’organisation avait beaucoup de pain sur la planche et, qu’enfin, il n’avait pas l’influence nécessaire pour leur apporter une aide efficace. Mais le jeune homme n’eut pas le temps de répondre cela car une policière débarqua en trombe avec une mauvaise nouvelle.

    – Docteur ! Nous avons une situation d’urgence. Un groupe de fanatique vient d’envahir la mairie et scande une sorte de prophétie apocalyptique. Certains d’entre eux possèdent des pouvoirs mutants.

    La triste messagère repartit accomplir son devoir après avoir entendu l’agent répondre qu’il arrivait immédiatement. L’homme reprit son dossier sous le bras et se dirigea d’un pas leste vers la porte. Mais avant de sortir, il se retourna vers Tesla et l’examina. La scientifique pouvait presque assister au conflit idéologique qu’il se livrait à lui-même. Finalement, il se contenta de lui dire :

    – N’oubliez pas votre sac sur le bureau.

    Elle lui lança un regard interrogatif mais il ne resta pas plus longtemps et fonça dans le couloir. Tesla se retourna pour examiner le bureau, persuadée qu’elle n’avait pas de sac à main. Elle y vit néanmoins un badge d’accès, celui du psychologue. Bon, d’après ce qu’elle avait compris, l’UNISON n’avait pas le temps de les aider, mais elle avait là un passe qui lui permettrait d’utiliser le matériel de l’organisation. Maintenant, il fallait qu’elle retrouve son frère afin de passer à l’action. Avant de quitter le bureau et de se mettre à sa recherche, elle lu rapidement le nom qui figurait sur le badge mais qui ne lui disait rien.

    "Docteur Lockhart"
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Message posté : Mar 15 Oct - 15:14 Message
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Il était là. Le moment fatidique. Le moment où il allait devoir baisser sa braguette devant deux inconnus. Ce n’était pas une situation exceptionnelle pour lui, certes, mais d’ordinaire, l’ambiance était très différente et les perspectives beaucoup plus riantes. L’ondinisme n’ayant jamais fait partie de ses quelques perversions, Chase était assommé par ce coup du sort particulièrement cruel. D’un geste lent, parce que tout cela, comme n’importe quel moment d’insoutenable tension narrative, se déroulait au ralenti, d’un geste lent Chase approcha la main de son pantalon.

Une voix nouvelle retentit derrière lui.

— Laissez, je m’en occupe.

Chase et les deux agents se retournèrent pour faire face à une dame qui devait bien avoir soixante-dix ans. Le jeune homme mit de longues secondes à la reconnaître, mais lorsque les traits de la femme reprirent place dans son esprit, il ouvrit la bouche d’un air éberlué : c’était la tenancière du bar à strip-tease que Charlie et lui avaient visité, quelques semaines plus tôt, lorsque l’avocate avait cherché à rentrer en contact avec l’Apothicaire.

Son gobelet en plastique toujours vide dans une main, l’autre posée sur sa braguette, Chase fixait ce visage ridé. Les deux agents, eux, avaient haussé les épaules et étaient partis sans demander leur reste, bien trop contents de se décharger de cette tâche fastidieuse sur la première venue. Une fois les toilettes désertes, la femme esquissa un sourire amusé et reprit la parole :

— Si tu pouvais arrêter de te toucher, ce serait aussi bien.

Chase rougit jusqu’aux oreilles et retira la main de sa braguette. La femme s’approcha et le jeune homme put observer un badge de l’UNISON à sa ceinture, semblable au sien. À son âge, elle travaillait encore pour l’organisation ? Dans ses souvenirs pourtant, elle n’avait été qu’une simple humaine. Les bras croisés, elle le détailla dans la tête aux pieds.

— Tu t’améliores, mon grand, si tu continues comme ça, tu vas finir par entrer dans la police.

Là, il était censé s’emporter : c’était probablement ce que le Chase de ce monde aurait fait. Sortant peu à peu de sa surprise, il débuta :

— Euh…
— Te faire arrêter pour établir le contact, c’est vraiment pas mal. On voit que je t’ai tout appris.
— Une seconde…

Il avait réfléchi à voix haute. Comment ça, établir le contact ? N’était-il pas censé être membre d’une famille de criminels brutaux, plus ou moins ? Lui, sa voiture tunée, sa pulpeuse compagne, ses tatouages. L’agente de l’UNISON s’approcha de lui et examina à nouveau son tatouage.

— Décidément… Enfin, quand tout ça sera fini, tu auras définitivement ta place ici.
— Ma place ici…
— Alors, quelles sont les nouvelles ?

Il était un agent double. Un agent double pour l’UNISON. Dans ce monde où tout était inversé. Mais dans sa dimension à lui, il était un véritable agent de l’UNISON, parfaitement intègre, qui ne doublait personne. Une vague appréhension monta tout au fond de Chase qui, comme il l’avait fait continuellement pendant ce mois écoulé, choisit de l’ignorer. Il devait y avoir des incohérences, c’était tout. Rien de plus important que cela.

Au moins avait-il son épingle à tirer du jeu.

— Mauvaises. Elles sont mauvaises. Au bar, ça se passe mal. Beaucoup de tensions. Et euh… Jenny veut un enfant.

La femme haussa les sourcils.

— T’as rien de plus palpitant à me raconter ?
— C’est-à-dire…

Chase hésita. Il cherchait un moyen de poursuivre cette conversation ailleurs que dans les toilettes, beaucoup plus près des laboratoires de l’UNISON.

— D’habitude, tu es plus… perspicace. Tu t’es entraîné, comme je te l’ai dit ? En te concentrant, sur les pensées les plus superficielles, puis en creusant.

Le mentaliste plissa les yeux. Une ouverture, peut-être.

— Oui. Là, j’ai bien capté des trucs, mais c’est confus, tu vois. Je sais pas trop quoi en faire. C’est pas des mots, je sais pas décrire. Peut-être que si quelqu’un d’autre lisait ça à ma place. Un autre mentaliste…

L’agente esquissa une moue perplexe.

— D’habitude, ça ne poserait pas de problème, mais là, on est un peu coincés, avec la panne de communications. Mais enfin, viens toujours, on va essayer de trouver quelqu’un.

Elle décrocha les menottes de sa ceinture.

— Désolée, j’te passe ça, mais c’est pas comme si t’avais pas l’habitude.

Chase hocha lentement la tête et plaça sagement les mains dans son dos. Ils traversaient bientôt la salle, sans que les policiers ne prêtassent beaucoup attention à eux. En marchant vers l’ascenseur, silencieux et renfrogné, Chase essayait de trouver un moyen de progresser un peu plus. Il avait une alliée, mais de là à lui faire croire qu’il n’était pas le Chase qu’il connaissait pas le télépathe surpuissant d’une famille célébrissime et absolument intègre dans une dimension parallèle, il y avait une marge.

Mais Tesla avait suggéré de trouver un autre mentaliste et Chase, par réflexe, se raccrochait aux suggestions de Tesla. Dans l’ascenseur, la voix de l’agente, dont il était finalement parvenu à déchiffrer le nom sur le badge — van der Kloon —, reprit la parole :

— Tu sais, Chase, je crois qu’il serait temps de passer à la vitesse supérieure. On essaye de retourner Tesla, avec le doc, mais ça prend du temps et c’est un peu aléatoire. Vicky et ton oncle sont de plus en plus dangereux. Il faut que ça cesse. Tu sais, ça ?

Elle le jaugeait du regard et Chase essayait de déterminer le degré de résistance qu’il était censé avoir encore, à l’idée de trahir sa famille. Il finit par hocher lentement la tête, parce que cela n’engageait rien. Van der Kloon eut l’air un peu perplexe, mais elle détourna le regard…

…pour le poser sur Tesla, qui attendait derrière les portes de l’ascenseur, avec un badge qui ne lui appartenait pas à la main. En une seconde Van der Kloon avait sorti son arme de service et l’avait pointée sur la NG aux allures de G. Rapide, très rapide pour une ancêtre.

— Eh ben quand on parle du loup…
— Arrête !

Ça, c’était dit, maintenant, il fallait réfléchir.

— Tess est avec nous, maintenant. J’ai, enfin on a réussi à la convaincre. Elle voit bien qu’il faut s’en sortir. Fais pas d’conneries.

Van der Kloon haussa un sourcil.

— Et tu lui as fabriqué un pass de labo comme par magie ?

Zut. Excellente remarque. Chase inspira profondément : il fallait désormais parier sur le degré de familiarité apparente entre Van der Kloon et Chase Grey et sur la capacité de l’agente à évaluer la différence entre Chase Grey et Chase Neutron-Grey.

— Écoutez. Les perturbations électromagnétiques qui brouillent vos télécommunications, nous en sommes en partie responsables. Nous venons d’une dimension parallèle et le vortex qui a connecté nos deux mondes doit perturber les transmissions. Il est crucial que nous ayons accès à des équipements de l’UNISON pour repérer le point de contact entre les dimensions, retourner dans notre monde et gérer la situation. Sinon vos projets avec la famille de nos doubles vont…
— Oh la, oh la, on se calme.

Cette fois-ci, le canon de l’arme les visait alternativement. Van der Kloon avait besoin d’un peu de temps pour réfléchir et, pour l’heure, il lui semblait surtout que son informateur au sein de la mafia Grey essayait de l’entuber. Il avait appris un livre sur la physique quantique à la bibliothèque du coin et prit un accent distingué au passage, c’était certes un peu déstabilisant, mais elle n’allait pas tomber comme cela dans un piège peut-être grossier sans examiner calmement la situation.

— Agent Van der Kloon. Vous devez me croire. Nous ne sommes pas les Chase et Tesla Grey que vous connaissez. La situation est urgente. Nous sommes arrivés ici avec nos adversaires et Dieu sait quelles terribles mesures ils sont en train de prendre. Vous devez absolument me faire confiance.
— Toi, si t’essayes de rentrer dans mon esprit, je te préviens : tu seras bientôt plus personne.
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Message posté : Mer 16 Oct - 11:49 Message
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    Même si elle avait reçu un entraînement au combat intensif, les capacités d’espionnage de Tesla n’étaient pas extraordinaires et en dehors de sa faculté à monter des expériences particulièrement bruyantes et dangereuses sans réveiller le reste de sa famille, la discrétion de la scientifique était assez limitée. Tess fut donc rapidement repérée, et par une femme d’un âge certain, ça en disait long sur la dextérité de la Neutron-Grey. Il y avait du bon, tout de même : elle avait retrouvé son frère. Mais était-ce vraiment un point positif ? Tesla et Chase virent un pistolet se lever vers eux et sa propriétaire lança à la jeune femme un signe de tête pour l’amener à se rapprocher du frère, histoire d’avoir les deux dans son champ de vision. La concerné obtempéra, préférant éviter qu’un coup parte « tout seul », pendant ce temps  le mentaliste dû lâcher sa couverture afin de prendre la défense de sa sœur, mais cela fit de lui un suspect pour l’agente expérimentée qui de fait mettait en garde les deux NG à tour de rôle. Tess devait se retenir très fort de ne pas maudire la perte de ses champs de force et se concentrer à la place pour trouver une explication cohérente, mais leur opposante était douée. Chase avait beau essayer de jouer la carte de la raison, elle se concentrait sur l’aspect suspect de la situation avant tout. C’était sûrement là où résidait la différence entre un agent expérimenté comme elle et un plus jeune comme le docteur dont la naïveté lui avait permit de croire la blonde. Naïf, mais juste. Alors que Tess vit le canon de l’arme se pointer une nouvelle fois sur le front de son petit frère, elle jugea bon de faire quelque chose pour arrêter ça, en essayant d’abord la voix de la raison qu’avec un peu de chance, elle parviendrait à exprimer clairement.

    – Ecoutez, je comprends vos soupçons, mais on m’a confié ce badge. Je ne l’ai pas volé et je n’ai blessé personne pour l’obtenir. Vous pouvez appeler votre docteur, il le confirmera.
    – Avec plaisir, Tess, mais les communications sont coupées.

    Maudite perte d’intelligence qui lui avait fait perdre autre chose : certains détails. Changement d’angle.

    – Ecoutez, il faut que vous nous laissiez faire notre travail. Chase dit la vérité, nous sommes tous deux de l’UNISON. Dans notre monde, nous avons ardemment combattu lors de la Guerre des Grues. Nos parents sont morts en combattant Oméga et Oncle Jack était en son temps un voyageur intergalactique surnommé « Starwolf ». Vous croyez vraiment que Tesla Grey pourrait dire de telles choses ?  

    – Elle est plutôt dérangée, moins que sa soeur, mais assez pour que je ne crois pas quoique ce soit qui sorte de sa bouche. A votre avis...
    – C’est pour ça que l’UNISON lui impose un psychologue... parce qu’ils ne sont pas capable de tirer quoique ce soit d’elle...  
    – Tout juste, barbie.

    Tess jeta un regard désespéré vers son frère qui s’était peut-être attendu à ce que son aînée parvienne à trouver les mots justes et à raisonner leur tortionnaire. Victoria aurait été mieux placée pour ce genre de choses... La scientifique était sur le point d’envisager une approche plus violente en visualisant les mouvements qu’elle devrait accomplir afin de désarmer l’agent Van der Kloon sans trop la blesser lorsque sa cible imaginaire reprit la parole, prouvant ainsi que l’expérience pouvait amener une dose précieuse de sagesse. Elle leur posa une question qui l’aiderait peut-être à déterminer s’ils lui disaient la vérité.

    – Quel sont vos rêves ? Qu’espérez-vous accomplir dans votre vie ?  

    La Neutron-Grey toujours ridiculement habillée en serveuse observa son interlocutrice en se demandant où elle voulait en venir. Mais finalement, elle trouva bien vite la réponse pour elle-même : c’était un test assez basique, mais efficace. Tesla répondit la première avec toute la sincérité qu’elle pouvait exprimer, le sujet combiné à la fatigue qu’elle éprouvait rendit ses yeux humides, mais elle parvint à exprimer ce qui était clair pour elle depuis des années.

    – J’espère me montrer un jour à la hauteur de la réputation de notre grand-père, le Docteur Neutron. J’aspire également à faire en sorte que nos parents ne soient pas morts en vain et que la menace qu’ils ont éradiquée ne nuise plus jamais.  
    Une tirade dont le contenu ainsi que la forme perturbèrent un peu l’agent Van der Kloon. Tout comme le docteur Lockhart, elle n’était pas habituée à entendre une Grey s’exprimer avec un tel vocabulaire. Mais ce n’était que la première partie de sa réponse et l’agent d’expérience garda son jugement au chaut le temps d’écouter les propos de Chase. Elle se tourna donc vers lui, sans quitter l’autre Grey ou Neutron-Grey des yeux.



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Message posté : Mer 16 Oct - 13:59 Message
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Chase était bien forcé de reconnaître qu’avec l’allure qu’ils avaient, l’histoire du voyage dimensionnel était un peu difficile à avaler. Si encore ils avaient conservé leurs propres corps, ils eussent été plus convaincant : mais entre le maquillage de Tesla, sa coiffure, les cheveux gominés de Chase et son tatouage dragon, ils n’avaient pas vraiment le look des super-héros technologues de l’UNISON et l’agente Van der Kloon, plutôt que butée se montrait surtout lucide.

Ajoutées aux siennes, les explications de Tesla ne parurent pas d’abord avoir beaucoup d’effets. Il fallait dire qu’entre le bar des Grey et le Bigsby Building, il y avait une sacrée différence que l’accent de Tesla, son vocabulaire, sa syntaxe, toutes ses expressions corporelles, ne suffisaient pas à gommer. Mais Van der Kloon en avait vu beaucoup, pendant ses longues années sur le terrain, au FBI puis à l’UNISON, et l’expérience lui avait appris à n’écarter aucune possibilité, même celles qui paraissaient les plus improbables.

Hélas pour Chase, la question qui devait servir à prouver leur identité en testant leurs motivations était peut-être la plus compliquée qu’il se posât lui-même, depuis quelques jours. Il se mit à réfléchir à toute vitesse. D’ordinaire, son art du mensonge était irréprochable, mais c’était parce qu’il se fondait sur un sens psychologique surnaturel. Dans cette dimension, il était prêt à parier que, privé des indications fines qu’il recevait ordinairement de ses interlocuteurs, il se montrerait bien moins convaincant, en tout cas aux yeux d’une femme de terrain rompue, comme paraissait l’être Van der Kloon.

Mais il y avait bien quelques éléments de son existence qui étaient certains et qui, à ce qu’il avait pu en voir, ne correspondaient pas, mais alors pas du tout à la personnalité du Chase Grey local. Les regards de Van der Kloon et de Tesla se posèrent sur lui et Chase, oubliant un peu le revolver, eut l’air affreusement gêné. Ce qui constituait déjà un excellent indicateur de son peu de ressemblance avec le Grey.

— À vrai dire, je ne sais pas trop ce que je voudrais… accomplir. Mais mon rêve, là, maintenant, c’est de retourner dans monde et de…

Chase jeta un regard un peu nerveux à Tesla et rougit.

— …rentrer chez moi et retrouver mon petit copain.

Ce n’était probablement pas le meilleur contexte pour annoncer à sa sœur qu’en quittant le Bigsby Building, il avait emménagé avec un autre homme, mais c’était la partie la plus sûre et la plus certaine de son existence. Et la partie qui jurait le plus avec le tatouage de dragon, les seins de Jenny et son vie de macho finie. Van der Kloon savait pertinemment que jamais Chase Grey ne mettrait en doute sa propre virilité, même pour se sortir d’une situation délicate. Tant qu’à faire, Chase en rajouta une couche :

— Parce qu’il est adorable, et puis attentionné, et il prend soin de moi, et…

Le canon du revolver commençait déjà à se baisser.

— Et c’est le seul qui écoute vraiment ce dont j’ai envie, c’est le seul qui comprenne que j’ai besoin de temps, et de vivre, et de découvrir le monde. Il est juste parfait.

À Tesla et au reste de sa famille, de toute son existence, les confessions de Chase dans le domaine sentimental n’avaient jamais dépassé le « j’aime les garçons » qu’il avait lancé, un matin, au petit-déjeuner, quelques années plus tôt, en plein milieu d’une conversation sur l’avenir de la fusion à froid. Depuis, les rares questions avaient été systématiquement esquivées et ce que Chase pouvait bien faire de son cœur (entre autres) demeurait un petit mystère.

Il n’avait pas particulièrement tenu à laisser transpirer la frustration qu’il ressentait à l’égard de son existence quotidienne, mais il n’avait pas eu d’autres choix. Comme Van der Kloon ne disait toujours rien, Chase se résigna à tenter le tout pour le tout :

— Si vous voulez, je peux vous décrire comment il me fait l’amour. Ça, je suis sûr que c’est une information inédite pour Chase Grey.
— Je crois que ça ira.

Chase ne put retenir un soupir de soulagement. Les détails de la virile affection que lui vouait Lukaz, il ne tenait pas particulièrement à les étaler devant une parfaite inconnue d’une dimension parallèle et encore moins devant sa sœur aînée dont il était par ailleurs si proche. Il jeta un nouveau regard à Tesla et essaya de ne pas soupçonner la réprobation qui animait peut-être la jeune femme. À tout hasard, il tenta :

— Je te le présenterai, un jour, si tu veux…

Mais ce ne serait pas demain la veille qu’il emmènerait Lukaz dans le Bigsby Building pour déjeuner avec deux hauts gradés de l’UNISON. Cela dit, ils avaient des problèmes un peu plus urgents. C’était une chose que de convaincre Van der Kloon, mais la nuit était déjà bien avancée et il ne leur restait que peu de temps. D’ailleurs, l’agente n’était toujours pas particulièrement décidée à les aider. Ce qu’elle voyait surtout, c’était que deux agents de l’UNISON venaient de s’emparer des corps de deux criminels notoires et que niveau technique d’infiltration, on ne faisait pas mieux.

— Bon, écoutez, les deux timbrés. Ptêtre que j’vous crois, mais en attendant, j’ai pas mal de choses sur les bras et j’vois pas trop c’que j’peux faire pour vous.
— Il faudrait qu’on accède aux laboratoires.
— C’est pas vraiment mon domaine.

Chase fronça les sourcils. Il lui parut opportun de souligner certains détails de la situation :

— Nous ne sommes pas arrivés seuls dans ce monde. Et rien ne dit que dans son état d’instabilité, le vortex n’attire pas d’autres personnes. Je suis sûr que vous avez bien assez de mégalomaniaques déments gorgés de superpouvoirs de votre côté sans vouloir récupérer ceux de notre monde.

Van der Kloon réfléchit quelques instants et finit par hocher la tête. Elle allait décidément devoir se passer de ses deux agents doubles. Dans une voix peu enthousiaste, elle marmonna :

— Par là…

Les deux NG emboitèrent le pas à leur guide peu enthousiaste, un mètre derrière elle. Chase jetait de fréquents regards à Tesla, un peu inquiet de l’effet que ses révélations sauraient produire sur elle. Il ne savait pas trop si ce qui le préoccupait le plus était le jugement que sa sœur pourrait porter sur son emménagement un peu soudain chez un parfait inconnu et l’affection déjà considérable qu’il lui vouait ou bien la manière dont elle comprendrait le peu d’enthousiasme dont il avait témoigné à l’égard de son avenir au sein de l’UNISON.

Mais il n’eut pas vraiment le temps d’engager cette épineuse question. Van der Kloon venait de s’arrêter devant une porte munie d’un digicode, d’un interphone et d’une caméra. L’agente entra un code, puis l’interphone se mit à grésiller.

— C’est Van der Kloon. C’est urgent. J’ai besoin de parler au docteur.

Il y eut un petit bip accompagné du son d’une décompression, puis la porte coulissa dans le mur. Les trois acolytes pénétrèrent dans un laboratoire et les assistants, pour la plupart en train de fabriquer des antennes de fortune ou d’interpréter tant bien que mal les données fantaisistes que leur transmettaient leurs instruments de mesure, quand ils parvenaient à en transmettre, s’interrompirent pour suivre du regard les deux Grey. Ils ne les connaissaient pas particulièrement, mais ils en avaient entendu parler et, de toute façon, dans cet univers de blouse blanche, l’accoutrement des deux NG détonnait assez pour attirer l’attention.

Sans hésiter, Van der Kloon se dirigea vers une voiture qui ressemblait beaucoup plus à une fusée et, baissant les yeux vers deux escarpins qui dépassaient de sous le véhicule, elle appela :

— Dr. Jensen ?

Une voix féminine s’échappa de sous le véhicule :

— Oui, attendez, une seconde, j’essaye de récupérer le transmetteur satellite, parce qu’en le branchant avec le système de…
— Je vous amène des voyageurs dimensionnels.
— Ayeuh !

La Dr. Jensen venait manifestement de se cogner la tête contre la voiture.

— Tirez moi de là !

Van der Kloon, qui s’estimait beaucoup trop âgée pour se baisser comme cela sans raison, fit un signe de tête à Chase qui, un peu gêné, attrapa néanmoins les chevilles de la scientifique et la tira, avec la planche à roulette sur la quelle elle était allongée. La femme apparut finalement et se redressa, écartant d’une main pleine de cambouis les mèches de cheveux qui encadraient son visage.

Chase l’avait perdue beaucoup trop jeune pour reconnaître tout de suite sous les traits de Dr. Jensen ceux de Sandra Neutron-Grey.
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Message posté : Ven 18 Oct - 10:28 Message
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    La question de l’agent Van der Kloon, d’une certaine manière, tombait à pic car en ce moment, Tesla n’était pas certaine de savoir ce que son cadet désirait. Elle n’était pas sûre que lui en sache plus. Elle savait juste que ces derniers mois, la vie de Chase avait pris un tour qu’on pourrait qualifier de chaotique. La scientifique en était sûrement responsable quelque part, entre leur nouvelle tentative d’expérience avec la pierre de lune et les encouragements qu’elle lui avait prodigués quant à son besoin d’indépendance lui avait valu de perdre son meilleur informaticien. Mais Tesla était optimiste, même avec son petit frère hyper sensible et hyper puissant. Elle avait aperçue cette expression de pur bonheur qui s’était dessinée à quelques reprises sur son visage et en avait déduit que le plus jeune des NG avait trouvé sa part de félicité. C’était avant de le voir démissionner et quitter le Bigsby Building bien sûr. Comme tous les autres membres de la famille, elle avait eut du mal à gérer ce départ un peu inédit, habituée à ce que toute sa famille vive sous un toit commun. Mais elle avait compris que Chase de par sa situation justement avait peut-être besoin d’espace afin de mieux se définir lui-même. Et puis elle était consciente que la plupart des schémas familiaux demandaient aux plus jeunes de quitter le nid et de prendre leur envol, le fait que leur famille était aussi unie était assez exceptionnel en soit. Alors peut-être que Chase voulait goûter à sa propre version de la normalité. Et puis aussi, il y avait ses rapports houleux avec oncle Jack qui n’avaient toujours pas trouvé de solution. Bref, c’était l’occasion de savoir où en était le petit Chase...

    Pas bien loin apparemment car il ne savait toujours pas ce qu’il voulait, par contre, il divulgua une information intéressante concernant la vie qu’il menait en ce moment. Ainsi il avait quelqu’un. Tess ne portait pas vraiment un jugement émerveillé sur les relations amoureuses car leur nature échappait aux règles de la raison. Et si, à sa place, Victoria (la leur) se serait probablement mise à sauter sur place en allant prendre Chase dans ses bras, Tess se contenta de sourire à son frère qui, pour une raison qui lui échappé, avait si souvent évité de parler de sa vie amoureuse. Il devait s’agir d’une étape importante pour lui. Cela dit, elle n’allait pas lui en tenir rigueur car il n’était pas encore défini que le mentaliste soit le NG le plus discret concernant sa vie sentimentale. La jeune femme était d’ailleurs persuadé que Maxime la croyait encore « innocente ».

    Tess écoutait avec plaisir les détails que fournissait son petit frère et constata qu’il éprouvait une réelle affection pour son... conjoint ? petit ami ? concubin ? Il faudra qu’elle lui demande des précisions au niveau de la terminologie. Cependant, quelque chose dans les propos de son frère fit fondre son bonheur comme neige au soleil. « c’est le seul qui écoute vraiment ce dont j’ai envie »... Une sacrée claque dans la figure de son aînée. Etait-ce parce qu’elle avait perdu ses neurones surdéveloppés ou parce qu’elle était actuellement à « fleur de peau » comme on dit, Tess eut beaucoup de mal à encaisser cette information qu’elle assimila à une critique personnelle. La peine qu’elle ressentait à l’idée d’être une mauvaise sœur était telle qu’elle ne fit pas attention lorsque Chase s’apprêta à détailler ses activités sexuelles. Elle ne reprit ses esprits que lorsque son cadet la fixa dans les yeux et lui proposa de lui présenter son compagnon. Sans parvenir à cacher tous ses doutes et ses remords, Tess fit de son mieux pour offrir un sourire sincère à son petit frère.

    – Je serai ravie de le rencontrer.

    Et si elle le pensait vraiment, son manque d’enthousiasme l’empêchait d’avoir l’air bien convaincante. La jeune femme resta bloquée un moment sur cette phrase qui lui faisait remettre en question sa relation avec Chase mais elle finit par revenir sur terre, sans doute parce que quelqu’un utilisa le terme « laboratoires ».  Avec Tesla, cela revenait à parler de Disneyland à un groupe d’enfant, sauf que son Disneyland à elle ne se contentait pas de la faire rêver l’espace d’un éphémère instant, il lui permettait de changer sa vie ou celle des autres pour le meilleur. En l’occurrence, cela lui permettrait sans doute de pouvoir retourner chez elle, là où se trouvaient toutes ses bases solides qui l’aideraient à aller mieux. L’agent Van der Kloon se montra récalcitrante une dernière fois, mais Chase balaya ces doutes avec un argument de poids et le trio se mit en route.

    L’endroit n’était pas celui dont le docteur Neutron-Grey avait l’habitude, mais elle y reconnaissait une organisation logique et méthodique, notamment dans la gestion de l’espace et la disposition du matériel et des zones de travail (ou d’expériences). Elle commençait à se sentir mieux, et même si le moral n’était pas revenu et qu’elle fuyait le regard de son cadet – de peur d’y voir des reproches – la scientifique en elle commençait à reprendre du poil de la bête, tel un pilote de course respirant l’odeur de l’essence. L’agent, dont la carrière devait certainement frôler la retraite bien méritée, les guida dans ce laboratoire que Tess admirait tout en sentant les idées lui venir. Elle finit par amener les deux Neutron-Grey devant une sorte de véhicule au design futuriste et à la technologie probablement associée que notre tête blonde bien remplie s’empressa d’examiner en résistant au désir d’en faire le tour. L’agente appela de docteur qu’elle cherchait et une voix étrangement familière répondit. Tess s’arrêta aussitôt dans son examen et observa les jambes visibles sous l’engin en essayant d’associer cette voix à un visage. Mais le souvenir était un peu lointain pour elle et avait été enterré par une carapace émotionnelle grande comme une montagne et faite de formules mathématiques, chimiques ou de toutes les connaissances qu’elle avait utilisées afin de noyer son cerveau et l’empêcher de trop ressasser des images nostalgiques. Mais lorsque Chase utilisa ses bras musclés pour faire apparaître le Docteur Jensen, les souvenirs devinrent réalité.

    Aussitôt, Tess laissa échapper la moitié d’un cri de surprise tout en portant la main à la bouche pour essayer de retenir son émotion. Elle vit que Chase ne comprit pas tout de suite à qui ils avaient affaire, mais son aînée la reconnut instantanément et après un petit instant de choc qui avait laissé pantois aussi bien l’agent que le docteur, Tesla arriva à articuler.

    – M... Maman ?

    La concernée réagit aussitôt en arborant un visage empreint de surprise, mais aussi de tristesse qu’elle tourna vers l’agent Van der Kloon.

    – Que se passe-t-il ? Pourquoi les avez-vous amenés ici ?  

    Le ton qu’elle avait utilisé se voulait dur mais n’arrivait pas à dissimuler une certaine émotion. Autours d’eux, certains scientifiques ou assistants de laboratoire, commençaient à leur lancer des regards de plus en plus intrigués. L’agent répondit de façon directe et franche, sans aller par quatre chemins.

    – Je vous le répète, ils viennent d’une autre dimension. Ce ne sont pas nos Tesla et Chase, c’est une sorte de possession, c’est ça ?

    L’agent leva la tête vers les deux NG mais Tess était trop occupée à se retenir de ne pas éclater en sanglots et de se précipiter sur sa mère. Mais elle voyait bien et se doutait bien que les relations entre celle-ci et les enfants Grey ne devaient pas être en très bons termes, surtout étant donnée sa position apparente au sein de l’UNISON. Cependant, fidèle à sa réputation et aux souvenirs que Tess avait d’elle, Sarah... Jensen tenait à garder son sang froid et elle établit un lien logique qui ne pouvait que faire honneur à son intelligence.

    – Les voyages inter dimensionnels ne se font pas comme ça, j’imagine que votre venue doit être liée avec nos petits problèmes magnétiques...  
    – Je...  

    Malheureusement, son hésitation permit à une voix amplifiée par hauts parleurs de s’exprimer dans tout le laboratoire.

    – Docteur Jensen. Nous avons un problème, les cinglés du Conclave ne lâchent rien et nous empêchent d’agir. En plus de leurs pouvoirs, ils utilisent un objet... une sorte de pierre qui lance de l’énergie ou des éclairs... impossible d’être plus précis. Nous avons besoin de vous sur le terrain afin d’en déterminer l’origine et de le neutraliser.

    Ce déluge d’information eut pour effet de réveiller Tesla qui sortit immédiatement de sa transe afin de revenir sur le problème auquel elle était confrontée depuis quelques heures. La jeune femme prit immédiatement la parole.

    – Pouvez-vous nous décrire la pierre en question ?
    – ... qui... ?
    – Allez-y !  
    – Elle n’est pas bien grande, elle tient parfaitement dans la main, elle a une forme sphérique et elle irradie une sorte de lumière bleue très claire.
    – Vous êtes sûrs que l’objet n’est pas composé de plusieurs parties attachées l’une à l’autre... un peu comme ...
    – Non les hommes sont formels, il n’y a qu’un objet, sphérique et bien uni...

    Tesla jeta un regard inquiet à Chase. Ils avaient trouvé une pierre maintenant. C’était déjà ça. Mais d’abord elle se trouvait sur ce qui était décrit comme étant un champ de bataille. Mais surtout il leur en manquait une. Et si le Conclave ne l’avait pas, où était-elle ? Ils ne pouvaient pas détenir les deux et en utiliser une seule, pas d’après leur « prophétie »... à moins que chaque artefact ait une propriété particulière. Tess ne savait pas ce qu’elle préfèrerait, qu’ils détiennent les deux et par la même occasion, un pouvoir capable d’arrêter les agents de l’UNISON. Ou bien qu’ils n’en possèdent qu’une et que l’autre soit... quelque part...
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Une pierre, deux mondes (Chase NG)

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