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Jeux d'esprits (Colin)

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Message posté : Dim 6 Oct - 18:34 Message
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16 octobre 2013

La rencontre avec Colin avait bouleversé l’existence de Chase. Sans doute n’était-ce pas tout à fait exact. Le jeune homme se rendait bien compte qu’en quelques semaines, bien des choses s’étaient formées et développées en lui et que son aventure au cirque, tout comme ses soirées avec Lukaz, lui avait fait prendre conscience des sentiments, des ambitions et des craintes longtemps enfouies. Il n’empêchait. C’était après le cirque qu’il avait finalement pris acte de sa décision longtemps mûrie de quitter l’UNISON, après le cirque qu’il avait envoyé sa lettre, après le cirque qu’il avait décidé d’écouter l’Ambition.

Souvent désormais, lorsque Lukaz n’était pas là, Chase faisait tourner entre ses doigts la clé que lui avait laissée Colin. Il devait encore la faire examiner par un mage qui serait plus à même que lui d’en tirer quelque chose, mais il hésitait à évoquer la question avec Adrian Pennington. Nombre de ses anciens contacts lui paraissaient désormais suspects, tant ils pouvaient contrarier les nombreux projets qui se formaient peu à peu dans son esprit libéré. Il fallait être prudent.

Il faisait tourner la clé et il pensait au cirque. Colin, ce n’était pas le cirque, et pourtant, de toute son aventure, l’autre mentaliste était peut-être le souvenir le plus marquant juste après sa discussion avec l’Ambition. À part Qaletaqa, jamais personne ne s’était ainsi approché de son esprit et le liaison que Chase partageait avec l’Amérindien et qui commençait à s’atténuer faute de pratique n’avait absolument rien de comparable avec la visite de Gula dans son propre esprit.

De moins sûrs que lui eussent sans doute été refroidis par l’expérience. Mais c’était grâce à ses peurs que Chase avait pris la mesure de sa puissance et c’était accessoirement grâce à ses peurs qu’ils étaient parvenus à s’enfuir du Royaume des Rêves et, de son point de vue, Chase devait au mentaliste une fière chandelle. Il s’était donc mis à sa recherche. La « recherche » n’aurait pas été très impressionnante, sans doute, pour un observateur extérieur : Mentalis, assis dans son canapé, les pieds croisés sur la table basse, avait sillonné mentalement les rues de Star City jusqu’à trouver dans un cerveau la trace d’une peur surnaturelle, il avait décortiqué les souvenirs pour retrouver ceux qui contenaient Colin et, une fois la zone géographique circonscrite, il l’avait explorée elle plus en détail.

Pour finir par localiser Colin dans un endroit où il ne serait pas allé le chercher de lui-même : à l’université de Star City. Les yeux de Mentalis s’étaient rouverts et, abandonnant les pouvoirs de l’esprit pour les pouvoirs de la technique, il avait piraté la base de données universitaire, extrait tous les fichiers concernant des Colin et passé en revue les photographies d’identité pour trouver celui qu’il cherchait. Un sourire aux lèvres, Chase Neutron-Grey, co-auteur de la célèbre Autopsie mentale des pensées psychopathiques attrapa son téléphone portable.

Le mercredi 16 octobre, à 17 : 30, la Dr. Meyer-Strauss regardait avec une secrète jubilation ses étudiants prendre place. Certains, elle s’en rendait bien compte, ne suivaient jamais son cours qu’avec un ennui réprimé et elle était prête à parier que sur les écrans des ordinateurs portables qui formaient comme un mur devant elle, ce n’était pas toujours les notes de cours et souvent les profils Facebook qui donnaient à ses élèves un air aussi concentré.

Mais cette fois-ci, elle leur avait préparé une petite surprise qui allait sans doute les réveiller.

— Un peu de silence, un peu de silence je vous prie. Je vous rappelle que j’attends vos notes de lecture pour le 13 novembre dernier délai et que le 20 novembre, nous déménageons dans l’amphi 18, à cause des travaux de rénovation.

Un murmure de mécontentement agita la salle : l’amphi 18 n’avait pas beaucoup de prises électriques. Meyer-Strauss éleva la voix :

— Je sais, je sais, vous souffrez tous beaucoup. Bon. Aujourd’hui, nous devions revoir les débats sur le béhaviorisme à Quantico, mais à la place, je vous ai réservés un invité surprise.

Elle marqua une petite pause pour faire monter la tension, mais personne n’avait l’air très fasciné par la chose. Refoulant sa légère déception, elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Il devrait bientôt arriver, il a été un peu retenu par les embouteillages, je crois. Et… Ah, le voilà.

L’enseignante fit signe à Chase, qu’elle avait aperçu par la vitre dans la porte de l’amphithéâtre. Le mentaliste poussa la porte et rejoignit son hôtesse, tandis qu’une nouvelle rumeur parcourait la salle. Certaines jeunes filles se poussaient du coude, d’autres refaisaient aussi vite que possible leur chignon. Des garçons levaient les yeux au ciel, exaspérés par cette attitude à leurs yeux puérils, tandis qu’un groupe de trois, au premier rang, paraissait très déçus : ils s’étaient attendus à un prestigieux professeur de Yale et ils n’avaient qu’un amateur médiatique.

Mais Mentalis n’avait d’yeux que pour Colin. Son regard s’était braqué sur le Maître des Peurs, pour l’heure maître de la prise de note, au milieu de l’amphithéâtre, avec un léger sourire. La dernière fois qu’il l’avait vu ou, en tout cas, le dernier souvenir clair qu’il en gardait, était à dos de Nazgûl pendant qu’ils éradiquaient de monstrueuses chimères dans une dimension parallèle. Le retrouver sur les bancs de l’université parmi ses camarades de classe avait quelque chose de bien ironique.

Meyer-Strauss entreprit aussitôt de profiter de l’aura cool de Chase et d’en tirer un peu de capital symbolique. Avec un grand sourire, elle plaça la main sur l’épaule du jeune homme et s’exclama :

— Bon, agent Neutron-Grey…

Ça commençait mal.

— Appelez moi Chase, docteur. Je ne travaille plus pour l’UNISON.

La nouvelle avait fait l’objet déjà de quelques reportages à la télévision et d’un ou deux articles dans les journaux. Les suppositions allaient bon train sur les raisons qui avaient poussé le mentaliste à cette décision et sur la manière dont il comptait désormais occuper son temps. Bien décidé à ne pas se laisser distancer, Meyer-Strauss enchaîna :

— Bien sûr, Chase. Promettez nous de ne pas essayer de lire dans nos pensées.

Avec assurance mais douceur, Chase répondit :

— Oh, je n’essaye pas, je le fais.

Il y avait quelque chose de sérieux dans sa voix et son regard qui mit Meyer-Strauss à l’aise, mais le Neutron-Grey enchaîna aussitôt avec un sourire plaisantin :

— Mais je m’en abstiendrai, pour vous.

Au même moment, une phrase se formait distinctement dans l’esprit de Colin.

* Ce n’est pas comme si les méditations d’une professeure d’université m’intéressaient, n’est-ce pas ? *

Chase avait cessé depuis quelques semaines déjà d’adopter la philosophie de Jack de n’utiliser ses pouvoirs qu’en cas d’extrême nécessité. Depuis quelques jours, il avait abandonné aussi ses scrupules. Libéré, il se sentait plus fort que jamais et sa puissance n’avait rien à voir avec l’énergie brutale mais presque incontrôlée dont Colin avait eu un aperçu, au milieu de la panique, dans le Royaume des Rêves. Chase était reposé, requinqué et transformé : il dominait la situation comme il le faisait ses parties d’échecs.

Meyer-Strauss l’invita à s’asseoir.

— Je vous propose de répondre à quelques questions, pour éclairer mes étudiants non seulement sur l’arrière-plan théorique de l’ouvrage que vous avez rédigé avec mon collègue Arié Rosenfeld et dont j’ose espérer qu’ils l’ont tous lu…

Elle promena un regard sceptique sur l’assemblée, où chacun devint soudainement très intéressé, qui par son ordinateur, qui par sa feuille, qui par son stylo.

— …mais aussi sur les perspectives concrètes d’une carrière au sein de l’UNISON, par exemple, pour quelqu’un qui aurait un diplôme en psychologie. Qu’ils ne s’imaginent pas obligés de tous finir thérapeute. Enfin, si cela ne vous dérange pas de parler de l’UNISON, bien entendu…

Curieuse comme tout un chacun des motivations de Chase, Meyer-Strauss n’avait pas pu résister à la tentation de partir à la pêche aux informations. Mais Chase se contenta d’esquisser l’un de ses sourires un peu distants et très cryptiques, puis de répondre :

— Mais pas du tout, docteur, pas du tout. Je n’ai pas de secrets pour vous.

Une nouvelle fois, son regard vint chercher celui de Colin et son sourire se fit un peu plus affirmé. Ou prédateur, difficile à dire.
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Message posté : Dim 6 Oct - 22:39 Message
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    Cela faisait quelques jours que Colin était revenu de ses péripéties dans le Royaume des Rêves et il ne s’en remettait pas. Dans l’ordre décroissant d’importance, il y avait son entretien avec Phobos, l’apparition du fantôme, ou d’une réminiscence, de sa défunte mère, l’obtention d’un objet d’origine psychique chargé de mystère et enfin sa rencontre physique et mentale avec le phénomène Chase Neutron-Grey. Cela faisait beaucoup à gérer, même pour quelqu’un qui traîne avec des zombies et autres personnages issus de contes de fée. Ce qui lui était arrivé le touchait personnellement et il avait vérifié avec les vieilles photos qu’il avait réussi à garder ; c’était bien sa mère ou du moins une créature qui y ressemblait trait pour trait qui l’avait tiré des flots ténébreux dans lesquels son ennemi juré l’avait précipité. Tout cela le frustrait énormément. Il avait beau avoir fait des recherches, utilisé les ressources et bases de données du Cartel, fait jouer ses contacts, il n’avait rien trouvé d’utile ou de nouveau sur le Royaume des Rêves ni sur les créatures qui y résidaient. Quant au nom Phobos, il avait bien réussi à en tirer quelques informations mais cette dénomination devait probablement référer à quelque chose de très différent car cela n’avait rien à voir avec son sujet de recherche. En conséquence, le jeune homme sombra dans une sorte d’était comateux que la plupart des gens qualifieraient de « larvaire ». Il avait écrit deux trois paragraphes pour sa thèse, assisté à quelques cours, à un rendez-vous avec son directeur de thèse, mais en dehors de cela, ses journées se résumaient à cogiter intensément sur sa situation. Parfois Isaac passait pour vérifier qu’il n’était pas devenu fou et pour le mettre au parfum des derniers « potins » du Circus Maximus. D’ailleurs l’activité criminelle de Gula avait été mise en standbye afin de lui permettre de récupérer de sa mission qu’on jugea propre à être suivie d’une période de repos. Deux semaines de vacances. L’ennui.

    En ce mercredi 16, Colin hésitait à aller en cours. Il n’était pas franchement motivé et en plus il venait de recevoir par la poste un carton plein de vieilles affaires qui provenait de la maison de son enfance. En cherchant des photographies de sa mère, il était tombé sur des vieux trucs vintage qui pourrait lui être utile. En fin de matinée, le sol de sa chambre était tapissé de vieux habits qui, pour la plupart, ne lui allaient pas. Le jeune homme faisait une pause, allongé sur son lit à feuilleté un numéro du « International Herald Tribune » qu’Isaac lui avait apporté la veille quand son portable se mit à vibrer. Il interrompit sa lecture et tendit le bras pour attraper l’appareil qui reposait sur la table de nuit, aux côtés d’une clé noire artisanalement customisée en collier.

    ‘N’oublie pas de venir en cours ce soir, Strauss a passé plus d’une heure à en faire la pub ce matin.’

    Carolina Harris, une camarade de classe de Colin. L’étudiant avait commencé son cursus universitaire la même année qu’elle et ils ont toujours eut de nombreux cours en commun. L’étudiante était studieuse, au point d’être surnommée Hermione par d’autres camarades, néanmoins en troisième année, Colin avait réussi à l’amener à une soirée étudiante et à la faire boire. Depuis, son surnom complet est devenu Hermione Effy, en hommage à un personnage fictif capable de mettre de l’ambiance dans une maison de retraite si on lui confiait au moins trois bières. Un cas d’étude fascinant car elle « aimait » e compliquer la tâche, à tous les niveaux ou presque. Et il ne fallait à Colin aucun effort pour que celui-ci passe du temps avec elle. Après un long soupir empli d’hésitation, il lui répondit :

    ‘J’suis dans les cartons...’
    ‘Ramène tes fesses psychorigides ou je pourrie ta messagerie avec le générique de Bob l’éponge’

    Le mentaliste s’y connaissait suffisamment en menaces pour prendre celle-ci au sérieux. Il répondit à l’affirmative avant de se lever pour aller mettre autre chose qu’un boxer et un T-shirt.

    17 :30 Meyer-Strauss avait un don pour gâcher les mercredis « sportifs » de ses étudiants. La Doctoresse ne faisait pas partie des professeurs favoris de Colin, elle se la jouait trop et manquait cruellement de cette humilité qui rendait un enseignant tolérable et efficace aux yeux du jeune homme habitué à écouter les haïkus et autres proverbes anciens d’une sage Geisha. Et aujourd’hui, l’experte semblait particulièrement fière d’elle. Apparemment, elle avait passé la journée à faire de la publicité pour encourager ses étudiants, tous niveaux confondus de venir assister à ce cours précis. Cette propagande expliquait certainement qu’il y avait dans cet amphi un public augmenté à 50%. Un taux qui, pour le plus grand malheur de Colin, augmenta l’enthousiasme de Carolina qui avait largement dépassé la sorcière dont elle avait hérité le surnom.

    – Je sens qu’elle nous a préparé quelque chose, c’est obligé. Certains disent qu’elle est en train de réaliser un documentaire...

    A force de côtoyer sa camarade, Colin avait appris à la laisser parler en daignant parfois lui accorder une oreille intéressée. Assis juste à côté d’elle, au milieu de la troisième rangée centrale (un compromis fait entre la studieuse hystérique réclamant d’être assise dans la « fosse » et un étudiant plus discret adepte des derniers rangs) le jeune homme gribouillait quelques dessins simplistes sur son bloc notes, il faisait partie des irréductibles qui n’utilisaient pas d’ordinateurs. Ce n’était pas qu’il était contre ou qu’il n’avait pas les moyens, au contraire, mais après avoir perdu son mac suite à un appel d’Atia lancé juste après un cours sur les complexes d’infériorité, il avait décidé de faire des économies et de laisser son mac (pas le même, évidemment) chez lui.

    – Au fait, j’adore ton pull.
    – Merci.  

    Elle le testait, peut-être qu’elle aimait effectivement le pull à col roulé, noir et élégant ayant appartenu au père de Colin lorsqu’il était jeune, mais elle voulait probablement s’assurer qu’il l’écoutait un minimum. Mais ce n’était pas à ce jeu qu’on allait avoir un mentaliste... Lorsque tout le monde fut installé, leur professeure commença le cours et après être passée sur des détails techniques, elle confessa avoir fait venir un invité spécial. Si la plupart restaient encore de marbre devant cette vague annonce, Carolina commençait déjà à espérer un tête à tête avec un psychopathe importé de l’hôpital psychiatrique. Le mentaliste pour sa part restait indifférent, ses pensées s’étaient de nouveau tournée vers ses propres problèmes tandis que d’un geste devenu mécanique, il remettait sa clé en place à travers son pull.

    – Ah, le voilà.

    La réaction du public réveilla Colin qui daigna faire attention à ce qui se passait et après avoir posé les yeux sur la guest star, il était plus que réveillé. En voyant Chase Neutron-Grey avancer, Gula écarquilla légèrement les yeux, mais le reste de son corps était immobile, figé par la stupeur. D’abord assaillit par la surprise, puis par de brèves notes d’appréhension, de frustration et de colère, l’amusement commença à faire son nid dans le cœur de l’étudiant.


    *Atia va me tuer*   pensa-t-il après avoir fait attention à ne pas être entendu par une lecture mentale indiscrète.

    Le visage de Colin suivit le déplacement du NG jusqu’à ce que celui-ci arrive aux côtés de son hôtesse. Mentalis pour sa part le regardait droit dans les yeux, la moindre des choses était donc de ne pas couper ce contact. Cela voulait dire qu’il l’avait fait exprès... A n’en pas douter, Chase avait tout organisé. Impossible que ce soit dû à un hasard. Gula était repéré.

    – Oh mon Dieu...

    Carolina n’était pas du genre émotive et les contacts physiques ne faisaient pas non plus partie de ses habitudes, mais là elle ne put s’empêcher d’attraper le poignet de son voisin. Elle était excitée, et contrairement aux autres midinettes présentes, le physique de l’invité spécial n’en n’était pas la cause. De toute façon, ce n’était pas son type, l’étudiante préférait les mauvais garçons. Elle aimait se compliquer les choses. Vous comprenez pourquoi elle intéresse Colin.

    – Je vais ptet enfin pouvoir lui demander comment ça se fait que toutes les filles soient dingues de lui.   murmura un étudiant à son voisin derrière Colin et Carolina en prenant soin à ce que les filles en proie à leur « discrète » crise d’hystérie ne l’entendent pas.

    Colin sourit, sans quitter Chase des yeux. De toute évidence, le mentaliste lui voulait quelque chose. Cette mise en scène réelle ne pouvait pas avoir été préparée sans un but précis. Après... rien ne le mettait à l’abri d’une diversion qui cachait plusieurs agents de l’UNISON prêt à intervenir et à lui passer les menottes... Mais sous quel prétexte ? Celui d’être entré dans l’esprit de Colin ? Pas sûr que ça passe d’un point de vue légal. Néanmoins, il était trop tôt pour tirer la moindre conclusion... même s’il avait l’impression que Chase avait envie de jouer.

    – C’est moi ou il n’arrête pas de te fixer ?

    Colin daigna couper le contact pour ne pas donner raison à sa voisine observatrice.

    – Il doit aimer mon pull. répondit-il avec un sourire avant de poser d e nouveau le regard sur Mentalis, sans se départir de son sourire.

    Les présentations lui apprirent que le Neutron-Grey avait apparemment quitté l’UNISON. Première nouvelle. Colin arqua un sourcil d’un air interrogateur. Ayant était préoccupé par ses propres soucis, il n’avait pas réellement cherché à mettre son nez dans le dossier « Chase ». Strauss expliqua ensuite ce qu’elle attendait de lui. C’était tout de même étrange de voir le NG dans cet amphi qui faisait partie de la vie « normale » de Gula... Serait-il de retour dans le Royaume des rêves ? Non, probablement pas... le message télépathique qu’il reçut de son « invité » semblait bien provenir du monde réel. Il ne montra rien de ce petit message privé mis à part un clignement des yeux. Il n’allait pas prendre la parole pour lui répondre et se concentrer pour lui fournir une réponse par la pensée reviendrait à dérouler le tapis rouge en direction de son esprit. Cela dit, un mince sourire s’étira sur le visage du mentaliste brun ; Chase le provoquait et ça c’était intéressant.


    Avec Carolina, il fut un des rares étudiants à ne pas détourner les yeux lorsque leur professeure interrogea indirectement ses élèves sur leurs lectures scientifiques. S’il avait effectivement lu le livre (ou en tout cas les chapitres qui l’intéressaient pour sa thèse), ce ne fut pas la raison principale qui le poussa à garder la tête haute, le regard rivé sur le visage de Chase, essayant de le jauger et de lire en lui sans pour autant user de ses pouvoirs mentaux qui de toute façon ne lui seraient pas plus utiles qu’un grain de sable le serait contre Goliath. Lorsque Chase déclara qu’il ne comptait rien cacher à Strauss, Colin faillit laisser un éclat de rire sortir de sa bouche, mais il parvint à se retenir en levant la main pour se caresser le coin des lèvres. Il accueillit ensuite la provocation visuelle de Chase avec un sourire et un air qui semblait vouloir dire : « Envoie-moi du rêve. ». Il avait conscience de jouer avec le feu... le plus grand et dangereux feu qu’un mentaliste pouvait trouver, mais bizarrement, cette confrontation lui faisait du bien et lui permettait de se libérer l’esprit de tous ces problèmes qui l’avaient assaillis depuis sa rencontre avec Kalah.

    Néanmoins, pendant ce temps, Strauss, en dépit de ses chevilles que Colin jugeait comme étant de tailles alarmantes, était une assez fine observatrice pour constater que quelque chose attirait l’attention de son invité. Le jeune Lockhart la vit tourner la tête pour essayer de trouver la cible de ce comportement et son regard se posa sur lui qui lui rendit avec un intérêt poli. La professeure posa ensuite les yeux sur Carolina qui était au bord de l’implosion.

    – Parfait, déclara-t-elle en réponse à la promesse du jeune Chase.  allez-y. lâcha-t-elle aux étudiants.

    Presqu’instantanément, le bras de Carolina se propulsa dans les airs et attira bien sûr l’attention de l’enseignante qui lui fit un discret signe de tête. Il n’en fallait pas plus pour que l’étudiante passe à l’assaut.

    – Monsieur Neutron-Grey, avez-vous...
    – Qu’est-ce que vous avez vu exactement en entrant dans l’esprit de vos sujets d’expériences ? interrompit une jeune étudiante dont la mèche rousse a été elle sujette à de nombreuses heures de soins et de travail.
    – ...remarqué des similitudes entre la psychopathie et la mégalomanie... termina Carolina dans un souffle qui ne fut audible que par son voisin avant de lancer un regard noir sur son écran tout en se tenant prête à prendre des notes, poussée par un fair play professionnel.

    – Je veux dire, dans votre étude, vous avez abordé la chose d’un point de vue assez scientifique, mais d’un point de vue humain, qu’avez-vous découvert.

    C’était intéressant, non seulement ils parlaient d’un sujet fort intéressant : les psychopathes. En plus il allait entendre un « héros » se prononcer sur le sujet, et un mentaliste de surcroît. C’était noël avant l’heure. Intéressé, il croisa les bras et laissa son dos s’appuyer sur le dossier de sa chaise en observant le spectacle, le stylo prêt à écrire par la même occasion.

    Atia allait vraiment le tuer.
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Message posté : Dim 6 Oct - 23:29 Message
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Depuis qu’il avait pris rendez-vous avec la Dr. Meyer-Strauss, Chase avait imaginé encore et encore cette scène. Il ne s’était pas attendu à une telle affluence et, encore une fois, il comprit qu’il avait largement sous-estimé sa propre popularité. Un peu naïvement, même, il avait supposé que son départ de l’UNISON détournerait les regards de son existence, mais au contraire cette décision pour beaucoup mystérieuse, en alimentant les spéculations, l’auréolait d’une aura qui attirait d’autant plus les regards qu’on s’expliquait moins son comportement.

Colin était là, à portée de main — plus encore : à portée d’esprit. La tentation était grande de brûler les étapes, de briser toutes les résistances de Gula et d’explorer dans le détail ces pensées qui, quelques jours plus tôt, s’étaient infiltrées dans les siennes. S’il y résista ce jour-là, ce n’était plus en gardant en l’esprit les préceptes désespérément sages de Jack, mais pour le plaisir de faire durer cette entente silencieuse qui les séparait, Colin et lui, de tout cet amphithéâtre, pris à la mascarade de sa venue, à lui, le gentil petit Chase qui avait écrit un livre. (Sur les psychopathes. Certes.)

Le regard du mentaliste glissa de Colin à sa voisine. C’était à peine si Chase gardait d’Isaac d’autres souvenirs que celui de sa voix traversant la clé et, quand le jeune homme était venu jusqu’au camion de pompiers, le mentaliste avait été déjà trop anesthésié pour y prêter beaucoup attention. Carolina était la première personne à laquelle il connectait Colin et, par conséquent, elle fut sa première victime — une victime qui ne sentit absolument rien, mais dont l’existence la plus récente fut passée en revue.

Chase en fut un peu déconcerté. Il y trouvait un Colin semblable à tous les étudiants ou, en tout cas, qui n’avait rien du personnage croisé dans le Royaume des Rêves. Un double jeu semblable au sien, sans doute. Il y avait quelque chose de presque… touchant, dans la capacité du mentaliste aux dons peu réjouissants de mener une vie comme celle-ci et Chase se demanda si elle n’était vraiment, pour lui, qu’une pure façade, ou bien une facette contradictoire d’une personnalité complexe, qui ne pouvait se comprendre que dans ce paradoxe.

Chase n’entendit pas la question de Carolina, mais il l’a lue sans peine dans son esprit.

— Je ne crois pas.

Sa réponse laissa l’amphithéâtre perplexe, tant elle correspondait peu à la question que tout le monde avait entendue et la Dr. Meyer-Strauss afficha un sourire un peu crispé.

— D’abord, il ne me semble pas que l’on utilise encore beaucoup le terme de mégalomanie, mais quand bien même, les psychopathes cherchent rarement à exalter leur propre puissance ou, tout du moins, pas de manière aussi contrôlée et auto-représentative qu’un narcissiste. Rares sont les psychopathes à posséder un degré de maîtrise sur l’environnement suffisant pour intégrer à leur délire une compréhension globale du monde. Leurs pensées et leurs affects sont la plupart du temps fractionnés en instants clés…

Il s’interrompit une demi-seconde sur ce dernier mot.

— …qui reçoivent tout l’investissement, comme vous dites ici je suppose, libidinal. Si je puis utiliser une image qui me sera plus familière que des concepts que je dois avouer ne pas maîtriser…

Devant cette syntaxe pour le moins élaborée, quelques étudiants étrangers commencèrent à se sentir un peu perdus.

— La personnalité narcissique est comme un réseau hydraulique insuffisamment alimenté dont les canaux formeraient un dessin complexe où seule une partie minime serait irriguée, tandis que la personnalité psychopathique est un geyser qui accumule de l’énergie de façon souterraine et la laisse jaillir de manière fractionnée. Je suppose que l’on peut tracer quelques parallèles, mais cela reviendrait à remarquer que tous les troubles de la personnalité sont des troubles de la personnalité ce qui serait, je crois que l’on peut en convenir, pour le moins tautologique.

Pour les étudiants les moins intéressés par ce cours de psychologie, la réponse du Neuron-Grey venait de tarir toute l’excitation qu’ils avaient pu ressentir devant le super-héros venu égayer la séance. La plupart notait somme toute frénétiquement ces explications rendues plus tortueuses encore par l’usage d’une métaphore, presque plus difficile à comprendre que le propos qu’elle était censée éclairer. Carolina, elle, n’en pouvait plus de contentement : non seulement on avait répondu à sa question, mais la réponse était complète et nuancée.

Le regard de Chase bondit sur la rousse impolie qui avait coupé la parole à l’amie de Colin.

— Quant à votre question, Mademoiselle, eh bien… Ce serait comme essayer d’expliquer à un sourd une symphonie de Beethoven, je le crains. Tentez néanmoins de vous représenter un sixième sens qui vous permettrait de saisir dans le détail un esprit humain, comme si cet esprit était une matière sensible. Il y a à peu près la même différence entre un esprit psychopathique et un esprit « sain » qu’entre un tableau de Poussin et un tableau de De La Tour.

Chase avait encore perdu une partie supplémentaire de l’amphithéâtre. Il jeta un bref coup d’œil à Colin, avec un léger sourire en coin. À croire qu’il faisait exprès d’éradiquer tout ce que son expérience pouvait avoir de sulfureux et de dignes des séries les plus graphiques sur les tueurs en série pour la transformer en complexe méditation sur la nature de l’esprit, la construction des réseaux hydrauliques ou la tradition picturale française de l’Ancien Régime.

Il resta un instant songeur, avant d’apporter le coup de grâce.

— Ou, plutôt, vous pouvez vous représenter la mémoire psychopathique comme un espace einsteinien où la gravité n’est pas une force régulière mais une courbure imposée à l’espace par des corps célestes particulièrement pesants. Il en va de même des souvenirs sur-investis par le psychopathe, qui lient indissociablement les premières excitations sexuelles avec des…

Son regard retrouva celui de Colin.

— …images morbides de peur et de violence.

Il y eut un silence dans la silence, tandis que les étudiants les plus courageux, auxquels la physique de la relativité, somme toute, ne disaient pas grand-chose, tentaient de donner du sens à cette nouvelle comparaison inattendue. Meyer-Strauss, pour sa part, songeait charitablement que le Neutron-Grey n’avait pas l’expérience de l’enseignement et ignorait la meilleure manière de s’adresser à un pareil public : il était donc urgent de poser des questions plus concrètes, pour offrir à ses étudiants des réponses un peu plus rassurantes.

— Et donc cette expérience a été encadrée par l’UNISON ?
— Très encadrée, comme toujours.
— Il y a donc une place pour les psychologues dans une pareille institution ?

Chase hocha la tête.

— Mais je crois qu’il y a de la place pour les psychologues partout ! Tenez, par exemple, je suis intimement persuadé que les plus grandes organisations criminelles doivent trouver du profit à utiliser des psychologues pour manipuler leurs victimes. La vie mentale est la première composante de l’existence humaine et il est difficile de trouver un domaine où les désirs, les ambitions, les espoirs, les peurs ne soient pas impliqués. Vous qui êtes des experts de ce genre de choses, vous devez jouer un rôle prépondérant dans toute institution d’importance.

La fierté de bon nombre d’étudiants fut ainsi gonflée de s’entendre appeler à demi-mots les sauveurs de la nation par un super-héros de tout premier plan. D’autres mains se levèrent, encouragées par cette réponse plus abordable, et des questions fleurirent : sur la manière dont on pouvait obtenir des autorisations pour mener des projets semblables aux siens, sur la nature des meurtres qu’il avait vus dans les esprits des psychopathes, sur les recherches du même genre qu’il comptait éventuellement menées à l’avenir.

Chase répondait aux unes et aux autres, mêlant ses métaphores obscures à des réponses presque propagandaires sur le rôle des psychologues dans la société, frustrant d’une main et flattant de l’autre, bref, plongeant l’amphithéâtre de psychologie en pleine expérience de contrôle psychologique, sous l’œil de plus en plus méfiant de Meyer-Strauss, qui avait la nette impression de perdre le contrôle de son groupe à mesure que l’heure avançait.

Et à chaque fois, dans les réponses de Chase, il y avait un mot, une fin de phrases pour Colin : une comparaison puisée dans le Seigneur des Anneaux, un mot sur les rêves, sur les clés d’interprétation, sur les peurs enfouis, une métaphore sur le fonctionnement des lampadaires publiques. Alors que la séance progressait de plus en plus sûrement vers sa fin et que Chase avait partagé l’auditoire en une partie d’étudiants surfant sur Facebook, une partie d’élèves studieux qui couvraient es pages de notes et une partie de spectateurs fascinés mais un peu perdus comme le regardaient comme un alien, il s’immisça à nouveau dans l’esprit de Carolina et, sans s’en rendre compte, la jeune femme griffonna sur le carnet de Colin :

Pas de question pour moi ? C’est décevant. Je n’aurais peut-être pas dû venir, après tout.

Et une seconde plus tard, Carolina était de nouveau plongée dans sa prise de notes aussi exacte que possible, sans paraître s’être rendue compte de quoi que ce fût.
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Message posté : Lun 7 Oct - 1:43 Message
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    Attentif et surtout curieux, Colin observait le moindre mouvement produit par le corps du Neutron-Grey, et particulièrement ses regards et où ils se posaient. Le pouvoir d’un mentaliste, même s’il n’en n’avait pas forcément besoin, circulait très souvent via un contact visuel, et d’après les souvenirs qu’il avait de leur escapades dans une autre dimension : Chase n’échappait pas à la règle... ou en tout cas il avait eut besoin de voir sa cible pour utiliser ses dons offensifs. Peut-être que ce genre de critère n’était pas utile pour un aspect plus « doux » de ses facultés, mais cela faisait partie des informations qui pouvaient être intéressantes à récolter, aussi Gula ne le quitta pas des yeux, tout en s’assurant pendant de brèves secondes, que Strauss ne se mette pas à l’observer pour essayer de comprendre pourquoi son étudiant faisait une telle fixette. Il n’avait pas envie de passer pour un obsessionnel... Ou plutôt pour un obsessionnel plus pervers que la moyenne, tout le monde avait des obsessions. Ainsi, Colin vit que le regard de Mentalis finit par basculer de lui-même à Carolina. Gula se mit alors à la place de son « adversaire » et devina ce qu’il comptait faire. Sans accorder un regard à sa voisine, il utilisa son pouvoir pour effleurer son esprit qu’il connaissait presque par cœur, bien vite, il détecta une force incroyablement puissante qui était à l’œuvre dans cet environnement mental et cela vérifia sa théorie : Chase scrutait les souvenirs de l’étudiante pour en apprendre plus sur son voisin. Le sourire de l’étudiant chercheur s’élargit. S’il comptait en apprendre plus sur lui en fouillant l’esprit de ses camarades, bon courage à lui. Colin avait fait en sorte que personne sur le campus ne soit capable de divulguer quoique ce soit d’« intéressant » sur lui. Sauf peut-être Chloé... mais l’esprit de celle-ci demanderait à Chase de déployer beaucoup plus de puissance... et le temps qu’il y arrive, Gula ne donnait pas cher de sa peau de NG... Au pire, par l’intermédiaire de Carolina, Chase en apprendrai un peu sur la vie sentimentale de Colin, mais elle n’avait rien d’extraordinaire... cela dit elle n’avait rien d’ordinaire non plus, mais dans ce rayon, était-il possible d’établir une norme ? Peu inquiété par cette intrusion à la vie privée, il regarda de nouveau Mentalis dans les yeux et haussa les sourcils. Comme pour lui demander s’il avait trouvé son bonheur.

    Sur ces préliminaires dignes de la guerre froide, le cours passa au moment des questions et Chase entama l’épreuve en faisant une boulette qu’on pourrait qualifier d’élémentaire d’un point de vue mentaliste : il répondait oralement à quelque chose qu’il n’était pas possible d’avoir entendu sans avoir eut recourt à la lecture mentale. Toute la classe l’avait compris, mais seule Strauss semblait vraiment contrariée. Les autres devaient trouver ça « cool » ou bien ils oublièrent très vite ce détail au profit de la réponse du super héros. Carolina pour sa part, elle serait prête à pardonner dix génocides simplement pour avoir une réponse. Autant dire que le NG venait de la combler pour tout un mois. Concernant les réponses en elles-mêmes, Colin ne pouvait qu’admirer le professionnalisme avec lequel s’exprimait le jeune héros. Sans vraiment essayer de se mettre sur un piédestal, il essayait de s’exprimer de la façon la plus précise possible tout en accordant à son auditoire un savoir que la plupart ne possédait probablement pas. Gula ne se considérait pas comme étant plus intelligent qu’un autre, mais ses nombreuses lectures au langage technique accompagnées par son propre vécu de mentaliste lui permettaient de comprendre l’essentiel des propos tenus par son confrère, surtout que ce dernier ne manquait jamais de lui envoyer des dédicaces personnalisées en faisant référence à son champ de prédilection. Une attention que la répétition, même sous des formes variées, changea en une véritable provocation. Essayait-il de le pousser à bout ? Il était trop tôt pour le dire et Colin préféra pour le moment recevoir ces références comme il encaisserait les blagues d’initié qu’un camarade glisserait dans un exposé quelconque. Tout comme Carolina, il prenait soin de noter les idées que renfermaient les réponses de l’invité du jour. Mais contrairement à elle, il ne participait pas à la discussion et se contentait de copier l’essentiel alors que sa camarade employait la technique de la parfaite secrétaire au dictaphone intégré. D’abord parce qu’ils avaient leurs propres méthodes de travail et aussi pour avoir le temps de noter à côté tous les clins d’œil que Mentalis parvenait à insérer dans son discours. Peut-être que l’étudiant pourrait en faire quelque chose pour établir un profil et pourquoi pas essayer de lire en lui sans user de lecture mentale... un but pour le moins ambitieux mais qui avait le mérite de lui donner une raison de jouer le jeu. Concernant le petit speech qu’il émit au sujet du rôle des psys dans les grandes institutions, Colin se le recevait en plein dans les dents. Le NG devait avoir fait le rapprochement entre les activités peu louables de Colin et ses études, à moins qu’il s’agisse d’une coïncidence... après tout, c’était là simplement l’expression d’un raisonnement des plus sensés et logiques... mais nous n’en sommes plus à croire au hasard, n’est-ce pas ?

    Le cours avança ainsi, alternant questions, réponses, échanges, notes, allusions, images et autres commentaires de statuts et de photos facebook. Finalement, pour un étudiant lambda peu intéressé – ça existe toujours et dans chaque cours, même si ce ne sont pas toujours les mêmes – l’intervention de Chase Neutron-Grey ne changeait guère d’un cours ordinaire, à part qu’ils entendaient moins la voix de Strauss qui réalisait que ses projets ne se déroulaient pas comme elle l’avait espéré. Finalement, ce qui sortit Colin de cette « monotonie », ce fut l’apparition d’une main sur sa feuille. Carolina était en train d’écrire quelque chose, ce qui était un peu étrange car elle était juste en train de noter une longue citation qui venait de l’enflammer. Qu’est-ce qu’elle pourrait dire qui méritait tant d’urgence ? Mais alors qu’elle finissait sa phrase, Colin constata que ce n’était pas son écriture. Il observa sa camarade mais celle-ci semblait avoir de nouveau replongé dans sa rédaction. Il ne restait plus qu’à lire ce qu’elle voulait lui dire. Clairement, ce n’était pas elle qui avait écrit cette question. L’étudiant faillit exploser de rire et dû porter la main à la bouche pour s’aider dans sa retenue. Son regard se posa de nouveau sur sa voisine qui agissait toujours normalement. Elle n’avait rien remarqué. Gula avait beau essayer de se contenir, il ne pouvait pas s’empêcher de penser que ce dont il était témoin était « trop cool »... en tout cas pour son esprit (un peu) tordu. Devant une invitation aussi attentionnée, il ne pouvait qu’accepter.

    Gula allait jouer avec Mentalis.

    Il leva la main afin de poser sa question, chose que Chase Neutron-Grey attendait, semblait-il, impatiemment.

    – Est-ce que l’affaire du clown de Kingston a changé votre conception du métier ? Celui de clown je veux dire...

    Une question qui suscita une vague de murmures indécis... Strauss non plu ne comprenait pas ce que son étudiant voulait dire. Certains se risquaient à ricaner croyant que leur camarade plaisantait, mais celui-ci était on ne peut plus sérieux et attendait une réponse. Il avait conscience que sa question n’avait pas d’intérêt évident – quoique, il serait capable de rétorquer que le la coulrophobie était un sujet d’étude très sérieux lui aussi et que les récents évènements pourraient avoir des conséquences directes dans la pratique de leur discipline – mais ce que Colin attendait surtout, c’était de voir comment le NG allait réagir. Bien sûr, avec un être aussi intelligent, il ne faisait aucun doute que l’aspect scientifique de l’interrogation serait assimilé. Mais Gula voulait également faire passer un message, un rappel ; il savait ce qui s’était réellement passé, que Mentalis avait abusé de son pouvoir pour commettre un meurtre quasi gratuit et s’il menaçait le mentaliste de la peur d’un peu trop près, il y aurait des conséquences... Avec un sourire poli qui lui vaudrait le bon dieu sans confession, le jeune Lockhart attendait sa réponse.

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Message posté : Lun 7 Oct - 10:56 Message
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La question de Colin fut accueillie d’un long silence du côté de Chase. Meyer-Strauss, persuadé à la réaction pensive du mentaliste qu’il n’avait pas non plus vu d’intérêt à la question et s’inquiétant que sa célébrissime invité, qui avait des liens avec les grandes pontes de ce domaine, repartît irrité de sa visite dans sa classe, s’apprêtait à faire remarquer froidement à Colin que l’heure n’était pas aux plaisanteries grotesques. D’ailleurs, tous les regards de nouveau posés sur Chase, après avoir un instant observés Colin d’un air surpris, faisaient tomber l’amphithéâtre dans l’un de ces silences inconfortables qui n’annonçaient rien de bon.

Carolina se pencha vers Colin et murmura :

— C’est quoi cette blague sur les clowns ? Il n’y a plus qu’une demi-heure et j’ai encore trente-trois questions à poser, moi.

Elle était outrée que Colin perdît du temps en d’aussi futiles plaisanteries. Mentalis, qui avait gardé les deux mains jointes devant ses lèvres dans une posture méditative, les descendit de nouveau sur le bureau et détacha :

— L’affaire du clown de Kingston a changé beaucoup de choses pour moi.

Ceux qui étaient parvenus à passer entre les mailles de filet médiatique et qui n’avaient pas encore eu vent de l’incendie du cirque, de la découverte des nombreux cadavres et du mystère de la machine démoniaque s’étaient précipités sur Internet et parcouraient les articles aussi rapidement que possibles. Tout en découvrant les nombreux sites qui avaient éclos, avec leur théorie conspirationniste, ou les fan-fictions qui offraient de l’affaire une version trop romancée, dans laquelle Chase finissait systématiquement par sauver une belle acrobate et à lui faire l’amour romantiquement dans l’ambulance qui le conduisait à l’hôpital.

— Je ne doute pas que si vous y aviez été, vous auriez trouvé aussi que l’expérience était propice à une véritable transformation. Cela dit…

Chase esquissa un sourire.

— Je déteste toujours autant les clowns.

Il y eut quelques rires polis dans la salle. Meyer-Strauss reprit la parole pour diriger les questions vers des sujets à ses yeux plus importants :

— Eh bien, passons au…
— Vous savez pourquoi ?

Elle regrettait définitivement de l’avoir invité, celui-là. Non seulement il lui volait la vedette, mais il prenait le contrôle de sa salle.

— Les clowns se griment pour vous faire rire et lorsque vous ne riez pas devant un clown, le clown insiste. Lorsque vous partez, le clown vous suit. Les clowns sont des prédateurs du rire et c’est une forme de violence psychique particulièrement perverse. Il n’y a pas grand-chose d’étonnant à ce que Kalah, le clown de Kingston, fût un psychopathe. La distance entre forcer un esprit à répondre à vos injonctions et enterrer vivants ceux qui résistent un peu trop, pour une personnalité comme la sienne, était sans doute minime. Mais qui sait…

Chase s’appuya au dossier de la sienne.

— Qui sait les rencontres qu’il a pu faire, dans le royaume dérangé où errait son esprit, qui sait les conversations troublantes qu’il a pu avoir avec des entités fantasmés dans le fond de ses délires ? Kalah vivait dans son propre monde, en quelque sorte, et son très regrettable décès…

Il n’y avait pas une once de remord dans le regard de Mentalis.

— …nous prive hélas des clés de ce monde. Certains essayeront peut-être de reconstruire ses motivations a posteriori, de l’histoire de sa vie. Cela dit, je ne sais pas pour vous, mais personnellement, j’aurais préféré avoir accès à la chair de son esprit, si je puis dire, pour mieux le comprendre.

Meyer-Strauss sauta sur l’occasion pour reprendre la conversation en main. Comme beaucoup, elle avait été un peu surprise par les métaphores convenues — royaume de l’esprit, monde à soi, clé de compréhension — que Chase avait employées et qui avaient tranché avec ses expressions beaucoup plus conceptuelles ou ses comparaisons beaucoup plus communes. À son avis, mieux valait tirer la conversation loin de l’affaire de Kingston — et accessoirement, rappeler à ses étudiants qui dirigeaient, ici.

Chase ne l’écouta d’abord que d’une oreille, plus occupé à observer l’effet de son discours à double entente sur le visage de Colin. En soulignant de lui-même le meurtre de Kalah, il avait espéré moins indiquer à Gula qu’il n’était pas terrorisé par les possibles répercussions de son acte dont les preuves avaient disparu en même temps que le Royaume des Rêves et dont le seul témoin était une déesse de l’Ambition plutôt peu crédible face à un jury populaire, que de souligner aux yeux du mentaliste le peu de désir qu’il avait de déclarer la guerre. Loin de lui cette pensée.

— Donc, vous ne croyez pas aux reconstitutions biographiques qui permettent de poser des diagnostics a priori ?

Le regard de Chase se tourna finalement vers l’enseignante.

— Je crois que c’est un pis aller. Les vies véritables, quand elles sont exceptionnelles, ont bien des facettes dont certaines peuvent paraître contradictoires de prime abord et dont d’autres sont parfaitement secrètes, pendant toute une existence. Le biographe même le plus scrupuleux ne peut jamais qu’offrir une reconstitution orientée et exagérément cohérente de cette réalité fluctuante et parcellaire et, du point de vue du psychologue, il inscrit dans cette vie des causalités qui sont des symptômes plutôt de l’esprit du biographe que de celui du biographé.

Meyer-Strauss, pour une fois, était ravie : il s’agissait précisément de la conclusion de son propre article « Pour une symptomatologie inverse des biographies dans l’analyse psychologique contemporaine », qu’elle avait évidemment signalé à ses étudiants au début du semestre. L’heure de la fin du cours approchait et elle tenait à ce que cette fabuleuse discussion se terminât sur cet instant où l’héroïque Chase Neutron-Grey avait donné son appui à ses thèses les plus récentes — même si ces thèses n’avaient en réalité rien de très novateur.

— Eh bien, merci, Chase, merci beaucoup pour toutes ces explications passionnantes, je suis persuadée que les étudiants ont beaucoup apprécié.

Elle commença à applaudir pour remercier l’invité, bientôt rejointe par un groupe de jeunes filles préoccupées par la manière de capter le riche héritier, par une partie de la salle sincèrement enthousiaste et l’autre partie mollement courtoise. Carolina avait tapé deux fois distraitement dans les mains avant de préciser certains points sur ses notes, puis de se pencher vers Colin et d’interroger anxieusement :

— Tu crois que si j’arrive à lui parler à la sortie, il pourrait répondre aux questions que je n’ai pas eu le temps de poser ?

Après tout, Colin avait l’air d’avoir un contact privilégié avec le Neutron-Grey. Peut-être qu’il avait une idée pour lui soutirer un nouveau cours de deux heures et combler sa camarade de classe ? Pendant ce temps, Meyer-Strauss rompait les applaudissements pour s’adresser à ses élèves :

— C’est une bonne occasion pour voir pour revoir les recommandations bibliographiques de l’APA pour la citation des entretiens et pour vous entraîner à la note de synthèse, les étudiants de troisième année surtout !

Elle élevait la voix pour couvrir le brouhaha qui commençait déjà à régner dans la salle, alors que les élèves, pressés de sortir, rangeaient leurs affaires.

— La foi prochaine, nous en profiterons pour revenir sur l’histoire nosographique de la psychopathologie, du point de vue de la psychologie légale, que ceux qui sont en double cursus avec le droit se préparent à répondre aux questions. Bonne semaine !

Une jeune fille qui s’était soigneusement remaquillée pendant ces recommandations se précipita vers le bureau, mais elle fut prise de vitesse par Meyer-Strauss qui remerciait son invité, en essayant d’être le plus cordial possible et de glisser, aussi subtilement qu’elle en était capable, combien elle admirait le professeur Arié Rosenfeld, quelle chance se devait être de travailler avec lui, etc.

— Je pourrais peut-être vous mettre en contact… ?

Le visage de Meyer-Strauss s’épanouit et le tenure track à Yale était tout doré dans son imagination, tandis qu’elle remerciait vivement Chase de cette proposition. De l’autre côté du bureau, des étudiants poireautaient, qui tentaient de se faire épouser par le riche Neutron-Grey, qui, beaucoup plus pragmatiques, voulaient obtenir de Meyer-Strauss un délai pour le devoir de novembre, parce que ceci ou cela.

Chase pour sa part s’apprêtait à quitter la salle, quand la jeune fille remaquillée bondit vers lui… pour être de nouveau grillée sur la ligne d’arrivée par Carolina, qui avait tracté d’autorité Colin jusqu’au bas de l’amphithéâtre, bien décidée cette fois-ci à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Elle se planta devant Chase.

— Bonjour, Monsieur…
— Chase.

Carolina rougit et débita d’une traite le petit discours qu’elle avait préparé pour se donner confiance, la main toujours crispée sur le poignet de Colin.

— J’ai été extrêmement intéressée par vos réponses et je me demandais si vous n’auriez pas par hasard l’extrême amabilité de m’accorder un peu de votre temps précieux pour répondre à quelques questions en relation avec la thèse que je prépare présentement sur les enjeux épistémologiques de la reclassification des cas limites en psychopathologie parce que je suis certaine que vous seriez d’une aide précieuse.

Sincèrement admiratif devant cette performance apnéique, Chase ne put retenir un sourire amusé.

— Je n’ai absolument pas compris votre sujet de thèse, mais absolument.

Son regard passa de Carolina à Colin qu’elle avait capturé.

— Allons prendre un café. Amenez donc votre petit ami puisque vous ne semblez pas vouloir le lâcher.
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Message posté : Mar 8 Oct - 14:55 Message
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    – C’est quoi cette blague sur les clowns ? Il n’y a plus qu’une demi-heure et j’ai encore trente-trois questions à poser, moi

    – Chut, attends... murmura son voisin en guise de réponse.

    Colin se fichait bien du reste de l’assemblée et de ce qu’elle pensait, lui était focalisé sur le visage de Chase et attendait sa réaction. La question qu’il venait de poser lui tenait bien plus à cœur que toutes celles que ces fans, curieux ou studieux avaient pu émettre. Elle était lourde de sens, et franchement, d’un point de vue psychologique, elle englobait tellement de choses qu’il fut presque irrité de constater que personne, pas même la première de la classe assise à sa droite, n’en apercevait l’intérêt. Parallèlement, cela voulait également dire que la majorité d’entre eux n’avaient pas accordé l’attention adéquate aux actualités morbides. C’était bien beau de jouer à Esprits Criminels, mais si on n’essayait jamais d’appliquer la théorie à la pratique, autant retourner jouer aux pokemons. Finalement, la réponse de Chase arriva et ne déçut en rien le mentaliste de la peur ; il avait répondu à sa provocation en en envoyant une autre. A part eux, personne dans l’amphithéâtre ne savait que Colin avait été présent sur les lieux... très présent même. Aussi, ils pensèrent que leur camarade essayait simplement de glaner des informations exclusives sur un mystère tout frais, loin de se douter que son objectif principal était de voir comment l’enquête avait influencé Mentalis. Plutôt positivement d’après l’absence totale d’empathie qu’il pouvait constater. Une distance émotionnelle qui n’était pas feinte et qui octroya à Gula une certaine satisfaction. Carolina elle-non plus ne fut pas déçue de la réponse. Bien que cela n’avait pas grand chose à voir avec ce qu’elle avait noté auparavant, elle consigna ces nouveaux éléments avec un enthousiasme intellectuel qui faisait frémir sa table. Pendant ce temps, Colin soutenait le regard du NG tout en prenant ses notes, par moment, il hochait la tête mais c’était principalement pour fournir une distraction à son corps qui lui ordonnait de sourire. Sur cette note assez originale, Strauss réussit à rebondir afin d’apporter une conclusion à la session. Et tandis qu’elle rappelait des choses qu’elle avait déjà dites dans ses mails, Colin arracha son regard de celui du Neutron-Grey pour chuchoter un « j’te l’avais bien dit » à sa camarade :

    – On parie qu’aucune de tes trente-trois questions n’aurait pu lui faire répondre ça.

    – Tenu. Je vais essayer de prendre rendez-vous afin de vérifier. Et tu vas faire l’arbitre.

    – Et dire que j’ai failli rester dans mes cartons.

    Les deux étudiants rangèrent leurs affaires avant de se lever et de se diriger vers le bureau. Carolina était en tête et traînait son ami par le poignet. Le jeune homme se laissa faire, parfaitement conscient qu’elle adorait tout contrôler et persuader que la suite allait être des plus divertissantes. Mais ils ne furent pas les seuls à s’approcher. Un bon nombre de demoiselles s’étaient également avancées pour tenter leur chance auprès de cette icône héroïque qui ferait une si jolie pièce dans leur tableau de chasse. Malheureusement pour tous, ils furent devancés par leur professeure qui tenait apparemment à cueillir elle-même les impressions de son invité. Celui-ci parvint à satisfaire la chercheuse et à s’échapper de ses griffes afin de s’éloigner... pour être de nouveau l’objet d’un assaut nuptial. C’était sans compter sur l’habilité légendaire de Hermione à être la première à aborder un professeur hyper pressé à la fin d’un cours. D’un pas expert, elle devança sa concurrente aux phéromones déchaînés. Colin qui suivait plus ou moins passivement Carolina accorda à la perdante un regard d’excuse qui ne parvint pas à cacher son amusement. « Ca t’apprendra à lui avoir coupé la parole. » Après un extrait des capacités d’Hermione,  Chase combla la jeune femme en lui proposant un entretien sous une forme qui avait tout d’une invitation... et il n’oublia pas d’inclure Colin dans l’équation en lui donnant volontairement (Gula était certain que le NG n’ignorait pas que Carolina et lui étaient juste amis... si un tel terme pouvait s’appliquer au mentaliste de la peur). Toujours dans son rôle d’étudiant, le brun eut une moue surprise et regarda Chase d’un air interdit que sa camarade avait également adopté...

    – Heu...  

    Carolina, externe à ce petit test que l’ex agent de l’UNISON semblait faire passer à l’autre mentaliste, ne comprenait pas comment un télépathe aussi puissant, psychologue de surcroît, pouvait croire que Colin et elle... Le doute était tel qu’elle commença à faire un rapide bilan introspectif concernant ses rapports avec son camarade, peut-être se comportaient-ils vraiment comme un couple ? Mais son non conjoint ne tarda pas à la remettre sur la piste de la vérité... Il approcha son visage de l’oreille de l’étudiante et déclara de manière tout à fait audible pour leur interlocuteur :

    – Effy, un Neutron-Grey te propose un rencard, je te conseil de me plaquer et de dire oui.

    Elle tourna la tête vers lui et le tapa au ventre comme le ferait n’importe quelle fille agacée par un ami qui l’embarrassait. Un geste complice, mais totalement platonique... Elle n’avait jamais été attirée par Colin même si elle le considérait comme étant très intelligent et même si physiquement parlant, il n’avait rien d’un poulpe. Et il était gay, accessoirement. Carolina se reprit et se recentra sur son objectif

    – Ne l’écoutez pas, il plaisante... Et ce n’est pas mon petit ami.

    Point. Affirmation. Toujours amusé par cette idée saugrenue, Colin renchérit :

    – Waouh... brutale comme rupture.  

    Mais qu’est-ce que le Neutron-Grey essayait de vérifier en émettant des hypothèses que ses pouvoirs avaient très certainement déjà réfutées ? Le jeune Lockhart l’ignorait, mais il était bien déterminé à lui opposer cette façade qu’il arborait à l’université. Ce personnage crée de toute pièce et dont le succès résidait dans le fait qu’il s’agissait du jeune homme qu’il aurait été s’il n’avait pas un passe-temps sordide qui avait dépassé de loin la simple obsession et qui régissait sa vie et ses ambitions. Le secret de ses mensonges, c’était qu’il ne déchirait jamais la réalité pour y placer des morceaux totalement fictifs... il la tordait pour qu’elle prenne la forme qu’il souhaitait arborer et surtout il l’avait construite sur plusieurs branches plus ou moins parallèles qui ne se rejoignaient jamais... du moins théoriquement. Carolina faisait partie des feuilles qui ornaient une branche précise ; le bout de l’iceberg qu’il exhibait. Le Cartel Rouge était à l’opposé et Gula dans les racines... plus près de la branche du Cartel que celle de l’université, certes.

    – Nous serions ravis de discuter avec vous devant un café. Colin aussi doit avoir des questions à vous poser

    Une vérité dont elle n’était pas certaine, mais elle avait remarqué ou cru remarquer que Monsieur Neutron-Grey n’avait pas arrêté de lancer de fixer son ami du regard. Et bien qu’elle n’arrivait pas à en identifier la raison, elle comptait bien l’exploiter pour booster ses connaissances auprès d’un expert internationalement (et universellement, à n’en pas douter) reconnu. Malheureusement pour elle, tous les obstacles qui la séparaient de son objectif n’étaient pas encore franchis. La fangirl qu’ils avaient réussi à doubler revient à la charge. Sans faire attention à ses deux camarades, elle vient se placer entre eux et le Neutron-Grey, laissa les paupières entrer dans une parade nuptiale et entonna de son chant séducteur :

    – Monsieur Neutron-Grey, auriez-vous du temps à m’accorder pour me conseiller dans la recherche. Je m’intéresse au fantasme du héros dans une dimension Freudienne et j’hésite quant à la position à avoir dans cette étude...

    Autant dire « allons chez moi Chase, mon lit hurle votre nom ». Carolina regarda la « Cordelia Chase » de la promo d’un air scandalisé. Colin pour sa part détourna la tête pour étouffer un rire. Monsieur Neutron-Grey venait de recevoir une proposition forte intéressante qui, d’un point de vue hétérosexuel, effaçait complètement la demande d’Hermione. Cela dit, quelque chose lui disait que cela n’intéresserait pas le jeune mentaliste. Peut-être que son incursion dans l’esprit du grand Mentalis avait murmuré des choses à l’oreille de son petit doigt. Mais il n’allait pas compter là dessus... Préférant ne pas croire tout ce qu’il avait pu voir ou apprendre dans un monde fait de rêves. Mais Chase n’eut pas le temps de répondre à cette demande lubrique car le reste de ses fans décida de se manifester également.

    – Monsieur Neutron-Grey, pouvez-vous nous raconter votre aventure la plus incroyable ?

    – Comment va votre frère ? La paternité se passe bien ?  

    – Et vos sœurs ? Est-ce qu’elles ont quelqu’un dans leur vie en ce moment ?

    La vague d’interrogations donnait l’impression de ne pas s’arrêter pour le plus grand désespoir de Carolina et le plus grand amusement de Colin. Strauss quant à elle avait vu la chose venir et avait préféré s’en aller, repue des compliments que son éminent invité lui avait poliment prodigués.
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Message posté : Mar 8 Oct - 16:37 Message
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Chase couvrit d’un sourire bienveillant la petite altercation de Colin et Carolina. C’était adorable. Évidemment, c’eût été plus adorable encore s’il n’avait su que Colin était un sadique particulièrement bien trempé capable de susciter des peurs assez palpables et même s’il ne savait pas à quel point le Royaume des Rêves avait augmenté les pouvoirs de son partenaire de cirque, Chase ne pouvait s’empêcher de considérer avec un rien de circonspection tout témoignage d’innocence et d’affection que Gula pouvait bien offrir. Le prendre à la lettre de son jeu, c’était un coup à se réveiller avec un Nazgûl dans son placard.

Néanmoins, le Neutron-Grey allait très naïvement proposer à ses deux invités de le précéder quand il fut enseveli sous un flot de questions. La première et la plus développée d’entre elles, celle de Cordelia, avait été écoutée avec un intérêt poli. Tout décidé qu’il fût à embrasser une carrière dont la légalité et la moralité n’étaient plus, désormais, les caractéristiques principales, Chase conservait une capacité phénoménale à passer à côté de certains sous-entendus un peu lestes, particulièrement quand ils impliquaient conjointement sa propre personne et un être de sexe féminin. À croire que la lecture des fanfictions où il était l’objet de l’ardente passion sexuelle d’un monstre à tentacules ne lui avait pas servi de leçon.

Mais qu’à cela ne tînt ! Ce n’était pas la première fois que, depuis quelques semaines, Chase se trouvait perdu au milieu de l’enthousiasme populaire. Il avait adopté une technique qui ressemblait assez près à : « oh, regardez ! un oiseau ! ». Chase prit une profonde inspiration et se lança dans une réponse collective :

— Eh bien, pour être tout à fait sincère…

Avant d’être opportunément coupé par l’alarme à incendie. Tout du moins était-ce le son qui résonnait dans l’esprit des étudiants massés autour de lui, y compris ceux de Colin et Carolina. Chase se décala de devant la porte de l’amphithéâtre et fit un geste en direction de la sortie.

— Par ici, c’est sans doute plus prudent. Nous discuterons dehors.

Certains étudiants étaient un peu réticents à l’idée d’obéir à cette injonction quand, d’ordinaire, l’alarme ne préoccupait jamais personne mais, peu désireux de paraître violer le règlement aux yeux d’un super-héros, ils finirent par se grouper vers la sortie, tandis que Chase leur lançait, d’une voix très convaincue :

— Je crois que le point de rassemblement est dans le parc. Restez groupés surtout, qu’on puisse se retrouver.

Pendant ce temps-là, toute perception de la sonnerie illusoire avait disparu dans l’esprit de Colin et Carolina, qui pouvaient observer leurs camarades en train de sortir docilement de la salle, d’un pas assez pressé, pour rejoindre aussi vite que possible le fameux point de rassemblement qui n’existait pas et reprendre le fil de leurs questions. Chase n’accorda pas plus de son attention à la jeune femme dont il n’avait pas compris qu’elle venait de lui offrir son corps qu’aux autres et, bientôt, l’amphithéâtre ne fut plus occupé que par eux trois.

— Mais… C’est pas contre les règles, ça ?

C’était sans doute contre la loi. Chase haussa les épaules.

— Les règles, Carolina, ne sont que l’outil par lequel ceux qui n’ont pas de mérite personnel peuvent dominer les puissants.

Ce raisonnement tout nietzschéen était loin d’être une nouveauté dans la philosophie de Chase et il n’avait jamais accordé une très grande attention aux règles : de ses débuts de hacker à son code moral tout personnel sur le terrain, en tant qu’agent de l’UNISON, en passant par ses aventures avec sa fratrie, le jeune Neutron-Grey avait rarement considéré que les règles et les lois devaient se respecter en tant que telles. Il y en avait eu quelques-unes pour le retenir, cependant, très longtemps. Celles de Jack, par exemple. Elles avaient fini par tomber comme les autres. Ce n’était finalement que le mouvement naturel de son esprit.

Il fallait croire qu’Effy ne portait pas trop mal son surnom, parce qu’une fois cette réflexion faite et intégrée, elle parut décider que, de fait, les menus détails des lois internationales sur l’usage de la télépathie n’étaient pas dignes d’entraver son succès scolaire et l’ambition qu’elle avait pour sa propre réussite n’était jamais, aux yeux de Chase, qu’une forme plus acceptable de son ambition à lui. Ou de celle de Gula, vraisemblablement.

— Bref, guidez-nous vers un vendeur de cafés et évitons le parc.

Carolina opina du chef et prit la tête du trio, tandis que Chase restait un pas en arrière à côté de Colin. Avec une sincérité parfaite, il commença par faire la conversation :

— Je ne savais pas, tout de même, que l’on utilisait encore la théorie freudienne et que l’on étudiait des choses aussi négligeables que le fantasme du héros. Je m’attendais à ce que des méthodes plus positives et rigoureuses fussent adoptées.

C’était à se demander comment il parvenait à ne pas se faire arracher ses vêtements par des fans plus entreprenants que Cordelia. À l’entendre, il aurait probablement accepté de discuter très sérieusement de la question avec la jeune femme et ne serait douté de ses intentions que lorsqu’elle aurait expliqué en détail l’un des chapitres de son mémoire en glissant une main entre ses jambes. Dire qu’il venait de soutenir pendant près de deux heures une discussion à double entente dans une salle pleine de psychologues, apprentis ou hautement qualifiés, sans éveiller les suspicions de qui que ce fût.

À voix très basse, il enchaîna :

— Vous aviez raison, au fait. J’aime beaucoup votre pull. Ça vous donne un air très…

Sexy ? Ténébreux ?

— Sage.

Chase appuya cette énième provocation d’un léger sourire ironique, tout en pressant le pas, parce que Carolina, bien décidée à ne pas perdre de temps dans d’aussi futiles activités que le déplacement, les entrainait dans une marche sportive digne d’une marathonienne olympique en fin de course. Le trio était donc contraint de travers le campus à grandes enjambées, en fendant la foule des autres étudiants, activité dans laquelle, semblait-il, Carolina excellait plus que nulle autre.

Ils ne tardèrent pas à arriver devant un marchand de café qui, à l’extérieur, abreuvait tous les bâtiments alentours et se faisait une petite fortune. Jouant des coudes, Carolina parvint à griller une grande partie de la file d’attente, mais c’était pour la bonne cause : la science n’attendrait pas. Elle avait laissé les deux garçons derrière lui, tandis que Chase la suivait songeusement du regard.

— Elle est très active, dites moi, votre amie. Je dois reconnaître que vous savez vous entourer.

De la part de celui qui était ami avec l’avocate la plus célèbre de Star City et, de toute façon, entouré d’une fratrie surpuissante, la remarque était somme toute un peu curieuse.

— Mais j’ai bien compris que ce n’était pas votre petite amie. Très clair. D’ailleurs, réflexion faite, j’aurais dû m’en douter. Avec un pull comme le vôtre, ça paraissait tout de même assez peu probable.

Après cette remarque sur la gay attitude de Colin, Chase eût volontiers continué sur sa lancée, mais Carolina était déjà de retour. Elle le fourra d’autorité un gobelet dans les mains à chacun, sans vraiment se soucier de ce qu’ils désiraient boire. Le café, c’était superflu, ce qui l’intéressait vraiment, elle, c’était d’avoir la réponse à toutes ses questions. D’ailleurs, elle avait ramené son sac devant elle et fouillait énergiquement avec une main, pour retrouver le petit calepin où elle les avait consciencieusement notées.

— Il faut qu’on trouve un endroit où s’asseoir. Peut-être une salle de classe libre pour que vous puissiez faire des schémas. Ou bien je pourrais utiliser un dictaphone. Ça ne vous gênerait pas, hein, si je vous enregistrais ? On pourrait même faire un podcast. On pourrait faire une série de podcasts. Vous n’avez jamais songé à devenir professeur ? Ce serait passionnant.

Placidement, Chase parvint à en placer une :

— Oh, vous savez, je ne suis jamais allé à l’école.

Hermione faillit en lâcher son gobelet. Elle arrêta sa fouille pour relever le regard vers lui.

— Vous voulez dire que vous n’avez pas fait d’études ?
— Je veux dire que je n’ai pas été inscrit dans une école depuis mes sept ans.
— Mais c’est affreux !
— Merci beaucoup.
— Non, excusez moi, je voulais dire, enfin, vous comprenez, je ne comprends pas, vous savez…

Chase ne semblait pas pressé de la tirer de sa confusion.
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Message posté : Mer 9 Oct - 12:31 Message
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    Voir le célébrissime Chase Neutron-Grey en proie à une masse grouillante d’interrogations toutes aussi mortellement ennuyeuses les unes que les autres avait quelque chose de très amusant. Colin attendait de voir comment l’ex agent de l’UNISON allait s’en tirer, notamment concernant l’invitation plus qu’équivoque de miss Fantasme. Il fut déçu de voir ce spectacle interrompu par une vulgaire alarme à incendie. Comme beaucoup, il fut pris d’un stupide réflexe mécanique : il leva la tête, comme si l’origine de ce raffut était au plafond et brandissait une pancarte indiquant la raison de ce signal. Mais rapidement, Gula baissa les yeux afin d’observer le Neutron-Grey et comment il allait se comporter. Dans n’importe quelle autre ville, il aurait directement soupçonné Mentalis d’être directement ou non responsable de cet évènement. Mais dans une ville où les attaques de super vilains, d’extraterrestre ou de monstres légendaires étaient monnaie courante, le hasard pouvait tout aussi bien être mis en cause. Concernant la manière dont la célébrité gérait la chose, on ne pouvait que constater un calme professionnel sans doute programmé par des dangers et urgences bien plus redoutables qu’une sonnerie d’alarme. Mais c’est lorsqu’il mentionna le point de rendez-vous que Gula tiqua. Il avait utilisé la deuxième personne... sans s’inclure dans l’action. C’était étrange, on ignorait si l’alarme était fondée ou non et à quel point sa source potentielle serait dangereuse, alors pourquoi prendrait-il le risque de laisser des civils se perdre dans un parc exposé ? L’expérience criminelle de l’étudiant lui permettait de question cette stratégie héroïque qu’il n’aurait probablement pas adoptée. Quelque chose lui disait que Chase savait ce qui se passait réellement. Cette impression devint certitude lorsque la sonnerie s’arrêta aussi brutalement qu’elle était arrivée mais qu’en dépit de cela : les autres suivirent tout de même les directives sécuritaires de la figure héroïque. Encore une fois, Colin ne put qu’admirer l’usage voire l’abus de pouvoir dont faisait preuve son homologue mentaliste. Lorsqu’ils se retrouvèrent débarrassés des gêneurs, Carolina laissa sa conscience morale s’exprimer.

    Colin eut du mal à ne pas lever les yeux au ciel devant une telle considération qu’il avait depuis longtemps écartée à grands renforts de voyeurisme télépathique dont il ne manquait jamais d’offrir une application dans le monde « réel ». Le plus étonnant, c’était qu’il savait pertinemment que sa camarade était plus que prête à lever ces barrières éthiques au nom de la science, la nature immatérielle de son domaine d’étude renforçant cette pratique. Ici, elle devait certainement être surprise par la façon dont Chase avait « soulevé la barrière ». Tout le monde n’avait pas le plaisir de côtoyer des mentalistes au quotidien... quoique. Mentalis balaya donc ce commentaire en expliquant intelligemment ses raisons, représentant par la même occasion l’attitude de bien des héros et surhommes de la planète. La raison qui maintenant sa réponse suffit à aider Effy à se débarrasser de ses doutes de dernière minutes. Autre raison qui expliquait l’attachement que Colin lui portait : le côté pragmatique de l’étudiante avait quelque chose de frais. Sous l’impulsion du NG, les trois geeks de psychologie partirent en quête de café, menés par le général Harris qui connaissait la fac comme sa poche et qui savait aussi bien circuler dans un couloir remplis d’étudiants qu’un alcoolique à la recherche d’une goutte de son nectar favori. Le célèbre mentaliste en profita pour taper la discussion à son voisin, moins pressé que Carolina. D’abord en parlant d’un sujet qui restait ancré dans la comédie qu’il (ils ?) jouait, mais dans le cas présent Gula ne savait pas à quel point Chase faisait semblant.

    – A mon avis, cette demoiselle souhaitait partager avec vous une vision horizontale et acrobatique de la psychologie. C’est curieux que vous ne l’ayez pas remarqué, vous qui êtes supposé être perspicace.

    Etait-ce possible de faire l’autruche lorsqu’on était le sujet de tant d’espoirs, d’admiration et apparemment de fantasme ? Colin n’en n’était pas sûr, pas pour quelqu’un comme Chase qui semblait assez profond pour remettre en question un métier pourtant adéquat à son statut de mentaliste et dont une partie de sa famille était plus qu’impliquée. Ou bien si le jeune homme était sincère, cela pourrait cacher quelque chose... à exploiter ? Ou pas... Dans le monde des psychiques, Chase était un géant, Colin lui n’était tout au plus qu’une simple tarentule, redoutée, douloureuse mais relativement facile à écraser. Il n’était pas question de se brûler les ailes en voulant approcher un tel soleil... mais cela n’empêchait pas de prendre des lunettes et d’observer. De toute évidence, Chase faisait de même avec lui, mais sans prendre de lunette peut-être. Colin sourit en réponse à ce qu’il entendit comme étant une blague, ce ne pouvait être autre chose : lui, sage ? Mentalis ayant rencontré Gula, il devait savoir qu’il n’y avait rien de sage chez cet individu. Un sarcasme sur la façade qu’il arborait alors ? Colin lui répondit doucement d’un air malicieux :  

    – C’est surtout très confortable.

    Double sens ? Probablement. Gula comprenait que le NG essayait d’en apprendre un peu plus sur lui. S’il avait voulut l’affronter, il l’aurait fait depuis bien longtemps. Aussi, le mentaliste de la peur avait décidé de se montrer un minimum coopératif, conscient qu’en cas de résistance farouche, Mentalis n’hésiterait probablement pas à en venir à des moyens beaucoup moins délicats. Autant lui donner quelque chose, tel un chien de garde réclamant un morceau de viande contre son silence lors d’une invasion de son territoire. Un accord tacite. Après avoir accéléré le pas pour suivre sa camarade, Colin encaissa avec dérision un commentaire sur sa tenue vestimentaire, le Neutron-Grey se fiait-il donc à ce genre de détails pour tirer ses conclusions ? Avec un sérieux atténué par ses lèvres au sourire amusé, il donna une partie de son avis sur un tel raisonnement.

    – Vous seriez surpris des vêtements qu’une petite amie pourrait offrir ou imposer à son compagnon.

    Bien qu’il ne souhaita pas vraiment installe de doute sur sa sexualité – un sujet auquel il était assez indifférent aussi bien en tant qu’étudiant qu’en tant que Gula – il jugeait que la mode était en général un terrain peu sûr en termes d’acquisitions d’informations, sauf bien sûr en cas d’exagération vestimentaire avec les punks, gothiques et autres métalleux. Le développement de la métro sexualité ne permettait plus, à son humble avis, des classifications exactes. Aussi, un vêtement typé ne faisait pas d’une personne un membre de la catégorie qu’on lui assimilerait. Un assortiment en revanche pouvait être plus révélateur, sauf le jour d’Halloween. Tout était une question de look et à ce niveau, Colin ne cherchait pas vraiment à en avoir un (par à l’université en tout cas) et se contentait d’assortir ses habits sans pour autant faire attention à tel ou tel groupe d’appartenance. Après tout, avec ses pouvoirs, le proverbe « l’habit ne fait pas le moine » faisait partie des évidences basiques. Cela dit, il comprenait que certaines personnes fassent attention à ce genre de détails externes. Et c’était peut-être le cas de Chase. Encore une fois, il y avait matière à interpréter. Mais les deux jeunes mentalistes n’eurent pas le temps de continuer leur discussion car Carolina, rapide comme l’éclair, était revenue avec ses boissons qui n’étaient vraiment que prétexte. Avec amusement, Colin pensa qu’en temps normal, elle n’aurait jamais pris de café à cette heure là car cela réveillerait son hyperactivité et l’empêcherait de dormir, pour le plus grand malheur de ses voisins. Comme si elle comptait se coucher cette nuit après une journée aussi pleine de nouvelles perspectives. Et ce n’était pas fini car Chase Neutron-Grey semblait décidé à perturber les bases de la jeune femme qui commença à « buguer ». Avec amusement, Colin s’approcha d’elle pour mettre une main sur ses épaules afin de la calmer ; car il savait ce qui se passait, son trop plein d’excitation la rendait toute confuse. Et peut-être même que le statut héroïque de Chase contribuait à la perturber d’avantage.

    – Calme-toi, ça va bien se passer. Sa famille a dû décider de s’occuper de son éducation quand ils sont découverts ses pouvoirs. T’imagine une école qui accepterait un élève mentaliste ? Pas sûr que les parents d’élèves approuvent.

    C’était une explication comme une autre, mais elle avait le mérite de le faire jubiler intérieurement, lui qui avait passé une bonne partie de sa scolarité à extraire les peurs de ses camarades et enseignants. Oui l’ironie était assez comique, mais il n’en montra rien, même si elle ne devait pas échapper au concerné. Toujours sur un ton calme, à la manière d’un coach, Colin prit certains détails techniques en main après avoir rassuré son amie sur la fiabilité des informations qu’on pourrait tirer d’un homme dont le parcours scolaire s’était arrêté peu après avoir appris à écrire.

    – Le travail de Chase est approuvé par un bon nombre de scientifiques dont le simple nom suffit à combler n’importe quel prof, alors respire, sors ton dictaphone – si vous êtes d’accord bien sûr lança-t-il par politesse au concerné. et pose tes questions.  

    Sur ce, elle commença à fouiller dans son sac avec plus de méthode cette fois car elle parvint à trouver son dictaphone, acquis depuis quelques temps maintenant depuis qu’on l’avait invitée à examiner le cas d’un criminel récidiviste (qui depuis lui vouait une passion épistolaire qui n’inquiétait en rien la jeune femme). Pendant ce temps, Colin la guida vers une sorte de table de piquenique qui servait bien les besoins commerciaux du marchand de café. Il installa son amie sur le banc pendant qu’elle manipulait son appareil avant de le placer sur la table, entre Chase et elle. Colin s’installa à côté de son amie en posant négligemment son pied sur le banc et son café sur la table.

    – Ok... ok. Bon L’adrénaline intellectuelle, pouvait faire autant de dégât que celle qu’on trouve sur un champ de bataille, mais Carolina finit par se maîtriser et parvint à choisir avec soin les mots qu’elle allait utiliser, après tout la conversation était maintenant enregistrée. Il ne me semble pas avoir lu quoique ce soit sur le sujet, mais pensez vous que les mentalistes pourraient utiliser leurs pouvoirs psychiques pour soigner un patient atteint... de psychopathie par exemple.

    Colin quitta du regard le fond de son mocha – finalement Carolina en savait pas mal sur ses goûts gastronomique, Chase pourrait peut-être en tirer de quoi leur proposer un dîner alléchant – et fixa sa camarade un instant avec intérêt. Le sujet venait peut-être tout simplement de la démonstration que Mentalis venait de faire, mais la question tombait vraiment à pic. En effet, Gula savait s’entourer.
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Message posté : Mer 9 Oct - 18:46 Message
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Assis à la table de pique-nique, les coudes sur la table, le menton dans les mains, Chase regardait impassible Carolina qui sombrait dans le doute et la confusion après avoir appris qu’il n’était pas passé par toutes les précieuses et nécessaires étapes du système scolaire privé américain, comme tout bon scientifique qui se respectait. Cela dit, Chase était très loin de se considérer comme un scientifique — ce en quoi il n’avait pas tort — ou même comme un génie — ce qui laissait plus de place à la discussion. La comparaison permanente avec Tesla avait considérablement amoindri ses prétentions en la matière et, quand il avait souligné son peu de compétences, quelques minutes plus tôt, dans l’amphithéâtre, juste avant de noyer les étudiants dans des comparaisons inextricables, il avait été parfaitement sincère.

Le Neutron-Grey s’abstint cependant de contredire Colin qui vantait la respectabilité dont il pouvait jouir au sein de la communauté scientifique. Il y avait quelques universitaires plus conciliants que les autres, c’était certain, mais Chase était persuadé que toute la réputation qu’il avait pu acquérir n’était guère que l’effet ricochet de celle de Tesla ou d’Arié Rosenfeld, avec qui il avait écrit le livre qui lui valait la charmante quoique confuse conversation de Carolina.

Lui, il voulait continuer à discuter et surtout à discuter avec Carolina, pour comprendre un peu le rôle que cette étudiante, certes attachante, mais pas tout à fait ténébreuse, jouait dans la petite vie de façade que Colin menait sur le campus. Chase jeta d’ailleurs un œil à Gula. Avec son pied sur le banc, son café, son pull à col roulé, son air mi-moqueur, mi-sérieux, ses petits sous-entendus, il peinait un peu à le cerner. Mais il était là pour ça. Pas pour découvrir les secrets enfouis de son inconscient afin d’un jour l’éradiquer psychiquement. Pour saisir le mécanisme d’une double vie et la manière dont on pouvait cacher des ambitions peu catholiques sous un visage sociable. Lui, évidemment, ne cherchait pas à cacher, mais à concilier — c’était tout de même un peu la même chose.

Chase jeta un autre coup d’œil au dictaphone. Il allait tout de même falloir être prudent. Dieu seul savait où pouvait finir cet enregistrement et même s’il n’eût sans doute éprouvé aucune difficulté à forcer Carolina à le lui remettre, Chase préférait ne pas prendre de risques. La première question fut accueillie par un « hmmm » songeur.

— Soigner. Vous voulez dire, reprogrammer ?
— Euh… Oui. En quelque sorte.

C’était une métaphore purement informatique, mais aussi purement objective, qui privait le noble dessein d’Hermione de tout son habillage moral.

— Moi, je pourrais. Certainement. Je suppose que je pourrais reprogrammer à peu près n’importe qui pour faire à peu près n’importe quoi. Inutile de dire que je n’ai pas vraiment mis la théorie en pratique. Mais cela demanderait beaucoup d’énergie, beaucoup de temps et beaucoup de connaissances. Je veux dire, pour construire une personnalité cohérente. Bâtir quelque chose de grossier, ce serait plus facile.
— Mais la plupart des théoriciens estiment que la psychopathie est un trouble de la personnalité trop radicale pour être soigné.

Chase retira le menton de ses mains pour attraper son gobelet de café et haussa les épaules.

— Les théoriciens érigent leurs moyens en théorie, mais c’est une méthode scientifiquement discutable. Regardez, il y a quelques siècles, il y avait des gens pour imaginer que l’on pouvait voler avec des machines. C’était techniquement impossible, mais théoriquement réalisable. Les théoriciens ont transformé leurs impossibilités techniques en difficultés théoriques. Peut-être qu’on ne peut pas reprogrammer les psychopathes par la parole ou les médicaments. Mais je suis plus performant que la parole ou les médicaments. Mettons…

Il fit mine de réfléchir un petit moment à son exemple avant de reprendre :

— Mettons que je veuille que vous écriviez quelque chose sur la feuille de votre voisin, en cours. Je pourrais très bien vous parler pendant une dizaine de minutes, argumenter et vous le feriez, parce que vous jugez que ça ne vous coûte pas trop, que c’est légitime, bref, que vous faites un calcul. Ou je peux prendre le contrôle de votre corps et le réaliser à votre place. Même effet, différentes techniques.
— Donc le problème, l’obstacle principal, est un exemple d’ordre éthique, c’est cela ? Ce serait envisageable s’il y avait des comités d’éthique pour contrôler, comme pour les expériences que nous pouvons faire sur des sujets volontaires ?
— Sans doute. Mais en fait, comme on ne peut pas tester, on ne peut pas savoir s’il y a un obstacle pratique. Peut-être que c’est vraiment impossible. Mais l’obstacle éthique précède l’obstacle pratique, de sorte que nous sommes dans l’ignorance de nos propres capacités et de l’état du monde.

Carolina fronça les sourcils et Chase esquissa un sourire. De toute évidence, la jeune femme ne se préoccupait guère de morale et d’épistémologie et les questions d’organisation de la recherche lui paraissaient moins intéressantes que celles relatives à la possibilité réelle, scientifique, de mener ses expériences et d’obtenir des résultats. Chase commençait à comprendre ce qu’un être comme Gula pouvait trouver chez cette étudiante dont l’ambition rationnelle et culturelle ne répugnait pas à piétiner allègrement la déontologie et la bioéthique. D’ailleurs, elle revenait à la charge sur le seul point qui l’intéressait vraiment :

— Donc, ce serait possible, pour de vrai ?

Et tel le serpent corrupteur, Chase répondit d’un ton dégagé :

— Je suppose que du coup, on ne pourra jamais vraiment savoir.

Carolina parut frustrée. Chase enchaîna :

— Mais vous savez, les purs psychopathes ne sont pas le visage le plus remarquable du mal. Les sadiques et les sociopathes sont probablement des cas beaucoup plus complexes, mieux à même de contrôler leurs impulsions et de proposer une vision du monde alternative susceptible de structurer le réel en un discours cohérent et, par conséquent, d’autant moins perméable aux gens normaux, comme vous, Colin et moi, qu’il a les apparences de la logique. Mais vous êtes plus familière de ces problèmes que moi, si j’ai bien compris.
— Eeeuh…

Dire que les sadiques avaient une vision alternative du monde n’était pas exactement le discours dominant au sein de l’université. Il n’était pas non plus complètement atypique et nombre de psychologues en pointe de la recherche affirmaient la nécessité d’avoir une compréhension de l’intérieur du fonctionnement pathologique des personnalités, pour en proposer une description scientifiquement satisfaisante. Mais pour Carolina, ces propositions pionnières n’avaient jamais aidé que de sulfureux éditoriaux scientifiques écrits par des professeurs d’universités prestigieuses mais lointaines et elle n’avait jamais rencontré de spécimen vivant près à défendre cette théorie. Même si Gula était assis avec son moka juste à côté d’elle. Niveau sadique, on faisait difficilement mieux.

— Mais le principe d’une personnalité antisociale, n’est-ce pas que sa vision du monde est trop fractionnée pour être fonctionnelle ?

Chase avala une gorgée de café, avant de répondre avec une fausse ingénuité :

— Vous savez, je ne suis pas un spécialiste, mais j’avais toujours compris que le principe d’une personnalité antisociale était de ne pas pouvoir fonctionner dans sa société. Ce ne sont pas les textes qui manquent, à toutes les époques, pour dire que l’homosexualité est un comportement antisocial. La société s’est modifiée. Dans une société qui accorde une place à la torture dans le système judiciaire, un sadique pourra trouver un emploi et satisfaire son désir de souffrance comme le juge son désir de pouvoir sur la vie de ses semblables. De semblables intégrations sont déjà largement possibles pour la plupart des formes de sociopathie.

Il désigna Colin d’un geste de la tête.

— Tenez, par exemple, demain, vous pourriez découvrir que votre ami est un parfait sociopathe incapable de ressentir la moindre culpabilité et simplement préoccupé par la satisfaction méthodique de pulsions dévoyées, cela n’empêcherait en rien qu’il ait fonctionné socialement avec vous pendant très longtemps, parce que le sociopathe est capable de comprendre intellectuellement les codes culturels et de les intégrer. Quel droit aurions-nous alors de le jeter au banc de la société, sous prétexte qu’il est théoriquement antisocial ? Qui que l’on soit au fond de nous, nous ne sommes jugés que d’après nos actes. C’est ça, la justice. Les psychologues ont tendance à l’oublier.

Carolina hocha lentement la tête.

— On construit des rampes pour les fauteuils roulants. Disposer de codes moraux explicites et qui ne se fondent que sur les actes, c’est une rampe sociale qui permettent aux personnalités antisociales comme Colin de fonctionner de notre monde.

Chase se retourna vers Colin et lui adressa un grand sourire :

— Enfin, si vous me permettez de vous faire incarner ce rôle un peu déplaisant, naturellement. Je ne doute pas que vous soyez doux comme un agneau en toute circonstance.

Bien sûr.
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Message posté : Ven 11 Oct - 18:03 Message
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    Certains au Circus le qualifient de « minet à la langue bien pendue », mais ils n’avaient probablement jamais rencontré Chase Neutron-Grey qui de toute évidence pourrait aisément faire de l’ombre à Gula. Le discours du jeune homme était épais et riche en informations qui ne demandaient qu’à être décortiquées. Colin prit note de charger Drew d’effacer tous les enregistrements de cette conversation que Carolina allait sauvegarder. Les chances pour qu’elle découvre le pot au rose étaient inférieures à dix pourcents, mais il préférait ne pas prendre de risque. Après tout l’intelligence de la jeune femme l’avait déjà agréablement surpris à de multiples occasions par le passé, il valait donc mieux éviter de potentielles surprises plus amères. En plus de l’absence quasi totale de remords qui en surgirait, Colin savait que de toute façon, sa camarade n’allait pas utiliser cette conversation directement dans ses recherches, elle comptait juste s’en servir afin de s’orienter un peu dans ses démarches. Après tout, quoi de mieux pour explorer les confins d’esprits malades qu’un mentaliste reconnu tel que celui qui était assis en face d’eux ?

    Ainsi, Chase se jugea capable de reconditionner des individus afin, par exemple, de les « guérir » de leurs maux psychologiques. C’était comme s’il se déclarait apte à éteindre le soleil en un clin d’œil. Pour avoir fait un tour dans l’esprit de Mentalis, Colin le savait capable d’atteindre un tel but, ou tout du moins de l’approcher de très près. Avec amusement, il pensa qu’il aimerait bien faire l’expérience en lui servant de cobaye, juste pour le mettre au défi. L’idée même de changer de personnalité était assez effrayante, mais dans son cas (justement) sa personnalité lui venait avant tout de ses pouvoirs et de son lien particulier avec les craintes que cachent les individus. Aussi, il jugeait que son « lui » était étroitement lié à son statut de mentaliste. Mais à ce niveau, peut-être que Chase Neutron-Grey serait également capable d’appuyer sur un bouton « off ». Une expérience que Colin n’était pas prêt à mener dans l’immédiat, mais l’idée même était intéressante et il la garda dans un coin de sa tête. Avec un peu (beaucoup) de chance, un jour viendrait peut-être ou Gula n’aura pas d’autres choix que de prendre une retraite bien méritée. Une vision utopique qui était à des années lumières du présent dans lequel il se trouvait. Pour le moment, il était hors de question de le priver de ses friandises préférées.

    Il observait donc l’échange avec intérêt, se concentrant plus sur le sens plus ou moins bien caché des propos de Mentalis que sur le contenu théorique que Carolina chercher à saisir. Lorsque le NG le prit en exemple pour jouer le cas de l’antisocial psychopathe, Hermione se tourna vers son voisin pour l’observer de son regard dubitatif, sourcil arqué. Colin se tourna vers elle en même temps et après avoir arboré un air exagérément mystérieux, il mima un marionnettiste tirant les ficelles avec une expression démoniaque qui dépassait le ridicule. Cela fit sourire Effy qui se reconcentra sur le sujet après cet intermède humoristique. Chase pour sa part s’excusa – mon œil – d’avoir transformé l’adorable étudiant en monstre pervers et manipulateur, le concerné lui répondit d’un air jovial.

    – Y a pas de mal, dit comme ça, j’ai l’air fascinant.
    – Et on ne peut pas dire que Colin soit un agneau... marmonna de manière tout à fait distincte sa camarade avec un sourire taquin, parmi toutes les soirées étudiantes qu’ils avaient partagés, elle pouvait assurer que son ami était complètement capable, dans certaines situation, de produire ou de faire produire des cris d’émotion primaire. Un de ses ex avait eut beaucoup de mal à s’en remettre d’ailleurs, mais bien sûr, elle en ignorait la cause... ou du moins ses aspects les plus glauques.

    – Mettons que vous soyez confronté à un tel individu, comment le traiteriez-vous ?  

    Le piège était grossier, mais tellement tentant et comique que Colin ne put y résister. Peut-être que sa rencontre avec un clown psychopathe l’avait plus affecté qu’il ne le pensait.

    Alors qu’elle recevait la réponse de Chase avec la passion qui la caractérisait, Carolina entendit un ronronnement étouffé qui provenait de son sac ; son portable vibrait. Elle s’en empara comme si c’était une mouche particulièrement persistante et regarda l’écran par réflexe avant de l’éteindre. C’était du moins son plan avant qu’elle ne voit qui était en train de l’appeler. L’expression de son visage changea et elle s’excusa avant de se lever pour aller téléphoner plus loin, d’un air soucieux. Colin la suivit du regard en fronçant les sourcils. *Encore lui ?* Mais il finit par retourner son attention sur la table, plus précisément sur le dictaphone qu’il coupa avant d’observer Chase d’un regard neutre et distant, beaucoup plus « Gula » que « Colin ».


    – Vous vous êtes apparemment bien remis du spectacle de l’autre jour.

    Devinant/entendant l’origine de l’appel que recevait Carolina, il savait qu’elle en aurait pour au moins dix minutes avant de pouvoir revenir à ses moutons... ou à ses agneaux. La pauvre avait ses propres croix. Non pas que cela attriste réellement le mentaliste de la peur, au contraire. Mais qu’importe pour l’instant, il avait peut-être là l’occasion de vérifier un peu plus clairement ce que le grand Mentalis lui voulait. S’ennuyait-il tellement, seul, loin de son cocon familial, qu’il avait décidé de faire une visite surprise à un allié onirique ?

    – On dirait presque que je vous ai manqué.
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Message posté : Ven 11 Oct - 18:46 Message
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Toutes ces discussions étaient certes absolument fascinantes, mais Chase songeait de plus en plus à susciter chez Carolina une soudaine envie de réordonner sa bibliothèque ou de classer ses cours. Il soupçonnait la jeune femme de ne pas avoir qu’une seule question et les détails conceptuels de la psychologie, criminelle ou non, ne l’intéressaient pas au plus haut point. Après tout, dans cette fameuse enquête sur les psychopathes, il n’avait été qu’un instrument et il ne partageait pas pour eux l’enthousiasme morbide qu’il devinait sans peine chez Gula. Sa morale n’était peut-être pas très solide, mais il était très loin d’égaler celui qui se faisait passer pour un gentil petit étudiant.

La question du gentil petit étudiant fut accueillie par Chase d’un gentil petit sourire.

— Eh bien, je pense que je commencerais par éradiquer leur personnalité préexistante. Leurs souvenirs, leurs volontés, leurs pulsions. Et ensuite, il faudra tout rebâtir.

C’était, bien entendu, une réponse un peu stupide et il en avait parfaitement conscience : une personnalité sans souvenir ni inconscient n’eût guère été plus humaine que la conscience mécanique d’un androïde et, pour le psychopathe en question, la guérison se serait alors apparentée à une trépanation à l’ancienne. Carolina eut l’air un peu perturbée par ce soudain défaut de clairvoyance chez celui qui avait été si prolixe en nuances presque indiscernables depuis trois heures.

— Mais… Enfin, il faudrait sans doute, je ne sais pas, travailler beaucoup plus dans le détail, non ?

Pour Carolina, ce n’était pas non plus très facile à formuler : après tout, elle n’avait aucune idée du genre de sensations qu’avait Chase lorsqu’il s’emparait dans un esprit ni des outils qu’il avait à sa disposition. Mais Chase ne s’en souciait guère : tout ce qu’il voulait, c’était suggérer à Gula que leur petit jeu, aussi agréable fût-il, pouvait fort bien se terminer brutalement. Gula avait à cœur de titiller sa conscience ; Chase avait à cœur de rappeler qu’il n’état pas le mentaliste du coin de la rue.

Mais l’insistance de son collègue sur le point du clown mort le laissait un peu songeur. Elle n’avait finalement rien de surprenant : Chase savait fort bien que les journaux le décrivaient depuis des années comme un parfait modèle d’intégrité, de sagesse et de douceur. Ni l’ardeur avec laquelle il avait piraté les systèmes gouvernementaux, pendant son adolescence (et bien après), au mépris de toutes les lois contre le cyberterrorisme, ni ses perversions sexuelles, ni ses arrangements de plus en plus nombreux avec tel ou tel criminel, lorsqu’il était encore au service de l’UNISON, n’étaient venus alimenter les nouvelles.

Sa propre insensibilité après la mort de Kalah l’avait bien surpris et perturbé. Il y avait songé encore, dans les heures qui avaient suivi son réveil, à l’hôpital. Mais réflexion faite, elle ne lui paraissait pas si inconsistante avec les choix qu’il avait faits d’année en année et, plus particulièrement, les semaines écoulées. Il répondit par un haussement d’épaules à la dernière question de Carolina, mais l’attention de l’étudiante fut bientôt détournée par son téléphone. Chase ne lui accorda pas un regard, mais, quand elle fut partie, il appuya sur le bouton d’arrêt du dictaphone. Ses yeux restaient fixés dans ceux de Colin.

— Vous vous attendiez à quoi, au juste ? Que je me roule en boule dans mon lit et que je pleure en suçant mon pouce ? C’est amusant le premier soir, mais ça perd vite de son charme.

Chase avala une gorgée de son gobelet de café, assez content d’abandonner le rôle de professeur improvisé, calme et sérieux. Il n’avait pas quitté le monde contraignant de l’UNISON pour embrasser à la dérobée une carrière académique. La seconde remarque de Colin le fit sourire.

— Bien sûr que vous me manquiez. Nous partageons des souvenirs si tendres, tous les deux, désormais. Vous êtes le premier garçon avec lequel j’ai chevauché un Nazgûl. Le premier avec lequel j’ai tué un clown, aussi. Ce sont des choses qui comptent.

Autant en finir rapidement avec cette histoire puérile.

— Vous voulez savoir si je me sens coupable ? Pas vraiment. Tuer un type qui enterrait les gens par dizaines sous son chapiteau quand il ne réussissait pas à leur dévorer leur cerveau, j’avoue que cela ne m’a pas empêcher de dormir. Vous savez, Colin

Il avait insisté sur le nom civil de son interlocuteur avec un léger sourire.

— Le monde ne se partage pas entre les psychopathes comme Kalah et les super-héros comme mon frère. Il y a des gens comme moi, des gens plus pragmatiques qui tirent des leçons de leurs aventures.

Bon, ces leçons étaient pour l’heure encore floues et, en dehors de la décision d’accompagner Lukaz dans sa vie criminelle et de regagner sa propre liberté, Chase n’avait pas encore de projets très précis pour son avenir. C’était précisément pour découvrir un peu ce que d’autres mentalistes pouvaient bien faire de leur existence qu’il était venu jusqu’au campus. Le seul qu’il eût jamais côtoyé d’un peu près avait été Liam Archer, et Chase n’avait aucune envie de devenir un Légionnaire.

— Bref… J’ai fini par trouver votre clé, une fois les sédatifs dissipés. C’était très aimable de votre part, quoique je ne vous eusse pas cru aussi, comment dire ? sentimental. Un objet intéressant, cela dit. J’espère que vous faites bon usage de la vôtre. Et que vous restez éloigné des piscines.

Chase n’avait pas oublié qu’il n’avait pas été le seul à vivre des événements peu agréables dans le Royaume des Rêves et s’il s’était remis de son aventure, il aurait tout aussi bien pu retourner le compliment à Gula, qui n’avait plus grand-chose de l’homme tétanisé et trempé jusqu’aux os qui avait échoué à ses pieds, quelques jours plus tôt.
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Message posté : Sam 12 Oct - 14:30 Message
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    On pouvait dire que le NG avait le mérite d’être clair, à moins qu’il ne fasse de l’humour mais à ce niveau, Colin ne connaissait pas suffisamment son interlocuteur pour connaître ses habitudes humoristiques. Le terme « éradiquer » était toutefois fort intéressant et laissait le mentaliste de la peur un peu songeur. Le Justin Bieber du Bigsby Building serait-il donc enclin à prendre des mesures aussi drastiques ? Cela ne ressemblait pas beaucoup au portrait que lui avait dépeint Isaac. L’acolyte de Colin s’était amusé à faire un exposé sur la célébrité qu’ils avaient rencontrée pendant la période de « dépression » de son patron. C’était à se demander si lui aussi n’avait pas plusieurs vies. Autre détail intéressant, le départ de Carolina permit aux deux mentalistes de retirer leurs masques, même si Colin pour sa part en gardait bien les traits externes, après tout ils étaient toujours sur le campus, potentiellement exposés à des regards qui ne sont pas supposés rencontrer Gula. Bien sûr, cela n’empêcha pas la conversation de prendre une toute autre direction.

    – Vous vous attendiez à quoi, au juste ? Que je me roule en boule dans mon lit et que je pleure en suçant mon pouce ? C’est amusant le premier soir, mais ça perd vite de son charme.

    – Je ne sais pas, vous aviez vraiment l’air en état de choc. C’en était presque inquiétant. répondit Gula d’un air faussement sincère, tout en évitant de mentionner le fait que lui-même n’avait toujours pas digéré cette aventure.

    – Bien sûr que vous me manquiez. Nous partageons des souvenirs si tendres, tous les deux, désormais. Vous êtes le premier garçon avec lequel j’ai chevauché un Nazgûl. Le premier avec lequel j’ai tué un clown, aussi. Ce sont des choses qui comptent.
    – Si je me souviens bien, vous l’avez tué tout seul. Non pas que je vous le reproche bien sûr.

    – Le monde ne se partage pas entre les psychopathes comme Kalah et les super-héros comme mon frère. Il y a des gens comme moi, des gens plus pragmatiques qui tirent des leçons de leurs aventures.

    Là Colin ne répliqua rien et se contenta d’attendre en fixant l’autre mentaliste d’un air intéressé. Lui ferait-il une confession sur son affiliation véritable ? Plus il passait de temps avec lui, moins Gula voyait le majestueux Mentalis comme un bisounours en armure. Une image qui, de toute évidence, avait été bien forgée par les médias et par l’héritage de sa famille. Peut-être était-il le vilain petit canard du nid.

    – Bref… J’ai fini par trouver votre clé, une fois les sédatifs dissipés. C’était très aimable de votre part, quoique je ne vous eusse pas cru aussi, comment dire ? sentimental. Un objet intéressant, cela dit. J’espère que vous faites bon usage de la vôtre. Et que vous restez éloigné des piscines.
    – Les sentiments n’ont rien à voir là dedans. Cet objet ne m’appartenait pas. Et puis... Il hésita un instant, s’apprêtant à exprimer quelque chose qu’il n’était pas certain d’avoir encore complètement compris. Pour des gens comme nous, avoir un souvenir lié à cet endroit me semble... dans l’ordre des choses.

    Naturellement, il s’abstint de répondre à l’allusion concernant les piscines. Un manque de courtoisie qu’il interpréta comme étant soit de l’arrogance pure et simple, ce qui serait compréhensible étant donné la puissance dont Mentalis disposait, soit une colère spontanée, aurait-il touché un point sensible ? Cela dit, il serait un peu risquer de continuer sur une pente rugueuse. Avec sa puissance phénoménale, un Mentalis instable serait trop dangereux pour le minuscule Gula. Ce dernier croisa les bras et s’accouda sur la table en se penchant vers l’ex agent. Sa voix était basse mais bien assez audible pour être parfaitement entendue par le jeune Neutron-Grey.

    – C’est pour ça que vous êtes venu me rendre visite ? Me donner des cours de natation ? J’ai du mal à croire qu’il s’agisse d’une simple visite de courtoisie. Vous vous êtes invité dans mon travail et mes études, j’imagine donc que vous me voulez quelque chose, alors pourquoi ne pas jouer cartes sur table ? Personnellement, je trouve la situation amusante, mais je suis malheureusement obligé de regarder la vérité en face : j’ai d’autres préoccupations et, sans vouloir vous offenser, vous ne faites pas partie du haut de ma liste. Et puisque je doute que m’aider soit dans vos projets, je propose que l’on cesse les préliminaires.
    – Désolée, il faut que j’y aille. J’ai... je...

    Carolina avait finit de passer son appel qui fut bien plus rapide que ce à quoi son ami s’était attendu. Mais même s’il parvenait à entendre la détresse de sa camarade, Colin décida de ne pas en tenir compte. La situation voulait que Chase soit plus important que la jeune femme. Aussi, parce qu’il la sentait particulièrement effrayé, Gula ne prit pas la peine de peaufiner son jeu d’acteur et se contenta de lui répondre d’une voix sincèrement inquiète mais sans quitter des yeux le mentaliste en face de lui.

    – Vas-y, je vais rester avec notre invité. Mais fais attention à toi, surtout.

    Carolina marmonna une réponse qu’il n’entendit même pas avant de prendre son dictaphone et de s’éloigner à grands pas pour aller régler son problème. Et une distraction de moins, cela aurait le mérite de « faciliter » l’échange entre les deux hommes. Conscient qu'à partir de maintenant, les choses allaient être beaucoup moins subtile, Colin prépara inutilement son esprit non pas à tenter d'arrêter celui de Chase, mais plutôt à l'encaisser. Autant essayer de se protéger d'une tornade à l'aide d'un gant de baseball
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Message posté : Sam 12 Oct - 15:23 Message
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Le pragmatique Chase était justement un peu déstabilisé par les raisons qui poussaient Gula à agir et notamment celles qui avaient invité l’autre mentaliste à lui laisser la clef. Lui n’aurait pas couru le risque de donner à un adversaire potentiel un outil dont la nature et les effets étaient encore bien flous. Mais Chase avait parfois la méticulosité paranoïaque d’un joueur d’échecs un peu trop habitué aux parties fermées et qui voyait dans une clé pour l’heure difficilement utilisable la solution d’une situation hypothétique, trente ans dans le futur.

Il fallait peut-être se calmer. La discussion de plus en plus ouverte et le départ de Carolina, à laquelle il n’adressa guère qu’un rapide sourire que la jeune femme ne vit même pas, bien trop préoccupée par ses propres problèmes, facilitaient somme tout considérablement l’enquête. Chase lui-même ne savait pas exactement comment interpréter la pulsion qui l’avait fait chercher et trouver Gula. En apprendre plus sur la vie d’un mentaliste loin de l’UNISON ? Peut-être. Découvrir sous un autre jour, dans d’autres circonstances, cet allié d’une aventure qui, jadis, eût probablement été un ennemi juré ? Il ne le savait pas trop.

Un léger sourire flottait sur ses lèvres.

— Ce que vous pouvez être vexant, tout de même. Moi qui espérais avoir éveillé en vous une secrète fascination. Et voilà que vous rejetez mes préliminaires…

L’esprit de Chase vint effleurer la surface de celui de Colin et il sentit se dresser toutes les résistances habituelles des mentalistes. Tesla le lui avait recommandé, Chase s’y était appliqué : depuis quelques semaines, il s’employait à percer les défenses des rares volontaires qu’il avait trouvés à l’UNISON. Personne n’avait été de taille à lui résister. Mais l’envie d’en savoir plus sur Colin de cette manière lui manquait. C’eût été trop décevant, trop banal. C’eût été priver Gula de l’aura particulière qui avait été la sienne et qui n’avait pas peu contribué à le tirer, lui, de son monde sclérosé.

Une pensée se forma néanmoins dans l’esprit de son interlocuteur.

* Détendez vous. *

Une brise légère parcourut la peau de Colin, brise printanière et presque chaude, étrangère à la saison d’octobre, et qui paraissait comme surréaliste. Les bavardages entrecroisés des passants, des clients qui attendaient devant le marchand de café et de ceux qui couraient après leur bus, furent rejetés dans le lointain, au profit de la rumeur régulière et apaisante d’un ruisseau. Des fragrances légèrement parfumées, comme celles des premières fleurs des champs, montaient lentement aux narines.

Le tableau champêtre en devenait presque ironique, tant il était agréable et incongru. La sensation d’un soleil naissant faisait dorer la peau, la quiétude d’un après-midi sans souci montait peu à peu.

* Vous voyez. On est bien. Tous les deux. *

Et tout s’arrêta brusquement, pour imposer à nouveau la réalité brutale : les conversations devenues, par contraste, assourdissantes, le froid déjà mordant de l’automne, le grisaille du ciel, l’odeur âcre de la pollution, malgré les arbres du campus. Le message, aux yeux de l’illusionniste, était clair : les protections étaient superflues, parce qu’elles seraient de toute façon brisées. S’opposer à lui était une perte d’énergie.

D’une voix dégagée, Chase déclara :

— J’ai froid. Marchons.

Il se releva, attrapa son gobelet et s’engagea au hasard dans l’une des allées d’un campus qu’il connaissait à vrai dire très mal. Il n’était pas rare que des étudiants ou des professeurs, en les croisant, fussent un instant interdit par ce visage devenu familier à cause de sa célébrité. Chase n’y prêtait guère attention.

Calmement, Chase reprit la parole :

— Croyez le ou non, c’est une simple visite de courtoisie. J’ai beaucoup de temps libre, maintenant, grâce à cette histoire, et je dois avouer que vous avoir rencontré en était un épisode pour le moins intéressant. J’étais curieux de savoir ce que vous deveniez. Non que vous ayez eu l’air aussi remué que moi par nos péripéties, mais tout de même, il y avait quelque chose en vous de… Je ne sais pas. Disons propre à éveiller la curiosité.

Chase adoptait une sincérité sans détour qui était d’autant plus suspecte qu’ils venaient de passer trois heures à jouer de sous-entendus et doubles sens. C’était à se demander si le mentaliste ne faisait pas exprès de prendre le contrepied des attentes prudentes de Gula pour le déstabiliser plus efficacement qu’une attaque, directe ou sournoise, ne l’aurait fait.

— Nous n’avons aucune raison d’être ennemis, d’ailleurs. D’abord, si j’avais encore appartenu à l’UNISON, je n’aurais pas eu de motif pour vous arrêter. Ensuite, je n’y suis plus et je n’ai donc aucune obligation. Enfin, je n’ai aucune envie de continuer à me préoccuper de ce genre de futilités. J’ai une existence à reconstruire. La mienne. Indépendante et libre.

L’ouverture de Chase était en demi-teinte : il se confiait mais ne confiait rien de très compromettant. Ni rien qu’une solide réputation de parfaite intégrité n’eût suffisamment contredit, s’il prenait l’envie à Gula de faire la publicité de cette conversation. Le mentaliste se savait au-dessus de tout soupçon.

Il promena le regard autour de lui.

— Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas vous ennuyer ici. Je suppose que vous vous servez de Carolina, mais pas pour de la psychologie horizontale, comme vous dites, alors…

Il haussa les épaules. Une nouvelle pensée s’inscrivit dans l’esprit de Gula.

* Je suppose que je pourrais puiser les informations à la source. *

Un peu au hasard, Chase fit remonter à la conscience de son interlocuteur quelques souvenirs anodins de Colin et Carolina : en conversation, en soirée, assis côte à côte en cours, en train de prendre un déjeuner rapide à la pause de midi.

— Je n’ai pas envie de vous dominer, après ces préliminaires.

Avec un grand sourire innocent, il précisa :

— Pas mon genre.

Manifestement, si Chase ne comprenait pas les allusions pour le moins explicites que pouvaient lui faire les jeunes hommes, il n’était pas entièrement dépourvu de connaissances dans le domaine. Mais ce fugace aperçu de sa vie privée, à vrai dire peu riche en informations, fut aussitôt suivi de questions pleines d’une sincère curiosité.

— Je ne sais pas, mais disons, comment faites-vous pour supporter tout ça, après une aventure comme la nôtre ? Tous ces gens, ces bâtiments gris, ces professeurs soporifiques, ces camarades ennuyeux, avec leur petite vie insignifiante, leurs pensées sans détour, si accessibles, si faciles…

Chase parcourait d’un regard mélancolique les visages de ceux qu’il croisait, alors que son esprit sans difficulté bondissait de l’un à l’autre. Ce sentiment d’ennui et de déception à l’égard du monde, il l’avait depuis sa première adolescence, depuis qu’il avait compris pour la première fois que sa télépathie l’avait séparé de la société et que cette société-là n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans le Bigsby Building, que les vies de la plupart de ses concitoyens, qu’il n’osait appeler ses semblables, étaient aussi différentes de la sienne que s’ils avaient vécu sur d’autres planètes.

Pour lui, qui avait toujours vu la vie comme un jeu qu’on devait absolument jouer sans temps mort, le monde était peuplé de PNJ à l’IA décevante. Se promener dans les rues de Star City, certains jours, lui faisait l’effet d’une tournée à la Ligue Pokémon avec une équipe stratégiquement composée, quand un Dracaufeu simplement bourrin eût suffi à tout remporter. L’UNISON avait réussi à le distraire un temps, un temps très court, mais le voyage au Royaume des Rêves avait ravivé sa frustration.

— Tenez, elle, par exemple…

Il désigna une jeune fille qui lisait, d’un mouvement de menton. Aussitôt, son esprit se connecta à celui de Colin, puis à celle de la jeune femme. Tout ce qu’il trouvait dans le second parvenait au premier par son intermédiaire. Mentalis passa en revue les souvenirs de l’étudiante : de petits drames familiaux, des amours de collégienne, des angoisses vestimentaires. Les ambitions : devenir avocate comme Charlie Lane. Loin d’avoir le caractère. Des peurs communes. Des désirs sexuels banals.

Cette vie humaine, que d’autres eussent trouvé émouvante, palpitante de secrète énergie, exaspérait Mentalis. Le lien télépathique entre Colin et l’étudiante fut rompu alors que le jeune homme s’en désinvestissait, sans se soucier de savoir si l’esprit de Gula avait été capable d’absorber la masse monumentale d’informations qu’ils venaient de parcourir en quelques secondes.

Avec un haussement d’épaules, Chase conclut :

— C’est juste désespérant.
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Message posté : Sam 12 Oct - 19:13 Message
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    En tête à tête avec le mentaliste le plus puissant et dangereux de la planète, Gula accueillit avec un sourire dubitatif ce que Chase venait de déclarer comme étant ses intentions secrètes concernant leur entretien. Il s’agissait certainement d’une preuve d’humour, aussi avec une expression qui disait tout le contraire, Colin lui répondit :

    – Désolé de vous décevoir.

    Il fallait dire qu’en termes de fascination, voire même d’obsession, Colin avait largement de quoi faire. Et si sa gourmandise était légendaire, elle n’en n’était pas moins réaliste par rapport à ses capacités. Mentalis était un gros morceau, beaucoup trop gros pour que le mentaliste de la peur décide de s’y intéresser de manière approfondie. Avec l’aval d’Atia et un coup de main du Mandarin ou encore de Wildcard, pourquoi pas, mais tout seul. L’étudiant était fou, mais pas de cette manière.

    – Malgré tout, je reconnais que vous m’intriguer.

    Une différence lexicale qui fut accompagnée par une légère intrusion mentale de la part du NG. Colin dû se concentrer afin de réprimer un frisson devant tant de puissance. Il se rappelait bien sûr avoir plongé dedans afin d’y trouver des armes au Royaume des Rêves, mais alors, c’était lui qui avait le contrôle. Aujourd’hui, il était certain que l’esprit de Chase sera bien moins chaleureux à son égard. Une pensée extérieure s’immisça en lui, elle lui demandait de se détendre. Avait-il le choix ? Docilement, Colin abaissa ses vaines défenses afin de laisser le pouvoir de Mentalis l’envelopper dans une sorte d’illusion qui se voulait apaisante. L’étudiant appréhenda le phénomène avec curiosité, tout comme il l’avait fait lorsque Chase avait utilisé ses pouvoirs sur Carolina. Sauf que cette fois, il pouvait s’exprimer directement sur la question, notamment sur le commentaire de Chase concernant l’ambiance qu’il essayait d’installer.

    – Si vous le dites, je ne suis pas très branché « Enya » mais pourquoi pas ?
    Si Chase avait vraiment voulu aider Colin à se détendre, il lui aurait fait écouter un concert de cris affolés, comme ceux qu’ils avaient entendus pour la première fois dans cet hôpital psychiatrique il y a des années. Certes, sur le moment, cet évènement n’avait rien eu de plaisant, mais aujourd’hui, il décorait ses rêves comme les guirlandes d’un sapin de noël. Mais il ne voulait pas non plus défier Chase Neutron-Grey, il avait déjà vu ses capacités se déchaîner sur un environnement « réel » alors il préférait éviter qu’une telle démonstration ait lieu dans son propre esprit. L’invité, déclara vouloir marcher. Pourquoi pas. Sans répondre, Colin l’accompagna dans son mouvement après avoir prit sa sacoche et son café. Tout comme Chase, il ne fit pas attention aux regards qu’on leur lançait à cause de la célébrité du Neutron-Grey. S’il n’était pas habitué à cela, il pouvait néanmoins se montrer indifférent, il avait d’autres Chase à fouetter.

    D’une oreille attentive mais sans non plus croire bêtement chaque parole prononcée, il écoutait le discours du mentaliste. Un discours qui confirma l’hypothèse qu’il avait déjà formée : Chase était bien différent du portrait qu’on en dépeignait dans les médias, plus sombre, plus... perturbé ? Ce n’était peut-être pas le bon mot, mais d’après ce que Colin crut comprendre, c’était le seul qui lui vint à l’esprit. Le jeune homme était apparemment là pour avoir des réponses à ses multiples interrogations existentielles. Il était confus, c’était certain. Il déterra même quelques souvenirs liés à Carolina dans l’esprit de Gula. Un processus fort désagréable mais que le jeune homme encaissa tout de même, ce n’était pas comme s’il ne s’y était pas attendu. Mais tout de même, ce n’était pas vraiment « courtois » de sa part. Cette démonstration combinée à la confession de Chase sur son besoin de domination perturba un peu son interlocuteur. Pas parce que son esprit venait d’être violé, il n’était pas assez hypocrite pour s’indigner d’un tel crime et surtout, il savait qu’il pourrait s’en remettre car il avait subit pire, mais parce que cela illustra parfaitement la confusion qu’il avait diagnostiquée plus tôt chez le Neutron-Grey. Il était perdu. C’était dangereux. Mais aussi intéressant. Il n’eut pas le temps de développer cette idée car Mentalis fit de nouveau une démonstration, imposant l’esprit mis à nu d’une passante dans celui de Gula. Celui-ci s’arrêta sur le coup et remua un peu la tête en fermant les yeux. La sensation n’était pas vraiment plaisante, pour lui, c’était comme tourner sur lui même à toute vitesse au milieu d’une forêt luxuriante. C’était un peu trop, son esprit n’était pas assez fort pour décortiquer ce qu’il voyait. Mais il parvenait tout de même à comprendre ce que Chase voulait dire par « ennuyeux ».

    Colin resta immobile au milieu du chemin, faisant face au Neutron-Grey et le regardant directement dans les yeux, le temps de lui répondre.

    – Vous réalisez que ce que vous faites équivaut à un adulte qui demande à un enfant quel est le sens de la vie ? Je ne vois pas toutes ces choses. Je ne fais que gratter la surface et j’en suis encore au stade où chaque découverte, ou presque, m’amuse.

    Sur cette mise au point, il reprit la marche, conscient que rester planté là avec un Neutron-Grey augmentait les chances d’attirer un badaud indésirable.

    – Et au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, j’ai des goûts très particuliers. C’était le cas de le dire. Mais là il s’éloignait du sujet. Je ne suis pas vous, Chase. Je ne vois pas les choses comme vous les voyez. Vous avez un problème que je n’ai pas, à ce niveau là... je ne peux pas vous conseiller... Mais si vous avez du mal à trouver votre place dans ce monde, changez-le. Ou changez de monde, ce n’est pas comme si c’était impossible...

    Clés magiques mises à part, tous deux savaient qu’il existait un large éventail d’univers et de dimensions tous aussi différents les uns que les autres et qui ne demandaient qu’à être explorés.

    – Pour ce qui est de notre escapade, plus précisément. Je ne m’en suis toujours pas remis, si vous voulez tout savoir... J’en suis encore à me demander comment je vais faire.   Pour régler le problème « Phobos », pour l’éviter, se protéger, l’anéantir. Ou à plus grande échelle, comment ne plus jamais être dans une telle situation, possédé... dépourvu de toute emprise sur sa propre vie. Il y avait également la question de sa mère qui le hantait. Bref, Colin avait ses propres fantômes. Néanmoins, il comptait sur ces retrouvailles avec Mentalis pour changer d’air et oublier un peu ses problèmes, le jeune homme revint donc sur ce sujet. J’imagine que vous avez tout essayé... pour pallier à votre ennui ?
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Message posté : Sam 12 Oct - 19:42 Message
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Non, il ne réalisait pas. Pour lui, tous ces esprits étaient des livres ouverts depuis bien longtemps et ses prouesses se comptaient en milliers de kilomètres ou en centaines de pensées. Pas dans les subtilités d’un seul cerveau. Tel était bien son problème : aucune aventure au monde ne lui permettrait jamais de quitter cet intenable paradoxe — d’avoir un esprit qui embrassait de vastes étendues et d’être confiné en un seul corps. La Pierre de Lune avait cela de séduisant qu’elle commençait par achever son corps, à l’amener presque jusqu’au bord de la mort, pour le laisser s’exprimer pleinement. Le Royaume des Rêves lui avait fait un peu le même effet.

Mentalis fut authentiquement décontenancé en entendant Gula souligner la différence de leurs pouvoirs. Trop content d’avoir rencontré quelqu’un « comme lui », Chase n’avait pas songé à mesurer précisément le fossé abyssal qui les séparait. Les mentalistes de l’UNISON, c’était acquis, jouaient dans une autre cour. Ils se débattaient avec des notions approximatives. Un peu comme il l’avait fait, quelques jours plus tôt, en Gemini. Mais Gula avait eu l’air si sûr de lui, les premières minutes, dans le cirque, quand il l’avait rencontré, que naïvement, Chase l’avait supposé plus semblable à lui-même que bien d’autres.

La déception était grande. Le jeune homme détourna le regard alors qu’ils reprenaient la marche. Il écoutait néanmoins les conseils de Colin, puisque c’était ce qu’il était venu chercher. Changer de monde ? Impossible. Il n’allait pas entrainer Lukaz dans un monde plus dangereux ou plus étrange pour le simple plaisir d’assouvir son besoin de puissance. Changer le monde ? Il voyait mal comment. Qu’est-ce qui ne lui allait pas, d’ailleurs, dans le monde ? Il ne savait trop rien. La quiétude, peut-être. Il avait besoin d’aventures, de défis. Mais ça ne se créait pas comme ça.

La question de Colin fut accueillie par un haussement d’épaules.

— Tout, je ne sais pas. Je suppose que je pourrais faire de la plongée au milieu des requins, ou quelque chose dans ce goût-là. Mais ce n’est pas vraiment le problème. C’est comme si j’avais eu envie de courir toute ma vie et qu’on m’avait laissé dans une rue pleine de monde. Et quand j’arrive enfin en pleine campagne, il y a encore des limitations de vitesse. Et je me dis : alors c’est ça, être adulte, avoir un compteur qui affiche 210 et ne jamais dépasser 60 ? Sentir la tempête se préparer mais ne jamais avoir le droit aux éclairs ? C’est à l’intérieur, vous comprenez…

Il commençait à en douter, après ce que Gula que lui avait dit. Il jeta un regard en coin au jeune homme. Plissa imperceptiblement les yeux. Sonda son esprit. Puis décréta :

— …je suis sûr que vous comprenez. Ce n’est pas le problème d’avoir une distraction, n’importe laquelle. Les activités ne me manquent pas. C’est le problème d’avoir tout cela au fond de soi et de ne pouvoir en exprimer qu’une partie infinitésimale. Ça brûle.

Le mentaliste finit par secouer la tête, avant de remonter la fermeture de son blouson, tandis que le soleil déclinait et qu’il faisait de plus en plus frais.

— Mais enfin, peu importe. Je ne sais pas à quoi je m’attendais en venant ici. Peut-être que je cherchais, justement, une activité, tout en sachant que c’était puéril.

Autour d’eux, les étudiants se clairsemaient. Ils avaient atteint la partie du camps qui s’associait aux entreprises, le bassin technologique comme aimaient à l’appeler les décideurs et les urbanistes, et il n’y avait pas grand monde pour aller et venir dans ces rues toutes semblables, où la seule variété était introduite par les logos géométriques légèrement différents de telle ou telle firme technologique.

Machinalement, Chase parcourait les panneaux du regard. Puis il se retourna vers Colin.

— Vous avez tort, cela dit, de vous dévaloriser. Peut-être le faites-vous par stratégie. Peut-être par humilité. Peut-être par appréhension. Simplement… Je vois en vous plus de potentiel que vous ne paraissez décidé à l’admettre. Évidemment, vous êtes plus… Spécialisé. Semblerait-il. Quoique les détails m’échappent. Cela n’empêche pas. La spécialisation, je veux dire. Venez.

Il désigna d’un geste du menton un petit parc, quelques dizaines d’arbres tout au plus et un chemin qui coupait le bosquet. Une tentative un peu dérisoire de donner l’illusion d’un campus vert. Chase s’écarta du sentier pour gagner l’abri de la végétation, loin des regards peut-être indiscrets des rares passants.

— Ce qu’il vous manque, si je puis me permettre, ce qu’il vous manque, ce sont des résistances. Ce que les gens appellent un bouclier mental. Vous savez, ce n’est pas simplement une coquille dans laquelle enfermer son esprit. Je veux dire, la vraie protection. Beaucoup de mentalistes croient ça. Comme si on pouvait enfermer ses pensées dans une boîte. Mais c’est très différent. C’est une manière… D’organiser les choses.

Le jeune homme s’arrêta de marcher pour se retourner vers Colin.

— Je peux vous montrer.

Le regard bleu perçant du Neutron-Grey s’était posé dans celui de Gula.

— J’avoue que j’aimerais beaucoup vous explorer. Ce serait un peu comme une expédition minière. J’ai toujours aimé les explorations inédites, vous savez.

Il rompit le contact un instant pour considérer leur environnement immédiat. Avec un sourire ironique, il souligna :

— Naturellement, dans un pareil décor, ce ne serait qu’un petit coup de sonde en douce, mais après tout, c’est ce pour quoi les bosquets sont faits.

Son regard rejoignit de nouveau celui de Colin.

— Laissez-vous tenter, Gula. Vous n’avez pas grand-chose à perdre, hmm ? Laissez-moi vous aider à palper votre bouclier. Ça ira très bien avec votre pull.

Et puis ça lui ferait une distraction, à lui.
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