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Le syndrome de Stockholm (Charlie)

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Message posté : Sam 5 Oct 2013 - 16:38 Message
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14 octobre 2013

Accoudé à la fenêtre, les cheveux volants dans la brise légère du soir, Chase aurait pu avoir l’air de regarder innocemment le spectacle de la ville que la nuit commençait à envelopper, par une soirée encore douce d’automne. C’était sans compter le tout petit boîtier qui s’élevait comme par magie, très lentement, très discrètement, le long de la façade de l’immeuble. L’ex-agent de l’UNISON acheva de guider sa création jusqu’au toit et se pencha un peu plus en avant pour apercevoir la disposition de l’antenne parabolique.

Plusieurs mètres plus haut, le boîtier, dans un claquement rendu inaudible par la rumeur ambiante de la circulation, se referma sur un ensemble de fils électriques tressés et, avec une palpitante impatience, le jeune homme se précipita dans le salon et appuya frénétiquement sur les boutons de la télécommande. Jamais plus grand sentiment de puissance (ou presque) ne l’avait envahi que lorsqu’il vît défiler sous ses yeux les centaines de chaînes câblées qu’il venait de pirater.

Maintenant que Chase avait tué un clown et qu’il ne travaillait plus à l’UNISON, il avait beaucoup de temps libre. Une partie non négligeable de ce temps libre était évidemment destinée à fabriquer un gadget qui rendrait Lukaz immortel (ou, à défaut, moins déprimé), une autre aux entraînements nécessaires à leur futur cambriolage (les vrais et ceux qu’ils faisaient sans vêtement) mais Chase avait aussi pu redécouvrir les joies des combats de robots à la télévision, les dernières rediffusions de ses séries de science-fiction préférées et, avec une certaine perplexité, des émissions étranges où de jeunes mariés en péril venaient s’engueuler sous les conseils d’Oprah.

Ce soir-là, flottant dans son grand tee-shirt Guild Wars et son pantalon de jogging gris hors d’âge, exultant devant une chaîne câblée exclusivement consacrée à la vente par correspondance de circuits imprimés, les cheveux en bataille, un bol de céréales sur la table basse derrière lui, Chase avait définitivement l’air d’un geek. Il fallait dire que Lukaz n’était pas là ce soir et que le jeune homme avait été laissé à son désoeuvrement. L’envie de sortir pour draguer des garçons l’avait bien traversé un instant, mais c’était tout de même beaucoup plus rigolo de pirater le câble des voisins.

Le mentaliste s’apprêtait à jouir (en tout bien tout honneur) de son nouvel exploit quand une onde d’hostilité névrotique traversa l’immeuble. Il était vraisemblablement le seul à pouvoir sentir de si infimes variations, perdues dans l’immensité des réseaux psychiques qu’empilaient une vingtaine d’appartements, mais il était certain de ne pas se tromper. Par acquis de conscience, il sonda télépathiquement les environs.

Trois secondes plus tard, la télécommande reposait sur la moquette, le bol de céréales avait été renversé sur la table basse quand Chase s’était relevé brusquement, la pulpeuse vendeuse de circuits imprimés parlait dans le vide et les verrous de la porte s’ouvraient d’eux-mêmes, puis la porte avec eux, alors que Chase se précipitait, pieds nus, dans ce qui lui servait de pyjama, pas coiffé, dans le couloir, dans la cage d’escaliers, jusqu’à l’appartement de Charlie.

Évidemment, il avait failli tomber dans les escaliers, dans sa précipitation, mais même en ratant quelques marches, il était parvenu promptement à la porte de son amie, dont les verrous, à leur tour, lui cédaient le passage. Ce fut donc dans son accoutrement pas tout à fait héroïque que Chase Neutron-Grey débarqua dans le salon de son amie, sous le regard médusé d’un homme armé d’un revolver et en larmes. Sous l’effet de la surprise, il ne songea pas aussi tôt à tirer sur le mutant.

Tout rebelle et peut-être un tantinet psychopathe qu’il fût, Chase n’avait rien perdu de son sens de la subtilité et de la diplomatie. Plutôt que de lobotomiser dans le tas, il leva donc les mains — ce qui, pour la plupart des gens qui le connaissaient, n’avait rien de particulièrement rassurant. Mais pour l’heure, cela sembla faire l’affaire et, d’un geste du canon, l’intrus l’invita à prendre place sur le canapé, à côté de Charlie, qui lisait un gros dossier. Comme quoi, rien ne pouvait l’empêcher de travailler.

À vrai dire, Chase était un peu embarrassé par sa tenue. Depuis qu’il avait quitté l’UNISON, il n’avait pas eu l’occasion de revoir Charlie. Peut-être essayait-il un peu de l’éviter. Le mutant n’avait guère envie de répondre à des questions relatives à ses mésaventures au cirque — qu’il était de moins en moins porté à considérer comme des mésaventures. Ce secret-là en avait entraîné quelques autres, parfaitement superflus eux et ainsi n’avait-il pas encore eu l’occasion d’apprendre à Charlie qu’ils étaient (temporairement ?) voisins.

Puisqu’ils étaient menacés tous les deux par un revolver — une vieille habitude — le moment était sans doute particulièrement bien choisi.

— Je ne t’ai pas dit, au fait, j’ai emménagé chez Lukaz.

Ce qui expliquait sa tenue.

— Ta gueule ! Laisse la travailler.

Chase haussa un sourcil. C’était une menace plutôt atypique de la part d’un malfrat. Il plissa légèrement les yeux pour s’insinuer dans l’esprit de l’homme. Bientôt, il comprit que la situation était plus complexe qu’il ne l’avait cru d’abord : l’hostilité de l’homme était général et ne prenait pas particulièrement Charlie pour objet. Il y avait même, dans le fond de sa confusion, une sorte de sympathie pour l’avocate. Précisément la raison pour laquelle il était venu la menacer d’un revolver.
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Message posté : Dim 6 Oct 2013 - 13:03 Message
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Elle n’avait pas payé son café en sortant de son travail, parce qu’elle était définitivement trop cool et, bien que gênée par cette attention si particulière, c’était les bons côtés. Parce que, à côté de ça, sur le petit trajet qui l’avait mené au café, elle avait réussi à entendre des questions comme : qu’est-ce qu’on pouvait faire quand une voisine marchait tout le temps en talons sur son parquet ? Est-ce qu’il y avait une loi de prévu pour interdire le rouge à lèvres qui rendait la vie infernale à de pauvres baleines ? Combien pouvait-on demander en dédommagement quand une pizza avait rendu quelqu’un de malade ? Un tas de questions qui commençait souvent de la même manière : Vous êtes Charlie Lane ? Songer à changer de visage lui avait traversé l’esprit 3 fois, s’inventer une sœur jumelle : 7 fois et répondre non : une bonne vingtaine de fois.

Charlie, café en main, s’engouffra dans un taxi aussi rapidement que possible et invoqua le secret professionnel, dans un grand sourire, quelques minutes plus tard quand le conducteur lui demanda plus d’informations sur une affaire dont il avait entendue parler deux heures plus tôt à la radio. Magnifique. Mieux, il trouva le moyen de lui demander comment elle vivait les infidélités de Chase Neutron-Grey qui avait été vu avec une autre personne, selon un journal. Charlie avait prétexté un faux coup de téléphone pour ne pas avoir à répondre. Et parler, sans personne pour vous écouter à l’autre bout de la ligne, était un exploit, surtout quand ça dura pendant l’intégralité du trajet en voiture.

Dans ce genre de moment, elle trouva toujours agréable de sentir la porte de l’immeuble se refermer derrière elle, comme si elle venait de s’enfermer dans un cocon connu et agréable. Un sentiment qui s’intensifiait quand elle entrait chez elle. Sauf que là, en arrivant devant la porte de son appartement, elle comprit vite que quelque chose clochait. En même temps, avoir sa porte entrouverte n’engagea rien de bon. Elle songea, une fois de plus, au fait de devoir absolument, impérativement, changer cette fermeture hasardeuse. Doucement, elle poussa la porte de son appartement et par acquit de conscience, elle attrapa le parapluie qui se trouvait juste à l’entrée.

Charlie, dans son jean, chemise et veste en cuir, laissa son sac à la place de son arme et pénétra dans le salon, parapluie au-dessus de l’épaule à la manière d’un joueur de baseball. Elle se sentit bien bête avec cette arme précaire quand, face à elle, se dévoila un homme qui, lui, en revanche, eut une arme à feu braquée sur elle. Déçue, elle jeta un œil à son parapluie, qu’elle rebaissa en comprenant qu’il ne ferait jamais le poids. Son rythme cardiaque s’emballa de manière considérable mais, elle se hasarda quand même dans une question.

_ Vous savez que vous êtes chez moi ? Merveilleuse approche !
_ Fermez la porte à clés. Devant l’hésitation de Charlie, l’homme agita son arme. Maintenant.
_ Ok.

Elle reposa son parapluie et ferma la porte de son appartement avec l’impression de faire la plus grosse connerie de sa vie. Conviée à s’asseoir, Charlie se retrouva sur son canapé, un homme face à elle lui expliquant que sa femme allait se retrouver en prison alors qu’elle était des plus innocentes… Là, Charlie en vint à se dire qu’elle préférait de loin les questions futiles qu’on lui avait posées tout au long de la journée, dès qu’elle avait les pieds en dehors de son cabinet.

_ Si c’est le cas, j’imagine que son avocat fera le nécessaire.
_ Vous ne comprenez pas ! La voix monta d’un cran alors qu’il se frotta la tête avec sa main armée. C’est un avocat commis d’office, il n’y comprend rien. Il n’y a que vous qui pouvez faire quelque chose.

Il argumenta de toutes les affaires dont il avait entendu parler dans les journaux ou à la radio. Il lui fit même un résumé du parcours qu’elle avait fait jusqu’à présent et des affaires qu’elle prenait en général. Cette affaire, celle de sa femme, elle était pour elle. Charlie leva légèrement les mains, prenant le ton le plus calme possible.

_ Écoutez, ça ne peut pas fonctionner de cet…

L’arme qui fut à nouveau pointée sur elle la dissuada de continuer son explication et, dans les trente secondes suivantes, elle eut devant elle un dossier complet sur l’affaire de la femme de l’homme. Elle l’ouvrit mais chercha déjà comment se sortir de cette situation quand elle entendit les verrous de son appartement s’ouvrir. Le temps de tourner la tête, Chase fut déjà dans son appartement. Chase ?!

Elle eut l’impression d’halluciner complètement. Comment pouvait-il être là ? Dans cette tenue ? Était-il branché télépathiquement sur elle pour savoir qu’elle avait un problème ? Et puis même si c’était le cas, comment était-il arrivé aussi vite ? Bref, son arrivée créa un raz-de-marée de question pour l’avocate qui, décidément, ne comprit plus rien à la situation. Alors quand il fut à côté d’elle, après avoir levé les mains sans rien faire d’autre, pour lui apprendre qu’’il avait emménagé chez Lukaz…

_ Séri…
_ Ta gueule ! Laisse la travailler.

Pas cool, elle aurait aimé avoir plus d’explication mais, il y avait toujours cette histoire d’arme. Charlie, afin de ne pas braquer l’homme outre mesure, reporta son regard sur le dossier.

*J’aurais un tas de questions à te poser mais, je vais aller à l’essentiel. Ce type veut que je m’occupe d’une affaire concernant sa femme qui, selon lui est accusée à tort. * Typiquement pour elle… En temps normal. *Mais je ne peux pas faire ça parce que sinon… Enfin, tu imagines si tout le monde fait comme lui ? *

La situation fut compliquée pour ça parce que, évidemment, elle voulut faire quelque chose mais, elle en fut incapable, ne pouvant cautionner ce genre d’initiative. Il n’y avait pas que pour son bureau, qui recevait des visiteurs nocturnes, qu’elle avait besoin d’un nouveau système de sécurité. Pendant qu’elle parlait à Chase, elle n’avait pas tourné une seule page de son dossier. Elle ne savait pas lire en même temps. L’homme, pressé, lui fit connaître son mécontentement.

_ Vous le lisez ce dossier ?
_ Je n’ai jamais été très productive en étant menacée d’une arme ! La réplique un peu sèche et spontanée fut très vite adoucie par le ton qu’elle prit. Écoutez, laissez-moi le dossier, vos coordonnés et…
_ Non, vous faites ça maintenant.

L’homme se releva brusquement, son arme oscillant entre Chase et Charlie parce que, le nouvel arrivant, il l’avait déjà vu quelque part mais la tenue qu’il avait ne le rendait pas si certain que ça. Du coup, il fut un peu plus nerveux, tout ce qu’il voulait, lui, c’était que l’avocate regarde son dossier, qu’elle trouve l’élément qui clochait et qu’elle défende sa femme. C’était ce qu’elle faisait, non ?

_ Puis toi, va refermer la porte.

Le cerveau de l’homme avait bien compris que ce n’était pas normal que la porte se soit ouverte par magie mais, un peu confus dans le nouveau cas de figure qu’offrait la situation, il n’avait pas encore eu le temps d’assimiler cette information. Notons aussi que Charlie avait au moins le droit à un vouvoiement contrairement à Chase… Le t-shirt Guild Wars, peut-être ?
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Message posté : Dim 6 Oct 2013 - 14:20 Message
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L’ex-agent de l’UNISON n’avait pas l’air violemment bouleversé de se retrouver sous le menace d’une arme à feu et le pistolet l’inquiétait en réalité bien moins que la réaction de Charlie. En dehors de Keiko, Chase n’était pas un grand spécialiste des relations amicales et il se demandait si la première chose qu’il eût dû faire en emménageant Lukaz n’aurait pas été, par hasard, de téléphoner à Charlie pour lui dire que : 1) il avait failli mourir dans une dimension parallèle investie par un clown fou mégalomaniaque et des divinités néfastes, 2) au même moment, il avait failli mourir dans l’incendie du cirque du clown en question, qui avait été ravagé par des spectateurs hypnotisés et des lampadaires magiques pluriséculaires sous l’œil impuissant des artistes endoctrinés, 3) il avait quitté son emploi à l’UNISON, estimant que de pareilles mésaventures nuisaient gravement à l’harmonie de son développement personnel, 4) il avait aussi quitté le Bigsby Building, un peu avant cela, après s’être brouillé avec le chef de sa famille, 5) il avait emménagé dans le même immeuble qu’elle et ce n’était pas du tout exprès qu’il l’avait consciencieusement évitée tout ce temps, 6) il avait un petit ami percé, tatoué, drogué, cambrioleur et Breton qui l’initiait au monde du crime et qui faisait des crêpes et 7) il avait acquis un don télékinétique dont le développement exponentiel le rendait plus dangereux que jamais.

* Il n’y a pas grand-chose à raconter. *

Pendant ce temps-là, il lisait en biais le dossier, pas certain de comprendre très exactement de quoi il s’agissait, en dehors de quelques mots clés qu’il comprenait pour avoir, comme tout le monde, regardé une ou deux séries judiciaro-policières. Il était sans doute plus sage de laisser la gestion de l’affaire légale à Charlie et de se concentrer sur ce qu’il faisait encore le mieux : gérer les cinglés violents.

— La porte ?

Chase plongea le regard dans celui de l’homme et les verrous se fermèrent brusquement. L’homme sursauta. Dans sa tournée de laitier, il n’en croisait pas beaucoup, des gens comme Charlie Lane et il espérait ne pas en croiser beaucoup, des gens comme ce type-là. Le canon de l’arme un peu tremblant, il se demandait s’il ne devait pas lui tirer dessus avant qu’il ne fût trop tard, mais il ne s’était jamais servi d’une arme à feu de toute sa vie et il ne pensait pas avoir le courage, ou plutôt la lâcheté, de commencer ce jour-là.

Il tenta néanmoins de se composer un air assuré.

—T’es qui, toi ?
— Chase Neutron-Grey.

L’homme écarquilla les yeux et compara aussi rapidement que possible, dans son esprit, le visage du jeune homme avec les dizaines de photographies qu’il avait vues de lui dans la presse, les fois où il avait été invité sur des plateaux de télévision, la publicité sur Amazon pour son livre. Lorsqu’il comprit que le gamin en tee-shirt de geek ne mentait pas, il pâlit et sentit submergé par une vague de découragement. Sa vie était fichue.

Chase tendit la main.

— Allons, Dan, donnez moi votre arme. Vous savez très bien que vous ne vous en servirez pas.

Et Chase n’eut pas besoin de pousser Dan : jamais il n’avait compter se servir de cette arme autrement que pour se faire attendre et maintenant qu’un super-héros était dans la pièce, ce petit accessoire lui paraissait dérisoire. Il posa l’arme dans la main de Chase, qui s’empressa, avec des gestes assurés tirés de ses quelques entraînements à l’UNISON, d’en retirer le chargeur et d’éjecter la balle dans le canon.

Le revolver inutilisable fut posé sur la table basse et Dan murmura, les épaules tombantes :

— Vous allez m’arrêter aussi, maintenant.

Chase hésita. Sa démission n’avait pas encore été annoncée par le service de presse de l’UNISON, qui réfléchissait à la meilleure manière de tourner la chose. Le mutant jeta un regard un peu gêné à Charlie avant de glisser :

— Je ne travaille plus à l’UNISON.

Cela dit, ça ne rassurait pas beaucoup Dan : que Chase l’arrêtât lui-même ou que ce fût la police, ça ne changeait rien, au bout du compte. Il avait menacé d’une arme à feu l’avocate la plus connue de la ville et un super-héros admiré du public, il était bon pour la prison. Avec douceur, Chase reprit la parole :

— Vous n’avez rien fait d’irréparable, pour l’instant, Dan. Vous m’avez donné votre arme. Charlie et moi, nous comprenons votre souffrance, vous savez. Vous savez qu’elle nous préoccupe. C’est pour cela que vous êtes venu la voir, n’est-ce pas ?
— …oui.

Il était difficile de déterminer ce qui, dans le discours de Chase, relevait d’un sens psychologique affiné par l’expérience du terrain et de l’habitude de gérer aussi diplomatiquement que possible les situations de crise, au sein de l’UNISON, et de la suggestion télépathique. Lui-même n’était peut-être pas capable de tracer précisément la limite des utilisations aussi ténues de son pouvoir.

— Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas venu voir Charlie à son bureau ?
— Mais c’est impossible ! J’ai appelé son cabinet, mais la secrétaire du cabinet a refusé de me passer sa secrétaire. Trop de dossiers, trop d’affaires. Elle est trop célèbre, trop occupée, même si j’avais finalement réussi, à force d’insister, c’aurait été trop tard sans doute. Je suis pas grand chose, moi, je ne peux pas… Passer entre les mailles du filet. J’ai pas beaucoup de moyens de parler à des gens comme vous.
— Mais on est là, maintenant. On vous écoute. Racontez-nous votre histoire.
— Eh bien… eh bien, Maryse, ma femme, Maryse est assistante-maternelle, vous savez, elle s’occupe des enfants, à la maison. Et il y a un petit, le petit Mark, il était très malade, elle l’a emmené à l’hôpital et il est mort. À l’hôpital, ils ont dit que Mark avait été empoisonné, et, il y a une histoire de durée, d’effets, je ne sais pas trop, les policiers disent que seule Maryse a pu faire cela. Qu’elle est folle. Qu’elle a le syndrome de je ne sais plus quoi par proxy. Ils l’accusent de meurtre ! Mais Maryse, c’est une femme, avec un grand cœur, et… et… et elle l’aime, ces enfants. On peut pas en avoir nous, alors elle s’en occupe comme des siens, jamais, jamais elle ne ferait quelque chose comme ça.
— Et son avocat ? Elle a bien un avocat.
— Oui mais… mais il est jeune, et il dit qu’il n’y a rien à faire, qu’il faut plaider coupable, ou alors… ou alors plaider la folie, quelque chose comme ça, et qu’après Maryse sera interné, dans un asile, enfin, un établissement psychiatrique, et que ce sera mieux pour elle, mais Maryse, elle n’est pas folle, je sais bien qu’elle n’est pas folle, elle ne peut pas aller là-bas, sinon, moi, qu’est-ce que je vais devenir ?

Et en parlant, il tordait nerveusement les doigts de ses grosses mains, impuissant à trouver d’autres solutions à son problème que l’acte désespéré qu’il venait d’accomplir.

— J’ai pas d’argent, je peux pas… engager un autre avocat ou un détective, ou je ne sais pas. Et moi, je n’y connais rien, je ne peux pas l’aider toute seule, mais elle est tout ce que j’ai, Maryse, on se connaît depuis toujours, et elle est toute innocente. Madame Lane, Maître Lane…

Abandonnant le fauteuil sur lequel il s’était installé, l’homme, les larmes aux yeux, se mit à genoux sur la moquette du salon et leva les deux mains jointes vers Charlie.

— Je vous en supplie, Maître, je vous en supplie, vous êtes mon dernier espoir.

Même s’il n’était plus à l’UNISON, même si d’aucuns auraient jugé qu’il filait un bien mauvais coton, Chase n’avait rien du criminel endurci et la détresse de cet homme le touchait évidemment. Il se releva, contourna la table basse et vint s’agenouiller à côté de lui, pour poser une main sur son épaule.

— Dan… Écoutez-moi… Calme vous…

Il eût aimé lui dire qu’ils allaient l’aider, mais cette dernière assurance, il la chercha du regard vers Charlie.
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Message posté : Dim 6 Oct 2013 - 23:07 Message
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La télékinésie ? Pourquoi pas après tout. Chase ne savait déjà pas faire assez de choses comme ça, il était donc logique qu’il puisse avoir de nouveaux atouts dans sa poche, enfin, sa tête. A croire que Chase était l’exemple du : Les riches deviennent plus riches, mais façon Super. Ajouter à ça qu’il ne travaillait plus pour l’UNISON, qu’il était chez elle parce qu’il vivait chez son voisin. Mais, non, il n’y avait pas grand-chose à raconter. Ils avaient des conceptions bien différentes des évènements notables dans leur quotidien.

Des considérations dont elle fut bien loin, préférant de loin se concentrer sur l’échange entre Chase et son étrange visiteur qui comprit qu’une arme n’aurait pas servi à grand-chose. Doucement, Charlie laissa passer un soupir de soulagement. Les armes n’étaient assurément pas ce qu’elle préférait dans la vie. Une tare génétique pour une Texane mais, elle n’était plus à une déception près pour sa famille. Et non, elle ne se demanda pas comment Chase eut convaincu l’homme de lui rendre son arme, donner son nom fut une très bonne explication.

Charlie passa une main sur son visage à l’écoute de l’homme qui n’avait pas réussi à obtenir un rendez-vous à cause d’une trop grande demande. Elle le regrettait, évidemment mais, elle restait toujours sur le fait que s’y prendre de cette manière, en plus de ne pas être légale, était un réel problème pour elle. Elle n’avait aucune envie de voir tous les désespérés du coin affluer chez elle. Charlie comprenait qu’on puisse en arriver à ce point-là mais ne pouvait pas le cautionner. Ce que, pourtant, elle allait faire si elle acceptait de l’aider… Mais qu’est-ce qu’elle était supposée faire face à cet  homme qui se retrouva bientôt à la supplier à genoux. Et puis, histoire d’en rajouter une couche, Chase sembla puisque touché par la demande de l’homme. Charlie aurait dû investir beaucoup moins de points dans la compétence « incapable de résister à quelqu’un de suppliant limite larmoyant » !

Charlie se pencha un peu an avant pour poser doucement son regard dans celui de l’homme.

_ Laissez-moi regarder le dossier et, après je vois ce que je peux faire ou pas. Elle n’avait jamais accepté une affaire sans prendre en considération un dossier, elle n’allait pas commencer maintenant. Je ne vous promets rien, je ne fais que regarder avant de vous donner un avis sur la question. Elle afficha un air désolé. Mais, vous devez savoir que ce n’est pas parce qu’une personne pense l’autre incapable de faire quoi que ce soit, que c’est toujours le cas.

Elle n’allait pas non plus lui promettre que tout allait bien se passer, que sa femme était forcément innocente et que tout allait rentrer dans l’ordre en moins de 48h. Elle avait toujours préféré prévenir avant plutôt que d’entendre les « mais vous aviez promis que… ». Elle posa son regard sur Chase.

_ Tu veux bien l’emmener dans la cuisine, s’il te plait. Doit y avoir du thé ou je ne sais pas quoi – qui ne soit pas du café surtout. S’il te plait.

Formule de politesse répétée deux fois parce que ce n’était pas réellement à Chase de faire tout ça mais, elle avait besoin d’un peu d’espace pour réfléchir et regarder certains éléments dans le dossier. Ce ne fut qu’une fois qu’elle récupéra un certain espace vital, qu’elle se plongea réellement dans le dossier. Très vite l’idée de demander à Chase de trouver des éléments en particulier dans la mémoire de l’homme lui traversa l’esprit mais, cette idée disparut aussi vite qu’elle était venue. Rien à faire, ce n’était toujours pas légal.

Elle se concentra très vite sur le syndrome qu’on avait attribué à Maryse, diagnostic pas si répandu que ça et qui laissait quand même des traces. Elle parcourut un tas de rapport, chercha des dossiers médicaux, du moins, des extraits. Elle finit par refermer le dossier et se frotta les yeux avant de se relever avec une furieuse envie de café. Elle fut derrière l’espèce de comptoir séparant le salon de la cuisine que son regard croisa celui du malheureux mari.

_ Vous avez des enfants monsieur Steward ?
_ Oui, un garçon. Un grand garçon maintenant qui est parti de la maison il y a trois ans. Vous savez Maryse, elle a eu beaucoup de peine quand il est parti. Elle était toujours inquiète pour lui depuis son enfance mais, vous comprenez, il a eu tellement de soucis de santé. Elle ne ferait de mal à personne, vous voyez bien.
_ Vous avez des nouvelles de lui je suppose ?
_ Oh oui, de temps en temps. Pas aussi souvent que l’on voudrait mais oui. On est fier de lui, vous savez, il travaille dans une entreprise en Floride. Le beau temps lui a fait beaucoup de bien d’ailleurs.

Charlie s’efforça de sourire aux nouvelles que lui donnait l’homme mais ça lui fut compliqué en réalité. Le syndrome de Münchhausen par procuration, ce diagnostic compliqué par sa nature…

_ Vous avez trouvé quelque chose pour l’innocenter, n’est-ce pas ? Vous êtes la meilleure, vous avez forcément trouvé quelque chose.

Charlie, pour une raison inconnue posa son regard sur Chase un instant avant de revenir sur l’homme. Difficile d’accorder un regard plus désolé que celui qu’elle eut à cet instant. Se pinçant les lèvres, Charlie secoua doucement la tête, l’air plus que navré.

_ Non.

Il manquait des éléments à vérifier mais, il y avait de grandes chances que tout concorde dans le sens des conclusions parlant d’un aspect psychologique chez Maryse.
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Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 9:14 Message
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— Venez.

Peut-être Chase était-il d’autant plus compatissant avec cet homme désespéré qu’il avait été, sinon dans son état, du moins dans sa situation, la toute première fois qu’il avait rencontré Charlie. Bien sûr, à cette époque, il était plus facile d’accéder au cabinet de la jeune femme, plus facile pour un Neutron-Grey, en tout cas. Mais Charlie lui avait donné la même réponse nuancée et à première vue peu engageante. Chase savait désormais que cette prudence était absolument nécessaire, mais il ne doutait pas que les précisions que l’avocate venait de donner pour empêcher son curieux client de nourrir des espoirs trop inconsidérés devaient avoir sérieusement entamé le moral de l’homme.

Il l’aida donc à se relever.

* Merci. *

Ce mot glissé avec un sourire dans l’esprit de Charlie, Chase conduisit l’homme dans la cuisine de son amie. Après avoir jeté un coup d’œil au nouveau réfrigérateur, qui n’avait toujours pas de pattes mécaniques ni de canon laser pour découper les poulets rôtis (une petite déception), le jeune homme se mit à fouiller dans les placards, sous le regard tout de même un peu étonné du détraqué du jour, qui n’en revenait pas du fait que Chase Neutron-Grey, en tee-shirt Guild Wars, fût en train de lui préparer du thé dans la résidence personnelle de Maître Lane.

Chase mit l’eau à bouillir. Au bout d’un moment, l’homme murmura :

— Je suis désolé.

L’ancien agent de l’UNISON se retourna vers lui.

— Disons que c’est plus compliqué maintenant. Même si elle vous aide, pour elle, si tout cela s’apprend, ce sera… Difficile. Pas légalement, mais pour sa sécurité. Cela pourrait donner des idées à d’autres que vous, moins prompts à abandonner leurs armes à feu.
— Je n’en parlerai à personne.

Le télépathe fixa son interlocuteur et murmura, d’un air songeur :

— Je sais…

En temps et en heure, si tout se déroulait comme il le prévoyait, Dan pouvait être persuadé d’avoir eu finalement accès à Charlie par les voies les plus traditionnelles. Pour l’heure, le puissant mentaliste se contentait de poser une tasse de thé brûlant devant son interlocuteur, avant d’entamer la préparation d’une cafetière, pour Charlie qui aurait vraisemblablement besoin d’un remontant après avoir examiné un énième en pleine soirée.

— Elle est assistante maternelle depuis longtemps, votre épouse ?
— Une dizaine d’années. Vous comprenez, elle a eu… Un cancer. Et depuis, elle ne peut plus porter d’enfants. Elle a toujours voulu une grande famille.

Chase hocha la tête.

— Et donc… Je ne suis pas très familier de ce genre de choses. Ça se passe comment ?
— Ben… Les parents amènent les enfants, assez tôt le matin, avant de partir au travail. Des petits, entre un an et quatre ans, vous voyez. Ils viennent les chercher le soir.
— Et votre femme est une… comment dire ? C’est une profession libérale ? Elle est à son compte ?

Dan hocha à son tour la tête. Chase ne savait pas trop comment poser avec tact sa question. Il voulait savoir s’il y avait eu une évaluation psychologique, des suivis par des institutions, quelqu’un qui pût témoigner des compétences de l’accusée.

— Et du coup, elle fait des rapports aux services sociaux, comment ça se passe ?
— En théorie, il y a une visite tous les six mois, je crois. Mais ils sont débordés, alors en fait, c’est très aléatoire. C’est un vrai problème.

Impossible de douter de la bonne foi de Dan, mais difficile de trouver des raisons de se rassurer : en somme, son épouse avait été lâchée dans la nature avec des enfants depuis dix ans. Seule cette durée était un chiffre réconfortant, si elle était innocente : les maladies psychologiques ne se déclenchaient pas brutalement, ou bien c’était rare, et il y avait de bonne chance qu’une absence totale d’antécédents indiquât l’innocence.

Charlie les rejoignit finalement dans la cuisine et super-Chase était super-prêt avec une super-tasse de café à poser devant elle. Lui ne buvait rien et il s’appuya contre l’évier, tandis que l’avocate posait ses questions, de moins en moins engageantes. Un fils qui avait été longtemps malade et qui se portait soudain mieux alors qu’il était loin de sa mère, c’était un sérieux antécédent. La foi amoureuse que Dan avait en sa femme ne le rendait peut-être pas très clairvoyant.

— Et avant d’être assistante maternelle, votre épouse, que faisait-elle ?
— Infirmière. De nuit. C’était assez difficile, on se voyait pas.
— C’est pour ça qu’elle a changé d’emploi ?

L’homme parut un instant embêté mais il se reprit bien vite — dans l’espoir vain qu’une avocate de tout premier plan et un mentaliste d’exception n’eussent rien remarqué.

— Oui, et puis, à son travail, les conditions étaient assez difficiles.

Nouveau regard échangé avec Charlie. Au bout d’un moment, Chase reprit la parole :

— Il est très tard, monsieur Steward. Peut-être que vous devriez rentrer à la maison et vous reposer…
— Mais…
— Votre femme a besoin de vous en forme. Elle compte sur vous.

L’homme parut hésiter. Pendant ce temps, Chase glissait dans l’esprit de Charlie :

* Je ne sais pas ce qu’il y a dans le dossier mais, de mon côté, ce n’est pas très prometteur. *
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Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 14:14 Message
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Chase était son sauveur en pyjama, elle le remercia en attrapant la tasse de café et écouta le discours de Dan qui, expliqua l’ancien emploi de sa femme et bloqua avant de donner les raisons de son départ. Charlie posa un regard sur l’homme, dans un sourire qui se voulait compréhensible.

_ J’ai encore des choses à vérifier, j’ai besoin d’un peu de temps. Alors, je vais prendre votre numéro de téléphone et je vous tiens au courant dès que j’ai une idée un peu plus précise de l’affaire.
_ Vous vous chargez de l’affaire, ça veut dire ?
_ Non, ça veut dire que je regarde et que, dans le pire des cas, je prendrais contact avec l’avocat de votre femme pour voir ce qui est possible de faire. Mais, dans l’immédiat vous devriez suivre les conseils de Chase et retourner auprès de votre femme.

Dan avait fini par se laisser convaincre et laissa son numéro de téléphone avant de se faire raccompagner à la porte, se confondant une nouvelle fois en excuse, il n’avait pas vu d’autres solutions possibles mais, il était désolé. Charlie, sans pour autant cautionner, le rassura un peu sur ce fait avant de refermer la porte derrière lui. Elle resta un instant, les mains sur cette sortie en fermant les yeux et laissa passer un soupir avant de revenir récupérer son café dans la cuisine.

Dan parti elle aurait pu en profiter pour balancer un flot continu de question à Chase sur un tas de choses mais, son esprit restait bloqué sur l’homme qui venait de partir et sa femme qui avait un sérieux problème. Elle ne trouva même pas le moyen de se plaindre de la facilité qu’avait eue l’homme à entrer dans son appartement, ces considérations-là reviendraient un peu plus tard. Elle but une gorgée de son café après avoir demandé à Chase si l’homme était bien parti, parce qu’il n’aurait pas fallu qu’il soit derrière la porte à essayer de choper quelques bribes de conversation. Cette assurance en poche, elle releva les yeux que l’ex-agent de l’UNISON.

_ Le dossier n’est pas plus prometteur que ce que tu dois avoir. Il y a plusieurs extraits du dossier médical de Mark, l’enfant, qui laisse entrevoir pas mal de visite chez le médecin pendant que Maryse le gardait. Cela dit, il n’y a pas tout, il faudrait savoir si les visites médicales étaient aussi fréquentes quand elle ne l’avait pas en garde, pendant les vacances des parents, par exemple.

Maryse semblait avoir les caractéristiques du syndrome MP (parce que MP c’est cool et que Münchhaussen par procuration est beaucoup trop long) mais, il pouvait aussi être contredit si l’enfant en question avait des problèmes de santé bien avant qu’il ne soit en garde chez Maryse et qu’ils continuaient quand elle ne devait pas le garder sur une période plus ou moins longue.

_ Pour l’instant, tout va vers le fait que sa femme est réellement malade, psychologiquement parlant. Elle a le bon boulot, les connaissances pour, son fils est un bon indice aussi. Le seul truc qui pourrait éventuellement clocher c’est que, statistiquement, ce genre de syndrome se répercute sur ses propres enfants et pas ceux des autres.

Un pourcentage qui s’élevait autour de 90% mais, si on partait dans ce sens-là, la mort de l’enfant était estimé autour des 20%... Du coup, les statistiques… Enfin, ça ne voulait pas dire grand-chose, encore moins qu’ils n’étaient pas en train de se retrouver dans le petit pourcentage manquant.

_ Bref en vue des éléments que peut avoir la partie adverse, plaider dans ce sens apparaît comme la meilleure solution. Mais, si vraiment ce n’est pas de sa faute…

Parce qu’il fallait bien envisager toutes les possibilités, non ? Charlie bu encore un peu de son café en réfléchissant à ce qu’il faudrait pour prouver que, justement, Maryse allait parfaitement bien sur un plan psychologique.

_ Je n’en sais rien, il faudrait chercher les antécédents médicaux de son fils, ceux de Mark, et des autres enfants dont elle s’occupe. Il faudrait aussi savoir pourquoi elle n’a pas gardé son emploi d’infirmière parce que Dan était tout, sauf convaincant dans son explication. Elle posa son regard sur Chase. Tu as eu quoi de ton côté ?

Ce que Dan lui avait dit, pas ce qu’il avait trouvé dans une éventuelle fouille mentale qui restait toujours illégale aux yeux de la loi et qui n’apporterait aucun argument recevable. Ce fut en posant la question qu’elle percuta qu’elle parlait d’une affaire avec lui. Ce n’était pas tellement un problème mais, ça apporta une question qui sortit très rapidement.

_ Comment tu as su ?

Ou comment il était là, ça revenait au même. Ok, il vivait un étage au-dessus mais un pouvoir n’était pas actif tout le temps, si ? Elle s’interrogeait mais n’était pas en train de lui faire un reproche, d’ailleurs, elle reprit assez vite à la suite de sa question.

_ Merci. Elle afficha un sourire qui alla dans ce sens. Pour l’intervention.
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Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 16:02 Message
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Le mentaliste hocha la tête : Dan était bien parti. Quelque douteuse que fût en effet sa morale, Chase trouvait la situation bien compliqué : c’était une chose de vivre avec un cambrioleur, c’en était une autre de vivre avec une femme qui empoisonnait peut-être des enfants. Mais Chase ne savait pas grand-chose le syndrome en question et si tout pointait en ce sens, à sa compréhension de néophyte, il était tout à fait prêt à croire qu’il y eût une autre explication. Comme d’habitude, de toute façon, sa curiosité et son âme d’enquêteur étaient assez chatouillées par l’affaire pour qu’il eût envie de fouiller un peu plus.

Cela dit, en écoutant les explications de Charlie, il se dit qu’en effet, les choses ne se présentaient pas très bien pour Dan et Maryse. Sans même parler de sa culpabilité ou de son innocence objective, la seule apparence que le faisceau d’indices donnait à son dossier pouvait gravement lui nuire, devant un jury comme devant un juge et, pour le coup, l’assistant du procureur en charge de l’affaire ne devait pas perdre beaucoup d’heures de sommeil à réfléchir à la manière de tourner son argumentaire.

Chase allait partager ses médiocres trouvailles quand Charlie l’interrogea sur la raison de sa présence chez elle, dans une pareille tenue, à une heure déjà avancée. Il haussa les épaules d’un air dégagé.

— Ben, j’étais à la maison…

Il rougit légèrement et se reprit :

— Je veux dire, tu sais, chez Lukaz…

Il n’y avait pas encore son nom sur la boite aux lettres et, par souci de discrétion, Chase ne comptait pas se faire envoyer ses lettres ailleurs qu’au Bigsby Building, et puis il n’était pas ici depuis longtemps, mais il se sentait si bien chez Lukaz qu’il n’avait pu s’empêcher d’évoquer l’appartement du cambrioleur en ces termes. D’ailleurs, un sourire ravi qu’il n’avait pas pu contenir flottait sur son visage détendu.

— Je regardais la télévision et j’ai senti quelque chose… ça arrive parfois, avec les personnes auxquelles je tiens beaucoup. C’est ma manière de penser à toi, je ne le contrôle pas vraiment.

Il n’avait pas hésité à dire à Charlie qu’elle comptait pour lui. Chase n’était pas forcément un adepte des grandes déclarations d’amitié avec l’avocate, mais ils en avaient vécues assez, tous les deux, des aventures, et ils en avaient eues assez, tous les deux, des discussions personnelles, pour que la chose lui parût évidente. Celui à qui il prendrait l’idée de blesser pour de bon Charlie Lane aurait un mentaliste particulièrement mécontent à gérer en plus de la fratrie Lane, d’un téléporteur vindicatif et d’une foule d’admirateurs enthousiastes. Ce qu’il manquait à la sécurité de Charlie, c’était peut-être simplement un exemple qui dissuadât les autres d’essayer. Un type lobotomisé, réduit en bouillie d’un coup de poing et transporté au milieu de l’océan, pour décourager les mauvaises intentions.

Sur cette réflexion très saine, Chase en revint au sujet principal de la conversation.

— Je n’ai pas appris grand-chose, à vrai dire. Il est en tout cas intimement convaincu de son innocence, c’est évident. Ce qui peut tout aussi bien entretenir le symptôme. En fait, Maryse, si elle est vraiment coupable, pourrait trouver la situation présente particulièrement propice, d’une certaine façon. C’est la victimisation idéale et le meilleur moyen de s’assurer de son amour à lui. Si on pouvait la voir, on serait sans doute capable de tester ses réactions.

Mais entre lui qui n’était plus agent de l’UNISON et Charlie qui n’était pas l’avocate officielle de Maryse, il ne se faisait pas d’illusions : il était peu probable qu’on les laissât accéder à la prisonnière. À moins que prisonnière, elle ne le fût pas. Etant données leurs ressources modestes, elle avait peut-être été remise en liberté en attendant le procès, avec interdiction de s’approcher des enfants.

— Elle est où, pour l’instant ? Ils l’ont enfermée ?

« Ils » — on aurait cru entendre Abban évoquer de manière générale tout le système judiciaire, sans distinction particulière.

— Parce que du côté des services sociaux, je ne suis pas sûr qu’on trouvera beaucoup de documents dans un sens ou dans l’autre. C’est déjà miraculeux, apparemment, qu’il y ait un gros dossier comme ça pour Mark, parce que selon Dan, les visites de contrôle étaient pratiquement inexistantes. Un peu comme si on avait livré Maryse à elle-même toute ces années. D’ailleurs…

Chase quitte l’évier, enfonça les mains dans les poches de son vieux pantalon de jogging et prit un air songeur.

— …je ne sais pas toi, mais son histoire de conditions difficiles dans le dernier travail de Maryse, c’était un peu étrange. Tu as senti l’hésitation ? Il y a des choses à ce propos dans le dossier qu’il t’a donné ?

Il y avait certes beaucoup de raisons qui pouvaient faire perdre à une infirmière de nuit son emploi, mais la main trop lourde sur les médicaments était assurément l’une d’entre elles. Peut-être Maryse n’avait-elle voulu que trouver des horaires plus confortables, peut-être était-elle en effet parfaitement innocente, mais il fallait avouer que la chose était bien difficile à croire.
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Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 21:09 Message
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Mais depuis quand il avait emménagé chez Lukaz pour en parler déjà comme étant « à la maison ». Quand elle avait posé ses bagages chez Scott, il lui avait fallu des semaines avant de considérer ce nouvel appartement comme « chez eux ». Combien de fois il était passé devant chez elle sans s’arrêter ? A croire qu’elle le voyait plus quand il vivait dans un autre quartier de la ville. D’accord, elle avait de moins en moins de temps mais quand même. L’idée qu’il puisse l’éviter lui traversa l’esprit au moment où il donna son explication qu’elle accueillit par une sourire. Peu portée sur les déclarations – elle a vécu avec 4 frères, ce n’était pas ce qu’on faisait de mieux en terme de débordement affectif -, avec elle il fallait surtout lire entre les lignes. C’était tout bête mais, le fait qu’elle se pose là, à parler d’une affaire avec Chase, prête à l’inclure s’il le  voulait, en disait déjà bien long sur la confiance qu’elle lui portait.

_ Tu devrais tester aussi la manière, je frappe à la porte et je passe de temps en temps. Elle posa son regard sur Chase en prenant une seconde ou deux. Parce que ça serait vraiment stupide de ne pas le faire juste pour ne pas entendre certaines questions. Tu n’as jamais été obligé de répondre à quoi que ce soit. Et des questions, il était évident qu’elle en avait. Mais on verra ça plus tard.

Son départ de l’Unison ne datait du jour même, son emménagement non plus. Alors, ils ne devaient plus vraiment être à une journée près, non ? De toute façon, Charlie était incapable de dire à un type qu’elle allait se pencher sur son dossier pour, une fois parti, se mettre à discuter d’autres choses. Han mais, en fait, elle devait être horrible comme amie à boucler son boulot avant autre chose. Non, elle se rassura en se disant que si vraiment Chase avait envie de parler, elle l’écouterait mais, vu la façon dont il repartait sur l’affaire Dan et Maryse, elle l’imagina plus investi dans cette tâche que dans l’évocation de ses changements de vie.

_ Ce n’est pas tellement un besoin d’avoir l’attention centrée sur soi mais, plus en besoin d’avoir l’attention d’un corps médical, de faire des examens et de se faire opérer. Dans le cas d’une procuration, c’est reporté sur les enfants qu’on envoie souvent à l’hôpital en se fondant un peu dans le corps médical. Généralement ce sont des femmes qui, à l’hôpital, sont très agréables, s’impliquent beaucoup et vont demander des examens en donnant leur avis sur la question. La plupart du temps, personne ne trouve rien alors que des symptômes peuvent être présents. Euh, par exemple, une mère peut donner des anticoagulants, du coup lors d’un saignement, amener l’enfant à l’hôpital parce que ça ne s’arrête pas. Charlie continua de boire un peu son café, en haussant les épaules. On a eu un exercice pratique en cours où il était question du syndrome de Munchhausen par procuration.

Non, elle ne cachait pas des études de psychologie quelque part, d’ailleurs, elle n’était pas capable de traiter le problème sur un point de vue psychologique. Elle avait des statistiques, des généralités, des profils mais c’était tout. Elle alla dans le salon pour aller chercher le dossier qu’elle posa sur le plan de travail dans la cuisine.

_ Non, elle est chez elle, ils ne l’ont pas gardés parce qu’il n’y aucune preuve directe, juste des suspicions. Qui sont largement suffisantes pour la partie adverse, avec le dossier qu’ils doivent avoir, ça ne va pas être compliqué de la juger coupable.

Charlie tourna quelques pages mais, elle ne trouva rien sur le départ de Maryse de l’hôpital.

_ Elle travaillait au McGredy Memorial Hospital, dans le centre mais, il n’y a rien sur son départ. En même temps, s’ils avaient un problème avec elle, je suppose qu’ils sont préférés ne pas l’ébruiter.

Considérer comme le plus grand hôpital à une période, le McGredy avait perdu de son influence depuis l’arrivée de l’hôpital central de Star City. Avoir une enquête sur les bras, une mauvaise publicité ne devait pas arranger l’hôpital en question qui, pourtant, était loin de se porter mal.

_ Si c’est le cas, interroger des personnes de l’hôpital va être compliqué, j’imagine que les gens vont garder les informations pour eux.

Elle releva la tête vers Chase, en quittant le dossier des yeux et afficha un sourire.

_ Tu veux retourner devant ta télévision où un passage à l’hôpital t’intéresse ?

Mais comme Charlie était super cool, elle lui accorda bien dix minutes pour retrouver son appartement et se changer, le temps pour elle de se préparer aussi, de passer un appel à l’hôpital en question pour trouver un rendez-vous en urgence sans expliquer de quoi il était question exactement. Et avouons, que pour le coup, le nom de Charlie Lane, aidait bien.

10 minutes plus tard elle était sur le pas de sa porte à se battre avec sa fichue serrure qui n’en faisait qu’à sa tête depuis des lustres.
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Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 22:30 Message
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La remarque de Charlie sur les questions qu’elle pouvait lui poser et auxquelles il n’était pas obligé de répondre prit Chase de court. Il baissa les yeux avec un air coupable. Une culpabilité qui n’était pas nouvelle. À chaque fois qu’il s’était retenu de sortir parce que c’était l’heure où Charlie partait au travail ou en rentrait, il avait songé que cette fuite était grotesque et puérile. Comme si Charlie elle-même ne lui avait pas conseillé de se laisser un peu moins écraser par les responsabilités et de vivre un peu plus librement.

Mais ce n’était pas vraiment les questions de l’avocate qu’il redoutait, c’était la part de mensonge silencieux que ses réponses comporteraient. La manière dont il ne parlerait pas de la mort de Kalah, ni de la vie criminelle à laquelle Lukaz allait l’initier, ni de sa rencontre avec Colin. Puisque Charlie ne savait rien de tout cela, elle ne l’interrogerait pas sur cela. Mais en disant qu’il menait désormais une vie normale, il ne donnerait qu’une partie de la vérité et celle qu’il cacherait serait plus considérable. Il se savait capable de ce mensonge sans ciller et c’était cette tranquillité-là, comme une froide assurance, qu’il n’avait pas envie de sentir.

Il fut ainsi soulagé d’entendre son amie repartir dans ses explications et il hocha très sagement la tête, en regardant ses pieds nus, pour indiquer qu’il comprenait. C’était un peu plus clair, mais ça ne sortait pas du tout Maryse d’affaire. Finalement, Chase releva les yeux, esquissa un sourire et murmura :

— Je vais mettre quelque chose de plus décent et je te rejoins en bas.

Une fois dans son appartement, Chase jeta un coup d’œil embêté aux céréales renversés. Rapidement, en s’habillant, il nettoya d’une épongée télékinésée les dégâts — une utilisation guère héroïque mais assez pratique de son pouvoir favori. La télékinésie était une sorte d’exutoire pour le jeune Neutron-Grey, longtemps contraint de retenir ses pouvoirs et de sentir cette puissance brûler à l’intérieur de lui. Pouvoir en libérer quotidiennement une partie, même infinitésimal au regard de ce qu’il contenait encore, était un petit soulagement.

Mais une fois habillé et vaguement peigné, Chase rencontra un problème de taille. Que se passerait-il si, en rentrant, Lukaz retrouvait l’appartement vide ? N’allait-il pas craindre qu’un super-vilain aux sombres desseins eût enlevé son petit ami pendant son absence ? Ou, pire encore, ne croirait-il pas que Chase était parti draguer dans un bar ? Théoriquement, la seconde possibilité n’était pas interdite, mais cette éventualité froissa le jeune homme, qui entreprit de rédiger un mot. Nous en livrons ici les versions successives pour le bien de son futur biographe :

Mon cœur
Cher Lukaz
Lukaz

Je suis parti aider Charlie dans une affaire. Ne t’inquiète pas pour moi. Tu peux m’appeler sur mon portable si tu veux en rentrant. Je ferai mon possible pour te répondre.

Tu me manques
Je t’embrasse

Ton Chase

La version mise au propre le laissait toujours un peu insatisfait : il s’y trouvait beaucoup trop froid. Mais il était difficile de plaquer quelqu’un contre un mur pour l’embrasser par écrit : c’était une sensation trop subtile (disons cela comme ça) pour être convoyée par des mots. Chase déchiqueta les quelques feuilles sur lesquelles s’étalaient ses essais infructueux, les jeta à la poubelle et parvint finalement un peu en retard au bas de l’immeuble, pour y retrouver Charlie qui avait triomphé de ce qui lui servait de serrure.

— Désolé, j’étais en train de…

Comment lui expliquer sans avoir l’air ridicule qu’il avait passé l’essentiel de son temps à composer un mot anodin ? Pour se tirer de ce mauvais pas, Chase avait « hélé » un taxi, c’est-à-dire convaincu un chauffeur de venir s’arrêter devant eux et les deux acolytes s’y engouffrèrent.

— Tu devrais peut-être t’acheter une voiture, tu ne crois pas ? Ou peut-être le demander à ton travail, avec un chauffeur, vue la publicité que tu leur fais, ce ne serait pas du luxe. Et puis ce serait beaucoup plus sûr, pour toi. D’ailleurs, il va falloir qu’on parle de ton système de sécurité, ça commence à laisser un peu désirer.

Chase était même prêt à parler de tout l’aménagement intérieur de l’appartement de Charlie si cela pouvait lui éviter d’évoquer les multiples sujets le concernant qui planaient dans les instants de silence de ce trajet trop court pour que Charlie pût se plonger dans son dossier et trop long pour qu’ils pussent le passer sans rien dire en faisant mine de se plonger dans leurs pensées respectives.

Le mentaliste finit tout de même par craquer.

— Sinon, voilà, j’habite chez Lukaz, là et c’est mon petit ami.

La phrase avait été dite très vite, comme un enfant qui annonçait à sa mère qu’il avait cassé le vase du salon et qui espérait qu’en collant les mots de cette terrible vérité les uns après les autres, sa bêtise en paraitrait moins grave. Du coin de l’œil, Chase guetta la réaction de son amie mais ne put s’empêcher de préciser :

— Mais tu sais, c’est très récent, comme pour l’UNISON. Les choses se sont un peu précipitées, mais tu vois, j’ai fini par suivre tes conseils, vivre ma propre vie, et tout.

En gros, c’était elle qui l’avait poussé, alors elle n’avait vraiment pas le droit d’être surprise de ces développements tout à fait prévisibles qu’il n’avait pas du tout cherché à lui cacher. Pas vrai ?
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Message posté : Mar 8 Oct 2013 - 5:20 Message
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Elle resta un instant, interrogative, à attendre l’explication qu’il tenta de sortir mais… Non, rien. Finalement ça la fit sourire plus qu’autre chose, sûrement un rapport avec le fameux Lukaz. Elle imagina, à tort, que Chase avait dû prendre un certain temps à lui expliquer les raisons de son départ, sans penser qu’en réalité il l’avait fait par écrit. D’ailleurs, fabuleuse idée de parler de « Charlie » dont le nom sonnait typiquement masculin, surtout si le Lukaz en question n’avait aucune idée de qui était sa voisine. Ce ne fut qu’une fois, installée dans le taxi qu’elle crut bon de rétablir certains points.

_ Oh mais j’ai une voiture, c’est juste que c’est un enfer de conduire ici alors, le taxi reste plus pratique.

Et en attendant sa voiture dormait dans un coin mais, elle lui servait de temps en temps, comme pour une balade catastrophique en forêt par exemple. Bref, elle n’avait rien à demander à son employeur qu’elle songeait doucement à quitter au profit de son propre cabinet. Il était peut-être temps et puis, sa notoriété était un atout, c’était le moment d’en profiter, non ? Elle restait encore indécise à ce sujet. Elle afficha tout de même un air coupable pour son système de sécurité et hocha doucement la tête, résignée.

_ Je sais, j’y songe. Mais si tu as une idée lumineuse ou envie de t’y coller, je t’embauche quand tu veux pour revoir tout ça.

Elle afficha un grand sourire. Cela dit, demander à Chase de gérer son système de sécurité n’était peut-être pas une bonne idée, elle allait probablement oublier un truc et se retrouver dans un filet électrifié dans son propre appartement. L’avantage, c’était qu’elle aurait pu avoir un frigo sur pattes mécaniques et à plateau roulant pour lui apporter de la bouffe.

Elle garda un petit sourire quand, tout d’un coup, il balança une phrase comme si c’était une horreur d’avouer qu’il vivait chez Lukaz. Et aussi qu’il avait quitté son taf en se justifiant par les conseils qu’elle lui avait donnés. Ok… Euh, jusqu’à preuve du contraire, elle n’était pas sa mère et n’avait aucune raison de lui faire la morale. Il n’y avait pas mort d’homme, ou de clown, pas à sa connaissance en tout cas.

_ Eh Chase, sérieusement. C’est ce que tu veux, non ? Enfin, je veux dire, tu sais, si la situation te conviens, si tu trouves ça bien alors, je suis contente pour toi.

Il n’y avait pas de raison qu’elle change d’avis parce que, comme il avait très bien su lui rappeler, il avait suivi ses conseils, ce n’était pas pour les changer maintenant. Tant qu’on ne l’accusait pas de crime contre le pays pour avoir détourné un agent important de l’UNISON, tout allait bien.

_  Je ne crois pas que tu as besoin de justifier tes choix. Et puis, pour Lukaz, je ne sais pas, il a l’air de te plaire de toute façon alors, si vous étiez tous les deux d’accord pour emménager ensemble, c’est plutôt une bonne chose, non ?

Elle espérait juste qu’il ne l’avait pas fait en ne sachant pas où aller en quittant son immeuble mais, elle estima qu’il avait largement les moyens de se louer un appartement – et de s’acheter l’immeuble qui va avec – pour ne pas se sentir « obligé » de finir chez quelqu’un, surtout qu’il n’avait jamais parlé d’un emménagement temporaire. Ok, ça avait l’air d’être rapide mais, en même temps, il avait 21 ans, la situation financière pour se retourner en cas de problème, alors qu’il fonce et qu’il profite. Il aura tout le temps de voir ce que ça peut donner.

Elle avait envie de lui demander comment la nouvelle avait été prise dans sa famille, ou les raisons qui avaient fait qu’il n’était pas venu lui annoncer plus tôt. Elle avait toujours plus de question à lui poser mais, ils étaient dans un taxi, avec un chauffeur doué d’une ouïe, du coup, elle estima que ce n’était pas réellement le sujet à aborder. Déjà que si le chauffeur parlait de cette brève conversation, elle imaginait déjà les titres le lendemain « Chase Neutron-Grey démissionne sous les conseils d’une avocate ».

Le chauffeur ne tarda d’ailleurs pas trop à les déposer à l’endroit voulu, le trajet peu long et la fluidité de la circulation à cette heure-ci avaient grandement aidé. Charlie quitta le taxi après avoir payé la course. Parce que, après tout, maintenant Chase NG était au chômage… Avec toujours bien plus de moyens qu’elle, cela dit ! Elle leva les yeux sur le bâtiment.

_ J’ai appelé, on peut aller voir directement le Docteur Randolph Collins, le directeur de l’hôpital. Vu qu’il n’y avait pas grand-chose sur l’emploi qu’elle exerçait, enfin surtout dans le service où elle était, on devrait déjà commencer par aller chercher cette information auprès de lui. Et après, selon comment ça se passe, je propose d’aller faire un tour dans le service en question, on y trouvera peut-être des gens qui ont travaillé avec Maryse.

Et qui seront sûrement plus bavards que peut l’être un directeur sur ses anciens employés, surtout ceux qui ont quitté leur emploi – ou se sont fait virer – pour une raison que même le mari évitait d’évoquer. Elle prit une inspiration et, se lança dans cette nouvelle histoire.
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Message posté : Mar 8 Oct 2013 - 10:55 Message
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Oh oui, ça lui convenait ! Il n’y eut qu’à voir le sourire rayonnant qu’il adressa à Charlie quand la jeune femme s’abstint de tout reproche pour le conforter dans ses choix : jamais Chase n’avait eu l’air si épanoui. Même son aventure avec le clown maléfique n’avait pas entamé son moral — bien au contraire, elle lui avait ouvert de nouvelles perspectives. Loin de l’agent de l’UNISON stressé, contrarié, frustré et éreinté que Charlie avait vu, quelques jours plus tôt à peine, dans son salon ou dans la forêt, Chase avait tout du jeune homme bien dans ses baskets, qui saisissait la vie à bras le corps.

Alors s’il répondit pudiquement :

— Oui, je suis plutôt content.

Son regard pétillant et son sourire ravi donnèrent la juste mesure du bonheur (machiavélique) dans lequel il nageait. La conversation fut ensuite sagement tamisée pour ne pas susciter les nouvelles passions de la presse, le lendemain, grâce à un chauffeur de taxi qui n’avait peut-être jamais transporté autant de célébrités à la fois dans son humble voiture et les deux stars blondes débarquèrent à l’hôpital où avait travaillé Maryse.

Avec un sourire (décidément, on ne l’arrête plus), Chase souligna :

— Le directeur de l’hôpital, rien que cela, à cette heure-ci ? « Charlie Lane », voilà un nom qui doit terroriser bien des personnes haut placées, dis moi.

Il la plaisantait un peu, non qu’il ne fût pas convaincu de la popularité qu’avait conquise l’avocate ces dernières semaines et des effets puissants qu’elle pouvait avoir, mais bien qu’il sût que Charlie n’était sans doute pas encore très à l’aise avec cette nouvelle force médiatique. Il n’y avait qu’à observer sa serrure et l’infiltration d’eau dans son appartement pour comprendre que l’avocate vivait à mille lieues de la gloire qui l’auréolait pourtant de plus en plus.

Ils en eurent bientôt la démonstration en pénétrant dans l’hôpital, par l’entrée de nuit, loin des urgences fourmillantes d’activité. Eux arrivèrent devant un bureau nappé de silence. Une infirmière détacha les yeux de son rapport avant de les écarquilla, en les passant alternativement de Charlie Lane, l’avocate des pauvres, la défenseuse de la veuve et de l’orphelin, la pourfendeuse de l’injuste, la professionnelle la plus sexy de Star City et son jeune amant, Chase Neutron-Grey, le génie des échecs, le mentaliste le plus puissant du monde, le courageux agent de l’UNISON, le bienveillant super-héros qui protégeait Star City des psychopathes.

— Je… je… je…
— Nous venons voir le Dr. Collins.
— Oui, bien sûr, tout à fait, tout de suite, Monsieur, Agent, Maître, Monsieur.

La jeune femme composa le numéro interne d’un doigt tremblant, sans parvenir à détacher le regard du couple médiatique qui lui faisait face. Elle murmura, comme pour ne pas être entendu des deux héros :

— Docteur Collins, votre rendez-vous avec Maître Lane et l’Agent Neutron-Grey est là.

Elle raccrocha et désigna l’ascenseur à deux pas d’eux.

— Par là, au tout dernier étage, il y a un panneau « Direction » à côté du bouton. Mais vous voulez peut-être que je vous accompagne.
— Je crois qu’on va s’en sortir.
— Oh, oui, bien sûr, bonne journée, je veux dire, au revoir.

Chase adressa un sourire à la jeune femme puis se dirigea avec Charlie vers l’ascenseur. Les portes s’ouvraient devant quand la voix de l’infirmière, penchée par dessus de la réception, brûlante de curiosité, demanda :

— Dites, est-ce que c’est vrai que vous allez vous marier ?

Chase sourit de nouveau et répondit d’un air songeur :

— Peut-être pas tout de suite.

Avant de s’engouffrer dans l’ascenseur. La plaisanterie de sa réponse avait été loin, très loin d’être innocente : maintenant qu’il était avec Lukaz, Chase n’avait aucune envie que les tabloïds étalassent les photographies de lui et de son cambrioleur de petit ami en première page. Qu’on lui prêtât une relation avec Maître Lane était une excellente chose. Que Maître Lane vécût dans le même immeuble que son criminel petit ami était une bénédiction divine. Mieux valait entretenir la flamme.

Il croisa le regard de Charlie et lui adressa son plus beau sourire.

— Hé, attends, je veux profiter de ta popularité, moi. Si ça te continue, grâce à toi, je vais avoir des places VIP pour la ligue de baseball.

Les eût-il demandées, il les aurait sans doute obtenues. Sur ces mots, ils descendirent de l’ascenseur pour arriver dans une vaste réception à la moquette rouge, beaucoup moins déprimante que le blanc plastifié et uniforme de tous les étages inférieurs. Dans sa plus belle blouse blanche, le Dr. Collins les attendait avec un sourire nerveux, le regard surtout fixé sur Charlie Lane, qu’il imaginait déjà le traîner dans un procès affreux pour quelque obscure erreur.

C’était son assurance médicale qui allait augmenter, à tous les coups. Il serra la main de ses deux visiteurs, un peu surpris de trouver Chase Neutron-Grey ici. Un agent de l’UNISON, c’était décidément très mauvais, cette histoire, très mauvais. Il fallait commencer sa stratégie de persuasion :

— Venez, suivez moi, si vous le voulez bien, nous allons passer dans le bureau. Je peux vous offrir un rafraîchissement ? Un cigare, peut-être ? J’ai d’excellents cigares mexicains, Maître Lane, dont vous me diriez des nouvelles.
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Message posté : Mer 9 Oct 2013 - 7:54 Message
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Étant donné qu’avec toute la mauvaise volonté qu’elle pouvait y mettre, elle ne voyait toujours pas comment lui faire le moindre reproche sur ses choix – peut-être aussi parce qu’elle n’était pas au courant de tout -, elle se contenta largement du sourire qu’il pouvait avoir vis-à-vis de sa nouvelle vie. Et, devant l’hôpital, elle se contenta d’un haussement d’épaules dans une moue presque coupable d’avoir joué de son nom pour avoir un rendez-vous aussi rapidement. Peut-être qu’un jour, elle réussira à s’y faire réellement… Peut-être pas. Cela dit, elle espérait pouvoir s’y habituer un peu. Comme pour la situation avec l’infirmière qui sembla un peu perturbée par l’arrivée des deux personnes. Si Charlie afficha un sourire et adopta une posture droite qui ne laissa rien entrevoir, intérieurement, elle fut probablement la plus gênée. Dans un remerciement, elle alla pour s’éclipser et retrouver le calme de l’ascenseur, au moins, lui, il se foutait de savoir qui il transportait d’un étage à un autre, mais une nouvelle question les interpella. Chase fut le premier à répondre et Charlie se contenta d’un sourire avant de tourner les talons.

Elle se demanda bien pourquoi il n’avait pas nié, laissant probablement un doute dans l’esprit de l’infirmière et dont la réponse donnée par Chase serait déformée en passant de services en services. Une réponse qui lui fut apportée dans l’ascenseur et qui, en plus, n’eut rien de réellement crédible. Un regard sceptique fut porté sur Chase mais, un sourire amusé aussi qui compensait largement.

_ Mouais, comme si tu ne pouvais pas les avoir sans moi. Je crois que je vais devoir m’attendre à des appels de mes parents concernant notre futur mariage maintenant.

Elle laissa passer un sourire à cette phrase aussi absurde que sa réponse. Aucune chance que ses parents l’appellent parce que la presse titrait un mariage entre les deux en préparation.

_ Oh, d’ailleurs, tu sais que j’ai hérité d’un père. Un type qui a pris rendez-vous au cabinet y a deux jours et qui soutenait qu’il était mon père biologique. Je te jure, ce qu’il ne faut pas entendre.

Elle secoua la tête mais n’eut pas l’air perturbé plus que ça par cet évènement. Le gars en question n’avait rien eut de crédible et, surtout, il avait trop rapidement parlé de ses problèmes d’argent pour que ça ne sente pas l’arnaque en moins de cinq minutes. Si on lui avait dit, en début de carrière qu’elle serait connue à ce point un jour, elle aurait bien mieux protégé sa vie privée pour ne pas avoir ce genre de situation aujourd’hui. Mais bon, il lui en fallait quand même un peu plus pour qu’elle se retrouve à déprimer avec du vin et un pot de glace, les yeux rivés sur son infiltration.

Le directeur rencontré, des poignées de main échangées, Charlie lui emboita le pas avec un sourire en direction de Chase. Normal de voir les gens paniquer quand ils se retrouvaient face à eux d’eux ? Mais très vite, elle reporta son attention sur le dos qu’offrait Collins.

_ Non merci, ça ira très bien.

Elle n’avait pas soif, elle ne buvait pas et puis, de toute façon c’était presque une forme de corruption, non ? On commençait à faire amis-amis autour d’un cigare et, après, on avait une jolie enveloppe dans la poche. Bon, pas dans la même journée mais ça commençait toujours par des petits trucs, non ? Ils furent installés dans un vaste bureau et, avant que le directeur ne s’interroge sur leur présence, Charlie décida de prendre la parole.

_ Merci de nous recevoir aussi rapidement, je voulais vous voir au sujet de Maryse Steward.

Apparemment, c’était définitivement non pour le cigare vu la manière dont elle entrait dans le vif du sujet, sans plus de préambule que ça. Le directeur qui, après tout n’était pas directeur pour rien, afficha un air interrogateur.

_ Une patiente ? Parce que, vous devez savoir que je ne peux pas transmettre le dossier de nos patients comme cela.
_ Une ancienne employée, en réalité. Oh et bien sûr, je suis consciente des papiers à fournir mais, enfin vous savez, je ne voulais pas déranger plus de personnes que nécessaires à cette heure-ci. Elle porta la main à sa poche. Maintenant, s’il le faut, je peux passer un appel.
_ Non, vous avez raison, il est déjà tard.

Et il n’allait pas porter plus de regard que nécessaire sur son hôpital, surtout pour un nom qui lui parlait. Il ne douta pas un instant des contacts que pouvait avoir une avocate comme Charlie Lane. Cette dernière interrompit son geste, ce qui l’arrangea bien, avouons-le.

_ Maryse Steward vous avez dit.

Il pianota quelque chose sur son ordinateur parce que, après tout, cette employée était présente il y a une dizaine d’années et que, probablement, l’homme n’était pas encore en poste à ce moment-là. Il afficha une fiche dont il fut le seul à voir, lisant en même temps.

_ Maryse Steward, entrée en poste en tant qu’infirmière en pédiatrie le 3 janvier 2002, démission le 27 septembre de la même année… Ce fut là qu’il bloqua une courte seconde avant de revenir sur ses interlocuteurs dans un sourire plus commercial que médical. Il n’y a pas de raison inscrite pour son départ mais, vous savez, le métier n’est pas aussi facile que ce que l’on pense. Ce n’est pas fait pour tout le monde, voir des enfants malades toute la journée.
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Message posté : Mer 9 Oct 2013 - 10:13 Message
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— Pour moi non plus.

Chase avait beau être un apprenti-génie du mal en marche pour la domination mondiale ou quelque chose dans ce goût-là, il n’avait jamais fumé de cigarette de toute existence et il n’aurait certainement pas su quoi faire avec un cigare. S’étouffer en crachant de la fumée devant l’homme qu’ils étaient censés impressionner pour obtenir des informations n’était vraisemblablement pas la meilleure stratégie du monde et le mentaliste avait définitivement abandonné l’idée de rehausser sa virilité parfois légèrement imparfaite en adoptant une habitude aussi typiquement masculine. Dommage.

Il s’assit donc à côté de Charlie et adopta le rôle qui serait le plus utile à son amie pour l’heure : être Chase Neutron-Grey, auréolé d’une autorité un peu ambiguë que personne n’avait envie de tester, tant qu’on ne savait pas exactement ce dont il était capable et ce qu’il avait le droit de faire. Incarner le Neutron-Grey, comme on incarnait une institution, était un exercice qui n’avait jamais enchanté Chase, mais qui s’avérait souvent utile et, à en juger comme le regard du directeur passait parfois de Charlie à lui, comme il eût passé du judiciaire à l’exécutif sur le diagramme du gouvernement, l’exercice portait ses fruits.

Les explications préliminaires données et le directeur déjà intérieurement traumatisé, l’affaire s’annonçait encore une fois mal engagée pour Maryse. C’était à croire que la vie de cette femme était un cas exemplaire de progressif décrochage psychologique. Avec un air tout à fait naïf, Chase interrogea :

— Il y en avait beaucoup, des enfants malades, autour de Steward ?
— Évidemment, c’est un hôpital.

Le directeur avait répondu d’un air d’abord un peu déconcerté, spontanément, puis son regard croisa celui de Chase et l’embarras fugace qui était passé sur son visage lorsqu’il avait parcouru des yeux le dossier de Maryse revint. Alors que sa première réponse eût largement suffi à souligner l’incongruité de la question de Chase, il se sentit contraint de fournir en plus des explications superflues :

— Tous les enfants qui sont ici sont malades, mais je suis sûr que grâce à cette infirmière et à son équipe, beaucoup d’entre eux sont sortis en pleine santé de notre établissement et…
— Vous savez où elle a fait ses études ?

Enchaîner les questions en passant du coq à l’âne était l’une des techniques de déstabilisation que Chase avait apprises de son mentor Andrea. Dans le temps de latence qu’il fallait aux suspects ou aux témoins pour retrouver la réponse qu’ils étaient censés donner se lisait sur leur visage un peu de la réponse qu’ils ne donneraient pas. Le Dr. Collins parut un instant embarrassé, avant de répondre la stricte vérité :

— Son dossier ne l’indique pas.
— Vous ne vérifiez pas les qualifications de vos employés ?
— Bien sûr que si. Mais…
— Pas de Mrs. Steward ?
— Les données ont dû se perdre.
— Vous avez eu une éruption solaire ?

Ces stichomythies s’achevant sur une question plus inattendue encore que la précédente, le Dr. Collins, habitué à interroger ses patients, ses collègues et ses élèves, mais certainement pas à se faire interroger lui-même, détourner les yeux du regard bleu perçant de Chase et reconnut une chose qui devait lui fendre le cœur :

— J’ai peur de ne pas comprendre.
— 2002, les données étaient virtuelles, sans doute. Alors, vous avez une partie du dossier mais pas tout le dossier. Vous savez, les données, ça ne disparaît pas comme ça par enchantement. Pas avec un système comme le vôtre. Ce n’est pas comme si vous rangiez toutes les archives de l’hôpital sur des clefs USB cachées dans des jarres à cookies. Alors je me demande si par hasard vous n’auriez pas eu une éruption solaire très localisée qui aurait perturbé les sauvegardes.

Silence.

— Qu’est-ce que vous insinuez ?

Chase prit quelques secondes avant de répondre, le regard toujours fixé dans celui du médecin. Il savait très bien que la plupart de ses interlocuteurs, dans ce genre de situations, tentaient de garder le contrôle de leurs pensées. La célébrité avait ceci de bon que l’usage de la télépathie était parfois superflu, tant les suspects avaient un don pour éradiquer eux-mêmes la stabilité psychique de leurs pensées, en tentant de la contrôler.

— Je n’insinue rien, je constate qu’il manque décidément beaucoup d’informations sur Mrs. Steward. Sa formation, la raison de son départ… J’espère que tout vos dossiers ne sont pas aussi lacunaires, sinon les inspections des services gouvernementaux doivent être difficiles à vivre.

C’était une menace assez nette. Le Dr. Collins pouvait fort bien savoir que Chase avait quitté l’UNISON, mais cela ne changeait pas grand chose : le jeune homme était un Neutron-Grey avec des contacts, cela seul suffisait à mettre telle agence de seconde zone en branle et à lancer un audit.

— Peut-être qu’en cherchant bien, je pourrais retrouver ce que vous désirez savoir.
— Faites, docteur. Nous avons toute confiance en vous.

Délaissant le dossier de Steward, Collins se mit à exhumer virtuellement les rapports d’incidents de l’année 2002 et les rapports d’infirmière en chef du service de pédiatrie. Si on lui posait des questions sur Steward, c’était vraisemblablement qu’elle n’était pas partie après avoir gagné au loto.
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Message posté : Sam 12 Oct 2013 - 5:15 Message
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Chase et les interrogatoires, tout un programme. C’était pour ce genre de raisons qu’elle avait cessé de s’interroger continuellement pour savoir si le télépathe épiait, ou non, ses réponses : le directeur savait à qui il parlait, à qui il répondait et, honnêtement, ça n’avait pas l’air de l’enchanter. Charlie n’aurait pas aimé être dans la tête de Collins qui devait lutter avec lui-même pour savoir ce qu’il devait dire ou non. Généralement, parce qu’il était directement, il était capable d’une parfaite élocution et d’un discours bien rodé face à chaque problème mais, face à un télépathe connu et reconnu, les choses devaient se compliquer pour lui. Il ne s’agissait pas de convaincre avec des sourires et une gestuelle apprise par cœur mais, de convaincre en sachant que celui qui posait des questions pouvait avoir un accès direct à ses pensées.

Le télépathe ne faisait rien pour le mettre à l’aise, pointant du doigt une défaillance de leur système et d’un manque flagrant d’informations pour finir par une menace qui n’avait rien de voilé. Charlie avait presque envie de plaindre ce directeur qui, à une heure aussi tardive, n’avait rien demandé et encore moins qu’on vienne dépoussiérer de vieilles affaires dont il n’avait aucun souvenir. La pédiatrie, avant d’être directeur, n’avait jamais été sous son contrôle. Il chercha pendant de longues minutes, notant mentalement les détails ici et là qu’il pouvait trouver dans différents rapports.

_ Apparemment Mme Steward était très impliquée dans son travail et très investi pour ses patients. Je ne trouve rien qui semble indiquer un quelconque problème avec cette ancienne employée.

Ce qui, en réalité, commença un peu à l’inquiéter parce qu’il était évident que ses deux visiteurs ne se seraient pas déplacés sans raison, ou juste pour vérifier qu’il n’y avait effectivement rien à dire de cette personne.

_ Est-ce qu’une infirmière peut demander des examens médicaux pour un patient.
_ Généralement, non, c’est à la charge du médecin avec les données qu’il a et les visites qu’il fait.

Il se garda de dire que ça pouvait arriver dans la mesure où il y avait beaucoup de patients par médecin mais, ça remettrait un peu en cause le système et le partage des tâches. Et puis, ce n’était pas une généralité non plus alors il pouvait bien se passer de l’expliquer. Allez à l’essentiel, lui paraissait être la meilleure option.

_ Imaginons que ce soit le cas, est-ce que ça serait notifié quelque part ?
_ Non, un examen ne peut être fait que sur la demande d’un médecin et il ne cite pas si quelqu’un d’autre lui a demandé de le faire, à moins que ça vienne d’un autre médecin, d’un autre service par exemple.

Charlie prit quelques secondes pour réfléchir à un moyen de savoir si Maryse avait pu faire une demande d’examens médicaux pour plusieurs patients mais, si ce genre de donnée n’était pas relevé ça compliquait forcément la tâche. Elle finit par reporter son attention sur le directeur de l’hôpital.

_ Vous avez accès à des statistiques comme le nombre de patients sur une période donnée, et le coût total des examens de cette même période.

Le directeur regarda Chase qui mettait en doute son système informatique et son manque de données, il ne savait absolument pas où voulait en venir l’avocate mais il n’allait pas donner une raison supplémentaire à Chase de prouver un système défaillant. D’accord il lui manquait quelques données mais il gardait quand même les plus importantes.

_ Oui, c’est possible, pourquoi ?
_ Est-ce que vous pourriez comparer le nombre d’examens faits dans ce service pendant que Mme Steward était présente avec d’autres années, s’il vous plait ? [/color]
_ Il serait peut-être plus simple de me demander ce que vous cherchez exactement.
_ C’est ce que je viens de faire.

Collins abandonna l’idée d’avoir plus d’informations, enfin, surtout les raisons de cette recherche et se plongea à nouveau dans son ordinateur pour inclure plusieurs variables. Quelques minutes plus tard, l’imprimante se mettait en route et le directeur tendit la main pour attraper une succession de feuilles qu’il examina avant de les transmettre à Charlie qui, à son tour les regarda. Une hausse des examens était à noter sur la période où Maryse était présente

_ Tiens.

Elle tendit les documents à Chase avant de revenir sur Collins qui imagina assez bien la question qui allait suivre et préféra la devancer.

_ Cette hausse n’est pas forcément significative vous savez, il n’y a pas le détail des opérations ou des examens pratiqués, certains étant plus couteux que d’autres, il se peut qu’il y ait eu plus d’examen coutant cher sans pour autant avoir plus d’examens sur la globalité.
_ Et il est possible d’avoir le détail exact ?
_ Pas en deux minutes mais, je peux vous faire ça pour demain si vous voulez ?
_ Oui, s’il vous plait, ça serait parfait.
_ Est-ce que je peux faire autre chose ?

Sous-entendu, est-ce que, maintenant, ces deux personnes pouvaient bouger de son bureau ? Quand Charlie répondit par un oui, le directeur se força dans un sourire des plus courtois avant de lui faire signe de lui demander ce qu’elle voulait.

_ Est-ce que je peux trouver des personnes, médecins et infirmiers, qui auraient travaillé avec Madame Steward ?

Il aurait aimé refuser, demander à nouveau si Charlie n’avait pas besoin de papiers pour ce genre d’investigation mais, même si c’était le cas, elle pouvait les avoir en un appel, elle n’en doutait pas. Et puis il y avait ce mentaliste, et ses relations, qui pouvait lui envoyer un contrôle en moins de temps qu’il ne faut pour le dire alors, il dû bien se résoudre.

_ Le mieux serait encore que vous alliez au service pédiatrie, le personnel sera plus apte à vous répondre.
_ Merci.

Elle posa son regard sur le mentaliste pour lui demander muettement s’il avait besoin d’autre chose de son côté avant de prendre la décision de se lever pour aller au service indiqué.
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Message posté : Sam 12 Oct 2013 - 9:25 Message
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C’était Noël pour Chase, puisqu’il était désormais en train de regarder des courbes statistiques. Les yeux rivés sur les chiffres, le mentaliste n’en prêtait pas moins une oreille attentive au reste de la conversation. Il n’avait eu aucun scrupule à bousculer quelque peu Collins, tout en sachant parfaitement que s’il y avait eu des irrégularités, il n’y était probablement pour rien. Et d’ailleurs, si le nouveau directeur de l’hôpital n’était vraisemblablement pas un ange parfait, le télépathe avait noté que jamais il n’avait cédé à la facilité d’accuser son prédécesseur des irrégularités constatées.

Ce ne fut donc finalement pas avec une trop mauvaise impression que le Neutron-Grey sortit du bureau, pour regagner l’ascenseur et, avec Charlie, observer pendant de longues secondes la succession des petits panneaux métalliques sur les nombreux boutons des étages, à la recherche du service de pédiatrie. Elles avaient l’air malin, les deux stars, penchées devant le panneau de contrôle, à murmurer : « Radiologie », « Oncologie », « Radiologie générale », « IRM », « Soins intensifs », « Soins palliatifs »…

— Ah, là ! Pédiatrie.

Chase pressa le bouton avant de se redresser, satisfait de ce nouvel acte héroïque qui lui vaudra indubitablement une bonne centaine de points de réputation. L’ascenseur se mit en branle et Chase secoua les courbes.

— Il n’a pas tort. Statistiquement, les variations ne sont pas très significatives. Cela dit, c’est un gros hôpital, beaucoup de patients, ça ne veut rien dire. Même si Maryse avait commandé dix examens supplémentaires par semaine, ils auraient été noyés dans la masse des chiffres.

Du coup, ce n’était pas très encourageant : beaucoup de données encore trop imprécises pour qu’ils pussent en faire quoi que ce fût. Et le temps que le directeur se décidât à envoyer les informations plus détaillées, il aurait peut-être consulter la cohorte des avocats qui accompagnait invariablement tout établissement médical américain, pour le prémunir des coûteux procès en erreurs médicales. L’enquête sur le terrain était bel et bien leur meilleure option.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et ils pénétrèrent dans ce qui devait être, probablement, en cette heure tardive, le service le plus calme de l’hôpital : plongé dans le silence, la pédiatrie n’était que rarement agitée par les pleurs d’un patient, vers lequel s’empressaient des infirmières. Chase cela dit ne put empêcher un sentiment de malaise de l’emplir, en regardant les frises de lapins joyeux qui gambadaient sur les murs et les affiches médicales pédagogiques, dont la douceur enfantine avait quelque chose de presque cruelle, dans un pareil contexte.

Et puis, c’était dans ce genre d’endroit qu’on trouvait toujours des clowns. Fort heureusement, au milieu de la nuit, même les clowns dormaient — certains, comme le Majestueux Kalah, très profondément — et les deux enquêteurs purent s’approcher d’une infirmière qui posa sur eux un regard sévère, non sans évoquer celui de Maggie Smith. Le silence était toujours complet. Tout bas, Chase murmura :

— Euh… bonjour…
— L’heure des visites est passée.

« Sans blague » fut la réponse que Chase retint, parce qu’il avait été bien éduqué.

— En réalité, nous aurions quelques questions à poser au personnel.
— Au milieu de la nuit ?
— Eh bien…
— Et de quel droit ?
— C’est-à-dire que…
— Je vais appeler ma déléguée syndicale.

Maggie Smith avait déjà saisi son téléphone et commencé à composer le numéro lorsque Chase, en désespoir de cause, souffla précipitamment :

— Nous venons de la part de Dan Steward, l’époux de Maryse Stewart.

Le geste de Maggie Smith fut suspendu. Puis elle reposa lentement le combiné, scruta attentivement, tour à tour, les deux visages de ses visiteurs et enfin, les yeux fixés sur Charlie, elle murmura :

— Ah, oui, vous êtes l’avocate. Celle qui a combattu à mains nues trois hommes armés. J’ai lu votre histoire dans Femina City. Vous devriez faire attention, ma petite, les femmes fortes, ça n’attire pas les hommes.

Elle jeta un coup d’œil à Chase et acheva entre ses dents :

— Il reste toujours le complexe d’Œdipe, évidemment…

Soucieux de revenir au cœur de la conversation, le mentaliste dont le complexe d’Œdipe se portait, je vous remercie, très bien, intervint :

— Donc, vous connaissez Maryse ?
— C’est beaucoup dire. C’était il y a longtemps.
— C’est que, nous venons de voir le Dr. Collins, et il n’avait pas l’air d’en garder un souvenir très précis.
— Vous savez, pour les médecins, nous sommes invisibles.

Chase saisit sa chance de bâtir une forme de complicité :

— J’imagine. À l’UNISON, c’est comme cela aussi : les chefs sont entre eux et les petites mains, personne ne s’en préoccupe.
— Voilà. Heureusement qu’il y a la déléguée syndicale.
— Elle est active ? C’est bien. Parfois, ils ne font que de la figuration.
— Pas elle ! Tenez, c’est même elle, à l’époque, qui a permis à Maryse de partir à l’amiable, quand…

Maggie Smith s’interrompit. Cela faisait quatre heures qu’elle était presque seule derrière son bureau et, comme souvent, elle s’était laissée emporter par la compagnie inespérée et avait un peu trop parlé. Elle pinça les lèvres avant d’interroger, plus calmement :

— Mais c’est à quel propos, au juste ?
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