AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Le prix de leur sang (Mac Aoidh)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 23:48 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Ce soir-là, tout avait bien, très bien, très très bien commencé. Il n’avait fallu à Abban que cinq minutes trente-sept secondes et huit centièmes pour attirer le regard de la moitié des pervers du bar, ce qui constituait, aux yeux du jeune homme, une sorte de consécration esthétique, à peu près aussi valorisante que de se faire recruter dans la rue par un photographe de mode particulièrement réputé. Abban avait toujours trouvé un insigne plaisir à sentir tous ces regards vicieux redessiner lubriquement la courbe de ses fesses — qu’il avait belles, merci — en bavant.

Parmi toute sa cour de vicieux, il en avait choisi un, qui avait l’air un peu moins vicieux que les autres ou simplement un peu plus musclé. Musclé, avec du poil au torse et une belle barbe. (Non, ce n’était pas Adriel.) Abban était toujours sensible à ce charme un peu paysan et authentique et, quand il avait vu les grosses mains velues se poser sur le bar, jusqu’à côté de lui, il les avait imaginées aussitôt à bien d’autres endroits et, avec un sourire tout à fait enjôleur, il avait entamé une discussion dont le seul et unique but avait été la chambre d’hôtel la plus proche.

Oh, il les avait bien senties, ces mains. C’était ça, son problème, à Abban. Il était persuadé, parfois, quand il arrêtait de se méfier, quand il se lançait dans le bain des plaisirs, que tout le monde était comme lui : innocemment à la recherche d’un bon moment. L’innocence n’avait peut-être pas été sa qualité principale lorsqu’il s’était débarrassé de ses vêtements pour bondir sur le partenaire dont il ignorait jusqu’au nom, mais enfin, il n’avait rien fait, cela, il en était certain, il n’avait rien fait pour mériter ça.

Ça, il avait bien senti, de temps à autre, par le pensée, que ça pouvait lui arriver. C’était quelque chose, dans un regard, dans un geste, dans une fraction de seconde, un sourire peut-être qui n’en était pas un, et alors il s’enfuyait, le cœur battant, les mains tremblantes, avec l’impression d’être sale et dégoûtant et, bien sûr, il n’en disait rien à Aishlinn, parce qu’elle ne comprendrait pas, c’était la seule chose peut-être qu’elle ne pouvait pas comprendre, et elle le regarderait de beaucoup trop loin pour qu’il pût le supporter.

Il n’était pas très fier, en fait, Abban, de ce qu’il faisait de ses nuits. Il était content de plaire, content de pouvoir sourire, content de susciter l’intérêt, mais après, quand les choses étaient consommées, il avait du mal à se défaire de sa propre peau poisseuse, dans la douche des chambres d’hôtel. C’était le plaisir un instant mais ça n’en valait pas le coup — il recommençait, pourtant, avec l’espoir naïf et entièrement conscient de trouver le garçon, celui qui serait doux et secrètement poétique, comme dans les séries télévisées qu’Aishlinn et lui regardaient parfois. Les garçons comme ça, c’était évidemment comme les gens bien : ils n’existaient pas dans son monde à lui.

De toutes ces choses, il s’accommodait. De ça, il ne s’accommodait pas. C’était arrivé un peu trop tard pour qu’il pût s’enfuir. Il avait été obligé de rester tout du long et d’attendre le moment de distraction. Aussitôt il s’était téléporté, en laissant derrière lui sa chemise, son blouson, son téléphone jetable sur lequel il n’y avait rien de sa vie, par prudence, comme pour tous ces téléphones, bref, des traces anonymes de son passage et de son échec, et il était apparu dans son appartement.

Sans Aishlinn. Nulle part, Aishlinn. D’une voix très faible, parce qu’il n’avait pas le courage de se terrer seul dans un coin le temps de lécher ses blessures, comme un vrai animal sauvage, il l’avait appelée par son nom, mais elle n’était toujours pas rentrée. Les chats étaient venus le voir, pour réclamer des croquettes, mais il ne savait plus où se trouver les croquettes. Il ne savait même plus où se trouver Aishlinn. Peut-être qu’elle savait déjà et qu’elle était partie, partie pour toujours, dégoûtée définitivement par sa lâcheté et sa faiblesse.

Le corps couvert des bleus, Abban se laissa glisser contre le mur, à côté de la porte d’entrée, et il ramena ses genoux contre lui, pour les entourer de ses bras, et essayer de tenir dans leur appartement commun surtout le moins de place possible. Il était là torse nu, presque roulé en boule, avec sa lèvre ouverte, ses contusions et les larmes qui coulaient à gros bouillons continus sur ses joues, encore et encore, sans qu’il parvînt à s’arrêter, ni à faire autre chose que renifler bruyamment, parce qu’il ne pleurait pas comme dans les films, majestueusement, ça non plus ça n’existait pas dans la vraie vie. Comme les gens bien. Comme le garçon. Ce qu’il pouvait être bête, vraiment, ce qu’il pouvait être bête.

— … Linn… reviens… s’il-te-plait…reviens… Linn…

Qu’il répétait en boucle comme le parfait idiot qu’il était, avec des hoquets, parce que les sanglots, en étirant ses bleus, ajoutaient à sa douleur.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 3 Oct 2013 - 17:20 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Le 6 octobre 2013

Elle avait beau se répéter encore et encore, que cet emploi était nécessaire, elle n’arrivait toujours pas à si faire. De sourires blasés en soupir, en passant par un regard vide, elle avait enchainé la prise de commande. Si, au moins, les gens étaient intéressants. Mais ils ne la voyaient uniquement comme la simple serveuse qu’elle était, probablement trop stupide pour avoir fait des études et avec un manque de volonté évident pour ne pas finir dans un meilleur restaurant.

Elle évita de justesse d’écraser sa cafetière de café bouillant sur la tronche d’un client qui, dans un cliché aberrant, trouva bien de lui mettre une main aux fesses. L’envie ne lui manqua pas mais, en soufflant doucement, elle se rappela l’utilité de son boulot. Ne pas agir sur le coup de l’impulsivité, sourire faussement et s’en aller en retenant soigneusement toutes les insultes qu’elle avait à son vocabulaire. Elles étaient nombreuses. Elle se retrouva en arrière-cuisine à cracher sur un beignet graisseux qu’elle apporta, ensuite, toujours souriante au client en question. Professionnelle jusqu’aux bouts des ongles.

Retour en arrière-cuisine où elle regarda son téléphone sans le moindre message. Ce fut un besoin, elle appela son jumeau, au moins, lui, il saura calmer ses nerfs pour éviter qu’elle ne provoque ses foudres sur l’abruti au fond de la salle. Un besoin qu’elle ne comprit pas réellement, elle devait juste le faire. Le numéro fut composé mais ce ne fut pas la voix d’Abban qui décrocha. Les jumeaux changeaient souvent de téléphone et, pourtant, à aucun moment elle ne douta du numéro composé alors, quand, après avoir demandé où était le propriétaire du téléphone, elle entendit un homme étendre son champ d’insultes et parler de disparition spontanée, Aishlinn raccrocha en hâte.

Elle ouvrit un casier pour prendre les clés de la voiture d’un collègue de boulot. Pas très intelligent mais il y avait urgence, impossible pour elle de réfléchir de manière raisonnée. Elle quitta son lieu de travail sans prévenir personne, sans que son service ne soit fini. Son boulot n’était pas important, pas quand il s’agissait de son jumeau. Loin d’adopter la même conduite qu’Abban, elle sut tout de même presser l’accélérateur pour laisser la voiture en double file au pied de leur immeuble. Elle la rendrait, plus tard, un jour, en fait, elle ne s’en soucia pas tellement.

Toutes les portes furent traversées à l’aide de son pouvoir, parce qu’il était évident que les pousser lui ferait perdre trop de temps. Aishlinn avait encore le tablier à l’effigie du restaurant où elle travaillait, des mèches de cheveux s’échappant de partout dans sa queue de cheval mise à mal par sa course effrénée, quand elle pénétra dans leur appartement. Et si elle ne l’avait pas entendu, elle n’aurait probablement pas pensé à regarder près de la porte à son arrivée.

Son regard se porta sur son jumeau et la douleur de sa vision n’aurait pas pu être pire que si c’était elle qu’on avait couverte de bleus. Des envies de meurtre, très vivaces, passèrent dans son esprit. Peu faite pour la violence, il y avait des personnes auxquelles on ne touchait pas. Non, en réalité, il n’y avait qu’une seule personne à laquelle il ne fallait pas s’en prendre. A peine l’avait-elle vu, qu’elle se retrouva déjà accroupie devant lui, ses envies passaient bien après lui. Ça avait au moins l’avantage de lui permettre de les faire taire et de les estomper avec le temps.

_ J’suis là, mon cœur, j’suis là.

Elle releva doucement son visage pour finir un état des lieux qui lui brisa le cœur. Qui que ce soit, il allait regretter de s’en être pris à son double. Il y des choses qu’elle ne pouvait pas laisser passer.  

_ Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui t’a fait ça ?

Parce qu’elle allait lui péter les dents, ce qui constituait déjà une évolution depuis son envie de meurtre dans un chaos pas possible. Elle se rendit compte aussi que ses questions étaient un peu trop hâtives. La première chose à faire était de s’occuper de son jumeau, les détails de cette situation pouvaient attendre.

_ Viens là.

Aishlinn se mit contre le mur, à côté de son jumeau pour l’enserrer doucement dans ses bras, gardant une main dans ses cheveux à lui. Elle ne sut combien de temps elle le garda là, à le bercer comme elle le pouvait en murmurant un tas de choses, sans s’enlever de la tête que quelqu’un allait le regretter.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 3 Oct 2013 - 19:56 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Quand Aishlinn traversa la porte d’entrée, Abban éclata de nouveaux sanglots et de nouveaux hoquets, plus intenses que les précédents, et c’était à grande peine qu’il parvenait à happer un peu d’air, de temps à autre, pour continuer à respirer et, c’était évidemment le plus important, à pleurer. Il s’était réfugié tout contre sa sœur quand elle s’était adossée au mur, tremblant et froid, et puis il avait pleuré, encore et encore, sous le regard perplexe des chats, à quelques mètres de là, qui renonçaient une fois de plus, ce soir-là, à affiner leur compréhension zoologique de ces deux animaux-là. Bizarres, bizarres, les humains.

Lorsqu’il fut trop fatigué pour pleurer, il se plongea dans un silence de marasme et il avait dû se passer presque une heure entière quand il recommença à remuer et à murmurer, d’une voix rauque, difficile et honteuse :

— Désolé. Me touche pas. J’suis sale.

Et il s’écarta brusquement de sa jumelle, avant de répéter obstinément :

— J’suis sale.

Dans une grimace de douleur qui contrastait considérablement avec l’aisance qui était ordinairement la leur pour se mouvoir, il se releva, croisant les bras dans un effort dérisoire de cacher ses blessures et murmura encore, sans parvenir à regarder Aishlinn.

— Faut qu’j’prenne… une douche. J’suis sale. Juste, seul. J’veux pas que tu m’vois. Comme ça. Juste. Désolé.

Et il disparut brusquement puis, une seconde plus tard, le verrou de la salle de bain qui n’avait jamais été utilisé depuis leur arrivée à Star City résonna dans l’appartement. Dans la douche, la tête appuyée contre le carrelage, Abban recommença à pleurer, en regardant parfois des gouttes de sang se mêler à l’eau mousseuse à ses pieds, puis, avec des gestes encore difficiles, il se lava. Une fois, deux fois, trois fois. Tout gratter, au point d’en avoir la peau rougie.

Il passait ordinairement un temps considérable dans la salle de bain, pour se coiffer, se faire beau, s’assurer qu’il était toujours aussi séduisant. Ce soir-là, cette coquetterie lui parut abjecte et dérisoire. Il ne s’accorda pas un regard. Et quand il revint, en marchant, dans le salon, il avait enfilé le pantalon de jogging et le grand tee-shirt informe qu’il ne mettait jamais s’il n’y était pas obligé par un bricolage, des travaux de peinture ou la réparation d’une mécanique huileuse. Par dessus le tee-shirt, un sweat, dont il tirait les manches.

Il s’assit sur le canapé — ne put réprimer une nouvelle grimace — et regarda un long moment ses pieds. Il savait bien que maintenant, il fallait s’expliquer, et les questions de sa sœur, il ne les avait pas oubliées. La peau rougie de ses doigts qui apparaissaient un peu sous les manches du sweat témoignait de l’effort névrotique qu’il avait mis à se laver.

— J’ai été idiot, Linn, et tu vas me détester.

Pas une seule élision, pas une seule métaphore inattendue ni un seul mot d’argot. La phrase avait été prononcée gravement et sérieusement, comme un diagnostic mortel.

— J’étais… T’sais, tu travailles, j’me sentais seul, j’étais dans… dans un bar. Tu sais. Les bars.

Il jeta un regard rapide à sa sœur, comme pour s’assurer qu’il ne parlait pas des bars du Cartel, qu’ils fréquentaient l’un et l’autre, soit pour bavarder avec des « collègues », soit pour le travail, mais des autres bars, ceux où il allait tout seul (sauf quand il essayait de détrousser un mutant homosexuel télépathe et vindicatif — une expérience qu’ils n’étaient sans doute pas prêts de réitérer).

Abban se mit à tirer nerveusement sur un fil qui dépassait de la manche droite de son sweat.

— Et… et… et…

En fait, il ne parlait jamais de ce genre de choses avec Aishlinn, parce qu’il avait beaucoup trop peur de la jalousie de sa sœur, mais cette aventure-là était trop douloureuse pour qu’il parvînt à ne le gérer en n’étant que la moitié de lui-même.

— Y a avait ce type, là, il… Il m’a fait plein de compliments, tu sais, il avait l’air gentil, je sais pas, peut-être pas gentil, mais bien ou… ou… je suis juste trop con, j’aurais dû voir, sans doute, et puis, tu sais, j’aurais dû deviner…

Comme il allait recommencer à pleurer, il s’interrompit, inspira profondément, fit tout son possible pour ravaler ses larmes et reprit son peu glorieux récit :

— …on est allé à l’hôtel… on a commencé à, tu sais, tu vois…

En fait, il n’était pas certain du tout qu’Aishlinn vît comment cela se passait, parce qu’il supposait que quand elle avait du temps libre sans lui, le premier réflexe de sa sœur n’était pas de regarder de la pornographie gay pour tenter de comprendre à quoi pouvait ressembler la vie sexuelle de son frère, mais il n’avait pas envie de rentrer dans les détails techniques de l’affaire.

— …et il a commencé à être un peu trop… euh… je sais pas… s-sauvage ? pour moi. Et j’étais pas d’accord, et… j’pouvais plus m’enfuir, parce que… euh…

Il s’arrêta net. Il ne savait pas trop s’il espérait que sa sœur comprît la raison purement technique et peu gratifiante qui avait empêché sa téléportation ou si, au contraire, il préférait que tous les détails de l’affaire pussent demeurer à jamais flous pour Aishlinn. Partagé entre le besoin d’être compris et la crainte d’être entendu, Abban finit par éluder l’explication et conclure :

— Du coup, il s’est énervé. Mais c’était ma faute, sans doute, j’ai mal compris, j’aurais dû faire autrement, c’était ma faute…

C’était le bon moment pour se remettre à pleurer.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 4 Oct 2013 - 4:54 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Elle le regarda incrédule, ne comprenant pas pourquoi un tel rejet mais, impossible de lui poser la moindre question qu’il disparut aussi vite dans la salle de bain. Se relevant, Aishlinn prit très vite la direction de la pièce en question et elle aurait facilement traversé la porte si le verrou ne se fit pas entendre. Un simple verrou, rien que ne puisse l’empêcher de rentrer pourtant, elle resta comme paralysée devant cette porte qui lui fut interdite. Aishlinn resta de longues minutes devant la porte, l’ongle du pouce entre les dents avec la furieuse envie de rentrer pour l’aider et le besoin de respecter son besoin d’être seul. L’évènement du verrou fut assez exceptionnel pour qu’elle se refuse l’entrée de la salle de bain.

Elle passa les minutes suivantes, sur le canapé, les jambes repliées contre elle à imaginer tous les scénarios possibles ce qui fut encore pire que de ne pas savoir. Il est même préférable de ne pas citer ceux qui pouvaient lui passer par la tête. Le voir arriver ne calma pas ses inquiétudes, surtout dans la mesure où aucuns travaux n’étaient prévus dans l’appartement. Elle resta dans sa position, s’interdisant ainsi de le toucher même si l’envie était plus que présente. Il avait été sous l’eau, et à voir ses doigts, il avait frotté comme un malade alors, peut-être que maintenant elle pouvait à nouveau le toucher mais, par peur de le braquer, elle préféra éviter. Elle l’écouta, religieusement, même si elle ne comprit pas en quoi elle pouvait le détester. Il n’y avait pas de raison pouvant provoquer ce sentiment chez elle ou, alors, jamais très longtemps.

Et ce fut des efforts de patience que d’attendre l’explication qui tarda à tomber sous les hésitations de son jumeau. Elle n’eut aucune envie de le braquer mais l’envie de le secouer lui traversa l’esprit, intenable cette attente où elle continua d’imaginer un tas de choses. Elle devait savoir ce qui s’était passé. Elle écouta, déchiffra les paroles d’Abban. En tant que double, parce que la vie d’Abban avait bien plus d’importance que la sienne, elle trouva qu’il aurait été moins douloureux de vivre elle-même les choses, plutôt que de les entendre sortant de la bouche de son jumeau. Et les derniers mots… Ces pleurs…

_ Ne soit pas stupide… Belle entrée en matière, hein ? Elle déplia ses jambes pour s’asseoir juste à côté de lui, penchant la tête. Hey, regarde-moi.

Le ton fut bas, doux, rien d’agressif qui lassa entendre une avalanche de reproche. Pas au programme, qu’est-ce qu’elle aurait bien pu lui reproche ? La tête penchée vers lui, une main sur son visage elle tenta de capter son regard où chaque larme fut une attaque des plus douloureuses.

_ Ce n’est pas de ta faute, tu ne peux pas te reprocher quoi que ce soit.

Quand bien même il l’aurait réellement cherché – ce qui n’était pas le cas -, ça ne serait toujours pas de sa faute, encore moins à partir du moment où il n’était pas d’accord avec la tournure qu’avaient prises les choses. Détails que, bien évidemment, elle ne chercha pas à imaginer. Mais c’était son jumeau, certaines images s’imposaient d’elles-mêmes.

_ Écoutes-moi. Elle attrapa une des mains d’Abban qu’elle serra doucement dans la sienne. Il n’y a qu’une seule personne coupable et, crois-moi, elle n’est pas dans cette pièce. Tu n’as rien à te reprocher.

Clairement, elle détacha chacun des mots de sa dernière phrase. Abban n’était pas le coupable dans cette histoire et, elle évita de le désigner comme la victime. C’était sous-entendu dans chacun de ses mots mais le terme ne serait jamais prononcé. Probablement stupide mais, ils avaient toujours été plus des survivants que des victimes.

_ Et je ne te déteste pas, enlève-toi cette idée de la tête.

Oh ça non, elle ne le détestait pas, par contre elle vouait une haine viscérale pour un type qui avait perdu son statut d’être humain – déjà pas très haut dans l’estime de l’Irlandaise -, et dont, pour le moment, elle ne connaissait que la voix à travers un téléphone. Pour le moment, parce qu’il était clair que ça n’allait pas rester longtemps le cas.

_ C’était quel hôtel ?

La question était spontanée, peut-être trop, ou alors, elle était annoncée sur un air trop détaché et trop froid. Ce qui était certain, c’était qu’elle n’avait rien d’anodine, qu’elle ne laissait rien présager de bon. Il était évident qu’elle ne lui posait pas la question juste pour avoir le plaisir de remuer le couteau dans la plaie.  Et maintenant que sa question rendait une certaine évidence à la suite des évènements, tels qu’elle les imaginait, elle eut bien moins de scrupule à en laisser passer une autre.

_ Tu connais son nom ? Probablement pas, question à retirer. Tu as laissé le gps de ton téléphone allumé ?

Si Aishlinn s’était montrée inquiète au début, ce fut bien malgré elle que cette inquiétude avait laissé place à une aversion profonde, voire violente, pour ce type qui n’avait pas encore de nom. Le pire c’était qu’elle n’avait même pas d’idée précise en tête. Le voir au fond d’une rivière avec des chaussures en ciment, lui paraissait être une très bonne idée, cela dit. Mais c’était peut-être agir de manière trop impulsive et, d’un autre côté, ce type s’était attaqué physiquement et mentalement, à la personne qui était la plus importante pour Aishlinn. Par extension, il s’était attaqué à elle. Pas de la même manière, évidemment, mais, quand même.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 4 Oct 2013 - 10:37 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
La propension d’Abban à culpabiliser était d’ordinaire proportionnellement inverse à la gravité objective de la faute commise. Il se sentait moins coupable d’avoir voulu coucher avec un parfait inconnu pour le seul besoin de satisfaire un appétit sexuel que d’avoir perdu dans la confrontation implicite puis évidente qui l’avait opposé à son amant. Ce qu’il ne voulait pas être, surtout, c’était une victime, parce que cela, des victimes, Aishlinn et lui ne l’avaient jamais été. Et quand sa jumelle posait les yeux sur lui, il se sentait coupable parce que, ce soir-là, c’était un être faible et battu qu’elle voyait.

Lorsque la jeune femme le pardonna, Abban se sentit envahi par un profond soulagement. Il n’était pas total, pas encore : qu’Aishlinn ne lui reprochât pas ce qui s’était passé ne changeait rien à son statut de victime, même si l’adolescente avait soigneusement évité de le souligner, ni au fait qu’il avait perdu. Abban avala péniblement sa salive et, après avoir cédé sa main à sa sœur, ne tarda pas à revenir se réfugier dans ses bras.

Il y eut un petit silence, avant que les questions plus précises de l’Irlandaise fussent enfin formulées. Abban leva les yeux vers elle et il n’avait aucune difficulté à comprendre ce qu’elle suggérait. Il n’avait pas d’idée définie, non plus. Le traumatisme des premiers instants passé, au calme contre sa sœur, il sentait monter en lui le désir de vengeance, d’une forme encore vague et imprécise. Et il savait très bien ce que lui offraient les questions d’Aishlinn : la possibilité de ne plus être la victime et de troquer ce rôle avec celui de son agresseur.

Il n’y avait donc pas une once de réprobation et d’hésitation quand il reprit la parole :

— C’était sur Meadow Street. Hôtel de l’Europe. Chambre 275.

Il se redressa un peu et, sans s’en rendre compte, remonta les manches de son sweat. Sur ses avant-bras aussi, la peau était rouge et, par endroit, on pouvait encore voir la trace des doigts étrangers qui les avaient serrés trop fort. Mais ce serait bientôt sans importance.

— Il a dit qu’y s’appelait Henry. Mais c’est p’têt pas son vrai nom. M’enfin, j’suppose que j’suis pas l’premier idi…

Il jeta un regard à sa sœur et corrigea :

— …type. Le premier type auquel il a fait un truc comme ça. Alors, j’sais pas, j’suppose que si on écume les bars, ou les hôtels, ou les trucs comme ça, on devrait pouvoir r’trouver sa trace.

Sur le moment, il se disait qu’il n’avait absolument aucune envie de jamais remettre les pieds dans ce genre d’endroits, comme si toute sa vie de plaisirs avait été anéantie par cette expérience malheureuse. Mais Abban n’avait pas l’habitude de prêter une oreille trop attentive à ses propres abattements ; alors il faisait ce qu’ils avaient toujours fait, tous les deux : il ravalait sa douleur pour reprendre le contrôle de la situation. Même s’il fallait être tétanisé de peur devant la réception de l’Hôtel de l’Europe, il ne voulait pas faire marche arrière.

— Et le GPS doit y être, mais t’sais, il l’a pt’êt déjà balancé, le téléphone. Ou alors y sait même qu’il est là et il a tout laissé dans la chambre.

Abban n’avait aucune idée que sa sœur avait déjà pu parler à son détestable partenaire de la nuit ni que ce partenaire, peu habitué à se faire ainsi déserté par ceux qu’il espérait bien dominer bout en bout. Alors même que les jumeaux méditaient les moyens de le retrouver pour lui faire passer durablement l’envie de s’attaquer à des Irlandais au caractère bien trempé, Henry cherchait, dans le bar de la soirée, à en apprendre plus sur Abban, pour le retrouver lui aussi et lui expliquer, à grands renforts de poings, qu’on ne le laissait pas en plan, comme ça, dans une chambre d’hôtel.

Le mutant, silencieux un moment, alors qu’il réfléchissait aux différents moyens de retrouver Henry et à ce qu’ils pourraient bien lui faire une fois cette première étape atteinte, sortit finalement de son mutisme et murmura, d’un ton décidé :

— Bouge pas. J’vais m’changer.

Abban disparut pour apparaître devant sa garde-robe. Tous ces vêtements qui le mettaient en valeur et qui attiraient si souvent sur lui les regards qu’il souhaitait tant. Ils avaient quelque chose, désormais, d’un peu effrayant et ce fut d’une main légèrement tremblante que le jeune homme en choisit quelques-uns et, lorsqu’il reparut dans le salon, avec son tee-shirt aux imprimés modernes, son jeans bien coupé et son blouson de cuir, dans sa tenue de combat et de séduction, en somme, il n’avait vraiment pas l’air très assuré.

Le tremblement de sa main ne s’était toujours pas calmé alors qu’il essayait de boucler une montre autour de son poignet.

— On va… On va poser des questions, voilà. Et on le retrouvera. Et… Je sais pas. On verra.

Il adressa un sourire un peu timide à Aishlinn avant de lui tendre la main. Il serra fort celle de sa sœur dans la sienne. Inutile de la remercier : son regard parlait assez pour lui. Les deux jumeaux traversèrent la porte et, quelques minutes plus tard, Aishlinn glissait ses doigts de fée dans la serrure de la voiture d’un pâtissier, qui n’avait rien demandé à personne.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 5 Oct 2013 - 4:50 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Et après, y a des personnes qui se demandaient pourquoi elle aimait son frère ! Il fallait voir la manière dont il lui avait donné tous les détails de l’adresse, laissant un peu Aishlinn perplexe mais super-fière parce que, finalement, ils se comprenaient. Hmm, d’un autre côté, elle en n’avait jamais réellement douté. Un sourire apparut sur les lèvres de l’irlandaise en voyant son frère remonter ses manches mais, s’affaissa un peu en voyant les marques sur ses bras, celles que son passage sous la douche avait laissé et celles qui le marquaient d’empreintes qui n’auraient jamais dû se trouver là. Personne ne posait ses marques sur son jumeau, comme on prouverait une appartenance quelconque.

Elle ouvrit la bouche, s’apprêtant à reprendre Abban mais, il se rattrapa tout seul. Il n’était pas un idiot, il ne se le serait jamais, c’était l’autre. Et lui, aussi, il n’aurait plus trop l’occasion d’être aussi con. Elle ne sut toujours pas ce qu’elle voulut pour lui mais, dans sa jolie vision idyllique, rien que le fait de lui parler, de lui faire peur – parce qu’elle pouvait faire peur, dans cette vision – l’empêcherait de recommencer sur quelqu’un d’autre. Elle dut avouer que le fait qu’Abban, s’invitant dans un plan de vengeance, changea grandement la donne. Si Aishlinn n’était pas pour la violence gratuite, ce qui venait de se passer pour Abban était une raison suffisante pour transgresser cette petite règle de morale.

Elle n’y pouvait rien, elle ne supportait pas l’idée qu’on puisse s’en prendre à son double et encore moins de cette manière. Et, il était tellement facile de passer un bras au travers de quelqu’un et de le rematérialiser une fois à l’intérieur. Une capacité qui l’avait toujours inquiétée en réalité, justement à cause de la facilité qu’elle apportait. Mais Henry avait perdu son statut d’être humain alors… Finalement, heureusement qu’Abban voulait s’assurer d’une vengeance, seule, Aishlinn aurait transgressé trop de règles qu’elle s’imposait depuis le début.  Elle sortit de ses pensées à la disparition de son jumeau pour comprendre qu’elle devait se changer également, elle n’allait pas se pointer avec sa tenue de serveuse. Bonjour la discrétion.

Aishlinn s’enfonça dans la salle de bain où elle en ressortit, quelques minutes plus tard, coiffée, avec un jean, t-shirt, une petite veste en cuir et ses bottes à talons. Ce qui fut bien mieux qu’avec son tablier de service et ses cheveux s’échappant de partout avec la course qu’elle avait dû faire pour retrouver leur appartement. Son téléphone dans la main, elle repassa dans le salon pour composer le numéro de téléphone d’Abban. Elle coinça le téléphone entre son oreille et son épaule en tendant les bras en direction du poignet d’Abban. Elle referma la montre qu’il avait au poignet. Répondeur. Elle soupira en récupérant son téléphone pour l’enfoncer dans sa poche.

_ Il ne répond plus alors, on va commencer par le bar où tu étais, il est peut-être habitué.

Serrant la main de son jumeau, ce qu’elle lui fit comprendre de manière muette, ce fut que les choses se passeraient bien. Elle lui en fit la promesse sans même avoir à prononcer le moindre mot. Le trajet en voiture fut des plus calmes, Aishlinn toujours à la recherche d’un plan fabuleux qui n’impliquait pas lança quelques regards à son jumeau, n’aimant pas spécialement le voir dans cet état. Elle espéra qu’avoir une vengeance pourra l’aider un peu, au moins à ne plus se voir comme « l’idiot qui s’était fait avoir ». Les termes d’Abban, parce que c’étaient loin d’être les siens.

Une fois la voiture garée, Aishlinn en sortit recomposant le numéro de son frère pour, une fois de plus, tomber sur la messagerie. Enfonçant à nouveau le téléphone dans sa poche, elle contourna la voiture pour aller retrouver Abban et se planter devant lui, son regard braqué dans le sien.

_ Quand on le retrouvera, parce qu’elle ne douta pas une seconde, je m’arrangerais pour lui prendre son portefeuille. Il faut que je sache qui c’est. Pas par envie de se faire de nouvel ami chez qui prendre le thé à cinq heure mais, elle devait le savoir pour connaitre son adresse. On avise de la suite des évènements ensuite. Elle lui attrapa la main. Il va le regretter.

Puisqu’il n’était plus question d’enfoncer une main dans le torse du type, il fallait bien trouver une solution moins radicale. Évidemment son plan parfait n’impliquait pas que l’homme était également à la recherche d’Abban pour lui montrer qu’on ne lui résistait pas. Voir les choses se dérouler parfaitement, suivant à la lettre un plan qui n’était pas encore établi, ça aurait été trop beau !

Ce fut avec son jumeau qu’elle entra dans ce bar et, si son regard se serait habituellement posé sur les repentantes féminines – dans un souci d’être comme son double – ce ne fut pas le cas de ce soir-là. Elle avait bien d’autres plans en tête que de se fondre dans le regard de quelqu’un, ses pensées bien trop tournées vers Abban et l’homme qui avait laissé une empreinte sur cet être si parfait. Tout en marchant vers le bar, elle se pencha un peu à l’oreille de son jumeau.

_ Si jamais tu le vois, espérer était une bonne chose, tu me le dis.

Une évidence  pour elle mais, elle craignait qu’Abban fasse marche arrière, qu’il hésite et revienne sur sa décision. A aucun moment elle ne fit attention aux regards qui pouvaient se porter sur eux deux, laissant sous-entendre certaines questions sur la nature de leurs relations. Questionnement en ambiguïté sur lesquels elle jouait volontiers en temps normal. Ce soir, n’avait rien de normal.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 5 Oct 2013 - 10:07 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Pour une fois, Abban ne conduisit pas comme un complet cinglé. Parfois, même, il s’arrêtait au feu rouge et alors, c’était incroyable, il lui arrivait d’oublier de redémarrer quand le feu passait au vert, son regard perdu sur la route. La plupart du temps, il parvenait à contenir le tremblement de ses mains, mais ce n’était pas systématique, et il n’était que trop évident que, sans la présence de sa sœur à côté de lui, il n’eût probablement pas été capable de franchir seul la porte de l’appartement, encore moins de se lancer dans une entreprise comme celle qu’ils prévoyaient, plus ou moins clairement, d’accomplir.

Les jumeaux finirent par se garer à quelques rues du club et, en descendant de la voiture, Abban essaya de puiser dans l’assurance et les conseils de sa sœur. La première étape était facile : voler un portefeuille. Ils avaient fait cela des dizaines de fois, depuis tout petits, alors Abban hocha la tête et serra la main d’Aishlinn dans la sienne, en essayant de ne pas la supplier de rentrer avec lui à l’appartement et d’oublier tout cela pour ne plus jamais en parler. Ce n’était pas la façon dont on réglait ses problèmes chez les Mac Aoidh.

Lorsqu’ils arrivèrent devant la façade du club, la main d’Abban se crispa instinctivement dans celle de la jeune femme, et elle dût un peu le tirer pour le forcer à faire un pas en plus. Le gardien à l’entrée glissa un regard admiratif sur la silhouette de son client régulier, un regard un peu plus dubitatif sur Aishlinn, mais leur ouvrit la porte sans faire de difficultés et, une fois à l’intérieur, l’Irlandais crut sincèrement que cette aventure dépassait de très loin le courage qui lui restait.

Comme souvent, les regards s’étaient tournés vers lui. Plus que d’habitude, parce qu’il était accompagné d’une femme. La présence d’Aishlinn n’était pas absolument inédite et, pour certains, dont les désirs étaient éclectiques, elle ajoutait encore au charme d’Abban. L’adolescent, ordinairement flatté par ce genre d’attention collective, avait pâli et s’accrochait presque désespérément à la main de sa sœur.

— P’têtre qu’on devrait…

Partir. Il croisa le regard de sa jumelle, ravala sa salive et murmura :

— Nan, rien, viens, on va au bar.

Abban prit une profonde inspiration et fendit la foule, qui avait déjà commencé, pour la plupart, à se désintéresser d’eux. Sans lâcher la main d’Aishlinn, il posa l’autre sur le bar et chercha à capter le regard du barman. Le jeune homme, blond et assez beau pour pouvoir persuader les clients à rester lui commander des verres toute la soirée, vint vers lui avec un sourire.

— Déjà de retour, mon ange ? T’es insatiable, ce soir.

Abban serra les dents avant de répondre.

— Ouais, non, le mec, là, t’à-l’heure, y m’a planté, j’te dis pas, un gros con. Y vient souvent ici ?

Le barman avait visiblement du mal à croire que qui que ce fût pût vouloir se séparer d’Abban après lui avoir mis le grappin dessus.

— De temps en temps. C’est Henry, c’est ça ?
— Ouais, ‘fin, y paraît. L’a pas tellement fait la conversation.
— Je crois que c’est pas ça qui l’intéresse. Il aime bien les petits jeunes.

Les petits jeunes idiots, ne put s’empêcher de penser Abban.

— Y a des types qui l’connaissent, ici ?
— Ah, bah le voilà, tiens. Va lui dire ta façon de penser.

Abban se retourna brusquement dans la direction que lui pointait le barman et où se profilait un homme d’une quarantaine d’années, à la carrure musclée, avec une barbe brune taillée très près du visage et un charme viril absolument indubitable. L’Irlandais fut aussitôt envahi d’une panique incontrôlable et, sans réfléchir, sous le regard ébahi du barman, il se téléporta dans une ruelle à quelques mètres de là.

Il tremblait de tout son corps, appuyé contre le mur, la respiration courte, incapable de reprendre son souffle normalement ou de calmer les battements de son cœur. Terrorisé et couvert de honte, il murmurait en boucle à sa sœur :

— Désolé-désolé-désolé-désolé.

Il était d’ailleurs si désolé qu’il ne s’était pas rendu compte que, pour la première fois de son existence, il avait embarqué Aishlinn avec lui dans sa téléportation. Ce qu’il avait cherché de nombreuses fois à faire avec des efforts considérables, pendant d’interminables exercices, avant d’abandonner en se disant que son pouvoir était arrivé à maturité et qu’il ne parviendrait jamais à associer sa sœur à ses voyages, il venait de l’accomplir sous l’effet du traumatisme, comme la toute première fois où s’était déclenché.

Aishlinn avait donc pu goûter aux quelques secondes de crise intellectuelle où toutes les sensations qui arrivaient au cerveau par les cinq sens étaient brutalement remplacées par d’autres sensations entièrement différentes et où l’oreille interne avait l’impression d’avoir fait un tour de grand huit. Ces effets secondaires, Abban n’y prêtait absolument plus attention et il les avait oubliés depuis bien longtemps.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 5 Oct 2013 - 16:10 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Si son jumeau commençait à trop hésiter, elle finirait par lui proposer d’attendre dans la voiture parce qu’il n’avait jamais été question de faire marche arrière, pas pour elle en tout cas. Mais, étrangement, elle préféra le savoir à ses côtés en se disant que ça lui ferait du bien d’assouvir une certaine vengeance et, surtout, sans qu’elle ne veuille se l’avouer, parce qu’elle avait besoin de lui pour éviter de faire une boulette qu’elle regretterait longtemps après. Ce qu’elle avoua très volontiers, en revanche, ce fut un air passablement énervé dirigé vers le type qui se trouva derrière le bar. Mon ange ?! Non mais et puis quoi encore ? C’était la soirée où tout le monde avait décidé de s’approprier son jumeau ? Une soirée à thème, peut-être ?

Elle pinça les lèvres, s’empêchant de mettre son grain de sel dans une histoire qui n’avait rien à voir avec leur venue. Aishlinn se retourna vivement quand le barman désigna un homme. Elle eut à peine le temps de l’apercevoir qu’elle se retrouva dans une ruelle. L’information d’un tel changement perturba un tas de choses chez Aishlinn qui se retrouva désorientée. Une main tendue trouva un mur comme un appui pour éviter une chute qui aurait été inévitable dans le cas contraire. Elle ferma les yeux, tentant de reprendre une respiration manquante. Pour avoir vu son jumeau se téléporter de nombreuses fois, elle comprit très bien ce qui venait de se passer mais rien ne l’avait préparé à cette avalanche de sensation qui lui donnait la nausée.

Elle se força à une inspiration, les deux mains appuyées sur le mur, la tête penchée en avant entre ses deux bras. Ce fut surtout la boucle de mots répétés par Abban qui la força à essayer de faire taire tout ce qui se passait dans son cerveau et dans ces cinq sens mis à mal par cette téléportation.

_ Arrête d’être désolé Abban.

Voix basse, un peu chaotique et un ton peut-être un peu sec sans qu’elle ne l’ait voulu. Elle releva la tête et laissa une main quittée son mur d’appui pour se tourner doucement vers son jumeau. Son manque de repère temporaire lui fit tourner la tête. Si c’étaient ces sensations qu’il vivait à chaque fois, elle préférait de loin son pouvoir d’intangibilité. Oui parce que, le premier choc passé, une nouvelle vérité s’imposa à elle : Abban venait de la téléporter, chose qui n’était jamais arrivé à présent.

Doucement, son esprit reprenant les repères nécessaires, elle s’adossa au mur, juste à côté d’Abban et glissa sa main dans celle de son double.

_ T’sais que t’viens d’m’téléporter avec toi ?

Elle n’avait pas sauté de joie en s’en rendant compte mais c’était surtout parce que cette action lui aurait fait rendre son dernier repas sur le goudron. On avait déjà plus classe. Abban de son côté, semblait avoir bloqué à la vue de son agresseur sans se rendre compte de ce qu’il venait de faire. Du moins c’était ce qu’elle avait compris devant son manque de réaction face à leur présence, à tous les deux, dans cette ruelle. Jambes un peu tremblantes, elle se laissa glisser contre le mur, entrainant son jumeau avec elle pour finir sur le sol. Au moins, là, ce fut beaucoup plus stable. Elle tourna la tête vers Abban, dans un sourire.

_ T’sais, j’trouve ça cool mais, prév’nir avant aussi parc’que, p’tain, c’est super perturbant ton truc.

Le ton se voulut léger parce que, dans l’immédiat, le but fut surtout de balancer les pensées de son jumeau sur autre chose que le type à l’intérieur du bar. Le gars en question, non loin d’eux, était d’ailleurs en train de se sentir vraiment contrarié. Deux fois que le gamin lui échappait, deux fois qu’il le voyait se volatiliser. Il avait pourtant eu un sourire à la con en voyant Abban revenir dans ce bar.

_ C’toujours comme ça, ou ça d’mande d’l’entrainement pour s’y habituer ?

Elle ne l’oublia pas, le type du bar, jamais mais, elle devait se préoccuper de son jumeau en premier lieu. Et puis, en réalité, ce n’était pas rien, ce qui venait de se passer. C’était quand même un grand changement, son jumeau pouvait la téléporter, elle qui trouvait injuste de ne pas pouvoir partager ce pouvoir avec lui, qui était obligé de se séparer de lui pour se retrouver en haut d’un immeuble ou dans un autre endroit trop éloigné. Avec un peu plus d’enthousiasme, gâché par la vue de l’homme dans le bar, elle reprit.

_ C’trop cool, est-c’que t’ imagines tout c’qui va être possible.

Allez Abban, imagine, oublie juste un instant ce qui t’es arrivé. Voilà ce que voulurent réellement dire les mots d’Aishlinn. Penser qu’elle avait abandonné toute envie de vengeance aurait été une grossière erreur, d’ailleurs ça pouvait se voir et se sentir pour quelqu’un la connaissant bien. Elle garda toujours cette lueur un peu étrange dans le regard et, elle ne fut certainement pas aussi enjouée qu’elle aurait dû l’être à l’idée de savoir que son jumeau pouvait la transporter avec elle.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 5 Oct 2013 - 17:09 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Ah, il le savait bien, lui, qu’Abban finirait par revenir ! Henry, passé le premier moment de frustration, s’était approché du bar avec un sourire narquois. Dans son petit esprit exigu et obtus, les choses étaient très simples : tous ces jeunes qui draguaient dans les bars avaient besoin d’un homme, d’un vrai et ce n’était qu’auprès de lui qu’ils pouvaient trouver la satisfaction. Abban en voulait plus, c’était évident. En ce moment précis, il devait encore rêver de lui.

Sans avoir conscience, donc, que, malgré les apparences, il venait de s’attaquer à beaucoup plus forts que lui, Henry commanda une vodka au barman qui le servit avec une certaine réticence. Il n’était pas stupide : si Abban s’était enfui en voyant ce type, c’était que la soirée ne s’était pas bien passée. Henry, lui, bercé par ses illusions, était bien décidé à parader : il dévisagea l’ange blond derrière le bar et déclara :

— T’as vu ? J’lui fait de l’effet au petit Irlandais.

D’une main puissante, il attrapa le poignet du barman.

— Et toi ? Tu t’ennuieras pas par hasard ?

Le barman approcha l’autre main du cou de Henry et l’ongle de son index se développa en une longue griffe métallique dont l’extrémité vint se presser contre la carotide de son client.

— Touche moi encore comme ça et c’est ton propre sang que tu vas régurgiter, connard.

Pendant que dans le bar, à quelques mètres de là, Henry apprenait à ses dépends que le proverbe « l’habit ne fait pas le moine » était plein de bon sens, Abban, dans la ruelle, arrêta aussitôt de s’excuser quand sa jumelle lui en donna l’ordre et ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il se rendit compte que : 1) il était dans une ruelle, 2) Aishlinn était avec lui et 3) il ne se souvenait pas d’avoir quitté le bar en courant et en entraînant sa sœur avec lui.

Une fois assis par terre, contre le mur, près de sa sœur, Abban commença à enregistrer lentement cette importante information. Son cœur se mit à battre à toute vitesse alors que sa pensée suivait le même cheminement que celle de sa jumelle. Un peu distraitement, il répondit à la première question :

— C’est… comme ça au début, après, on s’habitue. ‘Fin, j’crois.

Il était bien sûr toujours possible que son cerveau de téléporteur fût le seul capable de ne plus ressentir ces désagréments. Il n’y avait jamais réfléchi mais, machinalement, il supposait que c’était à peu près comme n’importe quelle activité physique. Les gens qui faisaient de la voltige aérienne ne devaient pas avoir la nausée après leurs loopings, une fois expérimentés. À la seconde question, il hocha lentement la tête.

— Y a tous les bâtiments… les montagnes. Les trucs en mouvement… On va pouvoir… On va pouvoir faire plein de choses.

Abban se martelait en même temps cette importante vérité, quitte à en rajouter un peu. Il savait très bien qu’il pouvait se téléporter au sommet d’une montagne : la distance verticale était toujours très inférieure à celle qu’il parcourait ordinairement. Il ne l’avait jamais fait, cela ne l’intéressait pas. Mais enfin, si un jour Aishlinn avait envie de faire de l’alpinisme, ils étaient parés, c’était fantastique, il avait besoin de choses fantastiques, pour oublier sa réaction dans le bar.

— Ouais, c’est bon, calme toi.

Henry se recula prudemment et la griffe se rétracta. Ashton, puisque le barman que nous recroiserons vraisemblablement un jour ou l’autre dans la mesure où il a un pouvoir qui tabasse a besoin d’un prénom cool et que, donc, il s’appelle Ashton, Ashton secoua la tête et se détourna pour servir d’autres clients, tout en se promettant de garder un œil — un œil très félin — sur Henry.

L’homme, finalement peu désireux pour sa part de s’attarder dans un pareil établissement, commença à se frayer un chemin vers la sortie du club. Abban, lui, tournait le regard vers sa sœur.

— …j’ai paniqué…

C’était très loin d’être dans ses habitudes. Il n’avait aucune difficulté à prendre la fuite quand la situation l’exigeait, mais disparaître parce qu’il avait peur était une expérience particulièrement humiliante.

— J’veux pas vivre comme ça. J’veux pas qu’il gagne. J’veux que c’soit lui qu’ait peur.

Dans la bouche d’Abban, la dernière déclaration était pour le moins ambiguë. Le jeune homme n’avait jamais fait mystère de son aversion viscérale pour la violence, mais ce soir-là, dans sa ruelle, sa requête paraissait exiger d’Henry une souffrance psychologique qui ne s’obtiendrait pas en lui crevant les pneus de sa voiture. Le regard d’Abban quitta un instant le visage de sa sœur pour se poser sur Henry qui venait d’apparaître à la porte du club.

L’Irlandais souffla :

— L’voilà.

Il serra un peu plus fort la main d’Aishlinn.

— J’pense pas qu’y t’ait vu, dans l’bar. Trop d’monde. Tu pourrais lui prendre son portefeuille, toujours. Si t’as un problème, j’viens t’chercher.

Maintenant qu’il était certain de pouvoir mettre Aishlinn à l’abri très loin de là si la situation l’exigeait, Abban avait moins de scrupules à l’envoyer en première ligne. Et puis, ce n’était pas comme s’il était très facile de brutaliser une personne intangible. Il espérait simplement que sa prouesse de téléporteur n’était pas un acte isolé.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 6 Oct 2013 - 13:13 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
_ On va pouvoir tout faire.

Oui, parce que si chacun pouvait prendre l’autre dans son pouvoir alors tout était à leur portée. Ce n’était pas le cas, des domaines leur resteraient sûrement interdits mais ça, elle s’en foutait pas mal Aishlinn, dans sa vision idéaliste des choses, les évènements avaient pris un nouveau tournant. Ils avaient le monde au bout de leurs pouvoirs, voilà tout ! Une perspective heureuse qui s’effaça bien vite quand Abban reprit la parole.

Ça, elle l’avait bien vu qu’il avait paniqué. Un peu nouveau pour elle, Aishlinn ne sut pas réellement comment il convint de le l’aider à se ressaisir mais, en jumeau parfait qu’il fut, il lui apporta la réponse à ses questionnements. Ne pas laisser gagner l’homme. L’Irlandaise posa son regard sur son jumeau dans un sourire qui ne laissa rien présager de bon pour la suite. Abban voulait que ce type ait peur ? Alors il allait connaître ce sentiment.

_ Il ne peut pas gagner. Personne ne le peut, pas contre toi, pas contre nous.

Parce que ça avait toujours été ça, eux deux contre le reste du monde. Une survie de tous les jours. Hors de question qu’un mec comme ce Henry puisse avoir un ascendant psychologique sur son double. Ils étaient plus forts que lui et, apparemment dans un futur très proche, ils allaient le prouver. Le regard d’Aishlinn suivit celui de son frère pour se poser sur Henry, laissant une nouvelle vague de haine profonde s’installer chez l’Irlandaise. Alors que la main de son jumeau se fit un peu plus sentir, Aishlinn reporta à nouveau son regard sur Abban dans un sourire qu’elle voulut rassurant.

_ Un jeu d’enfant. J’reviens d’suite.

Elle se releva, sa main quittant celle de son jumeau pour se diriger vers l’entrée du bar et surtout vers lui. Pas assez de monde pour le bousculer de manière conventionnelle afin d’accéder à la poche intérieure de sa veste. C’était dans ce genre de moment qu’elle aimait avoir ses bottes à talons parce que, arrivée à la hauteur de l’homme, Aishlinn sembla riper sur l’un de ses talons l’obligeant à se rattraper dans un mouvement latéral, bousculant Henry par la même occasion.

Même pas un mot d’excuse, le portefeuille dans sa main droite, elle partit pour continuer sa route quand l’homme lui agrippa le bras. Le temps qu’il la fasse pivoter vers lui, dans un mouvement un peu brusque, Aishlinn avait déjà fait passer le portefeuille dans sa main gauche.

_ Jamais tu t’excuses petite conne ?
_ Tout l’temps mais j’fais une exception pour les cons.

Il lui serra un peu plus le bras alors qu’elle ne lâcha pas son regard, qu’elle ne cilla même pas. En un battement de cils elle se savait capable de s’échapper de cette prise, à quoi bon avoir peur ? L’homme avait déjà ouvert la bouche pour aboyer quelque chose mais, il sembla la voir sous un nouvel œil. Son visage, son accent, ses yeux, tous ses petits éléments n’étaient pas sans lui rappeler l’Irlandais qui devait rêver de lui. Il tira un peu sur son bras pour l’avoir en face d’elle, alors qu’Aishlinn, discrètement fit un signe à son jumeau pour lui faire comprendre qu’elle gérait parfaitement la situation… Du moins, qu’elle pouvait s’en échapper à son bon vouloir.

_ Tu sais que tu me fais penser à quelqu’un.
_ Ah ouais ? j’suis impr’ssionnée, j’pensais pas qu’t’étais capable d’penser.

L’homme serra le poing mais regarda par-dessus son épaule pour voir des gens sortir du bar et serra les dents avant de reporter son regard sur l’espèce d’insolente qui sembla avoir compris qu’il ne pouvait rien faire en pleine rue. Il eut bien envie, pourtant, de lui enlever ce sourire qu’elle lui servit. Aishlinn bougea le bras pour se dégager mais il ne la lâcha pas, dans l’idée de lui poser encore une ou deux questions. Pas grave, le bras de l’Irlandaise se dématérialisa pour se retrouver de nouveau libre et, avant qu’il n’ait le temps de s’exclamer d’une façon ou d’une autre, elle plongea son regard dans le sien.

_ Faut croire qu’c’n’est pas ton soir.

Un pas sur le côté et elle reprit son chemin, activant son pouvoir, la main de l’homme passant au travers d’elle quand il chercha à la rattraper. Suite à cet échec, il resta un peu dubitatif parce qu’il n’eut aucune idée de la manière d’attraper une personne qui ne fut pas palpable, parce qu’il médita encore les derniers mots prononcés, parce qu’il fut énervé sans avoir un plan d’attaque.

Aishlinn qui n’eut aucune envie d’être suivi jusqu’à son jumeau, s’engouffra dans la voiture qu’ils avaient garé là, déjà volée, n’attendant qu’eux. En peu de temps elle vérifia le portefeuille de l’homme pour comprendre que, maintenant, ils avaient une adresse. Elle fit démarrer la voiture et, en sortant de la place, elle passa près de l’endroit où se trouva son frère afin qu’il puisse se téléporter à l’intérieur de la voiture. Si elle n’eut pas de plan détaillé, elle sut maintenant que leur plan se déroulera chez l’homme en question. Même chez lui, il ne devait plus se sentir en sécurité.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 6 Oct 2013 - 14:49 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Henry avait beau avoir apparemment l’affreux défaut d’être humain et se trouver, par conséquent, dans l’absolue incapacité de retenir une Aishlinn peu décidée à se laisser arrêter, Abban n’en avait pas moins bondi sur ses deux pieds quand il avait aperçu l’homme saisir le bras de sa sœur. L’envie de le décapiter avec un couvercle de poubelle habilement lancé s’empara de lui, mais il doutait de pouvoir y parvenir et puis, déjà, sa jumelle lui faisait signe de rester à l’écart.

Les ordres d’Aishlinn, en général, Abban les suivait à la lettre, sauf quand ils étaient hurlés d’une voix hystérique et consistaient en une variation de « touche pas à ce garçon ou je le castre avec une cuiller à glace ». Mais même celui-ci, ce soir-là, Abban songeait qu’il aurait dû y prêter plus attention. Rongeant son frein, les doigts nerveusement entortillés les uns autour des autres, Abban suivait la scène d’un regard fixe, au bord de la crise cardiaque. Ce ne fut que lorsqu’Aishlinn s’échappa finalement de l’emprise d’Henry qu’il laissa échapper un soupir.

Quelques secondes plus tard, il se téléportait sur le siège passager de la voiture, situation un peu atypique pour lui.

— ‘Tain, le salaud, on va lui enfoncer le bras dans un broyeur de déchets, j’te jure.

Pendant un instant, il avait été parfaitement sérieux ; l’image de la chair déchiquetée et des os réduits en copeaux s’imposa néanmoins dans son esprit, il jeta un regard à Aishlinn et, afin d’éviter de passer pour un parfait psychopathe aux yeux de sa sœur, il précisa :

— ‘Fin, façon d’parler, quoi.

Abban attrapa le portefeuille sur le tableau de bord pour s’occuper, préférant ne pas songer aux impulsions violentes qui se multipliaient au fond de lui depuis qu’il s’était échappé des griffes d’Henry et qu’il avait retrouvé sa jumelle. Il avait beau les écarter systématiquement, il en sentait toute la force et cela ne lui plaisait guère. Il n’avait aucune envie de finir comme ces hommes impliqués de trop longue date dans les basses besognes du Cartel et qui ne savaient que briser des os et trouer des crânes pour parvenir à leurs fins.

L’adolescent se mit à passer en revue le contenu du portefeuille.

— ‘Tain, le mec, il a toutes les cartes de fidélité du monde, c’est pas possible.

Évidemment, les jumeaux préféraient ne pas remplir les formulaires clients et leurs portefeuilles à eux, en général, ne contenaient guère que deux ou trois billets, une ou deux cartes bancaires volées et, dans les occasions les plus exceptionnelles, des papiers d’identité (parfois, des vrais).

— Et y s’appelle vraiment Henry. Prénom à la con.

Le jeune homme sortit une carte professionnelle et lut à haute voix :

— Assistant de laboratoire, Stevens’ Entreprises. La vache, l’a dû faire des études. Comme quoi, ça rend pas plus intelligent.

Abban ouvrit la fenêtre et jeta au milieu de la rue le pass d’entreprise qui servait à Henry à accéder au laboratoire de Stevens’ Entreprises où il travaillait. L’Irlandais finit par extirper le permis de conduire qui avait mis sa sœur sur la route du domicile ciblé. Une adresse du centre. La voiture se gara dans une nouvelle ruelle et, bientôt, les jumeaux considéraient un immeuble tout ce qu’il y avait de plus commun. La porte d’entrée traversait, Abban examina les boites aux lettres.

— Sixième étage.

Il aurait bien proposé à Aishlinn de se téléporter, mais avec l’état dans lequel sa sœur s’était trouvé la première fois, il devinait sans peine que, pour un moment, espacer les expériences seraient sans doute plus sages. Ils grimpèrent donc les six étages à pieds, toujours un peu paranoïaques quant aux éventuelles caméras dissimulées dans les plafonniers des ascenseurs et parvinrent devant la porte d’Henry frais comme des gardons — fruit de leur entraînement intensif de cambrioleurs.

Le premier mouvement d’Abban fut de passer à travers la porte à la suite d’Aishlinn, mais il retint sa sœur, pour murmurer :

— Bousillons lui plutôt sa serrure, tant qu’à faire.

Sa sœur était beaucoup plus douée que lui à cet exercice et ce fut pour cette raison qu’il s’y attela lui-même, sans faire aucun effort pour réaliser un travail délicat et discret. Quand il eut fini, la porte s’ouvrit et la serrure était définitivement inutilisable et de toute évidence forcée. Avec un sourire satisfait, Abban pénétra dans l’appartement, sortit sa petite lampe torche et commença à parcourir les meubles et leurs bibelots du faisceau. Il se figea brusquement, lorsque le halo de lumière s’arrêta sur une photographie où Henry posait avec une femme de son âge.

Aussitôt, Abban disparut pour reparaître successivement dans chacune des pièces et disparaître à nouveau très rapidement. Son tour du propriétaire s’acheva à nouveau dans le vestibule à côté d’Aishlinn et il souffla :

— Y a personne, mais y vivent bien à deux là-d’dans. Deux brosses à dents, deux tables de nuit, des magazines de meuf dans l’salon.

Abban secoua la tête.

— ‘Tain, c’type est refoulé, t’m’étonnes qu’y soit rageux. Les gens qu’essayent d’contrôler leurs préférences sexuelles, franchement, j’comprendrai jamais…

Pas vrai, Aishlinn ?
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 12:22 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Ah non, Abban ne pouvait pas se la jouer pro-violence parce que, sinon, elle avait forcément se laisser tenter à ce genre d’action catastrophique pour eux deux. Ce n’était pas dans leur méthode. Alors, forcément, quand son jumeau se reprit, elle s’accrocha à son excuse comme une vérité absolue. Ce n’était qu’une façon de parler, rien de plus. Franchement, elle s’en foutait pas mal de savoir comment il s’appelait réellement, pas certaine qu’il méritait son statut d’être humain alors… Lui accorder une identité, non merci !

_ Eh ! Trop tard le passe du type était déjà balancé par la fenêtre, une main quitta le volant. Non, rien.

C’était juste dommage parce qu’elle aurait bien ruiné la carrière professionnelle de ce type en s’introduisant dans les bureaux de la Stevens, avec son passe à lui, juste pour qu’il soit accusé de vol ou de dégradation. C’était un plan plutôt cool, en plus de bien le faire flipper. L’abimer un peu, non ? Non, d’accord.

Aishlinn fut dans l’appartement, après avoir laissé son jumeau éclater une serrure. Il fallait vraiment que ce soit pour la bonne cause parce que ça lui avait fendu le cœur de voir une serrure aussi maltraitée. Elle tira une paire de gants de ses poches et sa lampe torche alors qu’Abban revenait de son état des lieux. Aishlinn eut encore du mal à croire que ce type pouvait avoir une femme.

Elle ouvrit la bouche pour répondre quelque chose à Abban, visant à donner une explication aux gens qui, selon lui étaient refoulés, mais elle la referma aussi vite en se disant qu’elle ne voulait pas lui trouver la moindre excuse. Et puis, de toute façon, elle décida de ne pas se sentir concernée. Non, elle n’était pas refoulée, elle envisageait toutes les possibilités qui s’offraient à elle. Légère nuance qui lui semblait être une très bonne excuse pour ne pas avoir à se poser plus de questions.  Cela dit, elle ne pouvait pas non plus approuver vivement en disant qu’elle ne comprenait pas non plus.

_ Moi c’est l’fait de vivr’ en couple que j’comprendrai jamais.

Quand elle parlait de couple, c’était de vivre avec une personne qui, génétiquement, n’avait strictement rien à voir avec l’autre personne. Partager son espace vital, tout en apprenant à partager avec une personne qui doit tout apprendre de l’autre. Une prise de tête sans nom. Aishlinn s’avança un peu plus dans l’appartement, lampe torche allumée.

_ L’truc c’est qu’il n’faudrait pas qu’elle s’pointe.

Parce qu’elle n’avait rien contre cette femme. Limite, l’Irlandaise avait plus envie de lui décerner une médaille pour vivre avec un mec aussi ignoble qu’Henry, dont même le prénom laissait franchement à désirer. En même temps, elle ne comprenait pas non plus comment on pouvait être aussi aveugle envers la personne avec qui on vivait, il devait avoir des signes quand même, non ? Elle parcourut quelques photos sur un meuble du salon.

_ Tu crois qu’il tient à elle ?

Pour le coup, elle regretta de ne pas avoir un pouvoir permettant de trafiquer des photos en moins de trente secondes. Sinon, elle aurait couvert la femme, sur une photo, de bleu et de plaie pour passer la photo à l’homme, juste pour voir sa réaction en pensant sa femme/copine/couverture blessée quelque part. Aishlinn délaissa les photos pour ouvrir quelques tiroirs avec, sans grande conviction, l’envie de trouver LE truc compromettant avec lequel elle pourra faire faire ce qu’elle veut d’Henry. Mais elle douta qu’il garde quelque chose de ce genre chez lui, en sachant qu’il ne vivait pas seul.

Elle se retrouva dans la cuisine, l’endroit où rien ne pouvait être trouvé hormis une famille de grands couteaux et le broyeur qui pouvait être activé dans l’évier. Du coup, elle repensa à l’envie de son frère en se disant que, techniquement ça devait être possible de la mettre en application. Aishlinn secoua la tête, s’échappa de ce genre de pensées pour revenir dans le salon, près du téléphone ou elle regarda les numéros préenregistrés. Au nom d’Henry, elle eut un sourire et appuya sur la touche d’appel.

_ Elizabeth ? Tu n’étais pas censée être de garde jusqu’à 8h.
_ C’n’est pas Elizabeth.
_ Putain t’es qui ? Où est Elizabeth ?
_ Elle sait pour toi, tes penchants, comment t’occupes tes soirées ?
_ Attends que je t’envoie les flics.
_ Merveilleuse idée, j’ai tell’ment d’choses à leur raconter parc’que, quand même, tu les choisis jeune.

Une tonalité se fit entendre et Aishlinn décrocha le téléphone de son oreille pour regarder le combiné. Elle haussa les épaules en reposant le téléphone sur son socle.

_ Il a raccroché, il n’avait pas l’air d’bonne humeur.

Elle chercha du regard une pendule, n’importe quoi pouvant donner l’heure et estima, à la louche, dans combien de temps il risquait de passer la porte d’entrée.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 12:58 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Lui non plus, il ne comprenait pas tellement. Comment, par exemple, est-ce qu’on pouvait dormir dans les bras de quelqu’un qui resterait à jamais un étranger ? Difficilement concevable. Il y en avait eu, pourtant, des garçons assez subjugués par ses sourires pour se montrer particulièrement crétin et lui poser des questions comme « tu voudrais pas qu’on sorte ensemble ? » auxquelles Abban avait opposé un regard plein de sincère incompréhension, avant de s’enfuir en se téléportant, comme le mâle très courageux qu’il était. Non, décidément, il ne comprendrait jamais.

À la question d’Aishlinn, Abban attrapa le cadre de l’une des photographies.

— Chais pas. Z’ont l’air heureux.

Ça le dépassait un peu. Il était un menteur consommé, par la force des choses, mais il eût été incapable de jouer un double jeu au quotidien, dans tous les aspects de son existence, avec quelqu’un censément aussi proche de lui. Dans la vraie vie, Abban était un être entier et impulsif et ce genre de manipulations lui était difficilement concevable. Pourtant, la brave Elisabeth ignorait tous des penchants de son fiancé et de leur sinistre mise en pratique, quand elle travaillait tard le soir.

Abban secoua la tête en reposant la photographie et entama un nouveau tour du propriétaire, à pas lents cette fois-ci, pour scruter les différents objets. Dans les tiroirs de la chambre, sous le matelas, il ne trouva rien de très compromettant. Une boîte de préservatifs qui devait probablement servir aux ébats conjugaux et certainement pas de magazines susceptibles de signaler les goûts cachés de son agresseur.

Il y avait quelque chose de désespérément normal dans cet appartement. C’était l’existence parfaitement réglée, sans surprise et sans saveur, que les jumeaux avaient souvent redoutée. Abban rejoignit sa sœur dans le salon et se laissa tomber sur le canapé, les pieds sur la table basse, en écoutant d’une oreille la conversation de la jeune femme au téléphone. Il suivit son regard jusqu’à la pendule.

— L’est 2 heures, elle a six heures d’garde.

Abban se redressa.

— J’me d’mande à quel hosto. T’vois, j’ai été victime d’une agression, et tout. J’ai une histoire à raconter. Avec une description précise d’mon agresseur. Même son nom.

La lumière de sa lampe torche éclaira la rangée de dossiers qui surplombait la table informatique, dans un coin du salon, sur une petite étagère. Il s’approcha, tira « Elisabeth Travail », sortit la chemise « Salaires » et montra l’adresse de l’hôpital central, services des urgences. Elisabeth était infirmière. En voilà une qui allait être contente d’apprendre les détails de la vie de son conjoint.

— Viens, on s’barre.

Sans faire l’effort de ranger le dossier, précisément parce qu’il voulait qu’Henry découvrît la feuille de salaire, avec l’adresse bien évidence et angoissât en suivant le cheminement de leurs propres pensées, Abban entraîna sa sœur à sa suite, dévala les escaliers et, devant la voiture, fit un signe de tête vers la portière chauffeur.

— C’toi qui conduis. ‘Près tout, t’m’as trouvé dans la rue et t’m’as amené à l’hôpital. Moi, j’suis pas en état. Bonne samaritaine, quoi.

Il monta à la place passager et s’observa dans le miroir du pare-soleil alors que la voiture se mettait en route pour le quartier des finances, où était situé l’hôpital. Avec un soupir tout de même un peu contrarié, il ébouriffa ses cheveux pour se donner un air plus traumatisé, puis ôta son beau blouson en cuir, après en avoir sorti un petit canif.

— N’empêche, qu’est-ce qui faut pas faire…

Des multiples arnaques et diversions qu’ils avaient aidé leur père à monter, au cours des premières années de leur adolescence, les jumeaux avaient conservé un bel art de la comédie, du jeu d’acteurs au costume. Abban entreprit donc à contrecoeur de déchirer ses vêtements en quelques endroits stratégiques puis jeta un nouveau coup d’œil dans le petit miroir.

— Hmm… R’garde pas.

Une fois qu’il fût certain que sa sœur n’assistait pas au spectacle, une main crispée sur la portière de la voiture, il s’approcha le canif de sa lèvre déjà ouverte et l’entailla un peu, pour refaire couler le sang. Beaucoup moins fragile qu’il n’en avait l’air, Abban. Il pressa son doigt sur la plaie et entreprit d’ajouter quelques traces de sang, ça et là, sur son visage, pour parfaire le tableau.

Il rouvrit lentement sa main, contractée pour contenir la douleur et murmura d’une voix malgré tout peu enthousiaste :

— Bah voilà, c’est parfait…

Le canif fut jeté sur la banquette arrière de la voiture et Abban appuya sa tête contre le dossier de son siège. Il méditait son histoire, pour laquelle il n’avait pas besoin d’inventer grand-chose. Ce qui impliquait de se remémorer en détail les circonstances de la nuit et, plus il s’en rappelait, plus il pâlissait. Une manière comme une autre de parfaire son costume, il est vrai. Un costume, malheureusement pour lui, fort réaliste ce soir-là.

Henry pour sa part avait gravi en quatrième vitesse les étages de son immeuble et s’était engouffré dans son appartement. Quand il découvrit le bulletin de salaire d’Elisabeth sur le bureau, il sentit le monde s’écrouler autour de lui. Vite, il fallait trouver une histoire, une histoire crédible à opposer à l’histoire véritable d’Abban. Mais Abban avait pour lui des blessures très authentiques.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 18:42 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Dire à quelqu’un comme Aishlinn de ne pas regarder, c’était un peu comme de tendre un repas chaud à une personne qui crevait de faim. Forcément, elle détourna le regard pour le reposer sur son jumeau aussi discrètement que possible de temps en temps. Bonjour le cas de conscience. Si elle était capable d’avoir des envies de meurtre sur un type frappant son jumeau, n’était-elle pas aussi censé en avoir pour toutes les personnes lui faisant du mal ? Qu’en était-il quand cette personne était précisément son jumeau ? Pour la bonne cause, elle ancra cette idée dans sa petite cervelle d’Irlandaise et détourna, une bonne fois pour toute, le regard.

Aishlinn débarqua à l’hôpital, garant la voiture à l’arrache devant la porte d’entrée et sortit tout aussi rapidement, laissant sa portière ouverte. Au pire, on pouvait bien lui voler la voiture, elle s’en foutait, ce n’était pas la sienne.

_ Eh, vous ne pouvez pas vous garer là.

L’Irlandaise fit mine de ne pas entendre, courant pour aller ouvrir la portière à Abban, en bonne samaritaine complètement paniquée. Elle était son double à sortir pour l’aider à aller jusqu’à l’accueil des urgences. L’avantage avec l’état d’Abban c’est qu’une infirmière – elle supposa que c’était le cas, incapable de faire de différence dans le personnel – approcha très vite d’eux.

_ Qu’est-ce qui s’est passé ? Son regard se porta uniquement sur Abban.
_ Je l’ai trouvé comme ça, dans une ruelle, je, euh…

Aishlinn sembla complètement paumée avec beaucoup de mal à rassembler ses souvenirs. Elle porta un regard des plus inquiets sur son jumeau avant de revenir sur l’infirmière, un regard la suppliant presque de faire quelque chose. L’infirmière leur demanda de les suivre pour les installer dans une pièce où Abban eut le droit de s’installer sur un lit qui n’avait pas l’air bien confortable.

_ Restez là, un médecin va venir vous voir.

Et elle s’éclipsa pour les laisser tous les deux, Aishlinn, la porte fermée, retrouva un air bien plus normal. Ok alors, le temps qu’un médecin trouve le temps de débarquer, ils devaient avoir de longues minutes devant eux. Finalement, ce n’était peut-être pas une infirmière qui venait de les installer mais peut-être une aide-soignante ou… Non, vraiment, la gestion des hôpitaux c’était bien trop compliqué pour l’Irlandaise.

_ Je reviens, je vais voir si je la trouve.

Aishlinn sortit de la chambre à son tour pour regarder autour d’elle. Puis le visage d’Elizabeth apparut un peu plus loin devant elle, ravalant son sourire, elle courut jusqu’à l’infirmière et tira sur la manche de sa blouse.

_ S’il vous plaît, s’il vous plaît…
_ Oui ?
_ Vous devez venir, s’il vous plait, il a mal, je crois, j’en sais rien mais, il a pas l’air bien. Vraiment pas bien, s’il vous plaît.

On ne lui en voudra pas d’insister parce qu’elle est complètement paniquée après tout. L’infirmière regarda autour d’elle, peut-être dans l’espoir d’envoyer quelqu’un d’autre mais, Aishlinn reprit ses s’il vous plaît suppliants et très, très répétitifs. Elle tira même encore un peu sur la manche dans la direction du box où se trouvait Abban et, pour son plus grand plaisir, Elizabeth céda pour la suivre. Aishlinn ouvrit à nouveau la porte et pointa Abban de la main.

_ Vous voyez, hein, vous voyez il n’a pas l’air bien.
_ Je m’en occupe, calmez-vous.
_ Mais ? …. D’accord.

Dans un regard de pauvre petite malheureuse, Aishlinn baissa les yeux et referma la porte derrière elle. L’infirmière lui passa devant, dos tourné, pour s’approche d’Abban. L’Irlandaise, un grand sourire aux lèvres, pointa ses deux pouces en l’air en direction de son jumeau l’air de dire : alors, j’assure ou j’assure ?

_ Que s’est-il passé ?
_ Je l’ai… L’infirmière posa un regard sur elle, pour lui rappeler que la question ne s’adressait pas à elle. Oups, pardon…

Elle leva deux mains en excuse avant de faire mine de se faire toute petite dans un coin. Elizabeth reporta son attention sur Abban en examinant ses blessures.

_ Vous avez mal où ?

Et mine de rien, en s’approchant de la sorte en faisant mine de regarder sa blessure à la lèvre, Elizabeth vérifiait surtout si le jeune homme n’avait pas une odeur d’alcool caractéristique, les bagarres dans les bars c’étaient bien plus fréquents que ce qu’on pouvait imaginer. Aishlinn, finalement, se trouva incapable de rester en place sous l’inquiétude feinte, tournant en rond dans des petits pas.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 7 Oct 2013 - 21:13 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

Invité
Invité

avatar
Invité

Afficher le profil
Abban boitait légèrement et, surtout, il avait ce regard vide, absent, fatigué qui signalait la victime d’une agression à tout personnel médical un peu entraîné — et ceux des urgences de l’hôpital central de Star City n’en manquait pas. D’ailleurs, ce soir-là, comme tous les soirs, c’était le chaos absolu. Un coup d’œil les orienta vers le sous-sous-service du gigantesque complexe urgentiste, parce qu’ils n’étaient de toute évidence pas les cas les plus graves : Abban n’était pas en train de perdre ses organes, son bras n’était pas en train de se décomposer après avoir reçu un mauvais sort et des tentacules ne lui sortaient pas de sous les globes oculaires.

Conduits à une partie des urgences où des hommes et des femmes mouraient de blessures plus traditionnelles, les jumeaux scannaient du regard le personnel hospitalier à la recherche du visage désormais familier de la fameuse Elisabeth. Abban s’installa sur son lit et appuya la tête sur l’oreiller beaucoup trop fin pour être confortable, avant de laisser de nouveau son regard dériver dans le vide. Et il ressemblait beaucoup à celui qu’il avait été, quand Aishlinn l’avait trouvé prostré dans un coin de leur appartement, à son retour, quelques heures plus tôt.

Mais à peine furent-ils seuls que le visage de l’Irlandais se ranima et il hocha la tête pour approuver sa sœur. Quand Aishlinn quitta la salle, il ne put s’empêcher cependant de sentir monter en lui la panique. Il allait devoir raconter son histoire et, dans les grandes lignes comme dans bien des détails, son histoire, c’était la vraie. Il n’allait pas mentir, simplement donner les précisions que sa fierté eût refusées en d’autres circonstances. À mesure que le grand numéro approchait, il avait l’impression que son courage le fuyait.

Et elles revinrent. Les super-réflexes d’Abban ne lui servirent pas cette fois-ci à se téléporter mais à adopter un air meurtri qu’il n’eut guère besoin d’exagérer. Lorsque sa sœur lui fit un signe victorieux, beaucoup de la tristesse de son regard était authentique. Elisabeth s’approcha de lui, le huma et, une fois qu’elle fût certaine qu’il n’était pas imbibé d’alcool, le charme d’ange meurtri d’Abban opéra toute sa déchirante séduction.

D’une voix cassée et lointaine, Abban murmura :

— …à la lèvre…
— Oui ?
— …bras.

Il remonta lentement ses manches pour révéler les avant-bras couverts de bleus tout à fait véritables et de marques de doigts. Le cœur de l’infirmière se serra et Abban ne put s’empêcher de jeter un regard à Aishlinn. L’énumération de ses véritables blessures était pire déjà que ce qu’il avait supposé. Avec une nouvelle hésitation, pas du tout jouée, il releva son tee-shirt, pour faire apparaître de nouveaux bleus.

— Pareil aux jambes. Et euh…

Cette fois-ci, cela lui semblait insurmontable. Il fixait des yeux Aishlinn. L’infirmière finit par se pencher vers lui et il murmura à son oreille le reste de ses douleurs, trop gênantes et trop humiliantes pour être articulées à voix haute. La femme se releva, pâle. Elle s’assit sur le bord du lit et se mit à parler d’une voix toute maternelle.

— Vous savez, dans ces cas-là, il est préférable d’appeler la police, pour collecter les preuves.

Avec un sincère étonnement, Abban demanda :

— Les preuves de quoi ?
— Eh bien, vous savez, enfin, les preuves du… de l’agression.

Et Abban devina le mot qu’elle ne disait. Il n’avait jamais considéré les choses de cette manière. Une rage froide recommença à monter en lui. Mais il fallait aller au plus pragmatique. Il secoua lentement la tête et Elisabeth reprit aussitôt :

— Alors on laisse ça de côté pour l’instant, et puis on verra plus tard. Est-ce que vous pouvez me raconter ce qui s’est passé ? Ça m’aidera à savoir si vous pourriez avoir d’autres blessures…

C’était le grand moment. Abban fit mine d’hésiter. Hésita vraiment. Il ne savait plus très bien. Il finit tout de même par hocher très lentement de la tête et à commencer son récit :

— J’étais… c’est d’ma faute, en fait, sans doute, j’étais dans un bar, v’savez, pour rencontrer des garçons, et j’aurais pas dû. Il y avait c’type, là, j’sais pas, trente, trente cinq ans, p’têtre un tout petit peu plus. Et il était… Pas mal. Enfin, v’savez, les yeux verts, comme ça, profonds, moi, j’aime bien ça. S’appelait Henry, ‘fin, c’est c’qu’il a dit, hein. Donc, on a discuté, un peu, m’a parlé d’son travail, un truc dans les médicaments là, pas comme vous, j’veux dire, dans une boite, bref, j’écoutais pas trop.

Aux yeux verts, la pupille d’Elisabeth s’était légèrement élargie. Au prénom d’Henry, elle avait été un peu mal à l’aise. À la description du travail, sa confusion était plus qu’évidente. Elle était ferrée. Il fallait que les larmes qui coulaient déjà sur les joues d’Abban étaient plus que convaincantes. Convaincant aussi le tremblement de ses mains. Et l’état de son corps.

— On est allé dans un hôtel et… Début, l’était gentil, m’appelait beauté, tout l’temps, c’tait sympa, et quand on a… v’voyez, ben, c’tait cool aussi.

Abban cherchait, en se repassant la scène traumatisante en boucle, le détail qui aurait pu distinguer radicalement cet amant-là de tous les autres et le signaler encore plus précisément à Elisabeth.

— L’avait cette façon d’me regarder tout le temps dans les yeux et d’dire un truc comme « tu veux encore ? », j’rais du m’méfier, mais bon… Après, l’est devenu plus brutal, plus… Et j’savais pas quoi faire. Quand c’tait fini, j’me suis juste enfui. Voilà.

Il faisait un beau tableau, tous les deux, lui, les larmes roulant toujours sur ses genoux, elle, blanche comme un linge, incapable de ne pas reconnaître dans ce tableau où tout concordait l’homme qui partageait son appartement et son existence et qui, parfois, elle s’en rendait compte désormais, restait extrêmement vague quand elle lui demandait ce qu’il avait pu faire dans ses soirées.

La détresse de la femme était une forme de satisfaction pour Abban, une médiocre consolation, mais une consolation tout de même. Il ne put résister au besoin d’enfoncer le clou.

— L’arrêtait pas d’se vanter d’ses contacts. Sûr qu’l’a fait ça à d’aut’ types que moi.
Revenir en haut Aller en bas



Le prix de leur sang (Mac Aoidh)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» Le prix de leur sang (Mac Aoidh)
» Redemption RPG
» Plonger au coeur de son espèce : l'aidera-t-il dans quête ? [Livre I - Terminé]
» Archives des demandes de meitous
» Remise des Prix à la VBM

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-