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Une palpitante aventure de papiers (Charlie)

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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 9:06 Message
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30 septembre 2013

— Charlie Lane ?

La femme du Cartel leva les yeux de son téléphone. Depuis qu’elle avait transmis le dossier à Abban, elle n’avait pas décroché un instant du regard l’appareil et paraissait envoyer soixante-trois messages à la seconde. Le jeune homme, pour sa part, était demeuré exceptionnellement sage, immobile et silencieux, en parcourant les quelques pages, du reste un peu lacunaires, qui décrivaient ce que l’on attendait de lui.

— C’est l’amie à Chase Neutron-Grey.
De Chase Neutron-Grey.
— Z’êtes prof’ d’anglais ou quoi ?

La femme cligna des yeux, puis baissa à nouveau le regard vers son téléphone et recommença à taper à une vitesse surhumaine ses messages.

— Écoutez, si ça vous fait peur…
— Genre !
— …laissez, on trouvera dans le Cartel quelqu’un de plus qualifié.
— Hé, ho ! J’suis méga qualifié, là. C’tait un commentaire, pour faire la conversation, v’voyez. Moi c’dossier, j’vous le ramène les mains attachées dans l’dos.

Au contraire : l’idée d’aller cambrioler une célèbre avocate était séduisante. Depuis qu’ils étaient arrivés, les jumeaux épluchaient consciencieusement les journaux de Star City. Une activité peu adaptée à leur tempérament, eussent dit leurs collègues au restaurant et au cinéma, et pourtant absolument nécessaire : on ne pouvait pas opérer dans une ville sans savoir qui était qui, qui avait quoi et qui allait où. Les dates des expositions, les concerts, tous ces petits détails qui aidaient à se repérer dans la géographie économie et sociale d’une nouvelle fois. Ils avaient même des schémas. Organisés, les Mac Aoidh.

Et le nom de Charlie était quelque part dans cette toile. Oh, à première vue, ils l’aimaient bien. Elle était un peu une héroïne du peuple, Madame Tout-le-Monde qui prenait courageusement la défense de ceux qui n’avaient pas de voix, sans chercher à se faire remarquer elle-même, vivant une vie simple malgré sa fréquentation d’une célébrité comme Neutron-Grey, experte en plaidoirie mais courageuse sur le terrain. À lire les journaux, Charlie Lane paraissait sortie tout droit d’un film de propagande commandé par le barreau américain.

Mais enfin, il ne comptait pas lui faire de mal : il voulait juste photographier quelques pages d’un dossier, un dossier sur un lieutenant du Cartel accusé d’avoir incendié la boutique d’un caviste qui avait refusé de payer la Taxe. Charlie travaillait avec le procureur, si Abban avait bien compris : le procureur se chargeait de la poursuite criminelle et Charlie de la partie civile. Pour obtenir des dommages et intérêts. Tout ce que le Cartel voulait, c’était savoir ce que contenait le dossier.

Bien sûr, cela voulait dire que tout au bout, l’avocate risquait de perdre son affaire, l’incendiaire, sinon d’être libéré, du moins de garder la coquette somme qu’il eût été contraint de verser au caviste (et dont il allait céder une partie au Cartel, bien entendu, pour le service rendu), mais ces conséquences étaient trop lointaines et cela faisait bien longtemps qu’Abban avait appris à ne pas trop questionner les motivations de ses employeurs. À Dublin, peut-être, les jumeaux avaient pu s’offrir le luxe de refuser les missions même simplement douteuses qu’on leur proposait parfois, mais ici, à Star City, ils étaient loin d’avoir le même statut. S’ils ne voulaient pas en rester éternellement aux vols de documents, il fallait bien progresser dans l’organisation.

Cette nuit-là, par conséquent, tout de noir vêtu, un bonnet enfoncé sur la tête, des gants aux mains, en chaussettes pour ne pas faire de bruit au cas où, à trois heures du matin, Abban apparut devant la porte du bureau particulier de Charlie. Comme prévu, pas de secrétaire. Pas d’avocate. Il aurait fallu qu’elle fût folle pour travailler à une heure pareille, non ? Aucune chance. Elle devait être chez elle en train  de… faire quelque chose d’héroïque, dont les journaux parleraient le lendemain, sans doute.

Abban palpa les contours de la porte, s’assura qu’il n’y avait pas d’alarmes et se téléporta de l’autre côté. S’il ne forçait pas la serrure, photographiait les documents et les rangeait exactement à leur place, personne ne saurait jamais qu’il était venu ici. Une fois dans le bureau de l’avocate à proprement parler, le cambrioleur sortit sa petite lampe torche et balaya de son faisceau les lieux.

— Oh putain.

Les choses venaient de se compliquer un peu. Il y avait, bien sûr, des armoires métalliques à casiers où étaient rangés les dossiers les plus anciens. Puis des piles de dossiers sur le bureau. Et des piles de dossiers par terre. Et… En fait, il y avait des dossiers absolument partout. Tout cela avait certes l’air parfaitement rangé, mais le système qui gouvernait le classement lui échappait complètement.

— …ça va durer des heures…

Ainsi commença l’un des moments les plus fastidieux de sa longue carrière de cambrioleur : il se mit à parcourir de la lumière de sa lampe la tranche de ces innombrables dossiers, un par un. Après avoir rapidement constaté qu’ils n’étaient pas absolument rangés par ordre alphabétique, mais seulement dans chaque pile, il supposa que les piles représentaient quelque chose. Difficile à savoir, sans ouvrir le premier dossier de chaque. Il soulevait les pochettes cartonnées d’un doigt prudent et tentait de comprendre ce que racontait la feuille descriptive, en tête du dossier.

Franchement, quand il raconterait cela à Aishlinn, elle se moquerait sans doute de lui.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 16:54 Message
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30 Septembre 2013.

Charlie n’aurait (presque) jamais été encore au bureau à trois heures du matin, elle était acharnée mais il y avait des limites, tout le monde en convenait.  Sauf que, trois jours plus tôt, elle avait été admise aux urgences après qu’un type, qui n’avait pas pu battre Jay lors d’un combat, avait trouvé bien de se venger sur elle. Il est bien connu que, quand on n’est incapable de vaincre une personne, le mieux est de s’en prendre au membre de sa famille bien plus faible sur ce plan-là. L’arrivée d’un passant avait mis fin à cet échange musclé (heureusement) et Charlie s’en était sortie pas trop mal. Une foulure au poignet – elle gardait encore une attelle à ce jour – des bleus qui étaient à peine visibles, sauf pour celui qu’elle avait sur le flanc, et il lui restait encore des traces de plaies sur une arcade et la lèvre inférieure.

Sortie le lendemain de son arrivée, il y a donc deux jours, Charlie avait accumulé un certain retard sur son boulot. Hors de question de prendre des jours de congé, une nouvelle notoriété lui avait fait accumuler les dossiers qu’elle devait trier pour voir ce qu’il était possible de faire ou non, et de renvoyer quelques-uns de ses dossiers chez des collègues. Et, elle devait bien l’avouer, son poignet gauche, entravé et parfois plus douloureux que ce qu’elle voulait bien admettre, continuait de lui faire du temps.

Il était donc aux alentours de trois heures du matin quand elle quitta son bureau pour aller dans la salle de repos du personnel. Adosser à un plan de travail, elle regarda son café – elle avait cessé de les compter depuis longtemps – dans un bâillement. Rien de mieux, pour lutter contre la fatigue, de se faire un café en songeant au dossier sur lequel elle était. Celui de Milla Garver, dans le cas présent, dont le fil était mort lors d’un règlement de comptes dans le district est – toujours le même endroit, il faut croire -  et dont le plus gros problème (après la mort du gamin de 19 ans, c’était évident !) était dans les armes utilisées. Sorties tout droit de l’entreprise d’Adriel Veidth. Le principal concerné ne savait pas comment c’était possible, vu son système de sécurité et Charlie, cherchait des réponses. Pas pour lui, c’était évident, elle le détestait au plus haut point (ou tentait de son convaincre, mais c’était pareil) mais parce qu’elle n’aimait pas rester sans réponse.

D’ailleurs, cette affaire l’ennuyait sur de nombreux points mais surtout parce qu’il avait impliqué une rencontre avec Adriel qui, forcément, lui faisait penser à Randall (oui, des triplés, ça se ressemble forcément) et la douleur de la perte qu’avait occasionnée la mort de ce dernier. Comme si Charlie avait besoin de ça en ce moment, sans parler du chef d’entreprise qui prenait un malin plaisir à reprendre les mimiques de son frère mort, juste pour la torturer un peu plus. Du moins, c’était de cette manière qu’elle voyait les choses. Elle secoua la tête dans un nouveau bâillement et attrapa sa tasse de café de la main droite. Hop, direction son bureau, elle avait encore de nombreuses choses à faire.

Arrivée devant la porte close, elle se trouva un peu stupide. Aucune force dans le poignet gauche, et la main droite occupée. Soupir. Ce fût avec le coude qu’elle abaissa la poignée de la porte, et l’autre coude qu’elle appuya sur l’interrupteur de la lumière une fois entrée. Et là, quand elle releva les yeux, elle vit quelqu’un dans son bureau. Premier réflexe : une exclamation de surprise couplée à la perte de son café qui s’écrasa sur le sol dans un sursaut. Encore devant sa porte, elle resta interdite devant cette personne qui, en plus fouillait ses dossiers. Super ! Passé ces quelques secondes de surprise, elle retrouva sa voix.

_ Les bureaux sont fermés depuis un moment, vous savez.

Évidemment qu’il devait le savoir, rien n’était ouvert à 3h du matin et puis, il était tout en noir, travaillant à la lampe-torche donc, forcément, il ne comptait pas trouver quelqu’un sur son passage. Charlie passa sa main droite sur son visage, fatiguée. Elle aurait probablement dû être inquiète aussi mais, en fait, ça n’avait jamais réellement son style. Une fois de plus, elle soupira avant de regarder une pile de dossiers.

_ Vous cherchez quoi ?

Pas qu’elle comptait spécialement l’aider, il y avait quand même des limites à la folie mais, si elle pouvait savoir quel dossier lui valait la chance d’une visite nocturne, elle n’allait pas s’en plaindre. Et dire qu’elle n’avait même pas conscience d’avoir, en face d’elle, la réponse à son dossier actuel, la réponse qu’Adriel cherchait et ainsi de suite.

_ Non parce que même moi j’ai du mal à m’y retrouver parfois, alors ça risque de vous prendre beaucoup de temps pour trouver ce que vous voulez.

Appelez la police, ça c’était une bonne idée. Il faut croire que Charlie n’était pas faite pour penser correctement dans ce genre de moment, plus à vouloir comprendre plutôt que de se mettre à hurler au voleur, bras en l’air, en courant dans tout l’étage. Elle plissa légèrement les yeux.

_ Et puis, vous êtes entré comment ?

Elle n’avait pas entendu l’ascenseur – elle pouvait aussi être passé à côté de ce bruit significatif – sans parler du fait que le bâtiment avait quand même un petit système de sécurité.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 18:13 Message
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Ça devait être bien chiant, comme boulot, avocat. Abban n’en revenait pas : dans chaque dossier, il y avait des dizaines de documents qui avaient l’air presque identiques et qui n’apprenaient rien de plus intéressant que les heures des audiences. Puis le changement d’heures. Et le changement de salle. Ça, c’était quand il comprenait ce qu’il y avait de marqué, parce que le reste du temps, tout était rédigé dans un jargon juridique parfaitement opaque et, en dehors du nom des accusés, des victimes et des avocats (c’était déjà ça), il ne saisissait rien.

Cela dit, on ne lui demandait pas un commentaire de droit, on lui demandait de trouver le bon dossier et de la photographier. La bonne blague. Abban s’assit par terre en ailleurs pour explorer son environnement immédiat et fit une nouvelle découverte aussi désespérant que toutes les précédentes : certains greffes, pas tout à fait au goût du jour, notaient encore le nom des principaux intéressés de manière manuscrite et tous n’avaient pas une écriture très lisible. Pour un peu, il aurait eu envie de pleurer.

L’Irlandais était occupé à déchiffrer péniblement une mention hermétique et cela avait dû exiger sa plus grande concentration, parce que, quand Charlie essaya d’ouvrir la porte avec l’adresse d’un éléphant sans trompe, il ne l’entendit pas venir. Ce ne fut que lorsque la lumière de sa lampe torche fut noyée dans celle des plafonniers qu’il releva les yeux et laissa échapper un poétique :

— Hé merde.

Il ne paniquait pas plus que cela non plus, parce qu’à vrai dire, à moins que l’avocate eût des super-réflexes encore plus super que les siens, il n’était pas vraiment dans une situation délicate. Et vu l’état physique de Charlie, les super-réflexes n’entraient pas dans ses domaines de compétence. Abban resta cependant un peu décontenancé par le flegme avec lequel l’avocate abordait la situation — mais ça, c’était parce qu’elle était déjà une héroïne, bien sûr.

Éludant la dernière question, il lui adressa un magnifique sourire contrit et mentit sans ciller :

— C’est pour ma sœur…

Il éteignit sa lampe de poche et referma le dossier qu’il était en train de parcourir, sans se relever tout de suite du sol. Parce qu’il fallait bien avoir l’air accablé, au moins une dizaine de secondes, sinon, ce ne serait pas très crédible. Il ponctua son air navré d’un soupir déchirant et murmura d’une voix éteinte :

— J’suis sûr qu’elle va finir en prison…

Il secoua sa jolie tête avec tristesse.

— …elle mérite pas, pourtant.

Jouer sur l’apitoiement maternel des femmes âgées (c’est-à-dire, à ses yeux, de plus de vingt-cinq ans) était une stratégie généralement très efficace, mais avec la réputation qui était celle de Charlie, Abban craignait un peu que son petit numéro n’emportât pas la conviction habituelle. Ça ne faisait pas de mal d’essayer, non plus, et puis de toute façon, il pouvait toujours s’enfuir si jamais l’avocate décidait brusquement de le neutraliser à grands coups de codex juridique.

En attendant, il fallait bien lui trouver un nom, à cette fameuse sœur, pour indiquer le dossier qu’il cherchait.

— Elle s’appelle Josy, Josy Valentine.

Aucune chance que Charlie ne se souvînt du nom de tous les clients qu’il y avait dans ces dossiers, si ? Bien sûr, Abban avait négligé la possibilité qu’un même client pût avoir beaucoup de dossiers pour lui tout seul et que, par conséquent, le nombre de clients était bien inférieur à celui des dossiers.

— Vous savez, on vous l’a commise d’office, mais… J’suppose que vous avez trop à faire, z’êtes quelqu’un d’important, et tout, alors j’me disais, peut-être, si je jetais un œil, vous savez…

En fait, il n’était pas trop sûr de la manière dont ça se passait et si l’on refourguait vraiment, comme ça, sans les prévenir, des clients à des avocats qui ne s’en occupaient pas. Eux, ils n’avaient jamais été pris, merci bien, et quant aux déboires juridiques de leur père, ils avaient fait leur possible pour ne pas s’en mêler. Enfin, en Irlande, les choses ne fonctionnaient pas vraiment de la même manière. Au bout du compte, il improvisait son mensonge au petit bonheur la chance.

Ce qui ne l’empêcha pas d’en rajouter une couche.

— Mais c’était mal de ma part, j’le vois bien maintenant, je devrais laisser la justice suivre son cours, et…

Il chercha pendant une fraction de seconde l’inspiration.

— Vous faire confiance, parce que vous êtes une avocate intègre, et juste, et dévouée, et tout le monde parle de vous…

Et hop ! Un petit peu de flatterie pour la route, ça n’avait jamais fait de mal à personne. Abban se releva avec la souplesse qui convenait à sa profession.

— J’suis vraiment désolé, M’dame !

Et il avait vraiment l’air désolé : on lui aurait donné le bon Dieu sans confession.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 20:46 Message
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Tout en finesse et en poésie. Ah, les jeunes de nos jours ! Charlie ne tenta même pas une leçon de politesse, pas envers un gamin qui était entré par effraction dans son bureau, ça laissait déjà un sérieux doute sur une morale irréprochable. Cela dit, s’il s’agissait de sa sœur… Le gros point faible de Charlie, parlez-lui famille et elle était capable de vous trouver toutes les circonstances atténuantes du monde. Il faudra qu’elle songe sérieusement à revoir un peu ce côté-là. Le nom ne lui disait absolument rien mais, comme ça restait quelque chose de possible. Elle eut seulement l’air de réfléchir un instant, pour essayer de resituer le nom en question mais, l’entreprise fut impossible. On se demande bien pourquoi !

Ce qui l’interpella en revanche, et elle avait décidé de ramasser sa tasse à ce moment-là pour ne rien laisser voir, ce fût le fait d’avoir été commise d’office. Peu probable, voire carrément impossible. La dernière fois que c’était arrivé, c’était en début de mois, ce qui déjà n’aurait pas dû arriver. Bon, d’accord, elle n’était pas au courant qu’un dieu avait trouvé bon d’ajouter son nom pour être certain qu’elle ait l’affaire. Bref, si l’adolescent devant elle avait fait une erreur dans son discours, elle était dans cette précision. Ce que, bien évidemment, elle ne releva pas. Pas drôle sinon.

Elle esquiva la flaque de café au sol – pourquoi il n’y avait jamais de quoi éponger dans un bureau ? – pour se diriger vers le bureau où elle posa sa tasse désespérément vide. Son attention fut reportée sur le jeune homme quand il décida de sortir les violons. Et, la flatterie, chez Charlie ce n’était pas le meilleur moyen de l’atteindre. Ouais, même à ce niveau-là elle restait intègre, s’il vous plaît ! A côté de ça il fallait bien avouer qu’il était tout mignon comme gamin (moins de 25 ans équivaut à des gamins, chacun son truc), avec son regard, son sourire, son air désolé. Il était évident que ça dérangeait Charlie qu’il soit entré dans son bureau mais… Ah, en fait, elle n’était pas si certaine que ça que ce soit pour sa sœur. Commis d’office !

_ Bien, je suppose que si ce n’était pas vraiment important, vous n’en seriez pas venu à entrer par effraction dans le bureau d’une avocate.

Elle posa son regard sur lui comme si cette action n’aurait jamais été possible autrement que pour l’amour d’une sœur hypothétique.

_ Je veux dire, ça aurait été complètement stupide de courir des risques sans une raison valable.

Elle lui épargna les peines encourues dans ce genre de cas. Le pire c’était qu’elle donnait l’impression de le croire et de, seulement, s’obliger à une certaine morale envers ce geste ce qui, avouons-le, était plus acceptable que d’appeler les flics sur le champ.

_ Josy valentine, hein ?

Charlie s’appuya sur son bureau pour faire venir une pile de dossiers à elle. Et d’une main, elle passa de dossiers en dossiers mais, en réalité, au troisième qu’elle reposa sur une nouvelle pile, elle s’arrêta pour relever les yeux sur l’inconnu en noir, mineur probablement, menteur mais plutôt doué dans ce domaine. Petite tête d’ange toute mignonne à qui on donnerait raison sans se poser de questions.

_ Faut vraiment que je continue à chercher alors qu’on sait très bien, tous les deux que je ne vais rien trouver ou vous me dites pourquoi vous êtes là ?

Parce que, en réalité, elle avait vraiment accumulé le retard alors, éplucher des dossiers pour en trouver un qui était inexistant, ce n’était pas réellement dans ses projets à court terme. Elle lâcha son dossier pour se gratter derrière l’oreille, aucune idée d’où ça lui venait, surement un effet de style involontaire pour se lancer dans une explication.

_ Parce que, je ne suis plus commise d’office depuis un petit moment maintenant. Ce qui, vous en conviendrez, gâche un peu votre histoire.

Elle trouva même le moyen de soulever légèrement les épaules dans un air navré. Finalement, elle aurait préféré l’histoire du frère prêt à tout pour essayer de sortir sa sœur d’une monumentale erreur judiciaire. Parce que personne n’avait douté que, si l’histoire avait été vraie, l’hypothétique sœur aurait forcément été innocente.

_ Et dans la mesure où vous êtes dans mon bureau, j’aimerais autant savoir pourquoi.

Ou elle pouvait aussi appeler la police, faire un descriptif de son voleur, laisser la justice suivre son cours et apprendre les raisons de sa venue quand il serait dans une salle d’interrogatoire.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 21:29 Message
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D’un œil expert, Abban jaugea l’effet de sa petite comédie sur Charlie. D’ordinaire, ça fonctionnait bien, mais là, il était le premier à reconnaître que la pilule était difficile à avaler. Intérieurement, il maudissait ce stupide greffier qui avait écrit comme un sagouin et qui avait trompé sa vigilance avec sa graphie de médecin. Sans cela, jamais Charlie ne l’aurait aperçu. D’un autre côté, la réaction un peu inattendue de l’avocate titillait sa curiosité et puis, il fallait bien l’avouer, Abban était un peu excité à l’idée de parler à une célébrité nationale — enfin, tout du moins, une célébrité de Star City : ce n’était pas rien.

Il se demandait d’ailleurs ce qui était arrivé à la fameuse Maître Lane pour avoir besoin de cette attelle. Ce n’était d’ailleurs pas sa seule blessure. Immédiatement, Abban s’imagina une histoire rocambolesque avec la mafia, dans laquelle Charlie avait résisté courageusement à une longue séance de torture (qui l’avait laissée certes plutôt intacte) pour ne pas révéler le nom d’un témoin innocent qu’elle avait protégé au péril de sa vie. La classe. C’était Aishlinn qui allait être verte !

Abban hocha la tête et continua à enrober son histoire de petits détails véridiques.

— Josy avec un y. Les gens écrivent toujours ie, mais ils se trompent.

Il suivit Charlie d’un regard faussement anxieux, comme si le sort de sa vie dépendait du nom enfin trouvé dans ces montagnes de dossiers, transi qu’il était d’un amour fraternel d’une pureté irréprochable. Mais après tout, il était bien transi d’amour fraternel, sauf que sa Josy s’appelait Aishlinn. Du coup, il ne mentait pas vraiment — en tout cas, le personnage n’était pas trop difficile à jouer. Mais, comme il s’y était à moitié attendu, Charlie avait un peu de mal à croire à son histoire.

Abban poussa un soupir.

— Rah, dommage, c’tait vachement bien parti, j’avais plein de détails, et tout.

Il n’avait pas l’air particulièrement honteux d’avoir été pris en plein mensonge. Ni d’avoir été surpris en train de cambrioler le bureau d’une avocate. Au lieu de cela, il se laissa tomber dans un fauteuil, de l’autre côté du bureau, en secouant la tête d’un air navré, comme si Charlie avait ruiné sa belle histoire. Il eut un mouvement pour poser les talons sur le coin du bureau, croisa le regard de Charlie et se ravisa, laissant sagement ses pieds par terre.

— N’empêche, j’imaginais votre bureau plus grand, quand même. V’z’êtes vachement célèbre et dans les films, les avocats, z’ont toujours d’putains de bureaux, avec vue sur la ville, et tout.

Cette fois-ci, ce n’était pas de la flatterie. Abban avait l’air sincèrement impressionné de se retrouver dans la même pièce que Charlie. D’un autre côté, il avait eu l’air sincèrement inquiet pour sa sœur fictive, quelques secondes plus tôt, du coup, il était difficile de le croire, désormais. Forcément. Mais ça n’avait pas l’air de le déstabiliser, pas plus d’ailleurs que la question circonstanciée de l’avocate sur la raison de sa présence dans son bureau, à laquelle il ne semblait pas outre mesure pressé d’apporter une réponse.

— J’pensais pas qu’vous seriez là si tard, aussi, mais en fait, j’aurais dû m’en douter. J’ai vu dans un journal que vous travaillez au moins seize heures par jour !

C’était peut-être exagéré, mais Abban, qui n’avait aucune idée de ce en quoi pouvaient consister des emplois plus prestigieux qu’employé de fast-food ou guichetier de cinéma, ne se rendait pas vraiment compte. Il promena son regard dans le bureau.

— ‘Faut dire, c’pas les dossiers qui vous manquent. J’suis sûr qu’v’z’avez plein d’affaires avec de dangereux criminels.

De la part d’un cambrioleur qui venait chercher le dossier d’un incendiaire lieutenant d’un cartel, ce n’était pas du tout suspect, comme remarque, n’est-ce pas ? Et pourtant, Abban ne pensait pas à mal. Les avocats n’étaient pas vraiment les ennemis, de son point de vue : parfois de leur côté, parfois contre eux, tout dépendait des circonstances. Pour la première fois, il songea que Charlie pourrait très bien le représenter, un jour.

Il se pencha en avant, frétillant d’impatience.

— Et ça coûte cher ? J’veux dire, vos honoraires, tout ça.

Il considéra d’un œil expert les vêtements de l’avocate.

— V’z’avez pas l’air de vous faire un max de blé…

Ça, c’était quand même un tout petit peu une critique, de son point de vue. Une personne de l’envergure de Charlie aurait dû mettre des tailleurs de couturier, pour rehausser sa carrure et en imposer encore un peu plus dans le palais de justice et sur la une des journaux. Abban se rêvait déjà responsable de communication, en train de façonner l’image de l’avocate et d’être associé son succès. Parce que s’il y avait bien une chose qui le frustrait un peu, lui qui aimait l’attention, c’était que sa carrière ne prédisposait pas vraiment à se tenir sous les feux de la rampe.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 2:40 Message
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Un peu malgré elle, Charlie ne put s’empêcher de sourire devant la mine du gamin, déçu de ne pas pouvoir donner tous les détails qu’il avait prévus. Au moins, on ne pouvait pas lui enlever son imagination et la « sincérité » qu’il pouvait mettre dedans. Il avait tout pour être crédible, même dans des petites anecdotes à donner concernant l’orthographe d’une personne qu’il venait d’inventer. Il n’y aurait pas eu cette histoire d’avocate commise d’office, qu’elle serait encore en train de chercher un dossier inexistant. Impossible de lutter contre ce genre de personnalité, encore plus impressionnant quand il n’avait pas l’air de passer la vingtaine.

_ Désolée, une prochaine fois peut-être, j’essayerais de faire en sorte de vous croire sur parole pour avoir toute l’histoire du moment.

Elle ne comptait pas vraiment sur une prochaine fois, préférant de loin que les gens cherchent des renseignements de manières plus normales et plus légales. Ce n’était pas sa première fois, elle en était certaine. Absence de culpabilité et… Elle haussa les sourcils, en le voyant prêt à mettre ses pieds sur le bureau. Il se ravisa, ce qui fut une bonne chose.

Appuyée sur le bureau elle avisa l’ensemble de la pièce qu’elle trouva très bien. Une dépendance pour entreposer ses dossiers ne serait peut-être pas de trop mais, hormis ça. Une superbe vue devait être un moyen de distraction. Pas bon pour elle. Elle secoua la tête.

_ J’imagine qu’avant de voir pour la vue, je devrais surtout voir un système de sécurité performant. Et, il ne faut pas croire ce que disent les journaux, je ne travaille pas 16 h par jour.

Pas tous les jours. Elle ne put s’empêcher de finir sa phrase sur un sourire. Ne pas croire les journaux, parce que sinon, en plus de travailler 16h par jour, elle devait, dans le temps restant, vivre sa relation avec Chase. Du coup, ça ne lui laissait pas tellement de temps pour dormir. Hmm, peut-être que, bientôt, on lui prêterait des pouvoirs, au moins celui de ne jamais dormir. Ce qui serait plutôt bien comme pouvoir, le sommeil était une perte de temps affligeante mais, malheureusement, trop nécessaire.

Elle se contenta d’un haussement d’épaules sur la supposition qu’il faisait de ses dossiers. Un, lui ne répondait pas à ce qu’elle pouvait lui demande. Deux, il existait le merveilleux secret professionnel, qu’il avait très injustement violé en ouvrant certains de ces dossiers. Trois, ce n’était certainement pas avec lui qu’elle parlerait de dangereux criminels s’ils existaient dans ses dossiers. Par contre parler de la manière dont elle fonctionnait. Elle se pencha un peu en avant dans un air de confidence.

_ C’est fait exprès, logiquement c’est censé éviter de donner envie à des gens de vouloir entrer pendant mon absence.

Ce qui n’était absolument pas le cas. Charlie n’était pas l’avocate la plus rentable de l’histoire de la justice mais, le salaire proposé de base était plus que correct, encore plus pour elle qui vivait bien en dessous de ce palier. Contrairement à certaines personnes, elle n’avait jamais vu l’intérêt d’exposer un salaire ou un chiffre d’affaires dans des bâtiments ou objets qui ne servaient strictement à rien. De toute façon, difficile d’être crédible avec la population qu’elle défendait dans un tailleur fait sur mesure par un couturier de renom.

Elle reprit sa position initiale dans une inspiration.

_ Pour les honoraires, ça dépend.

Réponse qui ne voulait pas dire grand-chose, elle en convenait. Mais, elle ne savait pas si c’était une question par curiosité ou par intérêt. Il s’était quand même introduit dans son bureau et comme ce n’était pas la première fois qu’il faisait ce genre de chose, il pouvait tout aussi bien avoir des ennuis judiciaires.

_ Je n’ai pas réellement de tarifs fixes, en réalité, ça dépend des moyens des gens. Par exemple, ça m’arrive de ne rien demander et de prendre uniquement un pourcentage sur les dédommagements perçus.

Le truc absolument pas rentable à moins d’être certaine de gagner son affaire. Et encore  dis pour cent de 500$, ce n’était pas ce qui payait un loyer. Toutes les affaires ne se chiffraient en milliers de dollars, encore moins avec les clients qu’elle représentait.

_ Pourquoi, des ennuis avec la justice ? Ta sœur peut-être ?

Elle n’y croyait pas tellement à cette histoire de sœur mais il y avait peut-être un fond de vérité. Un jour quelqu’un a écrit, lors d’une mission d’infiltration chez une  comptable très intègre, que les meilleures couvertures devaient garder un fond de vérité.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 10:30 Message
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Elle ne travaillait pas seize heures par jour, mais alors, qu’est-ce qu’elle faisait, le reste du temps ? Abban essaya de se représenter son héroïne du moment dans les situations de la vie quotidienne : Charlie fait ses courses, Charlie va faire des longueurs à la piscine, Charlie apprend le yoga. Pendant un moment, il songea à l’histoire de Charlie et Chase, mais lui, il lisait Star City Queer (en cachette), alors il savait très bien que le Neutron-Grey ne donnait pas dans ce domaine-là.

N’empêche, c’était intrigant. La question lui brûlait les lèvres de savoir si elle avait un mari (pas d’alliance, disons, un compagnon), des enfants peut-être (à son âge, vous pensez bien) ou une identité secrète de justicière karatéka. Mais comme il lui restait un fond de lucidité et de savoir-vivre, là, quelque part, dans un coin de son cerveau, il préféra retarder cet interrogatoire un peu trop personnel et continuer à estimer si Aishlinn et lui pourraient un jour s’offrir les services de la célèbre Maître Lane, si d’aventure ils avaient quelques soucis.

— Hmm…

Ça ne s’annonçait pas très bien. Dans leurs affaires, ils étaient rarement leurs victimes et personne ne songeait à les dédommager des torts qu’ils avaient subis.

— Mais quand votre client est coupable et que vous cherchez juste à l’faire innocenter ? Vous touchez rien du tout ?

De la part de quelqu’un d’autre, ça lui aurait paru franchement suspect, bien entendu, mais enfin, c’était Charlie Lane : le peu qu’elle gagnait, elle le redistribuait sans doute aux pauvres qui peignaient ensuite des tableaux d’elle sous les traits de la Vierge Marie. Abban en était convaincu. Ceci étant dit, il secoua la tête et adressa à l’avocate un grand sourire innocent — un domaine dans lequel, manifestement, il excellait.

— J’ai pas d’ennuis, moi, j’suis sage comme une image !

C’était bien pour cela qu’il était là. Il avait vu une absence de lumière, il était entré : simple question de curiosité.

— Et ma sœur, l’est encore plus sage que moi.

D’ailleurs, en ce moment, elle était sans doute sagement en train d’examiner les plans d’un musée, d’une bijouterie ou d’un fabricant informatique, quelque part dans des archives censément interdites au public. À eux deux, ils avaient gagné le paradis, c’était certain, et peut-être même la béatification. L’Irlandais haussa les épaules.

— M’enfin, sait-on jamais, on peut t’jours être accusé à tort. La justice est aveugle.

Sa dernière phrase avait été prononcée avec une amertume authentique. La justice leur avait pris leur père, qu’ils n’aimaient certes pas d’un amour inconditionnel, mais qui leur avait appris bien des choses et sans lequel ils avaient été jetés dans un foyer. La justice leur avait pris leur frère, qui n’avait jamais rien fait de mal. La justice avait tenté de les séparer. Aveugle, à son sens, n’était pas un terme assez fort pour décrire la justice. La justice était corrompue, violente, cruelle, contradictoire, inique. Injuste.

Il faut dire qu’avec leurs moyens, ils n’avaient jamais eu des avocats très enthousiastes. C’était peut-être pour cela que la croisade populaire de Charlie lui parlait tant.

— Puis la justice et la loi, c’sont deux choses différentes. La loi, c’est juste c’qui permet aux riches de rester riches sans s’sentir coupables. La justice, ben… J’sais pas. Ça existe sans doute pas vraiment.

Il y avait bien des lois qui punissaient les meurtriers ou les maris violents et la violence, ça, Abban détestait, mais il était persuadé qu’un riche et influent meurtrier pourrait toujours s’en sortir. Est-ce qu’on ne voyait pas des choses de ce genre tout le temps, dans les journaux ? Pour une Charlie, combien d’avocats tout aussi talentueux mais bien moins altruistes qui étaient prêts à mettre d’immenses équipes légales, avec des moyens autrement plus conséquents que ceux dont disposaient la Texane, pour tirer un coupable richissime de la geôle à laquelle il était pourtant promis ?

Non, Abban, la justice, il n’y croyait pas.

— J’dis pas qu’c’est pas chouette, c’que vous faites. Au contraire. Juste…

Il haussa les épaules, l’air un peu déprimé.

— V’z’êtes l’exception qui confirme la règle, quoi.

Abban soupira. L’idée qu’il pourrait un jour finir en prison, un boulet au pied — littéralement un boulet au pied, pour l’empêcher de se téléporter — le déprimait profondément. Aishlinn et lui avaient beau mettre de l’argent de côté pour leurs éventuels frais de justice, qu’ils étaient malgré tout assez lucides pour ne pas écarter par principes, étant donné leurs activités, Abban ne se faisait pas trop d’illusions. Pourtant, avec le charme tout américain du doute raisonnable des jurés et leurs pouvoirs qui rendaient toute preuve circonstancielle, ils avaient probablement de bien meilleures chances de s’en sortir que la majorité de leurs collègues du Cartel.

Sortant de ses réflexions, Abban interrogea un peu brusquement :

— Mais pourquoi vous faites ça ? J’veux dire, célèbre comme vous êtes, maintenant, vous pourriez défendre de gros riches et gagner le gros lot.

Et Aishlinn et lui auraient pu faire un seul casse patiemment organisé mais extrêmement lucratif et se faire oublier en dormant sur leur magot.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 16:23 Message
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Drôle d’idée de penser qu’un gamin qui s’introduit dans le bureau d’un(e) avocat(e) puisse avoir un problème. Tout le monde s’adonnait à cette activité au moins deux fois par semaine, lors d’une insomnie à trois heures du matin, c’était bien connu.  Son inconnu devait être aussi sage qu’elle était une avocate visant les profits, pour dire. Le passé de l’avocate devait aider à ne pas le mettre directement dans la catégorie des délinquants dangereux et irrécupérables qu’il fallait absolument faire enfermer avant qu’il ne vole une boîte d’œuf chez son voisin du quartier. Il avait déjà probablement dépassé ce stade d’ailleurs.

_ Si vraiment je dois m’occuper de quelqu’un de coupable, c’est que cette personne a réellement d’autres problèmes gérer que celui de se payer un avocat alors, oui, je ne touche rien venant de sa part.

Elle ne défendait pas le meurtrier du coin qui avait tué pour son bon plaisir, et un besoin de vie ou de mort sur la première personne venue. En général, si la personne était coupable, c’était bien souvent de vol ou de braquage pour des raisons qu’elle trouvait parfaitement acceptables. Et, dans ces cas-là alors, non, elle n’allait pas encore assommer un peu plus cette personne avec une histoire d’honoraire. Charlie laissa passer un sourire.

_ Mais, j’ai quand même un salaire de base. Donc, d’une certaine manière, je suis quand même payée.

Il s’agissait de rester réaliste, personne ne travaillait totalement de manière gratuite. Il fallait remplir le frigo, payer les factures et tout un tas de choses. Si d’autres avocats trouvaient que s’arrêter au salaire de base était considéré comme s’arrêter sur de l’argent de poche, c’était loin d’être le cas de Charlie. Si sa mère avait eu le même salaire qu’elle, il y avait de grandes chances pour que son passé soit bien différent de celui qu’elle avait vécu et que, bien évidemment, elle était très loin de regretter.

Le grand débat de la justice et des lois, de celui d’une justice qui ne servait à rien. Il fallait qu’elle se mette à compter le nombre de fois où on dénigrait le système, ce qui devait être aussi fréquent que de dire qu’un professeur ne l’était que pour les vacances scolaires. La justice prenait un facteur humain, vu que c’était soumis à des personnes et impliquait forcément des loupés. Personne n’était juste et infaillible. Le problème c’était que les gens restaient bloqués sur des injustices sans voir que, d’un autre côté, cette même justice avait été bien pour d’autres personnes.  On notait toujours un train en retard, jamais ceux qui étaient à l’heure.

Les lois c’étaient encore un autre débat. Difficile de croire que des règles sont justes pour tout le monde alors que cet ensemble n’est déjà pas égal. Voler c’était interdit, les riches s’en foutaient un peu, ils n’en avaient pas besoin. Expliquer la même chose à un père de famille incapable de boucler ses fins de mois, forcément ça devenait un peu plus injuste. Bien que, lui interdire le vol était surtout pour protéger le voler. Bref… Les lois n’étaient pas justes pour tout le monde.

_ Je suppose que, si je suis encore là, c’est parce que, justement, je crois en la justice.

Au même titre qu’un prof pouvait choisir cette voie par envie d’enseigner aux autres, et non pour les vacances. Charlie était là parce qu’elle croyait en un système judiciaire, et non par l’appât du gain.

_ Je pars du principe que la justice est supposée palier, en partie, aux inégalités que peuvent créer les lois. Si c’est pour aller défendre un employeur déjà protégé par certaines lois et l’argent qu’il possède, il n’y a plus d’intérêt.

Par contre défendre l’employé qui, lui, n’avait pas les moyens de se payer les bons appuis, qui n’avait pas les moyens de se protéger par chèque interposé, là, ça lui convenait déjà plus. Elle haussa les épaules. Il y avait des personnes qui préféraient cambrioler une bijouterie plutôt que le voisin parce que ça apportait plus de défi et plus de satisfaction. Au final, ça devait être un peu la même chose pour Charlie qui préférait les causes un peu perdues que l’inverse.

_ De toute façon, il y a déjà bien assez de personne pour défendre les gros riches, comme vous dites. Et puis, je ferais quoi après, profitez de cet argent les pieds en éventails sur une plage de sable fin, devant une eau turquoise ?

Elle leva un peu les yeux, envisagea cette possibilité avant de faire une moue pas convaincue, en secouant la tête.

_ Trop ennuyeux. Définitivement pas son truc. Il faut croire que je n’aime pas tellement les gens avec trop de moyens. Elle haussa les épaules à cette vérité avant de poser son regard dans celui de son intrus inconnu. Vous savez que, d’une manière ou d’une autre, je vais chercher ce qui a pu vous amener ici ?

Question à laquelle il n’avait jamais répondu, hormis pour parler de Josy. Le seul élément qu’elle avait étant son visage et un âge approximatif, sa recherche commencerait probablement par le commissariat le plus proche. Elle préférait le prévenir, parce que, s’il voulait éviter de genre de recherches, sa meilleure chance restait encore de lui dire ce qu’il voulait.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 19:27 Message
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Elle était parfaite. Abban songeait de plus en plus à monter un fan-club de Charlie Lane, dès qu’il se serait assuré de pouvoir y convertir Aishlinn — ce qui n’était pas gagné d’avance. Si sa jumelle commençait à croire qu’il pouvait s’intéresser aux autres filles, en plus des garçons, sa vie allait vite devenir un enfer. Il allait falloir procéder avec tact — et le tact, c’était Abban tout craché, ça ! (Comment ça, non ?) N’empêche, il était certain que Charlie aurait plu à Aishlinn : désintéressée, attirée par le défi, capable de lui expliquer les choses patiemment et sans le prendre de haut, alors qu’il venait de cambrioler son bureau en plein milieu de la nuit. Parfaite.

Il voyait sans peine pourquoi les journaux n’hésitaient pas à mettre l’avocate en avant : c’était bien plus rassurant de l’avoir elle comme visage du système judiciaire qu’un requin du barreau prêt à défendre n’importe qui. Pour un peu, Abban aurait été prêt à admettre que la justice, ce n’était pas si mal — mais même la patience pédagogique et simple de Charlie ne suffisait pas à balancer les effets d’une vie d’illégalité et de frustration. D’un air très sérieux, comme s’il cherchait à argumenter avec l’avocate, tout en sachant qu’entre celle qui avait une maîtrise de droit et qui gagnait sa vie par la rhétorique et lui, il y avait un gouffre, il raisonna à voix haute :

— Mais y a des fois où les lois, elles sont bien et où les juges, ils prennent des décisions à la con. Par exemple…

Il se mit à chercher un cas théorique, mais comme sa connaissance du droit était ordinairement limitée à le contourner, il ne vit que sa propre situation :

— Par exemple, y a des frères et sœurs qui sont séparés par les juges, alors qu’ils pourraient rester dans la même famille, si on laissait à leurs aînés la chance de les élever.

C’était quand même un excellent exemple : la loi prévoyait qu’un majeur pût servir de tuteur à des mineurs, mais c’était le juge qui décidait si le majeur était apte et ça, Abban, il ne trouvait pas cela très juste. Bien sûr, il comprenait bien que certains mineurs étaient beaucoup mieux en familles d’accueil qu’avec les majeurs qu’ils avaient connu : Aishlinn et lui en avaient croisé, de pauvres gosses, dans leurs foyers et leurs familles d’accueil. Mais ça ne changerait rien à son cas à lui.

Il regarda Charlie, comme s’il avait eu l’espoir sincère que l’avocate trouvât la solution miracle et donnât un sens aux épreuves qu’ils avaient traversées. Quant à la possibilité qu’elle pût chercher à en savoir plus sur lui, elle n’avait pas l’air de beaucoup l’émouvoir. Il haussa les épaules d’un air peu concerné.

— Cherchez toujours, vous trouverez pas grand-chose sur moi. J’suis un citoyen honnête, moi.

Certes. Cela dit, à défaut d’être honnête ou même tout simplement citoyen américain (comme on l’entendait du reste assez aisément à son accent), il était particulièrement fuyant et ce n’était pas au commissariat que Charlie trouverait des informations à son propos. Pour remonter sa piste, il fallait passer par le Cartel et, intègre comme elle paraissait l’être, Abban avait du mal à imaginer Charlie se rendre dans un club de strip-tease douteux pour interroger des criminels endurcis sur son visiteur du soir.

Cela dit, comme il l’aimait bien, il n’était pas contre distiller quelques informations, tant qu’elle ne lui portait pas préjudice à lui ni à sa position au sein du Cartel.

— Même si vous me trouviez moi, vous en seriez pas beaucoup plus sur c’que j’suis venu chercher.

Ça n’avait l’air de rien, mais c’était quand même un indice solide : cela voulait dire que l’affaire qui l’intéressait ne le concernait pas personnellement, que donc il était un professionnel que l’on avait employé et, pour employer des cambrioleurs, il fallait avoir des contacts et de l’argent. Ce qui excluait une bonne partie des antagonistes présents dans les dossiers de l’avocate.

Après avoir donné ce silence indice, il comptait bien avoir gagné le droit d’exercer un peu plus sa curiosité. Alors il se pencha en avant, posa les coudes sur le bureau, le menton dans ses mains et interrogea, les yeux pétillants d’intérêt :

— Dites, c’vrai c’que disent les journaux ?

Non, il ne parlait pas de sa relation sentimentale idyllique avec un super-héros mentaliste en pleine crise existentielle.

— Vous v’nez vraiment d’une famille pauvre ? J’veux dire, comment vous avez fait, pour vous payer les études, et tout ? Les frais d’inscription, les bouquins, le logement ? Vous avez eu une bourse ? Et les gens, en fac de droit, c’était pas tous des snobs ? Ils étaient méchants avec vous ? Et qu’est-ce qui vous est arrivé au poignet ? Un client mécontent ? Encore des mafieux ?

Bah oui, s’il ouvrait un fan-club de Charlie Lane, il allait bien falloir des informations pour alimenter la lettre mensuelle aux membres. Ensuite, il fabriquerait des pin’s à l’effigie de l’avocate, qu’il vendrait à la sortie des amphithéâtres de droit de l’université de Star City.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 1:20 Message
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_ Ou bien on les sépare parce qu’il y a une personne qui estime que c’est le meilleur moyen pour laisser une chance à tout le monde.

Des personnes qui, souvent n’ont pas réellement de frères et sœurs. Le sujet était compliqué parce qu’il demandait beaucoup de variable et, la plupart du temps, les services sociaux essayaient au maximum de ne pas séparer les familles, il y avait eu du progrès à ce niveau-là. Par principe elle était d’accord sur le fait de laisser les gens ensemble et puis, il y avait l’exemple d’Ellis qui se retrouvait avec son frère à charge. Comment se seraient finis les choses si Ellis ne s’était pas fait accusé à tort, avec les gens qu’ils avaient sur le dos ?

_ Ce genre de décision ne se fait, généralement, pas de gaieté de cœur, il faut voir les éléments qu’ils y avaient autour de cette histoire. Elle ne s’avancerait pas dans une décision de justice (hypothétique, évidemment) sans élément. Par exemple, si on laisse la garde à un frère, ce dernier va probablement chercher à arrêter ses études, il va se retrouver avec une éducation à faire sans même avoir réellement fini la sienne. Il ne s’en plaindra probablement pas mais, ce ne serait peut-être pas la vie qu’il aurait souhaitée.

Et implicitement, le frère (ou la sœur) qu’on aurait laissé en garde finirait par culpabiliser en se sentant coupable. En tout cas, c’était probablement comment ça qu’elle aurait réagi. Charlie employait le « on » alors qu’elle n’était pas responsable de ce genre de décision mais, il était trop facile de se décharger quand les décisions n’étaient pas les bonnes. Elle faisait partie d’un système, pas toujours au top, et devait se compter dedans.

Elle doutait que les exemples étaient choisis au hasard, ce n’était rarement le cas. Cependant, elle était loin de se dire qu’il parlait de son cas, ça pouvait rester une possibilité comme il y en avait un tas d’autres. Il pouvait très bien avoir vu ça ce matin aux informations. Il pouvait aussi l’avoir inventé parce qu’il ne fallait pas oublier qu’il mentait bien !

Elle laissa passer un sourire quand il assura être un honnête citoyen avant de se relever et d’aller s’asseoir sur son fauteuil. Etre en appui sur un bureau avec une main en vrac, ce n’était pas la meilleure des solutions et comme il ne s’était pas esquiver, c’était probablement que ça allait durer un petit moment. Elle était bonne pour rester demain un peu près jusqu’à la même heure qu’aujourd’hui.

En tout cas l’honnête citoyen, de nos jours, était capable d’entrer dans le bureau d’une avocate pour un dossier qui ne le concernait pas et qui, apparemment, ne le reliait pas à son identité non plus. Soit le monde avait bien changé et elle ne l’avait pas vu, soit il n’était pas si honnête que ça. En même temps, ce n’était pas comme si elle l’avait cru sur ce point-là. Elle ne releva rien de ce qu’il venait de dire, hausser seulement les épaules, l’air déçu de ne pas en savoir plus. Ignorant si cet indice avait été donné sciemment ou en pensant que ça ne valait pas grand-chose, elle préféra ne rien dire et le laisser faire d’autres révélations de ce genre.

Un léger rire accompagna les questions (à la chaine, une vraie industrie) de ce petit intrus, plutôt intéressant qu’on n’avait pas réellement envie de chasser à coup de balai. Il était particulièrement injuste que lui puisse en savoir autant sur elle sans que la réciproque soit possible. Il fallait croire que c’était le jeu.

_ Alors. Elle prit un temps de réflexion. Oui, pour la première question. Mais, je n’ai jamais eu besoin d’un logement vu que je suis restée avec ma famille pendant mes études.

Elle évita de dire qu’elle était restée avec ses frères, ou avec sa mère, parce que ça rentrait dans le domaine privé. Charlie n’était pas le genre de personne à expliquer au premier venu que son père s’était barré, que sa mère avait été inexistante et que, au final, il n’y avait eu que ses frères.

_ Pas de bourses d’études mais j’empruntais les livres des autres et, pour mes frais d’inscription, j’ai des frères qui ont beaucoup aidé sur ce plan-là.

Le premier point étant vérifiable pour qui savait chercher, pas la peine de mentir à ce sujet. Ses livres, c’était réellement un emprunt… A long terme. Le troisième point, personne ne mettrait en doute qu’ils avaient tous été travaillé légalement pour l’aider !

_ Les gens étaient plutôt cool. Comme partout je suppose. Des gens intéressants, d’autres moins, et ainsi de suite et… Elle posa un regard sur son poignet… J’aurais adoré vous dire que ce sont des mafieux mais non, juste un accident en rentrant chez moi.

Un accident d’une fois et demi sa taille, avec des mains qui lui couvrait le visage en une baffe et, mécontent d’avoir perdu un combat contre son petit frère. Oui, ça entrait dans la case des accidents.

_ Et pendant qu’on y est : Non, je ne suis pas avec Chase Neutron-Grey. Oui je me suis vraiment retrouvée enfermée dans une salle de jeu mais, non, ce n’était pas aussi inquiétant que ça.

Elle avait gardé un sourire sur la fin, seulement pour prouver que ça ne la dérangeait pas. Mais, comme il avait l’air de beaucoup lire – et elle ne parlait pas de presse à scandale – autant s’avancer un peu sur les questions.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 10:41 Message
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Charlie avait une façon de peindre son existence sous des airs quotidiens qu’Abban trouvait un peu déconcertant. Évidemment, lui, il préférait les histoires hautes en couleurs, particulièrement s’il devait parler à une célébrité et, parfois, il n’était pas à l’abri d’une petite vantardise, pour se faire paraître un peu mieux qu’il ne l’était. Après tout, si tout le monde ne cessait de vous poursuivre avec vos défauts et vos erreurs, on avait bien le droit de souligner de temps à autre ce que l’on faisait d’exceptionnel ?

À entendre l’avocate, pourtant, les études de droit avaient été un parcours de santé sur lequel ne s’était levé aucun obstacle plus considérable que celui de choisir sa tenue le matin. Un peu perplexe, Abban, qui regardait les séries télévisées où les gens, dans ce genre d’environnement, n’arrêtaient pas de fomenter d’infâmes complots pour faire tomber leurs adversaires et dominer le quartier/la vente d’herbes/le conseil d’administration/l’hôpital/l’université de droit (rayez la mention inutile), avait un peu de mal à se satisfaire des réponses de son héroïne.

Le jeune homme haussa les épaules à la mention du Neutron-Grey.

— ‘Videmment qu’vou’z’êtes pas avec lui. Il sort avec un type, là, dont on sait pas l’nom. J’crois. En tout cas, il est pé…

Abban se corrigea à temps, pour avoir l’air vaguement distingué devant son interlocutrice :

— …homosexuel.

Et franchement, vu sa tête, qui en doutait ? Abban, qui réussissait l’exploit d’être à la fois ouvertement homosexuel et ponctuellement homophobe, avait aussi l’air d’avoir avalé toute la presse people de Star City. Une lecture peu reluisante, mais qui l’aidait à cerner les personnalités montantes de la ville et les pouvoirs avec lesquels il fallait composer — en plus d’assouvir son goût des ragots et des clichés volés, bien entendu.

Laissant donc de côté le cas, ce jour-là, peu intéressant de Chase Neutron-Grey, l’adolescent évalua d’un œil expert toutes les traces sur Charlie et, avec une lucidité un peu noire, commenta :

— Des accidents comme ça, j’en ai vu des masses. Le vôtre d’vait être baraqué, v’z’en êtes pas trop mal tirée.

On ne la lui faisait pas, à lui. Elle pouvait peut-être faire avaler sa petite histoire à ses collègues qui n’avaient jamais vu ne serait-ce qu’une bagarre de bar, mais lui savait reconnaître les blessures quand il en voyait. C’était tout de même un peu curieux. Pourquoi une avocate chercherait à couvrir un mafieux ? Peut-être que c’était très personnel. Peut-être que c’était de la violence conjugale.

Abban commença à stresser. Si Charlie avait un compagnon (ou une compagne ?) violent (e ?), il fallait faire quelque chose, il le savait très bien : il y avait des numéros à appeler, des foyers, ce genre de choses, mais Abban, lui, il n’était pas psychologue, alors il ne savait pas trop comment s’y prendre pour convaincre son héroïne du soir de se faire aider pour sortir de la difficile relation destructrice qu’il lui supposait.

Il fallait y aller progressivement.

— V’savez, les gens qui frappent… C’juste des gros lâches, en général. J’veux dire, quand c’pas pour s’défendre, ou quoi.

Nerveux, l’Irlandais commençait à gigoter sur sa chaise, en essayant de ne pas regarder Charlie pour ne pas l’oppresser (c’était sans doute le mieux à faire) mais de la regarder quand même pour ne pas l’ignorer (c’était probablement conseillé). En fait, psychologue, il ne s’en était pas rendu compte quand il avait traumatisé avec sa sœur des générations de psychologues scolaires, eh bien psychologue, laissez-le vous le dire, c’était un métier. Difficile.

— Et ça doit être sans doute compliqué, votre truc, là, mais euh… J’sais pas, v’s’avez, v’z’êtes pas obligée d’rester avec quelqu’un d’naze. Genre, Neutron-Grey, là, j’suis sûr qu’il peut vous aider, ou…

Il fit une moue songeuse avant de s’exclamer :

— Moi ! Moi, j’peux lui donner une leçon, au type qui vous a fait ça.

Abban n’avait pas l’air taillé pour donner des leçons à qui que ce fût, à part peut-être aux enfants de trois ans, mais il ne manquait pas de conviction. Il y avait des choses qui le hérissaient et la violence superflue était tout en haut de sa liste. Sa manière d’exprimer son intérêt et ses bons sentiments étaient certes maladroites, mais elle n’en était pas moins sincère.

— Puis vous avez plein d’gens qui vous adorent, là, dans la rue, et qui vous aideraient ou… ou ça peut être discret, je sais pas, m’enfin, ça…

Il montra d’un geste de la main le poignet et les autres marques.

— Ça, c’est pas d’l’amour.

Il se retint de pousser un soupir de soulagement au terme de son petit discours, même s’il trouvait que, finalement, il ne s’en était pas si mal sorti que cela. Il avait couvert toutes les vérités importantes et il ne restait plus qu’à se téléporter chez Charlie pour « donner une leçon » à son conjoint violent. Probablement pas la méthode la plus adaptée, mais c’était la seule qui lui venait.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 16:27 Message
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Les dossiers de Charlie, pendant ce temps, n’avançaient pas. Tout bien considéré, ce n’était pas très grave, elle rattraperait le lendemain, la semaine entière serait longue mais, elle trouvait dans ce gamin quelque chose d’attachant. Sûrement sa meilleure arme. Bon, sauf peut-être sur sa façon de qualifier Chase, pour se rattraper par la suite. Personne n’était parfait, hein. Elle n’ajouta rien de plus sur la vie de Chase qui, en plus de ne pas la regarder elle, ne regardait encore moins son petit intrus de la nuit qui avait de grandes chances de ne pas avoir de prénom.

Il faut croire qu’on ne pouvait pas lui faire les choses à l’envers, l’hypothèse de l’accident ne passa pas réellement. La vraie question s’était de savoir comment un gamin, de son âge, pouvait reconnaitre des types de blessures de ce genre pour identifier réellement l’ « accident » dont il était question ? Elle n’était même pas certaine qu’il puisse avoir l’âge légal de rentrer dans un bar alors… D’un autre côté, à l’âge qu’il avait, elle était également capable de reconnaitre certaines blessures, assez habitué à en voir avec ses frères. Une expérience personnelle qui l’envoya imaginé le jeune homme dans une famille un peu comme la sienne. En plus évoluée, parce qu’eux n’étaient jamais rentrés dans le bureau d’un avocat.

Ce fut quand il commença à changer d’attitude, qu’elle perdit un peu le fil des choses. Elle pataugea un peu pour tenter de comprendre de quoi il pouvait bien parler et, surtout ce qu’il était en train de s’imaginer. Ce qu’elle finit par comprendre et créa chez elle un sourire attendrit. Adorable môme. Difficile de faire autrement une fois qu’elle comprit qu’il l’imaginait se faire frapper par son mec/conjoint/mari (hypothétique) et surtout sa proposition.

Le problème avec une personne qui, à sa première explication, avait menti avec beaucoup de conviction, c’était difficile de faire la part des choses par la suite. Il n’était pas exclu que le but recherché était de l’attendrir – ce qui fonctionnait très bien – pour ne pas la voir le dénoncer par la suite. Il était quand même dans son bureau à trois heures du matin, sans le moindre rendez-vous. Elle évita tout de même de songer à ce qu’il voulut dire par le fait que ça pouvait être discret.

Charlie hocha la tête.

_ On est d’accord, ça, elle leva légèrement le poignet, ce n’est pas de l’amour.

Et c’était bien connu, une femme qui n’était pas victime de violences conjugales avait de grandes facilités à se dire que jamais ça ne lui arrivera, qu’au premier problème, elle s’enfuira aussi vite qu’elle était arrivée. Pour Charlie, il était donc inconcevable de vivre ce genre de choses, jamais elle ne serait restée avec quelqu’un de violent. Brisé de la vaisselle, se hurler dessus, ça elle avait fait mais, a priori, c’était tout.

_ Je ne sais pas comment vous en êtes arrivé à penser ça mais, ce n’est pas le cas.

Et elle arriva même à garder un sourire à la fois rassurant et adouci par le discours du jeune homme. Elle aurait pu rester sur sa position de l’accident mais, le mensonge n’était pas réellement dans son caractère. Souvent par omission, ou réel quand la situation l’exigeait mais, en dehors de ces situations… Elle relâcha l’air dans ses poumons.

_ C’était vraiment en rentrant chez moi, dans la rue. Et je ne connais pas cette personne.

Là, par exemple, ce n’était pas un mensonge, elle ne le connaissait pas. Elle savait pourquoi il avait fait ça, elle savait que ça avait un rapport avec son frère qui, lui, devait savoir qui était cette personne mais, en dehors de ça, les évènements étaient encore flous. Elle haussa les épaules.

_ Faut croire qu’il n’y a pas que des gens qui m’adorent.

Ce qui serait probablement un peu flippant parce que c’était le genre de chose qu’elle ne comprenait pas encore totalement. La notoriété, ce n’était définitivement pas son truc, il allait vraiment falloir qu’elle se penche sur les conseils avisés de Chase qui, elle en était plus que certaine, était bien mieux renseigné qu’elle dans ce domaine.

_ Mais je vous accorde le fait que je m’en sors bien, et je dois cela, justement, à une personne qui est passé par là, à ce moment-là.

Dommage, elle ne savait pas qui était cette personne, sinon, elle aurait déjà cherché à la remercier. Il faudra qu’elle se renseigne à l’occasion. Les actes de ce genre devaient être récompensés, mis en avant aussi. Peut-être que ça inciterait plus de personnes à être un peu plus altruistes.

_ Cela dit, vous avez l’air d’avoir vu et de savoir faire beaucoup de choses pour quelqu’un de votre âge. Je suis impressionnée, et dire que les gens pensent que tous les jeunes sont perdus et absolument pas débrouillards de nos jours. On dirait que vous échappez à cette règle.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 20:02 Message
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Ah, si Abban était aussi traumatisé par la violence, c’était qu’il en avait vu beaucoup. Il en parlait volontiers, pour montrer combien c’était inepte et inutile : des gens qui se faisaient taper dessus pour des raisons X ou Y, des gens qui se tapaient les uns ou les autres pour le plaisir de la chose, des gens qui tapaient les autres. Et puis il y avait bien sûr toute la violence dont il ne parlait pas : la rudesse rentrée de son père, les dangers inhérents de la vie du Cartel et les mauvaises rencontres qu’il faisait, parfois, quand, avec son habituelle témérité, du haut de ses dix-neuf ans, il pensait pouvoir contrôler tous les hommes qui le regardaient et, qu’une fois livré à un inconnu, les choses ne se passaient pas comme prévu. Il connaissait.

Dans le monde d’Abban, les gens étaient méchants. Il ne le formulait pas comme ça, c’eût été bien trop naïf, mais c’était la stricte vérité : les gens étaient cruels et méchants. Il n’y avait qu’Aishlinn pour avoir jamais pris soin de lui, il n’y avait que sur elle qu’il pouvait compter, et tout le reste, tout le reste avait eu quelque part, au fond de soi, une étincelle inquiétante qui le laissait perplexe. Il ne comprenait pas trop cela, lui, Abban, les êtres humains. Pourquoi ils faisaient ce qu’ils faisaient.

Heureusement, il y avait les autres des autres, les gens comme Charlie, qui par conséquent, c’était très compliqué dans sa tête, qui par conséquent n’étaient pas vraiment des gens mais des sortes d’entités lointaines et presque théoriques, comme Jésus : en bon catholique, Abban croyait bien que Jésus avait existé, mais ça lui paraissait tout de même difficile à avaler, quelqu’un comme ça. Charlie, c’était Jésus, mais en plus présent, c’était cette espèce rare qu’on ne trouvait d’habitude que dans les journaux : les gens bien.

Alors Abban ne put s’empêcher de rougir quand l’avocate s’étonna de ses suppositions, parce qu’il avait l’impression qu’elle comprenait désormais que lui ne vivait pas dans cet univers merveilleux où vivaient les avocates qui travaillaient pour le bien commun sans se soucier de pouvoir un jour s’acheter une villa sur la côte. En fait, il se sentait un peu sale, poisseux de cette violence qui n’était pas la sienne.

Il se tassa donc sur sa chaise en essayant de se faire oublier, ce qui n’était pas facile, dans la mesure où : 1) il restait un cambrioleur dans le bureau de sa victime et 2) sa victime s’adressait directement à lui. Mais il essayait quand même, par exemple en tripotant nerveusement la lampe torche qui lui avait servi à espionner les dossiers de celle qui partageait désormais un peu de son existence avec lui.

Il haussa les épaules quand elle évoqua ses éventuels ennemis.

— C’est sûr, y a toujours des cons pour être contre c’qui est cool. Les abrutis contrariants, y en a partout.

Par exemple — c’était incroyable — il y avait des gens pour leur en vouloir, à Aishlinn et à lui, alors qu’ils étaient tout de même adorables et angéliques ! Franchement, si ça ce n’était pas de l’injustice ! Bon, il avait tout de même un peu de mal à croire que Charlie se fût faite agresser par un type dans la rue sans aucune raison, mais il comprenait bien qu’il n’obtiendrait pas plus de l’information sur le sujet de la part de l’avocate et que sa curiosité était condamnée à rester frustrer.

Il ne put s’empêcher de laisser échapper un rire spontané quand elle le présenta comme un exemple pour la jeunesse contemporaine et, avec un grand sourire, il répondit :

— Ouais, j’suis pas sûr que tout le monde soit d’accord, hein.

Aucun de ses professeurs ne lui avait jamais fait le moindre compliment, ce n’était probablement pas sans raison.

— J’suis p’t’être pas assez sage pour être un exemple, et puis les trucs que j’sais sont pas enseignés à l’école.

Inversement, il y avait bien des choses enseignées à l’école dont il ignorait tout mais si, dans l’ensemble, il parvenait encore à ne pas s’en tirer trop mal.

— Les jeunes sont sans doute plus censés d’venir comme vous que comme moi. V’s’avez, là, avec tous ces dossiers, tous ces trucs compliqués, j’ai compris la moitié, niveau perdu, ça s’pose là.

L’enthousiasme d’Abban lui faisait un peu oublier sa prudence.

— Genre, faut avoir fait Yale pour comprendre comment vous classez ces trucs, déjà, j’aurais passé toute la nuit à trouver mon incendiaire, moi.

Oups. Mais il ne parut pas se rendre compte de son impair et il continuait toujours sur sa lancée, tout sourire.

— M’enfin, c’pas faux qu’à l’école, ils pourraient apprendre des trucs plus pratiques, quand même, parce que bon, y a plein d’choses qui servent à rien, et les mecs d’mon âge, ils sont là avec leur téléphone à la con, mais ‘savent pas réparer une bagnole, ça craint un peu.

Dans les compétences pratiques, il devait compter aussi l’art et la manière de dument cambrioler une avocate : une discipline dont on pouvait en effet regretter l’absence dans les programmes de formation.

— D’un autre côté, j’suis pas spécialement pour une éducation à la dure. Y a des trucs que j’sais qu’j’préfér’ai ignorer. C’est juste, je sais pas, je m’adapte, c’est tout, c’est pas comme si y avait le choix, vraiment.

Même si la présence de Charlie, qui venait du même milieu que lui, de l’autre côté du bureau, incarnait précisément une alternative sérieuse à l’existence qu’il menait.
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Message posté : Jeu 3 Oct 2013 - 16:52 Message
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Reconnaître ouvertement un caractère particulier chez une personne, y ajouter un peu de flatterie, même si c’était réel, avait toujours eu le don de faire parler un peu les gens. Soit ils s’en défendaient sous une modestie – justifiée ou non – en donnant des exemples de ce que pouvait être leur vie. Soit, ils en ajoutaient une couche sous une prétention – justifiée ou non – en racontant d’autres de leurs exploits.  Peu importe la manière dont les gens fonctionnaient, généralement, ils laissaient passer d’autres indices et, malgré un fond de vérité dans sa dernière phrase de Charlie, son but se trouvait essentiellement là. Elle voulait en savoir plus sur son intrus du soir, parce qu’il avait quelque chose d’intriguant et, aussi, parce qu’il s’était introduit dans son bureau.

Par exemple, elle apprit que le jeune homme n’avait pas eu le temps de trouver ce qu’il voulait – merci à sa méthode de classement – et qu’il recherchait le dossier d’un incendiaire, ce qui réduisait considérablement la liste des dossiers qui pouvait potentiellement l’intéresser. Une information sous laquelle Charlie n’avait pas réagi, parce qu’afficher clairement un sourire à cette information équivalait à perdre la chance d’avoir d’autres informations, surtout quand l’intrus ne semblait pas s’être aperçu de ce qu’il venait de dire.

Si Charlie devait lancer, maintenant, une recherche sur lui, ça ne donnerait rien. Les seuls éléments dont elle disposait étaient : un visage, une scolarité arrêtée tôt, un lien avec un incendiaire, un pays étranger et elle misait sur un début d’étude dans un garage automobile.  Avec ce genre d’information, disons qu’elle était probablement capable de trouver quelque chose dans environ 5 ou 10 ans. Mais, ça restait un début, non ?

Charlie afficha un sourire un peu navré.

_ Au risque d’avoir le même discours que beaucoup de personnes, j’aurais tendance à dire que, le choix, on l’a toujours.

Difficile pour elle de dire le contraire. L’avantage – ou pas – c’était qu’elle n’avait pas appris cette phrase dans un manuel d’école, ou à un cours de psychologie qu’elle n’avait jamais suivi. Elle le savait parce que, un choix, elle en avait fait un.

_ Quelqu’un a dit : Enlève le mot fatalité de ton dictionnaire, et tu verras que changera le monde. Ce que je trouve assez vrai, après…

C’était le bordel. C’était le genre de phrase toute belle, toute mignonne, qui faisait bien sur le papier mais qui, une fois appliquée à la vie réelle, était bien moins jolie que ce qu’elle laissait supposer. Comme on avait aussi dit que la fatalité était une excuse pour les âmes sans volonté, quelque chose dans le genre, ce qu’elle trouvait un peu dur comme raisonnement.

_ Chaque choix à son lot de désagréments, l’un n’est pas forcément meilleur que l’autre, je suppose. Mais, il serait dommage de continuer à s’introduire dans des bureaux, si son envie est de réparer des voitures, par exemple.

Charlie était un peu une fervente du « faites ce qui vous plaît » qui devait se poursuivre par « vous allez en bavez mais, au moins, vous avez fait vos choix ».  Très engageant, n’est-ce pas ? Après il y avait des vies qui étaient des choix, qu’ils soient compris ou non. Elle avait bougé de sa condition sociale, de ce qu’on lui avait tracé mais, ce n’était pas le cas de ses frères, par exemple. Son intrus trouvait peut-être certaines choses déplaisantes dans son mode de vie mais, peut-être que ça l’était moins qu’une autre façon de faire. Elle n’en savait rien vu que, de toute façon, elle ne savait rien de lui. Elle haussa les épaules dans un sourire.

_ Ce qui, évidemment, n’est qu’un point de vue très personnel.

Et donc qu’il avait le choix d’en avoir un différent, à défaut d’avoir celui de choisir sur quoi on l’envoie. Puisque, de toute évidence, avec ce qu’il avait dit plus tôt, il n’était pas là pour récupérer le dossier d’une personne qu’il connaissait.

_ Mais, au final, pour ma part, j’suis assez contente des choix alternatifs que j’ai fait. Elle afficha un sourire, presque fière. Au moins, maintenant je choisis les choses dont je veux m’occuper alors qu’avant on m’en imposait.

Ce qui était vrai dans une certaine mesure. Chez eux, c’était toujours Seth qui décidait quoi faire avec ses autres frères et, elle les avait accompagnés de temps à autre sans qu’on lui demande trop son avis – même si la plupart du temps elle se concentrait sur sa scolarité. Cela dit, raconter certaines petites choses n’était pas totalement anodin ou par un besoin d’expliquer sa vie. Si lui pouvait s’y retrouver et lui en apprendre un peu plus, elle n’allait pas s’en plaindre.
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Message posté : Jeu 3 Oct 2013 - 19:24 Message
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Comment aurait-il pu le deviner, Abban, que son héroïne, la pure et innocente Charlie Lane, était sournoisement en train de le manipuler ? Il fallait bien avouer que le jeune homme était un peu plus prudent avec les systèmes de l’alarme qu’il ne l’était avec les êtres humains et qu’il lui arrivait de baisser rapidement sa garde, quand il n’avait affaire ni à un membre du Cartel, toujours prêt à le flouer, ni à un agent de l’ordre, toujours prêt à l’incarcérer. Le reste des gens, tant qu’il ne leur en disait pas trop sur son existence — c’est-à-dire tant qu’il ne leur donnait pas son adresse —, ça devait pouvoir aller. Non ?

En fait, il en avait même un peu oublié, à force de se retrouver si près de quelqu’un de si justement célèbre, qui en plus était une femme, plus âgée que lui et assez gentille, ce qui constituait une arme fatale contre Abban, il en avait un peu oublié, oui, le dossier, l’incendiaire et cette affaire pour le Cartel. Comme elle n’aurait dû être qu’une formalité, elle ne l’avait jamais particulièrement obsédé et, n’ayant pas occupé une grande place dans son esprit, elle en fut aisément chassée par la conversation.

Il secoua vivement la tête et précisa :

— ‘Tendez, j’préfère large rentrer dans des bureaux qu’réparer des bagnoles, hein ! ‘Tain, passer des journées les mains dans l’cambouis, j’pourrais pas. Et puis tous les jours, en plus, bonjour l’horreur.

La régularité de l’emploi du temps ne faisait pas vraiment partie des habitudes des jumeaux et jusque dans leurs petits boulots, ils avaient choisi, sans en avoir conscience, des emplois dont les horaires inhabituels changeaient tout le temps, au lieu de jouir de journées de travail normales au service des espaces verts de la ville ou au guichet de la piscine municipale du quartier.

Pour Abban, la perspective de se lever tous les matins, pour se préparer, aller au travail et attendre jusqu’au soir, pour rentrer et regarder la télévision relevait un peu du film d’horreur. Évidemment, dans sa conception du monde, les gens qui avaient un travail ne faisaient que cela de leur existence et se réduisaient à ce rythme triste et monotone. Parfois, ils pouvaient promener leur chien ou sortir les poubelles, mais c’était à peu près les seules aventures que son imagination leur concédait.

Et pour que Charlie ne s’imaginât pas que sa vie à lui était aussi sordide, il se sentit obligé de préciser :

— ‘Pis d’ailleurs, j’fais pas qu’cambrioler des bureaux, hein, j’fais plein d’trucs, tenez, l’aut’ jour, par exemple, j’étais à…

Comme il lui restait tout de même une petite trace de bon sens, il s’interrompit brusquement, rougit, détourna le regard et se contenta de généralités :

— Plein d’trucs, ouais. C’plus excitant comme ça.

Ouf ! Il l’avait échappé belle : heureusement qu’il n’avait rien dit de trop compromettant. Plutôt fier de lui, Abban se redressa dans son siège et son regard, oubliant très rapidement la honte passagère de l’impair évité de justesse, se reposa de nouveau sur Charlie et il hocha la tête.

— Sûr que c’est cool aussi, c’que vous faites, vous êtes un peu votre propre patronne, et ça c’est plutôt classe, quand même, parce que vous êtes pas encore trop vieille.

Quelle galanterie. Manifestement, Abban n’avait aucune idée de la manière dont fonctionnait un cabinet d’avocats. Pas un instant il ne soupçonnât que Charlie pût être la couverture médiatique qui lissait l’image du cabinet et permettaient aux autres avocats, notamment les fiscalistes, de consolider la fortune de puissants industriels et de la mettre à l’abri de l’État. Pour lui, le cabinet se résumait au bureau de Charlie, avec ses dossiers faits pour défendre les pauvres agents. Ça, c’était bien, avec les héros : tout était toujours simple et reposant.

Une nouvelle fois, il considéra ces fameux dossiers qui envahissaient le bureau de toute part.

— ‘Fin bon, ça a quand même l’air vachement compliqué, vous d’vez être une sacrée tête. J’veux bien qu’on puisse choisir son destin, mais moi, j’suis pas intelligent comme j’vous. J’imagine même pas la gueule des bouquins que vous lisez.

Parce que, bien entendu, pour Abban, Charlie ne passait le peu de temps libre qui lui restait, comme lui, à exploser les scores des flippers de la ville ou à regarder la télévision en papouillant sa sœur jumelle et ses chats, mais à lire de ces gros volumes que l’on voyait dans les librairies et dont il avait toujours supposé qu’ils étaient achetés par des vieux types en costume à carreaux, avec une pipe et un air fatigué.

Cela dit, il n’était pas trop perturbé. Il y avait des gens plus intelligents que lui, c’était une évidence. Il restait le roi incontesté du flipper. (Il avait bien vu une fois un technopathe qui modifiait directement les scores, mais ça, ça ne comptait pas, c’était de la triche. Les super-réflexes, c’était pas de la triche, c’était du talent.)

— Genre là, si j’décide de plus faire c’que j’fais, j’peux aller retourner des steaks chez McDo. J’préfère encore cambrioler vot’ bureau.

Il esquissa un sourire un peu gêné.

— ‘Fin, sauf votre respect, hein.

M’dame.
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Une palpitante aventure de papiers (Charlie)

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