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Un vol inconsidéré (Chase, Mac Aoidh)

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Message posté : Dim 29 Sep 2013 - 23:18 Message
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5 octobre 2013

— Donne, juste une seconde !

Affalé sur le canapé du salon, un chat sur les genoux, Abban arracha le téléphone portable de Chase des mains de sa sœur, qui essayait les jeux révolutionnaires que le Neutron-Grey avait en exclusivité sur son appareil. Et qui étaient bien l’une des seules choses à ne pas y être cryptées. Le jeune homme essaya d’accéder aux messages reçus par le téléphone, même si l’organisation entièrement atypique des différents programmes avait de quoi dérouter un plus féru de technologies qu’il ne l’était.

— …j’veux juste voir s’il a un copain…

Deux heures plus tôt, les jumeaux, en se promenant dans la rue, avaient repéré Chase Neutron-Grey, le célèbre super-héros, qui pénétrait dans un bar gay. Ni une, ni deux, après un regard échangé, ils s’étaient engouffrés à sa suite, bien décidé à soulager le mutant de l’une de ses possessions personnelles, non pour les revendre, mais pour pouvoir se vanter, à l’occasion, d’avoir détroussé un si redoutable mentaliste.

L’ambiance du bar n’avait guère laissé de doutes quant à la répartition des rôles : Aishlinn se glisserait derrière de Chase pour être prête à faufiler sa main jusqu’aux poches de son blouson et Abban, lui, se chargerait de la diversion. Étrangement, l’Irlandais n’avait pas trop discuté le plan et, une fois en face de Chase, il lui avait fait ses plus beaux sourires, lui avait parlé de sa voix la plus caressante, avait posé la main sur la sienne, bref, avait sorti le grand jeu qui était le sien, quand il voulait être sûr de décrocher un peu de compagnie masculine.

Au jeu, d’ailleurs, il s’était pris et, comme il le fit remarque à sa jumelle, en se débattant avec son portable :

— …d’ailleurs, il était pas mal, le p’tit Chase. Joli p’tit cul, surtout.

Comme d’habitude, Abban pensait tout haut, sans vraiment réfléchir. Il avait beau être habitué aux crises de jalousie d’Aishlinn, il n’était jamais parvenu à retenir ses appréciations d’esthète, qu’elles fussent adressées à telle belle voiture ou à tel beau garçon. Pour la cinquantième fois, le téléphone exigea un code de sa part.

— Rah, bordel, mais il a protégé tout par des mots de passe, c’t’idiot-là. Vive la parano !

C’était l’hôpital qui se moquait de la charité. Deux heures plus tôt, Chase n’avait pas du tout été « c’t’idiot-là » pour Abban. Sa main était remontée le long du bras du mentaliste, puis il avait quitté son tabouret de bar pour s’approcher un peu plus de lui. À peine s’il ne s’était pas lové dans ses bras sous les yeux de sa sœur. Mais c’était pour le bien de la diversion, n’est-ce pas ? Pour la bien de la diversion, aussi, qu’il avait posé sa main sur la cuisse de Chase et murmuré à son oreille des paroles évocatrices.

Évidemment, Aishlinn avait eu l’air de faire la tête pendant tout le trajet de retour et il régnait désormais dans l’appartement de Fremont Street une atmosphère pour le moins glacial. Mais, obnubilé par l’idée de savoir si oui ou non Chase avait un petit ami, Abban se préoccupait désormais surtout d’essayer des mots de passe au hasard dans le téléphone, sans aucun succès. Se mettre dans la tête d’un informaticien de génie qu’il ne connaissait pas vraiment, ce n’était pas un exercice facile.

— Dans les magazines, j’ai vu qu’il sortait avec une avocate, Josy je sais plus trop quoi. Franchement, si c’type-là est hétéro, moi, j’suis Jésus-Christ.

Sous-entendu : « il m’a dévoré du regard comme un chien un poulet rôti ». Et Abban n’exagérait pas. Il fallait dire que lorsqu’il rentrait dans l’un de ces bars, il passait rarement inaperçu. Certains caristes mal élevés de la famille Lane avaient beau lui trouver un air « trop minet », il était plus que populaire auprès de la gente masculine mieux disposée — et de la gente féminine, mais tout de suite, ça l’intéressait beaucoup moins.

Un peu mécontent d’être délaissé, Ashan, sur ses genoux, se roula sur le dos pour réclamer des caresses. D’une main distraite, Abban gratouilla le ventre du chat, avant de laisser le téléphone tomber sur le canapé, de frustration. Très contrarié, il déclara :

— Ça sert à rien, c’est trop nul.

Ce ne fut qu’une fois rendu à lui-même qu’il jeta un regard un peu craintif à sa sœur, à côté de lui.

— Quoi ?

Il ne se sentait pas très à l’aise : la tempête arrivait.

— J’te signale que c’est toi qui m’a demandé d’le draguer !

Ce n’était pas tout à fait exact, mais on pouvait toujours tenter sa chance, non ? Et puis Abban avait un peu de mal à être crédible dans le rôle de la pauvre victime innocente, dans la mesure où, quand ils avaient quitté le bar pour laisser Chase en plan, il n’avait pu s’empêcher de se retourner pour jeter un regard au mentaliste. À ses yeux, il eût probablement été encore plus intéressant de mettre un Neutron-Grey dans son lit que de lui voler un objet quelconque.

— J’ai jamais fait qu’obéir.

Très tactilement et avec le sourire, dans le genre auxiliaire contraint et forcé, on avait vu mieux.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 2:09 Message
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Affalée sur une autre partie du canapé, les jambes repliées et Abline sur le ventre, Aishlinn prenait sur elle depuis plusieurs minutes. Ce qui se traduisait par une tête sans le moindre sourire et le regard un peu mauvais. Ils devaient seulement voler le téléphone de Neutron-Grey, Abban n’était pas supposé prendre un plaisir particulier en le draguant. Elle avait d’ailleurs oublié de lui rappeler qu’un autre magazine, quelques jours plus tard, avait prêté une relation de couple entre Chase et un autre gars. En même temps, vu le bar où il l’avait trouvé, peu de chances de douter des penchants de NG.

_ Juste obéit ?

Elle balança son pied dans une cuisse de son frère, pas trop fort quand même. Les deux chats s’envolèrent presque aussitôt. Ces humains ! Toujours là pour les déranger quand ils sont tranquillement posés dans un coin.

_ Et c’tait aussi pour obéir que tu t’es senti obligé d't'retourner vers lui avant d'partir ?

Voler le téléphone d’un mec super connu, avec de super pouvoirs, c’était supposé être marrant, pas virer au drame familial à cause de l’autre, là, avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus et sa tronche de gamin. Le pire c’était qu’elle avait adhéré à tout ça, à condition que ça reste professionnel. Elle avait presque failli en louper son vol tellement Abban avait été convaincant. Bien trop convaincant. C’était d’autant plus flippant parce que, justement, c’était une Neutron-Grey. Comment elle était supposée rivaliser avec un type comme ça qui avait l’argent, le pouvoir et une vie trépidante si on en croit les médias ?

_ Sans dec’ !

Ca l’énervait vraiment. Ca l’énervait toujours. Déraisonnablement. C’était le problème des jumeaux, de leur duo – peut-être aussi des autres mais elle se foutait des autres – tout était amplifié, plus fort. Elle l’aimait déraisonnablement, elle le détestait de la même manière pour des broutilles. Jouer sur sa possessivité attirait forcément ses foudres, elle n’y pouvait rien à chaque fois elle se sentait abandonnée. Dans un mouvement sec, elle se releva, traversa la table basse, sans s’ennuyer à la contourner, pour suivre le chemin le plus droit menant à la cuisine. Une canette de soda dans les mains, elle fut de retour dans le salon, un doigt accusateur en direction de son frère.

_ T'sais quoi, s’il t'plaît tant qu'ça, t'peux toujours l’appeler. Ah, non, en fait son téléphone est là !

Personne ne lui demandait d’être mature quand il s’agissait d’en vouloir à son frère. Elle retrouvait facilement ses 5 ans et demi dans ces instants. Elle alla attraper son propre téléphone, de sa main libre, pour en faire le tour de son répertoire.

_ Mais, en même temps, t'sais où l'trouver alors, j'devrais p'être organiser ma soirée différemment.

Ce n’était pas très réglo venant de sa part de sous-entendre qu’elle allait passer la soirée dehors. On n’en était pas à ce moment-là mais, tout pouvait s’organiser à l’avance.

_ Puis vu qu’il a l’air d't'plaire tant que ça, j'suppose qu'c’est pas la peine que j'rentre c'tte nuit.

Menace extrême dans son cas. Aishlinn ne découchait jamais, elle pouvait rentrer très tôt le matin mais, jamais elle ne dormait quelque part d’autre que cet appartement. Ou, si c’était ailleurs, c’est que son autre moitié était avec elle. La jumelle n’avait pas relevé les yeux vers Abban lors de cette réponse qui, de toute façon, n’était qu’une menace en l’air. Le regarder aurait été un aveu de ce mensonge. Inutile de le faire.

On venait de sonner à leur porte ce qui était plutôt étonnant en réalité, a priori, ils n’attendaient personne. Elle balança son portable sur la table basse et posa son coca dans la foulée avant d’aller jusqu’à la porte d’entrée et de l’ouvrir.

Surprise.

Aishlinn tomba nez à nez… Nez à cou ? Bref… Elle tomba sur Chase Neutron-Grey ce qui, fatalement, n’était pas bon signe. Abban ne lui aurait quand même pas glissé leur adresse ? Non, il ne pouvait pas avoir fait ça. ne sachant pas comment réagir, Aishlinn fit la première chose qui lui passa par la tête avant que l’intrus n’ouvre la bouche : elle pointa du doigt l’appartement à côté.

_ Sarah Connor, c’est à côté.

Bref sourire et elle commença à refaire la porte pour lui claquer au nez. Une envie plutôt entêtante qui, soudainement ne lui disait trop rien. Elle avait donc suspendu son geste, laissa la porte ouverte et, par la même occasion, elle s’était même poussé pour le laisser entrer s’il le voulait. Ashan et Abline faisaient déjà le dos rond, à feuler dans tous les sens, ne comprenant certainement pas pourquoi quelqu’un avait besoin d’ouvrir la porte pour entrer, forcément, c’était mauvais signe.

_ Mon cœur, j'crois qu’on a un problème

Paroles qui, évidemment, restaient dans un langage qui n’appartenait qu’à eux et que personne n’avait encore trouvé bon de recenser.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 10:54 Message
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— Espèce de petit…
— Quoi ?

Le remplaçant d’Abban, qui tentait désespérément de capter l’attention du célèbre Chase Neutron-Grey depuis cinq bonnes minutes et à qui Chase adressait des sourires un peu distraits et des baisers peu enthousiastes, mesurait de plus en plus l’ampleur de sa déconvenue. Quand il avait vu l’Irlandais à la gueule d’ange qui avait attiré soixante-dix pour cent du regard du bar à son entrée et quatre-vingt-dix à sa sortie, il s’était décidé à tenter sa chance, mais passer après Abban était un exercice un peu difficile.

— Écoute, mon mignon…
— « Mon mignon ? »
— Euh…
— Mais quelle soirée pourrie, franchement.
— Dis donc…

Chase fixa son partenaire désormais beaucoup trop insistant à son goût et lui insuffla une soudaine envie d’aller aux toilettes. L’homme rougit, bafouilla une excuse lamentable et se précipita vers l’une des deux portes « messieurs » — on ne comptait pas accueillir beaucoup de dames, dans cet établissement. Chase vérifia pour la quatrième fois ses poches, avant de pousser un soupir et de sortir du bar avec un air furibond. Étrangement, quand il avait l’air furibond, lui, personne ne s’écartait de son passage.

Après avoir joué des coudes, le mentaliste se retrouva à l’air libre. Toucher à son portable, c’était un peu comme l’amputer d’un bras sans prévenir : c’était très impoli. Et puis, il s’inquiétait un peu pour ses données. Abban n’avait pas franchement eu l’air d’un petit génie de l’informatique, mais ce n’était pas ce qui manquait à Star City et Chase, en bon joueur d’échecs, commençait par envisager le pire : qu’on lui avait volé son téléphone pour télécharger indument une partie des dossiers sur lesquels il travaillait, à l’UNISON, et qui y étaient contenus.

L’Américain parcourut à grands pas l’avenue principale, pour trouver une ruelle plus isolée, où il s’adossa à un mur, ferma les yeux et se mit à fouiller la ville. Rien que cela. L’exercice n’était pas aisé mais, depuis quelque temps, et comme il en avait convenu avec Tesla, il exerçait sans faiblir tous les aspects de ses pouvoirs et la lecture d’esprits à grande échelle était la base de son nouvel entraînement. Du reste, il cherchait quelque chose de précis : la signature psychique d’Abban, dont il se souvenait fort bien. Encore un esprit qu’il regrettait de ne pas avoir sondé par principe, celui-là.

Plus il s’éloignait de sa propre position, puis les données étaient éparses : clairs comme un livre bien imprimé, les esprits autour de lui n’avaient rien à voir avec les ombres rapides qu’il passait sans un arrêt, à mesure qu’il progressait vers Abban. S’il l’avait voulu, il aurait sans doute pu lire n’importe quel esprit à la ronde. Mais le temps pressait. Il était même déjà trop tard. Son charmant voleur pouvait très bien avoir déjà revendu le précieux téléphone.

Il finit par le trouver. Ce n’était pas la porte à côté. En plein district est, sur Fremont Street. Décidément, tous les ennuis venaient de là-bas. Chase regagna l’avenue, capta l’esprit d’un chauffeur de taxi, s’engouffra dans le véhicule et donna l’adresse. L’homme protesta.

— Vous êtes fou ou quoi ? J’vais pas là-bas, moi ! C’est un coup à se faire voler la recette de la soirée.
— On va à Fremont Street.

Le chauffeur répéta d’une voix un peu lointaine :

— On va à Fremont Street.

Et la voiture démarra. Ce soir-là, Yuri, conducteur d’ordinaire très prudent, ne prêta pas grande attention aux limitations de vitesse. Et, une heure plus tard, quand il constata qu’il se trouvait garé à quelques rues de la place du Centenaire, il eut quelques difficultés à reconstituer le fil de sa soirée. Pendant ce temps-là, Chase remontait Fremont Street, et les dealeurs qui s’approchaient de lui pour lui vendre un peu de coke ou le soulager de son portefeuille avaient de brusques et inexplicables moments d’absence.

Devant la porte d’Abban, Chase eut un moment d’arrêt. Il n’était pas seul et… Tiens, c’était inédit, cela, pour lui. De si près tout du moins. Deux présences mentales si semblables, difficiles à différencier. Il n’avait pas prêté la moindre attention à Aishlinn, derrière lui, dans le club, et ce ne fut que lorsque la jeune femme ouvrit la porte, après qu’il eut sonné, qu’il comprit à quoi il avait affaire.

La plaisanterie de la mutante fut accueillie d’un glacial :

— Très drôle.

Pourtant, c’était tout à fait ses références à lui aussi, mais il n’avait pas d’humeur à rire. Il passa le pas de la porte, qui se referma d’elle-même derrière lui dans un claquement. D’un doigt, il désigna le téléphone. Replia le doigt. Et l’appareil vola jusqu’à sa paume.

— Ça, c’est à moi, merci.

Derrière lui, les verrous de la porte se refermaient un à un. Récupérer son téléphone, c’était une chose. Savoir ce qu’ils en avaient fait dans l’intervalle était beaucoup plus important encore. Rapidement, il passa dans les pensées d’Aishlinn, dans les pensées d’Abban et laissa échapper un soupir. Des étrangers. Génial. Un jour, il allait vraiment devoir prendre des cours de linguistique.

— Et maintenant, on va discuter. Au premier mouvement suspect, je vous fais un lavage de cerveau.

Ashan et Abline, eux, s’étaient prudemment réfugiés sous le canapé et guettaient en ronronnant nerveusement le départ de cet envahisseur.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 11:14 Message
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— Bah p’t’être que j’le f’rai, ouais !

Abban agita de nouveau le téléphone d’un air vindicatif. Il avait tout de même le droit de sourire aux garçons, non ? Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire, à Aishlinn ? Quand elle, elle souriait aux garçons, c’était très différent, parce que le seul garçon de sa vie, c’était lui. Mais elle, elle était une fille et, et… Tout cela était parfaitement logique et, une fois de plus, Abban était outré par la réaction disproportionnée de sa sœur.

— C’est bon, j’lui ai pas roulé un patin non plus !

De toute évidence, cela dit, ce n’était pas l’envie qui lui en avait manqué. Cela dit, dès que sa jumelle évoqua la possibilité de lui fausser compagnie, Abban pâlit à vue d’œil, se calma aussi sec et, d’un ton beaucoup, beaucoup plus diplomate, il murmura :

— Non mais c’est bon, j’m’en fous, aller, quoi, reste…

De toute façon, il se voyait mal revenir dans le bar et proposer à Chase, qui devait s’être rendu compte de l’absence de son téléphone, une petite partie de jambes à l’air pour célébrer tout ça. Il prévoyait surtout de ne plus jamais approcher le Neutron-Grey : c’était sans doute beaucoup, beaucoup plus prudent. Sans doute qu’il avait les moyens de s’en racheter dix, des comme ça, de téléphones — même si des comme ça, justement, Abban n’en avait jamais vus nulle part ailleurs — mais il était peut-être chatouilleux sur la question de la propriété privée. Mieux valait ne pas tenter le diable.

— Tu veux qu’j’te fasse un soufflé ? J’te fais un soufflé, pour me faire pardonner, vas-y, tu vas voir, ce sera super bon et… et…

Abban était à court d’arguments, mais pour donner plus de poids à sa tentative de corruption, il s’était téléporté dans la cuisine, c’est-à-dire deux mètres plus loin. Alors qu’il tentait toujours de capter le regard d’Aishlinn, la sonnerie retentit et les jumeaux se figèrent. Leur appartement n’était pas exactement le lieu des réceptions mondaines à Star City et, jusqu’à présent, ils n’avaient jamais eu de visites. C’était d’ailleurs très bien comme cela.

Après avoir échangé (enfin) un regard avec sa jumelle, Abban tira un couteau, prêt à égorger celui qui viendrait faire du mal à la belle Aishlinn. Mais quand Chase pénétra dans l’appartement, il se contenta d’ouvrir la bouche. Puis des yeux ronds. Eux, on ne les prenait pas en filature, merci bien, ils savaient y faire. Abban sursauta quand la porte claqua, quand le téléphone vola dans la main de Chase et quand les verrous se refermèrent. Ce n’était pas les verrous qui allaient les retenir mais, visiblement, ce n’était pas la distance qui retenait Chase non plus.

L’Irlandais déglutit péniblement. Ils avaient bien lu, tous les deux, les articles sur le super-héros, dans les journaux, mais les journaux ne donnaient jamais de détails très précis sur ses pouvoirs, alors tout ce qu’il savait, c’était qu’il était « mentaliste » et, franchement, pour eux, l’indication était plutôt vague. Par exemple, Abban n’avait pas prévu que « mentaliste », ça permettait de faire voler des téléphones, ni que « mentaliste », ça vous retrouvait sur des kilomètres.

— Euh… Salut. On allait faire un soufflé, si des fois t’as faim…

C’était bien comme cela qu’on amadouait les fauves, dans les zoos, en leur jetant à manger, non ? Parce que soudainement, Chase avec ses cheveux blonds, ses yeux rêveurs et son joli petit cul (dixit Abban) n’avait plus l’air aussi angélique que deux heures plus tôt, dans le bar. Conscient cependant que cette tactique risquait de ne pas porter ses fruits, Abban entreprit d’utiliser une arme qui avait plutôt bien marché un peu plus tôt dans la soirée.

Il esquissa un ravissant sourire d’excuses.

— T’sais, pour ton téléphone, c’était pour s’amuser, surtout.

En parlant, il avait une étrange sensation de migraine et l’impression qu’on grattait à l’intérieur de son esprit. Il jeta un regard à Aishlinn, persuadé que Chase était déjà en train de découvrir ses secrets les plus intimes, comme la fois où il avait écrasé par mégarde le pied de sa sœur, quand ils avaient tenté de s’initier à la valse viennoise.

— C’tait un peu bête, sans doute, mais ‘fin, tu vois, c’tait pas méchant, on est pas méchants, nous.

Abban leva de grands yeux presque larmoyants vers Chase. Une arme d’apitoiement massif. À côté, même Abline, qui excellait dans le domaine quand des croquettes étaient en jeu, pouvait aller prendre des cours. Le jeune homme contourna l’ilot de la cuisine pour s’approcher de Chase et désigna d’un grand geste circulaire l’appartement.

— Franchement, t’as vu où on crèche ? C’pas comme si c’était notre grosse source de revenus, de piquer du matos aux gens.

L’appartement était certes un peu au-dessus de leurs moyens officiels, mais il était aussi très en dessous de leurs moyens officieux. Il fallait dire qu’une partie considérable de leurs bénéfices passait dans les tables gastronomiques les plus réputées et les plus coûteuses de la région et dans des divertissements variés. Tant que Chase ne jetait pas un coup d’œil à la télévision hors de prix dans la chambre et à leurs collections de consoles, bref, tant qu’il restait dans le salon, le mensonge serait sans doute assez crédible.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 15:51 Message
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Un soufflé. Ça c’était de l’argument horrible parce que tentant. Aishlinn aurait probablement étudié la question, en faisant semblant d’hésiter pour la forme avant d’accepter de mauvaises grâces – toujours en faisant semblant. Si elle était capable de s’énerver très vite, très fort, elle pouvait tout aussi bien faire le contraire de la même manière. Un soufflé, c’était la promesse de rester ensemble pour la soirée, c’était bien. Si seulement on n’était pas venus les déranger.

Un invité qui, en plus de ne pas avoir d’humour, fit une démonstration de force. Aishlinn eut le même sursaut que son jumeau parce que, en réalité, ce fut la première fois qu’elle entendit la porte se claquer. Chase avait récupéré son téléphone alors, il pouvait repartir, non ? Non, au lieu de ça, Monsieur ne trouva rien de mieux à faire que verrouiller la porte, sans même les toucher. Aishlinn regarda les verrous se refermer un à un. Si elle n’avait pas été impressionnée par ce petit tour, elle en aurait sûrement souri. Enfermer les jumeaux chez eux ? Comme si ça pouvait les empêcher de partir.

Aishlinn alla retrouver une place auprès d’Abban, se déplaçant doucement, limite les mains en évidence pour prouver que ce n’était pas un geste suspect, hors de question qu’elle reste loin de son jumeau dans de pareilles circonstances. Si ça dérapait, elle voulait pouvoir passer à l’étage inférieure et, si besoin, embarquer son jumeau avec elle. Enfin, lui pourrait se téléporter mais, il fallait bien coordonner ces actions, ils n’étaient pas encore télépathes eux. Quoique, vu la manière dont ils étaient capables de se comprendre, on pouvait se poser la question.

Un lavage de cerveau, c’était flippant comme moyen de pression parce qu’Aishlinn voulait bien oublier beaucoup de choses mais sûrement pas son jumeau. Elle se gratta la tempe, en croisant le regard de son frère. Est-ce que Chase était déjà en train de leur laver le cerveau ? Un instant, elle paniqua. Depuis quand avoir un couteau dans la main était considéré comme un mouvement suspect ? Aishlinn essaya de penser à la recette du soufflé, les rudiments élémentaires pour ne pas le foirer et qu’il se dégonfle lamentablement en le sortant du four.

Quand Abban négocia par des sourires et des yeux larmoyants, elle ne trouva même pas la force de lui en vouloir. Son charme avait agi dans le bar, revenir aux sources était sûrement la meilleure solution. A ces côtés, elle hocha vivement la tête. Oui ce n’était que pour s’amuser et c’était probablement stupide. Elle secoua vivement la tête. Non, ils n’étaient pas méchants. Elle hocha vivement la tête. Oui, ils étaient des pauvres malheureux dans un appartement presque pourri. Tout ça avec un air des plus innocents sur le visage.

_ D’t’façon, tu l’as récupéré maintenant, alors c’est bon

Non ? Parce que si tout le monde pouvait en rester là, ça serait bien. Ils retourneraient à leur soufflé, Chase à ses trucs de mentaliste ailleurs. La vie serait parfaite et puis voilà.

_ Puis, c’truc, c’’rop compliqué pour nous d’t’façon.

Mais les jeux, eux, ils étaient cool. Une ou deux images durent d’ailleurs passer dans son esprit à ce propos. Impossible de ne pas penser, en fait. Elle aurait quand même trouvé bien d’essayer de fouiller dedans, juste pour voir ce qui s’y trouvait. La curiosité était un vilain défaut mais, qui allait lui faire la morale ? Pas son jumeau, encore moins ses chats. D’ailleurs, les pauvres ne décollaient pas de sous le canapé.

_ D’coup, il n’y a pas grand-chose à en dire.

Sous-entendu : personne ne le retenait, il pouvait partir maintenant qu’il avait son téléphone. Lui proposer une nouvelle fois le partage d’un soufflé était hors de question. Abban finirait par trop baver sur Chase, ça finirait par l’énerver et ce n’était pas le plan qu’elle avait prévu pour sa soirée. Elle pencha un peu la tête pour regarder la porte d’entrée (ou de sortie, au choix).

_ T’sais, c’n’était pas l’peine d’nous enfermer chez nous.

Techniquement c’était Chase qui s’était incrusté chez eux donc, à lui d’en partir. Ca semblait logique. Puis comme ce n’était pas des verrous qui allaient les retenir. D’un autre côté, le mentaliste n’était pas censé le savoir. Il était quand même particulièrement désagréable de se faire enfermer dans son propre appartement, lieu qui est supposé être sécuritaire. Pas étonnant que personne ne venait jamais ici, quand c’était le cas, voilà ce que ça donnait.

_ On n’comptait pas vraiment en partir.

Allez Chase, il fallait savoir être bon joueur après tout et comprendre que, même en étant un Neutron-Grey, il était possible de se faire avoir.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 16:34 Message
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Il fallait le comprendre. Depuis quelques années, Chase vivait entouré de génies criminels, d’extraterrestres bien décidés à envahir la Terre, de mages plus ou moins loches et de mafieux prêts à tout pour se venger des déconvenues que Charlie et lui leur avaient fait subir. Concevoir qu’il y avait, dans ce monde qu’il connaissait encore bien mal dans lequel évoluait Lukaz, des gens qui pussent voler pour le simple plaisir du geste et qu’il constituait un défi comparable à tel ou tel sommet pour un alpiniste chevronné, ce n’était pas pour lui un réflexe.

Pourtant, s’il avait été moins inquiet de ce que les jumeaux avaient pu fabriquer avec les données de son téléphone, il aurait vu sans peine que leur sens du défi avait beaucoup à voir avec celui qui le guidait dans ses hackings. Après tout, il avait commencé à percer des sécurités informatiques bien avant de travailler pour l’UNISON et cela n’avait jamais été ni pour sauver la veuve et l’orphelin, ni pour mettre à exécution un quelconque plan machiavélique. Juste pour tester ses limites, pour parader sur les forums underground et pour se faire un nom.

Mais pour l’heure, il essayait juste de donner un peu sens à ce charabia innommable dans lequel nageaient les deux cerveaux des jumeaux et ils ne lui facilitaient pas la tâche, ces deux-là. Entre Abban qui déployait des sourires auxquels il était difficile de rester insensible et Aishlinn qui pensait successivement à des jeux, à des recettes de cuisine et à toutes sortes d’autres choses, Chase avait juste envie de leur endormir sur le champ pour pouvoir les explorer plus à son aise.

— Vous vous amusez en vous en prenant à des agents de l’UNISON ?

Chase était tout de même perplexe. Mais force était de constater que l’appartement ne donnait pas l’impression de la parfaite opulence des cambrioleurs d’exception qui subtilisaient des objets cruciaux à des personnes très dangereuses pour des employeurs obscurs. En fait, le mentaliste avait un peu l’impression d’être de retour dans la maison d’Ellis et d’avoir affaire à un Bobby dédoublé, en beaucoup, beaucoup plus mignon.

— Vous avez de la chance d’être tombés sur moi, il y en a de moins conciliants.

Ce qui n’était pas tout à fait faux, certes, mais d’un autre côté, Chase ne voyait pas quel agent de l’UNISON eût pris des mesures plus drastiques que les siennes. Certains particulièrement zélés auraient probablement arrêté ou tenter d’arrêter les jumeaux, mais pour un vol de téléphone, les deux Irlandais ne passeraient probablement qu’une petite soirée en cellule avant d’être relâchés dans la nature.

Peut-être que ça ne leur ferait pas de mal, cela dit. Chase posa le regard sur Aishlinn.

— Je ne comptais pas vous séquestrer indéfiniment non plus.

Il n’empêchait que l’assurance (relative) des jumeaux l’intriguait quelque peu. Ils n’étaient certes pas très à leur aise, mais le mouvement de la porte et des verrous, Chase l’avait bien senti, ne leur avait fait ni chaud ni froid. Le mentaliste plissa les yeux et, à défaut de pouvoir lire les pensées des deux zigotos, tenter de récupérer quelques souvenirs récents. Il ne tarda pas à comprendre que toute tentative de les retenir physiquement était vouée à pure perte.

— Je vois. Vous êtes très innocents mais vous avez beaucoup de métier. C’est parce que vous avez besoin de vous amuser beaucoup, c’est ça ?

Chase avait du mal à contenir un petit sourire. Les souvenirs immédiats des jumeaux lui avaient finalement confirmé que son téléphone n’était passé par aucune autres mains que les leurs et, maintenant qu’il en savait plus sur leurs pouvoirs respectifs, à défaut de bien saisir leur manière de penser, il ne pouvait s’empêcher d’être intrigué. Intrigué et certainement pas désintéressé.

Depuis quelque temps, Chase était de plus en plus préoccupé par la fameuse Pierre de Lune et la sensation que Jack et Tesla feraient tout pour le priver durablement d’un semblable pouvoir. D’ordinaire, il songeait que les précautions prises par sa famille étaient tout à fait raisonnables, mais il lui arrivait de songer aux moyens de s’approprier la Pierre, pour être libre d’en user comme bon lui semblait.

Tout seul, il ne risquait pas de venir à bout des systèmes de sécurité de Tesla et de ceux du Bigsby Building, plus généralement. Il fallait les empreintes de sa sœur pour ouvrir les portes du laboratoire et, une fois qu’on y avait pénétré, il fallait encore convaincre ALEX de sortir la Pierre de Lune de son réceptacle. Tout bon hackeur qu’il était, il était certain de ne pas parvenir à ces prouesses-là et, évidemment, ses pouvoirs de mentaliste ne lui servaient pas à grand-chose dans cette situation.

Mais si on n’avait pas besoin de passer à travers les portes, évidemment, les choses étaient bien différentes… D’une voix pensive, Chase finit par reprendre la parole :

— Quoi qu’il en soit, vous avez toujours une dette envers moi. Ne serait-ce que pour le dérangement.

Il jeta un coup d’œil à Abban.

— Et la frustration.

Ça, maintenant qu’il les tenait, il ne comptait pas les laisser s’en tirer à si bon compte.

— Je crois que je veux bien du soufflé, en fait.

Ses yeux revinrent vers Aishlinn.

— Puisque personne ne va nulle part, c’est parfait, on a tout notre temps pour discuter.

C’était ce qui s’appelait s’incruster en beauté.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 16:53 Message
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Abban avait un peu craint que ses nouveaux sourires ne déclenchassent une nouvelle vague de colère de la part d’Aishlinn, mais fort heureusement, pour une fois, sa sœur n’avait pas l’air de lui en vouloir. Ce qui ne voulait certes pas dire qu’elle ne lui reprocherait pas une nouvelle fois de s’être montré trop zélé, quand Chase serait parti (parce qu’il allait bien finir par partir, tout de même), mais pour l’heure, l’entente était revenue et les jumeaux, réfugiés l’un près de l’autre, offraient tous les signes de bonne volonté possible à leur envahissant visiteur.

Pour se prémunir contre un éventuel assaut télépathique, et sans vraiment savoir si ce serait très efficace, Abban avait entrepris de réciter en boucle dans son esprit le programme du cinéma pour cette semaine-là, avec les horaires et les tarifs des séances pour les différentes catégories. Il avait tout de même l’impression qu’on fouillait dans sa tête, mais c’était peut-être quand on pensait à ne pas se gratter un bouton de moustique et que, du coup, le bouton de moustique se mettait à gratter horriblement. Difficile à savoir.

Quoi qu’il en fût, si Abban, quelques heures plus tôt, n’aurait rien eu contre une exploration plus en profondeur de la personnalité complexe de Chase Neutron-Grey, il commençait à trouver le mentaliste un tantinet désagréable. Ils étaient tout de même chez eux, ici, et maintenant qu’il avait récupéré son téléphone, il pouvait les laisser réfléchir au moyen d’assurer plus efficacement leur sécurité à l’avenir, non ?

— Hé, une dette, ‘faut pas exagérer, non plus…

Si tous les mecs à qui ils avaient volé un téléphone ou une voiture s’amusaient à débarquer chez eux pour leur parler de dettes, ils passeraient leur vie à faire les quatre volontés de tous les pigeons de Star City. Cela dit, le pigeon du moment avait un petit air d’aigle qui n’était pas pour inspirer confiance, si bien qu’Abban concéda diplomatiquement :

— On est vachement, vachement désolé, tu sais, mec. On pensait pas qu’ça t’foutrait en p’lote comme ça.

Cela dit, Abban ne put s’empêcher un petit sourire satisfait quand Chase évoqua sa frustration. Le numéro de tueur du mentaliste lui avait durablement coupé l’envie de faire des galipettes avec lui, mais tous les compliments étaient bons à prendre. Il jeta tout de même un coup d’œil à sa jumelle, pour vérifier qu’elle ne comptait pas essayer de les tuer, l’un ou l’autre, pour ce bref échange.

Pendant ce temps, Chase continuait à s’imposer. Il fallait croire que chez les Neutron-Grey, on n’apprenait pas les règes les plus élémentaires de savoir-vivre. Pas vraiment rassuré à l’idée de garder un mutant comme cela plus de cinq minutes chez lui, Abban avait cependant parfaitement conscience qu’on ne lui laissait pas particulièrement le choix. À tout hasard, en posant les yeux sur Chase, il tenta :

— Non mais en fait, tu sais, mon beau, j’suis pas super sûr qu’il nous reste assez de farine.

En même temps, il essaya de ne pas penser aux trois paquets de farine rangés dans le placard. En pure perte. Il finit par secouer la tête et pousser un soupir.

— Bon, ben vas-y, fais comme chez toi…

Avant de rajouter, dans une langue que seule sa sœur pouvait comprendre, et à voix très basse :

Pas comme si on pouvait t’empêcher d’façons.

Plus très enchanté d’avoir rencontré Chase Neutron-Grey, de lui avoir palpé les cuisses et de lui avoir volé son téléphone, Abban se téléporta de nouveau dans la cuisine, ouvrit les placards et commença à sortir les ingrédients. Faire un soufflé pour quelqu’un qui les avait menacées de lobotomie express était curieusement moins agréable que de cuisiner pour sa sœur et, pendant une seconde, il se demanda s’il n’eût pas été possible d’empoisonner légèrement la préparation avec des produits ménagers pour se défaire de Chase.

À peine avait-il formé cette pensée dans son esprit que sa victime potentielle leva les yeux vers lui. Coïncidence ? Abban lui adressa son sourire le plus innocent possible en battant les œufs, sans savoir si sa sombre machination avait été ou non éventée. Pour détourner les soupçons de Chase, il entreprit de faire la conversation.

— Et du coup, là, t’es informaticien. Tu m’étonnes que ton téléphone ait cette gueule. Ça doit être un chouette métier. Puis pour l’UNISON, en plus.

Il n’en pensait pas un traître mot : il aurait préféré se tirer une balle dans le pied que de rester devant un ordinateur toute la sainte journée, mais il continuait à noyer Chase sous ses sourires les plus enjôleurs et ses regards les plus pétillants, tout en salant sa préparation et en jetant de fréquents regards à Aishlinn. Peut-être que s’il parvenait à capter suffisamment l’attention de Chase, sa jumelle pourrait essayer de l’assommer avec un objet contondant ?

À nouveau, en croisant le regard de Chase, il se demanda si le mentaliste avait percé à jour ses intentions. Décidément, c’était infernal, comme situation et Abban marchait à grands pas vers la crise de nerfs.

— Tu veux des lardons ? Dans l’soufflé, tu veux des lardons ? Parce qu’on a pas d’lardons, c’est dommage, hein. Aishlinn pourrait p’t’être aller acheter des lardons. C’est quand même meilleur avec des lardons. C’est bon les lardons. Non ?

Maintenant, Abban plaignait tous ceux qui devaient vivre quotidiennement avec un télépathe.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 18:08 Message
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Aishlinn eut beaucoup, beaucoup de mal à retenir un sourire à la première question de Chase. Sérieux, ils avaient volé Chase Neutron-Grey, grand mentaliste et agent de l’UNISON ! C’était définitivement trop cool. Elle se pinça les lèvres pour s’empêcher de sourire mais, l’action fut peu probante. Au moins, même sans lire dans les pensées, ça devait prouver qu’il était plus question d’amusement et de défi entre les jumeaux, que d’une attaque visée et préparée contre un agent.  Le vol était cool, les conséquences l’étaient beaucoup moins.

Répondre qu’ils ne savaient pas qui était Chase aurait été profondément stupide. Il était sûrement le type le plus connu de la ville et au-delà, le prendre pour un pigeon n’aurait pas été une bonne idée. Elle se contenta d’un haussement d’épaules à cette question qui, de toute façon, ne devait pas demander réellement de réponse. Et, encore heureux qu’il ne comptait pas les séquestrer indéfiniment, ils avaient une vie quand même ! Du coup, elle hocha la tête pour confirmer l’hypothèse de Chase. Oui, oui, ils étaient innocents, pas de soucis ! C’était évident, non ?

_ N’importe quoi !

Une exclamation qui se mêla à la réponse d’Abban concernant une dette. Et puis quoi encore ? Comme si les jumeaux allaient faire un truc pour un agent de l’UNISON, si quelqu’un l’apprenait, ils pouvaient faire une croix sur des contacts bien moins innocents qu’eux. Et la frustration de quoi ? Elle croisa le regard de son frère, plissant les yeux légèrement à son sourire à la noix ! Bien vas-y Abban, encourage-le ! Et puis l’intrus qui, de son côté, s’incrustait. Ben voyons… Aishlinn leva les yeux au ciel, laissant comprendre toute la joie qu’elle pouvait avoir à cette idée. Dans un sourire des plus ironiques, elle pointa son regard sur Chase.

_ Parfait !

Que le mentaliste soit capable de leur faire un lavage de cerveau ou pas, ne lui donnait aucun droit sur cet appartement. Ce qu’il s’accorda quand même alors, on ne pouvait pas exiger d’Aishlinn une parfaite bonne humeur à cette idée. D’ailleurs, elle n’avait pas accordé plus de sourire à son frère devant sa phrase qu’elle était la seule à comprendre. Résignée, elle se trouva dans la cuisine, contournant les murs (bien chiant d’ailleurs), pour allumer le four, histoire de le faire préchauffer. Les couteaux avaient un attrait soudain pour elle, sans savoir si elle comptait les utiliser sur Chase ou sur son jumeau qui, maintenant, se retrouvait à s’intéresser et flatter Chase. En fait, c’est son frère qu’elle avait le plus envie de viser (ce que, bien évidemment, elle ne ferait pas) quand il parla de l’envoyer aller chercher des lardons.

_ Tu sais, si tu veux rester seul avec lui, dis-le clairement !

Et là, Mademoiselle Mac Aoidh fut bien contente d’avoir contourné tous les meubles, contrairement à son frère qui, lui, avait préféré la téléportation. Du coup, elle prit son air des plus innocents, dans un sourire qu’elle ne servait généralement qu’à des gens qu’elle comptait entuber.

_ Tu iras bien plus vite que moi, tu sais ?

Puis il ne faudrait pas que Chase s’imagine les voir essayer de s’en sortir en prétextant une sortie. Moins de temps ça durerait, mieux ça serait, non ? Aishlinn avait le sourire le plus faussement angélique sur le visage en regardant son frère. Hors de question qu’elle le laisse tout seul avec Chase, le dévergondé qui s’offrait une relation différente toutes les semaines, dans la presse à scandale. Comme si les jumeaux étaient mieux à ce niveau-là… Mais, la question n’était pas là.

_ Puisque tu as l’air de tellement y tenir à tes lardons…

Sur quoi elle quitta la cuisine avant d’avoir réellement envie de lui mettre un coup de poêle à frire sur le coin de la tronche. Pas pour lui faire mal, hein, juste pour lui remettre les idées en place. Retour dans le salon, par un moyen normal, pour récupérer sa canette de coca. Son regard passa de ses chats à Chase et, sans vraiment le vouloir, elle imagina les deux terreurs sautées sur le télépathe à coup de griffes. L’idée la fit sourire et elle croisa le regard de Chase, auquel, elle répondit par un haussement d’épaules. Ben quoi ? C’était lui qui s’était incrusté après tout. Elle but une gorgée de sa canette et reporta son attention sur Chase.

_ Et, en fait, tu restes pourquoi ?

Aishlinn ne devait pas avoir gagné le point de courtoisie au passage de son permis de conduire, et elle aurait probablement une très mauvaise note si les jumeaux se lançaient dans l’une de ses émissions de cuisines, où les gens jugeaient également l’accueil.

_ Il n’y a pas de gens qui ont besoin de toi, j’sais pas, la fin du monde, toussa toussa

Puisque Monsieur était agent de l’UNISON, il avait sûrement mieux à faire que perdre son temps ici.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 18:51 Message
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Mais c’était qu’il le prenait vraiment pour un demeuré, l’autre, avec son soufflé ? Chase suivit Abban du regard, l’air un peu perplexe. Comme si faire la conversation allait lui faire oublier qu’il avait tenté de lui voler son téléphone et qu’il projetait de le tuer de plusieurs façons différentes ! Parce que Chase n’avait pas besoin de comprendre l’irlandais modifiait que les jumeaux baragouinaient dans leurs cerveaux pour saisir leurs intentions assassines, pas tout à fait sérieuses (du moins espérait-il).

Tandis qu’Abban essayait de l’intéresser à ses lardons, Chase secoua la tête, les bras croisés et lança, pour être entendu depuis la cuisine :

— Non mais c’était une façon de parler, le soufflé, hein.

La situation risquait d’en devenir un peu grotesque et ce n’était peut-être pas le contexte le plus approprié pour faire une proposition comme la sienne. D’autant plus que la tension ne cessait de montrer et, incapable de comprendre ce qui se tramait entre les jumeaux, plus incapable encore de ne faire ne fût-ce que le soupçonner, Chase mettait leur froideur respective sur le compte de sa présence. Braqués comme ils l’étaient, il ne serait pas facile de les convaincre de coopérer.

Le plus sage était encore de tenter d’apaiser un peu la situation. Pas gagné d’avance, avec la jeune fille qui semblait lui en vouloir particulièrement. Chase avait l’impression de retrouver certaines adolescentes particulièrement désagréables de sa jeunesse, mais, bien décidé à ne pas perdre son calme dans cette maison de fous, il s’assit en face d’Aishlinn, sourit et secoua la tête.

— Je ne sauve pas le monde, je ne suis qu’un informaticien, tu n’as pas entendu ton frère ?

Un simple informaticien qui traquait les gens à des kilomètres et les menaçait de sévices psychiques particulièrement odieux. Il était à peu près aussi innocent qu’eux, sur ce point-là.

— Je ne suis pas héros. Faut pas croire ce que disent les journaux.

(Une citation à ajouter à la liste, celle-là, tiens.) Chase ne mentait qu’à moitié : nombreuses étaient ses actions héroïques qui tenaient plus de malheureux concours de circonstances et de sa propension à se retrouver toujours au mauvais endroit au mauvais moment qu’à de réelles missions de l’UNISON. Son dernier exploit vraiment héroïque remontait à l’Invasion et c’était déjà quelques années auparavant. Sa vie professionnelle était ainsi beaucoup moins animée que celle des vrais agents de terrain de l’UNISON.

Le mentaliste se cala contre le dossier du canapé et fixa Aishlinn en silence. Ses pupilles frémirent un peu et il glissa dans l’esprit de la jeune fille :

* Et tu sais, pas la peine de contourner les murs en ma présence. Ce n’est pas comme si j’ignorais ton pouvoir. *

Voilà bien une pensée qu’elle ne pouvait pas partager intuitivement avec son frère. Pour éviter d’éveiller les soupçons d’Abban cependant et de le sentir se téléporter un couteau de boucher à la main parce qu’il ne les aurait plus entendus parler, Chase reprit la parole à voix haute et poursuivit :

— Vous avez des capacités intéressantes, je dois dire. Je ne me plains pas des miennes, évidemment, mais les vôtres ont des applications pour moi inédites. Pour ne pas avoir croisé le chemin de l’UNISON plus tôt, vous êtes ou très sages, ou très doués.

Ou nouveaux venus. Ou bien il y avait un dossier sur eux, quelque part dans les bureaux des enquêteurs de l’UNISON, qui étaient généralement surchargés d’affaires. À Star City, ce n’était pas les crimes extraordinaires qui manquaient et il était probable que les cambriolages sans victime de deux jeunes mutants étaient plutôt cédés aux malheureux services de police que traités par les autorités réellement compétentes en la matière.

Comme Chase commençait à cerner un peu la personnalité des jumeaux, il émit une troisième hypothèse bien désobligeante :

— Ou bien vous manquez tout simplement d’ambition.

Il avait dit cela d’un air désinvolte, en observant une nouvelle fois le salon et, après avoir laissé à Aishlinn le temps de protester, il continua sur sa lancée :

— Parce que moi, je connais un défi digne d’être relevé par des gens comme vous. Et si vous étiez décidés à voler autre chose que de vulgaires téléphones à des cibles faciles, vous pourriez vous mesurer à un défi de taille.

Avec défense laser, porte dimensionnelle et robots de surveillance à la clé, mais Chase préférait ne pas faire tout de suite le menu des protections du Bigsby Building, de peur d’effaroucher ses prudents hôtes.

— Je connais un immeuble, et dans cet immeuble, il y a quelque chose dont j’ai besoin et pour l’avoir, je suis prêt à payer un bon prix. En argent ou en matériel.

Ils ne rêvaient pas : le respectable Chase Neutron-Grey, agent de l’UNISON, super-héros de la ville, connu par son exemplaire probité (que personne n’avait vraiment songé à vérifier, il était vrai) venait de leur faire une proposition apparemment tout à fait illégale et sans beaucoup hésiter. Mais Chase se disait encore, lui, qu’il ne faisait qu’examiner toutes ses options. N’était-ce pas comme cela que procédaient les bons joueurs d’échecs ?
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 20:08 Message
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L’Irlandais resta bouche bée devant la réaction de sa sœur. Elle trouvait encore le moyen de lui faire des reproches ? Pour une fois, ses pensées n’avaient été qu’innocentes, il cherchait un moyen de la protéger, elle, contre la furie vindicative de ce psychopathe de mentaliste, et elle, elle revenait sur son dos avec cette histoire de sourires en trop. Abban avait une violente envie de l’étrangler comme dans les cartoons, pour lui apprendre un peu à le considérer avec un peu plus de respect.

Outré, il lui agita sa spatule sous le nez.

J’te signale qu’j’pourrais t’planter là avec lui, hein.

Ce n’était pas l’envie qui lui en manquait et s’il ne le faisait pas, d’abord, c’était parce que… Il manquait du sel dans sa préparation ! Voilà. Abban foudroya du regard sa sœur qui en rajoutait une couche à propos des lardons et quand Chase suggéra qu’ils n’en avaient pas besoin, le jeune homme finit par exploser et s’écria, en malaxant rageusement la pâte :

— Hé bah très bien, pas d’lardons, voilà, c’que vous pouvez être chiants, quand vous vous y mettez !

Un peu plus et l’on aurait dit qu’ils passaient la soirée ensemble toutes les semaines, au jour dit. Abban n’accorda pas un regard à sa sœur et la laissa faire la causette avec l’autre dégénéré dans leur salon, pendant qu’il suait sang et eau pour tirer Mademoiselle du pétrin dans lequel les idées de Mademoiselle l’avaient mis. Parce que lui, qu’on se le dise bien, n’était qu’une victime involontaire, un participant innocent, dans cette sombre histoire de téléphone et de lardons ! Et c’était toujours sur lui que ça retombait.

Le pauvre, pauvre Abban fourrait sa préparation de parmesan en ruminant ses sombres pensées. Cette fois-ci, Chase lui était tout à fait sorti de l’esprit. Il détestait quand Aishlinn faisait cela. Détestait quand elle était aussi injuste avec lui, alors qu’il ne faisait que penser à elle. Détestait quand elle était trop autoritaire, mais ça, il préférait de ne pas trop se l’avouer tout de même. Non mais il allait lui apprendre, lui, la différence entre son comportement exemplaire et un autre qui eût vraiment mérité des reproches.

Après avoir copieusement passé ses nerfs sur la pâte, versé la pâte avec haine dans un plat, enfoncé le plat avec hargne dans le four et s’être lavé les mains avec acrimonie au-dessus de l’évier, Abban se téléporta dans la cuisine avec un plan en tête. En effet, il reparut sur le même canapé que Chase, à côté de Chase, très à côté de Chase. Son regard noir fixé sur Aishlinn. Foi d’Irlandais, les reproches puérils de sa sœur allaient trouver à qui parler.

— Donc, tu veux nous proposer un contrat ?

Abban fixait Chase tout sourire et ne s’interrompait guère que pour jeter de brefs regards à sa sœur, pour qu’elle fût tout à fait sûre que c’était de sa faute à elle si elle faisait cela. Et si Chase finissait par l’embarquer pour lui faire sauvagement l’amour dans son lit à baldaquins avec des barreaux en or, comme le gros richard qu’il était, Aishlinn ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même.

En parfaite incarnation de la maturité qu’il était, Abban glissa donc d’un ton flatteur :

— En fait, t’es pt’êt plus cool qu’on croyait.

Il avait discrètement étendu son bras sur le dossier du canapé, de sorte qu’il entourait presque les épaules de Chase.

— Parce qu’OK, on peut être honnête, maintenant, au début, on t’prenait pour une espèce de coincé. Faut dire, t’as pas l’air spécialement rock’n’roll, et tout…

C’était la technique de la douche écossaise, enfin, irlandaise. Après les critiques vinrent les compliments :

— Mais ton truc avec la porte, et le téléphone, ça, c’était super badass. Rien à voir avec des pouvoirs de gonzesse comme la téléportation…

Regard à Aishlinn.

— …ou l’intangibilité.

Prends ça dans les dents. Sans s’en rendre compte, Chase venait de perdre complètement l’attention des jumeaux, bien trop occupés à se faire la guerre entre eux pour écouter sa proposition de cambriolage. Parce qu’Abban ne s’intéressait pas vraiment à lui : il aurait pu être laid et pustuleux, le jeune homme s’en serait servi de la même manière, quoique avec sans doute moins d’enthousiasme. Ce qui comptait, c’était qu’Aishlinn le suppliât à genoux de la pardonner.

— En fait, t’as un côté un peu dark, quand tu fais ça, c’très…

Abban baissa la voix par un savant calcul.

— …séduisant.

Oh, il n’y allait pas par quatre chemins : c’était histoire qu’Aishlinn comprît bien ce qui lui arrivait. Pour un peu, il aurait renversé Chase sur le canapé et lui aurait arraché la chemise pour la secouer sous le nez de sa sœur en criant « nananananère ». Mais il avait bien trop peur du lavage de cerveau.

— En tout cas, t’es tombé sur la bonne personne.

Exit Aishlinn.

— J’peux me faufiler partout. Discret. Rapide. Personne me verra. Un peu… Comme un tigre dans la nuit.

Il avait eu des inspirations plus originales, mais il n’était pas en état de méditer une approche digne de ses véritables prouesses.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 22:47 Message
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Façon de parler ou pas, son soufflé il allait se le bouffer. Faut pas que déconner, non plus ! Et puis, dans la foulée, son frère allait finir par bouffer sa spatule aussi. Ok. Salon. Calme… Ou pas. Elle s’était crispée, légèrement en entendant son frère hurler à cause des lardons. Non, elle n’avait pas compris ce qu’il cherchait à faire, c’était évident qu’il voulait rester seul avec le mentaliste.

_ Informaticien, mouais, c’ça !

La presse racontait un tas de connerie mais pas que ça, en plus de dépendre de quel type de presse. C’est bon, elle avait lu ce truc qui parlait de salle de jeu dans le coin, d’ailleurs plein de gens en avaient parlé dans le coin. Sérieux, en plus ce type se la jouait faux modeste. Rien de plus énervant. D’un autre côté, rien ne pouvait être bien venant de sa part étant donné qu’il avait un intérêt pour son frère.

Surprise et vexée, elle posa un regard noir sur Chase quand une pensée passa dans sa tête. SA tête, à elle ! Non, mais il ne pouvait pas faire ça. Enfin si mais, la morale et tout ça, devait bien l’en empêcher, non ? Et comme il n’était pas question de la morale de la jumelle, elle pouvait se permettre de critiquer celle de Neutron-Grey, ici présent.  Parce que c’était quand même vachement perturbant d’avoir quelqu’un qui balance une phrase dans sa tête. Encore plus perturbante qu’elle était la seule à l’avoir parce qu’elle partageait tout avec Abban et que là, il avait été expulsé de la conversation sans même le savoir.

Elle le laissa faire tout son charabia sur ses capacités, les leurs à eux et manqua de s’étouffer avec son coca quand il estima qu’ils avaient un manque d’ambition. Heureusement qu’il était télépathe et qu’il les avait menacé d’un lavage de cerveau, sinon elle lui aurait bien fait avaler son téléphone portable. En le déposant directement dans son estomac. L’image lui avait sûrement traversé l’esprit.

_ C’pas parc’que t’sais fermer une porte et des verrous qu’t’connais nos vies.

Monsieur était mentaliste et il croyait déjà tout savoir, non mais n’importe quoi. Sa proposition, qui d’ordinaire l’aurait fait sauter au plafond en frappant frénétiquement des mains, ne le toucha absolument pas. Elle ne lui devait rien et il était hors de question de travailler pour lui. Ca donnerait l’occasion à Abban de passer plus de temps avec Chase ce que, évidemment, elle comptait éviter.

_ Laisse tomber, t’sais quoi, cet immeuble on s…

Pas le temps de finir sa phrase qu’Abban se retrouvait à côté de Chase. Heureusement, le pouvoir de la jumelle n’était pas de balancer des éclairs avec son regard sinon, il aurait déjà cramé sur place… 6 fois. Et voilà qu’il était en train de tartiner Chase avec des phrases et des petits sourires et que, en plus, il la narguait en la regardant presque à chaque fois. Aishlinn était en train de devenir folle, son frère était en train de lui échapper à cause d’un informaticien qui, avec beaucoup de mauvaise volonté, était des plus horribles. Abban était en train de la laisser tomber par un côté un peu Dark… Elle en aurait chialé si elle n’était pas aussi énervée.

La canette de soda qu’elle avait dans les mains commençait à connaitre les méfaits de sa colère. Ses doigts s’étaient resserrés dessus, jusqu’à la tordre un peu. Pas très solides ces petites choses. Et quand il commença à s’avancer sur la mission proposée par Chase, en l’esquivant, ce fut de trop. Elle balança sa canette de coca sur Chase (parce qu’elle n’allait pas la lancer sur Abban, quand même) qui, forcément prit une autre direction mais, elle s’en foutait. Son regard fut braqué sur Abban.

_ Mais à quoi tu joues là ?

Depuis quand Abban envisageait un vol de grande envergure sans elle ? Elle en avait les larmes aux yeux. Il était prêt à l’abandonner pour le premier venu.

_ T‘ propose un truc et toi tu sautes dessus ? Pendant qu’on’y’est, t’n’veux pas que j’vous laisse not’ chambre aussi ?

Elle avait l’impression qu’Abban était en train de lui échapper de manière monstrueuse et, bordel, c’était douloureux. Elle avait envie de hurler, de taper du pied, de virer l’abruti qui était à côté de son frère. Mais elle n’allait pas le laisser s’enfuir comme ça, ce n’était pas possible.

_ P’tain, il t’offre juste un vol alors qu’moi, c’toute une vie comme ça que j’t’propose.

Ok à l’écouter c’était un super immeuble, super compliqué mais ça ne changeait rien. C’était juste une fois. Abban devait juste lui donner un peu de temps pour qu’elle trouve des opportunités plus sportives et avec plus de défis. Ils venaient d’arriver, elle ne s’était pas fait tous les contacts qu’elle voulait mais, elle y travaillait, pour essayer de lui offrir ce qu’ils ont toujours voulu.

_ J’t’jure que j’essaye d’trouver mieux mais, y a tout à r’faire. Laisse-moi juste un peu d’temps mais…

Elle baissa les bras et donna l’impression de se ratatiner sur place.

_ Mais, t’n’peux pas m’abandonner

Elle avait complètement oublié la présence de Chase, elle s’en foutait. Tout ce qui comptait c’était Abban, parce que s’il acceptait un truc sans elle, il recommencerait encore et encore. Elle allait devenir quoi sans lui, hein ?
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 23:18 Message
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Non, Chase n’avait pas du tout un faible pour les mauvais garçons. Et il ne faisait pas du tout une fixation sur les cambrioleurs, à la vie si romanesque. Ce n’était pas du tout pour cette raison qu’il avala sa salive de travers quand Abban apparut collé contre lui, avec ses sourires, et sa délicieuse odeur de farine, et sa bouche sensuelle, et… L’Irlandais lui vantait son côté obscur et Chase ne se sentait pas obscur du tout, lui.

Pendant quelques secondes, il en oublia sa Pierre de Lune, ses plans mégalomanes et le Bigsby Building. La réalité se rappela à lui d’une manière bien désagréable. Une canette de coca rebondit sur son front, en l’aspergeant de soda. Comme il n’avait pas les super-réflexes d’Abban et que, précisément, il avait été absorbé par les beaux yeux d’Abban, comme par ailleurs sa télékinésie était somme toute une acquisition récente, il n’avait pas eu le réflexe de s’en faire un bouclier déflecteur et l’objet l’avait atteint comme une boule bowling un éléphant dans un couloir exigu.

C’en était fini de sa belle coiffure déstructurée, celle qu’il mettait une bonne heure à faire, quand il allait dans un club dans l’espoir d’y faire une belle rencontre. Le soda sucra dégoulinait de ses cheveux et de l’arrête de son nez et, un instant, le mentaliste le plus puissant du monde demeura interdit comme un bel idiot, sur le canapé des jumeaux qui l’ignoraient royalement. Son projet d’engager deux terribles criminels pour lui acquérir une puissance du commun venait apparemment de tomber à l’eau — ou au coca, plus exactement.

C’était la deuxième fois qu’il s’était laissé prendre, ce soir-là, au piège d’Abban et, pour quelqu’un qui, sans être une Tesla, était censé gravir beaucoup de barreaux sur l’échelle du Q.I., ce n’était pas très glorieux. Grand Maître International d’échecs, c’était une chose ; grand maître international de la perspicacité, en matière de garçons, c’en était une autre. Chase se décala prudemment sur le canapé pour éviter de se recevoir d’autres projectiles et, surtout, pour mettre un peu de distance entre Abban et lui.

Abban avait joué les cartes qu’il avait en main (quelle jolie main, d’ailleurs…) et Chase ne pouvait vraiment lui en vouloir. De toute façon, l’Américain était bien trop occupé à ruminer sa propre idiotie pour en vouloir à quiconque, si ce n’était, peut-être, à Aishlinn, dont la crise névrotique avait interrompu un moment somme toute agréable. Une crise dont Chase craignait de ne pas saisir tout à fait l’objet : il ne comprit pas un traitre mot des reproches que la jeune fille semblait adresser à celui qui était son frère et qu’elle traitait… comme un amant ? Il surnageait bien, parfois, un vague vocable d’anglais, mais qui à soi seul n’éclairait rien de son discours hystérique.

Machinalement, Chase tenta de cerner télépathiquement les émotions qui traversaient ses deux hôtes et le terme « conflictuelles » lui parut encore très loin de décrire la réalité. Aishlinn oscillait entre la rage pure et le désespoir complet, l’amour vibrant et la haine non moins intense et si Chase avait été un vrai psychologue, il l’eût fait interner d’office. Abban, lui, avait brutalement chuté d’une satisfaction revancharde à une culpabilité abyssale, sans se départir toutefois d’une irritation perçante et d’un fond mélancolique.

Chase voulait bien s’associer à des criminels pour récupérer la Pierre de Lune, mais il était absolument hors de question de confier le vol et le transport du précieux artefact à deux aliénés tout juste échappés de l’asile. Puisque personne ne faisait vraiment attention à lui, même plus les chats, qui s’étaient enfuis de sous le canapé dès le début de la dispute pour atteindre, dans une retraite qui leur était apparemment habituelle, le dessous du commode, le mentaliste recula progressivement vers la porte d’entrée, dont il ouvrit télékinétiquement les verrous, les uns après les autres, dans l’indifférence générale.

Lorsqu’il fut dans le couloir, il faillit rentrer dans une petite vieille.

— Dites donc, vous ne pourriez pas dire à vos amis de se calmer un peu ?
— Ce ne sont pas mes amis.
— Vous sortez de chez eux, non ?
— Longue histoire.
— Rien à foutre. C’est comme ça un soir sur deux. Je n’en peux plus, moi.
— Je comprends, Madame.
— Je ne vous connais pas, d’ailleurs ?

La dernière chose dont Chase avait besoin, c’était qu’on clamât partout que le cadet des Neutron-Grey rendait visite à des criminels dérangés sur Fremont Street. Il se fit donc très persuasif.

— Pas du tout. D’ailleurs, vous ne vous souvenez déjà plus de moi.
— Mais qu’est-ce qui est arrivé à vos cheveux ?

Chase, qui était déjà près de la cage d’escalier — parce que l’ascenseur, bien entendu, était en panne depuis dix ans — lança, sans se retourner :

— Rien du tout !

Et Mentalis qui avait traversé Fremont Street auréolé de colère repartit dans la nuit, aussi discrètement que possible.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 23:45 Message
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— Non mais t’es complètement cinglée !

S’époumona Abban, pour le plus grand désespoir de ses voisins, qui avaient cessé de se demander en quelle langue les Mac Aoidh se disputaient si régulièrement depuis bien des semaines désormais et en étaient réduits à prendre leur mal en patience. Quand on habitait Fremont Street, de toute façon, on ne comptait pas vraiment sur la quiétude du voisinage. Avec un peu de chance, les deux survoltés finiraient par faire une crise d’overdose ou s’entretuer et tout le monde pourrait recommencer à faire des nuits sereines.

— T’as failli m’éborgner avec ta canette à la con !

Pas un mot de compassion pour Chase qui suintait le soda par toutes les racines de ses cheveux, juste à côté de lui, sur le canapé. Pas un regard non plus. Aishlinn était en colère et c’était tout ce qu’Abban avait désiré. Bien sûr, il le regrettait déjà, mais en tout cas, cette réaction obtenue de sa jumelle, il avait cessé de se soucier de l’outil qui lui avait permis d’y parvenir et, pour lui, la prudente et perplexe retraite du mentaliste passa tout à fait inaperçue. On n’allait pas se soucier d’un inconnu quand on se déchirait avec soi-même.

— Franchement, ‘faut t’soigner la paranoïa, là, Linn ! J’te l’manœuvre comme un gros blaireau…

Merci bien.

— …et toi tu m’piques une crise ! C’bien la peine que j’me sacrifie, hein !

Il agita un doigt frénétique en direction de la cuisine.

— J’te signale qu’j’ai fait l’soufflé, aussi ! C’est moi qu’ai tout fait, en fait, et ça m’retombe dessus.

Abban se retourna vers le canapé vide et prit Chase absent à partie :

— Non mais vas-y mec, dis-lui, toi, qu’elle est cinglée !

Abban n’avait de toute évidence pas de difficulté à traiter les gens de gros blaireau une seconde et à leur demander leur soutien la seconde suivante. De toute façon, quand il constata que Chase n’était plus là, il n’y accorda pas un instant de réflexion — preuve du piètre intérêt qu’il accordait à tous ceux qui n’étaient pas Aishlinn — et reporta un regard assassin sur sa sœur.

Seulement, sa sœur était en train de se décomposer et de s’excuser (plus ou moins) en s’accablant (plus ou moins) de reproches. Abban, qui avait rouvert la bouche pour repartir pour le round suivant, la referma aussitôt, pris au dépourvu par ce changement de tactique imprévu — puis il comprit que ce n’était pas un changement de tactique et la culpabilité que Chase avait sentie chez lui reprit brusquement le dessus.

— Non-non-non-non-non…

Il franchit en se téléportant le mètre et demi qui le séparait de sa sœur. Déjà, ses bras enveloppaient la jeune fille et il la serrait contre son torse puissant (on ne rit pas au fond de la salle, merci — un peu de respect pour ce moment intensément pathétique).

— J’vais pas t’abandonner, beauté, t’as cru quoi ? Dis pas d’conneries.

Il caressait les cheveux d’Aishlinn tandis que les chats, enhardis par ce silence inespéré, revenaient pointer le bout de leur museau dans le salon, pour savoir si les humains désespérés par leur dispute n’auraient pas envie de leur gratter derrière les oreilles, pour se consoler, comme ils arrivaient souvent, une activité à laquelle, n’écoutant que la générosité de leur cœur de félin, ils étaient prêts à se prêter généreusement.

Abban, à présent, murmurait tout bas (et les voisins remerciaient le ciel) :

— C’est bon, hein, elles sont pas si jolies que ça, ses fesses. En plus, il est désagréable et prétentieux.

Décidément, ce soir-là, Chase était habillé pour l’hiver. L’excitation des jumeaux quand ils avaient aperçu le fameux super-héros dans la rue était rapidement retombée.

— J’aurais pas dû faire ça, c’tait juste pour t’foutre en rogne, mais j’aime pas quand tu doutes d’moi. C’pas juste, t’sais bien qu’j’suis toujours là pour toi. J’vais pas t’lâcher pour l’premier beau gosse venu.

Même richissime comme Chase Neutron-Grey. De toute façon, qui pouvait bien avoir envie de nouer une relation de couple avec un type capable de lire dans votre esprit, à part peut-être les cambrioleurs bretons aux mœurs déjà douteuses ?

— Des fois, j’ai vraiment l’impression qu’tu m’prends pour une trainée prêt à partir avec tous les types à peu près potables qui m’regardent. Si c’tait le cas, j’passerai ma vie à déménager.

Oui, il soulignait son propre succès, mais ça ne faisait pas de mal à l’argumentation et puis, ça flattait un peu son ego.

— C’pas cool, Linn, c’est tout. Mais j’aurais pas dû faire ça. J’suis désolé. Pour de vrai. J’t’appartiens, t’sais bien, faut déstresser.

D’une main sur le menton de sa sœur, il lui releva les yeux, pour chercher son regard et lui adresser son plus beau sourire, mais un vrai, rien que pour elle : un sincère.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 3:57 Message
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_ Oh, ç'va j't’ai même pas touché.

Et elle en aurait été bien incapable, elle savait viser. Si Abban avait été la cible, il l’aurait senti passé. C’était contre lui qu’elle était en colère mais, c’était Chase qui en avait fait les frais physiques. Elle ne pouvait pas blesser Abban sans se blesser elle-même. Inconcevable. Et puis pour quelqu’un qui « œuvrait » pour le bien de tous (d’eux deux), il y mettait beaucoup de conviction, trop au goût d’Aishlinn. Non ce n’était pas de la paranoïa, pas pour elle en tout cas mais, dans l’immédiat, elle n’avait plus rien de réellement objective.

_ Puis à qui t'parles, sérieux ?

Elle balança sa phrase avec la plus grande spontanéité alors qu’elle découvrit, en même temps que son frère, l’absence de Chase. Ils auraient voulu le faire exprès que ça n’aurait probablement pas aussi bien marché. Simuler des engueulades pour parvenir à quelque chose, ça leur était déjà arrivé mais, faire fuir quelqu’un sans même le vouloir. Wahou. Eh… Il venait de la traiter de cinglée ? Voilà, maintenant, il la détestait, pas étonnant qu’elle s’enfonce dans une profonde culpabilité face à ce qu’elle n’était pas en mesure de lui offrir.

Aishlinn l’avait vu se téléporter tellement de fois que, quand il débarquait devant elle, impossible d’avoir le moindre sursaut ou mouvement de recul. Au contraire, elle se laissa envelopper dans les bras de son jumeau, tellement navrée, avec cette peur incontrôlée de le perdre.  

Là, dans ses bras, la tête nichée dans le creux de son épaule, elle ne sut plus très bien ce qu’elle avait cru. Elle était capable de partir tellement vite en live et, en même temps, Abban avait ce pouvoir impression : il lui suffisait de la prendre dans ses bras, de dire un mot ou deux pour qu’elle en oublie les raisons de ses colères aussi vives qu’impressionnantes. C’était presque détestable de l’aimer autant et de ne pas pouvoir faire autrement.

Elle releva la tête et passa son regard dans celui de son frère. Il cherchait son regard, elle n’allait quand même pas le laisser chercher en vain. Passant élégamment (évidemment) le revers de sa main sous son nez. Non, elle ne pleurait pas !

_ Non c’pas ça. C’juste que…

Qu’à chaque fois qu’il se barrait une heure elle avait l’impression qu’il ne reviendrait plus. C’était une heure où il oubliait avoir une jumelle. C’était une heure où il avait plus envie d’être quelqu’un d’autre qu’avec elle. Ca la bouffait.  

_ C’est'un super héros c'type

Et, Abban, ben il adorait ce genre de personne, ce qu’elle n’était pas. Alors forcément, Chase était un risque encore plus important que les autres.

_ T’es là à trouver son téléphone super cool, son boulot super cool, 'fin, tout est super cool chez lui. Sauf s'façon d's’incruster et d'menacer les gens d’un lavage d'cerveau.

Elle, elle ne lui trouvait rien de bien à ce gars-là. De toute façon, Abban lui avait accordé des sourires alors, à partir de là, Chase avait été rayé de la liste des personnes potentiellement moins chiantes que les autres. Déjà qu’elle n’était pas le genre de fille à porter les gens en estime (hors Abban mais lui ce n’était pas les « gens ») alors, si en plus la personne s’intéressait à son jumeau… C’était la fin.

_ J’suis désolée, t'sais ? C’est juste qu'ça m'rend dingue parc'que, t'vois, il peut d’offrir des choses qu'moi j'n'peux pas. Comme son téléphone à la con.

Mais tellement hight tech. Après elle pouvait les voler, ces choses, mais ça ne se faisait pas en un claquement de doigt non plus… Quoi que pour Chase c’était peut-être la même chose. Ce n’était pas un membre de l’UNISON ce type ? Ce même membre qui leur proposait de voler quelque chose pour lui ? Non, vraiment, il n’était pas clair du tout.

_ T'sais, c’pas d'toi qu'j'doute.

C’était d’elle, de ce qu’elle pouvait lui apporter, jusqu’au jour où ça ne serait plus suffisant.

_ C’est, tous ces abrutis et leurs sourires niais, comme c'tt'espèce de grognasse au restaurant. J’te jure elle m'fou les nerfs en p'lote elle.  

Elle, elle allait finir avec la tête incrustée dans un plat de pâtes à continuer comme elle le faisait avec ses Abban ceci, Abban cela. Et pendant ce temps-là, les chats commençaient à comprendre qu’avoir des caresses n’allait pas être pour tout de suite, pourtant ils s’acharnaient à passer entre les pieds de ces humains étranges. Et le soufflé était toujours dans le four à cuire. Enfin à ce rythme-là, ça n’allait plus vraiment pouvoir être considéré comme de la cuisson.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 8:54 Message
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— Pffff…

Abban secoua la tête avec conviction.

— Il a pas un boulot cool. Il est in-for-ma-ti-cien. Non mais t’imagines ? Il reste assis et puis il tape sur un clavier. Bonjour le rêve.

Aishlinn et lui savaient très bien que Chase ne faisait pas que cela de ses journées et que, quand bien même c’eût été le cas, il devait y avoir quelque chose d’exaltant à remplir ce genre de fonctions à l’UNISON, mais pour la forme, le jeune homme était prêt à tordre le bâton dans l’autre sens et à dénigrer Chase sur tous les points, s’il le fallait, pour redonner le sourire à sa jumelle. D’ailleurs, il n’exagérait pas entièrement : il n’avait jamais eu une passion très prononcée pour l’électronique ni l’informatique. Les consoles, ça allait, parce qu’Aishlinn aimait bien cela. La télévision, pour tuer le temps. Internet, pour se renseigner sur des choses importantes. Mais enfin, le monde réel, c’était bien plus drôle.

— Son téléphone, j’en ai rien à battre. C’pas comme si j’passais l’temps à faire des trucs hype avec le mien. À part téléphoner, envoyer des messages et r’garder les journaux, j’sais à peine comment m’en servir. Tu vois, j’m’en fiche.

À partir du moment où le téléphone de Chase lui avait résisté plus de cinq secondes, il l’avait abandonné sur le canapé. Il est vrai que l’impossibilité dans laquelle il s’était trouvé de savoir si le super-héros avait ou non un petit ami avait beaucoup ajouté à sa frustration, mais cela, c’était inutile de le préciser, non ? De toute façon, la technologie, dans son ensemble, le ramenait au souvenir bien désagréable du jour où ils s’étaient retrouvés devant un système d’alarme beaucoup trop perfectionné pour eux — du jour où ils avaient dû quitter leur belle Dublin pour venir s’enterrer dans ce trou pourri (rien que ça).

— Les mecs, t’sais, ‘sont tous pareils. Ça va bien cinq minutes, mais c’pas comme toi.

Et cela, il le pensait de bout en bout. En règle générale, dans ses aventures d’un soir, ou plutôt d’une fraction d’un instant d’un soir, à peine avait-il fini se rhabiller qu’il disparaissait, laissant un amant dépité (ou enchanté par cette tornade mystérieuse), sans aucune arrière-pensée. La conversation constituait les prolégomènes du sexe et, après le sexe, l’entretien le plus élémentaire d’une forme de courtoisie lui avait toujours paru parfaitement superflu. Sur ce point-là, Abban était encore bien jeune et bien peu romantique.

— Après, c’t’un super-héros, ouais. Ben si c’est pour traumatiser les gens innocents qu’ont rien fait…

(C’était eux, ça.)

— …c’pas très héroïque !

D’ailleurs, c’était précisément parce que Chase n’était pas très héroïque, parce qu’il n’avait rien, dans les journaux, dans ses apparitions télévisuelles, du Légionnaire dégoulinant de mâle assurance qui étendait son ombre protectrice et paternaliste sur le pauvre petit peuple, qu’Abban l’appréciait, en théorie. Ce soir-là, la démonstration de pouvoir de Chase l’avait nettement refroidi et c’était seulement quand il songeait aux brefs instants d’incertitude qui n’avaient pas manqué d’affleurer chez les mentalistes qu’il se sentait un retour de tendresse — bien vite étouffé, pour les besoins de la consolation.

Quant à la fameuse fille du restaurant, Abban, sincèrement, ne voyait pas à quoi elle pouvait bien lui ressembler. Ce n’était pas faute de rejoindre souvent Aishlinn avant ou après le service et de discuter, collé à elle, avec ses collègues, mais les serveuses, elles défilaient toutes et elles avaient toutes à peu près la même tête, alors de là à retenir leurs prénoms, il y avait un grand pas. Il ne fut donc pas très ému du sort probablement sinistre qui attendait l’une de ses admiratrices du moment.

— T’sais, mon cœur, t’as pas à douter d’toi. J’suis bien avec toi. C’est nul d’être ici, mais on va s’en sortir. Déjà mieux que quand on est arrivé, nan ? Question d’temps. On finira bien par nous proposer des boulots chouettes.

Comme de voler un artefact unique dans l’un des immeubles les mieux protégés du monde. À tout hasard.

— Et puis, c’pas si mal, regarde. L’appart est correct. Les chats sont gentils. Y a plein d’choses à faire. On est plutôt bien—et merde !

Il disparut brusquement sur cette exclamation qui, heureusement, n’avait rien de mystérieux, puisqu’une distincte odeur de brûlé venait d’envahir la pièce, en provenance de la cuisine. Abban coupa le four, en tira le soufflé carbonisé et fila le poser à cinq kilomètres de là, au milieu d’une rue, pour éviter qu’il n’empestât toute leur maison, avant de reparaître au milieu du salon, le plat vide à la main.

— Rah, la haine, j’suis désolé. J’avais oublié c’truc à la con.

De toute façon, il n’y avait pas de lardons : ce n’était donc pas une grosse perte. Il regarda le plat d’un air sceptique.

— Ça va être chiant à récurrer.

« Chiant », ça voulait dire qu’il allait falloir frotter plus de deux secondes. Intolérable, pour Abban.

— C’pas d’un super téléphone qu’on a besoin, c’d’un super lave-vaisselle.

Évidemment, c’était un peu moins glamour, mais pour des cuisiniers acharnés comme eux, ce n’eût pas été un médiocre investissement.
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Un vol inconsidéré (Chase, Mac Aoidh)

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