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Tuuut-tuuut. Aaah ! (Jay)

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Message posté : Sam 28 Sep 2013 - 22:34 Message
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— Hmm. Hmm. Hmm.

Et Abban raccrocha au nez de sa sœur. Qui restait à une « soirée » pour des « collègues » au « restaurant ». Non mais franchement, quel intérêt ? Pour manger du gâteau, avec des gens qui souriaient ? Merci bien. Son possessif jumeau avait exprimé son mécontentement en se montrant parfaitement glacial — ce qui arrivait, entre eux, à peu près trois ou quatre fois par semaine, à chaque fois qu’il prenait l’idée à l’un des deux de tenter de voler, ne fût-ce qu’une heure, de ses propres ailes.

Sous le regard indifférent de ses chats qui avaient fini par s’habituer, Abban disparut du salon pour réapparaître sur une ligne de chemin de fer. Un regard à gauche et un regard à droite lui confirma qu’en cette heure de la soirée, déjà bien avancée, cette partie de la gare de triage n’était pas très active. Pourtant, les docks étaient loin d’être plongés dans une universelle torpeur : à toute heure du jour ou de la nuit, il y avait quelques entrepôts pour faire les trois 8 et, au loin, l’Irlandais entendait la rumeur d’hommes qui travaillaient.

Il balança un grand coup de pied rageur dans un gravier de la voie qui partit s’écraser un peu plus loin et marmonna :

— J’t’en foutrais, moi, des soirées entre collègues.

Il lui arrivait d’en faire aussi, mais ce n’était pas du tout la question, pas du tout le problème. Ce n’était pas pareil. Aishlinn n’avait pas le droit. Lui, qu’est-ce qu’il allait faire de toute sa soirée ? Il n’avait même pas envie de lever un garçon dans un bar. Au bout d’un moment, tous les garçons se ressemblaient — en tout cas, quand il était en colère. Même pas envie de voler une voiture pour aller faire un tour dans les environs de Star City. Au bout d’un moment, toutes les voitures se ressemblaient — quand il était en colère.

Nouveau soupir. Abban se téléporta quelques mètres plus loin, de l’autre d’un train de marchandises arrêté sur la voie, en attendant d’être chargé à nouveau au petit matin et repartir sillonner le pays. Par conscience professionnelle, Abban jeta un coup d’œil au train, se téléporta dans un wagon, constata qu’il était bien vide et se téléporta à nouveau à l’extérieur, un peu au hasard, à la recherche d’une distraction.

Et il était là. Magnifique, avec des courbes de dieu, une grosse mannette luisante qui n’attendait que ses mains pour vibrer de plaisir. Oh, il allait le faire rugir. Abban se sentait palpiter déjà devant ce spectacle hors du commun. Il était là, le compagnon de sa nuit. Un magnifique chariot élévateur. Sans avoir de la patience de parcourir à pieds les quelques mètres qui le séparaient de l’engin, Abban se téléporta tout à côté et caressa du bout des doigts la surface métallique de la carrosserie.

Il se souviendrait toute sa vie du jour où, à seize ans, il avait volé une pelleteuse sur un chantier et de la longue promenade de dix-huit secondes qui avait précédé le moment où il l’avait encastrée dans un mur. Techniquement, il avait disparu avant que l’engin n’eût percuté le mur, bien entendu, mais enfin, l’idée était là. En tout cas, Abban était toujours avide de nouvelles découvertes motorisées.

Restait évidemment à faire démarrer la chose. Abban grimpa sur le siège, sortit un couteau suisse de sa poche et entreprit de dévisser le panneau sous le volant, puis de trifouiller les fils. Sensiblement, en dehors des voitures vraiment très chères qui avaient des systèmes particuliers, et des camions, tous les engins fonctionnaient à peu près de la même manière : les constructeurs, pour réduire les coûts, ne rivalisaient pas d’inventivité. Le bruit du moteur se fit bientôt entendre, après une petite étincelle caractéristique et Abban murmura, ravi :

— Méga cool !

Hé ouais, lui et son chariot élévateur, c’était la belle vie ! Le jeune homme mit une petite minute à comprendre quel levier faisait quoi, en tressautant d’impatience que l’élévateur s’élevait pour de vrai. Réfléchissant déjà à tout ce dans quoi il allait pouvoir l’encastrer, il promena son regard autour de lui à la recherche de caisses abandonnées. Et bientôt, le petit engin était en marche, bien plus vite qu’il n’était en fait autorisé par les régulations des docks, vers un petit entrepôt de particulier, aisément reconnaissable à l’absence de caméra de sécurité. Enfin, de vrai caméra de sécurité.

Abban se téléporta une seconde vers le toit, pour réapparaître dans le vide, se raccrocher in extremis à la gouttière et trancher le cordon d’alimentation de la caméra, probablement achetée dans un magasin de bricolage vaguement spécialisé. Il avait déjà vu ce genre de trucs un nombre incalculable de fois dans des épiceries de quartier. Le jeune homme se téléporta à nouveau, à côté des portes et sortit son matériel de crochetage, pour attaquer le cadenas qui retenait la chaîne.

Il ne se faisait pas trop d’illusions sur le contenu de l’entrepôt : pour être aussi mal protégé, il devait sans doute appartenir à quelque pêcheur du dimanche qui y conservait son matériel et, peut-être, un bateau. Un bateau qu’hélas Abban, dépourvu ce soir-là de pick-up, ne pourrait pas tracter jusqu’à l’océan pour faire un petit tour — sans quoi, ne doutez pas qu’il se serait volontiers servi.

Après quelques efforts — sa sœur s’en serait sans doute bien mieux sortie que lui — le cadenas libéra la chaîne, Abban put la tirer et, un fois installé à nouveau aux commandes de son beau chariot (les garçons et leurs jouets…), il se remit en route pour découvrir le contenu de l’entrepôt, en quête de quelque chose à élever. Cette caisse au contenu indéterminé — des vers pour servir d’appâts, des vers encore vivants, s’il avait su — ferait parfaitement l’affaire. Abban s’approcha, rata son coup une fois, deux fois, puis empala la caisse un peu maladroitement et l’éleva, laissant les vers s’échapper au sol.

Heureusement qu’il ne les voyait pas.
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Message posté : Dim 29 Sep 2013 - 15:59 Message
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Travailler de nuit ne changeait pas franchement Jay, en réalité il trouvait même ces horaires plus acceptables que ceux de jour. En effet, il n'avait pas à croiser les trombines de ses « collègues » qui passaient leurs journées à parler de leur gentille petite famille et du chien qu'ils venaient d'adopter. Non, en général ceux qui bossaient la nuit étaient du genre solitaires, à ne pas aimer discuter pour ne rien dire, un peu comme lui en somme. Les heures passaient donc beaucoup rapidement sans avoir besoin de faire semblant de s'intéresser à ce que les autres racontaient – bien que Jay ne le faisait pas cela dit. Les emmerdes arrivaient aussi beaucoup plus rarement ! Depuis qu'il avait croisé la nana bizarre qui se promenait entre les conteneurs des docks, Jay avait eu droit à la visite de plusieurs clodos et quelques jeunes qui venaient se cacher entre les blocs de métal pour fumer leurs joins ou se bécoter en toute tranquillité. La nuit, c'était plutôt les trains ou les lieux de ce genre qui attiraient les clochards et le texan se voyait épargner le fait de devoir les déloger de leur maison improvisée. Pas que ça l'ennuyait, c'était juste chiant parce qu'il devait y aller en douceur et ne pas lever la main sur eux.

Pourtant, ce soir-là les choses ne se passèrent pas comme Jay l'espérait. À peine avait-il déchargé des palettes arrivées l'heure d'avant qu'il était déjà appelé au talkie-walkie par son patron. Ce n'était pas de gaieté de cœur qu'il alla le rejoindre au bâtiment où ils avaient leurs vestiaires et où le responsable passait son temps à siroter son café en attendant la fin de leur service. En arrivant sur place, il pénétra dans le préfabriqué pour aller se renseigner sur ce qu'il pouvait – encore – avoir fait de mal. Sauf que cette fois-ci, ce n'était pas sa faute.

« Y'a des problèmes avec la caméra de l'entrepôt 13, faudrait aller voir ce qui se passe. »
« Et ? » L'autre le dévisagea comme s'il était demeuré.
« Et tu vas voir, qu'est-ce que tu veux comme détails ? » Le sentiment d'être pris pour un imbécile se fit plus présent dans l'esprit du texan, mais il l'ignora.
« J'suis pas agent de sécurité, c'est pas à moi de faire ça. » Comme de jarter les clodos ou les jeunes d'ailleurs, à croire qu'il se tapait tous les boules merdiques.
« Je sais, mais les agents sont occupés ailleurs alors fais ce que je te dis et lâche-moi. »

Belle conclusion. Comprenant qu'il n'y avait rien de plus à tirer de cette discussion, Jay s'éloigna avec agacement, ignorant les critiques qui pleuvaient déjà sur lui entre son patron et son chouchou qui s'accordait une pause hors des horaires légaux. S'il avait réellement envie de les emmerder, il aurait de quoi faire, mais mieux valait éviter de s'attirer des ennuis alors qu'il était censé faire profil bas ici.

L'entrepôt en question n'était pas très éloigné de la zone où Jay se trouvait, aussi se dirigea-t-il vers celui-ci d'un pas rapide. Un problème avec la caméra et alors ? Tout ce qu'il allait trouver c'était un pigeon qui aurait fait sauter la-dite caméra, c'était ça d'en acheter au rabais dans des magasins de bricolage de merde. Mais le texan décida de ne pas s'énerver pour rien, il était payé quoi qu'il fasse alors s'il devait s'amuser à se promener sur les docks plutôt qu'à faire fonctionner l’élévateur, ma foi il n'allait pas en pleurer ! Il ne tarda pas à arriver sur place et à peine aperçut-il la porte du fameux entrepôt qu'il comprit que ce n'était pas un pigeon le responsable, pas un avec des plumes du moins ! La chaîne traînait par terre, signe évident que quelqu'un avait pénétré dans le bâtiment et étant donné que ce n'était pas l'un de leurs hommes, c'était un indésirable qui avait crocheté le cadenas.

Après avoir ramassé la chaîne, Jay entra à son tour dans l'entrepôt et un bruit familier lui arriva aux oreilles. Quelqu'un était en train de faire fonctionner les élévateurs, sauf qu'il n'y en avait pas ici puisque c'était juste un entrepôt de stockage pour la nuit. Ces caisses servaient aux magasins de pêche de la ville et seraient expédiées dès le lendemain, ils n'avaient donc aucune raison de ramener du matériel le soir même. Approchant du bruit, le texan eut le déplaisir de voir une silhouette installée sur le siège de l'élévateur et s'en sortir plutôt mal vu les vers qui se répandaient sur le sol après que les supports censés soulever les caisses aient transpercés celle-ci. Agacé au possible, Jay approcha du gamin – puisque s'en était un – et glissa sa main jusqu'à sa torche pour l'attraper. Il songea l'espace d'un instant à assommer le mioche pour le noyer dans la flotte, mais changea finalement d'avis. Levant sa torche, il cogna à plusieurs reprises contre la partie métallique de l'élévateur histoire d'attirer l'attention de l'indésirable.

« Hey ! T'as rien à foutre ici, pour qui te prends ? » Un petit con rebelle sans aucun doute, de quoi lui donner envie de gerber. « J'sais pas à quoi tu joues, mais tu vas passer un sale quart d'heure si tu descends pas de là tout de suite. » Il lui fournirait une bonne raison pour lui en coller une cela dit. « Tu fous des vers partout du-con, apprends à t'en servir avant de vouloir jouer avec ! »

Tout en finesse, mais il s'en foutait, ce gamin n'avait aucune raison d'être ici : il était dans son bon droit.
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Message posté : Dim 29 Sep 2013 - 17:26 Message
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Voilà. Il avait conduit le chariot, il avait soulevé une caisse, et maintenant, le jeu avait déjà perdu beaucoup de son intérêt. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Toutes ces heures à tuer encore en attendant Aishlinn. Pour le coup, c’était bien elle, qu’il aurait tuée ! Appuyé contre le dossier du siège du conducteur, Abban cherchait des yeux un moyen de passer le temps, peu enthousiaste à l’idée de retourner regarder la cinquantième rediffusion des Experts à la télévision en finissant leur dernier paquet de céréales — même cette vengeance-là contre sa jumelle ne lui paraissait pas assez douce.

Il fut tiré de son importante méditation pour les mélodieuses réprimandes d’un courtois agent de sécurité. Pas vraiment bouleversé par les menaces de l’homme, Abban lui adressa d’un regard de haut, avant que le mot fatidique ne franchît pas les lèvres de Jay. Abban pâlit un peu et, avec un accent délicieusement irlandais, s’étonna :

— Comment ça, des vers ?

Il se leva pour se pencher au-dessus de son volant et contempler la masse grouillante des asticots qui remuait au sol.

— Mais c’est dégueulasse !

Cette réaction toute citadine n’avait pas été prononcée en haut du chariot élévateur, mais juste derrière Jay, parce qu’Abban, sous l’effet de l’émotion (du dégoût, hein, pas de la peur, non, voyons !) venait de se téléporter dans le dos de celui qui était bien, de son point de vue, l’intrus. Les vers avaient suffi à ne pas le faire réagir immédiatement aux autres propos de Jay, mais ils firent finalement du chemin dans son cerveau et l’adolescent s’exclama :

— Et comment ça, « du con » ? Eh bah putain, c’est comme ça qu’on t’a appris à dire bonjour ? Ta mère t’a pas enseigné la politesse, mec ?

De la part d’un type qui venait de bousiller une caméra, forcer un cadenas et éventré une caisse de vers avec un chariot élévateur qui ne lui appartenait pas, c’était un peu fort, mais Abban ne doutait de rien. Son premier réflexe fut de se retourner vers Aishlinn pour lui dire que le vieux con l’avait traité de con (on ne s’en sortait pas), mais il se souvint, dépité, que sa sœur lui avait posé un lapin.

Le monde était décidément bien cruel ce soir-là. Tout près de Jay, ne craignant visiblement pas les coups, les bras croisés, Abban adopta son air le plus impressionnant qui, en règle générale, n’impressionnait personne.

— Déjà, j’te signale que vous auriez pas ces problèmes si vous installiez des caméras dignes de ce nom.

Cela dit, la caméra en question était tout de même située à cinq mètres du sol. Il fallait avoir sacrément envie d’éventrer des caisses d’asticots pour aller en couper l’alimentation. Pendant qu’il fulminait, Abban plissait les yeux, pour tenter d’apercevoir les traits de son invité indésirable, malgré la pénombre et le fait qu’il fût du mauvais côté de la lampe torche.

— Ensuite, qu’est-ce j’en savais, moi, qu’y avait des gens assez tarés pour entreposer ce genre de trucs ici ?

Non, il n’avait jamais péché et il était persuadé que, désormais, à l’âge de la 4G, on utilisait toujours ces hameçons synthétiques qu’il avait vus parfois épinglés sur les chapeaux ridicules que certains pécheurs, visiblement dépourvus du sens du style qui le caractérisait lui, s’obstinaient à trimballer partout où ils allaient.

— Et puis, enfin, franchement, si ce bidule-chouette…

Il désigna le chariot élévateur dont il ignorait le nom.

— …fonctionnait correctement, eh ben, ça s’rait pas arrivé, d’abord !

Parce que bien sûr, ce n’était pas sa faute. La mauvaise foi incarnée. Comme ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité, Abban parvint enfin à distinguer le visage vaguement familier de Jay. Il ne savait plus trop où il avait pu le voir. Dans le quartier, peut-être ? Dans un des bars toujours bondés et pas très éclairés qu’il fréquentait pour le Cartel ? Impossible de le remettre. Du coup, l’air un peu méfiant, l’Irlandais fit un peu en arrière.

— En plus, j’t’ai déjà vu, toi…

Abban jeta un rapide coup d’œil vers la porte, comme s’il s’attendait à voir débarquer le SWAT.

— Tu m’suis, ou quoi ? Tu travailles vraiment ici ?

La paranoïa, c’était une marque de fabrique, mais quand on vivait dans son milieu, on pouvait difficilement faire autrement. Autant le jeune homme méprisait le danger quand cela pouvait être amusant, autant il n’avait aucune espèce d’envie de finir dans une cellule — même s’il n’y eût jamais passé que quelques secondes. Il préférait encore regarder les Experts. C’est vous dire.

— Parce que bon, là, comme ça, tu débarques de nulle part, alors que c’coin-là était désert, la bouche en cœur. T’as intérêt à avoir une bonne explication, sinon… !

Sinon, il disparaissait aussi sec. Une menace qui n’était pas très efficace, certes, mais qui aurait le mérite, au moins, d’assurer sa sécurité. Abban avait renoncé depuis longtemps à persuader ses antagonistes que provoquer sa colère pouvait avoir des conséquences très néfastes. En tout cas, il y avait renoncé pour tous les cas où il se promenait sans revolver.
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Message posté : Dim 29 Sep 2013 - 21:06 Message
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Jay commença à se demander à quoi il avait affaire en voyant le gamin pâlir en entendant parler des vers. Certainement un gamin de la ville qui n'avait jamais foutu les doigts dans de la merde – au sens propre du terme. Il fut néanmoins pris par surprise en voyant l'autre disparaître pour réapparaître plus loin, derrière lui. Le texan braqua une nouvelle fois le faisceau lumineux vers lui en se demandant une fois de plus, sur quoi il était tombé. Après cette belle entrée en matière, le cariste eu droit au moment de vexation d'un mioche qui n'avait certainement jamais dû se prendre de tôlée de la part de ses parents. Parlons-en d'ailleurs des parents ! Ceux de Jay n'étaient pas un modèle et sa génitrice était certainement la femme la plus mal-élevée de tout Star City, elle n'était pas texane pour rien.

Fidèle à lui-même, le trentenaire resta silencieux, ne souhaitant pas utiliser sa salive pour des prunes. Répondre à cette tête de nœuds n'allait rien lui apporter, mis à part des réponses totalement stupides et peut-être un beau mal de crâne en fin de soirée. Très peu pour lui, Jay préférait laisser le minet cracher son venin en se donnant un air d'importance avant de prendre les choses en main. Son regard exprimait clairement la lassitude qu'il ressentait déjà à entendre l'autre lui servir des excuses de merde. Il croyait franchement s'en tirer en accusant le matériel ? Bientôt il allait leur reprocher d'avoir installé des cadenas trop faciles à crocheter, bah voyons. Les mioches c'était vraiment une pure perte de temps, il aurait fallu les parquer dans un zoo jusqu'à ce qu'ils soient en âge d'avoir un peu de plomb dans la cervelle – au sens propre, comme au figuré.

Le flot de critiques se poursuivait et pendant un instant, Jay songea à lui envoyer sa torche en plein visage pour lui intimer un peu de silence, mais le sale gosse avait l'air capable de se téléporter et mieux valait éviter de le faire fuir avant de savoir qui il était et ce qu'il foutait là. Au final, toutes les critiques se mélangeaient et Jay n'écoutait plus ce que le gamin lui disait, ce ne fut que lorsqu'il laissa entendre qu'ils se connaissaient que le texan laissa son attention refaire surface. Avec un haussement de sourcils interrogateur, il braqua le faisceau de sa langue sur le visage de l'intrus et le dévisagea un instant. Ouais. À bien y regarder il était vrai que sa gueule de petit minet lui rappelait quelque chose, mais de là à mettre un nom dessus... Jay n'avait jamais été physionomiste et encore moins doué pour retenir les prénoms, autant dire qu'il savait juste que leurs routes s'étaient déjà croisées, mais sans plus.
De toute manière, le sale gosse ne lui laissa pas le temps d'approfondir davantage ses recherches puisqu'il lui balança une nouvelle critique avant de laisser une menace en suspens. Piqué au vif, le texan répliqua d'un ton agacé.

« Sinon quoi ? Tu vas fuir comme une gonzesse ? Bah va-y, te gêne pas si c'est tout ce que tu sais faire. » Un coup dans la virilité ça ne faisait jamais du bien, même si ce gamin, vu sa dégaine, ne devait même pas connaître le sens de ce mot. « Je bosse ici alors je débarque pas de nulle part, je suis là où je dois être et c'est loin d'être ton cas tête de nœuds alors joue-là moins ptit rebelle de mes deux. » Il perdait rapidement patience avec les gamins, c'était plus fort que lui. « Et tes excuses de merde, tu peux te les garder ! Si y'a pas des caméras dignes de ce nom ici comme tu dis, c'est peut-être parce que personne n'est assez con pour forcer l'entrée d'un entrepôt qui stocke des appâts pour la pêche. » Il le dévisagea quelques secondes. « Enfin je croyais qu'ça existait pas, mais après ça je vais revoir mon jugement. »

Oui, il sous-entendait clairement que le gamin était con comme ses pieds et qu'il s'en était pris au pire entrepôt possible. Jay ne faisait pas dans la dentelle en général, mais la manière dont ce petit péteux de la jouait gros dur avait le don de l'agacer au plus haut point. Il baissa finalement sa lampe, considérant que ce n'était pas un poids plume comme lui qui allait lui faire grand-chose s'il décidait de s'attaquer à lui.

« Et ce truc fonctionne très bien, faut juste savoir se démerder avec, mais c'est pas ton cas. » Le ton était accusateur et quelque peu moqueur. « Alors arrête avec tes conneries. Entreposer des trucs c'est le principe d'un entrepôt tu vois, si tu voulais autre chose fallait changer de secteur. »

Non, mais franchement, pour qui il se prenait ce mioche ? L'envie de l'attraper par la peau du cou et de l’expulser d'ici à grand renfort de coups de pieds dans le cul le titillait et il l'aurait certainement fait si ce sale gosse n'avait pas la possibilité de s'envoler. Répondant enfin à la question qui taraudait certainement le plus ce parasite, Jay détourna son regard de lui pour jeter un œil sur les dégâts qu'il avait faits.

« Et arrête de prendre tes rêves pour la réalité, j'te suis pas. Je t'aurais même pas reconnu si t'avais pas parlé de ça. » C'était totalement franc pour le coup. « On a dû se voir au Circus ou au bar. »

Si tel était le cas, il comprendrait à quoi il faisait référence et si ce minet n'appartenait pas au Cartel, il ne pigerait rien et Jay n'aurait plus qu'à le jarter d'ici. Dans un cas comme dans l'autre il était gagnant.
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Message posté : Dim 29 Sep 2013 - 21:53 Message
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C’est fou ce que ça pouvait être désobligeant, un Américain ! Abban, lui, il essayait d’être courtois — on n’a pas dit qu’il y arrivait — et l’autre, là, en face, il mettait en doute sa virilité. Ah, si Abban avait fait quarante centimètres et quatre-vingt kilos de plus, il lui aurait expliqué physiquement sa façon de penser, mais pour l’heure, il se contenta d’une protestation sonore :

— Non mais vas-y, mec, attends, est-ce que j’te chie d’ssus, moi ?

Techniquement, oui, puisqu’il venait de le tirer de son travail pour le plonger dans une fuite d’asticots en plein milieu de la nuit et, vraisemblablement, de lui imposer un rapport particulièrement embrouillé, où il allait être obligé d’expliquer qu’un Irlandais téléporteur avait volé un chariot-élévateur pour une raison tout à fait obscure afin de s’en prendre sadiquement au matériel de pêche.

— ‘Videmment qu’j’vais pas m’mettre à t’taper d’ssus. Tu dois bien peser trois cents kilos.

Et toc ! Abban, pour être un peu orgueilleux et très susceptible, n’en avait pas moins des moments de lucidité, particulièrement lorsqu’il s’agissait de sa survie personnelle. De toute façon, dans son cas, la fuite était devenue un art et le traiter de lâcher était purement inefficace. C’était parce que Jay avait discourtoisement suggéré qu’il pouvait ne pas être un garçon que l’adolescent continuait à s’énerver.

Il n’empêchait qu’il ressentait le besoin de justifier de son intelligence : ses professeurs avaient assez passer leur temps à lui dire qu’on ne ferait jamais rien de bon pour lui qu’il fût un peu titillé par les accusations parfaitement infondées de Jay.

— Et j’cherchais juste un truc à soulever avec ce machin. C’tait pour tester ! J’ai l’droit, j’suis curieux.

Une logique toute personnelle, décidément. Mais cette fois-ci, Abban avait l’air parfaitement sincère, comme si l’envie de faire des découvertes était une justification suffisante pour le bordel monstrueux qu’il venait de mettre dans l’entrepôt. Cela dit, ce qui le préoccupait, pour l’air, c’était l’identité de Jay. Il plissa les yeux quand le type parla du Circus, puis le détailla de haut en bas. Il s’agissait de l’imaginer couvert de sang.

— Ah. Ouais. Eurk.

Oui, Eurk. Le cirque, ils y avaient été une fois, avec Aishlinn, pour s’intégrer un peu mieux au Cartel de Star City et personnellement, il n’y avait jamais remis les pieds. Son sens de l’esthétique était un peu froissé par ce spectacle sanglant et ces tripes à l’air et il craignait de ne pas bien comprendre l’intérêt que tant de gens pouvaient prendre à une si déplorable démonstration de violence inutile. Le trop pacifique Abban n’était pas fait pour l’apprécier.

— Jo-truc, là, c’est ton surnom. Joplin, non ? Comme la chanteuse ? Ou… j’sais plus.

Il finit par secouer la tête, manifestement calmé tout de même d’avoir affaire à : 1) un membre du Cartel et 2) un combattant probablement fou furieux. On n’était jamais trop prudent.

— Bon, c’est bon, quoi, sur l’coup, j’t’avais pas reconnu. J’y suis allé qu’une fois, au Circus, là.

En enfant du Cartel, qui n’avait connu que cela toute son existence, Abban avait une conception très fraternelle de l’organisation. Rien de naïf, là-dedans, simplement, lorsque c’était superflu, il évitait les inimitiés. Le but du Cartel était de favoriser les collaborations et cela passait par une élémentaire courtoisie. Ce ne fut donc pas de trop mauvais cœur qu’il reprit d’une voix désormais beaucoup moins agressive :

— ‘Scuse.

Il passa une main sur sa nuque, et jeta un coup d’œil au chariot, dont le moteur tournait toujours en arrière-fond de la conversation.

— J’m’appelle Abban. Abban Mac Aoidh.

Sa sœur et lui n’étaient pas encore très connus au sein du Cartel local, à son grand désespoir. À Dublin, le nom de Mac Aoidh avait fini par leur ouvrir bien des portes et l’obligation de tout recommencer dans cette nouvelle ville était des plus frustrantes. Mais en quelques mois, ils avaient tout de même un tout petit peu fait parler d’eux.

— J’transporte des trucs, parfois, pour des gens.

Ce n’était pas très précis, mais il ne comptait pas non plus déballer tout son CV. Avec un petit sourire, il désigna le chariot.

— D’habitude, j’conduis mieux qu’ça, hein.

Visiblement, apprendre que Jay appartenait au Cartel avait propulsé la conversation dans un tout autre registre. Jusqu’à présent, Jay avait été étiqueté : « représentant de l’autorité qui empêche de s’amuser », une case dans laquelle les Mac Aoidh rangeaient pêle-mêle ceux qu’ils détestaient le plus. Pour les collègues du Cartel, c’était une toute autre histoire. Ce qui n’impliquait certes pas qu’il comptait nettoyer lui-même les asticots. Il y avait des limites.

Abban ne put s’empêcher d’examiner les bras de Jay et de commenter :

— N’empêche, pour un type qui s’prend des mandales de malade toutes les semaines, tu t’portes plutôt bien.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 16:07 Message
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Il regrettait presque d'être venu ici, il allait encore être quitte pour une discussion interminable destinée à faire comprendre à ce gamin qu'il n'avait rien à foutre ici et que s'il n'était pas au poste de police, c'était juste parce que Jay ne voulait pas avoir affaire à eux. Le plus pénible dans cette histoire, c'était certainement de devoir supporter les babillages sans intérêt d'un mioche pourrit-gâté jusqu'à la moelle. Certainement le genre à se faire tamponner la bouche par maman pour rester propre après le repas. Oui, Jay avait une vision très clichée des gens et il ne leur faisait généralement pas de cadeaux, mais parce que c'était réciproque.

La remarque sur son poids le laissa de marbre. Le texan n'était pas franchement regardant sur ce point et il se moquait bien de passer pour un obèse ou un tas de muscles face à un petit minet de ce genre. Nul doute que de ce côté, ce gamin devait se peser tous les matins après s'être pomponné comme une gonzesse pour se faire sa mèche à la Justin Bieber. Une fois de plus, les idées reçues de Jay faisaient surface : en bon texan qu'il était, il considérait que tous les types qui prenaient un minimum soin d'eux étaient des gonzesses refoulées et évidemment, c'était forcément mauvais ! Gula du Circus entrait aussi dans ce groupe, comme trois quarts des types du Cartel de sa connaissance en fait. À croire qu'ils voulaient tous la jouer petits rebelles, comme quoi ce regroupement n'était peut-être pas le plus intéressant pour un type comme lui. Côtoyer au quotidien des gamins pré-pubères, très peu pour lui !

L'attention de Jay perdait de son intensité alors que l'autre continuait à parler, il ne chercha même pas à le corriger lorsqu'il se planta sur son surnom. De toute manière, c'était plus que secondaire, ce n'était pas lui qui en avait eu l'idée et il lui collait maintenant à la peau. Pas la peine de perdre son temps avec ça. Puis comme le mioche le disait si bien, il n'y était allé qu'une fois et ne comptait certainement pas y retourner – ça c'était plus des spéculations – à quoi bon chercher à améliorer sa culture au niveau du Circus ?

Au final, l'indésirable changea un peu d'attitude, comme quoi le Cartel pouvait tout de même avoir du bon. Jay se repassa le nom du gamin dans la tête, cherchant à savoir s'il en avait déjà entendu parler, en vain. Les noms lui sortaient de l'esprit et même s'il avait été le neveu d'Atia en personne, le trentenaire aurait été bien incapable de s'en souvenir. L'avantage lorsque vous étiez au bas de l'échelle, c'était que vous n'aviez pas besoin de vous emmerder à retenir des « détails » de ce type.
Ce ne fut que lorsque l'autre lui parle des combats que Jay s'anima enfin. Il haussa les épaules avant de fixer le mioche. Non, Abban. Merde, quel nom bizarre, ça lui faisait penser à une marque de bière.

« C'est parce que moi j'suis pas fait pour fuir lorsqu'on frappe. »

Le ton n'était pas aussi hostile que précédemment, plutôt moqueur. En bon combattant qu'il était, Jay avait toujours vu les pouvoirs de téléportation ou les autres de ce type comme des moyens de fuite. Lui il encaissait les coups, il résistait et il renvoyait la sauce, c'était l'opposé. Après, Jay ne se considérait pas comme meilleur que le gamin pour autant, il n'avait pas suffisamment d'ambition pour tabler là-dessus.

« Peut-être que t'encaisses aussi bien. Mais pour le savoir, faudrait qu'tu restes une fois pour te battre. »

Il doutait légèrement que ce mioche avait déjà utilisé ses poings pour se battre. Peu importait, il n'était pas là pour faire l'apologie du Circus. Jay s'éloigna finalement du gamin pour s'approcher de l’élévateur qui ronronnait toujours dans son coin et il pesta en constatant que ce sale gosse l'avait trafiqué pour le faire démarrer. L'arrêtant d'un geste agacé, le texan tourna la tête vers le mioche – non, Abban !

« Et t'as rien de mieux à faire que de péter les machines qui t'appartiennent pas ? » Il lâcha un juron. « Tu fais chier, je vais devoir le dire à mon patron. »

Parce que sinon, il aurait toujours pu prétendre que l'équipe de jour avait oublié l'appareil ici et qu'il s'était mis en marche tout seul. Grossier mensonge, mais qui pouvait toutefois porter ses fruits ! Oh, si Jay l'avait fait, ce n'était pas par bonté d'âme, mais simplement parce que ça lui éviterait beaucoup d'emmerdes. Puis bon, ce gamin était du Cartel, ça pardonnait un peu. Après avoir jeté un regard sur le sol, le texan reprit.

« Va chercher des pelles là-bas. » Il désigna un placard situé près de l'entrée. « Faut ramasser ces vers. Si tu fais pas chier, je pourrais peut-être te couvrir. » Quelque chose lui disait que ce sale gosse n'allait pas abonder dans son sens, même pour s'épargner des emmerdes. « Et pourquoi t'y a été qu'une fois au Circus ? Trop brutal pour toi ? Au cas où t'es pas au courant, le Cartel c'est pas vraiment le pays des télétubies hein. »

Le ton était moqueur, encore une fois. Même en étant « aimable », il avait toujours besoin d'en rajouter une couche.
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Message posté : Lun 30 Sep 2013 - 17:48 Message
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Si Jay accueillait les remarques sur son physique avec la suprême indifférence d’un homme mûr sûr de son charme (ou quelque chose comme cela), Abban, lui, n’était apparemment pas trop froissé qu’on l’accusât de lâche. La fuite, c’était un mode de vie et très franchement, il s’estimait bien plus malin d’éviter les ennuis que de chercher à se faire tabasser pour prouver son identité chromosomique : les notions trop testostéronées de l’honneur ne l’avaient jamais beaucoup travaillé.

Et pour ceux qui en douteraient, oui, il se pesait tous les matins et oui, il passait un temps considérable à se coiffer, devant le miroir, dans la salle de bain. Il fallait bien qu’Aishlinn le trouvât beau, non ? Et tous les autres. Évidemment, Abban aurait préféré être un peu plus comme Jay, un peu plus mâle, mais enfin, il se serait fait arracher toutes les dents avant de l’avouer. Non, merci, il était très bien. D’ailleurs, il rajusta un peu les manches de son blouson, que toute cette histoire avait dérangées.

Il secoua la tête à la proposition de Jay de rejoindre le Circus, visiblement sans se rendre compte que son aîné était sarcastique.

— Certainement. J’ai bien vu, j’tiens à mes gencives. ‘Faut être un barjo psychopathe pour se foutre dans des trucs pareils.

Il se ravisa un peu tard, pour corriger :

— Enfin, ceci dit sans vouloir te vexer.

Le pire, c’était qu’il était sincère : il ne contrôlait pas vraiment ses impulsions, d’un autre côté, il revenait dessus dès que l’occasion se présentait. Se mettre à dos un autre membre du Cartel quelques mois à peine après son arrivée n’était pas exactement dans ses projets, alors il faisait son possible pour arrondir les angles. Ses capacités en la matière n’étaient simplement pas très développées.

Quand Jay lui reprocha d’avoir « péter la machine », Abban se téléporta sans crier gare à côté du cariste et jeta un coup d’œil au chariot élévateur.

— Ben quoi, il marche, non ? Tu vois bien.

Bon, bien sûr, il vomissait un peu des câbles par son panneau de contrôle, mais ça, c’était un détail esthétique et, de toute évidence, Jay ne se souciait pas des détails esthétiques. Abban était en fait beaucoup plus préoccupé par les vers qui peut-être allaient venir ramper jusqu’à lui que par l’état du véhicule. En fixant la masse grouillante des animaux, il lâcha d’une voix distraite :

— Y a qu’à remballer les fils, là, revisser le panneau, et personne s’en rendra compte de rien.

Sauf la prochaine personne qui tenterait de démarrer normalement le chariot et qui allait faire disjoncter toute l’électronique mais ça, ce n’était pas tellement son problème. Pensait-il. Mais il fallait croire que Jay ne l’en laisserait pas s’en tirer à si bon compte. Quand l’homme lui intima d’aller chercher des pelles, Abban regarda les vers d’un air profondément dégoûté, mais entre ça et la perspective de devoir expliquer ses méfaits à une quelconque autorité, le choix était tout de même vite fait.

— …c’qui faut pas faire…

L’Irlandais disparut à peine sa phrase achevée pour réapparaître près du placard, disparaître une seconde fois et réapparaître encore à côté de Jay. En fait, il aurait peut-être pu gagner des combats au Circus en faisant sombrer ses adversaires dans la dépression nerveuse. Appuyé sur sa pelle, Abban contemplait les asticots avec un rien d’appréhension. Et s’ils décidaient de l’attaquer pendant qu’il pelletait ?

— Y aurait pas plutôt, je sais pas, un gros aspirateur ?

Puis ils mettraient le feu à l’aspirateur, enterreraient la carcasse calcinée et couleraient du béton dessus, histoire d’être sûr que les asticots ne s’enfuiraient plus. C’était à son avis beaucoup plus sage. Mais comme Jay n’avait pas l’air décidé à lui faire plaisir (quel ingrat), Abban commença à travailler, en écoutant d’une oreille distraite d’abord, puis outrée ensuite, les questions de Jay.

— Genre.

Oui, genre !

— J’étais au Cartel quand t’apprenais encore à conduire ces trucs, mecs.

Bon, c’était peu probable, mais c’était une façon de parler et puis, il était tout de même dans l’Organisation depuis sa première adolescence — ou depuis sa naissance, question de point de vue.

— C’pas parce qu’j’suis pas d’ici que j’suis pas d’dans depuis longtemps. On vient d’arriver.

Qui était « on », il ne le dit pas, non pour rester discret, mais parce que pour lui, c’était tout simplement évident.

— Hé ouais, le Circus c’est trop brutal. Désolé de pas être un gros bourrin. J’suis pas au Cartel pour m’bagarrer avec mes potes à la récréation, moi. J’ai du travail.

De la part de celui qui avait fait mumuse avec le chariot élévateur, avec le résultat que l’on sait, cela ne manquait pas d’ironie, et pourtant, Abban ne faisait pas tout à fait preuve de mauvaise foi.

— J’aime pas la violence, c’est superflu.

Pour un membre du Cartel, la déclaration avait quelque chose de bien paradoxal. Pour un spécialiste d’armes à feu, encore plus.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 15:45 Message
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Ce que les autres pensaient de lui importait assez peu à Jay, aussi lorsque le gamin sous-entendit qu'il était un « barjo psychopathe », le texan resta de marbre. Si c'était ce qu'il voulait penser, tant mieux pour lui. Les points de vue de chacun différaient trop et il savait parfaitement que plus d'une personne aurait approuvé ce que le minet venait de lui dire. Mais pas lui. Jay se battait depuis aussi loin que remontaient ses souvenirs et c'était donc devenu naturel. Son corps – que dis-je, ses gènes – avaient été faits de telle sorte à ce qu'il puisse se battre sans avoir mal, pourquoi aurait-il refusé de le faire ? C'était comme avec Abban, il pouvait se téléporter : aller sur le front aurait été stupide. Avec sa carrure de poulet, il n'aurait pas fait long feu dans l'arène du Circus.

« Si j'étais un psychopathe, je t'aurais explosé la tête pour m'avoir dit ça et c'est pas le cas. »

Hypothèse qui demandait à être vérifiée, mais il était peu probable que le minet aille s'amuser à provoquer des gars encore plus tarés que le texan juste pour vérifier cette idée.

Toujours est-il que le gamin osait prétendre que l'élévateur fonctionnerait parfaitement, même après avoir été traficoté de la sorte. Est-ce qu'il le prenait pour un demeuré ? Il était encore dans les couilles de son père que Jay s'amusait déjà à essayer de faire démarrer les voitures avec ce système, il savait aussi qu'il fallait les réparer après avoir agi de la sorte et que cet élévateur était bon pour l'atelier. Au fond, le texan s'en moquait, ça n'allait pas diminuer sa paie pour autant, mais disons simplement l'idée d'être pris pour un débile par un mioche commençait à l’irriter.

« Ouais c'est ça et le prochain qui le démarre fait tout péter. Tu crois que t'es le premier à faire ça sérieux ? »

L'agacement perçait clairement dans le ton de sa voix et ne s'apaisa pas lorsque le gamin se téléporta pour aller chercher les pelles. Bordel. Ça commençait sérieusement à le stresser de le voir disparaître et réapparaître partout, ça lui donnait même la furieuse envie de ramasser un journal pour lui en balancer un coup en pleine face – un peu comme avec les moustiques qui apparaissaient et disparaissaient sans arrêt. Jay n'émit toutefois aucune critique, bien qu'il se promit de lui en expédier une bonne la prochaine fois qu'il jouerait à ça à côté de lui. Non mais.

Lorsque le mioche-Abban lui donna la pelle, Jay commença à ramasser les asticots qui grouillaient sur le sol avec une neutralité qui donnait l'impression qu'il était en train de pelleter de la terre. Visiblement le gamin était le seul à être importuné par la présence de ces pauvres bêtes, qui au final n'avaient strictement rien demandé. Toujours est-il que devant le manque de « gentillesse » du cariste, l'indésirable se mit à la tâche. Pendant un bref instant, le texan songea qu'il allait enfin avoir l'occasion de se reposer un peu les oreilles, mais non ! À peine le silence s'était-il installé que déjà le gamin enchaînait pour commencer à lui montrer que lui il était né et avait grandi dans le Cartel, laissant certainement entendre qu'il valait mieux que lui. Jay n'avait jamais été amateur du jeu « celui qui a la plus grosse », il préférait laisser ce sale gosse penser ce qu'il voulait en se disant que c'était la dernière fois qu'il obéirait à son patron. Finalement, les clodos étaient bien moins chiants que lui. Au terme des répliques d'Abban, Jay s'arrêta de pelleter quelques instants et lui décrocha un regard sceptique.

« C'est superflu... C'est comme les perdants qui disent que l'essentiel c'est de participer, ou les nanas du type planche à repasser qui disent que les gros seins ça ne sert à rien. Forcément, t'es pas capable de le faire donc ça te semble superflu. » Logique inébranlable bien entendu. « T'aurais dû t'engager dans l'UNISON ou la Légion si la violence ça te débecte, j'te signale quand même que c'est un peu le fer de lance du Cartel. » Il reprit son boulot. « À Star City en tous les cas. T'avais qu'à rester dans ta ville de bisounours si c'est pas assez bien pour toi ici. »

Et paf, le raciste refaisait surface. Jay était vraiment l'homme parfait, homophobe, étroit d'esprit, raciste avec les étrangers, ne supportant pas les grandes gueules : Abban avait touché le gros lot avec lui ! Il n'y avait pas des masses d'asticots sur le sol, mais le texan prenait son temps pour laisser du boulot à l'autre emmerdeur.

« Et je m'en tamponne qu'tu sois dans le Cartel depuis longtemps. Tu pourrais être sortie du bide d'Atia en personne que je m'en foutrais autant. Alors si tu veux impressionner quelqu'un, va chercher dans les cours de récré, t'aurais peut-être une chance là-bas. » Après avoir pelleté une nouvelle fois, Jay leva la tête vers Abban. « Et moi aussi j'avais du boulot le minet, ça t'as pas empêché de venir m'emmerder en jouant avec l'élévateur, alors ton air sérieux, tu peux te le mettre où je pense. » Ça avait au moins le mérite d'être clair. Hésitant une fraction de seconde, Jay donna un coup de pelle sur le sol, envoyant voler quelques asticots qui atterrirent tous sur le gamin. « Oh bah merde, ça peut voler on dirait. Pas sûr que tu puisses fuir cette fois-ci. »

C'était à peine fait exprès.
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Message posté : Mar 1 Oct 2013 - 18:49 Message
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Jay n’était décidément pas fait pour être pédagogue. Plus les secondes passaient, plus Abban était exaspéré par le comportement de son confrère du Cartel — même si, de son point de vue, les combattants du Circus Maximus étaient autant des membres du Cartel que les strip-teaseuses des bars tenus par certains des vrais criminels. À ses yeux, une organisation criminelle n’était pas faite pour produire du divertissement et même si certains trouvaient à recruter parmi les combattants du Circus des hommes de main de l’efficacité desquels ils étaient sûrs, Abban trouvait que c’était attirer beaucoup d’attention pour un profit somme toute assez médiocre. Un truc d’Américains, quoi.

En fait, le jeune homme pensait de Jay exactement ce que Jay pensait de lui : que l’homme cherchait à se faire mousser en permanence et que c’était insupportable. Les attaques incessants du Texan sur la question de sa virilité irritaient particulièrement son interlocuteur qui, tout pacifiste qu’il était, avait bien envie de lui envoyer un coup de pelle dans la tronche, tout en sachant parfaitement que ce serait, hélas, tout à fait inutile. Il secoua la tête finit par marmonner :

— Non mais écoute, c’bon, on a bien compris que t’étais super fort, et courageux, et bien monté, un mec un vrai, on est tous super contents pour toi.

Sa réplique, cette fois-ci, avait été bien moins agressive qu’exaspérée. Des types comme Jay, Abban avait l’impression d’en avoir rencontré des dizaines, dans les bars de Dublin ou de Star City. Cette fois-ci, pas de différences entre les deux villes : il y avait toujours des gens pour souligner complaisamment la cruelle réalité d’une vie criminelle et sa rudesse, particulièrement aux plus jeunes. Des réactionnaires, aux yeux d’Abban, qui préféraient trouver des moyens de rester discret plutôt que de se contenter d’une brutalité prétendument inévitable.

Il avait décidé de ne pas même honorer d’une réponse le nouvel assaut de Jay concernant son âge, mais son attention fut bien vite détournée par les cinq ou six asticots qui venaient de tomber dans ses cheveux et sur ses vêtements.

— Bord…

La pelle resta suspendue en l’air pendant une demi-seconde, alors qu’Abban avait disparu. Le gamin était réapparu juste au-dessus du bassin de la piscine municipale et plongea de fait dans l’eau, dans l’espoir de noyer les fameux asticots. Une fois revenu à la surface, il se débarrassa aussi rapidement que possible de ses vêtements dans lesquels les immondes bêtes continuaient peut-être à s’agiter, récupéra son seul téléphone, se téléporta entièrement nu au milieu de sa salle de bain, pour attraper une serviette, se sécher rapidement, jeter le téléphone à la poubelle, s’habiller et revenir brusquement, les cheveux rejetés en arrière et encore mouillés, dans l’entrepôt. Toutes ces opérations lui avaient pris cinq bonnes minutes — un temps considérable pour lui.

— Putain, mais t’es vraiment trop con, mec. C’est quoi ton problème ?

Cette fois-ci, Abban se tenait à une distance respectable de Jay. Réapparaître en un temps record changé de la tête aux pieds et, apparemment, lavé, constituait une sorte d’exploit dont il ne chercha même pas à se vanter. Il était bien trop en colère — une vraie colère, mais un coup de sang superficiel de jeune impulsif. La colère qu’il ressentait à chaque fois que le Cartel qui l’avait bercé le décevait en l’obligeant à fraterniser avec des personnes que, du fond de sa morale trouble et de ses propres actions peu reluisantes, il considérait comme pas très respectables. S’il avait su que Jay était le frère de Charlie Lane, l’une de ses nouvelles héroïnes, il serait tombé de haut.

— ‘Tain, chais pas, t’es obligé d’être aussi chiant, merde à la fin ?

Ah, Abban et les fleurs élégantes de la rhétorique.

— Chuis désolé pour ton chariot à la con, voilà. M’enfin, qu’est-ce tu t’en fous, c’pas comme si t’allais l’payer ? Il appartient à une enflure qui passe sa vie à fumer des cigares comme un gros débile sur son yacht, j’parie, c’pas comme si ça nous concernait.

Abban avait tendance à penser un peu trop spontanément que tous les gens du Cartel étaient comme lui : issus des classes populaires et animés d’un désir de revanche à l’égard des riches et des puissants.

— T’as conscience qu’pour un mec qui trouve qu’j’ai une gueule de minet, tu m’juges encore plus sur l’apparence que l’ferait un ado, hein ? T’es comme ça avec tous les mecs dont la coiffure te r’vient pas, ou j’ai l’droit à un traitement spécial, parc’que j’suis étranger ?

Oui, des remarques sur les Irlandais — tous alcooliques, tous des terroristes, arriérés, mangeurs de patates et il en passait des meilleures — Abban en avait soupé. Les États-Unis, terres cosmopolites, on pouvait repasser.

— Cartel de merde, franchement, avec votre dope, et vos combats, et vot’ façon d’traiter les gens comme des moins que rien. La vache, v’z’êtes tellement imbus d’vous-même dans c’te ville qu’on dirait des Anglais, quoi.

Ça, c’était bien une inimitié typiquement irlandaise, mais Abban n’avait pas encore eu le temps d’acculturer ses références nationales.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 14:37 Message
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En voyant la manière dont le gamin interprétait ses paroles, Jay eut la preuve qu'il n'était finalement pas difficile à cerner uniquement pour sa sœur. Ce gamin avait compris l'opposé de ce qu'il essayait de dire, comme quoi l'incompréhension semblait le coller de près ! Mais ce n'était pas grave, le texan s'en contrefichait, savoir que ce mioche le percevait comme un type vaniteux et imbu de lui-même le laissait de marbre. Il songea même s'être débarrassé de lui lorsque le gamin s'éclipsa en se téléportant une fois de plus après s'être ramassé quelques pauvres asticots sur les cheveux. Non, mais franchement.... et après ça se disait être un fier membre du Cartel ? Jay ne savait pas d'où il venait, mais il allait songer à lui demander histoire de ne jamais y aller : si tous les habitants de son pays étaient aussi flippés que lui, ça devait être particulièrement lourd sur le long terme !

Calme et imperturbable maintenant que l'élément indésirable s'était enfui, Jay acheva son boulot en pelletant les derniers asticots qui traînaient sur le sol pour les remettre dans leur caisse. Nul doute que le magasin auquel ils étaient destinés allait trouver étrange de localiser quelques poussières et morceaux de bois au milieu de ses appâts. Bah, ce n'était pas son problème ! Songeant qu'il allait devoir se démerder pour reboucher les trous et remettre la caisse à sa place le tout sans élévateur, le texan pesta intérieurement. Quel petit con, il l'aurait fait chier jusqu'au bout ! Mais à la grande surprise de Jay, le petit con en question réapparut soudain – à bonne distance de lui – après s'être bichonné pour se débarrasser des pauvres vers qui, au final, n'avaient rien demandé.

Puis ce fut l'avalanche de reproches. Jay lâcha un soupir qui montrait clairement ce qu'il pensait de tout cela, puis se détourna pour aller ranger sa pelle de côté alors que l'autre continuait à lui déverser sa bile dessus. Pour le coup, le trentenaire avait l'impression de se retrouver avec une gonzesse en train de lui reprocher tout un tas de trucs dont il se contrefoutait totalement. Lorsque l'autre la ferma enfin, le combattant se retourna vers lui pour lui décrocher un regard lassé.

« T'aurais pu rester à te bichonner chez toi au lieu de revenir. » Il souffla d'un air contrarié. « Si tu trouves que c'est d'la merde ici du-con, t'as qu'à rentrer dans ton pays. » Faisant un pas vers le gamin il reprit. « Chez moi on dit que si quelque chose plaît pas à quelqu'un, il a qu'à se tirer ailleurs, alors tire-toi si un truc te convient pas, t'es pas irremplaçable ! »

Non, mais franchement, pour qui il se prenait ce petit con ? Jay détestait les étrangers et il n'allait pas dans leurs pays, alors que ces connards d'étrangers ne viennent pas faire chier à se la jouer « c'est nul chez vous » s'ils venaient ici. La tolérance ne faisait pas partie des qualités dont Jay était doté et si vous ajoutiez l'impulsivité, vous compreniez vite que le mioche avait manqué de se ramasser un jeté de pelle en pleine tronche. S'il n'avait pas été capable de se téléporter, il y aurait certainement eu droit.

« Je m'en contrefous que tu sois étranger, même si je les aime pas, toi c'est juste parce que t'es un petit con que je te traite comme ça. » Ça avait le mérite d'être clair au moins. « Je m'en fous aussi de ce chariot, c'est le pour le principe que j'ai fait ça. Tu crois quoi ? Que tu vas débarquer ici parce que t'es peut-être le fils d'un haut placé du Cartel et que tu peux traiter les gens comme de la merde parce que t'es en pleine crise d'adolescence et que t'as les hormones qui travaillent ? » Le ton montait à nouveau, en même temps que l'irritation de Jay. « Si t'as envie que j'te respecte, tu te comportes comme un adulte et pas comme un sale gosse qu'à besoin de faire sa crise d'hystérie parce qu'il a pas eu le jouet qu'il voulait. »

Les gamins avaient le don de l'emmerder et le fait que celui-ci lui parlait comme s'il était le Prince de Monaco en personne l'emmerdait sérieusement. Au fond, tout le problème venait du fait que Jay avait du mal à tolérer les gamins et qu'il avait l'impression de se retrouver face à un sale gosse qui faisait sa crise d'adolescence. Est-ce que c'était vrai ou non ? Peu importait, tout ce qu'il retenait, c'était que le gamin l'énervait. Décidant de passer ses nerfs sur autre chose, Jay laissa une montée d'adrénaline le prendre avant de se servir de sa force pour repousser la grosse caisse d'un geste du pied. Pas d’élévateur ? Et bien il ferait avec les moyens du bord !

« Je m'en branle de ce que tu penses de moi, prends-moi pour un ado si ça te fait plaisir, t'es pas assez important pour moi pour que ton avis m'importe. » Seul celui de quelques – très – rares personnes avait de l'importance à ses yeux. « Mais laisse-moi te dire qu'en te comportant comme un petit con, t'es pas différent des autres étrangers et des autres gamins de Star City. Au fond, t'as rien d'un gars du Cartel. » Tournant le dos à Abban, il conclut sur une note aussi agréable. « Alors si tu comptes encore m'emmerder avec tes crises, casse-toi et fiche-moi la paix, sinon bouge ton cul pour réparer les trous que t'as fait là-dedans. »

À lui de décider de ce qu'il allait faire.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 18:41 Message
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Si Jay n’avait pas été cariste, Abban l’eût certainement pris pour l’un de ces patrons qui se croyaient obligés de déverser leur paternalisme condescendant sur tout ce qui bougeait, à grands renforts de démonstration de force. D’ailleurs, un doute l’assaillit. Ce type-là était peut-être le patron du coin, un patron de second zone, qui régnait sur son petit de deux entrepôts et trois chariots, et qui compensait le mal être existentiel de ne pas avoir un yacht en pourrissant la vie de ceux qui l’entouraient.

Les deux membres du Cartel s’enfonçaient donc gaillardement dans leur mutuelle incompréhension, à mesure que chacun construisait en soi-même, au rythme de sa colère, une vie pour l’autre. Dans cinq minutes, Abban allait hériter de l’Empire de Russie et Jay gouverner une flottille de bateaux de plaisance. L’Irlandais pour sa part était absolument sidéré par la monumentale mauvaise foi de son interlocuteur, qui n’en continuait pas moins à réparer le désordre qu’il avait lui-même semé.

La diatribe assassine de Jay fut accueillie par un océan de perplexité. La psychologie humaine, parfois, échappait un peu à Abban : il comprenait mieux les voitures ou les serrures. Or, il avait dépassé le point de l’énervement, il s’était mis en colère sur tous les points qui l’avaient mis et, à ses yeux, l’improbable persévérance de Jay dans son ressentiment, se présentait à lui désormais de façon un peu extérieure, comme une sorte de mystère de l’humanité qui avait de quoi laisser songeur.

Dans la mesure où il ne tenait somme toute pas Jay en très haute estime, les récriminations du texan l’atteignaient assez peu. S’entendre dire qu’il n’appartenait pas au Cartel par un combattant du Circus Maximus aurait même eu quelque chose d’un peu ironique, si Abban n’avait pas été aussi exaspéré et attristé par la situation. Sans rien dire, Abban se téléporta près de la caisse et se mit au travail, pour consolider tant bien que mal les dégâts causés par sa maladresse — et de toute évidence, les réparations en tout genre, ça le connaissait.

Le silence s’était imposé tandis que la caisse reprenait approximativement son aspect d’origine. Enfin, elle ferait illusion, quand elle serait tournée du bon côté et, à moins qu’en chargeant et déchargeant il prît l’envie à un employé d’examiner toute la cargaison en détail, on ne se rendrait compte que trop tard que le matériel avait été un peu chahuté. Et puis, ça arrivait sans doute le temps, au port, avec ces millions de conteneurs qui entraient et sortaient tous les jours, non ?

La caisse réparée, Abban se redressa et se frotta les mains pour se débarrasser de la sciure. Après un moment, il risqua :

— N’empêche…

Il gardait ses sens en alerte. Toute confiance en ses réflexes, certes, mais pour le coup, il préférait être absolument sûr d’éviter la baffe qui pouvait partir et à laquelle il n’aurait probablement pas survécu. Il ne comptait pas vraiment reprendre leur stérile dispute, mais dans l’état de Jay, la prudence était très certainement mère de sureté.

— C’doit être triste, d’avoir tellement travaillé pour les gros bonnets du Cartel ou les bourgeois du port que t’es pas capable d’reconnaître les types comme toi quand t’en vois. T’as l’impression qu’les gens qui foutent la merde dans leur bel ordre établi, avec leurs entrepôts, et les caisses qu’ils vendent et qu’ils te font soulever, c’est des salauds ?

Abban secoua la tête et reprit d’une voix bien plus calme qu’il n’en avait eue depuis le début de leur conversation :

— Les salauds, c’est les types qui ont un entrepôt ou les types qui taxent les paris du Circus Maximus et qui dirigent le Cartel sans avoir jamais fait un casse, p’t’être sans avoir jamais vu un combat. Toi t’es là et t’essayes d’me vendre leur ordre, et leurs valeurs, parce que t’aimes pas qu’j’ai caissé la machine du proprio et que j’veuille pas voir de pauvres mecs se faire tabasser pour le plaisir des riches ? J’sais pas, j’suis p’t’être un gamin, mais toi, t’es p’t’être trop vieux et trop docile. Les gens dociles, y finissent en taule ou dans une baraque miteuse à compter les trois dollars de leur retraite.

Oui, Abban était un marxiste révolutionnaire qui s’ignorait, parfaitement convaincu par la mauvaise conscience de classe, l’aliénation des outils de travail et le reste. Il ne lui manquait plus qu’une carte de bibliothèque et la patience de lire le Capital pour fonder une ligue révolutionnaire.

— J’préférerais crever, tu vois, qu’être le fils d’un haut placé, qu’ce soit du Cartel ou d’ailleurs. J’préfère faire une crise d’adolescence qu’être une adulte pour ces gens-là.

Parce que pour se divertir, Abban aurait pu aller jouer sagement au bowling plutôt que d’emprunter un véhicule d’un gros industriel pour défoncer un entrepôt d’un gros commerçant. Mais ça n’avait pas la même saveur.

— Moi, si j’avais ton pouvoir, leurs caisses, j’les rangerai pas. J’les défoncerai.

Il haussa les épaules.

— M’enfin, t’sais, j’suis qu’un étranger, comme tu dis. En Irlande, la guerilla, c’t’une marque de fabrique. C’est sans doute beaucoup plus sage, beaucoup plus adulte et beaucoup plus sérieux de conduire les chariots élévateurs en respectant le marquage au sol. C’est comme ça qu’on fait des profits.

Sur ces bonnes paroles, il tourna le dos à Jay et s’éloigna en marchant, pour éviter de le conduire jusqu’à la rupture d’anévrisme — mais il tendait l’oreille. Un coup de pelle est toujours trop vite arrivé.
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Message posté : Mer 2 Oct 2013 - 20:59 Message
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Jay s'était franchement attendu à ce que le gamin persiste dans ses répliques sans queue ni tête – pour lui – mais non, il se contenta de la fermer pour s'atteler à la tâche sans broncher ce qui eut le don d'apaiser un peu la colère du texan. Mais pas pour longtemps à n'en pas douter, le trentenaire était quelqu'un d'impulsif et il aurait très bien pu en vouloir à mort à ce pauvre gosse qui, au final, n'avait rien fait de mal si l'on occultait le fait qu'il avait forcé un entrepôt pour bousiller une marchandise qui ne lui appartenait pas. Au fond, Jay était bien mal placé pour lui faire des reproches, lui-même faisait le même type de conneries lorsqu'il avait son âge et il se serait certainement comporté pareil face à un type plus vieux que lui – les téléportations en moins cela dit. Mais c'était sans importance : le texan oubliait rapidement ce qui l'avait concerné, tout comme il ne voyait pas plus loin que le lendemain en ce qui concernait ses projets. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il n'avait rien à gagner en se montrant aussi chiant pour le boulot : peut-être que demain il ne supporterait plus son patron et enverrait tout chier. Mais ça, Abban ne pouvait évidemment pas le deviner et quand bien même l'aurait-il fait, il s'en moquerait certainement.

Jay avait rangé les pelles pendant ce temps et avait bloqué la serrure où il fallait insérer la clé pour faire démarrer l'élévateur, au moins pas d'emmerdes pour demain et pas de reproches en perspective ! Après quelques instants, le mioche reprit finalement la parole et Jay lui décrocha un regard, presque étonné de voir qu'il était encore là. Il s'en serait bien passé pourtant ! Dès que le mioche commença à parler plus de deux mots, le combattant flaira le déluge de conseils, reproches ou critiques et il ne se trompa pas !

Tout d'abord, ça commençait par critiquer son boulot en présumant que ça devait être triste de bosser pour des types qu'il ne connaissait pas. Puis ça poursuivant en émettant la fausse hypothèse que Jay puisse considérer que les gens comme lui comme des salauds. Non, c'était simplement les petits cons qui venaient l'emmerder, ici ou ailleurs, c'était du pareil au même. Mais ce gamin devait être tellement persuadé de ce qu'il disait que le contredire n'aurait servi à rien de plus qu'user sa salive pour des prunes. S'éloignant pour finir de ranger les conneries du gamin, Jay l'entendit poursuivre pour raconter tout un tas de conneries. Franchement, ce crétin croyait le connaître parce qu'il l'avait entendu parler deux minutes ? S'il le voyait comme un type docile, il se foutait le doigt dans l’œil et jusqu'au coude. Mais une fois de plus, le texan resta calme : l'avis de ce gamin lui importait peu, il aurait aussi bien pu prétendre qu'il bossait dans un club de gay pour arrondir ses fins de mois qu'il n'aurait pas été plus vexé.

La référence à son pouvoir ne lui importait pas davantage et le fait de savoir qu'il avait affaire à un Irlandais le laissa de marbre. Irlandais, Écossais ou Africains, c'étaient des étrangers et voilà tout. Ils étaient tous dans le même sac pour le texan. La suite prouva une fois de plus à Jay que ce gamin se la jouait rebelle juste pour sortir du lot. Il était encore trop immature pour piger que parfois, conduire en respectant le marquage du sol c'était le meilleur moyen pour pouvoir rester en paix tout en faisant ses conneries. Il avait déjà la dégaine du type peu fréquentable et ses frangins des casiers judiciaires longs comme le bras. Pas la peine d'en rajouter en crachant sur la république juste pour avoir l'air rebelle : il se foutait de l'avis des autres. Les conneries qui étaient arrivées s'étaient produites uniquement parce que Jay et ses frangins voulaient faire un truc qui n'était pas légal et non pour se la jouer rebelle. Comme le mioche s'éloignait, le combattant se contenta de récupérer sa torche pour lancer quelques mots.

« Et bin t'es pas moi, puis faut bien des types dociles dans mon genre pour que les gagnants dans ton genre puissent dominer quelque chose. » Il soupira légèrement avant de lâcher autre chose d'un ton plus fort. « Et tire-toi en te téléportant, j'ai pas envie que t'apparaisse sur les autres caméras ! »

Signe qu'il allait le couvrir ou pas ? Il verrait bien si jamais quelqu'un débarquait chez lui pour lui demander des comptes. Peut-être qu'à ce moment il verrait l'intérêt de « conduire dans les marquages », sauf si Jay ne vendait pas la mèche. Ce serait la surprise du chef.

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Tuuut-tuuut. Aaah ! (Jay)

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