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Istiophorus Platypterus (Aishlinn)

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Message posté : Ven 27 Sep - 20:32 Message
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— Ça ferait seize dollars.
— Seize dollars ?! Mais c’est du vol, Mademoiselle…
— Monsieur.
— C’est du vol ! Pour une séance de cinéma ? Appelez moi votre supérieur.
— Les tarifs sont les mêmes pour tout le monde, Madame.
— Monsieur !

Abban afficha un sourire ironique.

— Oh. Désolé.

Le client empocha son ticket d’un air furibond et marcha vers l’escalator. Abban contempla le hall gigantesque du cinéma désormais entièrement vite. Vingt-trois heures trente. Les clients de la dernière séance venaient d’entrer. Son service était fini. Aishlinn aurait bientôt fini le sien. Il y avait des semaines comme celles-ci où ils héritaient tous les deux des services de nuit. Ce n’était pas les pires : leurs emplois du temps coïncidaient encore. Quand ils étaient en décalage, les jumeaux rendaient la vie de leur entourage professionnel très difficile.

Une seconde plus tard, Abban apparaissait au milieu du couloir qui menait à la salle des personnels. Il troqua rapidement son uniforme de guichetier pour ses habits de ville et tapa son code dans la machine qui servait de pointeuse. La femme de ménage, qui attendait de pouvoir passer dans les salles après la dernière séance, lisait un magazine féminin.

— Dis, mon grand… ?
— Hmm ?

Abban s’apprêtait à partir, mais le ton maternel le prenait toujours par les sentiments.

— Mon fils va bientôt avoir vingt ans, qu’est-ce que tu crois que je pourrais lui offrir ?
GTA V !
— « J’ai tes A5 » ? Du papier ? Pour quoi faire ?

Abban esquissa un sourire indulgent, s’assit sur le banc à côté d’elle et se mit à lui vanter les mérites de ce jeu magnifique où l’on pouvait conduire une voiture à toute allure en écrasant des policiers. La femme ne parut pas très convaincu, mais elle sortit son petit agenda de poche pour noter consciencieusement le nom.

— G. T. A. 5. Mer…

Abban avait déjà disparu.

— …ci.

Elle secoua la tête : ces jeunes, toujours pressés. À cinq kilomètres de là, Abban apparaissait dans une ruelle un peu obscure, juste devant un clochard qui sursauta et se frotta les yeux. Le jeune homme tira un billet de cinquante dollars de sa poche et le tendit à l’homme, toujours un peu perplexe, avant de contourner le coin de la rue et d’attirer dans ses bras Aishlinn, qui venait tout juste de sortir. Un timing parfait.

— Comme tu m’as manqué…

Je traduis. Parce qu’en fait, pour le néophyte, il lui avait dit quelque chose comme « t’man ». Mais pour les besoins des lecteurs et des narrateurs de ces fabuleuses et truculentes histoires, toutes les conversations des jumeaux seront rendues dans un langage à peu près compréhensible pour « les autres » que nous sommes. Abban se détacha sa jumelle pour lui prendre la main gauche.

— Trop chiants, les clients, aujourd’hui. Les mecs, t’sais, y viennent au ciné’, mais t’as l’impression qu’ils ont juste pas envie de payer. Qu’ils fassent comme tout le monde, qu’ils piratent les films sur Internet.

Ou qu’ils fissent comme les jumeaux : se téléporter dans la salle, passer à travers les murs et assister à la projection du dernier blockbuster sans avoir déboursé un centime. Même si, maintenant qu’Abban avait le droit aux séances gratuites, tout cela perdait un peu de son intérêt.

— Viens, on prend la moto, j’t’emmène faire un tour.

« La moto », ce n’était pas exactement « leur » moto, mais enfin, ils l’avaient « trouvée » et, pour un jour ou deux, ils se l’appropriaient, avant de l’abandonner sur le coin d’une route, où la police la récupérerait pour la rendre à son légitime propriétaire. Voilà qui ne faisait de mal à personne. Quelques minutes plus tard, après avoir récupéré la moto soigneusement dissimulée sous une bâche en plastique dans un chantier, non loin de là, les jumeaux fonçaient au mépris des limitations de vitesse et de la signalisation, dans un trajet odieusement court.

La moto dérapa dans une ruelle obscure avec une aisance inhumaine et les jumeaux en descendirent. Aussitôt, Abban récupéra la main d’Aishlinn dans la sienne pour courir jusqu’au grand bâtiment qui se dressait devant eux. Il travaillait dur pour améliorer ses talents de téléporteur et être un jour capable d’emporter sa jumelle avec lui, de fusionner complètement le temps d’un saut, pour l’heure, il fallait encore marcher, parfois. Abban désigna l’Aquastar du doigt.

— Paraît qu’y’a des requins super gros, et tout. Et puis à cette heure-là, y a personne. Faut juste faire gaffe aux caméras, mais y en a qu’aux entrées et aux ventilations, pas aux étages. Puis y a des gardiens, des fois, j’suppose, mais bon, ça devrait aller.

N’est-ce pas. Rien qu’ils n’eussent déjà fait des milliers de fois, dans des endroits mieux gardés qu’un aquarium, aussi réputé fût-il.

— On se rejoint là-bas ?

Abban avait désigné un point à l’ouest du bâtiment, au deuxième étage et, une fraction de seconde plus tard, c’était là précisément, assis sur une banquette, qu’il attendait.
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Message posté : Ven 27 Sep - 23:30 Message
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_ J’ai vu ton frère l’au…
_ Jumeau.
_ Oui, ton jumeau. Bref, il est super mignon.

Aishlinn se tourna vers sa nouvelle collègue, arrivée il y a deux semaines, qui visiblement attendait que la jumelle en question lui propose de lui arranger un rencard, ou au moins qu’elle lui dise s’il était célibataire ou non. L’irlandaise resta planté là, son assiette de frite fichée dans le creux de sa main, à la dévisager sans répondre quoi que ce soit. Un, Aishlinn trouvait que qualifier sa moitié de « frère » était réducteur. Deux, aucune chance qu’elle puisse l’intéresser, il lui manquait des attributs plus virils. Trois, ce n’était une entremetteuse, encore moins quand il s’agissait d’Abban. Sa collègue passa d’un pied sur l’autre, le regard fuyant. Quatre, en plus elle n’avait aucune personnalité.

_ Je me demandais si, enfin tu vois, si…
_ Oublie !

Aishlinn tourna les talons et entra en salle où elle déposa l’assiette de frite devant un type qui trouva le moyen de se plaindre de la longueur du service. Pas de sa faute à elle, si une fille en pleine découverte d’hormone venait de lui bouffer du temps ! Elle s’excusa dans un sourire et repassa en cuisine, qu’elle traversa pour aller dans la pièce réservée au personnel. Adieu tablier horrible, jupette de bonne sœur et chemise horrible. Elle enfila un jean, ses bottes par-dessus, récupéra son t-shirt serré à l’effigie d’un jeux vidéo et poussa la porte de l’entrée de derrière pour sortir.

Elle retrouva les bras de son jumeau dans un soupir de soulagement. Les séparer quelques heures, c’était pire que le militaire qui laissait femme et enfants pendant de long mois.

_ J’ai cru que j’allais tomber en rade de batterie. L’angoisse.

Etre séparé était déjà une épreuve mais, ne même plus pouvoir se contacter par texto ou appels ?! Inenvisageable ! Un motif suffisant pour quitter son poste et aller directement au cinéma pour s’assurer qu’il allait bien. A regret, elle se sépara de lui pour secouer la tête devant la stupidité des clients d’Abban.

_ J’les échanges contre la nouvelle. J’crois qu’elle a bavé sur tous les plats en pensant à toi.

Ce qui n’était pas étonnant aux yeux d’Ashlinn, son jumeau était parfait. Mais c’était dérangeant parce qu’elle ne comptait pas le partager. Elle glissa sa main dans celle d’Abban et, arrivés devant la moto, elle s’installa derrière lui. Une raison de plus d’enrouler ses bras autour de lui, il aurait été dommage qu’elle tombe, vous comprenez bien. Aishlinn avait toujours aimé les trajets quand c’était lui qui conduisait, bien plus doué qu’elle dans ce domaine, ça lui donnait presque l’impression de voler au-dessus de la route, en ne faisant qu’un avec lui. Impossible à expliquer. De toute façon, le dictionnaire n’avait pas inventé de terme assez fort pour décrire tout ce qu’elle pouvait penser de lui, de leurs activités et de leur relation.

Devant l’Aquastar elle leva les yeux pour suivre la direction qu’on lui indiqua puis, elle perdit le contact contre sa main. Elle avisa une dernière fois le bâtiment et entra à son tour à travers un mur, pour éviter les caméras de l’entrée. L’endroit était gigantesque, assez pour ne pas croiser de gardiens qui devaient être ailleurs, à faire leurs rondes. Elle monta à l’étage, évita les caméras en passant dans les angles morts, passa au deuxième étage au pas de courses pour, enfin pouvoir retrouver Abban et, sa main.

L’entrainant avec lui, elle se posta devant l’énorme vitre où se pressaient des tonnes et des tonnes d’eau. Sa main de libre se posa dessus, son regard absorbé par la vue de leur offrait l’endroit. Eux dans le noir, l’eau faiblement éclairée mettant en avant un paysage marin. Son regard était incapable de savoir sur quoi il devait se fixer : ce petit poisson de toutes les couleurs, celui qui arrivait à se fondre dans le décor, ou cette plante toute bizarre mais jolie ?

_ Là, regarde !

Sa main libre avait pointé une direction mais, la masse volumineuse qu’elle avait vue bougée avait déjà disparu derrière un décor quasi naturel.

_ Viens.

Elle partit en courant, une main tenant celle d’Abban, alors que les bouts de ses doigts – de l’autre main, hein – restaient accrochés contre la vitre. De l’extérieur, ils contournaient le rocher posé en plein milieu pour avoir une vue différente de la première. Aishlinn, s’arrêta.

_ Mais… C’est pas un requin.

Il n’était même pas aussi gros qu’elle l’avait d’abord imaginé.

_ Tu crois qu’ils font des combats d’escrime entre eux ?

Oui parce que la grosse masse noire qu’elle avait vue, se trouvait être une sorte d’espadon avec l’avant allongé et en pointe. Elle aimait bien l’idée qu’ils puissent, entre poissons de la même espèce, s’organiser des tournois. Impossible mais on ne demandait pas à Aishlinn de rester terre à terre tout le temps. Elle posa son regard sur Abban, dans un sourire qui annonçait une idée. Le genre d’idée considérée comme peu légale.

_ A ton avis, les tenues de plongée, ils les rangent où ?

Plusieurs bassins, tous n’avaient pas forcément des requins à l’intérieur alors, ils pourraient peut-être en profiter pour aller se baigner. Elle n’était pas experte en plongée sous-marine, mais ils n’étaient pas obligés d’aller bien loin. Elle n’avait jamais nagé avec des poissons, toute expérience nouvelle était bonne à prendre, non ?
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Message posté : Sam 28 Sep - 0:31 Message
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Abban n’avait pu retenir un sourire quand il avait entendu que la serveuse, la nouvelle, était tombée sous son charme. Les filles, ça ne l’intéressait pas trop, parce que franchement, à côté d’Aishlinn, il n’y avait pas beaucoup de compétition, mais il était toujours ravi de l’intérêt qu’on pouvait lui porter. Le sourire en question, il le ravala en une demi-seconde après avoir croisé le regard assassin de sa jumelle qui elle, en revanche, n’était jamais ravie de l’intérêt qu’on pouvait lui porter à lui. L’une de leurs rares petites divergences.

Bien vite oubliés : ils couraient comme des enfants dans l’aquarium pour tenter d’apercevoir le fameux poisson. Ils le découvrirent avec des yeux émerveillés. Abban hocha vigoureusement la tête quand Aishlinn émit la très zoologie hypothèse des combats d’escrime.

— Hé, Ashan et Abline, ils se battent bien tout le temps, les poissons doivent faire pareil.

Ashan et Abline, c’était leurs deux chats, le mâle et la femelle, évidemment issus de la même portée et qui régnaient sans partage sur l’appartement où ils consentaient, dans leur infinie mansuétude, que leurs humains un peu simplets vinssent parfois se reposer. En tout cas, les jumeaux avaient désormais une théorie imparable : puisque les chats se battaient entre eux avec leurs griffes, qui étaient les armes que la nature leur avait données, il était parfaitement logique que les espadons fissent des combats avec leurs épées.

— Tu t’souviens, en cours, une fois, on a lu ce chapitre du type, là, dans le roman…

Très précis. Abban esquissa une moue songeuse en tentant de se rappeler l’un de ces cours où il avait probablement était beaucoup plus occupé à faire la conversation à sa voisine pendant qu’Aishlinn la soulageait de sa carte de cantine qu’à écouter les explications de son professeur de littérature. Évidemment, vous, amis lecteurs, vous aurez immanquablement reconnu la référence au trente-deuxième chapitre de Mardi, and A Voyage Thither de l’incomparable Herman Melville, dont vous avez gagné un ponctuel extrait :

Spoiler:
 

Abban, lui, ne retrouvait rien de tout cela et finit par hausser les épaules.

— Ouais, bref.

Ses réminiscences littéraires l’intéressaient à vrai dire bien moins que la nouvelle proposition de sa sœur. Il suivit l’aquarium du regard et partagea ses réflexions à haute voix :

— ‘Doivent avoir des soigneurs, les poissons. Alors, à côté des aquariums, mais en haut, à la surface.

Les jumeaux levèrent les yeux vers le plafond.

— Faut trouver une entrée d’service.

Quelques secondes plus tard, ils examinaient une porte « Réservé au personnel » et conclurent en chœur qu’elle était sous alarme. Comme si ça changeait quelque chose. Abban lâcha un instant la main de sa jumelle pour la récupérer une fois apparu de l’autre côté, alors qu’Aishlinn achevait de traverser cet obstacle dérisoire. Il avait vraiment fallu les détecteurs thermiques de leur malheureuse bijouterie irlandaise pour les prendre au piège.

Les deux compères gravirent quatre à quatre les escaliers, traversèrent une nouvelle porte et ne tardèrent pas à arriver dans le local des soigneurs.

— On y voit que dalle.

Abban sortit de son blouson l’une des petites lampes de poche qui faisait partie de leur panoplie habituelle, celle qu’ils s’empressaient de faire disparaître dans les bouches d’égout quand les policiers les regardaient avec un peu trop d’insistance. Le mince faisceau de lumières passa devant une rangée de casiers, comme dans toutes les vestiaires, un panneau d’affichage, des sceaux pour les poissons que mangeaient les poissons, un grand plan de l’aquarium avec la localisation des différentes espèces et des équipements de plongée bien alignés.

Avec un sourire ravi (celui que leurs professeurs avaient toujours trouvé inquiétants), les jumeaux se plantèrent devant le plan de l’aquarium.

— …ah…

Cruelle déconvenue. Tous les noms étaient écrits en latin. Au moins, cette fois-ci, pas de remord : même s’ils avaient suivi le lycée jusqu’au bout, ils n’eussent jamais été capables de comprendre tout cela. Abban déchiffra péniblement :

— Ist…io…phor…us. C’est là où on est, t’crois ?

Il secoua la tête : c’était peine perdue. Il finit par extirper son smartphone fraîchement dérobé dans les transports en commun à un avocat qui n’en aurait sans doute pas autant besoin que lui.

— Vas-y, lis moi les noms, j’vais chercher sur Wikipédia. Autant éviter de tomber sur des trucs trop dangereux, hein.

Parce qu’il n’avait pas du tout envie de voir Aishlinn se faire dévorer sous ses yeux et que les jumeaux ne s’étaient encore jamais posés la question de savoir ce qui deviendrait la jeune fille si elle se faisait intangible dans l’eau.
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Message posté : Sam 28 Sep - 3:07 Message
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_ Hann, ouais, c’était…

Aishlinn avait claqué des doigts pour, tout de suite après pointer son index en direction d’Abban. Le truc super classe qui annonçait la super révélation de l’année – voir du siècle. Et, à la fin de son geste, elle avait soupiré en laissant ses épaules s’affaisser. En fait, elle ne s’en souvenait plus. Son abandon s’était mêlé à celui de son frère.

Très vite, ils avaient eu d’autres préoccupations en tête, comme trouver ce fameux point qui servait à aller rejoindre les poissons pour aller faire trempette. Une course plus tard, un pouvoir bien utile utilisé, ils étaient devant un plan. Aishlinn ne manqua pas de soupirer. Ils auraient pu donner des noms plus simples sur leur fichu plan. C’était un vrai manque de respect de ne pas penser aux gens qui venaient ici, en pleine nuit, dans l’espoir de tromper la vigilance des gardes. L’idée de laisser un message dans le bureau du directeur pour lui faire part de son mécontentement lui traversa l’esprit. La question de son jumeau l’empêcha de pousser cette pensée plus loin.

_ J’sais po mais, Ils doivent bien se foutre de not’ gueule les poissons, à savoir les noms à la con qu’on leur file. Alors…

Elle braqua sa propre lampe vers le plan, plissant les yeux pour espérer y voir plus clair.

_ Scyphozoaires. Elle lui épela le mot. On dirait un nom…

De maladie, ce qu’elle évita de dire. De toute façon, Abban lui annonça bien vite que c’était les méduses.

_ Ouais, c’est ça, on dirait un nom de méduse. Bref. Echinodermata…

Et ce petit manège, à filer un mal de crâne pas possible. Forcément, il n’y avait que des types en blouse blanche, avec des lunettes et les cheveux blancs hirsutes, qui pouvaient filer des noms pareils. Etoile de mer, faut croire que ce n’était pas assez parlant. Bref, il en était ressorti, dans le plus intéressant, que les Chondrichthyes étaient, en partie, le gros méchant qui te mange une jambe quand tu fais du surf – long mais plus parlant et les Tursiops truncatus (qu’elle avait d’abord prononcé TrucCactus, pas étonnant qu’Abban ait mis un peu plus de temps à trouver) étaient les dauphins. Ceux qui, à en croire le guide du voyageur intergalactique, étaient assez intelligents pour se barrer avant la fin du monde, après avoir gracieusement prévenir les humains.

Aishlinn baissa sa lampe pour se tourner vers son jumeau.

_ Les dauphins, c’est cool.

Un grand sourire sur le visage, elle vit aussi l’avantage de ne pas continuer à lire des noms imprononçables. Puis, de mémoire, c’était intelligent donc, plus d’interactivité. Une idée qui trouva un deuxième adhérent, en Abban, en même temps qu’elle. Des fois, c’était à se demander pourquoi ils prenaient encore la peine de se parler. Elle aimait l’entendre. Quelle question ! Braquant à nouveau sa lampe sur le plan, elle dessina un trajet du bout du doigt.

_ Donc on est là, aux ist… escrimeurs marins. Si on passe par là, on pourra voir les requins et, remonter ici pour arriver dans une autre salle du personnel près des dauph…

La porte s’ouvrit un peu plus loin et, dans un même mouvement, les jumeaux avaient éteint leurs lampes torches pour faire deux pas discrets en arrière, passant ainsi derrière une rangée de cassier.

_ Tu devrais le lire, je te dis. C’est un type, qui part découvrir le Pacifique sud.
_ J’ai déjà oublié le nom, tu sais, alors…
_ Mardi : And a voyage Thither

Le regard d’Aishlinn croisa celui de son jumeau dans un sourire. Elle savait bien que le nom du bouquin allait lui revenir. Saluons au moins un des deux gardiens, venus prendre leur pause ensemble. Doucement, les jumeaux avaient continué de reculer, à l’abri des regards jusqu’à se retrouver contre un mur. Aishlinn attrapa la main de son double. On vous a déjà parlé de leurs codes linguistiques ? Ils en avaient aussi dans la manière de se tenir la main. L’index d’Aishlinn s’intercala entre deux des doigts d’Abban. Comprendre : Prend ta respiration on traverse l’obstacle le plus proche. Une phrase qui était elle-même dans leur propre langage. Toujours sans mouvement brusque, ils entamèrent un nouveau pas en arrière mais, cette fois, aucun des deux ne fut tangible, le mur fut traversé et chacun retrouva sa consistance de l’autre côté.

Esquiver les gardiens en tournant autour des casiers aurait été amusant mais, bien moins que de passer voir des requins et aller saluer des dauphins. Ils avaient été au plus rapides. Nullement inquiétée, une position de main revenue à la normale, Aishlinn prit la direction du parcours qui était prévu. Ils débouchèrent dans un tunnel de vers, de l’eau tout autour d’eau. Heureusement, elle n’était pas claustrophobe.

Elle chercha autour d’elle, les fameux requins de la famille des Chondrichthyes, tout en fredonnant le thème des dents de la mer. Elle jeta un regard à son frère dans un haussement d’épaules, s’interrompant dans sa mélodie.

_ Parc’que c’est vachement moins impressionnant sans la musique.

Vrai, la musique faisait tout, elle annonçait le requin, donc la petite panique créer avant son apparition. Même si, honnêtement, on avait déjà vu plus flippant que Jaws. Explication faite, elle reprit la musique principale avant de s’arrêter soudainement et de se coller à une vitre, les deux mains dessus pour en voir passer un.
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Message posté : Sam 28 Sep - 10:35 Message
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Un frisson avait descendu le long de son échine, quand ils étaient passés à travers le mur — il avait la même sensation à chaque fois qu’ils faisaient cela : un mélange d’excitation et de culpabilité. Jamais il n’eût été capable de faire profiter ainsi Aishlinn de son pouvoir. Il ressentait alors pour sa sœur la même admiration respectueuse que le bouddhiste fervent qui contemplerait la face auguste du Grand Lama. Et la légère frustration de lui être inférieur ou, tout du moins, sur ce point particulier, différent.

Mais il eut bien vite plus important à penser et à contempler : le spectacle de ces masses d’eau qui les surplombait était assez grandiose pour le distraire de la plupart de ses préoccupations. Serrant un peu plus la main d’Aishlinn, il leva les yeux pour contempler le fond des océans, tandis qu’autour nageaient paresseusement des requins. La bouche légèrement entrouverte, l’air ravi, Abban observait ces prédateurs légendaires comme l’avaient fait, sans aucun doute, des dizaines d’enfants ce jour-là, pendant les horaires d’ouverture de l’aquarium.

— Paraît qu’ils peuvent jamais s’arrêter d’bouger, sinon ils meurent !

Il n’avait jamais vérifié par lui-même dans un manuel de zoologie, non par défaut de curiosité, mais parce qu’il avait peur de découvrir que cette information capitale et qui ajoutait au mystère des créateurs était fausse, peut-être, comme tant de détails pittoresques sur la vie de certains animaux. Parfois, Abban préférait vivre dans leur monde et dans leurs rêves que de se confronter à la rude réalité. Le scientifiquement exact lui importait peu : il aimait le spectaculaire.

Il sourit à sa jumelle qui expliqua sa chanson avant de répliquer :

— C’pas tellement qu’ça fait peur, en fait, c’est juste… T’sais. Beau. J’crois.

Parce qu’il savait que les requins étaient des animaux anciens, primitifs et l’océan, même canalisé dans ces bassins gigantesques, existait lui-aussi depuis des milliards d’années, alors, dans la nuit, faiblement éclairés, les aquariums avaient la beauté des temps trop anciens pour que l’esprit pût les saisir exactement. Ils passèrent par une séparation et les requins cédèrent leur place aux dauphins.

— J’suppose qu’doit y avoir une autre porte de service.

Et effectivement, elle n’était pas très loin, semblable à la première. Mais la pièce à laquelle les jumeaux accédèrent était beaucoup plus grande que les vestiaires dont ils s’étaient enfuis : les dauphins, évidemment, faisaient partie des animaux stars du bâtiment et, surtout, ils se donnaient en spectacle. Plus de soigneurs, des dresseurs, des tableaux blancs pour dessiner les prochaines figures à préparer pour le public : bref, ils jouaient dans une autre catégorie que les espadons.

Abban lâcha finalement la main de sa sœur pour tirer vers eux deux équipements de plongée et il s’agenouilla sur le sol pour examiner tout ce matériel.

— Ça doit pas être super-compliqué, et puis, d’façon, si t’as un problème, tu t’colles aux parois et tu passes dans le tunnel. J’suppose que t’emporteras un peu d’eau avec toi, mais ça devrait être gérable. Pareil pour moi.

De toute façon, ils ne partaient pas dans une expédition subaquatique particulièrement corsée. Des dauphins habitués à la présence humaine, un bassin somme toute peu profond et un équipement dernier cri : Abban ne se sentait pas tellement en danger. À nouveau, il pianota sur son téléphone et le posa entre eux, sur un site qui décrivait sommairement la manière dont utiliser de semblables bouteilles à oxygène.

Les jumeaux avaient beau être des cancres absolus à l’école, ils étaient en revanche très studieux lorsqu’il s’agissait de commettre leurs méfaits. Cambrioleurs, ça ne s’improvisait pas : il fallait étudier les coffres, il fallait bien connaître le matériel, bref, il fallait savoir lire, comprendre et adapter explications et schémas. Abban parcourut le texte et les dessins du regard, en faisant remonter lentement l’écran à mesure qu’ils progressaient, puis il finit par hocher la tête.

Il se redressa et se débarrassa de tous ses vêtements sauf son boxer, pas vraiment préoccupé par le regard de sa sœur, qui l’avait suivi toute son existence, avant même sa naissance. Il enfila la combinaison — et se rendit compte que c’était peut-être la partie la plus compliquée de l’opération. Après avoir désespérément essayé de la refermer par lui-même, il tourna le dos à Aishlinn pour s’en faire aider et lui rendit la pareille. Bon, ce n’était pas la tenue du moment et la démarche grenouille choquait un peu la coquetterie d’Abban, mais il s’en accommoderait.

Les jumeaux se glissèrent bientôt dans l’eau, résistant à l’envie d’y plonger, pour ne pas faire trop de bruit. Respirer par la bouteille d’oxygène était une expérience un peu déconcertante d’abord, tout comme de nager avec des palmes, mais après quelques tentatives, Abban trouva sans grande peine ses marques : tant qu’il ne devait pas faire une course de vitesse ou des prouesses de virage, tout devrait bien se passer.

Du reste, les dauphins n’avaient pas l’air perturbés par leur arrivée : en dehors de l’heure, à la rigueur, leur présence n’avait rien de très exceptionnelle. Quelques curieux s’approchèrent tout de même, au cas où il y aurait eu, cette nuit-là, une ration de harengs supplémentaire : un dauphin bien nourri en vaut deux, comme dit le diction. Un peu hésitant d’abord, Abban tapota le museau (ou le nez ? ou… il ne savait pas trop) de l’un des animaux, qui secoua la tête (si l’on pouvait dire), avant de partir voir Aishlinn qui elle, peut-être, aurait du hareng.

Abban nagea jusqu’aux immenses parois vitrées, pour essayer de se rendre compte de ce que cela pouvait faire, de regarder de l’intérieur les éventuels visiteurs. Il tenta de s’imaginer des hordes de touristes appuyant leurs mains graisseuses sur les vitres du tunnel et il se dit que les dauphins devaient éprouver une secrète satisfaction à évoluer librement dans l’eau quand ces petits êtres humains titubaient maladroitement sur leurs deux pattes ridicules.

— Blup blup blup.

C’était en ces termes qu’il partagea sa réflexion avec Aishlinn mais, cette fois, il se douta que même leur compréhension réciproque intuitive n’aiderait pas sa jumelle à décoder son importante pensée. Sans s’en soucier, il lui prit la main et ils se mirent à nager un peu plus loin, pour explorer ces grottes rocheuses que reconstituaient dans le bassin un peu du sous-sol océanique — que les dauphins, dans leur véritable existence, bien entendu, ne voyaient probablement jamais.
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Message posté : Sam 28 Sep - 21:13 Message
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_ J’croyais q’c’était quand on les mettait sur l’dos.

Ou qu’on posait ses mains sur l’équivalent des oreilles – enfin de la position des oreilles pour un humain - ? Peut-être quand ils ne bougeaient plus ? Le mieux c’était encore de ne pas se retrouver devant un requin et, comme elle ne comptait pas le faire… Et puis, l’idée d’avoir plusieurs options pour maîtriser un requin lui plaisait bien. Ce qui était sûr, en revanche, c’était que pour être beau, c’était beau ! Elle voulait être réincarnée en requin, pour parcourir un bout des fonds marins. Demain, elle voudrait l’être dans les mains et les yeux d’un photographe. Après-demain… Bref, de toute façon elle ne croyait pas en cette connerie de réincarnation.

La tête encore en l’air, sa main dans celle d’Abban, elle avait quitté les lieux pour se retrouver devant un téléphone portable expliquant la manière dont s’équiper. Internet dans la poche, une putain de révolution. Comment ils faisaient ses grands-parents entre la télé en noir et blanc et la chasse au mammouth ? Elle balança un sourire à son frère. Un peu d’eau ? Avec la pression et les tonnes de flotte qu’il y avait dans les bassins, l’« un peu » était plus que relatif. Mais étant donné que le danger restait peu probable, les deux avaient fini par se jeter à l’eau, dans leurs combinaisons d’emprunts. La pointe de la mode. Est-ce que ça faisait mature ?

Premier contact avec un dauphin plutôt… Elle était aux anges. Finalement, ce n’était pas si compliqué de lui faire plaisir, il fallait que ça sorte de l’ordinaire mais ça pouvait aussi bien passer par la dernière moto volée par Abban, qu’un beau paysage. Rien de ce que pouvait lui promettre certains clients du restaurant ne pouvait remplacer ça. Peu importe ce qu’avait pu essayer de lui dire Abban, ce qu’elle comprit ce fût que, quoi qu’il puisse penser, ils seraient d’accord. Alors, à la manière d’un plongeur pro – parce qu’elle avait vu ça à la télévision – elle forma un rond avec son pouce et son index, les autres doigts relevés, dans un hochement de tête convaincu.

Elle oublia que ce n’était qu’un aquarium. Elle fut, à cet instant, une chercheuse de renom, affrontant tous les dangers pour trouver des trésors insoupçonnés dans les fonds marins, encore jamais explorés jusqu’à ce jour. Elle y jouait sa vie dans une grotte sous-marine, capable de s’écrouler à tout instant mais, c’était pour la science, pour la découverte, pour la beauté du paysage. Elle n’avait peur de rien. Aishlinn, l’aimait bien, comme personnage. Et, évidemment, comme toutes les histoires qu’elle pouvait s’inventer, ses personnages n’étaient jamais seuls, il y avait toujours la présence d’un être fusionnel pour lui tenir la main. Imaginer des vies, même différentes, sans Abban, ça lui avait toujours été impossible.

Elle tira sur la main de son jumeau et tendit l’autre pour lui montrer quelque chose. Sur la paroi rocheuse, un truc – à défaut de savoir comment le nommé – aux couleurs nuancées d’orange y était accroché. Elle cala dessus- pendant plusieurs longues secondes, sans même oser le déranger en le touchant. Il y avait des choses qu’il fallait respecter. Continuant la balade, les deux s’interpellaient de temps à autre en voyant quelque chose, Aishlinn tripant parfois sur les bulles d’air qu’elle relâchait en respirant grâce à une bouteille.

Sentant quelque chose au bout de sa palme, elle bascula sur le dos pour voir un dauphin qui lui filait des petits coups de museau – ou autres – ce qui ne manqua pas de la faire sourire. Elle lâcha la main de son frère pour s’approcher de ce nouvel ami marin. A défaut d’en avoir, elle trouva une certaine ressemble avec les chiens, façon marine. Il était facile de les approcher, de les flatter, de tourner autour d’eux. Vous avez déjà essayé de « jouer » avec un dauphin dans une cavité rocheuse, même large ? Un coup de palme trop prononcé, un coup de bec de la bestiole en face et, très vite il était facile de se cogner la tête sur un bout de rocher.

Plusieurs bulles d’air s’échappèrent en même temps de son respirateur, alors qu’elle porta très vite la main à sa tête. Chose parfaitement inutile sous l’eau, Aishlinn regarda l’état de sa main pour y déceler une trace de sang. Évidemment, elle ne vit rien de suspect… elle était dans l’eau. Par expérience, elle savait que la tête, ça faisait mal mais que ce n’était pas pour ça que ça saignait, même si la sensation était parfois présente.

Aishlinn s’éloigna du bord, une main sur la tête, une autre repoussant le dauphin qui voulait continuer de jouer. Elle le repoussa encore une fois, pour retrouver la main réconfortante de son frère alors que l’abruti à nageoire avait décidé de ne pas la lâcher. Le dauphin, loin de vouloir cesser ses assauts amusants – de son point de vue – continua. Aishlinn le vit arriver et, parce qu’elle en eut marre, elle décida de se dématérialiser pour le laisser au travers d’elle. Ah, ça avait très bien fonctionné, il passa pour aller plus loin, sûrement un peu surpris mais, tout n’avait pas parfaitement fonctionné pour autant. Un peu sonnée, l’équipement lourd, Aishlinn s’était dématérialisé avec sa combinaison et ses palmes mais la bouteille d’oxygène et le tube qui la reliait pour qu’elle puisse respirer, eux étaient en train de couler vers le fond.

Sur le coup, elle ne s’en rendit pas compte. Parce que, quand don pouvoir était actif, rien n’avait de poids. Mais quand elle retrouva son aspect « normal », elle inspira de l’air et, là, catastrophe. Confiante, ce fût de l’eau qu’elle avala avec la désagréable sensation de se brûler les poumons.
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Message posté : Sam 28 Sep - 22:08 Message
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Méga cool. C’était ce que pensait poétiquement Abban en s’enfonçant dans la grotte — merci aux mentalistes de ne pas y voir une allégorie oedipienne — en compagnie de sa sœur jumelle. Il imaginait qu’il était un explorateur arpentant les grands fonds marins pour y cataloguer une espèce jusque là inconnue, bref, il imaginait exactement tout ce que sa sœur était en train d’imaginer en ce moment précis et tout ce qu’ils iraient regarder, en rentrant, sur la chaîne Nature & Découvertes, calés au fond de leur lit, avec leurs chats sur les genoux.

Sauf qu’Abban, il se souvenait d’avoir une fois, quand Aishlinn travaillait et qu’il était resté à la maison en train de broyer du noir, seul dans leur grand lit froid, il se souvenait d’avoir appris, c’était soit dans les Simpsons soit dans un documentaire animalier, que les dauphins, s’ils avaient l’air de sourire comme des humains, n’étaient en vérité pas aussi sympathiques que cela. Celui-là, par exemple, qui donnait des coups de nez à sa sœur, s’il continuait, il risquait fort de se retrouver dans une usine Saupiquet avant de comprendre ce qui lui arrivait.

Le téléporteur accompagna sa sœur qui tentait de s’éloigner de son fan (ou de son tueur psychopathe et marin attitré, si les Simpsons ou le documentaire avaient eu raison). Il était encore tout proche d’elle quand Aishlinn prît l’une de ses (nombreuses) décisions inconsidérées et exerça son pouvoir en milieu aquatique. Fort heureusement, l’eau n’ôtait rien à Abban de ses réflexes et il ne lui fallut qu’une fraction de seconde pour saisir à bras le corps sa jumelle et agiter vigoureusement ses palmes pour rejoindre la surface.

Il souleva la jeune fille pour l’installer sur le bord du bassin, se débarrassa de sa propre bouteille qui l’encombrait désormais, sans se soucier de la laisser à son tour couler au fond du bassin et, peut-être, assommer un dauphin au passage (ce serait bien fait) et se hissa à côté d’Aishlinn, qui crachait l’eau de ses poumons. Un bon signe, certes, mais c’était tout de même très impressionnant. Plutôt traumatisé, Abban caressait le dos de sa sœur, qui ne devait pas en sentir grand-chose avec sa combinaison de grenouille, et, quand elle eut retrouvé un rythme respiratoire à peu près normal, il passa un bras protecteur autour d’elle et murmura :

— Viens là, mon cœur.

L’un des nombreux surnoms qui achevaient de persuader les gens de l’extérieur, quand ils les observaient et ne les connaissaient pas, qu’ils devaient être un couple, ce à quoi les jumeaux, en règle générale, opposaient un haussement d’épaules (avant de s’enfuir avec le portefeuille de leurs détracteurs). Quand sa jumelle se fut toutefois calmée, il laissa échapper un petit rire.

— Bah du coup, on sait que pour l’eau, y a encore des progrès à faire.

Une réaction typiquement abbanienne : une fois le danger passé, il était déjà convaincu qu’il n’y avait rien eu de grave et qu’ils pouvaient recommencer, en pire, la fois suivante. C’était à se demander comment il avait survécu jusqu’à dix-neuf ans. Cela dit, comme cette fois-ci il s’agissait de la sécurité de sa sœur plutôt que de la sienne, il n’était pas pressé de renouveler l’expérience. Seules ses palmes continuaient à s’agiter machinalement dans l’eau.

— Viens, on va s’changer. Si les mecs y trouvent les bouteilles en bas, en passant par l’tunnel, ‘vont p’t’être finir par s’poser des questions.

Il se releva avant d’aider sa sœur en faire de même. C’était sans difficulté qu’il assumait ainsi un rôle protecteur, comme elle le faisait si souvent pour lui. De retour dans le vestiaire, ils se débarrassèrent de leurs combinaisons et, après avoir forcé le cadenas d’un casier, Abban en tira une serviette dont il enveloppa Aishlinn, avant d’entreprendre de la frotter vigoureusement.

— À part ça, tu nages quand même vachement bien.

Évidemment, puisqu’elle était parfaite en tout point.

— Pt’être qu’on pourrait aller faire du surf, un jour. J’suis sûr qu’on peut, quelque part dans l’coin. ‘Videmment, on s’y prend un peu tard et va finir par faire trop froid, mais au moins une fois ou deux, pour voir.

Et plus les vagues seraient gigantesques, mieux se serait. Abban laissa finalement sa jumelle enveloppée dans sa serviette avant d’en voler une pour lui-même et de se sécher aussi rapidement que possible. Toujours aux petits soins, il tendit ses vêtements à Aishlinn avant de renfiler les siens. Et de jeter un coup d’œil à son reflet dans le miroir, à l’intérieur de la porte du casier, pour se recoiffer d’un geste rapide — on ne se refait pas.

— T’imagines, si on amenait les chats ici ? Avec des poissons de c’te taille, ils seraient juste fous.

D’un autre côté, ils étaient tout le temps fous : ça ne changerait pas grand-chose. Il fallait croire qu’ils avaient pris de leurs maîtres. Machinalement, Abban se mit à fouiller le casier qu’il avait ouvert pour récupérer des serviettes. Des photographies de famille, un petit manuel distribué par l’employeur, des vêtements de rechange.

— ‘Tain, c’t’encore plus triste que mon casier au ciné. T’sais que Mariette…

C’était la femme de ménage dont il parlait souvent, parce qu’elle lui inspirait une affection filiale — comme 98% des femmes de plus de quarante ans qui n’étaient pas trop acariâtres.

— …a un fils ?

L’information avait l’air de le perturber un peu. Il pensait à leur propre mère. À laquelle il soupçonnait Aishlinn de ne jamais penser. Un autre de leurs points de désaccords. Tout bas, en parcourant les photographies dénichées dans le casier, il murmura :

— …l’a d’la chance…
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Message posté : Sam 28 Sep - 23:32 Message
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Sa fierté en prenait un coup mais, d’un autre côté, avoir son jumeau aux petits soins – plus que d’habitude, si c’était possible – avait quelque chose de réconfortant, passé la douloureuse épreuve du rejet de l’eau absorbée.  Elle passa ses bras autour de son frère, sa tête allant se nicher dans le creux de son épaule un instant. Il n’existait, sur cette terre et les autres – elle ne douta pas une seule seconde –, actions plus réconfortantes que celle-là.

_ Merci.

De l’avoir sorti de l’eau. D’être là tout simplement. Aishlinn releva la tête, un peu à regret et jeta un regard noir à l’eau devant elle, aucun doute, elle allait très vite remédier à ce problème. Ce n’était pas une accumulation de molécules et autres choses, qui allaient lui expliquer comment utiliser son pouvoir !

_ Pour l’instant.

Debout, avec l’aide de son frère, elle lâcha encore quelques quintes de toux, qu’elle voulut les plus discrètes possibles. Contrôler ses poumons, ça, au moins, ça aurait servi pour cette affaire. Aishlinn passa son t-shirt qui, sous l’effet de ses cheveux trempés, ne fut plus aussi sec qu’au départ. Une fois la tête passée, elle porta son regard sur Abban.

_ z’auraient imposé leurs lois en moins d’deux s’condes.

Oui, même si ce n’étaient pas leur milieu naturel, même si les chats n’étaient pas réputés pour aimer l’eau. Pourquoi ?! Mais, parce qu’on parlait de leurs chats, voyons ! Son t-shirt en place, elle posa son regard sur Abban qui cala sur une photo en parlant de Mariette. Mariette, Mariette et encore  Mariette. A continuer comme ça, il avait cas lui demander de l’adopter, ce n’était peut-être pas trop tard. Elle ne passa pas non plus à côté de son dernier murmure, tout sourire la quitta et, d’une main, elle attrapa la photo pour la balancer dans le casier qu’elle claqua à la suite. Enervée, elle ? Noooon, si peu. Depuis quand il estimait qu’un gamin avait de la chance d’être fils unique, avec une mère incapable de prononcer le nom d’un jeu vidéo pourtant ultra connu ! D’accord, elle n’était pas au courant pour ce dernier point mais, ce n’était pas grave.

_ On y va.

Le ton fut un peu sec mais… C’était à se demander s’il avait une idée de la douleur que provoquait, chez elle, ce genre de petite phrase. Anodine pour la plupart des gens. Ils n’étaient pas la plupart des gens ! Elle avait manqué de crever en jouant les exploratrices des fonds marins – exagérer, règle numéro 1 dans toutes bonnes relations -, et lui, il était là à estimer d’un mec, quelque part, était chanceux d’avoir sa mère. Abban, l’avait elle, c’était bien suffisant, non ?

Passablement énervée, elle enfila ses chaussures en s’éloignant des casiers et, de son frère par la même occasion – oui, dans ce genre de moment, il devenait son frère, ce qui ne durait rarement très longtemps. Furibonde avec un nouveau sec et nerveux elle attrapa une combinaison. A la base, l’idée était de l’embarquer parce que, après tout, si Abban voulait tester le surf, ils pourraient le faire dans une combinaison comme celle-là pour ne pas avoir à trop souffrir du froid. Bonne idée mais, en avisant la tenue grenouille, elle la reposa sur le sol. S’ils allaient faire du surf, autant aller voler la combinaison au top en ce moment dans un magasin spécialisé.

_ Faut que j’passe par l’bureau du directeur.

Elle avait deux ou trois recommandations à lui faire à celui-là. Direction la porte de sortie, sans la main de son frère pour la trainer jusqu’à là-bas. Oui, ça allait lui passer, ça ne prenait pas deux secondes non plus. De toute façon, un mot de la part d’Abban et elle savait déjà qu’elle flancherait. Impossible de lui résister. Sa nouvelle collègue le trouvait super mignon. Quelle cruche, il était bien au-delà de ça !

Sauf que voilà, entre les bouteilles au fond du bassin, le vestiaire qu’elle avait claqué de manière plutôt violente, et ses quintes de toux qui avaient fini par se calmer, forcément ça avait attiré l’attention. Au moment où elle alla pour ouvrir la porte, celle-ci le fit d’elle-même –enfin aider par un gardien qui avait l’intention de regarder de quoi il retournait. Dans un mouvement, plutôt habile, Aishlinn s’était calé entre le mur et la porte à demi ouverte. Abban pouvait toujours se téléporter, Aishlinn préféra ne pas faire usage de son pouvoir. Un, elle ne pouvait pas respirer en étant déphasée et ça risquait de lui provoquer une toux. Deux, elle venait de se foirer dans le bassin et là, elle n’avait pas envie de recommencer. Trois, le gardien braqua une lampe torche vers la combinaison sur le sol et s’avança dans sa direction plutôt que de songer à regarder derrière la porte.

Aishlinn attendit qu’il s’avance un peu, attrapant au passage un bâton qui devait servir à plonger quelque chose dans le bassin. Elle n’était pas spécialiste, elle n’en savait rien. Et doucement, elle contourna la porte pour sortir. Le moment précis où ses poumons décidèrent de se faire entendre. Une toux. Le gardien se retourna vers elle, faisceau en pleine tronche.  

_ Hey !

Rapidement, elle s’assura que son jumeau – ça n’a pas duré longtemps – fut sorti et elle referma la porte, calant le bout de bois dans ce qui servait de poignée. Ils gagneraient un peu de temps.
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Message posté : Dim 29 Sep - 10:08 Message
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Abban s’était décomposé devant la réaction de sa sœur. La photographie arrachée des mains, il sursauta quand la porte du casier claqua brutalement et baissa aussitôt les yeux au sol, conscient d’avoir commis une faute impardonnable et près, s’il le fallait, à ramper par terre et à se répandre en supplications si cela lui permettait de rentrer en grâce. Il avait beau connaître tous les sujets sensibles à ne pas aborder et savoir tous les gestes à ne pas faire, il était beaucoup trop spontané et impulsif pour s’en interdire aucun et les disputes entre les jumeaux étaient monnaie courante. C’était de sa faute, entièrement de sa faute, bien entendu.

Comme un enfant à qui on aurait fait la morale, Abban suivit sa sœur en trainant des pieds. Un dixième de seconde après l’ouverture de la porte par le gardien, il avait disparu de la pièce pour réapparaître trois mètres plus loin, dans le couloir, et tendre l’oreille. Quand il entendit la voix de l’homme qui avait sans doute repéré Aishlinn, il réapparut à côté de sa sœur, disparut quand elle franchit la porte et réapparut à nouveau à côté d’elle, dans le couloir, sans être plus secoué que cela par ces téléportations multiples et rapprochées : c’était sa grande spécialité.

Dans les vestiaires, le gardien ne savait plus exactement s’il avait vu un ou deux intrus. Peu importait : il se saisit de sa radio et d’une voix précipitée, déclara :

— Jo, on a deux intrus près du bassin des dauphins. Des voyous.

Ceci étant dit, il ne se faisait guère d’illusions : ils étaient deux gardiens pour les trois étages de l’immense aquarium. Comme ce n’était pas demain la veille qu’on viendrait leur voler un poulpe, les dirigeants de l’aquarium n’avaient pas jugé nécessaire de dépenser des fortunes en électricité et, d’ordinaire, les alarmes et les caméras suffisaient à empêcher les quelques vandales qui auraient la mauvaise idée de visiter les lieux de commettre leurs méfaits. Sauf quand ces vandales, bien entendu, s’appelaient Mac Aoidh.

Les Mac Aoidh en question, réunis par ce qui constituait, pour eux, plutôt une distraction qu’un danger, couraient à toutes jambes dans les couloirs de l’aquarium, au mépris de l’architecture du lieu, se téléportant de l’autre côté des murs ou les traversant. Abban s’arrêta brusquement quand un nouvel exercice d’intangibilité provoqua chez sa sœur une quinte de toux. Il se téléporta près d’elle.

— Hé, mon cœur, ça va aller ?

Oubliée, la dispute. Il lui caressa la joue avant de regarder partout autour de lui.

— Aucune chance qu’ils nous aient suivis jusque là. ‘Doit falloir bien quinze minutes pour arriver ici normalement.

Ici, c’était de toute évidence les cuisines. L’endroit où, essentiellement, on découpait le poisson. Malgré une propreté indéniable, il flottait dans les lieux une odeur maritime : il fallait dire que toute la journée, on y préparait les différents repas des poissons et que certains animaux particulièrement impressionnants avant des régimes alimentaires gargantuesques. Le plan de travail était donc immense et, dans le fond, la porte de la chambre froide avait un air de coffre-fort.

— ‘Vont sans doute appeler les flics, c’la dit.

Pour la énième fois, il se sentit d’une profonde nullité à l’idée de ne pas pouvoir téléporter sa sœur dans leur appartement, bien au chaud. Il avait posé la main sur son épaule, le temps de réfléchir.

— T’inquiètes pas, hein, surtout, t’inquiètes pas.

Ils n’allaient tout de même pas se faire pincer pour quelque chose d’aussi ridicule qu’une visite à l’aquarium. De toute façon, il n’y avait qu’une seule sortie conventionnelle : ils n’avaient qu’à miser sur l’avance prise.

— Viens, on va juste être discrets. On a pas besoin d’pouvoirs, jamais eu besoin d’ça.

Ils étaient arrivés tardivement, certes, ces fameux pouvoirs, mais enfin, ils s’y étaient habitués. Quoi qu’il en fût, Abban ouvrit la porte des cuisines, prit la main d’Aishlinn et l’entraîna à sa suite. La partie de l’aquarium entièrement réservée au personnel était bien moins accueillante que les couloirs ouverts aux visiteurs : pas de maquettes, pas de lumière d’ambiance, pas de design futuriste. Des couloirs simples et austères, presque exigus. Le problème, c’était que dans leur cavalcade, les jumeaux ne savaient pas exactement où ils étaient.

Cela dit, à quinze minutes de là, vers le vestiaire des soigneurs de dauphins, on ne savait pas non plus. Jo et Syder essayaient de tirer la chose au clair, après avoir appelé la police.

— Comment ils sont rentrés sans déclencher l’alarme ?
— J’t’ai dit, je ne suis pas sûr qu’ils soient deux.
— Même, et on les aurait vus sur les caméras.
— Tu parles, dans cette ville de cinglés, on peut être sûr de rien.
— On leur avait bien dit d’installer plus de caméras.

Ce qui ne faisait pas avancer les recherches, mais l’aquarium était beaucoup trop grand pour eux, les jumeaux beaucoup trop jeunes et rapides, et ils ne savaient pas vraiment par quel bout prendre les choses. Abban et Aishlinn, de leur côté, venaient de déboucher sur la troisième salle de réunion de suite.

— Rah, putain, mais il leur en fait combien, des trucs comme ça ? C’est pire qu’une fac, ici.

Non qu’ils eussent fréquenté beaucoup l’université, mais les laboratoires avaient parfois des choses très coûteuses que l’on pouvait revendre sur le marché noir. Tant qu’on ne s’intéressait pas trop à qui les achetait.

— T’sais quoi, bébé ? On va s’poser ici l’temps que tu t’reprennes, et ensuite on coupera à travers les murs, ça ira aussi vite.

Il fit asseoir Aishlinn sur le plus gros fauteuil de la salle de réunion, celui du chef sans doute et s’agenouilla par terre près d’elle.

— Vas-y, prends ton temps, on est cool.
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Message posté : Dim 29 Sep - 15:28 Message
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Aishlinn, les avant-bras sur les accoudoirs du fauteuil, serra les poings. Depuis qu’ils avaient cessé de traverser les murs – ou de se téléporter –, la jumelle se sentit faible.  Il avait raison, ils n’avaient pas besoin de leurs pouvoirs pour sortir d’ici mais, elle en était fautive. Frustrant, en plus d’avoir peur –de manière décuplée – de décevoir son jumeau, Aishlinn tenta de reprendre pied.  Un, elle ne voulait pas inquiéter Abban et, deux, il fallait bien qu’elle s’en remette. Aishlinn attrapa la main de son frère et prit quelques minutes, leur dispute restée à 15 minutes de marche d’ici. Sur ces dix-neuf dernières années, elle n’avait jamais été capable de lui en vouloir bien longtemps, encore moins quand il restait dans les parages.

_ Va falloir revoir la notion d’intangibilité dans l’eau.

Elle soupira en secouant la tête et se redressa. Quelques minutes s’étaient écoulée, ça devait bien être suffisant. Entraînant Abban dans son sillage, ils repassèrent dans un couloir où une multitude de portes s’offrirent à eux. Une porte, ornée d’une plaque « directeur », apparut sur leur droite, laissant Aishlinn se stopper devant.

_ ‘moins, c’tte fois, ils n’ont pas utilisé d’mots compliqués.

Tout le monde pouvait avoir un doute sur le bassin où ils se trouvaient – requin ou étoile de mer ? – mais, personne n’avait le droit de se tromper sur la fonction occupée par la personne qui possédait ce bureau. De sa main libre, Aishlinn ouvrit la porte. Fermée. Pas très étonnant. Elle lâcha la main d’Abban pour attraper une petite trousse dans l’une de ses poches. Oui, oui, elle pouvait passer à travers la porte mais où était le sport ? Et puis, elle préféra se réserver, juste au cas où.

Accroupis devant la serrure qu’elle avisa avant d’en déduire qu’elle n’eut rien de bien compliquée, Aishlinn prit un crochet et un tendeur. Ce fut ce dernier qui fut installé dans la serrure en premier, pour maintenir les goupilles sous tension, puis le crochet avait suivi en prenant sa place. Un mouvement de rotation plus tard, la porte s’ouvrit sur le bureau.  Un jeu d’enfant, Aishlinn apprenait déjà à ouvrir des serrures pendant que les autres, du même âge, apprenaient à lacer leurs chaussures. Aishlinn se releva après avoir rangé ses outils qui ne la quittaient jamais. Oui, on ne pouvait jamais être sûr de ne pas tomber sur une serrure à ouvrir, même en allant au cinéma. Elle se tourna vers son jumeau.

_ Juste deux minutes.

Lampe de poche allumée, elle chercha un stylo et un bout de feuille – ce qui ne fut pas compliqué – et, rapidement, d’une écriture qui ne fut pas vraiment la sienne dans l’urgence, elle laissa une note explicative commençant par un poli « Cher Directeur ». Message court mais plein de reproches concernant les noms employés et réservés à une petite élite de personne sur les plans réservés au personnel – il était temps de songer aux visiteurs nocturnes pour qu’ils se repèrent, eux aussi -, elle évoqua le danger de certaines parois rocheuses et finit sur la présence d’un dauphin qui, de toute évidence, avait la rage.

Le mot fut laissé en évidence sur le bureau et les jumeaux purent en sortir en refermant la porte derrière eux. Main dans la main, ils débouchèrent sur un nouveau couloir mais, cette fois, les fenêtres donnaient sur l’extérieur.

_ On s’retrouve d’l’autre côté.

Elle pressa un peu la main de son jumeau avec un manque d’envie de le lâcher mais, quitte à traverser un mur, elle préféra le faire toute seule. Son pouvoir, peu conciliant depuis sa rencontre avec un dauphin, ne lui permettra peut-être pas d’entraîner quelqu’un avec elle. Il fut certain qu’Aishlinn ne prendra pas le risque d’emmurer son double. Sa main quitta celle d’Abban et, quelques pas en avant lus part, les yeux fermés, une grande inspiration prise, elle passa au travers du mur pour retrouver l’air libre. Et la main de son jumeau !

_ Mon cœur ?

On traduit parce que personne, de normalement constituée n’aurait compris un mot de ce qu’elle venait de dire. Aishlinn posa son regard sur son jumeau, le bruit des sirènes, encore loin, allait finir par se faire beaucoup plus proches s’ils ne bougeaient pas. Le problème fut dans la localisation de la moto qui – ça aurait été trop facile – se trouvait de l’autre côté du bâtiment.

_ J’t’attends ici, tu m’récupères avec la moto ?

En temps normal, elle n’aurait pas posé cette dernière question qui laissait admettre qu’il pouvait la laisser sur place, en partant tout seul. Elle ne douta pas réellement mais, elle avait merdé avec ses pouvoirs, peut-être qu’il lui en voulait pour ce qui venait de se passer ? Sur le moment, elle eut surtout envie de s’excuser à genoux pour les failles qu’elle venait d’avoir pour, ensuite, pouvoir se blottir contre lui afin qu’il ne puisse pas lui en vouloir bien longtemps. A défaut de pouvoir faire tout ça, par un manque de temps, elle passa ses bras autour de son jumeau pour le serrer contre elle, un court instant. Il lui fallait bien ça pour tenir pendant sa prochaine absence… Qui ne devra pas durer plus de quelques minutes.
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Message posté : Dim 29 Sep - 17:03 Message
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Alors que je découvre que mon co-narrateur a de solides notions en crochetage de serrure, ce qui n’est pas franchement rassurant, les jumeaux, non content d’avoir vandalisés le vestiaire des soigneurs de dauphins, donné la migraine à un garde parfaitement consciencieux et déçu les espoirs romantiques d’une jeune serveuse innocente, laissèrent un message hargneux à l’adresse du directeur de l’établissement, comme deux clients légitimement mécontents après une visite qui n’avait pas été à la hauteur de leurs espérances. Irrécupérables.

Ils se retrouvèrent bientôt à l’air libre, bercés par le son familier des sirènes dans le lointain, qui commençait, décidément, à couvrir de plus en plus le bruit des vagues de l’océan, contre la digue, à quelques pas de là. Abban passa un bras autour de la taille d’Aishlinn et la serra contre lui, avant de déposer un baiser juste sous son oreille et de murmurer :

— Bouge pas, trésor, j’reviens.

Et de disparaître. Dire que certains osaient douter de sa virilité ! Il ne fallut pas longtemps à la moto pour débouler de ce côté de l’Aquastar et s’arrêter dans un dérapage parfaitement contrôlé juste devant Aishlinn. Une fois sa jumelle à bord, Abban redémarra en trombe et s’engagea sur la route. Les voyant ainsi sortir, une voiture de police, qui avait failli s’arrêter devant l’aquarium pour inspecter les environs, se doutant bien que les suspects décrits devaient être ces deux jeunes qui s’enfuyaient sur une moto (sans casque, en plus, non mais je vous demande un peu !), s’élança à leur poursuite.

Les jumeaux eurent un sourire ravi. Aucun policier humain n’avait vraiment une chance contre eux : dans le labyrinthe d’une ville encore moins que sur une ligne droite. Abban poussa la moto au plus haut de ses capacités et commença à prendre le chemin du centre-ville, là où il restait encore un peu de circulation. Dans la voiture, les policiers, un peu sidérés par la conduite déraisonnable de ces jeunes qui, de toute évidence, étaient sous l’emprise de substances illégales, appelèrent du renfort.

Grossière erreur. Le trafic déjà un peu plus dense du centre, s’il permettait à la moto de slalomer sans peine entre les voitures (surtout grâce aux réflexes surhumains d’Abban), laissait les policiers bien moins libres de leurs mouvements et les voitures qui arrivèrent en renfort ne fit qu’encombrer la situation. Pris dans un enchevêtrement de véhicules klaxonnant et de conducteurs nocturnes excédés par ce retardement, les policiers furent bientôt contraints de regarder la moto s’éloigner.

Une fois sûr d’avoir laissé leurs poursuivants derrière eux, Abban ralentit et engagea la moto dans une toute petite ruelle. Les jumeaux en descendirent et le jeune homme regarda l’engin d’un air profondément peiné.

— Z’ont sans doute pris la plaque, ces salauds. On va d’voir la laisser là.

Il laissa échapper un soupir. Ça lui fendait le corps, de se séparer de leur fidèle destrier. Mais enfin, ils avaient l’habitude. Abban sortit un chiffon de sa poche et commença à astiquer consciencieusement le guidon, pour être sûr de ne laisser aucune empreinte. Ils n’étaient pas encore dans le fichier de Star City et, même si cela finirait fatalement par arriver un jour, sans qu’on pût relier les empreintes à leurs noms toutefois, autant le retarder autant que possible.

— Pfff…

Dégoûté par ce développement imprévu, Abban vint se coller à sa sœur pour se faire réconforter et les deux jumeaux quittèrent la ruelle. Avant de regarder autour d’eux. Ils n’étaient à Star City que depuis trois mois et la ville était grande : ce soir-là, ils avaient un peu l’impression de se retrouver au milieu de nulle part.

— Euh…

Abban jeta un regard interrogateur à sa sœur, mais si lui, le téléporteur, ne savait pas se repérer, c’était bien le comble.

— Bon, là bas, ç’avait l’air d’être le centre. On a qu’à descendre, on trouvera bien un immeuble familier.

À la vitesse à laquelle il avait conduit, évidemment, il n’avait pas vraiment fait attention, mais enfin, la circulation était plus dense en bas de la rue, ils auraient plus de chance de se retrouver en terrain familier. L’un contre l’autre, ils descendirent donc, à pieds (vraiment…), la rue pour se retrouver bientôt pris dans le flot des promeneurs nocturnes, qui se rendaient en boite de nuit, qui combattaient l’insomnie, qui sortaient d’un bar.

Là, ils trouvèrent quelques magasins connus et quelques immeubles familiers. Leur appartement n’était pas tout près. Continuant à marcher, Abban interrogea sa sœur :

— T’veux qu’on trouve une bagnole ? ‘Va quand même pas prendre l’bus.

Ah bah non, tout de même, à cette heure de la nuit, ça pouvait être dangereux. « Trouver » une voiture, c’était beaucoup plus sûr, beaucoup plus raisonnable. Ce n’était pas les véhicules qui manquaient, sagement garés, et les jumeaux se mirent en quête d’une rue un peu moins passante, pour trouver leur bonheur. Quelque chose d’un peu plus discret, sans doute, pour éviter de continuer à attirer l’attention, ce soir-là. Sans quoi, ils risquaient de ne jamais retrouver leurs chats.
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Message posté : Dim 29 Sep - 19:21 Message
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Inutile de revenir sur l’attente interminable qu’Aishlinn avait dû subir avant que son jumeau ne débarque avec la moto. La regretté moto puisqu’elle était, maintenant, dans une ruelle délaissée à regret par les jumeaux qui, à ne pas en douter, finirait par l’oublier avec une autre, plus nouvelle, plus performante et plus sportive. Et puis, ça donnait une bonne excuse à Aishlinn pour se coller à son double, afin de l’aider à supporter cette peine, à lui, le transporteur incapable de se repérer dans Star City. Était-il, également, nécessaire de revenir sur le fait qu’Aishlinn, à chaque regard d’une fille sur son jumeau, en profitait pour poser sa tête sur son épaule, histoire de marquer son appartenance ? Que les gens pensent qu’ils sont ensemble, en couple, n’avait pas la moindre importance. Au contraire, ça leur évitait de balader un peu trop les yeux et de s’attirer les foudres d’Aishlinn.

_ L’bus ? Un peu gros pour l’garer d’vant l’immeuble.

Elle lui offrit un large sourire. Aishlinn avait bien compris qu’il parlait de prendre le bus comme simples passagers mais, comme c’était totalement inconcevable, elle préféra détourner le sens de la phrase pour le « prendre le bus » devienne « prendre le bus ». Une grande nuance. Évidemment, étant donné que ce n’était pas ce qu’on pouvait faire de plus discret après avoir échappé à la vigilance des policiers, elle saurait se contenter d’une simple voiture, sans l’option permettant de chauffer les sièges.

D’ailleurs, un peu plus loin, dans la rue, une voiture des plus banales se gara. Une femme, la trentaine, sans le moindre intérêt aux yeux de la jumelle, sortit du véhicule pour balancer ses clés dans sa poche gauche. Sur la droite des jumeaux, donc. Aishlinn jeta un regard à Abban dans un sourire puis, doucement, restant accroché à lui, elle lui donna un petit coup d’épaule, les deux effectuant forcément un pas sur le côté dans cette bousculade enfantine.

Du coup, il y avait cette femme qui avançait et les jumeaux qui chahutaient gentiment dans sa direction. A la hauteur du propriétaire de la voiture, et future victime de vol, ce fut au tour d’Abban de pousser un peu sa sœur, dans ce qui semblait être un jeu. Deux pas sur la gauche, elle atterrit sur la femme, en se rattrapant à son bras droit.

_ Je suis désolée, vraiment.

Un sourire à peine navré mais très amusé passa sur son visage quand elle releva des yeux innocents sur l’homme. Évidemment, en même temps, deux doigts de sa main droite plongèrent dans la poche de la femme pour attraper les clés qui, très vite se retrouvèrent dans la main d’Abban grâce à un habile passage.

_ Pas de problème.
_ Encore désolée.

Et, dans son excuse, Aishlinn leva les deux mains, paumes ouvertes en signe d’excuse avant de s’accrocher à nouveau à son jumeau pour continuer leur chemin. Montrer ses mains, ça allait dans son signe d’excuse et surtout, inconsciemment, la femme les ayant vu, n’avait pas de raison de vérifier ses poches. L’action avait duré le temps des paroles échangées, pas besoin de plus.

_ j’ai jamais aimé les Prius.

Encore plus depuis qu’elle avait vu cette vidéo de Jeff Dunham qui, à travers une marionnette de terroriste mort, expliquait que les Prius n’étaient pas réellement des voitures mais des Tupperware où il suffisait de sortir le bras de la voiture pour la faire tourner sur l’autoroute.  

_ Mais j’suppose qu’on peut difficilement faire plus discret.

Elle jeta son regard, un peu plus loin sur la voiture en question. En fait, ce n’était pas un vol, ils allaient faire un cadeau à cette personne. Avait-on idée de rouler dans ce genre de bagnole ? Déprimant. Ils avaient ralenti le pas, histoire de laisser la femme bifurquer dans une autre rue, leur laissant le champ libre. Ou, ils auraient pu forcer la voiture, la démarrer de manière plus artisanal – ce qui était de plus en plus compliqué avec l’électronique qu’ils foutaient partout, imaginer démarré une voiture avec deux fils de contacts, c’était bon pour les films – mais, le but étant de rester discret, avoir les clés était la meilleure option.

Le plus naturellement du monde, Aishlinn s’était dirigée côté passager, laissant Abban déverrouiller la voiture, pour monter dedans comme si c’était tout à fait normal. Une fois à l’intérieur, par réflexe, elle fit le tour de la boite à gants, qui, hormis les papiers du véhicule, ne comportaient pas grand-chose. Un tour dans le vide-poche sur sa droite, lui permit de sortir une pile de CD.

_ Y a encore des gens qui tournent aux CDs sérieusement ?

De la country, pfff. Elle balança les cd à leur place avant de s’enfoncer dans son siège.

_ J’suis sûre qu’elle s’déguise en cowboy le week-end et qu’elle s’imagine faire des concours d’rodéo.

Non parce que, qui d’autres écoutaient ce genre de musique de nos jours, on se le demande ? Il y avait vraiment des gens qui venaient d’un autre monde. Les anglais, pour commencer. Après il y avait les américains. Puis, les Texans, qui n’étaient pas vraiment des américains… Trop bizarres ces gens-là.

_ Hey, t’crois que notre passage en cuisine a laissé une odeur ? J’aimerais autant éviter que les deux terreurs m’grignotent les orteils c’tte nuit.
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Message posté : Dim 29 Sep - 20:10 Message
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Abban bouscula un petit peu sa sœur et fit son plus beau sourire à la femme qui les regardait l’un et l’autre, en se souvenant probablement avec un rien de tendre nostalgie qu’elle avait été jeune, elle aussi. Jeune comme eux. Et les jeunes comme elles s’échangèrent ses clefs de voiture pendant qu’elle tournait au coin de la rue. Abban contempla à son tour le véhicule qu’ils avaient gagné en échange de leur belle moto, et secoua la tête, profondément navré :

— Nan mais c’que faut pas faire, tout de même…

Ah, ça, ils étaient bien malheureux, ces deux-là. Probablement que les anges, dans le ciel, pleuraient sur leur sort — comme leur avait dit souvent leur mère, pendant leur enfance. À ceci près qu’elle avait été ironique. Abban s’installa au volant de la voiture et, en espérant que sa sœur ne ferait pas de commentaire, fut contraint de rapprocher un peu le siège, parce que la précédente conductrice était un peu plus grande que lui.

Pendant qu’Aishlinn fouillait la boîte aux gants, Abban se dégagea très sagement de la place de parking et ce fut encore très sagement que la voiture se joignit au flot discontinu des véhicules nocturnes. Pas question de faire des excès de vitesse en plein centre-ville, sans quoi toute leur stratégie finement pensée de discrétion serait réduite à néant. Ce qui n’empêchait pas le jeune homme de ronger son frein en maugréant :

— Dire qu’y a des gens qui conduisent tout l’temps comme ça. Pire que des zombies.

Leur train était sénatorial en comparaison de leurs habitudes, mais il leur arrivait (parfois) de se montrer raisonnable. Abban n’avait aucune envie que sa sœur fût un peu plus éprouvée encore ce soir-là : l’objectif n’était donc pas de goûter à la vitesse. Il adopta une conduite parfaitement exceptionnelle pour lui, en respectant les limitations de vitesse, la signalisation et en utilisant ses clignotants. Il s’abstenait simplement de laisser passer les piétons : il y avait des limites à son bon vouloir.

À la question de sa sœur, il huma l’habitacle de la voiture.

— J’sens rien, mais ça veut rien dire. On aura qu’à prendre un bain, en rentrant.

Ensemble, évidemment. Après tout, on leur avait donné des bains de concert pendant toute leur enfance et Abban ne voyait pas ce qui devrait changer. De toute façon, Aishlinn était une fille, qu’est-ce qu’il pouvait y avoir d’ambigu ? C’était bien simple : il y avait les garçons (avec lesquels on pouvait faire des choses), Aishlinn (qui incarnait les filles) et ce que les autres appelaient les « filles » et qui ne constituaient jamais pour lui qu’un genre neutre dépourvu d’intérêt dont la ressemblance avec sa sœur lui paraissait très exagéré (et très insultante).

Abban alluma la radio et sélectionna une station qu’ils appréciaient, en montant le volume un peu haut, puisque c’était la seule fantaisie qu’ils pouvaient encore se permettre. Un désespérant quart d’heure de lenteur plus tard, ils abandonnaient leur voiture d’emprunt à trois pâtes de maison de chez eux et remontaient main dans la main Fremont Street, sans beaucoup se soucier des dealeurs — dont ils avaient déjà croisé la plupart, de toute façon, à l’une ou l’autre des réunions locales du Cartel.

La réponse à la fameuse question olfactive leur fut offerte dès la porte d’entrée traversée (parce qu’ils ne prenaient pas tellement la peine de l’ouvrir). Ashan et Abline accoururent comme deux roquettes et se mirent à les renifler consciencieusement, avant de réclamer à grands renforts de miaulements leur dîner.

— Message reçu.

Abban lâcha la main de sa sœur.

— T’fais couler le bain, j’vais nourrir les fauves ?

Il abandonna son blouson de cuir sur une chaise, quitta ses chaussures et se téléporta dans la cuisine, talonné par les chats à peine moins rapides que lui. Après avoir donné une boite de thon en offrandes aux deux félins et récupéré un paquet de biscuits au passage, il rejoignit Aishlinn dans la chambre, lui tendit le paquet se glissa dans son dos.

— Fais voir, quand même, ta tête.

Il écarta un peu les cheveux de sa sœur pour s’assurer qu’elle n’avait rien. Il n’était ni médecin, ni infirmier, mais enfin, ils n’en étaient pas à leur première expédition et, selon son expérience, ça n’avait pas l’air trop grave. Ce petit examen fait, il se débarrassa sans scrupule de ses vêtements et, avant de plonger dans le bain, s’arrêta un moment devant le miroir. Il secoua la tête. Désespérant, selon lui, ce reflet.

Le téléporteur se glissa dans l’eau chaude et referma les bras autour d’Aishlinn quand elle le rejoignit, avant de déposer un baiser dans ses cheveux.

— C’tait sympa quand même. On devrait p’t’être y retourner le jour, pour voir le reste. On a pas eu l’temps d’bien visiter.

Cette pensée toute innocente fut suivie d’une autre qui l’était bien moins :

— Puis les gens doivent pas faire trop attention à leurs portefeuilles, là-bas…

C’était beaucoup plus pour ne pas perdre la main, à vrai dire, que pour l’appât du gain : cela faisait longtemps qu’ils avaient des activités plus lucratives que de jouer aux pickpockets. Mais que voulez-vous, on est nostalgique : on s’attache toujours un peu aux exercices de ses débuts.
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Message posté : Dim 29 Sep - 22:13 Message
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Aishlinn avait découvert, avec une horreur non feinte, le temps aberrant que pouvait prendre un feu tricolore pour changer de couleur. C’était dans ces moments, en toute légalité, dans une voiture volée, qu’elle savait pourquoi ils avaient choisi un mode de vie bien différent. Ennuyeux, lent, déplaisant, inutile, … Comment les gens arrivaient à supporter une vie normale ? Pas étonnant que les médias relayent de plus en plus souvent des grands malades qui, sous un comportement incompréhensible aux dires de leurs proches, avaient fait d’un centre commercial une véritable boucherie.  Elle s’imagina se retrouver dans les bouchons tous les jours. Aucun doute en moins d’une semaine, elle aurait… Bain. Abban et sa façon de couper les pensées d’Aishlinn au bon moment.

_ Avec une montagne de mousse.

Oui, elle avait bien ouvert les bras en grand pour désigner la montagne en question. Elle devait avoir un sérieux problème avec la mousse parce que ses bains en étaient surchargés, pareil pour son évier quand elle faisait la vaisselle, ou le sol du restaurant quand elle était de fermeture et qu’elle devait le laver. Oh… De la mousse dans le bassin à dauphin, il fallait qu’elle y pense.

Trois ans, quatre jours, et six heures (on fait grâce des minutes et des secondes) s’étaient écoulés depuis qu’ils avaient volé la Prius. Abusé que la seule voiture qui n’était pas digne d’en être une, soit également celle qu’ils avaient gardée la plus longtemps. En tout cas, c’est la sensation de temps qu’elle ressentait quand, enfin, elle put sortir de ce tas de ferraille. Pus jamais ! Passer la porte de leur appartement fut une bénédiction, même les miaulements des chats n’entachèrent pas le bien-être ressenti d’être enfin chez eux.

_ Ouep.

Aishlinn passa à travers les murs surfaits de l’appartement pour se retrouver dans la salle de bain. Assise, sur le rebord de la baignoire, elle régla la température et alluma l’eau avant de se retrouver devant le miroir. Fatiguée par l’épisode de l’aquarium, ce fut l’image qu’elle se renvoya et qu’elle chassa aussi vite avec un paquet de gâteaux dans les mains, et une tête un peu penchée en arrière.

_ J’vais avoir une bosse, tout ça à cause d’un dauphin carnivore. Abusé !

Elle posa le paquet de gâteaux sur le rebord de la baignoire. Les parents interdisaient toujours de manger dans un bain mais, comme ils n’y avaient qu’eux ici et que, ça ne les avait jamais dérangés. Pourquoi se priver ? Ils ne le faisaient déjà pas avec leurs parents… Une époque qui semblait bien lointaine. Vêtement éparpillés sur le sol, elle retrouva les bras de son jumeau, et renversa la tête pour venir la poser sur l’épaule d’Abban.

_ Non et en plus ils doivent venir avec beaucoup d’argent, ne serait-ce que pour acheter des souvenirs.

Pas aussi lucratif qu’un parc d’attractions. Cela dit, elle n’était pas fan du vol dans ce genre de lieu enfin, disons qu’elle choisissait avec un peu plus précaution ses victimes. Elle n’ira jamais alléger un père ou une mère de famille qui avait déjà l’air de s’être saignés pour faire plaisir à leurs gamins. Il n’y avait rien de glorieux à voler la monnaie censée offrir une barbe-à-papa à un gamin. Oui, voler et avoir une morale n’étaient pas incompatible. Comme dans toutes les activités, il y avait des règles. Elle leva ses mains, en coupe, pleine de mousse.

_ On y retournera.

Et elle souffla dessus, laissant des particules de mousses s’envoler. Et, non, elle n’avait pas oublié son idée de mettre de la mousse dans le bassin des dauphins. Il faudra qu’elle se renseigne sur internet, voir ce qui pouvait se faire sans risquer de les rendre malades. Aishlinn secoua vivement les mains pour, ensuite, prendre le paquet qu’elle ouvrit avant de tendre l’ouverture en direction de son jumeau. Il passait toujours en priorité, oui.

Le reste de la soirée ne fut pas des plus originales, accrochés l’un à l’autre, ils avaient fini dans une de ces nombreuses émissions de cuisines ou, ponctuellement, les deux montraient la télé du doigt en hurlant sur une erreur monumentales qui était faite – par un cuisinier en herbe qui ne les entendaient absolument pas. Et plus tard, les orteils d’Aishlinn n’eurent pas à se défendre de l’assaut des deux chats. Ce fut, calé, dans les bras de son jumeau, dans leur lit, qu’elle trouva un sommeil mérité.
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Istiophorus Platypterus (Aishlinn)

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