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Une pizza qui se fait attendre #Chase

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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 15:55 Message
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**** 20 septembre 2013 ****

_ Charlie, tu as vu ?
_ Oui !
_ Mais… ?

Charlie s’enferma dans son bureau et la fameuse question qu’on lui posait depuis ce matin. La première fois, elle avait répondu non, étant donné qu’elle ne savait pas de quoi on lui parlait. Un magazine, ouvert à une certaine page, avait été agité devant son nez. Le magazine avait été arraché des mains de sa propriétaire pour finir dans celles de Charlie qui, avec les yeux grands ouverts, avait parcouru les quelques lignes. On lui avait demandé si c’était vrai, ce qu’elle avait nié en boucle. Au début. Puis, à force, elle avait seulement cessé de répondre à la moindre question, s’enfermant dans son bureau autant qu’elle le pouvait.

L’heure du déjeuner avait été une épreuve où elle avait eu l’impression de passer son temps à faire revenir sur un autre sujet qui n’impliquait, ni de près, ni de loin, Chase Neutron-Grey. Elle venait de revenir de ce fameux repas entre collègues. Ça n’arrivait pas souvent, maintenant, elle savait pourquoi. Assise dans son fauteuil, son téléphone à la main, elle décida d’envoyer un message au principal concerné.

«Histoire de me rappeler, après cette journée, que tu es quelqu’un que j’apprécie : je t’invite à manger à ton retour ? Dis-moi ton jour, je m’arrangerais… Si j’arrive à survivre à LA question de la journée. »

Elle rangea son téléphone et, sa journée ne fut qu’une succession d’esquive et de rendez-vous avec des clients. Tout un programme.


**** 4 Octobre ****


Les choses s’étaient tassées, ce n’était pas pour lui déplaire. L’absence de Chase avait été une bonne chose dans un sens, au moins, pendant les jours qui avaient suivi, personne n’avait pu avoir de clichés sur cette fausse idylle. Ca l’arrangeait d’autant plus que, le lendemain, était le jour de la réunion entre avocats qui concordait parfaitement étant donné que, peu de temps après, Luc devait se rendre à une audience concernant Seth. Sans regards braqués sur Charlie en permanence, elle allait pouvoir en profiter pour faire ingurgiter la poudre de l’Apothicaire à son cher collègue. Elle ne culpabilisait même plus, bien au contraire. Il l’avait cherché.

Devant la porte de son appartement, les bras chargés de sac au nom du magasin du coin, Charlie bloqua une fois de plus la clé dans sa serrure. Elle soupira, joua à coup d’épaule et la porte finit par céder. Système peu convaincant face à des cambrioleurs, à croire qu’elle ne s’en souciait pas vraiment. Elle passa l’entrée, referma la porte d’un revers du pied, traversa le salon et posa tous ses sacs sur le comptoir qui séparait cette pièce de la cuisine.

L’appartement de Charlie n’avait rien de bien glorieux. L’entrée donnait sur un salon qui était des plus banals. Un meuble-télé, une table basse, un canapé et une infiltration d’eau sur le mur en face de la porte. Un jour, quand elle aura le temps, elle s’en occupera. Une étagère, avec un tas de bouquins essentiellement sur le droit et pas de photos dispersées partout, juste deux. Elle, ses quatre frères devant une baraque pourrie située au Texas, autant dire qu’elle datait, elle ne devait pas être âgée de plus de 15 ans sur cette photo. Peut-être qu’elle aurait pu en avoir d’autres, de plus récente, si ça avait été une des préoccupations de la famille. Mais ça n’avait pas été le cas. Sur la deuxième photo, Charlie était un peu plus âgée. Une vingtaine d’années avec, à ses côtés, une jeune femme d’un peu près du même âge, brune. Faut croire que Charlie avait un côté sentimental et accroché au passé.

Le salon et la cuisine étant ensemble, seulement séparé par le comptoir blanc, il fallait passer par une porte pour débouler sur un couloir qui renfermait le reste des pièces habituelles. L’appartement ne comptait qu’une seule chambre mais, peu d’intérêt de la décrire. Oui, le close-up était seulement une presse à scandales et leur info la concernant était totalement infondée.

Charlie, en très mauvaise cuisinière, s’aida de son téléphone pour aller chercher une recette pas-à-pas et elle s’activa pendant une bonne partie de la fin d’après-midi pour préparer un repas. C’était censé être bien. En tout cas, elle l’avait vraiment souhaité. Mais à répondre à son téléphone toutes les deux minutes, elle avait sûrement sauté quelques étapes, essentiellement celle qui parlait du temps de cuisson. Chase était supposé arriver dans 30 minutes et son appartement était étrangement rempli d’une certaine fumée.  Acheter un four qui possède un minuteur, il faudra qu’elle y songe sérieusement.

En ouvrant son four, elle comprit que son repas venait d’être carbonisé – elle avait gardé un maigre espoir que ce ne soit pas le cas, même en voyant la fumée s’en échapper. Elle arrêta le four, dépitée, et s’employa à ouvrir toutes les fenêtres qu’elle pouvait. Les trente minutes qui lui étaient attribuées avaient servi à jeter tout ce qu’elle avait préparé – la cuisine, ne n’était vraiment pas son truc – à aérer, et surtout à appeler la pizzéria du coin de la rue. Jamais à l’heure, elle n’avait le temps de les voir débarquer.

On frappa à sa porte, toute la fumée avait disparu mais restait une odeur de brûler qui ne ferait pas de doute sur l’échec de son initiative. En fait, on pouvait même croire qu’elle s’était battue avec sa bouffe parce que, ses cheveux initialement attachés avaient décidé de laisser un tas de mèches rebelles de s’enfuir de son élastique. Elle alla ouvrir la porte dans un air dépité qu’elle releva sur Chase, devant chez elle.

_ J’espère que pizza ça te va. C’était ça ou sushi, de toute façon et je me suis dit que les sushis… Ouais enfin bref…

Elle soupira sur une mèche de cheveux qui s’envola sur le dessus de sa tête… avant de retomber devant ses yeux.

_ Mon repas s’est débattu, pire qu’un taureau énervé. J’ai abandonné le combat.

Elle avait l’air navré. Au moins, elle avait essayé, ça comptait, non ? Au moins un peu ? Elle ouvrit un peu plus la porte et se poussa pour le laisser passer, un bras tendu vers le salon.

_ Entre. Tu n’as pas eu de mal à trouver ?

Évidemment que non, étant donné qu’elle vivait dans le même immeuble que Lukaz mais, d’une elle ne savait pas qui s’était. De deux, elle savait encore moins que lui et Chase se connaissaient. Charlie referma la porte derrière Chase, l’invitant à faire comme chez lui… Hmm, elle était presque certaine que la chambre de Chase devait être deux fois plus grande que son appartement. Peu importe.

_ Ton voyage, c’était comment ?

Elle alla dans la cuisine pour sortir deux verres avant de lui demander ce qu’il voulait boire. Et promis, pas de blague sur son âge avec demande de carte d’identité s’il lui demandait quelque chose d’alcoolisé.
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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 18:00 Message
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Ce matin-là, peu après son retour au Japon, Chase observait Maxime en versant du sirop d’érable sur ses pancakes. Son frère ainé avait la tête qu’il faisait toujours lorsqu’il tentait de trouver un moyen élégant et point trop invasif de poser une question sur la vie privée de l’un de ses cadets. Avec un rien de sadisme, et en mâchonnant un premier pancake, Chase fit mine de rien apercevoir. Finalement, Maxime, après s’être raclé la gorge, interrogea nerveusement :

— Chase ?
— Hmoui ?

Le jeune homme fit mine de lever les yeux de la page des sports.

— Dis, je me demandais… Non que ça me concerne particulièrement, bien sûr, tu sais, mais je suis ton grand frère, et, enfin, je me disais…
— Oui… ?
— Euh…

Maxime commençait à émietter une tranche de pain sans aucune pitié.

— Tu es bien, tu sais, euh, comment dire… ? Tu préfères, hm, les garçons, non ?

Chase haussa un sourcil authentiquement surpris. C’était une chose dont il parlait peu en famille et certainement pas avec son frère.

— Oui…
— Non parce que, tu sais, c’est à cause de l’article…
— Quel article ?

Chase avait été au Japon au moment de la parution du fameux billet de la chroniqueuse manifestement mal renseignée d’un obscur magazine dont il n’avait auparavant jamais entendu parler. En le lisant, ce matin-là, au petit-déjeuner, il n’avait pu s’empêcher d’éclater de rire. Maxime, lui, ne savait trop s’il devait être soulagé que son petit frère ne sortît pas avec une femme qui aurait pu être sa mère — à en croire le fameux L. de l’article — ou, bien malgré lui cependant, déçu qu’il ne fût pas, finalement, intéressé par les filles.

Mais il n’y avait pas de doute : quelques heures plus tard, c’était bien contre le mur de l’appartement de Lukaz que Chase, les cheveux en bataille et les mains baladeuses, était plaqué et c’était bien par un baiser très masculin qu’il avait la parole coupée. Il finit par repousser un tout petit peu son amant, mais pas trop non plus, et à murmurer :

— Va tout de même falloir que j’y aille, tu sais.

Une bonne résolution interrompue par un nouveau baiser. Mais au prix d’efforts surhumains de la volonté, Chase parvint : 1) à rester (presque) entièrement habillé et 2) à se détacher finalement du Français. Il disparut dans la salle de bain pour remettre un peu d’ordre dans sa tenue. Il était venu un peu à l’avance dans l’immeuble de Charlie, qui était celui de Lukaz, et puisqu’il était en avance, pour ne pas déranger l’avocate qui sans doute s’affairait aux fourneaux, il n’avait pas résisté à l’envie de rendre une petite visite à son amant. Mais l’heure tournait et il était temps d’honorer son rendez-vous.

Après un dernier et fugace baiser à Lukaz, puis un autre, puis… Cinq minutes plus tard, Chase sortit de l’appartement L pour se rendre à l’appartement C et la porte s’ouvrit sur une Charlie qui avait manifestement passé des moments moins agréables que les siens. Chase huma instinctivement l’odeur de fin de barbecue qui règnait dans l’appartement de son amie, avant de sourire à la métaphore toute texane.

— Alors je crois que toi et moi, on ouvrira jamais un restaurant.

Il se glissa dans l’appartement et se débarrassa de son blouson sur le porte-manteau de l’entrée.

— Je ne suis pas très doué en la matière non plus. Une pizza, ce sera très bien.

Et puis, il était toujours à droite à gauche : il mangeait rarement chez lui. D’un regard rapide, il parcourut les lieux, sans paraître trop insistant. Le Bigsby Building était assurément vaste, mais pas ce que la plupart des gens appelleraient « luxueux » : la richesse de la famille se révélait bien plus aux équipements technologiques et, naturellement, aux dimensions des lieux, plutôt qu’à une atmosphère de grande bourgeoisie. Il ne se sentait donc pas trop dépaysé dans la demeure de l’avocate.

— Sinon, je connaissais déjà un peu le quartier, à vrai dire.

N’est-ce pas. La question de l’avocate sur son voyage fut accueillie avec un haussement d’épaules et Chase répondit d’une voix détachée dont il était seul capable peut-être :

— Je suis devenu grand maître international d’échecs et puis le dernier soir, j’ai été coincé dans un hôtel attaqué par des yakuzas. À part ça, rien de particulier.

Un voyage normal dans la vie de Chase Neutron-Grey. Bien sûr, il passait sous silence l’implication d’une agente du SHADOW dans ces événements : il y avait certaines parties de sa vie qu’il gardait tout à fait confidentielles. Il se laissa tomber sur le canapé de Charlie et poussa un soupir.

— Je suis un peu fatigué, cela dit. Beaucoup de choses à faire, en ce moment.

Et de fait, il avait l’air un peu pâle. Avec un sourire un coin, il aborda le sujet du moment :

— Alors, ça fait quoi d’avoir quarante-et-un ans ? Il faudra penser à faire ton dossier de retraite, avant qu’il ne soit trop tard, hein.

L’idée qu’on lui prêtât une relation avec Charlie n’avait, lui, pas l’air de le déranger plus que cela. Il n’en était plus au premier article qui spéculait sur sa vie privée dans la presse à scandales. 
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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 19:04 Message
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Charlie avait laissé passer un rire, doucement, rapidement, à l’idée de ne surtout pas ouvrir un restaurant avec Chase. Au moins, ça avait le don de la faire un peu moins culpabiliser sur son entreprise lamentablement foirée. Au moins, ils tombaient d’accord sur le menu, ne restait plus qu’à attendre l’arrivée providentielle du livreur qui passerait probablement quand il aurait le temps, dans l’hypothèse où il ne serait pas fait renversé en slalomant dangereusement d’une file à une autre. Prendre autant de risques pour aller plus vite et ne jamais arriver à l’heure… c’était stupide.

Que Chase puisse connaître un peu le quartier n’avait rien d’assez surprenant pour que Charlie lui en demande les raisons. Elle restait dans le centre, il aurait parlé du District Est, elle aurait probablement été plus interpellé. Mais là, rien ne lui semblait être hallucinant dans cette révélation qui n’en était pas réellement un.

_ Une att…

Elle releva la tête vers lui, ses verres à la main, dans un profond étonnement avant de secouer la tête. Ok, Chase avait une faculté innée pour se mettre dans des situations impossibles. S’il s’en sortait avec un coup de fatigue, elle supposa, que c’était là l’essentiel. Faussement vexée, elle plissa bien vite les yeux sur le sujet embrayé par Chase.

_ J’essaye de me consoler en me disant que, au moins, je serais peut-être à la base d’une mode « mature ».

Charlie avait posé les verres sur la table basse devant le canapé pour miner des parenthèses à un look qui, selon elle, n’en était pas un. Mais très vite, elle laissa passer un sourire en secouant la tête.

_ Tu sais qu’une fille est venue me voir en me disant qu’elle voulait se lancer dans le droit, parce que ça avait l’air d’être une bonne place pour avoir un bon parti.

Si Charlie avait eu un air dépité sur le moment, elle le prenait avec bien plus d’humour maintenant que les choses c’étaient un peu tassées et qu’elle ne devait plus répondre à une question toutes les dix minutes. L’avocate, en repos pour ce soir, entreprit de déposer un choix de boissons sur la table, laissant, ainsi, Chase porter son choix sur ce qu’il voulait.

Charlie attrapa une chaise pour faire face à Chase, s’installant dessus, une jambe repliée pour laisser son pied se poser sur le siège.

_ Je cherche encore ce qui est le pire. Certaines de tes fans ou un groupe de yakuzas investissant un hôtel.

La question aurait réellement pu se poser si Charlie avait eu les capacités de Chase parce que, là, sans aucune défense, elle s’en sortait probablement mieux avec un groupe de semi-fanatique. Personne n’avait cherché à lui arracher les yeux de la tête. Elle s’en sortait bien. Elle entreprit un hochement de tête en direction de Chase.

_ Tu as quand même le don de t’embarquer dans des situations improbables, sans même le vouloir.

Peut-être un pouvoir qu’il ignorait complètement, où juste une aura Neutron-Grey autour de lui.  Elle n’en savait rien, elle ignorait même si d’une façon ou d’une autre il avait été visé ou si c’était juste un malencontreux hasard.

_ Il s’est passé quoi ?

La question ne resta pas obligatoire. En fait, elle préféra plus le savoir en un seul morceau que de connaître tous les détails de cette attaque. Bien que curieuse, elle estima que tout le monde restait en droit de répondre à ce qu’ils voulaient… Ok, sauf pendant un interrogatoire, là, ce genre de comportement, rendait la tâche bien plus compliquée. Mais Chase n’était pas son client. Loin de là.

Avant qu’il ne puisse répondre – sauver ? – on sonna à sa porte. Charlie se releva en s’excusant auprès de Chase, seulement 1 minute, elle comptait récupérer les pizzas, payer le livreur et Chase pourrait lui expliquer ce qui s’était passé. Rien ne se passa comme ce plan qui, pourtant, était des plus simples. Charlie ouvrit la porte pour se retrouver, non pas devant un livreur, mais devant Scott qui, dans un grand sourire montrait une bouteille de vin.

_ Je sais, j’ai une semaine de retard mais, je n’ai pas pu me libérer avant. Il entra dans l’appartement, habitué des lieux et, surtout, jamais resté à la porte jusqu’à présent. Mais il fallait qu’on fête sa ça, tu as ta première…

Le regard de Scott venait de tomber sur Chase, le stoppant net dans sa phrase. Par deux fois, son regard passa de Chase à Charlie, avant de s’arrêter sur cette dernière.

_ Alors c’était vrai ?

Il afficha un sourire, cacha une certaine déception qu’elle ne sût pas voir. De toute façon elle était déjà en train de rouler des yeux alors que Scott ne lui donna pas l’occasion de lui répondre quoi que ce soit. Il fit les derniers pas le séparant du canapé avant de se présenter devant le jeune homme.

_ Chase Neutron-Grey, je suppose. Il tendit sa main droite. Scott. Pour la serrer. Enchanté.

Ne pas donner de nom de famille n’était pas à cause d’un manque de politesse mais une façon de dire, muettement, qu’il ne profiterait pas d’être l’ami d’une amie pour se faire un allié de choix. Il sut très vite qu’il aurait dû demander s’il dérangeait, si Charlie voulait qu’il repasse plus tard mais, un peu possessif à ses heures, il s’empêcha de prononcer ces mots, ne voulant pas recevoir une réponse positive.

Scott, 38 ans, avait tout de l’avocat, jusqu’au costume dont la cravate était un peu inégale depuis que plus personne ne s’amusait à lui nouer quand il se rendait à son cabinet. Du point de vue de Charlie, il était des plus charmant sur un plan physique, moral aussi, si on évitait les sujets qui les opposaient et qui les avaient rendus incompatibles dans une vie commune. Et là, elle devait avouer qu’il ne tombait pas spécialement au bon moment mais, vu qu’il était déjà en train de se présenter, elle soupira en refermant la porte pour se mettre à côté de lui.

_ Scott a été mon premier vrai employeur.
_ Entre autres choses.
_ Entre autres choses.

Elle était bien forcée de l’admettre.
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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 19:41 Message
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Chase se pencha pour attraper une bouteille de soda et se servit un verre, avant de s’installer à nouveau confortablement dans le canapé. Il esquissa un sourire un peu amusé en s’imaginant la semaine qu’avait dû passer Charlie depuis la publication de l’article. Maintenant qu’il cernait mieux les contours de sa propre célébrité, il mesurait aussi plus précisément les effets point toujours très agréables qu’elle pouvait avoir sur les autres.

— Au moins, elle étudiera le droit. Ça lui donnera peut-être des désirs d’indépendance, quand elle sera plus… mature.

Il n’avait pu s’empêcher de glisser cette petite pointe et il s’en sentait d’autant moins coupable qu’il lui paraissait assez difficile de prêter à Charlie beaucoup plus que sept ou huit ans que lui. La jeune femme lui paraissait au contraire un peu plus jeune que son âge, particulièrement ce soir-là, où elle avait troqué ses talons et son tailleur d’avocate pour une tenue beaucoup plus décontractée.

Il avala une gorgée de coca et répondit du tac-au-tac :

— Les fans, définitivement. Les yakuzas ne cherchent pas à me parler.

Cela dit, il lui arrivait de discuter sans déplaisir avec certains admirateurs (non, il ne profitait pas de son statut pour emballer) et certaines admiratrices (la preuve), comme il l’avait fait, quelques semaines plus tôt, avec le jeune Zachary, au HIT. C’était l’effet de groupe ou l’anonymat des journaux qui étaient vraiment dérangeants — ou bien les fans psychopathes, mais dans ce domaine-là, il avait eu pour l’heure beaucoup de chance et n’en avait rencontré aucun.

Chase allait se lancer dans le récit truculent de son aventure nipponne, parce qu’il avait tout de même envie de le raconter, en bon passionné de péripéties romanesques qu’il était, malgré son air indifférent, quand la sonnerie retentit, à quoi son ventre répondit dans un gargouillement d’impatience. Une déception temporaire le saisit hélas à l’arrivée du nouveau venu, d’abord parce qu’il ne buvait pas d’alcool et ensuite parce que la bouteille de vin n’était pas accompagnée d’une pizza.

Temporaire, parce que le nouveau venu en question, laissez-moi vous le dire, n’aurait pas dormi dans la baignoire. Le regard de Chase passa en quelques secondes Charlie à Scott, alors que celui de Scott passait de Charlie à Chase, et que celui de Charlie… bref. Puis le mentaliste quitta le canapé, serra la main de l’avocat et n’eut pas besoin de plus amples explications pour comprendre, en gros, de quoi il retournait entre ces deux-là.

Ce qui rendait, de fait, la situation un peu gênante. Il se rassit avec son verre de soda, en se sentant soudain très jeune, non tant parce que ses deux interlocuteurs étaient plus âgés, mais parce qu’ils avaient plus vécu. Chase avait compris en quelques mots qu’il y avait, derrière Scott et Charlie, un passé commun et que ce passé commun devait être assez compliqué et contrasté pour qu’ils pussent encore se voir, mais avec la gêne impatiente que le télépathe percevait sans peine, et dans toute sa vie sentimentale plutôt désertique de jeune homme de vingt-et-un ans, il n’y avait rien qui se rapprochât de près ou de loin de cela. Lui, en somme, il n’avait pas tant vécu.

Scott s’assit sur le canapé à côté de lui pendant que Charlie lui et se servait une boisson d’adulte. Chase fit machinalement tourner son coca dans son verre. Comme il sentait le regard de l’avocat peser sur lui, Chase se sentit finalement obligé de préciser :

— Il ne faut pas croire la presse à scandales.
— Je n’en doute pas.
— En tout cas, pas celle-là.

Scott haussa un sourcil interrogatif. Chase esquissa un demi-sourire et glissa d’un ton dégagé :

[color=green]— Disons qu’à mon propos et pour ce genre d’affaires, Star City Queer est mieux renseigné que Close Up.
— Oh.
— Voilà.
— Je vois.

Scott se remit à fixer son verre de vin, un peu embarrassé tout de même.

— Et donc, vous êtes informaticien ?
— Entre autres, oui.
— Vous avez l’air d’avoir une vie plutôt mouvementée, pour un informaticien.

Il avait dit cela en fixant Charlie et Chase devina que sa phrase aurait aussi bien pu se finir par « pour une avocate ». Et sans aucun doute, rares étaient les avocats de la ville qui avaient vécu des aventures semblables à celles de Charlie. Chase haussa les épaules et tenta d’aplanir la difficulté :

— Et, vous savez, dans ce qu’on en dit, il y a beaucoup de rajouté. Ce n’est pas si palpitant que cela.

Un beau mensonge, parce qu’ils s’étaient fait enlevés, lui, on lui avait tiré dessus, ils avaient arrêté de dangereux criminels et embauché de dangereux criminels. Rien à voir avec de la simple paperasse législative.

— La plupart du temps, je reste surtout devant mon ordinateur.

Dixit celui qui avait failli raconter son aventure avec les yakuzas. Pas très à son aise non plus, Chase forma dans l’esprit de Charlie :

* Tu veux peut-être que je parte ? Parce que je peux vous laisser seul si… Vous avez des trucs à faire. *

Oui, parce que quand un homme rentrait le soir chez vous avec une bouteille de vin, c’était peut-être pour autre chose que pour rencontrer vos amis. 
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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 22:09 Message
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Bien qu’elle aurait aimé en savoir plus sur cette bande de Yakuza, Charlie se retrouva dans la position qu’elle avait quittée pour ouvrir la porte. Et dans un jeu des sept erreurs, on verrait bien vite qu’un verre de vin s’était greffé à sa main, entre les deux poses. Elle regarda les deux personnes, suivant avec intérêt un échange un peu maladroit sans savoir si elle devait en rire ou en pleurer. Scott, qui d’habitude avait tout de la personne assurée – avocat, ça devait être donné avec son boulot quand il s’agit de s’adresser aux autres – était, pour cette fois, un peu plus réservé ou gêné. Aucune idée. Et Chase, qui se trouvait dans une situation un peu étrange… Sans avoir besoin d’armes à feu, cette fois. C’est sur ce dernier qu’elle posa son regard.

*Je peux le renvoyer chez lui. *

Une pensée qui s’emmêla avec celle de Chase. La trentenaire, sous le coup de la surprise et de l’étonnement, manqua de s’étouffer avec sa gorgée de vin. Action déplorable et, pourtant, elle se retrouva avec un sourire sur les lèvres.

_ Ça va ?
_ Hmm Hmm.

Elle hocha la tête, les lèvres closes ce qui ne manqua pas d’interpeler Scott qui, soudain se fit un peu plus sceptique.

_ Qu’est-ce qui te fait rire ?

Techniquement, elle n’avait pas ri mais, c’était tout comme, elle voulait bien lui accorder. De toute façon, il ne fallait pas se leurrer, sur ses dernières années, Scott était sûrement la personne qui la connaissait le mieux. Charlie se pencha en avant pour reposer son verre sur la table basse.

_ Rien, juste. Elle les regarda tour à tour. Vous deux, je crois. Devant le regard de Scott, Charlie lui assura un sourire. Sérieux, c’est juste une presse à Scandale.

Parce que si Scott la connaissait bien, l’inverse était aussi réciproque. Elle haussa les épaules dans un air faussement déçu.

_ J’ai bien essayé, tu vois mais, il semblerait que les 20 ans qui nous séparent soient un problème pour lui.

Chose qu’en réalité elle n’avait jamais envisagée et, en plus, elle n’avait pas 20 ans de plus. Mais au moins, Scott loupa la gorgée qu’il comptait prendre à son tour. Le but n’était pas non plus d’attiser une prétendue jalousie chez Scott, elle avait tourné la page depuis un moment. Ils avaient essayé, ça n’avait pas fonctionné. Essentiellement parce qu’il ne partageait pas l’avis de Charlie concernant ses frères et, c’était LE sujet sur lequel il ne fallait pas être en désaccord avec elle. D’une manière ou d’une autre, qu’elle aime ou apprécie la personne, ils passeraient en priorité.

*On n’a rien à faire, les pizzas sont en route, hors de question que tu partes. Enfin, pas à cause de Scott, en tout cas. *

Parce que, évidemment, elle ne tenterait pas de le séquestrer chez elle. D’une, elle n’envisageait pas les choses de cette manière. De deux, même si c’était le cas, elle ne serait pas une grande menace pour lui. Entre-temps, Scott lui avait posé une question, pour savoir comment ça se passait avec Sarah, sa nouvelle secrétaire. Question que Charlie n’avait pas entendue, incapable de parler par télépathie, tout en se concentrant sur une conversation. C'était un art, bien plus compliqué qu’il n’y parait et, de toute évidence, elle ne le partageait pas.

_ Charlie ?

Scott agita doucement une main devant l’avocate, qui sembla sortir de ses pensées.

_ Excuse-moi ?

Charlie essaya de se recaler sur la conversation après avoir secoué la tête de façon brève. Scott s’enfonça dans le canapé en souriant, cherchant du regard un appui en la personne de Chase.

_ Voilà, elle a sa première secrétaire et elle l’a déjà oublié. Si mes sources sont bonnes, c’est arrivé suite aux arrestations pour les salles de jeux. D’ailleurs, elle est restée assez évasive sur le sujet. Il hocha la tête en direction de Chase. Comment vous vous êtes retrouvés dans cette situation ?

Elle l’était restée parce qu’elle ne voulait pas plus impliquer Chase dans ses récits, plus que par un souci d’un secret absolu. Cela dit, elle apprécia que Scott précise ce fait, plutôt que de chercher, de manière détournée, à avoir des infos qu’elle ne lui avait pas données. La question ne s’adressant pas à elle, il aurait été mal avisé de répondre à la place de Chase. Néanmoins, elle posa son regard sur lui dans un léger hochement de tête.

*Si la question se pose : j’ai confiance. Réponds ce que tu veux. *

Encore heureux qu’il pouvait répondre comme bon lui semble mais, elle chercha surtout à expliquer qu’elle n’avait pas menti à Scott, c’était seulement qu’il n’avait pas toute l’histoire.

_ J’ai la version magasine et deux ou trois petites choses entendues ici et là. L’état de leur patron est resté un mystère pour tout le monde, il semblerait.

Tout le monde sauf eux deux, de ce qu’il en pensait. Et il ne fallait surtout pas demander l’avis à Charlie qui, mima d’être dans la conversation alors qu’elle avait loupé tout le début de cette tirade. Un jour, elle songera à instaurer des règles comme : ne pas parler pendant qu’elle s’adresse à quelqu’un par télépathie.
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Message posté : Mer 25 Sep 2013 - 22:55 Message
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Chase n’était peut-être pas l’être le plus sociable du monde. Un contre un, il se débrouillait et il pouvait même avoir une conversation charmante et assurée. Mais lorsque les pièces étaient un peu peuplées et que les propos quittaient les rivages rassurants de ses domaines d’expertise certes multiples mais rapidement épuisés en bonne société, le jeune homme avait tendance à s’effacer un peu, pour écarter surtout et ne répondre que lorsque l’on s’adressait à lui. Particulièrement avec des inconnus, sans doute, mais même dans les milieux qu’il connaissait bien, même dans les soirées chaleureuses, dirons-nous, de certains clubs, il était le mystère lointain qu’il fallait venir solliciter soi-même pour espérer l’attirer.

Alors, instinctivement, puisque Charlie et Scott se connaissaient depuis longtemps, puisqu’ils avaient vécu des choses ensemble, puisque lui-même n’était, après tout, qu’une pièce rapportée, arrivée trop tard — un peu ce qu’il pensait, mais il ne s’en rendit pas compte, de sa situation familiale — Chase se réfugia dans son verre de coca et se mit à détailler du regard l’appartement de son hôte, jusqu’à lui répondre, avec la parfaite politesse frôlant le sens du sacrifice qui le caractérisait :

* Non, c’est très bien, ne t’inquiète pas : je reste, tu restes, il reste, c’est très bien. *

Il n’avait en réalité qu’une envie : se retrouver seul à seul avec Charlie, parce qu’elle, il la connaissait, mais il eût fallu le menacer de torture pour qu’il avouât la chose. Il débarrassa promptement l’esprit de l’avocate de ses propres pensées, même, quand il se rendit compte qu’elles la détournaient de la conversation avec Scott. Il fallut donc que ce dernier se tournât vers lui pour que Chase, un peu crispé, du coup, parce qu’on lui adressait la parole, revint dans la conversation.

Il commença par hausser évasivement les épaules.

— C’était une affaire sur laquelle nous avions travaillée ensemble, Charlie et moi, à vrai dire pour aider l’un de mes amis. Une chose en a entraîné une autre.

C’était ce que l’on appelait une réponse peu précise. Charlie avait beau avoir confiance en Scott, lui, Chase, ne le connaissait ni d’Ève ni d’Adam et il n’allait certainement pas lui exposer la geste peu glorieuse d’Ellis et de sa famille pour animer l’apéritif. À cette prudence s’ajoutait une réaction de méfiance latente, parce que si Charlie et Scott avaient vécu quelque chose, c’était qu’ils ne le vivaient plus à présent et que donc Scott avait commis une erreur. En d’autres termes, il n’avait pas été parfait pour Charlie et Chase lui en voulait un peu, par principe.

— Quand au chef de l’opération, eh bien il est sous la scrupuleuse observation de psychologues spécialisés et il est possible, quoique peu probable il est vrai, que son état s’améliore un jour. En attendant, il a été déclaré incompétent pour être jugé.

À nouveau, il n’avait pas répondu à la question implicite de Scott qui, en bon avocat, avait très bien compris qu’il n’y aurait pas grand-chose à obtenir. Mais il n’avait pas dit son dernier mot : mettre à l’aise des témoins récalcitrants, c’était son métier et puisque Chase avait acquis, de toute évidence, une importance capitale de la vie de Charlie, il ne comptait certes pas se le mettre à dos.

— Et j’ai vu que vous jouiez aux échecs, aussi. C’est même un euphémisme : grand maître international, c’est très impressionnant.

Aussitôt, Chase sourit.

— C’est ma sœur qui m’a appris.
— Tesla, c’est bien ça ?

Le jeune homme hocha la tête.

— Je sais un peu jouer, moi-même, mais loin, très loin de votre niveau, j’en suis certain.

Avec son habituelle modestie, Chase répondit :

— Oh, il suffit de s’entraîner un peu.

Scott reposa le regard sur Charlie.

— Et toi, tu apprends, du coup ? C’est un passe-temps plus sûr au moins que de courir après les criminels.

Il revenait à la charge, parce que décidément, l’idée que l’avocate fût prise dans les feux croisés des aventures des Neutron-Grey ne lui plaisait pas beaucoup. Bien sûr, s’il avait su que le dernier tournoi de Chase s’était soldé par une fusillade dans un hôtel japonais, il eût sans doute cherché à la lancer dans une occupation plus inoffensive encore, comme le point de croix ou la pêche à la ligne.

— Je commence déjà par l’emmener à l’opéra.
— L’opéra ?

Scott avait haussé les sourcils d’étonnement, en passant le regard alternativement sur Chase et Charlie. Un sourire un peu moqueur se dessina sur ses lèvres : la Charlie qu’il connaissait n’était pas vraiment du genre à aller écouter Verdi avec les gens de la bonne société. Il fixa à la jeune femme.

— Tu vas à l’opéra, toi ? Ça aussi, c’est nouveau. Décidément…

Il y avait eu dans ce « décidément » une inflexion malgré lui pas tout à fait joyeuse et Chase, plus que sensible évidemment à ces petites fluctuations, parut un peu mal à l’aise et chercha Charlie du regard, comme pour s’excuser d’avoir sans doute commis un impair.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 4:19 Message
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Pour une fois, ce fut Charlie qui eut envie d’être douée de télépathie pour s’assurer de la réponse de Chase. Réponse qui, évidemment, n’avait pas été formulée à haute voix. A défaut, elle écouta plus attentivement les réponses données par Chase, ce qu’il annonça servira de base si Scott venait à lui poser plus de question sans la présence de Chase. Outre le secret professionnel – qui n’entrait pas en compte dans son raisonnement –, c’était surtout en tant qu’amie qu’elle n’avait pas envie d’en dire plus que ce qu’il pouvait faire.

Croire que Scott abandonnait si vite la partie était un tort, il passait seulement par d’autres moyens ce qui la rendit encore plus attentive à l’échange. Peut-être qu’elle s’imaginait sauter au secours de Chase si Scott revenait à la charge après avoir joué dans un terrain supposé parler à Chase. Les échecs, le mettre en avant par son statut récemment acquis. Scott ne faisait pas ce métier pour rien.

_ Non.

Elle secoua la tête. Elle n’apprenait pas et se passa de dire qu’elle l’envisageait. Si Scott jouait, un peu, il était le joueur un peu nocif qui pouvait lui apprendre les bases et, bien qu’elle l’appréciait, elle n’irait pas jusque-là. Laissez ces deux-là tous seuls dans une pièce, et c’était l’engueulade assurée en moins d’une heure. Une personne, dans un autre immeuble de la 40 th avenue, en avait fait les frais pendant 3 mois. Jusqu’à devoir héberger Charlie, une nuit, parce que Scott l’avait laissé à la porte après une de ses nombreuses prises de tête. Charlie, chassa doucement ce genre de pensées de son esprit.

Elle bloqua un court instant sur le « décidément » de Scott qui avait l’air d’être plein de sous-entendu qu’elle ne fut pas certaine de bien comprendre.

_ Pas encore mais, il semblerait que ça va effectivement arriver.

Elle décrocha un sourire à Chase. Elle l’avait promis, d’une certaine manière, et ne revenait pas sur ce genre de décision mais, au-delà de ça, elle s’était faite à cette idée et finalement, ça lui convenait plutôt bien. Son sourire se perdit un peu en revenant sur Scott et elle haussa les épaules.

_ Il y a un début à tout.
_ Je croyais que ce n’était pas ton genre ?
_ Je te dirais ça quand j’aurais essayé.

Elle atténua sa phrase par un sourire, pour éviter que ça sonne comme un « tu ne l’as jamais proposé », ce qui n’était pas le but. Elle avait des choses à lui reprocher dans une vie passée mais, certainement pas les initiatives qu’il avait pu prendre pour leur activité. Quand leur boulot le leur permettait. Scott, du coup, compris qu’il était inutile d’insister sur ce sujet, même s’il se sentait un peu déçu. Il décida de partir sur un sujet, supposé parler à tout le monde.

_ Quoi qu’il en soit, je suis content pour toi, la tournure que prend ta carrière.

Et il l’était réellement,  il y mettait même un brin de fierté qu’il trouva bon d’expliquer en se tournant vers Chase.

_ Je l’ai connu au début de sa carrière. Il leva les yeux au ciel faussement exaspérer. Impossible de lui faire entendre raison.

Charlie eut une moue sceptique, c’était un peu exagérer comme façon de voir les choses. Elle s’était seulement contentée de défendre son point de vue sur les dossiers qu’il voulait éviter. Mais elle ne se lancerait pas dans ce débat.

_ D’ailleurs, tu t’en sors beaucoup mieux que Luc.

Pensant que Chase risquait d’être perdu dans des prénoms qu’il ne devait pas connaître, Scott enchaina très vite à son attention.

_ Luc était mon premier collaborateur, Charlie est arrivée ensuite et quand elle est partie du cabinet, Luc a suivi peu de temps après.
_ Scott ?

Charlie s’était redressée sur sa chaise, apparemment peu à l’aise d’aborder ce sujet. Elle avait parlé de Luc, l’avocat de son frère mais, à aucun moment elle n’avait voulu parler des problèmes qu’elle avait avec lui. Laisser entendre que Luc avait quitté son poste pour la suivre dans le même cabinet qu’elle, n’était pas le genre de chose qu’elle tenait à ébruiter.

_ Tu es en train de parler de choses qui n’ont pas le moindre intérêt.
_ C’est seulement que…

Il se stoppa en la voyant secoué la tête. Et se tourna vers Chase, dans un sourire navré.

_ Désolé, j’ai toujours l’impression que notre travail intéresse tout le monde.

Charlie, plutôt que de devoir affronter un potentiel regard interrogateur de la part de Chase, préféra concentrer son regard sur son verre qu’elle reprit pour en boire une nouvelle gorgée. Elle en vint à se dire que la pizza pouvait arriver maintenant, justifier qu’elle avait prévu que pour deux et envoyer Scott chez lui pour remettre ce genre de discussion à un autre moment.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 7:58 Message
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Il y avait toute une série d’expériences quotidiennes de la vie qui étaient restées inédites pour Chase et si il était impatient de pouvoir en vivre certaines, il y en avait d’autres qu’il était content de tenir éloignées de lui le plus longtemps possible, comme : déboucher des toilettes, cuisiner des aubergines, se faire arracher un ongle, manger des insectes et se retrouver dans une conversation avec un couple séparé qui essayait toujours d’être en bons termes. L’exercice était d’ailleurs beaucoup plus compliqué qu’il ne l’eût d’abord cru.

À chaque instant, il ressentait le besoin d’utiliser ses pouvoirs pour savoir si les sourires que s’échangeaient Scott et Charlie étaient véritables, si dans les phrases en apparence anodines, mais appuyées d’un regard, il n’y avait pas de reproches implicites qu’il ne pouvait pas décoder et à chaque instant, parce qu’il était bien éduqué, il se retenait de s’immiscer ainsi dans leur vie privée — non sans trouver, tout de même, qu’il était étrange pour Scott de venir ainsi avec une bouteille de vin célébrer la réussite de son ancienne compagne.

Du coup, il était bien content qu’on l’oubliât dans son coin, mais c’était sans compter sur l’obsession de Scott d’en savoir plus sur la carrière et les activités de Charlie — ou devrais-je dire de les régenter ? C’était à nouveau à lui que l’on s’adressait et Chase posa un regard un peu perplexe sur l’avocat. Avant de le tourner soudainement, sans pouvoir s’en empêcher, sur Charlie. Comment ça, Luc l’avait suivie ? Pour lui pourrir la vie ? Chase s’était représenté Luc comme une peste de bureau à l’ambition trop prononcée, mais il prenait un air bien différent — et difficilement explicable.

Alors quand Charlie tenta de balayer le sujet, Chase, avec un mélange de politesse et de curiosité, assura :

— Mais non, ça m’intéresse. À part l’UNISON, je ne connais pas grand-chose, c’est toujours instructif de voir comment les autres milieux fonctionnent.

Scott afficha un grand sourire victorieux.

— Oui, j’ai toujours trouvé que Luc et Charlie avaient une relation spéciale. De travail, j’entends.

À nouveau, Chase dut s’avouer incapable de s’assurer de l’existence ou non d’une pique cachée.

— D’ailleurs, il défend le frère de Ch…

Chase s’était arrêté aussi sec en voyant le regard de son amie et il eut brusquement envie de disparaître dans son canapé. D’un ton tranchant, Scott commenta à côté de lui :

— Ah, tiens, encore ces histoires, ça ne m’étonne pas.

Cette fois-ci, c’était certain : pas besoin de télépathie pour savoir qu’il venait de mettre les pieds dans le plat. Si Chase avait serré plus nerveusement encore son verre, il eût fini par le faire éclater entre ses mains.

— Ça ne m’étonne pas, mais au moins Charlie ne s’est pas chargée de l’affaire, c’est déjà cela.

D’une petite voix, Chase glissa :

— Oh, je suis sûr qu’il va s’en sortir, ce n’est sans doute rien.

Scott secoua la tête d’un air désapprobateur.

— Il y a toujours quelque chose, vous savez. Ils passent leur temps à entraîner Charlie dans leur vie dissolue, et…
— C’est la famille.

Sorti de sa timidité, Chase avait coupé brusquement la diatribe de l’avocat, qui eut l’air un peu surpris, persuadé qu’il avait été que quelqu’un comme Chase, qui était un Neutron-Grey, de bonne famille et de bonne société, comprenait la nécessité pour Charlie de se détacher de la mauvaise engeance qui ne pouvait que ruiner sa carrière d’avocate et, accessoirement, son existence. Mais, grandi dans la fratrie Neutron-Grey, Chase avait précisément une idée inverse de la situation.

— On ne peut pas choisir ses frères et sœurs, ni les sacrifier quand ça nous chante à notre propre confort ou à nos ambitions. Il faut bien s’entraider.

Scott secoua de nouveau la tête.

— Vous êtes jeune, c’est pour cela que vous dites cela.

L’une des phrases qu’il ne fallait pas prononcer en présence de Chase.

— Vous verrez, quand vous serez un peu plus vieux, que la vie impose de faire ce genre de choix douloureux.
— Ou alors il y a peut-être d’autres sagesses que celle que vous croyez détenir. Il me semblait que les avocats devaient savoir envisager les situations par plusieurs côtés.
— Ils savent aussi reconnaître les théories fumeuses quand ils en voient.
— Manifestement pas.

De toute évidence, l’heure n’était plus exactement à la conversation cordiale. Scott fixait Chase d’un regard noir, irrité que ce blanc-bec vînt prendre ainsi une telle place dans la vie de sa Charlie et se permît de lui parler ainsi, à lui, qui était plus âgé, plus expérimenté, et qui surtout avait fréquenté l’avocate depuis de nombreuses années. Avec un calme de façade, il souligna :

— Je crois que je la connais un peu mieux que vous et que je suis plus apte à juger.

Chase, qu’on ne démontait pas si facilement, répliqua :

— Je crois qu’elle se connaît un peu mieux que vous et qu’elle est plus apte à juger.

La pizza, elle, se faisait toujours attendre. 
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 12:05 Message
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Quand Charlie avait stoppé Scott au sujet de Luc, il était évident que c’était pour changer de sujet. Scott s’était très bien plié à cette règle avant d’entendre Chase – Chase ! – relancer sous le coup d’un intéressement. Charlie parut étonnée et pas des plus ravies, elle posa son regard étonné sur le mentaliste, avant que ce regard ne prenne des allures de reproches informulés quand le sujet dériva sur le dossier que possédait Luc. Un sujet de choix pour Scott qui, de toute façon, n’avait jamais compris cet attachement.

Impuissante, Charlie regarda l’échange sans savoir quand intervenir, un peu sous le coup de la surprise – pas agréable – de voir la manière dont les choses étaient en train de tourner. Scott entra en zone de dangers à partir du moment où il évoqua les problèmes que pouvaient créer les frères de Charlie. Vous croyez que le livreur de pizza aurait choisi ce moment pour débarquer et sauver l’affaire ? Non, bien sûr que non, il devait être en train de flemmarder entre deux immeubles !

Charlie apprit une nouvelle chose, dont elle n’était pas encore au courant, durant cet échange : si l’avocate ne supportait pas qu’on puisse critiquer ses frères directement ou indirectement, il semblerait que ce soit également vrai quand il s’agissait de Chase. Elle se demanda, passablement énervée – traduit par un plissement léger des yeux – de quel droit Scott se permit de juger Chase dont il ne connaissait rien. S’en était presque ironique étant donné, qu’elle avait été la première à avoir un tas de préjugés sur le jeune Neutron-Grey lorsqu’il avait débarqué dans son bureau pour la première fois.

_ Elle en l’occurrence est encore dans la pièce alors si vous pouviez éviter de parler de moi comme si j’étais ailleurs, j’apprécierais.

Elle le regarda tour à tour, étant donné que la phrase s’appliqua aux deux personnes assises sur son canapé. Charlie baissa le regard sur la table basse en posant son verre, laissant échapper une nouvelle phrase qui avait tout de sérieux.

_ Je crois qu’il est temps que tu partes.

Elle savait pertinemment de qui elle parlait mais, à l’évidence, ne regardant personne en particulier à ce moment, la question pouvait se poser. Elle en voulait à Chase d’avoir relancé le sujet, d’avoir évoqué le dossier de son frère, c’était une évidence. Mais, en étant objective, il avait le bénéfice du doute, il savait qu’elle était proche de ses frères mais pas de la manière dont elle pouvait réagir en cas de critique envers eux. De plus, il n’avait formulé aucunes mauvaises paroles envers eux, ce qui, indéniablement, n’était pas le cas de Scott. En plus, lui, n’avait pas le bénéfice du doute, il le savait. Ajoutez à tout ça son ton et ses phrases à l’encontre de Chase.

Scott lança un regard victorieux vers Chase qui, pour lui, allait devoir quitter l’appartement pour laisser les grandes personnes entre elles. Charlie posa son regard sur lui à ce moment-là.

_ Scott, c’est à toi que je parlais.

Le ton n’avait rien d’agressif mais il était supposé ne pas laisser d’appel possible. L’avocat en question laissa sa mâchoire tomber pendant deux secondes avant de laisser passer un regard d’incompréhension.

_ Écoute Charlie, tout ce que je voulais dire c’est que…
_ Je sais ce que tu as dit, j’étais dans la pièce je te rappelle.

Cette notion allait bien finir par lui rentrer dans le crâne, non ? Elle se leva pour prouver qu’elle le virait réellement et qu’elle allait même l’effort de le raccompagner jusqu’à la porte. Scott, lui ne comprit pas qu’elle puisse préférer rester avec un gamin qui, de toute évidence, n’avait pas la tête sur les épaules vu la manière dont il argumentait. Aucun vécu ne pouvait lui être attribué. Il se leva à son tour et le rappel des pouvoirs de Chase lui passa par la tête, comme une explication logique à tout ce qui était en train de se passer. Cette fois, il jeta un bref regard suspicieux au mentaliste qui, Scott en était certain, devait avoir manipulé le cerveau de l’avocate.

Scott s’approcha rapidement de Charlie et, heureusement, il ne regarda pas les pieds de cette dernière qui, dans un mouvement incontrôlé avait reculé le pied droit. Si Scott n’avait pas vu ce mouvement, elle, elle en prit conscience, se forçant à la remettre à sa place plutôt que de venir joindre l’autre pied, dans un mouvement de recul. Scott détailla son visage, un instant, comme si cette action allait lui permettre de voir une trace de contrôle mental quelconque. C’était forcément ça, surtout qu’elle garda un air parfaitement neutre.

_ Charlie, mise en place de ses cours, créer un contact pour la confiance, il posa sa main sur l’épaule de Charlie, tu es plus douée que ça.
_ De quoi tu parles ?

Air interrogatif, elle fit un mouvement de l’épaule pour se détacher de lui mais, il sera un peu plus sa prise, pendant sûrement que ça allait lui ouvrir les yeux. Plus bas, pour espérer ne pas se faire entendre… Peine perdue quand on voit la taille du salon.

_ C’est évident. Il te manipule.

Là, elle laissa passer un rire devant l’absurdité qu’il venait de prononcer. D’une, si c’était le cas, supposée douée ou non, elle n’avait pas de chance d’y échapper. On parlait de Chase qui, comme il l’avait dit, n’était pas le mentaliste du coin de la rue. De deux, elle avait suffisamment confiance en Chase pour ne pas laisser le moindre doute s’insinuer dans son esprit.

_ C’est ridicule. Il le la lâcha toujours pas. Tu devrais vraiment y aller. Maintenant.

Scott la lâcha enfin mais au lieu de prendre la direction de la porte, ce fût vers Chase qu’il se tourna, un regard accusateur et une voix sèche.

_ Qu’est-ce que tu lui as fait ?

Exit le vouvoiement, Chase était devenu le petit merdeux et prétentieux qui se servait de ses pouvoirs pour obtenir ce qu’il voulait. Charlie n’aurait jamais agi comme ça en temps normal. Ce qui était faux mais, une fois qu’il avait une idée dans la tête.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 17:55 Message
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Un jour, Tesla avait débarqué dans sa chambre, Chase avait à peine eu le temps de cacher la grille-pain qu’il avait volé dans la cuisine pour le transformer un Dieu sait quoi, et sa sœur avait pointé sur lui un doigt accusateur avant de déclarer : « Chase, tu as encore touché au positronneur de surface ! » Et toute la mauvaise foi et la feinte innocence du mentaliste ne lui avaient servi de rien. Depuis, il avait retenu la leçon et quand Charlie les accusa de parler d’elle comme si elle avait été absente, le jeune homme se ratatina instinctivement dans son coin du canapé — Scott, lui, n’avait visiblement jamais eu de sœur pour lui apprendre la vie.

Chase fut donc un peu soulagé quand il constata que l’essentiel de la colère de Charlie se concentrait sur l’avocat plutôt que sur lui, mais s’il s’en voulait déjà d’avoir écouté sa légendaire curiosité et cherché à en savoir plus sur Luc en amenant l’affaire sur le tapis. Pour sa décharge, il n’avait pas soupçonné l’inimitié de principe entre Scott et les frères de Charlie. Eût-il été plus expérimenté dans les relations sentimentales, il n’eût pas été surpris d’apprendre que la famille était un sujet délicat et parfois extrêmement conflictuel.

Prudemment, Chase chercha à se désolidariser de la discussion. Maintenant que la foudre tombait sur Scott, hors de question de faire remarquer sa présence et s’il avait pu devenir invisible, il n’eût pas hésité un seul instant. Il était donc en train de méditer ses excuses les plus fleuries à Charlie en observant le fond de son verre de soda quand la conversation le rattrapa bien malgré lui et que Scott l’accusa d’avoir séduit Charlie par des moyens peu honnêtes.

Le jeune homme releva les yeux d’un air assez peu surpris. Il devait en avoir entendu d’autres, des comme ça, et il avait appris à ne pas réagir trop vivement. D’abord, un pas de côté :

— Je l’ai laissée vivre sa vie. Une attitude manifestement difficile à concevoir.

Scott fulminait intérieurement et Chase ne semblait guère préoccupé par la recherche d’un compromis. Au-delà de l’attitude franchement déplaisante de l’avocat à son égard, il y avait la manière dont il se comportait avec Charlie — la manière dont il lui parlait, dont il lui saisissait le bras, dont il tentait de lui faire la leçon du haut de son sage et perspicace ascendant. À l’UNISON, Chase en voyait beaucoup des comme lui, chefs d’équipes de terrain ou de laboratoires, hommes mûrs persuadés que la jeunesse et la féminité devaient nécessairement plier l’échine devant eux.

— Je ne la laisserai pas se faire embobiner par un télépathe de seconde zone en mal de reconnaissance. Il y a des lois contre cela.

Chase ne put s’empêcher d’esquisser un sourire légèrement sadique.

— Mais qui vous dit que je ne suis pas en train de vous embobiner vous pour susciter une querelle dans laquelle je pourrais prendre le beau rôle et que votre colère, qui vous semble juste et légitime, n’est pas une pure construction de mon esprit ? Ou qui vous dit que je n’ai pas fouillé dans son esprit pour extraire un souvenir de vous, que je ne vous ai pas repéré dans la ville, insufflé la volonté de venir ici ce soir, alors que l’on ne peut pas dire, notez le bien, que votre relation s’y prête particulièrement, et qu’alors j’ai guidé la conversation jusqu’à cet affrontement précis et qu’au moment même où je vous parle, le trouble ou l’incrédulité que vous ressentez ne sont pas encore des effets de mon influence, sans que vous puissiez jamais décider s’il vous reste encore quelque chose de vous ni jamais décanter, dans les émotions et les pensées qui vous traversent, celles qui vous appartiennent en propre et celles qui sont le fruit de ma volonté personnelle ?

Vous connaissiez vous à ce jour si caractériel et si prompt à accuser un parfait inconnu d’un crime de la sorte ? Vous qui connaissiez si bien Charlie, pourquoi n’avoir pas évité un sujet dont vous deviez savoir qu’il mènerait à l’affrontement ? Assurément, un homme comme vous, un homme de votre intelligence et de votre métier, doit savoir comme éviter ces écueils pour passer une soirée qui devait être agréable. Ce mouvement de colère qui vous semble si légitime, comment le distingueriez-vous d’une colère factice ? Et puisque vous ne le pouvez pas, n’est-ce pas que factice même, la colère est véritable, comme la saveur de la fraise, produite par un fraisier ou par un chimiste d’exception, ne saurait se distinguer, puisqu’elle est composée des mêmes molécules ?

Et les réponses que vous prévoyez en ce moment même, les sentiments que vous ressentez, les impulsions qui vous feraient agir mais que vous retenez, ne sont-elles pas tout aussi probablement issues de mon cerveau que du vôtre ? Comment pouvez-vous vous soustraire à une emprise dont vous ne connaitriez ni la forme, ni le contenu, ni les limites, autrement que par l’immobilité, qui peut-être même est ce que je désire ? Comment alors savoir que vous n’accusez pas Charlie d’être manipulée, précisément parce qu’elle ne l’est pas et que cette accusation, inspirée à vous par moi, vous rend inique à ses yeux et force en elle le désir de partir ?


C’était comme expliquer une ouverture d’échecs à un joueur encore novice mais déjà un peu doué : un seul coup prenait de multiples ramifications. Sauf qu’au lieu d’avoir cherché la clarté, Chase avait développé tout du long les paradoxes centraux de son pouvoir, ceux qui rendaient tant de chose indécidables aux personnes qui le fréquentaient. Et si Charlie avait eu des semaines pour méditer au calme ces questions difficiles, elles étaient toutes nouvelles pour Scott.

L’avocat cligna des yeux. Ce n’était pas comme dans un tribunal, on ne pouvait pas demander au juge d’arrêter le témoin lorsqu’il s’éloignait un peu trop de la question ou lorsque, tout du moins, il n’allait pas dans notre sens : il avait écouté le discours de Chase parce que les premières phrases avaient fait germer la suspicion, mais cette suspicion même, il ne savait pas si elle venait de ces phrases ou d’une influence occulte ni si, à tout bien considérer, il y avait vraiment une différence.

Dès lors, toute sa dramatique virilité, toutes ses phrases simples et si convenues que Chase aurait pu en dresser la liste, tant il les avait entendues autant de lui, « il vous manipule », « vous n’êtes plus vous-même », « que pensez-vous réellement ? », devenaient inefficaces, comme des formules d’avocat concises et percutantes, une fois sorti du prétoire, quand on se replongeait dans l’inextricable complexité morale de l’existence humaine. Saisir Charlie par les épaules, lui enjoindre de se ressaisir, quel bien cela ferait-il s’il n’y avait rien dont il pût être sûr, sauf la migraine qui le saisissait petit à petit ?

Chase de son côté, parce que cette petite analyse logique, assez simpliste de son point de vue, lui avait tout de même donné soif, se pencha pour se resservir un verre de soda et l’engloutir aussitôt. Il jeta un regard à Charlie. Même s’il commençait à bien la connaître et même si, pour une large part, il avait confiance dans le lien d’amitié qui les unissait de plus en plus étroitement, il craignait toujours un peu que les remarques de Scott fissent leur effet ; si tel était le cas, ce ne serait pas seulement sa relation avec l’avocate qui serait mise à mal, mais n’importe quelle autre relation humaine qu’il pourrait nouer dans le vaste monde, parce qu’il y aurait toujours quelqu’un pour jalouser l’affection qu’on lui vouait, comme il jalousait parfois celles dont jouissaient d’autres que lui, et pour glisser insidieusement dans l’esprit aimé d’une amie, d’un collaborateur, d’un amant, le germe du doute et de la suspicion.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 19:11 Message
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Ouvrant la bouche, Charlie s’apprêta à répéter, encore une fois, à Scott de sortir quand il commença vraiment à devenir désagréable avec Chase. Les accusations n’étaient pas fondées et, elle comptait bien lui en donner l’explication mais, en voyant le mentaliste s’animer d’un sourire qu’elle ne lui connaissait pas, elle s’abstînt de toute réponse. Au fur et à mesure que Chase laissait un doute certain dans l’esprit de Scott, Charlie ouvrit de plus en plus les yeux, la bouche légèrement entrouverte. Ok. Chase avait un côté carrément flippant.

Tout ce qu’il disait était probable, il en avait les moyens, le pouvoir. Il aurait été des plus facile de douter en se posant des questions presque existentielles. Mais, Charlie, se les était déjà posées, à leur première rencontre, pour commencer, quand elle avait accepté le dossier d’Ellis. Est-ce que c’était elle qui l’avait accepté, ou est-ce que c’était Chase qui lui avait forcé la main ? Pareil quand elle avait pris la décision de le laisser l’accompagner. Combien de fois avait-elle fait ça ? Ce n’était pas au courant alors, Chase aurait aussi pu y être pour quelque chose. Elle pouvait donner des tas d’exemples dans le même genre.

Puis, à un moment, elle avait simplement cessé de se poser ce genre de question. En grande partie parce que c’était invivable et qu’il était impossible de faire confiance à une personne quand on en venait à ce genre d’interrogation. Finalement, depuis qu’elle avait arrêté de s’interroger, leur relation avait évolué sous de meilleurs jours. Est-ce qu’aujourd’hui elle se demandait si Chase la manipulait avec ses pouvoirs ? Non. Est-ce que, si elle se posait la question, elle pouvait être certaine que ce ne soit pas le cas ? Non. Est-ce que ça lui posait le moindre souci ? Toujours non. Le jour où elle découvrirait qu’il la manipule – si c’était le cas et ce dont elle doutait – la confiance aveugle qu’elle pouvait lui faire à ce sujet disparaitrait, Charlie avait décidé de ne pas se compliquer plus la vie que cela. C’était peut-être naïf de sa part mais, c’était ainsi. Alors, est-ce que le discours de Chase lui donnait le moindre doute ? Absolument pas.

Chase se servit à boire et un silence hallucinant s’installa dans la pièce. Scott dans ses pensées, Charlie bloquant sur la tirade. Scott le regard braqué dans le vide. Charlie sur Chase. Une seconde, puis deux, puis quelques autres jusqu’à ce que la sonnette retentisse, sortant l’ancien couple de sa torpeur. Charlie secoua la tête, sans un mot pour aller ouvrir et se retrouver face au livreur de pizza qui, sans être dans la pièce, préféra s’abstenir de toute question, ou toute phrase en dehors du prix de la commande. Elle le laissa patienter deux petites secondes, le temps d’attraper la monnaie nécessaire, le paya et récupéra les pizzas alors que le livreur s’éclipsa en vitesse.

Laissant la porte ouverte, Charlie se tourna vers Scott.

_ Ça me parait être le bon moment pour que tu partes.

Elle lui laissait volontiers son mal de tête et les questions qui l’avaient provoqué. Sans contre-argument valable, la tête basse mais non-sens un regard chargé de reproche à Chase, Scott finit par sortir. Sans un mot pour Charlie, il disparut à travers le couloir. Charlie referma la porte avec l’épaule, les bras occupés à tenir des pizzas qu’elle vint déposer sur la table basse avant de se redresser et poser son regard sur Chase.

_ Revenir sur un sujet que j’ai essayé de stopper n’était pas une bonne idée Chase. Si tu te posais des questions, au pire, tu me le demandais. Tu sais, en général, c’est comme ça que ça fonctionne. Les gens posent les questions aux principaux intéressés qui, eux, décident de répondre ou non. Et, s’ils ne le font pas c’est qu’il y a une raison alors, chercher à savoir par d’autres moyens, ce n’est pas ce qu’on fait de mieux.

Les autres moyens pouvant être la télépathie ou relancer un sujet pour avoir des informations supplémentaires. Le ton de Charlie n’avait rien d’agressif, ni même de réprobateur. En fait, elle lui expliquait seulement les choses de manière parfaitement calme et sans la moindre animosité. Chase était jeune, ce n’était pas une critique mais une vérité, ce genre de notion pouvait lui être inconnu ou peut-être que les limites étaient floues. Quoi qu’il en soit, si Charlie comptait lui expliquer son point de vue – ce qui était fait – le but n’était pas non plus de l’accabler en y rajoutant une couche pendant les trois prochaines heures.

Elle soupira dans un sourire, l’air faussement dépité.

_ Tu sais que là, j’en ai pour des semaines à entendre parler de ce que tu viens de lui dire. Je crois qu’il va être bon pour une psychanalyse.

Peut-être que ça ne lui ferait pas de mal. De toute façon, en toute franchise, elle s’en foutait pas mal pour le moment. Elle appréciait Scott mais, pour l’instant, elle était simplement énervée contre lui. Ça lui passerait, ça lui passait toujours. Elle hocha la tête, gardant un sourire sur le coin de lèvres.

_ Je suis désolé de la manière dont il t’a parlé.

Techniquement ce n’était pas elle qui avait parlé mais elle se sentait un peu responsable de la situation dans le sens où elle l’avait laissé s’installer

_ Tu as bien fait de lui répondre comme ça.

Il allait s’en remettre. Non ? Quand même ! Au pire il se poserait tout un tas de questions mais ça finirait bien par lui passer.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 19:32 Message
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Il était aisé d’oublier, en le côtoyant, que Chase était tout ce que les journaux faisaient de lui : un super-héros, un mentaliste d’une envergure inédite, l’héritier d’une famille puissante, un agent de l’UNISON. Discret, modeste et surtout souvent un peu perdu, le jeune homme n’irradiait pas la puissance. Mais ce soir-là, après son discours, assis dans le canapé, les yeux froidement fixés sur Scott, il révélait une part de sa personnalité qui n’apparaissait que rarement : l’assurance inébranlable de sa propre puissance, dans un monde où s’agitaient les humains et leurs questions futiles, loin, très loin en dessous de lui.

Mais quand Scott disparut et que Charlie referma la porte, Chase se décomposa et regagna aussitôt son air piteux, incapable de conserver sous le regard de son amie cette supériorité narquoise. Quand la jeune femme lui donna une leçon de vie, Chase hocha la tête à plusieurs reprises et finit par glisser d’une toute petite voix :

— Je suis absolument désolé, Charlie. Vraiment. Je ne voulais pas te causer du tort.

Entre le télépathe aux raisonnements labyrinthiques et un peu sadiques et le jeune homme qui avait craint de perdre une amie devenue proche, il y avait tout un monde et Chase lui-même ne savait pas toujours lequel était le sien. Il secoua la tête quand Charlie s’excusa à son tour.

— Ce n’est pas grave. Ce n’est pas la première fois que j’ai des réactions de ce genre, tu sais. La jeunesse et la télépathie, ce sont un peu deux handicaps, parfois, dans ma situation. J’ai appris à manœuvrer.

Les accusations de manipulation le touchaient en vérité assez peu : il les prenait avec une certaine philosophie, parce qu’il lui était aisé de se mettre à la place de ceux qui les lui adressaient et de comprendre leurs angoisses. Qu’on le prît de haut, il avait beaucoup plus de mal à l’accepter, mais Charlie au contraire l’avait toujours traité comme un adulte et pour cela, il lui en était reconnaissant.

Sur ces excuses réciproques, le ventre de Chase gargouilla. Après l’effort, le réconfort : les pizzas furent ouvertes et le jeune homme se saisit d’une part pour se remettre de ses émotions. Mais en la mâchonnant, il regardait alternativement la bouteille de vin abandonnée sur la table, Charlie et la porte. Il était aisé de voir que des questions lui brûlaient la langue et, au bout d’un moment, la première part finie, puisque précisément Charlie lui avait proposé de s’informer à la source quand il voulait en savoir plus, il se jeta à l’eau :

— Dis, je me demandais…

Il ne savait pas trop comment s’y prendre : ce n’était pas le genre de conversations auxquelles il était habituée. Assis en tailleur sur le canapé (il a retiré ses chaussures, que tout le monde se rassure), il hésita avant de reprendre :

— Avec les autres, je veux dire, Maxime, Victoria, Tesla, je ne parle pas trop de ce genre de choses.

Il montra la bouteille de vin, avant d’expliciter :

— Je veux dire, ce genre de relations, je veux dire, tu sais, les relations sentimentales. Et euh… En fait je ne suis pas très, je n’ai pas beaucoup… D’expérience. Dans le domaine. Voire pas du tout. Y a des garçons, mais c’est juste, tu sais…

Chase rosit un peu et récupéra une seconde part, pour se donner une contenance, avant de murmurer :

— …physique.

Et d’enchaîner aussitôt :

— Bref, du coup, je ne suis pas sûr de très bien comprendre pourquoi… Je veux dire, pourquoi il est venu ? Si j’ai bien compris, vous étiez ensemble, et manifestement ce n’est plus le cas. Les gens, d’habitude, ils ne se parlent plus trop, dans ce genre de situations. Et vous, vous avez l’air quand même… Proches. Même là, tu viens de dire qu’il allait t’en parler pendant des semaines.

Jamais peut-être Chase n’avait paru plus jeune, à formuler ainsi naïvement, une part de pizza à la main, un verre de soda devant lui, ses questions un peu angoissées sur les couples. Il y eut une nouvelle hésitation et il se décida, comme un échange, à donner un petit peu de sa vie après avoir découvert un peu de celle de Charlie.

— Parce qu’en fait, tu sais, il y a un garçon… Qui me plaît bien. Je veux dire, plus que les autres. Et on a commencé à se voir, je crois, à se voir un peu… Autre chose que le physique, donc. D’ailleurs, tu le connais peut-être, c’est Lukaz, il vit dans cet immeuble.

Chase haussa les épaules.

— Pure coïncidence. Bref… Je ne sais pas trop où j’en suis. Ce que je suis censé faire. Penser de la situation. Ce que les choses veulent dire. Tu sais, j’ai peur, je suppose, j’ai peur qu’il y a des sortes de signaux que je sois censé pouvoir interpréter, mais que je ne les comprenne juste pas. De la même manière que je ne comprends pas pourquoi Scott est venu. Et si ça m’échappait pour toujours ? Et si je n’étais pas doué pour ça ?

Donc, Chase était capable de se poser des questions étonnements banales. Après une énième interruption, il risqua le gros de l’affaire :

— Par exemple, Scott et toi… est-ce que… ça va sonner ridicule et puéril, dis comme ça, mais est-ce que vous êtes amoureux ? Ou l’étiez ? Et comment tu sais, quand c’est le cas ? Je veux dire, dans les films, ça a l’air d’être évident pour tout le monde, mais dans la vraie vie, j’ai comme un doute…

Presque aussitôt, Chase acheva par une conclusion assez typique de sa conversation ordinaire :

— Je suis désolé, je suis un peu bête…
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 20:53 Message
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Charlie ne l’avait pas blâmé, elle en était seulement restée à ses explications. Elle ne l’avait pas non plus jugé et accusé sur le fait que ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait. D’une parce qu’elle ne savait pas trop ce qu’elle pouvait en dire, étant loin de comprendre la situation de Chase et de ses multiples capacités. Deux, parce qu’il s’était défendu, qu’il l’avait fait avec des mots ce qui rendait l’évènement pas si blâmable que cela. Elle ne considérait pas cela comme parfaitement anodin mais elle était incapable de faire la moindre morale sur un sujet qu’elle ne maitrisait pas. Il fallait qu’elle prenne le temps de réfléchir à la question, se lancer de cette manière aurait été bien trop aléatoire.

Elle l’avait laissé venir de lui-même, sans lui demander ce qu’il avait à dire. C’était évident que c’était le cas mais, Charlie lui avait demandé de poser les questions qu’il voulait, aller au-devant n’était pas la meilleure stratégie. Alors, elle mangea sa part de pizza tranquillement, toujours un pied sur sa chaise, quand Chase décida de se lancer. Elle l’écouta, prit soin de ne pas l’interrompre, sourit attendri par la manière dont il vira au rouge pour avouer son style de relation. Qui, d’ailleurs, ne sembla plus lui convenir tant que ça.

En temps normal, Charlie se serait concentré sur les interrogations que Chase avait pour lui, pour sa relation, en évitant soigneusement de donner des détails sur sa propre vie sentimentale. Mais, elle supposa qu’en amitié, comme un amour – probablement -, demander à l’autre de faire quelque chose impliquait d’y répondre positivement pour le pousser dans cette voix. Lui demander de poser des questions et les éviter, inévitablement ça allait le pousser à ne plus en poser. Elle jugea tout de même des infos à donner ou non. Il y a des choses qui, de toutes évidences, n’appartenaient qu’à Scott et à elle. Pour le reste, Chase était devenu un ami – des fois, elle arrivait encore à s’en étonner – et, ça lui donnait un droit de regard ou d’informations sur certains points de sa vie.

_ Scott et moi, je crois que c’était seulement une évidence. On a un boulot assez spécifique, dans un domaine de compétence précis et qui nous plaît. Pouvoir parler pendant des heures de quelque de spécifique, en sachant qu’on va être compris, ça créé des échanges qui sont très intéressants.

Même sans y mettre des termes techniques pour que tout le monde comprenne de quoi elle pouvait parler, personne ne comprenait vraiment la complexité ou la fierté qui pouvait ressortir lorsqu’une affaire se déroulait comme prévu. Un fait que Chase devait forcément comprendre, que soit pour ses pouvoirs ou ses domaines de compétence. Ce n’était pas avec elle qu’il allait discuter des heures sur une partie d’échecs joué il y a 15 ans.

_ Après les choses sont apparus comme évident dans le sens où, être avec quelqu’un qui fait le même métier, c’est s’assurer d’être avec quelqu’un qui va comprendre les horaires, l’implication que l’on peut avoir dans une affaire. En fait, c’est seulement de la simplicité. On ne perd pas de temps à défendre son emploi du temps, à faire comprendre à quelqu’un de parfaitement étranger à ce boulot, que c’est important.

Charlie reposa sa part de pizza qui ne se faisait pas suffisamment manger pour rester inerte entre ses doigts.

_ Avoir un tas de points communs, on croit que ça aide énormément. On s’est mis ensemble parce que c’était une suite logique. Cela dit, on y a vraiment cru sur le moment. Je l’aimais, c’est une évidence et, aujourd’hui encore mais, pas comme ça devrait être le cas dans un couple.

Malgré des différends, Charlie avait toujours pu compter sur Scott. Il lui arrivait de faire des choses étranges comme sa réaction avec Chase mais, peut-être qu’elle aussi. Il était toujours plus facile de voir les défauts des autres. En même temps, s’ils arrêtaient de les agiter sous les yeux de leurs interlocuteurs !

_ On a fini par comprendre que les points communs n’étaient pas importants. On avait beau en avoir, on avait aussi une conception de la vie radicalement différente. Et je pense qu’il faut être avec une personne pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’on a envie qu’elle soit.

Changer une personne n’était pas une solution. Les compromis étaient inhérents à la vie de couple mais, il fallait que chacun fasse un pas en avant sans pour autant faire une croix sur quelque chose qui le définit fondamentalement.

_ On s’amuse et on partage avec quelqu’un qui a les mêmes points communs. On construit et on avance quand les deux ont la même conception des choses. Je ne crois pas en l’osmose entre deux personnes, c’est souvent illusoire ou alors, c’est très rare que ce soit vraiment le cas. Par contre, elle peut se créer en avançant ensemble. Avec Scott, on n’a pas su le faire parce que ça impliquait de changer l’autre.

Elle n’aurait pas fait de croix sur ses frères, il n’aurait pas fait de croix sur ce qu’il en pensait. Combien même l’un ou l’autre aurait fait l’effort de changer, ça n’aurait jamais tenu longtemps. Au moins, ils avaient eu l’avantage de ne pas se voiler la face très longtemps à ce sujet-là, ce qui avait permis une séparation en bon terme, sans d’animosité très prononcée et sans oublier pourquoi ils s’étaient appréciés.

_ Il est venu parce qu’on s’est séparé avant que ça ne devienne catastrophique et que, chaque évènement important dans la vie de l’autre nous intéresse. Ça ne fonctionne pas entre nous mais, à la base, l’autre avait un réel intérêt, respect, pour l’autre. Ça aurait été dommage de perdre ça.

Elle attrapa son verre pour en boire une gorgée, s’étonnant un peu d’en dire autant. Ça ne restait que son point de vue, peut-être pas une vérité universelle mais, c’était son expérience. Chacune avait ses différences.

_ Pour mon voisin, que j’ai sûrement croisé mais, honnêtement je ne connais pas le prénom des gens.

Elle passait trop de temps derrière son bureau, ou à être occupée ailleurs pour vraiment faire le tour du voisinage.

_ Il n’y a pas de script écrit à l’avance avec les bonnes attitudes et les bonnes paroles. La meilleure façon d’apprendre est encore de se faire guider et de guider. Ouvrir un dialogue sur des petites choses anodines qui peuvent déranger pour savoir où on met les pieds et surtout éviter de répéter les mêmes erreurs.

Reposant son verre après une nouvelle gorgée, elle afficha un sourire.

_ Tu sais, il n’y a pas de manuel. On ne sait pas, puis, un jour l’autre fait un truc et là, on sait. Il y a cette réflexion, sans que tu te sois posé la moindre question avant, qui arrive et, là, c’est une évidence. Ne te pose pas de question Chase, tout le monde se ramasse un jour dans ce domaine. Télépathe ou pas. Neutron-Grey ou pas. Avance, et regarde où ça te mène.
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Message posté : Jeu 26 Sep 2013 - 23:13 Message
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C’était officiel : l’amour, c’était beaucoup plus qu’une ouverture de la défense Grünfeld (voilà qui n’est pas peu dire, n’est-ce pas ?) et il se sentait un peu perdu, parce que s’il suivait bien ce que lui disait Charlie, il y avait des fois où c’était évident, mais où l’évidence était trompeuse, ce qui n’impliquait pas que l’on ne dût pas se fier à l’évidence. Perdu entre sa tentative de comprendre de manière théorique ce que lui disait son amie pour l’appliquer à d’autres situations — un réflexe de scientifique — et la curiosité mêlée de compassion que lui inspirait le récit tout personnel de la jeune femme, Chase ne savait pas trop où donner de la tête.

Ce qui le perturbait encore, c’était de se poser toute sorte de questions sur Lukaz. Il lui semblait bien pourtant qu’il y avait une marge entre une sortie à la fête foraine et la relation de longue complicité patiemment mûrie que lui décrivait Charlie, mais il ne pouvait s’empêcher d’essayer de comparer les deux situations, avec l’espoir qu’une évidence comme cela évoquée par l’avocate lui sauterait aux yeux. Pour l’instant, il était juste un peu plus perdu qu’auparavant, sans se rendre compte qu’il se sentait beaucoup plus concerné et que, par conséquent, il était un peu moins perdu. On vous avait prévenus : c’est compliqué.

À nouveau, il fixa la porte, à défaut de pouvoir fixer Scott. S’il avait bien compris, Charlie aimait toujours Scott et même si lui-même ne pouvait se représenter très exactement ce que c’était que l’amour, parce que ce n’était pas non plus la première émotion sur laquelle il cherchait à influer en situation de crise, lorsqu’il se servait de son don, il se doutait bien que la séparation devait être douloureuse pour son amie. Tout doucement, il murmura :

— Je suis désolé.

Il secoua la tête avant de reporter son attention sur la Texane.

— Je ne voulais pas non plus remuer des souvenirs douloureux, mais… D’une certaine façon, je suis content que tu m’en parles comme cela. Je veux dire, j’ai beau ne pas tout comprendre exactement, je comprends que c’est important, et personnel, et… J’apprécie. La confiance.

Il lui adressa un petit sourire, avant de s’appuyer contre le dossier du canapé — pas très gros mangeur.

— Tu sais, je ne me dis pas qu’être télépathe ou Neutron-Grey, ça va m’aider pour ce genre de choses. Contrairement à ce que Scott a l’air de penser, c’est plutôt un handicap. Tu imagines si tu pouvais savoir ce qu’il pensait, lui, à chaque moment ? Parfois la tentation est… Démoniaque, d’une certaine façon. Et je ne parle même de la possibilité d’influer sur les choses.

Son sourire se fait à nouveau désolé : il n’aimait pas beaucoup se plaindre de sa situation de mutant, parce qu’il avait l’impression qu’il y avait là quelque chose d’aussi indécent que de se plaindre de sa richesse. Après tout, il avait la chance de pouvoir faire des choses importantes dans son existence grâce à ces pouvoirs et c’était sans doute un bienfait. Au moins pour les autres.

— Ce n’est pas que j’aie spécialement envie d’une existence normale, en fait. D’abord, je ne suis pas sûr que ça existe vraiment ou, plutôt, qu’on puisse avoir l’impression de vivre une existence normale.

Même si les couples mariés depuis vingt ans avec trois enfants, un chien et des barbecues entre voisins devaient se qualifier pour ce genre de choses, mais Chase était à peine au courant que des familles aussi classiques que cela existaient ailleurs que dans l’imagination des publicitaires qui tentaient de vendre des voitures ou des machines à laver.

— Simplement, il y a des choses que je n’ai jamais connues et qui me paraissent, disons… réconfortantes.

« Réconfortantes », c’était un adjectif un peu étrange pour décrire ses aspirations. « Désirables » eût probablement été beaucoup plus naturel.

— Je comprends bien ce que tu veux dire. Trouver quelqu’un à qui l’on puisse parler, et de choses anodines, comme tu dis. Parfois, je rentre chez moi le soir et je suis juste, tu sais… Complètement fatigué. J’ai envie de me poser, avec quelqu’un d’autre et… De regarder la télévision, ou de jouer à un jeu ou… de faire l’amour, mais… tu vois… comme une bulle rassurante. Un moment sans responsabilité.

Et effectivement, ce soir-là, avec ses obligations qui pesaient sur ses épaules de jeune homme de vingt-et-un ans, à son retour du Japon, Chase avait l’air épuisé. Nul doute qu’être un télépathe de son envergure ne laissait pas beaucoup de place aux relations sociales stables, sereines et confiantes : Charlie était un peu une exception dans son paysage fait surtout de solitude émotionnelle.

Il tenta de balayer ses propres propos d’un sourire désinvolte.

— Mais enfin, comme tu dis, je crois que disserter sur tout cela, c’est inutile, et qu’il faut se laisser guider.

Une bonne excuse pour ne pas continuer à en parler. Il avait l’expression d’exposer trop ouvertement ses faiblesses, non seulement à Charlie, mais à lui-même.

— Mais toi, par exemple, qu’est-ce que tu fais quand… eh bien que tu as gagné une affaire, que tu as fini de travailler, pour te reposer ? Décompresser ? Tu travailles beaucoup, c’est évident. Moi, je ne sais pas, je n’arrive pas à trouver, disons, d’échappatoire. Au début, il y avait les échecs, mais c’est sûr, maintenant, c’est aussi prenant qu’un travail. À chaque fois que je cherche une manière de passer le temps, je retombe sur mon travail. Et je trouve cela un peu triste, je crois.

Ce n’était pas facile à dire pour un Neutron-Grey auquel on avait inculqué un sens oppressant des responsabilités dès l’âge de sept ans. Bien des jeunes gens de son âge n’auraient pas éprouvé de difficultés à comprendre que « s’amuser », ce n’était pas seulement une perte de temps odieusement égoïste dans un monde en péril qui exigeait perpétuellement d’être sauvé, mais également un droit et donc un désir tout à fait légitime.
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Message posté : Ven 27 Sep 2013 - 3:52 Message
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Instinctivement, Charlie secoua la tête. Vraiment, il n’y avait pas lieu d’être désolé, elle le vivait bien. Très bien, même. Par contre, elle en profita pour attraper la part de pizza qu’elle avait laissée de côté, et s’activa à la manger tout en écoutant Chase essayer de se débattre entre ce qu’elle avait dit et sa situation personnelle – et publique. Finalement, ce fut elle qui se sentit un peu désolée quand Chase argumenta par le point de vue que pouvait avoir Scott. Elle n’avait pas le pouvoir de revenir en arrière… Une pensée qui lui laissait penser qu’elle aurait été bien moins « sage » avec un pouvoir que pouvait l’être Chase. Combien de fois, dans la vie elle s’était déjà vu souhaiter savoir ce que pensait la personne en face d’elle ? Rien qu’avec Jay, ces derniers temps, elle l’aurait bien fait. Dans son boulot aussi, tellement plus facile pour savoir si quelqu’un mentait ou non. Elle s’estimait chanceuse parce que, le vouloir ne voulait pas dire le pouvoir. Ca réglait facilement un cas de conscience. Chase, il pouvait. Ca changeait tout.

Chase avait une vie à double tranchant, selon Charlie. Avec des envies qui étaient les mêmes que tout le monde mais qui en devenaient presque impossibles parce qu’il n’était pas comme tout le monde. Et cacher tout ça derrière des phrases comme « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » c’était un peu de la connerie. Du moins, ça impliquait un manque de choix, une vie écrite et tracée. Déprimant. Dans une moue, elle attrapa une serviette pour s’essuyer les mains. La pizza c’était bon mais, bonjour le gras sur les doigts après.

Ce qu’elle faisait ? Euh… Elle plissa les yeux un instant, en se réconfortant sur le fait que Chase continua dans sa foulée parce qu’elle était foutrement incapable de savoir quoi lui répondre, comme ça, sur le vif. Elle travaillait, elle trouvait le moyen de se brouiller avec son cadet, puis, elle travaillait. Elle dormait, elle le voyait lui. En dehors de ça… Merde, sa vie à elle aussi était déprimante, en fait.

_ Honnêtement Chase, je ne vais pas critiquer ce que Scott a pu penser, parce que j’avais un peu le même raisonnement. Tu sais, là où j’ai grandi, on a tendance à croire que les gens qui ont les moyens et la renommée ont tout ce qu’ils veulent. Alors si, en plus, ils ont des superpouvoirs…

C’était le lasso autour d’un cheval en fuite. Ou la cerise sur le gâteau.

_ Enfin, ce que je veux dire c’est que je trouve ça bien que ce que tu as ne soit pas un moyen d’avoir ce que tu n’as pas.

Hmm… Le genre de phrase où il est conseillé de ne pas inverser les mots – On peut tromper 1000 fois une personne mais, on ne peut pas… Euh… On peut tromper une fois… non… Ouais, bref...

_ Une vie normale, tu sais, je crois que c’est seulement une image qu’on nous impose.

La société qui les entourait et qui, depuis tout petit, apprennait qu’un papa et une maman, c’était bien. Qu’un boulot, une maison, un jardin avec une barrière blanche, c’était ça la vie. C’était ancré en chaque individu, même de manière inconsciente. A croire qu’en ayant beau le savoir, les gens en avaient quand même envie. Elle laissa passer un sourire.

_ Je suis presque certaine que tu t’ennuierais dans une routine métro, boulot, dodo. Mais, trouves-toi une échappatoire, un terrain rien qu’à toi où tu y inviteras qui tu veux.

Elle prit quelques secondes pour réfléchir à ce qu’elle pourrait faire si elle avait envie de s’échapper de son travail, pinçant légèrement sa lèvre inférieure entre ses dents, elle releva la tête ayant clairement l’air d’avoir trouvé son activité.

_ Si je veux décrocher du boulot, je m’échappe. Je crois que j’aime bien les grands espaces alors, je prends ma voiture et je pars. Bon, ok, je ne dépasse pas la forêt de Star City mais, au moins, je ne suis pas tenté de m’occuper sur un dossier.

Parce que c’était ça le problème : savoir décrocher. Si Charlie restait chez elle sur un jour de repos, elle ne pouvait pas s’empêcher d’aller prendre son téléphone pour appeler le cabinet et s’assurer que tout allait bien. Elle en n’avait jamais réellement prit conscience jusqu’à présent mais, à défaut d’avoir quelqu’un, c’était vers le boulot qu’elle se tournait. Elle soupira.

_ Je ne suis pas le meilleur exemple Chase. Je trouve mon intérêt dans mon boulot. Tu sais, je crois que, d’une certaine manière, me pencher sur un dossier, c’est ça qui me fait décompresser.

Ce que lui trouvait triste, à ce qu’il avait dit un peu plus tôt. Elle afficha un air désolé, sa vie n’avait rien d’une aventure et n’était pas non plus d’une banalité familiale comme le dépeignaient les belles publicités de ce pays.

_ Mais si tu as envie de quelqu’un pour partager ton temps après une journée de boulot, trouve cette personne. C’est super simple dit comme ça, je te l’accorde mais, en même temps…

Elle haussa les épaules. En même temps, c’était aussi simple que ça même si la tâche en elle-même était bien plus délicate. Une idée en profita pour germer doucement dans son esprit. Si Chase voulait décompresser un peu, s’il voulait être loin de son travail, elle avait une solution toute conseillée pour ça. Loin de l’immeuble Neutron-Grey, loin des hôtels remplis de Yakusa, loin de tout réseau téléphonique qui pouvait tenter de se raccrocher au boulot. Charlie attrapa son verre et releva les yeux sur Chase.

_ Tu fais quoi dimanche ?
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