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La justice c'est bien mais, contourner les lois c'est mieux #Chase NG

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Message posté : Jeu 19 Sep - 17:48 Message
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Il n’est pas nécessaire d’être avocat ou magistrat pour savoir que la légalité et la justice sont loin d’être synonymes. A-B Routhier (Le Centurion). Parfois ce n’était pas par choix, on vous donnait un client, vous le savez coupable mais, c’est le jeu, votre boulot, vous devez le défendre le mieux possible. Trouver des failles, des accords, n’importe quoi permettant d’aider votre coupable. Vous restez dans les clous au début, puis vous vous en éloignez ensuite, ça n’a pas d’importance, vous devez le défendre. Vous avez beau avoir envie de justice, vous vous y pliez parce que, ce n’est que de cette manière que vous aurez le choix de vos dossiers par la suite, que vous pourrez agir un peu plus pour une justice que vous avez perdue en début de carrière. Mais, le pire, c’est le jour où vous vous retrouvez avec aucun autre choix que passer par l’illégalité pour éviter que la justice fasse son office.


_ Ce n’est pas parce que Madame a bossé avec un Neutron-Grey pour arrêter un réseau de jeux clandestins, que tu dois dénigrer le boulot des autres !
_ Tout ce que je te demande, Luc, c’est si tu es certain d’avoir exploré toutes les pistes.
_ C’est mon affaire, je n’ai rien à te dire. Tu n’as pas un rendez-vous ?

Luc lui désigna la porte de l’index, il fut clair qu’il ne lui dira rien. Charlie fut bloquée parce qu’elle savait pertinemment qu’il n’avait pas exploré toutes les pistes, qu’il y avait des éléments sur lesquels il pouvait jouer. Mais lui dire revenait à expliquer que, soit elle avait fouillé dans le dossier, soit elle tenait des informations qu’elle n’était pas censée avoir. Dans les deux cas, ce n’était pas bon pour elle et, avant d’en arriver là – parce que, s’il le fallait il était évidemment qu’elle le ferait – il fallait qu’elle puisse étudier d’autres façons de sortir Seth de là.

Elle sortit du bureau de Luc qui, en plus d’être irritant, avait raison. Elle avait un rendez-vous avec, justement, l’avocat de la partie adverse dans cette histoire. Ne sachant pas combien de temps ça allait durer, Charlie avait décalé tous ses rendez-vous de l’après-midi, histoire de ne pas être prise par le temps et être à 14h dans le bureau d’un confrère d’un autre cabinet d’avocats.

Maître Young était un homme qui aurait dû changer son nom de famille depuis de nombreuses années. Il fit entrer Charlie dans son bureau avec le professionnalisme que laisser imaginer son âge avancé mais, une fois installé, il ne s’embarrassa pas d’explication sur le côté administratif et les possibilités d’action dans cette affaire. Charlie était du métier, il le savait, pas la peine de l’ennuyer sous des phrases bien rodées qu’elle connaissait déjà.

_ Que pouvez-vous me dire sur Monsieur Lane ?
_ Rien, je ne le vois plus depuis plusieurs années.
_ Oui mais, est-ce que vous le pensez capable d’un cambriolage.
_ Je vous l’ai dit, je ne sais pas ce qu’il devient.

Maître Young faisait son boulot, celui de constituer un dossier pour accuser Seth du cambriolage laissant Charlie dans une position délicate. Elle ne voulait pas nuire ouvertement à son enquête mais, il était clair qu’elle ne voulait pas nuire à son frère non plus. Elle esquiva une succession de question aussi habilement qu’elle le put pour ne pas laisser quelque chose de réellement utile à l’avocat qui lui faisait face. Les questions avaient été délicates, les raisons de son départ, la supposée violence de Seth – après tout, il avait frappé la femme chez qui il s’était introduit -, le passé connu de ce frère qui était loin d’être tout blanc. Tout ça pour dériver à l’ensemble d’une fratrie qui ne semblait pas être voué à entrer dans les bonnes grâces du système judiciaire. Il était évident pour l’avocat que Charlie ne voulait pas dire quelque chose contre son aîné mais, à défaut de preuves suffisantes, il ne pouvait l’accuser de quoi que ce soit. Une heure s’écoula dans ce petit jeu des questions/réponses, et Maître Young décida de mettre un terme à l’entretien.

Charlie eut l’impression de respirer à nouveau quand elle fut dehors, à l’air libre, sous un temps plus que clément. Son cerveau décida d’analyser toutes les réponses qu’elle avait pu dire, histoire de s’assurer que rien ne puisse ressortir contre son frère. Une activité cérébrale qui, comme bien souvent, la traina devant la première devanture d’un café du quartier du front mer. Un gobelet de café dans les mains, elle dériva jusqu’au parc, se poser un peu, réfléchir à tout ça, trouver une solution, lui apparut comme être une bonne idée.

Assise sur un banc, le cheminement de ses idées l’envoya directement vers Chase neutron-Grey. Elle s’en étonna avant d’essayer de faire taire cette idée qui lui sembla inconcevable, peu morale et… Il était question de son frère, elle en avait pleinement conscience mais, c’était une sorte de promesse : arrêter d’embarquer le jeune Chase dans des histoires qui avaient la fâcheuse tendance à se finir avec un groupe de personnes peu recommandables.  Elle but une gorgée de son café en se disant que, fort heureusement, aujourd’hui il n’était pas prévu qu’ils se croisent. Elle aurait bien du mal à cacher un côté anxieux. Cacher des choses à Chase était tout à fait possible mais, difficile dans le sens où il pouvait très bien chercher les réponses tout seul. Elle ne pensait pas qu’il jouait de cette manière avec son pouvoir mais il en avait la possibilité. Cette notion donnait plus facilement envie de ne pas jouer à cacher des trucs.  

Ancrée dans cette idée de ne pas le croiser – sans songer que la vie pouvait contrecarrer certaines certitudes – elle laissa le sujet Chase de côté pour sur concentrer sur le problème Seth. Qui, bien évidemment l’avait commis ce foutu cambriolage. Et, comme d’habitude, il ne l’avait pas fait seul, ses trois autres frères avaient été de la partie. Des fois, elle avait envie de se dire que les choses auraient été bien plus simples si, comme ses frères, elle avait fini par accepter d’être exclue de la famille Lane.
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Message posté : Jeu 19 Sep - 19:04 Message
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— Euh… Ouais !

Chase essayait d’enfiler sa chaussette gauche sans cesser de marcher, une activité pour le moins périlleuse. Il perdit l’équilibre, se rattrapa à la commode et renversa une pile de CDs qu’il retint tant bien que mal en murmurant des jurons. Un homme d’un peu plus de trente ans apparut dans l’embrasure de la porte qui menait du salon à la chambre, encore entièrement nu.

— T’es mignon quand t’es pressé.
— Hmm hmm.

L’homme se rapprocha de Chase, l’aida à ranger les CDs et le jeune homme put partir en quête de ses baskets. L’homme avait bien tenté de lui glisser une main dans le dos, mais Chase s’était crispé de tous ses muscles. Le propriétaire des lieux finit donc par laisser échapper un soupir et commença les explications que Chase cherchait précisément à fuir avec beaucoup d’ardeur :

— Écoute, si c’est à propos de ce que j’ai, je comprends que ça ait pu te…
— Non mais ça va, c’est cool.
— « Cool » ?

« Cool », ce n’était pas la réponse que l’on attendait quand on venait de dire « je t’aime » à quelqu’un, mais Stephen Oldhill, trente-cinq ans, agent immobilier, se sentit soudain très vieux — et très dépassé. Ridicule, surtout, de croire qu’il pouvait attacher à lui une jeune célébrité de Star City. Chase, lui, se recoiffait rapidement dans le miroir, avant de décréter, non sans brusquerie :

— ‘Faut vraiment qu’j’y aille.
— Oui, c’est ça. On se revoit quand ?
— À plus !

Et quand la porte se referma derrière Chase, Stephen oublia brusquement les dernières heures de son existence. Pendant ce temps, le jeune mentaliste poussait un soupir de soulagement. Après tout, il n’avait rien fait de mal : tout ce qu’il voulait, lui, c’était s’amuser un peu, et certainement pas que cela devînt sérieux. Alors, il avait simplement aidé Stephen à oublier — c’était comme passé par une rupture difficile, mais en accéléré. Du coup, son intervention avait été presque thérapeutique, non ?

Pas vraiment perturbé par cette utilisation intempestive de son pouvoir que son oncle Jake eût vraisemblablement désapprouvée, mais plutôt ravi d’avoir pu se tirer de ce si mauvais pas, Chase se mit à marcher à grandes enjambées, au petit bonheur la chance, dans les rues de Star City. Il n’avait pas passé un si mauvais après-midi que cela, ce petit incident mis à part et, finalement, son jour de congé avait été mis à profit. C’était une sorte d’entraînement physique, non ? À l’en croire, Chase était un psychologue dévoué au bien-être de ses patients et un sportif consciencieux — bref, un exemple de vertu.

L’exemple de vertu ne tarda pas à se retrouver dans un parc et, parmi toutes les consciences qui y flottaient dans les limbes de son propre esprit, il n’eut pas de peine à reconnaître une présence familière. Charlie était là — la ville était grande, pourtant, mais c’était une forme de destin. Depuis leur commune séquestration, l’avocate et l’agent de l’UNISON s’étaient retrouvés liés par une amitié naissante et ils se voyaient désormais, de temps à autre, de manière informelle.

Tout naturellement donc, Chase s’orienta dans le parc pour trouver le banc sur lequel Charlie broyait du noir et, sans crier gare, vint s’asseoir à côté d’elle en claironnant :

— Salut !

Les choses entre eux étaient désormais beaucoup moins formelles. Chase passa une main dans ses cheveux fraîchement lavés dans la douche du pauvre Stephen qui était en train de se demander pourquoi son lit était ainsi en désordre, et, les mèches blondes écartées de son regard, il adressa un sourire à son amie.

— Dire que je n’avais pas prévu d’être dans le coin, c’est un sacré hasard. Je viens juste de rendre visite à un ami.

Comme il embaumait le gel douche et le shampoing et que ses cheveux étaient encore mouillés, il n’était pas forcément très difficile de deviner que la « visite à un ami » avait été interdite aux moins de dix-huit ans, mais Chase ne s’en souciait guère : il n’avait jamais caché à personne que sa vie personnelle n’avait rien d’une célébration religieuse de l’amour exclusif.

— Alors, toujours pas tentée par une soirée à l’opéra ?

Depuis quelques jours, Chase cherchait désespérément à tirer Charlie des dossiers qui s’empilaient sur son bureau mais, soit que l’avocate fût trop consciencieuse pour cela, soit qu’une soirée à l’opéra ne lui parût pas le moyen le plus sûr de se divertir, il n’avait pas encore tout à fait réussi à la convaincre. Il ne désespérait pas cependant.

Tout au soulagement d’avoir évité une demande en fiançailles dans un futur à moyen terme et à la joie d’avoir trouvé une amie qu’il ne s’attendait pas à voir, Chase, ordinairement d’une perspicacité surhumaine, avait manqué de voir la préoccupation de la jeune femme. Il perdit son sourire cependant en s’en rendant compte et se sentit aussitôt un peu honteux de son indélicatesse. Il prit instinctivement sur le banc une position un peu moins décontractée et interrogea d’une voix douce :

— Ça n’a pas l’air d’aller fort. Tu veux en parler ? Je peux faire quelque chose ?

Il doutait que la conversation d’un gamin de vingt-et-un ans fût très secourable à quelqu’un comme Charlie, mais il avait plus d’une corde à son arc et, pour l’avocate, il était prêt à apporter une aide substantielle.
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Message posté : Jeu 19 Sep - 20:19 Message
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_ Hey !

Une réponse très savante composée à 45 % d’étonnement de voir quelqu’un débarquer comme ça, sans prévenir (on passera le descriptif des taux de pourcentage des différents étonnements contenu dans celui-là).  45 % de sentiment plutôt agréable en reconnaissant la voix du nouvel arrivant. 5 % de suspicion parce que, songer à Neutron-Grey pour le voir débarquer quelques minutes plus tard, forcément c’est perturbant. Et 5% non identifiés correspondant à des pensées parasites comme, par exemple, les 1% de satisfaction pour avoir réussi à ne pas s’ébouillanter avec son café sous cette arrivée.

_ Ce qui apparemment, c’est bien passé.

Elle afficha un sourire, préférant ne pas trop chercher à comprendre les raisons de ce « sacré hasard ». Pas quel remettait Chase en cause, loin de là mais… Enfin, le hasard et sa façon de voir les choses. Quoi qu’il en soit Chase venait de sortir d’une douche et, très logiquement, quand les gens en arrivent là après une « visite » chez un ami, c’était que les évènements s’étaient déroulés correctement. En général. Un demi-sourire sur le visage, elle finit par secouer doucement la tête.

_ Non. Toujours pas. Elle pointa un doigt dans sa direction. Tu savais qu’avoir une personne de la famille Neutron-Grey qui débarque dans son bureau, apportait beaucoup de dossiers par la suite. Incroyable, hein ?

Le ton n’avait rien de critique, cela dit, il y avait quand même un peu de vrai dans sa réponse. Si ces dossiers avaient toujours été une bonne excuse pour refuser ce genre de soirée, il y avait d’autres paramètres qui rentraient en ligne de compte. Charlie sortait d’un quartier pourri, pour elle l’opéra se résumait à des gens trop bien habillés pour elle : costumes, smoking, robe de soirée… Non, elle ne se voyait vraiment pas dans son rôle, sans pour autant chercher à savoir si l’idée qu’elle se faisait de l’opéra était vraie ou non.

Et, fatalement, Charlie en arriva au moment qu’elle ne voulait pas voir arriver. Celui où, en bon livre ouvert, Chase comprit rapidement que quelque chose n’allait pas. S’il pouvait être un peu moins concerné par les gens qui l’entouraient, ça aurait facilité les choses. Elle plissa légèrement les yeux en pinçant sa lèvre inférieure avec ses dents. Quoi dire ? Quoi garder pour soi ?

_ Non ça va, c’est seulement que, je sors d’un rendez-vous avec un avocat.

Sa réponse avait au moins le mérite de ne pas être claire du tout. Sans plus d’explication, ça ne ressemblait à rien, et pouvait laisser libre cours à un tas de possibilités. Charlie inspira.

_ Il monte un dossier contre quelqu’un et je devais répondre à des questions sur le suspect dans son affaire de cambriolage.

Elle n’était pas préparée à en parler et, sans réfléchir à son explication avant, elle prenait conscience que plus elle en disait moins ça semblait avoir de sens. Pourquoi aurait-elle été interrogée à ce sujet ? Elle passa sa main sur son visage dans un sourire désolé avant de se repositionner sur le banc histoire de pouvoir lui faire un peu plus face.

_ En fait, il semblerait que la personne mise en accusation soit mon frère.

Elle haussa les épaules laissant paraitre comme une sorte de fatalité. Chase et Charlie s’étaient croisé à plusieurs reprises ses derniers temps mais, sur toutes les discussions qu’ils avaient pu échanger, il n’avait jamais été question de la famille de Charlie. C’était la première fois qu’elle évoqua la présence d’un frère.

_ Du coup, la situation n’est pas des plus confortables pour le moment. J’étais seulement en train de réfléchir à ce que je pouvais faire.

Ce n’était pas si mal comme explication. C’était un peu plus complexe que ça en réalité, parce que Seth était coupable, que son avocat était un abruti fini et que l’accusation, eux, en avait un bon. Ajouter à tout ça le fait que Charlie n’avait pas de droit d’accès au dossier et, ça donnait un petit bordel difficile à encaisser pour son cerveau. Un peu défaitiste, elle finit par sourire légèrement.

_ Et pour le moment, je ne vois pas trop ce que je peux faire.

Pas sans sortir des rouages de la justice, des règlements, des codes et d’une certaine moralité. Tout un programme. Et histoire d’essayer de ne pas penser à ce genre de chose devant Chase, l’avocate avait fini par détourner le regard en buvant de son café. Le troisième en moins de 2 heures, quelque chose comme ça.

_ Mais c’est gentil de proposer.
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Message posté : Jeu 19 Sep - 20:47 Message
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Lorsque l’avocate avait évoqué les nouveaux dossiers qui avaient commencé à affluer sur son bureau depuis que leurs deux noms paraissaient dans la presse côte à côte, Chase avait esquissé un sourire amusé et répondu :

— Je suis une publicité ambulante, qu’est-ce que tu crois.

Quelques années auparavant, il aurait eu encore un peu de mal à saisir tous les mécanismes de ce jeu médiatique, qui était aussi un jeu politique et, de toute évidence, judiciaire, mais désormais, avec l’aide de Keiko d’abord, puis par ses propres moyens, il avait une compréhension plus fine de cette réalité de son existence et, parfois, même, des stratégies qu’il adoptait pour construire sa carrière ou travailler sa réputation.

Alors, peut-être, quand on lui avait posé des questions sur les dernières affaires, peut-être avait-il longuement insisté sur le rôle prépondérant de Charlie, à la fois parce qu’il était persuadé que l’avocate avait eu la plus grande part de leur succès et parce qu’il trouvait normal que ces actes héroïques eussent pour elle quelques retombées. De toute évidence, cela fonctionnait — ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un problème.

Chase haussa un sourcil. Elle avait eu un rendez-vous avec un avocat. Soit. Mais c’était à peu près aussi exceptionnel que pour lui d’avoir un rendez-vous avec un agent de l’UNISON : elle devait faire cela toute la journée, sans aucun doute. Mais Charlie, assez visiblement embarrassée pour que le plus piètre des mentalistes identifiât sans peine ses émotions, finit par lui livrer morceau par morceau le grand cadre de son histoire. Chase ne put s’empêcher de songer que la situation avait somme toute une ressemblance frappante avec celle qui l’avait conduit, pour la première fois, dans le bureau de Charlie.

Mais sa première réaction fut un peu plus spontanée :

— Tu as un frère ?

Il avait toujours imaginé que… Enfin, il n’avait rien imaginé du tout : pour lui, Charlie était une image fixe dans un univers en mouvement, l’avocate parfaite, qui avait toujours eu une trentaine d’années et qui n’avait pas grandi. Il se rendit compte que ce réflexe était un peu idiot, un peu semblable, supposait-il, à celui des élèves qui découvrent que leur professeur fait les courses au supermarché avec sa grand-mère.

Comme Charlie était à cours d’options et que Chase la connaissait assez pour savoir qu’elle ne manquait pas de ressources, il ne lui était hélas pas difficile de déduire que :

— Ça se présente mal, alors…

Ce n’était pas vraiment une question, mais plutôt une réflexion songeuse, alors qu’il perdait son regard dans le vide. Quand il avait débarqué dans le bureau de Charlie, deux semaines plus tôt, la jeune femme n’avait pas hésité longtemps à prendre en charge le dossier d’Ellis, même si elle avait fait preuve d’une prudence méthodique durant les premières heures. Et quand Chase s’était senti à cours d’options, elle n’avait pas manqué de lui en donner.

C’était une occasion unique de renvoyer l’ascenseur.

— Tu sais…

Chase était sorti de ses pensées et il avait posé à nouveau le regard sur l’avocate.

— Je comprends que dans tes propres affaires, tu tiennes à faire les choses absolument dans les règles et, si je puis dire, à la loyale. Mais là, ce n’est pas ton client et ta réputation n’est pas vraiment en jeu. Peut-être qu’il ne faut pas réfléchir à la situation en avocate ?

Ce n’était pas encore une proposition très précise, mais Chase ne paraissait pas éprouvé de grandes difficultés à laisser la morale et la légalité un peu de côté. La même spontanéité qui lui avait fait demandé à son amant Lukaz de le guider dans un cambriolage de haut vol le poussait à envisager d’autres solutions que les stricts recours de la loi. Ce n’était pas qu’il s’estimât au-dessus des règles parce qu’il était un Neutron-Grey : simplement, les règles n’étaient pas toujours parfaites et, dans certaine situation, on devait pouvoir les contourner.

Il présenta cependant sa suggestion sous des couleurs d’abord plus diplomatiques :

— Maintenant que tu as acquis une certaine célébrité, déjà, je suis sûr que tu peux faire pression ici ou là pour obtenir des informations. Il y a probablement quelque part un clerc de police qui serait trop heureux d’obliger une avocate en vue pour ne pas te laisser consulter le dossier, par exemple. Et quand bien même ce ne serait pas le cas…

Il haussa les épaules, pour donner à sa proposition plus audacieuse un air indifférent :

— Il y aurait d’autres moyens de le convaincre.

Entre eux, il n’était pas utile de préciser ce que ces moyens étaient : Charlie avait eu un (petit) aperçu de ses capacités lors de leur kidnapping.

— Après tout, on ne ferait que regarder, ce ne serait pas vraiment un mal. C’est ton frère, non ? Tu as le droit de savoir ce qui lui arrive.

Lui, en tout cas, n’aurait pas aimé être tenu dans le noir sur les dangers que pouvaient courir l’un ou l’autre membre de la fratrie Neutron-Grey. Ceci étant dit, cette affaire de dossier n’était qu’un préliminaire : si Charlie jugeait qu’il n’y avait pas grand-chose qu’elle pût faire, c’était probablement parce qu’elle avait déjà jeté un coup d’œil au dossier qu’elle n’aurait pas dû consulter. Alors Chase enchaîna tout naturellement :

— Et après, on peut toujours envisager les options. Rien ne nous interdit d’essayer de le sortir d’affaire, si ? L’accusation va bien employer tous les moyens pour le mettre en prison. Ce n’est qu’une question de jouer à jeux égaux.

Un raisonnement pour le moins tendancieux qui avait les belles apparences de la logique.
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Message posté : Ven 20 Sep - 0:13 Message
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_ Euh, elle hocha la tête, oui, j’ai un frère. Elle afficha un sourire. En fait, j’en ai même quatre.

Pas que sa mère et son père – c’était qui lui d’ailleurs ? – aient eu des envies de famille nombreuse mais, la contraception ne devait pas être connue de celle qui avait mis au monde une fratrie de cinq frères et sœur. Et, sans vouloir dénigrer sa génitrice, beaucoup de ses enfants se demandaient encore comment elle avait pu avoir autant de gamins. Il paraît que l’âge n’avait pas joué en sa faveur. L’âge, l’alcool, et tout un tas de choses, en fait. Bienvenue dans la famille Lane.

Difficile, avec Chase, de ne pas oublier son jeune âge, il réfléchissait à toute vitesse et, honnêtement, il le faisait bien. Elle n’estimait pas avoir dit grand-chose, juste une petite partie de l’histoire et ça lui suffisait pour comprendre que ce n’était pas gagné d’avance. Elle pinça les lèvres, faussement contrariée d’être aussi rapidement comprise. Et, parce qu’il avait toujours été d’un bon avis, elle l’écouta avec une certaine attention. Du moment qu’il ne proposait pas d’aller pêcher des rouleaux de billets avec des pincettes, ça devait être bon à prendre.

D’une certaine manière, elle s’était attendu à ce qu’il propose une chasse aux indices, une enquête de voisinage, toutes ses petites choses qui n’impliquaient pas grand-chose alors, elle fut assez surprise quand, rapidement, il proposa de ne pas réfléchir en tant qu’avocate. Ce qu’elle associa – surement à cause de ses raisonnements passés – à « raisonner en dehors des lois et règlements ». Sa main passa sur le haut de sa tête, pas de raison particulière à ça, juste un geste incontrôlé qui trahissait le fait qu’elle y avait déjà un peu songé.

_ Il se pourrait que ce soit un peu plus compliqué que ça, en réalité.

Quelque part elle craignait un peu que Chase cherche à s’entrainer dans une histoire qui était plus complexe que ce qu’elle avait bien voulu dire. Juste pour essayer de bien faire. Ce fut cette pensée qui acheva de la convaincre d’en expliquer plus.

_ Je n’ai pas besoin d’aller chercher des preuves de ce qui s’est passé. Je le sais déjà.

Elle afficha un air coupable parce que, sans avoir l’affaire en charge, savoir ce qui s’était passé impliquait forcément d’avoir eu recours à un moyen détourné. Le moyen en question s’était avéré être son petit frère. Plus petit que par l’âge, par ailleurs.

_ Le problème principal en fait ce n’est pas l’accusation mais la défense. Mon frère se retrouve avec un avocat commis d’office, que je connais et… Elle secoua une main. Bref, disons, que le relationnel n’était pas au beau fixe.

Une façon de voir les choses. Ce type était une plaie qui avait cette fâcheuse tendance à s’accrocher à ses idées, surtout quand il s’agissait de pourrir la vie de l’avocate.

_ Je ne pense pas qu’il va essayer de le défendre correctement. Il voit dans cette affaire la possibilité de faire tomber mes 3 autres frères en prouvant que le premier n’a pas pu agir tout seul. Alors qu’en fait y a moyen de le défendre correctement.

Charlie qui n’avait pas prévu de faire un exposé sur la situation s’était lancé assez naturellement dans ses explications comme si, ça pouvait l’aider à voir la chose autrement, juste en exposant les faits à voix haute.

_ Le problème c’est que je ne sais pas s’il dispose des mêmes informations que moi. Et même si c’est le cas, je ne peux pas allez voir le patron en lui disant que l’avocat en question fait mal son boulot parce que ça voudrait dire que j’ai eu des infos que je ne suis pas censée avoir.

Un avocat était obligé de défendre son client du mieux qu’il pouvait mais, en accuser un en disant que ce n’était pas le cas… c’était compliqué sans se retrouver soi-même avec un tas de questions sur le dos. Le but n’était pas de risquer sa place non plus. Elle y tenait à son boulot puis, de toute façon elle avait choisi cette voie pour pouvoir les défendre en cas de besoin. Elle n’avait pas pensé que ça se passerait de cette manière. Après, si risquer sa carrière était le dernier recours alors, ok. C’était ses frères, sa famille. C’est sacré.

Notons aussi qu’à aucun moment Charlie n’avait dit que son frère était coupable. Il était simplement accusé. Réflexe d’avocat parce qu’elle savait très bien qu’il était coupable de ce cambriolage, comme elle savait que les trois autres avaient participé. Elle connaissait même les rôles que chacun avait joués et pourquoi les choses avaient dérapé. Volontairement elle n’avait pas relevé la proposition qui consistait à convaincre quelqu’un. Solution bien trop tentante pour la situation dans laquelle elle se trouvait mais, aussi, bien trop culpabilisante. Embarquer Chase là-dedans, elle ne le pouvait pas.

_ Il reste la solution qui consiste à reprendre l’affaire mais, ce n’est pas possible.

Sauf si on avait envie de voir l’accusé tuer son avocat en plein tribunal. Seth ne la louperait pas, procès ou pas. C’est qu’il était têtu quand il le voulait bien… Tout le temps, en fait.
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Message posté : Ven 20 Sep - 9:20 Message
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À vrai dire, Chase n’avait rien proposé de très précis. C’était comme aux échecs (sans blague) : on avançait un pion qui pouvait vouloir dire beaucoup de choses, et c’était à l’adversaire d’orienter la défense, donc la partie, dans le sens qu’il voudrait, révélant par là même son état d’esprit et ses plans ultérieurs. Le mentaliste voulait bien aider pour consulter le dossier : c’était une manière détourné de dire que le premier pas franchi, il pouvait bien en franchir quelques autres.

Mais il lui fallait tout d’abord comprendre l’affaire ou, plutôt que l’affaire, la manière dont Charlie la percevait. Imaginer la jeune femme entourée de quatre frères, dont un (au moins ?) était un criminel (potentiel ?) était une tâche un peu difficile. Naturellement, Chase supposait, sans y réfléchir, que Charlie devait être la cadette parce que… eh bien, parce que c’était une fille et la sœur de quatre hommes, et que donc ils devaient la protéger. Quelque chose comme ça.

Il l’écouta donc attentivement et se retrouva embarqué dans un méandre de demi-affirmations typiques d’une avocate. Chase avait l’impression de se retrouver deux semaines en arrière, quand il avait rencontré Charlie pour la première fois et qu’elle avait pris soin de ne rien promettre et ne rien assurer. Ce jour-là aussi, elle louvoyait entre les informations principales : elle connaissait les pièces du dossier, mais ne se prononçait pas sur l’innocence ou la culpabilité de son frère ; l’avocat de la défense ne « défendait pas correctement » son frère, mais essayait de l’accuser — Charlie était passée maîtresse dans l’art des euphémismes.

Chase était donc de décortiquer les propos de l’avocate pour révéler les vérités sous-jacentes. Si elle ne se précipitait pas pour envoyer anonymement les preuves de l’innocence à son frère, à la police, au juge ou à une commission d’éthique du barreau, c’était vraisemblablement que l’accusé était coupable. D’ailleurs, l’avocat commis d’office, elle ne l’avait pas accusé d’incompétence, mais de stratégie contraire aux intérêts de son client : il devait avoir des cartes dans sa manche.

Le mentaliste resta longtemps silencieux. Il avait proposé son aide et supposer que l’accusé était coupable ne le refroidissait guère. Après tout, si Tesla avait été dans la même situation — hypothèse, certes, pour le moins improbable — il n’eût pas hésité une seule seconde. Et la famille de ses amis, c’était en quelque manière sa famille aussi. Mais il n’était pas sûr de ce que Charlie voulait faire. Rien, c’était ce qu’elle lui avait dit, mais en vérité, elle devait bien avoir quelques idées en tête, non ?

Chase tâta prudemment le terrain.

— Mais il n’y a pas, je ne sais pas… Des moyens de l’aider qui ne passent pas par les avocats, tout cela. Si de ce côté tu es bloquée…

« Les avocats, tout cela » : la loi, en somme. Lui aussi pouvait manier les euphémismes, puisqu’ils en étaient là. Il proposa néanmoins une alternative plus respectable à la solution vague et indéfinie qu’il venait d’évoquer.

— Ou alors, je ne sais pas, une commission de déontologie ? Je suppose qu’il y a des recours quand un avocat de la défense ne fait pas son travail. Je veux dire : ça ne doit pas être la première fois que ce genre de choses se produit. Le juge ne peut pas faire quelque chose ?

Évidemment, Charlie devait déjà avoir pensé à ce genre de solutions, mais c’eût été risquer de se faire radier du barreau.

— Je ne dis pas que tu dois aller lui dire toi-même, en face à face. Au juge. Mais enfin, quelqu’un pourrait le lui dire pour toi.

Avec un peu de chance, d’ailleurs, il y avait une manière simple et respectable de régler tout cela. Des juges, il en connaissait quelques-uns, au hasard des dîners de charité ou des soirées à l’opéra : il l’eût suffi de glisser un mot ou deux sur une affaire préoccupante, dont il aurait conscience en tant qu’agent de l’UNISON et où il soupçonnerait la justice de ne pas suivre son cours. Un jeu d’enfant.

— Ou alors, le juge pourrait avoir l’idée lui-même que quelque chose ne tourne pas rond.

Nouvel euphémisme pour dire qu’il pouvait lui suggérer l’idée en question. Un peu naïvement, Chase remarqua :

— Mais tu en as parlé à ton frère ? Tu dois avoir le droit de le visiter en prison, non ? Et lui, il a le droit, ça j’en suis sûr, de demander un autre avocat, s’il sait que celui qu’il a n’agit pas dans ses intérêts.

C’était toujours délicat de le prouver, bien entendu : tout citoyen américain avait le droit à un avis commis d’office, non à un bon avocat commis d’office. Mais entre l’incompétence et la volonté délibérée de nuire, il y avait une marge que Charlie pouvait exploiter.

— Et même si tu n’avais pas le droit de le voir, il y aurait toujours des moyens de communiquer avec lui, tu sais, depuis l’extérieur de la prison.

Trouver un individu inconnu dans une prison ne serait pas une partie de plaisir, mais avec quelques détails biographiques suffisamment particuliers, Chase était sûr, à force de persévérance, d’y parvenir — et de pouvoir lier le frère et la sœur par un lien télépathique. Une méthode peut orthodoxe de contourner les heures de visite. Toujours persuadé que les cinq Lane étaient unis comme les cinq doigts de la main, il rajouta :

— Et tes autres frères, ils en pensent quoi, eux ? Ils ne peuvent rien faire ?

Il réfléchissait comme un Neutron-Grey : s’en prendre à un Neutron-Grey, c’était avoir les trois autres sur les bras. C’était pareil dans les autres familles, non ?
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Message posté : Ven 20 Sep - 11:47 Message
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Des moyens, sans passer par « ces trucs d’avocats », elle en avait. Du moins, elle avait un tas de solutions. La première consistant à laisser Jay s’occuper de l’avocat de la défense, ça avait au moins l’avantage d’être une solution plaisante à défaut d’être faisable. Envoyer son frère en cavale, comme dans les films, c’était classe, mais impossible. Lui faire changer d’identité, s’il était capable de faire profil bas mais, c’était impossible venant de lui. Non, sérieusement elle pouvait avoir un tas d’idées tout aussi débile qu’infaisable, aussi peu crédible que moralement douteux.

Alors oui, il restait la solution d’accuser Luc pour son incompétence. Mais, elle ne savait pas ce dont il disposait comme preuve. Et au moins truc trop étrange, à son sens, il allait lui tomber dessus. C’était vraiment très compliqué avec cet avocat. Envoyé quelqu’un le dénoncer pour elle… Pas si mal mais, là encore, ça dépendait des preuves qu’avait la défense. Si Luc n’avait rien, ça ne servait à rien. Et en parler directement à son frère, alors là, c’était carrément, absolument, impossible. Autant qu’elle aille se frapper la tête elle-même contre un mur jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au moins, personne ne serait accusé de quoi que ce soit.

C’était bien ça le « problème » avec Chase. Il réfléchissait, creusait, décortiquait tout. Si Charlie lui disait qu’elle était dans une impasse, il préférait explorer d’autres pistes qu’elle n’aurait peut-être pas envisagées. C’était agréable parce que ça lui donnait un côté concerné qui était tout à son honneur mais… C’était bien moins drôle du point de vue de Charlie qui devait bien justifier les impossibilités de ses propositions.

_ Mes autres frères ? Euh…

Charlie plissa légèrement les yeux, avec l’air de réfléchir à son plan d’attaque pour lui répondre.

_ Ok, Chase, je crois que c’est le moment où je dois d’expliquer deux ou trois trucs sur ma famille.

Il voulait l’aider ? Elle ne pouvait pas nier l’utilité qu’il pouvait avoir. Après tout, Chase faisait des références aux échecs, alors qu’elle était plus apte à comprendre une référence sur l’écoulement d’un puits de pétrole. Il avait des ressources dont elle ne disposait pas. Bref, si Charlie acceptait qu’il puisse l’aider à trouver une solution, elle allait bien devoir lui donner toutes les cartes en main.

_ Mes frères ne sont pas, aux yeux de la loi, un modèle d’intégrité. Sans rire. S'en sortir par ses propres moyens, c’est un truc que, généralement, ils font plutôt bien. Le truc c’est que j’ai choisi une façon de m’en sortir un peu contraire à leurs activités à eux.

Avocat. Délinquance. Ce n’était pas « un peu » contraire, c’était carrément l’opposé. Quoi qu’elle aurait pu faire flic au moins, là, c’était clair, elle serait carrément en train de leur courir après. Cela dit, à aucun moment elle ne semblait avoir un ton de regret ou de jugement envers ses frères. Elle savait d’où elle venait, elle savait aussi pourquoi ils faisaient ça et puis, de toute façon, il n’y avait rien à critiquer. Si Charlie avait suivi des études, c’est parce qu’elle avait des frangins qui l’avaient aidé à le faire. Les livres, les cours, tout ça, ça ne se paye pas aussi facilement, pas avec les moyens qu’avait leur famille.

_ Sauf que mon départ a été assez mal perçu. Elle baissa un peu les yeux, s’il devait y avoir du regret quelque part, c’était surtout dans ce genre de discours. Je dirais même que je suis devenue celle qui les a abandonnés et qui ne fait plus partie de la famille. On ne s’est pas quitté en bons termes.

Un moyen comme un autre de dire que le grand frère en question avait été plutôt violent et que c’était le cadet qui avait dû les séparer avant que ça ne dégénère complètement. Quoi qu’il en soit, la traitresse qu’elle était, n’avait plus aucun droit sur cette famille et, aider ouvertement Seth, s’était juste du suicide.

_ Je ne peux pas aller lui parler parce qu’il le prendrait vraiment très mal et, dans la mesure du possible je préfère éviter. Mais… parce qu’il y avait quand même des choses positives dans tout ça. J’ai parlé à un autre de mes frères qui, lui, m’a dit ce qui s’était passé pendant ce cambriolage.

Au moins ça évitait d’avoir des doutes sur l’implication de son grand frère. En fait, c’était aussi le cas pour le petit frère en question, s’il savait ce qui s’était passé, c’était qu’il y avait sûrement participé aussi. Une véritable entreprise familiale.

_ Du coup, je sais ce qui s’est passé mais je ne sais pas ce que sait Luc, l’avocat de commis d’office de mon frère. Jouer sur une incompétence de sa part, s’il ne dispose pas des mêmes éléments que moi, je vais juste réussir à tirer une balle dans le pied de mon frère.

Seulement une façon de parler. Même si ça pouvait avoir un côté ludique et défoulant.

_ Et si quelqu’un suggère à un juge que quelque chose ne tourne pas rond, ça risque surtout de remuer plein de choses et, vu le passif de chacun d’entre nous – oui, elle s’incluait dedans – je préfère éviter d’en arriver là.

Elle soupira, leva une main avant de la laisser retomber un peu mollement. En fait sa meilleure solution c’était d’avoir un plan d’attaque qui ne visait que Luc. L’obliger à bien faire son boulot, savoir ce que lui savait et ce que Seth avait pu lui dire. Bouger du légal ne lui posait pas spécialement de soucis ce qu’elle voulait, en revanche, c’était d’être certaine que ça ne puisse pas retomber sur ses autres frères. Et, moins important à ses yeux, que sa puisse lui retomber dessus par la suite.
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Message posté : Ven 20 Sep - 16:40 Message
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Pour la première fois depuis qu’il la connaissait, Chase remarqua chez Charlie un très léger accent texan qui n’avait pas d’abord attiré son attention. Et, à mesure que la jeune femme évoquait plus précisément les activités familiales, le jeune Neutron-Grey se faisait de la famille Lane une image tout droit sortie de Lucky Luke ou, parce que la science-fiction c’était quand même beaucoup plus son domaine, de Firefly : il devait attaquer des diligences en famille. C’était très pittoresque.

Naturellement, si tout cela avait un côté délicieusement romanesque dans les films et les séries télévisées, la vie était un peu différente et Chase s’en rendait (parfois) compte. Ce jour-là, la palpable inquiétude de son interlocutrice facilitait certes considérablement son retour à la réalité et il évita donc de penser que ce devait être « intéressant » d’avoir une famille comme celle-ci — d’autant plus qu’apparemment, la famille n’était pas très unie.

Chase se mit à gigoter sur son banc. Il comprenait assez les sentiments de Charlie. Lui-même entretenait un rapport ambigu avec ses frères et sœurs, qui oscillait entre le fusionnel, notamment avec Tesla, et la distance prudente. Il se sentait tout à la fois intégré à un tribu des plus soudées et très marginal parmi cette fratrie où il était le cadet, celui qui n’avait pas connu les parents, celui qui n’était pas allé à l’école — le cas à part.

Pour Charlie évidemment, la situation était plus compliquée. Chase comprenait petit à petit que la plupart des solutions qu’il avait proposées devenaient impraticables dans la situation qui était celle de son amie. Jamais il ne songea à lui suggérer de tenter la diplomatie et de s’expliquer avec son frère pour mettre les choses à plat : lui-même fuyait constamment ce genre de conversations avec son oncle Jack et préférait de très loin laisser les choses s’envenimer.

Quand Charlie eut fini de parler, il se contenta donc d’abord de hocher la tête, avant de murmurer :

— Je comprends. Un peu.

Il était aussi un peu surpris, parce que même s’il avait deviné que Charlie ne venait pas exactement du même milieu que lui, question de radar social, il ne l’eût pas imaginé dans ce genre d’environnement. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre que si les frères — tous les frères — de l’avocate menaient une vie de criminels, ce n’était pas un hasard, mais probablement la conséquence d’une jeunesse financièrement difficile.

C’était donc une injustice sociale, un peu comme celle qui avait poussé Ellis à jouer dans un casino clandestin. Il y avait une forme de justice supérieure à celle des lois, n’est-ce pas ? Seth avait le droit à une seconde chance, qui était peut-être la cent-trente-troisième. Chase résuma donc la situation :

— En somme, la meilleure défense, dans ce cas-là, c’est l’attaque. Si on a peur que ses faiblesses ouvrent une voie à l’adversaire, le mieux est toujours de porter l’action sur une autre partie de l’échiquier.

N’était-ce pas par exemple le principe d’une bonne défense sicilienne que d’acquérir un avantage spatial alternatif aux ouvertures traditionnelles ? C’était exactement la situation dans laquelle se trouvait Charlie — du moins aux yeux de Chase. À défaut de défendre Seth efficacement, il fallait donc attaquer Luc, pour obtenir une meilleure défense et… et à partir de là, évidemment, ça ne ressemblait plus beaucoup aux échecs, mais ils pouvaient toujours improvisés. Chase se releva du banc et décréta :

— Viens, on va marcher un peu, ça nous occupera. Tu sais, Rousseau disait que les seules bonnes pensées étaient celles qui lui venaient en marchant. Et Wordsworth aussi. Comme Nietzsche, d’ailleurs. Bref…

Bref, il entraîna Charlie dans les allées du parc.

— On peut déjà commencer par s’assurer de ce que cet avocat commis d’office sait et à l’intention de faire.

Ce n’était pas très compliqué : un tour de mentaliste de sept ans. Dans son cas, du moins.

— On pourrait aussi lui inspirer une volonté de mieux faire, mais je suppose qu’un brusque changement de stratégie de la part de la défense entrainerait des suspicions de la part de l’accusation. On pourrait anesthésier les suspicions de l’accusation, mais alors le juge risquerait de se montrer soupçonneux. Évidemment, on pourrait…

Chase réfléchissait à haute voix et s’il avait continué sur sa leçon, il eût probablement suggéré de modifier la structure mentale de tous les employés judiciaires de Star City pour ouvrir la porte du pénitencier au frère de Charlie. C’était le problème des modifications mentales dans un univers clos et bien structuré : les gens se surveillaient les uns les autres et il y en avait toujours un pour se rendre compte des changements de comportements de ses voisins.

De fait, si l’avocat commis d’office ne faisait preuve que d’un peu de mauvaise volonté, la discrète incitation qui le rétablirait en de plus favorables dispositions passerait sans doute inaperçue de tous. Mais si, comme le supposait Charlie, il agissait délibérément contre les intérêts de son client, le changement de comportement serait trop radical pour que personne ne s’en aperçût.

— Mais enfin, du coup, ça veut dire que même avec des moyens de pression plus traditionnels, on n’avancera pas beaucoup avec lui. Il faut d’une façon ou d’une autre lui retirer l’affaire.

Ce n’était pas les méthodes radicales qui manquaient, mais la volonté de Chase à enfreindre un peu la loi pour Charlie n’allait pas jusqu’au meurtre et il soupçonnait de toute façon que l’avocate n’était pas contre une résolution plus subtile.

— À quelles conditions une affaire pourrait-elle lui être retirée ? Je ne sais pas, par son patron, par exemple ? Mettons qu’il ait soudainement un très gros dossier à traiter, on confierait ce cambriolage, qui doit être une affaire mineure, à quelqu’un d’autre ? Ou bien si son patron le soupçonnait de fautes professionnelles ?

Après tout, s’ils piégeaient un avocat incompétent pour le faire accuser d’incompétence, même si le piège était fictif, la faute était réelle : en fin de compte, justice serait rendue.
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Message posté : Ven 20 Sep - 21:48 Message
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Dans tout ce flot d’informations qu’elle avait pu sortir, Chase trouva le moyen de la faire sourire. Il fallait toujours qu’il trouve une situation semblable dans une partie d’échecs. Elle ne savait pas y jouer mais, une chose était certaine : ce n’était pas contre lui qu’elle avait envie de faire une partie. A moins de vouloir se faire écraser en trois coups – et tout ça à cause d’un pion. Chase avait l’air bien trop doué dans ce domaine pour s’y risquer et… Jouer à un jeu avec un mentaliste, ça devait quand même entrainer une certaine suspicion.

_ Je croyais que les bonnes idées venaient avec un café.

Ou trois… Elle se leva volontiers, engagea quelques pas en direction d’une poubelle où elle jeta son gobelet désespérément vide. Peut-être quatre, alors. Et, les mains dans les poches de sa veste, elle resta à côté de lui pour marcher un peu et réfléchir à ce qui se disait. Parce que, voilà, quand Chase était là, tout devenait plus facile. Peut-être trop. Elle ne s’était pas promis de ne pas en faire une personne vers qui se retourner au moindre problème ? Déjà qu’elle envisageait de ne pas rester sur une ligne bien droite mais, si en plus elle devait briser ses propres promesses… Il fallait vraiment qu’elle le aime ses frères !

Le parfait Chase Neutron-Grey, dont les pouvoirs n’étaient pas à négliger, dont la vie semblait si exemplaire. Un modèle pour bon nombre de personnes. Ce Chase Neutron-Grey, était réellement en train d’essayer de trouver des solutions qui passaient par influencer quelqu’un ? Ou de moyens de pression « traditionnels » ? Elle tourna la tête vers lui, un sourcil légèrement arqué, un demi-sourire sur les lèvres, semblant le voir sous un nouveau jour. L’avantage de ne pas être sa sœur, ni sa mère – elle n’était pas si vieille- c’était que rien ne l’obligeait à une quelconque discussion sur la morale. Il n’était pas question de tuer quelqu’un, après. Seulement de venir en aide à ses frères.

_ Il tient particulièrement à cette affaire alors, si on lui met une autre, il va sûrement chercher à ne pas se détacher de celle-là. Et le parton… Luc à un père influent, ça va être compliqué pour ça aussi.

D’ailleurs, elle était certaine qu’il avait eu son diplôme dans un kinder surprise, pas étonnant qu’il en soit encore à être commis d’office. D’accord, elle n’était pas des plus objectives mais ce type s’en prenait à ses frères. On ne touche pas à ces personnes-là. Question de principe.

_ Après, on peut lui enlever l’affaire pour faute grave comme le fait de ne pas se rendre à une audience. Il peut aussi ne pas être apte à assurer une défense, s’il est malade par exemple.

Ou enceinte mais, les lois de la biologie rendaient la chose impossible. Elle songea un instant à cette histoire de maladie et de non-présentation. Ça ne devait pas être très beau à voir dans son esprit parce qu’elle songea à lui faire boire un truc horrible qui le rendrait incompétent quelques jours. Non… Elle n’allait quand même pas en arriver là ? Et puis, Luc trouverait le moyen de comprendre que ça venait d’elle. Pas très intelligent mais assez tordu pour comprendre quand c’était lui qui venait de se faire avoir. Elle pouvait aussi le faire passer sous une voiture, lui arracher toutes les dents, et ainsi de suite… Mais, ça sortait de son domaine de compétence et il y avait forcément moins violent. Cela dit, l’idée de lui voir ravaler son sourire suffisant était une pensée très agréable.

_ Et lui suggérer de mieux faire son travail, ça va vraiment être un changement radical pour lui.

Et si ça avait été un autre mentaliste, elle aurait même défini la situation comme impossible avec lui. Mais c’était Chase alors, il pouvait peut-être réussir à le rendre plus consciencieux dans son boulot.

_ Attends.

Elle se stoppa d’un coup, ferma les yeux un court instant et releva les yeux vers Chase, levant légèrement une main.

_ Je suis vraiment en train de discuter de tout ça avec toi ?

Question un peu stupide. Très stupide. Elle en convenait très bien mais, ça lui semblait presque surréaliste. Parler de théorie, très souvent, entrainait vers la pratique. Si elle était sérieuse dans ses propos, dans son envie de faire quelque chose pour ses frères, ce n’était pas un jeu. Loin de là. Il ne s’agissait pas de bouger un pion d’une case à une autre. Il était question de personnes réelles avec de possibles ennuis sur le coin de la figure.

_ Parce que, ça n’a rien de théorique.

Il devait bien l’avoir compris mais elle avait besoin de le dire vraiment, très sérieusement. Ce n’était pas un cas étudié dans un bouquin, elle cherchait une solution et si l’une d’entre elles était faisable, elle s’y appliquerait. Et même si ça semblait être une évidence, elle voulait être certaine qu’il en avait pleinement conscience.
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Message posté : Ven 20 Sep - 22:37 Message
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Eh bien, voilà ! Ce n’était pas si compliqué ! Ils n’avaient qu’à le séquestrer pendant quelques jours. La pensée était venue toute naturellement à Chase, parce que dans la pure logique d’une stratégie à adopter, elle constituait probablement l’une des solutions les plus simples. Il lui fallut une ou deux secondes pour se souvenir que, dans la vraie vie, il y avait des considérations morales et que l’enlèvement n’était probablement pas la meilleure décision à prendre.

Il n’empêchait : l’idée d’empêcher Luc de se rendre à une audience développait devant lui tout un éventail de possibilité et, parce qu’il avait été éduqué à l’école des 400 coups de ses frères et sœurs, Chase ne manquait pas d’imagination quand il fallait mettre des bâtons dans les roues de quelqu’un. Les jeunes Neutron-Grey avaient cherché très tôt à s’impliquer dans les affaires des grands, bien avant que leurs pouvoirs fussent ce qu’ils étaient désormais, et ils avaient d’abord utilisé beaucoup de ruse et un peu de puissance, avec d’utiliser beaucoup de puissance et beaucoup de ruse.

La situation, finalement, était simple : il fallait que Luc manquât une audience sans qu’il se rendît compte qu’on se jouait de lui, sans quoi lui-même et son influent géniteur feraient de la vie de Charlie et de ses frères un enfer. Exit donc le réveil trafiqué qui ne sonnait pas le matin, le savon dans le réservoir à essence de la voiture et les lacets de chaussures noués ensemble. Mais en bon mentaliste, Chase contemplait déjà d’autres éventualités.

Il s’arrêta néanmoins de marcher quand Charlie ferma les yeux et lui jeta un regard interrogateur. La précision de la jeune femme fut accueillie avec un air légèrement vexé.

— Je sais que ça n’a rien de théorique, quand même.

Pour qui le prenait-elle ? Un gamin ? Avec une extraordinaire mauvaise foi de la part de quelqu’un qui n’avait pas toujours l’habitude de distinguer le jeu de la réalité, Chase souligna :

— Je sais faire la différence entre une situation concrète et de pures spéculations.

Parce que Chase n’était pas tout à fait sorti de sa crise d’adolescence retardée par une éducation pour le moins spartiate, il était toujours frustré quand on suggérait, même de très loin, qu’il ne se comportait pas comme un adulte. Mais, cette fois-ci, la détresse authentique de Charlie désamorça le discours vindicatif que le jeune homme eût tenu à n’importe qui d’autre et, avec beaucoup plus de douceur, le mutant rajouta :

— Ne t’inquiète pas, Charlie, je prends tout cela très au sérieux.

Et pour lui prouver qu’il avait activement réfléchi à des solutions réalistes pour résoudre ce problème réel de la vraie vie concrète, il enchaîna sans attendre.

— S’il s’agit juste, disons, que Luc, là, ne se rende pas à une audience, on pourrait… Le faire boire, par exemple. Avec un petit coup de pouce, je suis sûr qu’il peut avoir une sacrée descente.

Après tout, si Luc avait un père influent, ce ne serait pas ce genre de déconvenue qui ruinerait sa carrière — sauf avec le juge auquel il aurait posé un lapin, bien entendu, mais on ne faisait pas d’omelettes sans casser des œufs. Naturellement, il était toujours possible que l’avocat fût musulman, ou allergique à l’alcool et buveur dans les seules grandes occasions, auquel cas une ivresse en plein tribunal semblerait singulièrement suspecte aux yeux de tous ceux qui le connaissaient. Chase avait donc envisagé d’autres moyens.

— Il pourrait aussi avoir une grippe ou une gastro. Juste pour quelques jours. Dans l’intervalle, si les procédures sont engagées, ils seront obligés de confier le dossier à quelqu’un d’autre, même temporairement. Et alors, si sa stratégie de défense est vraiment fautive, le nouvel avocat s’en rendra compte.

Pour que Charlie ne s’imaginât pas qu’il se promenait avec des souches bactériologiques plei les poches, Chase précisa tout de même :

— Enfin, il pourrait avoir l’impression d’être très malade. Je suis un illusionniste très convaincant.

Bien sûr. C’était un aspect de ses capacités dont il n’avait jamais fait la moindre démonstration à Charlie et qu’il n’avait même jamais évoqué, mais depuis qu’ils se connaissaient, il ne cessait d’indiquer, presque incidemment, telle ou telle application de ses pouvoirs, qui ne semblaient pas avoir de limite bien tangible.

Ces perspectives pratiques évoquées, Chase ne pût s’empêcher de suggérer des méthodes plus romanesques et, par conséquent, à ses yeux tout du moins, beaucoup plus séduisantes :

— Ou alors il pourrait être impliqué dans un grand scandale médiatique ! Quelque chose comme : « Luc Machinchose, le célèbre avocat fils de Bidule Machinchose, photographié dans une ferme zoophile avec un cochon » ou « Luc Machinhose soutient le Klu Klux Klan ».

Ce qui reviendrait à peu près, père influent ou non, à ruiner la carrière et la vie de l’intéressé, mais Chase ne semblait pas beaucoup s’en préoccuper : il voyait cela un peu comme une plaisanterie, mais une plaisanterie utile qui pouvait aider Charlie. De toute évidence, la distinction morale entre ce qui était possible et ce qui était franchement condamnable le cédait en priorité chez lui à celle qui séparait l’intéressant de l’ennuyeux.

Il jeta néanmoins un regard un peu inquiet à Charlie et, conscient sans doute que sa dernière proposition ruinait sa réputation d’innocence, il concéda :

— Mais enfin, on peut s’en tenir à quelque chose de plus classique, évidemment.

Ce qui avait quand même l’air de le décevoir un peu.

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Message posté : Ven 20 Sep - 23:48 Message
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Elle secoua un peu la tête, parce que le but n’avait pas été de le vexer mais, surtout, de le mettre en garde sur les risques. Sauf qu’elle n’eut pas le temps de s’expliquer d’une autre manière que Chase, déjà, reprit pour laisser comprendre qu’il avait saisi de quoi il était question. Et, une fois de plus, elle hocha la tête, des plus convaincues. Elle ne l’avouera pas mais, ce fut bien un sourire qui se dessina sur ses lèvres quand il fut question du penchant pour l’alcool que pouvait avoir Luc. Il ne fallait pas exagérer, il n’en était pas à boire au bureau et arriver complètement ivre dans un tribunal – l’idée fut tout de même notée dans un coin de son cerveau – mais, il n’était pas impossible de le trouver avec un verre à la main en dehors de ses heures de bureau.

Elle devait avouer que la deuxième proposition était la plus juste dans le sens où elle n’engageait pas la carrière dudit avocat – même si ce n’était pas sa préoccupation première – et celle qui avait le moins de chance d’attirer l’attention. Elle était en train de chercher tout ce qui pouvait rendre quelqu’un malade quand Chase parla de ses capacités. Mais, elles s’arrêtaient où, en fait ? Plus ça allait, plus il avouait être capable d’autres choses. Retourner le cerveau de plusieurs personnes, aller retrouver l’esprit de quelqu’un à l’autre bout de la ville, donner l’impression d’être malade. Les limites se trouvaient où chez lui ?

_ Chase ? Elle leva légèrement les mains. Crois-moi, j’adorerais le voir dans ce genre de scandale mais… elle secoua doucement la tête, l’air navré. Pas comme ça.

Oublier un peu les lois pour aider son frère – et les autres par la même occasion, vu qu’ils étaient présents – était une chose, ruiner l’image de quelqu’un juste pour son plaisir personnel, ça n’entrait plus dans ses capacités. Ça toucherait Luc, ça aurait des répercussions sur sa famille, Charlie ne pouvait pas en venir à ce genre de recours.

_ Il est préférable de rester sur quelque chose de plus classique, oui.

Elle avait presque l’impression d’être la voix de la sagesse alors qu’elle envisageait de rendre malade un avocat pour l’empêcher d’assister à une audience. Un comble. D’un mouvement de tête, elle l’invita à reprendre leur marche qui manquait cruellement de café.

_ L’empêcher d’aller à une audience, c’est une bonne idée. Une très bonne idée, en fait.

S’il était malade, il ne risquait pas sa place. S’il était malade, il avait une bonne excuse et ça ne serait pas suspect. Il fallait qu’il soit malade. Du coup, elle en revenait aux suggestions de Chase. Qu’une maladie ne soit que dans sa tête comportait un risque, selon elle. Il ira forcément passer une visite médicale et le médecin ne trouvera rien. Luc n’était pas du genre à faire des arrêts maladie sans raison valable, ça risquait d’attirer l’attention. Mais, s’il était réellement malade…

_ Par contre, je crois qu’il serait préférable de faire ça sans avoir besoin d’illusions.

Si dans le monde de Chase il était normal et logique de penser en termes de pouvoir, ce n’était pas le cas dans l’univers de Charlie. Elle résonnait en termes de normalité puisque c’était ce qui était à sa disposition. Et, d’un point de vue qui lui était personnel, elle préférait raisonner de cette façon pour ne pas avoir à appeler Chase à son secours à chaque fois que quelque chose se montrait un peu trop compliqué à gérer.

_ Il aura besoin d’un certificat médical pour justifier son arrêt, il faut que le médecin trouve de réels symptômes.

Ou alors, laisser penser au médecin qu’il y en avait, ce qui impliquait de le manipuler aussi. Hey, en fait, elle pouvait aussi raisonner en termes de pouvoir ! Charlie enleva très vite cette idée de la tête. Moins il y avait de personnes impliquées et mieux c’était.

_ Il doit bien exister des produits pour donner à quelqu’un des symptômes en particulier.

Elle avait loupé les cours sur les poisons mineurs à l’école… peut-être parce qu’il n’y en avait pas et qu’elle n’avait pas choisi la filière criminelle endurcie.

_ Sinon, je sais qu’il se fait livrer ses repas tous les midis, le soir aussi quand il reste au bureau. Elle plissa légèrement les yeux. Mais mettre quelque chose dans sa nourriture et il va être capable de porter plainte pour indigestion alimentaire.

Elle secoua la tête, elle n’allait pas mettre un restaurant qui fait de livraison en faute pour le rendre malade. Elle fronça les sourcils, en signe de réflexion.

_ Mais dans ses boissons, ça doit être possible. Combien même il se plaint, il ne pourra jamais faire le poids devant une très grosse industrie en étant le seul à avoir un souci.

Le tout était de savoir quoi mettre, comment le faire et… Elle avait de sérieuses lacunes dans ce genre d’exercice. Apprendre à jouer aux échecs était peut-être plus simple. Elle reposa son regard sur Chase, de manière sérieuse.

_ Tu sais, pour ce que j’ai dit. C’est seulement que… Elle haussa les épaules. Il y a rien qui t’oblige à m’aider Chase, ce n’est pas sans risque.

On pouvait sentir une petite pointe d’inquiétude à l’idée de l’embarquer dans cette histoire. La dernière fois, il avait fini avec une balle dans l’épaule. Ok, peu de chances de voir les choses recommencer de cette manière mais, si quelque chose tournait mal, Charlie n’avait aucune envie de le voir avec un procès sur le dos ou une mauvaise publicité médiatique. Il était Chase Neutron-Grey, autant qu’il le reste le plus longtemps possible.
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Message posté : Sam 21 Sep - 0:31 Message
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Le jeune homme hocha sagement la tête, reléguant à regret son histoire de Monica Lewinsky porcine dans un coin de son esprit. Parfois, tout de même, le monde était mal fait. Il était persuadé qu’il aurait eu un talent fou pour écrire dans la presse à scandales. Une carrière peu digne d’un Neutron-Grey, il était vrai. Alors Charlie et lui, Charlie surtout, en revinrent à des considérations un peu plus traditionnelles et à des méthodes plus éprouvées et moins coûteuses sans doute. L’empoisonnement, par exemple.

Par prudence, comme la discussion prenait un tour de plus en plus concret et programmatique, Chase se mit à surveiller vaguement les esprits qui les entouraient, pour s’assurer qu’aucune oreille indiscrète ne venait surprendre cette conversation délicate. La dernière chose dont ils avaient besoin, c’était que quelqu’un éventât leur sinistre plan de provoquer d’abondants écoulements nasaux à un avocat incompétent.

Le mutant hocha de nouveau la tête quand Charlie souligna la nécessité d’avoir un certificat médical : Chase louvoyait trop volontiers entre les règles de l’UNISON pour être très familier avec cette chose si ennuyeuse qu’étaient les ressources humaines et la législation du travail. Hélas, il n’était pas expert en technologie : son domaine, c’était plutôt l’informatique. Construire un robot, il savait faire, cultiver des virus, c’était une autre histoire. À voix basse, il murmura :

— Je suis sûr que Tesla pourrait fabriquer un microbe approprié…

Il releva les yeux vers Charlie et précisa à tout hasard :

— Je ne compte pas lui demander, hein.

Même si Tesla n’était pas aussi psychorigide que beaucoup de ses collaborateurs le croyaient (ceci étant dit en toute confidence, bien entendu), Chase ne la voyait pas lui prêter main forte pour remettre un criminel en liberté en empoisonnant, même légèrement, un avocat. Il restait la solution de consulter les vastes bases de données d’ALEX, mais le jeune homme n’avait pas non plus une confiance absolue dans le super-ordinateur, trop lié à son oncle et à Tesla pour qu’il ne le soupçonnât pas de ne pas garder privées ses recherches.

Bref, il réfléchissait au même problème que son interlocutrice. Ce n’était pas les chimistes, les médecins et les généticiens qui manquaient dans ses connaissances, mais la plupart était réputée pour son honnêteté — c’était toujours le problème, quand on trainait avec des gens de l’UNISON. Il sortit néanmoins de ses pensées quand Charlie souligna les risques.

— Oh, tu sais, ça n’a pas l’air très dangereux…

Entre ses pouvoirs, son influence politique, son argent, ses relations et son statut à l’UNISON, Chase ne s’inquiétait guère des conséquences de leur plan somme toute mineur. Entre ce qu’ils prévoyaient de faire et une mauvaise plaisanterie entre collègues, il n’y avait somme toute pas une grande différence. Ils ne comptaient pas inoculer la variole à Luc, ni même interférer dans le bon déroulement du procès, bien au contraire.

Incidemment, Chase rajouta :

— De toute façon, après ce que tu as fait pour Ellis, c’est la moindre chose.

Cela faisait quelques jours que Chase n’avait pas évoqué le doux Ellis : malgré sa lettre, les choses n’avaient pas évolué comme il l’avait souhaité d’abord et leur relation s’était quelque peu refroidie. Mais cela n’ôtait rien à la reconnaissance qu’il avait pour Charlie.

— Peut-être qu’on devrait demander quelques conseils à des spécialistes…

Il y avait bien un ou deux assassins professionnels dans les cellules de l’UNISON, mais Chase soupçonnait leurs solutions d’être un peu trop définitives.

— Il y a un type… ou une femme, en fait, je ne sais pas, mais j’ai entendu parler de quelqu’un qu’on appelle l’Apothicaire. Il ou elle fournirait des drogues sur mesure, et des substances de toute sorte. C’est peut-être ce qu’il nous faut.

Ce genre de connaissances, derrière son visage angélique, surprenait toujours un peu, mais Chase était un agent de l’UNISON et il connaissait le milieu criminel, quoiqu’il fût en général de l’autre côté de la barrière. Depuis qu’il s’était engagé un peu plus sur le terrain, il avait réveillé de vieux contacts et formé de nouveaux arrangements, alors avec ses talents naturels de persuasion, il avait bon espoir de mettre la main sur ce fameux Apothicaire.

— Je connais un bar où l’on pourrait s’informer sur la question.

Il n’y avait jamais mis les pieds qu’une seule fois et accompagné d’un agent de terrain dûment entraîné, mais il était certain de pouvoir se fondre à nouveau dans la masse : se mettre en rythme avec ce que les gens attendaient était un jeu d’enfants pour lui, puisqu’il pouvait repérer et étouffer les suspicions. Comme capacité d’infiltration, on faisait difficilement mieux. Il détailla néanmoins Charlie et son tailleur d’avocate d’un regard.

— Néanmoins, il serait préférable peut-être que nous nous changions avant de partir dans ce genre d’expéditions.

Lui-même avait du reste un peu trop l’air d’un jeune décontracté pour ne pas détonner dans un bar à malfrats.

— Si tu veux, au Bigsby Building, on a une panoplie de déguisements.

Qu’est-ce qu’il n’y avait pas dans le Bigsby Building, je vous le demande ? Mais dans la mesure où la plus grande partie survivante de la famille Neutron-Grey travaillait pour l’UNISON et qu’il arrivait de toute façon que les enfants Neutron-Grey, Victoria surtout, voulussent jouir d’un peu d’anonymat malgré leur célébrité, il n’était pas très surprenant qu’ils eussent à leur disposition ce genre de matériel.

— Je suis sûr qu’on peut trouver ta taille.

Bon, en fait, il n’avait aucune idée de la taille que faisait Charlie : évaluer les formes féminines, ce n’était pas exactement son fonds de commerce. Mais les transformations physiques de Victoria les avaient conduit à acquérir toute une panoplie de vêtements féminins. Chase esquissa donc un sourire qui ne dissimulait pas entièrement l’enthousiasme éprouvé malgré tout à la perspective de cette nouvelle aventure.

— Alors ? Relooking ?

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Message posté : Sam 21 Sep - 3:43 Message
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Deux Neutron-Grey valent mieux qu’un. Ou pas. Elle n’avait rien à reprocher à Chase en particulier – ça va de soi – mais, dans la mesure du possible, elle préférait éviter un deuxième membre de la famille. Ça semblait, en tout cas, être le plus judicieux. Avec un seul, il lui arrivait déjà des trucs qu’elle ne pensait pas avoir à vivre un jour. Rappelons, qu’avant lui, elle ne s’était jamais retrouvée attachée sur une chaise. Alors, ne serait-ce qu’imaginer ce que ça pouvait être avec deux… Elle en était à penser à ce que pouvait donner un enlèvement par des extraterrestres pour une plâtrée de pates quand Chase estima que ça n’avait pas l’air dangereux.  

_ La dernière fois que j’ai entendu quelqu’un dire que la situation ne présentait pas tellement de danger, cette personne s’est retrouvée avec une blessure par balle. Mais, bien sûr, je ne dévoilerais aucun nom.

Elle haussa les épaules dans un sourire. Réflexion facile, elle en fut tout à fait d’accord mais, vrai. Il ne s’agissait pas remonter une piste d’individus très menaçants – quoi qu’il fallait voir Luc en colère – mais, si Charlie avait appris quelque chose avec Chase, c’était bien que les évènements ne se passaient rarement comme prévu. Ils n’étaient pas à l’abri d’une catastrophe naturelle – surnaturelle, surtout – qui pousserait tous les gens à boire le premier truc qui leur passait sous la main et, donc, à ingurgiter un poisson qui les clouerait au lit pour quelques jours.

Pour ce qui était d’Ellis, en un regard elle lui fit comprendre que ça ne devait pas entrer en ligne de compte. Elle avait fait son boulot. Coller une maladie, même mineure à un avocat, elle en était certaine, ce n’était pas le boulot de Chase. Ou alors UNISON avait une branche spécialisée dans ce domaine mais, elle doutait que ce soit le cas, pas avec ce genre de petite maladie du moins. Elle ne s’attarda pas plus que ça dans le rôle qu’elle avait pu jouer dans l’affaire Ellis, c’était si proche et si lointain à la fois.

Et l’entendre parler d’une personne sous un pseudo capable de créer des drogues sur mesure… Elle s’en étonna et, en même temps, elle se demanda bien pourquoi. Ce n’était, finalement, pas plus surprenant que le savoir agent de l’UNISON, ou meilleur mentaliste de l’époque. Peut-être même qu’il venait d’une autre planète. A croire que rien n’était impossible quand il s’agissait de ce Neutron-Grey en particulier… Elle ne connaissait pas les autres, cela dit. Est-ce que quelqu’un vérifiait les fréquentations de ce jeune homme, au moins ?

A la dernière question de Chase, l’avocate s’enfonça dans une réflexion intense, lèvre inférieure pincée. Quand elle en était à ce stade c’était qu’elle réfléchissait à cause d’une certaine culpabilité. Ils étaient, tous deux, des adultes consentant dans une histoire de crime mineur (quoi d’autre ?) mais, Charlie était la plus âgée – de si peu ! – et, de ce fait, elle en devenait responsable. Sa vie passée y était sûrement pour quelque chose dans ce foutu côté protecteur et responsable. Peut-être que mettre du temps à répondre lui donnait bonne conscience, parce qu’elle savait déjà ce qu’elle voulait… Mais, est-ce qu’elle le pouvait. Toc-toc, bonjour la morale.

Ses frères, ce sont eux qui avaient achevé de la convaincre. Il n’y avait, à ce jour, qu’eux pour qui elle pouvait perdre tous sens des responsabilités, de la morale et de l’éthique. Se faire prendre, perdre son boulot, n’avait aucune espèce d’intérêt à côté de ce qu’elle voulait pour eux. Seth n’en valait sûrement pas la peine mais, en plus d’être son frère, c’était lui qui avait toujours guidé tout le monde. Peut-être que sans lui, Jay s’en sortir mieux mais, elle en n’avait pas la certitude. Elle était partie, elle en connaissait les conséquences, elle ne pouvait pas laisser un de ses autres frères partir à son tour pour finir dans une cellule. En réalité, ce n’était pas Seth qu’elle voulait aider, c’était Jay. Ça avait toujours été lui, ça sera toujours lui.

Elle inspira sous une nouvelle volonté avec l’acquis, cette fois-ci, que tout allait bien être réel. Elle l’avait dit à Chase plus tôt mais, il faut croire qu’elle ne s’en était pas persuadée à 100%. Adieu la théorie du « qu’est-ce que je ferais si un dossier au nom d’un de mes frères débarquait au bureau ? ». De toute façon, la théorie ne servait qu’à engager la pratique. Charlie hocha la tête.

_ Relooking !

Et elle aurait aimé se dire qu’elle allait regretter cette décision mais, à moins que les choses ne virent au cauchemar, il était peu probable que ça arrive. Elle cessa de s’interroger trop longuement, et se dirigea vers la sortie du parc. Appeler un taxi, une main en l’air, ne fut pas bien compliqué. C’était le genre de réflexe qu’on apprenait très vite en débarquant dans une ville comme Star City. Et une fois dans la voiture, elle aurait pu passer tous les trajets à s’interroger sur le fameux Chase Neutron-Grey, celui qui, sans le vouloir avait changé pas mal de ses habitudes, et qui assez naturellement proposait des solutions qui pouvaient être douteuses.

Mais du haut de ses 21 ans, il demeurait une énigme, un véritable casse-tête dans lequel il était impossible de se retrouver. Parfois bien trop âgé pour son âge, parfois un peu l’inverse. Pouvant utiliser son pouvoir pour parvenir à quelque chose, sans l’utiliser pour retrouver la proximité de quelqu’un comme Ellis. Capable de beaucoup de choses mais pouvant se prendre une balle. Avec une image presque irréelle et, finalement, plutôt humain. En fait, il pouvait être tout et son opposé, difficile à suivre et à comprendre mais facile de lui accorder confiance.

Elle abandonna l’idée de le comprendre parce que, ça fonctionnait bien comme cela et parce qu’elle estimait n’avoir aucune chance de réussite. Ça ne la rendait pas moins coupable ou inquiète, sûrement pour ça qu’elle finit par tourner la tête dans sa direction.

_ Si tout se passe bien, et il n’y a pas de raisons que ce ne soit pas le cas, promis, je mets un ou deux dossiers de côté pour cette histoire d’opéra. Ça te va ?

Il y avait une forme de reconnaissance dans sa proposition face à l’aide qu’il voulait bien lui accorder. Il y avait aussi une part d’envie que les choses se passent sans accros. En fait, il y avait tellement de choses dans cette proposition. Elle ne s’était jamais imaginée aller à l’opéra. Mais, elle ne s’était jamais imaginé avoir Chase dans son bureau un jour et, encore moins, se retrouver dans cette voiture vers un immeuble qui avait, presque, quelque chose de sacré. Est-ce qu’elle devait faire un vœu en entrant dans le bâtiment pour la première fois ?
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Message posté : Sam 21 Sep - 9:08 Message
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Dans le taxi, Chase sentit le regard de Charlie se poser sur lui. Il le croisa un instant du sien, lui adressa un bref sourire et reporta son attention sur le paysage qu’il connaissait si bien, mais qu’il aimait toujours regarder : de la fenêtre d’un taxi, Star City avait quelque chose de plus calme, de plus lointain, que lorsqu’il en courait les rues, son badge de l’UNISON dans la poche. Dans un taxi, Star City devenait un spectacle en mouvement, un extrait de long-métrage cinématographique dans lequel il n’était pas trop impliqué.

Lui, il n’avait pas l’impression d’être difficile à comprendre. Il aimait les aventures. Il aidait ceux qui en avaient besoin. C’était simple, non ? En tout cas, c’était ce qu’il aimait croire. Cet enthousiasme à la fois détaché du monde et proche de ceux qui comptaient pour lui était aussi une bonne façade, un moyen de ne pas se poser trop de questions sur ses propres motivations, sur ses ambitions cachées et ses frustrations refoulées, sur ses rêves insatisfaits et ses pulsions inavouables. Chase mentait beaucoup, sans le vouloir, et surtout à lui-même — et ce mensonge était peut-être la part la plus fragile et la plus triste de son humanité.

À l’heure où les employés sortaient des bureaux, le taxi se mit à ralentir. Progresser de quelques mètres de feu en feu. Chase se contorsionna le cou pour regarder la longue file de voitures qui les précédait, et la longue file de voitures qui attendait derrière eux. Attendre dans les bouchons — attendre, en règle générale — il détestait cela. Il se retourna vers Charlie et esquissa un sourire amusé.

— Tu n’es pas obligée, hein. Cela dit, j’étais moi-même très réticent, au début. C’est la directrice de l’opéra Beaudrie qui est venue me parler dans un dîner de gala pour une association caritative. Elle en voulait surtout à mon portefeuille, évidemment, mais… Je me suis laissé convaincre. Un sacré changement dans mon univers musical, je dois bien l’avouer.

Si tant est qu’il eût réellement un univers musical à l’époque : Chase n’avait jamais été un très grand mélomane.

— Mais en fait, avec quelques explications, tu sais, pour comprendre l’histoire au moins, ce genre de choses, eh bien c’est assez… sympathique. Du moment qu’on ne commence pas avec des opéras trop longs.

Il était lui-même toujours un peu réticent à se lancer dans une œuvre wagnérienne, de peur de s’endormir sur son siège après les trois premières heures. Le Götterdämmerung était donc encore une perspective un peu lointaine dans l’initiation musicale du jeune homme.

— Tiens, par exemple, ils vont bientôt donner The Turn of the Screw, c’est bien, ça. En plus, c’est écrit à partir d’une nouvelle de James, tu sais.

C’est fou, tout de même, que Star City eût ainsi une programmation voisine de l’Opéra de Lyon, cette année-là. Probablement une troupe en tournée. Bref, Chase aurait pu vanter encore longtemps les mérites de l’opéra de Star City, mais le taxi, qui avait trouvé une brèche, s’était finalement rangé devant le Bigsby Building et Chase glissa quelques billets au chauffeur avant de descendre.

Le bâtiment attirait toujours quelques curieux. De touristes en photographiaient ce soir-là la façade en s’interrogeant sur les secrets qu’elle pouvait recéler. Ils ignoraient que la façade les photographiait en retour, pour tenir un fichier des curieux, pour le cas où les curieux devinssent un peu trop curieux et qu’il fût nécessaire de croiser leur visage avec la base de données de l’UNISON. Dans les cas vraiment critiques, par exemple quand le curieux se promenait avec un bazooka, le Bigsby Building allait jusqu’à collecter quelques données biométriques plus précises.

— On va passer par une porte dérobée, ce sera plus discret.

Chase contourna donc le bâtiment pour s’arrêter devant une petite porte métallique, pour les entrées de service ou le local à poubelles en apparence. Il tapota trois fois sur une brique à côté de la porte, qui se retourna pour révéler un… On ne savait trop quoi. Une sorte d’écran tactile. Chase y appliqua sa main, ses empreintes complètes furent scannées et la porte coulissa dans le mur. Les deux compères rentrèrent donc dans le Bigsby Building.

Qui ressemblait pour l’heure à un couloir. Le couloir menait à l’ascenseur et dans l’ascenseur, Chase déclara à voix haute :

— ALEX, j’ai une invitée.
— Un instant…

La voix de l’ordinateur était sortie de nulle part. Après quelques secondes de silence durant lesquelles Chase adressa un sourire aussi rassurant que possible à Charlie, ALEX déclara de nouveau :

— Bienvenue au Bigsby Building, Maître Lane ! Veuillez ne pas toucher les convecteurs de flux atomiques dans la salle 751, ils sont en réparation.

Après ce judicieux conseil et une fois que le doigt de Chase eût pressé l’un des boutons tous identiques et sans numéro encastrés dans l’ascenseur, ils montèrent de quelques étages et les portes se rouvrirent sur un nouveau couloir, bien pus chaleureux que le premier. Il semblait principalement destiné à accueillir une série de tableaux de l’école flamande, récoltés par le père de Chase au gré des aventures.

L’avocate le mutant parcoururent quelques portes, puis Chase poussa une nouvelle porte, appuya sur l’interrupteur et éclaira une salle qui ressemblait au service des costumes d’un théâtre — avec des vêtements généralement un peu plus contemporaines. Il devait y en avoir des centaines et, le long de l’un des murs, une rangée de maquilleuses — je parle du meubles, évidemment, les Neutron-Grey n’entreposant pas de personnes vivantes chez eux.

— Il paraît que mon père disait toujours qu’il valait mieux se fondre dans la foule que d’agir brusquement. Il présentait cela comme un art du théâtre, je crois.

C’était bien la première fois que Chase évoquait l’un de ses parents et de toute évidence, il n’avait pas l’air très sûr de ce qui était vérité ou légende à propos de son père.

— Bref, il est toujours utile de se fondre dans la foule. Particulièrement quand on explore d’autres hm…

Évoquer la porte dimensionnelle qui attendait sous haute surveillance dans un autre coin du bâtiment n’était sans doute pas une riche idée.

— …milieu.

Chase contempla l’ensemble des costumes.

— Fut-un temps, c’était à peu près classé, mais là, je crois qu’il va falloir un peu fouiller. Mais en gros, là, c’est pour les dames et là, pour les messieurs. Bon courage.

Et lui-même abandonna son blouson sur le dossier d’un fauteuil, devant une maquilleuse, pour se perdre derrière une rangée de vêtements, à la recherche de ce qui le rendrait méconnaissable.
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Message posté : Sam 21 Sep - 15:00 Message
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L’opéra Beaudrie, le nom lui évoqua quelque chose alors, par la faute d’une déformation professionnelle, elle chercha dans sa mémoire une affaire qui aurait pu l’impliquer l’endroit. Avant qu’elle ne soit capable de trouver une accusation contre ou par cet endroit, elle stoppa ses pensées pour poser un regard qui demanda une certaine clémence à Chase. Non, elle ne se sentait pas obliger mais, s’il ne tenait pas à la voir changer d’avis, pas la peine de lui apprendre qu’il pouvait y avoir des opéras longs, ni même qu’il y avait besoin de savoir comment comprendre les choses. Personne ne fournissait d’oreillettes à l’entrée, comme dans les musées, pour apporter une traduction en temps réel ?

Elle secoua la tête. Non, elle ne savait pas. En fait, elle ne s’était jamais réellement renseignée sur l’opéra, ce qui s’y jouait et les personnes qui avaient pu être les auteurs de nouvelles retranscrites. Même le nom de James ne lui parla pas, peut-être que si l’Américain voyageur, avait cru bon finir ses études de droits, elle aurait eu le loisir de hocher la tête positivement. Charlie plaidait, facilement, coupable de son ignorance totale à ce monde qui lui paraissait lointain. L’avocate ne changeait rarement d’avis quand une décision était prise mais, pour l’heure, elle évita soigneusement de poser plus de question pour ne pas s’effrayer elle-même. L’opéra, quelle drôle d’idée !

Jetant un œil aux photographes amateurs et curieux, ou professionnels et à la recherche d’un scoop, elle suivit Chase sans la moindre résistance. Pas étonnant de savoir qu’il pouvait exister plusieurs entrées, elle était même certaine qu’il devait en exister qui n’apparaissaient sur aucun plan, juste pour leur permettre de sortir – ou fuir ? – en toute discrétion. Chase avait besoin d’incruster sa main dans un lecteur pour entrer. Chez Charlie, un bon coup d’épaule devait suffire à faire céder la porte. Deux mondes bien différents. Un regard interrogateur monta sur Chase quand elle fut annoncée à une voix robotique. Sérieusement ?! Elle s’attendait presque à voir surgir un majordome au prénom d’Alfred qui viendrait demander à Chase comment s’était déroulé sa petite virée. Elle leva légèrement les mains, innocente à souhait.

_ Je crois, que je vais m’en passer.

Convecteur de flux atomique. Mais, qui avait ça chez lui ? Et puis comment un truc qui n’était pas palpable pouvait savoir qui elle était ? Pas certaine de vouloir des réponses, elle préféra s’abstenir de toutes questions. Probablement mieux. N’empêche que, parfois, les habitudes avaient la vie dure. Si Charlie regardait autour d’elle, ce n’était pas en disant que l’endroit était impressionnant, que tel ou tel tableau était magnifique. Non, en fait elle s’imaginait la tête que feraient ses frères s’ils étaient rentrés dans un immeuble comme celui-là un jour. Il y avait sûrement de quoi les mettre à l’abri du besoin pendant, quoi ? Les 10 prochaines vies ? Bon, évidemment, elle ne comptait pas voler Chase, ça lui semblait même être parfaitement inconcevable… Heureusement qu’elle n’était pas clepto.

Elle entra dans la pièce et son regard parcourra l’ensemble dans un étonnamment qui n’eut rien de feint. Quand Chase avait dit avoir des trucs pour se changer, elle imaginait quelques vêtements et accessoires, pas un truc qui devait faire 6 fois sa garde-robe. Elle ne savait pas si le père de Chase avait raison mais, il était clair qu’il y croyait dur comme fer pour que la famille amasse autant de vêtements.  Hors propos vestimentaire, elle nota bien ce que venait de dire Chase, à propos de son père qu’apparemment il n’avait pas suffisamment connu, pour l’entendre de lui-même. A croire que, malgré deux mondes bien différents, il y avait un schéma commun chez ses deux personnes. Sauf que pour Chase, son père était hautement plus respecté et respectable. Elle détacha son regard des vêtements pour regarder Chase dans un sourire.

_ D’autres milieu, hein ?

Elle secoua la tête dans un sourire en s’avançant vers la section qui était supposée l’aider. Sa main attrapa un chapeau qui lui rappelait son enfance, elle le posa sur sa tête avant de se retourner vers une coiffeuse, plissant les yeux à la manière d’un vieux western. Oui, un rien était capable de l’amuser à en juger par son sourire.

_ C’est quoi comme genre de bar ?

Elle s’était retournée vers les vêtements les parcourant un à un, en se demandant l’intérêt d’un vêtement à trois bras. Elle passa au suivant, préférant éviter de se poser trop de questions.

_ Un conseil à donner pour le genre de vêtements à avoir là-bas ?

Rappelons qu’elle était avocate, que l’infiltration ce n’était pas tellement son domaine de prédilection. Il lui était arrivé de jouer la comédie, surtout dans quelques coups avec ses frères à Houston mais, hormis ça… Enfin, elle n’avait jamais cherché à passer pour quelqu’un d’autre pour avoir des informations. Chase, en revanche, avait l’air d’en savoir un peu plus à ce sujet. Le truc c’était qu’il n’avait pas donné beaucoup d’informations sur ce bar. Ça pouvait être le repaire à malfrats puants et aux dents douteuses, comme ça pouvait être le repaire à malfrat plus classes et distingués au sourire Colgate. Les pires selon elle.

_ Euh, Chase ? Quel genre d’infiltration se fait dans cette tenue ?

Elle leva un cintre sur lequel était posé un vêtement, fait d’une seule pièce, en cuir des pieds au cou… Ou du décoté parce que ça ne devait pas recouvrir beaucoup au niveau du coup, en réalité.
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