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On croit que c’est fini et… #Chase NG

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Message posté : Jeu 12 Sep - 14:54 Message
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L’affaire Ellis Ottershire était finie. Les charges contre Ellis, qui n’avait pas commis le braquage de l’épicerie – quelqu’un en doutaient ? -, avaient été abandonnées contre son aide sur ce qu’il savait de Jake et sa bande, et de la salle de jeux clandestine à la Fremont Street. Ellis ne savait pas grand-chose en réalité, ne permettant de mettre hors circuit que la bande de GrosBras1-2 et 3, et de faire fermer la salle et son propriétaire. Juste une salle, juste un sous-fifre. Pas tellement de quoi se réjouir à ce niveau-là, Charlie n’avait pas les armes nécessaires pour faire grand-chose de plus. A la police de faire son enquête pour creuser plus loin. L’important, pour elle, c’était surtout qu’Ellis retourne chez lui, qu’il puisse essayer de s’occuper de son frère et que les choses puissent rentrer dans l’ordre. Tout ce qu’avait cherché à faire Ottershire, c’était d’essayer de protéger son frère. Une attitude que Charlie ne pouvait pas blâmer.

L’avocate avait retrouvé ses dossiers, loin d’un certain Neutron-Grey qui l’avait traîné plus loin qu’habituellement. Ce qui n’était pas fait pour lui déplaire.

_ Hey, Lane ?

En réalité, il y avait des choses dont elle se passerait très bien. Une personne surtout. Une pile de dossiers dans les bras, elle avait s’était retourné pour se retrouver face à Luc qui commençait de plus en plus à lui taper sur le système d’ailleurs, surtout depuis qu’il avait la charge d’un dossier au nom du frère de l’avocate.

_ Parait que t’as eu un Neutron-Grey dans ton bureau l’autre jour.
_ J’ai eu un tas de dossiers ces derniers temps.
_ Il serait venu me voir, tu sais, son pote je l’aurais fait sortir beaucoup plus vite que toi.

Il aurait surtout conseillé d’user de son nom pour pouvoir faire un peu pression et permettre une liberté plus rapide à Ellis… Dans le fond, il avait probablement raison mais, à chacun sa façon de voir les choses. Dans un soupir, sans trouver de raison valable de lui répondre, elle s’était apprêtée à partir quand il l’avait à nouveau interpellé.

_ Y a un type qui est passé ce matin, le genre de type louche. Tu dois voir de quoi je veux parler, un peu comme tes frères. Il voulait savoir qui avait eu en charge cette affaire. Je me suis dit que c’était un de tes amis alors, je lui ai donné ton nom. Tu n’y vois pas d’inconvénient ?
_ Luc ? Tu n’es qu’un abruti, tu le sais au moins ?

A défaut de pouvoir le faire elle-même, l’idée que laisser Jay lui refaire la mâchoire lui avait traversé l’esprit avec une certaine satisfaction. Au lieu de ça, elle s’était contentée d’un soupir avant de retourner sur son bureau, en repensant à ce qu’il venait de lui dire. Elle ne mentait pas, Luc était réellement un abruti.

En pleine après-midi, on était venu lui déposer une lettre qu’elle avait laissée sur le bord de son bureau, plongé dans un autre dossier. Finalement, elle avait oublié son existence pour s’en souvenir vers 17h après avoir replié une autre affaire sur laquelle elle travaillait. Juste une lettre, juste quelques mots. Tout se paye. Honnêtement, sur le coup, elle avait pensé à Luc, bien son genre. Mais, quand elle s’était retrouvé dans son bureau en lui disant d’arrêter ses conneries, l’air étonné qu’il avait sur le visage n’avait rien de surjoué. Ça devait être à ce moment qu’elle avait commencé à voir un peu plus loin.

Charlie était à nouveau sur son fauteuil, devant son bureau, à essayer de trouver une explication. Vu les affaires de ces derniers temps, elle devait bien admettre que la seule qui pouvait avoir une certaine importance, était celle d’Ellis. C’est à lui qu’elle avait passé son premier appel mais il était demeuré sans la moindre réponse. Elle s’était rassurée en se disant que ce n’était probablement rien, qu’Ellis devait être en cours ou à son boulot, il avait tout un tas de raisons pour ne pas répondre.

Mais, ça l’avait tracassé plus qu’elle ne voulait bien l’avouer et, finalement, en attrapant son portable c’est à Chase qu’elle avait envoyé un message pour lui demander s’ils pouvaient se retrouver dans un café du centre. Quitte à le déranger, elle n’allait pas lui faire traverser toute la ville non plus. En réalité, elle culpabilisait un peu de devoir le déranger, surtout pour quelque chose qui ne devait pas avoir une grande importance. Mais, Charlie avait un affreux doute et, elle était incapable de s’en débarrasser.

Elle avait attrapé sa veste, dans laquelle elle avait glissé la lettre qu’elle avait reçue. En quittant les lieux, après avoir assuré qu’elle était joignable sur son portable, elle alla directement au café, point de rendez-vous qui avait été accepté. Assise à une table, un peu en avance, elle commençait sérieusement à douter du fait que tout ceci soit une bonne idée. Chase lui laissait un avis assez contradictoire, entre ce qu’elle pensait des gens comme lui – tout le monde à ses préjugés – et la manière dont il avait agi lors de l’affaire Ellis. Il n’avait jamais cherché à faire appui grâce à son nom, elle ne pensait pas qu’il s’était amusé à entrer dans la tête de tout le monde pour faire voir l’étendue de ses pouvoirs – hormis avec les trois types -, encore que, sur ce dernier point, elle devait surtout lui faire confiance car rien ne lui assurait qu’il n’avait pas été cherché des infos à droite et à gauche. En fait, loin des préjugés qu’elle pouvait avoir, Chase avait surtout voulu aider un ami à lui. Qu’est-ce qu’on pouvait reprocher à quelqu’un comme ça ?

Dans le fond, elle devait surtout craindre qu’il ne pense qu’elle utilisait son numéro de téléphone pour tout et rien à la fois. Ce qui n’était pas le cas, elle voulait juste s’assurer d’un point concernant la lettre qu’elle avait reçue et savoir s’il avait des nouvelles d’Ellis – qu’elle n’avait toujours pas réussi à joindre malgré ses quelques tentatives.  D’ailleurs, elle attrapa son téléphone pour voir si Ellis n’avait pas cherché à la recontacter mais, hormis quelques mails du bureau, rien à ce niveau-là.
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Message posté : Jeu 12 Sep - 16:54 Message
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Soupir. Un gros soupir malheureux. Allongé sur le ventre, sur son lit, les coudes enfoncés dans le matelas, le menton enfoncé dans ses mains, Chase regardait le profil Facebook d’Ellis. Soupir. Gros soupirs malheureux. Ellis était sorti de prison, il était même sorti de prison grâce à lui et, pour être tout à fait honnête, Chase s’était attendu que son aide providentielle, une fois reconnue par son ami, fit un peu évoluer la nature de leur relation. Mais Ellis avait été très clair.

Ou plutôt, il avait été incompréhensible. Parce que Chase ne comprenait pas, non il ne comprenait pas que son ami avait éprouvé une honte écrasante en songeant que le Neutron-Grey avait découvert tous les détails peu glorieux de son existence et que cette honte, plutôt que de l’affronter, plutôt aussi que de mettre Chase dans de nouvelles situations dangereuses, Ellis avait préféré la pousser avec la poussière sous le tapis et ne plus en entendre parler. Depuis la résolution de l’affaire, les messages de Chase se heurtaient donc à des réponses embarrassées et froides, à base de « Je dois m’occuper de mon frère » et de « Je révise ».

Alors Chase regardait les photographies du profil d’Ellis, avec la crainte sinistre de trouver, au détour d’un album, la belle bouche du doux Ellis pressée sur les lippes dégoûtantes d’un croupier de seconde zone. Heureusement, rien de tel : il y avait essentiellement des photographies de clubs étudiants. Maigre consolation : loin de lui, Ellis n’avait pas l’air de mener une vie trépidante. Soupir. Gros soupirs malheureux. Chase attrapa son téléphone : il était temps de se rendre au rendez-vous.

Il ne s’était pas étonné quand l’avocate lui avait demandé un rendez-vous, pas plus qu’il n’avait hésité pour répondre. Il devait une fière chandelle à Charlie et pas seulement pour la libération d’Ellis : pour lui avoir, aussi, ouvert les yeux sur les privilèges qui étaient les siens, pour lui avoir permis de participer à l’enquête, bref, pour avoir assuré une petite partie de son éducation. Consciencieuse comme elle l’était, elle voulait sans doute prendre des nouvelles — et elle en aurait peut-être d’Ellis. Peut-être de nouvelles photographies.

Gros soupir.
Gros soupirs malheureux.

Chase abandonna donc son lit pour se prépare et ne pas avoir tout à fait l’air d’un adolescent dépressif que le beau gosse du lycée refusait de regarder, même après qu’il s’est fait tatouer son prénom sur les pectoraux et, une fois présentable, il quitta le Bigsby Building, attrapa un taxi et descendit, quelques minutes plus tard, devant le café qu’avait choisi Charlie. Il leva les yeux : le ciel s’était couvert et les nuages amoncelés, gris, en annonçant la pluie, donnaient un air de soirée précoce et hivernale à la fin d’après-midi.

Un frisson parcourut l’échine de Chase. Il l’attribua à cette atmosphère un peu sinistre, sans se rendre compte qu’il venait de l’esprit de l’homme, sur un banc en face du café, qui le regardait fixement. Le jeune homme poussa la porte d l’établissement et, sans prendre la peine de parcourir les tables des yeux, parce qu’il avait déjà repéré mentalement la présence de l’avocate, il traversa la petite salle chauffée et s’assit en face de Charlie.

— Bonjour, Maître. Pardon, je veux dire : Charlie.

Il lui adressa un petit sourire tout de même un peu triste, avant de reporter son attention sur la diligente serveuse qui était venue prendre sa commande et qui le regardait fixement, comme le faisaient parfois les gens qui le « reconnaissaient », c’est-à-dire qui savaient plus ou moins qu’il était connu, tout en ignorant et son nom, et les raisons de sa célébrité.

— Je vais prendre un chocolat chaud.

Ce n’était pas très viril, mais la température s’était rafraichie et il avait besoin de sucre, pour panser les blessures de son cœur trop sensible. La jeune fille hocha la tête, disparut et Chase reporta son attention sur Charlie. Ce fut à ce moment-là qu’il comprit que l’avocate ne l’avait pas appelé pour discuter de la vie comme elle allait et du beau temps, qui était mauvais. Soit qu’il le sentît grâce à son pouvoir, soit qu’il eût repéré, comme n’importe qui, les signes de nervosité chez Charlie, il fit doucement remarquer :

— Ça n’a pas l’air d’aller…

Et pour éviter d’ajouter la paranoïa à la nervosité bien palpable de Charlie, il précisa :

— Je dis cela, parce que ça se voit, pas parce que j’ai…

Il ne termina pas sa phrase : elle savait très bien de quoi il voulait parler. La toujours diligente serveuse revint avec son chocolat chaud, préparé aussi vite que possible, parce qu’à défaut d’en savoir plus sur sa célébrité, elle savait qu’il était célèbre et cela, n’est-ce pas, ça pouvait toujours servir. Peut-être qu’il était invité à des soirées où l’on rencontrait des producteurs de films. Quelque chose comme cela.

Chase lui adressa un sourire distrait en réglant sa consommation et posa ses mains sur la tasse brûlante pour se réchauffer un peu. Il était partagé entre l’envie de harceler sans attendre Charlie pour avoir des nouvelles d’Ellis et la courtoisie qui le poussait à s’enquérir d’abord de ce qui pouvait bien tracasser l’avocate. La seconde fut finalement plus forte que la première.

— Si vous avez un problème, je peux peut-être vous aider…

En attendant, de l’autre côté de la rue, l’homme à l’aspect patibulaire qui faisait semblant de lire son journal sans jamais dépasser la section de politique internationale replia l’édition du soir, sortit un téléphone, composa le numéro et porta l’appareil à sa bouche :

— Je les ai là. Elle et le blondinet.

Une voix lui répondit et il eut l’air un peu incertain.

— Oui, enfin, c’est un Neutron-Grey. C’est pas que j’ai peur, mais vous savez, chef, on est jamais trop prud…

Il laissa échapper un soupir et conclut :

— Alors je continue à les suivre.

Et il recommença à lire la section de politique internationale. En se disant que, décidément, il se faisait trop vieux pour ce genre de choses.
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Message posté : Jeu 12 Sep - 17:49 Message
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_ Bonjour.

Elle releva la tête, enfonçant son téléphone dans la poche de sa veste, avec un sourire réservé. Si Chase était capable de la retrouver dans la salle d’un café, Charlie, de son côté, restait toujours aussi incapable de savoir ce qui pouvait se passer dans sa tête, et la considération qu’il pouvait lui porter. Elle avait été la première étonnée de le voir aussi accepter ce rendez-vous prit à la dernière minute. La vie d’un Neutron devait être palpitante et très occupée, non ? Une vie, cependant, qu’elle préférait lui laisser. Ça devait être insupportable de voir toujours des gens vous regarder comme s’il cherchait d’où ils vous connaissaient. Les choses évolueraient sûrement mais, dans l’immédiat, elle se portait bien mieux dans son bureau que dans ce genre de vie qu’elle ne connaissait pas.

Avec un sourire, plus gentil que réellement suspect, elle l’interrogea du regard. Un vrai livre ouvert cette avocate. Son sourire se fit un peu plus amusé quand, Chase refusa de finir sa phrase. En même temps, elle était là, à se triturer un peu les doigts ou à faire tourner sa tasse de café entre les mains. Pas étonnant qu’on puisse lui trouver un air un peu étrange. Elle ne sut pas réellement si elle devait être contente, gênée ou surprise qu’il propose aussi spontanément son aide alors, ce fut un mélange de tout ça qui s’exprima sur son visage. Dans son esprit, c’était surtout Ellis qu’elle avait aidé, pas tellement Chase. Elle lui avait permis de venir, certes, mais elle l’avait aussi demandé de ne rien faire de ses capacités alors que cela aurait accélérer les choses.

Elle nota, cependant, qu’il lui demandait ce qui n’allait pas, et non qu’il le savait déjà. Considération à prendre quand, en face, ce trouve celui qui est considéré comme l’un des –le- meilleurs mentalistes de la génération. Et combien même il savait ce qu’elle pensait – possibilité difficile d’exclure à 100% - elle apprécia qu’il n’en fasse pas étalage.

_ En fait, ce n’est sûrement rien, mais…

Stupide petite Charlie, annoncer les choses telles qu’elle les pensait n’était pas si compliqué que ça. Se dire que chez les Lane on ne demandait pas d’aide n’était même pas une excuse. Elle voulait juste se renseigner. Elle lâcha sa tasse de café.

_ Je me demandais si vous aviez eu des nouvelles d’Ellis

Qui n’étant plus son client avait gagné un peu de proximité qui passait par un prénom. Et, bien évidemment, elle était loin de se douter que le sujet pouvait être sensible, sinon, elle s’y serait prise d’une autre façon.

_ J’ai essayé de le joindre plusieurs fois dans la journée mais, c’est resté sans réponse.

De le dire, de cette manière, elle trouvait ça presque risible. Voir même un peu flippant. Pourquoi une avocate chercherait absolument à joindre un ancien client ? Et, ce qu’elle ne voulait surtout pas, c’était d’inquiéter Chase qui, pour elle, était resté proche d’Ellis.

_ Il est probablement en train de travailler ou en cours.

C’était une question indirecte, la manière dont elle avait posé son regard sur Chase voulait dire : donne-moi son emploi du temps, s’il te plait. Et elle allait lui parler du mot, lui expliquer pourquoi elle cherchait à le joindre, lui dire que c’était juste pour s’assurer que tout allait bien mais, une image lui remonta au cerveau. Celle de Chasse arrivant, dans un sourire qui n’avait rien des plus joyeux. Super, elle était là, à parler d’un truc qui n’avait probablement pas la moindre importance, sans même se soucier de ce que lui pouvait avoir. Si elle était du genre à se frapper elle-même – et ce n’était pas le cas -, c’est ce moment-là qu’elle aurait choisi pour se mettre une baffe devant aussi peu de considération. Elle afficha un sourire navré.

_ Je suis désolée, elle secoua un peu les mains pour effacer ce qui venait d’être dit. On recommence.

Dans un sourire plus avenant, celui qu’elle aurait eu si cette lettre reçue ne l’avait pas inquiété, elle se concentra un peu plus sur Chase.

_ Quelque chose ne va pas ?

Pas besoin de préciser qu’elle n’avait aucun talent en télépathie, il était très bien placé pour le savoir. Mais c’est en posant la question qu’elle se demanda si, par hasard, lui aussi n’avait pas reçu quelque chose. Elle préféra ne pas poser la question, il y avait sûrement une explication plus terre à terre. Ce genre d’explication existait réellement avec un Neutron-Grey ?

Pour l’homme, assis avec son journal, l’endroit n’était pas des plus idéals, trop de passage, trop de témoins potentiels. Il commençait aussi à en avoir un peu marre de sa page et, espérait que les deux allaient rapidement se décider à sortir pour aller dans un coin plus tranquille. Connerie que d’avoir accepté ce boulot, un Neutron-Grey ! Heureusement qu’il avait deux/trois personnes qui lui devaient un service et qui ne pourraient pas lui refuser un coup de main.
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Message posté : Jeu 12 Sep - 18:28 Message
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Dans la ville, en dehors de l’UNISON et du cercle restreint de sa famille, ceux qui étaient capables de le reconnaître ne lui demandaient pas « ce qui n’allait pas ». C’eût été présumer qu’on était capable de régler les problèmes qui laissaient un Neutron-Grey impuissant et, en général, ce genre de problèmes, on préférait s’en tenir éloignés. Chase avait très tôt compris que son statut social, au sein de Star City, le forçait dans une position qu’il était loin de trouver toujours agréable : celle du héros sans peur et sans reproche, qui ne doit surtout pas se plaindre.

Alors, désormais, c’était pour lui devenu un réflexe. Il n’avait pas songé que ses petits problèmes d’adolescent sur le tard pussent le moins du moins intéresser Charlie et tout ce qu’il avait vu, c’était une honnête citoyenne en détresse, qui avait peut-être besoin de son aide. Alors il avait proposé son aide. C’était comme ça que les choses marchaient, c’était ce qu’il avait appris, depuis la première apparition de ses pouvoirs, depuis toujours, pour ainsi dire.

Ce fut donc avec virilité et héroïsme que Chase fixa sa tasse de chocolat chaud en écoutant Charlie, pour ne pas avoir l’air dévasté par la seule mention du nom d’Ellis même si, bien sûr, dévasté, il l’était — comme s’il avait eu seize ans et qu’il avait vu le garçon populaire du lycée… Bref. Il souffrait. Qu’Ellis ne donnât pas de nouvelles à Charlie, cependant, ne le surprît pas beaucoup : si le jeune homme l’envoyait paître lui, il ne voyait pas de raison pour qu’il en fît autrement avec celle qui avait pris part à sa libération.

Il se mit donc à préparer une réponse neutre pleine d’héroïque indifférence pour les vicissitudes sentimentales du doux mais ingrat Ellis quand Charlie déjoua ses nobles projets en lui posant une question directe avec un ton dont la douceur lui rappelait un peu celle de Tesla. Chase releva les yeux, se mordit la lèvre, haussa les épaules et, en bon garçon qu’il était, finit par dire :

— C’est rien.

Sauf que ce n’était pas rien, évidemment, et ça se voyait. Avaler une gorgée de chocolat brûlant et tenter de ne pas avoir l’air de souffrir alors qu’il venait de se brûler la langue n’arrangeait rien à l’affaire : décidément, cette journée était affreuse. Il reposa la tasse, avec un soupir de compassion pour ses papilles rôties et finit par avouer :

— C’est Ellis. Il ne veut plus me voir. Je crois.

Il n’était pas sûr, parce que les garçons, croyez-en son expérience, c’était compliqué. Il avait toujours l’impression de faire les choses mal et, au-delà des premières nuits, tout changeait. Bien sûr, il ne se rendait pas tout à fait compte que la plupart de ses éphémères conquêtes n’avaient qu’une ambition, passer une nuit avec un Neutron-Grey, et certainement pas construire une relation durable. Sauf Ellis, qui lui était incompréhensible de bout en bout.

Chase haussa les épaules — encore. Une manière de conjurer le mauvais sort.

— Il trouve toujours des excuses pour ne pas me voir. Des excuses pas très convaincantes. Comme s’il ne pouvait pas dégager une heure pour moi.

Du bout de l’ongle, Chase grattait l’emballage du carré de sucre, sur la soucoupe de la tasse.

— Je ne sais pas, je pensais qu’après ce qu’on avait fait pour lui, il serait… Plus ouvert, ou, ou…

Chase se rendit compte que sa phrase pouvait suggérer qu’il n’avait aidé Ellis que pour le mettre dans son lit, alors il précisa :

— …je veux dire, ce n’est pas pour cela que j’ai essayé de le faire sortir de prison, mais c’est juste, je pensais…

Il acheva dans un soupir et conclut un peu amèrement :

— Je ne sais pas ce que j’imaginais. C’était idiot de ma part.

Puis il résuma les choses d’une manière pour le moins surprenante :

— De toute façon, il est trop bien pour moi.

Oui, le Neutron-Grey surpuissant qui vivait dans un immeuble privé hyper-technologique en plein centre de la ville et que l’on reconnaissait au supermarché estimait que l’humain logé dans une maison miteuse des bas quartiers et qui venait de sortir de prison était trop bien pour lui. Mais Ellis n’était-il pas parfait et lui n’était-il pas, en comparaison, bien fade ? Soupir. Gros soupir de malheur.

Chase essaya de chasser ces noires pensées, releva les yeux et, d’un ton aussi dégagé que possible, reprit :

— Enfin, ce sont mes histoires, ça n’est pas très intéressant. Je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter pour lui : il a cours toute la journée et après il travaille. Il ne répond jamais vraiment au téléphone, du coup, mais il envoie des messages, après, au milieu de la nuit. Mais c’est gentil à vous de vous inquiéter pour lui.

Ou alors c’était normal, Chase ne savait pas très bien : il n’avait pas d’autres relations client-avocat en tête pour lui servir de point de comparaison, alors il se contentait de mettre cette nouvelle attitude de Charlie sur l’impression générale qu’il avait déjà d’elle. Si toutefois elle faisait cela avec tous ses clients, elle devait passer un temps considérable au téléphone.

Chase souffla sur sa tasse de café avant de la porter à nouveau à ses lèvres puis, après être sorti sain et sauf de cette deuxième gorgée, il interrogea une nouvelle fois :

— Mais pourquoi vouliez-vous lui parler ? Il y a un problème avec son affaire ? Je croyais que tout était réglé.

Bien sûr, l’éventualité qu’il eût mal compris n’était pas du tout improbable : il avait un peu perdu le fil entre les trois ou quatre audiences différentes, les procureurs, les assistants du procureur, les juges qui n’étaient pas toujours les mêmes et les différentes motions. Mais enfin, il se souvenait, en gros, que Charlie lui avait dit que, désormais, Ellis ne risquait plus rien : innocenté pour le braquage qu’il n’avait pas commis et immunisé contre le jeu illégal.
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Message posté : Jeu 12 Sep - 22:35 Message
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Une histoire de garçons. Il existait donc des explications bien terre à terre dans le monde d’un Neutron-Grey, qui ne soit pas en rapport avec une quelconque invasion ou d’un super en soif de destruction. Chase lui apparaissait un peu plus humain parce que, même si elle n’avait rien à lui reprocher, elle restait toujours un peu formatée par l’image des médias. C’était presque inconscient. Chase avait les mêmes préoccupations et les mêmes problèmes que la plupart des gens. Ça avait quelque chose de rassurant, qui le rendait un peu plus comme Monsieur ToutLeMonde. Aux yeux de l’avocate, ce n’était pas une critique, bien au contraire.

_ Je suppose que ça doit être compliqué pour lui.

Supposition, toujours. Une déformation professionnelle, ne jamais laisser penser qu’on est sûr de quelque chose si ce n’est pas le cas. Ça évite les mauvaises surprises et les Mais vous aviez dit que…

_ Beaucoup de personnes préfèrent choisir la manière et le moment où ils dévoileront un peu plus de chose sur eux, encore plus quand ils n’en sont pas tellement fiers.

Elle ne parlait pas tellement d’histoire de cœur mais de la fierté que les gens pouvaient avoir, de leur envie de contrôler les informations filtrant sur eux. Elle avait été la première, en comprenant que son ancienne voisine entendait toutes ses disputes avec Scott, à être des plus gênées et à préférer l’éviter. Ce n’était pas qu’elle la détestait, c’était seulement compliqué de composer en sachant que quelqu’un connaissait ce qu’elle voulait cacher.

Elle ne trouvait pas que c’était idiot de la part de Chase d’avoir pensé que les choses seraient différentes. C’est seulement que les deux jeunes hommes ne voyaient pas les choses de la même manière. Chase voulait aider, c’était là son but. Ellis se voyait découvert. Enfin, Charlie n’était pas une experte en relation, elle était même un très mauvais exemple et ne pouvait pas réellement se permettre de faire le moindre commentaire. Mais que Chase puisse penser qu’Ellis était trop bien pour lui… Honnêtement, il monta d’un cran dans l’estime de l’avocate – pour ce qu’on en avait à faire – parce qu’il ne comptait pas en terme de moyen mais de personne. Charlie, accompagnée de ses clichés stéréotypés, avait encore un peu de mal que quelqu’un comme Chase puisse penser de cette manière alors qu’il l’avait prouvé en voulant aider Ellis.

Ce n’était pas vraiment à elle de juger qui valait mieux que l’autre, sans compter que son avis n’avait pas la moindre importance dans cette histoire. Alors elle se contenta d’un sourire encourageant, elle supposait qu’il suffisait surtout d’être patient, de laisser du temps à Ellis. Mais elle ne connaissait pas son ancien client de manière suffisante pour savoir comment il pouvait voir les choses.

Elle avait fini par hocher la tête, songeuse,  concernant l’emploi du temps d’Ellis. Oui, pas lieu de s’inquiéter, il était juste au travail, c’était elle qui faisait tout un flan de pas grand-chose. Un sourire qui se voulait rassuré, mais qui ne l’était pas réellement, parcouru ses lèvres.

_ Non, non, aucun problème avec son affaire.

Ses mains retrouvèrent sa tasse de café. Tout allait bien de ce côté, en tout cas, rien n’avait changé. Il était toujours libre et rien ne pouvait lui tomber dessus, à moins de se lancer dans de nouvelles expériences que la loi interdirait.

_ J’ai reçu une lettre dans l’après-midi.

Non, vraiment, c’était stupide. En fait, elle avait tellement fini par s’en convaincre qu’elle laissa échapper un léger rire en secouant la tête.

_ C’est sûrement une blague. Juste ça. Vous savez le genre de mot qui laisse planer une menace et, vu qu’Ellis est la seule affaire, ces derniers temps, pouvant créer ce genre de chose…

Elle laissa passer un soupir, navré parce que, en y réfléchissant bien, il n’y avait rien d’alarmant. Il était à son boulot et c’est la raison pour laquelle il ne répondait pas. Du coup, elle avait fait déplacer Chase sans une réelle et bonne raison, en plus elle lui remettait le sujet Ellis sous le nez alors qu’il n’avait pas l’air d’en avoir besoin.

_ Bref, je crois que je voulais juste m’assurer qu’il allait bien.

Pour le coup, Charlie donnait l’impression d’avoir été prise en faute, culpabilisant un peu de la manière dont elle s’était inquiétée. Elle s’était toujours occupée de petits dossiers, rien de vraiment important, rien qui nécessitait des représailles.
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Message posté : Ven 13 Sep - 10:34 Message
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Chase n’avait jamais eu vraiment le droit à des conseils avisés dans les domaines sentimentaux. Tesla n’était pas exactement du genre à s’asseoir à côté de lui pour lui expliquer la vie, avec banane et préservatif à l’appui, et son frère n’allait certes pas lui apprendre comment draguer les garçons — on était tolérant, chez les Neutron-Grey, mais il fallait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin. Alors Chase, sorti de son enfance isolée, avait appris sur le temps et il y avait encore beaucoup de choses qu’il ne comprenait pas.

Ce fut donc avec un air d’élève innocence et attentif qu’il écouta les explications de Charlie, avant de hocher gravement la tête. C’était logique, finalement : Ellis devait avoir un peu honte, et il aurait moins honte avec le temps. Ce n’était donc pas sa faute à lui, Chase, qui n’avait que bien fait. Il n’empêchait certes que la situation était très frustrante mais enfin, au moins, désormais, le mentaliste avait une hypothèse rationnelle et qui laissait place à l’espoir pour arrêter de soupirer.

— Vous avez raison sans doute…

Il avait dit cela d’un air songeur, parce qu’il s’agissait désormais de trouver le moyen de faire comprendre à Ellis qu’il n’y avait pas à avoir honte de jouer dans des casinos clandestins pour payer les dettes de son frère dealeur — ou, en tout cas, pas avec lui. Même s’il était un Neutron-Grey. Même s’il était un agent de l’UNISON. Même si… Hm. L’affaire s’annonçait toujours un peu compliquée, évidemment.

La seconde vague de soulagement fut d’apprendre que l’affaire d’Ellis était toujours réglée. Soulagement en demi-teinte, puisque immédiatement il soulevait une question redoutable : pourquoi diable Charlie s’inquiétait-elle s’il n’y avait pas de problèmes ? Chase abandonna pour un moment ses plans grandioses destinées à reconquérir le cœur du doux Ellis pour plonger son regard dans celui de la femme qui lui faisait face.

Quelque chose ne tournait pas rond. Et Charlie avait beau essayer de balayer la raison qui l’avait poussée à le contacter, d’en retrancher sur l’importance de cette mystérieuse lettre, Chase n’était pas dupe : pour avoir appelé Ellis plusieurs fois en une seule journée sans raison judiciaire, pour l’avoir appelé lui, Charlie avait dû être sacrément inquiète et, de ce qu’en avait vu Chase, l’avocate n’était pas du genre à se laisser aisément déstabiliser.

Chase secoua la tête.

— Vous avez bien fait de m’appeler. Si vous avez l’intuition qu’il y a un problème… Autant suivre votre intuition.

Le jeune homme était convaincu que bien des missions n’étaient que le développement très accéléré de certaines capacités humaines. Puisqu’il faisait confiance aux intuitions des mutants doués de précognition, il ne voyait pas de raison pour négliger absolument celles d’une humaine, alors qu’essentiellement, ils appartenaient à la même espèce. D’un ton très sérieux, donc, Chase proposa :

— On va juste vérifier. Si Ellis est vraiment en cours. Pour commencer.

Comme il ne bougeait pas d’un pouce, cela ne devait pas impliquer de se transporter jusqu’au HIT. D’ailleurs, Chase se contenta de fermer les yeux et son esprit fusa à travers la ville, jusqu’aux locaux du célèbre Institut, pour en sonder les élèves, à la recherche d’une signature familière. Pour bien des mentalistes, lire un esprit au-delà du café eût constitué un exploit impossible et, pour Chase, en temps normal, retrouver un individu si loin dans la ville n’aurait pas été une partie de plaisir : mais il connaissait bien Ellis et c’était un peu comme repérer de la cocaïne pour un chien bien entraîné.

Et il était là, Ellis, bien absorbé par un problème de mathématiques. Chase résista à l’envie de se glisser un peu plus dans cet esprit, pour sentir mieux sa présence familière, mais il laissa son pouvoir se replier et, quelques secondes plus tard, il rouvrit les yeux. D’une voix à nouveau un peu triste, il répondit :

— C’est bon. Il va bien.

Mais dans l’hypothèse où le mot était sérieux, cela ne laissait guère plus qu’une seule alternative : que Charlie était la cible des intentions vindicatives. Chase ne demanda pas à voir le mot : il n’y avait rien que ses capacités pussent tirer de particulier d’un simple objet. Mais quelle mesure prendre face à une menace si vague que Charlie elle-même doutait de sa consistance ? Sonder leurs alentours était une première étape, sans doute.

— Je vais voir si nous ne sommes pas entourés d’intentions néfastes.

Cela sonnait un peu comme une entreprise de voyant venu exorciser une maison de ses énergies négatives, mais la méthode de Chase était beaucoup plus psychologique que cela : à nouveau, il ferma les yeux, en quête, autour d’eux, dans un rayon d’une dizaine de mètres, d’un esprit un peu trop préoccupé par leur conversation. Mais l’homme avait replié son journal, de l’autre côté de la rue, et quitté son banc, bien décidé à ne pas risquer sa vie inutilement et allait chercher quelques soutiens avant de se lancer dans la moindre opération.

Alors, quand Chase rouvrit les yeux, il conclut bien à tort :

— Apparemment, nous n’avons été ni l’un ni l’autre suivis. Le plus prudent est peut-être d’aller à la police. Je doute qu’ils puissent faire grand-chose avec un simple mot. Il est peu probable qu’il y ait des empreintes ou, je ne sais pas…

Il lui adressa un regard interrogateur, à la recherche d’une approbation, parce qu’après tout, c’était elle, l’experte de ce genre de choses.

— …mais au moins, ils vous diront, à vous, qui ils ont mis en prison dans l’affaire du casino ou des dealeurs, et qui pourrait vouloir se venger. Avoir une petite idée, ce n’est pas plus mal, et même si le mot n’était qu’une mauvaise plaisanterie, mieux vaut sans doute être prudent.

Chase s’en voulait déjà d’avoir entraîné une personne si intègre dans une affaire qui pouvait s’avérer dangereuse. S’il avait su, il eût choisi un avocat efficace, mais antipathique.
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Message posté : Ven 13 Sep - 15:20 Message
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Il va bien. Charlie, dans un premier temps, imita merveilleusement bien le poisson rouge, interdite, la bouche ouverte, elle chercha à comprendre ce qui venait de se passer. Action qui se termina par un bref et léger rire alors qu’elle secoua la tête. Est-ce que tout devait toujours être aussi simple avec Chase ? Il faudrait savoir si quelqu’un à des ennuis. Très bien, pas de problème, il suffisait de lui demander d’emmener son esprit plus loin, dans un endroit rempli d’autres étudiants. Facile ! Pourquoi elle s’ennuierait à prendre un taxi pour traverser une partie de la ville pour, ensuite, négocier avec une secrétaire dans l’espoir d’avoir l’emploi du temps d’un étudiant et de vérifier sa présence. Pourquoi perdre autant de temps quand, en face, vous aviez Chase Neutron-Grey ?

Elle trouva même le moyen de s’en vouloir. Si c’était aussi facile, pourquoi l’avoir dérangé pour le faire venir ici alors, qu’en lui posant la question au téléphone, il aurait tout aussi bien pu faire cela de chez lui. Et vu la capacité qu’il avait à faire certaines choses, elle était persuadée que l’emploi du temps de Chase ne possédait plus beaucoup de place libre. Elle trouva les capacités de Chase, sans jamais douter un seul instant qu’il aurait pu lui mentir sur ce qu’il venait de faire, impressionnantes… Tristes aussi. Si les capacités de NG rendaient les choses aussi faciles et rapides, combien de personne venaient le voir juste pour lui demander de vérifier quelque chose ? Elle ne devait pas être la première vu la rapidité à laquelle il avait songé à cette option et s’y était plié naturellement. Même si, à la base, lors de son appel, elle n’avait pas songé à cette possibilité et surtout à la faisabilité d’une telle entreprise.

Elle s’en voulu parce qu’elle eut soudainement l’impression de l’utiliser pour les capacités qu’il avait et non pour ce qu’il était. Et, aussi sûr qu’elle s’appelle Lane, ce n’était pas dans ses intentions. Elle trouva dommage d’avoir autant de capacités parce qu’il était facile de voir Chase seulement comme un mentaliste qui pouvait, probablement, répondre à un tas de questions. Une solution de facilité. Doucement, Charlie commença à voir la vie d’un Neutron-Grey autrement qu’avec une cuillère en argent dans la bouche, où il suffisait de demander quelque chose pour l’avoir. Quelque part, et avec très peu de chance qu’elle puisse le formuler un jour, elle espérait que Neutron-Grey ne soit pas entouré de gens le voyant un peu trop comme un mentaliste avant de le voir comme un jeune homme dans la vingtaine avec, aussi les mêmes tracas que tout le monde.

Évidemment, on pouvait estimer que ces considérations avaient vu le jour après avoir été rassurée par le fait qu’Ellis aille bien. Et avant que Charlie eut le temps de dire non à Chase, que ce n’était pas la peine de faire une vérification autour d’eux, le Neutron-Grey était déjà parti dans son expertise de la zone. Décidément, il allait réellement finir par la faire culpabiliser. Alors quand Chase revint à la table, mentalement parlant vu qu’il n’avait pas réellement bougé, qu’il expliqua que tout allait bien, la seule chose qu’elle trouva à faire, dans un air abasourdi et interrogateur, fut de sortir ce qui lui passa par la tête.

_ C’est toujours aussi facile avec vous ?

Elle secoua doucement la tête dans un sourire en reprenant sa tasse de café entre les mains mais sans pour autant lâcher Neutron-Grey du regard.

_ Il suffit de vous poser une question et, hop, vous allez voir autour pour avoir une réponse ?

Sur le visage de Charlie il y avait forcément une certaine admiration mais, il n’y avait pas besoin de lire son esprit pour comprendre qu’elle le plaignait aussi. Honnêtement, on lui proposerait de changer son statut d’humaine avec les capacités de Chase, sans la moindre hésitation, elle refuserait. L’info accessible, dans ce genre de cas pouvait être utile mais, dans la vie de tous les jours, ça perdait vraiment de son charme. Bien sûr, il n’était pas question de le juger sur ses capacités ou de faire son procès alors, elle balaya très vite ces considérations de son esprit pour en revenir au sujet principal – ou secondaire, si on place Ellis et Chase en premier lieu.

_ Oui, j’irais faire ça demain, c’est une bonne idée.

Une fois assurée qu’Ellis allait bien et que Chase était tracassé à cause de ce même garçon,  Charlie porta beaucoup moins de considération à une inquiétude qui aurait pu la viser. S’inquiéter pour les autres était une chose, le faire pour elle-même… Elle n’avait jamais su le faire. Pour sa défense, elle avait passé 25 ans à être protégée par 4 frères alors, sa sécurité ce n’était pas vraiment le point qu’elle avait développé dans son caractère. Bien au contraire. Comme quand elle était enfant, elle gardait un côté un peu tête brûlée, en oubliant facilement qu’elle n’avait plus personne pour assurer ses arrières. Bref, peu de conviction dans sa réponse, elle ira faire ça demain, comme elle pourra le faire dans deux semaines. Elle passa un doigt sur l’extrémité d’un de ses sourcils d’un air peu gêné.

_ Je suis désolée. J’aurais su que vous pouviez faire ça, je ne vous aurais pas fait déplacer.

Sa main retomba sur la table et elle ajouta un sourire à ses lèvres.

_ En réalité, j’aurais su, je pense que j’aurais été vérifier par moi-même. Elle haussa les épaules dans un sourire qui n’avait vraiment rien de critique. Je dois aimer les méthodes traditionnelles. Mais, merci d’avoir accepté de venir et d’avoir…

Elle désigna autour d’elle parce qu’en réalité, elle ne sut toujours pas comment désigné ce qu’il avait fait. Ce qui était certain, en revanche, c’est qu’elle avait affiché plus de sérieux et un ton franc à cette dernière phrase. Charlie restait humaine alors, toute bonne considération mise de côté, elle se sentait forcément agréablement surprise qu’il puisse bien vouloir l’aider avec autant de facilité, sans même en avoir l’air blasé. Elle ne se faisait pas d’illusions non plus, il devait faire ça avec tout le monde mais, elle trouvait que ça valait le coup d’être remercié. Elle baissa les yeux sur sa tasse de café.

_ Et, vous savez, si c’était une partie de ma vie qu’on avait exposée à quelqu’un que j’apprécie. Je pense que j’aurais juste besoin d’un peu de temps pour faire le point. Et si l’autre personne tenait absolument à donner son point de vue, j’aurais préféré qu’il le fasse via une lettre ou quelque chose de ce genre pour ne pas avoir à l’affronter avant la fin de mes propres réflexions. Elle releva les yeux et haussa les épaules. Après, je ne suis pas Ellis. Sans rire ?!

Comprendre qu’elle ne le connaissait pas et qu’elle ne pouvait pas deviner ce qu’il voulait, ce qu’il ferait et ce qu’il pensait. Donc, ce qu’elle venait de dire n’était pas une certitude ou une garantie de réussite.

De son côté, l’homme au journal, qui avait prévenu des renforts, reçut l’appel de ce qui semblait être son patron. Ce dernier lui annonça qu’il avait récupéré Bobby pour que l’homme au journal puisse faire pression sur Neutron-Grey en cas de problème. Ce patron savait très bien que ce n’était pas vrai, qu’il n’avait aucun gamin dans les parages mais l’important c’était que l’homme au journal puisse y croire. Si lui y croyait alors, Neutron-Grey pourrait aussi y croire et se montrer un peu plus docile pour être emmené dans un endroit plus calme.
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Message posté : Ven 13 Sep - 17:41 Message
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Pourtant, Chase n’était pas constamment harcelé de solliciteurs venus lui demander si leur femme les trompait. Jack, Tesla et toute une tradition veillaient au grain. Les mentalistes étaient des denrées rares et les mentalistes de son niveau… À vrai dire, quoiqu’aucune enquête précise ne l’eût jamais déterminé, tout le monde supposait qu’il était à peu près unique en son genre. Solliciter son aide, ce n’était donc pas comme se rendre chez une voyante : il imposait, bien malgré lui, une aura d’extrême gravité aux problèmes qu’on lui soumettait, quand on espérait pouvoir profiter de ses pouvoirs. Et il était rare, si ce n’était impossible, de parvenir directement jusqu’à lui.

Alors quand Charlie s’étonna, avec un mélange d’admiration et de perplexité bien compréhensible, sur son pouvoir, Chase secoua doucement la tête.

— Non. Enfin, tout dépend de ce que vous voulez dire. Si vous voulez savoir si c’est facile pour moi de faire ce que je viens de faire, alors oui. Très. C’est un peu…

Évidemment, comme souvent, il se rendait compte que ses sensations étaient bien difficiles à décrire. Il aurait pu les transmettre, au moins en partie, à l’esprit de Charlie, mais quelques jours plus tôt, quand il avait simplement proposé de lui implanter le souvenir d’une conversation téléphonique, l’avocate avait semblé particulièrement réticente, alors cette manipulation beaucoup plus complexe et déstabilisante était sans doute exclue d’office. Pour l’instant, tout du moins.

— C’est un peu comme aux échecs. Vous savez les ouvertures, les parties historiques, vous voyez les enchaînements coup après coup, de manière séparé et distincte. Et puis, en même temps, vous percevez intuitivement l’espace sur l’échiquier, les grandes lignes de force, et les deux perceptions, eh bien…

Il n’était pas très sûr que la métaphore des échecs soit très parlante et puis, de toute façon, il finit par sourire, secouer encore la tête et reconnaître :

— Bon, en fait, non, ce n’est pas du tout comme ça, et je ne saurais pas expliquer. Et puis si la question est de savoir si je donne des réponses facilement à tout le monde, alors la réponse est simple : non. De toute façon, plus les gens comprennent que vous êtes un mentaliste, moins ils ont envie d’être avec vous. À moins d’avoir beaucoup de sang-froid.

Et il le comprenait très bien : il était le premier à se féliciter de l’inaltérable solidité de son bouclier mental, parce que la perspective qu’un autre vînt fouiller dans ses pensées, même les plus anodines, lui faisait froid dans le dos.

— Du coup, j’évite de faire étalage de mes capacités.

Ce qui impliquait que Charlie avait le droit à un traitement de faveur, mais il était si légitime aux yeux de Chase qu’il ne prît pas la peine de le préciser. De toute façon, il était déjà préoccupé par une autre question : la manière pour le moins décontractée dont l’avocate parlait de sa sécurité. Lorsqu’elle promit de se rendre au commissariat le lendemain, Chase avait l’impression de s’entendre quand il répondait à un responsable de l’UNISON qu’il mettrait les traitements de texte à jour « demain » — ce qui voulait invariablement dire dans un futur lointain et pour le moins indéfini.

Lui, ce mot l’inquiétait, parce qu’il vivait dans un univers de sombres et complexes machinations où les vengeances tordues étaient monnaie courante. L’idée que quelqu’un, quelque part, méditait la mort de l’avocate grâce à un plan en soixante-trois étapes ne lui paraissait pas du tout farfelue et, comme tous les sadiques, ce mystérieux méchant pouvait prendre un malin plaisir à annoncer à l’avance ses méfaits — d’où la note. Chase s’apprêtait donc à insister pour se rendre immédiatement au commissariat quand la procrastination de Charlie parvint à l’atteindre sournoisement en l’attaquant sur un point sensible.

Le jeune homme se mit en effet à boire les paroles de l’avocate en même temps que son chocolat chaud, parce qu’elle lui donnait, il en était sûr, la recette miracle pour améliorer ses relations avec Ellis.

— Une lettre…

Il avait répété le mot comme une sorte d’incantation magique, un sésame, la clé de tous ses soucis. En plus, envoyer une lettre, de son point de vue de jeune connecté, c’était tellement… romantique. Évidemment, il n’avait pas de papier à lettres, pas plus que de stylo plume et rédiger un mail était exclu : trois obstacles importants. Il fallait songer à aller dans une papeterie — qui devait sans doute se situer, dans le monde de Chase, au même niveau que les brocanteurs et les antiquaires.

— Il faudrait que je lise des lettes d’auteurs célèbres, pour parfaire mon style, avant de me lancer, quand même.

Il ne faisait pas les choses à moitié. Soudain, son esprit s’illumina. La tasse à mi-chemin de sa bouche, il fixa Charlie et commença à tâter le terrain (c’est une expression — rien d’indécent là-dedans) :

— Vous, vous devez être douée, pour ce genre de choses. Persuader et convaincre, on doit apprendre cela, en école de droit. Pour les plaidoiries. Vous avez des trucs ?

Bon, bien sûr, écrire une lettre de réconciliation n’était pas la même chose que de rédiger un plaidoyer de défense, mais il devait bien y avoir des invariants rhétoriques, de petites techniques que l’on pouvait appliquer. Pendant que Chase tentait donc d’extirper ses secrets de métier à Charlie, Journal rencontrait trois autres malfrats dans une ruelle obscure, à quelques pâtes de maison de là.

— Bon, c’est simple. Les cibles, ce sont une avocate et un Neutron-Grey.

L’enthousiasme de la réunion descendit en flèche.

— Le Neutron-Grey ne fera rien, on a des moyens de pression. Tout ce que je veux, c’est un peu de présence pour le convaincre. Vous n’aurez pas à vous battre. Juste à avoir l’air sérieux. C’est un job facile et bien payé. On les suit quand ils sortent du café, on les encercle et ensuite on les fait monter dans mon van. Et Johnny et moi, on les conduit dans l’endroit que m’indiquera mon patron en cours de route. Après, ça ne nous concerne plus.

Et, en ces moments difficiles, Journal aussi aurait bien aimé avoir quelques trucs d’avocat pour convaincre ses troupes.
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Message posté : Ven 13 Sep - 18:54 Message
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Charlie avait vécu dans un taudis, d’un quartier pourri au Texas. D’ailleurs, notons que ce dernier mot pouvait être une explication logique à tout un tas de choses : D’où vient cet accent ? Texas. Pourquoi ne pas faire preuve d’un peu plus de tolérance : Texas. Tu es un peu butée, non ? Texas. Et une arme, tu sais comment ça fonctionne ? Texas. Et la liste pouvait être longue. Bref, dans son environnement familial, la fratrie Lane avait de nombreuses activités très variées dans le domaine de la délinquance mais, assurément, les discussions, avec un chocolat chaud, autour d’une partie d’échec, n’en faisaient pas partie. Chase l’eut perdue très vite dans son explication qui, pour elle, revenait à faire un exposé sur le traité élémentaire de chimie par Lavoisier.  

Navrée, elle secoua un peu la tête. Non, elle ne savait pas du tout de quoi il pouvait parler. En y réfléchissant bien, elle n’était même pas certaine de savoir quelle pièce représentait la reine. Déjà elle savait qu’il y avait des cases blanches et noires, ce n’était pas si mal. Pourquoi est-ce qu’elle était aussi inculte concernant les échecs ? Texas ! – Oui, c’est une excuse à tout même que ça n’a pas lieu de l’être. Principe de base élémentaire. Alors forcément, le pouvoir de Chase lui parut, très vite, bien compliqué. Elle ne fut pas mécontente de quitter cette métaphore pour en revenir à quelque chose de plus simple. Plissé les yeux constamment pour essayer de comprendre quelque chose, ça avait tendance à creuser les rides. Et bien qu’elle s’en fichait pas mal, il était plaisant de souligner ce fait.

Elle s’étonna de l’entendre assurer qu’il ne donnait pas de réponse si facilement. Ce qui dut se voir sur son visage même si elle préféra ne pas poser la moindre question à ce sujet. Peut-être qu’il se sentait redevable parce qu’elle avait permis à Ellis de sortir. Ou même qu’il l’avait fait parce que, dans le fond, c’était pour Ellis qu’elle s’était inquiétée. Elle comprenait, néanmoins, que des gens préféraient éviter quelqu’un qui était capable de tout savoir dans un battement de cils. Bien que, si Chase avait seulement besoin de fermer les yeux pour aller à l’université où étudiait Ellis, il n’avait probablement pas besoin du moindre « tic » pour sonder l’esprit d’une personne en face de lui.

L’idée qu’il puisse se servir d’informations dans la tête de l’avocate, lui traversa l’esprit. Forcément, c’était Chase Neutron-Grey, tout de même !  Mais si c’était le cas, il faisait l’effort de ne pas le signifier et, pour être honnête, ça suffisait à Charlie. De toute façon, elle ne pensait pas qu’il s’adonnait à ce genre d’activités sinon, il aurait su pour Ellis et il aurait probablement essayé de l’aider avant qu’il ne se fasse arrêter. De petits éléments qui ne donnaient pas envie à Charlie de se demander continuellement si Chase était en pleine exploration télépathique. Et dire que, dehors, il y avait probablement un tas de personnes qui estiment qu’être un Neutron-Grey est une chance. Elle n’était pas train de le plaindre, loin de là mais, comme tout le monde, tout n’était pas si rose et doré que ce que les médias voulaient bien peintre.

Elle avait fini par lui sourire, gentiment, quand il annonça éviter de faire une démonstration de ses pouvoirs en général. Juste un sourire qui servait à le remercier d’avoir fait une entorse à sa règle pour répondre aux inquiétudes qu’elle avait pu avoir. Elle attrapa son café pour, cette fois, en profiter un peu en buvant une gorgée ou deux. Elle hocha la tête pour confirmer cette histoire de lettre, un peu surprise que ce qu’elle venait de dire puisse avoir ce genre d’impact. Par contre, elle fut incapable de cacher son sourire quand, très vite, Chase expliqua qu’il allait devoir lire d’autres lettres avant de se lancer. La tasse entre ses mains, les coudes sur la table – très impoli mais : Texas – elle le désigna du bout de son index.

_ Vous savez en général ce genre de lettre on le commence, on les jette, on recommence et ainsi de suite. Si vous voulez qu’il puisse avoir votre point de vue avant l’année prochaine, ce n’est peut-être pas nécessaire de perdre du temps à lire d’autres auteurs.

Si Ellis avait été proche de Chase c’était pour ce qu’il était. Alors troquer un langage maladroit pour un style d’écriture plus assuré tirer de la lecture d’autres auteurs, n’était peut-être pas la meilleure idée dont il pouvait faire preuve. Elle porta la tasse de café à ses lèvres avant de stopper son mouvement quand il lui demanda si elle avait des trucs. Elle ? Doucement elle reposa sa tasse avant de croiser ses bras sur le bord de la table et de remonter son regard sur Chase.

_ Le but n’est pas de le persuader ou de le convaincre, c’est seulement de lui donner votre point de vue. De lui expliquer la manière dont vous voyez ce que vous avez appris sur lui pour qu’il comprenne que ça ne change pas grand-chose de votre côté. Enfin, si c’est le cas.

Parce que, après tout, ça pouvait aussi avoir changé des choses chez Chase, lui offrir une version différente d’Ellis.

_ Ce n’est pas une plaidoirie que vous devez écrire mais ce que vous pensez ou ressentez.

La lettre personnelle qu’il était toujours difficile d’écrire, et encore plus d’envoyer. Celle que l’on ne devait pas faire avec l’aide de quelqu’un et qui n’offrait aucune garantie de réussite. On aurait dit à Charlie qu’un Neutron-Grey allait débarquer dans son bureau un jour, qu’elle aurait été plus que sceptique. Mais, on lui aurait dit qu’elle se retrouverait à un café, avec lui, à avoir ce genre de discussion, là, elle aurait ri en pensant que c’était impossible.

_ Je vous proposerais de vous aider en cas de doute mais, vraiment, je pense que ça doit être quelque chose de personnel qui ne peut se partager qu’entre vous deux.

Et rater là l’occasion de se faire un peu d’argent en revendant des informations à un journal à scandale ? Vraiment, Charlie n’avait pas le sens des affaires !
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Message posté : Ven 13 Sep - 22:12 Message
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Si Chase avait su que Charlie avait passé toute son enfance à faire du rodéo un chapeau de cowboy à la main tout en regardant d’un air suspicieux les Mexicains qui passaient un peu trop souvent la frontière avant de les abattre sous couvert de patriotisme, il eût adopté une métaphore plus agraire ou pétrolière, quelque chose comme : la télépathie, c’est comme le pétrole, ça suinte plus ou moins vite par toutes les ouvertures. Ce n’était pas aussi élégant que les échecs, mais après tout, le but était de se faire comprendre.

Mais ils avaient abandonné d’un commun accord ce sujet délicat et finalement peu compréhensible pour se concentrer sur un problème épineux et d’une toute première importance : comment Chase allait-il bien pouvoir faire pour mettre Ellis dans son lit ? Pardon : pour faire comprendre à Ellis toute l’ampleur de sa sincère affection et obtenir de lui l’autorisation de le revoir, pour continuer à le courtiser galamment et discrètement, comme il l’avait toujours fait. De temps en temps, tout de même, Chase savait se tenir.

Il avait tout de même l’air bien embêté. En vérité, écrire une lettre subtilement rhétorique, il eût sans doute été capable de le faire : il ne manquait pas d’intuition et, comme bien des enfants brillants, il avait très vite absorbé la manière dont les adultes s’exprimaient. Ainsi que son style de conversation en témoignait, il maniait un langage beaucoup plus structuré, complexe et nuancé que bien des jeunes gens de son âge. Mais en contrepartie, justement, il ne se sentait pas très à l’aise avec l’expression sans détour de ses sentiments personnels.

Au moins, il y avait un point dont il était sûr :

— Non, ça n’a rien changé…

Enfin, presque sûr…

— Ou si, évidemment, je le vois un peu différemment, je suppose. Avec plus de… d’inquiétude, d’une certaine façon, et de tendresse, bien sûr.

De son isolement d’enfance, dans un cercle protégé et exclusivement familial, Chase conservait parfois l’habitude d’exprimer ingénument ses émotions, sans se soucier d’une pudeur sociale qui aurait dû le conduire à les voiler derrière des formulations plus vagues et moins personnelles. Il était donc d’autant plus difficile pour lui de saisir ce qui faisait la tonalité particulière d’une lettre personnelle.

— C’est difficile je suppose de se défaire de l’idée que cette lettre devra être, disons, efficace. Parce que j’espère bien qu’elle aura un effet, alors j’ai forcément quelque chose à persuader. Au moins de ma sincérité…

Il esquissa un sourire un peu ironique, d’une ironie comme souvent tournée contre lui-même.

— Mais je suppose qu’il est paradoxal de rechercher des techniques pour paraître sincère quand on compte l’être vraiment.

Paradoxal, mais pas nécessairement absurde : c’était ce qui faisait toute la difficulté du problème. Comme il se doutait bien qu’à moins de s’asseoir devant son bureau et de mettre la plume à l’encrier, il n’irait jamais plus loin que des considérations sans fin sur la meilleure manière de s’y prendre, il finit par secouer la tête et décréter d’un ton plus décidé :

— Vous avez raison. Il faut que je m’y mette, tout seul, sans trop réfléchir, et que j’essaye plusieurs fois. Ça finira bien par fonctionner. Ou, à défaut, se faire.

Et son sourire se fit aussitôt plus doux, cette résolution prise.

— C’est gentil d’écouter mes…

Il haussa les épaules, rougit un petit peu et reconnut :

— …affaires de cœur. Je crois. Je suppose.

C’était peut-être beaucoup dire : après tout, Ellis était dans cette région pas très bien définie où un ami est un peu plus qu’un ami, mais pas encore quelque chose d’autre. Cette indécision était encore un peu complexe à manier du point de vue de la jeunesse de Chase. Il acheva sa tasse de chocolat d’un air toujours songeur, mais beaucoup plus rassuré : au moins, il avait une autre perspective que de rester à soupirer inutilement devant de vieilles photographies.

Dehors, la pluie avait commencé à tomber. Au grand désespoir de Journal et de ses acolytes qui s’affrontaient à un problème tout à fait imprévu : c’était bien joli de vouloir coincer leurs deux victimes dans une ruelle afin de les confronter, mais encore fallait-il que les deux victimes sortissent de leur café. Parties comme elles étaient, les victimes allaient appeler un taxi pour rentrer chez elle et : 1) s’introduire par effraction chez quelqu’un, c’était une toute autre histoire et 2) c’était de toute façon parfaitement impossible dans le Bigsby Building.

Une idée brillante, une vraie, germa dans l’esprit de journal. Il se pencha à l’oreille de l’un de ses sbires recrutés pour l’occasion et lui murmura quelque chose. L’homme hocha la tête, traversa la rue à grandes enjambées et s’introduisit dans le café. Il commanda un expresso au comptoir avant de se faire indiquer les toilettes et Chase, bien trop occuper à demander à Charlie depuis quand elle était avocate, ne fit pas intention à la nébuleuse d’intentions sournoises que ce type en imperméable trimballait dans son esprit.

Imperméable s’enferma dans les toilettes, sortit de ses poches un paquet de cigarettes et un briquet, alluma l’une d’entre elle et, après avoir grimpé sur le siège des toilettes, tendit le bout incandescent près du détecteur de fumée. Quelques secondes plus tard, l’alarme à incendie retentissait. En maugréant, mais sous l’insistance des serveurs et des serveuses, les clients rassemblèrent leurs affaires et sortirent dehors, en se réfugiant sous le auvent. Un peu frileux, Chase redressa le col de son manteau.

Alors que Charlie et Chase attendaient patiemment, comme tout le monde, que l’alarme cessât, Journal se planta devant eux et murmura d’une voix menaçante :

— Suivez moi ou on tue Bobby.

C’était simple et efficace. Évidemment, Chase s’empressa aussitôt de sonder son esprit : s’il pouvait localiser Bobby dans les souvenirs de l’homme, il lui suffirait de modifier son esprit et d’aller chercher l’infortuné adolescent par ses propres moyens. Mais l’information avait été soigneusement compartimenté et Journal ne savait rien d’utile : ni où était Bobby, ni où il devait emmener Chase, ni précisément qui l’avait employé pour cette mission. Simplement que l’avance sur salaire avait été confortable et justifiait plus ou moins les risques encourus.

Chase adressa un regard d’impuissance à Charlie.
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Message posté : Sam 14 Sep - 2:16 Message
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Chase avait ce côté attendrissant, loin des clichés d’assurance qu’on pouvait lui prêter dans les articles qui portent son nom. Tellement, que Charlie s’était laissé embarquer dans une discussion qui dépassait le côté professionnel qu’elle avait prévu initialement. Ca ne la dérangeait pas, en réalité, c’était venu assez spontanément pour qu’elle s’en rende pas compte sur l’instant. Elle n’était pas d’une grande aide non plus, difficile pour elle – celle qui n’avait aucun pouvoir mental – de savoir ce que pouvait penser Ellis ou ce qu’il voulait. Elle était encore moins une spécialiste de ce genre de complications. D’un hochement de tête, elle avait voulu signifier qu’il n’y avait pas problème pour l’écouter, souriant doucement au fait qu’il ne savait pas comment définir cette relation avec Ellis.

Du coup, c’était sous ce même naturel que la discussion avait dévié sur d’autres petits sujets qui, bien qu’ils avaient peu d’importance, n’étaient pas de ceux qu’elle abordait avec un client… Ancien client… En fait, Chase n’était rien de tout cela. Elle n’avait pas vu d’objection à lui expliquer qu’elle avait commencé à travailler en arrivant à Star City, l’année de ses 25 ans. Une éternité qui donnait l’impression que c’était hier. L’alarme incendie avait fait quitter les lieux à tout le monde, Charlie en enfilant sa veste, s’était assuré de garder Chase en vue. Aucune idée de la raison de cet agissement, elle l’avait fait.

Vu le temps, et sans savoir combien de temps tout cela allait durer, Charlie s’apprêta à proposer à Jay de partager un taxi, qu’il puisse rentrer chez lui et, elle à ses dossiers. L’arrivée d’un homme mit fin à ses plans d’évasion non prémédités. Son regard alla sur Chase qui, lui, étrangement ne sembla pas avoir de solution. Charlie décida de faire sa blonde notoire, celle qui avait décidé de comprendre que le vouvoiement était fait pour ne s’adresser qu’à elle. Du coup, avec une innocence feinte, elle se tourna vers Chase dans un hochement de tête.

_ On se tient au courant.

De quoi ? Elle n’en savait rien, c’était juste une phrase pour lui faire comprendre de rester là si personne ne relevait. Elle fit un pas en direction de Journal mais, très vite, il secoua la tête et désigna Chase dans un même mouvement.

_ Tous les deux.
_ Pourquoi ?

Bon, elle aurait essayé au moins mais, l’homme décida de ne pas répondre et de répéter un mouvement de tête pour désigner la direction à prendre. Quoique, très rapidement, il reformula sa menace sur Bobby, histoire d’être certain de remotiver les troupes. Il aurait donné le nom d’Ellis, avec la vérification de Chase un peu plus tôt, elle ne se serait pas inquiété mais là…

_ C’est par là, passez devant.

Charlie, sans les informations que Chase possédait ne savait pas que l’homme n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait Bobby et, elle en était venue à se dire qu’à trop chercher à le questionner où à résister, il pouvait s’occuper de la vie de Bobby en un seul coup de fil. Elle afficha un air désolé en direction de Chase, parce qu’elle ne savait pas plus que lui ce qu’elle pouvait faire hormis avancer dans la direction donnée.

Elle laissa passer Chase légèrement devant, une main dans son dos pendant quelques secondes. Geste stupide de protection alors que, des deux, c’était surtout Chase qui était le plus apte à faire quelque chose. Ca avait été plus fort qu’elle, il était dans la vingtaine, plus jeune alors… Les Lane avaient toujours eu un côté protecteur, sans parler de la culpabilité ressentie par le fait que c’était elle qui l’avait fait venir. Elle avait fini par se retrouver à côté de lui, un peu devant Journal qui avait demandé de prendre sur la droite.

_ Une idée de ce qui se passe ?
_ Avancez et arrêtez de discuter.

Mais… Elle avait juste chuchoté ! Encore une fois, la télépathie ne fut pas une idée spontanée chez elle, vu qu’elle ne chercha même pas à essayer de dire quelque chose via ce moyen-là. Elle n’était même pas certaine de savoir comment s’y prendre. Il suffisait de penser à un truc ? De dire quelque chose mentalement ? A l’école, ils devraient filer des cours pour savoir comment tout cela fonctionnait réellement.

Ils arrivèrent devant un van dont la portière arrière coulissa. Journal leur demanda de rentrer à l’intérieur, Charlie – un peu têtue sur les bords – se retourna vers lui pour lui demander si Chase était vraiment indispensable. Elle n’eut le temps de prononcer qu’une syllabe qu’il aboya aux DEUX de rentrer dans le van. Suivant les ordres à contre cœur… Suivre les ordres, rien que l’idée lui faisait grincer des dents. Les deux se retrouvèrent à l’arrière du véhicule, suivi par Imperméable et des petites bandelettes en plastique. Après que journal ait refermé la porte, Imperméable posa son regard sur Charlie.

_ Tes poignets.

Dans un soupir, bien moins téméraire qu’elle l’aurait été si Chase n’avait pas été là, elle présenta ses deux mains jointes. Pendant ce temps, Journal fit le tour du véhicule, son téléphone à l’oreille.

_  Ils sont dans le van, on va où après ?
_ A big L.

En plus d’être à la tête de ce joyeux bordel, BigBoss était plein de poésie. Les emmener à la salle de jeux qui avait fermé, pour passer son message, ça lui semblait être idéal. Journal passa derrière le volant pour mettre le contact en route et se diriger vers le sud de la ville. A l’arrière, Charlie se demanda si Chase allait user de ses capacités pour faire croire à l’homme qu’il les avait déjà attachés. En même temps, elle se sentait un peu bloquée. S’enfuir, avec un Neutron-Grey ne devait pas être compliqué mais, s’ils le faisaient alors, que deviendrait le jeune Bobby ?
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Message posté : Sam 14 Sep - 12:16 Message
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Chase était plongé dans ses réflexions — une attitude peu encourageante face au danger. Bien sûr, pour l’heure, sa vie à lui, ni celle de Charlie, n’étaient vraiment menacés : Bobby ou non, il pouvait très bien se tirer de ce mauvais pas. Cette relative tranquillité lui laissait le loisir d’examiner la situation sous tous les angles et, plus il examinait, moins il se sentait rassuré par la tournure des événements.

Il avait sondé l’esprit de Journal assez rapidement et s’était rendu compte que l’homme de main n’avait eu d’informations qu’au compte-goutte. Il se retrouvait donc immunisé contre la lecture mentale et c’était, de la part de la personne qui l’avait engagé, une méthode plutôt astucieuse : l’alternative eût consisté à engager un télépathe doué d’un blouclier mental, mais ils étaient beaucoup plus rares qu’un humain efficace, beaucoup plus chers et beaucoup plus hasardeux. Comment s’assurer en effet que Chase n’aurait pas été le plus fort ?

En d’autres termes, ils se trouvaient, Charlie et lui, embarqués dans une affaire bien pensée et si elle était trop bien pensée, il était fort probable que leurs options se réduiraient bien vite à néant. C’était un peu comme aux échecs, songea-t-il (décidemment) : lorsqu’on perdait l’initiative, on pouvait vite se trouver guider de coup en coup par son adversaire, même si l’on était en supériorité numérique sur le plateau. Il fallait donc s’assurer de court-circuiter autant que possible le plan de leur menaçante compagnie.

Chase et Charlie grimpèrent dans le van et Chase se laissa à son tour sagement attaché. Il eût été facile de l’éviter, mais il était tout aussi facile de forcer l’homme à les détacher : mieux valait ne pas abattre trop de cartes trop tôt. Ce qui comptait, pour l’heure, c’était de communiquer avec Charlie et de se mettre d’accord sur l’ensemble de la situation. Chase perdit son regard dans le vague et commença à mêler ses pensées à celles de la jeune femme.

*Maître ? C’est moi. Je crois qu’il est l’heure d’un cours de télépathie express.*

Le van roulait dans les rues de la ville en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse : ce n’était pas le moment pour Journal et ses compères de se faire arrêter par la police. Les deux prisonniers avaient donc encore un peu de temps.

* Pour que je vous entende sans avoir à chercher, il vous suffit de penser à moi en pensant des mots. Le plus simple, par exemple, c’est d’imaginer que nous sommes face à face, dans une pièce vide, et que vous me parlez. Imaginez le ton que vous auriez et même des manières de prononcer. C’est le plus intuitif et je le capterai sans peine. Même si nous sommes éloignés.*

À vrai dire, il n’avait aucune idée de la distance maximale à laquelle il pouvait entretenir une semblable « conversation » mais, jusqu’à preuve du contraire, à moins que Charlie fût brusquement téléportée à l’autre bout de la ville, le contact ne risquait guère d’être rompue. Ces bases posées, Chase entreprit de partager avec l’avocate les maigres informations qu’il avait obtenues en fouillant l’esprit de Journal.

* Le chef de la bande, là, ne sait presque rien. Celui qui l’a engagé lui délivre les informations une par une, au téléphone. Impossible pour moi de remonter la piste, et impossible d’extraire plus d’informations, parce qu’il n’en a tout simplement pas. Ce qui me laisse penser que nous avons affaire, du côté de l’employeur, à un planificateur très doué. *

Mais à moins qu’un super-vilain d’envergure nationale se fût décidé à investir dans une salle de jeu clandestine, Chase doutait que le Patron en question eût sur ses pouvoirs des informations moins vagues que : « c’est un puissant mentaliste ». Les mesures qu’il déployait relevaient d’un trésor de précaution, mais, et le Neutron-Grey l’espérait de tout cœur, il risquait fort de commettre à un moment ou un autre une erreur en le sous-estimant.

* Peu probable cependant qu’il connaisse l’ampleur de mes pouvoirs. Il va sans doute se tenir éloigné de tout cela. Ce qui veut dire qu’il n’est pas immunisé contre moi. Ce qu’il faudrait, c’est qu’on le localise. L’idéal, ce sera bien sûr de l’avoir face à face, mais même de loin, je pourrais essayer de faire quelque chose.*

Ce serait alors beaucoup plus aléatoire, mais il avait après tout été entraîné depuis sa jeunesse pour ce genre de situations et ce ne serait pas la première fois qu’il utiliserait ses pouvoirs à grande ampleur, dans une situation de crise. Cela dit, il fallait encore que Charlie et lui pussent créer une situation propice et, pour l’heure, ce dont ils avaient besoin, c’était d’une sacrée dose de bonne vieille ruse humaine.

L’idéal eût bien entendu été de localiser Bobby, mais Chase ne l’avait jamais vu qu’en coup de feu, cinq minutes à la fois, et la présence mentale de l’adolescent ne l’avait pas marqué : le trouver dans tout Star City eût été comme chercher une aiguille dans une botte de foin et, de toute évidence, le temps leur manquait. Mieux valait donc tirer le plus d’informations possibles des hommes qui les entouraient pour l’heure, afin d’être plus en mesure de les manipuler à l’avenir.

* Maintenant, on va sonder, vous et moi, l’esprit de ceux-là. Enfin, je vais le faire et vous transmettre ce que je perçois. Vous allez voir, ce sera comme… comme si vous aviez des intuitions psychologiques à leur propos. Des certitudes. Un peu comme quand vous interrogez un client.*

En beaucoup plus efficace, bien entendu, mais Chase faisait son possible pour rassurer l’avocate quant au déroulement de l’expérience sans perdre trop de temps : cette fois-ci, les réticences de Charlie à expérimenter la télépathie lors de leur première rencontre lui paraissaient négligeables face à l’urgence de la situation. De toute façon, si tous les hommes étaient aussi un peu informés que Journal, il n’y aurait pas une masse d’informations considérable à en tirer et tout ce qu’ils obtiendraient de vraiment utile serait un aperçu général de leurs personnalités respectives.

* C’est parti.*

Et, méthodiquement, le mutant s’insinua dans l’esprit de chacun des malfaiteurs, en établissant les liens, de toute évidence ténus, qui les unissaient les uns aux autres, les impressions qu’ils avaient sur la mission en cours, leur fidélité au chef des opérations, les risques qu’ils étaient prêts à prendre ou, au contraire, la limite qu’ils auraient vite atteinte, bref, tout ce qui pouvait être utile pour les pousser à déserter ou à se retourner contre leurs employeurs afin de sauver leur propre peau.

Une à une, ces impressions passaient de l’esprit de Chase à l’esprit de Charlie. Le mutant veillait néanmoins à ne pas surcharger l’avocate, en allant trop vite ou en donnant trop de pensées étrangères : il s’était déjà livré à cette expérience avec d’autres personnes et, après quelques échecs malheureux, il avait appris à doser soigneusement ce qu’il laissait passer et ce qu’il gardait pour lui. La dernière chose dont il avait besoin, c’était évidemment que Charlie fût affaiblie par une migraine terrassante pour tout le reste de leur aventure.
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Message posté : Sam 14 Sep - 15:26 Message
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Charlie, le dos appuyé contre une paroi du van et les genoux reliés contre elle, avait la tête baissée, essayant de réfléchir aux possibilités qui s’offraient à eux. Cette position, qui n’avait rien d’une manifestation inconsciente d’une envie de repli sur soi, était surtout, pour elle, la manière la plus stable de rester assise dans ce truc monté sur quatre roues. Au premier mot qui débarqua dans son esprit, elle eut le réflexe de relever la tête mais, arriva à stopper son geste en cours de route. Sérieusement, débarquer comme ça dans l’esprit de quelqu’un ça restait plus que perturbant. Un esprit, par définition, était censé rester la propriété de celui qui possédait la tête allant avec. Pourquoi personne n’avait inventé un système permettant de frapper avant de s’introduire ?

Chase était mignon à préciser que c’était lui. Encore heureux, un mentaliste c’était déjà compliqué à gérer mais alors si son esprit devenait un club, pas si privé que ça, où tout le monde pouvait s’inviter à sa guise, elle allait vite devenir folle. Elle intégra l’idée qu’elle n’était plus seule dans sa tête – sans virer schizo, en plus – et préféra chasser ce genre de pensées de son esprit. Un cours, elle vota pour… Elle aurait juste préféré que ce soit dans d’autres circonstances.

Disciplinée, et perturbée, elle ferma les yeux, tête toujours baissée. Pour l’imagination, il faudra repasser parce que tout ce qu’elle trouva à faire, ce fut de les imaginer autour d’une table, un café et un chocolat pour chacun d’eux. A bien y regarder, ça ressemblait traits pour traits au café où ils se trouvaient avant que tout cela ne commence. Ce n’était pas tellement une pièce vide mais, ça fera l’affaire. Est-ce qu’il voyait tout ce qu’elle imaginait ? Et, avec cette question, parce que le cerveau humain pouvait être très mal foutu, forcément, lui venait en tête toutes les petites choses qu’elle aurait trouvées bien gênantes de montrer. Oups. Très vite elle se concentra sur la table du restaurant, et se força à ne plus se poser la moindre question.

C’était avec quelqu’un dans la tête que Charlie prenait conscience du nombre de choses qu’elle pouvait penser en très peu de temps. Très perturbant. Sagement, et surtout prudemment, elle se concentra uniquement sur les paroles de Chase. Dans le van, elle releva bientôt la tête, un regard interrogateur vers Chase. Sonder l’esprit des autres, ils allaient réellement faire ça ? Elle ne le fit pas réellement mais, pour le coup, elle se vit très bien lever les deux pouces, de ses mains libres, dans un « super » un peu ironique. Elle inspira, posa son regard devant elle dans le vide, pendant qu’Imperméable se félicita d’être aussi impressionnant pour que personne n’ose parler en sa présence.

Plusieurs choses à tirer de cette expérience : Un, elle en était certaine, jamais elle ne voudrait des pouvoirs de Chase. Dans le cas présent ça se montrait utile mais connaître les gens, en partie, sans vraiment les connaitre, c’était décidément trop étrange pour elle. Deux, elle ne savait absolument pas comment stocker les informations perçues par l’intermédiaire de Chase. Bien que ça n’avait pas été déversé de manière barbare, ça restait une acquisition bien plus rapide que dans son monde à elle. Trois, la situation était merdique et, fatalement, elle songea au fait qu’elle était responsable de la présence de Chase et elle s’en voulu. Quatre, en fait elle s’en voulait encore plus de l’avoir pensé en sachant qu’il était là.

*Au moins, maintenant on sait où on va. Et si on doutait vraiment des raisons, on sait aussi que ça un rapport avec la salle de jeu*

Elle soupira légèrement. Songer au fait d’aller à la Fremont Street, la ramenait forcément quelques années en arrière quand elle avait annoncé à ses quatre frères son départ de la maison. L’échange qui en était venu physiquement violent avec le plus âgé de ses frères, et la séparation qu’avait dû entreprendre le plus jeune pour calmer le jeu. Charlie, loin d’être une télépathe, même de petit niveau, était incapable de contrôler toutes ses pensées. Elle ferma les yeux, fit le vide, et essaya de songer à la salle clandestine qui avait fermé. Pourquoi les gens manquaient autant d’originalité ? Il fallait toujours qu’interférer dans leur affaire soit synonyme de représailles.

Très logiquement elle avait fini par lui demander s’il était capable de retrouver Bobby, pour savoir où l’adolescent se trouvait. Mais, ce ne fut pas possible. Dommage mais rassurant de savoir que Chase pouvait aussi avoir quelques lacunes. Le plus gros problème résidait donc dans l’absence d’informations sur Bobby et, sur ce qui était prévu pour eux étant donné que Journal avait les informations au compte-gouttes. Le van s’arrêta et quelques secondes plus tard la porte coulissa à nouveau devant l’immeuble où résidait l’ancienne salle de jeu.

_ Descendez !

Comment ils faisaient, les gens dans les films, pour se relever en moins de deux secondes avec les mains attachées ? Parce que, ce qui était certain, c’est que Charlie employa bien moins de prestance et de classe internationale-de-la-mort-qui-tue-tout quand elle se releva sans l’équilibre que pouvaient lui apporter des bras libérés de toutes attaches. Et, surtout, ne parlons pas de la marche qu’il fallut descendre en sortant du van ! Ils furent entrainés à l’intérieur où restaient encore les vestiges de tables et de chaises. Journal leur demanda de s’asseoir à une table de poker. Manquait le croupier, les jetons, et les cartes. Imper et Johnny furent en charge de les surveiller, armés, évidemment pendant que Journal composa à nouveau un numéro de téléphone.

*Si le type est au téléphone, tu peux le localiser ?*

Personne ne lui avait fourni le guide du télépathe alors elle ne savait pas vraiment comment ça fonctionnait. Journal s’approcha, sous les instructions d’une voix et posa le téléphone sur la table avec le haut-parleur enclenché.

_ Mlle Lane, Mr Monsieur Neutron-Grey, est-ce que vous avez une idée de l’argent que vous m’avez fait perdre en fermant cette salle ?
_ Aucune idée.

Bien qu’il y avait peu de chance qu’il puisse la voir, elle haussa les épaules en secouant la tête avant de poser son regard sur Chase avec un regard interrogateur.

_ Vous savez, vous ?

La question de BigBoss était purement rhétorique en réalité mais, Charlie avait fini par se dire que débattre sur la question permettrait de leur faire gagner un peu de temps pour qu’une solution soit possible, ou que Chase puisse intercepter quelque chose si c’était possible.
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Message posté : Sam 14 Sep - 16:58 Message
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Bobby avait été enlevé par des malfrats sanguinaires, le van avait de mauvaises suspensions et Charlie était en train de devenir folle : la situation n’était pas idéale. Le tour du propriétaire achevé, Chase laissa l’esprit de l’avocate en paix, en ne permettant d’affluer à lui que les pensées qu’elle dirigeait effectivement. D’abord, il n’avait aucune envie particulière de forcer la jeune femme à lui révéler ses hontes les plus intimes et, ensuite, ce n’était pas vraiment le moment pour une séance de confession.

Et Charlie, quoi qu’elle en pensât, ne s’en sortait pas si mal. Bien sûr, le mentaliste n’était pas resté pour observer la manière dont elle ordonnait toutes ces certitudes nouvelles qu’il venait de lui offrir à propos des trois hommes qui les avaient enlevés, mais en tout cas elle parvenait à circonscrire assez ses pensées pour qu’il pût récupérer sans difficulté, au milieu des flux de son esprit, les quelques mots qui s’adressaient à lui.

Ils avaient donc un médiocre avantage sur leurs assaillants : ils étaient ligotés, désarmés, dans le brouillard, mais ils pouvaient papoter télépathiquement. Les choses s’amélioraient. Quelques minutes plus tard, le van s’arrêta brusquement, Chase faillit s’assommer contre la paroi et, après quelques efforts durant lesquels il remercia son oncle de lui avoir appris la souplesse, il parvint à se relever pour se dandiner avec Charlie jusqu’à la salle de jeu souterraine, sous la garde nerveuse de leurs trois bergers.

Chase avait considéré l’immeuble d’un air perplexe et maintenant il considérait la salle où ne restaient que quelques pièces de mobilier, dans une atmosphère fantomatique. C’était donc là qu’Ellis était venu gagner l’argent nécessaire à éponger les dettes de son frère ? Il supposait que l’endroit devait être un peu plus accueillant lorsqu’il était occupé et correctement éclairé, mais tout de même, imaginer son doux Ellis dans un pareil décor lui faisait froid dans le dos.

La question de Charlie le tira de ces considérations architecturales pour obtenir une réponse sans doute bien décevante.

* Non. Ce sont juste des ondes, des machines. Je ne peux pas travailler avec ça.*

Ce que de toute évidence Big Boss avait pris en contact, qui avait commencé à la morigéner par combiné interposé. Cela devait sans doute le nimber d’une atmosphère mystérieuse, mais Chase ne pouvait pas s’empêcher de trouver la scène un peu absurde. Charlie répondit d’abord et il se pencha à son tour vers le téléphone pour prendre la suite :

— En fait, c’est Maître Lane et Agent Neutron-Grey. Parce qu’elle est avocate et je suis agent de l’UNISON, vous voyez.

Et pendant qu’il précisait ces détails, des images évocatrices se formaient dans les esprits de leurs trois gardiens : combien les policiers étaient plus féroces quand on s’attaquait à des représentants de l’ordre ou de la justice, combien l’UNISON avait été efficace, ces dernières années, pour combattre le crime à Star City. Le discours de Chase, soutenu par des flux télépathiques, était ainsi à double adresse.

Pour éviter que Big Boss ne pût répondre et entamer par sa voix l’influence qu’il déployait, il enchaîna aussitôt :

— Mais enfin, non, aucune idée. Beaucoup, je suppose, c’était probablement une entreprise très rentable. Ça doit faire une sacrée perte, pour vous.

Oui, une sacrée perte. L’idée désagréable que la perte pouvait être si considérable qu’ils ne seraient pas payés autant qu’on le leur avait promis s’insinua à son tour dans l’esprit des trois gardiens, dont Chase pouvait sentir la croissante nervosité. Ils commençaient d’ailleurs à s’échanger des regards, sans pour autant qu’aucun n’osât faire part de ses doutes à voix haute.

— Cela dit, voyez les choses du bon côté : au moins, vous n’êtes pas en prison. Ce sont vos sous-fifres qui ont tout pris.

À la crainte de n’être pas rémunérés se joignit celle d’être sacrifiés à la police si les choses en venaient à tourner mal. Chase ne cherchait pas à se faire libérer sur le champ : c’eût été inutile sans savoir où se trouvait Bobby. Mais il voulait entretenir aussi rapidement et efficacement que possible un climat de doute dans l’esprit de leurs kidnappeurs, pour pouvoir exploiter immédiatement et sans effort toute ouverture qui se présenterait à l’avenir.

Big Boss, qui se doutait tout de même plus ou moins de ce que Chase pouvait chercher à accomplir, reprit bien vite la parole :

— Vos réflexions ne m’intéressent guère, Neutron-Grey ! J’ai le jeune Bobby avec moi ici et…
— Bobby ? Tu m’entends, Bobby ?
— …il n’est pas en état de vous parler.
— Mais s’il ne peut pas parler, comment savons-nous qu’il est bien en votre possession ?

Chase en profita pour pousser à la surface l’un des souvenirs de Journal : un ancien codétenu, lors de l’un de ses séjours en prison, qui avait kidnappé et séquestré un adolescent, que tout le monde prenait donc pour un pédophile et qui avait passé une détention pour le moins difficile. Et ce souvenir fut accompagné d’une information certaine que pourtant il n’avait jamais eue : Bobby était mineure.

À l’autre bout du fil, la voix de Big Boss s’était tendue, mais Chase, qui avait l’habitude de se reposer sur ses impressions télépathiques pour cerner les gens, ne s’en rendit pas compte.

— Peu m’importe ce que vous pensez : mon dessein n’est pas d’obtenir quoi que ce soit de vous. Je veux simplement faire passer un message.

Pour Chase, ils étaient arrivés à une impasse dans le cas Bobby. Le jeune homme tourna le regard vers Charlie, en espérant que l’expérience de l’avocate en matière d’interrogatoires délicats lui suggérerait une voie qu’il n’avait pas empruntée.
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Message posté : Sam 14 Sep - 20:03 Message
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Si, un jour, des gens avaient pensé que Chase Neutron-Grey devait sa place à l’UNISON uniquement grâce à son nom et à ses pouvoirs mentaux – et, il va de soi que Charlie, n’a jamais fait partie de ces gens-là, oh non, tellement pas le genre de ses préjugés ! – C’est qu’ils ne l’avaient pas vu à ce moment précis. Et sûrement à d’autres moments aussi, elle n’en doutait plus vraiment. Du haut de sa vingtaine d’années, loin de ses problèmes de garçon qui pouvaient le rendre son âge réel, Chase prouvait un côté stratège. En une phrase, quelques appellations pompeuses, déjà les regards se croisèrent dans la pièce.  La situation s’y prêterait qu’elle en sourirait, peut-être même qu’elle se serait fendu d’un applaudissement admiratif mais les liens l’en empêchèrent. Avouons que ce n’était pas un mal.

Sans aucune inquiétude sur la teneur du discours de Chase, Charlie en profita pour faire un point nécessaire. Son rendez-vous avec Chase s’était décidé tard, il n’était pas prévu à la base. La lettre, elle avait a priori était la seule à la recevoir, sinon Chase lui aurait dit qu’il avait la même, non ? Neutron-Grey, ici présent, n’avait donc peut-être pas été prévu à la base, sinon il aurait fallu savoir qu’elle l’avait appelé ou qu’elle le ferait. Charlie espérait ne pas être aussi prévisible que cela. Alors, partant de là, si elle avait été la seule cible à la base – elle refoula la culpabilité de cette pensée – Bobby n’avait été entrainé là-dedans qu’au dernier moment pour faire pression sur Chase. Honnêtement, il n’y aurait pas eu besoin de lui pour trainer Charlie quelque part.

Bobby, qui était au centre de la conversation entre BigBoss et Chase, permettait de s’assurer de la docilité de Neutron-Grey. Parce que, essayer d’enlever un type qui peut retourner une arme contre celui qui la tient, ça ne devait pas être des plus évidents. C’était comme envoyer un gamin de deux ans faire du rodéo, peu de chances qu’il ne finisse pas par se faire piéter en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Et, pour faire efficacement pression sur Chase, il aurait mieux fallu s’en prendre à Ellis, c’était à « cause » de lui que tout avait commencé, non ? Charlie en venait à se dire que BigBoss avait été au plus urgent, qu’il avait été chez les Ottershire, qu’il s’en était pris au premier venu et, étant donné le peu de temps dont il disposait… avec un peu de chance, c’était dans cette maison qu’il se trouvait pour gérer les opérations.

_ Vous espérez faire passer comme genre de message ? Parce que, en vous en prenant à un agent de l’UNISON et à une avocate, vous allez simplement –autant reprendre ses termes- vous retrouver avec une enquête sur le dos. Ce n’est pas qu’une salle de jeux qui va fermer, mais toutes celles qui vous avez. A partir de là, vous l’estimez à combien votre perte d’argent ?

Un détail étant donné que, dans cette hypothèse, il ne pourrait même pas voir la couleur de ses gains. Peut-être qu’en prison ils organisaient des tournois de poker ou autres. BigBoss demanda à Journal de reprendre le téléphone et, ce dernier s’éloigna après avoir enlevé le haut-parleur. Si Journal était dévoué à son patron, les deux autres n’étaient là que pour payer un service à Journal, ils avaient été prévenus à la dernière minute. Johnny, lui, ça lui plaisait bien l’idée de mettre sur sa carte de visite « Exterminateur de Neutron », il y voyait comme une phrase poétique… Une question de point de vue. Imper, de son côté, était bien plus mitigé, il n’était pas certain que ce boulot soit très équitable, beaucoup trop de risques. C’est à lui qu’elle s’adressa.

_ Il y aura une enquête et vous savez très bien qu’il vous vendra comme il l’a fait avec ceux qui s’occupaient de cette salle.

Chase avait bien fait son travail de fond. Complice de la séquestration d’un adolescent, sans parler du fait qu’il s’attaquait à un agent de l’UNISON, ce n’était pas rien, c’était bien plus que ses attributions habituelles.

_ Je ne peux pas faire marche arrière maintenant.

Au moins il ne l’envoyait pas voir ailleurs, en une phrase il montrait juste qu’il était déjà coupable d’enlèvement sur deux personnes et que, de toute façon, ça lui retomberait dessus à un moment où à un autre. Peut-être que s’il ne laissait personne en vie, il aura plus de chance de s’en sortir.

_ Je peux vous négocier des accords pour…
_ Fermez là.

Le retour de Journal dans la partie, un brin nerveux, il avait reçu ses derniers autres. Le message à passer passait par la mort de deux personnes spécifiques qui, étrangement se retrouvait attachés et assis sur une chaise devant lui.

_ On pourrait juste écouter ce qu’elle peut nous proposer.
_ On s’arrête à ce qu’on nous demande.
_ Tu sais ce qui se passe en cellule quand on est accusé pour la séquestration d’un mineur ?

Bizarrement, tout le monde avait l’air de savoir de quoi il parlait. Merveilleux Chase. Johnny qui n’avait pas pris la parole se retrouvait entre deux eaux. Imper n’avait pas tort mais, merde, un Neutron-Grey, ça claque quand même. Journal, lui, voulait satisfaire BigBoss, monter les échelons. Il en était persuadé, son boss le protégerait, il n’était pas comme ces sous-fifres de la salle, lui il ne le vendrait pas.

Journal en avait marre de cette situation, il poussa un soupir de gros bras, comme pour signifier qu’il n’y avait que lui qui était capable de rester pro. Il leva sa main armée en direction de Neutron-Grey mais, dans le même mouvement c’est Imper qui leva son arme sur Journal. Il avait besoin de temps pour réfléchir, une fois Chase mort, il sera trop tard pour le faire. Johnny, en voyant ça, a trouvé bon de pointer son arme sur Imper, pour lui dire d’arrêter ses conneries.

Euh… Mokay. Charlie tourna le regard vers Chase l’air plus qu’interrogative semblant lui demander si ce genre de réaction était normal quand il était là, ou si c’était juste… En réalité, elle ne savait même pas comment elle devait qualifier cette situation.
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On croit que c’est fini et… #Chase NG

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