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Circus Minimus [Colin & Chase]

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Message posté : Mer 11 Sep - 1:04 Message
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Le Hasard

ϟ Sexe : Masculin
ϟ Arrivée à Star City : 07/04/2012
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ϟ Nombre de Messages RP : 3134
ϟ Célébrité : L'Homme Mystère
ϟ Crédits : © Renan
ϟ Âge du Personnage : Tous et aucun
ϟ Statut : Tous et aucun
ϟ Métier : Hasard
ϟ Liens Rapides : Star City Heroes
Ce qui était certain à Star City, c'était que les choses les plus extraordinaires pouvaient s'y dérouler. Pourquoi ? Comment ? Difficile à dire. Mais depuis bien des temps maintenant, cette ville semblait attirer les événements étranges, inlassablement. Cela faisait partie du quotidien et plus personne n'en semblait surpris. Et pourtant, en un jour particulier, nombreux furent ceux à noter l'arrivée d'un petit cirque ambulant dans le quartier de Kingston. Il avait l'air d'être l'un de ces cirques familiaux qui faisaient le tour des villes, restant quelques jours avant de repartir vers un autre lieu. Pourtant, malgré cela, ce cirque avait aussi l'air d'être tout autre chose. On ressentait en effet d'étranges sensations à la proximité de ce chapiteau, un peu comme si des choses pas très catholiques s'y déroulaient. Et pourtant, aucune plainte n'avait été émise contre le cirque et la vie se poursuivait, calmement.

L'inquiétude devint un peu plus forte lorsque l'on constata que le cirque était toujours présent en ville après trois semaines. De plus, les gens semblaient manifester des comportements étranges dans le quartier, comme s'ils étaient atteints d'une folie passagère. Cela aurait pu être du à tout un tas de choses, mais inexplicablement, on pensa directement au cirque. Le Cirque du Majestueux Kalah. Si l'on écoutait les réclames, ce cirque appartenait à un dénommé Kalah, un homme de petite taille, clown de son métier, qui disposerait d'incroyables pouvoirs mystiques. Publicité ou réalité ? Nul ne pouvait le dire... Ainsi donc, tout cela avait attisé la curiosité du Cartel Rouge et c'était pour cela que Colin s'était rendu sur place afin de mieux étudier la situation. Lui, le nouveau Maître des Peurs, n'était-il pas le mieux placé pour juger de l'intérêt que pouvait avoir un Clown nain visiblement malsain et potentiellement doté de pouvoirs ?

D'un autre côté, il n'était pas le seul à avoir de l'intérêt pour ce fameux cirque. En effet, l'UNISON s'inquiétait quelque peu de la situation dans le quartier et leur enquête n'ayant rien découvert de particulier, on avait jugé bon d'étudier d'un peu plus près cet étrange endroit. Seulement, sans preuve, il ne pouvait y avoir d'intervention directe et du coup, il fallait user d'un subterfuge. C'est pour cela qu'on avait décidé d'envoyer l'agent Goldwing, mais il allait devoir se montrer à la hauteur. Avec un mentaliste de la peur, un clown aux pouvoirs inconnus et qui savait encore quels maléfices, le jeu allait devenir très compliqué. D'un autre côté, rien n'indiquait que le clown allait vouloir collaborer avec le mentaliste du Cartel Rouge. Bien au contraire, le malsain personnage pourrait vouloir se jouer des deux importuns !


*** *** ***


Voilà pour vous, chers Enfants du Hasard !

Vous souhaitiez une rencontre du Destin sur le thème de l'Héroïsme et nous vous avons mis dans une situation où vous pourrez vous allier comme vous opposer. Un mystérieux troisième protagoniste est aussi de la partie mais personne ne sait ce qu'il va choisir de faire. C'est en effet à vous de le décider

Ceci n'est qu'une introduction pour vous et à partir de là, vous entrez dans un sujet à mener vous-mêmes, selon vos envies ! N'hésitez pas à communiquer entre vous, si vous le souhaitez et surtout, ne tardez pas trop à répondre à votre partenaire ! Je me réserve toutefois le droit d'intervenir à un moment que je jugerais opportun, si besoin est, pour vous servir une belle surprise...

Prenez garde aux caprices du Destin !
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Message posté : Jeu 12 Sep - 16:32 Message
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    Les cirques pouvaient être des endroits fascinants. Pour Colin, l’étudiant en psychologie, c’était un merveilleux terrain d’étude avec des merveilles de cas particuliers. Pour Gula, le mentaliste, c’était un perpétuel festin avec tous ces passants et spectateurs qui se confrontent plus ou moins consciemment à leurs peurs pour pouvoir s’amuser. Si un membre lambda du Cartel – ça peut exister... – se serait senti insulté de se voir envoyé dans un cirque, ce n’était pas le cas du jeune homme. Cela dit, il n’était pas certain de l’intérêt de la chose d’un point de vue criminel. Cela dit, la réputation du cirque ambulant qui s’était installé dans le Kingston avait réussi à capter l’attention des grosses têtes du Cartel. Assez pour qu’ils décident d’envoyer quelqu’un, et forcément, Atia César a glissé le nom de Gula. En même temps, sur le papier, cette mission était parfaite pour lui. Le cirque semblait dégager une ambiance qui n’avait rien de joyeux et qui rendait les voisins inquiets. Dans de telles conditions, les pouvoirs du mentaliste seraient forcément au sommet de leur forme. Sans oublier qu’il saurait se faire suffisamment discret pour mener son enquête sans attirer l’attention.

    Voilà donc que le jeune homme se rend sur les lieux en ce vendredi soir. Habillé d’un jean assorti à sa veste et d’un polo blanc, Colin parcourait les lieux d’apparence festifs où s’alignaient les différents numéros de spectacle. La soirée n’avait rien de bizarre, les numéros en eux-mêmes étaient assez traditionnels et les spectateurs ne semblaient pas choqués par ce qu’ils voyaient. D’ailleurs, ceux que le mentaliste croisait étaient loin d’avoir peur et s’amusaient comme ce qui était de rigueur dans un tel endroit. Certes il n’y avait pas foule, le voisinage, « victime » de la mauvaise ambiance apportée par le cirque s’était bien abstenu de venir, mais ceux qui n’habitaient pas ici n’avaient pas hésité à prendre le métro pour s’y rendre, après tout, avec la fin de l’été, il restait de moins en moins d’attractions de ce genre. Cependant, après avoir déambulé une dizaine de minutes, Colin sentait que quelque chose n’allait pas, mais il ne savait pas quoi et il ne savait pas non plus à quel sens il devait se fier. De plus, d’après ce qu’il arrivait à percevoir dans l’esprit des autres passants, eux ne détectaient rien d’anormal. Il en conclut que son pressentiment lui venait soit de son instinct exercé par les situations dangereuses et – il fallait admettre – extraordinaires qu’il avait vécues, soit de son pouvoir mais à un niveau qu’il ne pouvait pas pleinement appréhender. Mais plus il avançait dans ce festival de spectacles, plus l’impression se renforçait au point d’entendre ou de sentir une sorte de bruit de fond, un murmure qui arrivait parfois, lorsque Colin se concentrait, à rendre les bruits de la foire inaudibles. La première fois que cela lui arriva, le jeune homme s’arrêta de marcher et se mit à tourner sur lui même pour essayer d’identifier la source de ce phénomène... en vain.

    Tandis qu’il se tenait là au milieu de l’allée, les autres passants le contournaient pour avancer vers le prochain spectacle, ou pour aller acquérir une barbe à papa ou toute autre confiserie du genre. Tous étaient indifférents au jeune homme qui restait là immobile tandis que tout autour des personnes incroyables faisaient l’étalage de leurs talents. Personne ne le remarquait, sauf une jeune femme à l’étrange allure. Elle était grande, mince et sa peau était recouverte de maquillage blanc qui lui donnait l’impression d’être faite en porcelaine. Ses yeux étaient dessinés de telle sorte qu’ils ressortaient de manière presque surnaturelle ce qui allait de paire avec son regard intense et captivant, un peu triste aussi. Elle était vêtue de ses habits de cirque ; une espèce de tutu gris argent qui surplombait des bas argentés de danseuse. Elle avait des ballerines à ses pieds, une noire et une blanche. Son haut était fait de la même matière et de la même couleur que ses bas et se contentait de recouvrir son ventre et sa poitrine, laissant ses bras recouverts de blanc  exposés à l’air frais du mois de septembre. On ne voyait pas ses cheveux, ils étaient recouverts par une sorte de bonnet noir autour duquel pendaient de multiples petites clochettes en argents qui carillonnaient gaiement à chacun de ses mouvements. Son nom de scène était Perle et s’il n’avait rien de très original, il n’empêchait pas les hommes d’être hantés par ce nom et surtout par le visage de sa propriétaire lorsqu’ils posaient les yeux dessus. L’intrigante créature, en dépit de ses clochettes, parvint à s’approcher de Colin d’un pas gracieux sans que celui-ci ne la remarque. Derrière lui, elle se pencha en avant pour que ses lèvres soient près de son oreille, Perle murmura alors :


    – Si tu veux des réponses, suis le lapin couvert de ronces...

    Colin se retourna immédiatement, surpris par cette voix qui semblait venir de nulle part et surtout qui s’était trop bien mélangée au bruit de fond qu’il captait en ces lieux. Mais il n’y avait personne, Perle avait disparue. Il avait beau regardé autours de lui, Colin ne voyait personne qui pourrait correspondre à cette voix, et personne autours ne semblait s’en soucier. C’est alors qu’il vit un groupe de jeunes particulièrement bruyant passer à côté de lui, ils avaient tous un look punk et l’un d’eux, doté d’une crête assez impressionnante pour mériter d’être nommé attraction capillaire, portait une veste brune au dos de laquelle était dessiné un lapin... entouré de ronces piquantes... Colin n’aimait pas trop tout ça, mais sa curiosité était bien piquée et il se mit à suivre de loin le groupe de punks. Ce faisant, il passa devant un stand auquel se tenait une vieille dame dotée d’un œil de verre assise sur une table ronde sur laquelle reposait un paquet de carte. Elle attendit que Colin se soit éloigné pour sortir d’un de ses châles un téléphone portable qu’elle utilisa pour passer un appel.    

    – Kalah, Nous avons un invité spécial... Oui, Perle l’a déjà approché... De sa main libre, elle prit la carte qui se trouvait au sommet de sa pile et la posa devant elle, face découverte, elle représentait une sorte de tigre écarlate. Il est du Cartel Rouge...   La voyante retourna une deuxième carte qui cette fois représentait un chevalier en armure bleue... Et on dirait que nous allons avoir droit à une autre visite...
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Message posté : Sam 28 Sep - 16:35 Message
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— C’est une plaisanterie ?

La cheffe de section regarda Chase d’un air embarrassé : elle devait bien l’avouer, cette mission-là était difficile à vendre.

— Les habitants de Kingston sont très inquiets.
— Je veux bien, sérieusement, mais un clown nain sadique et mystique ? Je ne sais, vous ne pouvez pas demander à…

Il chercha quelqu’un susceptible d’être intéressé par ce genre de choses et se déchargea lâchement de son fardeau sur la personne la plus bizarre qui lui vint à l’esprit.

— Adrian ?
— Ce n’est qu’un consultant et puis, vous êtes le mentaliste le plus résistant et…
— Je veux un congé.
— Pardon ?
— Après cela, je veux un congé de deux semaines.

Ce fut donc armé de la promesse écrite de quinze jours de congé après son enquête que Chase, ce soir-là, les mains enfoncées dans les poches de son blouson et l’air assez peu ravi, pour être honnête, pénétra dans le petit cirque du majestueux Kalah. En une autre époque, il eût vraisemblablement été ravi d’une pareille affectation : d’abord, les cirques, c’était amusant (clowns mis part, parce que, comme il l’avait dit à Lukaz, il avait un peu peur des clowns) et ensuite, il aimait être sur le terrain. Mais, depuis son retour du Japon, son antipathie pour l’UNISON allait croissant et chaque ordre était reçu avec une exceptionnelle mauvaise grâce.

— Des chouchous, de bons chouchous mon chou !
— Euh…

Chase adressa un regard un peu perplexe à l’énorme vendeuse de friandises qui lui adressa un sourire édenté

— …non. Merci.

Il commençait à comprendre pourquoi l’endroit était aussi peu fréquenté : si c’était pour se faire accueillir par un semblable spectacle, ce n’était pas très encourageant. Lui néanmoins, chez qui la curiosité l’emportait de très loin sur le malaise, ne pouvait s’empêcher de sentir sa mauvaise humeur diminuer et son excitation croître à mesure qu’il déambulait dans les travées parfois un peu fantomatiques du cirque, se glissant entre des visiteurs qui n’avaient décidément pas l’air aussi traumatisés que l’UNISON avait bien voulu le lui dire. Pourtant, l’agence n’était pas réputée pour ses exagérations.

Chase s’arrêta un instant devant une contorsionniste. Le spectacle de la femme aux torsions inhumaines, exécutées avec juste assez de résistance pour qu’on ne pût pas croire à une mutation, n’éveillait pas en lui, qui était habitué aux démonstrations de Victoria, un grand étonnement, mais il constituait une excellente excuse pour arrêter de marcher et laisser son esprit vagabonder seul dans les travées du cirque.

En quelques secondes, l’endroit lui présenta un tout autre visage. Il y avait quelque chose de sombre, quelque chose d’indéfinissable qui passait de pensée en pensée, insoupçonné chez la plupart des visiteurs, atteignant à peine le vague inconfort chez les autres, et qui pourtant suintait comme une substance huileuse des cerveaux, et dans cette plaie générale et purulente, quelques nœuds de résistance se formaient. Ici, une mentaliste. Là, un autre. Ici, encore. Un peu plus, et ils allaient pouvoir former une congrégation. Chase se replia prudemment sur lui-même : si quelqu’un sentait sa présence télépathique, les choses pouvaient se compliquer inutilement. Mieux valait progresser pas à pas.

Quittant la contorsionniste, il fit quelques pas et fut harponné par une nouvelle voix.

— Chase Neutron-Grey…

Le jeune homme se retourna vers la voyante et esquissa un sourire poliment amusé.

— Je crains que deviner mon nom ne révèle pas d’une prouesse médiumnique très impressionnante.
— Je vois… De grands changements.

Elle retourna une carte où flottait une pleine lune dans un ciel d’un noir profond.

— Et un animal en cage.

Chase ne put empêcher son visage de frémir. En cage, c’était précisément ainsi qu’il se sentait et la Lune se passait d’explications. Mais son esprit positiviste, peu réceptif à la divination, même après des mois passés à l’UNISON, ne pouvait pas s’empêcher de n’y voir autre chose qu’un effet Barnum. Il tâta le terrain néanmoins :

— Vous êtes un cirque, les animaux en cage, ça doit vous connaître.
— Certains animaux sont faits pour être libres.
— Et il est plus prudent d’en emprisonner d’autre.
— La prudence est la vertu des faibles, chevalier.
— Chevalier ?

La voyante tapota d’un doigt osseux la carte du chevalier bleu, avant de retourner une nouvelle carte, où un chevalier se dressait sur un cheval majestueux.

— Un antagoniste ?

La voyante esquissa un sourire peu rassurant, avant de suggérer :

— Une transformation ?

Chase la fixa un instant en silence, avant de secouer la tête, pour se convaincre lui-même et chasser les pensées peu saines que la femme avait cultivées en lui. D’un ton aussi dégagé que possible, il interrogea :

— En fait, je voudrais voir les clowns. Par où ?

Il n’aurait jamais cru demander un jour une chose pareille. Les clowns, franchement, c’était bien sa chance ! Le même doigt osseux lui désigna la direction que Colin avait prise quelques minutes plus tôt et, sans un remerciement, le regard resté un instant fixé sur la carte du chevalier noir, Chase s’éloigna du stand pour s’enfoncer un peu plus avant dans le cirque, en suivant l’allée. Il ne tarda pas à apercevoir un jeune homme, précédé lui-même par une troupe de punks qui avaient l’air de progresser au hasard des différentes attractions. Chase n’avait pas posé un instant les yeux sur Colin qu’il se sentit envahi par une sensation de danger. Un mentaliste savait en reconnaître un autre et l’étendue de leurs pouvoirs respectifs ne leur permettait guère de rester entièrement discrets l’un pour l’autre.

Jugeant qu’il eût été inutile de tenter de se fondre dans la foule et que s’il avait repéré Colin, sans doute Colin l’avait-il aussi repérer, Chase franchit à grands pas la distance qui le séparait du mutant et, après s’être assuré de l’infaillibilité de son bouclier mental, il posa le regard sur lui et interrogea :

— Vous aussi, vous avez une passion pour les clowns et vous suivez les conseils cryptiques d’une voyante plutôt floue ?

Avec toute la naïveté du monde, Chase n’eût pas été capable de croire à une coïncidence : la présence d’un autre mentaliste dans ce cirque plongé dans une atmosphère de plus en plus crépusculaire alors qu’ils se perdaient dans le méandre des tentes, il ne pouvait l’attribuer au hasard. Et il savait pertinemment que ni la Légion, ni l’UNISON n’avaient envoyé d’autres agents sur les traces du majestueux Kalah. Le jeune homme qui se trouvait là à ses côtés poursuivait soit ses propres intérêts, soit ceux d’un groupe tiers, très probablement antagonistes aux siens.

Chase ne voyait pas l’intérêt de se voiler la face : tout cela devait être évident entre eux.

— Parce que vous savez, je suis très possessif, avec mes clowns.

Avec tout autre qu’un mentaliste, Chase se fût inquiété de n’être pas pris au sérieux : son jeune âge, ses cheveux d’ange blond, ses grands yeux bleus, rien de tout cela ne lui donnait un air très impressionnant. Mais il suffisait de tenter de pénétrer dans son esprit pour se rendre compte qu’il n’avait vraiment rien du visiteur lambda, dans ce cirque : toutes ses pensées, toutes ses perceptions sensorielles et tous ses sentiments paraissaient enfermés dans une chape d’adamantium qui eût fait passer les télépathes les mieux protégés de Star City pour des passoires mentales.

— Les clowns, c’est un peu comme les papillons : on les attrape, on les épingle et on essaye de les identifier. Et ceux qui se mettent en travers des chasseurs de papillons, on les attrape aussi, on les menotte et on pose des questions, peut-être, un jour, après.

Ce disant, ils étaient arrivés exactement à l’entrée du cirque. Chase haussa un sourcil perplexe. Il lui restait tout de même, bouclier mental ou non, des expressions faciales parfaitement déchiffrables.

— Vos punks tournent en rond.

Il fouilla la foule soudainement fort dense du regard.

— D’ailleurs, vos punks ont disparu.

Pour lui, le cirque venait, en quelques minutes, de passer de curiosité locale à endroit franchement suspect. Plus loin, un cracheur de feu récoltait les applaudissements un peu automatiques de quelques spectateurs.
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Message posté : Dim 29 Sep - 15:20 Message
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    Flashback – peu après avoir été nommé second d’Atia César

    L’ancien gladiateur se trouvait dans le bureau e la grande patronne du Cartel. S’il avait été du genre impressionnable, il aurait probablement eut la bouche grande ouverte devant tant  d’élégance dans la décoration, les couleurs et tout ce qui rendait la pièce vraiment impressionnante. Colin se trouvait chez madame César, chez elle, dans son lieu d’habitation. Cela était déjà une vraie marque de confiance. Heureusement pour lui et pour elle, le jeune homme n’était pas du genre impressionnable, même s’il était tout à fait capable de reconnaître sa chance. Ils étaient là afin de discuter de la nouvelle position de Gula, de ce qu’elle allait engendrer et ce qu’elle allait lui demander. La discussion venait de changer de sujet et maintenant Atia tendit une tablette numérique au jeune homme qui posa son verre de whisky (accepté plus par politesse que par plaisir) pour prendre l’objet qui affichait plusieurs photographies ; des personnalités dont Colin reconnaissait certains visages.  


    – Voici la liste des personnes que je te demanderai d’éviter à tout prix pour le moment.

    Le jeune mentaliste considéra la liste. Le Commander, Le Corbeau, La Grue qui faisait partie de la Légion des Etoiles, Octavius Simien, Dr Otaku, l’Archimage... les grosses têtes de la ville, les gens les plus puissants qu’on pouvait rencontrer... probablement dans toute cette zone de la galaxie.

    – J’imagine que je ne fais pas le point contre... n’importe lequel d’entre eux... déclara le jeune homme, réaliste mais légèrement amère. Si tôt dans leur entretien, la femme de pouvoir venait d’aborder les limites de son nouveau bras droit. Pas très optimiste tout ça... Et un peu blessant pour l’égo que le jeune homme s’était construit au fil de ses combats dans le Circus.  

    – Là n’est pas la question... Même si tu étais capable de les battre, je te demanderais de ne pas les approcher. Chacun possède des ressources suffisantes pour se servir d’une seule rencontre avec toi pour remonter loin... trop loin...

    Il avait compris. Même s’il n’aimait pas ça, Colin était assez futé pour comprendre ce qui était en jeu. Il comprenait également que si ces personnes étaient aussi puissantes, ce qui était indiqué sur cette tablette n’englobait probablement pas la totalité de leurs capacités. Le mentaliste la considéra un moment, faisant défiler la liste qui aurait de quoi faire peur à la Mariée de Kill Bill.

    – Et si je ne peux pas les éviter ?

    Le jeune homme était également assez réaliste pour savoir qu’avec sa nouvelle position, ses nouvelles responsabilités, les chances pour qu’il tombe sur un de ses individus étaient plus élevées que la moyenne. Il fallait donc bien se préparer au pire... Atia César l’observa d’un air scrutateur sans rien dire; elle le jaugeait. Au bout d’un long échange de regard, elle lui accorda une réponse :

    – Heureusement pour nous... ils ont tous des points faibles que tu pourrais exploiter...

    Madame César lui accorda un sourire complice qui rendit son bras droit étrangement fier. L’émotion était telle que ce qu’il avait sous les yeux ne lui faisait plus vraiment peur. Pourtant la tablette lui montrait maintenant le visage du plus puissant mentaliste de la planète...

    Retour au présent

    – Vous aussi, vous avez une passion pour les clowns et vous suivez les conseils cryptiques d’une voyante plutôt floue ?

    Colin se retourna brusquement, décidé cette fois à avoir quelque chose sous les yeux lorsqu’il cherchera l’origine de cette voix, même si c’en était une autre. Il était sur les nerfs. Son esprit était à cran, comme si une force étrangère et puissante n’arrêtait pas de l’effleurer. C’était frustrant car le mentaliste n’arrivait pas à en déterminer l’origine. Mais lorsqu’il vit qui venait de l’interpeller, il eut tout de suite une idée nette. Chase Neutron-Grey, connu pour être le plus puissant mentaliste qui soit, se trouvait en face de lui ; Colin Lockhart a.k.a. Gula, autrement dit un insecte comparé à ce colosse d’énergie psychique. Pourtant physiquement, le blondinet n’avait rien d’impressionnant. Gula pourrait aisément le vaincre d’une pichenette... s’il arrivait à lui mettre la main dessus bien sûr. Mais serait-il assez rapide pour achever son adversaire avant que celui-ci ne lui assène une attaque mentale si puissante qu’il en oublierait son nom ? Rien n’était moins sûr... Et puis... attaquer un Neutron-Grey, c’était comme s’assurer 4 ennemis mortels. Non, ce n’était pas la stratégie à avoir. D’autant que les pouvoirs de Gula lui permettaient de ressentir ce mur de puissance qui l’empêchait même de sonder ou de capter les peurs du NG. Point positif cependant : le héros n’avait apparemment pas encore bien sondé l’esprit de Colin, car celui-ci n’avait pas déjà subit d’attaque directe. Autre point positif : l’étudiant en psychologie était un bon acteur.  

    – Ca alors ?! Chase Neutron-Grey ! C’est bien vous ?

    Réaction stupide et question purement rhétorique, en tant que mentaliste, Colin était bien placé pour savoir que c’était lui et pas une pâle copie. D’ailleurs son statut de mentaliste devait probablement être la raison pour laquelle le jeune NG était venu vers lui. Il l’avait reniflé. Et la suite des propos du héros confirma cela. Une chance pour lui; Colin s’était bien gardé de laisser ses phéromones de peur s’échapper de son corps. Il était venu ici en repérage, non pas pour créer une panique générale. Et même, en y pensant, ces phéromones seraient peut-être sa seule chance dans un éventuel affrontement avec Mentalis. Mais ils n’en étaient pas encore là. Et avec un peu de chance, ils n’y viendraient pas ce soir. Par mesure de prudence, Colin se concentrait sur les choses les plus horribles et terrifiantes qu’il avait vues ou faites. Le dixième de ces images suffirait à faire hurler et pleurer le plus insensible des vétérans, avec un peu de chance, ça suffirait à déstabiliser le NG si celui-ci s’amusait à faire un tour dans la tête de Gula... OK, avec beaucoup de chance en fait. Pendant que l’ancien gladiateur élaborait un plan de défense, Chase parlait de son clown. Colin comprit qu’il était venu pour la même raison que lui : enquêter sur cette histoire de cirque. Et apparemment, il semblait décidé à garder le clown pour lui. Une possibilité qui n’inquiéta pas vraiment le jeune homme. Si Kalah se faisait embarquer par l’UNISON, ça ferait une menace en moins, car pour l’instant, le clown était considéré comme une menace potentielle pour le Cartel. Si l’organisation voulait amener une source de problème dans leurs quartiers, Gula serait prêt à leur dérouler le tapis rouge. Malheureusement, la simplicité n’était pas encore d’actualité, il y avait toujours l’éventualité de pouvoir faire de Kalah un atout pour le Cartel Rouge.

    – Vous savez... je ne suis pas venu pour... voler votre clown. Chase avait l’air dubitatif. Il était évident qu’il avait des soupçons. Peut-être même pensait-il que Colin était responsable des évènements étranges qui collaient le Cirque ambulant. Je suis juste venu voir ce qui se passait ici... Je ne sais pas pour vous, mais je sens qu’il se passe des choses... bizarres ici.

    Pas la peine de nier le fait qu’ils étaient tous deux des mentalistes. Ce serait insulter la puissance de Chase Neutron-Grey. Et franchement, dans de telles circonstances, jouer l’imbécile ingénu ne serait pas crédible du tout. Ainsi Colin jouait le mentaliste bienfaiteur ou en tout cas curieux. Ca, ça devrait passer. Parce que ses pouvoirs lui indiquaient clairement qu’il se passait quelque chose de pas net ici. D’ailleurs, l’étrange gagna en ampleur car le NG fit remarquer que la piste de Colin – les punks – avaient disparus. Gula ayant concentré son attention sur le nouvel arrivant, il n’avait pas fait attention.

    – Ce ne sont pas mes... Il les chercha du regard, mais comme l’avait dit le super héros, ils n’étaient plus là. Et en plus, les voilà devant l’entrée... ou la sortie... le message n’était pas très subtil: le cirque voulait-il qu’ils s’en aillent ? Ils étaient juste là ! Là, il ne faisait que penser à haute voix.

    Tout en continuant à chercher les punks, il vit qu’un cracheur de feu recevait de vagues félicitations pour sa prestation. Maintenant qu’il n’était plus totalement obnubilé par la présence de Chase, il réalisa que le « bourdonnement » qu’il entendait depuis tout à l’heure avait gagné en puissance... Comme s’il provenait d’une foule...


    – Vous entendez ?

    Franchement, Colin se demandait s’il ne devenait pas fou, il espérait donc que Chase percevait quelque chose... Cela dit, si la rumeur était vraie et que le jeune prodige possédait un bouclier mental à toute épreuve et que le bourdonnement était de nature psychique, il y avait peu de chance pour que ce soit le cas.  Néanmoins, avant que Chase ne réponde, une voix qu’on pourrait qualifier d’excentrique hurla à quelques mètre d’eux, elle venait d’un chapiteau qui avait été dressé à côté de l’allée qui menait vers le cœur de parc d’attraction. Colin l’avait remarqué plus tôt, mais il y avait trop de monde et il n’avait pas pu s’approcher... En y repensant, ils étaient où ces spectateurs maintenant ? Ce n’était pas comme s’il avait croisé une foule massive...  

    – Approchez mesdames et messieurs, approchez pour assister au plus incroyable spectacle que vous n’ayez jamais vu !!! Approchez voir ce numéro qui changera votre vie !

    Ca sentait le piège à plein nez. Néanmoins, il n’avait pas trop le choix. Et il ne tenait pas vraiment à faire copain copain avec le Neutron-Grey, trop risqué. Sans attendre l’avis de ce dernier, Gula avança en direction du chapiteau, suivant la voix enthousiaste de celui qui s’avérera être Kalah.  
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Message posté : Dim 29 Sep - 15:56 Message
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Les exclamations faussement ébahies de Colin trouvèrent un Chase peu concerné. D’une, il n’avait jamais été très proche de ses fans. De deux, il préférait se méfier de tout ce qui se trouvait dans ce cirque sinistre et Colin, en mentaliste, arrivait, si ce n’était en tête des menaces, tout du moins en bonne place. Il se contenta donc de hausser les épaules et de parcourir toujours la foule du regard, à la recherche de quelque chose qui sortait du lot — en dehors des voyantes, des contorsionnistes et des cracheurs de feu, bien entendu.

Son interlocuteur était donc, à ce qu’il prétendait, l’un de ces espèces de touristes un peu dérangés qui venaient observer les dégâts causés par une tempête particulièrement sauvage, une fois les vents calmés, les eaux retirées et les débris éparpillés un peu partout. Chase haussa un sourcil. Il avait senti ce qui se passait et il était venu voir ? C’était possible. C’était suspect, surtout. Un brin ironique, le Neutron-Grey murmura :

— Votre côté bon samaritain, je suppose.

Cela dit, il était pour l’heure plus intéressé par ces fameux punks volatiles que par les intentions douteuses ou non de l’autre mentaliste. Rapidement, il laissait son esprit s’étendre sur le cirque, à la recherche d’un signe quelconque, et à nouveau, la masse noire et suintante l’attendait, comme une oppression dont le poids grandissait. Il se replia aussitôt, de plus en plus préoccupé. Les applaudissements fatigués des spectateurs n’annonçaient rien de bon et, déjà, à l’annonce d’un spectacle exceptionnel, Colin lui filait entre les doigts.

Décidément, tout le monde tenait à lui fausser compagnie dans ce cirque. Et puis, qu’est-ce qu’il était censé entendre, au juste ? En dehors des pas zombifiés de la foule qui disparaissait peu à peu dans le chapiteau, sans entretenir de grandes conversations, et de la rumeur de la ville, à peine audible, quoiqu’elle entourât le cirque de toute part, il n’entendait rien, strictement rien — et ce fut à cette curieuse conclusion qu’il acquit la certitude définitive que le cirque était seulement le théâtre de sinistres agissements, mais, plus encore, qu’il y avait là une puissance à l’œuvre qu’il ne fallait pas négliger.

Chase sortit de son immobilité pour rejoindre à grands pas le chapiteau, à son tour, mais il fut attrapé par le poignet et attiré un peu à l’écart par une créature à la blancheur nacrée. Perle s’assurait, consciencieuse qu’elle était, que Kalah n’eût jamais affaire qu’à un seul mentaliste à la fois. Mieux valait ne pas prendre de risque inutile. Chase dégagea sèchement son poignet.

— Vous permettez. Il y a un spectacle exceptionnel, il paraît, et j’aime les spectacles exceptionnels.

Perle leva un index et secoua lentement la tête, de gauche à droite.

— Votre ami. Dangereux. Comme un tigre.
— Quel ami ?

Les deux pans de toile qui livraient passage vers le chapiteau venaient de retomber lourdement derrière le dernier des spectateurs et les allées du cirque étaient désertes. Chase jeta un regard impatient par dessus son épaule.

— Celui comme vous. À l’intérieur.
— Celui à qui je parlais tout à l’heure ? Un tigre, vous voulez dire qu’il est du Cartel ?

Rien de surprenant à cela : voilà qui confirmait une partie de ses soupçons. Perle, elle, était pleinement satisfaite : elle avait capté son intérêt, pendant que Kalah réalisait son petit tour à l’intérieur du chapiteau.

— Du Cartel. Comme vous.
— Je ne suis pas du Cartel.
— À l’intérieur.

Chase ne put s’empêcher de laisser échapper un soupir exaspéré.

— Écoutez, je serais ravi en d’autres circonstances de continuer à partager avec vous de si éclairantes indications psychologiques, mais j’ai du travail.

Sur quoi il tourna les talons pour se cogner aussitôt à une, puis deux, puis cinq personnes, qui sortaient du chapiteau. Déjà fini ? Machinalement, Chase sonda les esprits, tant pour savoir l’état qui était le leur que pour retrouver Colin. Et dans chacun d’eux, il la sentait là, une petite fissure dans la psychologie, inoffensive chez certains, chez d’autres plus menaçantes. Oh, il n’y avait peut-être pas de véritables victimes. Deux ou trois, peut-être.

Un instant partagé entre la nécessité de retrouver Colin et celle de soigner ceux qui avaient été atteints par il-ne-savait-trop-quoi, Chase finit par se précipiter à l’intérieur du chapiteau, soucieux de ne pas laisser le mentaliste, qui n’en était pas ressorti, seul à seul avec ce qui pouvait devenir une arme puissante pour le Cartel. Mais le chapiteau était entièrement vide : les gradins entouraient une piste de sable circulaire et rien, si ce n’était quelques prospectus, qui flottaient par le vent s’engouffrant sous la toile.

Au pas de course, Chase traversa la piste aux étoiles pour atteindre l’entrée des artistes, passa sous la toile et se retrouva nez-à-nez avec un tigre. Un vrai, cette fois-ci, encore dans sa cage et l’air peu ému par tout ce remue-ménage. Ironique. Le jeune homme contourna la cage pour se retrouver dans un labyrinthe de roulottes.

— Vous cherchez quelque chose ?

Chase manqua de sursauter. Il fit volte-face. Perle était là.

— Kalah.
— Dans sa roulotte.
— Il a vite quitté la scène.

La jeune femme ne répondit rien, mais c’était inutile : les pupilles de Chase s’étaient imperceptiblement dilatées et, à toute vitesse, le mentaliste parcourait les souvenirs, les pensées, l’inconscient de la circassienne. Des spectacles, des rencontres, une enfance, rien de sérieux. Kalah. Ici. Elle avait reçu des ordres : séparer les mentalistes. Ils savaient donc qu’ils étaient là. Kalah, remonter le fil, les autres rencontres, les autres discussions. Un éclair de douleur traversa l’esprit de la jeune femme, rebondit sur le sien et le corps de Perle s’affaissa mollement au sol.

— Aucun de nous ne peut vous donner des réponses sur Kalah que Kalah lui-même.

La voyante, enveloppée toujours dans son châle, parfaite incarnation d’une image d’Épinal, était apparue à son tour par l’entrée des artistes et contemplait sans émotion le corps inerte, à la respiration lente, de Perle, inconsciente sur le sol.

— Et vous me montreriez sa roulotte, alors ?

La voyante désigna Perle, terrassée par la douleur.

— Son sort n’a pas l’air de vous émouvoir.
— Je travaille.
— C’est bien ce que je pensais.

La vieille femme contourna Perle et referma ses doigts osseux sur le poignet de Chase, pour l’entraîner entre les roulottes.
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Message posté : Dim 29 Sep - 19:42 Message
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    Non content d’être le mentaliste le plus puissant qui soit, Chase Neutron-Grey semblait également pourvu de putains de neurones. La comédie de Colin, habituellement assez efficace pour convaincre qui il voulait de ce qu’il voulait ne suffit pas à percer les défenses du blondinet. Celui-là méritait amplement de faire partie de la liste que lui avait donnée Atia César. Gula espérait de tout cœur que le reste de la famille ne soit pas de la même trempe sinon il ne donnait pas chère de leur peau. Heureusement, cela ne suffit pas à déstabiliser le gourmand. Feignant l’indifférence, il préféra se concentrer sur sa mission, conscient que tant que l’agent de l’UNISON n’aurait pas la preuve du contraire, il ne lui fera rien... directement. Du coup l’étudiant en psychologie passa à la franchise, même si d’un point de vue externe, les différences dans la performance n’étaient pas perceptibles.

    – Pas vraiment...

    Colin n’avait jamais prétendu être un bon samaritain, non, ça il ne s’amusera même pas à essayer d’en persuader un tel mentaliste. Mais il n’allait pas non plus tenter de plaider sa cause comme un avocat. Déjà il n’y arriverait probablement pas, mais surtout il n’en avait ni le temps ni l’envie. Le jeune homme était nerveux et avait d’autres choses en tête que le jeune NG... même s’il n’était pas certain que le cirque soit la plus grande menace qui soit en ces lieux. Une chose à la fois. Colin alla donc sous le chapiteau de fortune pour assister au « grand spectacle » du... un peu moins grand Kalah. Le maître de cérémonie se révélait être un clown nain à la mine... plutôt sinistre, en dépit de son maquillage haut en couleur. Le jeune homme se demandait même s’il avait une vrai barbe ou s’il s’agissait simplement de son costume. Pourtant les habits d’un clown ne font pas vraiment dans la subtilité... En tout cas, quelque chose dégageait de ce clown. Quelque chose de puissant et de malsain. Et bien sûr, ce quelque chose était indéfinissable, en tout cas pour l’humble mentaliste que Colin était. Le clow du haut de sa petite taille braillait pour essayer de chauffer la foule. En observant cette dernière – assez clairsemée au passage – le mentaliste se rendit compte qu’elle était plus... vive, plus spontanée que celle qu’il avait croisée dehors, pour la plupart. Il remarqua également que le groupe de punks qu’il avait suivit, se trouvait là. Le lapin aux ronces se montrait aussi enthousiaste qu’un gamin. Concernant Kalah, Colin aurait juré avoir croisé son regard à plusieurs reprises. Le message était clair : il savait à qui il avait affaire.

    – Mesdames et Messieurs ! Je vais maintenant  vous montrer la fierté de notre cirque: le spectacle de bulles et lumières !!!
    *qu’est-ce que c’est ce délire?* pensa le jeune mentaliste pendant que les autres spectateurs laissaient leur excitation s’exprimer.

    Les lumières du chapiteau s’éteignirent à l’exception de celles qui étaient sur scène : celles de deux lampadaires électriques (mais qu’est-ce qu’ils font ici ceux-là ?). Les deux appariels semblaient plutôt vieux... très vieux même. Sans être un expert, Colin parierait qu’ils datent de l’époque des tout premiers lampadaires. Tandis qu’ils dégageaient leur lumière un peu tamisée (normal vu l’âge des engins), une douce musique s’éleva... d’on ne savait où. Du sol ? Colin balaya l’endroit du regard, mais il ne vit ni instrument, ni enceinte. Les autres ne firent pas attention et se contentèrent d’émettre des « wouaaaah » ou des « ooooooh ». Puis les ampoules des lampadaires se mirent à clignoter... puis à changer de couleurs. C’est alors que l’un des deux généra se qui semblait être... une bulle. Comme celles que les enfants produisent en soufflant dans des anneaux imbibés de savon. Les formes s’élevèrent dans les airs, certaines plus grandes que d’autres, rejointes par celles produites par l’autre lampadaire. Et plus elles envahissaient la salle, plus la musique gagnait en intensité. Gula devait l’avouer, esthétiquement, ce spectacle était... psychédélique. Mais n’empêche... fallait quand même être sacrément défoncé pour réagir comme le faisait la foule. Soudain, le rythme de la musique explosa, et chacune des bulles se mit à générer une vive lumière qui lui était propre. Une était rose bonbon, l’autre jaune, une autre verte... Toutes ressemblaient à ces boules qu’on pouvait trouver dans des boîtes typées disco. Pas franchement le trip de Colin, mais bon... ça restait agréable. Alors que l’ambiance atteignait son comble... Colin sentit la poche de son pantalon vibrer; il recevait un appel. Mais c’était bizarre... on aurait dit que le téléphone vibrait... plus lentement que d’habitude. N’y faisant néanmoins pas attention, il attrapa son appareil et vit qu’Isaac essayait de le joindre. Il décrocha.  


    – Colin... heures... essaie... cirque... mec... deux... ine... toi... ...viens... gang.

    Appel pour le moins bizarre. Colin avait beau hurler dans son téléphone (ou en tout cas essayer de hurler au milieu du vacarme que faisaient les fans en délire), il avait l’impression qu’Isaac ne captait rien. Il avait l’impression d’entendre un message laissé sur boîte vocale, mais en même temps, la voix de son acolyte était... fragmentée. Si bien qu’il ne comprenait pas la moitié de ce qu’il lui disait. Gula éloigna l’appareil de son oreille pour regarder l’écran, mais celui-ci n’affichait rien de clair. Détail intriguant : l’horloge n’était pas à l’heure et elle clignotait... elle ne fut pas seule longtemps d’ailleurs car tout son écran se mit à faire de même jusqu’à ce qu’il s’éteigne. Au même moment, une force invisible attrapa son esprit comme s’il s’agissait d’une orange à presser et Colin ressenti une douleur au crâne, si grande qu’il tomba à genoux au sol et qu’il s’en fallut de peu pour qu’il se mette à crier. La torture ne dura pas... ou elle dura au contraire, le mentaliste avait un peu perdu la conception du temps, mais lorsqu’il se releva, le spectacle était fini et le chapiteau s’était vidé. L’éclairage normal était revenu, les lampadaires de Narnia étaient éteints et Kalah était assis sur le devant de la scène, le regard insondable rivé sur Colin. Les deux hommes s‘observaient l’un l’autre et lorsque Colin se releva pour confronter le maître de cérémonie, ce dernier s’adressa à lui avec sa drôle de voix :

    – Je ne pensais pas que tu serais assez puissant pour résister à la récolte.
    – La... quoi ? Qu’est-ce que vous venez de faire ? Mais Colin aurait mieux fait de parler à un âne.  
    – Mais tu es clairement un mentaliste... particulier... Je devrais t’accorder un traitement correspondant.
    – Mais de quoi vous parlez bon sang !? Le jeune homme commençait à être réellement agacé par toute cette histoire. Cerise sur le gâteau, il sentait la peur s’emparer de lui, et le plus frustrant, c’est qu’il ne s’agissait pas de celle de Kalah.
    – TA GUEULE !!! TA GUEULE PTIT MERDEUX ET SUIS-MOI !!!

    Silence, Kalah venait d’exploser et d’hurler sur Colin. Paradoxalement, cela rassura le jeune homme. La colère, il pouvait gérer. La folie... il pouvait imaginer. C’était plus réconfortant que de ne pas savoir à quoi on avait affaire. Mais bon, c’était là son seul rayon d’espoir, car il y avait encore cette force qu’il n’arrivait pas à identifier. Et il n’était pas sûr que cette présence soit associée au clown lunatique. Celui-ci se leva et se dirigea sur le côté de la scène, en direction des loges, laissant Colin seul dans la fosse. Le mentaliste réalisa alors qu’il n’entendait plus rien de l’extérieur, pourtant même dans ce cirque, il y avait un peu de bruit, ne serait-ce que venant des artistes. Il vérifia son portable, mais celui-ci ne fonctionnait toujours pas. Le choix n’était plus très large maintenant, il suivit donc le chemin prit par Kalah et ouvrit la porte qui menait vers les loges.

    Gula se retrouva alors dans un couloir, rien de bien surprenant. Les cloisons qu’on avait montées à la va vite rendaient l’espace plutôt restreint, et il n’y avait aucune porte mis à part celle qui se trouvait au bout du couloir. Le choix était encore plus limité. Le mentaliste avança et ouvrit la nouvelle porte pour se retrouver cette fois... Au milieu d’une prairie sous un soleil lumineux et chaleureux. Là pour le coup, Colin était surpris, et pas qu’un peu. Il avait beau regarder autours de lui, c’était bien une prairie, immense, située dans une vallée apparemment car elle était entourée de montagnes. Loin devant lui, il crut voir une étendue d’eau. Dans le ciel, des nuages plus blancs que ceux qu’il avait jamais vus voguaient au rythme du vent qui versait sa brise sur le visage du jeune homme, sur l’herbe, les arbres, et portait le chant joyeux des oiseaux aux oreilles du brun. Si on oubliait la situation dans laquelle il se trouvait, le paysage était magnifique, une illusion ? Un piège de Mentalis ? Non, car une voix retentit derrière lui; reconnaissable entre toutes: celle de Kalah, accompagnée par l’ambiance sinistre et unique qu’il avait déjà ressentie à plusieurs reprises dans le cirque. Colin se retourna donc et vit que le clown se trouvait dans l’encadrement de la porte qu’il venait d’emprunter, sauf qu’elle se trouvait à plusieurs mètres de Gula et que celui-ci n’avait pas bougé depuis son arrivée dans ce qui semblait être une réplique de La Comté. Le mystérieux personnage hurlait, mais cette fois plus pour se faire entendre que pour exprimer sa rage. En plus il avait l’air plutôt content cette fois :  


    – Ohééééé ! Monsieur le mentaliste ! Bienvenue dans le Royaume des rêves, j’espère que vous vous y plairez ! Le cirque Kalah vous offre le séjour ! Le temps qu’on s’occupe de Monsieur Mentalis, vous voyez ? Ensuite on... Il s’interrompit dans son élan et se retourna, comme si quelqu’un lui avait adressé la parole de l’autre côté de la porte. Puis, après avoir hoché la tête pour montrer à son interlocuteur invisible qu’il avait compris, il se tourna vers son « invité ». Désolé, je dois vous laisser. Je reviendrai vous chercher quand j’en aurai fini... ou pas ! HAHAHAHAHAHAHA

    Sur ce rire démoniaque bien digne d’un clown barjot, Colin s’élança pour essayer de l’attraper, mais il était trop loin, et la porte avait disparue bien avant qu’il puisse l’atteindre. Rageant et pestant contre ce satané clown et contre lui-même, il se rendit bientôt compte que les oiseaux s’étaient soudainement arrêtés de chanter. Le silence qui avait fait place était pesant... mais surtout menaçant. Ayant l’impression d’être observé dans son dos (une habitude ce soir), il se retourna et vit à quelques pas de lui un homme qu’il n’aurait jamais imaginé revoir en ces lieux : Charlie Stacy, les mains dans les poches, tout sourire.

    – Bonjour Colin !

    Pendant ce temps, du côté du cirque. Kalah avançait dans le couloir que Colin avait emprunté pour arriver comme par miracle dans le Royaume des Rêves. Le clown emprunta une nouvelle porte qui le mena cette fois à l’extérieur, là où les habituations mouvantes de la troupe étaient installées, il regarda sa montre avant de s’asseoir. Il ne s’était passé que quelques minutes depuis que Colin avait fait faux bond au Neutron-Grey. Ce dernier avançait parmi les roulottes, guidé par la Voyante. Ils finirent par arriver devant une sorte de caravane dont l’arrière était agencé de manière à ressembler au perron d’une maison typiquement Américaine. Kalah était installé sur une chaise à bascule situé en haut des escaliers qui menaient à l’entrée de la maison ambulante. Il observait Chase d’un œil gourmand...  

Spoiler:
 
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Message posté : Dim 29 Sep - 21:17 Message
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Au moins, la voyante se montrait un peu moins nébuleuse que Perle. Ses réponses plus claires, plus humaines, plus logiques, convenaient mieux à Chase. Manifestement, sa présence dans le cirque ne constituait pas un mystère pour ses habitants, qui ne cherchaient pas non plus à cacher la nature peu recommandable de leurs activités.

— Donc, Kalah est un mentaliste ?
— Il est très ingénieux, en effet.

Sur le coup, cette distinction n’alerta guère Chase.

— Et vous avez tous la même, disons, soupape de sécurité que Perle ?
— Étant donné la teneur de notre… spectacle… disons que nous nous attendons à attirer des mentalistes. À défaut de pouvoir résister, Kalah préfère que nous soyons fuyants.
— Mais si vous ne voulez pas attirer l’attention, pourquoi rester aussi longtemps ?

La Voyante secouait la tête d’un air navré et Chase crut percevoir en elle une pointe de regret. Dissensions au sein de la fine équipe ?

— Ces derniers temps, Kalah étend la durée de la récolte. Je suppose que c’est inévitable.
— La récolte ?

Pour un peu, Chase avait l’impression de se retrouver au tout début de Buffy contre les vampires, ce qui n’était pas franchement rassurant, surtout si l’on considérait que Colin, qui devait être plus ou moins son Angel, n’avait pas l’air décidé à refaire son apparition. Mais la Voyante s’abstint cette fois-ci de répondre à sa question, et pour cause : ils venaient d’arriver devant la « maison » de Kalah. Et Kalah se balançait d’arrière en avant en observant Chase.

— Kalah, je présume.
— Et voilà Mentalis !

Chase haussa les épaules, tandis que la voyante, derrière lui, s’éclipsait.

— Je n’aime pas trop les surnoms grandiloquents.
— Celui-là vous va mal ! Pourquoi pas… Boucle d’Or ? Ma Mignonne ? Princesse ?

Kalah laissa échapper un petit rire sardonique, qui ne rencontra qu’indifférence de la part de Chase. Le mentaliste était beaucoup plus occupé à essayer de déterminer si le clown était fou ou trop sûr de lui. Connaître son surnom, c’était connaître au moins de réputation l’ampleur de ses pouvoirs. Et personne n’aurait eu l’air si sûr de lui dans ce cas-là, à moins de jouir de solides protections. Ou d’être un peu cinglé. Les deux, pourquoi pas.

— VOUS NE RIEZ PAS ?

OK. Cinglé, alors.

— Je cherche mon ami.
— À votre ami, le maître, le maître, il aime les surnoms grandiloquents, lui. LA PEUR !

Chase s’immisça dans l’esprit de Kalah. Ni résistance, ni… Rien. Le clown fut pris d’un rire sardonique.

— Vous cherchez quelque chose qui ne s’y trouve pas, Mentalis.
— Pour un clown, vous manquez un peu d’esprit…
— Et de la répartie, avec ça !
— …mais je suis sûr de pouvoir le trouver quelque part.

Les pupilles de Chase se dilatèrent un peu alors que son propre esprit recouvrit brusquement l’ensemble du cirque, sondant les spectateurs vidés de leur énergie psychique, blessés, qui se dirigeaient lentement vers la sortie, les acrobates, les cracheurs de feu, et quelque part, dans une roulette, dans une petite boîte, quelque chose, quelque chose d’étrange. La masse noire qui avait surplombé le cirque avait disparu, elle s’était résorbée, et ce qu’elle avait caché au départ était devenu plus clair à présent.

— Vous n’êtes pas mentaliste.

Un frémissement insatisfait parcourut la paupière de gauche de la coquille vide qui s’appelait Kalah.

— …ingénieux…

Une hypothèse toute nouvelle se formait dans l’esprit de Chase. Un peu trop tard. Il se retrouvait nez à nez avec un objet tout à fait inattendu, dans ce cirque où rien ne se passait jamais normalement : un 9mm.

— Je suis fâché, Mentalis, fâché, fâché, FÂCHÉ. Vous m’obligez à recourir à des moyens TRÈS grossiers. DANS LA ROULOTTE.

À nouveau, Chase tenta de pénétrer dans l’esprit de Kalah, mais d’esprit, décidément, il n’y avait pas et il ne pouvait pas étendre son emprise sur ce qui n’existait pas. Bien contraint d’obtempérer, parce que sa télékinésie, toujours bien rudimentaire, ne risquait pas de lui sauver la mise, Chase grimpa les quelques marches et pénétra dans le couloir nu qu’avait découvert Colin avant lui.

Puisqu’il en était là, autant vérifier ses hypothèses à haute voix.

— Vous avez une machine, alors, je suppose. Qui fonctionne… Je ne sais pas comment. Visuellement, sans cela, vous n’auriez pas besoin d’un spectacle. Auditivement, parce que l’autre mentaliste avait entendu quelque chose. Et votre esprit… Est quelque part dans la machine. Vous laissez planer l’atmosphère de mystère, pour qu’on ne vous oppose que des mentalistes. Et qu’est-ce que les mentalistes peuvent faire contre les machines ? C’est ingénieux, en effet.
— Vous rendez tout si plat, tout si ennuyeux, vous, les scientifiques. Vous ne comprenez pas qu’il ne faut pas regarder derrière le rideau. Ce qui compte, c’est le spectacle, pas les trucs. N’avez-vous pas une âme d’enfant ?
— Cela dit, vous avez sans doute besoin de magie. Les machines comme ça, je n’en connais pas, et… Je ne sais pas. Vous récoltez de l’énergie psychique, de toute évidence. Je suppose que vous essayez de récolter celles des mentalistes qu’on vous oppose, quand vous pouvez. La mienne, par exemple.
— Une pièce d’exception à ma collection. Ouvrez la porte.

Chase appuya sur la poignée pour découvrir une prairie. Bon. Ça, ça ne rentrait pas très bien dans sa belle théorie de la machine magique. Ou peut-être que si : il ne s’y connaissait pas assez en magie pour en être tout à fait certain. Sur le moment, il regretta de ne pas avoir intensifié ses séances avec Adrian : peut-être alors en aurait-il appris assez pour savoir exactement ce à quoi il avait affaire.

— GAMBADEZ, MENTALIS, GAMBADEZ !

Du bout du canon, Kalah le poussa dans la prairie et la porte se referma derrière Chase, sur le rire démoniaque de Kalah. Chase parcourut le paysage du regard et se retourna en direction de la porte. Qui avait disparu.

— …évidemment…

De l’autre côté de la porte, un cracheur de feu paniqué se précipitait vers Kalah.

— QUOI ?
— Ô, Majestueux Kalah, il semblerait que… euh…

Kalah pointait son arme sur l’homme.

— Parle, sombre crétin.
— …il semblerait que la Machine ait été un tout petit problème…

Le clown pâlit. Sa voyante lui avait dit de ne pas être trop gourmand, et pourtant, Mentalis, Mentalis, c’était trop tentant. Il emboîta le pas à son sous-fifre, tandis que Chase, les mains enfoncées dans les poches de son blouson, parcourait la prairie d’un air méfiant. Il devait bien avouer qu’en l’absence de porte et, surtout, en l’absence de gens, il se sentait un peu perdu. Il lui aurait fallu un chemin, quelque chose comme une indication.

Un chemin s’étendit aussitôt à ses pieds.

— Il ne me manque plus qu’Humpty Dumpty…

Chase ignorait encore qu’il se trouvait au Pays des Rêves. Oh, des rêves, il en faisait, beaucoup. Des illusions, il en créait, aussi, beaucoup. Et ces derniers temps, ses rêves n’avaient pas grand-chose d’agréable. Au-dessus de la prairie, dans le ciel, des nuages noirs s’amoncelaient de plus en plus et, bientôt, des éclairs gigantesques déchirèrent la quiétude mortifère des lieux. Chase leva les yeux vers le ciel et, au lieu d’un sentiment d’appréhension, ce que l’envahit ressemblait beaucoup plus à de l’excitation. Une sensation familière. Une sensation de puissance. La Pierre de Lune.

Pendant ce temps-là.

— Non-non-non-non-non. NON. NON. NON.

Kalah martelait avec la crosse de son revolver l’un des deux lampadaires, parcouru d’étincelles.

— Qu’est-ce que vous avez ? Je suis sûr que vous avez fait quelque chose ! Vous êtes tous contre moi !

La voyante secoua calmement la tête.

— Je t’avais prévenu, Kalah, je t’avais prévenu : nous aurions dû partir plus tôt, la récolte était déjà bien suffisante.
— TOI LA BOHÉMIENNE TU LA FERMES OU JE TE TRÉPANE À COUPS DE CANON !

Le clown passa une main dans ses cheveux, avant de hurler d’une voix suraiguë :

— PÉRISCOPE, PÉRISCOPE ! Je veux voir ce qui se passe là-bas.

Sur un petit écran hors d’âge, la silhouette de Chase progressait dans un paysage de plus en plus désertique. Tout cela était décidément très mauvais signe.
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Message posté : Mar 1 Oct - 14:21 Message
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    Voyant que tout se passait bien (pour l’instant) dans la visite de Chase, Kalah décida de voir ailleurs. Par le biais d’une manipulation technique fort archaïque, le clown changea de chaîne afin de voir ce qui se passait du côté de Gula. Il le vit alors, toujours au milieu de la prairie où il l’avait laissé. Le mentaliste se tenait là au milieu et... semblait discuter avec quelque chose ou quelqu’un que l’écran ne montrait pas. Pourtant il avait beau jouer avec le zoom, le maître de cérémonie ne voyait personne, rien. Et ça, ce n’était pas normal ! Le magouilleur maquillé s’emporta donc une nouvelle fois, décidément à bout de nerfs, une veine d’une taille inquiétant vrillait sur un côté de son front.

    – Mais qu’est-ce qu’il fait celui-là ? POURQUOI IL RESTE PLANTE LA ? AVEC QUI IL CAUSE ? Ce n’est pas normal !!!!

    Derrière lui, la voyante pencha la tête pour voir ce qu’il y avait sur l’écran de son maître. Avec une expression insondable, elle hocha la tête tout en répondant avec un calme qui paraissait divin à côté du caractère irascible de son maître.  

    – Vous l’avez dit vous-même, ce mentaliste est particulier. Son sombre pouvoir le lie de façon unique au Royaume des rêves. Encore une fois, vous auriez dû y réfléchir à deux fois avant de...
    – TU VAS LA BOUCLER, OUI ? VIELLE BIQUE !!!! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse, que je le laisse s’approcher de la troupe. Je suis sûr que tu aurais adoré voir tes camarades pris de panique !

    La voyante ne répondit rien, mais ne s’arrêta pas de secouer lentement la tête en signe de dénégation, comme si elle déplorait cette situation. Pendant ce temps, le clown bouillonnait tout en essayant visiblement de trouver une solution ou un plan. Mais plus il voyait Colin discuter avec... il ne savait même pas avec quoi ou qui et ça c’était le plus irritant.

    – Mais pourquoi  le Jabberwocky ne fait-il rien ?  Il a pourtant déjà commencé à s’occuper du Neutron-Grey !

    Cette fois la voyante eut le bon sens de ne pas donner son avis même si elle savait que c’était ce qu’elle devait faire. Après tout, Kalah la gardait pour cela. Mais le patron était dans un tel état qu’il valait mieux laisser la pression s’épuiser un peu avant de re essayer de lui faire entendre raison. Pourtant elle pourrait lui faire part de ses théories. Comme elle le lui avait déjà dit, ils avaient fait une bonne récolte, une très bonne même et peut-être qu’avoir les yeux plus gros que le ventre devait avoir atténué les capacités de leur arme secrète. Mais cette explication ne tenait pas la route, après tout Gula avait été le premier à pénétrer dans le monde des rêves, et Mentalis, pourtant beaucoup plus puissant que le premier, était lui accueilli comme tous les autres mentalistes qui s’étaient aventurés à mettre leur nez dans le cirque. Il y avait donc autre chose et la voyante tenait entre les mains un élément de réponse... ou au moins une piste. La bohémienne avait tiré de nouvelles cartes et l’une d’entre elles, celle qui était au sommet du paquet qu’elle tenait, montrait l’ombre d’un oiseau de proie. Un ennemi ou une menace que personne n’avait anticipé... quelque chose qui empêchait leur grand Jabberwocky d’approcher Colin Lockhart.

    Pendant ce temps, dans le Royaume des rêves, du côté de ce même Colin Lockhart, une discussion inattendue se poursuivait. Le jeune homme s’entretenait avec l’homme qui avait dirigé son exorcisme, plusieurs années auparavant.


    – Bonjour Colin !

    Le concerné ne répondit rien et ne bougea pas, pris de stupeur en reconnaissant cet homme qui étrangement n’avait pas changé d’un pouce depuis toutes ces années.  

    – Tu ne dis rien ? Pourtant tu devrais t’agiter, tu sais. Ce n’est pas l’endroit le plus sûr pour un mentaliste.
    – Marre que personne ne réponde aux questions que je pose. Cette réponse fit rire celui qui ressemblait à Charlie Stacy et dont le visage était aussi chaleureux que dans les souvenirs de Colin.  
    – Allons, ne boude pas, je suis là pour t’aider, alors...
    – Vous n’êtes pas l’agent Stacy !
    L’homme qui en avait pourtant l’apparence se figea et considéra son interlocuteur d’un air plus sérieux cette fois. Il ne répondit rien mais se contenta de hocher la tête afin de donner raison au mentaliste.

    – Une illusion alors ? Pitié, me dites pas que vous êtes une manifestation de mon inconscient, je ne suis pas d’humeur à ça.
    – C’est... compliqué... Mais en tout cas, sache que je n’ai rien à voir avec Kalah... Crois-moi... je n’approcherais en aucun cas ce vers de terre., vu le bazar qu’il met ici...
    – Qu’est-ce que...

    Colin fut interrompu par ce qui ressemblait à un rugissement qui venait... d’on ne savait où. Le jeune homme ne parvenait pas à déterminer l’origine, mais ce n’était pas si étonnant vu l’endroit dans lequel il se trouvait. Il avait néanmoins l’impression que ça venait de loin. Le rugissement lui fit froid dans le dos et lui donna l’impression d’être un gamin au milieu d’un orage particulièrement garni d’éclairs.  
    – C’était quoi ça ?
    – Ca.. c’était le Jabberwocky, il a dû tomber sur un gros morceau... décidément, c’est très animé par ici en ce moment !
    – Le quoi ?

    Pendant ce temps, sous le chapiteau du démoniaque Kalah ; ce dernier venait de trouver une solution à son problème, ou plutôt aux multiples problèmes qui s’imposaient à lui en cette belle soirée de fin de récolte. Le clown prit bruyamment sa respiration avant de partager son plan à ses acolytes.

    – Bon... Je m’occuperai du tigrounet plus tard... On va commencer par se concentrer sur Boucle d’or.
    – Je ne pense pas que ça sera aussi facile que...
    – Pour cela ! s’empressa d’ajouter Kalah avant de prendre une longue, forte et exagérée inspiration, une fois plein d’air, il l’expulsa grossièrement avant de poursuivre : Nous allons utiliser une partie de notre récolte afin d’augmenter la puissance du Jabberwocky... PEEEEERLE !!!

    Le rideau qui cachait l’entrée du chapiteau se mit à remuer avant de laisser entrer une Perle aux yeux rougis. En dépit de son état qui semblait secoué, la jeune femme répondit d’un air rêveur :

    – Maître?
    – Va préparer le rituel. Nous allons encourager notre bébé... Toi, Flamme au bec, tu t’occupes de la fermeture, j’veux pas que le public nous fasse de crasse. Et toi... Il pointait du doigt la vieille voyante qui observait la scène avec une patience de sage. Tu vas enfiler tes habits de cheerleader et tu vas te préparer, oublie le maquillage ancestral, on va se la jouer surprise party ce soir. Je veux du positif ! On va les presser comme des citrons !!!

    Sur ces ordres, tout le monde s’exécuta, laissant Kalah seul sur scène à balancer les bras le long de son corps d’un air satisfait malgré la nervosité qui l’animait encore. Il se mit alors à ricaner, fier de son plan démoniaque et se dirigea vers la sortie des artistes pour se mettre au boulot, lui aussi avait du pain sur la planche. D’un pas leste, il traversa le campement de la troupe pour arriver devant une roulotte peu commune : elle était noire et entourée de chaînes en fer, si bien que rien ne pouvait y entrer ou en sortir. Autours du véhicule, Perle s’activait afin de placer des bougies et des herbes avec une précision géométrique. Kalah s’approcha de la porte sur laquelle les chaînes se rejoignaient en un gros cadenas. Il sortit une clé de sa poche et ouvrit avant de monter. L’intérieur n’était pas plus grand qu’un abri de jardin, l’éclairage provenait de bougies disposées au sol, les murs et le plafond étaient recouverts de chaînes identiques à celles qui ornaient l’extérieur, sauf que cette fois elles convergeaient toutes sur le mur en face de l’entrée. Un mur qui n’en n’était pas un d’ailleurs ; contre lui était adossé une large et vielle console de contrôle, avec des commandes « rustiques » un peu comme celles des premier trains à charbon. Au centre du dispositif, quelque chose s’élevait jusqu’à toucher le plafond : un tube en verre qui ressemblait à un aquarium et qui était rempli d’un liquide vaseux. Kalah s’approcha de la console, suivit de près par Perle qui s’employa aussitôt à disposer de nouvelles herbes, bougies et des totems difformes qu’elle prenait soin de poser comme s’il s’agissait de bombes. Kalah leva la tête et s’adressa à l’aquarium:

    – Mon petit... ne t’inquiète pas nous allons te donner un coup de main. Tu ne vas pas manger le petit Neutron-Grey sans moutarde, n’est-ce pas ?
    – Maître nous avons un problème : le public ! Certains ont déjà commencé à tout péter ! Le cracheur de feu venait juste de faire passer sa tête dans l’entrebâillement de la porte afin de prévenir le clown.  Mais ce fut Perle qui réagit en prenant la parole d’un air indifférent, presque absent.
    – C’est certainement la faute des deux mentalistes... Leurs pouvoirs on dû accélérer le processus...
    – Contiens-les, fesses-les, chasse-les, fais quelque chose mais évite de faire venir les flics. On peut dire que nos invités aiment se donner en spectacle...

    Sur cette note d’ironie qui ne manqua pas de faire rire Kalah, le messager repartit au travail. Mais la porte n’eut pas le temps de se refermer car la voyante entra avec un panier en osier recouvert d’un linge sous le bras.

    – Haaaaa, la belle mère de Blanche-Neige a apporté le picnic. On va pouvoir commencer!

    Retour dans la dimension onirique.

    – Ne te soucie pas du Jabberwocky. De toute façon, tu es intouchable ici... Le clown a été très stupide de t’envoyer dans le Royaume des rêves.

    Colin enregistra cette information avant de se rappeler que cet endroit n’avait probablement aucun intérêt pour le Cartel. Les rêves c’était bien beau, mais ça n’apportait pas de pouvoir.

    – Intouchable, comment ça ?

    L’image de l’agent Stacy eut un sourire amusé, il répondit sur un ton moqueur.

    – Le Cartel... Le Cartel... César... quand est-ce que tu penses par toi-même, au juste ?

    Cette fois, le mentaliste était vraiment surpris, il observa son interlocuteur qui se révélait de plus en plus mystérieux et qui venait apparemment de lire dans son esprit, ou en tout cas de deviner ce qui s’y terrait. Charlie se détourna de Colin pour faire les cent pas juste devant lui, allant de la gauche à la droite et vice versa tout en reprenant :

    – Oh bien sûr, il y a ton travail à l’université... mais tu n’y mets pas beaucoup de cœur n’est-ce pas?
    – J’en étais sûr... un examen de conscience...
    – Et si on s’asseyait ? Une parole qui fut immédiatement accompagnée par le geste. Charlie se tourna face à Colin et s’installa dans l’herbe en passant les bras autours des genoux. Ne t’inquiète pas, je ne suis pas là pour juger toute ta vie qu’elle soit professionnelle ou personnelle. Mais si tu veux, on parlera des garçons plus tard.

    Proposition qui fut accueillie par un soupir exaspéré que le jeune homme poussa avant de daigner s’asseoir en tailleur en face de celui qui comptait apparemment jouer les Yoda.  

    – Okidoki, maintenant entrons dans le vif du sujet.
    – Tu comptes me dire comment je vais faire pour tordre le cou de cet enfoiré de clown?
    – Oublie le clown. Il va se détruire tout seul... A moins que ton copain s’en charge... C’est un sacré phénomène celui-là, garde-le !
    – Pas sûr qu’il soit d’accord...
    – Hééééééé... tu sais bien que tout le monde a une part d’ombre. Je suis prêt à parier que la sienne est aussi grande que la tienne... P’tet même plus... Tu pourrais y nager comme un poisson dans l’eau. Tu sais faire, ça.
    – Je ne savais pas que mon inconscient avait des tendances suicidaires.
    – Haaaa tu n’es pas sûr de toi... Voilà qui nous amène au sujet principal. Dis-moi... d’où crois-tu que te viennent tes pouvoirs, exactement?

     L’expression sur le visage de Colin se figea alors qu’il regardait son opposant. Il déglutit avant de reprendre la parole.

    – Vous êtes quoi au juste?

    Pour toute réponse, il eut droit à un sourire mauvais plus effrayant encore que le cri du monstre de tout à l’heure. Pour agrémenter ce sourire, le reflet de Charlie Stacy laissa ses yeux se remplir de noir... Le même que celui qui habite ceux de Gula lorsqu’il use de ses pouvoirs.  
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Message posté : Mar 1 Oct - 16:31 Message
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Chase observa un instant les crevasses qui s’étendaient devant lui, tout en bas d’une falaise gigantesque et, pris d’un doute, il se retourna vers l’agréable prairie qu’il venait de parcourir…

…pour découvrir une plaine aux arbres calcinées.

— OK…
— Alors ?

Le mentaliste sursaute en observant la Voyante qui venait d’apparaître à côté de lui.

— Bordel. Vous êtes là, vous ?
— Entre autres.
— Ne commencez pas avec vos phrases de Pythie, je commence à être…

Le mentaliste fut interrompu par un cri qui déchira le silence venteux de son paysage apocalyptique. D’une voix mal assurée, il interrogea :

— Il y a des Nazgûls, ici ?

Lui et ses références de geek. La Voyante haussa un sourcil.

— Nazgûl ?
— Laissez tomber, j’ai dû rêver.

Précisément.

— Qu’est-ce que vous êtes ?
— Tu ne préfères pas me demander où on est ?
— Une dimension parallèle, un monde mystique, peu importe. Moi, je suis bien plus perplexe par votre propension à être toujours là où il faut, sans vous inquiéter de rien.
— C’est le Royaume des Rêves.

Encore une suspecte peu conciliante.

— Ça fait très Starla et les Joyaux Magiques.

À nouveau, la Voyante haussa un sourcil et Chase, avec un petit sourire victorieux, conclut sobrement :

— Donc, vous avez beaucoup plus d’une centaine d’années. Tout le monde connaît Tolkien.
— Je n’ai pas la télévision.
— C’est bien ce que je dis. Kalah travaille pour vous ?
— Kalah travaille pour Kalah.
— Mais vous ne travaillez pas pour lui.

La Voyante esquissa un sourire.

— Intelligent. Les autres mentalistes commencent par utiliser leurs pouvoirs et se poser des questions.
— Si c’est le Royaume des Rêves, je crois que je vais m’abstenir.
— Pourquoi ? Si c’est le Royaume des Rêves, c’est un monde psychique. Si c’est un monde psychique, tu pourrais être ici comme un dieu.
— Je n’ai pas envie d’être un dieu, j’ai envie de sortir.
— Pourquoi ? Continuer à être un petit chevalier bleu qui n’utilise pas ses pouvoirs quand ce n’est pas sage ?
— Ça s’appelle la morale.
— Ça s’appelle la lâcheté.

Un nouveau cri, cette fois-ci beaucoup plus proche et beaucoup plus puissant, ébranla le paysage. Littéralement : un petit séisme se déclara, creusa les crevasses en contrebas et fit s’effriter une partie de la falaise. Chase commença à courir, mais la falaise tombait derrière à lui à mesure qu’il avançait, menaçant toujours de le rattraper. Il accéléra autour que possible, tandis que la voix de la Voyante continuait à résonner dans son esprit.

— Le Royaume des Rêves, Mentalis. À quoi cela sert-il de fuir quand on peut façonner le monde à sa volonté ? Les rêves éveillés, n’est-ce pas ta spécialité ?

Chase sentit son pied dérapé et, cédant face à la nécessité, il ferma les yeux pour créer une illusion de prairie assez semblable à celle qu’il avait vue en entrant dans le Royaume. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était là, essoufflé, un genou dans l’herbe moelleuse, sous un frais soleil de printemps. La Voyante, enveloppée dans ses châles, se tenait toujours à ses côtés.

[color=purple]— Tu vois. Créer le monde, ce n’est pas si compliqué.[/purple]
— C’était quoi, ça ?
— Le cri ?

La « femme » haussa les épaules.

— Le Jabberwocky.
— Comme dans Lewis Carroll ?
— Une idée de Kalah. Il croit que le Jabberwocky va te manger.

Génial. Très rassurant.

— Tu as peur ?
— Je suis un mentaliste, pas un surhomme.
— Le Royaume des Rêves. Un dieu.
— Je. N’ai. Pas. Envie. D’être. Un. Dieu.

Nouveau haussement d’épaules. Au loin, nouveau cri. Une fumée noire commençait à ramper sur la prairie : elle coulait d’un vallon entre deux collines, un peu plus loin, et descendait, comme un animal rampant, sur la plaine. Les cris du Jabberwocky se multipliaient, sans cesse plus stridents, même la voix de la Voyante, toujours claire et distincte, murmura d’un ton sardonique :

— Eh bien réfléchi, petit Neutron-Grey, réfléchi dans le petit carré qu’on t’a donné en naissant. Et tu seras battu par un clown.

Derrière les collines, un forme se détachait dans la fumée, ou était-ce la fumée qui prenait forme ? C’était… Un Nazgûl. Pas comme Nazgûl, non, vraiment, tout à fait, un Nazgûl, le Roi-Sorcier d’Angmar, celui qui avait donné des cauchemars à Chase pendant toute son enfance, lorsqu’il lisait tard le soir, à la lumière de sa lampe torche, caché dans son lit, puisque lorsqu’il avait vu les films. C’était ridicule, mais devant cette apparition, il ne put empêcher un frisson glacé de descendre sur son corps, tandis que la fumée noire s’enroulait autour de ses jambes, de ses hanches, de sa taille.

— AH AH ! AH AH AH ! AAAAAH AAAH AAH AAAH !

Exultait Kalah, devant sa console de contrôle, manifestement peu préoccupé par les crépitements électriques qui jetaient de toute part des étincelles inquiétantes. Derrière lui, une voix qu’il n’avait plus entendue depuis bien des décennies murmura soudainement, précise et distincte malgré le tumulte du cirque, tout autour d’eux, où les spectateurs saccageaient le chapiteau et les stands, sans que les membres de la troupe parvinssent à les contenir.

— Kalah.

Le clown se retourna d’un bond et pâlit à la vue de la femme à la beauté atemporelle qui le fixait.

— Non-non-non. Qu’est-ce que vous faites là, vous ? Tout se passe bien, tout se passe très bien, très très bien, la machine, la Pierre, tout est parfait, parfaitement sous contrôle, sous contrôle.
— Nos consignes étaient très claires, Kalah.
— Très claires, oh la, oui, très très claires, limpides. À la lettre, appliquées, les consignes.

Dans le Royaume des Rêves, le Roi-Sorcier d’Angmar, plus vrai que nature, débitait sinistrement de sa voix grinçante :

— Nul humain ne peut me tuer.

Chase voulait bien le croire. Un peu paniqué, il promena son regard autour de lui. Dans la roulotte qui abritait la console de contrôle, Kalah essayait désespérément de prendre son air le plus studieux.

— J’ai bien entretenu les convecteurs d’énergie psychique, là, comme vous aviez demandé et, et… Le matériel est comme neuf ! Ah, ça crépite un peu, mais c’est normal, hein, les vieilles machines, vous savez ce que c’est, on n’est jamais trop sûr, mais un peu d’huile, un coup de serre-boulon…

Il tapota le flanc métallique de la machine d’air aussi confiant que possible.

— Et on y verra que de feu !
— Il est temps de rejoindre ton esprit, Kalah.
— Oh la. Une seconde. Faut voir. On peut pas attendre qu’il ait mangé Boucle d’Or avant ?
— Tu seras content : il a bien prospéré sous Notre garde.

Et le corps mécanique du clown tomba mollement au sol. Dans le Royaume des Rêves, le Roi-Sorcier d’Angmar tressaillit et Chase sentit soudain quelque chose d’un peu inédit. Un esprit. Un esprit humain, ou presque humain, une présence confuse, une présence qui lui rappelait quelque chose. Vaguement. La voix de la Voyante revint brusquement le hanter.

— Alors, une larve ou un dieu ?
— Je suis occupé à pas crever, là, vous permettez.
— Les dieux ne meurent pas.

Le Roi-Sorcier d’Angmar se ressemblait de moins en moins, comme une vieille photographie d’identité. Il avait laissé place à un homme dont les traits n’étaient pas sans évoquer ceux de Kalah : la même barbe, le même regard captivant, mais plus grand, un peu plus âgé surtout. Le clown qui avait perdu sa tenue de clown resta un instant interdit puis, rassemblant à lui la fumée qui l’entourait dans une sphère tournoyante, la propulsa sur Chase.

Enveloppé dans un brouillard épais qui rentrait par ses narines, par sa bouche, coulait dans ses poumons et menaçait de l’étouffer, envahi par la punique, Chase continuait d’entendre distinctement la Voix.

— Ne meurent pas, ne meurent pas, ne meurent pas…

Les paupières du mentaliste tombèrent lourdement sur ses yeux et il se concentra sur ses pouvoirs d’illusionniste. La fumée se dissipa petit à petit. Il rouvrit les yeux. Ses pupilles, plus larges que celles d’un chat en pleine nuit, fixaient Kalah, moins majestueux maintenant qu’il était plus grand.

— Oh la, pas prévu, ça. Écoute, Boucle d’Or, Chase, Mentalis, on peut s’arranger, on peut… J’ai beaucoup récolté, tu sais, je peux t’en donner, l’énergie psychique, de la bonne, de la pure, ça fait deux cents ans que je fais ça, et puis, et puis…

Il désigna du doigt la Voyante et hurla frénétiquement :

— CE SONT EUX, LÀ, EEEUUUX. EUX QUI M’ONT PROPOSÉ. DONNÉ LA MACHINE.
— Un dieu.

Mentalis insinua un choc mental dans l’esprit de Kalah. Du sang s’écoula lentement par la narine gauche de l’ancien clown. Par ses yeux. Sous ses ongles. Il fallut cinq longues minutes au corps de l’homme qui avait vécu deux siècles pour se vider totalement de son sang et tomber, inerte, sur le sol. Les yeux de Mentalis reprirent leur aspect normal et, après un silence, il murmura d’une voix lointaine :

— Comment on fait pour sortir ?
— Retrouve ton ami Gula. Il serait très content de te voir, je crois.

Elle jeta un regard au cadavre de son ancien pantin avec un sourire.

— Vous avez tellement de point commun. Après tout, Kalah, tu aurais pu te contenter de l’endormir…

Et la flaque de sang avait finalement atteint les chaussures de Chase.
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Message posté : Jeu 3 Oct - 13:24 Message
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    Colin se releva brusquement et faillit trébucher, en proie à une frayeur qu’il n’avait pas connue depuis plusieurs années maintenant. Pourtant, c’était bien ça, c’était le monstre... L’aura, l’énergie, qu’émettait l’image du corps de Charlie Stacy ressemblait en tout point à celle dans laquelle le jeune homme avait baigné durant une période sombre de son enfance. Pour une surprise terrifiante, c’en était bien une...

    – Toi... !

    Le désagréable sourire qui ornait le visage de son opposant s’aggrandit devant cette réaction pour le moins spontanée. En cet instant, Colin n’était plus qu’un enfant, le même qu’il avait possédé il y a de ça quelques temps.

    – Content de voir que tu ne m’as pas oublié.
    – Comment ? Que... ? La peur qui teintait de façon inédite la voix de Colin amusa grandement Charlie qui émit un rire inhumain qui pourrait presque faire passer les cris du Jabberwocky pour un doux chant de sirènes.

    – J’habite ici. Quoi de plus normal pour l’esprit de la peur que de vivre dans le monde où tous les cauchemars se rejoignent ?

    Toujours sous cette apparence, le monstre leva les bras et le décor changea brusquement. Le ciel se noircit complètement et l’herbe disparut de même que la prairie, laissant place au néant... Colin n’y voyait plus rien, ou plutôt si, il parvenait à distinguer son propre corps, celui de « Charlie » mais également le sol qui semblait être devenu à lise, froid et gris, comme du carrelage. Le mentaliste avait beau regarder dans tous les sens, il n’y voyait que les ténèbres. Prit d’un ancien réflexe, il se mit à courir pour échapper à la seule chose qui arrive à lui faire véritablement peur. Mais qu’importe sa vitesse ou le temps qu’il mettait à courir, il tomber toujours pile en face de lui. La créature le laissa se fatiguer ainsi tout en l’encourageant à sa manière en riant de plus en plus fort. Finalement, Gula s’écroula de fatigue aussi bien émotionnelle que physique. Profitant de son état de faiblesse, le monstre s’approcha de lui et posa une main sur sa tête.

    – Ne t’inquiète pas mon enfant, tu n’as aucune raison de me craindre, tu sais. Après tout, tu as tellement bien répandu ma bonne parole sur ton passage.

    Sur son visage d’homme, la sincérité était présente et s’il n’y avait pas ces yeux noirs ni cette force maléfique qui se dégageait de lui, on pourrait lui donner le bénéfice du doute. Colin s’arrêta alors de trembler et leva les yeux pour observer la chose qui avait fait de lui ce qu’il était. L’esprit se pencha davantage sur lui, jusqu’à ce que le nez de Charlie frôle le cou du jeune homme. Celui-ci ne put empêcher un frisson de lui parcourir la colonne vertébrale en réponse à ce contact. Charlie renifla.

    – Et cette odeur exquise... Tu es allé bien plus loin que ce que j’aurais pu imaginer. Je suis vraiment fier.

    De ses deux mains, il prit le visage du mentaliste et colla son front sur le sien dans une position à la fois intime et complice.

    – Je suis tellement content que l’autre imbécile t’ait fait venir ici. J’avais beaucoup de mal à te contacter dans le monde matériel. Tu te souviens, n’est-ce pas ?

    Bizarrement, Gula voyait exactement ce qu’il voulait dire. Il faisait référence à cette période de l’année dernière où il n’arrêtait pas de faire des cauchemars inexpliqués et impossible à analyser. D’ailleurs, ils avaient finit par s’en aller... non... c’était juste qu’il s’y était habitué et avait réagit de la seule façon qui s’était imposée à lui : en distribuant la peur encore et encore afin de jouir de ses bienfaits. Il avait fait l’autruche. Après avoir compris cela, il parvint à prendre la parole, toujours en fixant l’être qui lui faisait face comme s’il hésitait encore à croire à son existence, comme si un prêtre finissait un jour par se retrouver dans les bras de Jésus sans avoir à passer par la case Mort.  

    – Qu’est-ce que tu veux ?

    La question augmenta encore la satisfaction qu’affichait l’esprit de la peur. Qui laissa pourtant planer quelques secondes de silence avant de répondre en approchant ses lèvres de l’oreille de Colin, comme s’il s’apprêtait à lui révéler un secret. Le murmure qui suivit résonnera longtemps dans l’esprit du mentaliste :

    – Ce que je veux depuis le début : toi, ton corps, ton esprit et ton âme...

    Sur un parking situé pas très loin du cirque, une vieille voiture volée arrive en faisant crisser ses pneus et se gare de travers. La portière du chauffeur s’ouvre et laisse sortir le jeune Isaac, acolyte de Colin désireux de voir ce qui se passait de lui-même car il n’avait pas de nouvelles de son patron et que lorsqu’il essayait de l’appeler, le portable déconnait. Isaac avait une arme dans son blouson et en voyant le chaos qui animait les lieux, il n’était pas mécontent de lui. Il se demandait surtout comment cela se faisait que les flics ne soient pas déjà là, c’était limite la seconde guerre mondiale. Comment décrire cela ? C’était simple, on aurait dit que les gens étaient cinglés : certains se battaient entre eux comme des bêtes ou presque. Isaac n’était pas un enfant de cœur, loin de là, mais en voyant ce que certains se faisaient, il sentait le contenu de son estomac prendre vie. Et encore, ce qu’il voyait depuis le parking n’était rien, les bruits indiquaient que ce qui se passait dans le cirque était encore pire. Le jeune homme crut même entendre des rugissements d’animaux. C’était normal dans un cirque, mais vu le contexte, il imaginait aisément l’implication des bêtes dans la bataille. Le complice de Colin se bougea et alla à la rencontre de deux mecs qui se battaient comme des diables vers l’entrée du cirque. Il leur demanda ce qu’il se passait et pourquoi ils se battaient comme ça. Mais il n’obtint aucune réponse, c’était tout juste s’ils l’avaient regardé... mais alors... leurs yeux n’étaient plus humains... comme si la raison les avait quittés. Isaac porta son attention vers l’intérieur du cirque, il vit alors un cracheur de feu diriger son jet de flammes vers un groupe de punks armés de bâtons, il essayait de les faire quitter les lieux. Bon courage à lui, ils avaient l’air encore plus fous que les deux mecs qu’Isaac venait d’aborder. Le jeune homme décida de profiter du chaos pour se faufiler dans le cirque afin de trouver son ami.

    ...


    – C’est hors de question !!! hurla Colin alors qu’il tentait de repousser les mains possessives de l’esprit. Celui-ci ne prit pas la mouche pour autant, comme le prouvait son rire dément.

    – Tu crois vraiment que tu peux y échapper ? C’est ton destin, petit ! Même ton agent Charlie ne pourra rien y faire !!! Un jour viendra, tu seras mien !

    Les mains du monstre descendirent pour se glisser sur le cou de Colin avant de commencer à le serrer pendant que le mentaliste, impuissant, continuait néanmoins de se battre. Pendant que les doigts de l’esprit affirmaient leur étreinte le corps du jeune homme s’enfonça dans le sol, comme s’il s’agissait de sables mouvant. Mais petit à petit, le sable se recouvrait d’eau, sortie des ténèbres. Le liquide était arrivé au niveau de sa taille lorsqu’il vit son agresseur se pencher une nouvelles fois sur son visage, devenu rouge à cause de la strangulation en cours.

    – C’était juste histoire de te prévenir bien sûr... Je suis ravi d’avoir eut ces préliminaires. Maintenant chaque jour qui passera, la peur s’étendra sur toi et bientôt... je ne te dis pas quand – il faut garder la surprise – je reviendrai dans ton monde et je te dévorerai. Mais avant, laisse-moi te rappeler mon nom, on dirait que tu l’as oublié.

    Et encore une fois, il approcha ses lèvres d’une oreille de Colin afin de lui chuchoter un nom, juste avant de le pousser brutalement dans les eaux ténébreuses qui s’empressèrent d’avaler le corps du mentaliste. Gula essaya de se débattre, de nager, mais il n’y voyait rien. Le noir complet... L’eau s’infiltrait dans ses poumons au point de le bruler de l’intérieur. Il avait beau tousser pour essayer de la recracher, il en revenait d’autre. Bizarrement, il était plus furieux qu’effrayé. Furieux contre cette créature qui croyait pouvoir contrôler sa vie. Furieux contre la différence de pouvoirs. Furieux contre lui-même et son impuissance... Mais ses forces, gaspillées à lutter vainement finirent par s’essouffler et Colin sentit la fatigue funeste envahir son corps... Mais avant que son dernier souffle ne soit rendu, un éclat de lumière blanche attira son attention. Une lueur, loin devant lui, comme une étoile... mais qui grossissait, bientôt ce furent les ténèbres qui se noyèrent dans la lumière et lorsqu’il atteignit Colin, celui-ci eut l’impression de pouvoir respirer de nouveau en dépit de l’eau toujours présente. Au cœur de la lumière, il distingua une silhouette floue qui s’approchait de lui et au fur à mesure que la distance s’amenuisait, le jeune homme sentit une inhabituelle sensation de chaleur l’envahir. Mais il ne se posait plus de question, entre son esprit et son corps, il n’avait plus assez d’énergie pour s’interroger sur quoique ce soit, même lorsqu’il vit une longue chevelure noire virevolter autours de l’inconnue... C’était impossible... elle était morte... Mais malgré cette impossibilité, la silhouette tendit la main en direction du futur noyé. Après un court instant d’hésitation, Colin attrapa la main salvatrice. La douce chaleur atteignit son paroxysme laissant le mentaliste dans un état de bien être qu’il n’avait pas connu depuis... toujours ? Avec une force surhumaine, la main de cette ange l’attira en direction de la lumière.

    Colin fut propulsé d’une fumée d’un blanc pur et roula par terre en toussant et crachant tout ce qu’il avait pu aspirer malgré lui plus tôt. L’agréable sensation de chaleur était partie et le feu que sa noyade avait déclenché du côté de ses poumons se fit de nouveau sentir. Chaque bouffée d’air était à la fois bienvenue et douloureuse. Au niveau visuel, la lumière était beaucoup plus supportable, le jeune homme parvint même à distinguer de l’herbe. Il réalisa alors qu’il se trouvait dans une prairie, elle ressemblait pile celle que son esprit démoniaque avait fait disparaître. Le souffle toujours coupé, il se redressa sur les genoux afin de faire le point. Il fallait se ressaisir. Le cerveau de Gula l’informa de trois choses : il était trempé, il avait une sorte de clé ancienne dans sa main gauche, Chase Neutron-Grey se tenait juste devant lui dans une marre de sang qui provenait d’un cadavre encore frais.

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Message posté : Jeu 3 Oct - 19:01 Message
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Il aurait pu se contenter de l’endormir. Chase jeta un regard au cadavre du clown. Était-ce la première fois qu’il tuait un homme ? Difficile à dire. Big Boss, qu’il avait terrassé d’un choc mental quelques semaines plus tôt, n’avait, aux dernières nouvelles, toujours pas recouvré la moindre étincelle de raison. Techniquement, il respirait encore, mais ce n’était guère une vie. Et puis Kalah… Chase continuait à fixer le cadavre et, malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à se sentir vraiment concerné.

Il se décala un peu sur la gauche pour éviter la mare de sang tandis que la Voyante le regardait en souriant.

— Tu pourrais décider que le sang coule ailleurs. Ce n’est jamais que du… comment dites-vous, maintenant ? Psychique. Du psychique.
— Qu’est-ce que vous êtes ?
— Tu sais parler aux femmes.

Il y eut un moment de silence. La Voyante hausse les épaules.

— L’ambition, si tu veux. L’Orgueil. Je berce ici les rêves des politiciens qui songent aux élections, des industriels qui songent aux millions, les rêves des hommes qui songent aux femmes trop belles pour eux, les rêves des…
— Génial.

Chase se massa l’arrête du nez. Avoir un portail dimensionnel à la maison, entre l’aspirateur sans sac et le gaufrier, ne lui avait jamais permis de s’habituer tout à fait, pourtant, aux discours parfois abstraits, souvent parfaitement incompréhensibles, de ceux que l’on croisait dans les mondes les plus exotiques. Son esprit restait bien trop positiviste ou, du point de vue de ces êtres, bien trop terrien et humain, pour s’adapter aisément aux considérations ambiguës que des forces impalpables développaient au milieu de mondes changeants.

— Chacun trouve ici ce qui le concerne le plus. Je crois que ton ami Gula a rencontré une vieille connaissance. Mais qu’est-ce que la peur change, pour toi, Chase ?
— Écoutez, aussi ravi que je sois de profiter d’une séance de psychanalyse gratuite, je dois vous avouer que je préférerais sortir.
— Je n’en attends pas moins de toi. Tu trouveras le monde transformé.
— Très bien. Allons y.

Imperturbable, l’Ambition poursuivait sur sa lancée :

— Tu as peur comme n’importe quel adulte et comme n’importe quel enfant. Sans vouloir te vexer, tes peurs ont une texture assez peu savoureuse. C’en est presque décevant, pour quelqu’un comme toi, dont on attendrait quelque chose de plus… élaboré.

Chase commençait à perdre patience et comme il perdait patience, tout autour de lui, le sol vibrait légèrement.

— Ce n’est pas de peur que l’on t’a bercé quand tu étais petit, mais… Chase, tu es beaucoup plus puissant que les autres. Chase, tu es le meilleur mentaliste du monde. Chase, tu dois laisser les pensées des autres en paix. Quel effet cela fait-il d’être le puissant qui n’agit jamais, comme le gentil chien d’attaque dans sa petite cage ?
— Oui, je sais, il faut que je vive ma vie, tout ça. La sortie ?
— Ta vie ? Même la vie dont tu rêves quand tu es tout seul le soir et que tu regardes les photographies de Lukaz est navrante de médiocrité. Tes pensées, gentil petit Chase, me donnent la nausée, comme les mollusques qui rampent désespérément sur un sol inégal dans l’espoir futile de se tirer de leur propre carapace.

Une crevasse se creusa brutalement à deux pas de l’Ambition, qui ne bougea pas d’un millimètre. La silhouette se rapprocha de lui, comme une autre l’avait fait, quelques secondes plus tôt, pour Gula — où était-ce au même moment ? des heures auparavant ? Chase n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé dans ce royaume. Les lèvres de la Voyante se glissèrent à son oreille :

— Mon cher orphelin, je suis ta vraie mère : l’ambition du pouvoir et les moyens de la saisir. Tu devrais écouter Gula. Lui est un brave fils, qui sait utiliser les dons que nous lui avons donnés.

Et la Voyante se dissipa. Dans le monde réel, sous les yeux d’un Isaac de plus en plus perplexe, le calme se répandit brutalement parmi les spectateurs. Perle, elle, était au bord de l’hystérie : Kalah était mort, la Voyante avait disparu, le cracheur du feu était sans doute englouti par la foule, la contorsionniste avait pris la fuite dès le début de l’émeute et, pire que tout, la machine ne fonctionnait plus. Ce n’était pas les étincelles, les vrombissements inquiétants. Non, elle était juste… Morte. Froide. Immobile.

Au loin les sirènes de police hurlaient déjà et Perle regarda de tout côté. Par où s’enfuir ? Que faire ? Plus personne pour la guider, elle qui n’avait connu que le cirque désormais en ruine où habiter, la machine brisée à adorer et Kalah mort à écouter. Alors elle fit ce qu’il y avait à son sens de plus logique et de plus raisonnable : elle se roula en boule dans un coin, prit sa tête entre ses mains, et essaya très fort de ne plus exister.

Chase méditait le discours un peu inattendu de l’Ambition. Son oncle lui avait toujours dit de se contrôler, quitte à tout sacrifier pour cela. Lukaz lui avait dit de se laisser vivre. L’Ambition lui disait de contrôler le monde. Etait-ce come lorsque l’on se sentait trop plein d’énergie et que l’on courait, au milieu d’un jogging, un sprint, que l’on courait trop vite et qu’alors on se sentait bien, parce que le corps pouvait s’exprimer pleinement ? Aussi simple que cela ?

Chase ne put s’empêcher de sursauter quand, dans un tourbillon de fumée, un Gula — puisque c’était Gula, apparemment, qu’il s’appelait — un Gula trempé vint échouer à ses pieds. Il le fixa d’un air un peu hébété pendant un moment, en songeant qu’il ne s’en était pas trop mal tiré de son côté puis, se rendant compte que le sang risquait d’atteindre son acolyte, suivant les conseils de l’Ambition, il tendit la main et, contre les lois les plus élémentaires de la physique, en suspendit l’écoulement.

Ce qu’il avait surtout conclu du discours de l’Ambition, c’était que Gula n’était pas l’être le plus fréquentable du monde, mais au moins était-il de son monde et, à en juger par son état, probablement aussi désireux que lui de quitter le monde dans lequel ils avaient conjointement échoués. Le mieux était encore d’en chercher la sortie à deux. Même en admettant qu’il pût être un dieu au royaume des rêves, Chase n’avait pas envie de régner sur des immensités vides et reprendre sa vie de gastropode sans ambition près de Lukaz ne lui paraissait pas si mal que cela.

Il tendit donc la main pour aider Gula à se relever, avant de commenter d’un ton pince-sans-rire :

— Vous avez eu le droit à une piscine. Il y a du favoritisme. Moi, j’ai eu les étendus pierreuses du Mordor et un Nazgûl.

Pour la première fois, en songeant aux paroles de l’Ambition, Chase se rendait compte que la distance ironique dont il avait toujours fait preuve dans le feu de l’action, malgré la peur, l’adrénaline et l’excitation, n’était peut-être pas, comme il avait longtemps aimé à le penser, un mécanisme de défense contre l’adversité du monde, mais plutôt une vague indifférence à l’égard des mesures drastiques qu’il pouvait y être amené à prendre.

Il lâcha la main de Gula et jeta un regard un peu embarrassé au cadavre à ses côtés.

— C’est Kalah, ou l’esprit de Kalah, ou l’ambition de Kalah, je n’ai pas exactement compris. J’ai été contraint de me défendre.

Il avait soigneusement évité de dire « je l’ai tué » et avait cherché à se donner le moins de responsabilité possible dans la mort du clown. Mais lui, il n’avait pas la trace de la moindre blessure ni, à vrai dire, de la moindre fatigue : sa légitime défense avait tout l’air d’avoir été extrêmement préventive.

— Je dois vous avouer que quelqu’un ici vous a dépeint sous des traits peu favorables. Apparement, vous avez mauvaise réputation. Ce n’est pas très engageant, mais comme je préférerai retrouver assez vite ma vie cohérente et scientifiquement exacte, je vous propose de faire temporairement équipe et de régler nos éventuels différends plus tard.

Une proposition beaucoup plus conciliante que celle de la police qui venait d’envahir le cirque et qui n’avait pas le temps de comprendre ce qui s’était passé. Il fallait commencer par cataloguer les crimes commis, identifier les suspects et rassembler les morceaux des victimes. Peut-être aussi s’assurer que les caches vides n’avaient jamais contenu d’animaux et qu’aucun félin affamé ne rôdait dans les allées, entre les roulottes.
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Message posté : Sam 5 Oct - 18:18 Message
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    Bien qu’il soit encore en état de choc, Colin était capable de comprendre que Chase avait eut sa part d’aventure à l’intérieur de cette dimension psychique. L’attention du brun mouillé se porta sur l’origine de la marre de sang : elle provenait d’un corps dont il pouvait voir le visage et celui-ci ressemblait fortement à celui de Kalah... mais en différent. Une manifestation purement psychique ? Non il était incapable de le dire et de toute façon il n’était pas plus capable de rassembler ses facultés pour y réfléchir convenablement. En plus de cela, le NG s’amusa à mettre encore plus de pagaille dans l’esprit épuisé de Gula : il lui tendit la main pour l’aider à se relever. Le mentaliste de la peur observa cette main d’un air interdit, il ne savait pas trop ce qu’il devait en penser ni comment interpréter ce geste, surtout qu’il fut accompagné par ce qu’il jugea être de l’humour. Incapable d’analyser la situation avec le recul adéquat, Colin répondit par automatisme, laissant la répartie acquise avec toutes ces années se manifester, comme pour laisser ses défenses se redresser petit à petit.

    – J’aurais bien fait un tour dans l’antre d’Arachné à la place de ma baignade.  

    Il ignorait s’il aurait pu s’en sortir vivant face au Jabberwocky mais pour lui tout était préférable à ce qu’il venait de vivre... surtout le passage dans l’eau noir, le visage de sa sauveuse était bien trop... perturbant. Mais ce n’était pas le moment d’y penser car Chase lui apprit ce qui était arrivé à Kalah. La nouvelle de la mort du clown était un peu surprenante, Colin n’aurait jamais cru le jeune NG capable de tuer... une information qui lui remonta le moral et qu’il prendra soin de garder dans un coin de son cerveau... celui-là même où les informations et idées apportées par sa Némésis étaient stockées.  

    – Dommage... j’avais deux mots à lui dire... Finalement, c’était plutôt frustrant de constater qu’un héros supposé combattre avec les valeurs de la justice lui ait volé sa cible. Mais il fallait croire que Colin n’était pas de taille à prendre un NG de vitesse, surtout celui-là. Après tout, les mentalistes en général n’étaient pas les cibles les plus faciles pour lui... Vous auriez pu me laisser un morceau...

    Après avoir manifesté cet intérêt à moitié sincère concernant le sort de Kalah, Colin constat tardivement que le temps s’était immobilisé et en devina la cause grâce à la présence de Chase, c’était comme si l’air de cette dimension était plus épais autours de ce corps en apparence relativement fragile et innocent. Gula savait maintenant qu’il n’en n’était rien et que cette façade cachait quelque chose de sombre, peut-être encore plus sombre que lui. Tandis que d’une oreille un peu distraite, il écoutait la proposition du mentaliste surpuissant, Colin examina ce qui se trouvait dans sa main à savoir une clé qu’il n’avait jamais vue auparavant. Elle était vieille, très vieille et aussi noire qu’il était possible de l’être. Et surtout, le mentaliste avait l’impression qu’il s’en dégageait quelque chose de particulier, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Cela dit, il était avec quelqu’un de plus puissant que lui qui aurait peut-être un élément de réponse, en plus de cette offre sympathique qu’il venait de lui faire.

    – Mon séjour ici m’a fait remporter ceci... peut-être que ça peut nous aider à sortir d’ici. Il tendit l’objet en question à son compagnon de fortune pour le lui prêter avant de mettre les mains dans les poches (chose peut aisée de par l’humidité de ses vêtements) et d’observer le paysage pour tenter de trouver... une issue de secours. Son regard se posa sur le cadavre du clown et lui apporta une idée qu’il ne tarda pas à concrétiser. Il s’accroupit près du corps et entreprit de le fouiller tout en répondant à Chase : Quels différends ? Je sais que vous m’avez fait temporairement perdre mes punks et que vous me devez maintenant un clown psychopathe et cinglé, mais je ne suis pas assez pointilleux pour venir vous les réclamer.

    C’est vrai qu’officiellement, il n’avait rien contre Chase... et probablement qu’il en était de même pour ce dernier envers lui. Cela dit, il savait – et l’autre aussi à n’en pas douter – que leur affiliation respective faisait d’eux des adversaires naturels. Mais d’après l’état de ce clown décédé, Colin se dit que la morale du blondinet pourrait se permettre de jouer l’autruche. Concernant la fouille du même clown, elle ne fut pas bien glorieuse, le jeune homme ne réussit à en tirer qu’un trousseau de clé dont, cette fois, rien de particulier ne semblait dégager.

    – Ils sont bien gentils de nous laisser des clés, mais sans porte, on ne pourra pas en faire grand chose. La frustration du jeune homme commençait à atteindre un niveau alarmant, aussi il essaya immédiatement de se calmer en revenant sur un détail qu’il n’avait pas noté immédiatement. Il regarda Chase d’un air intrigué en lui demandant : On vous a dit du mal de moi ? Vous avez rencontré un de mes exs ?

    Pour Isaac en revanche, les choses étaient bien moins compliquées... ou plutôt devrions-nous dire, son problème avait une solution facile à trouver mais un peu moins facile à mettre en place. Déjà fouiller tout un cirque hostile n’avait rien d’une partie de plaisir, mais quand en plus les poulets s’amusaient à arrêter tout le monde, ça n’avait plus rien d’évident. Heureusement pour lui, il n’était pas fiché... ou plutôt si peut-être quelque part dans un vieux tiroir poussiéreux pour un délit mineur, mais de toute façon le Kingston n’était pas sa zone habituelle. Sûrement qu’aucun flic du coin ne pourrait reconnaître sa trombine. Et parce que, mine de rien, il avait écouté les conseils que Colin lui avait prodigués, il avait trouvé une histoire plausible à sortir si jamais on l’interrogeait : il était venu se promener ici avec sa copine pour se changer les idées, mais le chaos qui est survenu les a séparés et maintenant il s’inquiète pour elle. Une chance pour lui : les flics étaient tellement débordés qu’ils n’allaient pas s’amuser à lui dire : « nous allons la trouver pour vous. » Ils avaient d’autres chats à fouetter et d’autres encore à arrêter. Les recherches de l’intrépide acolyte le conduisirent sous un chapiteau pour le moins bizarre, ou plutôt encore plus bizarre que le reste de cet endroit de cinglés. Bizarre en le sens qu’il n’y avait rien qui méritait d’être abrité par un chapiteau et surtout pas d’être mis sur scène. Il observa les lampadaires d’un air étonné. Ils ne marchaient plus, de toute évidence, et semblaient couverts de poussière et de toile d’araignée. Mais pourquoi les avait-on mis ici ? Le reste du décor ne ressemblait en rien à une maison des horreurs... Cela dit, ce n’était pas son problème, et Gula n’était probablement pas caché dans ces lampadaires... par contre l’entrée des artistes était une solution possible. Isaac poussa la porte qui le mena dans le même couloir parcouru plus tôt par son partenaire et par Chase. Sur les côtés, il y avait plusieurs autres portes dont la plupart étaient encore ouvertes et exhibaient de petites salles pleines d’accessoires divers (dont, pour certains, il ne voulait pas mais alors pas du tout connaître le contexte d’utilisation), des costumes ou des salles de maquillage. Une seule porte était fermée : celle qui était au bout du couloir. Là, la poignée opposa une résistance, mais Isaac avait plus d’un tour dans son sac. Avec une bonne dose de patience et de dextérité, il réussit à ouvrir la petite cachotière et tomba dans un bureau : celui de Kalah.

    A première vue, il n’avait rien de particulier, et s’il n’y avait pas eut les articles de journaux et les photographies, on n’aurait jamais deviné qu’il appartenait à un directeur de cirque. Isaac fouillait la pièce en quête d’une porte ou... de n’importe quoi (il ne savait pas vraiment ou chercher à vrai dire), quand soudain, deux voix se firent entendre dont celle de Colin. L’autre il ne la connaissait pas, mais ce n’était pas important : il était au bon endroit. Cela dit, c’était comme si les voix étaient atténuées par quelque chose, un mur épais ou comme si elles venaient d’un tuyau. L’acolyte s’empressa de coller son oreille un peu partout pour essayer de déterminer l’origine de ces sons, mais il réalisa qu’ils venaient du bureau... de sur le bureau. S’il n’avait pas été habitué aux phénomènes surnaturels, le jeune homme aurait crut à une illusion. Mais il garda la tête froide et se mit à fouiller le plan de travail du défunt maître de cérémonie. Il réalisa alors que les voix venaient d’un objet ; d’une clé en argent. Sans savoir qu’il s’agissait de la clé que l’ambition avait remise à Kalah pour que celui-ci accède au Royaume des Rêves, il s’en empara et fit la première chose qui lui passa à l’esprit : il parla dedans comme s’il s’agissait d’un talkie-walkie.


    – Colin ? tu m’entends ?

    Une question qui sera effectivement entendue, à la fois par Gula et par Mentalis.


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Message posté : Sam 5 Oct - 19:02 Message
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De temps à autre, Mentalis jetait un regard à la dérobée au clown trépassé, avant de reporter son attention sur Gula dont il avait finalement libéré la main. Un peu désespérément, Chase essayait d’éveiller en lui un sentiment de remord, ou quelque chose d’approchant : quelque chose qui pût provoquer en lui la même réaction que celle qu’aurait pu avoir l’un des personnages de ses séries favorites, policier à la morale exemplaire, s’il venait à tuer pour la première fois même un criminel. Il devait y avoir une espèce de traumatisme, signe de l’irréductible bonté d’une âme humaine. Mais Chase n’était pas traumatisé.

Il ne put même pas réprimer un vague sourire en entendant Colin se plaindre de n’avoir pas pu exprimer à Kalah sa façon de penser.

— Navré, j’ai fait au plus pressé.

Mentalis finit par détourner définitivement le regard du cadavre pour se concentrer sur la clef qui le tendit son acolyte du jour. Il fit tourner l’objet entre ses mains, sans avoir le réflexe de le sonder psychiquement : son domaine à lui, c’était les esprits et jamais il n’aurait eu de lui-même l’idée d’appliquer sa télépathie à un objet quelconque. Même la Pierre de Lune, il la concevait encore comme un catalyseur et les conseils d’Adrian n’avaient pas encore réussi à lui faire comprendre que les objets magiques n’avaient rien des adjuvants technologiques, même les plus efficaces.

Puisqu’il n’était donc ni archéologue, ni magicien, tout ce qu’il voyait dans cette vieille clef, c’était une vieille clef. Il ne l’en examinait pas moins consciencieusement, à la recherche, pourquoi pas, d’une inscription (qui eût été miraculeusement écrite dans un anglais contemporain). Sans détacher son regard de l’objet, quand Gula l’interrogea sur les différends qui supposément les opposaient, il haussa les épaules.

— Je ne sais pas précisément. Ma voyante était aussi limpide qu’un guru new-age.

Il avait presque oublié lui-même qu’en trouvant Gula dans le cirque, tout au début de leur aventure, il avait supposé que l’autre mentaliste ne s’y trouvait pas pour des motifs très avouables. Mais ces considérations lui paraissaient dérisoires, maintenant qu’ils étaient bloqués dans une dimension parallèle, avec un clown mort et une clef pour seule assistance. Gula pouvait bien être le chef caché du Cartel en personne que ça lui ferait une belle jambe, s’ils ne parvenaient pas à s’enfuir d’ici. Et quand ils se seraient enfuis…

Mentalis jeta un regard distrait à Gula qui faisait les poches du défunt et plus très majestueux Kalah. Quand le jeune homme revint près de lui bredouille, Mentalis lui rendit sa clef. À ce point là, sachez que j’affronte un terrible dilemme. Soit nous supposons que dans un souci de réalisme linguistique tatillon, nous considérons que, Gula s’étant exprimé en anglais, Chase n’avait aucun moyen de dominer le genre des « exs » que le criminel évoqua, soit, pour nous éviter de nous compliquer l’existence avec d’interminables considérations traductologiques, toujours en embuscade à la moindre réplique, nous offrons à notre sympathique agent de l’UNISON une extraordinaire lucidité langagière.

— Je ne sais pas. Vous avez eu récemment une relation houleuse avec une diseuse de bonne aventure avec un complexe de divinité ?

Ou alors on invite lâchement le problème.

— À vrai dire, pour être tout à fait honnête, on m’a plutôt conseillé de m’en remettre à vous. Il paraît que vous exerceriez une excellente influence sur moi.

La remarque, de sa part, n’était pas anodine. Même s’il essayait de s’en défendre, Chase ne pouvait s’empêcher de songer aux propos de l’Ambition. Dans ce délire mégalomaniaque, tout n’était peut-être pas à jeter et, après tout, ces paroles avaient recoupé bien des choses que les gens les plus proches de lui, Charlie et Lukaz, Tesla même, avaient pu lui dire. La présence de Gula était peut-être du lot : une chance véritable. Alors, pourquoi ne pas tâter le terrain ?

Mais avant que Gula ne pût répondre, la clef se mit à parler. Mais après avoir affronté le Roi-Sorcier d’Angmar en personne et tenu une discussion plus ou moins civilisée avec une incarnation de l’Ambition, Chase ne put s’empêcher de sursauter en entendant la voix lointaine qui émergea de l’objet, un peu étouffée par la main de Gula qui la tenait. Après s’être repris, Chase jeta un regard à son compagnon d’infortunes et demanda :

— C’est vous, Colin, ou bien c’est une erreur de numéro ?
— C’est qui, ça ? Qui parle ?

Un peu perplexe, Chase se gratta la nuque avant de se pencher vers la clef et de répondre, comme lorsqu’on parlait dans un vieux téléphone :

— Oh, ne vous inquiétez pas pour moi, je suis juste un voyageur égaré. Mais dites voir, où est-ce que vous êtes, exactement ?
— Eeuh…

Isaac hésita un peu à répondre, mais puisque la voix était semblable à celle qu’il avait entendue converser d’abord avec Colin, il décida de tenter sa chance tout de même.

— Dans un bureau. Le bureau du directeur, je suppose.
— Il est comment, ce directeur ? Il ressemble aux cauchemars que vous faisiez sur votre proviseur quand vous étiez au collège ?

Parce que si la personne à l’autre bout de leur clef était coincée dans la même dimension qu’eux, ça ne les aidait pas beaucoup. Un peu désarçonné par le style de conversation de Chase, Isaac répondit :

— Quoi ?
— Le directeur de quoi ?
— Mais du cirque, enfin, du cirque, le clown, là, le nain.

À nouveau, Mentalis échangea un regard avec Gula, plein d’espoir cette fois-ci.

— Est-ce que vous voyez une sorte de machine, plutôt ancienne, genre machine à vapeur de l’ère industrielle ?
— Écoutez, j’ai rien contre vous, mais tant qu’à aider quelqu’un, j’préférerais qu’ce soit Colin.

Mentalis posa sa main sur la main de Colin pour couvrir la clef, sans vraiment savoir si cela suffirait à ce qu’on ne l’entendît pas à l’autre bout et murmura à l’adresse de l’autre mentaliste.

— J’espère vraiment que c’est vous Colin, sinon on est bons pour attendre que quelqu’un de plus serviable se présente.

Il retira sa main et recula d’un pas, en essayant de réfléchir à ce qu’ils pourraient bien faire, si d’aventure leur mystérieux sauveur trouvait la machine en question. Dans son esprit toujours assez positiviste, la machine générait une sorte de réalité virtuelle et ce n’était, somme toute, pas plus compliqué que cela. La clef magique qu’ils avaient n’était jamais que la clef que Mario trouvait pour ouvrir la porte par laquelle Kong avait disparu en emportant Princesse Peach. Il était loin de se douter que la machine ne fonctionnait plus et que, de l’autre côté de leur clef, Isaac en tenait une pareille à la leur.
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Message posté : Sam 5 Oct - 22:00 Message
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    Le Neutron-Grey se montra désolé de ne pas avoir laissé Colin dire deux mots à Kalah. Mais le plus surprenant dans cette apologie, c’était le manque d’empathie avec lequel il s’exprimait. Ne regrettait-il pas son geste fatal ? C’était vraiment bizarre de la part d’un agent de l’UNISON. Pour avoir eu affaire à eux quelques fois, Colin savait qu’ils préféraient arrêter les individus même parmi les plus dangereux, plutôt que de les exécuter. Et avec l’étendue des pouvoirs de Mentalis, il aurait dû être capable de stopper Kalah sans en venir là. Pour le coup, Gula ne savait pas si c’était une bonne chose ou non. Que leurs ennemis se montrent aussi expéditifs n’était pas bon signe. Mais s’il s’agissait d’un cas isolé et condamné par le reste du groupe, il y aurait peut-être moyen de l’utiliser à un quelconque avantage. Pour le moment, l’étudiant en psychologie préféra se concentrer sur des problèmes plus immédiats dont le moindre était de sortir vivant du Royaume des Rêves. Il balaya l’excuse de Chase d’un geste de la main pour lui faire comprendre que ce n’était pas grave. Pour tout dire, Colin n’arrivait toujours pas à se remettre de sa rencontre avec son croque mitaine attitré, il devait se faire violence pour empêcher son corps de trembler comme une feuille. Il ignorait si Chase ne le mentionna pas par compréhension ou tout simplement parce qu’il avait d’autres problèmes sur le feu, mais il sautait sur l’occasion pour essayer de penser à autre chose. Car réfléchir à un moyen de sortir d’ici le forçait à repenser au moins inconsciemment à ce que Charlie lui avait dit.
    – Donc vous êtes du genre à aller voir Madame Irma... qui l’eût cru ?

    Cette pique moqueuse visait à détendre l’atmosphère, plus précisément elle avait pour but de le détendre lui-même, mais ce n’était pas gagné. Il faudrait envoyer une myriade de répliques sarcastiques pour obtenir un résultat concret, mais il n’était pas sûr que Chase soit patient à ce point. Il suffisait de voir l’effet qu’un clown déjanté lui avait fait. Pour l’instant, ça allait. Mentalis lui rendit même sa clé, il n’avait apparemment rien détecté d’utile. C’était peut-être normal... il était possible qu’elle soit exclusivement liée à Colin, ou un autre truc tordu du même genre. Il considéra le petit morceau de métal qu’il comptait bien faire analyser par Doc dès qu’il en aurait l’occasion avant de se concentrer sur les propos tenus par son seul allié dans ce monde onirique.
    – Je ne sais pas. Vous avez eu récemment une relation houleuse avec une diseuse de bonne aventure avec un complexe de divinité ?
    – Nan, pas mon type.
    – À vrai dire, pour être tout à fait honnête, on m’a plutôt conseillé de m’en remettre à vous. Il paraît que vous exerceriez une excellente influence sur moi.

    Pour le coup, Colin oublia totalement ses petits problèmes personnels et dû se retenir de ne pas avoir une bouche béate. Il regarda son interlocuteur d’un air incrédule pendant quelques bonnes secondes avant de répondre non sans dépit :

    – Oï, vous savez quoi... gardez cette idée au chaud pour une autre fois. Là j’ai la tête qui va exploser, donc une chose à la... « Excellente », hein ? Vous êtes sûr que c’est le terme qu...

    Mais il fut interrompu par son bon vieux Isaac dont la voix lui fit vibrer la main. S’il ne sursauta pas comme Chase il fut toute de même surpris et eut un mouvement de recul en éloignant sa main de lui. Mais il parvint à se calmer et à demeurer immobile pendant que le NG, lui, avait retrouvé ses chaussures d’agent de l’UNISON et prit les rennes devant un Colin assez surpris et impuissant dont le regard indigné de façon presque comique passait du mentaliste blond à la clé posée sur sa propre main.

    –  C’est vous, Colin, ou bien c’est une erreur de numéro ?
    – Non, c’...
     – C’est qui, ça ? Qui parle ?
    – C’est...
    –  Oh, ne vous inquiétez pas pour moi, je suis juste un voyageur égaré. Mais dites voir, où est-ce que vous êtes, exactement ?
    – Eeuh... Dans un bureau. Le bureau du directeur, je suppose.
    –  Il est comment, ce directeur ? Il ressemble aux cauchemars que vous faisiez sur votre proviseur quand vous étiez au collège ?
    – Quoi ?
    — Le directeur de quoi ?
    – Mais du cirque, enfin, du cirque, le clown, là, le nain.

    Tout comme son partenaire inattendu, Colin transmis son regain d’espoir en un regard.

    – Est-ce que vous voyez une sorte de machine, plutôt ancienne, genre machine à vapeur de l’ère industrielle ?
    – Écoutez, j’ai rien contre vous, mais tant qu’à aider quelqu’un, j’préférerais qu’ce soit Colin.

    Chase essaya de recouvrir sa voix en enfermant la clé dans leurs mains superposées tout en faisant part à Gula de ses craintes. Celui-ci lui répondit d’abord par un regard exaspéré, s’il l’avait laissé en placer une il n’aurait pas à craindre un tel quiproquo. Il avait même réussi à déstabiliser Isaac, le pauvre devait avoir un début de tournis que son camarade tenta de calmer en reprenant les choses en main, laissant Chase faire les cent pas pour remuer ses méninges.
    – Iss’, c’est moi, je suis avec Chase Neutron-Grey.
    – Celui qui ressemble à Justin Bieber ?
    – Lui-même. Il couvrit la clé de son autre main pour parler à Chase en « aparté » afin de s’expliquer... à sa façon. Il pense que tous les mecs blonds plus mignons que moi sont des Biebers. Puis il reprit la communication avec Isaac. Bon, reprenons mec. Pendant qu’on parle, si tu pouvais essayer de chercher une machine ou un objet qui pourrait être lié au Royaume des Rêves, ça serait utile.
    – Royaume des... ? Tu te la joues Peter Pan, maintenant ?
    – Comment est-ce que tu fais pour nous parler ? Est-ce que tu nous vois ?  
    – Non, mais je vous entends, j’parle dans une vieille clé en argent qui passe vos voix.

    Colin se figea et échangea un énième regard avec Chase pendant que certaines pièces du puzzle se mettaient en place, il se souvenait de Kalah qui avait ouvert la porte par laquelle il l’avait fait entré dans le Royaume.

    – Iss’, mets la clé dans la serrure d’une porte, tourne la et ouvre.
    – QUOI ?
    – Allez !

    Dans le bureau de Kalah, Isaac jura pour lui-même en remuant les lèvres silencieusement. Il avait beau être habitué aux trucs de fous qu’il voyait ou vivait, il n’aimait pas passer lui-même à la pratique. C’était comme accorder au paranormal une importance que le jeune homme refusait de confier à quoique ce soit dans sa vie. Un problème psychologique que Colin avait diagnostiqué et vaguement fait remarquer à son acolyte. Celui-ci passa outre ce blocage par souci d’obéissance et inséra la clé dans la serrure de la porte du bureau avant de l’ouvrir et de constater que le couloir par lequel il était arrivé avait disparu et qu’à la place il se trouvait au bord d’un puits dont le fond était rempli de serpents aux couleurs venimeuses. Iss’ s’empressa de refermer la porte, de reprendre la clé de et coller son dos sur la planche de bois qui le séparait de sa grande phobie. Il lui fallut utiliser ses deux mains tremblantes pour porter la clé-Nokia devant ses lèvres.

    – P-p-p-p pas question que je mette un pied là-dedans...
    – Iss’ ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que t’as vu ?  

    Mais Gula n’obtenait pas de réponse, rien d’autre qu’un faible bruit qu’il reconnut aussitôt : une respiration lourde propre à la panique. Mais pourquoi cet imbécile ce mettait dans cet état quand il n’était pas avec lui ? Pressé d’en finir avec cette visite au Royaume des Rêves, il donna d’autres instructions à son partenaire.

    – Bon OK... c’est pas comme ça qu’on utilise la clé... écoute ce que Chase a dit et cherche une machine... n’importe quoi qui te parait bizarre.

    Prenant ces mots comme étant paroles d’évangile, Isaac reprit son souffle et se retourna pour ouvrir la porte qu’il referma aussitôt car le puits aux serpents n’avait pas disparu.

    –S-s-s ‘sont encore là... les serpents.  
    – Quoi ? Tu l’avais pas refermé la porte ? Avec la clé je veux dire ?

    Allez savoir comment, Colin commençait à comprendre le fonctionnement de la clé, peut-être parce qu’il en avait une entre les mains et qu’il était sensible à son pouvoir. Peut-être parce que le monde dans lequel il était lui soufflait les réponses, il n’en savait rien, mais il était sûr de comprendre ce qui avait foiré dans la performance d’Isaac. Mais celui-ci avait vraiment besoin de reprendre son souffle, rien qu’à l’entendre il semblait à bout. C’est qu’il était sensible le petit... c’était en fait une des raisons pour lesquelles il l’avait choisi...

    – Bon, calme toi, respire à fond, détends tes muscles, pense à...

    Ses conseils contre nature visant à chasser les peurs de son acolyte furent interrompues par un mouvement au loin derrière Chase. Quelque chose bougeait et avait attiré l’attention de Gula. Celui-ci laissa baissa la main et s’approcha pour regarder de plus près avant de réaliser qu’il n’y avait pas du mouvement que dans cette direction, mais tout autours d’eux. Des formes diverses et pour la plupart difformes se précipitaient à leur rencontre. Chase avait parlé du Seigneur des Anneaux ; les voilà qui se retrouvaient encerclé par une armée de monstres issus des pires cauchemars imaginés par les humains. Colin porta de nouveau la clé noire devant sa bouche.

    – Iss’... oublie ce que j’ai dit, on a de la compagnie de notre côté. MAGNE-TOI !
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Message posté : Sam 5 Oct - 22:34 Message
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— PARDON ?!

Chase s’outra dans l’indifférence générale. Comment ça, Justin Bieber ? Le mentaliste était affreusement vexé. La mort de Kalah le perturbait bien moins que cette atteinte portée à sa virilité. D’abord, il était plus vieux que Justin Bieber, c’était évident (enfin, il l’espérait), ensuite, il dégageait tout de même autre chose que le morveux chantonnant à voix suraiguë. Promis, dès qu’il sortirait, il dirait deux mots de sa façon de penser à cet « Iss ».

Le compliment de Colin — enfin, ça sonnait comme un compliment — réussit cependant à lui faire marquer un temps d’arrêt et léger sourire au coin des lèvres, Chase finit par hausser les épaules et reprendre sa déambulation. Le problème de sa théorie de la machine à réalité virtuelle, c’était que, si tout se passait comme dans Matrix, à moins qu’Iss parvînt à l’opérer de la façon requise, Colin et lui allaient mourir en même temps que la réalité virtuelle qui les contenait, et c’était peu engageant.

Quand il fut révélé que le dit Iss avait une clé également, Chase dut se rendre à l’évidence : sa belle théorie logique ne tenait pas debout. Faisant une entorse à l’intérêt enthousiaste qu’il avait éprouvé pour les nombreuses explications d’Adrian sur la question, le Neutron-Grey marmonna :

— Je déteste la magie.

Les mages devaient aligner les rails de coke au moment de leurs initiations, ce n’était pas possible autrement : à chaque fois qu’il était question d’artefacts magiques, les gens se retrouvaient dans des situations tout à fait douteuses. Chase s’était jusqu’à lors contenté d’écouter les conversations désolées de ses collègues de l’UNISON spécialisé dans ce domaine et il avait été très heureux de n’avoir jamais été compliqué en personne dans ce genre de situations. Un bonheur révolu.

Rendu un peu nerveux par cette amère constatation, Chase dut se retenir de ne pas reprendre la parole pour brusquer un peu ce gamin désobligeant qui ne mettait pas assez de zèle à son goût pour arranger leurs affaires. Avec une parfaite mauvaise foi, il murmura :

— C’est bon, quoi, deux ou trois serpents n’ont jamais fait de mal…

Un temps.

— …à personne. Euh… Colin ?

Chase tapota l’épaule de son camarade alors qu’un suintant mollusque d’une taille plus que respectable ondulait en bavant le long d’un vallon. Un petit filet d’eau commençait d’ailleurs à s’écouler dans la prairie, une eau bientôt clapotante et verdâtre où grouillait déjà la vie. C’était miraculeux. Un miracle de petits bêtes aux pattes trop nombreuses, de vers de fange de plus en plus en grand et de scolopendres qui commençaient déjà vicieusement à tenter de grimper sur leurs chaussures.

Le dégoût primitif de Chase commençait lentement mais sûrement à se muer en une crainte tout à fait prononcée et, quand un petit scorpion se glissa sous son pantalon pour se lancer à l’assaut de sa jambe, le mentaliste cria :

— DÉGAGE.

Une onde de choc parcourut la prairie, démantibulant une partie des chimères hideuses, mais projetant aussi les deux mentalistes une bonne dizaine de mètres en arrière, dans la poussière d’un sol plus sec et encore vierge de vermine. Toute psychique que la poussière était, tel un Néo des premiers jours, Chase ne put retenir une quinte de toux tandis que le nuage se dissipait, avant d’essayer de se relever, malgré les muscles et les articulations endolories, conséquence du sursaut de ses pouvoirs.

Au moins le scorpion avait disparu. Il était bien le seul : le nuage de poussière dissipé, les deux mentalistes purent contempler les assemblages de plus en plus complexes que les chimères formaient. Les petits animaux avaient cédé la place à des monstres plus massifs, créatures informes aux larges plaies ouvertes et qui dissimulaient, dans les replis saignants de leurs peaux irritées, des yeux ouverts, improbables et toujours fixes.

D’une voix blanche, Chase reconnut :

— ‘Fait, le Roi-Sorcier d’Angmar, c’était facile…

La seule chose qui balançait un peu sa peur était la voix de l’Ambition qui résonnait comme un souvenir vivace dans son esprit : tout n’était que pensées au pays des rêves. Au pays des rêves, les mentalistes étaient des dieux. Chase avait refusé de considérer cette possibilité qui l’eût conduit à briser tous les enseignements de Jack, toutes ses leçons de pouvoir contenu, d’humilité et de prudence, même face au danger, mais ironiquement, et il ne comprit pas tout de suite qu’il n’y avait là rien du hasard, le Royaume des Rêves le poussait dos au mur.

— Madame Irma m’a dit qu’ici, les pouvoirs mentaux ont des effets concrets. Si jamais vous un talent inavoué d’illusionniste, je crois que c’est le moment de…

Un monstre éructa un jet de bave — fallait-il espérer que Chase évita de justesse.

— …de faire une démonstration.
— Euh… Colin ? Je suis devant les lampadaires, là. Qu’est-ce que je fais ?

Isaac avait réussi à réutiliser la clé et retrouver le couloir. Rassuré de constater que son patron était toujours maître de la situation, même coincé dans une dimension parallèle, il avait couru jusqu’aux lampadaires, qui ne présentaient toujours rien de très flamboyant. Pendant ce temps-là, Chase cherchait à déterminer comment, exactement, on était censé se prendre pour un dieu. Des cours pour utiliser ses pouvoirs à fond, il n’en avait pas vraiment eu beaucoup.

Un peu hésitant, il tendit sa main vers le sol et se concentra, pour créer l’illusion d’une crevasse. Et la crevasse se creusa, infime craquelure dans le sol d’abord, puis plus large et plus profonde, jusqu’à laisser entre eux et les chimères deux falaises, l’une en face de l’autre. Facile, finalement. Cela dit, il n’y avait là rien de très offensif : en bon Neutron-Grey, en dehors de Kalah, Chase ne semblait pas porté à utiliser spontanément la partie la plus redoutable de son potentiel.

C’était un peu dommage, dans la mesure où certains monstres étaient en train de se pousser des ailes.

— Y a une espèce de bouton, là, en bas, je fais quoi, je tourne ?

Pas vraiment en état d’attendre une réponse à la question alors qu’on lui avait dit de se magner, Isaac décréta :

— Bon, aller, je tourne.
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Circus Minimus [Colin & Chase]

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