AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 

Swear not by the moon, the inconstant moon (Tesla)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Message posté : Sam 7 Sep - 13:52 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Ce matin-là, comme souvent, Chase Neutron-Grey sentit une vague de tristesse monter en lui alors qu’il émergeait lentement de son sommeil. Pour une fois, ce n’était pas l’alarme régulière et monotone de sa montre qui, de bon matin, le tirait de son lit pour lui rappeler que les quartiers de l’UNISON l’attendaient à la première heure, mais les rayons du soleil qui filtraient à travers ses rideaux mal fermées et la rumeur montante de la quarantième avenue, tout en bas du Bigsby Building ; c’était le week-end et si, lui, le week-end, il se reposait, Star City, elle, ne connaissait jamais de quiétude parfaite.

Cette tristesse, Chase ne se l’expliquait pas tout à fait. Peut-être était-ce qu’alors, à demi-conscient, il considérait machinalement la journée qui l’attendait et il n’y voyait que la répétition des mêmes tâches quotidiennes et la même frustration, comme une irritation intérieure, dans son sang, dans tous ses membres, à se retenir en permanence d’il-ne-savait-trop-quoi. En tout cas, il éprouvait la même chose depuis l’Invasion des Grues, depuis, à vrai dire, qu’il avait donné pour la première fois un aperçu brutal des capacités qui dormaient encore en lui.

Le jeune homme s’assit au bord de son lit défait et passa les mains dans ses cheveux, tentant de recomposer tant bien que mal les structures patiemment élaborées avec l’aide de Jack, depuis sa septième année, pour contrôler ces capacités, précisément. Contrôler, toujours contrôler : Chase se sentait parfois comme un poulain qu’on le tentait de débourrer et qui devait apprendre à tourner en rond, parfois au pas, dans le manège, pour pouvoir sauter après les obstacles précis qu’on lui désignerait, à défaut de cavaler seul, mais libre, dans les plaines.

Le mutant secoua la tête pour chasser ces considérations inutiles et se dirigea vers la douche. Il occupait une petite partie du Bigsby Building, en théorie des appartements particuliers, depuis qu’il avait dix-huit ans — une forme d’indépendance toute relative, dans la mesure où l’ensemble du bâtiment était soumis à la supervision, paraissait-il, bienveillante d’ALEX. Il aurait pu s’offrir un autre appartement, ailleurs dans la ville, mais enfin, par habitude, par lassitude peut-être, par sensation de sécurité en tout cas, il restait là, parce que c’était là que sa « famille », celle à laquelle il n’était jamais tout à fait sûr de se sentir appartenir, vivait et avait toujours vécu.

Alors que l’eau chaude dénouait un peu ses muscles crispés par un sommeil difficile, Chase tentait de se préparer aux épreuves qui l’attendaient. La Pierre de Lune, quelque part dans les laboratoires du Bigsby Building, dans les laboratoires privés de Tesla, attendait patiemment qu’il vînt l’effleurer, la toucher, s’imprégner dans cette énergie incompréhensible. Chase éprouvait à cette perspective une impatience mêlée d’appréhension. D’un côté, l’idée de sentir à nouveau pulser en lui la force secrète qu’il avait ressentie, quelques mois plus tôt, lors de l’Invasion, avait de quoi le séduire ; de l’autre, les douloureux effets secondaires qui l’avaient presque empêché de sortir, les semaines suivantes, n’avaient rien de très alléchant.

Mais Tesla voulait mesurer. Analyser. Autopsier, même, songeait parfois amèrement Chase. Il avait beau se sentir proche, particulièrement proche, de cette sœur-là, avec laquelle il partageait tant, il avait parfois l’impression de n’être qu’un énième phénomène sous le microscope de la brillante scientifique, une anomalie parmi les anomalies génétiques, dont Tesla aurait patiemment retracé l’évolution, année après année, depuis l’incroyable apparition de ses pouvoirs, bien trop tôt, plus de quatorze ans auparavant.

Parfois, lorsqu’il rêvait bêtement au prince charmant, comme une adolescente en mal de sentiments rosées, il s’imaginait quelqu’un qui lui dirait : « ne t’inquiète pas, tu es normal » pour changer des regards perplexes et des murmures préoccupés auxquels il avait le droit depuis longtemps. Sans doute y avait-il quelque chose de valorisant à entendre perpétuellement souligné sa propre exception, mais une exception dont il ne pouvait rien faire, Chase, parfois, s’en serait volontiers passé. Bien sûr, au fond de lui, il aurait abhorré sa propre normalité, de la même façon que celle des autres, souvent, l’insupportait, mais la fatigue nerveuse d’un contrôle permanent ne lui laissait pas toujours le loisir de réfléchir très sereinement.

Chase sortit de la douche, jeta un coup d’œil mécanique à son visage dans la glace, passa une main sur son menton — ce n’était toujours pas aujourd’hui qu’il ferait pousser une barbe fournie. Décidément, il se sentait condamné à garder éternellement un visage de bambin attardé, selon lui. Quelques minutes plus tard, il faisait son apparition dans les étages supérieurs du Bigsby Building, en tee-shirt blanc et jogging noir, la tenue qu’il avait adoptée — où était-ce qu’on la lui avait faite adopter ? — depuis longtemps pour s’entraîner, parce que la discipline physique, serinait Jack, apportait la discipline mentale.

Croquant dans la pomme qui lui tenait lieu de petit-déjeuner, Chase traversa à pas lents la succession d’ateliers qui menaient aux laboratoires de Tesla. La semaine, il y avait là des employés, des sympathisants ou simplement des scientifiques ou des inventeurs que les Neutron-Grey chapeautaient, parrainaient tout du moins, en leur offrant un accès (soigneusement contrôlé) aux vastes ressources technologiques du building. Le week-end, en revanche, ces grandes pièces vides avaient quelque chose de fantomatique — rien à voir avec les premiers étages du bâtiment, eux parfaitement désert, mais tout de même.

Une araignée mécanique courait néanmoins un peu au hasard. Chase se pencha pour la ramasser, la retourna sur le dos et désactiva l’interrupteur, avant de reposer le robot au hasard sur l’un des établis. Bientôt, il se heurta à une porte solidement fermée : l’entrée des laboratoires particuliers de sa sœur. Il considéra machinalement le digicode dernière génération, probablement accompagné, une fois le code composé, de mesures biométriques. Il aurait pu tenter de le forcer — mais s’il avait été conçu par Tesla, les chances de succès étaient minces et la colère de sa sœur certaine.

Chase haussa les épaules et se laissa tomber dans l’un des fauteuils dans lesquels s’installaient d’ordinaire les scientifiques pour lire confortablement les derniers numéros des revues académiques. Sa pomme finie, il lança le trognon dans l’un des désintégrateurs qui jouxtaient les établis, attrapa un numéro d’un journal d’informatique qui trainait par là, et se mit à lire. Il avait du mal à se concentrer, mais il ne fallut pas longtemps pour qu’aux limites de sa conscience, un étage plus bas, il sentît l’esprit de Tesla.

Sans attendre que sa sœur fût dans son champ de vision, il glissa dans ses pensées :

*En retard.*

Et presque aussitôt, il ajouta :

*Si c’est pour me torturer, tu pourrais au moins être à l’heure.*

Ce n’était qu’à moitié une plaisanterie : quelque chose dans l’inflexion de sa… pensée suggérait l’appréhension qui était la sienne. Bientôt, il entendit les pas de Tesla comme il avait senti son esprit et, avec un soupir, il reposa la revue, se releva et, enfonçant les mains dans les poches pour se donner un air faussement détendu, suivi du regard la silhouette familière qui s’approchait de lui.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 7 Sep - 16:43 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    Le weekend était, dans la culture populaire, synonyme de repos, de fêtes, de divertissements stériles, de visites de bar et de boîtes de nuit, de barbecues ou encore de vide grenier... Mais sérieusement, est-ce que vous associerez ce genre d’activité au docteur Tesla Neutron-Grey ? Elle non, c’était certain. D’autant que l’UNISON n’était pas forcément à cheval sur la loi omniprésente des weekends. Par « chance », aujourd’hui, elle était bel et bien en weekend malgré son désir insatiable de travail. La scientifique aurait bien passé quelques heures à travailler sur la fameuse méta-X avec ses collègues, mais eux justement avaient parfois besoin de repos. Pour recharger les batteries, paraissait-il. Soit, Tess était capable d’admettre que certaines personnes avaient ce genre de besoin. Mais cela ne voulait pas forcément dire qu’elle allait se reposer.

    La veille au soir, profitant d’un petit dîner de famille informel, elle convia Chase à faire une expérience avec la pierre de lune. Un sujet un peu délicat sachant qu’il y a quelques années, la même pierre avait eut de très mauvais effets secondaires sur le jeune mentaliste. Mais sa sœur aînée avait depuis fait plusieurs calculs, entré les paramètres et les données qu’elle avait enregistrées lors de cette funeste utilisation. Elle et ALEX avaient conduit de nombreuses simulations de leur côté et aujourd’hui, ils se jugeaient prêts à faire de nouveaux tests en situation réelle. Chase ayant accepté de participer à l’évaluation – le cas contraire aurait conduit à un cul de sac intellectuel et aurait forcé la jeune femme à déprimer pendant le reste du weekend un pot de crème glacée au spéculos dans une main et les derniers rapports d’accident de l’UNISON dans l’autre. Ce qui aurait été bien moins stimulant.

    Le jour J arriva donc. Tesla s’était levé tôt pour se préparer et préparer son laboratoire mais elle fut interrompue par un appel urgent venant de son laboratoire dans les locaux de l’UNISON. La sécurité avait eut une faille technique qu’il fallait réparer et évidemment, l’équipe de maintenance n’était pas au sommet de son efficacité en ce samedi matin. Ni une ni deux, la jeune femme s’envola pour se rendre sur place et constata que la brèche consistait surtout en un disfonctionnement du système de ventilation hyper sophistiqué conçu par ses soins et auquel aucune personne n’était apparemment capable d’apporter un entretien digne de ce nom. La scientifique s’attela donc à la tâche et répara les dégâts sans manquer d’enregistrer ses manipulations afin que d’autres puissent les reproduire dans le futur. Malheureusement, cette activité la laissé dans un état négligé, humide et sale. Après avoir jeté un œil à sa montre, Tess comprit qu’en prenant le temps de se laver et de se changer, elle serait certainement en retard pour son expérience avec son petit frère. Après avoir laissé une note acerbe pour réprimander l’équipe de maintenance, Tesla reprit la voix des airs pour rentrer chez elle. Malheureusement, le temps de prendre une douche, d’enfiler un vieux jean, un débardeur bleu clair et sa blouse blanche de travail, la scientifique n’arriva pas à l’heure comme le fit remarquer son cadet en usant de sa télépathie.

    Loin d’être surprise par cette interpellation mentale, Tesla continua son chemin en direction de ses laboratoires privés tout en formulant clairement sa pensée afin de répondre à son petit frère :


    *Ne m’en veux pas, j’étais occupée à choisir l’anesthésie la plus appropriée*

    Un petit mensonge qui trouvait sans explication dans l’envie de faire de l’humour afin de rassurer Chase. Même dans une discussion psychique, Tess était capable de sentir l’état de nervosité du jeune Neutron-Grey. Après tout il faisait partie des personnes qu’elle connaissait le plus au monde. Il était difficile pour eux de se cacher des choses ce qui avait autant d’avantages que d’inconvénients. Après avoir traversé les ateliers, Tesla arriva devant la porte menant à son sanctuaire et devant son petit frère vers qui elle s’approcha en premier lieux. Avec un grand sourire complice, elle attrapa le menton du garçon d’une main et examina son visage avant de déclarer sur un ton qui n’était pas celui professionnel et expert auquel elle était habituée :

    – Tu n’as pas bien dormi ?

    Question bateau qui permettrait peut-être à Chase d’exprimer son malaise. Tess ne voulait pas lui forcer la main en l’amenant à parler de ce dont il n’avait pas forcément envie de parler. Mais s’il avait la moindre appréhension concernant leurs projets immédiats, il pouvait toujours les faire connaître. Ils se connaissaient bien tous les deux et Chase savait qu’il pouvait tout dire à sa grande sœur, ce n’était peut-être pas la plus sociable des enfants Neutron-Grey, mais elle n’avait jamais ignoré les ressentis de sa famille qui comptait assurément pour elle. Pendant que Chase répondait ou non à sa question, elle tendit une main vers le digicode qui avait déjà reconnu la voix de Tesla et composa le code d’entrée. Elle ne s’inquiétait pas trop du regard potentiellement curieux de son frère car le code en question changeait régulièrement, proposant à chaque fois une équation complexe à résoudre. Ajoutez à cela le fait que le système de reconnaissance vocale était capable de reconnaître et de s’opposer aux copies enregistrées et on obtenait un lieu très très difficile d’accès. Et c’était sans compter sur ALEX qui était configuré pour tout éteindre à l’intérieur du laboratoire si Tesla n’y était pas présente. On n’était jamais assez rigoureux.

    Une fois la porte ouverte, Tess entra en y invitant son petit frère. Progressivement, les lumières du laboratoire s’allumèrent de même que les divers écrans qui ornaient tout un mur de cette grande salle constituée d’autres pièces dont les murs avaient l’apparence et les propriétés du verre ce qui donnait l’impression d’avoir affaire à un espace considérable. Le laboratoire en lui-même avait la taille d’un hangar et se divisait en plusieurs parties avec une salle pour la médecine, une pour la mécanique et les machines diverses, une constituée presque principalement d’ordinateurs, une qui semblait vide aux premiers abords mais où était entreposés les objets précieux dignes d’intérêt scientifique, une salle pour les expériences chimiques, une pour s’adonner à la botanique et enfin une avec un bureau, un tableau et des étagèrent pleines de livres, bref un cadeau que Tess avait reçut pour son seizième anniversaire. Tesla se dirigea vers la salle dite médicale. Petit détail amusant, le « verre » qui semblait séparer les pièces se déplaçait sur son passager pour la laisser circuler librement, ainsi Tesla pouvait configurer et reconfigurer son espace de travail comme elle le désirait. Une fois arrivée devant la table, elle se tourna vers son frère avec une expression à la fois sérieuse et concernée sur le visage :


    – Tu es sûr de vouloir faire ça ? Etant donné la nature de tes pouvoirs, je préfère que tu soies bien décidé.  

    Comme Chase le savait, car leur oncle Jack avait pris soin de le lui enseigner et de lui rabâcher, le cœur du pouvoir d’un mentaliste résidait dans la volonté de ce dernier. Et à ce jour, Tesla n’avait pas trouvé de contre exemple, son propre cas prouvant la théorie.

    En parlant de Jack, celui-ci avait décidé d’assister à l’expérience de loin par l’intermédiaire d’une webcam. Il n’allait pas tarder à se montrer d’ailleurs. La présence de leur oncle se justifiait car il s’agissait du tuteur des Neutron-Grey même si ceux-ci étaient tous majeurs maintenant, il était trop proche d’eux et surtout trop impliqué dans l’éducation de Chase pour ne pas se mêler à cet évènement. Et surtout, il savait beaucoup de choses sur la Pierre de lune. S’il n’était pas dans le laboratoire avec eux, c’était principalement pour garder un œil sur les divers appareils d’enregistrement de données qui n’étaient pas présent dans les locaux de Tess, la scientifique ne pouvait pas tout réunir dans ses quartiers, certaines machines du Bigsby Building étant uniques. Pour finir sur les préparatifs, ALEX apparut en hologramme pour faire son rapport sur l’état de fonctionnement des machines, les conditions météos et toutes les données probablement inutiles qu’un zèle scientifique préférait avoir par mesure de précaution, c’était toujours préférable lorsqu’on se frottait à des forces dont on ne savait pas grand chose pour ne pas dire rien du tout.

    Tess écoutait la machine d’une oreille relativement distraite, l’autre ainsi que le reste de sa perception étaient focalisés sur son petit frère qu’elle ne voulait surtout pas inquiéter. Accessoirement, elle avait encore besoin de son accord avant de commencer quoique ce soit.


[HJ j’ai décidé d’introduire Jack en PNJ, j’espère que cela ne te dérrange pas, au pire on “coupera” la communication vu qu’il n’est pas physiquement présent. Mais histoire de donner un peu de profondeur... N’hésite pas à me dire si ça ou autre chose ne te convient pas.]
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 7 Sep - 17:14 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Les yeux de Chase s’étaient tout naturellement plongés dans ceux de Tesla, quand elle lui avait pris le menton entre les mains, comme ils l’avaient si souvent fait jadis. Ils se regardaient comme cela, pour oui, pour un non. D’abord, il n’avait guère été question que de se lancer des défis, d’entraîner l’un ou l’autre dans une quelconque aventure née de leurs esprits un peu trop imaginatifs. Mais les années avaient passé et de plus en plus, en grandissant, Tesla avait utilisé le même regard et le même geste pour tenter de sonder l’esprit insondable de son frère et de lui arracher une confession, même fragmentaire, sur ses états d’âme.

Mais depuis des années, Chase se soustrayait à de semblables investigations, avec des haussements d’épaules, des demi-sourires ou de vagues plaisanteries. Personne n’était dupe, sans doute ; en tout cas, pas Tesla, qui avait trop souvent pu observer, depuis l’apparition des pouvoirs de son cadet, combien leur développement avait été douloureux pour le mutant. Hélas, par fierté, par désir d’indépendance aussi, sans doute, Chase s’était peu à peu refermé sur lui-même — pas systématiquement, bien sûr, et leur complicité, la plupart du temps, restait intact, mais simplement il n’était plus l’enfant qui exprimait avec une naïveté toute pure les émois qui le traversaient.

Le mutant haussa les épaules.

— Si. Comme d’habitude, en tout cas.

Ce n’était pas vraiment une réponse, ça. Précisément : il espérait décourager toute question future du même ordre. C’était avec cette stratégie d’évitement qu’il avait réussi à se débarrasser, autour de ses seize ans, de la première variante de la même question : « est-ce que tu as dormi ? » et de son succédané : « où est-ce que tu as dormi ? » — son sommeil était une obsession collective et, alors qu’il pénétrait à son tour dans le laboratoire de Tesla, il ne manqua pas de remarquer la webcam toute prête à le scruter. Encore une fois. Une énième fois.

Pendant un instant cependant, il fut distrait, comme il l’était toujours, par le spectacle à ses yeux grandioses qu’offraient les lieux. Certainement, s’il n’avait pas été un invétéré technophile, l’antre de sa sœur ne lui aurait pas fait plus d’effet que la plus ennuyeuse des expositions, mais Chase, lui, comme le digne Neutron-Grey qu’il était, le contemplait avec toute l’appréciation que son aménagement méritait. Il n’avait jamais pris le temps de s’organiser un espace semblable dans le Bigsby Building qui pourtant ne manquait pas de place, mais une pareille organisation exigeait trop de constance pour que, du fond de sa jeunesse, il en fût capable.

Les mains enfoncées dans les poches de son jogging, Chase sortit de sa rêverie pour emboîter le pas à Tesla et s’approcher à son tour de la table. Les questions préoccupées de sa sœur furent accueillies d’un nouveau haussement d’épaules, indifférent en apparence.

— Il faut bien que je m’entraîne, non ?

Il jeta un coup d’œil à la webcam et rajouta, un ton plus bas :

— …après tout, c’est ce que j’ai toujours fait.

Sur l’écran, le visage de Jack s’assombrit légèrement. Depuis quelques mois, la relation qu’il entretenait avec Chase s’était dégradée. Il se demandait au fond de lui-même s’il avait mal géré l’inévitable et délicat passage de l’adolescence à l’âge adulte. Quoi qu’il en fût, il sentait bien chez son neveu un vague ressentiment et, si Chase ne formulait jamais aucune accusation directe, parce que Chase ne faisait pas de reproches — il était bien trop élevé pour cela — Jack sentait, au détour de certaines phrases en apparence purement déclaratives, flotter des sous-entendus beaucoup plus amers.

Mais Tesla était une scientifique et Tesla, Chase le savait bien, ne se contenterait pas du petit jeu des demi-mots : elle voulait une réponse claire et précise et le jeune homme consentit finalement à en offrir une :

— Oui, oui, je suis sûr.

Il y avait eu une pointe d’impatience dans sa voix, comme souvent désormais quand on l’entourait de précautions qu’il estimait superflues.

— L’alternative, c’est quoi, sinon ? Passer mes journées à attendre le jour où je lobotomiserai par mégarde la caissière au supermarché ?

Il avait essayé de dire cela d’un ton dégagé, comme une plaisanterie, mais un mélange de peur et de frustration s’était distinctement glissé dans ses propos. Il n’était pas certain que la trop rationnelle Tesla fût capable comme lui de peser des émotions si ténues et si fuyantes, mais la voix de Jack, légèrement déformée par l’électronique, s’éleva de l’ordinateur auquel il ne jetait pas un coup d’œil et déclara :

— Tout va bien se passer, Chase, ne t’inquiète pas. Tesla et moi, on est là pour te protéger.
— Hmm hmm.

Et ce fut toute la réponse que Chase consentit à donner. Un frisson parcourut son corps. La proximité de la Pierre de Lune — il la sentait déjà. Machinalement, il frotta son avant-bras gauche de la main droite, comme pour se réchauffer, avant d’arrêter son geste, parce qu’il sentait peser sur lui le regard analytique et médical de Jack.

— Je ne suis pas sûr de ce que vous comptez mesurer, cela dit. Je veux dire, à moins de vouloir sacrifier des innocents, je vois mal comment l’on pourra déterminer les limites de mon pouvoir. Je doute qu’il y ait beaucoup de volontaires pour se faire reprogrammer de fond en comble par mes soins.

Bien sûr, il avait déjà un morceau de la réponse : il y aurait des mesures, ses ondes cérébrales, son rythme cardiaque, les zones actives de son cerveau, la composition chimique de ses messages hormonaux, peut-être. La rapidité des influx électriques. Tesla aimait bien cela, les mesures. Il n’empêchait : il avait fallu des ennemis, des vrais, pour qu’il pût sans scrupule libérer son énergie. La première fois.

Pour ne pas avoir l’air trop contraignant, parce qu’il avait somme toute l’habitude de ce genre de gymnastique, et qu’il était loin encore de la remettre complètement en doute, Chase, après avoir laissé échapper un soupir, reprit d’un ton plus conciliant :

— Mais enfin, c’est vous qui décidez, bien sûr. Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Je dois m’allonger, ou bien… ? Il va y avoir une piqûre ?

La dernière question avait été posée avec une appréhension toute enfantine et, pour préserver un semblant de virilité, Chase s’empressa de préciser :

— Pas que ça me dérange, bien sûr.

Bien sûr. Sur l’écran, Jack esquissa un sourire malgré tout amusé.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Sam 7 Sep - 21:19 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    Bien évidemment, ils n’étaient plus des enfants, ils avaient grandis. Chacun différemment, à sa manière. Tesla ne s’amusait plus à jouer les docteurs ou les scientifiques, elle le faisait vraiment, c’était maintenant son travail et elle avait perdu une bonne partie de sa candeur et de son esprit joueur et fantaisiste au profit du sérieux et de la gravité qu’exigeaient maintenant son travail et sa position. Chase, lui, avait troqué sa joie de vivre enfantine et sa voix franche et un peu naïve pour devenir plus grave lui aussi, mais également plus mystérieux, secret, renfermé peut-être, mais c’était là sans doute un passage obligatoire pour tout mentaliste possédant des pouvoirs similaires. Quant à Maxime et Victoria... ils avaient bien sûr changé à leur manière. Ainsi, si Tess fut capable de discerner vaguement les lignes noires qui se glissaient entre les mots de son petit frère : « comme d’habitude », elle n’était pas capable de les décrypter plus en détail. Elle estima alors qu’il valait mieux ne pas insister même si, d’un point de vue médical, une réponse franche aurait été fort appréciable.

    Pendant qu’elle bidouillait ses appareils afin de les préparer pour la suite, elle écouta la réponse de son cadet. Réponse qui s’éloignait un peu de la question qu’elle lui avait posée. Oui d’un certain point de vue ce qu’ils s’apprêtaient à faire était un entraînement, mais il s’agissait aussi de quelque chose d’un peu plus poussé. Mais en levant la tête vers le mentaliste, elle vit son regard se poser sur le visage de leur oncle. Elle en déduit alors qu’il faisait référence à leurs nombreux entraînements intensifs. Jack avait toujours mis un point d’honneur à prodiguer un entraînement rigoureux à Chase, plus que pour ses autres neveux et nièces. Il était donc possible que les exercices pratiqués lors de ces séances ressemblent à ce qu’ils allaient bientôt faire. Tess ayant surtout accordé plus d’importance aux résultats concrets qu’aux côtés pratiques des entraînements. Alors qu’elle avait reposé son attention sur ce qu’elle faisait, Chase lui offrit une réponse qui correspondait plus à ses attentes. Et bien que la psychologie ne faisait pas vraiment partie de ses spécialités, la jeune femme parvint à capter une note émotionnelle non négligeable dans sa répartie. La suite de sa réponse ainsi que l’expérience qu’elle avait de son frère indiqua à Tesla qu’il y avait une certaine instabilité. Cela, elle ne pouvait pas le permettre pour plusieurs raisons. Avec toute la gravité dont elle était capable, elle se tourna vers lui et déclara :


    – Il y a d’autres alternatives, mais elles sont encore moins envisageables.

    Elle vit alors Jack faire un mouvement de tête derrière son écran et décida de ne pas continuer et de laisser son oncle le rassurer, ou en tout cas essayer. Elle retourna donc auprès de ses appareils. Après avoir balayé les tentatives de réconfort de leur oncle, Chase aborda le côté pratique de leur petite expérience tout en se montrant un peu inquiet des protocoles médicaux qu’il pourrait subir au préalable. Cette crainte fit sourire sa grande sœur qui lui expliqua avec douceur la démarche qu’ils allaient suivre ainsi que leur explication :

    – Comme tu le sais, nous ignorons les effets que produit la Pierre de lune sur ton corps, mis à part le symptôme que tu as expérimenté la dernière fois et que nous chercherons bien sûr à éviter. Pour faire bonne mesure, elle lui lança un petit clin d’œil complice pour le rassurer ou, encore une fois, pour essayer. Nous allons donc surveiller tout ce qu’il y a à surveiller. Mais ne t’inquiète pas, tu n’auras pas besoin de piqure. Il n’est pas question que je drogue mon petit frère. Encore une fois, elle usa de l’humour et de leur relation complice pour détendre l’atmosphère. Elle aurait d’ailleurs bien apprécié que Maxime soit présent lui aussi pour l’aider dans cette tâche. Mais au lieu de déplorer ce manque d’effectif, elle se munit de petits patches en plastique reliés par de longs fils à une machine située juste à côté de la table d’auscultation. Ainsi équipée, elle s’approcha de Chase en ajoutant : Par contre, je vais juste poser ces capteurs sur des endroits stratégiques. En l’occurrence : quelques uns sur le front et les tempes, deux sur chaque bras et deux sur le torse. Tandis qu’elle les posait en essayant de chatouiller son patient le moins possible, oncle Jack se permit d’intervenir pour donner sa part d’explication. Histoire de ne pas laisser sa nièce faire tout le boulot.  

    – Nous allons simplement faire un test, aussi tu n’auras pas à déployer autant de puissance que la dernière fois. En tout cas pas de façon aussi intense. Nous te demanderons seulement de te concentrer sur une partie de tes pouvoirs et de laisser progressivement la Pierre de lune les amplifier. Le but principal consiste à ce que nous en apprenions plus sur votre lien. Nous on s’occupe des données brutes, toi tu devras également être sensible à ce que tu ressens. Et si tu pouvais nous décrire ton expérience à voix haute, cela nous serait également très utile.

    Tess nota qu’il s’abstint de préciser qu’ils lui demandaient de parler principalement pour pouvoir surveiller son état psychologique et psychique. Car après tout c’était certainement dans ces domaines que la Pierre prodiguait le plus de changements. Il omit probablement ce détail par soucis de préserver son neveu, mais Tess se doutait que Chase était assez intelligent pour deviner tout cela par lui-même, ou assez télépathe pour le lire dans son esprit. Cela revenait au même. Quand Jack eut finit ses explications, Tess avait collé tous ses capteurs sur son petit frère et elle était repartie vers un de ses ordinateurs pour mettre le dispositif en marche. Ce faisant, elle apporta d’autres informations :

    – Tu peux t’asseoir ou t’allonger, c’est toi qui vois. Elle pressa alors une touche sur son clavier de contrôle et la table d’auscultation se mit à bouger pour finalement se transformer en un fauteuil qui pourra redevenir table si Chase le désirait. Mais Tess comprendrait s’il voulait éviter le plus possible d’avoir l’impression d’être un rat de laboratoire.   L’important, c’est que tu te sentes bien et que tu puisses te concentrer sur ton pouvoir... Et aussi que tu gardes ces capteurs sur le corps, dans la mesure du possible...  

    Là ce fut elle qui s’autocensura car elle préférait ne pas envisager les conséquences néfastes et brutales qui pourraient ressortir de ce test. Ce n’était pas la technique de l’autruche, mais du positivisme scientifique, une philosophie qui demandait encore à être prouvée mais qui avait toujours le mérite d’être bonne pour le moral et mettre ses adeptes dans de bonnes dispositions afin d’accomplir leur travail avec le sourire... En gros c’était la version tête d’autruche des grosses têtes.

    – Tu es prêt, oncle Jack ?

    Jack considéra son neveu un instant avant de répondre à l’affirmative. Tess quant à elle était bien prête et avait terminé ses préparatifs. Tout ce qu’elle attendait maintenant, c’était l’ultime accord de son petit frère. Pour bien des opérations (quelles soient médicales, militaires ou scientifiques) il n’était pas rare de voir un des acteurs principaux s’esquiver au dernier moment sur le coup de la panique. Tesla ne doutait pas que son frère n’en ferait pas partie, au pire il exprimerait une ou deux hésitations, mais en somme, il se lancerait. C’était un Neutron-Grey. Mais sa grande sœur, sous une impulsion protectrice, préférait le laisser y aller à son rythme. C’est pour cela qu’elle demanda d’une voix douce, un peu maternelle peut-être :

    – Tu es prêt Chase ?

    Il était difficile de décrire l’état émotionnel actuel de la scientifique. Elle était à la fois très excitée par ce qu’elle était sur le point de faire, mais en même temps elle appréhendait beaucoup. Elle avait l’impression d’être une gamine qui s’apprêtait à passer un examen qui aurait des répercussions sur sa vie entière et qui pouvait très mal se passer... Rectification, une gamine « normale » sur le point d’affronter un examen, car il fallait être réaliste, Tesla n’a jamais eu peur des examens. Cela dit la comparaison n’était pas vraiment adéquate car là il y avait un facteur personnel beaucoup trop important. Et la jeune femme préférait ne pas y réfléchir, sachant inconsciemment que sa nervosité trouvait ses racines dans une de ses plus grandes peurs...
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 8 Sep - 11:50 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
De toute évidence, la présence de Tesla rassurait bien plus Chase que les paroles lointaines de son oncle, sur l’ordinateur. Les yeux du mutant avaient un instant sonder ceux de sa sœur, comme pour y lire la certitude que tout se passerait bien et même si, au fond, il savait pertinemment que personne ne pouvait lui offrir ces assurances, il finit par hocher la tête et, sagement, retirer son tee-shirt pour laisser la scientifique placer les capteurs. Il s’installa sur la chaise, les deux bras posés calmement sur chacun des accoudoirs, comme un patient, avant une prise de sang, qui essaye de ne pas penser à l’aiguille dans son bras.

Chase regardait dans le vide en écoutant les instructions de Jack. Dans son enfance et pendant les premières années de son adolescence, il avait été assez naïf pour les croire sans détour et sans profondeur cachée : des explications simples et claires, qui n’avaient rien d’autre à dire que ce qu’elles disaient en effet, comme une surface plane. En grandissant, il avait compris que certaines précautions n’étaient que des mesures de contrôle et, peu à peu, il avait saisi la méfiance — Jack aurait dit la prudence — qui se cachait derrière les remarques parfois les plus anodines.

Parler tout au long de l’expérience, il savait très bien ce à quoi c’était censé servir. Tout du moins soupçonnait-il que ni Jack, ni Tesla n’étaient après des données qualitatives. Vérifier s’il ne sombrait pas — si son esprit ne divaguait pas trop — s’il n’allait pas devenir fou. C’était de ça, bien entendu, dont il était question. Un instant, Chase releva les yeux vers l’écran, pour fixer son oncle. Jack avait l’habitude de ces regards profonds et silencieux, qui semblaient vouloir dire quelque chose que la parole n’était pas encore prompte à transmettre mais, malgré cette habitude, malgré la distance des webcams, même, ce jour-là, il ne pouvait s’empêcher souvent de ressentir une vague appréhension quand son neveu le fixait de la sorte.

Jack détachait son regard de l’écran pour vérifier le réglage de quelques instruments et Chase reprit, pour sa part, sa rumination.

— Dans la mesure du possible…

Il avait jeté un regard en biais en Tesla. Cette précision, on ne pouvait pas dire qu’elle était des plus rassurantes. S’attendait-elle vraiment à ce qu’il entrât dans une furie déchaînée ? Peut-être qu’elle ne faisait qu’envisager toutes les possibilités, même les plus extrêmes, même, justement, les moins plausibles. Un réflexe de scientifique. Peut-être que c’était ça. Sans doute. Quand Tesla lui demanda s’il était prêt, Chase saisit instinctivement la main de sa sœur pour la serrer un peu de la sienne.

Elle le protégerait, c’était certain. De Jack, il ne savait pas quoi penser : il avait commencé à soupçonner que Jack cherchait à protéger les autres de lui plutôt que l’inverse. Mais en Tesla, Chase avait encore une foi, si ce n’était tout à fait aveugle, du moins assez solide pour se sentir réconforté par sa présence. Il hocha la tête, libéra la main de sa sœur et déclara, de sa voix la plus assurée :

— Je suis prêt.

Sa réponse avait fait écho à celle de son oncle. Il tourna la main gauche paume vers le haut, ferma les yeux, et attendit que le poids désormais presque familier, et la forme, de la Pierre de Lune vînt y reposer. Il avait hésité d’abord sur le pouvoir à choisir. D’ordinaire, il se concentrait sur le bouclier mental : c’était la plus inoffensive de ses capacités et, par conséquent, la plus propice à ces expériences. Mais le bouclier était parfait, presque impénétrable sans doute et, surtout, bien ennuyeux à pratiquer seul. Lire les esprits, c’était déjà un peu plus intéressant, et pas tout à fait dangereux.

Chase laissa sa conscience s’étendre peu à peu autour de lui. À ses côtés, il sentait la présence familière de Tesla, son intelligence solide, complexe et bien organisée, comme une roche métamorphique avec ses nombreux cristaux, et ses émotions, qui filtraient et s’infiltraient, de l’eau entre les rocs, parfois un peu malgré elle — il sentait sa concentration, son anxiété, et puis ses pensées. Cela faisait bien longtemps qu’il avait renoncé à lire les pensées de sa sœur. Il doutait que quiconque en fût capable : tout allait beaucoup trop vite, là-dedans, et il y avait trop de choses qui se pensaient à la fois, pour qu’un télépathe normal — en quelque sorte — pût en tirer autre chose que des mots isolés.

Ailleurs, dans le building, il y avait Jack. Il y avait une profonde tristesse, un lac silencieux la plupart du temps, souterrain, mais que cette expérience animait, comme il s’animait toujours, depuis quelques temps, quand il était question de Chase. Mais presque aussitôt, sur ce point précis de la géographie mentale de Star City, l’esprit de Chase se retira. Il alla voir plus loin. En bas. Dans la rue. Les passants. Il pouvait les compter, oh, sans difficulté. Même dans son état normal, ce petit jeu était d’une simplicité enfantine : un, deux, cinq, dix, vingt, certains qui entraient dans son champ de perception, certains qui en sortaient. Le détail des gens dans les immeubles.

Mais avec la Pierre de Lune, il pouvait faire plus que compter, il pouvait faire plus que percevoir, comme un spectateur dans un orchestre, et en tentant de les distinguer, les parties que jouaient les bois et les parties que jouaient les cuivres, les successions et les superpositions des pensées et des sentiments humains, là-bas, en-dessous, tout autour de lui ; il pouvait les décrypter les unes avec les autres, comme si toutes ces partitions étaient là devant lui, tout ensemble, et il les entendait, si simples et si médiocres, ces esprits, comparés au sien, comparés à celui de Tesla bien sûr, des esprits insignifiants sans complexité ni résistance, des jouets — à peine des jouets.

Cette femme songeait à son fils qui rentrait pour la première fois à l’école — cet homme venait de perdre son travail — cette jeune fille courait à son premier entretien d’embauche — cet homme regardait la jeune fille qui courait en songeant à sa propre femme — cet enfant se souvenait de l’ivresse de sa mère, la nuit précédente, et la nuit avant cela, et la nuit — Chase pouvait remonter aisément dans la mémoire — d’un, de deux, de cinq, de vingt personnes — et il sentait toutes les pierres instables qu’il aurait suffi de pousser, d’un infime mouvement de sa volonté à lui, pour changer ce souvenir ou altérer cette décision.

Bien vite son esprit fut insatisfait des petits tracas quotidiens vécus par les passants de la quarantième avenue. Chase se mit à chercher quelque chose de plus exceptionnelle. Il flairait une piste. Là, un esprit un peu étrange, un esprit que quelqu’un avait déjà visité. Son attention brusquement se concentra sur cet homme qui marchait sans se douter de rien. Chase éplucha le répertoire de son existence à la recherche de l’incident qui avait depuis cicatrisé en une marque dont lui seul pouvait sentir l’étrangeté.

C’était une peur bien enfouie. Une peur ? Il devait y en avoir d’autres des comme ça. Pas dans la rue, mais enfin, peut-être, dans le quartier ? dans la ville ? Est-ce qu’il pouvait aller plus loin que la ville ? C’était une expérience à tenter. Après tout, il était là pour ça, tenter : des expériences. Parce qu’il se souvenait vaguement qu’ils étaient en train de tenter une expérience. Mais alors, vraiment : très vaguement. C’était une expérience avec… avec… Il ne se souvenait plus très bien.

Sans importance. De même, son corps avait décidé que tout cela était — sans importance. Pourquoi investir de l’énergie dans les puériles manifestations de la biologie ? Tesla avait craint une fureur. Les capteurs n’étaient pas prêts de tomber. Plus le temps passait — et il passait beaucoup plus que Chase n’en avait l’impression, perdu dans son voyage d’esprit en esprit — moins le jeune homme bougeait. Les premiers mouvements nerveux qui l’avaient animé avaient disparu : ses bras étaient immobiles. Ses cils étaient immobiles. Sous ses paupières fermées, ses yeux ne bougeaient même pas. Rien à voir avec le sommeil.

Les choses commencèrent à empirer. Son cœur lui-même n’avait plus l’air si impatient que cela de passer au battement suivant. Il se mit à ralentir. Ce n’était pas dramatique, d’abord. C’était, disons, de la relaxation. Tout se passait bien. De la relaxation très profonde. Chase n’avait toujours pas dit un mot pour commenter ses impressions.

De la relaxation beaucoup trop profonde.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 8 Sep - 17:12 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    Honnêtement, Tesla était confiante concernant le déroulement de l’expérience. Elle avait pris beaucoup de paramètre en compte, pour ne pas dire tous les paramètres possibles et imaginables. Le Bigsby Building avait les moyens technologiques pour parer à toute situation et cela comportait le matériel médical nécessaire. Pour ce qui était d’exercer un contrôle direct sur le pouvoir de Chase, en l’occurrence de pouvoir appuyer sur un bouton « off » cela restait théoriquement possible. La scientifique étant sûrement capable de passer à la pratique s’il le fallait, mais bien sûr, ce serait la solution de dernier recours. L’excitation / anxiété émotionnelle atteint son paroxysme lorsque son petit frère lui prit la main en quête de contact physique réconfortant. Tess le lui rendit en serrant la main elle aussi. Cet instant d’émotion passé, l’accord de Chase renouvelé, ils se lâchèrent et la scientifique alla chercher la Pierre de Lune.

    Elle quitta la « salle » médicale pour se rendre dans celle qui contenait les objets, artefacts et technologies qui méritaient d’être étudiés et / ou rangés dans un coin à l’abri des mains mal intentionnées. Tout comme les murs de verre, le sol aussi avait des propriétés particulières, si bien qu’après que Tess ait entré une série de chiffre dans la boîte de commande de la sal, une partie du plancher s’éleva, prenant la forme d’une colonne constituée de casiers similaires à ceux que l’on peut trouver dans une gare. La scientifique en ouvrit un à l’aide d’un énième code et de son empreinte digitale et se retrouva face à ladite pierre. Son apparence n’avait rien d’impressionnant, c’était ni plus ni moins qu’un caillou à peu près de la même taille qu’une balle de baseball, moins arrondie et plus ovale, elle avait une couleur grise qui virait au bleu et visuellement ressemblait à du granit mais au toucher, elle était moins rugueuse, un peu comme du nacre... Tesla ne s’attarda pas devant ce face à face et s’empara de l’objet avec une main sûre avant de rejoindre son petit frère dans l’autre pièce. Le mentaliste était prêt. Sans plus de cérémonie mais avec précaution, elle posa la Pierre dans la main ouverte de son petit frère.

    Rien ne se passa dans l’immédiat. Ni du côté de Chase ni de celui de la Pierre. Et pendant à pein une seconde, Tesla et Jack patientèrent dans l’angoisse. Puis il y eu quelques résultats visibles. D’abord la pierre s’était mise à briller d’une lueur bleue et était devenue en quelques sortes phosphorescentes. Et presque au même moment, les relevés informatiques indiquèrent une activité cérébrale particulièrement élevée. Chase utilisait ses pouvoirs.  


    – Ca a commencé. déclara-t-elle simplement en se mettant devant l’appareil d’observation. Mis à part l’activité cérébrale synonyme d’interaction psychique, il n’y avait aucun changement dans les fonctions biologiques de Chase. Son rythme cardiaque était même exceptionnellement calme ce qui n’était pas vraiment une surprise compte tenu des multiples exercices de relaxation que son tuteur lui avait enseignés. Cette absence de changement sur la santé de Chase la rassura instantanément et elle laissa l’excitation de la nouveauté scientifique l’envahir, persuadée que l’expérience – jusque là – se passait au mieux. Son esprit analysait maintenant les données qu’elle recevait mais fut bien vite ramenée sur terre par la réponse de Jack.  

    – Oui je reçois les données moi aussi... hum...

    En entendant ce « hum », Tess releva la tête et l’écran lui indiqua la raison de ce « hum ». Les données montraient que Chase en était déjà arrivé à un niveau de télépathie très élevé, un constat qu’Oncle Jack décrivit comme correspondant au maximum des capacités de Chase en temps normal... Son pouvoir devait être actuellement en contact soit avec un très grand nombre d’esprit... ou encore à un esprit très éloigné géographique. La scientifique reçut ces informations mais ne les prit pas vraiment en compte car elle s’inquiétait maintenant de ne pas entendre Chase décrire son expérience. L’excitation passée, la jeune femme arracha son esprit de l’écran d’information psychique pour se consacrer aux autres facteurs. Tess resta silencieuse quelques secondes, donnant à son frère le temps de parler... mais il demeura silencieux, comme endormi. Elle fit part de son inquiétude à Jack qui la rassura en lui assurant que c’était normal. Malheureusement cela n’avait pas grand chose de réconfortant et la jeune femme était sur le point de demander ce que cela voulait dire par « normal » lorsque l’écran qui lui faisait face lui montra de nouvelles informations...

    – Waouh...  
    – Tesla, les chiffres... on a jamais enregistré une telle activité psychique !

    La jeune femme ne répondit pas car elle ne savait pas quoi répondre, en effet elle n’avait jamais rien vu de tel. Réalisant qu’une telle puissance pouvait avoir un impact sur le corps de Chase, elle tourna la tête pour se concentrer sur les relevés biologiques. Bien évidemment, l’activité cérébrale était anormalement élevée, mais elle n’était pas dans le rouge donc son cerveau n’était pas endommagé en aucune manière... pour l’instant. Aucune activité musculaire n’était à signaler... mais vraiment aucune, zéro. Et ça c’était inquiétant car le corps humain bougeait toujours, même inconsciemment c ‘était mécanique et inévitable, or celui de Chase était immobile alors qu’au début de l’expérience, il remuait encore.  

    – Jack, je ne vois aucune réponse musculaire...
    – Ce n’est pas impossible... Si Chase est entré dans un état de méditation avancé, il se peut que son corps ait cessé de réagir... On a vu certains cas similaires avec des moines...  

    Soit. Cela rassura légèrement Tesla, mais un regard vers les relevés cardiaques eurent vite fait de la replonger dans l’inquiétude. Même si elle comprenait que ce qu’elle voyait était lié à ce que son oncle venait de lui dire. Il n’empêche, voir le cœur de son petit frère ralentir n’était pas agréable du tout... Tess estima qu’il était vraiment inquiétant de ne pas entendre Chase, elle s’approcha donc de lui pour essayer de le faire régir.

    – Chase ? Tu m’entends ? Réponds-moi, j’ai besoin de savoir que tout va bien si on veut continuer.

    Dans le cas contraire, elle n’hésiterait pas une seconde à interrompre l’expérience en commençant par annuler le contact avec la pierre. Mais ce serait assez délicat car elle ne voulait pas empirer les choses. C’était comme traiter avec un somnambule, le patient avait beau agir dangereusement, il ne fallait surtout pas le réveiller brutalement. Elle agirait donc pareil s’il le fallait, commençant en douceur en essayant de l’appeler mentalement tout en maintenant un contact physique. Avec son niveau de puissance, Chase n’aurait probablement aucun mal à l’entendre, et si elle se concentrait assez, elle pourrait peut-être le faire réagir ainsi. Si cela ne marchait pas, elle avait un plan B : réveiller son corps avec des stimuli. Plan C : lui arracher la Pierre de lune des mains. Plan D : détruire la Pierre. Le problème, c’était que plus on descendait dans l’alphabet, plus les risques étaient élevés.

    Pendant ce temps, les appareils électroniques indiquaient que la puissance psychique déployée continuait d’augmenter et que, parallèlement, le rythme cardiaque de Chase continuait de baisser. Un constat qui n’échappa pas aux deux observateurs. Voulant vérifier quelques chose, Tesla s’adressa à l’ordinateur pour passer un ordre vocal :  


    – ALEX, donne-moi la température du corps de Chase.

    La scientifique commençait à élaborer une théorie sur ce qui était en train de se passer. De faire un lien entre l’activité psychique et l’activité physique de Chase. Et n’aimant pas du tout ce qu’elle était en train de déduire, elle laissa inconsciemment l’inquiétude teindre le son de sa voix. Cela fit réagir Jack qui lui demanda ce qu’il y avait. Mais Tess ne répondit pas tout de suite, elle attendait, prête à la fois à recevoir les données d’ALEX mais aussi une réponse de son frère. Ni elle ni Jack n’y firent attention, mais depuis le début, la Pierre de Lune semblait avoir gagné en luminosité, la lumière bleue qui au départ n’était qu’une simple lueur phosphorescente s’assimilait maintenant à une ampoule écologique – toujours bleue – qui en était encore à ses premiers éclats, prenant son temps avant de pouvoir illuminer efficacement les lieux...  
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 8 Sep - 17:58 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Tiens, c’était amusant : un autre esprit. Chase bondissait désormais d’esprit en esprit, à la recherche de cicatrices semblables, et il les découvrait désormais de mieux en mieux : c’était une gymnastique, songea-t-il, dont il était aisé de prendre l’habitude. Décidément, tout se passait bien, tout se passait tellement bien. Bien sûr, il ne savait plus trop où il était. Non, pas lui-même, pas son corps (quelle idée), mais ceux qui véhiculaient les esprits où il s’immisçait, ceux-là non plus, il n’était pas certain de pouvoir les localiser. Très loin ? Tout près ? Difficile à dire. Tout était près, de son point de vue.

« Point de vue », bien sûr, c’était une manière de parler. C’était inutile, dans son monde, d’avoir un « point de vue ». Ou un odorat, soit dit en passant. Même, un corps était un fardeau bien encombrant. Tout ce qui se passait devait nécessairement se passer dans les esprits et Chase était persuadé, au prix d’un petit effort, de pouvoir s’inclure totalement dans un esprit étranger (et son corps, accessoirement). Ce qui impliquait sans doute de quitter le sien, mais enfin, quelle importance ? Du moment qu’il pouvait continuer à circuler.

Le problème, c’était peut-être qu’il ne circulait plus beaucoup. Il rebondissait, comme une balle lancée très fort dans une ruelle étroite rebondissait sur les murs l’un en face de l’autre, sans jamais s’arrêter. Chase ne contrôlait plus tellement la circulation de son propre esprit : il était happé par les cicatrices laissées par d’autres télépathes plutôt qu’il ne les repérait, désormais, et happé de plus en plus loin. Plus ceux qu’ils lisaient se trouvaient loin du Bigsby Building, du quartier, de la ville, moins Chase était capable de se situer et de se contrôler.

— 36,7. 36,5. 36. 35,8…

ALEX égrenait depuis désormais quelques secondes la lente mais continuelle chute de température corporelle de Chase. On était encore très loin de l’hypothermie, mais la conjonction des différentes mesures offrait désormais un tableau plus qu’évident de ce qui était en train de se pousser : lentement mais sûrement, Chase mourrait, en tout cas son corps mourrait. Toute son activité se réduisait à mesure que ses ondes cérébrales s’amplifiaient et que la luminescence de la Pierre de Lune l’entourait de son bleu pâle.

— 34,6. 34,3. 34…
— Tesla, je crois qu’on devrait arrêter…

L’esprit de Chase fut brutalement ramené des centaines de mètres, des kilomètres en arrière, le long de la quarantième avenue puis dans le Bigsby Building, jusqu’aux étages habités, parce qu’il avait senti, quelque part, quelque chose, qui menaçait son extraordinaire croissance. Toute l’énergie du mutant se concentra brutalement dans les deux autres occupants du bâtiment, fouillant sans ménagement, mais dans le plus grand désordre, leurs pensées et leurs mémoires.

— « …teslajecroisquondevraitarrêter… »

La voix de Chase avait été presque inaudible dans l’agitation électronique générale qui régnait désormais dans le laboratoire. Les doigts du jeune homme, néanmoins, s’étaient brusquement refermés sur la Pierre de Lune, et c’était à travers son poing que filtraient désormais les rayons du roc. Et ces rayons se heurtaient à l’éclairage électrique du laboratoire, à la lumière régulière des écrans des machines, et les bruits des machines se mêlaient les uns aux autres, dans un vacarme assourdissant.

Puis ce fut le silence. L’esprit de Chase avait abandonné brutalement la simple lecture mentale pour se réfugier dans un endroit beaucoup plus sûr et où l’on risquerait moins aisément de le priver de cette précieuse source de pouvoir dont il avait presque oublié, il s’en rendait compte à présent, les effets fabuleux. Avec une lucidité étrange, hallucinée, mais à ses yeux parfaites, Chase comprenait désormais sans peine les motivations de Jack : son oncle avait toujours été effrayé par ses capacités, et c’était par lâcheté qu’il tentait à nouveau de l’en priver. Il fallait lutter.

Le laboratoire avait disparu. Ou, tout du moins, Tesla, Jack et Chase connaissaient assez bien les capacités du mutant pour le savoir, ils avaient la collective illusion de sa disparition. Au lieu des murs de verre et du plancher mobile, au lieu du Bigsby Building et de Star City, ils se retrouvaient tous les trois au milieu de nulle part. Un paysage désolé, gris et rocheux, sous un ciel noir, et cela uniquement : de la roche et de la poussière à perte de vue. Brusquement, le point de vue changea, comme un film monté sans aucun souci de la transition. C’était le même paysage, mais au-dessus, dans le ciel, une demi-Terre les surplombait de sa lumière pâle.

— Chase, écoute, tout va bien se passer. Il faut juste revenir doucement. Tu te souviens, on en avait parlé, c’est comme de la plongée sous-marine. Par pallier. Chase ?

Jack promena le regard autour de lui — d’une certaine façon. Mais Chase avait disparu. À ses pieds, cependant, une fleur poussait. Ce n’était pas une illusion très complexe, une fleur. Mais Jack avait l’impression que cette fleur était réelle et, au fond de lui, tout à la fois la certitude qu’une fleur ne pouvait pas pousser-là et qu’une fleur poussait-là. Et ce qui avait semblé de prime abord une illusion d’un calme certes mortuaire mais, somme toute, inoffensive, révéla bien vite sa secrète violence : ce que Chase construisait, ce n’était pas un tableau grandiose, c’était un petit paradoxe, un paradoxe tout simple qui tordait la raison, tordait l’esprit qui essayait de résonner, une illusion non pas des sens, mais des facultés fondamentales de l’entendement.

Mais s’il y avait bien quelqu’un contre qui le télépathe ne pouvait pas faire grand-chose, c’était l’ordinateur ALEX. Et l’ordinateur ALEX venait de se transporter dans l’un des petits robots de Tesla, et le petit robot s’était tiré de sa torpeur, avait quitté l’étagère où il était soigneusement rangé et, avec ses multiples pattes mécaniques, s’était approché de la scientifique, sans que son esprit mécanique ne fût le moins du monde détecté par le télépathe qui ne voulait pas lâcher sa Pierre de Lune.

Et le petit robot prodigua à Tesla le meilleur remède contre les illusions : il la pinça au mollet.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Dim 8 Sep - 22:18 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    ALEX fit son analyse et, presqu’immédiatement, transmit les résultats à Tess et Jack. La crainte de la scientifique se confirmait ; tandis que l’esprit de Chase gagnait en puissance, son corps s’affaiblissait encore et encore. Ils ne savaient pas jusqu’ou pouvait allait la psyché du mentaliste, ni même si elle avait une limite, mais ils avaient une petite idée de ce qui pouvait arriver à son corps dans le pire des cas. Et vu qu’aux dernières nouvelles, il n’était pas scientifiquement possible de vivre sans corps, et surtout, vu que Chase n’avait pas émit le désir de se débarrasser définitivement de son enveloppe charnelle, il était hors de question de laisser son corps mourir. Une conclusion qu’oncle Jack formula à haute voix tandis que Tesla réfléchissait déjà au moyen de séparer son frère de cette pierre. Mais à peine le projet de mettre un terme à l’expérience avait était exprimé que Chase se décida à prendre la parole.

    Son corps n’avait pas bougé, seulement ses lèvres, et encore... Juste assez pour qu’il puisse exprimer des sons à peine articulés. Mais Tesla fut capable de comprendre ce qu’il disait ; il répétait les derniers propos énoncés par leur oncle. La jeune femme en fut surprise au point d’interrompre le cours de sa penser et de fixer son frère sans bouger. Et c’est son immobilité passive qui causa sa perte et donna à Chase l’occasion de créer une puissante et complexe illusion.

    Desormais, Jack se trouvait avec les deux Neutron-Grey dans la même... non ils n’étaient plus dans une pièce mais plutôt au beau milieu d’un paysage à la fois désertique et apocalyptique. Un environnement surréaliste que Tesla entreprit d’analyser en quête du moindre détail. Pendant ce temps, Jack tentait de vaines négociations en faisant appel aux techniques qu’il avait déjà vues avec Chase par le passer. Cela ne sembla pas marcher. La jeune femme elle considérait l’illusion crée par son cadet. Elle l’avait toujours su capable de produire des scènes très convaincantes. Mais la plupart du temps elle n’était pas victime de l’hallucination. La scientifique reconnut néanmoins que celle-ci était très poussée. Déjà, d’une certaine manière, elle avait réunit trois esprits – ou deux vu que Chase avait disparu de l’illusion – mais il y avait plus. Le ciel noir, les couleurs dominantes, ou plutôt l’absence de couleur, une sorte de terre dans les astres... Ajouté à cela le fait que toute cette histoire tournait autours de deux éléments clés : Chase et la Pierre de lune et on obtenait une réponse : ils se trouvaient sur la lune, ou plus précisément sur une représentation psychique de la lune. Tess ne savait pas trop où il voulait en venir avec cette illusion, mais elle choisit de penser que son frère essayer, à un niveau inconscient au moins, de leur montrer quelque chose. Dans le cas contraire, il aurait fait appel à une hallucination plus... radicale. Néanmoins, suite aux propos de leur oncle, le mentaliste passa à l’étape supérieure en s’attaquant aux jugements et perceptions de ses victimes. Elle le soupçonnait d’essayer par là de les rendre fous. Après avoir mentalement noté qu’il voulait s’en prendre à leur esprit et non pas à leur corps, Tesla s’essaya à la discussion à son tour. Jack avait essayé de remettre le jeune homme sur la voix en faisant appel à un jargon technique qui leur était propre, la scientifique préféra utiliser son arme de prédilection, celle que Chase voulait détruire à coups d’illusions empoisonneuses d’esprits : la raison.  


    – Chase, il faut que tu arrêtes, ton pouvoir utilise trop d’énergie, ton corps est en train de mourir. Sors-nous vite de cette illusion pour qu’on puisse t’aider !

    Peine perdue également, le mentaliste était apparemment dans une sorte de transe ou un état s’y rapprochant et l’empêchant d’être lui-même... Ou en tout cas c’était ce qu’elle espérait car elle rejetait direct l’idée de considérer son petit frère comme étant mauvais.

    Tandis que le pouvoir du mentaliste gagnait en ampleur, Tess ressentit soudainement une douleur au niveau du mollet gauche vive suivit d’un flash de lumière. Instinctivement, elle se retourna pour voir d’où cela provenait et vit un des petits robots/assistants de laboratoire qui utilisait sa pince mécanique pour lui procurer cette sensation des plus désagréables. Mais elle comprit vite les raisons de cette attitude : ALEX avait analysé et reconnu le danger et il avait pris les mesures nécessaires. Quoi de plus normal pour un programme informatique dont l’intelligence égalait celle de leur grand père ? ais Tess ne s’attarda pas sur son sauveur, elle n’avait pas le temps. Sans hésiter elle s’avança vers Chase dont le corps était encore installé sur le fauteuil et elle tendit la main en direction de la pierre qui brillait de mille feux bleus. Ce qu’elle s’apprêtait à faire était dangereux, surtout pour Chase. Mais maintenant la vie et la santé de leur oncle était également en jeu, peut-être même celles des esprits que le pouvoir du mentaliste était en train de toucher. Il était temps de prendre des mesures ; elle s’empara de l’artefact.

Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Lun 9 Sep - 0:45 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Une fleur. Sur la lune. Sans atmosphère. N’est-ce pas, oncle Jack, que c’était impossible ? Comme quoi, il ne fallait pas toujours s’en tenir à ce qui était raisonnable, ni aux métaphores bien terre à terre, pour rendre normal les réalités extraordinaires. Chase n’était pas en train de faire de la plongée sous-marine. Il n’y avait pas de pallier. Ce n’était pas comme quelque chose, ce n’était pas comparable, c’était unique. Il était unique. Et la fadeur journalière qu’on tentait de lui imposer ne changerait rien à cela.

Une fleur, sur la lune, c’était impossible. Mais Jack savait qu’elle était là. En même temps, il savait qu’elle n’était pas là. Elle existait et n’existait pas : c’est impossible. Mais la conscience même de cette impossibilité était impossible. Chase sentit Tesla lui échapper, mais il ne fit rien pour la retenir : il s’en sentait incapable, parce que sa volonté à lui s’épuisait dans cette fleur, et bientôt l’illusion ne fut plus que cela : l’impossibilité possible, dans l’esprit de Jack, entre oncle Jack et lui, le petit Chase, l’impossibilité possible qui allait bien finir par faire définitivement craquer cette raison si contraignante, si affreusement contraignante, qu’il connaissait depuis ses sept ans.

Quelque chose montait en Chase, c’était une vague de satisfaction, le plaisir de sentir cet esprit tout près du sien, celui de Jack, qui allait bientôt céder, tout cela à cause d’une fleur — Jack, le gardien vivant, avec ALEX, de la grande geste des Neutron-Grey et de leurs hauts faits planétaires allait perdre la raison à cause d’une fleur, c’était tellement beau, tellement poétique d’une certaine façon, c’était une leçon d’une vie, c’était…

Les ongles de Chase s’enfoncèrent brusquement dans le cuir du fauteuil d’expérimentation, tandis que ses yeux s’ouvraient, toutes pupilles dilatées.

— 34,5. 35. 35,3. 35,6. 36,1…

Les ondes cérébrales de Chase s’atrophièrent brusquement pour revenir à un niveau certes largement surhumain, mais tout de même très inférieur à celui sur lequel il venait de naviguer. Comme un malade auquel on aurait subitement refusé sa morphine, Chase serra les dents et ses ongles s’enfoncèrent un peu plus dans le fauteuil, tandis que le sang affluait dans ses tempes par sursauts brusques, en tambourinant contre son crâne.

— 36,8. 37. 37,6. Température corporelle normale.

Les pupilles de Chase s’étaient progressivement rétrécies et le jeune homme fixait à présent Jack, de l’autre côté de l’écran, et si son corps était en sueur, à cause de la brusque remontée de température, son regard lui gardait quelque chose de la glaciale surface lunaire où ils avaient effectué leur voyage improbable. Tous ses muscles étaient crispés, et il n’y avait guère que son regard qui paraissait encore calme.

Jack, lui, était livide. Ce n’était pas qu’il eût souffert. La douleur, même psychologique, eût été une torture trop peu raffinée pour un esprit comme celui de Chase. Il avait été terrorisé, plutôt, terrorisé par l’éventualité de sa propre folie couplée à celle de son échec évident : lui qui avait toujours cherché à tout contrôler, et singulièrement à préserver le « petit » Chase contre les tentations sournoises d’un pouvoir comme le sien avait failli sombrer dans le chaos de son propre esprit en contemplant la noirceur de son élève.

Car Tesla pouvait douter autant qu’elle le voulait, et même rejeter en bloc l’hypothèse, elle n’avait pas vu ce que lui avait vu, ou senti, ou compris, il n’était pas certain du terme. Mais ce dont il était certain, c’était d’avoir senti contre la sienne la volonté de Chase, pas seulement l’expression pure d’un pouvoir incontrôlé. Il y avait eu une intention clairement définie dans cette force qui avait tenté de faire craquer sa raison, et ce qui l’inquiétait, c’était que, somme toute, tout cela n’avait été qu’une expérience, un coup d’essai tâtonnant pour Chase, qui pouvait fort bien décider de s’entraîner pour reproduire le même exploit. Plus efficacement.

D’une voix inexpressive, Chase murmura :

— Désolé, oncle Jack.

Et soudain tous ses muscles se détendirent et Chase sombra dans une inconscience épuisée. Combien de temps avait passé alors entre l’expérience et le moment où le mutant ouvrit les yeux pour la première fois, soulevant péniblement le poids insurmontable de ses propres paupières, pour les refermer aussitôt, lorsque la lumière blanche du plafond électrique, typique du laboratoire de Tesla, percuta ses rétines ? Impossible pour lui de le dire. Il avait l’impression que son esprit était en lambeaux.

Non, pas tout à fait. Il pouvait penser. À peu près. Correctement. Mais il était fatigué, tellement fatigué, tellement… Chase rouvrit péniblement et lentement les yeux, et quand ils s’habituèrent à la lumière, il entendit la voix caractéristique d’ALEX déclarer :

— Il est réveillé.

« Réveillé », c’était peut-être beaucoup dire — en tout cas, il était question. Au moins, Chase n’était plus un patient récalcitrant : bien incapable de tenter même de se redresser, il se contenta, dans un premier temps, de récupérer les sensations les plus élémentaires de son propre corps. Il avait l’impression d’avoir concouru à un triathlon très au-dessus de son niveau, parce que tous ses muscles étaient endoloris. Sur sa peau, sur son torse et ses tempes, il sentit la présence désormais familière des capteurs.

Amèrement, il pensa que rien n’empêchait l’expérience de continuer, mais au fond de lui, il savait pertinemment que c’était pour surveiller ses fonctions vitales qu’on les avait laissés là. Il tenta de se souvenir de ce qui s’était passé. Les conseils de Jack et Tesla, la Pierre de la Lune, les gens dans la rue, les gens avec une cicatrice dans leurs esprits, de plus en plus loin, et puis après, sa mémoire était encore un peu embrouillée. Il se souvenait seulement d’avoir éprouvé une vive satisfaction, plus tard, mais les circonstances restaient floues.

Finalement, l’expérience n’avait pas dû trop mal se passer. Péniblement, il tourna la tête sur le côté, là où il sentait la présence de Tesla, une présence beaucoup plus schématique qu’à l’habitude dans son esprit éreinté. Le jeune homme esquissa un faible sourire et murmura, d’une voix difficilement audible :

— …j’m’en suis pas mal sorti, alors… ?

Sur ce point, dans le Bigsby Building, le moins que l’on pût dire, c’était que les avis divergeaient.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 10 Sep - 13:01 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    Elle était préparée au pire, mais le pire n’était pas d’humeur aujourd’hui et Tesla obtint finalement une réponse physique de la part de son cadet. Tout ça après avoir coupé la connexion avec la Pierre de Lune. Chase ouvrit les yeux et le rapport d’ALEX établit que son corps reprenait une température normale. La scientifique tourna rapidement la tête pour regarder les autres écrans de contrôle. Le rythme cardiaque était revenu à la normale et les muscles avaient reprit une activité ordinaire. La crise était passée, du moins d’un point de vue médical.

    Presqu’immédiatement, Tesla eut le réflexe de reculer et finalement de s’éloigner de Chase, la Pierre toujours entre ses mains. La jeune femme serrait l’artefact de toutes ses forces, mais ce geste était inconscient. En revanche, ce fut avec tout son bon sens qu’elle s’approchait de la salle de rangement pour remettre la pierre là où elle ne dérangerait plus Chase. Tesla remarqua en même temps que la lumière bleue avait complètement disparue, et ce, dès l’instant même où le contact avec la peau du mentaliste avait été interrompu. Néanmoins, elle remarqua qu’au toucher, la pierre était chaude. Au dernier moment, elle s’abstint de ranger la Pierre de Lune dans le tiroir qui lui servait de coffre, et elle la posa sur le haut du casier de rangement.


    – AELX, procède aux analyses. Masse, chaleur, radiation, je veux savoir tout ce qu’il y a à savoir sur cette pierre. Fais ensuite une comparaison entre les résultats que tu obtiendras et ceux qu’on a dans nos fichiers.  

    Le programme s’activa et entoura la pierre de rayons lumineux synonymes de scans divers et complexes. Et tandis que les machines s’activaient, Tesla allait retourner auprès de son frère au pas de course, mais avant de sortir de son entrepôt, elle déclara à l’ordinateur.  

    – Et éteins la lumière de la zone de stockage.

    Et la lumière ne fut plus, ou plutôt, de l’extérieur de ladite salle, le verre qui semblait composer les murs était devenu transparent... laissant voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la pièce, comme si celle-ci était invisible ou qu’elle avait disparue. Tesla préférait éviter même un contact visuel entre Chase et la Pierre. Pendant ce temps, elle avait manqué les plates excuses de son frère auprès d’oncle Jack, manquant également par là l’occasion de noter que leur relation n’allait pas bien. D’un point de vue scientifique, elle manqua par là même les premières paroles de son frère depuis la fin de l’expérience. Mais Tesla ayant vu sur les écrans que le corps de Chase était revenu à une activité normal, elle en avait déduit qu’il était en bon état. Et puis, elle avait eut d’autres priorités. Cela dit, cette absence d’effusion et d’échange voulait surtout dire qu’elle essayait de ne pas y penser car elle avait eut très peur. Mais quelle idée avait-elle eut à faire cette expérience ? Chase avait beau avoir affiné ses pouvoirs et leur maîtrise, la Pierre n’en demeurait pas moins dangereuse pour son corps. Point positif cependant, il n’était pas dans le coma. Une maigre consolation étant donné que cette fois, il s’en était pris à un de ses proches. Et ça, ce n’était pas un succès, même si l’agression psychique avait certainement été inconsciente. Mais là, Tess essayait de se convaincre elle-même. Non, elle en était sûre, l’incident était de nature inconsciente, c’était peut-être même là faute à autre chose... une autre conscience ? Il fallait dire que Chase présentait les symptômes d’une personne sortant d’une crise de somnambulisme pour reprendre cette comparaison. Il semblait en effet ne pas réaliser ce qui venait de se passer.

    – Tu t’en es sorti jeune homme, c’est déjà bien. Mais je n’irai pas jusqu’à appeler ça un franc succès.

    Son regard était plus amusé que ce qui en était réellement, son esprit tournait à cent à l’heure pour réfléchir sur ce qui venait de se passer. D’ailleurs, elle revient bien vite à son rôle de superviseur.

    – Quand tu liras mon rapport d’expérience  car il y en aurait bien un, même s’il n’était pas sûr qu’elle laisse Chase le consulter Tu verras que tu es entré dans une sorte de transe, que tu as coupé tout contact ave nous, que pendant que ton pouvoir gagnait en puissance ton corps mourait à petit feu et que lorsqu’on a abordé l’éventualité de tout arrêté tu as crée une illusion qui aurait pu faire beaucoup de dégâts sans l’intervention d’ALEX. Maintenant peux-tu me dire ce que je lirai quand je consulterai ton rapport ? Encore une fois, il n’était pas certain qu’il y ait de tel rapport rédigé, quoique la jeune femme n’écartait pas la possibilité de le lui faire écrire pour tester plusieurs niveaux de la conscience de Chase, car il n’est pas rare de voir une personne s’exprimer différemment à l’écrit.

    Maintenant elle attendait d’avoir une réponse de son frère, et elle espérait en avoir une. Son air était assez grave. Pas grave « je prends mon travail au sérieux et je suis professionnelle », mais grave « on a frôlé la catastrophe mais je n’en fais pas tout un plat pour ne pas te faire paniquer et aussi parce qu’on a un peu l’habitude maintenant ». Cela dit, elle aurait tout aussi bien pu dire en plaisantant à moitié : qu’avez-vous à dire pour votre défense jeune homme ? Et en attendant, elle vérifiait encore une fois les fonctions vitales qui étaient affichées sur les écrans de contrôle, même si tout était redevenu plus ou moins normal.  


Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Mar 10 Sep - 13:45 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Pendant quelques secondes, Chase flotta entre deux eaux, émergeant peu à peu à la réalité de la salle d’expérimentations. La fatigue immense qui s’était abattue sur lui l’avait rendu d’abord incapable de se souvenir exactement de tout ce qui s’était passé, en dehors des sensations simples qu’il avait finalement éprouvées, faites d’impatience, de satisfaction et de pouvoir, souvenir grisant de sa première véritable expérience avec la Pierre de Lune, pendant l’Invasion ; mais, petit à petit, il rassemblait intellectuellement les derniers événements, les mettaient en rapport et comprenait sans peine que ni Tesla, ni Jack n’auraient la même opinion que lui sur la réussite ou l’échec de leur petite entreprise.

Sa main gauche tâtonna un moment sur le fauteuil qui avait repris, pendant son inconscience, sa position horizontale et, ayant trouvé l’interrupteur, Chase le poussa pour se retrouver à nouveau assis. Toujours incapable de bouger, il préférait cependant, en prévision de la discussion peut-être difficile qui s’annonçait, ne rester allongé, trop fragile, trop exposé. Peut-être aussi, une fois assis, avait-il voulu poser les yeux sur l’image de Jack, sur l’écran de l’ordinateur.

Son oncle avait eu le temps de se recomposer un air plus ou moins serein, même s’il était aisé, télépathe ou non, de lire l’inquiétude qui s’était emparée de lui dans son regard. Chase désormais se souvenait à peu près intégralement de ce qui s’était passé et l’épisode de la fleur paradoxale ne cessait de se préciser dans son esprit. Elle avait été une manifestation particulièrement puissante, quoique fort discrète, de son pouvoir, cela il en avait conscience comme un autre, mais ce qui l’arrêtait surtout, c’était l’intention qui l’avait faite germer et cette intention, contrairement à Tesla, il était incapable de l’attribuer à la Pierre de Lune ou à quelque vague pulsion enfouie dans les profondeurs de son inconscient, parce que quand il s’examinait, il se sentait une vague frustration d’avoir échoué si près du but.

Les yeux toujours fixés sur Jack, Chase écouta d’une oreille un peu distraite le récit sommaire que Tesla donnait de leur expérience. Elle n’avait pas été la victime première de l’illusion et Chase n’était toujours pas certain de ce qu’elle en avait, elle, aperçue, au-delà de la surface lunaire et du paysage astronomique. Si elle ne disait rien de la violence patiente dont il avait fait preuve, était-ce qu’elle l’ignorait encore, qu’elle ne l’avait pas vue et que Jack ne lui en avait rien dit, ou bien cherchait-elle simplement à lui tirer les vers du nez ?

Dans l’esprit du mutant, une partie d’échecs s’engagea entre sa sœur et lui. Diversion que le silence de Tesla, préparation de coups futurs à son encontre, ou mouvement sans arrière-pensée, pour développer le jeu avant de passer à l’offensive ? Sans s’en rendre compte, Chase avait cessé — mais depuis combien de temps ? — de considérer que sa sœur pût n’essayer que de l’aider, en le forçant à revenir sur ses impressions ; sa propre culpabilité, celle qu’il ressentait malgré tout d’avoir tenté de briser son mentor parce qu’on avait voulu lui retirer son pouvoir, lui faisait considérer spontanément les interrogations de Tesla comme des reproches voilés adressés à son attitude.

Il commença par temporiser :

— Il faut que j’écrive un rapport ?

Il le savait pertinemment : frère de Tesla depuis sa naissance, membre de son équipe de recherche depuis quelque temps désormais, il n’ignorait pas que sa sœur, en scientifique chevronnée, aimait collecter des données, toutes les données, y compris les conclusions de ses collaborateurs ou de ses cobayes, qui devenaient à leur tour des données, des données sur des données, en quelque sorte, pour alimenter l’immense archivage qu’elle tenait, dans sa mémoire autant que dans celles de ses ordinateurs. Et il avait tout autant conscience qu’après son silence absolu durant l’expérience, qu’il avait été censé commenter en temps réel, un refus de produire un rapport achèverait de le rendre suspect.

Il s’agissait de la jouer finement. D’une voix mal assurée, qui lui était d’autant plus aisée que sa fatigue était bien réelle :

— Je ne suis pas encore tout à fait sûr… C’est un peu… confus…

Et c’était vrai, après tout : c’était encore un peu confus. Ce n’était pas comme si, ce matin-là, en se réveillant avec son habituelle tristesse, il s’était dit : « Oncle Jack veut me priver de tous mes pouvoirs » et « Tesla cherche une bonne raison de m’accuser ». Et même, en ce moment, ces pensées n’étaient que des impressions vagues, pas du tout des certitudes. Il se sentait simplement comme un animal traqué, injustement traqué bien sûr, et sa nervosité devint rapidement palpable.

Il essaya de se redresser sur le fauteuil, mais avec un soupir, il se laissa lourdement retombé, ressaisi par la fatigue.

— Je me suis concentré sur la lecture mentale. Je crois que je suis allé loin. Beaucoup de sujets, un large espace, une lecture précise et complète.

Comme pour se justifier, il rajouta :

— C’était ce qui me semblait, disons, le plus inoffensif.

Et cette remarque de pure défense se doubla bientôt d’une autre, qui était beaucoup moins innocente :

— De toute façon, je n’ai pas l’occasion de beaucoup pratiquer le reste…
— Tu t’es bien rattrapé…

La phrase avait fusé de Jack et de l’ordinateur et, déjà, Jack la regrettait. Cette fois-ci, l’accusation, Chase était loin de l’imaginer tout seul, dans son propre sentiment de persécution : elle était claire, nette et, surtout, il était bien obligé de le reconnaître, parfaitement justifiée. Le jeune homme déglutit péniblement et répondit :

— Je ne suis pas arrivé à me contrôler.

Il aurait pu le dire avec une note de contrition, comme un élève qui reconnaissait ses fautes et promettait implicitement de progresser encore un peu plus pour être un jour digne du respect de son maître, mais il n’y avait pas eu la moindre trace d’excuses dans l’inflexion de sa voix — seulement de la fatigue, immense, envahissante, et, tout au fond, si toutefois l’on écoutait bien, du ressentiment. Ce n’était pas un mensonge en tout cas : que sa violence eût été intentionnelle ou non, elle n’avait pas été préméditée. Réaction d’abord purement instinctive.

Chase détourna le regard, embarrassé par celui de son oncle, qui touchait trop juste. Il n’osait pas non plus observer directement de Tesla, lorsqu’il tentait de lui cacher une partie de la vérité. Il ne lui restait plus qu’à observer le sol, d’un air découragé.

— Je suis vraiment très fatigué. On est obligés de faire ça maintenant ?

Un temps.

— Je me suis déjà prêté à votre expérience, vous avez vos résultats, peut-être que je pourrais juste vivre un peu ma vie. Aller dormir. En l’occurrence.

Vous, vos, vôtre : comme si tout cela ne le concernait pas vraiment et que les derniers événements étaient nés purement de l’envie obsessive qu’il supposait à Tesla et Jack de le contrôler. À vrai dire, Chase, en ce moment précis, avait quelque chose de l’adolescent contrariant auquel on essayait d’apprendre la vie d’adulte — bref, il se comportait comme un jeune homme de vingt-et-un, conscient d’avoir fait une énorme erreur, mais pas du tout prêt à en assumer les conséquences. Le monde entier était contre lui, un point c’est tout, et il était de toute façon beaucoup trop fatigué pour se montrer beaucoup plus raisonnable.

Conscient qu’il n’y aurait pas grand-chose à tirer d’un Chase dans cet état, et soucieux surtout d’éviter un affrontement inutile, Jack murmura d’une voix résignée :

— Il a raison. On peut peut-être remettre cette discussion à plus tard.

Et par discussion, il était aisé de voir qu’il ne parlait pas seulement de l’examen des données quantitatives tirées de l’expérience. D’ailleurs, incapable de rester plus longtemps à observer ce jeune homme qu’il reconnaissait si peu, il marmonna encore :

— Je vais compiler ce que j’ai de mon côté.

Et le contact de la webcam fut coupé. Un silence pesant s’abattit finalement sur le laboratoire de Tesla — il n’y avait pas eu d’explosions et de cris de panique, sans doute, mais la catastrophe n’avait peut-être pas été évitée.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 12 Sep - 14:33 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    « Il faut que j’écrive un rapport ? » Le ton innocent de la question de Chase aurait pu faire fondre la froide logique de sa grande sœur, mais c’était sans compter sur la rigueur professionnelle que la jeune femme tenait à conserver aussi bien pour des raisons personnelles que pour des raisons scientifiques. Tesla eut néanmoins un mince sourire avant de hocher la tête d’un air décidé. Oui elle pensait qu’une introspection par l’intermédiaire d’un rapport serait bénéfique au mentaliste... et aux travaux de la jeune femme, naturellement.

    Chase répondit qu’il n’était pas sûr de pouvoir faire un rapport complet dans l’immédiat ce qui était compréhensible étant donné l’intensité de l’effort qu’il venait de fournir et étant donné bien sûr la nature de ses pouvoirs. Tesla était elle-même bien placé qu’une utilisation extrême de pouvoirs mentaux pouvait avoir des effets secondaires temporaires sur les capacités cognitives. Cela dit, l’argument de son frère ne le protégeait pas de toute confession car sa scientifique de sœur avait de quoi écarter son excuse. D’une voix douce et sincère, elle déclara :


    – Bien sûr, je ne te demande pas un rapport détaillé et complet... pas tout de suite... Mais tes premières impressions, ton ressenti. Ce sont des informations qui peuvent être très importantes, tu le sais.

    Car c’était le cas. Si le recul permettait de structurer sa pensée et le rendre cohérente afin de produire un énoncé clair, cela pouvait également causer la perte de quelques données qui ne sont pas forcément scientifiques mais qui peuvent être extrêmement utiles, pour une future expérience par exemple, ou encore pour lever de bonnes conclusions. Ces éléments pourraient paraître futiles lors d’une synthèse tardive alors qu’ils peuvent parfois permettre d’obtenir des résultats précis. Après avoir énoncé son point de vue, Tess vit son petit frère tenter de se redresser, mais de toute évidence, la fatigue était bien là. Elle se détourna donc du fauteuil d’examen, consciente qu’oncle Jack était là pour recueillir les propos de Chase et pour le réconforter si besoin était. Enfin c’était là ce qu’elle attendait de son oncle. La jeune femme se dirigea ensuite vers son frigo, celui qui se trouvait dans son laboratoire pour plusieurs raisons. En l’ouvrant, elle s’empara presque immédiatement d’un des sandwichs qui se trouvaient dans un coin précis de l’appareil de réfrigération, parmi quelques autres aliments mais surtout des produits et substances qui n’étaient théoriquement pas consommables mais dont l’intérêt scientifique était bien présent. Tess prit également une petite bouteille d’eau plate fraiche avant de refermer le frigo et d’apporter le tout sur une table à côté de Chase, au cas où il aurait besoin de reprendre des forces.

    Tesla était revenu au moment où Chase avoua ne pas avoir réussi à se contrôler. Là dessus, sa soeur ne pouvait qu’être d’accord. Mais elle nota également le choix de mots que fit le mentaliste, il ne mettait rien sur le dos de la Pierre, seulement sur son incapacité. Cela n’était peut-être pas important, mais quelques conclusions pourraient être tirées à partir de la façon dont il s’exprimait. Une partie de ces déductions ne plaisait pas trop à la jeune femme et elle préféra se concentrer sur l’instant présent, repoussant la réflexion et l’élaboration d’hypothèses pour plus tard. C’était également ce que Chase souhaitait pour le reste de l’expérience et de son compte-rendu. Et si oncle Jack partageait cet avis, ce n’était pas le cas de Tesla.


    – Ok... Juste quelques questions tant que l’expérience est fraîche...

    Elle s’excusa du regard auprès de son cadet, mais elle savait qu’il comprendrait. Après tout il travaillait avec elle et savait depuis longtemps comment les choses se passaient en science. Il savait également ce à quoi il devait passer avant d’accepter de se soumettre à l’expérience. Cependant, parce qu’il était son frère, il aurait quand même droit à un traitement de faveur, aussi infime pouvait-il paraître ; Tesla ne lui poserait que cinq questions qui n’exigeaient pas de réponses complexes mais qui pourraient être utiles lors d’un débriefing. La scientifique s’empara d’un bloc note sur lequel reposaient quelques feuilles. Armée d’un stylo, elle se tint prête à prendre note des réponses de Chase.  

    – Physiquement, quel(s) adjectif(s) qualifierai(en)t le mieux ton état ?
    Mentalement, comment te sens-tu ?
    As-tu envie de reproduire cette expérience à l’avenir ?
    As-tu apprécié l’expérience ?
    Selon toi, qu’est-ce qui n’allait pas dans cette expérience ?


    La scientifique avait posé ses question rapidement sous prétexte de pouvoir laisser son frère se reposer au plus vite, mais c’était surtout pour tenter d’avoir les « bonnes » réponses, en espérant qu’il y en ait de bonnes...  

    Un stratagème qui ne marcherait certainement pas sur Chase, en temps normal. Le jeune homme était trop intelligent pour ne pas comprendre la démarche de sa sœur qui consistait à bombarder un sujet de questions afin d’obtenir des réponses spontanées qu’il n’était pas toujours possible d’acquérir en laissant au questionné le temps de la réflexion. Mais encore une fois, Tess ne savait pas quels étaient les effets de la Pierre sur son frère, mais dans tous les cas, ce questionnaire devrait permettre d’obtenir quelques réponses.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Jeu 12 Sep - 15:33 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Chase essayait désespérement d’interpréter les réactions de Tesla et de Jack, de prévoir la manière dont se déroulerait la suite des événements, s’il y aurait des expériences futures, si Jack parlerait à Tesla, si Tesla s’était rendue compte de quelque chose, ce qui allait advenir de la Pierre de Lune, ce qu’il était censé faire pour obtenir ce qu’il désirait, ce qu’il désirait au fond de lui, mais toutes ces considérations psychologiques et stratégiques, qu’il eût été capable de traiter méthodiquement et de résoudre en temps normal, s’accumulaient dans son esprit et augmentaient rapidement le stress et la fatigue de l’expérience.

Bientôt, il n’eut plus qu’une envie : quitter le laboratoire en courant, se cacher sous sa couette et pleurer d’énervement, parce que rien ne se passait jamais comme il le voulait et, qu’en plus, c’était peut-être le plus grave, il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait vraiment. Le seul problème, c’était qu’il ne pouvait pas courir alors, à défaut, il attrapa la bouteille d’eau posée près de lui et en engloutit la moitié, maintenant que la température de son corps avait arrêté de jouer aux montagnes russes.

Sa nervosité retomba un tout petit peu, comme il était seul avec sa sœur. Loin du regard de Jack, Chase ne se sentait plus aussi contrôlé et la douceur avec laquelle Tesla avait réagi, systématiquement, à ses réponses fuyantes ou irritées, avait suffi à désamorcer la crise de nerfs qui le guettait. Elle l’avait laissé fatigué, seulement, et bien sûr un peu confus. Il s’empara du sandwich, le déballa et, quand sa sœur lui proposa de répondre à quelques questions, Chase laissa échapper un soupir mais murmura :

— Bon, d’accord…

Cette fois, il avait accepté non point par stratégie, pour ne pas paraître suspect, mais simplement pour faire plaisir à Tesla, parce qu’elle était sa sœur et parce qu’elle insistait. En mâchonnant son sandwich et en tentant de ressembler ses idées, sans être capable de trop prévoir ses réponses, il se mit à les offrir du tac au tac, comme elles lui venaient.

— Physiquement, quel(s) adjectif(s) qualifierai(en)t le mieux ton état ?
— Fatigué. Épuisé, en fait. J’ai chaud. Et froid. Disons… Grippé ? Migraineux. Confus. Irrité.
— Mentalement, comment te sens-tu ?
— Mentalement ? Euh…

Il ne savait pas exactement ce qu’elle entendait par-là.

— Je ne jouerais pas une partie d’échecs là tout de suite, si c’est ça la question. Juste… Je ne sais pas. Comme après une très longue journée de travail ou d’études. L’impression d’être, disons, dans la brume.
— As-tu envie de reproduire cette expérience à l’avenir ?
— Oui.

Il avait répondu avec un enthousiasme spontané, presque nerveux. Il se reprocha presque aussitôt de ne pas avoir paru plus réticent. Mais la Pierre de Lune l’avait laissé avec une telle impression de puissance, comme la première fois, qu’il avait de la peine à être tout à fait terrifié par les effets secondaires ou les conséquences néfastes qui avaient failli frapper Jack. Ce fut cependant avec une prudente réserve qu’il répondit à la question suivante :

— As-tu apprécié l’expérience ?
— Je ne sais pas… c’était… intéressant.

Après tout, ce n’était pas tout à fait un mensonge. Il n’était pas certain de ses propres sensations. « Apprécier », dans l’état de fatigue physique et nerveuse où il se trouvait, lui paraissait une description pour le moins inadéquate, un terme à la fois trop faible et trop fort. Ce qu’il aurait apprécié, aimé, c’était d’avoir la Pierre pour lui tout seul et de s’affranchir des expériences pour laisser libre cours à son pouvoir, mais petit à petit, après les souvenirs de sa sensation de puissance, lui revenaient la mémoire plus précise de ses pensées et il voyait clairement à quelle destruction personnelle il s’était exposé.

Il secoua la tête et murmura :

— Pour de vrai, je n’en sais rien.
— Selon toi, qu’est-ce qui n’allait pas dans cette expérience ?

Quelques minutes plus tôt, il eût répondu : « vous n’auriez pas dû me retirer la Pierre ». Maintenant, il n’en était plus si sûr. Les doutes éveillés par la question précédente le forcèrent à réfléchir un peu à sa nouvelle réponse et il ne fit pas preuve, cette fois-ci, de la même spontanéité naïve que Tesla avait réussi à obtenir jusqu’à alors. Finalement, il articula lentement :

— Je crois que je ne me sens plus très en confiance…

Il hésita de nouveau, avant de finir sa phrase presque avec réticence :

— …sous l’œil de Jack.

Et c’était la stricte vérité : sans Jack, il était probable que sa frustration longtemps accumulée ne se fût pas exprimée aussi sournoisement. Mais en plus de la vérité, il y avait cette petite idée, au fond de son esprit : qu’il était sans doute possible, en étant adroit et patient, d’évincer progressivement Jack de sa vie. Pour l’instant, il n’avait pas de plan bien déterminé, mais la première étape était sans doute de faire état de son authentique inimitié à Tesla.

— Je sais que… Je sais qu’il a fait plein de choses pour nous, pour moi surtout, mais avec lui, j’ai l’impression d’être toujours un enfant, toujours à risquer le faux pas. Et même, et même…

Chase s’était mis à triturer nerveusement l’emballage du sandwich.

— …et même d’être un monstre.

Il ne se l’était jamais formulé aussi clairement, mais il se rendait compte que tel était bien le problème : Jack l’avait traité tout autant comme un danger menaçant que comme un petit prodige et, à la longue, Chase s’était senti ostracisé plutôt que valorisé.

— J’en peux plus d’être comme ça constamment surveillé…

Et presque aussitôt, il ajouta :

— …désolé.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 13 Sep - 21:48 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil

    Premier résultat positif ; Chase ne refusa pas d’emblée le petit, minuscule questionnaire de sa sœur. Ca aurait embêté Tesla de devoir emprisonner son petit frère dans un champ de force, cela aurait pu mal se terminer. Chase accepta donc de répondre aux questions et Tess s’empressait à chaque fois de les noter sur sa feuille en sténo. Parce qu’elle ne voulait pas embêter son cadet d’avantage, elle ne s’arrêta pas pour lui demander des détails ou des explications et le laissa parler comme il le voulait, ses réactions spontanées se révèleraient plus importantes qu’une discussion qui pourrait mettre fin à toute collecte d’information.

    En bonne scientifique, Tess se concentrait au point de s’empêcher d’émettre un avis personnel par rapport à ce qu’elle entendait, cela dit, elle n’hésiterait pas à prendre des notes concernant ses impressions personnelles, notant froidement ce que son instinct lui disait. Elle savait que de toute façon, tout était filmé et enregistré par ALEX et par les ordinateurs de son laboratoire, comme toute l’expérience l’avait été.
    1. Fatigué, épuisé, chaud... froid. Grippé ? (hésite). Migraineux. Confus (symptôme physiologique ?). Irrité (idem ?)
    2. (Hésitation)... journée d’études... brume.
    3. Oui (direct, pas d’hésitation, sincère)
    4. (hésitation, défensive ?) ne sait pas, « intéressant » (neutre)
    5. Problème de confiance... Jack ?  
    Lorsque Chase mentionna le nom de leur oncle, Tesla releva la tête, réellement interloquée. Elle regarda son frère en l’interrogeant du regard, mais il allait apporter plus de précisions ou au moins essayer. Ce qu’elle entendit, en plus de la surprendre, lui permit de mettre en place quelques pièces qui manquaient au puzzle, notamment concernant l’atmosphère tendue qui avait flottée entre Chase et Jack dès le début de, et un peu avant, l’expérience. Et comme à son habitude, avant de prendre en considération ces informations d’un point de vue personnel et humain, elle les plaça dans un contexte scientifique. Mais même dans cet état d’esprit, la grande sœur qui était en elle se manifesta. Tess posa son bloc notes et s’approcha de son frère, mais il manquait quelque chose. Elle s’adressa donc à l’ordinateur central.


    – ALEX, j’aurais besoin d’une chaise s’il te plaît.

    Et aussitôt, ALEX s’activa, il prit les commandes d’un bras mécanique et le fit pousser une chaise roulante en direction de la scientifique. Après avoir traversé une partie du laboratoire sans encombre – les murs de verre s’écartaient sous la direction d’ALEX sur le passage de l’objet – la chaise arriva à portée de main de Tesla qui la déplaça pour pouvoir s’asseoir à côté de Chase. Oui, Tess utilisait les produits d’une science complexe rare et certainement très chère pour des choses aussi simple que celle-ci. Mais c’était une situation d’urgence où la spontanéité était requise... Et surtout c’était une habitude dans cet immeuble. Bref, Tesla entreprit ensuite de démêler un nœud que son petit doigts ainsi que les multiples connections nerveuses qui permettent aux idées de circuler commençaient à détecter.  

    – Oooh, Chase... Tu n’as pas besoin de t’excuser. Ca, c’était la partie « normale » du discours de la scientifique, et c’était avant de revenir à un raisonnement purement logique. Ce genre de réaction est normale quand on passe beaucoup de temps avec une personne, on arrive parfois à un stade où il vaut mieux faire une pause. Surtout quand il s’agit d’une relation aussi proche. Tess s’interrompit, consciente qu’elle n’était peut-être pas bien clair, elle essaya de revenir sur le sujet ce qui n’était pas forcément facile car elle n’avait pas toutes les informations nécessaires. Ecoute... Je ne sais pas ce qu’il y a entre Oncle Jack et toi. Mais si tu as besoin... de prendre du recul, tu ne devrais pas hésiter. Après tout, tu es majeur maitenant. Là elle sous entendait que Chase devait prendre ses distances s’il jugeait que c’était nécessaire. Après tout quoi de plus normal pour un jeune homme de son âge que de vouloir prendre un peu d’indépendance par rapport à sa famille. Ils avaient fait le gros du travail d’éducation, enfin surtout Jack, et il était temps peut-être de donner à Chase une chance de voler de ses propres ailes... de lui faire confiance et lui lâcher la bride. Néanmoins, il fallait qu’il soit bien conscient de sa situation. Il en avait certainement plus conscience que quiconque, mais peut-être avait-t-il besoin d’un rappel afin de comprendre l’attitude de son oncle. Je suis aussi sûre que tu te trompes et que Jack ne te voit pas comme un monstre... C’est juste... Qu’il doit avoir peur de tes pouvoirs et de ce qu’ils pourraient impliquer. Et c’est normal, après tout tu es ou plutôt était sous sa responsabilité. Je te rappelle que le monde entier sait que tu es un mentaliste extrêmement puissant, peut-être le meilleur. Et je n’ai pas besoin de te dire que les gens et les gouvernements craignent ces pouvoirs plus que les autres. Oncle Jack s’est mis beaucoup de pression par rapport à ton éducation... c’est peut-être ces craintes qui te rendent mal à l’aise...

    La jeune femme ne faisait que supposer, elle ne voulait pas donner l’impression d’imposer une vérité à son frère. C’était d’autant plus vrai qu’elle avait conscience de ses lacunes dans le domaine de la psychologie. Peut-être s’était-elle toujours limitée dans ce domaine afin de ne pas se mettre à psychanalyser tout le monde à tout bout de champ, sa famille en premier lieux. En tout cas elle voulait naturellement éviter tout conflit entre les personnes qu’elle aime. Et s’il y avait un problème entre Jack et Chase, peut-être qu’une solution à court terme consisterait à laisser le mentaliste prendre un peu de distance. Un processus anthropologique tout à fait naturel qui permettrait peut-être au jeune homme de prendre le recul nécessaire afin de mieux comprendre les intentions de son oncle. Intentions dont Tesla était certaine du bon fondement. Néanmoins, elle savait qu’à long terme, cette solution ne résoudrait pas tout, loin de là.

    Tess s’empara une nouvelle fois de la bouteille d’eau afin d’en piquer une gorgée à son tour. Après tout l’expérience lui avait donné soif à elle aussi et son esprit étant concentré sur Chase, elle avait oublié de se prendre une bouteille. Une fois réhydratée, elle se lança dans l’exposition de son ultime conseil ; celui qui était sans aucun doute le plus important.  


    – Mais quoi que tu fasses, je t’encourage fortement à aller lui parler pour tout mettre à plat. Je suis sûre qu’il y a un problème de communication entre vous et qu’une discussion sans détour résoudra beaucoup de choses. Car il n’y avait pas besoin d’être un génie comme elle pour comprendre qu’une grande majorité des problèmes qui régissaient les querelles humaines avaient pour origine un manque ou une déficience de communication. Et Chase, de par ses pouvoirs, était certainement très bien placé pour comprendre que les non dits étaient la source de nombreuses frustrations qui pourraient aisément être évitées. Tesla accompagna ensuite ce conseil par une dose réaliste d’optimisme afin de convaincre Chase. N’oublie pas qu’il s’agit de ton oncle et il le restera quoiqu’il arrive. Il veut simplement que tu sois heureux et en sécurité. Jamais il ne t’enfermera dans une cage... Ces propos allumèrent une nouvelle étincelle dans le regard de la jeune femme. Si elle ne pensait pas que son oncle soit capable d’une chose pareille, une petite partie de son inconscient s’était mise à l’imaginer et à se rebeller à cette idée. Jamais Tess ne laisserait une telle chose arriverait et elle ferait tout pour trouver la solution la plus adaptée possible.

    Tesla connaissait son frère. Si elle n’était pas sûre de connaître l’étendue de ses capacités, elle avait confiance en lui. Et puis il y avait le lien du sang qui, en dépit de toute preuve scientifique, jouait un rôle capital. Chase était un Neutron-Grey, une graine de héros... c’était déjà un héros d’ailleurs. Et il était impossible qu’il en soit autrement, c’était sa nature. Une nature peut-être fragilisée par un pouvoir délicat et par les doutes propre à chacun, mais tant qu’il serait guidé dans cette direction par ses proches, rien ne pourrait changer cela. Même les fantastiques pouvoirs qu’il possédait... enfin en théorie...


    – Mais il faut aussi que tu comprennes que la nature humaine n’est pas capable de concevoir l’infini... il faut qu’elle visualise des limites. Et tant qu’on n’en aura pas déterminées pour ton pouvoir, il y aura toujours une certaine appréhension... On imagine toujours le pire.  

    Tess avait fait revenir la conversation sur les pouvoirs de son frère, mais cette fois ce n’était pas seulement pour l’amour de la science et de l’expérimentation. C’était plutôt sous une forme de discussion ouverte, un débat auquel Chase était libre de participer ou non. Tesla émettait là son avis qui était objectif et assez réaliste. Elle comprenait les difficultés de son frère et s’il était possible de passer de la pommade pour les rendre moins désagréables, il n’y avait pas encore de moyen de les supprimer. En tout cas, Tesla n’en avait pas trouvé de convenable... Toutefois, cela ne la démotivait pas pour autant.  

    – Mais c’est pour être mieux préparés.
Revenir en haut Aller en bas

Message posté : Ven 13 Sep - 23:58 Message
Obtenir l'URL : Cliquer ici

avatar
Invité
Invité
Afficher le profil
Jack et Tesla avaient des styles pédagogiques somme toute assez différents. Peut-être que Jack n’avait jamais réussi à se faire à l’idée que le petit garçon aux capacités phénoménales et absolument incontrôlés dont il avait pris la charge, bien des années plus tôt, s’était peu à peu mué en jeune adulte aux capacités plus phénoménales encore mais beaucoup mieux contrôlés et que, dans la vie de ce jeune adulte, tout ne pouvait pas se résoudre par des entraînements, des conseils terre-à-terre ou, au contraire, des maximes un peu obscures qui faisaient parfois l’effet d’une sentence taoïste en version originale.

Tesla, elle, abordait les problèmes frontalement et méthodiquement, en empruntant successivement chacun de leurs embranchements logiques, et si, pour beaucoup, cette manière de faire eût paru dénué d’empathie, Chase lui y voyait une marque de considération : on s’adressait à lui comme un adulte. Il en était d’ailleurs d’autant plus touché que le premier conseil que lui donnait sa sœur était de profiter de l’indépendance qu’il désirait — un conseil qui le surprit, pendant une seconde.

Puis il se souvint. Il se souvint que c’était avec Tesla que, depuis tout petit, et tout au long de son adolescence, il avait commis les pires bêtises, que c’était Tesla qu’il l’avait entraîné dans des aventures, que c’était avec Tesla qu’aujourd’hui encore, en catimini dans les laboratoires de l’UNISON, il se livrait à des expériences pas tout à fait autorisées par le règlement, que c’était avec Tesla qu’il partageait une curiosité scientifique dont l’un comme l’autre parvenaient à comprendre la poésie non artistique et néanmoins parfaitement sensible.

Et c’était pourtant Tesla qu’il avait tenu éloignée de bien des détails de sa vie, importants ou anecdotiques : de sa frustration sans cesse plus sensible, de l’impression d’avoir une plaine devant lui sans être autorisé à y courir, de son premier, des incertitudes concernant son avenir professionnel, de ses envies de voyage, de ses frictions avec certains agents de l’UNISON, de ses flirts, de ses déceptions amoureuses — de son existence d’adulte, enfin.

Il se sentit coupable. Tesla lui parlait comme elle lui avait toujours parlé : sincèrement et sans détour. Et lui s’était muré dans un silence méfiant. Il sentit les larmes lui monter aux yeux, battit vite des paupières pour les retenir et détourner le regard. C’était sans doute la fatigue qui le rendait sensible ainsi. Sans doute. La fatigue aussi qui lui donnait l’impression, presque panique, qu’il était à deux doigts de perdre quelque chose d’important et de précieux, quelque chose d’irremplaçable, parce que… Il ne savait pas pourquoi. Sa vie lui échappait de plus d’une façon, et il avait l’impression de ne rien pouvoir rattraper.

En somme, il n’avait pensé qu’à Tesla : préoccupé par la sincérité et la prévenance de la jeune femme, Chase ne s’était pas laissé toucher par les raisons sensibles et logiques qu’elle lui avait données pour justifier l’attitude de Jack. Jack était un tout autre problème. Il n’avait jamais eu pour Chase la même tendresse ou, tout du moins, c’était ainsi que le mutant le ressentait. C’était bien plutôt qu’il n’avait jamais exprimé cette tendresse, soucieux de ne pas entamer son autorité de pédagogue et d’entraîneur en se montrant trop familial, trop proche ; consciemment, Jack avait sacrifié une partie de sa relation avec Chase pour assurer la sécurité de son neveu, mais maintenant que l’élève n’avait plus autant besoin de son maître, Jack ne parvenait pas à épouser harmonieusement le changement.

Chase inspira profondément pour retrouver son calme et répondit d’une voix encore un peu vacillante :

— Je sais que tu t’inquiètes pour moi.

L’ensemble du discours de Tesla avait plutôt porté sur l’inquiétude que Jack pouvait ressentir, mais pour une fois, ce n’était pas délibérément que Chase laissait son oncle sur le bas-côté de la conversation.

— Tu as raison, évidemment. Je devrais prendre du recul. Figurément et littéralement. Vivre ailleurs, pour ne plus être constamment entouré par mon enfance. Je suis si peu sorti, pendant des années, que ce bâtiment, parfois, me fait l’effet d’une… prison. Je suppose. Et ça gâche tout. C’est idiot : je pourrais très bien m’offrir quelque chose d’autre et comme ça, quand je reviendrai ici, ce serait volontairement, par plaisir. Les choses seraient différentes.

Il n’y avait jamais réfléchi que vaguement, à cette éventualité pourtant tout à fait normal pour un jeune de son âge, particulièrement avec ses ressources financières : s’envoler du nid familial pour commencer, ailleurs, sa propre existence. Il avait toujours craint qu’un pareil départ fût considéré comme une trahison, mais puisque Tesla venait de lui donner son onction, il pouvait envisager les choses un peu plus sereinement. Il esquissa un sourire un peu gêné avant d’avouer :

— Une maison, par exemple, une petite maison. Je me suis toujours demandé ce que ça faisait d’avoir un jardin. Pas des cultures hors terre, comme ici, mais tu sais, un vrai jardin. Presque… Banal. D’une certaine façon. Je ne sais pas. Et puis évidemment, ce serait plus facile pour inviter des g…

Le mot « garçon » resta coincé dans sa gorge et il rougit. Ses préférences n’étaient pas un secret, mais au sein du Bigsby Building, il n’en parlait que très rarement. Il avait l’impression que cette partie-là de son existence était restée entièrement étrangère à sa famille — une conviction un peu naïve, dans la mesure où ses frères et sœurs les avaient probablement devinées bien avant qu’il les formulât lui-même.

— …gens, des gens.

Bref, l’idée lui paraissait séduisante. Puis, en laissant toujours Jack de côté, Chase passa au second sujet abordé par Tesla.

— Quant à mon pouvoir, évidemment, il a des limites. Par exemple…

Là, comme ça, il n’en sentait évidemment pas beaucoup, mais il hasarda :

— Je serais incapable de communiquer télépathiquement avec quelqu’un à l’autre bout du monde.

Mais la seule certitude rigoureusement scientifique, il devait bien le reconnaître, c’était qu’il n’avait jamais essayé. Du coup, il reprit d’un air incertain :

— Enfin, je crois, je veux dire, je suppose. En même temps, je ne connais personne à l’autre bout du monde et…

L’idée de se livrer à une nouvelle expérience fit naître un sourire sur son visage.

— Peut-être que la prochaine fois, on devrait essayer de fixer un but précis, et d’augmenter par pallier, comme une compétition de sauts à la perche.

Ah, Chase et ses métaphores ou ludiques, ou sportives. À mesure qu’il songeait à la prochaine expérience, il se redressait sur son fauteuil.

— Ce serait peut-être plus productif et plus sûr que d’essayer d’aller au maximum à chaque fois. Comme ça, on arrêterait l’expérience quand le pallier serait atteint, avant qu’il ne se passe quelque chose de fâcheux, et puis on instaurerait un rythme régulier.

L’idée que Tesla pût le soupçonner d’une accoutumance à la Pierre de Lune lui traversa l’esprit et il s’empressa d’ajouter :

— D’abord, sans la Pierre de Lune. Pour voir où je suis capable d’aller. Puis avec la Pierre. En établissent des critères chiffrés, des protocoles expérimentaux précis, un peu comme si on testait la résistance d’un matériau. C’est intéressant, le qualitatif et les données physiologiques, je ne dis pas, mais finalement ça ne nous en apprend pas tellement sur la portée du pouvoir lui-même. Juste sur ses effets sur moi. Mais les deux sont indissociablement liés.

Et voilà : en bon Neutron-Grey, Chase avait oublié, pour quelques minutes ou quelques heures, ses problèmes, ses frustrations, ses angoisses et ses petits projets personnels pour se lancer dans la conception d’une entreprise scientifique à la fois exacte, rigoureuse et terriblement ambitieuse. Et il avait beau ne pas avoir toujours l’impression d’appartenir à cette illustre famille dans laquelle il n’était né que trop tard, sa propension à remonter en selle juste après une expérience qui l’avait éreinté et l’enthousiasme romanesque avec lequel il parlait de ses fameuses « données chiffrées » témoignaient sans conteste que c’était bien du sang de Neutron-Grey qui coulait dans ses veines.
Revenir en haut Aller en bas



Swear not by the moon, the inconstant moon (Tesla)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant


Sujets similaires

-
» AN OPEN LETTER TO BAN KI-MOON
» bad moon à 1500pts
» La Waaagh Kassos, les Bad Moon's Killa
» Orks: Bad Moon
» armée bad moon

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Star City Heroes :: Administration :: Archives :: Archives des Rencontres-