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Law & Order : Trial By Jury (Charlie)

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Message posté : Jeu 5 Sep 2013 - 19:33 Message
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Chase jeta un regard tout décontenancé au commissariat qui s’étendait, au-delà de la réception. Il n’était pas sûr d’avoir exactement compris ce qui se passait et, nerveusement, il pianotait du bout des doigts sur le rebord du comptoir, derrière laquelle, sous son grillage métallique, l’agent préposé à la réception des humbles citoyens et même des beaucoup moins humbles Neutron-Grey tentait de conserver toute la patience nécessaire à l’accomplissement de sa tâche fastidieuse.

— Mais, euh, si je pays sa… euh… caution ? Il a une caution. Non ?

L’agent ne put réprimer un soupir.

— Pas avant la première audition, non.
— Ah. Et c’est quand ?
— Après la mise en examen.
— Qui sera… ?
— À la prochaine réunion du grand jury.
— Le grand jury ?

Une rumeur de protestation se formait derrière lui : on commençait à être exaspéré du temps que prenait ce blondinet à l’accueil.

— Dites-donc, il faudrait voir à avancer.
— V’z’êtes pas tout seul !
— C’est vrai quoi !
— J’ai des enfants chez la baby-sitter !

Chase maugréa quelque chose d’incompréhensible, qui devait probablement sous-entendre qu’il allait faire des recherches sur Google, puisque c’était comme ça et, les mains dans les poches, l’air préoccupé, il quitta le commissariat et sortit dans la rue, en quête de l’inspiration. Derrière lui, dans une cellule, probablement entouré par des motards barbus et colériques, des prostituées droguées et de mutants de troisième rang complètement pyromanes, l’innocent Ellis attendait terrorisé. Plus ou moins.

Le mutant de tout premier rang, mais bien embarrassé, poussa un long soupir avant de se mettre à pianoter à toute vitesse sur un téléphone tout droit sorti du Bigsby Building et qui n’existait sans doute dans aucun rayon d’aucun magasin du monde. Après avoir lancé ALEX sur la trace du meilleur avocat pour la délinquance juvénile de la ville, Chase se mit à avancer un peu hasard, vers le centre-ville. Quelques secondes plus tard, à peine, le nom de Charlie Lane et quelques informations sommaires apparurent sur l’écran.

Chase héla un taxi. Enfin, plutôt, un taxi eut la soudaine et impérieuse nécessité de se garer juste devant lui. Le mentaliste s’engouffra dans la voiture, lut à haute voix l’adresse du cabinet où Maître Lane travaillait et s’enfonça dans le siège arrière pour commencer à se renseigner, sur Internet, sur les méandres inextricables du système judiciaire américain. Et décidément, c’était beaucoup moins amusant que les échecs.

Il fallut un petit quart d’heure au taxi pour se ranger devant un building qui ressemblait à tous les autres buildings du quartier d’affaires qui ressemblait lui-même à tous les autres quartiers d’affaires. Chase tendit quelques billets au chauffeur et sortit du véhicule, sous le regard perplexe de l’homme qui essayait toujours de mettre un nom sur ce visage vaguement familier. Puis, après avoir décrypté le nom des sociétés sur le fronton du bâtiment puis, à l’intérieur, sur la liste des étages, Chase choisit un ascenseur et, bientôt, il s’approchait d’une seconde réception, bien plus luxueuse que celle du commissariat de quartier.

Une jeune femme lui adressa un sourire de commande, derrière le comptoir, en énumérant le nom des partenaires du cabinet, puis l’interrogea sur le motif de sa visite.

— J’ai rendez-vous avec Maître Lane.
— Bien sûr, laissez moi juste vé…
J’ai rendez-vous avec Maître Lane.
— Bien sûr, par ici je vous prie.

Convaincue d’avoir vérifié l’emploi du temps de Maître Lane et d’avoir constaté qu’en effet, elle avait bien un rendez-vous avec un homme du même nom que ce jeune homme dont précisément elle ignorait le prénom, la réceptionniste contourna le comptoir et guida Chase dans un couloir qui, décidément, confirmait sa première impression : il faisait meilleur être avocat qu’agent de police.

La jeune femme lui désigna un siège, Chase fit les cent pas dans la salle d’attente, tandis que son guide tournait les talons pour aller frapper à la porte de l’avocate et lui annoncer son rendez-vous. Anticipant cette dernière précaution, le mutant glissa dans l’esprit de son infortuné pantin la conviction que tout cela était déjà fait et, à nouveau, la réceptionniste tourna sur ses talons, lui sourit et déclara :

— Maître Lane est prête à vous recevoir.
— Merci.

La femme hocha la tête et quitta la salle d’attente. Chase s’en voulait certes un peu de lui avoir imposé ce petit manège mais, pour une fois, la fin justifiait les moyens : Ellis, le pauvre Ellis, le doux Ellis, était sans doute malmené, à cette heure même, par des arnaqueurs soviétiques organisateurs de combats de dindons clandestins dans une cellule empuantie par l’urine lourde en amphétamines d’un prostitué unijambiste.

L’heure était grave.

Le jeune homme rentra donc dans le bureau de Maître Lane et, de but en blanc, précisa :

— J’ai peut-être un peu exagéré en disant que j’avais un rendez-vous. Mais l’heure est grave.

En tout cas, il avait l’air inquiet.
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Message posté : Jeu 5 Sep 2013 - 20:39 Message
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_ Tu ne devrais pas faire ça.
_ Et je suis censée faire quoi, Scott ?

Depuis le début, ils n’étaient pas d’accord et, maintenant, cette conversation commença à tourner en rond. Elle ne savait comment lui expliquer, une énième fois, qu’elle n’avait pas le choix, qu’il s’agissait de sa famille. Scott, de son côté ne comprenait pas qu’elle puisse risquer sa carrière, ou sa réputation – les deux étant intimement liées – à cause de ses frères, elle devait les laisser où ils étaient. Selon lui, elle ne s’en portera que mieux à l’avenir.

_ Laisses les se débrouiller, c’est leur problème.

Même quand ils étaient ensemble, Scott n’avait jamais su faire prendre de compréhension en ce qui concerne le lien qui unissait Charlie au reste de sa fratrie. Des bons à rien mais, bien sûr, il se gardait bien de le dire à Charlie. Avec le temps, et l’expérience, il avait appris que critiquer sa famille s’était s’exposer à de gros ennuis. Charlie, un dossier dans les mains, soupira avant de tourner les talons pour lui dire de laisser tomber. Elle trouvera une solution toute seule, ce n’était pas seulement le problème de ses frères, c’était également le sien. Si Scott avait essayé de l’interpeller ou de lui dire autre chose, elle le snoba avec une volonté impressionnante, quittant le café où ils s’étaient retrouvés pour l’occasion.

Bien que leur relation ait pris fin depuis des années, professionnellement, ils étaient plus ou moins restés en bon terme. Plus facile à gérer pour Charlie étant donné qu’il n’était plus son supérieur, il ne disposait plus dès la réponse finale. Une bonne chose car des désaccords, surtout sur le choix de dossier de Charlie, ils en avaient beaucoup. Deuxième avantage à choisir ses clients, c’est qu’elle pouvait avoir un peu plus de liberté vestimentaire quand elle n’était pas en réunion ou dans un tribunal. Elle n’avait pas besoin de se mettre sur son trente et un juste pour satisfaire, visuellement, un abruti gonflé d’argent. Charlie n’avait jamais aimé l’argent. Un jean, un haut blanc, une veste de tailleur et les talons. Elle estimait que c’était bien suffisant et, surtout, elle était bien plus à l’aise dans ce genre de tenue qu’un tailleur-jupe où il fallait toujours songer à vérifier que le bas n’était pas trop remonté.

Après avoir traversé la rue, fait quelques pas pour rejoindre le bâtiment dans lequel elle travaillait, l’avocate s’arrêta devant la secrétaire.

_ Je suis désolée, j’ai laissé mon agenda dans la voiture ce matin. J’ai quoi ?

La secrétaire ouvrit un fichier sur son ordinateur à une vitesse qui lui était propre. Rapide. Dans un sourire qui convenait à la profession et qui lui était parfaitement naturel, elle remonta son regard sur Charlie.

_ Il n’y a rien, le rendez-vous que vous aviez avec Mr Richardson a été reporté dans deux jours.
_ Parfait, à moins d’une réelle urgence, si vous pouviez éviter de m’ajouter un rendez-vous ça serait génial.

Charlie l’avait gratifié d’un sourire presque suppliant qui fut reçu par un hochement de tête compatissant. Dans un merci, la trentenaire se dirigea vers son bureau, un tas de recherche l’attendaient. Un problème à régler avec un autre avocat qui avait décidé de pourrir son existence à travers ses frères. Elle balança son dossier sur bureau, après avoir refermé sa porte, et se laissa tomber sur son fauteuil. Les mains sur le bas de son visage, elle laissa un soupir passer entre ses lèvres en réfléchissant à la marche à suivre.

Elle devait connaître le plan d’attaque de Luc et, pour s’aider à réfléchir, elle posa la pointe des pieds sur le sol pour s’en servir d’appui afin de faire tourner son fauteuil sur lui-même. Oui, chacun ses méthodes de réflexion, si ça devait passer par une action semblant puéril, elle s’en fichait, ça l’aidait ! Elle s’arrêta soudainement, les deux mains sur son bureau en guise de frein d’arrêt, pour attraper un stylo et le dossier. Et la voilà partie à griffonner des notes dans différentes pages de son dossier, passant parfois sur son ordinateur à côté d’elle pour vérifier une ou deux choses. C’est bien connue, tous les avocats ne connaissent pas chacune des lois sur les bouts des doigts… à moins d’être munis de caractéristiques spéciales ce qui était loin d’être son cas.

Charlie était penché sur son dossier, le stylo dans la bouche à réfléchir quand la porte de son bureau s’ouvrit. Étonnée et surprise elle releva la tête, en rattrapant son stylo qui manqua de lui échapper, pour tomber sur le visage de… Elle y regarda à deux fois, cligna des yeux un nombre de fois égale : Un neutron Grey dans son bureau ?

_ Seulement un peu ?

Regard inquisiteur mais absolument pas agressif ou énervé. Elle n’avait pas eu d’appel de la secrétaire, elle n’avait pas de rendez-vous prévu et avait demandé à ne pas en avoir alors, dire qu’il avait un peu exagéré était, très justement, exagéré. Deux raisons la poussèrent à ne pas lui dire d’aller voir quelqu’un d’autre de plus apte à le conseiller – elle était même certaine que certains se battraient pour avoir un NG dans son bureau -, la première était la curiosité mais, seule, elle n’aurait pas suffi. Il avait l’air inquiet, c’est cela qui avait achevé de la convaincre. Elle se leva et, d’une main, désigna la chaise qui était en face de son bureau.

_ Si vous voulez vous asseoir.

Elle passa sous silence les présentations. Elle savait qui c’était et pariait fort qu’il connaissait son patronyme. Sauf si, évidemment, il avait choisi le premier bureau d’avocat sur son chemin, qu’il avait choisi un bureau complètement au hasard et qu’il en était arrivé à être en face d’elle. Ce qu’elle ne comprenait pas en revanche c’était pourquoi il était là et pas chez un avocat plus « prestigieux » habitué à gérer les personnes qui avaient largement les moyens de se payer à service de luxe.

_ Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Pour prouver que s’asseoir ne coutait pas plus cher, elle reprit sa place et attrapa une feuille vierge qu’elle posa devant elle.
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Message posté : Jeu 5 Sep 2013 - 21:14 Message
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Chase ignorait si l’avocate en face de lui l’avait reconnu ou non. Il y aurait pour lui un moyen très simple de le savoir, mais en vérité, Chase, au grand désespoir parfois de ses aînés, ne se souciait pas particulièrement de sa notoriété. Il n’avait pas encore compris quel rôle la célébrité de sa famille pouvait jouer dans son existence et cette même célébrité n’avait pas encore fini de l’imprégner, à travers les responsabilités qu’elle impliquait, pour qu’il devînt un réflexe pour lui de tenir le rôle qu’elle lui donnait.

Au lieu de cela, presque ingénument, il dit :

— Je suis Chase Neutron-Grey.

Et il n’attendait pas de réaction particulière : c’était un simple réflexion de courtoisie. Machinalement, il laissa son regard détailla deux ou trois objets du cabinet, qui ressemblait, en gros, à l’idée qu’il s’était faite d’un cabinet d’avocat, ce qu’il avait vu en tout cas dans les séries télévisées et les films, en un peu moins luxueux, peut-être. Cela le rassura un peu. Il s’assit sur la chaise que Charlie lui désignait.

Avec un sens consommé de l’évidence, il répondit :

— J’ai un problème.

Ce n’était donc pas une visite de pure courtoisie.

— Enfin, moi, non, pas précisément, sans doute. Mais un… hm… un ami a des problèmes.

Il avait un peu rougi en hésitant avant de prononcer le mot « ami » et, d’ailleurs, instinctivement, son regard s’était détourné pour se remettre à observer les différents objets sur le bureau de Charlie. De sa main droite, il jouait avec le fermoir de sa montre, au poignet gauche. Il ne savait pas exactement par où commencer parce que, à vrai dire, il n’était pas certain d’avoir tous les éléments de l’histoire. Il était même certain du contraire.

Alors il pouvait raconter les choses telles qu’il supposait qu’elles s’étaient passées ou telles qu’elles s’étaient lentement révélées à lui. Il opta pour la seconde solution, dans l’espoir que l’avocate, sans doute plus clairvoyante que lui en la matière, vît ce qui, de toute évidence, il avait manqué et qui prouverait l’innocence d’Ellis, car Ellis, certainement, était innocent. Il devait être innocent. N’est-ce pas ?

— Mon ami, Ellis, il s’appelle Ellis Ottershire, il est…

Instinctivement, Chase allait dire : « très gentil ». Mais il se montra raisonnable en poursuivant :

— …employé dans un supermarché, donc, et l’autre jour, je veux dire, hier, j’ai sonné chez lui pour… hm… discuter, et il n’était pas là. Une voisine est sortie et m’a dit qu’elle avait vu deux policiers l’emmener, les poignets menottés, et elle les a entendus lui lire ses droits. Ils l’arrêtaient pour vol à main armée, mais Ellis ne ferait pas. Je le connais depuis au moins…

…trois semaines. Peut-être que l’argument n’était pas très convaincant.

— Je le connais bien, et ce n’est pas son genre. Alors, je suis allé au commissariat, pour voir ce que je pouvais faire, mais ils ont refusé de me laisser le voir, et de me dire ce qui allait lui arriver, et je suis sûr qu’il est là-bas, tout seul, entouré par Dieu sait qui, dans une cellule sordide, et probablement terrifié.

Chase rassembla son calme alors que le tableau de l’horrible captivité de son cher Ellis se composait lentement dans son esprit. Il poussa un soupir de désoeuvrement.

— Il paraît que vous êtes une excellente avocate. Ellis, il n’a pas forcément beaucoup d’argent, vous voyez, et si j’ai bien compris, c’est le genre de cas dont vous vous chargez.

Le Neutron-Grey s’empressa néanmoins de préciser :

— Même si, évidemment, dans ce cas précis, je règlerai vos honoraires.

Il n’avait même pas pris la peine de se renseigner sur le montant des honoraires en question mais, à vrai dire, il doutait que pour une affaire de ce genre et avec un bureau de ce genre, la facture dépassât ses ressources personnelles — il en aurait fallu beaucoup. De toute façon, il était apparemment obnubilé par une seule et unique chose : la survie de son précieux Ellis, là-bas, dans les cellules de détention de la ville.

L’air un peu plus inconfortable encore, comme à chaque fois qu’il devait avouer son ignorance, même dans les domaines où, a priori, il n’était pas censé savoir quoi que ce fût, Chase avoua :

— Moi, je ne comprends pas très bien, pas exactement… Pas du tout, en fait, ce qui se passe. Il y avait une histoire de mise en examen, et une histoire de caution, mais le réceptionniste, au commissariat, n’était pas exactement l’homme le plus patient du monde…

Le regard de Chase revint finalement dans celui de l’avocate et comme si les informations pour le moins lacunaires qu’il lui avait fournies devaient suffire à la décider de lui venir en aide ou, plutôt, de venir en aide au fameux Ellis, il interrogea d’une voix pleine d’espoir :

— Alors ? Vous allez l’aider ?
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Message posté : Jeu 5 Sep 2013 - 22:43 Message
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_ Charlie Lane.

Un réflexe plus qu’autre chose étant donné qu’elle avait songé à passer cette étape. Elle évita soigneusement de donner du « Maître Lane », trop officielle alors qu’il était encore jeune et, surtout, inquiet. Partir dans du formel avait le mérite de pouvoir se donner des grands airs mais, hormis ça… heureusement que Charlie ne cachait pas d’où elle venait sinon, elle aurait grillé sa  « couverture » depuis longtemps. L’avocate s’était attendu à un discours assez bref, dans un premier temps, mais sans qu’on lui laissât le temps de quoi que ce soit, elle fut vite plonger dans le récit du jeune Neutron-Grey. Très vite, elle apprit à laisser de côté les réflexions sur lesquelles elle avait été plongée avant cette arrivée surprise pour se concentrer sur les informations qu’on lui déversait.

Adossé à son siège, un coude sur l’accoudoir et la main devant sa bouche, c’est lui qu’elle regarda. La manière de détourner le regard à certaines informations, les hésitations formulées, les phrases non finies qui débouchaient ailleurs. Problème : elle n’avait pas de version officielle sur ce qui s’était passé, juste ce qu’on avait expliqué au Neutron-G, ce manque d’information la laissait dans le flou concernant cette histoire. Et, sans que ce soit un problème, elle ne comprenait toujours pas pourquoi il était dans son bureau alors qu’il avait les moyens de trouver un avocat bien plus renommé. Mais ce dernier point n’étant qu’une interrogation ne rentrait absolument pas en ligne de compte, ce n’était pas pour lui. Charlie s’avança un peu pour venir appuyer les avant-bras sur le bord de son bureau et posa son regard sur le jeune homme devant elle.

_ Je ne sais pas, je vais avoir besoin de plus d’éléments.

Que ce soit un Neutron ou la première personne venue, la réponse aurait été la même. Charlie n’avait pas assez d’élément pour se prononcer. La présence d’un Neutron-Grey pouvait apporter une certaine notoriété à un dossier, une sorte de tremplin à mettre dans son CV surtout si l’affaire trouvait une bonne résolution. Charlie était beaucoup de choses mais sûrement pas le genre de personne à courir après cette pub, au contraire, de son premier avis elle l’aurait bien envoyé ailleurs. Il aurait semblé capricieux, comme pouvait l’être une personne avec des moyens – selon sa vision des choses – qu’elle l’aurait également envoyé ailleurs. Mais, plus que jouer l’enfant roi, l’histoire semblait être importante pour lui en plus d’être inquiet pour son ami, ça jouait en sa faveur. Mais avant de poser la moindre question, elle préféra se pencher sur ce qui allait se passer.

_ Dans l’immédiat, votre ami va être mis en examen. Les preuves contre lui vont être présentées et. Ensuite, en présence de son avocat et de la partie adverse, il sera décidé d’une remise en liberté ou non, avec ou sans caution. Pour grossir un peu, c’est comme un jugement en interne et temporaire, où  l’on regarde ce qui est le mieux pour l’accusé et la société.

Si son casier judiciaire était loin comme trois bras, une liberté serait plus compliquée à obtenir, ou du moins, plus restrictive que si Ottershire n’avait aucun antécédent. La lacunecs’était le manque d’information, il était difficile de se prononcer sans avoir les faits et, les avoir sans accepter était tout aussi compliqué. A défaut de voir l’accusé, c’est à Chase qu’elle décida de poser des questions pour essayer de cerner un peu plus son ami.

_ Étant donné que vous ne le connaissez pas depuis longtemps, qu’est-ce qui vous fait croire que Mr Ottershire est innocent ?

L’avocate n’était pas douée de télépathie et n’était pas une experte en psychologie mais, par expérience, quand une personne est certaine de l’innocence d’une autre elle met en avant de longues années de partages amicaux ou autre. Chase, de son côté, était parti sur cette voix pour se rétracter ensuite laissant penser qu’il ne trouvait pas que la durée était significative. Elle ne voulait pas de date, elle ne demandait même pas de circonstances sur leur rencontre. Ce qu’elle voulait c’était ce qui le rendait si certain de cette innocence.

_ Il aurait pu avoir besoin d’argent pour quelque chose de réellement important, le poussant peut-être dans cette voix.

Il n’y avait aucune accusation dans sa phrase, ni même dans son timbre de voix. Elle voulait comprendre qui pouvait être ce fameux Ellis. Le problème d’argent avait déjà été évoqué, elle ne pensait pas trop s’avancer sur ce plan là.  Des gens bien pouvaient être poussés à aller contre certaines lois, pour le coup, elle savait de quoi elle parlait.

_ Est-ce que vous êtes au courant d’antécédents judiciaires le concernant ?

Si Charlie aimait choisir ses dossiers, avait un type particulier de client, elle aimait aussi savoir où elle mettait les pieds avant de prendre une décision. Une personne pouvait ne pas avoir les moyens, si elle était vraiment « mauvaise », au sens où Charlie l’entendait – et son seuil de tolérance était haut comparé à certains de ses collègues -, elle restait tout à fait capable de refuser un dossier.
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Message posté : Ven 6 Sep 2013 - 14:13 Message
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Peu à peu, dans le bureau, beaucoup plus calme que le commissariat, que la rue et que son esprit-même, Chase se calmait. Il ne s’était pas écoulé trois heures depuis que, ce matin-là, il avait frappé à la porte d’Ellis, pour se jeter aussitôt dans l’épopée administrative qui l’avait conduit jusqu’au commissariat puis, évidemment, jusqu’à la firme judiciaire où travaillait Charlie. Il n’avait pas eu le temps de s’asseoir pour réfléchir bien sereinement à la situation et, sans doute, l’eût-il fait, il n’en eût pas été capable : pour une fois, ce n’était pas un problème abstrait et lointain qu’il pouvait considérer à loisir, avec le regard surplombant d’un joueur tacticien, mais quelque chose de personnel, de très personnel.

La pondération de la femme en face de lui enjoignit ses pensées de cesser de tournoyer sans fin, pour se reposer. Avec un peu de logique. Le jeune homme à peine sorti de l’adolescence, pas toujours très réaliste, regarda pendant une ou deux secondes Charlie sans comprendre, comme s’il s’était sincèrement attendu à ce que l’avocate se levât d’un bond et, d’un geste impérieux du bras, déclamât un discours inspiré sur l’injustice de la société pour aller ensuite d’un pas vif et décidé sauver son bel, pardon, son gentil Ellis des infâmes geôles où il croupissait injustement.

Mais, évidemment, les choses ne se passaient pas comme ça. Chase hocha lentement la tête et essaya de s’asseoir un peu mieux sur son fauteuil, de calmer l’agitation de ses mains et de ressembler ses esprits. Il continua à hocher la tête de temps en temps, pour indiquer qu’il comprenait les explications succinctes de l’avocate. C’était à peu près ce qu’il avait soupçonné, sur la foi de deux séries policières et de vagues articles dans les journaux. Il avait tout de même du mal à s’imaginer Ellis, comme ça, sur le banc des accusés. Une grossière erreur judiciaire.

Naturellement, maintenant que tout le monde avait décidé d’être raisonnable, venaient les questions embarrassantes. Quand l’avocate souligna qu’ils ne se connaissaient pas depuis longtemps, Chase rosit un peu et offrit, d’abord, une explication facile :

— Je suis assez doué pour sentir les gens.

Et, histoire d’être sûr que Charlie ne crût pas qu’il parlait d’une espèce de vague intuition, il appuya un peu :

— Je veux dire, vraiment doué.

Venant d’un Neutron-Grey, même sans éclaircissement très circonstancié, il n’était pas compliqué de deviner à quoi il faisait allusion. Mais, bien sûr, parfois, il pouvait se tromper : ce n’était pas fréquent, mais il arrivait que, comme tous les jeunes hommes d’une vingtaine d’années, d’autres facteurs que la raison, la logique et la logique vinssent conspirer pour lui donner, sur de parfaits inconnus, parfaits surtout à cause de leur physique, à vrai dire, des impressions inexactes.

Peut-être Charlie n’avait pas l’air très convaincue, peut-être lui-même ne l’était-il pas. En tout cas, Chase proposa une seconde explication, beaucoup naïve :

— Et puis, s’il avait besoin d’argent, il aurait pu me demander.

Le jeune homme eut l’air un peu gêné, mais il précisa encore :

— Je veux dire par là que, de toute évidence, il a dû sentir que je lui en donnerais sans trop poser de question. Précisément parce que je ne suis peut-être pas exactement objectif.

Il n’était pas un parfait pigeon, sans doute, mais il devait bien reconnaître qu’en matière de garçons, il était sans doute plus susceptible de se faire avoir qu’un autre : en ayant passé une enfance et une adolescence à l’écart du monde, pour la majeure partie, Chase oscillait, avec ceux qui l’entouraient, entre une excessive méfiance et une naïveté confondante, et lorsque l’on faisait appel à ses instincts de jeune homme, pour le physique et l’affection, il n’était pas toujours très difficile de le mener en bateau.

Bref, lui soutirer quelques milliers de dollars aurait été à la rigueur, pour Ellis, une entreprise beaucoup plus aisée et surtout beaucoup moins risquée que de braquer il-ne-savait-trop-quoi.

— En plus, je ne crois pas qu’il ait jamais été arrêté. Ou même soupçonné. Je veux dire, globalement, c’est un jeune homme à peu près sans histoire. Je le vois mal surgir dans une supérette avec une carabine pour exiger qu’on lui remette le contenu de la caisse. Ce serait…

Chase haussa les épaules.

— C’est un garçon très calme, vous savez. Doux, même. Et puis, si je soupçonnais quoi que ce fût, je ne serais pas venu vous voir, vous. Vous avez une réputation d’intégrité. Enfin, c’est ce que j’ai pu comprendre.

Le jeune homme hésita un peu, avant de reconnaître :

— Rapidement. J’avoue ne pas avoir faire de recherches très étendues : je reviens juste du commissariat.

Chase passa une main dans ses cheveux avant de formuler une proposition qui lui paraissait raisonnable et pas trop contraignante pour son interlocutrice.

— Vous pourriez peut-être venir au commissariat, jeter un coup d’œil. Et puis vous décideriez après. Cela compterait tout de même dans vos honoraires, bien sûr. Vous ne perdriez pas votre temps, ainsi, et…

Il parcourut une nouvelle fois du regard le bureau, avant de terminer :

— …si l’argent ne vous intéresse pas personnellement, vous pourrez toujours le reverser à une association judiciaire. Comme ça, tout le monde est gagnant, non ?
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Message posté : Ven 6 Sep 2013 - 17:29 Message
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A la manière dont Neutron-Grey avait d’insister, il ne fallait pas avoir fait de nombreuses années d’études pour comprendre que ça allait au-delà d’une intuition ou d’un simple don de charlatan. Il fallait avouer que le nom aidait à aller dans cette direction. Sans demander plus d’explication à ce sujet, Charlie hocha la tête pour signifier qu’elle avait bien compris. Hors de question pour l’avocate de sauter au plafond en hurlant sa joie d’avoir une personne capable de « cerner » les gens, les très chères lois de la ville étaient claires : pas d’utilisations de capacités spéciales pour avoir des informations. Chose qu’elle trouvait bien, soit dit en passant.

Chase connaissait mieux qu’elle, a priori, son ami mais elle ne put s’empêcher d’avoir un sourire peu convaincu sur le fait qu’Ellis demande de l’argent. La fierté des gens, parfois, entraînait l’envie de vouloir se débrouiller seule plutôt que d’aller vers une solution estimée de facile. Fierté ou honte de ne pas pouvoir s’assumer seul. Si Chase était certain de son ami, ça diminuait les risques mais elle ne pouvait pas non plus exclure que la personne se soit rapproché de lui parce que, justement, il s’agissait d’un Neutron-Grey. Avoir un tel nom devait susciter un certain engouement, non ? Charlie ne trouva pas grand intérêt, pour le moment, d’exposer cette théorie plus que précaire et absolument pas fondée.

C’est l’argument suivant qui fit pencher la balance. Le fait qu’au moindre doute il aurait été voir ailleurs se tenait parfaitement, il en avait les moyens. Elle espérait seulement qu’il était au courant que l’intégrité pouvait être à double tranchant. Si Ellis était innocent c’était une bonne chose mais si, au contraire, il ne l’était pas et surtout sans la moindre circonstance pour expliquer son geste, ça devenait moins bon. Du coup, à la proposition de Chase, Charlie jeta un regard sur le dossier qu’elle avait laissé sur un coin de son bureau, celui sur lequel elle travaillait et qui avait une importance personnelle. Aussi intègre était-elle, l’appel de la famille était important surtout en prenant en compte le manque de rendez-vous. Quelques secondes s’écoulèrent, le temps pour NG de parler d’honoraire et d’endroit où mettre l’argent, et elle reporta son regard sur lui.

_ On reparlera de cette histoire de paiement si j’accepte, d’accord ?

Il fallait bien vivre, avec ça, elle était d’accord mais ça ne demeurait pas sa préoccupation première. Elle s’était déjà préparée à faire une croix sur le dossier qu’elle avait en charge avant l’arrivée de Chase, elle y reviendra plus tard.

_ J’ai un rendez-vous qui a été reporter alors, si vous voulez, on peut y aller maintenant. J’en parle avec lui, comme suggérer et je vous donne une réponse par la suite. Cela vous convient ?

Question rhétorique, elle se doutait bien que ça lui conviendrait, à croire que plus grand-chose ne comptait hormis le fait de pouvoir sortir son ami d’une cellule. Elle attendit, tout de même, un geste ou un mot d’approbation avant de se lever. Charlie attrapa la veste qu’elle avait mise sur le dossier de son fauteuil et non sur le traditionnel porte-manteau – elle se demandait toujours pourquoi elle gardait ce dernier qui ne lui servait à rien. La poignée de son attaché-case, elle invita Chase à sortir, et referma la porte de son bureau avant de passer devant la secrétaire.

_ Je m’absente un petit moment et, je ne vais pas être joignable.

En cas d’urgence, la secrétaire savait qu’elle pouvait laisser un message qui trouvera une réponse dès que Lane le pourra. La secrétaire hocha la tête, dans son éternel sourire. Charlie et le jeune Neutron-Grey purent sortir du bâtiment pour aller se rendre au commissariat. Elle pointa une direction de l’autre côté de la rue.

_ Je suppose qu’il est au commissariat un peu plus loin, si vous venez directement de là-bas ?  

Charlie restait très lucide sur sa réputation plus que précaire. Jeune, elle en était au début de sa carrière, tout ne se faisait pas en un claquement de doigt. Si Chase était tombé sur son nom, après une recherche alors, il était probablement dans le coin avant de l’effectuer. Ca ne restait qu’une supposition et elle préférait en être ou, du moins, suivre Chase si le commissariat se trouvait à portée de pied. Elle profita de ce temps pour lui expliquer comment les choses allaient se dérouler.

_ Une fois sur place, je vais demander à lui parler. Par contre, je n’aurais pas accès à son dossier d’arrestation étant donné que je ne suis pas son avocate.

Accessoirement et, si elle acceptait, il faudra également qu’elle fasse annuler la demande d’avocat commis d’office sur la procédure avait été demandé rapidement. Mais n’en étant pas à ce stade, elle ne vit guère l’importance de le surcharger en explications administratives.

_ Par contre, il faut que vous sachiez. Si j’accepte et, que votre ami accepter aussi que je le défende, vous ne pourrez plus être tenu au courant de ce qui se passe.

Le fait que ce soit lui qui soit venu lui demander de s’occuper de son ami, ne lui procurait pas ce droit. Peut-être pas dans ce cas présent mais heureusement que le secret professionnel existait. Cela dit…

_ Sauf si Mr Ottershire en fait la demande ou, au moins, qu’il accepte de vous mettre au courant si on lui propose.

Une façon un peu détournée de lui demander s’il voulait que la demande soit proposé’ à son ami, les gens ne pensant pas forcément qu’ils doivent donner leur accord pour parler de l’affaire en cours à une tierce personne. Dans tous les cas, Charlie préférait le prévenir que si son ami ne voulait pas qu’une information filtre, alors elle ne pourra pas lui dire ce qui se passe.
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Message posté : Ven 6 Sep 2013 - 17:50 Message
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Une dernière fois, Chase hocha la tête : cela lui convenait. En même temps, il eût été incapable de sortir de son chapeau d’autres solutions, alors il suivait, sagement, docilement — c’était bien une première — les conseils de Charlie, qu’il supposait judicieux. Pure intuition humaine ou perspicacité mutante, Chase se sentait en confiance entre les mains de l’avocate. De toute évidence, le fait que Charlie occupât un bureau plutôt modeste et eût une réputation de défenseuse de la veuve et de l’orphelin ne jouait pas un médiocre rôle dans ce sentiment : la femme était trop proche de ses propres idéaux, tout du moins en apparence, pour que le jeune Neutron-Grey ne se sentît pas spontanément conquis par ses explications pédagogiques et prudentes.

Il lui emboîta donc le pas, les mains dans les poches de son blouson, l’air tout de même un peu préoccupé, et ce fut un sourire bien distrait qu’il adressa à la secrétaire. La secrétaire, elle, le suivit d’un regard perplexe, non parce qu’il était un Neutron-Grey, mais parce qu’elle ne se souvenait absolument pas de l’avoir vu entrer, ni qu’il eût, d’ailleurs, un rendez-vous. Pour la convaincre de le conduire jusqu’à Charlie, Chase n’avait pas fait dans le détail : une suggestion brève et volatile qui, quelques secondes plus tard, avait disparu sans doute de la mémoire de la jeune femme. Au moins n’y aurait-il aucune séquelle.

Une fois arrivés dans la rue, Chase cligna des yeux pour s’habituer à la lumière du soleil et confirma la localisation du commissariat.

— Celui-là même, en effet.

Une bonne chose, finalement, même s’il ne s’en rendait pas compte pour sa part. Si Ellis avait été un criminel particulièrement récalcitrant, il eût été confié à une autre brigade qu’un commissariat de quartier. L’avocate et son presque-client se mirent donc en marche et, à nouveau, Chase écoutait religieusement les éclaircissements de sa mentor en droit. Elle évoqua finalement un point qui avait, comme bien d’autres, totalement échappé à Chase. Les règles de confidentialité.

Naturellement, en théorie, pour un mentaliste comme le Neutron-Grey, la confidentialité était une chose très, très relative. À moins qu’Ellis, Charlie, les inspecteurs et tous les employés du procureur fussent doués d’un bouclier mental hors du commun, Chase eût été capable sans grande difficulté de ressembler les informations qu’il désirait. Mais il avait appris dès son plus jeune âge à ne pas se servir ainsi de ses pouvoirs — c’était même la première chose qu’il avait apprise et la condition sine qua non de son intégration à la vie sociale.

Il esquissa donc une moue légèrement contrariée, avant de répondre :

— Je suppose qu’on, que vous pouvez toujours lui demander ce qu’il en pense.

De toute évidence, l’idée d’être tenu à l’écart ne l’enchantait guère et, s’il avait eu une confiance inébranlable dans la parfaite innocence d’Ellis, il ne semblait pas aussi certain que le jeune prisonnier accepterait de partager le détail de ses déboires judiciaires avec lui. La curiosité serait dévorante, assurément, mais pour l’heure, Chase choisit de pousser ces préoccupations dans un coin de son esprit en accélérant le paix, visiblement pressé d’arriver au commissariat.

Une fois sur place, il put mesurer toute la distance qu’il y avait entre un nom très célèbre et un diplôme d’avocat. Tout Neutron-Grey qu’il était, il n’avait pas franchi la réception ; Charlie, après avoir montré sa carte professionnelle, pénétrait dans la brigade, aspirant Chase dans son sillage — Chase qui faisait bien attention à ne pas trop se faire remarquer, au cas où on voulût finalement le jeter dehors.

À l’intérieur, dans une salle unique, une grosse dizaine d’inspecteurs ou de policiers en uniforme s’affairaient sous des montagnes de papier, des téléphones qui sonnaient, des gens qui allaient et venait dans tous les sens. Pire que certains bureaux de l’UNISON, songea Chase, en promenant son regard à droite et à gauche. Mais Charlie, elle, semblait savoir très exactement ce qu’elle faisait. Quelques minutes, l’avocate disparaissait en direction d’une salle d’entrevue, pour retrouver son peut-être futur client et Chase, lui, était conduit dans le bureau du commissaire.

Finalement, « Neutron-Grey » avait fait son chemin. L’homme d’une cinquantaine d’années ne semblait pas particulièrement ravi d’avoir un spécimen de la célèbre dynastie de son bureau. Lui, il voyait surtout des ennuis en perspective. Et la diplomatie politique de Star City, ce n’était pas exactement sa tasse de thé — l’une des raisons pour lesquelles il n’était pas commissaire dans une brigade plus prestigieuse. Assis dans son fauteuil de cuir, le regard un peu fuyant, il interrogea :

— Vous êtes une connaissance d’Ellis euh… Ottershire. C’est ça ?
— Oui.

D’un air légèrement soupçonneux, le commissaire ajouta :

— Un ami ?
— Voilà.

Ce n’était pas une réponse et, d’ailleurs, Chase ne prêtait pas beaucoup attention à la conversation. Debout près de la porte du bureau, il regardait par le mur vitré en direction de la salle d’entrevue. Il tendit le cou quand un jeune homme d’à peine dix-neuf, brun et, il était vrai, tout à fait charmant, fut conduit des cellules provisoires jusqu’à la salle où attendait Charlie.

Le commissaire, lui, tentait désespérément de désamorcer une crise politique qu’il craignait mais qui n’existait pas, tant Chase était éloigné de songer à utiliser la réputation de sa famille pour résoudre ses propres problèmes.

— Je vous assure que notre brigade traite tous les dossiers avec le même sérieux et la même objectivité.

Une manière de lui dire qu’il n’y aurait pas de passe-droit — ce que Chase, évidemment, ne comprit pas du tout. Distraitement, le jeune homme répondit :

— C’est bien, c’est bien.

Le commissaire poussa un soupir et Chase commença à se demander s’il serait vraiment très immoral d’étendre un tout petit peu ses perceptions psychiques pour savoir ce qui se passait dans cette salle à portée de télépathie.
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Message posté : Ven 6 Sep 2013 - 21:24 Message
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_ Vous êtes l’avocat commis d’office ?
_ Non, pas tout à fait.

Devant son regard interrogateur, Charlie lui avait répondu par un sourire en lui proposant de s’asseoir afin qu’elle puisse lui expliquer un peu mieux ce qui était en train de se passer. Chacun sur une chaise, une table pour les séparer, Charlie expliqua au jeune Ellis – pas assez jeune pour ne pas être majeur – qui elle était et pour quel cabinet elle travaillait. Naturellement, il s’interrogea sur la manière dont elle l’avait trouvé.

_ C’est Mr Neutron-Gr…
_ Chase ?

Il ne lui avait même pas laissé le temps de finir son explication. Assurément, il était surpris mais ce n’était pas dans le mauvais sens du terme. Elle avait l’impression de retrouver ce même sourire timide qu’avait pu avoir Chase en parlant de son ami. La première impression était souvent importante, surtout lors d’une réaction qui semblait être aussi spontanée que celle d’Ellis. Elle confirma qu’il s’agissait bien de Chase avant de lui expliquer la démarche qu’il avait eue et qui avait conduit l’avocate à se retrouver dans cette pièce avec lui. Ellis semblait être partagé entre le sentiment heureux de savoir que Chase s’inquiétait pour lui et la gêne d’une mise en évidence de sa situation. En tout cas, c’était de cette manière que Charlie interprétait les choses et, plus que Chase, elle était capable de se tromper.

De ces informations, assez formelles, en avait découlé une explication sur le fait que n’étant pas son avocate de manière officielle, elle n’avait pas accès à son dossier et aux informations concernant ce qui s’était passé. Les doigts entortillés entre eux, Ellis avait pris un petit temps de réflexion avant de donner sa version des faits. Il ne comprenait pas ce qui s’était passé, la veille, on l’avait arrêté. Sur le coup, il disait ne pas avoir compris ce qui se passait, qu’on lui avait lu ses droits mais qu’il n’était même plus capable de les citer tellement il s’était senti perdu. Il avait parlé de son petit frère, qu’il gardait, et qui avait tout vu. En fait, il donnait l’impression de s’inquiéter des répercussions que cela pouvait avoir sur ses frères plus que sur ce qui lui arrivait à lui.

Ce n’était qu’une fois arrivé au poste de police qu’il avait réellement compris de quoi on l’accusait. Un vol à main armé dans une épicerie de quartier. Celle qui faisait le coin de sa rue, c’est là qu’il ne comprenait plus. Il connaissait bien le propriétaire, il avait grandi ici après tout, alors l’homme le connaissait aussi, il ne voyait pas comment il avait pu se tromper à ce point en l’identifiant. Ça n’avait pas de sens pour lui.

_ Vous êtes en train de me dire que, quelqu’un qui vous connait bien, vous a identifié formellement ?
_ C’est ce qu’on m’a dit mais… il semblait perplexe. Je ne comprends pas pourquoi.

C’est probablement à ce moment-là que Charlie avait pris la décision d’accepter ce dossier. Il avait été reconnu et, au lieu de se défendre en disant que le gérant voyait des tas de personnes par jour, qu’il ne devait pas se souvenir avec exactitude des visages… bref, au lieu de trouver des excuses qui pourraient discréditer l’épicier, Ellis ne niait pas le fait que l’homme le connaissait assez pour pouvoir le reconnaitre et donner son nom. Pas réellement le genre de réaction que l’on pouvait avoir en étant coupable.

_ On vous a demandé un alibi ?
_ Oui. Ellis se tortilla un peu sur sa chaise, le regard fuyant dans un coin de la pièce. Mais, eh bien, j’en ai pas.

Il y avait des choses qui le laissaient perplexe, qui ne le mettait pas spécialement à l’aise mais, jusqu’à présent, il n’avait jamais réellement hésité sur l’une de ses réponses. Au mieux, il cherchait à formuler quelque chose mais là, il y avait clairement une hésitation.

_ Où étiez-vous ?
_ Chez moi.
_ Et il n’y avait personne d’autre ?
_ Non.

A aucun moment il ne l’avait regardé en donnant ses réponses. Ce qu’il faisait, où il était au moment des faits restaient donc un mystère pour le moment. Charlie se demanda ce qu’il pouvait faire qu’il ne préférait pas dire en sachant que ça pouvait lui éviter une accusation si, vraiment, il était innocent. Mais il s’était buté sur ses positions et l’endroit ne prêtait pas aux confidences, encore moins à une personne que l’on ne connaissait pas. D’autres questions avaient suivi, sur d’autres sujets, auxquels il répondait plus volontiers. Elle avait fini par lui demander s’il voulait qu’elle le représente. Une proposition qui s’était soldé par la mise en évidence d’un manque de moyens avant qu’elle ne lui explique qu’elle fonctionnait au pourcentage. Si Ellis était innocent, selon la tournure que ça prenait, il pouvait y avoir une demande de dédommagement et, qu’elle prendrait dessus de manière qui semblait raisonnable au jeune Ellis. Hors de question de lui parler de la proposition de prise en charge par Chase, qui pourrait le mettre plus mal à l’aise qu’autre chose.

Des papiers furent signés avec ce qui était, à présent, son client. Enfin restaient encore des détails administratifs à régler mais l’idée était là. Avec la promesse de Charlie d’essayer de faire son possible pour essayer d’obtenir une liberté sous condition, elle se leva pour sortir. La main sur la poignée, elle stoppa son geste pour se tourner vers Ellis.

_ Une dernière chose.
_ Oui.
_ Mr Neutron-Grey a l’air inquiet à votre sujet, est-ce que vous souhaitez qu’il soit informé de l’avancée des choses ?

Ellis avait hésité mais avait fini par conclure que, à la place de Chase, il aurait aimé être informé alors, oui, Charlie pouvait lui expliquer ce qui se passait et la manière dont ça évoluait. Elle le salua, lui souhaita bon courage et passa la porte pour aller retrouver le bureau du commissaire. Porte à laquelle elle frappa et entra une fois qu’on l’autorisa à le faire pour y voir Chase, assis sur une chaise.

_ Je suis désolée mais je vais avoir deux ou trois détails à régler avec le commissaire, vous voulez bien m’attendre dans le couloir, je vous explique tout ensuite.

Son but n’était pas d’évincer Chase de la conversation mais, elle était certaine que le commissaire préférait parler des choses administratives en privé plutôt que devant quelqu’un. Encore plus quand ce quelqu’un est un NG. Elle attendit d’être seule avec l’homme pour refermer la porte et lui annoncer qu’elle prenait le dossier en charge, qu’elle allait avoir besoin des éléments de l’enquête, tout en se renseignant sur la date de la mise en examen. Une dizaine de minutes plus tard, et quelques formulaires remplis, elle était à nouveau dans le couloir et s’approcha de Chase.

_ J’ai accepté de m’occuper de votre ami, je dois juste attendre qu’un officier me sorte le dossier. Et, Mr Ottershire a accepté que vous ayez les éléments de ce qui lui arrive. Si vous voulez, on attend le dossier et, ensuite, il y a un café à l’angle de la rue, je vous explique tout ça là-bas ?

L’endroit n’était pas des plus adéquates quand on n’y était pas habitué. De plus, elle avait des questions à lui poser et n’avait pas l’intention de le faire ici, un autre environnement était plus propice.
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Message posté : Ven 6 Sep 2013 - 22:38 Message
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Chase avait fini par s’asseoir et le commissaire était assis en face de lui, et ils ne disaient rien. Strictement rien. Pourtant, il y avait tout de même deux ou trois choses que le commissaire aurait bien voulu dire. Pas à Chase particulièrement, mais à n’importe qui comme lui — n’importe qui de riche ou n’importe qui de super-héroïque. Et Chase était les deux. Il y avait l’association des orphelins de la police qui pouvait toujours avoir besoin d’argent, il y avait l’aide que les héros de Star City pouvaient apporter plus formellement aux forces de l’ordre dans les petites affaires quotidiennes, il y avait le problème des malfrats mutants, ceux qui n’étaient pas très puissants mais qui donnaient quand même bien du fil à retordre à ses hommes.

Le moment n’était cependant pas des plus propices et cela, il s’en rendait bien compte, alors depuis un moment, tandis que Chase ne quittait pas la porte de la salle d’entrevue des yeux, il tournait et retournait les phrases qu’il s’apprêtait à prononcer dans son esprit. Ce genre de choses, ce n’était pas son métier, mais il savait bien qu’il devait s’y plier tout de même et saisir l’occasion qui se présentait. Finalement, au bout d’un moment, il commença d’une voix un peu rauque :

— En fait, puisque vous êtes là, je me disais que nous pourrions peut-être…

Mais Chase s’était levé brusquement en s’exclamant :

— Elle sort !

Et c’était tout : le beau discours du commissaire fut réduit à néant, parce que quelques secondes plus tard, effectivement, Charlie Lane faisait son apparition dans son bureau. L’homme avait l’air décidément bien contrarié, mais Chase n’y prêtait pas la moindre attention : il sondait Charlie du regard, enfin, il ne sondait pas vraiment mais, tout de même, il avait l’air interrogateur et plein d’espoir. Du coup, bien sûr, il fut un peu frustré d’être congédié à l’extérieur.

Il cacha tant bien que mal son impatience, certainement peu habitué à ce qu’on lui donnât des ordres, et sortit dans la grande salle où s’affairait le reste du commissariat. Là, il se remit à marcher en rond, en jetant parfois de distraits coups d’œil aux hommes et aux femmes qui allaient et venaient. Là-dedans, il devait y avoir les détectives qui s’occupaient de l’affaire d’Ellis. N’y tenant plus, Chase se mit à sonder vaguement les esprits, très superficiellement, seulement à la recherche d’un petit indice, dans la mémoire des inspecteurs, de la présence de son ami.

Il en trouva deux — un duo, comme il fallait s’y attendre. Une femme, la cinquantaine, les cheveux teints en roux, appuyée sur un bureau, en train de parcourir d’un regard vif un rapport dont elle tournait les pages d’un geste sec et nerveux et un homme, plus loin, à la machine à café, beaucoup plus jeune — une nouvelle recrue sans doute — qui discutait avec un agent en uniforme. Chase résista à la tentation de pénétrer un peu plus dans leurs esprits, mais il les observa tout de même et manqua de sursauter quand la voix de Charlie surgit à nouveau derrière lui.

Il se retourna avec un air vaguement coupable sur le visage, hocha silencieusement la tête et se mit à regarder dans le vide. Il était tout de même un peu soulagé, parce que Charlie avait accepté l’affaire, mais l’avocate n’avait l’air ni rayonnante, ni triomphante. Il aurait dû s’y attendre, de toute façon : les choses étaient certainement compliquées. La femme aux cheveux roux décrocha son téléphone, leva les yeux vers le bureau du commissaire, raccrocha et traversa la salle, un dossier à la main, qu’elle tendit à Charlie en arrivant près d’eux.

— Je suis l’inspectrice Romster. J’ai travaillé le cas avec mon collègue, Hams.

Elle désigna par-dessus son épaule le jeune inspecteur, près de la machine café. D’un air soupçonneux, elle détailla Chase de la tête aux pieds.

— Vous êtes un Neutron-Grey, vous. Avocat ?
— Ami du suspect. Innocent, d’ailleurs, le suspect.
— Hmm… Vous devriez trouver de meilleurs amis. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…

Sans beaucoup plus de civilité, l’inspectrice, qui ne devait apprécier, ni les avocats, ni les célébrités, tourna les talons pour retourner à son rapport. Charlie et Chase, eux, quittèrent le commissariat, traversèrent la rue et prirent place dans le café. Quelques minutes plus tard, le Neutron-Gray-qui-n’était-pas-avocat tournait sans conviction un cuiller de sucre dans une tasse de thé.

— Il y avait quelque chose chez Ellis de bizarre…

Il avait dit cela d’un air songeur, pour lui-même surtout, sans songer que des perceptions aussi ténues, d’aussi loin, dans une pièce aussi peuplée, suggéraient beaucoup plus l’ampleur de ses pouvoirs qu’une démonstration brute de force télépathique. Tout doucement, il ajouta encore :

— S’il a vraiment des problèmes, j’aurais dû le voir, j’aurais dû l’aider…

Mais, comme il ne voulait surtout pas qu’on lui dît que ce n’était pas sa faute et que l’on perdît du temps sur son propre cas, il secoua la tête, détacha son regard du commissariat qu’il avait observé à travers la vitre, comme s’il avait pu y voir Ellis à travers les murs de béton, et reporta son attention sur l’avocate.

— Alors, Maître ? Ça se présente comment ?

D’un air un peu anxieux, il fit remarquer :

— L’inspectrice de tout à l’heure avait l’air plutôt sûre d’elle.

Avec lui, il était difficile de déterminer désormais ce qui relevait de la simple observation ou de l’une de ses intuitions mutantes.

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Message posté : Sam 7 Sep 2013 - 11:04 Message
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Charlie, qui avait remercié l’inspectrice à la remise du dossier, ne s’attarda pas tellement sur ce qui avait été dit, encore moins quand la personne à une idée assez arrêtée sur ce qui s’était passé. Elle déplora la remarque faite à Neutron-Grey mais dans la mesure où l’inspectrice tourna les talons rapidement, l’avocate ne vit pas l’intérêt d’aller plus loin. Elle reviendra peut-être vers les deux inspecteurs chargés de l’affaire, plus tard, quand elle aura pris en compte le dossier qu’on venait de lui remettre.

Peu de temps après, elle était assise à une table, un café devant elle. Suspicieuse, pas vraiment dans le mauvais sens du terme, elle releva son regard sur Chase à sa première phrase. Et combien même elle aurait voulu lui poser des questions pour avoir plus de précisions sur ce qu’il venait de dire, elle préféra se l’interdire. Elle ne pouvait pas savoir.

_ Mr Neutron-Grey, si jamais vous apprenez quelque chose en sondant les gens comme vous pouvez le faire, j’aimerais ne pas être mise au courant.

Et parce qu’elle ne voulait pas laisser croire qu’elle ne voulait pas avoir toutes les cartes en mains, elle précisa.

_ Il y a une loi internationale qui interdit ce genre de recours durant une affaire, ça devient des preuves qui ne sont pas acceptables.

Plusieurs années en arrière, alors qu’elle n’envisageait même pas d’être avocate, il existait des perquisitions mentales, comme un peu trouver une perquisition plus standard. Il était toujours possible de sonder l’esprit des gens mais ça demandait tout un tas d’autorisation au préalable et, jouer sur ce terrain pouvait être à double tranchant. Tant que possible, elle en restait le plus loin possible. Charlie, ses doigts entourant sa tasse de café, posa son regard sur Chase dans un sourire qui se voulait rassurant.

_ Je n’en suis pas certaine mais, à ce stade, je pense que vous n’auriez rien pu faire ou deviner. Il n’a pas l’air de comprendre ce qui s’est passé.

Alors à moins de prédire le futur, si Ellis était vraiment innocent, il ne devait pas exister beaucoup de facteurs qui pouvaient indiquer ce qui allait se passer. Mais elle préféra expliquer que tout cela n’était pas sûr à 100%, elle pouvait aussi avoir fait une erreur de jugement. Elle but une gorgée de son café alors que Chase demandait comment se présentait l’affaire, faisant référence à l’inspectrice. L’avocate reposa sa tasse de café.

_ Vous n’êtes pas mon client alors, Charlie, ça ira très bien si vous préférez.

Il pouvait tout aussi bien continuer avec « Maîtres », elle avait commencé à s’habituer à cette appellation ces dernières années. En fait c’est surtout quand elle avait commencé la profession qu’elle sautait au plafond dès qu’on l’appelait de cette manière. La petite blonde, qui sortait des bas quartiers avec une vie proche de ce qu’on peut imaginer dans ce genre d’endroit, qui se retrouvait à être appelée Maitre Lane… Vraiment, il lui avait fallu un temps d’adaptation. Le genre d’explication qui, évidemment, n’avait pas besoin d’être connue par Chase.

_ Elle l’était sûrement. Elle lui servit un sourire désolé avant de s’expliquer. Mr Ottershire a été identifié de manière assez formelle par le propriétaire de l’épicerie qui a été braquée.

Qu’elle donne raison ou non à l’inspectrice ne changeait pas le fait que cette dernière avait toutes les raisons du monde d’être sûre d’elle en affirmant, à Chase, qu’il convenait de changer ses fréquentations. Et combien même Ellis était un délinquant reconnu, ça n’allait pas être Charlie qui allait critiquer ce genre d’ami. Elle avait juste 4 frères qui étaient dans cette situation, alors…

_ Le problème c’est qu’il refuse de dire où il se trouvait au moment des faits, avant-hier soir, vers 23h. Du moins, il dit avoir été chez lui, sans personne d’autre dans la maison. Honnêtement, j’en doute.

Elle ne pouvait pas le certifier étant donné qu’elle n’avait pas la capacité d’aller fouiller dans la tête de quelqu’un ou même de savoir, par un autre moyen, si la personne mentait ou non. Elle en avait juste déduit ça de par les manières d’Ellis au moment de s’expliquer sur son alibi. Charlie se pina les lèvres, un instant avant de se lancer dans quelques questions.

_ Est-ce que vous savez où il aurait pu être ? Et, est-ce que je peux savoir la nature de vos relations ?

Elle se trompait peut-être mais ce dernier point pouvait avoir une importance. Les sourires gênés ou timides que les deux pouvaient avoir quand ils parlaient de l’autre, lui donnait presque l’impression d’être en face de deux adolescents qu’on aurait pris en faute. Si leur relation dépassait le stade de simple ami, Ellis n’avait peut-être pas envie de faire étalage de ses choix et, par conséquent, dire qu’il était chez lui peut-être que d’annoncer un autre lieu. Supposition, ce n’était que ça mais, poser la question permettait de l’écarter ou non.
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Message posté : Sam 7 Sep 2013 - 13:18 Message
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Il y avait toujours des lois, et quand il n’y avait pas de lois, il y avait des règlements, et quand il n’y avait pas de règlements, il y avait la Morale, bref, il y avait toujours quelque chose pour l’empêcher d’utiliser ses capacités. Chase, la plupart du temps, vivait très en-deçà de ce que ses pouvoirs lui eussent permis de faire, une habitude solidemment ancrée en lui par l’éducation rigoureuse de son mentor, mais une habitude que sa vie d’adulte commençait à faire vaciller et, une fois de plus, il se sentit un peu frustré de ne pas pouvoir mettre ses vastes aptitudes au service d’un ami dans le besoin.

Mais il n’en était pas à envisager des solutions plus radicales et l’idée de risquer de priver l’avocate de certains recours fort utiles en voulant à tout prix brûler les étapes suffit largement à le dissuader d’aller sonder à qui mieux-mieux l’esprit de ses contemporains, dans l’espoir d’y trouver la clé de l’innocence d’Ellis. Il ravala donc sa frustration et, pour la énième fois, hocha la tête en silence, se rangeant avec docilité aux sages avis de celle qui contrôlait la situation bien mieux que lui, de toute évidence.

Il but une gorgée de thé avant de reposer la tasse et de tourner, encore, son regard vers le commissariat, incapable de se laisser aller contre le dossier de son siège. Ce n’était pas souvent qu’il se sentait ainsi impuissant et il devait bien reconnaître qu’il avait plutôt du mal à le supporter. Lorsque Charlie lui fit part du délicat problème de l’identification, Chase murmura d’un air songeur :

— C’était peut-être un métamorphe…

Un métamorphe qui n’avait rien trouvé de mieux que de piéger un jeune homme sans histoire ? Chase jeta un coup d’œil rapide à l’avocate, avant de reconnaître presque aussitôt :

— Ou alors il y a une explication plus terre à terre.

Et la plus terre à terre des explications, c’était bien entendu qu’Ellis lui-même était allé braquer l’épicerie. Mais, pour Chase, cela ne faisait pas sens : s’il avait été Ellis et même en admettant qu’Ellis eût l’intention de commettre un pareil délit, il ne serait certainement pas allé braquer une échoppe si proche de l’endroit où il vivait, une échoppe qu’il avait déjà dû fréquenter souvent et où il était donc probable qu’on le reconnût. Il aurait fallu être ou particulièrement idiot, ou particulièrement désespéré, et Ellis ne lui avait jamais paru l’un ou l’autre.

Chase laissa échapper un léger soupir de découragement. Maintenant, il se rendait un peu mieux compte de la kafkaïenne situation dans laquelle Ellis se trouvait enveloppé — en tout cas, kafkaïenne, c’était comme ça qu’il préférait la voir, plutôt que logique et raisonnable. Mais l’idée qu’Ellis pût être coupable, avec ces preuves contre lui, se glissa sournoisement dans un coin de son esprit, encore loin de sa conscience, cependant.

L’idée mûrit un peu plus quand Charlie commença à évoquer le douteux comportement de son client. Le mystère qui planait sur la soirée d’Ellis suffit évidemment à capturer de nouveau l’attention de Chase. Le jeune homme secoua la tête à la première question et répondit automatiquement à la seconde :

— On est juste amis.

Devant le regard dubitatif de l’avocate, il fut cependant bien forcé de reconnaître :

— Enfin, je ne sais pas. Peut-être un peu plus, sans doute. Ce n’est pas encore très… Clair. Disons.

C’était typiquement une réponse adolescente, encore. Il était aisé de s’imaginer ce que leur relation avait dû être : des regards échangés, des mains caressées à la dérobée, une tête posée contre une épaule pendant un film, des moments de silence gênés et des phrases ambiguës. Quand il ne recherchait qu’une histoire d’un soir, Chase savait être beaucoup plus direct, mais en matière de sentiment, il lui arrivait cependant souvent de se comporter comme devant un premier flirt.

Il secoua de nouveau la tête, en signe d’incompréhension cette fois-ci.

— Je ne vois pas trop quelles raisons il aurait de mentir. À part son travail au supermarché, il est étudiant en mathématiques, mais enfin, c’est tout. Entre ça, son travail, son frère et moi, je veux dire, ses amis, il n’a pas non plus énormément de temps pour lui. Pas grand-chose à cacher.

D’un air très légèrement amer, sans qu’il s’en rendît compte cependant, il ajouta :

— …enfin, je croyais…

Évidemment, la première chose à laquelle il avait pensé, c’était qu’Ellis avait passé cette fameuse soirée à fricoter avec un autre homme ou pire (n’est-ce pas ?) avec une femme, mais l’idée que son ami pût vouloir risquer une longue peine de prison pour cacher une infidélité dans une relation qui n’en était pas encore une s’imposa bientôt à lui dans toute son absurdité, et il se retrouva aussi désemparé qu’auparavant.

— Peut-être qu’on pourrait aller poser quelques questions dans le voisinage ?

Il lui paraissait évident qu’il n’allait pas s’asseoir dans son salon à se tourner les pouces pendant que l’affaire se développerait sans lui. Il avait envie d’aider et, peut-être plus encore, de savoir. Il ne se rendit donc pas compte que cette collaboration ne serait peut-être pas très orthodoxe aux yeux de l’avocate mais, au bout d’un moment, il interrogea prudemment :

— Vous devez pouvoir faire ça, non, enquêter ? Un peu.

Puis, afin d’appuyer sa participation au marathon des questions qui s’annonçaient, il souligna :

— Je connais un peu le quartier, alors je pourrais sans doute vous être utile, vous savez.

Si la logique ne marchait pas, il prévoyait de faire des yeux de chien battu.
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Message posté : Sam 7 Sep 2013 - 19:40 Message
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Charlie avait souri, agréablement surprise par la possibilité que Chase proposait. Un métamorphe était l’une des pistes qu’elle avait envisagée – si Ellis est réellement innocent –, ça expliquerait l’identification venant d’une personne censée bien connaître son client. Elle ne trouvait pas absurde d’aller dans cette direction-là, les capacités, les super-héros, tout ce joyeux petit bordel avait fini par entrer dans les mœurs. Cependant, en l’absence de quelque chose de concret, elle se contenta d’un hochement de tête, comme pour signifier que ça pouvait être ça, comme ça pouvait être autre chose. Il fallait creuser, elle ne pouvait pas avoir de certitude à ce stade-là. Charlie n’avait même pas encore lu le dossier d’Ellis, chose qu’elle ne comptait pas faire devant Chase. Neutron-Grey était inquiet, voulait savoir,  elle avait estimé que se retrouver ici permettait de lui donner une idée de ce qui va se jouer.

Le stade où se trouvait la relation entre Ellis et Chase n’était pas les affaires de Charlie, en revanche que cette relation puisse être poussée plus loin que l’amitié avait quelque chose d’intéressant. C’était limite si on n’acceptait pas plus facilement un type capable de détruire une partie de la ville en un éternuement, qu’un jeune homme qui avait une préférence pour les personnes de même sexe. Si Ellis s’était trouvé avec un autre homme, une boite spécifique, et qu’il n’avait pas envie que ça se sache alors, ça pouvait expliquer son envie de préférer dire qu’il était chez lui. Ou, sans partir dans cette idée, il aurait très pu être en train de faire une autre « connerie » ailleurs avec quelqu’un et vouloir protéger cette personne.

_ Généralement, il y a deux principales raisons pour qu’une personne ne donne pas son alibi : Pour protéger quelqu’un d’autre ou alors parce que la personne n’est pas fière ou ne veut pas qu’on sache ce qu’elle pouvait faire d’autre. A partir de là, il y a des raisons aussi nombreuses que variées.

Combien de cas où un homme accusé avait préféré dire qu’il était chez lui plutôt que d’avouer avoir été en bonne compagnie préalablement payée ? Elle ne disait pas que c’était le cas d’Ellis – comme elle ne disait pas le contraire non plus – mais, à un moment ou à un autre, il allait devoir donner son réel emploi du temps. Il n’y avait rien d’absurde à vouloir cacher une infidélité, par exemple, c’est juste que, sur le moment, les accusés estiment n’avoir rien fait de mal. Pour eux c’était juste un mensonge anodin qui ne changeait pas la face du monde.

Charlie porta la tasse de café à ses lèvres mais, stoppa son mouvement quand Chase suggéra d’aller interroger le voisinage. Par deux fois elle cligna des yeux, sa tasse en suspend entre ses mains. La proposition en soi n’avait rien d’étonnant mais le « on » qui était introduit à l’intérieur l’était beaucoup plus. Elle haussa un sourcil, interrogative face aux arguments qu’il pouvait bien apporter pour venir avec elle.  Le fait d’avoir quelqu’un avec elle n’était pas ce qui lui posait le plus de soucis, quelqu’un de proche et pas forcément objectif le devenait un peu plus. Elle reposa sa tasse sans avoir bu une seule gorgée depuis qu’elle l’avait relevée.

_ Admettons que je sois d’accord, ça va impliquer au moins deux règles élémentaires. La première a déjà été dite, pas d’informations obtenues grâce à une capacité.

Ce qui impliquait : pas de grand signe lors de la réponse de quelqu’un pour dire qu’il ment outrageusement. Pas de déductions qui seraient en fait le fruit d’une information trouvé à même le cerveau de quelqu’un. Bref, rien que ne soit pas ouvertement dit.

_ Ensuite, il est possible que des personnes ne voient pas Mr Ottershire de la même manière que vous. Donc, interdiction de chercher à prendre sa défense, ou de démentir ce que quelqu’un peut raconter.

Si une personne avait envie de balancer un tas de choses négatives sur Ellis, elle devait pouvoir le faire sans comprendre que Chase n’était pas d’accord avec ça. Une personne n’appréciant pas Ellis sera bien moins causante si elle comprend que quelqu’un de proche du jeune homme se trouve sur place.

_ Si ça vous semble supportable alors, pourquoi pas. Elle haussa les épaules dans un sourire. On a toujours besoin de quelqu’un pour nous diriger dans un quartier.

Elle aurait sûrement plus de difficulté sans Chase mais ça n’avait rien d’impossible. Mais il avait l’air de vouloir s’impliquer, après tout c’était lui qui était venue la chercher alors le mettre sur la touche maintenant n’était pas ce qu’on pouvait faire de plus pédagogue. Elle attrapa sa tasse pour boire la dernière gorgée.

_ C’est par l’épicerie que je vais commencer.

Plus que le voisinage elle voulait la version des faits du gérant et sa manière de percevoir Ellis. Tout en disant cela, Charlie avait sorti de quoi payer les deux boissons qui étaient sur la table. Si ce qu’elle avait dit convenait à Chase alors ils pouvaient se mettre en route.
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Message posté : Sam 7 Sep 2013 - 20:38 Message
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À vrai dire, sans l’utile secours de la télépathie, qu’il n’utilisait du reste jamais, du moins jamais en dehors des rares missions de terrain auxquelles l’UNISON, parfois, l’assignait, Chase doutait un peu de pouvoir convaincre Charlie. Son propre esprit stratégique lui montrait très bien lui-même tous les inconvénients qu’il y aurait à une pareille coopération et quand, par un exercice d’abstraction relativement simple, il se mettait à la place de Charlie pour considérer la situation, il ne voyait absolument pas comment l’avocate pouvait lui faire confiance.

Mais s’il y avait au moins une chose qui distinguait Charlie Lane de Chase Neutron-Grey, c’était que la première avait pour elle un peu plus d’expérience et un peu plus de maturité que le second ; là où le jeune homme ne voyait le monde qu’en termes de jeu ou, sinon, de calculs qui devaient toujours être plus ou moins rigoureux, l’avocate, elle, qui avait plutôt l’expérience des êtres humains et de leurs incertitudes que celles des programmes informatiques et de leur régularité, savait prendre des risques.

Trop content de voir sa participation acceptée, Chase ne se souciait pas trop des conditions que son interlocutrice y apportait. En tentant de dissimuler son enthousiasme, pour ne pas être trop suspect de pusillanimité, il répondit :

— Bien sûr, bien sûr, je comprends.

Ainsi les choses furent-elles décidées. Quelques minutes plus tard, leurs consommations réglées, ils étaient assis sur la banquette arrière d’un taxi, chacun absorbé de leurs propres pensées. En regardant Star City changer à mesure qu’il quittait le quartier d’affaires pour l’environnement plus résidentiel où Ellis vivait et travaillait, Chase se mit à songer à ce que Charlie avait dit, à propos de l’alibi de son ami.

Comme il avait de l’imagination, il ne trouvait aucune difficulté à imaginer toutes sortes de raisons qui pouvaient pousser Ellis à mentir sur ses occupations et comme, à son imagination, il se joignait ce jour-là beaucoup de pessimisme, aucune de ces raisons n’étaient très flatteuses pour lui. Il avait ennuyé Ellis avec ses puériles tentatives d’approche et Ellis avait cherché de la compagnie ailleurs ; maintenant qu’il le voyait s’impliquer dans la défense de son innocence, Ellis se sentait honteux et essayait de couvrir les faits. Par exemple.

Les scénarios qu’élaboraient Chase, de plus en plus compliqués, étaient devenus franchement improbables quand la voiture jaune se rangea en face de l’épicerie. Chase sortit quelques billets pour régler la course — cela revenait au même, de toute façon, puisqu’il comptait bien régler les frais de Charlie. Rien de plus normal. Les deux enquêteurs du jour descendirent du véhicule et considérèrent un instant l’épicerie.

Le moins que l’on pût dire, c’était qu’elle n’inspirait pas une profonde impression de prospérité. Un peu perplexe, Chase commenta :

— Si je cherchais à me faire de l’argent facile, ce n’est pas là que j’irais voir…

Il était difficile de ne pas lui donner raison : le panneau de bois qui courait sur le fronton du petit commerce donnait un nom délavé par les ans, où toutes les lettres n’étaient pas également visibles, et la vitrine était couverte d’affichettes diverses, pour des petits concerts, des vides-greniers ou des marchés aux fleurs, certaines dépassées depuis longtemps. Au-delà, on pouvait voir sans peine que le magasin n’avait pas plus de deux ou trois rayons : l’une de ces nombreuses épiceries de quartier qui suffisaient aux courses de dernière minute, mais où l’on était peu susceptible de trouver un produit précis et, par conséquent, une caisse bien fournie.

Le télépathe reconnut néanmoins :

— Cela dit, je suppose que ça en fait une cible plus facile.

Ils pénétrèrent à l’intérieur du magasin. D’un coup d’œil, l’électronicien qu’il était n’eut aucun mal à déduire que la caméra qui surplombait la petite caisse était purement décorative, faite pour décourager les voyous les plus crédules : il était peu probable qu’elle fonctionnât vraiment. Le modèle était antique. La caisse était vide, mais du fond du magasin, peu après que la sonnette métallique accrochée au-dessus de la porte eut retenti, une voix un peu chevrotante se fit entendre :

— Me voilà, me voilà…

Un homme de plus de soixante ans émergea de l’arrière-boutique et vint prendre place derrière la caisse, en posant un regard interrogateur sur ces deux visiteurs un peu trop bien habillés qui n’avaient pas l’air décidé à visiter les rayons du magasin. Une paire de lunettes aux verres particulièrement épais pendait autour de son cou. Il plissa les yeux d’abord en fixant Chase, puis prit les lunettes et les fixa sur le bout de son nez.

— Je vous connais ?

Chase, qui avait l’habitude du vague sentiment de familiarité qu’il inspirait parfois chez ceux qui n’avaient pas assez suivi les détails des actualités rocambolesques pour le reconnaître tout à fait, haussa les épaules et répondit simplement :

— Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je m’appelle Chase.

Il jeta un regard à Charlie, puis reporta son attention sur l’épicier.

— Je cherche le lait.
— Là-bas, mon grand.

Chase hocha la tête et laissa Charlie seule à seule avec l’épicier, comme pour lui prouvait qu’il ne voulait pas interférer avec la bonne marche de son enquête. De toute façon, l’épicerie était trop petite pour qu’il n’entendît pas la conversation et, pour sa part, il voulait en profiter pour inspecter le reste des lieux — on ne savait jamais. Les rayons n’avaient rien de remarquables, au premier abord, mais l’un d’entre eux l’arrêta. Il se mit à le fixer sans comprendre d’abord ce qui provoquait en lui la sensation que quelque chose clochait.

Après un regard à droite, un regard à gauche, il esquissa un mince sourire victorieux et poursuivit son investigation du côté de l’arrière-boutique.

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Message posté : Sam 7 Sep 2013 - 22:45 Message
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Dans son coin de la voiture, elle avait finalement décidé de lire le dossier d’Ellis, notamment la déposition de l’épicier. Elle ne pouvait décemment pas y aller sans savoir ce qu’il avait déjà dit, sans savoir de quoi elle parlait. Il serait mentir qu’elle n’avait pas songé, un instant, que Chase pouvait aussi en profiter pour passer dans son esprit et lire avec elle, sans qu’elle ne soit au courant. Ce n’était pas qu’elle avait décidé de lui faire confiance mais, surtout, qu’elle n’avait pas tellement le choix. Si elle voulait éviter de se demander si Chase « lisait » quelqu’un toutes les deux minutes, il fallait bien qu’elle finisse par se convaincre qu’il serait raisonnable sur ce point-là. Malgré tout, et surtout de manière inconsciente, elle n’avait lu que ce qui l’intéressait pour ce qu’elle avait prévu dans un avenir très proche.

Absorbée, elle ne vit pas le trajet passer, si bien que quand la voiture se stoppa elle se dépêcha de ranger le dossier, laissant le loisir à Chase de payer. Sans cette perte de temps, elle ne l’aurait sûrement pas laissé faire, encore plus si ça devait entrer dans ses frais. Maintenant, elle devait songer à enlever cette course en taxi en faisant ses comptes. Les choses étaient faites, elle remercia le chauffeur – plus un réflexe qu’autre chose – avant de sortir de la voiture à son tour.

Charlie leva les yeux sur l’enseigne précaire et se mise à sourire à la réflexion de Chase. Au contraire, ce genre d’épicerie était parfait pour se faire la main, système de sécurité quasi nul, un quartier où les gens jouaient rarement au héros, un lieu avec une clientèle peu fréquente. Le seul véritable danger résidait dans la personne qui se trouvait derrière la caisse. Lui pouvait chercher à défendre son maigre chiffre d’affaires, encore plus si les forces de l’ordre ne faisaient pas de ce quartier une priorité. Elle garda pour elle ce genre de raisonnement qui aurait pu laisser entendre qu’elle savait un peu trop de quoi elle parlait. Quand Chase supposa que ça rendait l’endroit plus facile à braquer, elle eut une moue songeuse.

_ Hmm, ça dépend du gérant.

Bon, en fait, ça rendait effectivement l’endroit plus facile à braquer. Réflexion qui s’était faite quand l’homme arriva après avoir entendu la sonnette. Agé, la vue défaillante, il n’impressionnait pas en plus de ne sûrement pas être doté des meilleurs réflexes. Souriante, elle le salua alors qu’il s’interrogeait sur Chase. Une chose qu’elle avait négligée en acceptant de le faire venir : il était potentiellement reconnaissable. Le laissant au lait, ou autres activités, c’est au propriétaire qu’elle se présenta. Attaché-case posé au sol, elle avait fourni sa carte prouvant son statut d’avocat, après lui avoir expliqué qu’elle s’occupait de ce qui lui était arrivé. Quelques échanges standards furent échangés, puis elle se décida à rentrer un peu plus dans le vif du sujet.

_ Vous le connaissez bien ?
_ Le petit Ellis ? Oui, oui, depuis qu’il est tout petit. Vous savez, je l’ai vu grandir ce gamin.
_ Il vous a déjà causé des ennuis par le passé ?
_ Oh non, un gamin adorable, sans histoire. Vous savez, je lui ai dit d’arrêter de trainer avec ces types, qu’ils allaient lui causer des ennuis.

Il secoua la tête l’air réprobateur, comme un grand-père qui trouve que le gamin du quartier ne tourne pas rond ces derniers temps. Elle lui demanda de quels « types » il voulait parler mais, hormis lui expliquer qu’il s’agissait d’une petite bande de trois qu’il voyait de plus en plus régulièrement dans le quartier, il n’aurait su lui en apprendre plus. Mais, et il argua de sa vie, des guerres, et ainsi de suite pour dire qu’il savait très bien reconnaître les gens à problème.  Apparemment le groupe de trois venait de temps en temps devant la porte d’Ellis, les discussions étaient souvent animées mais le gérant ne pouvait en dire plus. Vous comprenez, il n’écoutait pas les conversations des autres, c’était mauvais pour le commerce.

_ La caméra de surveillance était également éteinte quand ça s’est produit ?

L’absence du voyant caractéristique sur ce vieux modèle trahissait sa non-fonctionnalité. L’homme soupira en secouant la tête, semblant se dire qu’il n’était pas étonnant d’avoir des problèmes de sécurité si tout le monde pouvait comprendre que sa caméra ne fonctionnait pas. Elle se garda de le rassurer en mettant en avant 4 frères spécialisés dans les cambriolages en tous genres.

_ Oui, elle est dans cet état depuis bien trop longtemps si vous voulez mon avis.
_ Ça vous dérangerait de me montrer comment ça s’est passé, s’il vous plaît ?

L’homme, de bonne volonté, sorti de derrière sa caisse. En se mettant devant la porte, il expliqua qu’Ellis était arrivé et qu’il a vite compris que quelque chose n’allait pas. L’épicier avait l’habitude, en voyant le jeune, de lui demander comment il allait mais, cette fois, il n’eut aucune réponse. Au lieu de ça, Ellis avait sorti une arme. L’homme se déplaça de deux pas pour se mettre en face de sa caisse et, d’une main tremblante, il leva la main droite pour miner un geste de braquage.

_ Vous savez, j’ai bien essayé de discuter mais il ne voulait rien entendre. Il avait l’air vraiment nerveux alors j’ai fini par ouvrir ma caisse. Il baissa son bras et secoua la tête. Tout ça pour moins de 52$ !

L’homme repassa derrière sa caisse sans un commentaire sur la jeunesse d’aujourd’hui. Charlie attendit qu’il soit à nouveau à sa place pour s’approcher de la porte.

_ Alors, je résume, il est entré, s’est approché et vous a menacé. Elle leva le bras gauche en direction de l’homme. C’est bien ça ?
_ L’autre bras.
_ Ah, oui, excusez-moi.

Elle changea de bras et l’homme hocha la tête pour confirmer que son résumé était le bon. Droitier… Ellis avait signé tous ses papiers de contrat avec elle de la main gauche. Les gauchers ne courant pas les rues, c’était le genre de détail que l’on remarquait assez rapidement.
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Message posté : Dim 8 Sep 2013 - 12:21 Message
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Les bruits de la conversation arrivaient sans peine jusqu’à lui, mais Chase devait tout de même tendre un peu l’oreille, parfois, pour démêler ce que la voix affaiblie de l’homme racontait. Il devait bien reconnaître qu’il n’aurait pas su mener ce genre d’interrogatoires. En bon Neutron-Grey, en matière de menaces, il avait grandi dans la démesure : braquer une épicerie lui semblait une tâche soudainement beaucoup plus complexe que d’annihiler une ville, détruire une planète ou changer de dimension. Pour l’une des premières fois de son existence, Chase Neutron-Grey mesura à quel point sa vie l’avait détaché des préoccupations quotidiennes des citoyens de Star City.

Il chassa cette pensée à moitié funeste, à moitié réconfortante et, après avoir jeté un coup d’œil par dessus son épaule, se faufila dans l’arrière-boutique. Il y avait un petit bureau, une planche posée sur des tréteaux, plutôt, et des comptes faits à l’ancienne : un carnet, une calculatrice et des lignes d’écriture. Manifestement, l’informatique n’était pas la grande passion de l’épicier. Plus au fond, des cartons, évidemment, renfermaient les maigres stocks de l’épicerie. Quelques produits d’entretiens. Mais ce n’était pas ce que cherchait Chase.

— Ah !

Le murmure satisfait lui avait échappé quand il avait découvert, sous le bureau, sagement alignées, des bouteilles d’alcool vides. Dans les rayons, il avait déjà remarqué que celui dédié aux spiritueux était considérablement moins bien alimenté que les autres et il s’était demandé s’il n’allait pas retrouver les bouteilles disparues dans un autre endroit de l’épicerie. Ce n’était pas un indice définitif, il le savait bien, mais c’était sans doute suffisant pour remettre en doute le témoignage de l’épicier — au moins pour le procès.

Ravi de sa découverte, Chase quitta l’arrière-boutique, traversa les rayons et revint devant l’épicier et l’avocate au moment où cette dernière menaçait le pauvre homme avec deux doigts de sa main droite. Chase avait suffisamment senti les jolis doigts de la jolie main du joli Ellis chercher la sienne dans une salle de cinéma pour supposer que ce n’eût pas été avec la droite que le jeune homme aurait tenu un revolver. Sur le moment, comme il l’avait promis, il s’abstint de tout commentaire mais quand, quelques minutes plus tard, après avoir remercié l’épicier, ils sortirent dans la rue, Chase précisa :

— Il est gaucher. Ellis.

Il jeta un coup d’œil à l’avocate, qui n’avait pas exactement l’air bouleversé de surprise par cette information pourtant capitale. Il supposait donc qu’elle l’avait déjà remarqué, sans doute en signant des papiers, une heure plus tôt, au commissariat. Elle était donc observatrice et méthodique et cette pensée réconforta Chase : le sort d’Ellis était entre de bonnes mains. Le jeune homme regarda autour de lui un moment, pour se souvenir des directions d’un quartier qu’il n’avait, tout bien considéré, pas visité si souvent puis, une fois sûr de lui, il pointa une rue perpendiculaire :

— Ellis habite par là. Et, hmm…

Il désigna ensuite un arrêt, à quelques dizaines de mètres plus loin.

— Là, c’est le bus qu’il prend parfois pour aller au supermarché où il travaille, à quelques arrêts, mais la plupart du temps, quand il ne fait pas trop froid, il prend son vélo. Il n’est pas très frileux.

La dernière information était bien entendu purement inutile, mais Chase l’avait glissée avec une espèce de secrète fierté, comme pour dire : « regardez combien il est fort, mon homme ». Ce n’était pas tout à fait « son homme », mais enfin, il était fier quand même qu’Ellis pût aller travailler en vélo en plein automne : si ça, ce n’était pas héroïque, il ne s’appelait plus Neutron-Grey. Il conclut en baissant le bras.

— Et puis sinon, l’université, je suppose que vous savez où elle se trouve.

Il se mit à fouiller dans sa mémoire, pour vérifier s’il n’avait pas remarqué, au cours de ses rares visites, un détail qui eût été pertinent pour l’enquête, mais, au bout de quelques secondes, il se contenta d’une remarque un peu générale :

— Ce n’est pas un quartier vraiment dangereux, mais disons que c’est tout de même, je ne sais pas, un peu hostile, parfois. Je n’ai jamais vu beaucoup de monde dans les rues la nuit, par exemple.

À l’inverse de l’extrême-centre, où personne ne se sentait vraiment en danger — sauf quand quelqu’un, justement, avait décidé de détruire la ville pour dominer le monde, mais tels étaient les aléas quotidiens d’une vie à Star City. Chase laissa donc silencieusement Charlie décider de la prochaine étape et, comme ils se mettaient en route, en marchant, Chase se décida à faire part de sa petite découverte personnelle à la maîtresse des opérations.

— Sinon, je crois que l’épicier est un peu porté sur la boisson. Le rayon alcool n’est pas très garni, mais en revanche, il y a quelques bouteilles sous son bureau, dans l’arrière-boutique. Vides.

Chase ne savait pas très bien s’il avait été illégal de pénétrer dans l’arrière-boutique. Sûrement pas, si ? Après tout, la porte était encore entrouverte, il n’avait rien forcé, il n’avait rien pris et il était presque certain que, s’il avait essayé, il aurait pu voir les bouteilles depuis le magasin. De toute façon, seule la police avait à justifier de la manière dont elle se procurait ses preuves — la défense avait une marge de manœuvre bien plus grande. Son affaire, c’était le doute raisonnable, pas la certitude absolue.

— Ça doit au moins poser une question de, hmm…

Le jeune homme chercha un instant ce que devait être le terme juridique.

— …crédibilité ? Pour le procès.

Mais à vrai dire, il espérait qu’ils parviendraient à accumuler suffisamment d’éléments contraires à la théorie de « Ellis sans histoire devient soudainement droitier, mafrat et idiot » pour éviter un procès et hâter la libération de son ami. Un épicier myope, alcoolique et légèrement paranoïaque était sans doute une bonne première étape sur cette voie.
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Law & Order : Trial By Jury (Charlie)

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